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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

A LA FRANCE

LE RÉVEIL, LA RÉVOLUTION

ET L’ACHANGE SAINT MICHEL

 

Ecca nunc tsmpua acceptabila,

Ecce nunc die salutis.

 

VII

LA RÉVOLUTION DANS SA PERSÉVÉRANCE.

 

Nul ne peut s'imaginer que la révolution ait péri, le jour où elle tourna contre elle-même le glaive destiné aux persécutés : multiple dans ses formes, variée dans ses moyens, indestructible, comme ces reptiles dont les tronçons retrouvent la plénitude de la vie, elle est cet esprit diabolique qui trouble le monde, conspire sans cesse contre l'ordre chrétien, et s'acharne contre la France, avec son éternel mot d'ordre : guerre à Dieu. Elle a sa place et son rôle dans ces 80 années de vicissitudes, qui nous séparent de la Terreur, tour à tour autoritaire jusqu'au césarisme, libérale par hypocrisie, anarchique par tempérament, tantôt parée d'une couronne et drapée dans la pourpre, tantôt hideuse dans les plis de son drapeau rouge, et grimaçante sous le bonnet phrygien. Qu'ont-ils été en effet ces pouvoirs si divers qui, faisant abstraction des lois de Dieu, n'ont compté que sur leurs propres forces, pour fonder un régime durable, respecté et prospère? Ils ont appelé la révolution à leur aide, ils ont follement entrepris de la discipliner, delà transformer, de lui adapter des institutions régulières; puis une heure est venue, où sous l'action d'une décomposition persévérante, le corps social s'est dissous dans la révolte et l'anarchie, maudissant l'aventure, et se résignant, au prix d'une catastrophe, à l'expérience d'un régime nouveau.

Le respect des opinions ne nous empêchera pas de dire que la politique des deux empires emprunta à la révolution de nombreuses pratiques, que, perfide envers l'Eglise, elle n'accorda à la religion que le quantum jugé nécessaire pour la satisfaction extérieure et l'assoupissement des catholiques, qu'enfin son système de compression, entrecoupe de diversions lointaines et d'entreprises chimériques n'eut absolument rien de commun avec les immortels principes de la morale chrétienne. Quant à la Restauration, le mot vrai est qu'elle ne sut pas : dominée par cet esprit de formalisme qui révolte et ne convertit pas, elle s'imagina, à tort, qu'il suffisait d'exemples publics et de pratiques imposées pour ressaisir l'âme de la nation et l'arracher à la puissance de la secte; plus tard faible et condescendante à l'excès, sans armes contre l'omnipotence parlementaire, comme Louis XVI, elle rendit la place, ne la défendant que par sa grandeur, et ce fut encore la révolution qui l'occupa, sous la menteuse apparence d'une monarchie, dont tous les ressorts appartenaient encore à l'esprit de révolte. Dix-huit ans après, la révolution soulevait encore contre son oeuvre le flot populaire qui l'avait édifiée ; l'anarchie triomphait et préparait le retour du césarisme, dernier terme du cercle vicieux tracé par la démagogie.

Le présent échappe à nos jugements ; bientôt la France saura cependant si les dévoûments les plus parfaits, si l'abnégation la moins contestée suffisent pour répondre aux traditions de sa fortune, de son génie et de sa vocation, si en un mot des spéculations téméraires sont de force à suppléer sa constitution providentielle.

Ce rapide examen de l'action politique de la révolution suffit à établir la prépondérance fatale exercée par elle sur nos destinées : il en résulte qu'elle dure encore et qu'elle ne se dessaisit pas de sa proie, proie d'autant plus précieuse que la foi la défend pied à pied et qu'elle abonde en grâces ineffables. Nous le prouverons mieux, en mettant au jour le travail latent qu'elle poursuit sans relâche, et les procédés appliqués par elle à la désorganisation de la société : c'est de l'enrôlement révolutionnaire qu'il s'agit, et de la propagande des sectaires. Nous n'affirmerons jamais trop que le trouble social, qui met périodiquement en  péril l'existence même de la patrie, est le fait de la révolution, c'est-à-dire de l'absence de Dieu dans les gouvernements et dans les âmes.

 

VIII

LA RÉVOLUTION ET LA SECTE.

 

Après avoir dessiné, à grands traits, les moyens violents et sanguinaires qui, du déicide au régicide, constituent sommairement l'action révolutionnaire, il est bon de faire connaître les modifications définitives qu'elle introduisit dans la constitution de la société française, et les institutions qu'elle substitua aux lois fondamentales de l'ancien régime : définir exactement le terrain sur lequel nous sommes placés, c'est en découvrir la mobilité, et faire ressortir, en même temps, le parti que l'esprit chrétien doit en tirer, les réformes qu'il comporte, la rénovation qu'il attend.

A la place de la monarchie absolue, édictant les lois sous le contrôle des parlements, mise en rapport avec la nation par une hiérarchie sociale, dont la tradition avait formé les liens, nous n'avons plus à édifier, par hypothèse, qu'une monarchie tempérée, assujettie à un pacte constitutionnel ; elle résumera en elle  la puissance exécutive, à l'exclusion de toute attribution législative.

Les États Généraux ont cessé d'être, avec les trois ordres qui représentaient la nation envisagée dans sa plus haute expression. Le clergé, la noblesse et le tiers-état ont disparu devant l'égalité civile. S'il n'y a plus de droits et de privilèges attribués à telle ou telle fraction de la hiérarchie sociale, les charges et les devoirs corrélatifs n'obligent plus personne, ne sont une loi d'honneur pour aucun citoyen, ne sont inscrits en aucun code ; on y à suppléé par des proportionnalités mathématiques et par l'impôt forcé et individuel : c'est plus simple, plus expéditif, moins dispendieux pour les susceptibilités de la conscience.

La représentation nationale est permanente: elle fait les lois.

Le souverain, quel qu'il soit, les promulgue ; la justice rendue tantôt au nom du peuple, tantôt au nom d'un monarque, les applique uniformément sur toute l'étendue du territoire.

Les pays d'Etats, les provinces qui, bien qu'administrés au nom du roi, possédaient des droits coutumiers, des tribunaux propres, des franchises spéciales, ont été emportés par .le grand courant de la centralisation : les départements ne les ont remplacés que comme division territoriale.

Une vie de tolérance est concédée aux congrégations inhabiles à posséder. Le clergé est pauvre : il n'est pas une puissance politique; il n'enseigne plus qu'à titre privé : il n'a de rang que dans l'Église de Dieu. L'épreuve l'a fortifié ; le salut des âmes résume ses glorieuses et inamissibles prérogatives.

La noblesse s'honore par sa fidélité aux grands principes :  elle garde sa place dans l'histoire ; celle qu'elle occupe dans la société, est celle qu'elle mérite par ses oeuvres, et à laquelle tout citoyen peut prétendre.

Le tiers-état qui n'était, à vrai dire, qu'un ordre de convention, est aussi absorbé dans la masse que l'on appelle la démocratie. Le niveau destructeur a passé sur le vieux inonde condamné à ne plus reparaître : la suppression d'une religion d'État, la reconnaissance de la liberté des cultes, le droit égal des enfants à la succession paternelle, le mariage civil, les articles concordataires ne lui permettent pas de revivre.

Tel est en peu de mots le résultat pratique de la révolution, isolé du chaos et des ruines sur lesquels le premier Consul jeta les vacillantes assises de la société moderne ; il se traduit par un ensemble d'institutions, dont l'acceptation est une nécessité, que le patriotisme doit améliorer, dont l'Évangile a le droit et le devoir de s'emparer pour refaire une société chrétienne. Si nous allons en effet au fond des choses, nous devons reconnaître que les dogmes révolutionnaires ne sont rien moins qu'un travestissement impie de toutes les vérités enseignées par le Christ et sanctionnées par le Calvaire. Par quels mots a-t-on séduit les multitudes? par quels mensonges a-t-on déchaîné la férocité des appétits? par trois mots dénaturés, déviés de leur sens et de leur saine application : liberté, égalité, fraternité. Où donc est la liberté vraie, si ce n'est dans la conscience humaine, ne relevant que de Dieu, affranchie des passions, si ce n'est dans le droit inhérent au bien de régir et de gouverner le monde ? le mal, quelle qu'en soit la forme, est un honteux esclavage. A travers les caprices de la nature, les vicissitudes de la fortune, la diversité des aptitudes où cherchera-t-on l'égalité, si ce n'est devant la justice de Dieu, appelant l'humanité entière à la possession de l'éternité et en faisant le prix unique de toute existence remplie par la foi et la soumission?

Y a-t-il bien une autre fraternité que cette fraternité d'origine sacrée qui, sous les voiles de la création, nous fait remonter jusqu'à la paternité divine, qui se retrouve au Calvaire, dans l'adoption du Christ, et l'assentiment de Marie, qui se perpétue dans l'Eglise de Dieu, dont l'Evangile, à chaque page, fait une loi stricte et étroite, qu'elle place enfin sous la sauvegarde de la charité? Le christianisme seul connaît et pratique la charité, car lui seul a dit, par la bouche de Jésus vivant : Aimez-vous les uns les autres ; tout ce que vous donnerez au plus petit des miens, en mon nom, sera donné à Dieu ; et quand il mêle le coeur à tous les actes de générosité, quand il fait un égal devoir de consoler la souffrance, de tarir les larmes, de partager avec le pauvre tous les biens superflus, il n'a rien de commun avec l'égoïsme philanthropique, qui, excluant la peine et l'affection, se complaît dans une vaine ostentation, et ne rapproche les hommes que pour éloigner les âmes.

Voilà certes des vérités que nulle contradiction ne saurait amoindrir, et qui semblent de nature à servir de base immuable à toute société humaine. Et cependant la révolution, profitant d'une heure propice, avait, à l'aide du renversement de ces principes, soulevé la France et fait trembler l'Europe. La liberté dans ses mains n'avait été que le droit de tout faire, sous le seul contrôle d'une volonté sans frein et sans loi ; l'égalité, elle l'avait représentée comme la domination du peuple sur toute hiérarchie sociale ; la fraternité, elle ne l'avait trouvée que dans le plein assouvissement de toute passion brutale, et de ces enseignements comme de ces crimes était issue une société, sans lien, sans cohésion, insensible à tout, sauf aux cris de guerre, où chaque individu se prenait pour un affranchi, où le souffle de la haine n'était retenu que par les périls de la patrie.

Si alors, au lieu de livrer à un César toutes les puissances de la réaction, de compter sur un homme pour obtenir l'ordre matériel et la sécurité des intérêts, les victimes dépouillées, accablées par le malheur, devenues sacrées par la persécution et par l'outrage, eussent eu la force de se relever, la croix à la main, et le baiser aux lèvres, si un pardon sublime, parce qu'il eût été chrétien, eût été prononcé par un pouvoir franchement réparateur, la révolution eût été frappée au coeur, et la France reprenant ce qu'il y avait eu de vrai et de sincère dans les origines du mouvement libéral, fût parvenue, sans doute, à se soustraire à ces secousses, à ces oscillations calamiteuses, dont la série n'est pas épuisée. Ne récriminons pas, ne reprochons à personne ce qui a manqué aux jours que nul ne peut ressaisir ; sachons seulement nous faire une parfaite intelligence de tous les phénomènes moraux, qui sont autant de signes de justice et de miséricorde, et puisque les forces chrétiennes, trop déprimées, trop éparses pour se rejoindre et se réunir, ont laissé la révolution multiplier les associations du mal, discipliner ses armées, et prendre partout l'offensive, puisque de vaillants efforts ont échoué, par suite de détestables complicités, rendons grâce à Dieu du rayon de lumière qu'il nous envoie, de la résolution qu'il fait pénétrer dans nos âmes : bénissons la Providence de nous convier aujourd'hui à l'oeuvre delà régénération. Soyons tous debout, agissons, marchons: l'avenir sera à nous, dussions-nous le conquérir, à force de souffrances et de sacrifices.

Et d'abord quel est actuellement l'objectif de la révolution?

Pour combattre avec succès un tel ennemi, il faut avant tout le démasquer ; la révolution, qu'on ne se le dissimule pas, est le mal, le mal légué au monde par la faute du premier homme, et propagé par les démons; d'où il suit que, jamais satisfaite, toujours à la recherche d'une destruction, elle ne règle son action que d'après l'action inverse inspirée par Dieu et la connaissance du bien. Quand donc elle eût tiré de la philosophie du XVIIIe siècle l'esprit de révolte qui devait animer ses soldats, quand elle n'eut plus à convoiter les richesses des églises, la prépondérance du clergé, quand elle n'eut plus à dénoncer les privilèges d'un corps aristocratique, quand toutes les grandeurs humaines, mises par l'Etat à la disposition de tous, eurent dissipé le prétexte des rancunes, et ouvert le champ aux ambitions, sans leur imposer de bien terribles épreuves, la révolution se prit à penser, et elle pensa que l'individualisme développé par elle ne suffisait pas à son triomphe, que suivant la loi essentielle de la constitution sociale, elle avait une doctrine à reprendre, doctrine qui, au moyen de l'association, deviendrait une puissance permanente, et finirait par mettre en échec les pouvoirs qui tenteraient de la discipliner, ou mieux encore de l'utiliser.

Le programme nouveau fut donc un travail de sectaires méditant froidement des effondrements à venir, étudiant-les vices et les passions en faveur, pour les flatter, les capter, les recruter, les fortifier dans un but de haine et de vengeance. Comme point de départ, il fallait nécessairement s'en prendre à Dieu et supprimer toute loi religieuse qui rattache l'homme au créateur et lui montre la providence comme l'unique arbitre de ses destinées.

C'était logique, et ce fut l'affaire des sociétés secrètes que l'on popularisa sous le nom de franc-maçonnerie (1). Dieu disparaissant, il n'était plus de vie future, de récompense ou de peines éternelles. La mort était la fin de toute existence; dès lors, la souffrance, la pauvreté, les privations n'étaient que des injustices, des inégalités révoltantes de la condition humaine, ou de l'organisation sociale. C'était un droit légitime de parvenir à la jouissance, et nul scrupule ne devait imposer le respect des obstacles qui empêchaient la répartition de la richesse entre les deshérités. De la guerre à Dieu, on arriva ainsi, par une pente insensible, à la guerre à la famille qui détenait des biens patrimoniaux revendiqués par la masse, à la propriété qui n'était qu'une usurpation sur les droits imprescriptibles de la communauté, au capital que l'on considérait comme une force d'oppression, dont le travail devait s'affranchir. Chacune de ces doctrines fit école, et il se trouva des philosophes qui les enseignèrent, leur donnèrent un noni et proclamèrent hautement qu'ils poursuivaient l'émancipation du prolétariat. Quand un peuple ne croit plus à rien, de tels mots empruntent au néant la puissance de la fascination, et à l'aide du groupement industriel, ils ne tardent pas à faire des armées.

Qu'on nous pardonne de le dire, à la honte de la science moderne, et du bon sens de notre époque, toutes les folies ont eu leurs beaux jours, toutes les inepties leurs croyants : on a vu, sans étonnement, les phalanstères opposer le concubinage au mariage chrétien, le naturalisme substituer aux mots sacrés de père, de mère et d'enfants, les appellations brutales de mâle,  de femelle et de petits, tandis que les adeptes du socialisme et du communisme se constituaient avec audace pour anéantir le droit individuel de propriété et le transporter à l'Etat, ou à la multitude, tandis que l'Internationale, avec la tolérance des pouvoirs publics, ameutait les travailleurs contre les infamies du capital; on a écouté encore, avec une certaine faveur, un enseignement sceptique, marqué de l'estampille officielle, qui, réduisant à la valeur d'une conjecture ou d'une hypothèse, tout ce que l'addition ne démontrait pas, ou que le scalpel ne mettait pas à nu, osait prétendre que la matière seule pouvait être l'objet d'une certitude, parce que seule elle était perçue par les sens.

