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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #FRANCE SECRETE-HERMETIQUE

Avertissement : Cette approche, qui constitue un condensé de l' "Introduction à la Géographie Sacrée de Paris. Barque d'Isis" se veut un hommage à l'un de nos regrettés ami en Atlantis. Nous espérons, par cette synthèse, donner envie à ceux qui auront lu ces notes d'acquérir le livre de Jean Phaure qui, à notre connaissance, a fait l'objet d'une réédition realtivement récente. Nous ne tirons ici aucun profit, peut-être même nous exposons-nous à des poursuites. Nonobstant, nous connnaissions Jean Phaure et ce dernier était pour que la Tradition circule et qu'elle apporte un éveil salutaire aux hommes. Aussi lui était-il toujours agréable de citer, puis d'être cité, à condition que les guillemets entrent en ligne de compte. Ceci est chose faite. Bonne lecture.

 

 

LA CITE DE PARIS. BARQUE D'ISIS.

 

  Paris.gif


1ère PARTIE.


 

Dans Lutèce, on trouve la racine indo européenne LOG-LIG dont le latin fera LUX-LUCIS la Lumière et chez les Celtes leur Dieu solaire LUG. Ce qui va devenir Paris est en effet dès les origines la « Ville Lumière » et d’abord par son plâtre, son gypse dont la blancheur était renommée et dont les carrières étaient encore exploitées à Montmartre le siècle dernier. (Pierre qui a servi à la construction du Colossal Sacré Cœur).

 

Le culte de la déesse épouse et mère Isis s’étendait du Proche-Orient à l’Ecosse et PAR ou BAR désigne une frontière et surtout une embarcation. Paris est donc étymologiquement la BARQUE D’ISIS, symboliquement le croissant de lune qui porte comme en Egypte et assure son cheminement de l’est à l’ouest pendant le jour et de l’ouest à l’est durant la nuit.

 

A Paris, la ville contient un CARDO, c'est-à-dire l’axe nord sud : la rue Saint Martin (1èr Apôtre des Gaules) sur la rive droite et Saint Jacques (Frère du Christ)  sur la rive gauche. Au centre de l’île de Lutèce devenu l’île de la Cité, ce « cardo », marquait et marque encore, par le fond du Parvis de Notre Dame et la rue de la Cité, la « frontière » entre l’est de l‘île, plus particulièrement voué au culte et l’ouest, siège des pouvoirs successifs des autorités celtes, romaines, puis française. Nous retrouvons dans toute la ville sacrée cet équilibre entre « l’Orient » sacerdotal et « l’Occident » seigneurial et juridique. Et encore aujourd’hui la Cathédrale siège toujours à la coupe de la Cité tandis que le Palais Royal de Justice occupe la proue.

 

Une des 22 églises de la Cité médiévale disparues au siècle dernier marquait cet axe frontière. C’était à une trentaine de mètres de l’actuelle Sainte-Chapelle élevée sous Saint-Louis au XIIIième siècle, l’église Saint-Michel du Palais qui devait donner son nom au pont voisin. L’Archange Lumière veillait ainsi au-dessus des eaux entre l’Evêque et le Roi.

 

Il existe donc une immense croix orientée, c'est-à-dire que la Seine qui constitue la branche « horizontale » (decumanus) de cette croix ; marque la direction des levers et couchers du Soleil à des moments bien précis du calendrier annuel. C’est une des raisons pour laquelle Paris (en tant que Barque d’Isis) est une ville prédestinée. En effet, le cours royal de la Seine, soit la partie du fleuve qui s’étend actuellement du Pont-Neuf au pont de la Concorde est naturellement incliné sur le parallèle est-ouest suivant un angle de 26° et les calculs montrent que cet axe –qui devait devenir aussi ceux de la nef de Notre Dame et des Tuileries-Champs Elysées – correspond, à la latitude de Paris (48°50 nord) ; au lever du Soleil les 2 février et les 11 novembre et à son coucher les 8 mai et 6 août… Le 2 février est la fête de la Purification et de la Présentation au Temple ; le 11 novembre est la saint Martin en mémoire de l’Apôtre des Gaules ; le 8 mai est la Saint Michel de printemps ; enfin le 6 août est la Transfiguration du Christ au Mont Thabor. Or ces dates qui signent très chrétiennement la Grande croisée de Paris ont marqué l’histoire de France : Prise d’Orléans par Jeanne de Lorraine le 8 mai 1429 ; et armistices des 11 novembre 1918 et 8 mai 1945.

 

Le cardo ou axe vertical de la croix, c'est-à-dire depuis le Moyen-Age, les rues Saint Jacques, de la Cité et Saint martin ont la même inclinaison sur le méridien de Paris que le cœur humain par rapport à l’axe du corps. L’axe nord-sud d’une ville orientée est d’ailleurs appelé en latin cardo, le cœur et tout Paris c’est surtout vrai pour la 1ère enceinte) celle de Philippe auguste au XIIIième siècle et le dernière celle de Thiers, à la forme d’un cœur.

L’axe est-ouest, le décumanus, est celui du « cours royal » de la Seine orienté de 26° par rapport au parallèle, celui du fleuve qui a donné naissance à Lutèce en sa coupe aux sept collines. Il coule de l’est vers l’ouest depuis le levant au couchant du Soleil dont il reflète la giration quotidienne. Il est la coupe-Graal dont le Soleil est l’Hostie.

 

Nous avons là une image d la Création, de la Croix Universelle dans laquelle l’axe horizontal de nature féminine représente la matéria-prima en attente, en puissance dans sa pénétration par l’axe vertical de nature masculine ; c’est pourquoi, comme en toute ville sacrée, l’axe équinoxial de « l’eau » est traversé par l’axe solsticial du « feu ».

 

Voilà pourquoi le decumanus d’Eau et de Feu est baptisé de deux saints fondateurs et sédentaires : l’Evêque d’Amiens saint Honoré et l’ermite au désert d’Egypte saint Antoine. Le cardo de Feu et d’Air porte le nom du martyr saint Jacques, pèlerin de la Lumière de Compostelle (le champ de l’Etoile ou le compost alchimique et sacré) dont la coquille (la mérelle) représente le Feu créateur, du Soleil levant, du Soleil des origines ; et c’est pourquoi la partie nord de ce cardo porte le nom de l’évangélisateur saint Martin lié au Feu chevaleresque aussi bien par l’étymologie de son nom (le dieu de la guerre Mars) que par sa fonction d’officier romain.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #CHÂTEAUX DE FRANCE.

 

 

FONTAINEBLEAU. LES ORIGINES DU CHATEAU.

Chateau

 

De L.TARSOT & M.CHARLOT.

