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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

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    QUATRIEME EXTRAIT

TROISIEME SECTION.


Enfin, lorsque je peux suivre la filiation ; non seulement d’âge en âge, mais presque de génération en génération, 1° des grands de l’état, lesquels se raccordent d’une manière continue avec les hauts barons et les grands vassaux ; en second lieu, des Francs, lesquels je vois successivement changer leurs alleux ne bénéfices et se changer eux-mêmes en vassaux ; je demande ce que je dois penser de toutes ces savantes discussions élevées lors de nos états-généraux, soit au sujet de leur composition, soit au sujet de la délibération, par ordre ou par tête, dans lesquelles les deux parties ne manquaient jamais de se rapporter, savoir : le tiers-état aux Francs des Champs de Mars et de mai, lesquels sont la véritable souche de la noblesse ; et la noblesse, de son côté, aux grands de ces mêmes Champs de Mars et de Mai ; d’où dérivent nos pairs et nos grands vassaux.

J’espère avoir rempli mes engagemens quant à l’état des personnes et des rangs, Je passe au second point que j’ai annoncé.

Il n’est personne aujourd’hui en France, qui, en parlant des serfs de la glèbe, des censives, des droits seigneuriaux, des justices seigneuriales et des guerres particulières, ne se croie obligé d’imputer tout cela à des envahissmens particuliers, ou au moins au gouvernement féodal.

Mais à commencer par les serfs de la glèbe, ils ne se sont certainement produits, ni comme quelques uns le disent, de l’invasion des Francs, ni, comme d’autres le supposent, des vexations survenues dans l’intervalle de la fin de la seconde race au commencement de la troisième. Ils ont existé dans les Gaules avant les Romains. Ils ont existé ensuite sous les Romains ; enfin, ils ont existé chez les Romains mêmes. Ils sont connus parmi eux sous le nom de colons, quelquefois sous celui de servi adscriptitii. Je passe aux censives.

Lorsque les Francs entrèrent dans les Gaules, il est connu que le pays était couvert de cens ou censives, de tributs et de terres tributaires. Terras quoe ad placitum canonis datoe sunt, c’étaient des terres emphythéosées. Canon signifie la règle selon laquelle ces terres étaient taxées. Les rétributions, soit en argent, soit en nature, formaient, sous la première race, la condition des personnes et des terres. Il en est question dans la loi Salique, ainsi que dans celle des Ripuaires. La loi Salique, en donnant au Gaulois possesseur une composition double de celle du Gaulois tributaire, énonce très-bien ce qu’il faut entendre par ce mot possesseur ; c’est celui, dit-elle, qui possède des biens en propre.

Tout cela existait sous les Romains. César fait mention des tributs qui étaient payés par le bas-peuple. Je passe aux justices seigneuriales.

Je n’ignore pas qu’un certain public est décidé à voir au moins en ce point un effet de la tyrannie des seigneurs et de leurs usurpations. Je vais montrer que l’origine des justices se perd dans l’antiquité la plus reculée, et que, loin d’être réduits à les tolérer, nos princes ont mis tous leurs soins à les consacrer et à les protéger.

Sous la seconde race, les faits sont positifs. Des officiers de Louis le Débonnaire ayant voulu exercer  leur juridiction sur les terres d’un nommé Jean, des plaintes furent portées au prince, qui ordonna, «à tout vicaire, lieutenant ou juge, public, de ne plus s’immiscer  dans de pareilles entreprises. » Il déclare en même temps « que les prévenus doivent être renvoyés à la justice de leur seigneur, pour y être jugés eux et leur postérité. »

Charlemagne ordonne à ses envoyés de veiller à la manutention des lois, non  seulement, dit-il, dans nos propres justices, mais encore mais encore dans celles des seigneurs ecclésiastiques et séculiers.

Les justices sont rappelées de même sous la première race.  Dans l’édit publié au concile de Paris, l’an 613, il est ordonné aux évêques et aux seigneurs (potentes) de choisir dans l’étendue de leur juridiction, et non ailleurs, ceux qu’ils commettent pour rendre justice.

Justinien semble dire, dans la novelle 80, que, si des colons établis sous des seigneurs ont des contentions entre eux, les propriétaires doivent se hâter de rendre justice, et de les renvoyer ensuite chez eux.

Ce n’est pas assez, les justices seigneuriales étaient établies de toute antiquité dans les Gaules.  César nous apprend « que c’étaient les grands dans chaque canton qui vidaient les procès et qui rendaient la justice. »

Les guerres particulières ; cet autre texte des déclamations modernes, se trouvent avoir la même sanction que les justices seigneuriales et la même antiquité.

Il est faux que ce droit ait été arraché à la faiblesse des princes, ou qu’il se soit produit dans l’intervalle de la fin de la seconde race, au commencement de la troisième. On n’a qu’à lire les capitulaires. Ils sont pleins de dispositions qui mettent sur la même ligne les devoirs que les vassaux ont à rendre à leurs seigneurs, et ceux qu’ils ont à rendre au roi.

Voici une disposition plus précise encore : elle est de Charlemagne.

«Que si quelqu’un de nos fidèles, dit ce prince, veut comprendre une lutte ou un combat contre son adversaire, et qu’il appelle à lui quelques-uns de ses compères pour en obtenir du secours, dans le cas où celui-ci s’y refuserait et demeurerai ainsi dans l’oubli de ses devoirs, le bénéfice qui lui avait été donné doit lui être ôté, et passer à celui qui aura persisté dans sa fidélité.» Cette loi a été renouvelée par Saint Louis dans ses établissemens.

On s’obstine à juger les guerres particulières d’après nos mœurs, ou les mœurs de certains empires. Il faut les considérer d’après les mœurs des Germains et celles des Francs. Je n’ai cité que la seconde race. Sous la première, toute la France était couverte de châteaux. Les grands de l’Etat avaient des troupes qui leur appartenaient, et qui leur servait d’escorte.

Les guerres particulières étaient également dans les mœurs des Gaules. Grégoire de Tours nous apprend que sous la première race, les cités et quelquefois les cantons se faisaient la guerre. Il en était de même sous la domination des Romains…

 

A suivre

 

Comte de Montlosier (De la Monarchie Tome 1)

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

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TROISIEME EXTRAIT.

SECTION TROISIEME.

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DES DIFFERENTES OPINIONS

RELATIVEMENT A NOS PREMIERES INSTITUTIONS.

 

J’ai voulu décrire sans interruption tout l’ordre domestique, civil et politique établi sous nos deux premières races. Je reviens actuellement sur mes pas. Je ne veux pas avoir l’air de traiter avec légèreté des opinions auxquelles s’attachent des noms extrêmement respectés, et donc quelques unes se sont tellement établies, qu’il semble y avoir une sorte de témérité à s’en écarter. Mais, quoique cette matière ait été agitée souvent, et par des hommes extrêmement recommandables, elle a été si peu connue au moins à mon jugement, que, tandis que je suis à m’étonner d’une multitude d’erreurs inconcevables, je n’ai jamais à choisir entre des erreurs opposées. Ainsi il m’est impossible de prendre un parti entre les opinions qui ont divisé M.de Boulainvilliers et M. l’abbé du Bos. Je ne puis être de l’avis de M. de Montesquieu, quand il regarde le gouvernement féodal établi avec les Francs et par les Francs. Je ne puis penser on plus avec M. le président Henault, qu’il n’y ait point eu de noblesse en France sous les deux premières races ; je ne puis penser avec M. de Montesquieu qu’elle ait résidé dans l’ordre des Antrusions.

Si je parcours tout ce qui s’est écrit sur ce sujet à l’époque des Etats-Généraux, je me trouve dans le même embarras. Je ne puis penser avec les membres de l’ordre de la Noblesse, que son institution se rapporte aux magnates et aux principes qui composaient l’ordre des grands de l’Etat aux assemblées des Champs de Mars et de Mai, ni les écrivains du tires-état, que celui-ci ait le moindre rapport avec ce qui figure sous le nom de peuple aux assemblées des deux premières races.

Je ne croirai pas davantage avec d’autres que les premiers annoblissmens aient commencé en France vers le quatorzième siècle, et que parmi nos grandes familles, celles qui remontent au-delà de cette époque, soient nécessairement issues des premiers conquérans.

Je serai à l’égard des institutions comme à l’égard des rangs. Je déclare que je ne regarde point les justices seigneuriales comme un droit émané de l’autorité royale, soit qu’on suppose avec les uns une libre concession, soit qu’on suppose avec les autres une usurpation. Enfin, on regarde ces justices, ainsi que les censives, les serfs de la glèbe et les guerres particulières, comme quelque chose de moderne dans notre histoire, ou comme faisant essentiellement partie du gouvernement féodal ; je ne me rangerai point de cet avis.

En signalant sur tous ces points un dissentiment aussi prononcé, je ne me dissimule pas ce que m’impose la hardiesse de cette démarche. Ce que j’ai affirmé, je m’engage  à le justifier. Je m’engage non seulement à fournir mes preuves, mais encore à ce qu’elles paraissent d’une grande évidence.

Il faut que je mette de l’ordre dans cet exposé : il se partagera en deux parties. Dans la première, j’établirai mes titres relativement à l’état des personnes et des rangs. J’établirai dans la seconde mes titres relativement à l’état des institutions.

Dans les derniers de notre ancienne monarchie, nous avons pu compter quatre ordres de personnes, 1° les pairs et les grands officiers de la couronne ; 2° un ordre de noblesse ; 3° un corps de roturier et de bourgeois ; 4° les domestiques à gages. Si un étranger élevait à et égard des difficultés, on lui spécifierait facilement les fonctions et les prérogatives particulières qui caractérisaient ces différentes classes.

En observant la population des premières races, il ne m’est pas plus difficile d’apercevoir différentes clases qui la composaient. J’y trouve 1° des grands qui correspondent si l’on veut, à nos pairs ; 2° un ordre d’hommes francs ou ingénus qui correspond à notre ordre de noblesse ; en troisième lieu, un ordre de tributaires qui correspond à nos roturiers ; en quatrième lieu, les esclaves qui semblent correspondre à nos domestiques.

Je dirai, d’une manière précise, sur quoi je fonde ces distinctions : 1° sur les fonctions ou prérogatives dans l’ordre social ; 2° sur les lois anciennes des compositions ; 3° sur la distinction des propriétés.