Et ne rougirons-nous pas, en rappelant que l'ordre des mondes, et les harmonies de l'univers furent attribués à la secrète puissance de l'atome, que l'homme, dans une généalogie fantaisiste, trouva que son ancêtre était un singe, et qu'un jour, en vertu de la loi d'un perpétuel devenir, il pourrait bien être une autruche, que la génération spontanée fut mise en parallèle avec la consolante révélation d'une création providentielle ! Cependant nulle grandeur ne manqua à la secte. Si elle eut des chefs parmi les déclassés, elle en trouva aussi parmi les hommes que le siècle rangeait avec orgueil parmi les génies les plus illustres, parce qu'ils étaient les novateurs les plus hardis, et les révolutionnaires les plus poétiques. Chose plus triste encore, il y eut des gouvernements assez ignorants des lois nécessaires de la société, assez ennemis d'eux-mêmes, assez peu soucieux de nos plus glorieuses traditions, pour refuser aux associations chrétiennes la bienveillance qu'ils accordaient à la concentration des forces démagogiques, assez insensés enfin pour estimer que l'Etat modérerait à sa guise le mouvement, auquel il ne dédaignait pas de coopérer. Ils travaillaient à étouffer la foi catholique, parce qu'elle condamnait leur origine, ou ne cessait de faire apparaître devant leur conscience des témoins accusateurs; ils allaient jusqu'à opprimer, jusqu'à imposer silence à l'Eglise, et ils ne se doutaient pas que cette Eglise était la seule puissance capable de les préserver de la chute, parce que seule elle enseigne que tout pouvoir vient de Dieu, et que les déshérites de la terre sont les bienheureux du Ciel. Ils faisaient enfin de l'or et de la jouissance des divinités nouvelles, et après avoir surexcité tous les appétits, leur avoir subordonné et sacrifié toutes les aspirations morales, toutes les exigences de l'âme chrétienne, ils devaient se trouver sans crédit et sans force, en face de passions inassouvies, de revendications sauvages, de fureurs décidées à vaincre, et à ne plus obéir qu'à des instincts de haine et de destruction.

La preuve de ces faiblesses, de ces compromissions, de ces entreprises éhontées est acquise à l'histoire. Leur résultante est inscrite à trois dates que nul n'a le droit d'oublier. Chacune est marquée par une punition, une ruine et une tache de sang, et la dernière mesure la distance de l'invasion à la Commune, c'est-à-dire l'accumulation de toutes les hontes, de toutes les misères et de tous les crimes.

C'est à cette heure que le catholicisme rentre en scène, avec la plénitude de la foi, l'unité de la doctrine, les ardeurs de la charité, et la volonté d'obtenir gain de cause dans la lutte suprême qui retient l'Europe dans le trouble, la France dans l'anxiété, et L’Eglise dans la souffrance.

Pour la première fois depuis un siècle entier, il existe une armée chrétienne, rangée en bataille et toujours prête à combattre ; elle a des chefs qui, sans être les oints du Seigneur, n'en sont pas moins les fils de Pie IX, et ils jettent ce défi à la révolution : désormais la France sera à Dieu, volumus illum regnare.

Ce que la révolution a fait par l'association du mal et par le mensonge, nous le détruirons par l'association du bien et par la vérité, car nous tenons, d'une expérience maintes fois renouvelée, que l'isolement et l'individualisme, même dans la perfection la plus avancée, ne suffisent pas plus à réjouir le ciel, qu'à édifier la terre et à soulever les nations. Le visage découvert, nous marchons droit à l'ennemi ; nous le rencontrons partout où l'Eglise le nomme et le révèle, peu importe qu'il soit la secte qui corrompt le peuple, et lui apprend à se passer de Dieu, le doctrinarisme qui l'égaré, le libéralisme qui entretient ses illusions. A quel titre serions-nous suspects ? Nous revendiquons simplement le profit de la liberté et les immunités légales de l'égalité. Nous cherchons l'union des âmes dans une foi commune, dans la crainte du Seigneur et dans les espérances de la béatitude : la fraternité que nous enseignons n'est pas une formule philosophique ; elle vit, elle est manifeste dans la charité chrétienne. La Providence nous a appelés et choisis pour être  les messagers au milieu du peuple, et la gloire que nous poursuivons est celle de Dieu.

Nous ne sommes pas le nombre aujourd'hui, nous le deviendrons, car notre puissance ne réside que dans l'humilité et la soumission. Le Sacré-Coeur nous a été rendu, comme par miracle, pour ouvrir à l'humanité un trésor de grâce et d'amour.

Une inspiration étrangère à toute intervention profane a placé la croix entre nos mains, pour que le signe du salut du monde reparaisse comme le signe imprescriptible de toute victoire, et de toute consolation. Marie s'est transfigurée, pour nous rappeler avec la scène du Calvaire, sa mission d'avocate et de médiatrice.

Nous avons couronné son front auguste, stupéfié la révolution, en saluant en tout lieu la véritable reine de la France, et le peuple entier a été ému, au spectacle de ces foules réunies pour implorer, plus confiantes dans un rosaire que dans les habiletés de la politique. Ce n'est pas assez ; car tout tremble et tout frémit.

La révolution n'a pas abdiqué; son travail souterrain mine les assises du nouvel édifice ; elle rassemble ses forces et se prépare à les jeter une fois encore contre les murailles protectrices élevées péniblement par les efforts de la foi et de la charité.

Plus loin, mais sur nos frontières semblables à un vaisseau désemparé, la révolution est encore à l'œuvre : à cette place, elle n'est pas masquée, elle s'appelle nettement la persécution ; notre fidélité l'étonné, nos dévoûments la révoltent... Et au milieu de tant de périls, nul n'a le pouvoir de deviner quel nom portera la légion insurgée, quel démon redira le sinistre cri de guerre : A bas Jésus ! Vienne le combat, nous serons à nos rangs, décidés à vaincre ou à mourir ; s'il faut notre sang, nous le donnerons, et Dieu seul en fera le prix. L'étendard du Sacré-Cœur aura aussi ses légions, et pour que le noble sang qui l'a teint sur le champ immortel de Patay, et qui ne fut alors qu'un sacrifice d'expiation, appelle sur les zouaves du Christ les bénédictions et la victoire, c'est avec l'épée de l'archange saint Michel que nous livrerons la bataille.

La saisir est notre but, la mériter sera notre œuvre, pensée nouvelle, dévotion renaissante, inspiration féconde à laquelle une dernière page sera réservée....

 

 

Écu

 

(1) Tous les Francs-maçons ne furent pas des révolutionnaires en puissance, loin s'en faut.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

A LA FRANCE

LE RÉVEIL, LA RÉVOLUTION

ET L’ACHANGE SAINT MICHEL

 

Ecca nunc tsmpua acceptabila,

Ecce nunc die salutis.

 

 

V

LA VÉRITÉ SUR LA CONSTITUTION

DES SOCIÉTÉS CHRÉTIENNES.

 

Au lendemain de la création, le Seigneur avait dit à l'homme : Vae soli (il n'est pas bon que tu sois seul), et il lui avait donné une compagne pour être la mère du genre humain et demeurer à perpétuité la chair de sa chair, en même temps que l'âme de son âme. Ainsi la loi de la procréation devenait la loi d'association universelle qui allait être, d'âge en âge, le principe de toute existence morale, et à laquelle les peuples emprunteraient toutes les conditions d'un développement normal et régulier.

Rien n'a contredit le plan divin : la première forme de l'association s'est manifestée dans la famille, unie au père par un lien d'affection, mais acceptant en même temps sa loi et se pliant à son autorité. Plus tard elle a servi à l'organisation des  tribus qui, sans cesser d'être errantes et nomades, cherchaient à se préserver de la destruction et à se constituer sur une solidarité d'intérêts. Enfin, quand par droit de conquête ou' d'occupation, les tribus se furent donné une patrie, une association plus parfaite leur prêta les forces d'une large expansion, et en fit progressivement les nations qui se partagent la domination du monde.

L'association étudiée dans l'origine et la formation des sociétés se traduit donc en groupes disciplinés, obéissant à une autorité souveraine, où l'individu contribue, pour une part personnelle, à la protection et à la défense de l'intérêt général, où l'exemple et l'émulation dans le bien entretiennent les traditions conservatrices, où l'esprit de dévoûment et de sacrifice est incessamment sollicité par le sentiment d'une étroite solidarité.

Or, si à ces grandes ligues qui peuvent passer pour la structure élémentaire des sociétés humaines, on ajoute la sanction de la loi religieuse, appelant la créature à la possession méritée de l'éternité, et enfin l'adoption du Christ conviant l'humanité à la reconnaissance de sa filiation en Dieu et à la pratique d'une édifiante fraternité, on arrive à découvrir la constitution totale de la société chrétienne.

Comme un temple jeté tout d'une pièce sur de puissantes assises, n'en réclame pas moins l'appui de fortes colonnes, qui, sans nuire à l'unité harmonieuse de l'édifice, protègent contre la ruine son majestueux sanctuaire, de même toutes les associations

étendues aux grandes multitudes, ou répandues sur de larges surfaces, appellent à leur aide des agrégations secondaires, dont le faisceau, comme la colonne d'une oeuvre magistrale, doit les préserver de l'abaissement et sauvegarder leur unité même.

C'est ainsi que l'Etat repose sur la province, la province sur la commune, l'Église sur le diocèse, le diocèse sur la paroisse, et qu'une foule d'associations inférieures tirées du principe originel concourent à la vie et à la prospérité des institutions capitales, où elles prennent place par rang. C'est ainsi que les hiérarchies respectées, reliées entre elles par des rapports de dépendance et de soumission, mais toutes aussi respectueuses des prérogatives et des droits de la souveraineté choisie ou imposée, entretiennent dans l'ordre et dans la paix toute existence morale, religieuse et civile, quand une constitution n'a pas la  prétention d'échapper à la loi providentielle et d'être une orgueilleuse innovation, elle ne tend pas à réaliser plus difficile programme

et se contente de ces vieux errements.

La loi d'association est l'expression manifeste de la volonté souveraine qui a présidé à la création de toutes choses, et peut-être le reflet le plus parfait de la divinité même : si en effet son caractère est celui de l'universalité, son but est de tout ramener à un principe d'unité, et de placer tout ordre, qu'il soit terrestre ou moral, sous la protection d'une autorité incontestée.

Tout vit, se meut, grandit, prospère par la cohésion et l'harmonie de forces diverses et multiples ; tout se détruit et meurt par la séparation et la division de ces mêmes forces, ou par un acte de la volonté qui les avait unies.

Tout enfin n'est-il pas association, depuis le Dieu éternel, qui est à la fois puissance, intelligence et amour, dont l'unité s'affirme dans une mystérieuse trinité, depuis l'Eglise catholique qui groupe et retient, sous la loi commune de l'adoration, les vivants, les morts et les ressuscites, depuis les harmonies de l'univers, où se révèlent, dans le plus merveilleux tableau, l'abondance de la création, l'immensité des forces qui la dominent, et la puissance unique qui assure l'ordre parfait, jusqu'aux Etats qui

cherchent la grandeur et la paix dans l'obéissance des citoyens, dans leur patriotique fidélité, jusqu'à l'homme qui ne vaut que par l'union de sa chair et de son âme, jusqu'à l'insecte qui ne vole que par les sublimes concordances de sa frêle organisation?

Aussi l'esprit infernal, quand il se déchaîne contre les œuvres de Dieu, s'attache-t-il à en isoler tous les éléments, à les prendre chacun à chacun, pour les corrompre, à détruire la loi de l'harmonie, à préparer la révolte : c'est le premier mode de la révolution.

Puis, quand il a fait table rase et qu'il veut constituer aussi un empire, il reprend pour lui les bénéfices de l'association ; cette fois il menace le monde par l'union de forces impies et diaboliques, opposées à tout ce qui est ordre matériel, religieux et moral : c'est le second mode de la révolution ; et cette contradiction même est la preuve la plus éclatante de la nécessité de l'association, pour retenir dans le respect du bien, dans la règle du devoir tout ce qui est libre, pense et veut, comme pour maintenir dans l'ordre, dans la vie, dans le mouvement tout ce qui obéit aux grandes impulsions qui viennent de Dieu et de la création.

 VI

LA FRANCE ET LA RÉVOLUTION.

 Plus que toute autre nation, la France a dû sa grandeur et sa renommée à une persévérante application du principe de l'association.

Politiquement elle y puisa la force de dominer les partis et d'expulser l'étranger; car si l'étroit royaume de Clovis put successivement s'appuyer sur les Alpes, les Pyrénées et le Rhin, ce ne fut que par le fait de son intime union avec la dynastie de ses rois. L'histoire ne l'appelle que la famille de France, et nul ne lui refuse l'honneur d'avoir conquis l'amour de la patrie, par la constitution même de son indivisible unité. Religieusement, cette unité fut parfois en péril ; l'hérésie ne manqua pas de lui déclarer la guerre, d'exaspérer les passions, de provoquer de sanglantes discordes ; mais après tout la lutte servit au triomphe de la vérité, parce qu'elle prêta à la foi toutes les ardeurs et tous les dévoûments. Est-ce trop dire que le génie chrétien apparaît partout comme l'inspiration de ses entreprises les plus hardies? La France est grande à son aurore, quand la victoire la fait chrétienne ; elle impose l'admiration, quand elle constitue avec désintéressement la dotation de l'Église de Dieu; elle est belle dans la Renaissance, quand elle se couvre de merveilles  et s'honore d'impérissables souvenirs; elle est sublime, quand elle se lève au cri de : Dieu le veut! et accomplit toute en armes le pèlerinage des lieux saints, qu'elle va venger de l'outrage et reconquérir sur les infidèles. Que ne doit-elle pas encore aux congrégations qui ont défriché son sol, vivifié son intelligence et gravé son histoire sur la pierre et le parchemin?

On parle avec un insolent dédain, de ses corporations et de ses confréries, mais tandis que les saines atmosphères et le spectacle de la nature suffisaient à sanctifier les hommes des champs, déjà les passions fermentaient dans les cités, et il n'était pas indifférent que de religieuses associations entreprissent de contenir les travailleurs, en glorifiant les corps de métiers, en leur conférant des immunités civiles, en leur donnant de saints patrons.

Tout cela était encore debout et vivace, quand d'une période de gloire inconnue, il fallut tomber au plus bas de la décadence et  la dissolution. Rien, en effet, n'avait été refusé à la France, durant la monarchie de Louis XIV; jamais le souffle chrétien n'avait été plus prodigue, et la royauté séculaire, avant d'atteindre son déclin, avait, comme un astre couchant, embrasé l'horizon d'un brillant, mais dernier rayon. — Déjà, cependant, sous le faste de la cour se dissimulait à peine une profonde altération  les moeurs ; déjà aussi les monastères déshabitués de la règle et de la discipline donnaient le triste spectacle du scandale : ils avaient recruté trop de novices sans vocation et sans vertu, épris du monde et des richesses, pour ne pas avoir livré au  déshonneur les asiles de la prière et de la méditation. Ainsi la société périclitant par ses sommets, rompait d'elle-même les vieilles chaînes de son agrégation, et tandis que les classes dirigeantes perdaient l'autorité de l'exemple et le droit de remontrance, le peuple détournait, ses regards, se préparant à acclamer le tiers état révolté et à devenir l'instrument de ses haines.