 

 

Ces terrains étaient nécessaires à qui voulait étendre le château autour et en vue de l'étang, dont les eaux entourées d'ombrages formaient un point de vue charmant pour les appartements royaux. En 1529, François 1eren fait l'acquisition : « Attendu, disait l'acte d'achat, qu'avons l'intention faire ci-après la plupart du temps notre résidence à Fontainebleau, pour le plaisir que prenons audit lieu et aux déduits de la chasse des bêtes rousses et noires qui sont en la forêt de Bière et aux environs : nous est convenu prendre et recouvrer de nos chers et bien amés les ministres et religieux de l'ordre de la Sainte-Trinité, la moitié du lieu où est de présent située la grande galerie faite pour aller du dit châtel en leur église et logis de l'abbaye, leur jardin et leur grand clos de prés, celui où est de présent notre écurie, avec leurs étangs et viviers, etc., pour les récompenser d'icelles prises... nous avons donné et donnons la somme de 200 livres tournois à prendre et à percevoir chacun an sur le revenu de notre terre et seigneurie de Moret. »

Le couvent acheté et détruit, de nouveaux corps de logis s'élèvent comme par enchantement. On bâtit la cour du Cheval blanc, ou mieux la Basse-Cour, et pour former la cour de la Fontaine, on réunit par une galerie les deux massifs du château, dont le pian général ne subira plus désormais de modifications importantes.

Les jardins et les parterres sont tracés et plantés avec une rapidité féerique. A l'extérieur, le Fontainebleau de François Ier est maintenant terminé.

Mais il faut orner les dedans du palais. Pour son séjour favori, François Ier rêve une décoration somptueuse et surtout permanente. Plus de ces tapisseries et de ces verdures que les ouvriers royaux suspendent à la hâte, le long des murailles, avant l'arrivée de la cour ; de ces meubles transportés dans des fourgons d'une résidence à l'autre; de ces décors qu'on enlève dès que la toile est baissée et que les acteurs sont sortis ! Fontainebleau sera peint à fresque, revêtu de marbres précieux, de stucs et de boiseries merveilleusement travaillés. Les artistes manquent en France : il en viendra d'Italie, et François les couvrira d'or.

En 1530, arrive à Fontainebleau le Florentin Giovanni-Battista Rosso. On lui donne une pension de 400 écus, des logements dans les palais royaux et bientôt la surintendance des bâtiments, peintures et embellissements de Fontainebleau. Il construit la galerie de François!" qu'il orne d'une série de fresques et de reliefs en stuc exécutés sous sa direction par Paolo Ponzio et Domenico del Barbiere. Dans la chambre de la duchesse d'Étampes —aujourd'hui transformée en escalier, —il peint plusieurs traits des Amours d'Alexandre le Grand. Le roi enthousiasmé augmente ses pensions et le nomme chanoine de la Sainte-Chapelle. Mais voici que le Rosso, ayant été volé de quelques centaines de ducats, en accusa trop légèrement un peintre florentin de ses amis, Francesco Pellegrino, qui fut mis à la question. L'innocence de Pellegrino fut reconnue, et le Rosso, ne pouvant survivre au chagrin et à la honte que lui causait cette erreur, s'empoisonna en 1541 à l'âge de quarante-cinq ans.

Il avait connu toute l'amertume des rivalités entre artistes. François 1eravait appelé en France (1531) un peintre de Bologne, Francesco Primaticcio —le Primatice— qui sur-le-champ déclara là guerre au Rosso.

Pour mettre un terme à leurs querelles, François Ier, vers 1534, envoya le Primatice en Italie pour mouler les principales statues antiques et acquérir divers chefs-d'œuvre de l'art moderne. Le Primatice rapporta de sa mission la Lèdade Michel-Ange (depuis détruite sur les ordres d'Anne d'Autriche!) et le moulage des antiques de Florence et de Rome qui, coulés en bronze à Fontainebleau, figurent aujourd'hui dans les galeries du Louvre. A cette époque le Rosso était mort, et le Primatice prit la direction des travaux de Fontainebleau, qu'il conserva jusqu'à sa mort (1570).

Il commença par détruire une partie des fresques de son rival qu'il remplaça parles siennes. Il exécuta ensuite la décoration de la porte Dorée et entreprit celle de la galerie d'Ulysse, qu'il continua sous quatre règnes.

Mais on doit surtout le juger d'après les peintures de la salle de bal qui lui furent commandées par le roi Henri II.

La longue faveur du Primatice fut un moment menacée par le séjour à la cour du fameux Benvenuto Cellini (1540-1544). Sans la haine de la duchesse d'Etampes, Cellini l'aurait emporté sur le maître bolonais. La favorite ne pouvait lui pardonner d'avoir négligé de lui soumettre les maquettes des travaux commandés par François Ier pour Fontainebleau. Cellini était chargé d'exécuter un bas-relief en bronze pour le tympan de la porte Dorée, et un surtout de table où devaient figurer douze statues d'argent de grandeur naturelle (1). Le Primatice, appuyé par la duchesse d'Etampes, intrigua sourdement pour se faire attribuer les commandes promises à Cellini, mais il dut y renoncer dans la crainte d'être poignardé par l'orfèvre florentin. Une courte trêve suivit. Benvenuto voulut en profiter pour reconquérir les bonnes grâces de la duchesse d'Etampes en lui offrant une aiguière d'or merveilleusement ciselée. La duchesse ne daigna même pas le recevoir, et l'artiste, après une longue attente dans l'antichambre de la favorite, remporta son cadeau qu'il offrit, de dépit, au cardinal de Lorraine.

A ce moment le Primatice avait jeté en bronze les moules des antiques rapportés par lui d'Italie ; ses statues étaient disposées dans la petite galerie de Fontainebleau, maintenant appelée galerie de François Ier.

Cellini venait d'achever un Jupiter en argent; il veut le montrer au roi. On lui ordonne de placer son oeuvre au fond de la petite galerie. Il arrive et trouve la place encombrée des moulages du Primatice.

C'était une ruse de Mme d'Etampes qui voulait écraser la statue de Cellini par le voisinage de l'Apollon du Belvédère et de la Vénus de Médicis. Cellini, sans murmurer, installe au fond de la galerie son Jupiter posé sur un socle à roulettes, maniable en tous sens, et attend la visite du roi.

Le jour baissait lorsque François fit son entrée dans la galerie. Il la parcourut lentement, retenu par Mme d'Etampes devant chacun des antiques du Primatice ; mais au moment où, la nuit tombée, il approchait de Cellini, l'artiste alluma rapidement une torche placée entre les flammes dé la foudre que la statue brandissait dans sa main droite, et, d'un mouvement adroit, il lança son Jupiter à la rencontre du roi.

L'effet fut magique ; La lumière tombant d'en haut semblait animer la statue mouvante. Lé dauphin, le roi et la reine de Navarre qui se trouvaient là poussèrent un cri d'admiration, et François Ier s'écria : « Benvenuto, ton Jupiter est cent fois plus beau que je ne l'aurais imaginé. Tous applaudirent. En vérité, reprit hardiment Mme d'Etampes, n'avez-vous pas d'yeux pour ces sublimes figures antiques? Voilà de vrais chefs-d’œuvre ! Fi de ces babioles modernes! »

Mais François soutint que Cellini avait surpassé les anciens. A cela Mme d'Etampes répliqua que Cellini devait son succès à un subterfuge et que, de plus, il avait couvert sa statue d'un voile pour en cacher les défauts. L'artiste avait en effet jeté une draperie sur son Jupiter pour lui donner plus de majesté. Furieux, il arracha violemment le voile, et le roi, qui s'aperçut de sa colère, lui dit en français : « Tais-toi, Benvenuto ! et compte sur une récompense mille fois au-dessus de tes espérances. En sortant quelques minutes après, il adressa cette dernière flatterie à Benvenuto : J'ai enlevé à l'Italie l'artiste le plus grand et le plus universel qui ait jamais existé.»

