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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #DE LA CHEVALERIE

DES CHEVALIERS-BACHELIERS.

CHAPITRE XXI.

Le nom de Bachelier, selon quelques auteurs, dérive de celui de buccelarii, sorte de cavaliers, qui étaient très-estimés dans les armées romaines. Ducange le fait venir de baccalaria, bachellerie, bacelle, nom donné à un fief, un domaine, qui se composait de plusieurs pièces de terre nommées mas ou meux, formant douze acres chacune, et ayant plusieurs manoirs, mais toujours moins de douze vassaux. D'autres disent que la Bacelle ou Bachellerie se formait de dix mas ou meix, et qu'elle contenait le labourage de deux charrues à deux boeufs. Ces noms de Bacelle et Bachellerie étaient connus dès l'an 881 ; d'autres auteurs font venir le nom de Bacheliers de celui de Bas-Chevaliers, parce qu'ils formaient le second ordre de la Chevalerie, et tenaient le milieu entre le banneret et l'écuyer, milites medioe nobilitatis.

Le Bachelier, n'étant pas assez riche pour avoir un grand nombre de vassaux, servait avec eux sous la bannière d'un banneret; mais il avait pour étendard un pennon ou cornette à deux pointes, en forme de banderolle, sous lequel il réunissait ses hommes de guerre.

Un ancien cérémonial dit : « Quand un Bachelier a la terre de quatre Bachelles, le Roi lui peut bailler bannière à la première bataille où il se trouve, à la deuxième, il est banneret ; à la troisième, il est Baron. Tout Bachelier n'était mie riche : de plus, il fallait « avoir servi quelque temps à la guerre en qualité d'écuyer et de Bachelier sous un Chevalier-Banneret,  pour devenir Banneret ou Baron.»

On donnait aussi le nom de Bacheliers à ceux même de l'ordre des bannerets, qui, n'ayant pas encore atteint l'âge requis pour déployer leur propre bannière, étaient obligés de marcher sous la bannière d'un autre.

L'investiture du Chevalier-Bachelier se donnait par son pennon, tandis que le banneret la recevait par la bannière carrée.

Dans les anciennes montres des gens d'armes, les Bacheliers se trouvent compris, sans aucune différence, sur le même pied que les Chevaliers-Bannerets. Ils recevaient le double de la paie des écuyers, et la moitié de celle des bannerets.

A l'instar des bannerets, ils étaient honorés des titres de Messire et de Monseigneur, et jouissaient des privilèges de la Chevalerie,

Les Bacheliers cessèrent d'exister, ainsi que les bannerets, lorsque Charles VII créa les compagnies d'ordonnance et forma son armée sur un nouveau pied ; et, depuis, le titre de Bachelier, qui ne se donnait auparavant qu'à des nobles servant à la guerre, passa aux particuliers qui se livraient à l'étude des lois, des sciences, de la théologie et à la pratique des arts.

 

DES CHEVALIERS-D'HONNEUR.

CHAPITRE XXII.

Une autre Chevalerie fut instituée par les souverains, ce fut celle des Chevaliers d'honneur, qui ne quittaient pas leur personne et leur appartenaient ; elle remonte au-delà du treizième siècle. Amaury de Meudon, Jean de Voyse, Rodolphe Bonel, Guillaume de Pavay, Guillaume de Flavencourt, Jean de Soisy et Hugues de la Celle, sont qualifiés Milites regis (Chevaliers du Roi), dans les anciennes Chartes.

On les appelait quelquefois Chevaliers de l'hôtel du Roi, ce qui se rencontre dans un statut fait au bois de Vincennes en 1285, où ils sont ainsi qualifiés.

Dans un arrêt du 10 février 1384, Etienne de Flavigny est qualifié Chevalier d'honneur du roi Charles VI.

Froissard fait mention de plusieurs autres Chevaliers l'honneur, parmi lesquels il nomme : messire Renaud le Rove, messire Renaud de Trie, le sire de Garancières, messire Guillaume Martel, messire Guillaume les Bordes, et messire Guillaume Martel, Seigneur de Bacqueville, tous deux Chevaliers de la Chambre du Roi.

Les Reines, les Princesses et les Grands-Seigneurs avaient aussi leurs Chevaliers d'honneur. Dans l'histoire le Long-Pont, il est fait mention de Théobalde de Mauny et de Ferdinand, Chevaliers de la Reine : Théobaldus de Maulny et Ferdinandus, milites Reginae. Dans le testament d'Yolande, comtesse d'Angoulême, le l'an 1314, on y lit ces paroles : « De plus, je lègue à Raoul Bruni, mon Chevalier, pour les bons services qu'il m'a rendus, 200 livres une fois payées ; et à Foucaut de la Roche, mon Chevalier, 50 livres. »

Il était d'usage d'ailleurs qu'un Chevalier, qui s'était fait un nom par ses exploits militaires, se voyait bientôt prévenu par les plus grands seigneurs et par les plus grandes dames : les Princes, les Princesses, les Rois et les Reines s'empressaient de l'enrôler, pour ainsi dire, dans l'état de leur maison, de l'inscrire dans la liste des héros qui en faisaient l'ornement et le soutien, sous le titre de Chevalier d'honneur. Le même pouvait être tout à la fois attaché à plusieurs cours différentes, en toucher les appointemens, avoir part aux distributions des robes, livrées ou fourrures, et des bourses d'or et d'argent que les Seigneurs répandaient avec profusion, surtout aux grandes fêtes, et clans d'autres occasions qui les obligeaient de faire éclater leur magnificence.

Cette magnificence des Princes et des Seigneurs éclatait surtout dans la multitude des Chevaliers qui étaient continuellement autour de leur personne. La générosité qui les y retenait rendait la maison du Seigneur plus noble et plus chère aux yeux de ses amis et de ses vassaux. L'attachement et le zèle de tant de braves guerriers, qu'un même esprit réunissait, la rendaient plus importante et plus redoutable aux étrangers et aux ennemis qui auraient eu dessein de l'attaquer.

Les Chevaliers qu'on nommait Chevaliers du corps, ou Chevaliers d'honneur, accompagnaient ordinairement le maître dans son palais ou dans son château. Chez nos Rois, ils étaient leurs chambellans ou Chevaliers de leur chambre. Leur assiduité au service intérieur du palais répondait de l'empressement qu'ils auraient à se tenir toujours à la guerre près de leur Seigneur, pour l'armer et pour le défendre.

Le mot honneur signifiait proprement le cérémonial d'une cour ; l'épée d'honneur était celle qui se portait dans les cérémonies ; le trône d'honneur, le heaume d'honneur, le cheval d'honneur, le manteau d'honneur, la table d'honneur, étaient les objets qui se déployaient à la vue, lors des grandes réceptions ou solennités, dans les cours des Princes et des Grands, et c'étaient les Chevaliers d'honneur qui en ordonnaient tout le cérémonial.

L'usage d'avoir des Chevaliers d'honneur s'est perpétué jusqu'à nos jours dans la maison des Reines et des Princesses du sang.

On donna aussi le titre de Chevalier d'honneur, par l'édit du mois de mars 1691, à des magistrats qui furent institués près de chacun des présidiaux de France, avec titre de conseillers. Il en sera question au chapitre suivant.

 

DE LA CHEVALERIE.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #DE LA CHEVALERIE

DES CHEVALIERS-BANNERETS.

CHAPITRE XX.

L'étymologie du mot banneret vient de Banner-Herren, qui signifiait, en langue celtique, un Seigneur à bannière : d'autres le font dériver du mot ban, qui veut dire Proclamation publique d'aller à la guerre , ou de celui de bandière, dont on a fait depuis celui de bannière, bandum signum dicitur militare, parce que les bannerets étaient ceux qui possédaient des fiefs qui donnaient le droit de lever bannière, et dont les propriétaires pouvaient mettre sur pieds, à leurs dépens, des troupes qu'ils conduisaient, sous leur bannière, au service du Roi.

L'origine des bannerets remonte à l'an 383, ou Conan, commandant les légions romaines en Angleterre, se révolta, sous l'empire de Gratien, et se rendit maître de ce royaume et de la Bretagne, qu'il distribua à plusieurs bannerets. C'est de cette dernière province que cette dignité passa depuis en France, lorsque l'introduction du gouvernement féodal fit aussi transporter aux fiefs et aux domaines, les titres qui auparavant n'avaient été décernés qu'aux personnes. Ainsi, les Ducs, les Marquis, les Comtes firent ériger leurs terres en Duchés, Marquisats et Comtés, et les Chevaliers firent ériger les leurs en fiefs de bannière, lorsqu'elles fournissaient le nombre de vassaux voulu par les coutumes.

Le titre de Chevalier-Banneret était le plus considérable et le plus élevé de l'ordre de la Chevalerie; il n'appartenait qu'à des gentilshommes qui avaient d'assez grands fiefs pour leur donner le droit de porter la bannière dans les armées royales. Il fallait, pour obtenir ce titre, être gentilhomme de nom et d'armes, c'est-à-dire, de quatre quartiers, ou lignes paternelles et maternelles.

Ducange cite un ancien cérémonial manuscrit qui indique la manière dont se faisait le Chevalier-Banneret et le nombre d'hommes qu'il devait avoir à sa suite. « Quand un bachelier, dit ce Cérémonial, a grandement servi et suivi la guerre, et que il a terre assez, et qu'il puisse avoir gentilshommes ses hommes et pour accompagner sa bannière, il peut licitement lever bannière en bataille, et non autrement; car nul homme ne doit lever bannière en bataille s'il n'a du moins cinquante hommes d'armes, tous ses hommes, et les archiers et les arbalestriers qui y appartiennent ; et, s'il les a, il doit, à la première bataille où il se trouvera, apporter un pennon de ses armes, et doit venir au connétable ou aux maréchaux, ou à celui qui sera lieutenant de l'ost pour le Prince, requérir qu'il porte bannière; et s'ils lui octroyent, doit sommer les héraults pour témoignage, et doivent couper la queue du pennon, etc. »

Effectivement, lorsqu'un gentilhomme aspirait à l'honneur d'être banneret, il choisissait l'occasion d'un combat, d'une bataille ou d'un tournois, pour présenter son pennon roulé au Roi ou au chef de l'armée l'un ou l'autre le développait, en coupait la queue, le rendait carré, puis le remettait entre les mains du Chevalier, en lui disant : « Voici votre bannière; Dieu vous en laisse votre preux faire. »

Mais, avant que le gentilhomme pût se présenter au Roi ou au chef de l'armée, pour demander la bannière de banneret, on commettait les héraults d'armes, qui devaient s'assurer s'il avait assez de biens pour  fournir à la dépense à laquelle cette dignité l'exposait; s'il avait le nombre suffisant de vassaux pour le suivre à la guerre et garder la bannière. On sait que ce nombre était au moins de vingt-quatre gentilshommes bien montés, avec chacun leurs sergens, lesquels en épée et en jacque de maille, portaient la masse d'armes, l'écu et la lance de leur maître : ce qui les fit nommer écuyers.

Si les héraults rendaient témoignage que ce Chevalier était en état de fournir à cette dépense, ils développaient son pennon, et en coupaient les deux bouts pour le rendre carré, et le repliaient, jusqu'à ce que le Prince ou le Général lui eût permis de le déployer et ficher à terre.

Les Chevaliers - Bannerets de cavalerie devaient un marc d'or aux héraults, et ceux d'infanterie un marc d'argent.

La bannière carrée, portée au haut d'une lance, était la véritable enseigne du banneret ; celle des simples Chevaliers se prolongeait en deux cornettes ou pointes, telles que les banderolles qu'on portait dans les cérémonies des églises. Le Chevalier-Banneret devait avoir sous ses ordres quatre Chevaliers-Bacheliers, et toujours il prenait le pas, avec sa troupe, sur celle d'un banneret qui n'était pas Chevalier, et celui-ci obéissait au premier; car le titre de Banneret ne donnait pas celui de Chevalier : ce dernier était personnel, et celui qui en était décoré ne tenait cet honneur que de son épée et de sa valeur. Il y avait donc deux sortes de bannerets, celui qui était Chevalier et celui qui ne l'était pas.

A la vérité, dans la suite, ce titre devint héréditaire, et passa à ceux qui possédaient la terre ou le fief d'un banneret, bien qu'ils n'eussent pas l'âge qui était nécessaire, et qu'ils n'eussent pas encore donné des preuves de leur courage pour mériter cette qualité.

Le banneret devait avoir un château avec vingt-cinq feux au moins, c'est-à-dire, vinqt-cinq chefs de famille qui lui prêtassent hommage. Cependant, il y en avait quelquefois moins, quelquefois plus, selon la condition des fiefs.

Le banneret avait souvent des supérieurs bannerets ; nous en trouvons la preuve dans un arrêt de l'an 1442, qui porte que le Vicomte de Thouars, le plus grand et le premier vassal du Comte de Poitou, avait sous lui trente-deux bannières; par conséquent, ce Vicomte, qui était banneret, avait sous son obéissance, ainsi que beaucoup d'autres de même qualité, plusieurs bannerets ses vassaux.

Dans les arrêts des Parlemens, les bannerets étaient toujours qualifiés de ce titre. On cite celui du 23 février 1385, en faveur de Jeanne de Ponthieu, dans lequel il est dit que Dreux de Crevecoeur, son mari, était Chevalier-Banneret.

Les Chevaliers - Bannerets étaient souvent compris au rang des Hauts-Barons, et jugeaient avec eux : Barones vocati solent ii proceres, qui vexillum in bellum efferunt ; mais ils n'étaient pas tous décorés du titre de Baron. Deux arrêts, des 2 et 7 juin 1401, justifient que Guy, Baron de Laval, disputait à Raoul de Coetquen son titre de Baron : celui-ci cependant fut maintenu dans cette qualité, en prouvant qu'il avait plus de cinq cents vassaux et une fortune considérable.

En Bretagne, les Barons étaient distingués des bannerets, et les bannerets de cette province étaient créés en pleins Etats.

Bertrand d'Argentré dit aussi qu'en l'an 1462 il se convoqua une assemblée, sous François II, Duc de Bretagne, dans laquelle il y avait divers degrés pour l'écuyer, le bachelier, le Chevalier-Banneret et le Baron.

Un arrêt du Parlement de Paris, du 23 février 1585, donne la qualité de Miles vexillatus à un Chevalier-Banneret.