Le règne de Louis XV porta la corruption à son comble, sans la racheter par aucune grandeur ; il fit bien plus encore pour la ruine de la France, en accueillant comme d'ingénieuses nouveautés les doctrines matérialistes et athées, dont l'apparition ouvrait l'ère philosophique de la révolution : de là à l'abîme il n'y avait plus qu'une étape à franchir.

L'esprit chrétien ne peut que s'incliner devant les redoutables vengeances de la justice

divine, quand il repasse ces pages douloureuses de notre histoire, où l'on voit la fille aînée de l'Église passer avec enthousiasme de la dépravation à l'incrédulité, et de l'incrédulité à la fureur. C'est que, dans le bien comme dans le mal, se trouve une logique irrésistible, et que l'homme ne subit jamais l'ascendant d'une passion violente sans en vouloir l'assouvissement, sans lui sacrifier toutes les puissances de son être. Si la foi agit, la passion opère.

La révolution procéda avec une infernale méthode; elle poursuivait la dissolution d'une société édifiée sur une base autoritaire, où Dieu était adoré, la royauté respectée, où l'unité était défendue par le rempart des associations chrétiennes ; le succès ne pouvait être obtenu par une guerre de front, immédiate, acharnée; comme prélude, on se contenta d'affaiblir, de désagréger, de miner avec persévérance, et, pour commencer, on se prit à nier Dieu, à outrager le sacerdoce, à encourager l'individualisme, à préconiser la jouissance et à montrer à l'horizon, comme un but suprême, la conquête de l'égalité et de la liberté. — Quand vint l'heure des revendications, on les formula avec des apparences de raison : nul doute, en effet, que la concentration excessive du pouvoir n'eût engendré de détestables abus, que les privilèges ne répugnassent aux moeurs nouvelles, comme à l'esprit de justice, et que le besoin de sérieuses réformes ne s'imposât au gouvernement. Les réformes furent acceptées, et des sacrifices généreusement consentis firent croire à la réconciliation de la nation. Louis XVI ne marchanda pas ; il espérait sauver la France à force de vertu et de dévoûment, et son âme de Bourbon songeait à peine à défendre la royauté contre les envahissements d'une révolution, qui affectait encore de vouloir être soumise et modérée. Bientôt, hélas! il devait apprendre que l'esprit du mal est insatiable, et que, les condescendances ont le triste sort d'éveiller tous les appétits, comme de déchaîner toutes les fureurs.

Après une halte hypocrite, la révolution reprit donc sa marche, décidée à régner sur des ruines et à ne pas laisser  pierre sur pierre de l'édifice, dont une science subtile avait préparé l'effondrement : son irrésistible amour de l'humanité ne pouvait, disait-elle, se contenter d'un demi-succès : elle irait jusqu'au bout, dût-elle, comme Saturne, dévorer ses propres enfants. Quelles que soient nos douleurs, en remuant ces cendres fumantes encore, il faut bien dire et dénoncer les attentats ; n'est-ce pas apprendre de quel côté doit se porter l'effort de la réparation ?

Le Dieu qu'on avait nié, et qui reparaissait quand même, était l'ennemi — Le but était de l'isoler du monde abusé par le mystère de la création : qu'importait que la puissance humaine échouât devant les cieux ? la terre pouvait du moins être émancipée, rendue à elle-même, à ses instincts et cesser d'être esclave.

Concéder l'existence d'un Etre suprême retranché dans les sphères les plus lointaines, supprimer la Providence, lui substituer la raison, souveraine, infaillible, tel fut le plan destructeur de la doctrine, tandis qu'une rage sans mesure s'acharnait à démolir et à jeter au vent tout ce qui était, ou pouvait passer pour une affirmation de l'autorité catholique. On avait dit : plus de Dieu ; on ne tarda pas à dire : plus de rois ; l'abaissement, où l'on avait réduit la couronne, conduisait logiquement à la destruction du trône.

Dès lors la révolution ne marche plus : elle déborde comme un fleuve sans digues et sans rives ; elle roule impétueuse et emporte tout. Et pour qu'un coup mortel soit porté aux institutions, pour que le souvenir s'en efface, pour que rien ne leur survive, les confiscations, la guillotine, les noyades, le régicide, la promiscuité deviennent aux mains de la république les moyens pratiques de mettre en honneur la déclaration des

droits de l'homme et la constitution civile du clergé. Enfin, quand la lassitude saisit les bourreaux, et qu'on fait halte, en  plein régime de Terreur, rien n'est plus debout, tout est à terre, ou dispersé dans le chaos et les forces éparses de la réaction ne peuvent même plus se rejoindre. Dieu n'habite plus ses temples déshonorés : la solitude seule venge ses autels des outrages commis au nom de la liberté ; son sanctuaire est dans la chaumière, sous la garde fidèle de quelques âmes, que les défaillances n'ont point atteintes.

La révolution est triomphante, et elle n'est pas satisfaite : elle atout détruit, elle n'a rien fondé, et la détresse universelle crie vengeance. Elle contemple son oeuvre, enveloppée dans une guenille de sang et d'opprobre, exaspérée par ses propres succès

et par les résistances vaincues. Alors elle se révolte contre elle-même, s'indigne de sa propre impuissance et, comme Judas, elle se suicide, en jetant à la France une malédiction, à Dieu un dernier blasphème, espérant du moins avoir à jamais dissous les liens de l'association monarchique et chrétienne.

Encore un mot sur la révolution, son origine, ses conséquences, sa place dans l'ordre providentiel, auquel l'esprit de soumission doit nécessairement rattacher les épisodes de la vie des peuples.

Il faut le reconnaître et le redire, avec une religieuse sincérité, lorsque la crise, préparée par l'invasion des doctrines nouvelles, sembla devoir se résoudre en réformes respectivement consenties, la société s'affaissait sur elle-même et tombait en décomposition ; l'essence de l'esprit chrétien, qui réside dans la pureté des moeurs, dans la charité, dans le sacrifice, ne vivifiait plus aucune de nos institutions ; la corruption était publique, effrontée ; les courtisanes, devenues des puissances accréditées, avaient asservi  et dégradé l'exercice de la souveraineté ; le clergé lui-même mêlé aux intrigues, sollicité par des préoccupations temporelles, n'était plus à Dieu sans partage : trop de vocations déterminées par la naissance, ou par la recherche des bénéfices avaient été pour le corps sacerdotal une cause d'abaissement, et il ne pouvait s'en relever que par la pratique du désintéressement et du dépouillement, l'amour exclusif de Dieu et des âmes. Si donc la réforme, qui avait son principe dans un mouvement légitime, au lieu de subir la pression de toute une pléiade de sectaires, eût été dominée par l'ascendant des idées chrétiennes, elle eût pu être une oeuvre de régénération ; la Providence l'eût bénie. Il n'en fut pas ainsi, parce que la France dût obéir à une loi d'ordre universel : elle penchait trop sensiblement vers le mal, pour retrouver son équilibre rompu:  le vertige de l'abîme l'attirait, son âme appartenait à l'idole qui avait empoisonné sa chair, et toutes ses forces énervées étaient en la puissance de l'ennemi. Ne nous étonnons pas de sa chute : l'expérience

et l'histoire sont d'accord pour nous convaincre que les réactions qui sauvent, ne sont jamais indépendantes d'une douleur ou d'une cruelle épreuve; nul ne se convertit dans la prospérité : la lumière ne jaillit de l'égarement et des ténèbres que par de terribles démonstrations. Les peuples, aussi bien que les individus, ne comprennent que les dures leçons de la flagellation, parce que la flagellation seule humilie l'orgueil et les présomptions, et fait apparaître, dans une irrémissible expiation, la justice et là volonté du Seigneur outragé.

Fallait-il cependant, nous dira-t-on, que le mal fût sans mesure, que tant de victimes innocentes fussent immolées par tant de coupables? Les mystères de la justice divine sont impénétrables : bien osé serait celui qui entreprendrait d'en sonder les profondeurs, et d'appliquer à ses miséricordes ou à ses colères les vues étroites de la justice humaine. Le crime est un mal que rien n'excuse, que nulle circonstance n'atténue, mais il est aussi, dans l'ensemble du plan providentiel, un instrument et un enseignement; Satan lui-même rend gloire à Dieu, car ses triomphes ne font que passer, et soulèvent des élans de repentir et d'adoration, qui sont le châtiment de ses victoires, des joies nouvelles pour le ciel, et la résurrection des nations.

Disons donc, avec une simplicité soumise, qui puisse aujourd'hui encore ajouter quelque chose au mérite de l'expiation : le châtiment marque le juste niveau du crime, mais quand un peuple survit aux catastrophes, c'est que son repentir est digne de pitié, et qu'une miséricorde infinie lui réserve des jours de grandeur et de paix...

 

Écu

 

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A LA FRANCE

LE RÉVEIL, LA RÉVOLUTION

ET L’ACHANGE SAINT MICHEL

 

Ecca nunc tsmpua acceptabila,

Ecce nunc die salutis.

 

 

 

 

III

MARIE.

 

Il est de l'essence de tout mouvement catholique d'être universel, c'est-à-dire de relever à un niveau supérieur tout ce qui touche à la religion et embrasse les rapports de la terre et du ciel. Et dans ce fait, que l'histoire de l'Eglise pourrait confirmer se trouve la preuve la plus éclatante du repos en Dieu de tout sainteté qui a subi l'épreuve de la création ou de la vie, comme du prestige dont la divinité se plaît à entourer ceux qu'elle élève aux sommets de la gloire. Ainsi quand le pécheur converti sait à la fois redoubler d'amour dans l'adoration et de vénération dans le culte des saints, la Providence accueille, avec une égale miséricorde, les hommages directs de la créature et ceux que lui transmettent les adorateurs de la cour céleste. Ainsi surtout Marie, reine du Ciel, nécessairement associée à tous les élans du repentir et de la prière, les portes, avec une maternelle tendresse, jusqu'au cœur ouvert de Jésus crucifié pour l'amour de l'humanité.

De quelles mortelles tristesses Marie n'avait-elle pas été la confidente? que de serments déposés à ses pieds, que de vœux offerts, que de couronnes promises pour prix de sa puissante intercession ! Cependant les flots de la dévastation montaient toujours et menaçaient d'envahir de nouvelles contrées. Un jour, au plus fort de la détresse, Dieu résolut de laisser tomber sur la France un regard de pitié, avec une parole de miséricorde, et, Marie en fut la messagère, en témoignage du crédit de ses supplications.

Ne dédaignant pas la forme sensible, elle descendit du ciel dans un flot de lumière, puis ouvrant les yeux à quelques enfants, dont la pureté et l'innocence avaient fixé son choix, elle se révéla rayonnante de grâces et de beauté, les bras ouverts et le sourire aux lèvres : Priez, mes enfants, leur dit-elle mon fils se laisse toucher; et pour que cette auguste consolation ne fût pas une parole fugitive et contestée, les nuages en gardèrent l'empreinte durant la mystérieuse apparition. Peu de temps après, les apaisements de la justice de Dieu se traduisaient par un armistice : la France allait subir les dures conditions du vainqueur, mais elle pourrait du moins entreprendre l'œuvre de sa réparation et de sa conversion, et acquitter la dette de sa reconnaissance.

Si l'histoire des cinq années qui nous séparent actuellement de l'apparition de Pontmain, n'offre, dans l'ordre politique, qu'une douloureuse intermittence de jours bons ou mauvais, d'espérances et de mécomptes, d'instincts généreux dé grandeur et d'abaissements inouïs, d'unions incohérentes, de luttes néfastes, de déchirements profonds et d'impuissance finale, il n'en est pas moins vrai que le catholicisme y occupe Une grande place, et que seul il y a droit à une monographie harmonieuse, consolante, qui se détache du tableau d'ensemble en un pur et délicat relief, précieux camée au milieu de pierres frustes, ou mal taillées. Sans doute la victoire n'est pas décisive, mais chaque jour quelque bataille a été gagnée, quelque point pris à l'ennemi

et courageusement occupé ; partout du moins, étouffant les cris de discorde et les clameurs des impies, a retenti ce vieux cri des Francs : Regnum Galliae, regnum Mariae.

Grâce à des élans irrésistibles, qui ont soulevé l'âme de la France, les triomphes de Marie ne se comptent plus : chacun  de ses sanctuaires a retrouvé ses traditions et rajeuni sa renommée; tous ont vu des foules immenses, recueillies, qui, sans souci des distances, des fatigues de la route, venaient implorer la guérison de la France et solliciter un miracle national ; et alors une voix qui ne trompe pas a dit dans la captivité, mais dans la plénitude d'une sublime intuition : Les pèlerinages la sauveront.

Etrange manifestation de la mobilité humaine et de la puissance suprême qui domine nos agitations, le moment où les royautés de la terre retiennent péniblement leurs couronnes amoindries, où elles consentent à les rendre plutôt que de les sanctifier, a été l'heure providentiellement choisie pour glorifier par cent couronnes l'immortelle auréole attachée par Dieu même au front majestueux de la Reine des cieux. Les trônes tremblent, les souverainetés s'abîment, ou se déshonorent ; Marie rayonne dans la gloire et son empire s'étend sur le monde.

Le grand nombre ne perçoit pas l'enseignement de ces éloquentes vicissitudes, car une clarté trop vive commence par éblouir l'œil qui dans les ténèbres s'est déshabitué de la lumière.

Qu'importe, le doigt de Dieu est là ; à travers les bourrasques de la tempête, il passe sur la France un souffle, qui vient du ciel, souffle embaumé de grâces et riche d'espérances : la foi l'a fait descendre : l'amour le retient, pour en faire la pure atmosphère de la régénération promise. L'heure n'est pas venue ; elle reste à Dieu, et le souffle passe encore avec le mystère qui l'enveloppe.

Qu'il nous suffise de constater et de proclamer hautement qu'une ligue sainte est formée, et que Notre-Dame de Pontmain, comme Notre-Dame de la Délivrance et Notre-Dame de Lourdes gardent la France malgré elle, et la retiennent aux bords d'un abîme.

France de Clovis, de saint Louis et de Jeanne d'Arc, réveille-toi ; brise les chaînes qui accablent tes membres meurtris ; sois chrétienne, comme aux jours de ta vocation. Le Sacré-Cœur est ouvert pour te recevoir dans sa miséricorde ; la croix se relève pour t'apprendre le prix de la souffrance et la voie de la rédemption, et Marie, toujours ta reine, t'attend aux pieds du Calvaire, avec le lis qu'elle t'a gardé.

 

IV

LA JUSTICE DE DIEU

DANS L’HISTOIRE DES PEUPLES.

