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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #CHÂTEAUX DE FRANCE.

CHÂTEAU DE CHANTILLY

PAR LOUIS TARSOT.

DEUXIÈME EXTRAIT.

Les Palais de Fontainebleau, Chantilly. 04

CHÂTEAU DE CHANTILLY. VU DU PARC.

C'est ce que le duc d'Aumale a voulu rappeler en plaçant leurs statues dans Je parterre, entre autres celles de La Bruyère et de Bossuet. Tous les deux, en effet, furent des familiers de la maison de Condé. Le premier, précepteur du fils aîné du prince, passa de longues années dans la familiarité du maître, heureux d'observer de ses yeux perçants le défilé des courtisans et des gens de lettres,  de saisir leurs ridicules et leurs secrets intérêts, d'épier sur leurs visages la joie, la crainte, l'envie, enfin de découvrir les hommes réels sous les masques des acteurs qui paradaient devant lui. C'est a Chantilly qu'est né le livre immortel des Caractères.

Bossuet venait souvent visiter à Chantilly La Bruyère, son ami, et le grand Condé retenait volontiers l'illustre prélat. De longues causeries s'engageaient sous l'ombrage des quinconces, et les plus hautes questions de la littérature, de la philosophie et de la religion étaient abordées tour à tour. « On voyait, dit Bossuet dans son oraison funèbre, le grand Condé à Chantilly comme à la tête de ses armées, toujours grand dans l'action et dans le repos. On le voyait s'entretenir avec ses amis, dans ces superbes allées, au bruit de ces eaux jaillissantes qui ne se taisaient ni jour ni nuit. » Parfois Racine et Boileau venaient se mêler à ces entretiens et donner la repartie à La Bruyère. Dès longtemps, ces deux écrivains étaient les protégés de Condé. Lorsqu'après la représentation de Phèdre, le grand tragique avait failli être, ainsi que Boileau, la victime d'une cabale puissante, Monsieur le prince s'était déclaré « prêt à venger comme siennes les insultes qu'on s'aviserait de faire à deux hommes d'esprit qu'il aimait et prenait sous sa protection ». Et ces deux hommes d'esprit lui en avaient gardé une profonde reconnaissance. Boileau ne se lassait pas de célébrer

 

Condé, dont le seul nom fait tomber les murailles,

Force les escadrons et gagne les batailles.

 

Et lorsque Racine s’irritait contre ses détracteurs, il lui répondait que ses vers n'avaient rien à craindre de leurs critiques,

 

Pourvu qu'ils puissent plaire au plus puissant des rois,

Qu'à Chantilly Condé les souffre quelquefois.

 

L'éloge était aussi délicat pour le poète que pour le prince, aussi juste que délicat, quoique Boileau, dans les discussions littéraires, ne fût pas toujours de l'avis de Condé. On raconte même qu'en se promenant un jour dans le parc, le prince s'emporta contre le satirique, qui l'avait contredit avec obstination : « Désormais, Monseigneur, dit Boileau avec vivacité, je serai toujours de votre avis quand vous aurez tort. » Condé sourit. Il était désarmé. L'illustre capitaine meurt à Fontainebleau en 1686.

Son fils Henri-Jules établit définitivement à Chantilly la résidence de la famille. Il détruit le vieux château que son père avait conservé malgré ses apparences gothiques, et le remplace par un palais dont le plan reproduit d'ailleurs celui du vieil édifice. Il fait tout pour continuer les royales traditions du grand Condé, et quand il reçoit, en 1698, Louis XIV qui se rend au camp de Compiègne, il déploie une magnificence restée fameuse. Cependant il ne put soutenir le haut renom de Chantilly. C'était un prince instruit et spirituel, mais son humeur bizarre et brusque effrayait ses hôtes.

Louis-Henri de Bourbon, qui fut premier ministre immédiatement après la régence du duc d'Orléans, rendit au château tout son éclat. Il avait triplé la fortune des Condé en s'associant aux spéculations de Law, et tenait à Chantilly une cour digne d'un souverain, où régnait la célèbre marquise de Prie, sa maîtresse.

Ce prince avait le dessein de reconstruire le château sur un plan colossal, dont il n'a fait exécuter que ces écuries légendaires, incontestablement plus grandioses que celles des maisons royales. Lorsque le jeune roi Louis XV honora d'une visite son premier ministre, ne dut-il pas, en présence de ce luxe étonnant, éprouver ce sentiment de mauvaise humeur jadis ressenti à Vaux par Louis XIV, et qui précipita la chute de Fouquet? Quelques mois après, le duc de Bourbon était disgracié et consigné à Chantilly, où son exil n'eut d'ailleurs rien de bien pénible. Il y mourut en 1746. Louis-Joseph de Bourbon, son fils, continua de résider à Chantilly.

 

Les-Palais-de-Fontainebleau--Chantilly._01-001.jpg

ENTRÉE DES ÉCURIES

 

C'était un prince aimable, spirituel et brave. Louis XV et Louis XVI l'eurent en grande estime et virent sans déplaisir la cour dont il s'entourait à Chantilly rivaliser avec celle de Versailles pour la magnificence et le nombre. Sous lui s'élevèrent le château d'Enghien et un petit hameau dans le goût de celui de Trianon. Aucun prince étranger ne fût venu en France sans visiter le prince de Condé, et chaque visite était l'occasion de fêtes splendides. Ce n'étaient que chasses, festins, bals et comédies. Le théâtre de Chantilly était remarquable par son architecture et sa décoration. Le fond de la scène, en s'ouvrant à volonté, laissait voir une cascade naturelle ornée d'une figure de nymphe. Par un ingénieux appareil, on pouvait amener jusqu'à cette cascade huit nappes d'eau d'un effet magique qui, combinées avec les décors, produisaient une impression aussi agréable que surprenante.

Les rois de Danemark et de Suède, l'empereur Joseph II, le comte du Nord, depuis Paul Ier, vinrent tour à tour visiter Chantilly. D'après une tradition contestable, mais ancienne, le prince de Condé eut un soir la fantaisie d'offrir un souper au comte du Nord, sous la grande coupole des écuries, splendidement décorée et séparée des deux ailes par d'immenses draperies.

Au dessert, le prince de Condé demanda à son hôte où il croyait être: « Dans le plus somptueux salon de votre palais, » aurait répondu le comte. A ces mots les tapisseries s'écartèrent, et le futur czar aperçut avec stupéfaction les chevaux du prince dans leurs stalles indéfiniment alignées. Partout ailleurs qu'à Chantilly la plaisanterie eût été de mauvais goût. La Révolution fut impitoyable pour cette belle résidence.

Le grand château fut rasé; le parc transformé en terrains de rapport; les écuries reçurent un régiment de cavalerie. Un hasard inexplicable laissa subsister le château d'Enghien et le Châtelet, ce bijou de la Renaissance. Mais dans quel état les retrouva le

prince de Coudé lorsqu'il revint d'exil, après la chute de Napoléon! La reine Hortense, qui avait reçu Chantilly dans son apanage, n'y fit aucune réparation.

Pourtant le prince voulut, en souvenir du temps passé, recevoir dans son château l'empereur Alexandre. Quel contraste avec les fêtes données au comte du Nord!

Il pleuvait: le czar fut obligé de s'abriter sous un parapluie en parcourant les salles et les galeries du Châtelet. Le prince ordonna quelques travaux que son fils fit continuer après sa mort (1818). Le dernier des Condé, qui vivait retiré à Chantilly, restaura et agrandit le Châtelet, rétablit quelques parties des parterres et du parc, nettoya les canaux et construisit une terrasse sur les soubassements du grand château détruit. Chantilly était habitable quand il mourut, en 1830.

Son héritage entier échut au duc d'Aumale, fils du roi Louis-Philippe. Ce prince avait résolu de rendre à Chantilly sa primitive splendeur; mais la Révolution de 1848 ajourna la réalisation de ses projets. Ses biens furent confisqués en 1852, comme ceux de tous les membres de sa famille, et le domaine des Condé fut adjugé pour onze millions aux banquiers anglais Coutts et Cie. Enfin, par un décret rendu en 1872 par M. Thiers, sur l'invitation de l'Assemblée nationale, Chantilly a été rendu au duc d'Aumale. Depuis 1876, on a entrepris, non pas la restauration, mais la reconstruction de ce château célèbre. M. H. Daumet, architecte, membre de l'Institut, a élevé, sur le tracé même du manoir féodal, une délicieuse résidence qui, sauf quelques détails, supporte bien le voisinage du Châtelet de Jean Bullant. Le parc a retrouvé sa correction du grand siècle, ses fleurs et ses statues. N'avait-il pas gardé ses belles eaux et ses ombrages séculaires? Le Chantilly du duc d'Aumale  se présente aussi bien que celui des Condé. On ne saurait assez dignement apprécier la générosité du prince qui a fait don à l'Institut de France de ce magnifique palais et des incomparables collections artistiques et littéraires qu'il abrite...

 

À suivre...

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #CHÂTEAUX DE FRANCE.

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CHÄTEAU DE CHANTILLY. VUE GÉNÉRALE.

CHANTILLY

PAR LOUIS TARSOT.

HISTOIRE

 

Parmi les châteaux français qui n'ont point été bâtis ou possédés par nos rois, Chantilly se place au premier rang. Cette résidence a gardé à travers les siècles un renom de luxe princier et de noble hospitalité qui s'est perpétué jusqu'à nos jours, et que le dernier possesseur, le duc d'Aumale, s'est fait un devoir de justifier. Au dix-septième et au dix-huitième siècle, les familiers de la maison comparaient volontiers Chantilly à Versailles, et cette ambitieuse comparaison n'étonnait pas ceux qui  avaient eu l'honneur d'être les hôtes des princes de Condé.

Trois noms résument l'histoire du château de Chantilly : ceux du connétable de Montmorency, qui l'a transformé; du grand Condé, qui l'a rempli de sa gloire; du duc d'Aumale, qui l'a restauré. Et pourtant,

bien avant Anne de Montmorency, un manoir s'élevait au milieu des étangs alimentés par les eaux de la Nonette, et l'origine de ce manoir se perd dans la nuit du moyen âge. Il appartint tour à tour aux seigneurs de Senlis, aux familles de Laval et d'Orgemont.

C'était une place très forte qui subit plus d'une fois les assauts des Anglais et des Bourguignons, et quand à la fin du seizième siècle le mariage de Marguerite d'Orgemont avec Jean II de Montmorency la fit passer à de nouveaux maîtres, ses vieilles murailles portaient plus d'une noble cicatrice.

Les seigneurs de la maison de Montmorency ne paraissent pas s'être occupés particulièrement de Chantilly avant 1522, époque où le grand connétable fit ériger en châtellenie cette terre où il était né. En même temps, il transformait les cours et les appartements du vieux château, auquel il conserva extérieurement l'aspect d'une forteresse ; mais, le trouvant trop étroit, il fit bâtir par Jean Bullant le Châtelet, placé sur une île voisine et réuni par un pont-levis aux constructions primitives. Des bosquets et des parterres furent plantés et dessinés; les futaies de la forêt ouvrirent aux chasseurs des routes cavalières, et lorsque Charles-Quint, traversant la France, reçut la fastueuse hospitalité du connétable, il put lui dire sans flatterie que son château rivalisait, sinon pour la grandeur, du moins pour le luxe et les commodités, avec les plus belles habitations royales. Ce n'était pas un mince éloge dans la bouche d'un homme qui venait de visiter Chambord et Fontainebleau.

Pendant toute la fin du seizième siècle, Chantilly fut avec Écouen la résidence habituelle des ducs de  Montmorency. Le connétable, en disgrâce, l'habita souvent pendant les dernières années du règne de François Ier. Le dauphin, depuis Henri II, venait en secret demander des conseils à l'illustre exilé qui, vers la fin de sa vie, reçut dans ce même château le jeune roi Charles IX et la régente Catherine de Médicis.

 Ses fils François et Henri héritèrent de son affection pour Chantilly. Henri y donna de superbes fêtes à l'occasion d'une visite d'Henri IV, qui lui avait confié, en 1595, l'épée de connétable. En cette même année,  était né dans ce château le dernier duc de Montmorency, l'infortuné Henri, maréchal de France, qui osa se révolter contre Richelieu, et, vaincu à Castelnaudary, fut jugé et décapité à Toulouse en 1632.

Cette mort tragique fit passer le domaine de Chantilly entre les mains de Charlotte de Montmorency, soeur du maréchal et femme d'Henri II, prince de Condé. Cette princesse avait été d'une surprenante beauté, et cette beauté fit tant d'impression sur Henri IV que, pour préserver son honneur, le prince de Condé dut s'enfuir à Bruxelles avec sa femme.

Pendant plus de la moitié du dix-septième siècle, l'histoire de Chantilly ne se distingue pas de celle des autres résidences princières. Ce beau séjour voit arriver pendant les mois d'été les Montmorency ou, plus tard, les Condé, avec leur suite presque royale. On reçoit grande compagnie, on se promène dans les bosquets et les parterres, sur les canaux peuplés de carpes familières; on chasse surtout, car la chasse est le passetemps favori des grands seigneurs du temps. Mais à partir de 1632, le château prend une animation inaccoutumée. Une brillante jeunesse l'emplit de ses jeux et de ses éclats de rire. Les yeux sont éblouis par les grâces naissantes d'Anne-Geneviève de Bourbon, la future duchesse de Longueville. Le duc d'Enghien, qui sera bientôt le grand Condé, étonne par les brusques saillies de son esprit impétueux et prime-sautier.

La grande époque de Chantilly va commencer.

En 1646, le duc d'Enghien devient prince de Condé. Pendant les quatre années qui suivent, dans l'intervalle de ses victoires, il fait à Chantilly de fréquents séjours. Les familiers de l'hôtel de Rambouillet, les Voiture et les Sarrasin sont ses hôtes ordinaires; Mlle de Scudéry le peint avec complaisance sous les traits du grand Cyrus. Il aime d'un amour chevaleresque Mlle du Vigean, et cette noble fille, qui partage sa passion, s'enferme dans un cloître pour n'y pas succomber.

En ces courtes années, Chantilly apparaît comme le refuge du bel esprit et des sentiments délicats. Soudain la Fronde éclate.

 

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STATUE D’ANNE DE MONTMORENCY

PAR M.PAUL DUBOIS.

 

Condé s'y jette corps et âme à la suite de la duchesse de Longueville. En 1650, il est emprisonné à Vincennes; en 1653, il passe dans le camp des Espagnols. Chantilly ne le reverra plus avant une quinzaine d'années. 