Quelques mois après, cependant, le sculpteur quittait la cour de France, laissant le champ libre au Primatice, protégé par la favorite.

A côté des artistes italiens, quelle part revient aux maîtres français dans la décoration première de Fontainebleau?

On l'ignore. Cependant on attribue à Jean Goujon les cariatides qui encadrent les fresques du Rosso clans la chambre de la duchesse d'Etampes. De beaux vitraux ornaient les fenêtres du palais. Etaient-ils de Jean Cousin et de Pinaigrier ? Rien n'empêche de le supposer;-rien non plus ne permet de l'affirmer.

Maintenant les artistes ont accompli leur oeuvre, i Les décors sont prêts pour la féerie que François 1eret sa cour vont jouer avec une aisance merveilleuse.

 

(1). Le bas-relief pour la porte Dorée a été placée au Louvre dans la salle des Cariatides, au-dessus de la belle tribune de Jean Goujon. Il représente la Nymphe de Fontainebleau. Du surtout de table il ne subsiste qu'une salière d'or, aujourd'hui à Vienne.

 

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #CHÂTEAUX DE FRANCE.

 

FONTAINEBLEAU. LES ORIGINES DU CHATEAU.

 

ChateauDe L.TARSOT & M.CHARLOT.

 

 

FRANÇOIS 1er.

 

Le vieux château se dressait sur l'emplacement de la cour ovale. Le plan de cette partie du palais neuf est sensiblement le même que celui de la forteresse primitive. Le pavillon de Saint-Louis a remplacé le donjon ; la porte Dorée, les chapelles haute et basse, le pavillon clés Dauphins, celui des Chasses, le portique de Serlio, s'élèvent sur le terrain et peut-être sur les fondations des tours qui flanquaient l'enceinte. La cour de la Fontaine était occupée par les bâtiments accessoires nécessaires à toute demeure féodale : logis des gens d'armes et des valets, paneterie, pressoir, fauconnerie et chenil. Un fossé alimenté par les eaux de l'étang ceignait la maison royale et ses dépendances.

En somme le château, avant sa transformation, était une forteresse de moyenne grandeur, avec donjon, tours, tourelles et mâchicoulis, comme il y en avait tant d'autres en France à cette époque. C'était une maison de plaisance des rois, non pas une de leurs résidences coutumières. Rien ne recommandait ce logis à François Ier. Les hasards de la chasse ou des voyages de la cour l'y amenèrent un jour.

Le site lui plut. Mais il ne fit d'abord dans le château que des travaux de réparations et d'aménagement.Il y amena cependant les artistes appelés d'Italie dès le début de son règne. Léonard de Vinci y fit quelques séjours de 1515 à 1518. Mais depuis longtemps malade, il n'exécuta pas de travaux spéciaux pour le palais. Vasari raconte qu'il s'éteignit entre les bras de François 1er. Le fait est contesté. Il est d'ailleurs certain que Léonard ne mourut pas à Fontainebleau.

Un an avant la mort de Léonard, François Ier avait appelé en France Andréa Vannuchi, dit Andréa de Sarto (1518). Ce maître peignit pour Fontainebleau, la Madone et l'admirable Charité qui sont aujourd'hui au Louvre. Puis rappelé eu Italie par sa femme, Lucrezia del Fede, dont il était éperdument épris, il obtint du roi une mission et des sommes importantes pour l'achat de tableaux et de statues. Lucrezia lui fit oublier la mission. L'argent du roi fut gaspillé. Andréa n'osa plus retourner en France, et mourut en 1530 sans avoir revu François Ier.

A Fontainebleau, nulle trace ne subsiste aujourd'hui de ces deux artistes, les plus grands que François ait ravis pour un temps à l'Italie. Nul souvenir non plus de la première maîtresse en titre, de cette Françoise de Foix, duchesse de Chateaubriand, dont la faveur poétise les premières années du règne. Sans doute elle accompagna le roi dans ses courts passages, au vieux château et suivit la cour dans le palais transformé. Mais déjà son étoile avait pâli. La duchesse d'Étampes et Diane de Poitiers avaient fait oublier la triste Chateaubriand, qui meurt en 1537, loin du roi dont l'amour n'avait point survécu à la prison de Madrid.

Peut-être cependant est-ce à Fontainebleau, qu'à la prière de Mme d'Étampes, François Ier fit réclamer à la comtesse de Chateaubriand « les plus beaux joyaux qu'il luy avait donnés, dit Brantôme, pom l'amour des belles devises qui estoient mises engravées et empreintes; lesquelles la reyne de Navarre, sa soeur, avait faictes et composées. Le roy François, pour ce, ayant envoyé un gentilhomme vers elle pour les lui demander, elle fit de la malade sur le coup et remit le gentilhomme dans trois jours à venir, et qu'il auroit ce qu'il demandoit. Cependant, de dépit, elle envoya quérir un orfèvre, et lui fit fondre tous ces joyaux, sans avoir respect ny affection des belles devises qui y estoient engravées, et après, le. gentilhomme tourné, elle lui donna tous les joyaux convertis et contournés en lingots d'or. Allez, dit-elle, portez cela au roy, et dites-luy que puisqu'il lui a pieu me révoquer ce qu'il m'avoit donné si libéralement, que je le luy rends et renvoyé en lingots d'or. Pour quant aux devises je les ai si bien empreintes et colloquées dans ma pensée, et les y tiens si chères, que je n'ay peu permettre que personne en disposast, en jouist et en eust de plaisir que moymesme. Quand le roy eut receu le tout, et lingots et propos de ceste dame, il ne dit autre chose, sinon : Resctournez-luy le tout. Ce que j'en, fais pis ce n'estoi pas pour la valeur car je luy en eusse rendu deux, fois plus, mais pour l'amour des devises ; et puis qu'elle les a faict ainsy perdre, je ne veux point de l'or et je le lui renvoyé; elle a montré en cela plus de courage et de générosité que n'eusse pensé poucevoir provenir d'une femme. Un coeur de femme généreuse despité et ainsy desdaigné fait de grandes choses. »

Nous quittons maintenant le vieux manoir de saint Louis et de Philippe le Bel. Le nouveau château va sortir de terre. En 1526, François 1er sort de sa prison de Madrid. Depuis plus d'un an il est privé de tous les plaisirs qui lui sont chers. Il a besoin de fêtes, de tournois, de propos joyeux et d'aventures galantes. Il lui faut une cour magnifique ; il faut à cette cour un cadre plus large et plus opulent que celui dont s'étaient contentés nos rois jusqu'à Louis XII. Aussi, dès son retour d'exil, François Ier donne-t-il libre carrière à son goût pour les constructions originales, élégantes ou grandioses. Dès 1526, le plan de Chambord est arrêté et, pendant douze ans, douze cents ouvriers ne cessent de travailler aux chantiers de ce palais colossal. Presque en même temps s'élève le château de Madrid, au bois de Boulogne. Un beau jour enfin, François s'éprend de Fontainebleau et se résout à en faire son séjour habituel. « Les vastes paysages de la Loire, dit Michelet, les déserts de la Sologne qui plaisaient au roi cavalier et lui faisaient si tristement placer sa féerie de Chambord, n'allaient plus au promeneur valétudinaire. Il lui fallait une nature plus resserrée et exquise. Il aimait Fontainebleau.