 

Il serait peut-être d'un grand intérêt et d'un édifiant exemple de placer ici une notice distincte de toutes les oeuvres catholiques, de retracer leurs programmes, de définir leur but, et d'extraire des procès-verbaux des congrès un résumé synthétique des entreprises de l'esprit chrétien. Mais nos forces ne nous trahiraient-elles pas, et ne serions-nous pas inférieur à une tâche qui, en exigeant toutes les délicatesses du cœur, appelle sur elle, avec la chaleur apostolique, tous les rayonnements de la plus haute intelligence? Déjà n'avons-nous pas trop osé, en nous efforçant de découvrir et de mettre en lumière les sources vives où le catholicisme va puiser ses forces d'expansion et le mystérieux secret de ses victoires ? — Etions-nous digne de révéler le Sacré-Cœur à ceux qui l'ignorent, de déposer un baiser sur la croix, une couronne sur le front de Marie ? La foi, qui rend les âmes ingénieuses, la charité féconde et le monde meilleur, a des hardiesses que Dieu pardonne, des témérités qu'il bénit : que sont après tout les prodiges qui s'opèrent, s'ils ne sont pas le triomphe de la plus audacieuse humilité ? Il ne s'est pas fait de miracles, et cependant est-ce à une puissance de la terre, est-ce à un pouvoir humain qu'il a été donné de s'emparer d'un sol mouvant, sans cesse remué par un génie infernal, pour y jeter les premières assises d'un édifice impérissable et totalement chrétien ? Quand douze pêcheurs, se levant au milieu du paganisme, entreprirent d'enseigner l'Evangile aux nations, ils ne comptaient que sur la puissance qui les envoyait. Quand, au milieu des ruines et des corruptions de notre siècle, ont apparu de nouveaux apôtres, décidés à relever la croix, ils n'avaient d'espérance que dans les souvenirs de Génésareth. L'histoire ne saurait tromper ceux qui l'interrogent avec une intelligence sincère et soumise et ne la prennent ni pour la victoire de la fatalité, ni pour une succession de faits reliés entre eux par de simples rapports chronologiques. L'histoire est la loi de Dieu écrite dans la vie des peuples, car leur grandeur ou leur décadence ne s'explique que par l'élévation, ou l'abaissement des âmes. Pour juger les temps, il faut les considérer d'en haut, projeter les regards en avant, et chercher la lumière aux horizons. Çà et là, comme pour contredire les immortelles vérités, çà et là apparaissent des fortunes rapides, des grandeurs d'emprunt, des prospérités inouïes, véritables épopées de l'usurpation et du crime; mais attendez, la page a un revers, et sans aller plus loin, vous y trouverez le déclin, le châtiment, la confusion poussés jusqu'à l'anéantissement : d'Austerlitz à Sainte-Hélène est-il devant Dieu plus d'une minute de l'éternité ?

Tout ce que les siècles ont produit de majestueux et de durable, s'est fortifié par l'épreuve, a passé par le creuset de la souffrance et de la persécution : plus que toute chose le christianisme l'atteste et le prouve; en devenant la suite et l'épanouissement de la tradition hébraïque, il a conquis le monde sur la volupté par une morale impitoyable dans ses sévérités ; le sang de ses martyrs et de ses confesseurs a submergé les trônes des bourreaux, et ceux-ci ont fini par l'embrasser, ou par tomber des sommets, d'où ils ne savaient que maudire. Partout des jours de gloire ont suivi de près ceux de ses douleurs, car il ne règne que par la croix, et quand la croix s'éloigne, il s'alanguit dans la corruption du monde.

La France est née du christianisme ; elle en a partagé les vicissitudes : c'est sur le paganisme autant que sur la barbarie qu'elle a conquis sa place à l'avant-garde de l'Europe. La fidélité à l'Église est la meilleure et la plus constante de ses gloires : c'est par la foi qu'elle a rayonné sur le inonde et accompli sa mission, et quand on jette les yeux sur ses jours de grande renommée, qu'y trouve-t-on, si ce ne sont toutes les splendeurs du génie chrétien? Nous les cherchons en vain dans ces périodes d'anarchie, qui ne se multiplient, hélas ! que pour nous faire déchoir davantage.

Qui songeait cependant à ces vérités, quand la France, ivre de prospérités, blasée par les jouissances, éprise des hardiesses du crédit, se livrait et s'abandonnait tout entière aux puissances de la révolution ? Qui se souciait alors de la miséricorde divine, préparant pour les jours de deuil le refuge de deux grands dogmes réparateurs ? O sublime contradiction des présomptions» humaines et de la toute-puissance des cieux ! Quand la France, convoquée dans ses comices, s'imagine avoir fondé une dynastie sur le roc plébiscitaire, la dynastie disparaît, emportée par six semaines de campagne et par les fureurs populaires : et en même temps le Saint Pontife que tout abandonne, excepté Dieu, que sa fille bien-aimée a trahi, que d'autres enfants ont dépouillé de son dernier lambeau, isolé de son dernier soldat, poursuit dans la captivité une inénarrable carrière, juge, bénit, condamne, excommunie, foudroie dans la plénitude

du droit et de l'autorité souveraine! Prodige plus merveilleux, seul des successeurs de Pierre, le faible Pie IX, le miraculé de Marie, a accompli et dépassé les jours qu'une

tradition expresse, consacrée par la liturgie même, refusait à tous les vicaires de Jésus-Christ.

Plus les douleurs l'accablent, plus les années passent légères sur sa tête auguste : n'est-ce point encore là un des triomphes de la croix et de l'humilité la plus sanctifiée?

Il a donc fallu que la France eût son calvaire pour qu'elle entrevît l'abîme creusé par ses propres mains et dont la profondeur ne se mesurait plus. Tout présageait une catastrophe irrémédiable, et le schisme pouvait devenir son sépulcre, quand l'ange qui veillait sur elle la fit digne de la rédemption par l'adversité et la souffrance. Sedan fut pour Dieu la revanche de Castel-Fidardo, pour enseigner au monde que la justice et la patience sont inséparables de l'éternité, pour conjurer un dernier malheur et ouvrir les voies de la réparation.

Les dynasties disparaissent, les pouvoirs se succèdent aussi vains qu'impuissants, parce qu'ils s'efforcent de s'adapter aux erreurs dominantes ; ils surgissent dans l'orgueil ; ils s'abîment bientôt dans leurs propres faiblesses, et si la France, la plus belle oeuvre des siècles, n'est pas emportée par le torrent, c'est qu'il y a clans son âme un reste de chaleur chrétienne, c'est que l'univers enrichi par les miracles de sa charité demande pitié pour elle, et que la Providence entretient et bénit au fond de sa conscience une étincelle de feu sacré.

Voilà ce qu'apprend l'histoire envisagée dans ses plus nobles perspectives et considérée comme le livre des justices du temps.

Lorsqu'au dernier jour, les vivants et les ressuscités comparaitront au tribunal de Dieu, les nations auront cessé d'être, et il n'y aura plus que deux grands peuples de damnés et d'élus. —-

Que faut-il de plus pour conclure que les temps sont réservés à la récompense ou à l'expiation des nations, comme de tout ce qui reste et meurt au seuil de l'éternité ?

Il fallait dire ces choses, pour relever la confiance, ranimer les courages et remettre quelque ordre dans la confusion des idées, et le trouble des intelligences. La France a été châtiée parce qu'elle avait mérité l'épreuve ; de l'épreuve a jailli un trait de feu et de lumière : il ne s'éteindra pas dans nos mains.

Et maintenant, sans descendre dans les détails, sans soulever indiscrètement les voiles qui dérobent aux profanes les plus délicieuses merveilles de la piété et du sacrifice, nous allons jeter sur le passé un regard rapide, pour lui demander le grand moyen de la régénération nationale : aucune oeuvre ne naît et ne vit que selon la règle d'une constitution providentielle qui est comme le berceau du monde et des peuples : aussi bien demeure-t-elle la voie de la réparation et du salut...

 

Écu


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A LA FRANCE

LE RÉVEIL, LA RÉVOLUTION

ET L’ACHANGE SAINT MICHEL

 

Ecca nunc tsmpua acceptabila,

Ecce nunc die salutis.

 

PRÉFACE

 

Il existe, de nos jours, une foule de gens, dont le moindre souci est de chercher la vérité, de placer à son rang l'action providentielle qui domine le monde, et dont le patriotisme, si pompeux qu'il soit, s'accommode de tous les événements.

Ils aiment la France en philosophes, en devins présomptueux, et plutôt que de se réjouir de la réaction chrétienne qui la relève de ses défaillances, et lui prépare un avenir, ils affirment, avec une imperturbable assurance, que la France peut disparaître, comme ont disparu les empires d'Alexandre et d'Auguste, et comme, dans les temps modernes, a disparu l'infortunée Pologne : peu s'en faut qu'ils ne prédisent les échéances de la destruction.

Un tel empirisme n'est pas seulement un outrage à Dieu ; il est la parodie de l'histoire, et la négation la plus effrontée de l'immortelle vocation de la France, vocation que l'esprit le plus subtile ne saurait attribuer ni à la Perse antique, ni à la Rome païenne, ni même à la catholique Pologne.

Depuis un siècle la révolution nous déchire, et malgré ses efforts désespérés, son génie destructeur n'est point parvenu à tarir cette sève religieuse et catholique, qui n'avait cessé d'être le principe de notre élévation, la source de toutes nos grandeurs.

Elle seule nous a préservés d'une chute irrémédiable ; et quand elle circule plus active dans nos veines ulcérées, quand elle rappelle la chaleur dans toutes les parties de notre être, c'est que la régénération s'opère, et qu'une renaissance nouvelle nous sera accordée.

Il faut constater le réveil pour qu'il se généralise et s'étende, par le fait d'une émulation ardente et généreuse.

Il faut montrer l'ennemi dans sa puissance, comme dans sa corruption, dans ses ressources, dans ses moyens, dans son but, dans ses oeuvres, comme dans ses opprobres et dans sa stérilité finale.

Il faut faire apparaître, au milieu de tant de vicissitudes, la justice et la clémence du Seigneur, découvrir les grâces qu'il répand, les bénédictions qu'il promet.

Il faut parler du Sacré-Cœur, attendri par la sincérité des repentirs et par les élans de nos invocations ; de la Croix, qui nous convie à la paix dans la fraternité chrétienne ; de l'archange saint Michel, qui poursuit sur la terre la révolution tombée du ciel avec les anges de ténèbres, qui pendant huit siècles combattit à nos côtés, toujours associé à la fortune de la France, toujours fidèle à son étendard, parfois visible aux premiers rangs de ses bataillons, puis brusquement séparé d'elle par un retour offensif de la puissance diabolique.

Il faut saluer enfin le retour à la tradition chrétienne, au pèlerinage du mont Saint-Michel, après une période où les douleurs ne s'expliquent que par les délaissements, l'épreuve que par la loi nécessaire de l'expiation ; il faut acclamer le vénéré Pie IX, le pasteur infaillible, et faire de la couronne que, par nos mains, il décerne à l'archange invincible, un gage d'espérance et de victoire.

Que la Providence nous permette d'implorer à genoux et dans la plus profonde humilité, cette bénédiction qui seule peut sanctifier l'œuvre de sa créature, lui valoir quelque mérite devant les cieux, quelque crédit sur l'esprit des hommes ! !

Pendant que la France subissait l'impitoyable épreuve d'une guerre sans merci, pendant que s'effondraient une à une les décevantes illusions entretenues par un régime qui avait empoisonné la fibre nationale, il y avait des âmes qui priaient et qui s'immolaient ; un souffle de grâces avait passé sur elles, et elles pressentaient que si des sacrifices de sang ne pouvaient, à l'heure présente, conjurer l'abaissement et la ruine, il viendrait un jour où l'alliance de la prière et de la pénitence accomplirait le prodige vainement espéré de nos armes émoussées. Tout cela se passait dans un mystérieux silence et Dieu écoulait, sans se lasser encore de frapper et de punir. Nul ne saurait définir le phénomène étrange qui s'opéra alors au fond des cœurs qui savaient aimer autre chose que l'or et la pourpre, et que la contagion avait respectés ? qu'il nous suffise de savoir que les désastres de la patrie apparurent à des âmes d'élite comme les signes de justice terrible et miséricordieuse à la fois, et qu'ils préparèrent la levée d'une milice chrétienne, milice d'apôtres et de héros, qui devaient relever la France mutilée, lui révéler l'expiation, lui parler de la foi perdue et l'obliger du moins à être, au milieu de l'égarement universel, la meilleure et la plus constante consolation de toutes les douleurs de l'Eglise. Le jour où elle avait déserté son poste et failli à sa mission, son territoire avait été envahi, et l'armée, qui avait cessé de protéger le Vatican, n'était-elle pas celle-là même, qu'une retraite précipitée avait rejetée sur Paris, sur Paris qui devait à son tour courber son front impie et capituler sans grandeur?

En attendant un retour de fortune, rien ne pouvait mieux qu'une religieuse fidélité honorer cette patrie parjure ; rien ne pouvait  non plus lui mériter plus sûrement la force de revendiquer son droit inamissible et ses prérogatives délaissées. Le soldat désarmé, qui reste à son rang et garde la consigne, est un noble vaincu que protège l'honneur et qu'attend la victoire.

L'histoire de revers si inouïs se lie donc étroitement à celle d'un réveil chrétien ; et quand la guerre civile, plus terrible que la guerre étrangère, eut achevé de démontrer, à la sinistre clarté du pétrole, à l'école du meurtre et par un nouveau massacre des innocents, tout ce qu'il y avait de perversité et d'égarement dans les masses ignorantes et corrompues, les soldats du Christ se montrèrent. Ils étaient encore peu nombreux, mais ils avaient déjà pour eux la résolution et le courage : ils ne venaient pas maudire ; ils venaient arborer sur des ruines l'étendard de vérité ; ils venaient enseigner des pauvres, apaiser les passions, parler de rédemption et de salut : la charité seule faisait leur cortège; leurs armes étaient simples, sublimes par leur origine, puissantes par leur attache divine : c'était le Sacré-Coeur et la Croix.

 

I

LE SACRÉ-COEUR.

 

Le Sacré-Cœur reparaissait ainsi, après un silence de deux siècles, comme un trésor perdu et retrouvé, comme une nécessité proclamée par des voix secrètes, comme la dévotion salutaire à laquelle la France emprunterait la force de sa régénération. Pour la première fois aussi on se ressouvenait que le Christ, se révélant à la bienheureuse Marguerite-Marie, lui avait montré son cœur ouvert, déchiré, saignant, comme la source de toutes grâces et de toutes miséricordes. On sentait que le mépris et l'ingratitude avaient un pardon à mériter, et que l'amour ne demandait qu'à se répandre, à tenir les promesses qu'un pouvoir orgueilleux avait dédaignées et qu'une grande âme se tenait prête à invoquer. Alors encore il revenait à la mémoire des plus oublieux de nos tristesses nationales que Louis XVI, au Temple, détestant ses faiblesses, avait juré de les expier par la consécration publique de la France au cœur sacré de Jésus crucifié. — L'échafaud avait étouffé son serment; il s'agissait de le reprendre, et en effet il avait été repris par quelques âmes héroïques.

Sans cesse en prière, pendant que la cité coupable s'étonnait des horreurs du siège, elles s'étaient offertes pour être le prix de la délivrance, et, renouvelant le serment du roi martyr, elles avaient promis au Seigneur un autel d'expiation, un temple votif, au frontispice duquel la France écrirait : Sacratissimo Jesu cordi Gallia poenitens et devota, « au très-sacré cœur de Jésus le repentir et l'amour de la France. »

L'avenir de cette grande pensée n'est plus à discuter : vulgarisée par la subite renaissance du pèlerinage de Paray-le-Monial, reprise par l'Eglise elle-même, elle a grandit sous les plus augustes bénédictions; puis elle a fait son chemin à travers les mondes, portée d'un pôle à l'autre, de l'orient au couchant, par la parole retentissante du pape infaillible. Le 16 juin dernier, date à jamais ineffaçable, l'univers catholique s'est prosterné et a prononcé les paroles solennelles de sa consécration au cœur divin que Marguerite-Marie avait connu et glorifié, qui avait reçu le serment de Louis XVI, et qui attendait, dans la gloire des cieux, les soupirs et les espérances de l'humanité. Au même jour, au sommet des Buttes-Montmartre, on a vu une foule émue, et le cardinal-archevêque de Paris accomplir ensemble les premières promesses de la foi jurée : sur la place du crime purifiée de ses souillures a été posée et bénie la pierre angulaire du Temple, et maintenant il ne reste plus à la France qu'à reprendre la parole sous les voûtes du sanctuaire et à consommer, à la face du ciel et de la terre, le dernier acte de l'oblation.