Pendant ce temps, la cour paraît avoir considéré ce château comme une résidence royale. En 1656, Mazarin s'y installa pour attendre la reine Christine de Suède, qui allait à Compiègne visiter Anne d'Autriche et Louis XIV. Il dîna avec cette princesse. Le roi et Monsieur arrivèrent à Chantilly comme de simples particuliers. Mazarin les présenta à la reine comme deux gentilshommes des plus qualifiés de France.

Christine les reconnut pour avoir vu leurs portraits au Louvre, et répondit qu'ils lui paraissaient être nés pour porter des couronnes. Alors le roi, sans feindre plus longtemps, s'excusa de la recevoir trop simplement dans ses états. La reine de Suède le remercia et, ajoute Mme de Motteville, « le roi, quoique timide en ce temps-là, et nullement savant, s'accommoda si bien de cette princesse hardie, savante et fière, que, dès ce premier instant, ils demeurèrent ensemble avec agrément et liberté de part et d'autre ».

A sa rentrée en France, en 1660, après la paix des Pyrénées, Condé, encore suspect, est relégué dans son gouvernement de Bourgogne. Louis XIV veut tenir quelque temps loin de sa cour ce prince orgueilleux qui lui a disputé la couronne. Après la conquête de la Franche-Comté, il lui permet enfin le séjour de Chantilly. Condé, vieilli avant l'âge, revoit avec joie ces beaux lieux témoins des meilleurs jours de sa jeunesse.

Grâce à l'habile administration de son intendant Gourville, il peut désormais sortir sans trouver dans son antichambre une double haie de créanciers.

Il va jouir en paix de sa fortune et la consacrer avec amour aux embellissements de Chantilly. De son temps, les bâtiments du château ne reçoivent que d'insignifiantes modifications, toutes relatives à l'amélioration des dispositions intérieures. Il fait peindre cependant, dans une galerie du petit Châtelet, une suite de tableaux représentant les principales scènes de sa vie. Mais les jardins et les parterres sont l'objet de sa prédilection.

Louis XIV consent à prêter Le Nôtre pour les travaux de Chantilly. L'illustre jardinier combine un plan à la fois grandiose et original. Il transforme la terrasse qui réunit le château aux bosquets de Sylvie; il trace le vaste parterre orné de pièces d'eau qui s'étend jusqu'au grand canal de la Nonette, et, pour compléter la perspective, il dessine sur la colline opposée la belle pelouse du Vertugadin. C'est alors qu'on est en droit de comparer Chantilly à Versailles, encore inachevé, et dont les eaux, amenées à grand' peine de la Seine et de l'Eure, ne valent pas les belles sources qui alimentent le parc du grand Condé. Tous ces travaux sont exécutés en quelques années avec une rapidité merveilleuse, et, en 1671, Chantilly est tout prêt pour recevoir le grand roi.

A cette date, en effet, la réconciliation est complète entre Louis XIV et son cousin, jadis rebelle, devenu le plus fidèle des sujets et le plus soumis des courtisans. Pour la sceller, le roi consent à visiter Chantilly.

C'est toujours à Mmede Sévigné qu'il faut revenir pour les détails de cette réception fameuse. Dès le 17 avril, elle écrit à sa fille: « Jamais il ne s'est fait tant de dépenses au triomphe des empereurs qu'il n'y en aura là; rien ne coûte; on reçoit toutes les belles imaginations, sans regarder à l'argent. On croit que Monsieur le prince n'en sera pas quitte pour quarante mille écus ; il faut quatre repas; il y aura vingt-cinq tables servies à cinq services, sans compter une infinité d'autres qui surviendront : nourrir tout, c'est nourrir la France et la loger; tout est meublé; de petits endroits qui ne servaient qu'à mettre des arrosoirs deviennent des chambres de courtisans. Il y aura pour mille écus de jonquilles; jugez à proportion! »

Le 24 avril, la marquise reprend sa narration : « Le roi arriva hier au soir à Chantilly; il courut un cerf au clair de la lune; les lanternes firent des merveilles; le feu d'artifice fut un peu effacé par la clarté de notre amie, mais enfin le soir, le souper, le jeu, tout alla à merveille. Le temps qu'il a fait aujourd'hui nous faisait espérer une suite digne d'un si agréable commencement. Mais voici ce que j'apprends en entrant ici, dont je ne puis me remettre et qui fait que je ne sais plus ce que je vous mande: c'est qu'enfin Vatel, le grand Vatel, maître d'hôtel de M. Fouquet, présentement à Monsieur le prince, voyant que ce matin, à huit heures, la marée n'était pas arrivée, n'a pu soutenir l'affront dont il a cru qu'il allait être accablé, et, en un mot, il s'est poignardé. Vous pouvez penser l'horrible désordre qu'un si terrible accident a causé dans cette fête. Songez que la marée est peut-être arrivée comme il expirait. Je n'en sais pas davantage présentement. Je pense que vous trouvez que c'est assez. »

 Les Palais de Fontainebleau, Chantilly. 02

   CHATEAU DE CHANTILLY, VU DU PARC.

 

Le 26 avril, Mlle de Sévigné a reçu de nouveaux détails qu'elle communique encore à sa fille: « Le roi, écrit-elle, arriva jeudi au soir; la promenade, la collation dans un lieu tapissé de jonquilles, tout cela fut à souhait. On soupa. Il y eut quelques tables où le rôti manqua, à cause de plusieurs dîners à quoi l'on ne s'était point attendu. Cela saisit Vatel; il dit plusieurs fois: « Je suis perdu d'honneur ! voilà un affront que « je ne supporterai pas. » Il dit à Gourville: « La tête me tourne, il y a douze nuits que je n'ai dormi; aidez-moi à donner des ordres. » Gourville le soulagea en ce qu'il put. Le rôti qui avait manqué, non pas à la table du roi, mais aux vingt-cinquièmes, lui revenait toujours à l'esprit. Gourville le dit à Monsieur  le prince. Monsieur le prince alla jusque dans la chambre de Vatel et lui dit: « Vatel, tout va bien; rien n'était si beau que le souper du roi. » Il répondit : « Monseigneur, votre bonté m'achève. Je sais que le « rôti a manqué à deux tables. — Point du tout, dit  Monsieur le prince, ne vous fâchez pas: tout va  bien. » Minuit vint. Le feu d'artifice ne réussit pas; il fut couvert d'un nuage; il coûtait seize mille francs. A quatre heures du matin, Vatel s'en va partout. Il trouve tout endormi, il rencontre un petit pourvoyeur qui lui apportait seulement deux charges de marée; il lui demanda: « Est-ce là tout? — Oui, Monsieur. » Il ne savait pas que Vatel avait envoyé à tous les ports de mer. Vatel attend quelque temps; les autres pourvoyeurs ne vinrent point; sa tête s'échauffait ; il crut qu'il n'y aurait point d'autre marée; il trouve Gourville, et lui dit: « Monsieur, je ne survivrai pas à cet affront-ci. » Gourville se moqua de lui. Vatel monte à sa chambre, met son épée contre la porte et se la passe au travers du coeur; mais ce ne fut qu'au troisième coup, car il s'en donna deux qui n'étaient pas mortels. Il tombe mort. La marée cependant arrive de tous côtés; on cherche Vatel pour la distribuer; on va à sa chambre, on heurte, on enfonce la porte, on le trouve noyé dans son sang; on court à Monsieur le prince, qui fut au désespoir. Il le dit au roi fort tristement.

On dit que c'était à force d'avoir de l'honneur à sa manière; on le loua fort; on loua et l'on blâma son courage. Le roi dit qu'il y avait cinq ans qu'il retardait de venir à Chantilly, parce qu'il comprenait l'excès de cet embarras. Il dit à Monsieur le prince qu'il ne devait avoir que deux tables et ne point se  charger de tout; il jura qu'il ne souffrirait plus que Monsieur le prince en usât ainsi; mais c'était trop tard pour le pauvre Vatel. Cependant Gourville tâche de réparer la perte de Vatel; elle le fut: on dîna très bien, on fit collation, on soupa, on se promena, on joua, on fut à la chasse; tout était parfumé de jonquilles, tout était enchanté. » De Vatel il n'était plus question. Cependant cet accident fut cause que le roi ne voulut plus désormais de ces réceptions somptueuses, trop lourdes pour un sujet, fût-il prince du sang.

 

Les-Palais-de-Fontainebleau--Chantilly._03.jpg

TROPHÉE DE ROCROY

 

Mme de Sévigné évalue à cinquante mille écus, somme énorme pour le temps, la dépense de cette fête. Il ne paraît pas que le grand Condé en ait été gêné: ce qui prouve que dès lors sa fortune était singulièrement rétablie. Au reste, il menait à Chantilly une existence royale et tenait une véritable cour, où s'honoraient d'être admis ceux que l'on renommait le plus à Paris et à Versailles. Il avait conservé de sa jeunesse un goût très vif des choses de l'esprit, et aimait à s'entourer des grands écrivains de son temps...

 

À suivre...

 

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1002666-Eugène Viollet-le-Duc le château de Pierrefonds

CHÂTEAU DE PIERREFONDS.

Eugène-Emmanuel Viollet le Duc.

SIXIÈME EXTRAIT.

Si, après s'être emparé des terrasses, des boulevards et de l'esplanade de Pierrefonds, l'assiégeant voulait attaquer le château par le côté de l'entrée, il lui fallait prendre le châtelet, combler un fossé très-profond, enfilé parla grosse tour du donjon et par la tour de coin ; sa position était plus mauvaise encore, car soixante hommes suffisaient largement sur ce point pour garnir les défenses supérieures; et, pendant l'attaque, une troupe faisant une sortie par la poterne P allait prendre l'ennemi en flanc. Les deux grosses tours de César et de Charlemagne, tenant au donjon, au logis seigneurial, sont couronnées par un système défensif qui permet d'empêcher toute approche. Le chemin de ronde des mâchicoulis donne dans une salle percée d'un grand nombre d'ouvertures. Le dallage de cette salle posé sur voûte est placé à 2 mètres en contre-bas du sol des mâchicoulis, de sorte qu'on peut approvisionner, dans ce réservoir, une masse énorme de projectiles. Des servants les passent aux défenseurs qui se tiennent sur le chemin de ronde; le capitaine, posté à un niveau supérieur, sur un balcon intérieur, voit toute la campagne et les abords par un grand nombre d'ouvertures; il peut ainsi donner des ordres à ses hommes sans que ceux-ci aient à s'inquiéter des dispositions de l'ennemi.

Chacun agit à son poste, sans perte de temps et sans confusion. Le châtelain de Pierrefonds pouvait donc, à l'époque où ce château fut construit, se considérer comme à l'abri de toute attaque, à moins que le roi n'envoyât une armée de plusieurs mille hommes bloquer la place et faire un siége en règle.

L'artillerie à feu seule devait avoir raison de cette forteresse, et l'expérience prouva que, même devant ce moyen puissant d'attaque, la place était bonne. Pendant la Ligue, la place de Pierrefonds tenait pour les Seize, et était confiée au commandement d'un certain seigneur de Rieux, gouverneur de Marie, et en dernier lieu de Laon et du château de Pierrefonds [1].

Ce Rieux était venu à Paris en 1591 avec sa compagnie, le 16 novembre, pour prêter main-forte aux Seize, qui firent arrêter ce jour-là grand nombre de gens qu'ils pensaient leur être contraires [2](2). Il était grand pillard, avait fait ses preuves pendant l'expédition des ligueurs au comté de Montbéliard en 1588 [3](8) et s'était fait grandement redouter dans les campagnes du Soissonnais et jusqu'aux environs de Paris. « Il faut, » lui fait dire l'auteur de la Satire Ménippée, « qu'il y ait quelque chose de divin en la Sainte-Union, puisque par son moyen, de commissaire d'artillerie assez malotru, je suis devenu gentilhomme, et gouverneur d'une belle forteresse : voire que je me puis égaler aux plus grands, et suis » un jour pour monter bien haut à reculons, ou autrement [4](4).

« J'ay bien occasion de vous suivre, monsieur le Lieutenant[5], et faire service à la noble Assemblée, à bis ou à blanc, à tort ou à droit, puisque tous les pauvres prestres, moynes et gens de bien, dévots catholiques, m'apportent deschandelies et m'adorent comme un saint Maccabée au temps passé. C'est pourquoi je me donne au plus viste des diables, que si aucun de mon gouvernement s'ingère de parler de paix, je le courray comme un loup gris. Vive la guerre! il n'est que d'en avoir, de quelque part qu'elle vienne. Je vois je ne sçay quels dégoustez de nostre Noblesse qui parlent de conserver la Religion et l'Etat tout ensemble; et  que les Espagnols perdront à la fin l'un et l'autre, si on les laisse faire. Quant à moy, je n'entends point tout cela: pourveu que je lève toujours les tailles et qu'on me paye» bien mes appointements, il ne me chaut que deviendra le Pape, ny sa femme. Je suis après mes intelligences pour prendre Noyon.... »

Rieux avait pour proche parent Henri de Sauveulx ou de Savereulx, prêtre, religieux et chanoine régulier de l'abbaye de Saint-Jean des Vignes à Soissons. Cet Henri de Sauveulx, ayant obtenu la permission de ses supérieurs de prendre les armes pour la foi, s'était enfermé à Pierrefonds avec le seigneur de Rieux. Tous deux tentèrent de surprendre Noyon, et y entrèrent en effet; mais laissés sans secours, Rieux fut fait prisonnier, et son parent étant parvenu à s'échapper, rentra dans son monastère.

A la date du 11 mars 1594, on lit dans le journal de J. Vaultier: « M. de Rieux étant prisonnier dans Compiègne, son procès lui fut fait par M. Miron, maître desrequestes de l'hôtel du roy; et, par son jugement, il fut pendu et étranglé; lequel étoit lors gouverneur de Laon et en son lieu de » Pierrefonds y avoit établi M. d'Arcy, son oncle, pour le gouvernement d'iceluy, pour le parti de la Ligue.