J’ai peu de choses à dire des esclaves proprement dits. Ils n’ont eu, comme on sait, ni propriété, ni existence civile, ni compositions.

A l’égard des tributaires, il est vrai qu’ils n’ont que des demi possessions. Les terres ne leur appartienne point en propre. Ils ne peuvent ni les abandonner, ni les aliéner : toutefois ils en demeurent détenteurs, tant qu’ils paient les tributs. Ils sont regardés, par cela même, dans les chartres, comme appartenant au droit public, ad jus publicum pertinentes. Ils sont compris au premier degré dans la loi des compositions.

La classe des hommes francs ou ingénus, qui correspond à notre ordre de noblesse, a pour premier caractère, de ne payer aucun tribut. Avoir la pleine liberté, soit de sa personne, soit, de sa possession, compose principalement la franchise. Cependant les hommes de cette classe peuvent s’engager, quand ils le veulent, pour l’hommage et le service militaire. Ils deviennent alors vassaux. On les trouve désignés plus communément sous ce titre, au commencement de la troisième race. Ils possèdent cette espèce de propriété franche qu’on appelle alleu ; quelquefois cette espèce de propriété assujétie, mais noble, qu’on appelle fief. Ils jouissent de grands privilèges dans l’ordre judiciaire. Ils forment, conjointement avec les grands de l’Etat, les assemblées des Champs de Mars et de Mai.

Les grands qui correspondent ) ce que nous avons appelé, dans ces derniers temps, pairs et grands officiers de la couronne, sont désignés sous les divers titres de magnates, optimates, principes, proceres. Quelques chartres spécifient, d’une manière précise, les dignités qui déterminent ces titres. Elles citent, comme formant l’Etat, les évêques, les ducs, les comtes et les principaux officiers. On voit par là que les grands possédaient les duchés, les grands bénéfices et les grands offices. Sous ce rapport, on les appelle aussi quelquefois grands vassaux, vassali dominici. Les grands composent, dans la seconde race, les assemblées d’Automne ; ils dirigent ensuite et président celles du Printemps. Ils forment en tout temps le conseil du roi. Ils ont, dans les délits, un tarif de composition supérieur à celui des simples Francs.

Cet ordre des rangs connu, manifeste, comme dans ces derniers temps, deux sortes de noblesses ; l’une, toute d’illustration, résultante de la faveur du prince et de l’occupation des grandes charges ; l’autre, toute d’indépendance, résultante de la pleine liberté de sa personne, de sa famille et de sa terre. La première de ces noblesses, quoique la plus éclatante, peut être regardée comme précaire à quelques égards, puisqu’elle tient à des honneurs révocables à volonté, ou donnés seulement à vie, l’autre, au contraire, est indépendante du prince, elle provient du fait seul de la naissance et de la possession.

Ce n’est pas tout. Nous avons vu, de nos jours, des annoblissemens et des dérogeances. Nous avons un passage continue le des conditions les plus élevées aux conditions les plus basses, et des conditions les plus basses aux plus élevées. On voit le même mouvement sous els deux premières races.

Je ne sais si on peut trouver, dans ces temps anciens, le mot dérogeance ; mais on n’en dérogeait pas moins effectivement dans plusieurs cas. Et d’abord pour cause de mésalliance, la loi des Ripuaires règle que, dans ce cas, les enfants subiront le sort de celui des parens qui se trouvera d’une condition inférieure. On dérogeait aussi quelquefois pour cause de mariage entre parens. La loi des Bavarois porte la peine expresse de servitude. Il y avait une dérogeance plus commune : c’est lorsqu’un homme franc ou ingénu, forcé par la détresse, venait dans la cour d’un seigneur pour lui offrir les cheveux du devant de sa tête. Il descendait ainsi dans la condition des tributaires.

D’un autre côté, il est très-vrai qu’on ne trouve pas, dans ces temps anciens, le mot anoblissement. Il ne faut pas s’y méprendre. Quoique le mot ne fut pas encore consacré, la chose n’en existait pas moins en réalité. On voit, dans les Capitulaires, que, non seulement des colons, mais des esclaves, avaient été investis de grandes dignités. Je puis citer entr’autres Leudaste, esclave boulanger, à qui on avait coupé les oreilles, à cause de ses fripponeries, et qui n’en fut pas moins fait comte de Tours, sous Charibert.

Au surplus, la pratique même des anoblissemens nous est connue dans tous ses détails.

On voit, dans la loi des Ripuaires, qu’on pouvait élever son esclave à la qualité de tributaire ou de lide ; on voit encore qu’on pouvait le faire citoyen romain. Il suffisait, dans une chartre, de déclarer qu’on lui avait conféré cette qualité, et ouvert, en conséquence, les portes de la maison. Ce citoyen romain n’en était pour cela franc. Pour conférer cette dernière qualité, qui était u véritable anoblissement, il fallait amener celui qu’on voulait anoblir devant le roi, jeter un denier en l’air, et expédier une chartre d’ingénuité. Ces annoblis, qu’on appelait pour cette raison Dénariès, faisait partie désormais de l’ordre des Francs, et participaient à tous leurs avantages.

Si on trouve, dans ces temps anciens, nos annoblisemens et nos dérogeances, on y trouve aussi nos preuves de noblesse.

De grands avantages étant attachés à la condition de franc, on sent que la qualité d’où naissent ces avantages dut être ; comme toute autre chose, un objet de contestation. Je trouve, dans l’appendis aux Formules de Marculfe, une cause très curieuse en ce genre. Une église voulait traiter un individu comme colon ; celui-ci s’en défendait, en disant qu’il était né d’un père franc et d’une mère franque. Il fut ordonné qu’il en serait fait preuve par huit témoins du côté paternel, et quatre du côté maternel. Dans l’origine, les preuves pour l’ordre de St.-Jean de Jérusalem n’ont pas eu une autre forme.

Quand un ordre de conditions est aussi démarqué, et que le mouvement de ces conditions est aussi établi, je demande ce que je dois penser ; 1° de l’opinion de M. de Valois et de M. le président Hénault, savoir : qu’il n’y a point eu de noblesse sous els deux premières races ; 2° de l’opinion de M. de Montesquieu, savoir : que la noblesse a existé, non dans l’ordre des Francs, mais seulement dans un petit nombre d’hommes favorisés, appartenant à la cour, et appelés Antrustions.

Lorsque j’ai sous les yeux une multitude de tributaires élevés à la condition de Francs, sous le nom de Dénariès, et d’une multitude du même genre, élevés aux plus grandes dignités de l’état ; je demande ce que je dois penser de l'opinion établie, par laquelle certaines maisons qui avaient fait les preuves de la cour et remontaient ainsi au quatorzième siècle, se croyaient sincèrement issues des Francs. Il faut remarquer qu’elles n’entendaient pas seulement, par là, les hommes libres de leurs personnes et de leurs possessions, mais bien les premiers conquérans….

 

 A suivre.

  Comte de Montlosier (De la Monarchie Tome 1).

 

 

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DEUXIEME EXTRAIT.

SECTION TROISIEME.

 

...D’un autre côté, les hommes libres étaient tenus de prêter serment à l’empereur en même temps qu’à leurs seigneurs. Mais cette mesure pouvait ne pas produire tout ce qu’on attendait : l’autorité royale était trop éloignée ; elle se trouvait avec les vassaux particuliers sans rapport habituel et direct. Celles de seigneurs, au contraire, était sans cesse présente. Sous prétexte de défendre les droits de la royauté, il était probable que les comtes tourneraient vers eux-mêmes les avantages que la royauté s’était ménagés. Les routes qu’on avait tracées vers l’autorité royale furent peu fréquentées ; bientôt elles furent désertes.

Ce sont encore là les moindres causes qui amenèrent la chute de la race de Charlemagne. Si on veut suivre la marche des choses, on regardera comme inévitable, 1° la cessation des Champs de Mai ; 2° la prépondérance de tous les grands offices et leur métamorphose en souveraineté.

Il était facile aux Germains de tenue leurs assemblées, et d’y régler les affaires publiques : l’Etat ne s’y composait que d’une peuplade. Il était facile aux Romains et aux Athéniens de s’assembler sur la même place publique : tous les citoyens se trouvaient dans la même enceinte. Sous la première race, tant que les francs furent en petit nombre réunis autour du prince ou en corps d’armée, il leur fut facile de se rendre au Champ de Mars ; mais, dans la suite, lorsqu’ils se trouvèrent disséminés dans la Gaule, et qu’il leur fallut laisser là régulièrement leurs domaines, et entreprendre à grands frais, pour les affaires publiques, des voyages lointains et périlleux, le mécontentement succéda au zèle ; les intérêts particuliers l’emportèrent sur ceux de l’Etat ; les assemblées générales furent d’abord négligées, ensuite abandonnées.

Pour ce qui est de l’hérédité des bénéfices, il est convenu entre les savans de regarder cet événement comme l’effet d’une révolution subite. La cause de cette méprise vient de l’idée peu juste qu’on se fait de la nature de cette possession. Il ne faut pas perdre de vue que le bénéfice était de deux espèces. On pourrait appeler l’un, bénéfice réel : ce qui avait lieu quand un vassal avait réellement reçu, en bienfait du roi, d’un comte, ou d’un seigneur, un domaine quelconque. On peut appeler l’autre bénéfice fictif : ce qui avait lieu lorsqu’un homme libre venait, une branche d’arbre à la main, remettre son alleu à un personnage puissant qui le lui rendait aux charges de la féodalité.

Or, les concessions réelles étaient fort rares, et au contraire les concessions fictives étaient très-communes, et les unes et les autres se pratiquant de toute antiquité, on voit qu’il n’y a eu à cet égard ni révolution ni une éoque précise. Ce prétendu grand événement de l’hérédité des bénéfices sous Charles le Chauve, qu’on croit avoir fait une révolution, est un incident à peine remarquable.