Nous avons tous salué l'aurore de l'empire du Sacré-Cœur : «il règne désormais sur nos âmes ; il doit aussi gouverner le monde, mais son triomphe ne sera complet que quand nous l'aurons mérité par plus de sacrifices et plus de souffrances : les miséricordes du Christ éternel sont le juste prix de la persévérance humaine.»

 

II.

LA CROIX.

 

Le saint amour, en reprenant possession des âmes, ne pouvait manquer d'y jeter de vives ardeurs et par-dessus tout celles de la charité : le châtiment et la souffrance avaient provoqué le rayonnement de la lumière ; les cœurs glacés s'étaient réchauffés,

la foi les animait, ils palpitaient impatients de la confesser publiquement. Tout à coup le voile que l'on avait jeté depuis longtemps sur les plus profonds abîmes, vint à se déchirer, et les plus sanglants opprobres eurent le triste honneur de compléter la révélation ; le doute n'était plus permis, la foi renaissait au milieu d'un peuple dépravé par l'ignorance et par l'exaltation des passions sauvages; elle renaissait donc pour le convertir.

Pourquoi, en effet, ce peuple en délire avait-il déclaré à Dieu une guerre sacrilège? Pourquoi, sous les regards triomphants des Germains, qu'il n'avait pas su vaincre, avait-il osé prétendre qu'il aurait meilleur marché de la Providence, qu'il saurait bien, détruire ses œuvres, anéantir le sacerdoce, et sur un amas de ruines édifier un gouvernement sans Dieu, où la famille serait sans droits, la propriété sans lois? L'entreprise avait échoué, mais l'enseignement restait, et il fallait se demander pourquoi tant de forfaits étaient venus s'ajouter au deuil de la patrie?

C'est qu'une corruption habile, insinuante, avait profité des épanouissements malsains de la richesse et de toutes les tentations de la fortune pour dégrader les âmes, raccourcir les horizons de la pensée, et remplir le cœur de criminels amours. C'est que les adeptes d'une science nouvelle, aussi vaine qu'insolente, avaient contredit le dogme de la création, détruit jusqu'à la notion de l'immortalité, déifié les appétits et fait de la jouissance le dernier mot de l'existence humaine. A ces créatures rachetées, comme nous, par le sang du Christ, il fallait montrer le calvaire, le calvaire d'où Jésus mourant donna à l'humanité entière le baiser de la réconciliation et de la paix, aux pieds duquel le double mystère de la rédemption et de l'adoption réunit tous les hommes dans la fraternité chrétienne, dans la paternité divine, dans un droit égal à l'éternelle justice.

Ce fut donc l'heure choisie et déjà bénie, où des hommes, que nous appellerons des héros, saisirent la croix d'une main vaillante et vinrent la planter fièrement au foyer même de la haine et des blasphèmes. Ne vous plaignez pas, dirent-ils, vous qui souffrez, vous qui avez faim et soif, parce que le royaume de Dieu est à vous et que la résignation dans la souffrance a des promesses augustes de consolation. En attendant, puisez dans les trésors de notre charité ; elle aussi aura des paroles de consolation et ne vous refusera rien de ce que vous demanderez au nom de Dieu; gardez cette croix, comme le signe de la nouvelle alliance, et rappelez-vous que, dans un jour de bataille où des troupes païennes étaient menacées d'une déroute, le Seigneur, montrant la croix à leur chef, prononça ces quatre mots prophétiques : In hoc signo vinces, c'est par ce signe que tu vaincras ; et le même jour donnait bientôt à Dieu des légions chrétiennes, aux armées les gloires du triomphe. La victoire, c'est le salut à tous, mérité par l'adoration, la soumission, le respect de la famille. La victoire, c'est la France unie, laborieuse, catholique, digne de ses vieilles gloires, réconciliée avec son génie. Désormais, grâce à ces sublimes dévouements, il est partout des ouvriers qui se réunissent pour prier, qui se signent avec foi ; ils ont retrouvé, avec le repos du dimanche et les joies du foyer, toutes les espérances perdues, car ils savent que le travail est la grande sanctification de l'humanité, et que toute souffrance acceptée pour Dieu est un mérite pour l'éternité. Vous qui passez devant ces asiles, avec un orgueilleux mépris, jetez les yeux sur nos enseignes, et dites-nous ce que vous offrez de meilleur à ces déshérités, que nous appelons nos frères et auxquels nous ne promettons qu'une chose, qu'une seule : le ciel...

 

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LÉGENDAIRE DE LA

NOBLESSE DE FRANCE.

PAR LE COMTE

O. DE BESSAS DE LA MÉGIE

 

DEVISES DE CERTAINES DES VILLES DE FRANCE.

BARLEDUC

BAR-LE-DUC : Plus penser que dire. Parti au premier d’azur, semé de croix recroisetées au pied fiché d’or, à deux bars adossés de même, brochant sur le tout ; qui est de Bar ; Au second d’argent, à trois pensées, feuillées et tigées et naturel, posées 2 et 1 ; qui est de la ville.besancon.gif

BESANÇON. — Première devise : Utinam! — Plût à Dieu ! — Deuxième devise : Deo et Coesari fidelis perpetuo. — Toujours fidèle à Dieu et à César. — Armes : D'or à l'aigle éployée de sable entre deux colonnes du même. — L'archevêché de Besançon avait déjà une aigle dans son blason, lorsque l'empereur Charles-Quint, en 1526, octroya à la ville le droit de battre monnaie, et lui donna en même temps pour armoiries l'aigle impériale entre deux colonnes (allusion aux colonnes d'Hercule que ce prince avait adoptées pour emblème), avec cette légende : Plus ultrà. —Plus loin.

bla-bordeaux-02.jpg 

BORDEAUX. — Lilia sola regunt lunam, undas, castra, leonem. — Les lis seuls régissent la lune, les ondes, les camps, le lion. — Armes : De gueules au château d'argent, sommé d'un lion léopardé d'or et au croissant d'argent en pointe au chef cousu d'azur semé de fleurs de lis d'or.

200px-Blason ville fr Le Boulou (Pyrénées-Orientales).svg BOULOU (LE). — La villa del volo. — La villa de l'oiseau. — Armes : D'argent à une fleur de lis d'azur en chef et à un vol abaissé de sable.

 bourges

BOURGES. — Summa imperiipenes Bituriges. —Le souverain empire est au pouvoir des Bituriges. — Armes : D'azur à trois moutons passants d'argent, accornés de sable, accolés de gueules et clarinés d'or, à la bordure engrelée de gueules. — Bourges était la

ville la plus importante des Gaules.

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LÉGENDAIRE DE LA

NOBLESSE DE FRANCE.

PAR LE COMTE

O. DE BESSAS DE LA MÉGIE

 

DEVISES DE CERTAINES DES VILLES DE FRANCE.

 

abbeville

ABBEVILLE.Semper fidelis. — Toujours fidèle. —(Devise donnée à la ville d'Abbeville par le roi Charles V). — Armes : D'or, à trois bandes d'azur à la bordure de gueules. agen

AGEN.Nisi Dominus custodierit. — A moins que le Seigneur ne la garde. — Armes : Parti : au premier de gueules à l'aigle au vol abaissé d'argent, tenant dans ses serres une légende où est écrit : Agen, en lettres de sable; au deuxième de gueules à la tour d'or crénelée de quatre pièces, ouverte et maçonnée de sable, sommée de trois tourelles couvertes en clocher, girouettées d'or. albi

ALBI.Stat baculus, vigilatque leo, turresque tuetur. — Le bâton est droit, le lion veille et garde les tours. — Armes : De gueules, à la croix archiépiscopale d'or en pal, à la tour d'argent, crénelée de quatre pièces et ouverte de deux portes, les herses levées et au léopard du second émail, les pattes posées sur les quatre créneaux, brochant sur la croix, en chef dextre un soleil rayonnant d'or à senestre, une lune en décours d'argent. amiens

AMIENS.Liliis tenaci vimine jungor. — Je tiens aux lis par un osier solide. — Armes : De gueules à deux branches d'alisier entrelacées d'argent. blason-orleans-angouleme.gif

ANGOULÊME.Fortitudo mea civium fides. — Ma force est la foi des citoyens. — Armes : D'azur, semé de fleurs de lis d'or, à la bande componée d'argent et de gueules. Annonay

ANNONAY.Cives, semper cives. — Citoyens, toujours citoyens. — Armes : Échiqueté d'or et de gueules. arles

ARLES. — Première devise : Ab irâ leonis. — De la colère du lion. — Deuxième devise : Alma leonis uri Arelatensis hostibus est nisi. — La mère du lion furieux est une mère pour tous, fors ses ennemis. — Troisième devise : Ab irâ leonis hostibus hostis et ensis. — Par la colère du lion elle est pour ses ennemis un ennemi et une épée. — Armes : D'argent, au lion accroupi d'or, tenant la patte dextre levée. arras

ARRAS. — Par allusion à leurs armes, les habitants d'Arras, en 1640, avaient placé sur une porte de cette ville l'inscription suivante :

 

Quand les Français prendront Arras,

Les rats mangeront les chats.

 

Après la prise de la ville, on se contenta de retrancher le p de prendront, et le vers devint :

Quand les Français rendront Arras,

Les rats mangeront les chats.

 

Armes : D'azur à la fasce d'argent, chargée de trois rats de sable, accompagnée en chef d'une mitre d'or et en pointe de deux crosses de même, posées en sautoir. Avallon

AVALLON. — Première devise : Esto nobis, Domine, turris fortitudinis. — Sois nous, Seigneur, une tour inexpugnable. — Deuxième devise : Turris Avallonis. — Tour d'Avallon. — Armes : D'azur à une tour d'argent maçonnée de sable. AVIGNON

AVIGNON. — Unguibus et rostro. — Avec les ongles et le bec. — Armes : De gueules à trois clefs d'or posées en fasce. Support: deux aigles.

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chateau chantilly panoramique 1

CHÂTEAU DE CHANTILLY.

PAR LOUIS TARSOT.

 

DESCRIPTION


 Lorsqu'on arrive à Chantilly, les écuries frappent d'abord les regards, un peu au détriment du château. Leur immense façade, le pavillon central, avec sa coupole, son portique, son fronton aux superbes reliefs; la rotonde aux proportions romaines, appelleraient un monument comme le Louvre ou Versailles. L'intérieur du palais équestre est en tout digne du dehors.

 

Les-Palais-de-Fontainebleau--Chantilly._02-002.jpgGALERIE DES CERFS.


 C'est une énorme galerie voûtée, haute comme une cathédrale, coupée par un dôme massif sous lequel se dressent de riches trophées de chasse, puissamment sculptés dans la pierre et rehaussés de couleurs d'un effet original.

Des bassins, alimentés par des eaux jaillissantes, en garnissent la base. Cent soixante-dix chevaux peuvent s'aligner à l'aise dans les stalles ménagées sur deux rangs dans les deux ailes. La rotonde, dont nous avons parlé plus haut, forme un manège découvert peut-être unique au monde.

Vers l'extrémité des écuries, la pelouse des courses s'incline subitement jusqu'au canal, qui la sépare du château et du parc. Un pont jeté sur ce canal conduit à une grille flanquée de deux pavillons du dix-septième siècle. A gauche s'élèvent le Châtelet et le château neuf; à droite, sur une terrasse, le château d'Enghien; en face, une rampe en pente douce aboutit à une plate-forme au milieu de laquelle se dresse la statue du connétable Anne de Montmorency, par Paul Dubois.

Un pont relie cette plate-forme a l'entrée du château.

Cette entrée est formée d'une galerie à jour avec portique central surmonté d'un dôme, orné d'écussons, de vases et de lions sculptés. A gauche se dresse la chapelle, délicieux édifice inspiré par les monuments analogues du seizième siècle, couronné de fines plomberies dorées et d'une statue de saint Louis, et qui doit au château d'Ecouen ses merveilleux vitraux, son autel et ses délicates boiseries. Un cippe, placé derrière l'autel, renferme les coeurs des princes de Condé.

Au fond de la cour d'honneur, d'aspect très élégant, un vestibule conduit au grand escalier, de forme elliptique, dont la magnifique rampe en fer forgé, œuvre des frères Moreau, rappelle les meilleurs morceaux des maîtres français du siècle dernier. Par cet escalier on accède aux appartements du Châtelet, au salon des Chasses, à la bibliothèque, aux boudoirs décorés de peintures, souvent reproduites, représentant des scènes de genre, dont les rôles sont joués par des singes et des guenons, galamment costumés en marquis et en marquises. Viennent ensuite les appartements du duc d'Aumale et la belle galerie où le prince de Condé avait fait retracer ses hauts faits. C'est dans le Châtelet que se trouve le trophée de Rocroy, glorieux faisceau de drapeaux auquel le duc d'Aumale a ménagé une place d'honneur.

En haut du grand escalier, un perron  intérieur donne accès dans la galerie des Cerfs, tendue de tapisseries des Gobelins qui reproduisent la série des chasses de l'empereur Maximilien. Baudry a peint dans cette galerie quelques dessus de portes et un remarquable saint Hubert. C'est encore à Baudry que  l'on doit les compositions de la rotonde qui termine la galerie de peinture.

Une série de cinq salles renferme les trésors artistiques de Chantilly, tableaux, dessins et estampes. Il y a dans la collection des morceaux de premier ordre : deux Raphaël: la Vierge d' Orléans et les Trois Grâces; deux Poussin: le Massacre des Innocents et Thésée retrouvant le corps de son père. Signalons encore : le Songe de Vénus, par Antoine Carrache; les Foscari, de Delacroix, et la Stratonice, d'Ingres. Il faudrait citer tout le catalogue. C'est la plus belle collection particulière qui soit en France. Ne la quittons pas sans admirer les vitraux qui décorent la galerie de Psyché. Ils étaient autrefois au château d'Ecouen, et Raphaël en a dessiné les cartons. Les sujets sont tous empruntés à la fable de Psyché.

Revenons à la plate-forme du Connétable et descendons aux jardins par ces vastes escaliers ornés de niches, de statues et de vasques où l'eau ruisselle la nuit et le jour. Devant nous s'étend, avec ses blanches statues et ses bassins d'eau vive, le parterre, encadré de deux allées de platanes; plus loin, la pelouse du Vertugadin, dominée par une statue équestre du grand Condé. A gauche, le jardin anglais attire les promeneurs par ses vastes prairies coupée  de nappes d'eau et semées de grands arbres; à droite, l'enclos du Hameau présente un dédale de sentiers et de ruisseaux perdus dans le feuillage, au milieu duquel se cachent les chaumières d'un village d'opéra comique; le long de cet enclos, derrière le château d'Enghien, le parc de Sylvie ouvre ses allées aux parois rectilignes, taillées à même le taillis et tapissées d'une mousse épaisse, où des troupes de paons familiers laissent nonchalamment traîner leurs queues éblouissantes. Versailles seul, en France, surpasse cette harmonieuse agglomération de jardins, de bosquets et de parterres.