La présence de ce nouveau gouverneur de Pierrefonds pour la Ligue est encore mentionnée à la date du 20 juin 1594[6] :

«Ledit jour le seigneur d'Arcy, oncle dudit défunt sieur de Rieux, gouverneur de Pierrefonds, qui avoit naguères  mandé à Sa Majesté qu'il tenoit la place pour lui, et à l'occasion d'une querelle qu'il avoit contre quelque personne,  il lui prioit lui donner la garde d'icelui ; de quoi le seigneur  Dupescher, en étant averti, et craignant qu'on n'y mît autre garnison qui l'eût grandement importuné, fut de la Ferté-Milon audit Pierrefonds avec deux pétards et intelli gence qu'il y avoit pratiquée; et avec quelques soldats, ils entrèrent dedans, tuèrent ceux qui se mirent eu défense, prirent prisonnier ledit seigneur d'Arcy et son fils, qui estoient blessés; de quoi à l'instant la demoiselle sa femme décéda d'effroi : et étant assuré de la dite place, après y avoir laissé garnison et pourveu à tout, il se retira à la Ferté-Milon. »

Ce sire Dupescher tenait également pour la Ligue et ne rendit le château dela Ferté-Milon au roi, que le 11 septembre 1594[7]. Il est à croire que le château de Pierrefonds fut livré en même temps, car à la date du 10 août 1595 le journal de J. Vaultier relate ce fait : « Un religieux de Soissons,  cousin du défunt de Rieux, voyant que Pierrefonds était au roi, et connaissant le secret d'icelui, par intelligence de quelques soldats, prit le château et y introduisit les Espagnols qui le gardèrent encore pour la Ligue et en expulsèrent la garnison de M. d'Estrées que Sa Majesté avoit commis à la garde d'icelui. Ledit religieux, aussitôt que les Espagnols furent jouissans de Pierrefonds, fut envoyé par eux au bureau d'Arras pour avoir récompense, mais en y allant, il fut fait prisonnier des gens du roi auquel il fut présenté ; et eut telle récompense que l'avoit eue le seigneur de Gomeron, gouverneur de Ham, ci-dessus nommé [8]. »

Ce religieux, cousin de Rieux, est H. de Sauveulx, mais Vaultier se trompe en quelques points. Des renseignements inédits qui nous ont été fournis avec une extrême obligeance par M. d'Harriet, archiviste de l'hôpital de Saint-Louis-desFrançais, à Madrid, fondé par le même de Sauveulx, lorsqu'il se fut réfugié en Espagne, jettent un jour tout nouveau sur cette dernière période de l'histoire de Pierrefonds[9]. D'après ces documents, de Sauveulx sort une deuxième fois en 1595 de son monastère, toujours autorisé par son prieur, et de plus par un bref personnel du pape. H. de Sauveulx, aidé d'un certain Jérôme Dentici, sergent-major (sergeante maïor) dans la légion napolitaine en garnison à Soissons, et d'une, vingtaine de ses hommes, escalade la nuit les murs de la place avec des échelles de cordes jetées par des soldats gagnés, et chasse la garnison. Maître de Pierrefonds, H. de Sauveulx déclare au comte de Fuentès, gouverneur général des provinces belgiques, qu'il tient la place et la veut défendre au nom du roi des Espagnes. Il n'y met aucune condition, bien que le château soit bien à lui, l'ayant pris en légitime guerre, et pouvant, pour le livrer au roi Philippe, en exiger une forte somme comme bien d'autres ont fait. Le comte de Fuentès lui envoie, pour y tenir garnison, sept cents Napolitains et trois cents Wallons, et le nomme capitaine et gouverneur de la place.

            H. de Sauveulx fortifie sa conquête, y fait entrer des vivres pour un an, des armes, munitions et artillerie. Il dépense de ses deniers et sur la bourse de ses amis 20 000 ducats pour subvenir à ces préparatifs de défense.

Cependant dès le 15 août  M. de Maniquant[10](l) avec son » régiment et plusieurs compagnies de Sa Majesté, investirent » ledit château de Pierrefonds, afin que l'ennemi ne sortît et » que les autres n'entrassent. »

H. de Sauveulx est assiégé à trois reprises (1505) par les troupes de Henri IV, essuie d'innombrables coups de canon (1174 en un seul siége), sans que l'ennemi le puisse entamer. Pendant l'un de ces siéges, le ducd'Épernon est blessé, mais H. de Sauveulx, mandé à Cambrai par le comte de Fuentès, tombe dans une embuscade et est pris. Le roi Henri IV, à Péronne, veut le voir et l'engage à se soumettre; il lui fait offrir, par le comte de Nevers, l'abbaye de Saint-Corneille de Compiègne, et 10 000 couronnes d'or comptant, s'il veut livrer Pierrefonds au roi. H. de Sauveulx refuse tout; condamné à mort, il parvient à s'évader la veille de la Toussaint (1595), et se réfugie en Belgique. La place de Pierrefonds est alors vendue par les troupes napolitaines 18 000 ducats à Henri IV [11]. H. de Sauveulx fait valoir ses droits à une pension auprès de Philippe III, en récompense des services rendus par lui à sa Majesté Très-Catholique; il s'adresse aux « très-nobles et très-illustres consuls, échevins et sénat de » Bruxelles, par son représentant Remy Pavillon, docteur en théologie, afin d'obtenir qu'une commission soit nommée, laquelle, sur la déposition de plusieurs nobles français, réfugiés en Belgique, informe sur sa vie, ses mœurs, sa religion et sa noblesse. Cette commission, composée d'un échevin et des secrétaires de la ville de Bruxelles, entend les témoignages de Mathias la Bruïère, propriétaire civil de Paris, réfugié depuis cinq ans et demi; de Michel de Blanon, seigneur temporel de Charmes, réfugié, autrefois gouverneur de la ville de Véli, pensionné de Sa Majesté Très-Catholique; de Jean Seillier, receveur général des consignations de la ville de Paris; de Jacques de Colas, comte de la Fère, sénéchal de Montlimar ; de Mathieu de Lannoy, prêtre, docteur en théologie, chanoine de la cathédrale de Soissons; de Gaspard Darloys, noble écuyer, pensionné par Sa Majesté Très-Catholique; de Jacques de Brunaulieu, noble français, réfugié pour la foi. » Sur les dépositions tle ces personnages, et d'après un mémoire et une relation dressés, est remise une consultation de sept avocats et neuf théologiens, appuyant les prétentions de H. de Sauveulx, sont rendus divers arrêts royaux, un avis du conseil des finances, etc.[12]. H. de Sauveulx passa cinq ans en Belgique au service du roi d'Espagne. Les témoins interrogés à Bruxelles en juin 1600, plusieurs gens de guerre, tous intéressés aux événements, ne font néanmoins nulle mention de la remise de Pierrefonds aux gens du roi de France, par suite de la trahison des Napolitains. Seul, un second document en parle à Madrid, et il est rédigé sous l'inspiration de H. de Sauveulx, mais pas avant le 15 janvier 1600. Il semblerait donc que la place de Pierrefonds demeura cinq ans aux mains des gens du roi d'Espagne; toutefois les documents français détruisent cette conjecture.

La consultation des sept avocats et des neuf théologiens comprise dans le deuxième document déclare que le roi d'Espagne devait indemniser en conscience le sieur H. de Sauveulx, parce que celui-ci avait perdu une valeur de 300 000 ducats en fournitures de vivres, de munitions et armes, en meubles, joyaux, bénéfices, offices et ventes. Le château seul de Pierrefonds lui valait 10 000 ducats de rente annuelle, car dit le document « c'était une place de telle force et importance, que la charge de gouverneur de Pierrefonds fut achetée pendant la Ligue 32 000 ducats d'or. » H. de Sauveulx fut nommé en 1601 capellan des asiento, chapelain en titre de Castille, aux honoraires de 40 ducats par an. Le 8 février 1596 (étant encore en Belgique), il fut nommé prieur de l'armée aux gages de 1200 ducats par an.

La même année, on lui fit en Flandre 40 écus de recette par mois. En septembre 1600, on lui donna à Madrid 480 sous de pension ecclésiastique annuelle, etc., etc.

H. de Sauveulx mourut dans cette ville en septembre 1633.

Quant à la garnison des vieux ligueurs, compagnons de Rieux, elle finit misérablement. Le journal de J. Vaultier signale d'abord à la date du 25 novembre 1594, huit d'entre eux qui furent pris à Saint-Germain-en-Laye « et furent pendus tout à l'instant, armés et bottés, qui étoient là venus pour faire quelques bons prisonniers qu'ils eussent menés dans leur forteresse.... » Puis à la date du 14 octobre 1595 il ajoute : « Furent encore pendus en cette ville (de Senlis), sept voleurs de Pierrefonds, pris çà et là, pour ce qu'ils ne faisaient plus leurs retraites, attendu qu'il étoit assiégé, et, depuis iceux, il en fut exécuté quelque quatre-vingts, tant en cette ville que à Compiègne. »

La place de Pierrefonds était devenue si redoutable pour tous les environs et jusqu'aux portes de Paris, qu'après la remise du château aux gens du roi de France, le prévôt des marchands et les échevins de Paris adressèrent, le 6 novembre 1595, une circulaire ainsi conçue aux notables des villes de Compiègne, de Crespy et de Meaux[13] (1).

« Messieurs, vous avez entendu la reprise du château de Pierrefonds et sçavez combien ceste place a apporté d'incommodité tant à ceste ville que aultres, et pour mettre fin à pareils accidens nous sommes requis de plusieurs per» sonnes supplier le roy ladicte place estre desmolie et razée, et prévoyons qu'il y pourra avoir quelque empeschement, et d'aultant que ceste affaire vous importe, nous vous prions voulloir depputer quelques uns des vostres pour nous venir trouver et adviser ensemblement les moyens pour faire trouver bon à Sa Majesté la démolition de ladicte place, priant Dieu, messieurs, vous donner ce que désirez. »

«  A Paris, au bureau de la ville, le 16 novembre 1595.

«  Le prévost des marchands et eschevins de la ville de Paris[14]. »

Nous n'avons pu découvrir si la démarche fut faite auprès de Henri IV; mais ce qui est certain, c'est que le bon roi ne fit pas démolir le château, qu'il le considéra comme une des résidences royales les plus importantes, et qu'il en fit peindre le plan et la vue extérieure dans la galerie des Cerfs à Fontainebleau.

En 1616, le marquis de Coeuvre, capitaine de Pierrefonds, ayant embrassé le parti des mécontents, le conseil du roi décida que la place serait assiégée par le comte d'Angoulême gouverneur de Compiègne. Cette fois, elle fut attaquée avec méthode et en profitant de la disposition des collines environnantes. Des batteries, protégées par de bons épaulements qui existent encore, furent élevées sur la crête de la demi-lune de coteaux qui entourent le promontoire en partant de sa jonction avec le plateau, et sur un petit monticule s'avançant dans le vallon du côté du sud-est. Les ouvrages avancés ayant été écrasés de feux, furent abandonnés par les assiégés; le comte d'Angoulême s'en empara aussitôt, y établit des pièces de gros calibre, et, sans laisser le temps à la garnison de se reconnaître ouvrit contre les grosses tours du donjon, la courtine sud, la poterne T et les deux tours d'Artus et d'Alexandre, un fèu terrible qui dura deux jours sans relâche[15] (1). A la fin du second jour, le 1er avril, une des grosses tours du donjon s'écroula, entraînant dans sa chute une partie des courtines environnantes. Le capitaine Villeneuve, qui commandait pour le marquis, s'empressa dès lors de capituler; la place fut évacuée le 2. Ce fut un an après que le conseil du roi Louis XIII, alors âgé de quinze ans, fit entièrement démanteler le château. Voici la lettre du roi au comte d'Angoulôme, gouverneur de Compiègne, écrite le 16 mai 1617, reçue le 19 et enregistrée le 22 :

« Mon cousin, ayant encores depuis quelques jours considéré combien il estoit utile pour le bon repos et tranquillité  de mes subjects de la province de l'Ile-de-France que, conformément à ma première intention, le chasteau de Pierrefonds feust démolis, et m'estant en mesme tems souvenu que je vous avois envoyé mes lettres patentes pour ce faire, j'ay estimé qu'il estoit raisonnable, trouvant le premier juste et nécessaire, de vous en adresser le second commandement et de vous depescher ce porteur exprès pour vous rendre ceste-cy et par le mesme vous asseurer de la continuation de ma bonne volonté et que je suis très-certain,  puisque c'est chose que je désire, que en toute diligence et sans aucun délay vous ferez parachever la démolition» dudit chasteau, et que je prie Dieu vous avoir, mou cousin,  en sa sainte et digne garde.

» Écrit à Paris, le 16 de may 1617[16]. »

Le comte d'Angoulême exécuta dès lors les ordres du roi. On fit sauter les grosses tours par la mine; les logements furent détruits, les planchers et charpentes brûlés, les tours et courtines du nord éventrées à la sape, parce que de ce côté le voisinage immédiat du village ne permettait pas d'employer la mine.

Pendant la Révolution le château de Pierrefonds, dont les ruines dépendaient toujours du domaine de la Couronne, fut vendu comme bien national. En 1813, l'Empereur Napoléon Ier racheta le château 2700 fr. et le fit rentrer ainsi dans les dépendances de la forêt de Compiègne.

Depuis le commencement de l'année 1858, des travaux considérables de déblayement, puis de restauration, ont été entrepris au château de Pierrefonds, par ordre de l'Empereur Napoléon III et, en très-grande partie, à l'aide de crédits ouverts sur la cassette particulière de Sa Majesté.

L'Empereur a reconnu l'importance des ruines de Pierrefonds au point de vue de l'histoire et de l'art. Le donjon, le château et toutes les défenses extérieures reprennent leur aspect primitif; ainsi pourrons-nous voir bientôt le plus beau spécimen de l'architecture féodale du XVe siècle en France renaître par la volonté auguste du Souverain. Nous n'avons que trop de ruines dans notre pays, et les ruines, si pittoresques qu'elles soient, ne donnent guère l'idée de ce qu'étaient ces habitations des grands seigneurs les plus éclairés du moyen âge, amis des arts et des lettres, possesseurs de richesses immenses. Le château de Pierrefonds, rétabli en totalité, fera connaître cet art à la fois civil et militaire qui, de Charles V à Louis XI, était supérieur à tout ce que l'on faisait alors en Europe. C'est dans l'art féodal du XVe siècle en France, développé sous l'inspiration des Valois, que l'on trouve en germe toutes les splendeurs de notre Renaissance, bien plus que dans l'imitation des arts italiens.

 

 

FIN



[1] Voyez, dans la Satire Ménippée, le discours de Rieux.