Il faut commencer par faire attention à ce qui composait, dans ce temps, la valeur des biens. Elle était principalement en esclaves, en troupeaux, en bâtimens. Or, la surveillance la plus active ne pouvant prévenir les dégradations dans ceux des bénéfices qui ne se transmettaient pas héréditairement, on s’accoutuma à en souffrir la transmission. Peu à peu il fut impossible de distinguer ceux qui étaient anciennement des propriétés de ceux qui s’étaient effectués que d’une manière fictive. Une même loi les embrassa tous. Les guerres particulières s’étant multipliées, et les dévastations des Normands étant survenues, on fut trop heureux que l’hérédité, en attachant les détenteurs à cette espèce de propriété, assurât ainsi le service militaire, et les autres devoirs qui en dépendaient.

A l’égard des grands offices, tels que les duchés et comtés, depuis long-temps il était établi de s’en procurer la survivance. Il y avait déjà une sorte d’hérédité de fait : une cause que je vais expliquer détermina l’hérédité de droit.

Comme il était libre à tous le monde d’aller offrir ses services, ses biens, sa liberté, ses affaires, sous diverses conditions, à des personnages puissans, il fut naturel de choisir de préférence les comtes, à raison de l’office important dont ils étaient revêtus. Cependant, à mesure que ces comtes recevaient des recommandations, il n’est pas difficile de remarquer que deux qualités se cumulaient entre eux : celle de comte, qu’ils tenaient du roi ; celle de seigneur, qu’il tenait d’eux-mêmes. La première n’étant que précaire, la seconde étant héréditaire et leur appartenant en propre, il est probable que l’une aura fini par s’étendre aux dépens de l’autre. Tout ce qui aura appartenu à l’office n’aura cessé de se réduire ; au contraire l’apanage du seigneur se sera accru. Ces deux titres s’étant enlacés l’un dans l’autre, il n’a plus été possible de les séparer. Charles le Chauve, dont on accuse la faiblesse, n’a fait que déclarer en loi générale un ordre que le mouvement des choses avait amené.

J’ai dit qu’il n’y avait eu, dans cet événement, ni révolution subite, ni effet de faiblesse des Princes. Cependant, pour se développer lentement et progressivement, les grandes causes ne perdent rien de leur importance. Il n’y eut point dans l’Etat, comme sous la première race, un seul grand magistrat ; il s’en créa une multitude. La race de Charlemagne vit bientôt figurer à côté d’elle un duc de France, comme celle de Mérovée avait vu figurer un maire du Palais. Privés de l’appui des assemblées, les princes de cette race ne purent concerter aucune grande entreprise, ni maintenir d’une manière convenable aucun système suivi. Ils se virent, comme la race de Mérovée, sans trésor, sans pouvoir, sans armée. Cette race se conserva ainsi, pendant quelque temps, dans un état de faiblesse de d’insignifiance. Elle devait être renversée, comme elle, à la première grande crise qui viendrait se former ; cette crise fut l’invasion de Normands.

Je ne puis m’empêcher de remarquer, à ce sujet, les destinées de la France. Mérovée y forme quelques établissemens ; c’est après l’avoir délivrée, dans les plaines de Châlons, des Huns et d’Attila. Clovis, son petits-fils, s’y établit tout-à-fait ; c’est après l’avoir délivrée des Allemands à Tolbiac. La race de Charles-Martel s’élève à la place de celle de Mérovée ; c’est après nous avoir délivrés des Sarrazins. La maison Capétienne s’élève ensuite à la place de celle de Charlemagne ; c’est après nous avoir défendus des Normands. Il était dans les décrets de la Providence qu’une autre maison s’élevât à son tour, après nous avoir délivrés de barbares d’un autre genre[1]

 

 

  A suivre.

 

Comte de Montlosier (De la Monarchie Tome 1).

 



[1] Il était aussi dans les décrets de la Providence que cette maison tombât et disparût. Je rendrai compte de cet événement à la fin de cet ouvrage.

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Publié le par Rhonan de Bar
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PREMIER EXTRAIT.

SECTION TROISIEME.


 

Le vulgaire voit une grande révolution éclater : il en cherche les causes dans l’instant même. Il est bien rare que les causes d’une crise soient contemporaines de cette crise. Le plus communément elles appartiennent à des vices éloignés dont le ravage est d’autant plus terrible, que ces vices ont miné sourdement et en silence les bases de l’édifice qu’on voit s’écrouler. Je vais montrer que nos deux premières dynasties sont tombées en quelque sorte d’elles-mêmes, sans qu’on puisse apercevoir dans ces événemens une apparence de conspiration et de trame.

Les rois de la première race commirent souvent des excès d’autorité. Ces écarts, qui n’étaient point systématiques, ne changèrent rien à la constitution de l’Etat. Les Francs, de leur côté, se permirent souvent des excès envers leurs princes. Les commotions passagères ne renversèrent pas le trône. Les qualités individuelles des princes n’ont pa eu à cet égard l’importance qu’on serait tenté de leur supposer. Quelques rois furent grands, justes et sages ; ils se conservèrent. D’autres furent cruels, timides, faibles ; ils se conservèrent également. Des chefs particuliers ayant acquis une grande importance, des rois inutiles se trouvèrent auprès d’eux, etr n’en furent pas moins respectés. L’état marcha ainsi quelque temps : (qu’on me pardonne cette expression), avec une tête double : à la fin celle de ces têtes qui avait la véritable vie, fit sécher et tomber l’autre. C’est ainsi qu’ont fini les deux premières races. Mais ce sont là encore que les traits généraux. Je vais tâcher de reporter à l’un et à l’autre de ces événemens les traits particuliers qui leur appartient.

La première cause de la chute de la race Mérovingienne, ce fut l’appauvrissement du fisc.

Dans les derniers temps, comme on voulait absolument faire de l’inaliénabilité du domaine une loi fondamentale, cette volonté ne permettait plus d’avoir une opinion sur cette matière. Il est difficile pourtant de dissimuler la fausseté de ce dogme. Les chartres de la première race sont pleines de concessions où se trouvent ces mots : perpétuellement, éternellement, pour tous les temps présens et à venir. Ce ne sont pas seulement des traits particuliers qu’on peut citer. Le droit de donner à perpétuité est établi en principe dans le traité d’Andely ; et il faut bien que l’exercice de ce droit ait été fréquent, puisqu’il est dressé en formule dans le recueil de Marculfe.

Le droit de donner à perpétuité étant établi, et les donations se multipliant, il n’est pas difficile de voir comment le fisc s’épuisa. Tout le domaine royal était déjà dessiné sous Chilpéric. « Notre fisc n’a plus rien, disait ce prince. Nos richesses, ce sont les églises qui les possèdent. Elles sont dans l’abondance, nous dans la misère. » Il fallait que les abus à cet égard eussent été portés bien loin, pour que ce prince se permit d’annuller les testamens faits en faveur des églises. Cela n’empêcha pas les donations de se renouveler ; à la fin il resta à peine de quoi fournir l’entretien du palais.

Je dois citer, comme une seconde cause de la chute des Mérovingiens, l’usage des recommandations. A l’aide des dogmes judaïques et des moeurs romaines, les rois avaient pu, pendant quelque temps, maintenir leur autorité, et se rendre imposans, mais quand par la progression des temps, tous les Gaulois furent devenus Francs ; quand les mœurs franques eurent tout fait fléchir sous elles, et que la France entière se trouva couverte de seigneuries, de vasselage et de châteaux, l’autorité royale n’étant plus, comme autrefois, le seul centre de protection devait s’affaiblir à mesure que ces mouvemens se fortifiaient.

Ces deux causes réunies me conduisent à une troisième beaucoup plus grave. D’un côté, comme il était permis de se recommander à qui l’on voulait ; d’un autre côté, comme les rois n’avaient plus de concessions à faire, la foule des recommandations commença à se tourner vers le maire du palais, qui, ayant dans ses mains la garde du prince et la discipline des troupes, acquit facilement toute l’importance. De cette manière, tout échappa au prince, il ne lui resta plus de son ancien royaume qu’un palais dont le gouverneur indépendant lui fut donné par une poignée de Leudes.

La chute des princes Mérovingiens étant préparée, il reste à chercher la crise qui la déterminera. Ce fut l’envahissement des Sarrazins. Lorsque l’état fut menacé de grands dangers ; lorsqu’une grande crise exigea de grands efforts, lorsque toutes les mesures nécessaires furent prises en présence de ces rois et sans leur intervention, le scandale de leur inutilité fut entièrement dévoilé. On peut admirer comment Charles Martel, poussé par le danger de l’état à se créer, comme il le fit, une grande gloire et une grande armée, put se réduire au rang de simple général, et léguer à son fils Pépin le soin de déposséder de  vains simulacres.

Ne fois en possession de la couronne, la maison Carlovingienne apprécia très-bien la difficulté de la situation. La plus grande était peut être la spoliation des églises. Une démarche semblable, de la part d’un simple capitaine, se concilie avec ce que l’on connaît des mœurs religieuses de ce temps. Les mœurs franques prévalurent. Les prêtres eurent beau maudire Charles-Martel, l’armée demeura à celui qui l’avait sauvée. Bientôt le pape lui-même, appelé à prononcer entre eux chefs, dont l’un était roi de nom, l’autre de fait, prononça que celui-là avait réellement la couronne, qui avait la domination. Le sacre, l’établissement de la dîme, les donations qui recommencèrent, furent jugés des réparations suffisantes. Deux grandes mesures furent ajoutées.

 

Les recommandations, en se multipliant, avaient couvert l’état de dominations devenues étrangères au prince. Pépin et Charlemagne obtinrent que le Prince serait compris dans tous les devoirs d’un vassal envers son seigneur. Jusqu’alors le serment envers le Prince avait été une pratique propre aux Leudes. Elle s’étendit désormais à tous les hommes libres. Charlemagne ordonna aux comtes et aux envoyés de faire prêter serment à tous les hommes libres sans exception, et de leur expliquer en même temps les obligations attachées à ce serment.

La régularisation des Champs de Mail, et l’appel fait à tous les nouveaux Francs,  fut une mesure encore plus efficace. On n’a écrit que Charlemagne avait eu en vue, dans cette mesure, la dignité et les droits de la nation. Les histoires modernes sont pleines de ce fatras. L’affermissement de son autorité et celui de l’ordre public, la nécessité de donner de l’ensemble à une multitude de mouvemens et d’intérêts divergens, voilà ce qui devait occuper Charlemagne. Ce prince compris que des résistances pouvaient se concerter facilement dans un petit nombre de Leudes composant son conseil et sa garde. Il comprit que le reste des grands, isolés dans le chef-lieu de leur domination ; avaient trop peu de rapports avec l’autorité. En réunissant régulièrement tous ces petits potentats, et les balançant les uns par les autres, il devait se trouver, à la fin, supérieur à tous.