Les chroniques de France nous apprennent que les bannerets n'étaient pas seulement employés aux occasions de la guerre, mais encore aux cérémonies de la paix ; car elles contiennent que Monseigneur Charles, régent du royaume, Duc de Normandie et Dauphin de Viennois, envoya trois Chevaliers - Bannerets et trois Chevaliers-Bacheliers, pour voir faire au Prince de Galles le serment de la paix de Bretigny, le 7 mai 1360.

Et il fut ordonné dans le conseil de Charles VI, l'an 1396, que madame Isabeau de France, fille du Roi, allant en Angleterre épouser le roi Richard II, son état et sa suite seraient composés de deux Chevaliers-Bannerets et de cinq Chevaliers-Bacheliers ; savoir : des Seigneurs d'Aumont et de Garancières, bannerets ; de Messires Renault et Jean de Trie, de Galois d'Aunoy, de Charles de Chambly, et du Seigneur de Saint-Clair, bacheliers.

Quand un noble était vassal d'un Duc ou d'un autre grand Seigneur, et qu'il avait lui-même des vassaux qui marchaient sous sa bannière, il était banneret du Duché, du Marquisat ou du Comté de son suzerain.

Les anciens officiers de la couronne et leurs lieutenans avaient droit de porter bannière, quoique d'ailleurs ils ne fussent pas bannerets. « Tous royaux et tous «leurs lieutenans, connétables, amiraux, maîtres des arbalestriers, et tous les Maréchaux de France, sans être Barons ni bannerets, disant qu'ils sont officiers par dignité de leurs offices, peuvent porter bannière et non autrement. En guerre, pour ôter les débats des envies, le droit ordonne que les bannières plus anciennes soient les plus prochaines de celle du Roi (Menetrier, Origines, 194, 190). »

On énumérait autrefois les armées par le nombre des bannières, comme on le fait aujourd'hui par le nombre de régimens.

Les Chevaliers bannerets, suivant le père Daniel, ne paraissent dans notre histoire que sous Philippe-Auguste. Ils subsistèrent jusqu'à la création des compagnies d'ordonnances par Charles VII. Alors il n'y eut. plus de bannières ni de Chevaliers-Bannerets : toute la gendarmerie fut mise en compagnie réglée.

Les Chevaliers-Bannerets avaient le privilége du cri de guerre, ou cri d'armes, qui leur était particulier, et qui leur appartenait privativement à tous les Bacheliers et à tous les écuyers, comme chefs des vassaux qu'ils conduisaient à la guerre sous leur bannière. Ils se servaient de ce cri, lorsqu'ils se trouvaient en péril, pour animer leurs troupes à défendre courageusement l'honneur de leurs bannières, ou pour leur servir de ralliement.

L'investiture était donnée au Chevalier-Banneret par la bannière carrée. Il se présentait devant le Prince ou son délégué, tenant en main sa bannière, se mettait à genoux, la remettait au Prince, qui la lui rendait après l'avoir agitée, et lui donnait l'accolade.

Les Chevaliers de Bretagne portaient leurs armoiries dans des écussons carrés, pour désigner qu'ils étaient descendus de Chevaliers-Bannerets.

Les armoiries de ces Chevaliers étaient décorées dans leurs ornemens extérieurs d'un vol banneret, qu'on plaçait en bannière de chaque côté du cimier, et qui était coupé en carré, comme l'écu des anciens Chevaliers bannerets l'était par le bas. Cet écu était aussi décoré, autrefois, d'un cercle d'or, sans être émaillé, mais orné de trois grosses perles.

Ils jouissaient de tous les honneurs, droits, prérogatives et prééminences mentionnés au chapitre des Chevaliers militaires, parmi lesquels ils tenaient souvent le premier rang.

La paie d'un Chevalier banneret était de 50 sous par jour.

Il y avait aussi des Ecuyers-Bannerets qui possédaient des fiefs avec le droit de bannière ; mais qui, n'ayant pas encore reçu l'honneur de la Chevalerie, n'osaient s'en attribuer le titre. Ils ne prenaient point non plus la qualité de Messire, de Monseigneur ou de Monsieur, et portaient des éperons d'argent. Quoiqu'ils marchassent après les Bacheliers qui étaient Chevaliers, il y a eu des circonstances, néanmoins, où l'écuyer banneret commandait au Chevalier, même banneret, lorsque le commandement était donné spécialement par le Roi à ces écuyers.

DE LA CHEVALERIE.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #CHÂTEAUX DE FRANCE.

VERSAILLES. LES JARDINS. Pierre de Nolhac.

LA PROMENADE DE VERSAILLES AU XXe SIÈCLE

(Deuxième extrait.)

La grande façade développe ici sa longueur de quatre cent quinze mètres (qui atteint six cent soixante-dix mètres avec les façades en retour). La monotonie de cette immense bâtisse est rompue par les avant-corps, formés de colonnes que surmontent cent deux statues, par les sculptures en relief qui encadrent les fenêtres cintrées du premier étage, par les clefs des arcades du rez-de-chaussée, enfin par les trophées et les vases de pierre couronnant la balustrade de l'attique, qui avaient été détruits lors des restaurations du premier Empire et qui viennent d'être heureusement rétablis sur le corps central du Château.

Quatre bronzes d'après l'antique, posés contre le mur, sont d'assez belles fontes françaises, un peu noires, qui furent les premiers essais des frères Keller pour Versailles; ces figures, Bacchus, Apollon, Antinous et Silène, annoncent les merveilles de bronze du Parterre d'Eau, tandis que les deux grands vases de marbre, placés aux angles de la même terrasse, semblent continuer, au seuil des jardins, la sculpture décorative répandue si abondamment sur les façades.

Le premier fut sculpté par Coyzevox. Le pied svelte et puissant soutient une coupe ouvragée de feuilles d'acanthe; les deux anses sont formées de têtes de faunes grimaçants, à la longue barbe tressée. Le haut vaisseau porte un bas-relief imité d'une peinture de la Galerie des Glaces. Les scènes qu'il retrace furent d'une actualité glorieuse ; elles représentent la prééminence de la France reconnue par l'Espagne, après la défaite des Turcs par nos armes en Hongrie (1664). D'un côté, des guerriers enturbanés sont mis en déroute par Hercule et par la France, sous la fière apparence d'une femme casquée. De l'autre, se dresse la même figure, devant laquelle s'incline une autre femme, l'Espagne, avec le lion à ses pieds. Tel est le vase de la Guerre.

Celui de la Paix est de même forme et de même élévation ; le bas-relief seulement diffère. C'est une allégorie des traités d'Aix-la-Chapelle (1668) et de Nimègue (1678-79). Le jeune Louis XIV, couronné .d'olivier, est assis sur un trône; près de lui, se tient debout Hercule, le demi-dieu qui fut une de ses images olympiennes ; une Victoire suspend des trophées à un palmier. Un autre groupe est formé de Renommées portant des branches d'olivier. Les femmes aux longs corps gracieux s'enlacent, enroulées dans les plis de leur vêtement à l'antique ; l'une d'elles tient un caducée et indique ces mots inscrits sur une tablette : Pace in leges sims confecta Neomagi, 1679. Ce vase est de Jean-Baptiste Tubi, sculpteur romain, devenu de bonne heure sujet du roi de France et l'un des meilleurs maîtres qu'il ait employés à son service.

Les bronzes maintenant déploient devant nous leur magnificence. Le long de la margelle des deux vastes bassins, la merveilleuse matière, patinée par le temps, étale ses œuvres de grâce et de majesté. Elles valent qu'on les examine à loisir, car elles forment, par leur réunion ingénieuse, le plus important ensemble de ce genre qui existe dans le monde. Ces deux bassins sont décorés chacun de quatre statues couchées, figures de fleuves et de rivières de France, de quatre groupes de nymphes et de quatre groupes d'enfants debout aux coins de la pièce d'eau.

Sauf ces derniers, chacun porte le nom de l'artiste qui l'a modelé et aussi la signature des fondeurs du Roi, les frères Keller, et la date de la fonte dans les ateliers de l'Arsenal de Paris.

La plus ancienne date de 1687, la plus récente de 1690.

Par ces indications, l'étude de ce grand ouvrage est singulièrement simplifiée. Au reste, dès le premier regard, on se rend compte que les sculpteurs qui créèrent les modèles de cire subordonnèrent exacte- ment leur travail à la conception de l'ensemble. Nous savons, en effet, que l'invention et la disposition des figures du parc appartenaient de droit à un ordonnateur général, le Premier Peintre du Roi, Charles Le Brun.

Les croquis destinés aux sculpteurs étaient de sa main ; il les soumettait au Roi, et les remettait, avec son approbation, aux artistes chargés d'exécuter, après une maquette préalable, le modèle définitif. On a conservé un certain nombre de ces dessins, au crayon et au lavis, et l'illustration de ce livre présente quelques-uns de ces intéressants documents.

Nous n'avons retrouvé aucun des croquis originaux qui servirent à composer la décoration du Parterre d'Eau; mais il est certain que, sur ce point comme sur tous les autres, le Premier Peintre donna ses projets.

Non seulement il désigna les sujets et imposa les attitudes des figures, mais encore il évita aux artistes toute hésitation dans le choix des accessoires et des symboles. De cette façon fut assurée l'unité - d'exécution de la magnifique assemblée de bronze qu'on rêvait et qui devait être consacrée aux fleuves et rivières du royaume.

Ainsi guidé et comme maîtrisé, il semblerait que chaque sculpteur ne dût réaliser qu'une œuvre impersonnelle concourant simplement à l'harmonie générale; mais il n'en est rien. Tout en obéissant à une loi rigoureuse, chacun reste lui-même en ses manifestations d'artiste ; et tout d'abord Coyzevox dans sa puissance et Tubi dans sa souplesse sont hors de pair ; on sait distinguer en leurs œuvres l'élégant Magnier de l'expressif Le Gros, et c'est à peine si l'on est tenté de confondre entre elles celles des maîtres secondaires, tels que Le Hongre, Raon et Regnaudin.

C'est Thomas Regnaudin, le sculpteur de Moulins, que nous rencontrons d'abord, au pied du vase de la Paix, avec ses deux figures couchées de la Loire et du Loiret. Le fleuve de la Loire est représenté par un vieillard robuste et souriant, couronné de fleurs de roseaux et tenant une corne d'abondance, qui dit la richesse du pays arrosé. Une écrevisse et de beaux légumes de France, melon, concombre, asperges, sont épars sur le sol. La double source qui jaillit d'un rocher, symbolise apparemment les deux cours égaux de la Loire et de l'Allier.

Le corps du Fleuve est nu et majestueux dans sa raideur; sa longue barbe bouclée caresse sa poitrine; ses jambes sont croisées ; le regard semble chercher au loin, alors que, près de lui, un petit génie soufflant dans un coquillage montre ses ailes impatientes.

Sur le même plan, la rivière du Loiret a la même beauté puissante, un peu lourde, mais non sans noblesse. Cette femme, au profil si grave, a des fleurs dans ses cheveux tressés; la draperie qui l'enveloppe laisse à nu sa généreuse poitrine et ses jambes allongées ; elle s'appuie sur une urne renversée d'où l'eau s'écoule, pendant qu'un Amour lui présente une corne chargée de fruits. L'urne est énorme, pour rappeler les fameuses « Sources », dont la seconde, le « Bouillon », jaillit en 1672. Un serpent, une grenouille, des pommes de pin ont été modelés dans la cire avec le soin réaliste d'un Bernard Palissy.

Derrière les grands bronzes, et après la courbe de chaque angle du bassin, se dressent trois bambins enlacés, potelés et vivants, les mains pleines de fleurs, d'oiseaux, de coquillages ou de miroirs. Un coup d'œil suffit à nous assurer que toute cette grâce enfantine est bien celle du XVIIe siècle, et n'a rien de la joliesse maniérée qu'offriront les mêmes jeux d'amours au XVIIIe. Nous passons aussi devant les deux Nymphes couchées, qu'accompagne un Amour, pour rejoindre à l'autre extrémité du bassin les magnifiques figures de Tubi, le Rhône et la Saône.

Le fleuve est un dieu des eaux, au visage sévère sous sa couronne de feuillage; son corps, de vigueur nerveuse, a pris une pose abandonnée; ses jambes se croisent; il s'appuie d'une main sur le rocher, d'où la source jaillit ; dans l'autre main est un aviron soulevé par un petit Triton souriant qui semble questionner le vieillard. Le bronze verdi a, sous la lumière, une chaleur admirable.

La Saône, au corps élégant, aux formes amples, au mouvement aisé, est couchée sur le côté droit. Des grappes de raisins lui font une ceinture; elle repose sur des épis et des pampres épars; son sein rond se penche sur une urne d'où l'eau s'écoule. La déesse, couronnée de fleurs et de pampres, sourit au Rhône, qui la regarde. Le petit Amour qui lui fait compagnie s'amuse à presser des raisins. C'est une claire et charmante personnification de l'heureuse Bourgogne aux vins renommés.

 

JEUX D’ENFANTS, par C. VAN CLEVE. Groupe de bronze, en Parterre d’Eau, fondé en 1690.

NYMPHE ET AMOUR, par RAON. Groupe de bronze, au Parterre d’Eau, fondu par les frères Keller en 1668.

NYMPHE ET AMOUR, par LE GROS Groupe de bronze, au Parterre d’Eau, fondu par les frères Relier en 1688.

LE FLEUVE LA LOIRE,par REGNAUDIN. Groupe de bronze, au Parterre d'Eau, fondu par les frères Keller en 1689.

LE FLEUVE LA GARONNE, par COYZEVOX (l686) Groupe de bronze, au Parterre d'Eau, fondu par les frères Keller en 1688.

LA RIVIÈRE LA DORDOGNE, par COYZEVOX Groupe de bronze, au Parterre d'Eau, fondu par les frères Keller en 1688.

ANTOINE COYZEVOX, SCULPTEUR DU ROI (1640-1720) Peinture de Gilles Allou.

JEUX D’ENFANTS. Groupe de bronze, au Parterre d'Eau, fondu en 1690.

NYMPHE ET AMOUR, par LE GROS. Groupe de bronze, au Parterre d’Eau, fondu par les frères Keller en 1688.

LA RIVIÈRE LE LOIRET, par REGNAUDIN Groupe de bronze, ait Parterre d'Eau, fondu par les frères Seller en 1689

LA RIVIÈRE LA SAÔNE, par J.-B. TUBI Groupe de bronze, au Parterre d'Eau, fondu par les frères Keller (sans date).