Harmonie d'âge et de saison. Fontainebleau est surtout un paysage d'automne, le plus original, le plus sauvage et le plus doux, le plus recueilli. Ses roches chaudement ensoleillées où s'abrite le malade, ses ombrages fantastiques, empourprés des teintes d'octobre qui font rêver ayant l'hiver ; à deux pas, la petite Seine entre des raisins dorés; c'est un délicieux nid pour se reposer et boire ce qui resterait de vie, une goutte réservée de vendange. »

C'est en 1528 que François Ier fait raser à peu près complètement le château féodal. Un architecte inconnu peut-être Italien mais non pas Serlio qui ne vint pas en France avant 1537, lui fournit les dessins du nouveau palais. Une fantaisie royale a contraint l'artiste à respecter le tracé du manoir détruit et peut-être quelques pans de murs. Quel qu'il soit, l'architecte s'est tiré à son honneur des difficultés que lui créait un plan fixé d'avance. La capricieuse ordonnance des bâtiments de la cour ovale, en amusant la vue, accuse et sauve en même temps l'irrégularité de leur disposition. Au bout d'un an les constructions étaient en bonne voie, mais déjà François les trouvait trop étroites et demandait des plans plus grandioses pour son nouveau palais. Il avait pour voisins les religieux de la Sainte-Trinité, dont le couvent, avec ses dépendances, occupait l'emplacement du jardin de Diane et de la cour du Cheval blanc...

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #CHÂTEAUX DE FRANCE.

 

FONTAINEBLEAU LES ORIGINES DU CHATEAU.

 

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De L.TARSOT & M.CHARLOT.

 

 

Fontainebleau est un lieu assis dans la forêt de Bière, en une plaine, fermé de divers coteaux, rochers et montagnes couvertes de bois de haute futaie. Anciennement c'était un vieil bâtiment où les rois par quelques fois se retiraient comme en lieu solitaire. Le roi François Ier qui aimait tant à bâtir, considérant ce lieu ainsi fermé de ses rustiques, y prit fort grand plaisir, et, de fait, le fit bâtir comme il est de présent.

 

Les anciens récitent qu'en ce lieu y avait une grosse tour, où de présent et sur les fondements d'icelle est la chapelle, prochaine de la grande salle de bal et s'est-on servi d'aucuns vieils fondements. La plus grande partie du logis est bâtie de grès avec briques principalement la basse-cour, laquelle en grandeur excède toutes autres cours des bâtiments royaux. En la seconde cour y a source de fontaine, et se dict que c'est la plus belle eau de source qui se voie guère, et que par ce on l'appelait Belle-eau, maintenant Fontainebleau. Le feu roi François 1er, qui le fit bâtir, s'y aimait merveilleusement, de sorte que la plus grande partie du temps il s'y tenait, et l'a enrichi de toutes sortes de commodités, avec les galeries, salles, chambres, étuves et autres membres, le tout embelly de toutes sortes d'histoires tant peintes que de relief, faites par les plus excellents maîtres que le Roi pouvait recouvrer tant de France que d'Italie, d'où il a fait venir aussi plusieurs belles pièces antiques. En somme que tout ce que le Roi pouvait recouvrer d'excellent c'était pour son Fontainebleau, où il se plaisait tant que, y voulant aller, il disait qu'il allait chez soi.

 

Mais depuis la mort du feu roi François le lieu n'a pas été si habité ni fréquenté qui sera causé qu'il ira avec le temps en ruines comme font beaucoup d'autres places que j'ai vues faute de n'y habiter. » A cette courte description que l'architecte Androuet du Cerceau consacre à Fontainebleau en son livre Des plus excellents bâtiments de France (1579), nous ajouterons que le château, un peu abandonné sous les trois derniers Valois, reprit tout son éclat avec Henri IV ; que sous les Bourbons il fût constamment l'un des séjours réguliers de la cour et qu'au dix-neuvième siècle il n'a jamais cessé d'être une des résidences des maîtres de la France. Nous avons déjà le résumé de son histoire.

 

Cette histoire remonte au douzième siècle, au roi Robert le Pieux, fondateur probable du château. Plusieurs édits de Louis VII sont datés de Fontainebleau. Ce prince aimait ce manoir retiré. Il y fonda une chapelle consacrée, sous l'invocation de saint Saturnin, par l'archevêque de Cantorbéry, Thomas Becket. Philippe-Auguste habita souvent Fontainebleau. Il y signa de nombreux édits parmi lesquels on peut citer celui de 1186, attribuant aux pauvres et aux malades de l'Hôtel-Dieu de Nemours tout le pain qui resterait de sa table pendant les séjours à Fontainebleau.

 

En 1191, à son retour de la Palestine, il passa dans ce château lés fêtes dé Noël. Louis IX se réfugiait souvent dans « ses déserts » de Fontainebleau, où il fit bâtir un donjon, la chapelle de la Trinité et un hôpital, entretenu aux frais du trésor royal. Joinville raconte que Ce roi étant tombé gravement malade à Fontainebleau fit venir son fils aîné et lui adressa ces touchantes paroles : « Biau fils, je te prie que tu te fasses aimer au peuple de ton royaume ; car vraiment je aimerais mieux qu'un Escot venist d'Ecosse, ou quelque autre loingtain étranger et gouvernast le peuple du royaume bien et loyalement, que tu le gouvernasses mal à poinct et en reproche.»

 

Philippe le Bel naquit et mourut à Fontainebleau. Ce prince chassait le cerf aux environs de Corbeil. Son cheval le jeta rudement contre un arbre, et ce choc le blessa mortellement. Il demanda à être porté en son manoir de Fontainebleau, y languit quelques jours, reçut les derniers sacrements « et puis, dit la Chronique des Flandres, mourut le beau roi Philippe à Fontainebleau ».