 Les-Palais-de-Fontainebleau--Chantilly._06.jpg

   CHATEAU DE LA REINE BLANCHE.


 Une vaste forêt enveloppe ce parc digne d'une maison royale. Elle est parfaitement aménagée pour la chasse et commode pour la promenade. Douze allées aboutissent au carrefour central. Tout auprès, au fond d'un étroit vallon dominé par de belles futaies de hêtres et de chênes et par le viaduc du chemin de fer, les étangs de Comelle étalent leur nappe sinueuse, coupée de chaussées aux talus verdoyants. Sur l'une de ces chaussées s'élève le château de la reine Blanche de Navarre, femme de Philippe de Valois. Ces étangs, ce château et les bois qui les enserrent forment un site fait à souhait pour le plaisir des yeux. Les grandes chasses s'encadrent à merveille dans ce décor romantique. Lorsqu'au temps du grand Condé Louis XIV courut le cerf au clair de lune, au bord des étangs de Comelle, ne dut-il pas garder de cette nuit un vif et charmant souvenir ?

 

FIN.

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CHÂTEAU DE CHANTILLY

PAR LOUIS TARSOT.

DEUXIÈME EXTRAIT.

Les Palais de Fontainebleau, Chantilly. 04

CHÂTEAU DE CHANTILLY. VU DU PARC.

C'est ce que le duc d'Aumale a voulu rappeler en plaçant leurs statues dans Je parterre, entre autres celles de La Bruyère et de Bossuet. Tous les deux, en effet, furent des familiers de la maison de Condé. Le premier, précepteur du fils aîné du prince, passa de longues années dans la familiarité du maître, heureux d'observer de ses yeux perçants le défilé des courtisans et des gens de lettres,  de saisir leurs ridicules et leurs secrets intérêts, d'épier sur leurs visages la joie, la crainte, l'envie, enfin de découvrir les hommes réels sous les masques des acteurs qui paradaient devant lui. C'est a Chantilly qu'est né le livre immortel des Caractères.

Bossuet venait souvent visiter à Chantilly La Bruyère, son ami, et le grand Condé retenait volontiers l'illustre prélat. De longues causeries s'engageaient sous l'ombrage des quinconces, et les plus hautes questions de la littérature, de la philosophie et de la religion étaient abordées tour à tour. « On voyait, dit Bossuet dans son oraison funèbre, le grand Condé à Chantilly comme à la tête de ses armées, toujours grand dans l'action et dans le repos. On le voyait s'entretenir avec ses amis, dans ces superbes allées, au bruit de ces eaux jaillissantes qui ne se taisaient ni jour ni nuit. » Parfois Racine et Boileau venaient se mêler à ces entretiens et donner la repartie à La Bruyère. Dès longtemps, ces deux écrivains étaient les protégés de Condé. Lorsqu'après la représentation de Phèdre, le grand tragique avait failli être, ainsi que Boileau, la victime d'une cabale puissante, Monsieur le prince s'était déclaré « prêt à venger comme siennes les insultes qu'on s'aviserait de faire à deux hommes d'esprit qu'il aimait et prenait sous sa protection ». Et ces deux hommes d'esprit lui en avaient gardé une profonde reconnaissance. Boileau ne se lassait pas de célébrer

 

Condé, dont le seul nom fait tomber les murailles,

Force les escadrons et gagne les batailles.

 

Et lorsque Racine s’irritait contre ses détracteurs, il lui répondait que ses vers n'avaient rien à craindre de leurs critiques,

 

Pourvu qu'ils puissent plaire au plus puissant des rois,

Qu'à Chantilly Condé les souffre quelquefois.

 

L'éloge était aussi délicat pour le poète que pour le prince, aussi juste que délicat, quoique Boileau, dans les discussions littéraires, ne fût pas toujours de l'avis de Condé. On raconte même qu'en se promenant un jour dans le parc, le prince s'emporta contre le satirique, qui l'avait contredit avec obstination : « Désormais, Monseigneur, dit Boileau avec vivacité, je serai toujours de votre avis quand vous aurez tort. » Condé sourit. Il était désarmé. L'illustre capitaine meurt à Fontainebleau en 1686.

Son fils Henri-Jules établit définitivement à Chantilly la résidence de la famille. Il détruit le vieux château que son père avait conservé malgré ses apparences gothiques, et le remplace par un palais dont le plan reproduit d'ailleurs celui du vieil édifice. Il fait tout pour continuer les royales traditions du grand Condé, et quand il reçoit, en 1698, Louis XIV qui se rend au camp de Compiègne, il déploie une magnificence restée fameuse. Cependant il ne put soutenir le haut renom de Chantilly. C'était un prince instruit et spirituel, mais son humeur bizarre et brusque effrayait ses hôtes.

Louis-Henri de Bourbon, qui fut premier ministre immédiatement après la régence du duc d'Orléans, rendit au château tout son éclat. Il avait triplé la fortune des Condé en s'associant aux spéculations de Law, et tenait à Chantilly une cour digne d'un souverain, où régnait la célèbre marquise de Prie, sa maîtresse.

Ce prince avait le dessein de reconstruire le château sur un plan colossal, dont il n'a fait exécuter que ces écuries légendaires, incontestablement plus grandioses que celles des maisons royales. Lorsque le jeune roi Louis XV honora d'une visite son premier ministre, ne dut-il pas, en présence de ce luxe étonnant, éprouver ce sentiment de mauvaise humeur jadis ressenti à Vaux par Louis XIV, et qui précipita la chute de Fouquet? Quelques mois après, le duc de Bourbon était disgracié et consigné à Chantilly, où son exil n'eut d'ailleurs rien de bien pénible. Il y mourut en 1746. Louis-Joseph de Bourbon, son fils, continua de résider à Chantilly.

 

Les-Palais-de-Fontainebleau--Chantilly._01-001.jpg

ENTRÉE DES ÉCURIES

 

C'était un prince aimable, spirituel et brave. Louis XV et Louis XVI l'eurent en grande estime et virent sans déplaisir la cour dont il s'entourait à Chantilly rivaliser avec celle de Versailles pour la magnificence et le nombre. Sous lui s'élevèrent le château d'Enghien et un petit hameau dans le goût de celui de Trianon. Aucun prince étranger ne fût venu en France sans visiter le prince de Condé, et chaque visite était l'occasion de fêtes splendides. Ce n'étaient que chasses, festins, bals et comédies. Le théâtre de Chantilly était remarquable par son architecture et sa décoration. Le fond de la scène, en s'ouvrant à volonté, laissait voir une cascade naturelle ornée d'une figure de nymphe. Par un ingénieux appareil, on pouvait amener jusqu'à cette cascade huit nappes d'eau d'un effet magique qui, combinées avec les décors, produisaient une impression aussi agréable que surprenante.

Les rois de Danemark et de Suède, l'empereur Joseph II, le comte du Nord, depuis Paul Ier, vinrent tour à tour visiter Chantilly. D'après une tradition contestable, mais ancienne, le prince de Condé eut un soir la fantaisie d'offrir un souper au comte du Nord, sous la grande coupole des écuries, splendidement décorée et séparée des deux ailes par d'immenses draperies.

Au dessert, le prince de Condé demanda à son hôte où il croyait être: « Dans le plus somptueux salon de votre palais, » aurait répondu le comte. A ces mots les tapisseries s'écartèrent, et le futur czar aperçut avec stupéfaction les chevaux du prince dans leurs stalles indéfiniment alignées. Partout ailleurs qu'à Chantilly la plaisanterie eût été de mauvais goût. La Révolution fut impitoyable pour cette belle résidence.

Le grand château fut rasé; le parc transformé en terrains de rapport; les écuries reçurent un régiment de cavalerie. Un hasard inexplicable laissa subsister le château d'Enghien et le Châtelet, ce bijou de la Renaissance. Mais dans quel état les retrouva le

prince de Coudé lorsqu'il revint d'exil, après la chute de Napoléon! La reine Hortense, qui avait reçu Chantilly dans son apanage, n'y fit aucune réparation.

Pourtant le prince voulut, en souvenir du temps passé, recevoir dans son château l'empereur Alexandre. Quel contraste avec les fêtes données au comte du Nord!

Il pleuvait: le czar fut obligé de s'abriter sous un parapluie en parcourant les salles et les galeries du Châtelet. Le prince ordonna quelques travaux que son fils fit continuer après sa mort (1818). Le dernier des Condé, qui vivait retiré à Chantilly, restaura et agrandit le Châtelet, rétablit quelques parties des parterres et du parc, nettoya les canaux et construisit une terrasse sur les soubassements du grand château détruit. Chantilly était habitable quand il mourut, en 1830.

Son héritage entier échut au duc d'Aumale, fils du roi Louis-Philippe. Ce prince avait résolu de rendre à Chantilly sa primitive splendeur; mais la Révolution de 1848 ajourna la réalisation de ses projets. Ses biens furent confisqués en 1852, comme ceux de tous les membres de sa famille, et le domaine des Condé fut adjugé pour onze millions aux banquiers anglais Coutts et Cie. Enfin, par un décret rendu en 1872 par M. Thiers, sur l'invitation de l'Assemblée nationale, Chantilly a été rendu au duc d'Aumale. Depuis 1876, on a entrepris, non pas la restauration, mais la reconstruction de ce château célèbre. M. H. Daumet, architecte, membre de l'Institut, a élevé, sur le tracé même du manoir féodal, une délicieuse résidence qui, sauf quelques détails, supporte bien le voisinage du Châtelet de Jean Bullant. Le parc a retrouvé sa correction du grand siècle, ses fleurs et ses statues. N'avait-il pas gardé ses belles eaux et ses ombrages séculaires? Le Chantilly du duc d'Aumale  se présente aussi bien que celui des Condé. On ne saurait assez dignement apprécier la générosité du prince qui a fait don à l'Institut de France de ce magnifique palais et des incomparables collections artistiques et littéraires qu'il abrite...

 

À suivre...

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CHÄTEAU DE CHANTILLY. VUE GÉNÉRALE.

CHANTILLY

PAR LOUIS TARSOT.

HISTOIRE

 

Parmi les châteaux français qui n'ont point été bâtis ou possédés par nos rois, Chantilly se place au premier rang. Cette résidence a gardé à travers les siècles un renom de luxe princier et de noble hospitalité qui s'est perpétué jusqu'à nos jours, et que le dernier possesseur, le duc d'Aumale, s'est fait un devoir de justifier. Au dix-septième et au dix-huitième siècle, les familiers de la maison comparaient volontiers Chantilly à Versailles, et cette ambitieuse comparaison n'étonnait pas ceux qui  avaient eu l'honneur d'être les hôtes des princes de Condé.

Trois noms résument l'histoire du château de Chantilly : ceux du connétable de Montmorency, qui l'a transformé; du grand Condé, qui l'a rempli de sa gloire; du duc d'Aumale, qui l'a restauré. Et pourtant,

bien avant Anne de Montmorency, un manoir s'élevait au milieu des étangs alimentés par les eaux de la Nonette, et l'origine de ce manoir se perd dans la nuit du moyen âge. Il appartint tour à tour aux seigneurs de Senlis, aux familles de Laval et d'Orgemont.

C'était une place très forte qui subit plus d'une fois les assauts des Anglais et des Bourguignons, et quand à la fin du seizième siècle le mariage de Marguerite d'Orgemont avec Jean II de Montmorency la fit passer à de nouveaux maîtres, ses vieilles murailles portaient plus d'une noble cicatrice.

Les seigneurs de la maison de Montmorency ne paraissent pas s'être occupés particulièrement de Chantilly avant 1522, époque où le grand connétable fit ériger en châtellenie cette terre où il était né. En même temps, il transformait les cours et les appartements du vieux château, auquel il conserva extérieurement l'aspect d'une forteresse ; mais, le trouvant trop étroit, il fit bâtir par Jean Bullant le Châtelet, placé sur une île voisine et réuni par un pont-levis aux constructions primitives. Des bosquets et des parterres furent plantés et dessinés; les futaies de la forêt ouvrirent aux chasseurs des routes cavalières, et lorsque Charles-Quint, traversant la France, reçut la fastueuse hospitalité du connétable, il put lui dire sans flatterie que son château rivalisait, sinon pour la grandeur, du moins pour le luxe et les commodités, avec les plus belles habitations royales. Ce n'était pas un mince éloge dans la bouche d'un homme qui venait de visiter Chambord et Fontainebleau.

Pendant toute la fin du seizième siècle, Chantilly fut avec Écouen la résidence habituelle des ducs de  Montmorency. Le connétable, en disgrâce, l'habita souvent pendant les dernières années du règne de François Ier. Le dauphin, depuis Henri II, venait en secret demander des conseils à l'illustre exilé qui, vers la fin de sa vie, reçut dans ce même château le jeune roi Charles IX et la régente Catherine de Médicis.

 Ses fils François et Henri héritèrent de son affection pour Chantilly. Henri y donna de superbes fêtes à l'occasion d'une visite d'Henri IV, qui lui avait confié, en 1595, l'épée de connétable. En cette même année,  était né dans ce château le dernier duc de Montmorency, l'infortuné Henri, maréchal de France, qui osa se révolter contre Richelieu, et, vaincu à Castelnaudary, fut jugé et décapité à Toulouse en 1632.

Cette mort tragique fit passer le domaine de Chantilly entre les mains de Charlotte de Montmorency, soeur du maréchal et femme d'Henri II, prince de Condé. Cette princesse avait été d'une surprenante beauté, et cette beauté fit tant d'impression sur Henri IV que, pour préserver son honneur, le prince de Condé dut s'enfuir à Bruxelles avec sa femme.

Pendant plus de la moitié du dix-septième siècle, l'histoire de Chantilly ne se distingue pas de celle des autres résidences princières. Ce beau séjour voit arriver pendant les mois d'été les Montmorency ou, plus tard, les Condé, avec leur suite presque royale. On reçoit grande compagnie, on se promène dans les bosquets et les parterres, sur les canaux peuplés de carpes familières; on chasse surtout, car la chasse est le passetemps favori des grands seigneurs du temps. Mais à partir de 1632, le château prend une animation inaccoutumée. Une brillante jeunesse l'emplit de ses jeux et de ses éclats de rire. Les yeux sont éblouis par les grâces naissantes d'Anne-Geneviève de Bourbon, la future duchesse de Longueville. Le duc d'Enghien, qui sera bientôt le grand Condé, étonne par les brusques saillies de son esprit impétueux et prime-sautier.

La grande époque de Chantilly va commencer.

En 1646, le duc d'Enghien devient prince de Condé. Pendant les quatre années qui suivent, dans l'intervalle de ses victoires, il fait à Chantilly de fréquents séjours. Les familiers de l'hôtel de Rambouillet, les Voiture et les Sarrasin sont ses hôtes ordinaires; Mlle de Scudéry le peint avec complaisance sous les traits du grand Cyrus. Il aime d'un amour chevaleresque Mlle du Vigean, et cette noble fille, qui partage sa passion, s'enferme dans un cloître pour n'y pas succomber.

En ces courtes années, Chantilly apparaît comme le refuge du bel esprit et des sentiments délicats. Soudain la Fronde éclate.

 

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STATUE D’ANNE DE MONTMORENCY

PAR M.PAUL DUBOIS.

 

Condé s'y jette corps et âme à la suite de la duchesse de Longueville. En 1650, il est emprisonné à Vincennes; en 1653, il passe dans le camp des Espagnols. Chantilly ne le reverra plus avant une quinzaine d'années. 