 

 

LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.

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Publié le par Rhonan de Bar

VERSAILLES LES JARDINS.

Pierre de Nolhac.

LA PROMENADE DE VERSAILLES AU XXe SIÈCLE

Il n'est pas, à Versailles, de plus noble spectacle que celui qui s'offre des balcons de la Grande Galerie, ouverts sur les bassins du Parterre d'Eau. C'est la vue royale par excellence, celle qui suffirait à donner en quelques minutes une idée claire de la somptueuse création de Louis XIV.

Le visiteur est fatigué de son parcours à travers les trois étages de l'immense château. Il a rempli ses -yeux des décorations merveilleuses, des bois et des métaux finement travaillés, des mosaïques de marbre et des plafonds dorés. Il s'est ému dans les chambres royales aux souvenirs évoqués ; il s'est attardé dans les salles du Musée, vivantes des scènes et des portraits qui les animent. L'histoire et l'art des derniers siècles se sont révélés à lui dans ce qu'ils ont de plus français et de plus raffiné. Il est accablé de tant de grandeur et de magnificence, quand ses pas le ramènent en cette galerie fameuse, au centre de l'habitation, où viennent s'accumuler les plus rares ouvrages.

Les paysages qui s'encadrent en ces hautes fenêtres aux glaces étroites, que Venise envoyait au Grand Roi, apportent la surprise souhaitée, et l'artifice grandiose du palais y continue son enchantement.

Les fonds lointains, les horizons des collines boisées sont presque seuls purement naturels : les immenses pièces d'eau des Suisses et du Grand Canal peuvent sembler encore des lacs harmonieux, ramenés à la ligne symétrique par un travail à peine sensible ; mais, par degrés, en se rapprochant du Château, l'art se laisse voir, s'affirme et s'étale. Les gazons se découpent, les arbres se taillent, les eaux se concentrent en des margelles de marbre, les statues se multiplient. Autour de la maison royale, la nature est entièrement asservie ; tout y a été construit et manié de façon à ne plus laisser paraître que l'œuvre de l'homme.

La volonté d'un roi et le génie d'une époque ont fait d'un sol rebelle le plus riche jardin. Il faut un grand effort pour se rappeler qu'aucune partie des environs de Paris n'était plus sauvage et plus délaissée, quand Louis XIII y construisit un petit château et y établit un parc de chasse. Même après lui, ce n'était qu'un terrain boisé et marécageux, qui s'est transformé, sur le seul désir de Louis XIV, en ce brillant ensemble de plantations régulières, de bosquets, de pièces d'eau et de fontaines.

Les terrasses sont faites presque totalement de terres rapportées ; l'étroite butte primitive s'est élargie en proportions énormes pour asseoir le Château et ses abords. De chaque côté se découpent les parterres du Midi et du Nord, dessinant leurs arabesques, leurs rinceaux, leurs fleurs de lis.

Entre eux, devant la Galerie des Glaces, dorment deux larges nappes liquides, attendant que les gerbes rapides viennent, au signal voulu, en éveiller les vastes eaux. C'est ce qu'on appelle le Parterre d'Eau, désignation qui s'appliquait mieux à un état plus ancien de cette grande terrasse, où vraiment des courants d'eau, ingénieusement aménagés, formaient des dessins variés, semblables aux décors fleuris tracés par Le Nôtre; ils étaient entourés, d'ailleurs, de buis et de gazon.

Tout ce décor, riche en complications hydrauliques, s'est peu à peu simplifié en une conception plus belle.

Le Roi n'a voulu, sous les fenêtres de sa maison, pour en refléter l'harmonie, qu'un double et pur miroir qui n'en brisât point l'image. Sur le marbre qui les entoure, bientôt après se dressèrent de magnifiques groupes de bronze, exécutés en de grandes proportions, afin qu'on put en saisir la ligne des balcons de la Galerie.

Les deux nappes frissonnantes semblent répondre à celle du Canal, qui miroite dans le lointain. Autour d’elles, de tous côtés, à la descente des allées des parterres inférieurs, on aperçoit des vases chargés de fleurs et aussi de blanches statues qui semblent cheminer le long des charmilles.

Elles se détachent tantôt sur le ciel, tantôt sur les sombres verdures. On désire approcher et contempler de plus près ces formes harmonieuses, connaître le symbole qu'elles expriment et la pensée qu'elles réalisent. Et ne sont-elles pas comme les prêtresses du lieu, les gardiennes permanentes des jardins? Devant elles ont passé les générations disparues : elles ont vu la gloire des monarques, la grâce amoureuse des princesses ; les paniers de brocart et les habits brodés ont frôlé le marbre qui les porte ; elles assistèrent à l'heure du déclin et des tristesses; et c'est pourquoi, tout autour d'elles, l'atmosphère est comme chargée de souvenirs.

Elles sont pour nous encore bien autre chose que des témoins du passé. Les artistes de nos jours honorent les meilleures d'entre elles comme des chefs-d'œuvre; ils les contemplent et les étudient volontiers, quand il leur plaît de se rendre attentifs aux rêves et à la tradition de leurs aînés. Pourrions-nous faire mieux que de suivre leur exemple?

Si l'on songeait trop vite cependant que c'est un vaste Musée de la Sculpture française qui reste encore à parcourir en ces jardins, — une collection complète où tous les grands noms de deux siècles d'art incomparables sont représentés, — plus d'un promeneur sortant du Château hésiterait devant cette fatigue nouvelle. Mais l'enseignement qu'il en doit recueillir peut être pris dans le plaisir le plus reposant, dans la joie d'une belle journée, alors que les parfums montent des parterres fleuris et que l'air très pur vivifie l'attention et soutient la marche.

Après plusieurs heures passées dans les appartements, la promenade en ces jardins et ces bosquets, sans nous enlever du même milieu, est d'un charme apaisant et profond. Nous pouvons descendre sur la terrasse et visiter l'une après l'autre les œuvres qui s'harmonisent si bien avec l'architecture du parc et révèlent l'âme ingénue et magnifique de nos pères ; nous goûterons, en même temps, la fraîcheur des grands ombrages, que les années ont faits plus beaux.

La longue masse du Château se détache de partout, imposante et nette, sans qu'aucune plantation d'arbres en vienne interrompre les lignes. Vers l'aile du nord seulement, de hauts feuillages les rejoignent et semblent les prolonger. Mais l'édifice est entouré d'un espace immense, où toute la décoration reste basse et comme écrasée, afin de mieux faire valoir la construction majestueuse qui le domine et permettre de n'en perdre aucun détail.

Cette décoration fut difficile à exécuter, et, bien que l'idée principale n'ait guère varié, elle nécessita des tâtonnements et des remaniements multiples, dont les estampes anciennes gardent les traces. Louis XIV en aimait la pensée, et, pour réaliser son rêve, les recherches, les essais, les destructions ne le fatiguaient point. Après avoir changé trois fois l'aspect du Parterre d'Eau, il finit par être satisfait de celui qu'achevèrent ses architectes en l'année 1684.

Mais les courtisans, ceux surtout dont l'humeur fut de médire et qui restèrent mécontents par profession, se plaignaient de la nudité de ce grand espace et de l'incommodité du soleil à tous les abords du Château.

Entre toutes les critiques plus ou moins justifiées que provoquait Versailles, celle-ci passait pour la mieux fondée, et nous rappellerons Saint-Simon dénigrant les jardins, « dont la magnificence étonne, mais dont le plus léger usage rebute ». — « On n'y est conduit, ajoutait-il, dans la fraîcheur de l'ombre que par une vaste zone torride, au bout de laquelle il n'y a plus, où que ce soit, qu'à monter et à descendre. » Avec une humeur moins amère, nous souffrons aujourd'hui des mêmes inconvénients que les sujets du Grand Roi.

Et pourtant, ces chemins de sable, qui semblent trop larges à nos pas de flâneurs, étaient alors nécessaires pour le déploiement d'une cour somptueuse. De nos jours encore, on peut s'en rendre compte lorsqu'une fête officielle ou simplement le dimanche populaire des « Grandes Eaux » amène à Versailles une foule exceptionnelle de visiteurs. En dépit du léger ennui de nos premiers pas, n'hésitons point à nous engager dans l'espace aménagé devant le Château, entre les deux bassins, et allons contenter notre impatiente curiosité en face du couchant où fuit à l'horizon la perspective du Grand Canal.

A mesure que nous avançons, le Parterre de Latone se développe devant nous. En haut des marches qui y descendent, se dévoile brusquement l'élégante fontaine qui le nomme et que les yeux ne soupçonnaient pas, puisque, des balcons même de la Galerie des Glaces, elle ne se laissait point apercevoir.

Au centre du large parterre en fer à cheval, que bordent les ifs aux formes géométriques, est le charmant bassin, peuplé de figures de bronze doré, au milieu duquel s'élève, sur un massif en pyramide, le groupe de Balthazar Marsy, Latone et ses enfants. La mère d'Apollon et de Diane, à genoux et serrant son jeune fils, implore la justice de Jupiter, et le dieu change en grenouilles d'or, autour d'elles, les paysans de Lycie, coupables de lui avoir refusé assistance. La métamorphose continue dans les deux autres bassins du Parterre.

La place centrale accordée à un tel sujet, dans la décoration de Versailles, s'explique par l'idée mythologique qu'on retrouve aux points principaux du parc.

N'oublions pas que Latone est la mère d'Apollon, et que le dieu du Soleil est le symbole, la personnification céleste de Louis XIV. Tout au fond des jardins, au milieu de la perspective qu'on embrasse de ces degrés, c'est le motif du char d'Apollon qui répond à celui de Latone, et c'est à l'extrémité du Grand Canal qu'en certains jours de la belle saison le soleil se couche dans sa gloire.

À la cour du Grand Roi, chacun savait la signification de ces symboles; les artistes s'en inspiraient pour leurs compositions ; les madrigaux et les odes y multipliaient les allusions adulatrices; et La Fontaine nous conserve le sentiment des contemporains de Louis XIV, montrant le souverain, au lieu même où nous sommes placés, lorsqu'il vient contempler, à l'heure la plus belle, les admirables horizons de son domaine :

« Là, dans des chars dorés, le Prince avec sa cour.

Va goûter la fraîcheur sur le déclin du jour ;

L'un et l'autre soleil, unique en son espèce,

Etale aux regardants sa pompe et sa richesse.

 Phébus brille à l'envi du monarque françois;

On ne sait bien souvent à qui donner sa voix:

Tous deux sont pleins d'éclat et rayonnants de gloire ! »

Ces vers ne sont pas des meilleurs du poète, mais ils n'en demeurent pas moins fort instructifs et nous rappellent, dès le début de notre promenade, la pensée ordonnatrice de Versailles. Réjouissons nos yeux quelques instants de l'étendue du spectacle, du dessin harmonieux et double du parterre, de la blancheur des vases de marbre qui meublent les terrasses et que garnit une profusion de fleurs. A nos côtés, aux extrémités du large degré, se dressent deux vases de forme colossale, dont la proportion s'accorde avec les grands espaces dominés ici par le regard. Avec leur pied de marbre qui s'élance d'un cube de pierre, avec les hardies têtes de bélier qui forment les anses, et les souples couronnes de feuillage ornant le vaisseau, on les jugerait partout des œuvres admirables ; mais, en ce lieu, leur présence est significative, car le motif central offre précisément le « Soleil » de Louis XIV, le symbole fameux interprété suivant son désir, et qui est une tête triomphale auréolée de rayons.

(Fig 1) VASE DÉCORÉ DE SOLEILS. Marbre de Drouilli, au Parterre d'Eau.

(Fig 2) VASE DE LA PAIX. Marbre de .J.B.Tubi, sculpté en 1684 pour la terrasse devant le Château.

(Fig 3) LE VASE DE LA GUERRE. Marbre de Coysevox, sculpte en 1G84, pour la terrasse devant le Château.

(Fig 4) PLAN DES ABORDS DU CHATEAU. Tiré d'un album, daté de 1747, ayant appartenu au Roi Louis XV.

(Fig 5) LE PARTERRE DU MIDI. Dessiné par Le Nôtre et réalisé en 1684 (État actuel) (Dans le fond. l'Orangerie et la Pièce d’eau des Suisses).

(Fig 6) AMOUR SUR UN SPHINX. Groupe du Parterre du Midi Bronze fondu par Duval en 1670, d'après un modèle de Jacques Sarrazin; marbre de Lerambert.

(Fig 7) AMOUR SUR UN SPHINX. Groupe du Parterre du Midi Bronze fondu par Duval en 1670, d'après un modèle de Jacques Sarrazin; marbre de. Lerambert

(Fig 8) L'ARIANE DU VATICAN. Parterre du Midi. Marbre copié par Corneille Van Clève.

(Fig 9) VUE DU PARTERRE D'EAU. Après 1690 Détail d'une peinture de Jean Cotelle (Au premier plan, les suivantes de Vénus la regardent s'élever au ciel).

 

LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.

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Publié le par Rhonan de Bar
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LES JARDINS DE VERSAILLES

Pierre de Nolhac.

Avec ses souvenirs impérissables, son décor royal encore debout, avec son château, ses terrasses, ses marbres et ses fontaines, Versailles n'est qu'une harmonie. Tout s'y présente dans l'unité majestueuse d'une œuvre d'art accomplie; la construction, l'ornementation, le détail le plus modeste et l'ensemble le plus grandiose, tout obéit à la même pensée, la réalise, l'exalte et l'impose.

L'enchantement d'un passé, que cette forte conception révèle, saisit l'imagination dès que les grilles des jardins sont franchies. Pour que l'impression soit complète et ineffaçable, on devrait choisir, pour cette visite, un jour de solitude, au moment du printemps, alors que lès parterres de Le Nôtre se rajeunissent par la profusion des fleurs nouvelles, ou plutôt vers la fin de l'automne, quand, dans les allées désertes, les pas soulèvent avec les feuilles mortes une jonchée de souvenirs.

Au déclin de la saison, la maison de nos rois, alors abandonnée des foules, prend une force d'évocation plus souveraine, et les coulées d'or et de cuivre qui chamarrent les hauts feuillages s'accordent avec le rappel des splendeurs d'autrefois. L'âme la moins ornée, la pensée la moins vive est émue par la puissance d'un tel décor de tristesse et de beauté. Car ce n'est point en vain que ce parc de novembre, en sa somptuosité désolée, célèbre chaque année une commémoration magnifique de la royauté.