[2] Voyez le Journal de J. Vaultier de Senlis du 13 mai 1588 au 16 juin 1598 (Monuments inéd. de l'hist. de France, 1460-1600, publié par A- Bernier, avocat, 1835).

[3] Mém. de la Ligue, t. III, p. 712 et suiv.

[4] Allusion au gibet auquel il fut attaché plus tard.

[5] Le duo do Mayonne.

[6]  Journal de J. Vaultier de Senlis.

[7]  Journal de .T. Vaultier de Senlis.

[8]  Le seigneur de Gomeron avait eu la tète tranchée par les Espagnols.

[9] (2) M. Prioux, l'infatigable explorateur des documents sur le Soissonnais, nous a mis le premier sur la voie de ces pièces déposées aux archives de l'hôpital Saint-Louis-des-Français de Madrid.

[10] (1) Journal de J. Vaultier.

[11] (1) Voici ce que dit le Journal de J. Vaultier à propos de cette reddition : Le «dimanche 29 octobre 1595, M. d'Estrée qui était audit siège de Pierrefonds et par le moyen du seigneur de Poncenac, gouverneur de Soissons, qui commençait à penser à sa conscience, ledit château de Pierrefonds lui fut rendu, moyennant 3500 écus qui furent délivrés auxdits Espagnols, en sortant bagues et armes sauves, et conduits en assurance jusques à La Fère, qui tenait encore pour eux.» Le rapprochement de ces dates, celle de la prise du château 29 octobre et de la fuite de H. de Sauveulx le 31, ferait croire que le roi, une fois le château pris, laissa partir le moine au lieu de le faire pendre. Peut-être même l'élargissement du religieux fut-il une des conditions de la reddition du château, ce qui ferait honneur à la garnison wallonne.

[12] Tous ces documents sont déposés en originaux dans les archives de l'hôpital de Saint-Louis-des-Français, à Madrid.

[13] Ce document indique clairement qu'au moment de la fuite de H. de Sauveulx en Belgique, la place avait été rendue au roi Henri IV par la garnison napolitaine.

[14] Cette curieuse pièce nous a été communiquée pur M. le comte L. de Laborde, directeur général tics Archives île l'empire.

[15] Les boulets île fer trouvés dans les déblais pèsent 32 litres.

[16] Renseignements communiqué par M. Pélassy de l'Oulle, bibliothécaire dit château impérial de Compiègne.

 

 

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1002666-Eugène Viollet-le-Duc le château de Pierrefonds

 

 

CHÂTEAU DE PIERREFONDS.

Eugène-Emannuel Viollet le Duc.


CINQUIÈME EXTRAIT.

 

Nous donnons, figure 4, la face Est du donjon prise du dehors. En A, on voit la grosse tour du coin, celle dite de Charlemagne, puis les deux pignons des logis, puis la tour carrée du donjon. La chapelle est en C. Entre la tour A et la chapelle, s'élève la grande courtine qui masque la cour des approvisionnements.

Description_du_chateau_de_Pierrefonds_05.jpgAu milieu de cette courtine est la poterne relevée permettant d'introduire des munitions dans la place sans ouvrir les portes et sans encombrer la cour d'honneur. Comme construction, rien ne peut rivaliser avec le donjon de Pierrefonds; la perfection de l'appareil, de la taille, de la pose de toutes les assises réglées et d'une hauteur uniforme de 0m,33 (un pied), est faite pour surprendre les personnes qui pratiquent l'art de bâtir. Dans ces murs d'une hauteur peu ordinaire et inégaux d'épaisseur, nul tassement, nulle déchirure; tout cela a été élevé par arasements réguliers; des chaînages, on n'en trouve pas trace, et bien qu'on ait fait sauter les deux grosses tours par la mine, que les murs aient été sapés du haut en bas, cependant les parties encore debout semblent avoir été construites hier. Les matériaux sont excellents, bien choisis, et les mortiers d'une parfaite résistance. Les traces nombreuses de boiseries, d'attaches de tentures que l'on aperçoit encore sur les parois intérieures du donjon de Pierrefonds, indiquent assez que les appartements du seigneur étaient richement décorés et meublés, et que cette résidence réunissait les avantages d'une place forte du premier ordre à ceux d'une habitation plaisante située dans un charmant pays. L'habitude que nous avons des dispositions symétriques dans les bâtiments depuis le XVIIe siècle fera paraître étranges peut être les irrégularités que l'on remarque dans le plan du donjon de Pierrefonds. Mais l'orientation, la vue, les exigences de la défense, exerçaient une influence majeure sur le tracé de ces plans. Ainsi, par exemple, le biais que l'on remarque dans le mur oriental du logis (biais qui est inaperçu en exécution) est évidemment imposé par le désir d'obtenir des jours sur le dehors d'un côté où la campagne présente de charmants points de vue, de laisser la place nécessaire au flanquement de la tour carrée, ainsi qu'à la poterne intérieure entre cette tour et la chapelle; la disposition du plateau ne permettant pas d'ailleurs de faire saillir davantage la tour contenant cette chapelle, qui est orientée. Le plan de la partie destinée aux appartements est donné par les besoins mêmes de cette habitation, chaque pièce n'ayant que la dimension nécessaire. En élévation, les différences des hauteurs des fractions du plan sont de même imposées par les nécessités de la défense ou de l'habitation.

Mais ce qui doit attirer particulièrement l'attention des visiteurs dans cette magnifique résidence, c'est le système de défense nouvellement adopté à la fin du XIVe siècle. Chaque portion de courtine est défendue à la partie supérieure par deux étages de chemins de ronde, l'étage inférieur étant muni de mâchicoulis, créneaux et meurtrières; l'étage supérieur sous le comble, de créneaux et meurtrières seulement.

Les sommets des tours possèdent trois et quatre étages de défenses, un chemin de ronde avec mâchicoulis et créneaux au niveau de l'étage supérieur des courtines, un étage de créneaux, meurtrières intermédiaires, et un parapet crénelé autour des combles. Si l'on s'en rapporte à une vignette assez ancienne (XVIe siècle), la tour d'Alexandre, bâtie au milieu de la courtine de l'ouest, vers le bourg, possédait quatre étages de défenses. Des guettes très-élevées surmontaient celles de Charlemagne et de César. Malgré la multiplicité de ses défenses, le château pouvait être garni d'un nombre de défenseurs relativement restreint, car ces défenses sont disposées avec ordre, les communications entre elles sont faciles, les courtines sont bien flanquées par des tours saillantes et rapprochées. Les rondes peuvent se faire de plain-pied tout autour du château à la partie supérieure, sans être obligées de descendre des tours sur les courtines, et de remonter de celles-ci dans les tours, ainsi qu'on était forcé de le faire dans les châteaux des XIIe et XIIIe siècles.

Description_du_chateau_de_Pierrefonds_06.jpg

La figure 5 donne la partie supérieure d'une des tours d'angle, avec les chemins de ronde des courtines et les crénelages à la base des combles.

On remarquera qu'aucune meurtrière n'est percée à la base des tours. Ce sont les crénelages des murs extérieurs des lices, aujourd'hui détruits, et les boulevards, qui seuls défendaient les approches. La garnison, forcée dans ces premiers ouvrages, se réfugiait dans le château, et occupant les étages supérieurs, bien couverts par de bons parapets, elle écrasait les assaillants qui tentaient de s'approcher du pied des remparts.

Bertrand du Guesclin avait attaqué quantité de châteaux bâtis pendant les XIIe et XIIIe siècles, et, profitant du côté faible des dispositions défensives de ces places, il faisait le plus souvent appliquer des échelles le long de leurs courtines basses en ayant le soin d'éloigner les défenseurs par une grêle de projectiles; il brusquait l'assaut et prenait les places autant par eschelades que par les moyens lents de la mine et de la sape. La description du château du Louvre, donnée par Guillaume de Lorris au XIIIe siècle, clans le Roman de la rose, fait connaître que la défense des anciens châteaux des XIIe et XIIIe siècles exigeait un grand nombre de postes divisés, se défiant les uns des autres et se gardant séparément. Ce mode de défense était bon contre des troupes n'agissant pas avec ensemble et procédant, après un investissement préalable, par une succession de siéges partiels ou par surprise; il était mauvais contre des armées disciplinées, entraînées par un chef habile, qui, abandonnant les voies suivies jusqu'alors, faisait sur un point un grand effort, enlevait les postes isolés sans leur laisser le temps de se reconnaître et de se servir de tous les détours et obstacles accumulés dans la construction des forteresses. Pour se bien défendre dans un château du XIIIe  siècle, il fallait que la garnison n'oubliât pas un instant de profiter de tous les détails infinis de la fortification. La moindre erreur ou négligence rendait ces obstacles non-seulement inutiles, mais même nuisibles aux défenseurs; et dans un assaut brusqué, dirigé avec énergie, une garnison perdait ses moyens de résistance à cause même de la quantité d'obstacles qui l'empêchait de se porter en masse sur le point attaqué. Les défenseurs, obligés de monter et de descendre sans cesse, d'ouvrir et de fermer quantité de portes, de filer un à un dans de longs couloirs et des passages étroits, trouvaient la place emportée avant d'avoir pu faire usage de toutes leurs ressources. Cette expérience profita certainement aux constructeurs des forteresses à la fin du XIVe siècle; ils donnèrent plus de relief aux courtines pour se garantir des eschelades, n'ouvrirent plus de meurtrières dans les parties basses des ouvrages, mais les renforcèrent par des talus qui avaient encore l'avantage de faire ricocher les projectiles tombant des mâchicoulis; ils mirent les chemins de ronde et courtines en communication directe, afin de présenter, au sommet de la fortification, une ceinture non interrompue de défenseurs pouvant facilement se rassembler en nombre sur le point attaqué et recevant les ordres avec rapidité; ils munirent les mâchicoulis de parapets solides bien crénelés, et couverts, pour garantir les hommes contre les projectiles lancés du dehors. Les chemins de ronde s'ouvraient sur les salles supérieures servant de logement aux troupes sûres (les bâtiments étant alors adossés aux courtines), les soldats pouvaient ainsi à toute heure et en un instant occuper la crête des remparts.

Le château de Pierrefonds remplit exactement ce nouveau programme. Nous avons fait le calcul du nombre d'hommes nécessaires pour garnir l'un des fronts de ce château: ce nombre pouvait être réduit à soixante hommes pour les grands fronts et à quarante pour les petits côtés. Or, pour attaquer deux fronts à la fois, il faudrait supposer une troupe très-nombreuse, deux mille hommes au moins, tant pour faire les approches que pour forcer les lices, s'établir sur les terre-pleins, faire approcher les engins et les protéger. La défense avait donc une grande supériorité sur l'attaque. Par les larges mâchicoulis des chemins de ronde inférieurs, elle pouvait écraser les pionniers qui auraient voulu s'attacher à la base des murailles. Pour que ces pionniers pussent commencer leur travail, il eût fallu, soit creuser des galeries de mine, soit établir des galeries de bois; ces opérations exigeaient beaucoup de temps, beaucoup de monde et un matériel de siège. Les tours et courtines sont d'ailleurs renforcées à la base par un empâtement qui double à peu près l'épaisseur de leurs murs, et la construction est admirablement faite en bonne maçonnerie, avec revêtement de pierre de taille. Les assaillants se trouvaient, une fois dans les lices, sur un espace étroit, ayant derrière eux un précipice et devant eux de hautes murailles couronnées par plusieurs étages de défenses; ils ne pouvaient se développer, leur grand nombre devenait un embarras; exposés aux projectiles de face et d'écharpe, leur agglomération sur un point devait être une cause de pertes sensibles; tandis que les assiégés, bien protégés par leurs chemins de ronde couverts, dominant la base des remparts à une grande hauteur, n'avaient rien à redouter et ne perdaient que peu de monde. Une garnison de trois cents hommes pouvait tenir en échec un assiégeant dix fois plus fort pendant plusieurs mois.

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1002666-Eugène Viollet-le-Duc le château de Pierrefonds

 

CHÂTEAU DE PIERREFONDS.

Eugène-Emmanuel Viollet le Duc.

QUATRIÈME EXTRAIT.

Il fallait, pour faire ouvrir la poterne à une ronde rentrante, qu'un poste supérieur fût prévenu. Une fois la ronde entrée par la poterne P, il était nécessaire qu'elle connût les distributions intérieures du château; car pour parvenir à la cour, elle devait passer par l'escalier mobile de bois et par un poste d'entre-sol au-dessous du niveau de la cour. Si une troupe ennemie s'introduisait par la poterne P, trois couloirs se présentaient à elle; deux sont des impasses, le troisième aboutit à une cave fermée par une porte, puis à l'escalier 3. Avant de se reconnaître dans ces couloirs obscurs, des gens ignorant les êtres du château perdaient un temps précieux.

Si les dispositions défensives du château de Pierrefonds n'ont pas la grandeur majestueuse de celles du château de Coucy, elles ne laissent pas d'être combinées avec un art, un soin et une recherche dans les détails, qui prouvent à quel degré de perfection étaient arrivées les constructions des places fortes seigneuriales à la fin du XIVe siècle, et jusqu'à quel point les châtelains, à cette époque, savaient se garder.

Nous avons vainement cherché les restes des aqueducs qui devaient nécessairement amener de l'eau dans l'enceinte du château de Pierrefonds. Nulle trace de puits dans cette enceinte, non plus que dans la basse-cour. Les approvisionnements d'eau étaient donc obtenus au moyen de conduits qui allaient recueillir les sources que l'on rencontre sous le sol des collines se rattachant au plateau ; ou bien, des citernes étaient établies du côté de la chapelle au-dessous du sol de la cour, dans les caves qui existent encore sur ce point. Tout ce qui est nécessaire à la vie journalière d'une nombreuse garnison et à sa défense est trop bien prévu ici, pour laisser douter du soin apporté par les constructeurs dans l'exécution des aqueducs; toutefois, jusqu'à présent, on n'a pu découvrir la trace de ces conduits.

Une vue cavalière restaurée du château de Pierrefonds, bien que faite avant les découvertes dues aux récents travaux ordonnés par l'Empereur, prise du côté des lices du nord, fera à peu près saisir l'ensemble de ces dispositions (voy. fig. 3).