 

On a quelques traces d'un séjour de Charles IV le Bel au château où le vint trouver sa sœur, Ysabeau de France, reine d'Angleterre et femme d’Édouard II. Cette princesse avait à se plaindre de son mari et venait demander protection à son frère. De cette époque jusqu'au règne de François Ier la tradition n'a rien conservé. A cette résidence, perdue au milieu des bois, nos rois préfèrent tantôt Vincennes ou Saint-Germain, plus proches de Paris, tantôt les châteaux des bords de la Loire, si chers à tous les princes Valois. A peine sait-on que Charles V y fonda une bibliothèque, augmentée par Louis XI et transférée à Blois par Louis XII, que Charles VII y fit peindre à fresque l'histoire de ses victoires. Ce vieux manoir était probablement fort délabré quand un caprice de François Ier en fit un palais merveilleux.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

LA CATHEDRALE DE LIMOGES.

RENE FAGE.

 

Cathedrale_stetienne_limoges_nuit.jpg

 AVANT-PROPOS.

 

La Cathédrale Saint-Etienne est un édifice unique dans la région limousine. Au milieu du groupe important des belles églises romanes que conservent les trois départements de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne dont le territoire est emprunté à l'ancien diocèse de Limoges, elle apparaît comme un pur et élégant spécimen de l’art gothique. Quelques grands monuments religieux de cette province ont reçu des voûtes d'ogives que le plan primitif n'avait pas prévues ; quelques autres, de petite dimension, ont été exécutés tout d'un trait d'après le nouveau style en vogue depuis la fin du XIIe siècle ; aucun ne peut être comparé à la cathédrale de Limoges pour l'unité et la grandeur de la composition. Elle ne s'est, pas inspirée de l'architecture de la contrée, et elle est restée isolée, n'ayant jamais été imitée.

A quoi faut-il attribuer cette situation à part, qui rappelle celle de la cathédrale de Clermont-Ferrand ? Nous croyons que la nature même du sol peut suffire à l'expliquer. Construites en pierres volcaniques dans la région auvergnate, et en pierres granitiques dans la région limousine, les grandes abbatiales et collégiales romanes ont résisté aux siècles. Aussi solides qu'au premier jour, il était inutile de les jeter à bas pour en élever de nouvelles à leur place. D'autre part, les matériaux du pays, qui se prêtaient à merveille à la sévérité d'aspect et à la simplicité de lignes de l'architecture romane, exigeaient un effort considérable et coûteux pour s'assouplir aux fantaisies légères et gracieuses de l'art gothique. Limoges, qui était, comme Clermont, le siège d'un grand évêché, pouvait faire cet effort et y a réussi.

Parmi les raisons qui déterminèrent la construction de la cathédrale du XIIIe siècle, on peut faire entrer en ligne de compte la rivalité qui divisait les deux villes de Limoges. La Cité et le Château formaient deux villes distinctes, entourées de leurs murailles, pourvues d'une administration différente, quelquefois en guerre l'une contre l'autre.

La Cité était la ville de l'évêque ; c'est là que se trouvait la cathédrale. Dans l'enceinte du Château, que gouvernait le vicomte, était la florissante abbaye de Saint-Martial, avec sa belle église, une des plus grandes, des plus célèbres, et des plus riches du Limousin. La pauvre église cathédrale était loin de pouvoir lui être comparée; et pourtant elle était la plus vénérable de Limoges puisqu'elle était bâtie sur l'emplacement de celle que saint Martial lui-même avait consacrée ; elle était l'église des successeurs de saint Martial, l'église mère de tout le diocèse. Ce fut pour lui donner l'éclat que méritait une telle dignité et la mettre au premier rang, qu'Aimeric de la Serre, le plus opulent des évêques de France, dit une vieille chronique, résolut de faire démolir l'église romane pour élever à sa place la cathédrale du XIIIe siècle.

Nous avons dit que la cathédrale de Clermont était aussi isolée, comme grande église gothique, dans le diocèse auvergnat, que la cathédrale de Limoges dans le diocèse limousin. A d'autres points de vue ces deux églises peuvent être rapprochées.

Il ne s'est écoulé qu'un quart de siècle entre la fondation de l'une et la fondation de l'autre.

Or il y a tant d'affinité dans le plan des deux chevets, dans les procédés de construction, dans les couvertures des chapelles latérales et rayonnantes, dans la combinaison du triforium et des fenêtres hautes, qu'on peut se demander si le maître de l'oeuvre de la première n'a pas été le maître de l'oeuvre de la seconde.

Quel que soit l'architecte qui a conçu le plan de la cathédrale de Limoges, il est certain qu'il fut un des plus habiles de son temps. Viollet-le-Duc classe l'abside parmi les plus remarquables œuvres du style gothique.

On a; dit, avec raison, que c'est un monument du Nord implanté en Limousin. L'influence de nos provinces septentrionales s'y laisse sentir, en effet.

Nous ne trouvons, ni dans le Centre, ni dans l'Ouest, aucun édifice qui puisse lui être comparé.

C'est à l'architecture du Nord qu'il faut le rattacher, comme les cathédrales de Clermont-Ferrand et de Narbonne. Mais la cathédrale Saint-Etienne de Limoges n'est la copie d'aucune autre. Même dans le groupe de Clermont et Narbonne elle a sa physionomie propre, qui tient à la fois à son emplacement, aux matériaux employés et peut-être aussi à l'habileté des ouvriers.

De même qu'elle est restée longtemps inachevée, elle a attendu longtemps son historien. L'érudit abbé Arbellot lui consacra en i852 une première étude. Devenu chanoine titulaire, il reprit son travail, le mit au courant, et publia en 1883 une monographie étendue sous forme d'un volume de 288 pages. Dans cette étude, tout ce qui a trait à l'histoire de la cathédrale gothique et aux campagnes de travaux qui ont été entreprises depuis le XIVe siècle, est excellent et nous y avons abondamment puisé. Malheureusement le livre a été publié avant l'achèvement de la construction des dernières travées, et il reste donc incomplet ; malheureusement aussi il est dépourvu de plan et de gravures, lacune regrettable dans un ouvrage dont une bonne partie est une description archéologique.

Le cadre des « Petites Monographies » nous a imposé l'obligation de résumer ce que nous appelons les origines de la cathédrale. Nous avons cherché à dégager des légendes ce qui paraît avoir un caractère historique; et si l'église romane nous a arrêté un peu plus longtemps, c'est qu'il en subsiste deux morceaux importants, d'un incontestable intérêt, la crypte et trois étages du clocher.

Quant à la cathédrale gothique, qui fait le principal objet de cette monographie, nous avons cru devoir en donner d'abord la description d'ensemble et réserver pour le chapitre suivant l'historique de sa construction. Voici la raison qui nous a fait adopter cet ordre assez contraire à l'usage courant.

Le visiteur est frappé par l'unité du plan de la cathédrale de Limoges ; les différences de détails ne sont pas d'emblée perceptibles pour lui; l'œuvre, dans toutes ses parties, lui paraît harmonieuse et homogène. Telle est sa première impression. Ce n'est qu'après, et par une application de son esprit, qu'il voit la différence des profils et de la décoration, et qu'il en recherche les causes dans la chronologie des campagnes de travaux. Nous avons fait comme ce visiteur auquel notre petit livre est destiné.

 

 

    LACATHÉDRALE DE LIMOGES

 

I.