Ce plan réussit parfaitement pendant le règne de Charlemagne. Il ne pouvait avoir de durée.

Et d’abord l’institution du sacre et celle des dîmes, qui avaient effacer des dangers présens, pouvaient en faire naître à l’avenir. Le clergé pouvait être tenté de se prévaloir de la nouvelle influence qui lui avait été faite, et de nouvelles richesses qui lui avaient été données. Le droit de créer pouvait faire naître celui de déposer. Louis le Débonnaire et Charles le Chauve en firent l’épreuve...

 

A suivre.

 

Comte de Montlosier (De la Monarchie Tome 1).

 

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TROISIEME EXTRAIT.

SECTION DEUXIEME.

 

…On voit ce que c’était sous les deux premières races que l’autorité royale. Cette question en amène une seconde, qui n’en paraît pas dépendre au premier coup d’œil, et qui ne laisse pourtant pas d’y avoir des rapports : je veux parler de la succession au trône. Dans ce qui concerne  la nature de l’autorité ; un vaste enchaînement de faits, un ordre avoué, solennel, consacré par les déclarations mêmes des rois et une longue succession de temps ; c’est ainsi qu’on peut distinguer l’état réel. Quelques phrases oratoires ou de courtoisies, quelques maximes emprûntées des lois romaines ou du code des Juifs, ne peuvent pas être plus comptées dans un sens, que ne doivent l’être, en sens opposé, des actes passagers de sédition. Je vais tâcher de porter, dans ce qui concerne la succession au trône, le même tempérament. On doit s’attendre à trouver également dans celle-ci quelques traits empruntés aux coutumes romaines, ou aux lois judaïques.

On doit s’attendre à trouver aussi quelques traits irréguliers de violence. Examinons d’abord ce qu’il y de constant en point de fait ; nous verrons ensuite ce qu’il est possible d’établir en point de doctrine.

Pharamond fut incontestablement élu par les Francs ; il en fut de même de Mérovée et de Childéric. On jugera comme on voudra la destitution de Childéric, ainsi que l’ambassade envoyée à Sigebert pour lui offrir la couronne de Chilpéric, dont on était mécontent. Après la mort de Dagobert, Clovis lui succéda. Le continuateur d’Aimoin nous apprend de quelle manière : « les Francs, dit-il, l’établissent roi sur eux. »

Ce furent de même les Francs qui élurent Clothaire, pour lui succéder conjointement avec sa mère. Ce furent les Francs qui donnèrentle sceptre à son frère Thierry, ainsi qu’à son autre frère Childéric. Ce furent les Francs qui rejetèrent son fils Daniel, pour mettre un certain Thierry, qu’ils avaient déjà élevé au trône, qu’ils en avaient déjà expulsé, et qu’ils avaient renfermé à l’abbaye de Saint-Denis. Ce furent les Francs qui, après la mort de Thierry, élurent pour roi Clovis III son fils, tout enfant qu’il était. Après la mort de Dagobert, les Francs d’Austrasie allèrent plus loin : ils déclarèrent qu’ils ne reconnaîtraient plus de rois.

Ceux qui récusent ces actes, les imputent aux troubles des temps : ils allèguent en opposition des actes où les rois partagent leurs états, et semblent en disposer comme de leur chose propre. Mais d’abord, l’objection tirée de partages faits par les rois, me paraît extrêmement frivole : on peut être sûr que tous ces partages ont été faits par les Francs, et du consentement des Francs ; il n’est aucun acte qui ne porte ce caractère.

Pour ce qui est du trouble des temps, nu l doute qu’ils n’aient donné lieu à des violences ; mais ces troubles mêmes et ces violences élevées sur d’autres points, déposent en faveur du droit d’élection ; qui n’en a jamais été contesté. Les faits restent dès lors tout entiers en preuves : ils forment une chaîne constante, qui se liant collatérallement, avec l’élection consacrée des maires du Palais, se poursuit dans le cours des âges avec solennité jusqu’à l’élection des rois de la seconde race.

Ici il n’y a ni exception ni équivoque. Pépin est reconnu solennement par l’élection de toute la France. Ce sont les propres paroles de Frédégaire. Le même écrivain nous apprend que ce fut du consentement des Francs, des grands ru royaume et des évêques, que le royaume fut partagé entre entre ses enfants Charles et Carloman. Charlemagne obtint de même, à l’assemblée générale que la couronne passât à Louis le Débonnaire ? C’est à se sujet que se rapporte le trait cité de Thégan : le prince interrogea tout le monde, du plus petit au plus grand. Le partage qui fut fait sous Louis le Débonnaire, entre ses enfants, porte : « que si quelqu’un d’eux laisse des enfants légitimes, la puissance ne sera pas partagé entr’eux ; mais le peuple s’assemblera pour élire celui qui plaira à Dieu. »

« Nous qui soomes assemblés de la France, de la Bourgogne, de l’Aquitaine, de la Neustrie et de la Provence, l’élisons et le confirmons d’un plein consentement. »

Tel fut le mode d’élection de Charles le Chauve.

« Moi, Louis, consitué roi par la miséricorde de Dieu et l’élection du peuple. » C’est ainsi que commençait le serment proncé de Louis le Bègue.

Il me paraît difficile qu’un droit d’élection soit plus franchement et plus pleinement constaté. Je viens actuellement aux véritables difficultés de cette question. Elles se trouvent principalement dans les deux circonstances suivantes. La première, que le droit d’élection s’est toujours entendu comme devant s’exercer dans la même famille. La seconde, qu’il a eu lieu invariablement en faveur de mâles, à l’exclusion des femmes.

Je dis d’abord que le droit d’élection a été entendu comme devant s’exercer dans la même famille. C’est ce que prouve par le fait la longue série des rois Mérovingiens et Carlovingiens. Cette conservation du trône dans la même famille aura pu, dans certaines circonstances, donner lieu à des méprises, cf elle aura paru une sorte de droit d’hérédité. Saint Grégoire le Grand a pu, dans une de ses homélies, obsever « que, chez les Francs comme les Perses, le trône demeurait dans la même famille. »

Ces traits se rapportent uniquement à un droit de la race. «Cette race des Mérovée, dit Eginhard, « dans laquelle les Francs avaient coutume de prendre leurs rois ! » C’est ce que prouve de même la promesse que firent solennement les Francs, lors de l’inauguration de Pépin, de ne prendre désormais des rois que dans cette maison.

L’exclusion des femmes en faveur des mâles et un autre point qui modifie le point d’élection. Il est également incontestablement. 1° Quand les Francs partagèrent le royaume entre les enfans de Clovis, Clotilde sa fille ne fut point appelée au partage, le roi Visigoth son époux, ne réclama point de droit. 2° Théodebalde succéda seul à son frère Théodebert, au préjudice de ses sœurs. 3° Childebert, à sa mort, laissa deux filles ; et cependant Clothaire, leur oncle, fut appelé au royaume de Paris. 4° Les paroles de Gontrand, à sa mort, sont remarquables. Il se plaignait de n’avoir aucun enfant qui pût le remplacer.

Il avait pourtant deux filles. Enfin il est constant que des enfans au berceau sont appelés quelquefois à régner ; des femmes à la régence, jamais à la couronne.

Ce point étant constaté, il reste à en connaître le principe. Il se trouve, d’un côté, dans les mœurs des Germains ; d’un autre côté, dans la situation particulière des Francs.

Chez la Germains, dit Tacite, ce n’est pas la femme qui apporte la dot au mari, c’est le mari à la femme. En Germanie, où les terres n’entraient point dans l’ordre des propriétés, la dot se constitua communément en bœufs, en chevaux, en armes. Chez les Francs, elle prit d’abord l’habitude de se constituer en argent. C’est de là que vint la formule, «épouser par le sol et le denier. » La dot se régla ensuite en concessions de terres. Elle fut portée, dans diverses circonstances, au dixième, au cinquième, au quart. Un édit de Philippe-Auguste la régla à moitié ; ce qui, pour le dire en passant, a fondé la coutume de Paris.

On peut remarquer en ce point, comme en tous, l’excellence des lois germaines. Chez d’autres peuples, on a exclu aussi les femmes de la succession paternelle. La loi Voconia a fait assez de bruit à Rome ; elle a mérité l’indignation du moine Marculfe et celle de Saint-Augustin. Il y avait, en effet, de la dureté à priver les femmes de toute dot de la part de leurs pères, lorsqu’elles n’en recevaient pas de leurs maris. Chez les Germains, au contraire, où elles recevaient une dot de leurs maris, il était assez simple qu’elles ne fussent point admises à la succession de leurs pères. C’est ce que prescrivaient uniformément toutes les lois germaines, notamment celles des Angles et des Bavarois. Ainsi, sous ce premier point de vue, on voit pourquoi les femmes n’ont point du succéder à la couronne, c’est que, dans l’esprit des lois germaines, elles ne succédaient à rien.

J’ai assigné, comme une seconde cause, la situation particulière des Francs. Depuis près de deux siècles, les Francs vivaient errans, en état d’armé, sans établissement et sans territoire. Dans une situation semblable ils n’ont pu appeler des femmes à les commander. Celles-ci n’ont pu succéder à la couronne qui n’était point un objet de succession.

Je viens d’éclaircir les grandes difficultés de cette question. Elles consistent à démêler ce qu’il y a de complexe dans un droit d’élection qui se trouve modifié par une préférence continue, soit en faveur de la race, soit en faveur de la ligne masculine.

Ce qui concerne le sece n’offre pas d’exception. La race présente, outre quelques accidens, deux grandes et notables infractions.

C’est ce qui me reste à traiter. Je vais examiner par quel ordre de mouvement la race Carlovingienne a été mise sur le trône à la de celle de Mérovée, et ensuite, par quel ordre de mouvement la race Capétienne a été portée à la place de celle de Charlemagne...

 

A suivre.

 

Comte de Montlosier (De la Monarchie Tome 1)

 

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DEUXIEME EXTRAIT

SECTION DEUXIEME.