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Si l'on examine les constructions du château de Pierrefonds, il sera facile de se faire une idée du programme rempli par l'architecte. Vastes magasins au rez-de-chaussée avec le moins d'issues possible. Sur les dehors, du côté de l'entrée, qui est le plus favorable à l'attaque, énormes et massives tours pleines dans la hauteur du talus, et pouvant résister à la sape. Du côté de la poterne T, courtine de garde très épaisse et haute, avec cour intérieure entre cette courtine et le logis; seconde poterne pour passer de cette première cour dans la cour principale. Comme surcroît de précaution, de ce côté, très-haute tour carrée enfilant le logis sur deux de ses faces, commandant toute la cour t et aussi les dehors, avec échauguettes au sommet flanquant les faces mêmes de la tour carrée. D'ailleurs, possibilité d'isoler les deux tours rondes et la tour carrée en fermant les étroits passages donnant dans le logis, et de rendre ainsi la défense indépendante de l'habitation. Possibilité de communiquer d'une de ces tours aux deux autres par les chemins de ronde supérieurs, sans passer par les pièces destinées à l'habitation. Outre la porte du château et le grand escalier avec perron, issue particulière pour la tour carrée, soit par la petite porte de l'angle rentrant, soit par l'escalier de la chapelle. Issue particulière de la tour Charlemagne par la courtine, dans laquelle est percée la poterne, et par les escaliers de la chapelle. Issue particulière de la tour César par les salles situées au-dessus de cette porte et l'escalier qui descend de fond. Communication facile établie entre les tours et les défenses du château par les chemins de ronde. Logis d'habitation se défendant lui-même, soit du côté de la cour t, soit du côté de l'entrée du château, au moyen de crénelages et mâchicoulis à la base des pignons. Ce logis, bien protégé du côté du dehors, masqué, flanqué, n'ayant qu'une seule entrée pour les appartements, celle du perron, et cette entrée, placée dans la cour d'honneur, commandée par une des faces de la tour carrée. Impossibilité à toute personne n'étant pas familière avec les distributions du logis de se reconnaître à travers ces passages, ces escaliers, ces détours, ces issues secrètes; et pour celui qui habite, facilité de se porter rapidement sur quelque point donné des défenses, soit du donjon lui-même, soit du château. Facilité de faire des sorties si l'on est attaqué. Facilité de recevoir des secours ou provisions par la poterne T, sans craindre les surprises, puisque cette poterne s'ouvre dans une première cour qui est isolée et ne communique à la cour principale que par une seconde poterne dont la herse et la porte barrée sont gardées par les gens du donjon. Belles salles bien disposées, bien orientées, bien éclairées; appartements privés avec cabinets, dégagements et escaliers particuliers pour le service. Certes il y a loin du donjon de Coucy, qui n'est qu'une tour où chefs et soldats devaient vivre pêle-mêle, à ce dernier donjon, qui, encore aujourd'hui, serait une habitation agréable et commode; mais à la vérité les mœurs féodales des seigneurs du XVe siècle ne ressemblaient guère à celles des châtelains du commencement du XIIIe.

 

A suivre...

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1002666-Eugène Viollet-le-Duc le château de Pierrefonds

 

DESCRIPTION

DU CHÂTEAU DE PIERREFONDS.

 

Par Eugène-Emmanuel Viollet le Duc.

 

TROISIÈME EXTRAIT.

 

Cela s'explique. Jusqu'à la fin du XIIIe siècle, le régime féodal, tout en s'affaiblissant, avait encore conservé la puissance de son organisation. Les seigneurs pouvaient s'entourer d'un nombre d'hommes sûrs assez considérable pour se défendre dans leurs châteaux; mais à dater du xive siècle, les liens féodaux tendent à se relâcher, et les seigneurs possédant de grands fiefs sont obligés, en cas de guerre, d'avoir recours aux troupes des mercenaires. Les vassaux, les hommes liges mêmes, les vavasseurs, les villages ou bourgades, rachètent à prix d'argent le service personnel qu'ils doivent au seigneur féodal, et celui-ci, qui en temps de paix trouvait un avantage à ces marchés, en cas de guerre se voyait obligé d'enrôler ces troupes d'aventuriers qui, à dater de cette époque, n'ont d'autre métier que de louer leurs services et qui deviennent un fléau pour le pays, si les querelles entre seigneurs s'apaisent.

Le duc Louis d'Orléans, construisant le château de Pierrefonds, adopta ce programme de la manière la plus complète.

Le bâtiment qui renferme les grandes salles du château de Pierrefonds occupe le côté occidental du parallélogramme formant le périmètre de celte résidence seigneuriale. Ce bâtiment est à quatre étages; deux de ces étages sont voûtés et sont au-dessous du niveau de la cour, bien qu'ils soient élevés au-dessus du chemin de ronde extérieur d; les deux derniers donnent un rez-de-chaussée sur la cour et la grand'salle proprement dite, au niveau des appartements du premier étage.

La salle du rez-de-chaussée a son entrée en r. En face de la porte n du portique est un banc destiné à la sentinelle (car alors des bancs étaient toujours disposés là où une sentinelle devait être postée). Il fallait donc que chaque personne qui voulait pénétrer dans la première salle aa, fût reconnue. De cette salle on pénètre dans une deuxième dd, puis dans la grande salle du rez-de-chaussée cc. Des latrines z servaient à la fois au corps de garde M et aux salles du rez-de-chaussée.

Une fois casernées dans ces salles de rez-de-chaussée, ces troupes étaient surveillées par la galerie d'entre-sol qui se trouve au-dessus du portique et ne pouvaient monter aux défenses que commandées. D'ailleurs ces salles sont belles, bien aérées, bien éclairées, munies de cheminées et contiendraient, facilement cinq cents hommes.

L'escalier N à double vis monte au portique d'entre-sol, à la grand'salle du premier étage et aux défenses. La grand'salle du premier étage était la salle seigneuriale où se tenaient les assemblées; elle occupe tout l'espace compris entre le premier vestibule aa et le mur de refend q, auquel est adossé une vaste cheminée. Son estrade est placée devant cette cheminée; le seigneur se rendait du donjon à cette salle en passant par des galeries ménagées au premier étage des bâtiments en aile Est et Nord. L'estrade ou parquet n'était autre chose que le tribunal du haut justicier; c'était aussi la place d'honneur dans les cérémonies, telles que, hommages, investitures; pendant les banquets, les bals, les mascarades, etc.

On pouvait aussi du donjon pénétrer dans la grand'salle de plain-pied, en passant sur la porte du château, dans la pièce située au-dessus du corps de garde et dans le vestibule.

Si la salle basse ne communique pas directement avec les défenses, au contraire, de la grand'salle du premier, on y arrive rapidement par un grand nombre d'issues. En cas d'attaques, la garnison pouvait être convoquée dans cette salle seigneuriale, recevoir des instructions, et se répandre instantanément sur les chemins de ronde des mâchicoulis et dans les tours. A cet effet un escalier est ménagé contre les parois intérieures de la tour d'Alexandre (celle DD), du niveau de la grand'salle aux défenses supérieures.

Sur le vestibule de la grand'salle est une tribune qui servait à placer les musiciens lors des banquets et fêtes que donnait le seigneur.

De ces dispositions il résulte clairement que les salles basses étaient isolées des défenses, tandis que la grand'salle, située au premier étage, était au contraire en communication directe et fréquente avec elles; que la salle haute ou grand'salle, était de plain-pied avec les appartements du seigneur, et qu'on séparait au besoin les hommes se tenant habituellement dans la salle basse, des fonctions auxquelles était réservée la plus haute. Ce programme, si bien écrit à Pierrefonds, jette un jour nouveau sur les habitudes des seigneurs féodaux, obligés de recevoir dans leurs châteaux des garnisons d'aventuriers.

On objectera peut-être que ces dispositions, à Pierrefonds, étaient tellement ruinées que la restauration peut être hypothétique. A cette objection nous répondrons : 1° que le mur extérieur était complètement conservé, par conséquent les hauteurs des étages; 2° que le portique était écrit par l'épaisseur du mur intérieur et par les fragments de cette structure trouvés dans les fouilles; 3°que l'escalier voisin de la tour centrale DD, conservé, ne montant qu'à une hauteur d'entre-sol, indiquait clairement le niveau de cet entre-sol ; 4° que la position de l'escalier à double degré N était donnée par le plan par terre; 5° que les cheminées étaient encore en place ainsi que les murs de refend; 6° que les dispositions du corps de garde et des issues sont anciennes, ainsi que celles de la salle des latrines; 7° que le tambour donnant entrée dans le passage entre les salles dd et cc était indiqué par des arrachements; 8° que les pieds-droits des fenêtres hautes ont été retrouvés dans les déblais et replacés; 9° que les pentes des combles sont données par les filets existant le long de la tour EE. Si donc quelque chose est hypothétique dans cette restauration, ce ne pourrait être que des détails qui n'ont aucune importance.

Ces grandes salles, pendant le moyen âge, étaient richement décorées:

Li rois fu en la sale bien painturé à liste[1]. »

Non-seulement des peintures, des boiseries, voire des tapisseries, couvraient leurs parements, mais on y suspendait des armes, des trophées recueillis dans les campagnes. Sauval[2] rapporte que le roi d'Angleterre traita magnifiquement saint Louis au Temple, lors de la cession si funeste que fit ce dernier prince, du Périgord, du Limousin, de la Guyenne et de la Saintonge.

Ce fut dans la grand'salle du Temple que se donna le banquet: « À la mode des Orientaux, dit Sauvai, les murs de la salle étaient couverts de boucliers; entre autres s'y remarquoit celui de Richard, premier roi d'Angleterre, surnommé Cœur de Lion, Un seigneur anglois l'ayant aperçu pendant que les deux rois dînoient ensemble, aussitôt dit à son maître en riant : Sire, comment avez-vous convié les François de venir en ce lieu se réjouir avec vous; voilà le bouclier du magnanime Richard qui sera cause qu'ils ne mangeront qu'en crainte et en tremblant. »

A Pierrefonds, la grand'salle haute était décorée de peintures. La porte qui donnait dans le vestibule était toute brillante de sculptures et surmontée d'une claire-voie avec large tribune; la voûte était lambrissée en berceau et percée de grandes lucarnes du côté de la cour. La cheminée qui terminait l'extrémité opposée à l'entrée, supportait sur son manteau les statues des neuf preuses[3].

Au château de la Ferté-Milon les statues des preuses sont posées sur la paroi des tours comme le sont les statues des preux à Pierrefonds. Voici les noms des neuf preuses placées sur la cheminée de la grand'salle à Pierrefonds: Sémiramis, Déifemme, Lampédo, Hippolyte, Deiphile, Thamyris, Tanequa, Ménelippe, Pentésilée, tels que les donne avec leurs blasons, le roman de Jouvencel de la Bibl. Imp. f. Notre-Dame, 205, XVe siècle.

La salle basse était elle-même décorée avec un certain luxe, ainsi que le constatent la cheminée qui existe encore en partie, les corbeaux qui portent les poutres et les fragments du portique.

Les tours d'Artus, d'Alexandre, de Godefroi de Bouillon et d'Hector, contiennent chacune un cachot en cul de bassefosse, c'est-à-dire dans lequel on ne peut pénétrer que par une ouverture pratiquée au sommet de la voûte en calotte ogivale. De plus, la tour d'Artus renferme des oubliettes.

Il n'est pas un château dans lequel les guides ne nous fassent voir des oubliettes, et généralement ce sont les latrines qui sont décorées de ce titre, et que l'on suppose avoir englouti des victimes humaines sacrifiées à la vengeance des châtelains féodaux; mais cette fois il nous parait difficile de ne pas voir de véritables oubliettes dans la tour sud-ouest du château de Pierrefonds. Au-dessous du rez-de-chaussée est un étage voûté en arcs ogives; et au-dessous de cet étage, une cave d'une profondeur de 7 mètres, voûtée en calotte elliptique. On ne peut descendre dans cette cave que par un œil percé à la partie supérieure de la voûte, c'est-à-dire au moyen d'une échelle ou d'une corde à nœuds; au centre de l'aire de cette cave circulaire est creusé un puits qui a 14 mètres de profondeur, puits dont l'ouverture de 1m,30 de diamètre correspond à l'œil pratiqué au centre de la voûte elliptique de la cave. Cette cave, qui ne reçoit de jour et d'air extérieur que par une étroite meurtrière, est accompagnée d'un siége d'aisances pratiqué dans l'épaisseur du mur. Elle était donc destinée à recevoir un être humain, et le puits creusé au centre de son aire était probablement une tombe toujours ouverte pour les malheureux que l'on voulait faire disparaître à tout jamais.

D'ailleurs la tour d'Artus n'était pas éloignée du corps de garde et placée à l'extrémité de la grand'salle ou le seigneur rendait la justice.

L'étage inférieur de la chapelle était réservé au service du chapelain et la tour de Josué ne contenait guère, à tous ses étages, que des latrines pour la garnison logée de ce côté du château. Au bas de la courtine de gauche de la tour de Josué, en P, est une poterne masquée par le boulevard. Cette poterne s'ouvre sur des passages souterrains qui ne communiquaient aux étages supérieurs que par des escaliers de bois, sortes d'échelles pouvant être enlevées. A côté de la poterne est un porte-voix se divisant en deux conduits, l'un aboutissant dans la salle 1 au premier étage, l'autre dans la salle 2 au rez-de-chaussée. Ce deuxième branchement, incliné à 45°, était assez large pour qu'on y pût faire monter ou descendre un homme couché sur un traîneau sans ouvrir une seule porte ou poterne. C'était une véritable sortie pour des messagers ou pour des espions eu cas d'investissement.



[1]  Li romans de Berte aus gratis piés, ch. XCI1.

[2] Tome II, p. 246.

[3] Dans les reconstructions élevées à Coucy par Louis d'Orléans il y avait ln salle des preux et la salle des preuses. Ces dernières figures étaient, de même qu'à Pierrefonds, posées sur le manteau de la cheminée. (Voy. Ducerceau.)

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IN MEMORIAM

21 JANVIER 1793/21 JANVIER 2014

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                                                      LOUIS XVI.

Nous prenons ici position et relevons volontairement le 221ième anniversaire de la décollation de Louis XVI, Roi martyr. Ce choix bien sûr n’est pas anodin. Au contraire et nous nous en expliquerons par la suite.  

          Nous notons que, rétroactivement à 221 ans, nous trouvons l’année fatidique de 1793. Relatons :

1793 

          Louis XVI est reconnu coupable de conspiration contre la Liberté (décision prise le 15 janvier en la Saint Remi, Baptiste de Clovis et de la France).