 

LES ORIGINES

 

Dans une ancienne Vie de saint Martial, faussement attribuée à un auteur du VIe siècle, on lit que l'apôtre du Limousin, suivi de tout le peuple, se rendit au temple païen de Limoges, y brisa les statues de Jupiter, de Mercure, de Diane et de Vénus, et le consacra à saint Etienne(1). Reprenant cette légende, le moine Adémar, dans son VIIIe sermon, écrit au commencement du XIe siècle, dit que saint Martial fit du temple de Jupiter à Limoges l'église du Rédempteur (2).

Qu'y a-t-il de vrai dans cette tradition ? Sans faire aucun cas, tant la source est suspecte, des nombreux morceaux de sculpture antique qui auraient été trouvés, d'après Beaumesnil (3), sur l'emplacement de la cathédrale actuelle et dont cet artiste nous a laissé les dessins, il est certain qu'à la fin du XVIIIe siècle, des fouilles exécutées non loin du chevet remirent au jour des fragments de bas-reliefs et des inscriptions romaines attestant l'existence, d'un édifice remontant aux premiers siècles de notre ère (4) des sondages plus récents, exécutés sur le même point, ont fait découvrir une base de colonne, une aire en ciment mêlé de tuileaux et des débris d'ornements en marbre ; enfin, l'abbé Arbellot a observé, au-dessous des fondements du portail du Nord, une maçonnerie qui lui a paru être de la même époque (5).

La première église dédiée à saint Etienne s'éleva donc sur l'emplacement d'une construction plus ancienne qui a pu être un temple païen, un palais ou une villa. Voilà tout ce qu'il faut retenir de l'antique tradition. Les textes qui disent que cette église fut installée dans un temple de Jupiter, consacré au Rédempteur par saint Martial, sont trop légendaires pour que nous puissions les accueillir sans les plus expresses réserves (6).

Du Ve au IXe siècle, Limoges fut dévastée à trois reprises : Evarix à la fin du Ve siècle (7), Pépin en 761 (8) les Normands en 846 ou 847 (9), s'emparèrent de la Cité, la pillèrent et la livrèrent aux flammes. Il est probable que l'église Saint-Etienne, située au cœur de la Cité, ne fut pas épargnée et dut être reconstruite plusieurs fois en tout ou en partie.

Lorsqu'on creusa le sol, en 1876, pour les fondations des travées qui ont été ajoutées à la nef gothique, on découvrit les premières assises de deux murs parallèles, très rapprochés l'un de l'autre, s'étendant de l'Est à l'Ouest, et appartenant à des époques différentes. L'un était le mur latéral sud d'une église romane, avec ses larges piliers qui empiétaient sur l'autre mur plus ancien et construit en « petit appareil, bien moins régulier que l'appareil romain, surtout bien moins cimenté, et mélangé irrégulièrement de briques épaisses (10). »

Ce second mur, intérieur par rapport au premier, appartenait sans doute à une église préromane plus étroite. C'est le seul vestige que nous puissions signaler de l'édifice chrétien antérieur au XIe siècle.

 

(1) Vie prolixe de saint Martial, édition de Walter de Gray Birch, Londres, 1877, p. 14.

(2)Bonaventure de Saint-Amable. Histoire de saint Martial, t. II, p. 216.

(3) Allou. Description des monuments des différents âges observés dans le département de la Haute-Vienne, pp. 73 et suiv.

(4)Arbellot. Cathédrale de Limoges, histoire et description, 1883, p. 6. 

(5)Ibid., p. 6.

(6)D'après une légende qui s'est perpétuée depuis le commencement du moyen âge, saint Martial aurait évangélisé le Limousin peu d'années après la mort du Christ; mais il semble définitivement établi aujourd'hui que son apostolat ne remonte qu'au m0 siècle. C'est de cette époque que daterait la première église chrétienne de Limoges.

(7)Sidoine Apollinaire. Epistolae libr. YII. ép. VI.

(8)Bernard Gui, apud Labbe, Nova Bibliotheca, t. II, p. 297.

(9)Adémar de Chabannes. Chronique, publiée par Jules Chavanon, 1897, p. 134-

(10)Arbellot. Cathédrale de Limoges, p. 14.

 

 

René FAGE.

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DE


LA MONARCHIE 

 

FRANCAISE

 

DEPUIS SON ETABLISSEMENT

 JUSQU'A NOS JOURS

 

OU

 

RECHERCHES

 

SUR LES ANCIENNES INSTITUTIONS FRANCAISES,

 LEUR PROGRES, LEUR DECADENCE,

 ET SUR LES CAUSES QUI ONT AMENE LA REVOLUTION

ET SES DIVERSES PHASES JUSQU'A LA DECLARATION D’EMPIRE

 

AVEC

 

UN SUPPLEMENT

 

SUR LE GOUVERNEMENT DE BUONAPARTE

DEPUIS SON COMMENCENS JUSQU'A SA CHUTE

 

ET SUR LE RETOUR DE LA MAISON DE BOURBON

 

PAR M.LE COMTE DE MONTLOSIER

DEPUTE DE LA NOBLESSE D’AUVERGNE AUX ETATS-GENERAUX.

 


 

VOLUME PREMIER.  1er EXTRAIT.


LIVRE PREMIER. SECTION PREMIERE.

 

 

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AVERTISSEMENT.


Il m'est indispensable de faire connaître l'époque à laquelle cet ouvrage a été composé, ainsi que les circonstances qui ont déterminé sa composition.

 

Attaché au Ministère des Relations Extérieures, je reçus du ministre de ce département, quelques mois avant la déclaration d'empire, l'ordre du Premier Consul de travailler à un ouvrage dans lequel je rendrais compte : « 1° de l'ancien état de la France « et de ses institutions ; 2° de la manière dont la révolution était sortie de cet état de choses ; 3° des « tentatives faites pour la renverser ; 4° des succès « obtenus par le Premier Consul à cet égard ;et de « ses diverses restaurations. » Cet ouvrage devait être prêt et publié à l'époque prochaine de la déclaration d'empire. Quelque grande que fût cette tâche, sous beaucoup de rapports, j'y étais préparé. Dès ma première jeunesse, je me suis occupé de l'état de nos anciennes institutions : j'avais ainsi sur cette matière de grands travaux accumulés. En ce qui concerne la révolution, je n'avais de même qu'à rappeler à ma pensée ce que j'avais publié précédemment, soit comme membre de l'Assemblée Nationale, soit pendant le cours de mon émigration.

 

Avec toutes ces ressources, si je n'ai pu remettre, avant quatre ans, un ouvrage qui devait paraître dans quatre mois, ce n'est pas seulement, comme on l'a cru, par le dégoût d'attacher mon nom à un événement que je devais sans doute subir, mais que je n'avais probablement aucun penchant à consacrer ;c'est surtout à cause de la difficulté particulière attachée à un pareil travail. Cette difficulté consistait dans le dégoût de composer, comme destiné à la publicité, un travail que je ne pouvais faire que selon ma pensée, et que, par là même, je savais d'avance condamné à l'oubli et à l'obscurité.