L'illusion devient maîtresse en ce lieu de fastueuse mélancolie ; on y sent revivre ceux qui l'animèrent, personnages de gloire, de noblesse, d'intrigue et d'amour; et c'est là surtout qu'on arrive à comprendre l'esprit de la monarchie française, dont ils furent l'orgueil, la parure ou le soutien. Versailles donnera des sensations plus profondes et plus rares à qui cherchera à le mieux connaître, à qui consentira à y vivre quelque temps, pour en pénétrer peu à peu le lent secret.

L'homme de loisir avisé, qui a pu réaliser ce rêve, nous dira comment le charme opère, comment il le subit tout d'abord, puis le goûte davantage à mesure qu'il le sent plus familier, et enfin comment il s'y livre avec un enthousiasme reconnaissant. Ce n'est pas qu'il y ait en cette ville une plus riche accumulation de souvenirs historiques qu'en tel autre lieu illustre; mais l'œuvre qui les con centre et les fait revivre dispose d'une force vraiment évocatrice, parce qu'elle ne disperse point l'émotion. Bien que l'art de Versailles soit un des plus vastes et des plus variés, toutes ses manifestations s'assemblent et se juxtaposent suivant les mêmes règles interprétées par des maîtres divers; elles obéissent aux lois d'équilibre et de noblesse qui sont les lois même de ce génie français, dont elles offrent une des parfaites images.

La création de Louis XIV, à peine retouchée et ornée par le XVIIIe siècle, et dont le siècle dernier n'a altéré que des détails, est sous nos yeux encore presque intacte et presque vivante.

Sous l'incantation de la pensée, aisément ressuscitent les scènes d'autrefois. L'escalier de Mansart nous conduit au seuil des appartements du Grand Roi ; voici l'antichambre de l'Œil-de Bœuf ; qui semble pleine encore de la rumeur des courtisans, du mouvement d'une cour impatiente de plaire au maître. Traversons la Chambre de parade, qui fut comme le centre de la monarchie et où mourut celui qui, par l'éclat unique de sa fortune, avait ébloui le monde. En suivant la Grande Galerie et les appartements de marbre et d'or, nous arrivons à la Chapelle où se célébrèrent les unions royales, les mariages princiers, les baptêmes des dauphins et aussi les pompeuses funérailles. De l'autre côté du Château, nous parcourons les appartements de la Reine et la chambre somptueuse où, pendant trois règnes, naquirent les Enfants de France. Et dans l'intimité des cours intérieures, inconnues du public d'aujourd'hui comme de celui de jadis, que de cabinets, de pièces secrètes, de passages et de réduits aux boiseries merveilleuses, où les reines devinrent de simples femmes, où Louis XV et Louis XVI se livrèrent à leurs divertissements, à leurs plaisirs si différents, où toutes les anecdotes de l'ancien régime prennent leur explication, pour qui sait patiemment identifier les emplacements et préciser les lieux.

Et maintenant que nous descendons dans les Jardins, il faut peu d'effort pour reprendre les promenades royales, se figurer qu'on suit Louis XIV, Monseigneur, Madame la duchesse de Bourgogne, alors que la longue file des « roulettes » se déroule LA REINE MARIE LECZINSKA Peinture de J. -B. Vanloo sur les pentes de Latone et sur les allées du Tapis Vert, pendant que les eaux glorieuses et délivrées jettent, sur les margelles de marbre, leur pluie jaillissante.

S'il est tel coin retire du parc de Versailles où le goût du temps de Louis XVI a fait quelques transformations « à l'anglaise », si l'on y revoit surtout les dames de Marie-Antoinette, avec les chapeaux de bergères et les robes de linon, Versailles garde avant tout la marque de son créateur dans les lignes intactes du Grand Siècle.

Les marbres et les bronzes sont encore à la place que leur désigna Charles Le Brun, où les ont vus Racine et Boileau ; les eaux ont perdu peu de chose de ces effets singuliers dont s'enchanta Madame de Sévigné ; les blanches marches, où grandissent çà et là, d'année en année, les taches roses, sont encore celles que balayait la traîne de Madame de Montespan, conduisant la promenade de la Cour.

Ces degrés, ces pièces liquides, ces parterres, ces larges perspectives ouvertes sur la plaine lointaine ou sur les bois de la colline, ce décor de fleurs, d'eau et de pierre, cet enchantement du regard et de la pensée, c'est encore l'œuvre ancienne qui rappelle à la postérité, autour du Versailles de Mansart, le nom de Le Nôtre. Dédaigné comme une grandeur morte, oublié longtemps par ceux-là même qui eussent dû en tenir le respect éveillé, méprisé aussi par tant d'artistes français déracinés de leur tradition, Versailles a repris, depuis peu d'années, la place d'exception et de gloire qu'à d'autres titres les siècles monarchiques lui avaient conférée.

Des peintres et des sculpteurs modernes s'intéressent passionnément à ce qu'il peut donner d'inspiration, de motifs et de modèles; des poètes, émus par la grâce fanée du parc endormi, célèbrent le charme de ses quatre saisons; un public toujours renouvelé de visiteurs proclame à voix haute l'admiration de ses découvertes, tandis qu'une petite église de dévots plus discrets sait à quels jours et à quelles heures célébrer le mieux son culte paisible.

Nous mesurons aujourd'hui, après l'avoir trop méconnu, ce qui manquerait au patrimoine de la nation et au témoignage de son génie, si Versailles eût été détruit. Ô Palais, horizon suprême des terrasses! Un peu de vos beautés coule dans notre sang.

Ainsi parlent, avec Albert Samain, tous ceux des nôtres qui expriment ou dirigent la sensibilité contemporaine. L'impertinence des vers d'Alfred de Musset sur « l'ennuyeux parc de Versailles » nous choque moins que son inintelligence, ne nous attriste; car il n'est pas de beauté plus émouvante que celle de ces architectures, où se composent avec tant d'harmonie les jeux de la lumière, de la verdure et des eaux. Nous y associons la sculpture qui les décore et qui représente, en sa maturité, cet art qui fut toujours un art de France. La convention pompeuse de la peinture de l'époque, l'esthétique impérieuse et tout italienne du grand ordonnateur Le Brun, n'ont eu presque nulle prise sur la robuste originalité de nos sculpteurs. Soumis aux nécessités d'un ensemble décoratif, ils ont su garder dans l'exécution les qualités de leur race et faire passer en leurs nobles figures souplesse et vérité. A ces vieux maîtres, prodigues de chefs-d'œuvre et pour lesquels nous avons été si ingrats, ce livre voudrait avant tout rendre hommage.

Telles sont les leçons faciles et fortes que donne Versailles. A quelques pas de Paris, la ville la plus agitée et la plus bruyante, les grands ombrages ouvrent un refuge de silence et de recueillement.

C'est un abri pour les amoureux du rêve et aussi un lieu d'élection pour les chercheurs de beauté. Celui qui a une fois pénétré Versailles ne se lasse donc pas d'y revenir. C'est un ensemble incomparable qu'offrent, sans jamais l'épuiser, à la joie de son esprit, au plaisir de ses yeux, ce château qui, par sa structure même, est l'image éloquente de la monarchie; ces jardins qu'une volonté singulièrement forte a fait surgir du terrain le plus ingrat ; ce parc, aux lointaines percées, où semble sonner encore l'hallali des chasses royales, et ces larges surfaces d'eau vivante qui reflètent, depuis deux siècles et demi, le ciel changeant et léger de l'Ile-de-France.

(Fig 1) LE ROI LOUIS XIV. Peinture de Charles Le Brun (1619-1690)

(Fig 2) NYMPHE ET AMOUR, par Philippe Magnier. Groupe de bronze, au Parterre d'Eau, fondu par les frères Keller, en 1690.

(Fig 3) LOUIS XIV EN PROMENADE DANS LES JARDINS DE VERSAILLES Détail d’un tableau de P.-D. Martin, représentant la fontaine de l’Obélisque.

(Fig 4) LE BOSQUET DU THÉÂTRE D’EAU, aujourd'hui détruit. Estampe de J.Rigaud. PLAN DU BOSQUET DU THÉÂTRE D’EAU. Tiré d’un album ayant appartenu au Roi Louis XIV.

(Fig 5) ANDRÉ LE NOTRE, ARCHITECTE DU ROI (1613-1700) Peinture de Carlo Maratta.

(Fig 6) NEPTUNE ET AMPHITRITE Groupe de plomb du Bassin de Neptune, exécuté par Sigisbert Adam en 1740.

(Fig 7) LA REINE MARIE LECZINSKA. Peinture de J.-B. Vanloo.

(Fig 8) FONTAINE DE DIANE. Groupe d'animaux de bronze, par Van Clive

(Fig 9) LA REINE MARIE-ANTOINETTE ET LOUIS XVI EN PROMENADE DANS LES JARDINS DE VERSAILLES. Détail d'une peinture de Hubert Robert.

(Fig 10) PROJET POUR UNE FONTAINE DE PLOMB (AUJOURD'HUI DÉTRUITE) DU BOSQUET DU THÉATRE D'EAU.  Dessin de Charles Le Brun.

 

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LA CITÉ DE  CARCASSONNE.  EUGÈNE-EMMANUEL VIOLLET LE DUC.

HISTORIQUE

DESCRIPTION DES DÉFENSES DE LA CITÉ...(Fin)

 

...Nous ne devons pas passer sous silence un fait très curieux touchant l'histoire de la construction. La plupart des portes et fenêtres des tours du château, du côté de la cour, sont couronnées par des linteaux en béton. Ces pierres factices ont beaucoup mieux résisté aux agents atmosphériques que les pierres de grès; elles sont composées d'un mortier parfaitement dur, mêlé de cailloux concassés de la grosseur d'un œuf, et ont dû être façonnées dans des caisses de bois. Après avoir observé en place quelques-uns de ces linteaux, mon attention ayant été éveillée, j'ai retrouvé une assez grande quantité de ces blocs de béton dans les restaurations extérieures des murailles des Visigoths entreprises au XIIe siècle. Il semblerait que les constructeurs de cette dernière époque, lorsqu'ils avaient besoin de matériaux résistants d'une grande dimension relative, aient employé ce procédé qui leur a parfaitement réussi; car aucun de ces linteaux ne s'est brisé, comme il arriva fréquemment aux linteaux de pierre.

Après avoir franchi la porte du château, on entre dans une cour spacieuse, entourée aujourd'hui de constructions modernes qui ont été accolées aux courtines et tours. Ces constructions ont été élevées sur l'emplacement de portiques datant du XIIIe siècle et dont on retrouve toutes les amorces. Des traces d'incendie sont apparentes sur les parements des constructions du XIIe siècle, et font supposer que ces portiques ont remplacé des constructions de bois garnissant l'intérieur de la cour avant les restaurations entreprises par Louis IX et Philippe le Hardi. Du côté de l'est et du nord les murailles n'étaient doublées que par un simple portique. Du côté sud, s'élève un bâtiment dont toute la partie inférieure date du XIIe siècle et la partie supérieure de la fin du XIIIe avec remaniement au XVième. Ce bâtiment contenait, à rez-de-chaussée, des cuisines voûtées en berceau tiers-point, avec une belle porte plein cintre ouverte dans le pignon. Il sépare la grande cour d'une seconde cour donnant du côté du sud et fermée par une forte courtine du XIIe siècle, complétement restaurée au XIIIième. A cette courtine était accolée une construction présentant un très-large portique à rez-de-chaussée, avec salle au premier étage. On voit encore en place, le long de la courtine, tous les corbeaux de pierre qui supportaient le plancher de cette salle, une belle cheminée dont les profils et les sculptures appartiennent à l'époque de saint Louis; et, à l'angle de la tour carrée n° 31, dite tour Peinte, l'amorce des piles du portique inférieur. Une grande fenêtre carrée à meneaux éclairait du côté sud, vers Saint-Nazaire, la grande salle du premier étage. Cette fenêtre est élevée au-dessus du plancher intérieur, et la disposition du plafond qui fermait l'ébrasement est telle, que les projectiles lancés du dehors ne pouvaient pénétrer dans la salle. A l'angle sud-ouest du château s'élèvent d'énormes constructions, sortes de donjons ou réduits, indépendants les uns des autres, qui commandaient les cours et les dehors. La plus élevée, mais la plus étendue de ces bâtisses, est la tour dite Peinte, n° 31, qui domine toute la cité dont elle était la guette principale. Cette tour, sur plan barlong, ne pouvait contenir et ne contenait en effet qu'un escalier de bois, car elle n'est divisée, dans toute sa hauteur, par aucune voûte ni aucun plancher. Une seule petite fenêtre romane, percée vers la moitié de sa hauteur, s'ouvre sur la campagne, du côté de l'Aude. Cette tour est intacte; on voit encore son crénelage supérieur avec les trous des hourds très-rapprochés, comme pour établir une galerie extérieure saillante, en état de résister aux vents terribles de la contrée.

Le plan de la tour n° 35 du château, dite du Major (l'une de celles d'angle, l'autre tour n° 32 étant semblable), est fort intéressant à étudier. Ces deux tours d'angle sont les seules qui contiennent des escaliers à vis, en pierre. Les tours n° 32, 33, 35 et 36 sont défendues comme les deux tours de la porte : mêmes petites salles voûtées en calottes hémisphériques, mêmes dispositions des crénelages, des meurtrières et hourds, même combinaison de combles pyramidaux.

Mais c'est sur le front ouest que l'étude du château de la cité est particulièrement intéressante. Le côté occidental est celui qui regarde la campagne et qui fait face à la grosse barbacane bâtie en bas de l'escarpement.

Pour bien faire comprendre les dispositions très-compliquées de cette partie du château, il faut que nous descendions à la barbacane, et que, successivement, nous passions par tous les détours si ingénieusement combinés pour rendre impossible l'accès du château à une troupe armée.

Malheureusement, la barbacane fut démolie il y a cinquante ans environ pour bâtir une usine le long de l'Aude. Cette destruction est à jamais regrettable, car, au dire de ceux qui ont vu ce bel ouvrage, il produisait un grand effet et était élevé en beaux matériaux. Je n'ai pu retrouver, en fouillant assez profondément, que ses fondations et ses premières assises, ce qui permettait seulement de reconnaître exactement et sa place et son diamètre.

La barbacane avait été élevée très-probablement sous saint Louis, comme la plupart des adjonctions et restaurations faites au château. Elle était percée de deux rangs de meurtrières et était couronnée par un chemin de ronde crénelé avec hourds. Elle n'était point couverte, sa grande étendue ne le permettant guère, mais devait posséder à l'intérieur des galeries de bois facilitant l'accès aux meurtrières, et formant un abri pour les défenseurs.