Pendant ce temps, la cour paraît avoir considéré ce château comme une résidence royale. En 1656, Mazarin s'y installa pour attendre la reine Christine de Suède, qui allait à Compiègne visiter Anne d'Autriche et Louis XIV. Il dîna avec cette princesse. Le roi et Monsieur arrivèrent à Chantilly comme de simples particuliers. Mazarin les présenta à la reine comme deux gentilshommes des plus qualifiés de France.

Christine les reconnut pour avoir vu leurs portraits au Louvre, et répondit qu'ils lui paraissaient être nés pour porter des couronnes. Alors le roi, sans feindre plus longtemps, s'excusa de la recevoir trop simplement dans ses états. La reine de Suède le remercia et, ajoute Mme de Motteville, « le roi, quoique timide en ce temps-là, et nullement savant, s'accommoda si bien de cette princesse hardie, savante et fière, que, dès ce premier instant, ils demeurèrent ensemble avec agrément et liberté de part et d'autre ».

A sa rentrée en France, en 1660, après la paix des Pyrénées, Condé, encore suspect, est relégué dans son gouvernement de Bourgogne. Louis XIV veut tenir quelque temps loin de sa cour ce prince orgueilleux qui lui a disputé la couronne. Après la conquête de la Franche-Comté, il lui permet enfin le séjour de Chantilly. Condé, vieilli avant l'âge, revoit avec joie ces beaux lieux témoins des meilleurs jours de sa jeunesse.

Grâce à l'habile administration de son intendant Gourville, il peut désormais sortir sans trouver dans son antichambre une double haie de créanciers.

Il va jouir en paix de sa fortune et la consacrer avec amour aux embellissements de Chantilly. De son temps, les bâtiments du château ne reçoivent que d'insignifiantes modifications, toutes relatives à l'amélioration des dispositions intérieures. Il fait peindre cependant, dans une galerie du petit Châtelet, une suite de tableaux représentant les principales scènes de sa vie. Mais les jardins et les parterres sont l'objet de sa prédilection.

Louis XIV consent à prêter Le Nôtre pour les travaux de Chantilly. L'illustre jardinier combine un plan à la fois grandiose et original. Il transforme la terrasse qui réunit le château aux bosquets de Sylvie; il trace le vaste parterre orné de pièces d'eau qui s'étend jusqu'au grand canal de la Nonette, et, pour compléter la perspective, il dessine sur la colline opposée la belle pelouse du Vertugadin. C'est alors qu'on est en droit de comparer Chantilly à Versailles, encore inachevé, et dont les eaux, amenées à grand' peine de la Seine et de l'Eure, ne valent pas les belles sources qui alimentent le parc du grand Condé. Tous ces travaux sont exécutés en quelques années avec une rapidité merveilleuse, et, en 1671, Chantilly est tout prêt pour recevoir le grand roi.

A cette date, en effet, la réconciliation est complète entre Louis XIV et son cousin, jadis rebelle, devenu le plus fidèle des sujets et le plus soumis des courtisans. Pour la sceller, le roi consent à visiter Chantilly.

C'est toujours à Mmede Sévigné qu'il faut revenir pour les détails de cette réception fameuse. Dès le 17 avril, elle écrit à sa fille: « Jamais il ne s'est fait tant de dépenses au triomphe des empereurs qu'il n'y en aura là; rien ne coûte; on reçoit toutes les belles imaginations, sans regarder à l'argent. On croit que Monsieur le prince n'en sera pas quitte pour quarante mille écus ; il faut quatre repas; il y aura vingt-cinq tables servies à cinq services, sans compter une infinité d'autres qui surviendront : nourrir tout, c'est nourrir la France et la loger; tout est meublé; de petits endroits qui ne servaient qu'à mettre des arrosoirs deviennent des chambres de courtisans. Il y aura pour mille écus de jonquilles; jugez à proportion! »

Le 24 avril, la marquise reprend sa narration : « Le roi arriva hier au soir à Chantilly; il courut un cerf au clair de la lune; les lanternes firent des merveilles; le feu d'artifice fut un peu effacé par la clarté de notre amie, mais enfin le soir, le souper, le jeu, tout alla à merveille. Le temps qu'il a fait aujourd'hui nous faisait espérer une suite digne d'un si agréable commencement. Mais voici ce que j'apprends en entrant ici, dont je ne puis me remettre et qui fait que je ne sais plus ce que je vous mande: c'est qu'enfin Vatel, le grand Vatel, maître d'hôtel de M. Fouquet, présentement à Monsieur le prince, voyant que ce matin, à huit heures, la marée n'était pas arrivée, n'a pu soutenir l'affront dont il a cru qu'il allait être accablé, et, en un mot, il s'est poignardé. Vous pouvez penser l'horrible désordre qu'un si terrible accident a causé dans cette fête. Songez que la marée est peut-être arrivée comme il expirait. Je n'en sais pas davantage présentement. Je pense que vous trouvez que c'est assez. »

 Les Palais de Fontainebleau, Chantilly. 02

   CHATEAU DE CHANTILLY, VU DU PARC.

 

Le 26 avril, Mlle de Sévigné a reçu de nouveaux détails qu'elle communique encore à sa fille: « Le roi, écrit-elle, arriva jeudi au soir; la promenade, la collation dans un lieu tapissé de jonquilles, tout cela fut à souhait. On soupa. Il y eut quelques tables où le rôti manqua, à cause de plusieurs dîners à quoi l'on ne s'était point attendu. Cela saisit Vatel; il dit plusieurs fois: « Je suis perdu d'honneur ! voilà un affront que « je ne supporterai pas. » Il dit à Gourville: « La tête me tourne, il y a douze nuits que je n'ai dormi; aidez-moi à donner des ordres. » Gourville le soulagea en ce qu'il put. Le rôti qui avait manqué, non pas à la table du roi, mais aux vingt-cinquièmes, lui revenait toujours à l'esprit. Gourville le dit à Monsieur  le prince. Monsieur le prince alla jusque dans la chambre de Vatel et lui dit: « Vatel, tout va bien; rien n'était si beau que le souper du roi. » Il répondit : « Monseigneur, votre bonté m'achève. Je sais que le « rôti a manqué à deux tables. — Point du tout, dit  Monsieur le prince, ne vous fâchez pas: tout va  bien. » Minuit vint. Le feu d'artifice ne réussit pas; il fut couvert d'un nuage; il coûtait seize mille francs. A quatre heures du matin, Vatel s'en va partout. Il trouve tout endormi, il rencontre un petit pourvoyeur qui lui apportait seulement deux charges de marée; il lui demanda: « Est-ce là tout? — Oui, Monsieur. » Il ne savait pas que Vatel avait envoyé à tous les ports de mer. Vatel attend quelque temps; les autres pourvoyeurs ne vinrent point; sa tête s'échauffait ; il crut qu'il n'y aurait point d'autre marée; il trouve Gourville, et lui dit: « Monsieur, je ne survivrai pas à cet affront-ci. » Gourville se moqua de lui. Vatel monte à sa chambre, met son épée contre la porte et se la passe au travers du coeur; mais ce ne fut qu'au troisième coup, car il s'en donna deux qui n'étaient pas mortels. Il tombe mort. La marée cependant arrive de tous côtés; on cherche Vatel pour la distribuer; on va à sa chambre, on heurte, on enfonce la porte, on le trouve noyé dans son sang; on court à Monsieur le prince, qui fut au désespoir. Il le dit au roi fort tristement.

On dit que c'était à force d'avoir de l'honneur à sa manière; on le loua fort; on loua et l'on blâma son courage. Le roi dit qu'il y avait cinq ans qu'il retardait de venir à Chantilly, parce qu'il comprenait l'excès de cet embarras. Il dit à Monsieur le prince qu'il ne devait avoir que deux tables et ne point se  charger de tout; il jura qu'il ne souffrirait plus que Monsieur le prince en usât ainsi; mais c'était trop tard pour le pauvre Vatel. Cependant Gourville tâche de réparer la perte de Vatel; elle le fut: on dîna très bien, on fit collation, on soupa, on se promena, on joua, on fut à la chasse; tout était parfumé de jonquilles, tout était enchanté. » De Vatel il n'était plus question. Cependant cet accident fut cause que le roi ne voulut plus désormais de ces réceptions somptueuses, trop lourdes pour un sujet, fût-il prince du sang.

 

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TROPHÉE DE ROCROY

 

Mme de Sévigné évalue à cinquante mille écus, somme énorme pour le temps, la dépense de cette fête. Il ne paraît pas que le grand Condé en ait été gêné: ce qui prouve que dès lors sa fortune était singulièrement rétablie. Au reste, il menait à Chantilly une existence royale et tenait une véritable cour, où s'honoraient d'être admis ceux que l'on renommait le plus à Paris et à Versailles. Il avait conservé de sa jeunesse un goût très vif des choses de l'esprit, et aimait à s'entourer des grands écrivains de son temps...

 

À suivre...

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #CHÂTEAUX DE FRANCE.

 

1002666-Eugène Viollet-le-Duc le château de Pierrefonds

CHÂTEAU DE PIERREFONDS.

Eugène-Emmanuel Viollet le Duc.

SIXIÈME EXTRAIT.

Si, après s'être emparé des terrasses, des boulevards et de l'esplanade de Pierrefonds, l'assiégeant voulait attaquer le château par le côté de l'entrée, il lui fallait prendre le châtelet, combler un fossé très-profond, enfilé parla grosse tour du donjon et par la tour de coin ; sa position était plus mauvaise encore, car soixante hommes suffisaient largement sur ce point pour garnir les défenses supérieures; et, pendant l'attaque, une troupe faisant une sortie par la poterne P allait prendre l'ennemi en flanc. Les deux grosses tours de César et de Charlemagne, tenant au donjon, au logis seigneurial, sont couronnées par un système défensif qui permet d'empêcher toute approche. Le chemin de ronde des mâchicoulis donne dans une salle percée d'un grand nombre d'ouvertures. Le dallage de cette salle posé sur voûte est placé à 2 mètres en contre-bas du sol des mâchicoulis, de sorte qu'on peut approvisionner, dans ce réservoir, une masse énorme de projectiles. Des servants les passent aux défenseurs qui se tiennent sur le chemin de ronde; le capitaine, posté à un niveau supérieur, sur un balcon intérieur, voit toute la campagne et les abords par un grand nombre d'ouvertures; il peut ainsi donner des ordres à ses hommes sans que ceux-ci aient à s'inquiéter des dispositions de l'ennemi.

Chacun agit à son poste, sans perte de temps et sans confusion. Le châtelain de Pierrefonds pouvait donc, à l'époque où ce château fut construit, se considérer comme à l'abri de toute attaque, à moins que le roi n'envoyât une armée de plusieurs mille hommes bloquer la place et faire un siége en règle.

L'artillerie à feu seule devait avoir raison de cette forteresse, et l'expérience prouva que, même devant ce moyen puissant d'attaque, la place était bonne. Pendant la Ligue, la place de Pierrefonds tenait pour les Seize, et était confiée au commandement d'un certain seigneur de Rieux, gouverneur de Marie, et en dernier lieu de Laon et du château de Pierrefonds [1].

Ce Rieux était venu à Paris en 1591 avec sa compagnie, le 16 novembre, pour prêter main-forte aux Seize, qui firent arrêter ce jour-là grand nombre de gens qu'ils pensaient leur être contraires [2](2). Il était grand pillard, avait fait ses preuves pendant l'expédition des ligueurs au comté de Montbéliard en 1588 [3](8) et s'était fait grandement redouter dans les campagnes du Soissonnais et jusqu'aux environs de Paris. « Il faut, » lui fait dire l'auteur de la Satire Ménippée, « qu'il y ait quelque chose de divin en la Sainte-Union, puisque par son moyen, de commissaire d'artillerie assez malotru, je suis devenu gentilhomme, et gouverneur d'une belle forteresse : voire que je me puis égaler aux plus grands, et suis » un jour pour monter bien haut à reculons, ou autrement [4](4).

« J'ay bien occasion de vous suivre, monsieur le Lieutenant[5], et faire service à la noble Assemblée, à bis ou à blanc, à tort ou à droit, puisque tous les pauvres prestres, moynes et gens de bien, dévots catholiques, m'apportent deschandelies et m'adorent comme un saint Maccabée au temps passé. C'est pourquoi je me donne au plus viste des diables, que si aucun de mon gouvernement s'ingère de parler de paix, je le courray comme un loup gris. Vive la guerre! il n'est que d'en avoir, de quelque part qu'elle vienne. Je vois je ne sçay quels dégoustez de nostre Noblesse qui parlent de conserver la Religion et l'Etat tout ensemble; et  que les Espagnols perdront à la fin l'un et l'autre, si on les laisse faire. Quant à moy, je n'entends point tout cela: pourveu que je lève toujours les tailles et qu'on me paye» bien mes appointements, il ne me chaut que deviendra le Pape, ny sa femme. Je suis après mes intelligences pour prendre Noyon.... »

Rieux avait pour proche parent Henri de Sauveulx ou de Savereulx, prêtre, religieux et chanoine régulier de l'abbaye de Saint-Jean des Vignes à Soissons. Cet Henri de Sauveulx, ayant obtenu la permission de ses supérieurs de prendre les armes pour la foi, s'était enfermé à Pierrefonds avec le seigneur de Rieux. Tous deux tentèrent de surprendre Noyon, et y entrèrent en effet; mais laissés sans secours, Rieux fut fait prisonnier, et son parent étant parvenu à s'échapper, rentra dans son monastère.

A la date du 11 mars 1594, on lit dans le journal de J. Vaultier: « M. de Rieux étant prisonnier dans Compiègne, son procès lui fut fait par M. Miron, maître desrequestes de l'hôtel du roy; et, par son jugement, il fut pendu et étranglé; lequel étoit lors gouverneur de Laon et en son lieu de » Pierrefonds y avoit établi M. d'Arcy, son oncle, pour le gouvernement d'iceluy, pour le parti de la Ligue.