 

En remplissant selon ma conscience la tâche qui m'était proposée, ma volonté sans doute a été de rendre des hommages à l'homme qui avait vaincu la révolution, et qui s'était mis ensuite à dessiner, dans des directions différentes, les commencemens d'un ordre social : je n'ai pas attendu, sur ce point, l'année 1804; mes sentimens à cet égard ont été prononcés en Angleterre dans plusieurs articles de mon Courrier de Londres. Cependant cette part une fois faite, cette dette acquittée, on sent que je ne pouvais aller au-delà.

 

En relisant les épreuves dans le cours de l'impression, j'ai cru reconnaître sur certains points des inexactitudes de touche qui me sont échappées. Je les ai accompagnées de notes ; je n'ai pas voulu les effacer. Mon intention a été de livrer au puhlic cet ouvrage, tel que je l'ai composé pour Napoléon.

 

Si jamais je puis croire que le reste de mes travaux soit, ou de quelque utilité, ou de quelque intérêt, qu'on soit sûr que je mettrai et la même fidélité et le même empressement à les publier ; le lecteur en verra du moins un extrait dans le tableau du règne de Napoléon, qui forme ma cinquième partie. Les temps de la révolution ont été bien divers, bien difficiles, bien embarrassés ; il n'en est aucun où je ne sois heureux de pouvoir faire connaître au public et ma conduite et ma pensée.

 

  PREMIÈRE PARTIE.

LIVRE PREMIER.


J’ai à décrire l'état de la France sous nos deux premières races. J'ai à faire connaître nos premières lois, nos premières institutions, nos premières mœurs. On trouvera que j'ai entrepris une grande tâche. Comment croire qu'il soit possible d'énoncer quelque chose de juste sur nos temps antiques, lorsque les hommes, qui ont le plus soigneusement recherché ces matières n'ont pu les éclaircir? Je ne me laisserai point intimider par cette difficulté. Nos premières institutions se rattachant à celles des âges subséquens, celles-ci à tout ce que nous avons vu établi dans ces derniers temps, cette longue série forme un enchaînement qu'il faut absolument apercevoir dans ses principes, pour l'apprécier ensuite dans ses résultats. On connaît les points qui ont divisé nos meilleurs écrivains. On connaît aussi ceux surlesquels ils se sont généralement réunis. Je me garderai bien de prendre un parti dans ces débats : car ils me paraissent mal engagés. Les études en ce genre ont été si mal faites, que souvent le véritable état de la question n'est pas même établi. J'affirmerai que tous ces prétendus envahissemens des seigneurs dont il est si souvent question dans les ouvrages modernes n'ont aucune réalité ; que les justices seigneuriales qu'on croit avoir été envahies sur le déclin de la seconde race, sont plus anciennes que la monarchie ; j'en dirai autant des censives, de la servitude, de la glèbe, et des guerres particulières ; enfin j'espère montrer que tout ce qui a été écrit jusqu'à présent sur les causes et l'origine du gouvernement féodal, est un amas de rêves, de futilités et de faussetés.

Je ne me dissimule point ce que doit m'attirer de défaveur un dissentiment aussi prononcé. Celui qui ne cherche que la vérité n'a pas besoin de faveur. Je traiterai d'abord de l'établissement des Francs. Je dirai comment s'est formé le rapprochement, et ensuite le mélange des divers peuples qui sont entrés dans les Gaules, et je décrirai le nouvel ordre social qui en est résulté. 

Je traiterai en second lieu de l'autorité royale, ainsi que de la succession au trône ; enfin je rendrai compte des causes qui ont amené la chute de nos deux premières races, et élevé la maison capétienne sur le trône.

Mon intention est de diriger d'abord ma marche comme les événemens, sans l'embarrasser ou l'arrêter par les discussions. Toutefois les points de controverse ne seront pas négligés. Arrivé au chef de la troisième race, je reviendrai un moment sur mes pas pour traiter toutes les grandes questions que ces temps anciens ont fait élever.

 

SECTION PREMIERE.

 

Un groupe de petits états plus ou moins liés  par les mêmes mœurs et par les mêmes intérêts : telle a été la forme primitive de toutes les grandes nations occidentales. Quelques domaines sous la protection des villes formaient ces états. Les gaules furent, à cet égard, constituées comme la Grèce ; l’Italie, comme les Gaules. Les Germains n’offrent d’exception qu’en un seul point : le territoire, chez eux, formait la cité ; ils ne connaissaient point la propriété, les terres. Ils n’avaient ni châteaux, ni villes, ni villages. 

Poussés par l’inquiétude de leurs dissensions intérieures, les Romains durent la conquête du monde aux arts de la guerre, et à cette espèce d’orgueil qu’ils appelèrent amour de la gloire. Animés par l’espoir du butin et par un profond mépris pour les autres nations, le courage brut et sauvage des Gaulois ravagea le monde. Les Germains défendus par leurs mœurs encore plus que par leurs forêts, résistèrent d’abord aux Romains qui avaient conquis les Gaules; ils ressuscitèrent  ensuite les Gaules et  soumirent le peuple romain.

Si on ne veut les considérer que relativement au fracas qu'elles ont fait dans l'histoire du monde ; chacune des ces nations a sa portion de gloire. On peut dire toutefois que les Gaulois, en ont plus que les Germains, les Romains plus que les Gaulois. Relativement aux mœurs et à l'énergie des institutions,  c'est l'inverse. Les Gaulois ont beaucoup de grandeur en ce genre que les Romains, les Germains que les Gaulois.

Ce n’est point du fracas des dévastations et des conquêtes que j’ai à occuper ici le lecteur : je dois ajouter que ce n’est pas non plus de tout ce vain bruit que font les lettres et les arts. En portant mes regards vers le berceau de la nation française, j’ai le bonheur de le voir entouré de beaux sentiemens plus que de belles lettres et de vertus encore plus que de gloire.

Les mœurs de trois grands peuples, voilà où j’ai principalement à tourner mon attention ; j’ai  à montrer comment ces peuples, étant venue se rapprocher,  leurs mœurs se sont rapprochés également, de cet amalgame on a vu se produire, avec l'apparence de quelques formes nouvelles, un peuple gouverné en réalité par des mœurs et des institutions antiques.

C’est ce qui distingue dès son commencens le peuple français des autres peuples du monde. Les autres nations ne sont dans leur origine qu’un germe qui s’accroît peu à peu, se fortifie et s’étend. La France, au contraire, en se présentant au milieu des autres nations avec l’apparence d’un pays et d’un peuple nouveau, se trouve en réalité, dès son berceau même, composée avec toute l’énergie d’un peuple mûr.

Cette circonstance qui rend raison de l’éclat immense du peuple français dès le premier moment qu’il paraît sur la scène du monde, rend également raison de quelques obscurités qui se trouvent répandues sur ces commencens. Dans ces obscurités, toutefois, il est essentiel de distinguer celles qui proviennent de la nature des temps, et celles que notre fausse science a faites. Des nuances appartenant à trois sources différentes peuvent offrir des contradictions et des vissicitudes : les obscurités de ce genre sont susceptibles de s’éclaircir. Il n’en est pas de même de celles que notre fausse science a composées.