Un lecteur judicieux sentira que l’autorité royale ne doit s’estimer, tout-à-fait, ni d’après le ton humble et soumis de Grégoire de Tours, ni d’après le ton abaissé de Charles le Chauve. Nos monumens offrent ainsi un grand nombre de trait divers dans lequel chacun peut apercevoir tel ou tel système, selon son inclination particulière. Quand le père Daniel ou l’abbé Bos, parcouraient nos anciennes chartres, ils ne s’arrêtaient qu’à ce qu’ils rencontraient d’ecclésiastique et de romain. Tout le reste leur paraissait trouble. M de Boulainvilliers, au contraire, n’apercevait que les Francs et les Leudes. Il y a, à cet égard, deux règles sur lesquelles il faut se diriger.

La première, c’est que l’esprit public se trouvant emporté au premier âge, tantôt dans le sens des mœurs franques, tantôt dans celui des mœurs judaïques et romaines, l’autorité royale a dû participer souvent à cette oscillation. A la fin tous les hommes libres Gaulois étant devenus Francs et nos mœurs étant devenue franques, l’autorité royale n’a pu manquer elle-même de devenir franque. Elle a pris ainsi un caractère précis.

La seconde règle, c’est que les extrêmes de la flatterie et de la servitude, de la violence et de la révolte, sont en ce genre de mauvais guides. Ce n’est ni dans ces extrêmes, ni dans quelques aciidens particuliers aux mœurs gauloises, ou aux mœurs germaines, qu’il faut chercher ce qu’a pu être cette autorité : c’est dans son action continue, avouée, constante, telle qu’elle a pu se combiner de ces différentes mœurs, et quia composé en quelque sorte son terme moyen ; et alors, voilà ce que je crois pouvoir dire de cette autorité. Elle s’étendait à tout, elle était tempérée par tout. Je veux dire qu’elle entrait sans exception dans toutes les parties de l’ordre religieux, civil et politique, mais c’est avec un tempérament qui présentait ce singulier mode : il dépendait un peu du prince, le prince en dépendait un peu.

Ainsi le prince gouvernait toutes les choses religieuses, mais c’était avec le clergé ; il ordonnait toutes les entreprises guerrières, mais c’est avec les Leudes ; il rendait les jugemens, mais c’était avec des féaux ; enfin il portait les lois, mais c’était avec de Francs, aux champs de Mars et de Mai.

A commencer par les matières religieuses, encore qu’ils fussent, en soi en plein ressort des évêques, toutes le sfois cependant qu’elles entraient pour quelque chose dans l’ordre public, nul doute qu’elles ne fussent sous l’autorité du prince.

« Citoyens français[1], dit Clovis II, le soin de notre domination temporelle nous avertit de vous admettre à notre conseil, dans les affaires publiques. Cependant il nous a convenu auparavant de régler les choses qui sont de Dieu et des saints. »

Ce n’est pas là seulement un discours oratoire. Si on se donne la peine de consulter les décrets du concile de Paris en 615, on les trouvera prononcés au nom du roi. Il en est de même des synodes et des conciles tenus sous la seconde race : ils sont libellés dans la même forme que l’étaient, de nos jours, les arrêts du Parlement.

Les mêmes nuances se retrouvent dans les autres parties.

Nul doute que les entreprises guerrières n’aient été résolues dans les assemblées générales. Quand Clovis voulut entreprendre l’expédition contre Alaric, il la proposa aux Francs, de la manière suivante : « Je vois avec peine que ces Ariens occupent une partie des Gaules. Allons ; et, avec l’aide de Dieu, rangeons ce pays sous notre domination. » Ce discours ayant plu à tout le monde, Clovis rassembla son armée et la dirigea sur Poitiers.

Des écrivains ont affecté de mettre peu d’importance à ces propositions royales ; mais, pour partager leur opinion, il faudrait croire qu’elles n’éprouvaient jamais de contradiction. Lors de l’expédition de Bourgogne, entreprise par Clothaire et Childebert, nous voyons que Thierry leur frère aurait voulu s’en dispenser ; mais les Francs qui lui appartenaient lui signifièrent qu’ils allaient l’abandonner. Il en fut de même d’une expédition contre les Saxons : Clothaire ayant voulu s’opposer à cette entreprise, les Francs entrèrent dans sa tente, l’accablèrent d’injures, et le forcèrent de marcher à leur tête.

Ces exemples sont pris de préférence dans la première race. Sous la seconde, où les Champs de Mai ont une tenue plus régulière, la participation des Francs à toutes les entreprises d’état a par la même une dorme plus déterminée.

Dans les jugemens, et pour ce qui concerne la confection des lois, l’autorité royale est également en scène, mais toujours avec les mêmes modifications et le même cortège. Nous avons, dans le livre qu’Hincmar nous a laissé sur l’ordre du Palais, les détails de la manière dont s’ordonnaient les délibérations. Thégan, dans la vie de Louis le Débonnaire, nous représente Charlemagne suivant tous les rangs, et recueillant lui-même toutes les voix. On a cité souvent, et avec raison, ce mot de Charles le Chauve dans l’édit des Pistes. « La loi se fait par le consentement du peuple et par la constitution du roi. » Il est essentiel d’observer que ce n’est point ici, comme en Angleterre, une grande chartre qui est accordée, un privilège nouveau qui est déclaré : c’est une ancienne maxime d’état, qui est rappelée. Cette maxime est de la première race comme de la seconde. C’est ainsi que, dans l’exemple de Clothaire que je viens de citer ; ce prince ne fait nulle difficulté de déclarer, « qu’il prendra l’avis des grands de l’Etat, et qu’il déférera en tout à leurs jugemens. »....

 

A suivre

 

Comte de Montlosier (De la Monarchie Tome 1)

 



[1] Francigenae Cives.

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Le Souverain Pontife.

 

(Complément du Grand Monarque.

Extrait de notre ouvrage paru aux Editions Lacour.

"Grand Monarque et Souverain Pontife.")

 

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                « Lorsque sur la chaire de Pierre brillera une étoile éclatante, élue, contre l’attente des hommes, au sein d’une grande lutte électorale, étoile dont la splendeur illuminera l’église universelle, le tombeau qui renfermera mon corps sera ouvert. Ce bon pasteur, gardé par les anges, réparera bien des choses par son zèle et sa sollicitude. Par son zèle et sa sollicitude, des autels seront construits et les églises détruites seront relevées ». Abbé Werdin[1].

 

                « Je donnerai à mon Eglise un pasteur saint et rempli de mon esprit, qui réformera mon troupeau par son grand zèle ». Elizabeth Canori Mora.


                « Il (le Souverain Pontife) réformera l’univers, principalement par la puissance de ses exemples et la vénération profonde qu’il aura inspiré. Il ramènera les ecclésiastiques à la manière de vivre des temps apostoliques[2]… ». Jean de Vatiguerre.

 

                « Il sera élu d’une manière extraordinaire[3]…. Il fera la réforme de l’Etat et des mœurs des peuples. Il reformera l’Eglise et le clergé séculier et régulier, les rappelant à l’observance exacte… Le bras tout-puissant de Dieu[4] sera avec lui et le fera triompher ». Anna Maria Taïgi.


                « Elle refleurira cette religion sainte ; mais ce ne sera ni le Pape ni le Roi actuellement régnant qui la feront refleurir, mais un roi selon son cœur. Il fera de grandes choses avec un Pape que je donnerai à mon Eglise dans ma miséricorde… Le nouveau Pape sera un grand personnage ». Une religieuse[5].

 

                « Cet angélique Pasteur ne s’immiscera en rien dans les affaires du siècle, mais la houlette à la main, il visitera les régions et les terres. C’est pourquoi par les soins et sollicitudes du dit Pasteur, et sous le gouvernement d’un monarque temporel, il s’établira entre les églises grecque et latine[6] une union perpétuelle. Elles ne formeront plus qu’un centre unique à perpétuité ». Liber Mirabilis.

 

« Le Pape Angélique, avec ce Roi de France, réformera l’Eglise ; beaucoup de chrétiens abandonneront leurs biens et tous les Ordres religieux étant supprimés, il fondera UN SEUL ORDRE RELIGIEUX qui l’emportera sur tous ceux qui l’ont précédé. » Saint Vincent Ferrier.

 

« Le pasteur que Dieu aime et choisit, au temps donné, dans le temple ; Rome[7] sera renouvelée en ces jours et présidera au monde entier… Il joindra l’Eglise Occidentale avec l’Orientale dans une union perpétuelle… Il enverra des légats apostoliques dans l’univers, afin qu’ils prennent soin des brebis de Dieu ; la paix universelle et la réformation apparaîtront ». Amadée.

 

« Un Pasteur choisi montera sur le trône de Pierre et il sera gardé par les anges… Il rétablira les affaires de l’Eglise dont il recouvrera le domaine temporel… Il réformera le siècle, et le trône de France sera rendu au souverain légitime… Ce pape auguste opérera toutes sortes de réformes, et soumettra à l’église les nations les plus éloignées. Uni avec le Monarque Fort, toutes les résistances contre la vérité seront brisées, et une félicité incomparable règnera parmi les hommes ». Benoît XII.

 

« Bientôt un oiseau gigantesque surgira comme du sommeil ; redoutable par le bec et l’ongle[8]… il dévorera les entrailles iniques [9]du dragon. Il jettera à terre les couleurs gauloises[10]. Il rétablira les rois dans leurs propres possessions. Il y aura un Pasteur, homme juste et équitable, né de la terre de Galatie[11]. La concorde surgira dans le monde entier ; il n’y aura plus qu’une seule Foi. Un seul Prince règnera sur toutes choses ». Prophétie de Plaisance.

 

« Un ange, viendra du Christ, sera transmis du ciel à la terre, parti du cœur[12] même du Christ ; il fera toutes ses volontés et ramènera les ecclésiastiques au mode de vivre de Notre Seigneur et de ses apôtres ». Jean de Rochetaillée.

 

« Dieu purifiera la Sainte Eglise par un moyen qui échappe à toute prévision humaine, et il y aura une réforme si parfaite de la Sainte Eglise de Dieu, et un si heureux renouvellement des saints pasteurs qu’en y pensant mon esprit trésaille dans le Seigneur ». Catherine de Sienne.