          Le Grand Roi martyr, Louis le XVIième monte avec honneur et bravoure là où l’impiété de la Révolution le conduit : l’échafaud. (Le 21 janvier dont on sait déjà que l’exacte opposition sur le Zodiaque est le 14 juillet).

        La France entre en guerre contre l‘Europe. En Vendée, les paysans s’arment. C’est le début d’une véritable guerre intestine.

       La Reine, dans sa grandeur et après un procès inique et honteusement faussé (tout comme celui de Louis XVI) par les Forces lucifériennes monte sur l’échafaud ; (Le 16 octobre ce qui, on peut se le demander ne serait pas volontaire. En effet cette date est identique à la dédicace de l’église du Mont Saint Michel !!!).

       Notons, en forme de plaidoirie, que le régicide n’avait nullement sa raison d’être. Pourquoi tuer le Roi sinon par faiblesse et c’est, semble-t-il, ce qui s’est produit. Le Roi aurait du perdurer en tant que symbole divin. Il aurait pu, il aurait du régner sans gouverner.

          Voilà pourquoi il y a lieu de présenter la Révolution et plus encore la Terreur comme une force luciférienne. Tuez le Roi et vous tuerez Dieu. Cette phrase pourrait résumer cet acte sacrilège mais il convient de développer ce sujet, dans les temps à venir, afin de mener les consciences vers un retour prévu à la Monarchie de droit divin.

     Le Sort de Louis XVI, tout comme celui de Marie-Antoinette, semblait scellé. Ils reposaient en effet l’un et l’autre sur un vaste complot dont les protagonistes se révélaient désireux d’annihiler tout symbole religieux. C’est en tout cas ce que semble relever le Pape Pie VI  en date du 17 juin 1793 : « Le Roi très chrétien Louis XVI a été condamné au dernier supplice par une conjuration impie, et ce jugement s’est exécuté. Nous vous rappellerons en peu de mots les dispositions et les motifs de cette sentence. La Convention nationale n’avait ni droit ni autorité pour le prononcer. En effet, après avoir aboli la Monarchie, le meilleur des gouvernements, elle avait transporté toute la puissance publique au peuple, qui ne se conduit ni par raison, ni par conseil, ne se forme sur aucun point des idées justes, apprécie peu de choses selon la Vérité, et en évalue un grand nombre d’après l’opinion ; qui est toujours inconstant, facile a être trompé, entraîné à tous les excès…

Et nous rajouterons pour conclure que le peuple est versatile, donc manipulable et de fait asservi pour la plus grande joie de ceux qui se frottent la panse en ce jour funeste.

En mémoire du Lieutenant du Christ : Louis XVI, Roi de France immolé en haine de la Foi le lundi 21 janvier 1793. En ce 21 janvier 2014, jour saint, An V (à compter du 21 janvier 2009) de la résurgence de la Monarchie de Droit divin voulu par le Christ, Roi de France. 

 

TESTAMENT DE LOUIS XVI.

 

« Au nom de la Très-Sainte Trinité, du Père, du Fils et du Saint—Esprit, aujourd'hui, vingt—cinquième jour de Décembre 1792, moi, Louis XVI du nom, roi de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toutes communications quelconques, même, depuis le dix du courant, avec ma famille ; de plus, impliqué dans un procès dont il est impossible de prévoir l'issue, à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyens dans aucune loi existante, n'ayant que Dieu peur témoin de mes pensées, et auquel je puis m'adresser.

Je déclare, ici en sa présence mes dernières volontés et sentimens.

Je laisse mon âme à Dieu, mon créateur ; je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d'après mes mérites, mais par ceux de notre Seigneur Jésus—Christ qui s’est offert à Dieu son père, pour nous autres hommes, quelqu'endurcîs que nous fussions et moi le premier.

Je meurs dans l'union de notre sainte mère l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs, par une succession non interrompue, de Saint—Pierre, auquel Jésus-Christ les a confiés : je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les Commandemens de Dieu et de l'Eglise , les Sacremens et les Mystères, tels que l'Eglise Catholique les enseigne et les a toujours enseignés ; je n'ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d'expliquer les dogmes qui déchirent l'Eglise de Jésus—Christ; mais je m'en suis rapporté, et je m'en rapporterai toujours, si Dieu m'accorde la vie, aux décisions que les Supérieurs Ecclésiastiques, unis à la sainte Eglise Catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l'Eglise suivie depuis Jésus-Christ.

Je plains de tout mon Cœur nos frères qui peuvent être flans l'erreur ; mais je ne prétends pas les juger et je ne les aime pas moins en Jésus-Christ, suivant ce que la charité chrétienne nous enseigne, et je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés ; j'ai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester et à m'humilier en sa présence ; ne pouvant me servir d'un Prêtre catholique, je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite , et surtout le repentir profond que j'ai d'avoir mis mou nom ( quoique cela fut contre ma volonté ) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l'Eglise Catholique , à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme, résolution où je suis, s'il m'accorde la vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du ministère d'un prêtre catholique pour m'accuser de tous mes péchés et recevoir le Sacrement de Pénitence.

Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensé par inadvertance, (car je ne me rappelle pas d'avoir fait sciemment aucune offense à personne) ou ceux à qui j'aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou de scandales, de me pardonner !e mal qu'ils croient que je peux leur avoir fait. Je prie tous ceux qui ont de la charité, d'unir leurs prières aux miennes pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.

Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis, sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui, par un faux zèle mal entendu, m'ont fait beaucoup de mal.

Je recommande à Dieu ma femme et mes enfans, ma sœur, mes tantes, mes frères et tous ceux qui me sont attachés parles liens du sang ou par quelqu'autre manière que ce puisse être; je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes entons et ma sœur, qui souffrent depuis long-temps avec moi; de les contenir par sa grâce, s'ils viennent à me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde périssable.

Je recommande mes enfans à ma femme, je n'ai jamais douté de sa tendresse maternelle peur eux ; je lui recommande surtout d'en faire de bon chrétiens et d'honnêtes hommes, de ne leur faire regarder les grandeurs de ce monde—ci ( s'ils sont condamnés à les éprouver ) que comme des biens dangereux et périssables', et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l'éternité ; je prie ma sœur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfans, et de leur tenir lieu derrière,' s'ils avaient lé malheur de perdre la leur.

Je prie ma femme; de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, les chagrins que je pourrais-lui avoir donné dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle, si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.

Je te recommande bien vivement à mes enfans, après ce qu'ils doivent à Dieu, qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entr'eux, soumis et obéissans à leur mère et reconnaissans de tous les soins et les peines qu'elle se donne pour eux en mémoire de moi. Je les prie de regarder ma sœur comme une seconde mère.

Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir roi, de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens ; il doit oublier toutes haines et tous ressentimens, et notamment tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve; qu'il ne peut faire le bonheur des peuples qu'en régnant suivant les lois mais en même temps qu'un roi ne peut se faire respecter et faire le bien qui est dans son cœur, qu'autant qu'il a l'autorité nécessaire, et qu'autrement étant lié dans ses opérations, et n'inspirant point de respect, il est plus nuisible qu'utile.

Je recommande à mon fils d'avoir soin de toutes les personnes qui m'étaient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés de songer que c'est une dette sacrée que j'ai contractée envers les enfans ou les pareils de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu'il y a plusieurs personnes de celles qui me sont attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont montré de l'ingratitude ; mais je leur pardonne, (souvent dans les momens de trouble et d'effervescence on n'est pas maître de soi) et je prie mon fils, s'il en trouve l'occasion, de ne songer qu'à leur malheur.

Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m'ont montré un véritable attachement et désintéressement; d'un côté, si j'étais sensiblement louché de l'ingratitude et de la -déloyauté de ceux à qui je n'avais jamais témoigné que des bontés, à eux, à leurs parens ou amis ; de l'autre, j'ai eu de la consolation à voir l'attachement et l'intérêt gratuit que beaucoup de personnes m'ont montrés. Je les prie de recevoir mes remercîmens.

Dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre, si je parlais plus explicitement ; mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître. Je croirais calomnier cependant les sentimens de la nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM.de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait porté à s'enfermer, avec moi dans ce triste séjour et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry, des soins duquel j'ai eu tout lieu de me louer depuis qu'il est avec moi ; comme c'est lui qui est resté avec moi jusqu'à la fin, je prie MM. de la commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse et les autres petits effets qui ont été déposés au conseil de la commune.

Je pardonne encore très-volontiers à ceux qui me gardaient, les mauvais traitemens et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J'ai trouvé, quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles—là jouissent dans leur coeur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.

Je prie M.M. de Malesherbes, Tronchet et de Sèze de recevoir mes remercîmens et l'expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu'ils se sont donnés pour moi.

Je finis en déclarant devant Dieu, et prêt à paraître devant lui que je ne  me reproche aucun des crimes qui sont avarices contre moi.

Fait double * à la Tour du Temple, le 25 décembre 1792»          

 

Signé LOUIS.

 

                                                  © Rhonan de Bar.     

 

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1002666-Eugène Viollet-le-Duc le château de Pierrefonds

DESCRIPTION DU CHÂTEAU DE PIERREFONS

Par Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc

DEUXIÈME EXTRAIT

Un profil en long, figure 1, pris perpendiculairement au front du château qui se présente vers le plateau, fera comprendre le système admis pour les défenses extérieures opposées au côté attaquable. A est le pied du château au niveau du pont-levis, B, le niveau du plateau. En C est un premier boulevard légèrement convexe comme une demi-lune très ouverte et dont les extrémités touchent aux escarpements du promontoire aux points où ils commencent à se prononcer. En D est un second boulevard séparé du premier par une route. Ce second boulevard présente une courbe plus fermée que le premier, s'abaisse sensiblement vers son milieu et est epaulé par deux cavaliers dominant toute la demi-lune extérieure, la plaine et les deux escarpements.

Ainsi, le troisième boulevard E enfile le premier boulevard C et prend en écharpe les deux cavaliers du second boulevard D. En G est creusé le fossé dont nous avons parlé plus haut et en H est établie l'esplanade inclinée, qui permet de poser des pièces en batterie pour enfiler tout l'espace E, F. On a profité de la configuration naturelle du sol pour élever ces ouvrages, fort dégradés il y a quelques années, mais en partie rétablis aujourd'hui. A partir des deux cornes du premier boulevard C, commencent des clôtures qui maintiennent l'escarpement du promontoire dont le relief est d'autant plus prononcé qu'on s'avance vers le château. Ces clôtures latérales sont élevées à mi-côte, renforcées de contre-forts et forment des redans qui présentent autant de flanquements. Quant au château lui-même, il est établi sur une sorte de plate-forme. En voici, figure 2, le plan, à rez-de-chaussée (sur la cour), avec les ouvrages extérieurs les plus rapprochés. Le bas de notre figure donne l'extrémité du promontoire plongeant sur le bourg et sur les deux vallons qui s'étendent à droite et à gauche. Vers le point A, le promontoire s'élève, s'élargit et, à 200 mètres de là environ, se soude à la plaine élevée qui s'étend jusqu'à la forêt de Villers-Cotterets. On voit en BB' les murs de soutènement bâtis à mi-côte qui se prolongent jusqu'au premier boulevard et qui sont munis de contre-forts, ainsi que de redans flanquants. Ces fronts battent les deux vallons en suivant la déclivité du promontoire.

En C est une poterne avec caponnière c. Cette poterne s'ouvre sous le rempart formant mur de soutènement. Outre cette poterne, il y avait deux entrées ménagées dans les ouvrages extérieurs du château; l'une en D, l'autre en E. Ces deux entrées s'ouvraient en face d'anciennes rues du bourg de Pierrefonds et qui existent encore. L'entrée D est commandée par un gros boulevard G, entièrement construit en pierre et servant d'assiette à l'angle ouest du château. Par le chemin dd' on arrive, en montant une rampe inclinée de 5 centimètres par mètre en moyenne, à la barbacane d" et à la porte F, munie d'une poterne. De l'entrée E, en gravissant la rampe ee’, on arrive également à la porte F. Cette porte se relie avec les murs de soutènement B' qui défendent de ce côté le flanc du promontoire.

Description du château de Pierrefonds 03

  Ayant franchi la porte F, on arrive au pont-levis H qui permet de traverser le fossé I, lequel sépare absolument le plateau de l'assiette du château et est indiqué en G dans la figure 1. Ce fossé se détourne en i, son fond est élevé de 5 à 6 mètres au-dessus du point c'. Ayant traversé le pont-levis H, on arrive sur l'esplanade j, laquelle est presque de niveau, tandis que sa partie est inclinée de m en l. Cette esplanade est entourée de murs avec échauguettes flanquantes, et est séparée du pied du château par une fausse braie K en pierres de taille. Un châtelet L masque l'entrée du château qui consiste en une porte et poterne fermées par des ponts-levis. Mais outre les ponts-levis, entre la pile o et la pile p passe un large et profond fossé dallé avec soin, et ces deux piles ne sont reliées que par un plancher que l'on pouvait supprimer en cas de siége. Alors la communication entre le château et le châtelet se faisait par un chemin étroit crénelé, pratiqué sur un arc qui réunit les tètes de ces piles; passage qui était gardé par deux échauguettes avec portes. Ce passage est indiqué en s.

De l'échauguette o, on pouvait descendre par un escalier crénelé sur le boulevard G. Deux ponts à bascule séparaient toutefois le haut et le bas de cet escalier de l'échauguette o et du boulevard G. Du châtelet, par une porte latérale étroite, on montait par des degrés soit sur l'esplanade, devant la fausse braie, soit sur le chemin de ronde de celle-ci. Tout l'espace q est pavé avec une forte déclivité, soit vers le fossé, soit vers la grosse tour d'angle, car le large fossé dallé ne commence qu'à la grosse tour centrale pour descendre par un ressaut prononcé jusqu'au niveau du boulevard G.

Maintenant, entrons dans le château. A côté de la porte charretière est une poterne qui n'a que 0m,60 de largeur, qui possède son pont-levis, dont le couloir se détourne sous le passage en dehors de la herse. Le passage principal est couronné par trois rangs de mâchicoulis, de telle sorte que des gens qui auraient pu parvenir à s'introduire sous ce passage, arrêtés par la herse, étaient couverts de projectiles. La herse passée, à gauche on trouve le corps de garde M qui communique avec le portique élevé en dehors de la grande salle et aux défenses supérieures par un escalier spécial.