La porte était percée dans l’angle rentrant, côté nord, sur le flanc de la grande caponnière qui monte à la cité (fig 14) en B. Cette caponnière ou montée, fortifiée des deux côtés, est assez étroite à sa base près de la barbacane. Elle s’élargie en E jusqu’au point où, formant un coude, elle se dirige perpendiculairement au front du château, afin d’être enfilée par les assiégés postés sur les chemins de ronde de la double enceinte ou dans le château même ; puis, ayant atteint le pied de l’enceinte, la caponnière se détourne en E’ à droite, longe cette enceinte du nord au sud, pour atteindre une première porte dont il ne reste que les pieds-droits. Ces rampes E sont crénelées à droite et à gauche. Leur montée est coupée par des parapets chevauchés. En F était un mur de garde en avant de la première porte ; ayant franchi cette première porte, on devait longer un deuxième mur de garde, passer par une barrière, se détourner brusquement à gauche, et se présenter devant une deuxième porte G, en étant battu de flanc par les gens de la deuxième enceinte.

Alors on se trouvait devant un ouvrage considérable et bien défendu ; c’est un couloir long, surmonté de deux étages, sous lesquels il fallait passer. Le premier de ces étages battait la porte G et était percé de machicoulis s’ouvrant sur le passage ; le deuxième étage était en communication avec les crénelages supérieurs, battant soit la rampe, soit l’espace G. Le plancher du premier étage ne communiquait avec les lices que par une porte étroite. Si l’ennemi parvenait à occuper cet étage, il était pris comme dans une souricière, car, la petite porte fermée sur lui, il se trouvait exposé aux projectiles tombant des machicoulis du deuxième étage ; et l’extrémité du plancher de ce premier étage était interrompue en H, du côté opposé à l’entrée, il était impossible à cet assaillant d’avancer. S’il parvenait à franchir sans encombre le couloir à rez-de-chaussée, il était arrêté à la porte H percée dans une traverse couronnée par les machicoulis du troisième étage, communiquant avec les chemins de ronde du château. Si, par impossible, les assiégeants s’emparaient du deuxième étage, ils ne trouvaient d’autre issue qu’une petite porte latérale donnant dans une salle établie sur des arcs, en dehors du château, et ne communiquant avec l’extérieur que par des détours qu’il était facile de barricader en un instant et qui d’ailleurs était fermée par des ventaux. Si, malgré tous ces obstacles accumulés, les assiégeants forçaient la troisième porte H, il leur fallait alors attaquer la poterne I du château, protégée par un système de défense formidable : des meurtrières, deux machicoulis placés l’un au-dessus de l’autre, un pont avec un plancher mobile, une herse er des ventaux. Se fût on emparé de cette porte, qu'on se trouvait à 7 mètres en contre-bas de la cour intérieure L, à laquelle on n'arrivait que par des degrés étroits, défendus, et en passant à travers plusieurs portes en K.

En supposant que l'attaque fût poussée par les lices du côté de la porte de l'Aude, on était arrêté par un poste T et par une porte avec ouvrages de bois et un double mâchicoulis percé dans le plancher d'un étage supérieur communiquant avec la grande salle sur N du château, au moyen d'un passage de charpente qui pouvait être détruit en un instant; de sorte qu'en s'emparant de cet étage supérieur on n'avait rien fait.

Si après avoir franchi l'ouvrage T, on poussait plus loin sur le chemin de ronde, le long de la tour carrée S, on rencontrait bientôt une garde avec porte bien munie de mâchicoulis et bâtie perpendiculairement au couloir G H. Après cette porte, c'était une troisième porte étroite et basse percée dans la grosse traverse Z qu'il fallait franchir; puis, on arrivait à la poterne I du château.

Si, au contraire, l'assaillant se présentait du côté opposé, par les lices du nord, il était arrêté par une défense V, mais de ce côté l'attaque ne pouvait être tentée, car c'est le point de la cité qui est le mieux défendu par la nature. La grosse traverse Z qui, partant de la courtine du château, s'avance à angle droit jusque sur la montée de la barbacane, était couronnée par des mâchicoulis transversaux qui commandaient la porte H et par une échauguette crénelée qui permettait de voir ce qui se passait dans la caponnière, afin de prendre les dispositions intérieures nécessaires, ou de reconnaître les corps ami[1].

Cette partie des fortifications de la cité carcassonnaise est certainement la plus intéressante; malheureusement, elle ne présente plus que l'aspect d'une ruine. C'est en examinant scrupuleusement les moindres traces des constructions encore existantes, que l'on peut reconstituer ce bel ouvrage. Je dois dire, toutefois, que peu de points restent vagues et que le système de la défense ne présente pas de doutes. Il s'accorde parfaitement avec les dispositions naturelles du terrain, et ces ruines sont encore pleines de fragments qui donnent non-seulement la disposition des constructions de pierre, mais encore les attaches, prises et scellements des constructions de bois, des planchers et gardes.

Une vue cavalière du château et de la barbacane restaurés, que nous donnons ci-après, figure 15, présente l'ensemble de ces ouvrages.

Un plan de la cité et de la ville de Carcassonne, relevé en 1774, antérieurement par conséquent à la destruction de la barbacane, mentionne, dans la légende, un grand souterrain existant sous le boulevard de la Barbacane, mais depuis longtemps comblé. Je n'ai pu retrouver la trace de cette construction, à l'existence de laquelle je ne crois guère. Si ce souterrain a jamais existé, il devait établir une communication entre la barbacane et le moulin fortifié dit du Roi, afin de permettre à la garnison du château d'arriver à couvert jusqu'à la rivière.

Nous avons fait le calcul du nombre d'hommes strictement nécessaire pour défendre la cité de Carcassonne.

L'enceinte extérieure de la cité de Carcassonne possède 14 tours; en les supposant gardées chacune par 20 hommes, cela fait : 280 hommes

Vingt hommes dans chacune des trois barbacanes 60 ; Pour servir les courtines sur les points attaqués 100 ; L'enceinte intérieure comprend 24 tours à 20 hommes par poste ; en moyenne. 480 ; Pour la porte Narbonnaise. 50 ; Pour garder les courtines 100 ; Pour la garnison du château 200 soit 1270. Ajoutons à ce nombre d'hommes les capitaines, un par poste ou par tour, suivant l'usage 53 soit : 1323.

Il s'agit ici des combattants seulement; mais il faut ajouter à ce chiffre les servants, les ouvriers qu'il fallait avoir en grand nombre pour soutenir un siége : soit au moins le double des combattants. Ce nombre, à la rigueur, était suffisant pour opposer une résistance énergique à l'ennemi, dans une place aussi bien fortifiée.

Les deux enceintes n'avaient pas à se défendre simultanément, et les hommes de garde, dans l'enceinte intérieure, pouvaient envoyer des détachements pour défendre l'enceinte extérieure. Si celle-ci tombait au pouvoir de l'ennemi, ses défenseurs se réfugiaient derrière l'enceinte intérieure. D'ailleurs, l'assiégeant n'attaquait pas tous les points à la fois. Le périmètre de l'enceinte extérieure est de 1,400 mètres sur les courtines; donc c'est environ un combattant par mètre courant qu'il fallait compter pour composer la garnison d'une ville fortifiée comme la cité de Carcassonne.

Voici le nom des tours des deux enceintes en se rapportant aux numéros inscrits sur le plan général:

ENCEINTE EXTÉRIEURE.

1. Barbacane dela porte Narbonnaise. 2 Tour de Bérard, dite aussi de Saint-Bernard. 3 Tour de Bénazet. 4. Tour de Notre-Dame, dite aussi de Rigal. 5. Tour de Mouretis. 6. Tour de la Glacière. 7. Tour de la Porte-Rouge. 8. Grande barbacane extérieure du château.  9 Avant-porte de l'Aude. 10. Tour du petit Canizou. 11. Tour de l'Évêque, appartenant aux deux enceintes. 12. Tour du grand Canizou. 13. Tour du grand Brûlas.  14. Tour d'Ourliac.
15. Tour Crémade, barbacane de là poterne Saint-Nazaire. 16. Tour Cautières. 17. Tour Pouleto. 18. Tour de la Vade, dite aussi du Papegay. 19. Tour de la Peyre.

ENCEINTE INTÉRIEURE.

20. Tours et porte Narbonnaise. 21. Tour du Trésau, dite aussi du Trésor. 22. Tour du moulin du Connétable. 23. Tour du Vieulas. 24. Tour de la Marquière. 25. Tour de Sanson. 26. Tour du moulin d'Avar. 27, Tour de la Charpentière. 37. Tour de la Justice. 38. Tour Visigothe. 39. Tour de l'Inquisition. 40 Tour de Cabuzac. 41. TourMipadre, dite aussi tour du Coin ou de Prade. 42. Tour du Moulin. 43. Tour et poterne de Saint-Nazaire. 44. Tour Saint-Martin. 45. Tour des Prisons. 46. Tour de Castera. 47. Tour du Plô. 48. Tour de Balthazar. 49. Tour de Darejean ou de Dareja. 50. Tour Saint-Laurent. 51. Escalier descendant à la poterne de la tour de la Peyre. 52. Tour du Trauquet. 53. Tour de Saint-Sernin.

CHATEAU.

28. Tour de la Chapelle. 29. Tour de la Poudre. 30. Avant-porte du château. 31. Tour Peinte, Guette. 32. Tour Saint-Paul. 33. Porte du château. 34. Tour des Casernes. 35. Tour du Major. 36. Tour du Degré. 54. Barbacane intérieure du château.

ÉGLISE DE SAINT-NAZAIRE

ANCIENNE CATHÉDRALE.

Cette église se compose d'une nef dont la construction remonte à la fin du XIIe siècle ou au commencement du XIIe siècle et d'un transept avec abside et chapelles, datant du commencement du XIVe siècle.

Nous n'entreprendrons pas une discussion sur les édifices qui ont pu précéder l'église que nous voyons aujourd'hui, et dont les parties les plus anciennes ne remontent pas au-delà de l'année 1090. Nous n'essayerons pas davantage de pénétrer les motifs qui firent reconstruire le sanctuaire, le transept et les chapelles au commencement du XIVe siècle, les documents historiques faisant absolument défaut. Mais, ce qui est certain, c'est que ces constructions du s XIVe siècle ont été relevées sur les fondations romanes retrouvées partout, et notamment dans la crypte du XIe  siècle que nous avons découverte sous le sanctuaire, en 1857, et qui fut alors déblayée. Seules, les voûtes de cette crypte avaient été détruites pour abaisser le sol de ce sanctuaire au XIVe siècle. Elles ont été remplacées par un plafond de pierre qui laisse apercevoir les anciennes piles et les murs percés de petites baies.

La nef romane présente une disposition qui a été adoptée assez fréquemment dans les églises provençales et du bas Languedoc. La voûte centrale, en berceau avec arcs-doubleaux, est contre-butée par les voûtes également en berceau, couvrant les collatéraux très-étroits. Cette nef n'est donc éclairée que par les fenêtres des murs latéraux. Une porte plein cintre, datant du commencement du XIIe siècle, s'ouvre dans le bas-côté nord ; car autrefois la façade occidentale de la nef, ainsi que nous l'avons dit précédemment, était voisine des remparts et contribuait à leur défense. Sa base était seulement percée d'une très-petite porte qui s'ouvrait dans un couloir dont on aperçoit les amorces.

Vers 1260 fut accolée au flanc sud du transept roman, une chapelle dont le sol est au niveau du pavé de l'ancien cloître, c'est-à-dire à 2 mètres environ au-dessous du sol de l'église. Cette chapelle renferme le tombeau de l'évêque Radulphe, dont l'inscription donne la date de 1266, comme étant celle de la mort du prélat. C'est sur les instances de cet évêque que les habitants des faubourgs de la cité, proscrits à la suite du siége entrepris par le vicomte Raymond de Trincavel, furent autorisés à rebâtir leur ville de l'autre côté de l'Aude. Ce tombeau est un monument fort intéressant, bien que la figure du personnage, traitée en bas-relief, soit médiocre; le simulacre du sarcophage qui la porte donne une série de figurines d'une conservation parfaite, représentant les chanoines de la cathédrale dans leur costume de chœur. Ce soubassement est intact, car le sol de la chapelle ayant été relevé au niveau de celui du transept, les parties inférieures du monument sont restées enterrées pendant des siècles et ont été ainsi préservées des mutilations. Le chœur, le transept et les chapelles ont été élevés sous l'épiscopat de Pierre de Roquefort, de 1300 à 1320. Le plan roman a été suivi dans la construction de cette partie de l'église, et c'est pourquoi les deux bras de ce transept présentent une disposition originale qui appartient seulement à quelques édifices de l'école romane du Midi, antérieure au XIIIe  siècle.

En effet, sur chacun de ces bras de la croix s'ouvrent trois chapelles orientées, séparées seulement par des claires-voies au-dessus d'une arcature de soubassement aveugle. Quatre des piliers qui forment la séparation de ces chapelles sont cylindriques comme pour rappeler ceux de la nef du XIIe  siècle.

L'évêque Pierre de Roquefort sembla vouloir faire de sa cathédrale de Saint-Nazaire, si modeste comme étendue, un chef-d'œuvre d'élégance et de richesse. Contrairement à ce que nous voyons à Narbonne, où la sculpture fait complétement défaut, l'ornementation est prodiguée dans l'église de Saint-Nazaire. Les verrières, immenses et nombreuses (car ce chevet et ce transept semblent une véritable lanterne), sont de la plus grande magnificence comme composition et couleur. Le sanctuaire, dont les piliers sont décorés des statues des Apôtres, était entièrement peint. Les deux chapelles latérales de l'extrémité de la nef, au nord et au sud, ne furent probablement élevées qu'après la mort de Pierre de Roquefort, car elles ne se relient point au transept comme construction, et, dans l'une d'elles, celle du nord, est placé, non pas après coup, le tombeau de cet évêque, l'un des plus gracieux monuments du XIVe siècle que nous connaissions.