 

« Dieu suscitera un Pape d’une vie si sainte que les anges eux-mêmes en seront dans l’admiration. Eclairé d’En-Haut, il réformera le sacerdoce, le rappellera à la vie des Apôtres, il transformera presque le monde entier par sa sainteté et ramènera tout le monde à la vraie Foi. Partout règneront la crainte de Dieu, la vertu, les bonnes mœurs Il ramènera au bercail toutes les brebis égarées et il n’y aura plus sur la terre qu’une seule Foi, une Loi, un Baptême, une même vie». Jean de Roquetaillade[13].


« ... Un pasteur remarquable s’assiéra sur le trône pontifical, sous la sauvegarde des anges. Pur et plein d’aménité, il résiliera toutes choses, rachètera par ses vertus aimables l’état de l’Eglise, les pouvoirs temporels dispersés… il l’emportera sur toute autre puissance, et reconquerra le royaume de Jérusalem. Alors un monarque gracieux de la postérité de Pépin viendra en pèlerinage voir l’éclat du glorieux pasteur dont le nom commencera par un R. Un trône temporel venant à vaquer, le pasteur y colloquera ce roi qu’il appellera au secours… Le saint pontife (lui-même français) invoquera l’aide du monarque généreux de la France… ». Merlin Joachim[14].

 

« Lequel bon Pape, natif de France, sera élu miraculeusement et fera une grande et merveilleuse justice, sur les mauvais et infidèles chrétiens, miraculeusement réformera l’Eglise, la réduira et retournera au premier état comme elle fut commencée. Et à Rome jamais plus il n’y aura Pape de France ». Prophétie de Limoges. [15]

 

«  En ce temps là, un moine qui aura la paix dans son nom et dans son coeur sera en prière ; il aura la même mission de Jeanne d’Arc ». Abbé Souffrand.

 

« Lors un seul Pasteur sera vu dans la Celte-Gaule et elle annonce la résurrection de l’Eglise ». Prophétie d’Orval.

 

Nous terminerons par quelques citations mettant en commun nos deux personnages. Ceci tendrait à prouver qu’ils sont indissociables.

 

« Le Grand Monarque mettra sa main dans celle du Grand Pontife et celui-ci oindra la tête du Grand Monarque de l’Huile Sainte. Il marquera son étendard[16] d’un signe sacré et le levant avec l’Eglise, il volera de conquête en conquête ; les conversions s’étendront par tout l’univers… »

 

« Avec le Grand Pasteur surgira le Grand Roi[17], qui obtiendra le royaume de la cité nouvelle ; et bientôt après il appesantira sa mains sur les infidèles… » Bienheureux Amédée.

 

 « « Le pape aura avec lui un empereur, homme très vertueux, qui sera des restes du sang très saint des rois de France[18]. Ce prince lui sera en aide et lui obéira en tout pour réformer l’univers… » Jean de Vatiguerre.

 

« Le Grand Pontife sera ramené par le Grand Monarque. Toutes les vertus refleuriront dans l’Eglise de Dieu, surtout dans le sacerdoce ». Prophétie des Catacombe[19].

 

« Par eux aura lieu le rétablissement de toutes choses : le Pape sera en même temps roi, pontife et juge tandis qu’il n’y aura sur terre qu’un seul culte. »

 


[1] Moine de l’Ordre des Carmes déchaussés, il prend l’habit en 1768. L’étoile qui sera en charge du Saint Siège reste un symbole fort mais assez vague. Faut-il le prendre au pied de la lettre et ainsi considérer que le Souverain Pontife brillera par ses exploits ou bien ce symbole sera-t-il inscrit dans les armoiries ? Etonnant aussi cette allusion à l’ouverture du tombeau ! La construction d’Autels semble évoquer un renouveau de la Foi, semblable, nous osons l’espérer, à celui du « Printemps du Christianisme ».

[2] Cette vision, tout comme celle qui la suit, évoque sans conteste un retour à la doctrine de la primitive Eglise, à ses dogmes ce qui, au regard de l’Histoire pourrait expliquer la conversion aussi soudaine qu’inexpliquée de nombreux juifs. Jean-Paul 1er avait tenté une telle réforme mais à quel prix !!! Les Forces lucifériennes on eu raison de lui parce que, aussi étrange que cela puisse paraître, il était encore trop tôt.

[3] Il semble que cette vision plaide en notre faveur nous qui pensons, avec beaucoup de culot et d’aplomb, que le Souverain Pontife ne sera pas issu directement de la Curie Romaine. Du reste, seul un être élu de Dieu, en dehors du système osera et pourra opérer cette spectaculaire réforme. 

[4] Dieu accompagne tout autant le Souverain Pontife que le Grand Monarque.

[5] Nous avons hésité un temps avant de classer cette vision parmi celles attribuées au Souverain Pontife. Cette prophétie date du 19ième siècle (1816). Le Roi régnant est alors Louis XVIII, le Pape siégeant : Pie VII.  Mais ce Roi (tout comme Charles X et Louis-Philippe 1er) n’est que Roi des Français et non Roi de France. Au temps futur, il ne fait aucun doute que le Grand Monarque sera l’Elu de Dieu « selon son cœur ». Ce choix, hautement symbolique, remet indéniablement en cause les légitimistes attachés à la Loi du sang ou Lex Saliqua (Loi Salique), à moins, et cela est aussi envisageable, que le prétendant ait toutes les qualités de Cœur requises pour régner.

[6] Nous pouvons noter le travail planifiant les voies du futur Souverain Pontife ouvert par Jean-Paul II (1er décembre 1989) et Benoît XVI (3 décembre 2009) soit approximativement à 20 ans d’intervalle. Un trait d’union certain est désormais établi entre les deux Eglises qui, à la « Fin des Temps » ne feront qu’une sous la houlette du Grand Monarque et du Souverain Pontife.

[7] La conversion ou le renouvellement de l’Eglise de Rome est omniprésent dans les textes prophétiques ce qui constitue le fait qu’elle soit assimilable à la Cité aux sept collines. Nous osons parler ici de restructuration des « équipes »  ainsi qu’un renouveau de l’apostolat.

[8] « Le bec et l’ongle » nous évoquent l’Aigle. Le plus royal des oiseaux certes, mais plus encore la dynastie des Habsbourg-Lorraine dont les prétentions au Trône de France semblent plus qu’évidentes.

[9] Nous nous demandons s’il ne s’agirait pas là des lois édictées par la Révolution. Le dragon est en effet assimilé aux forces lucifériennes elle-même responsables de la chute de la Monarchie.

[10] Ces couleurs gauloises sont bien sûr le « Bleu, le Blanc, le Rouge » autrement dit le drapeau tricolore identitaire de la France nationaliste.

[11] Cette Galatie n’est rien d’autre que la Gaule, donc la France.

[12] Cette prophétie annonce ce que peu on fait jusqu’alors. La France est en effet détentrice de l’un des plus merveilleux joyaux que compte la Religion (religere = qui relie à). Il s’agit du culte du Sacré Cœur en cela lié à celui du Christ Roi, son siège : Paray-le-Monial. Ne pouvant nous étendre ici, nous renvoyons le lecteur à « Saint Graal et Monarchie Française » éditions Lacour (Nîmes). On peut déduire de l’expression « parti du cœur même du Christ » que le Souverain Pontife sera ou un disciple, ou un apôtre du Sacré Cœur. 

[13] Cette prophétie date du 13ième siècle. Mais comme pour tant d’autres la précédant ou la suivant, il semble bien que les visionnaires ait perçu les ravages de la Révolution et, plus encore, le désastre de la grande réforme de Vatican II. Que le programme de restructuration s’annonce immense !!!

[14] Cette prophétie datant également du 13ième siècle remet en cause, comme ses consœurs, l’état d’esprit qui règne depuis plusieurs décennies au Saint Siège. Le R qui détermine en quelque sorte l’identité du Souverain Pontife n’est certainement à prendre au pied de la lettre. Il s’agit plutôt d’une invitation à la recherche du symbolisme qui s’en dégage. Outre les informations déjà fournies (voir annexe 1) sur le R, Voyons ce qu’exprime Jean Phaure à son sujet : « …le R est tout simplement le X (khi grec)… » puis « le X (grec) : c’est la création, c’est le quatre, ce sont les quatre âges de l’humanité ». Ces quatre saisons se présentent de la manière suivante : l’ère du Taureau et du Bélier appartiennent au Père ; l’ère des Poissons est celle du Fils ; l’ère du Verseau, quant à elle, appartient au Saint Esprit. Selon l’alphanumérisation AJS=1 ; BKT=2… R vaut 9 qui, dans le langage des oiseaux, évoque phonétiquement ce qui est nouveau (neuf). Donc cette lettre, attribuée au nom de l’ultime Pontife de Rome, n’est en réalité que la mise en avant d’une ère nouvelle et notamment celle du Saint Esprit.

[15] La constante, au travers des différentes prophéties, de cette « élection miraculeuse » nous a interpellés. Qu’est-ce à dire ? Soit que le Souverain Pontife sera issu de la Curie Romaine ou, comme nous le pressentons, qu’il n’en sera pas. Cette élection, cet acte si soudain et impromptu alors incompris de la chrétienté se révèlera à l’âme humaine comme la Rose se montre au jardin. Ce Pape de France et qui sera tel qu’il n’y en aura plus à Rome n’est pas sans nous rappeler la longue lignée des « Benoît » qui, selon certains esprits avant-gardistes, constitue une Eglise parallèle à celle du Saint Siège.

[16] Il est bon de s’interroger sur la nature même de cette marque. Nos réflexions nous ont mené à la définir comme étant celle du Sacré Cœur.

[17] Le Grand Roi s’inscrit ici, mais également en d’autres textes, comme le Fléau de Dieu. 

[18] Ce texte doit tout particulièrement retenir notre attention. En effet, il date du 13ième siècle et prouve que le Royauté devait s’éteindre et la Monarchie renaître. Quelle vision !!! 

[19] Dans cette prophétie, qui en corrobore d’autres, c’est le Grand Monarque qui établira le Grand Pontife sur le Saint Siège. Plus ancienne encore, elle prévoyait la décadence du sacerdoce que nous devons sans conteste à la réforme de Vatican II. 

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PREMIER EXTRAIT

SECTION DEUXIEME.