L'entrée du portique est en n, car celui-ci est élevé de quelques marches au-dessus du sol extérieur et ses piles reposent sur un bahut assez élevé pour empêcher de passer de la cour sous les arcades. Ainsi, les personnes admises sous le portique étaient-elles tranquilles, sans crainte d'être interrompues par les allants et venants. Du portique on pénètre dans le vestibule aa, dans la première salle dd et dans la grande salle du rez-de-chaussée ce. Ce même portique donne entrée par un tambour entre les salles dd, cc, et dans l'escalier à double rampe N.

Mais, avant de décrire les services intérieurs, il est nécessaire que nous désignions les tours. Chacune d'elles est décorée, sous les mâchicoulis, d'une grande statue d'un preux, posée dans une niche entourée de riches ornements. Les statues existant encore sur les parois de ces tours ou retrouvées à leur base, ont permis de restituer leurs noms; car il était d'usage de donner à chaque tour un nom particulier, précaution fort utile lorsque le seigneur avait des ordres à faire transmettre aux officiers du château.

La grosse tour AA dépendant du donjon était la tour Charlemagne. La tour BB dépendant aussi du logis seigneurial avait nom César; celle CC du coin, Artus; celle DD, Alexandre; celle EE, Godefroi de Bouillon; celle FF, Josué; celle GG, Hector, et celle HH qui contenait la chapelle, David.

En T est une poterne relevée de 10 mètres au-dessus du sol et fermée par un pont-levis muni d'un treuil à l'aide duquel on élevait les provisions nécessaires à la garnison, jusqu'au niveau de la cour t, laquelle ne communiquait avec la grande cour que par la poterne X munie d'une herse et défendue par des mâchicoulis.

Le donjon du château peut être complétement isolé des autres défenses. Il comprend les deux grosses tours de César et de Charlemagne, tout le bâtiment carré divisé en trois salles et la tour carrée U. L'escalier d'honneur V, avec perron et montoirs permet d'arriver aux étages supérieurs. Le donjon était l'habitation spécialement réservée au seigneur et comprenant tous les services nécessaires: caves, cuisines, offices, chambres, garde-robes, salons et salles de réception.

Le donjon de Pierrefonds renferme ces divers services. Au rez-de-chaussée sont les cuisines voûtées, avec offices, lave ries, caves et magasins. Le premier étage se compose d'une grande salle de 22 mètres de longueur sur 11 mètres de largeur, de deux salons et de deux grandes chambres dans les deux tours, avec cabinets et dépendances. Le second étage présente la môme distribution. Un petit appartement spécial est en outre disposé dans la tour carrée U à chaque étage.

Le troisième étage du logis est lambrissé sous comble et contient deux appartements; les grosses tours, à ce niveau, étant uniquement affectées à la défense. Le donjon communique aux défenses du château par la courtine de gauche et par les ouvrages au-dessus de la porte d'entrée; à la chapelle, par un couloir passant au-dessus de la poterne X; aux bâtiments Y, par une galerie disposée au-dessus du portail de cette chapelle.

En R est le grand perron du château avec escalier montant aux salles destinées à la garnison, laquelle, en temps ordinaire était logée dans l'aile du nord et dans celle attenant à la chapelle, à l'est. Suivant l'usage, la grande salle basse, en temps de guerre, servait encore à loger, les troupes enrôlées temporairement!

En effet, les locaux destinés à la garnison ordinaire, dans nos châteaux féodaux, ont peu d'étendue. Ceci s'explique par la composition même de ces garnisons. Bien peu de seigneurs féodaux pouvaient, comme le châtelain de Coucy au XIIIe siècle, entretenir toute l'année cinquante chevaliers, c'est-à-dire cinq cents hommes d'armes. La plupart de ces seigneurs, vivant des redevances de leurs colons, ne pouvaient en temps ordinaire conserver près d'eux qu'un nombre d'hommes d'armes très-limité. Étaient-ils en guerre, leurs vassaux devaient l’estage, la garde du château seigneurial pendant quarante jours par an (temps moyen). Mais il y avait deux sortes de vassaux, les hommes liges, qui devaient personnellement le service militaire, et les vassaux simples, qui pouvaient se faire remplacer. De cette coutume féodale il résultait que le seigneur était souvent dans l'obligation d'accepter le service de gens qu'il ne connaissait pas, et qui, faisant métier de se battre pour qui les payait, étaient accessibles à la corruption. Dans bien des cas d'ailleurs, les hommes liges, les vassaux simples ou leurs remplaçants ne pouvaient suffire à défendre un château seigneurial quelque peu étendu; on avait recours à des troupes de mercenaires, gens se battant bien pour qui les payait largement, mais au total, peu sûrs. C'était donc dans des cas exceptionnels que les garnisons étaient nombreuses. Il faut reconnaître cependant qu'à la fin du XIVe siècle et au commencement du XVe, la défense était tellement supérieure à l'attaque, qu'une garnison de cinquante hommes, par exemple, suffisait pour défendre un château d'une étendue médiocre, contre un nombreux corps d'armée. Quand un seigneur faisait appel à ses vassaux et que ceux-ci s'enfermaient dans le château, on logeait les hommes les plus sûrs dans les tours, parce que chacune d'elles formait un poste séparé, commandé par un capitaine. Pour les mercenaires ou les remplaçants, on les logeait dans la salle basse, qui servait à la fois de dortoir, de salle à manger, de cuisine au besoin et de lieu propre aux exercices. Ce qui indique cette destination, ce sont les dispositions intérieures de ces salles, leur isolement des autres services, leurs rares communications avec les défenses, le voisinage de vastes magasins propres à contenir des munitions et des armes.

Ces salles basses sont en effet ouvertes sur la cour du château, mais ne communiquent aux défenses que par les dehors ou par des postes, c'est-à-dire par des escaliers passant dans des tours. Ainsi le seigneur avait-il moins à craindre la trahison de ces soldats d'aventure, puisqu'ils ne pouvaient arriver aux défenses que commandés et sous la surveillance de capitaines dévoués. A plus forte raison les occupants de ces salles basses ne pouvaient-ils pénétrer dans le donjon que s'ils y étaient appelés. Dès la fin du XIIIe siècle, ces dispositions sont déjà apparentes, quoique moins bien tracées que pendant les XIVe  et XVe siècles....

 

A suivre.

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1002666-Eugène Viollet-le-Duc le château de Pierrefonds

 

 

DESCRIPTION

DU CHATEAU DE PIERREFONDS

 

Le château actuel de Pierrefonds ne date que des premières années du xve siècle. L'ancien château s'élevait sur le coteau situé au-dessus du prieuré, au point où se voit aujourd'hui une ferme d'une assez grande étendue. Ce premier château avait été construit avec les débris d'une maison royale située au chêne Herbelot, et qui, dans les anciennes chroniques, est nommée Palladium casuum. En l'an 855, le roi Charles le Chauve y passa quelque temps. Cette résidence ayant été détruite, les châtelains du Chêne choisirent un lieu propre à être fortifié, et assirent la nouvelle forteresse au-dessus du prieuré. Les biens de la maison du Chêne furent partagés entre les seigneurs de Bérogne et de Pierrefonds. Nivelon Ier trouva les choses en cet état lorsqu'il hérita de la seigneurie de Pierrefonds, par suite de la mort de son père. Ce seigneur rebâtit l'église du prieuré[1] (paroisse actuelle du bourg), accrut singulièrement son domaine, et la seigneurie de Pierrefonds fut érigée en pairie. Du temps de Philippe-Auguste, le nombre des pairs, seigneurs de Pierrefonds, dépassait soixante. Cette ancienne maison s'éteignit par la mort d'Agate de Pierrefonds, et les grands biens de cette dame furent divisés en trois parts : les Cherisis eurent la première, les Châtillon la seconde, et les descendants de Jean 1er de Pierrefonds, fils de Nivelon Ier, la troisième. Philippe-Auguste acheta de Nivelon, évêque de Soissons, en 1181, tous les droits seigneuriaux que ce prélat possédait par suite du partage, et il installa, pour régir le domaine, des prévôts qui exerçaient en même temps les fonctions de juges et de receveurs. En 1215, le roi abandonna aux religieux de Saint-Sulpice une grande partie des bâtiments du château, et augmenta leurs priviléges. Depuis lors, jusqu'aux dernières années du XIVe siècle, il n'est fait nulle mention du château et du domaine de Pierrefonds dans l'histoire.

En 1390, Louis, duc d'Orléans, frère du roi Charles VI, se prétendant frustré de ses droits de régent ou de tuteur des affaires du royaume, songea à prendre ses sûretés. Il fit bâtir dans son duché de Valois des places fortes importantes; il acquit le château de Coucy et le rebâtit en partie; fit réparer ceux de Béthisy, de Crespy et de Montépilloy; fit reconstruire celui de la Ferté-Milon, le petit château de Véez, le manoir de la Loge-Lambert, et, laissant les religieux de Saint-Sulpice jouir paisiblement du vieux domaine de Pierrefonds, il choisit une nouvelle assiette plus facile à défendre, entre deux vallons, pour élever le magnifique château que l'on admire aujourd'hui.

La bonne assiette du lieu n'était pas la seule raison qui dût déterminer le choix du duc d'Orléans.

Si l'on jette les yeux sur la carte des environs de Compiègne, on voit que la forêt du môme nom est environnée de tous côtés par des cours d'eau, qui sont: l'Oise, l'Aisne, et les deux petites rivières de Vandi et d'Automne.

Pierrefonds, appuyé à la forêt vers le nord-ouest, se trouvait ainsi commander un magnifique domaine, facile à garder sur tous les points, ayant à sa porte une des plus belles forêts des environs de Paris. C'était donc un lieu admirable, pouvant servir de refuge et offrir les plaisirs de la châsse au châtelain. La cour de Charles YI était très-adonnée au luxe, et parmi les grands vassaux de ce prince, Louis d'Orléans était un des seigneurs les plus magnifiques ; aimant les arts, éclairé, ce qui ne l'empêchait pas d'être plein d'ambition et d'amour du pouvoir; aussi voulut-il que son nouveau château fût à la fois une des plus somptueuses résidences de cette époque, et une forteresse construite de manière à défier toutes les attaques.

Monstrelet en parle comme d'une place du premier ordre et d'un lieu admirable.

En 1411, lorsque après l'assassinat du duc d'Orléans, les partisans du prince étaient poursuivis, à l'instigation du duc de Bourgogne, le malheureux Charles VI envoya le comte de Saint-Pol en Valois pour prendre possession des places de son neveu. Après la reddition de Crespy, le comte de Saint-Pol « s'en alla au chastel de Pierrefonds, dit Monstrelet, qui estoit moult fort deffensable et bien garny et remply de toutes choses appartenais à la guerre : et luy là venu se  print à parlementer avec le seigneur de Boquiaux qui en estoit capitaine  et enfin fut le traicté faict parmy ce que ledit comte luy feit donner pour ses fraiz par le roy deux a mille escus d'or, et avec ce emportèrent luy et ses gens tous leurs biens. » Plus tard, le château fut rendu au duc Charles d'Orléans, et Boquiaux en reprit le commandement. Le comte de Saint-Pol n'abandonna la place toutefois qu'en y mettant le feu. Le duc d'Orléans répara les dommages.

En 1420, le château de Pierrefonds, dont la garnison était dépourvue de vivres et de munitions, ouvrit ses portes aux Anglais. Nous voyons qu'en 1422 cette place tenait pour le dauphin. Pierre de Fenin raconte comme quoi le seigneur d'Offemont, ayant rendu la ville de Saint-Riquier au duc Philippe de Bourgogne, en échange du seigneur de Conflans, de messires Rigault de Fontaines, Gilles de Gamache, Pothon de Xaintrailles et Loys Burnel, s'en alla à « Pierrefois (Pierrefonds), qui pour lors estoit en sa main. » Or le seigneur d'Offemont tenait le parti du dauphin.

Louis XII, étant duc d'Orléans, fit faire quelques réparations au château de Pierrefonds; toutefois il est à croire que ces derniers travaux ne consistaient guère qu'en ouvrages intérieurs, eu distribution d'appartements, car la masse imposante des constructions appartient tout entière au commence' ment du XVe siècle.

Le château de Pierrefonds est à la fois une forteresse du premier ordre et une résidence renfermant tous les services destinés à pourvoir à l'existence d'un grand seigneur et d'une nombreuse réunion d'hommes d'armes.

Sa force ne consistait pas seulement dans l'épaisseur et la hauteur de ses murs, dans les bons flanquements des tours, mais en une suite d'ouvrages extérieurs que rendait nécessaire l'invention de l'artillerie à feu, déjà prépondérante dans l'art de la guerre. Le château proprement dit est établi à l'extrémité d'un promontoire formé par le plateau du Soissonnais qui, sur ce point, est profondément érosé par des vallées. Le point extrême de ce promontoire, bien qu'élevé de 25 mètres au-dessus des deux vallons, est en contre-bas du niveau du plateau de 20 mètres environ, de telle sorte que ce plateau commande l'assiette du château. D'ailleurs, à 250 mètres de la forteresse, le promontoire s'élargit brusquement et, se réunissant à d'autres escarpements, forme deux amphithéâtres, qui semblent disposés tout exprès pour permettre d'entourer le château d'un demi-cercle de feux.

Il était donc très-important de commander le plateau, ces deux amphithéâtres, et de séparer l'extrémité du promontoire de la plaine élevée à laquelle il se soude largement.

Toutefois, au moment où Louis d'Orléans élevait le château de Pierrefonds, les armées ne traînaient point avec elles une artillerie à longue portée. Les bouches à feu que possédaient les corps en campagne n'étaient que des pièces de petit calibre, en fer forgé, ou quelques bombardes courtes, que l'on chargeait avec des boulets de pierre, dont le tir était parabolique et la portée faible. Pour préserver, au commencement du XVe siècle, le château des atteintes de cette artillerie, il n'était pas nécessaire d'étendre très-loin les ouvrages extérieurs, et si l'on trouve des traces de ces ouvrages au point où le promontoire se réunit à la plaine, c'est qu'on avait voulu commander celle-ci et se ménager les moyens, en cas d'attaque, de conserver autour de la forteresse un rayon assez étendu. Ces défenses contre la plaine opposées par conséquent au point d'où les attaques pouvaient être dirigées, se composaient d'une série de cavaliers isolés, qu'on appelait alors des boulevards, se commandant les uns les autres du dedans au dehors.

De ces cavaliers, le plus rapproché du château, commande les autres et est lui-même enfilé par les pièces que l'on mettait en batterie sur l'esplanade en avant du front méridional de la forteresse. Cette esplanade est séparée de la gorge du promontoire par un large fossé coupé à main d'homme dans la roche et le sable argileux très-compacte, composant ces terrains.