Les grands vents du sud-est et de l'ouest qui régnent à Carcassonne avaient fait ouvrir la porte principale sur le flanc nord de la nef romane; une autre porte est percée dans le pignon du bras de croix nord; et dans l'angle de ce bras de croix est un joli escalier en forme de tourelle saillante. Des deux côtés du sanctuaire, entre les contre-forts, sont disposés deux petits sacraires qui ne s'élèvent que jusqu'au-dessous de l'appui des fenêtres. Ces sacraires sont munis d'armoires doubles, fortement ferrées et prises aux dépens de l'épaisseur des murs. Ils servaient de trésors, car il était l'usage de placer, des deux côtés du maître autel des églises abbatiales ou cathédrales, des armoires destinées à renfermer les vases sacrés, les reliquaires et tous les objets précieux.

Outre les tombeaux des évêques Radulphe et Pierre de Roquefort on voit, sur les parois du sanctuaire, côté de l'évangile, un beau tombeau en albâtre d'un évêque dont la statue est couchée sur un sarcophage et que l'on dit être Simon Vigor, archevêque de Narbonne, mort à Carcassonne en 1575. Ce tombeau et la statue datant du xive siècle ne peuvent, par conséquent, être attribués à ce prélat. Nous signalerons une autre erreur. On a placé dans l'église de Saint-Nazaire une dalle funéraire que l'on donne comme ayant appartenu au tombeau du fameux Simon de Montfort. D'abord le tombeau de Simon de Montfort fut élevé près de Montfort l'Amaury, dans l'église de l'abbaye des Hautes-Bruyères, et, s'il y eut jamais à Carcassonne un monument dressé à sa mémoire, après la levée du siége de Toulouse, ce ne pourrait être une dalle funéraire. Puis la gravure de cette dalle, l'inscription, sont tracées par un faussaire ignorant et inhabile. Toutefois, cette dalle ayant été retrouvée, dit-on, sans qu'on ait su exactement où et comment, et donnée à l'église de Saint-Nazaire, nous n'avons pas cru devoir la rejeter.

On voit, incrusté dans la muraille de la chapelle de droite, un fragment d'un bas-relief d'un intérêt plus sérieux en ce qu'il présente l'attaque d'une place forte. Ce fragment, quoique d'un travail très-grossier, date de la première moitié du XIIIe siècle. L'assaillant essaye de forcer les lices d'une ville entourée de murailles, et les assiégés font jouer un mangonneau. On a cru voir dans ce bas-relief une représentation de la mort de Simon de Montfort, tué devant les murs de Toulouse par la pierre d'un engin servi par des femmes, sur la place de Saint-Sernin. L'hypothèse n'a rien d'invraisemblable, ce bas-relief datant de l'époque de ce siége, et des anges enlevant dans les airs l'âme d'un personnage, sous la forme humaine, qui peut bien être celle de Simon de Montfort.

Parmi les plus belles verrières qui décorent les fenêtres de la cathédrale de Saint-Nazaire, il faut citer celle de la première chapelle près du sanctuaire, côté de l'épître, et qui représente le Christ en croix, avec la tentation d'Adam, des prophètes tenant des phylactères sur lesquels sont écrites les prophéties relatives à la venue et à la mort du Messie. Ce vitrail, comme entente de l'harmonie des tons, est un des plus remarquables du XIVe siècle. Toutes les autres verrières a sujets légendaires datent de cette époque. Mais dans le sanctuaire, il existe deux fenêtres garnies, au XVIe siècle, de vitraux d'une grande valeur qui appartiennent à la belle école toulousaine de la Renaissance. Les grisailles sont modernes et ont été fabriquées à l'aide des fragments anciens qui existaient encore. Les vitraux des deux roses et des deux chapelles de la nef sont anciens et ont été simplement restaurés avec le plus grand soin.

La sacristie, jointe à la chapelle de l'évêque Radulphe, a été construite en même temps que cette chapelle, puis réparée au XVe siècle.

 


[1] Notre figure 12 fait voir en C la barbacane du côté de la ville avec sa porte en A'; en 0, la porte du château; en L, la grande cour; en P, le logis contenant les cuisines, en M, la deuxième cour avec le portique N sur lequel est établie la grande salle; en Q et R, les logis, donjons, en D, la grande barbacane, et en X et V les tours du XIIe siècle.

 

 

Figures 13. 14. 15Figures 13. 14. 15Figures 13. 14. 15

Figures 13. 14. 15

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LA CITÉ DE  CARCASSONNE. EUGÈNE-EMMANUEL VIOLLET LE DUC.

HISTORIQUE

DESCRIPTION DES DÉFENSES DE LA CITÉ...suite.

 

On voit en e' la porte de l'escalier e, et en d'la porte de l'escalier d du plan. Cette dernière porte est défendue par une échauguette f, à laquelle on arrive par un degré de six marches. En h" commence l'escalier qui met en communication les deux étages A et B. Une couche de terre posée en k empêche le feu, qui pourrait être mis au comble / par les assiégés, d'endommager le plancher supérieur. La figure 10 donne la coupe de cette tour suivant l'axe perpendiculaire au front. En d" est la porte donnant sur l'escalier d. Les hourds sont posés en m. En p est tracé le profil de l'escarpement avec le prolongement des lignes de tir des deux rangs de meurtrières des étages A et B. Il n'est pas besoin de dire que les hourds battent le pied o de la tour.

Une vue perspective (fig. 11), prise des lices (point x du plan C), fera saisir les dispositions intérieures de cette défense.

Les approvisionnements des hourds et chemins de ronde de la tour se font, par le créneau c du plan C, au moyen d'un palan et d'une poulie, ainsi que le fait voir le tracé perspectif. Ici la tour ne commande que l'un des chemins de ronde (voyez la coupe, figure 9). Lors de la construction sous saint Louis, elle commandait les deux courtines; mais sous Philippe le Hardi, lorsqu'on termina les défenses de la cité, on augmenta, ainsi qu'on l'a vu plus haut, le relief de quelques-unes des courtines de l'enceinte extérieure qui ne paraissaient pas avoir un commandement assez élevé. C'est à cette époque que le crénelage G fut remonté au-dessus de l'ancien crénelage //, sans qu'on ait pris la peine de démolir celui-ci; de sorte qu'extérieurement ce premier crénelage H reste englobé dans la maçonnerie surélevée. En effet, le terrain extérieur s'élève comme le terrain des lices de a en b (voyez les plans), et les ingénieurs, ayant cru devoir adopter un commandement uniforme des courtines sur le dehors, aussi bien pour l'enceinte extérieure que pour l'enceinte intérieure, on régularisa, vers 1285, tous les reliefs. Il faut dire aussi qu'à cette époque on ne donnait plus guère un commandement important aux tours sur les courtines qu'aux saillants, ou sur quelques points où il était utile de découvrir les dehors au loin.

Pour les grands fronts, les tours flanquantes n'ont, sur les courtines, qu'un faible commandement, et cette disposition est observée pour le grand front sud-est de l'enceinte intérieure de la cité, réparé et couronné par Philippe le Hardi.

La disposition de cette tour de l'enceinte extérieure que nous venons de donner est telle, que cet ouvrage ne pouvait se défendre contre l'enceinte intérieure; car, non-seulement cette tour est dominée de beaucoup, mais elle est, du côté des lices, nulle comme défense.

Nous avons parcouru et décrit les points les plus importants des deux enceintes de la cité. Revenant à la porte Narbonnaise, d'où nous sommes partis, et montant en ville à travers une rue étroite et tortueuse, on arrive, en se dirigeant vers l'ouest, au château bâti sur le point culminant de la cité.

J'ai dit que la plus grande partie des constructions de cette citadelle remontait au commencement du XIIe siècle. Le premier ouvrage qui se présente du côté de la ville est une barbacane bâtie au XIIIe siècle, semi-circulaire, crénelée avec chemins de ronde (voyez le plan général, fig. 16) et dans laquelle est percée une avant-porte. Cette première porte n'était défendue que par des meurtrières et des créneaux garnis de doubles volets, un mâchicoulis et des vantaux de bois. C'est, comme on peut le voir, une charmante construction, bien faite et passablement conservée.

Le plancher de bois et les combles seuls ont été enlevés, mais la trace de ces compléments est si apparente, qu'on ne peut se méprendre sur leur disposition. L'étage supérieur de la porte était ouvert du côté du château, afin d'empêcher les assaillants qui s'en seraient rendus maîtres de se défendre contre la garnison renfermée dans le château. Un large fossé protégé trois des fronts de cette citadelle, le quatrième donnant sur les escarpements faisant face à l'Aude.

Un pont, reconstruit en partie à une époque assez récente, donnait accès à la seule porte du château sur le front faisant face à la ville. Les piles de ce pont datent du XIIIe  siècle, et les deux dernières, proches l'entrée, sont disposées de telle façon qu'un plancher mobile en bois devait s'y appuyer.

L'assaillant trouvait un premier obstacle formé d'une barrière de bois couverte d'un appentis. Cet obstacle détruit, supposant le plancher mobile enlevé, il avait à franchir un fossé d'une largeur de 2 mètres pour arriver à la première herse défendue par un mâchicoulis. Derrière cette herse est une porte de bois, un second mâchicoulis, une seconde herse et une seconde porte. La première herse se manœuvrait du deuxième étage. La deuxième herse était servie dans une petite chambre disposée immédiatement au-dessus du passage.

Les deux tours qui flanquent cette entrée renferment deux étages voûtés en calotte hémisphérique, et percés de meurtrières; les deux étages supérieurs sont séparés par un plancher. Ces deux étages supérieurs mettent, sans murs de refend, les deux tours en communication avec le dessus du passage. On ne pouvait arriver à ces étages que par un escalier de bois disposé contre la paroi plate de la porte, du côté de la cour ou par les chemins de ronde des courtines. Les salles voûtées ne sont éclairées que par les meurtrières. Le troisième étage prend jour sur la cour par une charmante fenêtre romane à doubles cintres posés sur une colonnette de marbre avec chapiteau sculpté, et par une très petite ouverture donnant latéralement au-dessus de l'entrée à l'extérieur. Cette dernière fenêtre était percée pour permettre aux assiégés qui servaient la première herse de voir ce qui se passait à l'entrée et de prendre leurs dispositions en conséquence, sans se démasquer. Bien que les tours affectent la forme cylindrique à l'extérieur, à l'intérieur les parements des étages supérieurs sont à pans coupés. Cette construction était évidemment faite pour faciliter l'établissement de la charpente des combles. Il est beaucoup plus facile de tailler et de poser une charpente en pavillon sur un plan polygonal que sur un plan circulaire; le plan circulaire exige pour les sablières des bois courbes, pour la pose des chevrons des assemblages compliqués. A la fin du xie siècle on ne devait pas être fort habile dans ces sortes de constructions, qui, un siècle et demi plus tard, étaient arrivées à un degré de perfection remarquable; aussi ne doit-on pas s'étonner de voir cette forme de charpentes pyramidales adoptée pour toutes les tours primitives du château. Les constructeurs rachetaient les différences de saillies produites par la forme circulaire du parement extérieur par des coyaux.

Du deuxième étage on communique au premier au moyen d'une trappe ouverte dans la voûte hémisphérique. Cette trappe, percée derrière la petite fenêtre qui permet de guetter l'entrée, était destinée à transmettre des ordres aux gens qui servaient la deuxième herse dans la petite salle du premier étage, soit pour faire tomber rapidement cette herse en cas d'attaque, soit pour la lever lorsqu'un corps rentrait; car on observera que les servants de la deuxième herse ne peuvent voir ce qui se passe à l'extérieur que par une meurtrière très-étroite, ou par le mâchicoulis ouvert devant cette deuxième herse.

Dans cet ouvrage de défense si complet et dont nous donnons les coupes figure 12, tout est disposé pour que le commandement puisse venir du haut, là où les moyens de défense les plus efficaces étaient déployés, et là, par conséquent, où devait se tenir le capitaine de la tour au moment de l'attaque. Nos vaisseaux de guerre, avec leurs écoutilles, leurs porte-voix et leurs batteries basses, peuvent donner une idée des moyens de transmission du commandement alors en usage dans les ouvrages de fortification (1).

Tous les couronnements des murailles et des tours du château élevé vers le commencement du XIIe siècle étaient défendus en temps de guerre par des hourds très-saillants, car on remarquera que les trous par lesquels passaient les pièces de bois en bascule portant ces hourds, sont doubles, percés à 0m,60 environ l'un au-dessus de l'autre, afin de soulager la portée des pièces supérieures recevant le plancher par des cordelets et des liens de charpente. La pose de ces hourds devait être moins expéditive que celle des hourds du xine siècle portés par de fortes solives en bascule. Toutefois elle pouvait se faire sans trop de difficulté en supposant les liens assemblés par embrèvement, sans tenons ni mortaises, ce qui, du reste, eût été inutile, puisque les pièces de bois traversant les murs étaient parfaitement fixes et ne pouvaient dévier ni à droite ni à gauche. Un charpentier (fig. 13) à cheval sur la solive horizontale supérieure, adossé à la muraille, pouvait assembler le lien par le côté à coups de maillet, en ayant le soin de le retenir préalablement à l'aide d'un bout de corde (2).

Les trous des solives dans les crénelages du château, étant plus petits que ceux des constructions datant du XIIIe siècle, expliquent ce surcroît de précautions, destiné à empêcher les bois en bascule de fléchir à leur extrémité. On observera encore que les créneaux du château sont hauts (2 mètres), c'est que le plancher des hourds était posé à la base même de ces créneaux, au lieu d'être, comme au XIIIe siècle, posé à 0m,30 au-dessus du sol du chemin de ronde. Il fallait donc passer par ces créneaux comme par autant de portes et leur donner une hauteur suffisante pour que les défenseurs pussent se tenir debout dans les galeries des hourds.

(1). Dans la figure 12, la coupe transversale est tracée en À. En I est l'extrémité du pont fixe; en B, le fossé couvert par un pont volant; en C, la première herse avec son treuil en E; en D, la deuxième herse avec son treuil en F; en G, les trous des hourds. En H est tracée la coupe longitudinale sur le passage et les salles voûtées.

(2). Du chemin de ronde, les charpentiers faisaient couler par le trou inférieur une première pièce A, puis une seconde pièce B, en bascule. L'ouvrier, passant par le créneau, se mettait à cheval sur cette seconde pièce B, ainsi que l'indique le détail perspectif B', puis faisait entrer le lien C dans son embrèvement. La tête de ce lien était réunie à la pièce B par une cheville; un potelet D, entré do force par derrière, roidissait tout le système. Là-dessus, posant des plats-bords, il était facile de monter les doubles poteaux E entre lesquels on glissait les madriers servant de garde antérieure, puis on assujettissait la toiture qui couvrait le hourd et le chemin de ronde, afin de mettre les défenseurs à l'abri des projectiles lancés à toute volée. Des entailles G, ménagées entre les madriers, permettaient de viser.