La présence de ce nouveau gouverneur de Pierrefonds pour la Ligue est encore mentionnée à la date du 20 juin 1594[6] :

«Ledit jour le seigneur d'Arcy, oncle dudit défunt sieur de Rieux, gouverneur de Pierrefonds, qui avoit naguères  mandé à Sa Majesté qu'il tenoit la place pour lui, et à l'occasion d'une querelle qu'il avoit contre quelque personne,  il lui prioit lui donner la garde d'icelui ; de quoi le seigneur  Dupescher, en étant averti, et craignant qu'on n'y mît autre garnison qui l'eût grandement importuné, fut de la Ferté-Milon audit Pierrefonds avec deux pétards et intelli gence qu'il y avoit pratiquée; et avec quelques soldats, ils entrèrent dedans, tuèrent ceux qui se mirent eu défense, prirent prisonnier ledit seigneur d'Arcy et son fils, qui estoient blessés; de quoi à l'instant la demoiselle sa femme décéda d'effroi : et étant assuré de la dite place, après y avoir laissé garnison et pourveu à tout, il se retira à la Ferté-Milon. »

Ce sire Dupescher tenait également pour la Ligue et ne rendit le château dela Ferté-Milon au roi, que le 11 septembre 1594[7]. Il est à croire que le château de Pierrefonds fut livré en même temps, car à la date du 10 août 1595 le journal de J. Vaultier relate ce fait : « Un religieux de Soissons,  cousin du défunt de Rieux, voyant que Pierrefonds était au roi, et connaissant le secret d'icelui, par intelligence de quelques soldats, prit le château et y introduisit les Espagnols qui le gardèrent encore pour la Ligue et en expulsèrent la garnison de M. d'Estrées que Sa Majesté avoit commis à la garde d'icelui. Ledit religieux, aussitôt que les Espagnols furent jouissans de Pierrefonds, fut envoyé par eux au bureau d'Arras pour avoir récompense, mais en y allant, il fut fait prisonnier des gens du roi auquel il fut présenté ; et eut telle récompense que l'avoit eue le seigneur de Gomeron, gouverneur de Ham, ci-dessus nommé [8]. »

Ce religieux, cousin de Rieux, est H. de Sauveulx, mais Vaultier se trompe en quelques points. Des renseignements inédits qui nous ont été fournis avec une extrême obligeance par M. d'Harriet, archiviste de l'hôpital de Saint-Louis-desFrançais, à Madrid, fondé par le même de Sauveulx, lorsqu'il se fut réfugié en Espagne, jettent un jour tout nouveau sur cette dernière période de l'histoire de Pierrefonds[9]. D'après ces documents, de Sauveulx sort une deuxième fois en 1595 de son monastère, toujours autorisé par son prieur, et de plus par un bref personnel du pape. H. de Sauveulx, aidé d'un certain Jérôme Dentici, sergent-major (sergeante maïor) dans la légion napolitaine en garnison à Soissons, et d'une, vingtaine de ses hommes, escalade la nuit les murs de la place avec des échelles de cordes jetées par des soldats gagnés, et chasse la garnison. Maître de Pierrefonds, H. de Sauveulx déclare au comte de Fuentès, gouverneur général des provinces belgiques, qu'il tient la place et la veut défendre au nom du roi des Espagnes. Il n'y met aucune condition, bien que le château soit bien à lui, l'ayant pris en légitime guerre, et pouvant, pour le livrer au roi Philippe, en exiger une forte somme comme bien d'autres ont fait. Le comte de Fuentès lui envoie, pour y tenir garnison, sept cents Napolitains et trois cents Wallons, et le nomme capitaine et gouverneur de la place.

            H. de Sauveulx fortifie sa conquête, y fait entrer des vivres pour un an, des armes, munitions et artillerie. Il dépense de ses deniers et sur la bourse de ses amis 20 000 ducats pour subvenir à ces préparatifs de défense.

Cependant dès le 15 août  M. de Maniquant[10](l) avec son » régiment et plusieurs compagnies de Sa Majesté, investirent » ledit château de Pierrefonds, afin que l'ennemi ne sortît et » que les autres n'entrassent. »

H. de Sauveulx est assiégé à trois reprises (1505) par les troupes de Henri IV, essuie d'innombrables coups de canon (1174 en un seul siége), sans que l'ennemi le puisse entamer. Pendant l'un de ces siéges, le ducd'Épernon est blessé, mais H. de Sauveulx, mandé à Cambrai par le comte de Fuentès, tombe dans une embuscade et est pris. Le roi Henri IV, à Péronne, veut le voir et l'engage à se soumettre; il lui fait offrir, par le comte de Nevers, l'abbaye de Saint-Corneille de Compiègne, et 10 000 couronnes d'or comptant, s'il veut livrer Pierrefonds au roi. H. de Sauveulx refuse tout; condamné à mort, il parvient à s'évader la veille de la Toussaint (1595), et se réfugie en Belgique. La place de Pierrefonds est alors vendue par les troupes napolitaines 18 000 ducats à Henri IV [11]. H. de Sauveulx fait valoir ses droits à une pension auprès de Philippe III, en récompense des services rendus par lui à sa Majesté Très-Catholique; il s'adresse aux « très-nobles et très-illustres consuls, échevins et sénat de » Bruxelles, par son représentant Remy Pavillon, docteur en théologie, afin d'obtenir qu'une commission soit nommée, laquelle, sur la déposition de plusieurs nobles français, réfugiés en Belgique, informe sur sa vie, ses mœurs, sa religion et sa noblesse. Cette commission, composée d'un échevin et des secrétaires de la ville de Bruxelles, entend les témoignages de Mathias la Bruïère, propriétaire civil de Paris, réfugié depuis cinq ans et demi; de Michel de Blanon, seigneur temporel de Charmes, réfugié, autrefois gouverneur de la ville de Véli, pensionné de Sa Majesté Très-Catholique; de Jean Seillier, receveur général des consignations de la ville de Paris; de Jacques de Colas, comte de la Fère, sénéchal de Montlimar ; de Mathieu de Lannoy, prêtre, docteur en théologie, chanoine de la cathédrale de Soissons; de Gaspard Darloys, noble écuyer, pensionné par Sa Majesté Très-Catholique; de Jacques de Brunaulieu, noble français, réfugié pour la foi. » Sur les dépositions tle ces personnages, et d'après un mémoire et une relation dressés, est remise une consultation de sept avocats et neuf théologiens, appuyant les prétentions de H. de Sauveulx, sont rendus divers arrêts royaux, un avis du conseil des finances, etc.[12]. H. de Sauveulx passa cinq ans en Belgique au service du roi d'Espagne. Les témoins interrogés à Bruxelles en juin 1600, plusieurs gens de guerre, tous intéressés aux événements, ne font néanmoins nulle mention de la remise de Pierrefonds aux gens du roi de France, par suite de la trahison des Napolitains. Seul, un second document en parle à Madrid, et il est rédigé sous l'inspiration de H. de Sauveulx, mais pas avant le 15 janvier 1600. Il semblerait donc que la place de Pierrefonds demeura cinq ans aux mains des gens du roi d'Espagne; toutefois les documents français détruisent cette conjecture.

La consultation des sept avocats et des neuf théologiens comprise dans le deuxième document déclare que le roi d'Espagne devait indemniser en conscience le sieur H. de Sauveulx, parce que celui-ci avait perdu une valeur de 300 000 ducats en fournitures de vivres, de munitions et armes, en meubles, joyaux, bénéfices, offices et ventes. Le château seul de Pierrefonds lui valait 10 000 ducats de rente annuelle, car dit le document « c'était une place de telle force et importance, que la charge de gouverneur de Pierrefonds fut achetée pendant la Ligue 32 000 ducats d'or. » H. de Sauveulx fut nommé en 1601 capellan des asiento, chapelain en titre de Castille, aux honoraires de 40 ducats par an. Le 8 février 1596 (étant encore en Belgique), il fut nommé prieur de l'armée aux gages de 1200 ducats par an.

La même année, on lui fit en Flandre 40 écus de recette par mois. En septembre 1600, on lui donna à Madrid 480 sous de pension ecclésiastique annuelle, etc., etc.

H. de Sauveulx mourut dans cette ville en septembre 1633.

Quant à la garnison des vieux ligueurs, compagnons de Rieux, elle finit misérablement. Le journal de J. Vaultier signale d'abord à la date du 25 novembre 1594, huit d'entre eux qui furent pris à Saint-Germain-en-Laye « et furent pendus tout à l'instant, armés et bottés, qui étoient là venus pour faire quelques bons prisonniers qu'ils eussent menés dans leur forteresse.... » Puis à la date du 14 octobre 1595 il ajoute : « Furent encore pendus en cette ville (de Senlis), sept voleurs de Pierrefonds, pris çà et là, pour ce qu'ils ne faisaient plus leurs retraites, attendu qu'il étoit assiégé, et, depuis iceux, il en fut exécuté quelque quatre-vingts, tant en cette ville que à Compiègne. »

La place de Pierrefonds était devenue si redoutable pour tous les environs et jusqu'aux portes de Paris, qu'après la remise du château aux gens du roi de France, le prévôt des marchands et les échevins de Paris adressèrent, le 6 novembre 1595, une circulaire ainsi conçue aux notables des villes de Compiègne, de Crespy et de Meaux[13] (1).

« Messieurs, vous avez entendu la reprise du château de Pierrefonds et sçavez combien ceste place a apporté d'incommodité tant à ceste ville que aultres, et pour mettre fin à pareils accidens nous sommes requis de plusieurs per» sonnes supplier le roy ladicte place estre desmolie et razée, et prévoyons qu'il y pourra avoir quelque empeschement, et d'aultant que ceste affaire vous importe, nous vous prions voulloir depputer quelques uns des vostres pour nous venir trouver et adviser ensemblement les moyens pour faire trouver bon à Sa Majesté la démolition de ladicte place, priant Dieu, messieurs, vous donner ce que désirez. »

«  A Paris, au bureau de la ville, le 16 novembre 1595.

«  Le prévost des marchands et eschevins de la ville de Paris[14]. »

Nous n'avons pu découvrir si la démarche fut faite auprès de Henri IV; mais ce qui est certain, c'est que le bon roi ne fit pas démolir le château, qu'il le considéra comme une des résidences royales les plus importantes, et qu'il en fit peindre le plan et la vue extérieure dans la galerie des Cerfs à Fontainebleau.

En 1616, le marquis de Coeuvre, capitaine de Pierrefonds, ayant embrassé le parti des mécontents, le conseil du roi décida que la place serait assiégée par le comte d'Angoulême gouverneur de Compiègne. Cette fois, elle fut attaquée avec méthode et en profitant de la disposition des collines environnantes. Des batteries, protégées par de bons épaulements qui existent encore, furent élevées sur la crête de la demi-lune de coteaux qui entourent le promontoire en partant de sa jonction avec le plateau, et sur un petit monticule s'avançant dans le vallon du côté du sud-est. Les ouvrages avancés ayant été écrasés de feux, furent abandonnés par les assiégés; le comte d'Angoulême s'en empara aussitôt, y établit des pièces de gros calibre, et, sans laisser le temps à la garnison de se reconnaître ouvrit contre les grosses tours du donjon, la courtine sud, la poterne T et les deux tours d'Artus et d'Alexandre, un fèu terrible qui dura deux jours sans relâche[15] (1). A la fin du second jour, le 1er avril, une des grosses tours du donjon s'écroula, entraînant dans sa chute une partie des courtines environnantes. Le capitaine Villeneuve, qui commandait pour le marquis, s'empressa dès lors de capituler; la place fut évacuée le 2. Ce fut un an après que le conseil du roi Louis XIII, alors âgé de quinze ans, fit entièrement démanteler le château. Voici la lettre du roi au comte d'Angoulôme, gouverneur de Compiègne, écrite le 16 mai 1617, reçue le 19 et enregistrée le 22 :

« Mon cousin, ayant encores depuis quelques jours considéré combien il estoit utile pour le bon repos et tranquillité  de mes subjects de la province de l'Ile-de-France que, conformément à ma première intention, le chasteau de Pierrefonds feust démolis, et m'estant en mesme tems souvenu que je vous avois envoyé mes lettres patentes pour ce faire, j'ay estimé qu'il estoit raisonnable, trouvant le premier juste et nécessaire, de vous en adresser le second commandement et de vous depescher ce porteur exprès pour vous rendre ceste-cy et par le mesme vous asseurer de la continuation de ma bonne volonté et que je suis très-certain,  puisque c'est chose que je désire, que en toute diligence et sans aucun délay vous ferez parachever la démolition» dudit chasteau, et que je prie Dieu vous avoir, mou cousin,  en sa sainte et digne garde.

» Écrit à Paris, le 16 de may 1617[16]. »

Le comte d'Angoulême exécuta dès lors les ordres du roi. On fit sauter les grosses tours par la mine; les logements furent détruits, les planchers et charpentes brûlés, les tours et courtines du nord éventrées à la sape, parce que de ce côté le voisinage immédiat du village ne permettait pas d'employer la mine.

Pendant la Révolution le château de Pierrefonds, dont les ruines dépendaient toujours du domaine de la Couronne, fut vendu comme bien national. En 1813, l'Empereur Napoléon Ier racheta le château 2700 fr. et le fit rentrer ainsi dans les dépendances de la forêt de Compiègne.

Depuis le commencement de l'année 1858, des travaux considérables de déblayement, puis de restauration, ont été entrepris au château de Pierrefonds, par ordre de l'Empereur Napoléon III et, en très-grande partie, à l'aide de crédits ouverts sur la cassette particulière de Sa Majesté.

L'Empereur a reconnu l'importance des ruines de Pierrefonds au point de vue de l'histoire et de l'art. Le donjon, le château et toutes les défenses extérieures reprennent leur aspect primitif; ainsi pourrons-nous voir bientôt le plus beau spécimen de l'architecture féodale du XVe siècle en France renaître par la volonté auguste du Souverain. Nous n'avons que trop de ruines dans notre pays, et les ruines, si pittoresques qu'elles soient, ne donnent guère l'idée de ce qu'étaient ces habitations des grands seigneurs les plus éclairés du moyen âge, amis des arts et des lettres, possesseurs de richesses immenses. Le château de Pierrefonds, rétabli en totalité, fera connaître cet art à la fois civil et militaire qui, de Charles V à Louis XI, était supérieur à tout ce que l'on faisait alors en Europe. C'est dans l'art féodal du XVe siècle en France, développé sous l'inspiration des Valois, que l'on trouve en germe toutes les splendeurs de notre Renaissance, bien plus que dans l'imitation des arts italiens.

 

 

FIN



[1] Voyez, dans la Satire Ménippée, le discours de Rieux.

[2] Voyez le Journal de J. Vaultier de Senlis du 13 mai 1588 au 16 juin 1598 (Monuments inéd. de l'hist. de France, 1460-1600, publié par A- Bernier, avocat, 1835).

[3] Mém. de la Ligue, t. III, p. 712 et suiv.

[4] Allusion au gibet auquel il fut attaché plus tard.

[5] Le duo do Mayonne.

[6]  Journal de J. Vaultier de Senlis.

[7]  Journal de .T. Vaultier de Senlis.

[8]  Le seigneur de Gomeron avait eu la tète tranchée par les Espagnols.

[9] (2) M. Prioux, l'infatigable explorateur des documents sur le Soissonnais, nous a mis le premier sur la voie de ces pièces déposées aux archives de l'hôpital Saint-Louis-des-Français de Madrid.

[10] (1) Journal de J. Vaultier.

[11] (1) Voici ce que dit le Journal de J. Vaultier à propos de cette reddition : Le «dimanche 29 octobre 1595, M. d'Estrée qui était audit siège de Pierrefonds et par le moyen du seigneur de Poncenac, gouverneur de Soissons, qui commençait à penser à sa conscience, ledit château de Pierrefonds lui fut rendu, moyennant 3500 écus qui furent délivrés auxdits Espagnols, en sortant bagues et armes sauves, et conduits en assurance jusques à La Fère, qui tenait encore pour eux.» Le rapprochement de ces dates, celle de la prise du château 29 octobre et de la fuite de H. de Sauveulx le 31, ferait croire que le roi, une fois le château pris, laissa partir le moine au lieu de le faire pendre. Peut-être même l'élargissement du religieux fut-il une des conditions de la reddition du château, ce qui ferait honneur à la garnison wallonne.

[12] Tous ces documents sont déposés en originaux dans les archives de l'hôpital de Saint-Louis-des-Français, à Madrid.

[13] Ce document indique clairement qu'au moment de la fuite de H. de Sauveulx en Belgique, la place avait été rendue au roi Henri IV par la garnison napolitaine.

[14] Cette curieuse pièce nous a été communiquée pur M. le comte L. de Laborde, directeur général tics Archives île l'empire.

[15] Les boulets île fer trouvés dans les déblais pèsent 32 litres.

[16] Renseignements communiqué par M. Pélassy de l'Oulle, bibliothécaire dit château impérial de Compiègne.

 

 

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