 

Description du château de Pierrefonds 02
 

FlG. 1.



[1] Il ne reste des constructions de l’église bâtie par Nivelon que des soubassements et une crypte. Nivelon Ier mourut vers 1072.

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Publié le par Rhonan de Bar
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HIÉRON OU TEMPLE-PALAIS ÉLEVÉ

A JÉSUS-HOSTIE ROI DES NATIONS

§ II LES SALLES PARTICULIÈRES

 Il nous reste QUATRE SALLES à parcourir. Chacune d'elles renferme des tableaux, des gravures, des cartes et autres objets d'art, qui ont été classés de manière à correspondre aux « quatre grandes idées » exposées plus haut.

 Outre leur ampleur, qui paraît tout d'abord étonnante, on remarquera l'habileté avec laquelle ces salles rectangulaires ont été disposées autour du Pavillon Central, et cela, malgré les difficultés inhérentes à la forme triangulaire de l'édifice.

Le visiteur devra pénétrer par la porte de droite, au-dessus de laquelle est gravé le mot : Entrée. Il aura terminé sa visite après avoir franchi la porte de gauche, qui a l'inscription : Sortie; car les appartements, qui ouvrent sur les parois latérales du vestibule, sont privés et interdits au public.

Il va sans dire qu'il est défendu de toucher à quelque objet que ce soit, au risque de le maculer ou de le détériorer. On recommande aussi de ne parler qu'à voix basse.

Ire  SALLE

DROIT SOCIAL DE JÉSUS-HOSTIE

 I° Fondement du Droit. — Jésus-Christ, Dieu-Homme, est sans aucun doute Roi des Nations « Rex Gentium, » par ses droits de Créateur et de Rédempteur. Il en porte le titre dans les Saintes Lettres et dans divers monuments de la tradition chrétienne. — Or, il a établi sa présence réelle sur la terre, dans le Sacrement de l'Eucharistie. C'est donc là même que le Roi-Hostie doit recevoir les adorations et les hommages sociaux qui lui conviennent.

Plusieurs tableaux de Maîtres rappellent d'abord l’Institution du Saint-Sacrement par Notre Seigneur. Cet acte fondamental a consacré l'établissement et fixé le siège de la royauté eucharistique.

Voir sur le mur parallèle à la porte d'entrée :

 N° 94. — La Cène. Ancienne Ecole de Venise. —Les convives sont groupés trois par trois, comme dans la Cène de Léonard de Vinci. Jésus bénit les pains de la main droite, tandis que la gauche est largement appliquée sur son Coeur débordant d'amour.

N° 2, 85, 104. — Cène d'Emmaüs, par le Tiepolo, Ciro Ferri et l'Ecole de Venise. — Ces toiles de grand mérite représentent Notre Seigneur se faisant reconnaître après sa résurrection, « à la fraction,» c'est-à-dire à la consécration du Pain. On remarquera les diverses expressions de respect et d'admiration des deux disciples, devant le mystère eucharistique renouvelé par Jésus lui-même. Les artistes ont reproduit ce sujet différemment, selon leurs conceptions particulières.

 2° Exercice du Droit. —- Dans tous les âges chrétiens" des hommes de Dieu : Apôtres, Pontifes, Docteurs et Thaumaturges ont affirmé et défendu, revendiqué et exalté les droits sociaux du Christ-Hostie. C'est aussi par l'Eucharistie que la Société chrétienne a été providentiellement formée et plusieurs fois sauvée et régénérée. — Le rite eucharistique est encore en Orient, nous l'avons dit, le seul lien qui désigne et unit les diverses nations : Arméniens, Grecs, Syriens, Coptes, Maronites etc.

Les principales toiles, qui se rapportent à cette idée, sont exposées sur la paroi de gauche, en entrant.

 N°48. — La Communion des Martyrs du Padouan (Alex. Varotari, 1590-1650).Les martyrs, liés aux piliers d'un cachot obscur, sont visités par Jésus-Christ qui les communie de sa propre main. —C'est un fait qu'on trouve plusieurs fois rapporté dans les actes des Martyrs des premiers siècles. Si douze millions d'hommes de tout rang et de tout sexe eurent la force de supporter les tourments des persécuteurs, il faut l'attribuer à Jésus-Hostie, qui avec eux et par eux vainquit le monde.

N° 7. — L’Invocation de saint Augustin. Attribué à Bernardin de Luini (xvie siècle). Le Saint, au type africain, est représenté bénissant, tandis qu'un ange lui apporte un missel et des burettes. Sa grande action dans l'Eglise et dans le monde peut être justement attribuée à l'Eucharistie.

N° 107. — Le Corporal miraculeux de saint Grégoire, d'après Sacchi. Des ambassadeurs étrangers, étant venus à Rome, supplier le Pape de leur donner des reliques, le Pontife leur donna un corporal. Comme ils se plaignaient de n'emporter qu'une étoffe, au lieu des reliques désirées, le Saint prit le linge sacré, le piqua d'un couteau, en présence du peuple, et il en sortit du sang. (Jean Diacre.)

N° 6. — La Condamnation de Beranger, par Carlo Dolce. L'hérésiarque ayant attaqué le dogme fondamental de l'Eucharistie, toute l'Eglise se leva pour le

défendre. Un pape, un cardinal, un archevêque et un évêque sont représentés déposant avec respect les livres de la défense aux pieds de l'Hostie.

N° 112 .— Les Docteurs autour du Saint-Sacrement. Ecole française (XVIIIe siècle). Saint Grégoire le Grand, saint Jérôme, saint Ambroise et saint Augustin, les docteurs latins, dont l'influence fut si considérable dans le monde, confèrent sur les louanges à donner au Saint-Sacrement, exposé dans l'ostensoir.

 Voici des portraits de saints personnages, qui ont défendu et exalté le règne de l'Hostie. Nous citons les principaux:

 N° 22. — Sainte Claire, fondatrice des religieuses qui portent son nom. Elle repoussa par le Saint-Sacrement les Sarrasins qui menaçaient d'envahir son monastère C'est pourquoi elle tient à la main une monstrance.

N° 98. — Saint Norbert, par le Bronzino. Le saint fondateur des Prémontrés, en chasuble, porte un calice surmonté d'une hostie, peut-être en souvenir des hosties de Bréda, recueillies par lui.

N° 21. — Saint Philippe de Nèri en extase, par Guido-Reni. Cette magnifique toile est une des plus belles de la galerie. Un servant soutient le pieux fondateur de l'Oratoire, qui est ravi en extase pendant le Saint Sacrifice. Il fut un des grands restaurateurs du culte eucharistique au 16ième siècle.

N° 11. — Saint Dominique guéri. Attribué à Carlo Cignani. Un groupe d'anges présentent l'ostensoir au malade, qui se dresse de son lit comme subitement guéri par Jésus-Hostie. On sait le rôle important que lui et son ordre remplirent ensuite dans l'Eglise.

N° 88. — Urbain IV. Ecole italienne, XVIIe siècle, Ce Pape fut le promulgateur de la Fête-Dieu, qui est le triomphe du Roi-Hostie.

N° 102. — Saint Vincent Ferrier. Original de Luc de Leyde. Un enfant mort-né est présenté sur un bassin, par ses parents agenouillés. Le Thaumaturge, qui vient de dire la sainte Messe, prie debout avec ferveur et les mains jointes. Il obtiendra la faveur qu'il sollicite. On le représente avec des ailes et une flamme sur la tête, parce qu'il se nommait l'Ange de l'Apocalypse.

 On verra aussi avec intérêt dans la première vitrine les collections d'empreintes d'hosties, où se trouvent des emblèmes rappelant la royauté eucharistique du Christ, par exemple : le sceptre royal, le globe du monde, la balance de justice.

On remarquera également des inscriptions ayant le même sens comme : I.C. X.C.-NI. KA. Jésus-Christ a vaincu.

Des fers à hosties et d'autres objets suspendus à la muraille rappellent la même idée.

 3° Reconnaissance du Droit. — Le sens chrétien et la piété des fidèles, des familles et des peuples ont toujours reconnu et cherché dans l'Eucharistie la royauté souveraine et universelle. Enfin l'Eglise a été amenée surnaturellement à établir la fête du Très-Saint-Sacrement qui est la reconnaissance solennelle et le triomphe public du Roi des Nations caché dans l'Hostie, lequel a voulu se faire la nourriture de nos âmes. Tel est l'enseignement de la théologie, résumé par saint Thomas d'Aquin : « Christum Regem adoremus, dominantem gentibus, qui se manducantibus dat spiritus pinguedinem. — Adorons le Christ-Roi, dominateur des Nations, qui donne la vigueur de l'esprit à ceux qui en font leur nourriture. »- — (Invit. Off. SS. Sacram.).

 la série de droite, vous suivrez tout à votre aise l'épanouissement de la piété envers le Roi-Eucharistique. Nous signalons les tableaux plus importants.

 N° 23. - Communion de la Sainte Vierge. Ecole française (XVIIesiècle). Avec quel respect Marie reçoit le corps de son divin Fils! Elle est le modèle des communiants.

N° 25. — Communion de sainte Madeleine à la Sainte-Baume. Attribué au Corrège (Allegri). La sainte pénitente entourée d'anges, reçoit le viatique de la main d'un vénérable prêtre.

N° 27. — Même sujet, par Benoît Lutti (XVIIIe siècle).

N° 26. — Communion de sainte Marie l'Egyptienne.

N° 27. — Communion de saint Bonaventure. Ecole espagnole (XVIIIcsiècle), Grisaille. Le docteur séraphique se trouve indigne de la prêtrise ; mais un ange lui apporte la moitié de l'hostie consacrée. Le prêtre célébrant la messe, se retourne étonné.

N° 56. — Saint François d'Assise devant le Saint-Sacrement. Original, sur acier, de Guido-Reni. L'un des plus précieux tableaux du Musée. On admirera l'attitude du patriarche d'Assise devant son divin Roi. Effet remarquable de perspective et de lointain.

N° 50. — Saint Ignace et saint François-Xavier en adoration devant l'Hostie. Original de Sasso Ferrato. Ils offrent l'hommage de leur Ordre, si dévoué au

Saint-Sacrement.

Les Nos 106, 50 et 159, représentent l'Eucharistie dans le Purgatoire, où elle exerce en effet son empire, par la délivrance des âmes, selon le dogme de la foi. Voyez appendus, au-dessous, plusieurs petits cadres très remarquables. Les patrons de tel ou tel foyer domestique y sont groupés aux pieds de l'Hostie, en signe de respect et d'hommage. C'est là une forme touchante de la dévotion des familles chrétiennes envers le Roi-Eucharistique. —Nos 57, 58, 59 —A remarquer aussi le N° 70. — Communion de saint Louis de Gonzague, par Camoncini. Tout y respire la plus tendre piété.

 D'autres tableaux sont l'oeuvre de pieux artistes tourmentés eux-mêmes par le désir d'attirer plus d'honneur à Jésus-Hostie.

 Ainsi, le n° 42. —Le Sacrement au milieu des fleurs, par Daniel Zeegers, S. J.

N° 41. — Le Saint-Sacrement en gloire. Esquisse d'Annibal Carrache.

N° 103. — Les Docteurs écrivant sur le Saint-Sacrement en gloire. Ecole romaine (XVIIIesiècle).

 Les vitrines 2 et 3 renferment des objets d'art antiques et modernes, qui rappellent la vénération des fidèles envers l'Hostie. La belle collection de fac-similé de lampes des catacombes est un don du comte Acquaderni. Les symboles représentés sont pleins de sens mystiques.

 Enfin, sur la paroi en face, dans le coin, le Miracle de Bolsène — No 108, (copie de Raphaël, par Jules Romain), — termine bien la série. Un prêtre disant la messe vit le sang jaillir du calice et ensanglanter le corporal. Ce fait détermina Urbain IV à instituer la Fête-Dieu. L'hostie et le corporal miraculeux sont conservés, depuis 1264, dans la splendide cathédrale d'Orvieto.

 4° Permanence du Droit. — Le droit social de Jésus-Christ est inaliénable.

C'est pourquoi tant qu'il y aura sur terre une hostie consacrée, elle devra être le centre de tous les hommages, non, seulement de la part des individus, mais aussi des familles, des sociétés et des peuples.

L'Eglise militante d'ici-bas, jalouse de ce précieux dépôt, rivalisera en quelque sorte avec l'Eglise triomphante du ciel, pour rendre plus d'honneur et de vénération à ce grand Sacrement.

 C'est le sujet du célèbre tableau de Raphaël, au Vatican : La dispute du Saint-Sacrement. Le N°46 en offre une copie de Nicolas Mignard (1605-1668).

  la fin du monde, le Dieu des tabernacles exercera sur la terre son règne caché et mystérieux, à l'aide d'agents qu'on peut appeler eucharistiques, parce qu'ils agiront et lutteront par l'Hostie et pour elle. Tels furent, dans le passé :

 N° 34. — Le cardinal Borromèe arrêtant la peste de Milan. Le Saint porte dans les rues le viatique aux moribonds. Copie ancienne.

N° 161.— Saint Pascal Baylon, le pâtre de l'Ombrie qui, par son influence extraordinaire, vulgarisa les célèbres tableaux eucharistiques appelés « Maësta» ou « Majestés. »

On peut aussi rattacher à cet ordre d'agents eucharistiques, le N° 20, — Apparition de saint Michel au mont Gargan. Esquisse attribuée au Dominiquin. L'archange saint Michel apparaît au mont Gargan, tandis que des infidèles venaient empêcher la célébration de la messe des Exorcismes. Un taureau fugitif est arrêté et les méchants sont renversés par l'éboulement de la caverne.

 Enfin un peintre a très heureusement imaginé qu'au dernier soir du monde,

les anges viendront prendre, à Saint-Pierre de Rome, la dernière hostie consacrée, pour lui faire, avec les esprits célestes et les bienheureux, une apothéose suprême.

 N° 35. — Apothéose de l'Eucharistie. Ecole de Venise (XVIIe siècle). Le Saint-Sacrement renfermé dans vu vieil ostensoir est élevé au ciel.

 Dès lors le règne de Jésus-Christ sera fini sur la terre, pour se continuer au-delà des temps, dans la gloire céleste, pendant l'éternité. « Et Regni ejus non erit finis. » (Luc. 1. 33.)

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