 

Ce qui concerne la royauté se distribue naturellement en deux parties. J’ai à considérer, 1° sa nature, et comment elle est parvenue à se composer au milieu de tant de nations, de mœurs et d’esprit différens ; 2) les prinicpes qui ont réglé l’ordre de la succession au trône.

Paramond, Childéric et Mérouée sont comptés quelquefois au nombre de rois : on en pourrait compter beaucoup d’autres dans ce genre. Les Romains en firent exposer deux aux bêtes dans l’anphitréâtre de Trèves. Vopisque écrit que neuf rois Francs vinrent se jeter aux pieds de Probus. Divers personnages, tels que Marcomir, Sunnon, Azaric, Comes, sont désignés dans l’histoire comme des Rois Francs. Grégoire de Tours donne le nom de Roi à Clovis ; il le donne en même temps à Ragnachaire, roi à Cambrai ; Sigebert, roi à Cologne, Renomer, roi dans le Maine, et un certain Cararic, roi des Morins, paraissent avoir été les principaux chefs de l’armée de Clovis.

Lorsque ce prince se fut défait de ces rois, lorqu’il eut ensuite soumis les Armoriques et les Francs ripuaires, les Bourguignons et les Goths, c’est alors que se termine l’histoire des Francs pour faire place à l’histoire des rois de France. Mais, si la Gaule commence alors à offrir l’ensemble d’une belle et vaste domination, on ve voit pas encore ce que c’est que cette domination.

A ne la considérer que sous le rapport de smeours germaines, on pourrait croire que l’autorité de Clovis était très circonscrite. Les rois Germains avaient peu d’autorité. On s’affemrit dans cette suppositio, en se rappelant qu’aucun acte important, pas même des entreprises guerrières, ne se proclamèrent que u consentement des Leudes. Mais il est, à cet égard, d’autres points de vue qu’il ne faut ps laisser échapper.

Les Francs, invariablement attachés à leurs habitudes, durent continuer à vivre sous Clovis comme avec un roi dela Germanie. Le clergé et les Gaulois lui accordèrent davantage. Dès le premier moment, le clergé s’empressa de la classer parmi les rois d’Israël. Les homélies proclamèrent le successeur de David et de Saül. D’un autre côté, les gaulois, accoutumés à la dominations des empereurs, virent le succesuer de Constantin et de Théodose. Sur ce dernier point Clovis était, en quelque sorte, fondé en titre. Il avait reçu de l’empereur Anastase, par une ambassade expresse, le diplôme et les attributs du consul.

Placée ainsi entre trois principes différens, tirés, l’un du droit divin, l’autre du droit romain, un troisième des mœurs germaines ; l’autorité royale flotta quelque temps comme indécise. Les chartres portent l’empreinte de cette oscillation.

Grégoire de Tours avait quelque chose à demander à Chilpéric : « Nous vous parlons, lui dit-il, et si vous voulez, vous nous écoutez. Si vous ne voulez pas nous écouter, qui vous jugera, si ce n’est celui qui a dit être la justice ? » Bossuet n’eût pas parlé, d’une manière plus soumise, à Louis XIV. Resque dans le même temps, Clothaire ayant des affaires d’état à régler, annonce qu’il convoquera une assemlée de nobles Francs ? Il ajoute : « qu’il obéira en tout à leurs décisions, et qu’il ne mettra aucun obstacle à ce qu’ils jugeront à propos de régler. » Voilà certainement la contre-partie.

Les temps ne seront pas seulement opposés aux temps ; le même trait peut offrir des nuances toutes contraires.

On a cité souvent l’aventure du vase de Soissons. « Vaillans guerriers, dit Clovis, je vous prie de permettre que ce vase soit excepté du partage. Un soldat élevant la voix : vous n’aurez ici, dit-il, que ce que le sort vous donnera. » Les écrivains, enclins au système démocratique, n’ont pas manqué de se prévaloir de ce fait. Mais il s’en faut beaucoup qu’il prête à toutes leurs inductions. Il n’y a qu’à lire en entier la narration de Grégoire de Tours.

Sur la demande du roi, ceux qui avaient du sens lui répondirent : Très-glorieux roi, tout ce qui est là est à vous. Nous sommes nous-même sous votre empire et sous votre joug. Faites tout ce qui vous plaira, personne ne eput résister à votre puissance. » Il raconte ensuite l’histoire du soldat avec les modifications suivantes : « un seul, emporté, envieux, étourdi, s’opposa. »

L’évêque de Tours disait à Chilpéric : « nous vous parlons, et si vous voulez, vous nous écoutez. » Dans la suite, les évêques ne se contenteront pas de se faire écouter. Un esclave, nommé Ebbon, que Louis le Débonnaire avait affranchi et fait archevêque de Rheims, le déposa et lui fit subir une pénitence publique. Charles le Chauve fut déposé à son tour par Venilon, archevêque de Sens. Louis le Germanique subit le même sort. Tout extraordinaires que soient ces actes, ils le sont peut être moins que l’espèce de doctrine qui prévalait alors, et qu’ils donnèrent lieu de manifester.

« Cette sublimité de puissance à laquelle j’ai été élevé, disait Charles le Chauve, ne devait m’être otée par personne, du moins avant d’avoir pu me justifier et subir le jugemens des évêques par le ministère desquels j’ai été consacré roi. Je sais qu’ils sont les trônes de Dieu, dans lequel il prononce ses décrets ; et j’ai toujours été prêt, comme je le suis encore,, à subir les corrections paternelles qu’ils jugeront à propos de m’infliger. »….

 

A suivre.

 

Comte de Montlosier (De la Monarchie Tome 1).

 

 

 

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DEUXIEME EXTRAIT.


LOUIS-RENÉ DE ROHAN

A SAVERNE

 

545px-Blason fam fr Rohan-Soubise.guemene...Louis-René de Rohan doit être compté parmi les collectionneurs alsaciens. Son château de Saverne était une merveille, contre laquelle luttaient inutilement bien des palais de princes souverains.

Le cardinal, que son secrétaire, l'abbé Georgel, nous représente comme ayant eu toujours du goût pour les sciences occultes et la botanique, fut, par suite de ses liaisons avec Cagliostro, entraîné dans des expériences qui, à la fin, lui coûtèrent l'honneur et la liberté. Il avait fait construire un cabinet de physique expérimentale avec sa table de marbre, destinée à la démonstration des diverses lois de la mécanique, et un cabinet d'histoire naturelle renfermant plusieurs objets curieux. Le Directoire du département du Bas-Rhin fit transférer toutes ces collections pour en enrichir celles de la ville de Strasbourg. Les splendides volumes de la bibliothèque, sur les plats desquels étaient frappées en or les armoiries cardinalices avec cette mention: EX BIBLIOTHECA TABERNENSI, suivirent le même chemin. Chose à remarquer: pendant que ces raretés disparaissaient de Saverne pour être plus tard la proie des flammes à Strasbourg, les démocrates du lieu achetaient, pour leur club, les tables, chaises, bancs et autres meubles tirés des bâtiments du commun.

 

1 A. Benoît. Collections et Collectionneurs alsaciens, p. 29. 

 

 On raconte mille anecdotes plaisantes de ce cardinal grand seigneur et bon enfant.

Louis-René de Rohan, la Belle Éminence) aimait beaucoup les saillies spirituelles, et souvent il lui en échappait il lui-même de très-fines ct de fort bien tournées; d'un autre côté, il aimait le faste de la table, ct sa maison était toujours pleine de gens qui, Salent le plaisir et l'honneur d'y pour beaucoup, se faisait plaisir de prendre un bon dîner. Tous les jours vingt couverts étaient servis au château de Savcrne.

Un pauvre chevalier de Saint-Louis ayant eu occasion de sentir combien il était agréable de s'asseoir il la table épiscopale, jugea bon de s'y présenter souvent ct de profiter gratuitement de la généreuse hospitalité du fastueux prélat; mais comme sa pauvreté ne lui permettait pas de faire comme les autres convives qui, en se levant de table, glissaient sous le pli de leur serviette une pièce pour le valet de service, celui-ci résolut de s'en venger. Il signala donc à son maitre cet hôte importun, qui arrivait toujours sans invitation. Le cardinal, piqué de curiosité, ordonna que, la première fois qu'il se représenterait, on le mît tout à côté de lui, à sa droite. Le chevalier ne fut pas peu surpris d'un pareil honneur, ct il n'en augura rien de bon en constatant un sourire moqueur sur la lèvre du serviteur.

Le dîner marcha cependant très bien, et le brave chevalier croyait déjà qu'il avait été oublié, lorsque l'entretien se tourna sur un point théologique. Tout-à-coup le cardinal, visant le chevalier, lui demande à brûle-pourpoint combien de diables il connaissait. L'hôte fut loin de se déconcerter:

- Ventre-saint-gris, Éminence, j'en connais trois.

- En vérité? Et quels sont ces trois diables?

- Eminence, il y a un pauvre diable, un bon diable et un mauvais diable. Le pauvre diable, c'est moi, qui trouve à manger chez un bon diable, qui est Votre Éminence.

Quant au mauvais diable, c'est celui qui a voulu me mettre dans l'embarras en me jouant un mauvais tour.

Et il désigna l'officier servant.

Le prélat fut si enchanté d'une répartie aussi Spirituelle, qu'il ordonna que le couvert du pauvre pensionnaire fùt tous les jours mis à la table épiscopale.

Voici comment reparle du cardinal et de sa magnificence, la satirique baronne d'Oberkirch, dans ses curieux Mémoires:

« … j’étais tenue à rester quelques temps à Strasbourg: le rang que j'y occupais m'en faisait une loi. En y arrivant à la fin de Novembre (1780), nous fùmes rendre nos, devoirs à S. E. le cardinal de Rohan, prince-évêque de Strasbourg. Il revenait d'un voyage de l'autre côté du Rhin, où il était allé visiter ses domaines. C'est le troisième ou même le quatrième cardinal du nom de Rohan qui soit évêque de Strasbourg, de sorte qu'il regarde un peu les terres de l'église comme lui appartenant par droit d'héritage.

Il a bâti et arrangé à Saverne une des plus charmantes résidences du monde. C'est un beau prélat, fort peu dévot, fort adonné aux femmes; plein d'esprit et d'amabilité, mais d'une faiblesse, d'une crédulité qu'il a expiées bien cher, et qui a coûté bien des larmes à notre pauvre reine dans la misérable histoire du collier.