 

Figures 10. 11. 12. 13Figures 10. 11. 12. 13
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Figures 10. 11. 12. 13

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LA CITÉ DE  CARCASSONNE. EUGÈNE-EMMANUEL VIOLLET LE DUC.

 

HISTORIQUE

 

DESCRIPTION DES DÉFENSES DE LA CITÉ...suite

 

...Ces précautions eussent été inutiles là où l'ennemi no pouvait se présenter qu'en petit nombre par suite des escarpements de la colline. Du côté méridional, l'ennemi, en supposant qu'il se fût emparé de l'enceinte extérieure, pouvait combler une partie des fossés, détruire un pan de mur de l'enceinte extérieure et faire approcher de la muraille intérieure, sur un plan incliné, un de ces beffrois de charpente recouverts de peaux fraîches pour les garantir du feu et au moyen desquels on se jetait de plain-pied sur les chemins de ronde supérieurs. On ne pouvait résister à une semblable attaque, qui réussit mainte fois, qu'en réunissant, sur le point attaqué, un nombre de soldats supérieur aux forces des assiégeants. Gomment l'aurait-on pu faire sur ces étroits chemins de ronde? Les hourds brisés, les merlons entamés par les machines de jet, les assiégeants se précipitant sur les chemins de ronde, ne trouvaient devant eux qu'une rangée de défenseurs acculés a un précipice et ne présentant qu'une ligne sans profondeur à cette colonne d'assaut sans cesse renouvelée! Avec ce supplément de chemin de ronde qu'on pouvait élargir à volonté, il était possible d'opposer à l'assaillant une résistance solide, de le culbuter et de s'emparer même du beffroi.

C'est dans ces détails de la défense pied à pied qu'apparaît l'art de la fortification du XIe  au XVe siècle. En examinant avec soin, en étudiant scrupuleusement, et dans les moindres détails, les ouvrages défensifs de ces temps, on comprend ces récits d'attaques gigantesques que nous sommes trop disposés à taxer d'exagération. Devant des moyens de défense si bien prévus, si ingénieusement combinés, on se figure sans peine les travaux énormes des assiégeants, les beffrois mobiles, les estacades et bastilles terrassées, les engins de sape roulants, tels que chats et galeries, ces travaux de mine qui demandaient un temps considérable, lorsque la poudre à canon n'était point en usage dans les armées. Avec une garnison déterminée et bien approvisionnée on pouvait prolonger un siége indéfiniment. Aussi n'est-il pas rare de voir une bicoque résister pendant des mois à une armée nombreuse. De là, souvent, cette audace et cette insolence du faible contre le fort et le puissant, cette habitude de la résistance individuelle qui faisait le fond du caractère de la féodalité, cette énergie qui a produit de si grandes choses et un si grand développement intellectuel au milieu de tant d'abus.

Indépendamment des portes percées dans l'enceinte intérieure, on comptait plusieurs poternes. Pour le service des assiégés,—surtout s'ils devaient garder une double enceinte—, il fallait rendre les communications faciles entre ces deux enceintes et ménager des poternes donnant sur les dehors, pour pouvoir porter rapidement des secours sur un point attaqué, faire sortir ou rentrer des corps, sans que l'ennemi pût s'y opposer. En parcourant l'enceinte intérieure de Carcassonne, on voit un grand nombre de poternes plus ou moins bien dissimulées et qui devaient permettre à la garnison de se répandre dans les lices par une quantité d'issues facilement masquées, ou de rentrer rapidement dans le cas où la première enceinte eût été forcée. Entre la tour du Trésau du côté nord et le château, nous trouvons deux de ces poternes, sans compter la porte de Rodez. L'une de ces poternes donne entrée dans le fossé du château (fig. 16), l'autre à côté de la tour n° 26. Entre le château et la tour n° 37 est une poterne donnant également dans le fossé du château. Entre la porte de l'Aude et la porte Narbonnaise (côté ouest et sud de l'enceinte intérieure) on trouve la poterne Saint-Nazaire décrite plus haut; entre les tours 44 et 45, une poterne communiquant à un escalier à vis, et entre les tours 50 et 52, une construction saillante n°51, qui contenait un escalier de bois, communiquant à de vastes souterrains dont l'issue extérieure est placée à côté de la tour de l'enceinte extérieure n° 19, au niveau du fond du fossé et dont deux galeries débouchaient dans les lices. Cette dernière poterne avait une grande importance, car elle mettait les chemins de ronde supérieurs en communication directe, soit avec des lices, soit avec les dehors. Aussi, en arrière de la porte donnant dans l'angle de la tour 19, est une salle voûtée, vaste, pouvant contenir une quarantaine d'hommes armés.

De plus, il existe une poterne mettant les lices en communication avec le fossé, à l'angle de rencontre de la courtine de droite avec le donjon de la Vade n° 18. Il y avait une poterne au côté droit de la grosse tour n° 4 de l'enceinte extérieure, une poterne très-relevée au-dessus de l'escarpement percée dans le mur extérieur de la porte de l'Aude et qui exigeait l'emploi d'une échelle, et la poterne encore ouverte dans l'angle de la tour n° 15, ainsi qu'il a été dit plus haut. En ajoutant à ces issues la grande barbacane du château n° 8, on voit que la garnison pouvait faire des sorties et se mettre en communication avec les dehors, sans ouvrir les deux portes principales de l'Aude et Narbonnaise.

Avant de passer à la description du château, il est nécessaire de nous occuper de l'enceinte extérieure qui présente également un intérêt sérieux.

De cette enceinte extérieure, la tour la mieux conservée (elle est intacte sauf sa couverture) est celle de la Peyre n°19. Cette tour, comme la plupart de celles dépendant de cette enceinte, est ouverte du côté de la ville dans la partie supérieure de manière à ne pouvoir servir de défense contre les remparts intérieurs, et afin que, du chemin de ronde supérieur, on puisse donner des ordres aux hommes postés dans cette tour. Le milieu de cette tour, comme de toutes celles de l'enceinte extérieure, à l'exception des barbacanes, était couvert par un comble, mais le chemin de ronde crénelé était à ciel ouvert en temps de paix et pouvait être garni de hourds en temps de siége.

Ces combles à demeure portaient sur le bahut intérieur du chemin de ronde.

La figure 6 donne la coupe de cette tour de la Peyre.

En M est tracé le profil d'ensemble de cet ouvrage avec le fossé, la crête de la contrescarpe et le sol extérieur formant glacis. On voit comme les meurtrières sont disposées pour couvrir de projectiles rasants ce glacis, et de projectiles plongeants, la crête et le pied de la contrescarpe. Quant à la défense rapprochée, il y est pourvu par les mâchicoulis et des hourds, ainsi qu'on le voit en P. La figure 7 donne le tracé général de cette tour du côté intérieur, les hourds n'étant supposés montés que du côté R.

La tour n° 18, dite de la Vade ou de Papegay, bien qu'elle appartienne à l'enceinte extérieure, est, comme nous l'avons dit, un réduit, un donjon, dominant tout le plateau de ce côté, occupé avant le règne de Saint-Louis, par un faubourg.

Les courtines de l'enceinte extérieure étant tombées au pouvoir de l'assiégeant, la plupart des tours de cette enceinte devaient être facilement prises, car elles ne sont guère défendues à l'intérieur et leurs chemins de ronde communiquent parfois de plain-pied avec ceux des courtines; cependant des portes interrompent la circulation, mais la tour de la Vade est un ouvrage indépendant et d'une grande élévation; il possède deux étages voûtés, deux étages entre planchers, un puits à rez-de-chaussée, une cheminée au deuxième étage et des latrines au troisième. La porte donnant sur les lices pouvait être fortement barricadée et opposer à l'assiégeant un obstacle aussi résistant que la muraille elle-même. L'étage supérieur était muni d'un crénelage à ciel ouvert avec toit au centre. Ce crénelage, qui, en temps de guerre, était muni de hourds, était dominé par le couronnement de la tour n° 48.

Les autres tours de l'enceinte extérieure sont toutes à peu près construites sur le modèle de la tour n° 7, dite de la Porte-Rouge. Cette tour possède deux étages au-dessous du crénelage. La figure 8 en donne les plans à chacun de ces étages. Comme le terrain s'élève sensiblement de a en b, les deux chemins de ronde des courtines ne sont pas au même niveau; le chemin de ronde b est à 3 mètres au-dessus du chemin de ronde a.

En A est tracé le plan de la tour au-dessous du terre-plein; en B, au niveau du chemin de ronde d; en C, au niveau du crénelage de la tour qui arase le crénelage de la courtine e. On voit en d la porte qui, s'ouvrant sur le chemin de ronde, communique à un degré qui descend à l'étage inférieur A, et en e, la porte qui, s'ouvrant sur le chemin de ronde d'amont, communique à un degré qui descend à l'étage B. On arrive, du dehors, au crénelage de la tour par le degré g.

De plus, les deux étages A et B sont mis en communication entre eux par un escalier intérieur h h', pris dans l'épaisseur du mur de la tour. Ainsi les hommes postés dans les deux étages A et B sont seuls en communication directe avec les deux chemins de ronde des courtines. Si l'assaillant est parvenu à détruire les hourds et le crénelage supérieur, et si, croyant avoir rendu l'ouvrage indéfendable, il tente l'assaut de l'une des courtines, il est reçu de flanc par les postes établis et demeurés en sûreté dans les étages inférieurs, lesquels étant facilement blindés, n'ont pu être écrasés par les projectiles des pierrières ou rendus inhabitables par l'incendie du comble et des hourds. Une coupe longitudinale faite sur les deux chemins de ronde, de e en à, permet de saisir cette disposition (fig. 9).

 

 

Figure 6. 7. 8. 9Figure 6. 7. 8. 9
Figure 6. 7. 8. 9Figure 6. 7. 8. 9

Figure 6. 7. 8. 9

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #HISTORIQUE VILLE

 

 

DESCRIPTION DES DÉFENSES DE LA CITÉ. (Suite)

 

  …A peine si l'on a pris soin de déblayer les ruines, car on remarque, enclavés dans les courtines reprises au XIIIe siècle, d'énormes pans de murs renversés et présentant verticalement les lits de leurs assises de moellon ou de brique. Grâce à la bonté des mortiers, ces masses renversées ne se sont point disjointes et sont là comme des rochers sur lesquels on serait venu construire de nouveaux murs.

De ce côté, les courtines et les tours sont très-hautes et dominent de beaucoup l'enceinte extérieure élevée sur la crête de l'escarpement.

Cet escarpement fait face à l'Aude et il s'étend jusqu'à la tour n° 41 qui termine le saillant occidental de la cité.

Deux portes sont percées dans l'enceinte des Visigoths: l'une, petite, datant de l'époque primitive, a été murée; elle est située à la droite de la tour n° 26; l'autre, percée au XIIe siècle et réparée au XIIIe siècle, se trouve entre les tours 24 et 25. C'est la porte désignée par le sénéchal Guillaume des Ormes sous le nom de porte de Rodez. Elle ne présente aucune défense particulière, mais devait être précédée d'un ouvrage avec poterne, protégé par la tour-barbacane n° 4; tour qui a malheureusement été modifiée dans sa forme par le génie militaire, de telle sorte qu'aujourd'hui la porte de Rodez donne sur les lices et n'a plus de communication avec le dehors.

Si nous passons de l'autre côté du château, vers le sud-ouest, nous rencontrons la porte de l'Aude (autrefois porte de Toulouse).

Cette porte a été percée dans la muraille des Visigoths au XIIe siècle. On voit encore, à l'extérieur, l'arc plein cintre qui paraît appartenir à cette époque par son appareil et la nature des matériaux employés. A la gauche de cette porte il existait, sur un pan de mur visigoth, un bâtiment contemporain du château, c'est-à-dire élevé du XIe au XIIe siècle. Le mur extérieur de ce bâtiment est encore percé de trois petites fenêtres jumelles divisées par des colonnettes de marbre avec chapiteaux sculptés.

Une longue rampe aboutissait à la grande barbacane n° 8 et était battue par cette barbacane; elle s'élève suivant une inclinaison assez roide, et, en faisant un lacet, conduit à une première porte, simple barrière, puis à une seconde porte défendue par un crénelage et commandée par un gros ouvrage en forme de traverse, terminé, à la hauteur des chemins de ronde de l'enceinte intérieure, par une plate-forme et des merlons. A sa base, cette traverse est percée d'une porte qui donne entrée dans les lices du sud-ouest.

Il faut gravir, en dedans de l'enceinte extérieure, une rampe assez roide battue par l'ouvrage qui masque la porte de l'Aude, percée dans le mur de l'enceinte intérieure. Cette rampe est dominée par la tour de la Justice, n° 37, et par une tour visigothe, n° 38. On arrive ainsi à un lacet qui oblige l'arrivant à se détourner brusquement pour atteindre la porte. Bien qu'il n'y ait, devant cette porte, ni fossé ni ponts à bascule, il n'était point facile d'y arriver malgré les gens du dedans de la ville, car l'espace compris entre les deux enceintes forme une véritable place d'armes, un grand châtelet, commandé de tous côtés par des ouvrages formidables. De plus, les lices, à droite et à gauche, étaient fermées par des portes. On observera que la porte supérieure est percée dans un angle rentrant, ce qui a permis de la flanquer très puissamment, et que son masque forme en avant un petit châtelet que l'on pouvait fermer complétement en temps de guerre, et qui, en temps de paix, était précédé d'un petit poste dont on aperçoit encore la trace le long de la courtine. De cet ouvrage, les rondes pouvaient descendre dans les lices du sud-ouest, en ouvrant une porte percée sur le flanc du parapet et en posant des planches mobiles sur des corbeaux engagés dans les gros contre-forts à la suite. Ce moyen de sortie ou d'entrée indique assez que l'ouvrage, en avant de la porte de l'Aude, était absolument fermé en temps de guerre.