« Son Éminence nous reçut dans son palais épiscopal, digne d'lm souverain. Il menait un train de maison ruineux et invraisemblable il raconter. Je ne dirai qu'une chose, elle donnera l'idée du reste. Il n'avait pas moins de quatorze maîtres d'hôtel et vingt-cinq valets de chambre.

Jugez! Il était 3 heures de l'après-midi, la veille de l'octave de la Toussaint; le cardinal sortait de sa chapelle, en soutane de moire écarlate et en rochet d'Angleterre d'un prix incalculable. Il avait une aube des grandes cérémonies quand il officiait à Versailles, en point à l'aiguille d'une telle richesse, qu'on osait à peine les toucher. Ses armes et sa devise étaient disposées en médaillons au-dessus de toutes les grandes fleurs; on l'estimait plus de IOO,OOO livres.

Ce jour-là nous n'avions que le rochet d'Angleterre, un de ses moins beaux, disait l'abbé Georgel, son secrétaire. Le cardinal portait à la main un missel enluminé, meuble de famille d'une antiquité et d'une magnificence uniques; les livres imprimés n'étaient pas dignes de lui.

« Il vint au-devant de nous avec une galanterie et une politesse de grand seigneur que j'ai rarement rencontrées chez personne. Il s'informa de nous, des princes de Montbéliard, de la grande-duchesse de Russie, comme si cela eût été son unique affaire. Il nous raconta son voyage avec mille détails intéressants; je me souviens entre autres qu'il nous parla de Salzbach, le lieu où fut tué le maréchal de Turenne.

« La pensée m'est venue, nous dit-il, d'élever un monument à ce grand homme; j'ai donc acheté le champ où un boulet le frappa et avec lui la fortune de la France, cc pour y faire construire une pyramide. Je ferai bâtir à cc côté une maison pour y établir un gardien, un vieux cc soldat invalide du régiment de Turenne; je désire que ce soit de préférence un Alsacien. La pyramide aura vingt-cinq pieds de haut et sera entourée de lauriers, garantis des passants par une grille en fer. Que vous semble de ce projet, Madame la baronne? »

« Nous assurâmes Son Éminence qu'il était tout à fait patriotique. Une conversation intéressante commença alors; j'y prenais un vrai plaisir, le cardinal était fort instruit et fort aimable. »

En I776, Ch. Guérin avait fait un joli portrait du cardinal Louis-Constantin de Rohan. La gravure en a été donnée par M. G. Guntz au musée de Saverne (N° 135 du Catalogue de I872).

On raconte plus d'une anecdote sur le caractère léger, excentrique, extravagant de ce prélat. En voici une qui le montre dans toute sa plénitude: La veille de Noël, un marché de jouets d'enfants et de menus objets de table, de vaisselle, de poteries, un vrai bazar, se tenait sur la place qui se trouve devant le château épiscopal. Une brave vieille femme avait là, tout le long du passage, à terre, un étalage de plats et d'assiettes que de rares chalands venaient marchander.

Le prélat arrivait de promenade au grand trot dans son carrosse, et, sans égard pour la porcelaine opaque, fait passer ses chevaux et sa voiture sur l'étalage de la pauvre vieille. Elle se désolait déjà, et toutes ses voisines s'ameutaient, lorsque l'extravagant cardinal lui fait remettre en bon et bel or trois fois la valeur de son stock fragile.

De pleurer, la marchande pousse des éclats de rire, et ses rivales de regretter que pareil malheur ne leur soit pas arrivé! »...

 

A suivre.

 

Le Roy de Sainte Croix (Les Quatre Rohan).

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PREMIER EXTRAIT

 

IV

 

LOUIS-RENÉ-ÉDOUARD

DE

ROHAN-GUÉMÉNÉE

1779-1803

 

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LOUIS-RENÉ DE ROHAN A L'UNIVERSITE

 

La Galerie de l'ancienne Cour ou Mémoires Anecdotes pour servir à l'Histoire des règnes de Louis XIV et de Louis XV, raconte une très jolie difficulté qui se présenta en Sorbonne à propos du jcune abbé René de Rohan.

Dans le contrat de mariage du prince de Condé et de Mlle de Soubise, le père de la jeune princesse avait pris la qualité de très-Haut et très-puissant prince. Une contestation s'éleva il ce su jet, et les princes du sang, assemblés dans le cabinet du roi pour signer ce contrat, refusèrent d'accorder par leur signature il un prince étranger un titre qu'ils croyaient n'appartenir qu’à eux exclusivement. Il fut convenu qu'ils protesteraient avant que de signer et ils eurent trois mois pour produire les titres de leur prétention exclusive.

La maison de Rohan avait déjà eu une querelle de ce genre avec la noblesse. En voici l'origine:

« Un abbé d'Aubeuton, ci-devant docteur de M. le cardinal de Soubise, voulut se venger de cette maison qui, à son avis, ne l'avoit point suffisamment appuyé de son crédit. Le jour que le prince René faisoit sa supplique en Sorbonne, il s'y transporta pour demander au doyen de lui représenter le titre en vertu duquel il accordoit à la maison de Rohan la distinction de soutenir ses thèses les mains gantées et le bonnet sur la tête. Le doyen n'ayant pas voulu le satisfaire sur ce point, il alla trouver M. le marquis de Beauffremont et réchauffa assez pour le porter à faire signifier au doyen une opposition, tant en son nom qu'en celui de la noblesse, à ce qu'il ne fùt accordé à ceux de la maison de Rohan aucun privilège, protestant de se pourvoir, etc. L'huissier n'osa faire la signification qu'à la fin de l'acte du prince René; mais comme on n'en tint pas grand compte, M. de Beauffremont présenta, le 15 Décembre 1752, sa requête au Parlement, où, prenant fait et cause pour la noblesse, que son aïeul présidait aux derniers Etats, il demanda permission d'assigner le doyen de Sorbonne, à l'effet d'exhiber le titre sur lequel étoit fondé le prétendu privilège de la maison de Rohan, et jusqu'à ce qu'il fut fait défense à tous les docteurs, licenciés et autres suppôts de la faculté de théologie, de permettre à ceux de ladite maison de s'arroger aucuns droits ni prérogatives au préjudice de la noblesse. La cour lui permit d'assigner, et le roi ayant évoqué à lui cette contestation, prononça sur le tout. En même temps, il maintint la maison de Rohan, ainsi que la maison de Bouillon, dans la possession où elles étaient de prendre le titre de très-haut et de très excellent prince, et annula la protestation des princes du sang; mais ceux-ci, ayant présenté requête au roi contre(1) sa décision, Sa Majesté n'osant prononcer affirmativement, leur écrivit la lettre suivante:

«  Je ne veux ni juger ni faire juger si MM. de Rohan  sont princes ou non; . mais je veux que toutes choses soient remises dans l'état où elles étoient avant le mariage de M. le prince de Condé avec Mlle de Soubise, sans que les signatures du contrat puissent faire tort aux droits et prétentions d'un chacun, ni les favoriser. »

« Dans le fait, c'étoit donner gain de cause aux étrangers. On conçoit que de pareilles questions, bien loin de s'éclaircir avec le temps, ne peuvent que s'embrouiller davantage: mais Louis XV vouloit vivre en repos et ne fâcher personne. »

 

1 Mémoires-Anecdotes de Louis XIV et de Louis XV, t. III, p. 313.

 

LOUIS-RENÉ DE ROHAN

A STRASBOURG

 

Mme d'Oberkirch nous raconte comment elle vit le prince-évêque de Rohan pour la première fois, en 1778: « Je passai l'hiver à Strasbourg, dit-elle, et j'y étais le II Mars, au moment de l'intronisation du prince Louis de Rohan, succédant au siège du cardinal Constantin, son oncle, dont il était le coadjuteur. C'était un fort grand seigneur, pour qui les domaines de l'évêché en France et en Allemagne n'étaient, disait-il, qu'une bague au doigt.

Quel anneau pastoral! Son chapitre, composé de douze chanoines et de douze domicellaires, alla le recevoir à la porte de sa splendide cathédrale. Né en 1734, jeune encore par conséquent, il était fort beau sous ses riches ornements.

Je l'ai souvent rencontré, et j'aurai occasion d'en reparler encore. » (1)

 

1 Mme D’Oberkirch. Mémoires, t. 1, p. 124.

 

LOUIS-RENÉ DE ROHAN

FAIT PRENDRE POSSESSION

DE L'ÉVÊCHÉ DE STRASBOURG

 

Le cardinal Louis - Constantin de Rohan étant mort le II Mars I779, et ses services funèbres ayant été célébrés dans la cathédrale de Strasbourg, les 26, 27 et 28 Avril, le lendemain de ces services, le seigneur grand – prévôt donna dans la cathédrale, à l'issue des complies, possession du spirituel de l'évêché à M. l'évêque d'Arath, suffragant du diocèse, muni à cet effet de la procuration du nouveau prince-évêque Louis-René-Édouard, prince et cardinal de Rohan-Guéménée. Le grand-chapitre et le grand-choeur, ainsi que tout le clergé de la cathédrale et le séminaire, furent présents en habits de choeur à cette cérémonie, où l'on observa les mêmes formalités qu'en celle de I757. (1)

 

 

1 Grandidier. Essais sur la Cathédrale de Strasbourg, p. 205.

 

 

LE CARDINAL PRINCE DE ROHAN

A STRASBOURG

 

En 1780, le 3 Novembre, S. A. S. et E. Mgr. le cardinal-prince de Rohan fit sa première entrée dans Strasbourg.

En 1781, le 14 Juin, jour de la Fête-Dieu, elle fit, à l'issue de la grand'-messe, la procession publique et solennelle du Très-Saint Sacrement, assistée de MM. Du grand-choeur et précédée de toute sa cour: Cérémonie qu'on n'avait point vu faire dans la Cathédrale par les évêques-princes de Strasbourg depuis plus de vingt-huit ans...(1)

 

1 Grandidier. Essais sur la Cathédrale de Strasbourg, p. 2o3.

 

A suivre.

 

Le Roy de Sainte-Croix (Les Quatre Rohan).

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