En se dirigeant de la porte de l'Aude vers les lices du sud-ouest, on laisse bientôt les dernières traces des constructions visigothes et l'on atteint le saillant bâti par Philippe le Hardi, en dehors des terrains de l'évêché (fig. 16). Ayant passé la porte percée dans la traverse de commandement, et que nous croyons être la porte dite du Sénéchal, on voit une des tours des Visigoths, entière, puis la tour 39, dite de l'Inquisition, et dans laquelle nous avons trouvé un cachot avec pilier central, garni de chaînes, puis la tour carrée n° 11, dite de l'Évêque. Cette tour, à cheval sur les lices, commande les deux enceintes et pouvait, sur ce front, couper la communication entre la partie sud et la partie nord des lices. Toutefois, les deux arcs jetés sur le passage, entre les deux enceintes, n'étaient défendus que par deux machicoulis intérieurs et par un machicoulis percé au milieu de la voûte. On ne trouve pas trace de gonds indiquant la présence de vantaux de porte, mais seulement des entailles qui font supposer qu'en temps de guerre des barrières de bois fermaient ces ouvertures et interceptaient les communications. Cette tour, dont l'évêque avait la jouissance sauf le chemin de ronde supérieur, est fort belle, admirablement construite, fièrement plantée sur les deux enceintes dont elle rompt l'uniformité. De même qu'elle coupait la communication sur les lices, elle interrompait aussi le chemin de ronde supérieur des courtines, car, pour aller de la courtine nord à la courtine sud, il fallait traverser cette tour et forcer deux portes. Les escaliers intérieurs sont disposés de façon à ce que l'accès aux crénelages soit indépendant de l'accès aux deux salles voûtées, dont l'évêque avait la jouissance.

Les courtines qui font partie du saillant bâti par Philippe le Hardi, sont munies de belles meurtrières percées sous des arcades avec bancs; meurtrières qui battent les lices et les chemins de ronde de l'enceinte extérieure. On voit encore, en dehors de cette partie de l'enceinte extérieure, à côté de la tour n° 12, dite du Grand-Canisou, les orifices de l'égout que le roi avait fait construire à travers la muraille élevée par son ordre, pour rejeter au dehors les eaux de l'évêché, ainsi qu'il a été dit plus haut.  

Quant aux bâtiments de l'évêché, ils sont complétement rasés; il n'en est pas de même du cloître de l'église Saint-Nazaire, dont les fondations ont été retrouvées. Ces fondations, et un mur de ce cloître, conservé avec les piles engagées et les formerets des voûtes, se rapportent aux tracés des vieux plans de la cité, dans lesquels ce cloître et ses dépendances sont indiqués. Cette construction date de l'époque de saint Louis. A la suite de la tour n° 11 est la tour n° 10, dite de Cahusac, qui présente une disposition curieuse. Le chemin de ronde tourne à l'entour, et est couvert par un portique; puis on arrive à la tour du coin n° 41, dite Mipadre ou de Prade. Elle contient deux étages voûtés et deux étages entre planchers, elle est munie d'une cheminée et d'un four. La seule porte donnant entrée dans cette tour, qui n'interrompt pas le chemin de ronde, est percée du côté de l'est et était fermée par des verrous et une barre rentrant dans la muraille. Comme aux autres tours de cette partie de l'enceinte, le dernier merlon des courtines s'élève au point de jonction avec la tour, là où sont percées les portes, et le dernier créneau était également muni de volets sur rouleaux, afin de protéger les entrants ou les sortants ou les factionnaires posés aux entrées des tours. Presque toujours il faut monter quelques marches pour passer des courtines dans les tours, et alors le crénelage suit la montée.

On remarquera encore que les chemins de ronde des courtines, et par conséquent les crénelages et les hourds ne sont pas toujours de niveau, mais suivent la pente du terrain extérieur, de manière à conserver sur tous les points de l'enceinte une hauteur d'escarpe uniforme, ainsi que cela se pratique encore de nos jours.

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C'était une règle établie par l'expérience, et, passé une certaine hauteur, l'échelade devait être regardée comme impossible; aussi maintenait-on un minimum d'élévation partout. Toutefois les escarpes de l'enceinte intérieure sont beaucoup plus élevées que celles de l'enceinte extérieure. L'enceinte extérieure était établie de manière à battre l'assaillant à grande distance et à l'empêcher d'approcher ; tandis que pour l'enceinte intérieure, tout est combiné en vue de combattre un ennemi très-rapproché. Il n'est pas besoin d'insister sur une disposition indiquée par le simple bon sens.

Dans l'enceinte du cloître Saint-Nazaire, de larges escaliers donnent accès aux remparts. Mais il est bon d'observer que le cloître et l'évêché étaient déjà renfermés dans une enceinte, et que, par conséquent, les habitants de la ville ne pouvaient monter de la voie publique sur les courtines. Partout où il existe des escaliers montant aux chemins de ronde directement, ces escaliers sont toujours, ou enclavés dans d'anciens logis dépendant des murailles et fortifiés, ou compris dans des enceintes spéciales; tels sont les escaliers qui montaient à la courtine à côté de la tour n° 44, le long de la tour n° 47 et près de la chapelle Saint-Sernin (tour 53). Le plus souvent, ce sont les escaliers des tours qui, au moyen de petites portes extérieures bien ferrées, permettent l'accès sur les chemins de ronde. La garnison pouvait donc, si bon lui semblait, ainsi que nous l'avons dit plus haut, s'isoler et tenir les citoyens en respect pendant qu'elle repoussait les assiégeants. Elle seule circulait entre les deux enceintes, dans les lices, en fermant les portes de la ville sur les habitants; sur ce point, il n'y avait nul inconvénient à ce que les chemins de ronde fussent de plain-pied avec le terre-plein.

En suivant l'enceinte intérieure vers l'est, après avoir dépassé la tour n° 42 — dite tour du Moulin, parce qu'autrefois son étage supérieur, en retraite sur le crénelage, était affecté au mécanisme d'un moulin à vent —on arrive à la tour n° 43, dite tour et poterne Saint-Nazaire. Cet ouvrage, sur plan carré, est encore un des plus remarquables de la cité. A côté de la barbacane n° 15, dite de la Crémade et dépendant de l'enceinte extérieure, est une poterne basse et étroite, donnant dans le fossé peu profond sur ce point. Cette poterne, en cas de siége, pouvait être murée facilement puisqu'il n'y avait qu'à remplir l'escalier roide qui, du seuil de cette poterne, monte aux lices. Le large diamètre de la tour de la Crémade en fait une barbacane propre d'ailleurs à protéger des sorties ou des partis rentrants. Cette tour n'était point couverte, comme les autres, par un comble, et est en communication directe avec le chemin de ronde des courtines dont elle n'est, pourrait-on dire, qu'un appendice flanquant.

Quant à la tour Saint-Nazaire, il était impossible à des assiégeants postés en dehors de l'enceinte extérieure de supposer qu'elle fût munie d'une poterne. La porte, percée à la base de celte tour Saint-Nazaire, et donnant sur les lices, est ouverte de côté, masquée par la saillie de l'échauguette d'angle, et le seuil de celte ouverture est établi à plus de deux mètres au-dessus du sol des lices. Il fallait donc poser des échelles ou un plan incliné en bois pour entrer et sortir.

Dans la tour elle-même l'entrée est biaise, et, si de l'extérieur on n'entre par la poterne percée sur le flanc est de la tour qu'au moyen d'échelles ou d'un plancher mobile, on ne peut franchir la seconde entrée qu'en se détournant à angle droit. Cette poterne ne pouvait donc servir qu'aux gens de pied. Chacune des deux baies est munie d'une herse, de machicoulis et de vantaux. Un puits dessert les lices et le premier étage, qui contient en outre un four. La première herse était manœuvrée de la salle du premier étage, la deuxième du chemin de ronde, comme à la porte Narbonnaise. Le crénelage supérieur s'élève sur une plate-forme propre à recevoir un engin de défense (mangonneau) et possède une guette, car ce point est un des plus élevés de la cité. Le crénelage inférieur (car la défense de couronnement est double) est flanqué par des échauguettes qui montent de fond. Toujours en se dirigeant vers l'est, on arrive à peu de distance de la tour Saint-Nazaire à la tour n° 44, dite Saint-Martin, qui semble avoir été élevée à proximité de la tour n°43àdessein, pour masquer et battre la poterne à très-petite portée. Cette tour est renforcée, comme les tours 41 et 42 et comme celles de la porte Narbonnaise, par un bec saillant dont nous avons expliqué l'utilité. Elle contient deux étages voûtés, deux étages sous plancher, comme la tour n° 41, et se dégage au-dessus du chemin de ronde qui tourne autour d'elle du côté de la ville.

A partir de ce point de l'enceinte intérieure, nous voyons reparaître, dans les parties inférieures des courtines et tours, les restes des remparts visigoths jusqu'à la tour n° 53, dite de Saint-Sernin, à côté de la porte Narbonnaise.

Les tours n° 45, 46, 47, 49, 50, 52 et 53 sont bâties sur les fondations des tours primitives et sont d'un diamètre plus faible que les tours du XIIIe siècle. Seule, la tour n°48 a été reconstruite entièrement par Philippe le Hardi. Aussi présente-t-elle à l'extérieur un bec saillant, et l'épaisseur de sa construction est très-considérable. C'est qu'elle devait s'élever assez haut pour dominer la tour n° 18 de l'enceinte extérieure, tour dite de la Vade ou du Papegay, sorte de donjon avancé absolument indépendant et qui était destiné à battre le plateau qui s'étend de plain-pied, en face de ce front.

Les tours précédentes, n° 45, 46, 47, 49, 50 et 52, ne sont pas voûtées, et des planchers en bois séparaient leurs étages, au nombre de deux seulement et établis sur le 'massif plein de la maçonnerie des Visigoths. Leurs escaliers à vis font saillie à l'intérieur des salles et sont pris à leurs dépens. Toutes ces tours interrompent la circulation sur le chemin de ronde des courtines; il faut les traverser pour communiquer d'une courtine à l'autre. La tour n°49, dite de Daréja, est bâtie sur une substruction romaine, formée de gros blocs de pierre parfaitement jointifs, sans mortier. Le soubassement romain portait certainement une tour carrée, car les Visigoths se sont contentés d'abattre les arêtes saillantes à coups de masse, pour arrondir cette construction massive qui ne renferme qu'un blocage.

En examinant les constructions surélevées au XIIIe siècle, on voit que les ingénieurs ont donné à la partie cylindrique (côté extérieur) une forte épaisseur, tandis que du côté de la ville, là où la tour est fermée par un pignon, les murs n'ont qu'une faible épaisseur, afin d'obtenir l'espace vide le plus grand possible à l'intérieur pour loger les postes. La tour n° 47 présente aussi, sur les lices, dans sa partie inférieure, des restes de soubassements romains, sur lesquels est implantée une tour visigothe couronnée par la bâtisse du XIIIe siècle.

Ainsi, toute cette portion de l'enceinte, comprise entre la tour n°44 et la porte narbonnaise, a été réparée et reconstruite en partie par Philippe le Hardi sur l'enceinte des Visigoths, qui avait été élevée sur les remparts romains. Le périmètre de la ville antique est donc donné par celui de la ville des Visigoths, puisque, du côté du midi comme du côté du nord, nous retrouvons les traces des constructions romaines sous les ouvrages dus aux barbares.

Sur tout ce front sud-est, les hourds présentaient en temps de guerre une ligne non interrompue, car ceux des courtines se relient à ceux des tours au moyen de quelques marches. Cela était nécessaire pour faciliter la défense et ne pouvait avoir d'inconvénients, dans le cas où l'assiégeant se serait emparé d'une portion de ces hourds, car il était facile de les couper en un instant et d'empêcher l'ennemi de profiter de cette coursière extérieure continue pour s'emparer successivement des étages supérieurs des tours. L'assiégé, obligé d'abandonner une portion de ces hourds, pouvait lui-même y mettre le feu, sacrifier au besoin une tour ou deux, et se retirer dans les postes éloignés du point tombé au pouvoir de l'ennemi, en coupant les planchers de bois derrière lui.

Les tablettes de pierre des chemins de ronde des courtines élevées sous Philippe le Hardi sont supportées à l'intérieur pour augmenter la largeur de la coursière, du côté du sud et du sud-est, depuis la tour de l'évêque jusqu'à la porte Narbonnaise, par des corbeaux de pierre. Il existe, entre ces corbeaux, des trous carrés très-profonds ménagés dans la construction à intervalles égaux. Ces trous étaient destinés à loger des solives horizontales dont l'extrémité pouvait, au besoin, être soulagée par des poteaux. Sur ces solives on établissait un plancher continu qui élargissait d'autant le chemin de ronde à l'intérieur et formait une saillie fort utile pour l'approvisionnement des hourds, pour la mise enbatterie de pierrières et trébuchets, et pour disposer au pied des remparts, sur le terre-plein de la ville, des magasins, des abris pour un supplément de garnison.

Les combles qui couvraient les hourds venaient très probablement couvrir ce supplément de coursières. On conçoit combien ces larges espaces, ménagés à la partie supérieure des courtines, devaient faciliter la défense. Et il faut noter ici que cette disposition n'existe que dans la partie des défenses qui était le moins bien protégée par la nature du terrain et contre laquelle, par conséquent, l'assaillant devait réunir tous les efforts et pouvait organiser une attaque en règle...

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

 

Cassiaux

C'est l'hydrophobie politique, terrible maladie dont toute la France
est atteinte en ce moment.

Ô politique, je te hais :


Je te hais parce que tu es grossière, injuste, haineuse, criarde et
bavarde,


Parce que tu es l’ennemie de l’art, du travail ;

Parce que tu sers d’étiquette à toutes les sottises, à toutes les
ambitions, à toutes les paresses.


Aveugle et passionnée, tu sépares de braves coeurs faits pour être
unis, tu lies au contraire des êtres tout à fait dissemblables.


Tu es le grand dissolvant des consciences, tu donnes l’habitude du
mensonge, du subterfuge, et, grâce à toi, on voit des honnêtes gens
devenus amis de coquins pourvu qu’ils soient du même parti.


Je te hais surtout, ô politique, parce que tu en es arrivée à tuer dans
nos coeurs le sentiment, l’idée de patrie ;


Parce que j’ai vu des démocrates se frotter les mains en apprenant
les désastres de Forbach et de Reischoffen et des impérialistes après
le Quatre Septembre ne pas même essayer de dissimuler leur joie à
chaque nouvelle défaite de Chanzy ou de Trochu.


Je te hais enfin parce que c’est toi qui nous as valu cette terrible
parole d’Henri Heine :


« En France il n’y a plus de nation, il n’y a que des partis. »



ROBERT HELMONT . Paris 1873.

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