Qui n’a pas lu dans nos livres les nombreuses recherches sur l’institution de la féodalité, sur celles des seigneuries, sur l’usage des guerres particulières, sur le droit de censive et celui de justice, sur l’origine de la pairie, de la noblesse et des anoblissemens, sur l’ancienne distinction des terres, des personnes et des rangs ? Chacun a assigné à cet égard des époques à sa manière. Celui-ci a vu dans nos institutions un résultat de guerre et de conquête : il a désigné pour époque l’envahissement des barbares ; celui-là a vu de préférence les effets de la tyrannie, ou des usurpations d’une caste : il a désigné l’état d’affaiblissement de l’autorité royale. Une autre se prévalant de ces contrariétés pour s’abandonner au pyrrhonisme, a vu dans les routes diverses un prétexte pour n’en tenir aucune. On l’a entendu citer, comme essentiellement propres à ces matières, les ténèbres que nos écrivains avaient créées...

Je ne sais si je parviendrai à éviter, comme il convient, tous ces écueils. Je me garderai au moins d’en assigner une origine aux grandes institutions de la France ; persuadé, comme je le suis, que cette origine appartient à l’origine même des trois grandes nations dont elle s’est formée.

Et d’abord, comme les Germains n’avaient ni domaine, ni village, ni ville, ce ne sera point chez eux que j’irai chercher celle de nos institutions qui sont relatives, soit à l’administration des cités, soit au gouvernement des domaines, soit, en général, à tout ce qui peut concerner la propriété des terres. D’un autre côté, les mœurs gauloises ayant été courbées pendant près de quatre siècles sous le fer des Romains, ce ne sera point dans les mœurs dégradées et avilies des Gaulois, non plus que dans les mauvaises mœurs et les mauvaises lois de Rome, que j’irai chercher ce lustre de grandeur, d’honneur et de générosité, qui, dès ses premiers âges, caractérise la France. L’objet de mes recherches peut se réduire à ce peu de mots. Comment les mœurs germaines sont-elles parvenues à s’associer à ce qui restait encore des mœurs gauloises ? Quel a été le mouvement de ces mœurs germaines tout énergiques, au milieu de ces mœurs gauloises tout avilies ? Mon but étant bien connu, je vais rechercher, 1° l’ordre social des Gaules avant la domination des Romains ; 2° l’ordre social des Gaules sous la domination des Romains.

Un premier point remarquable dans la Gaule antique, c’est la distinction des terres. Lorsque les Romains entrèrent dans les Gaules, les terres (choses singulières) avaient des conditions et des rangs. Soit qu’une partie des propriétaires eussent été amenés à livrer de gré à grè un tribut sur leur possession, à l’effet de s’assurer la protection de personnages considérables ; soit que les besoins de Etat eussent déterminés depuis longtemps un ordre régulier de rétributions, les propriétaires des Gaules présentent, dès la plus haute antiquité, deux ordres différens. Ici c’est la terre tributaire, assujettie, ainsi que le porte sa dénomination même, à un ordre régulier de tributs, qu’on a depuis appelé cens, là c’est la terre libre et indépendante appartenante en toute franchise à son maître,  et plus connue particulièrement par la suite sous le nom d’alleu.  Une double condition des personnes correspondant à cette double condition des terres. Le possesseur d’une terre libre est classé parmi les ingénus : c’est une espèce d’ordre de noblesse. D’un autre côté, le possesseur d’une terre assujettie au tribut est classé parmi les hommes tributaires : ce sont les roturiers de ce temps là. Au-delà de ces deux classes ; si l’on veut apercevoir aux deux extrémités, savoir, en haut les membres des sénats des villes en qui résidait la principale part de la souveraineté publique, et en bas les esclaves proprement dits, qu’on vendait, qu’on achetait, et qui n’avaient ni propriété, ni existence civile, on aura un aperçu complet de toute le population des Gaule.

Les justices seigneuriales, dont l’origine a donné lieu à tant de déclamations, appartiennent au même temps. On les trouve établies dans les Gaules avant l’arrivée des Romains, à peu près comme on les a vues dans ces derniers temps. César nous apprend que c’étaient les principaux personnages, qui dans chaque canton rendaient la justice à leurs subordonnés. Il en est de même des guerres particulières, du droit d’entretenir les corps armés. César nous apprend que chaque personnage, selon qu’il était plus considérable par son rang et ses richesses, s’entourait d’un plus ou moins grand nombre d’hommes armés, qui lui étaient dévoués et qui composaient sa garde. D’un autre côté chaque ville était indépendante d ‘une autre ville, et qu’elles avaient chacune leur milice particulière, on les voit négocier entr’elles des traités, et faire, ainsi qu’il leur convient, la paix ou la guerre

Tel était, sous ce rapport, l’état antique et immémorial des Gaules. Je passe à la domination des Romains. Cette domination ne changea dans aucun des points l’ordre établi. Il est à remarquer que, tout conquérans qu’ils étaient, les Romains évitèrent de s’en arroger le titre ; la Gaule ne fut point regardée dans le principe comme une conquête, mais seulement comme un pays confédéré. Dans la suite des temps, il n’est jamais question que des anciens traités, prisca foedera. Les Gaulois ne sont point appelés les sujets de Rome, mais seulement ses alliés ; socii. Les villes des Gaules se conservent ainsi avec leur sénat, leur milice, leurs lois municipales ; il n’y a de nouveaux que le corps de troupes romaines stationnés ça et là avec leurs commandemens militaires. Il faut ajouter, sous le nom d’indiction et de superindiction, le tribut qu’il fallu payer au vainqueur.

Non seulement les Romains ne prirent point d’ombrage de tout cet ancien régime des Gaules ; ils mirent même du zèle à le protéger. Ils tolérèrent les anciennes diètes générales ; ils allèrent quelquefois jusqu’à les convoquer.

L’ancienne hiérarchie des rangs et l’ancienne distinction des terres ne reçurent pas plus d’altération : on continua à distinguer dans les Gaules des terres libres et terres asservies ; des hommes ingénus et des hommes tributaires. Les justices seigneuriales se conservèrent de même. De grands jurisconsultes ont cru que Justinien, dans ses Novelles, avait consacré le droit de justice comme inhérent à la seigneurie. Les preuves qu’ils en rapportent ne me paraissent pas décisives ; mais j’ai lieu de croire que rien ne fut changé sur ce point dans l’ancien état des Gaules. 

Relativement aux guerres particulières, l’ancien ordre social ne fut pas changé : les cités des Gaules continuèrent à se battre les unes contre les autres, quand cela leur convint ; les Romains ne s’en embarrassèrent en aucune manière. L’établissement des Francs et des autres nations germaines : voilà où commencent les grandes difficultés.

Mais d’abord nous devons observer que les Francs suivirent presqu’en tout l’exemple des Romains. C’est un point qui a été très-bien éclairci par l’abbé Dubos.

Clovis continua à gouverner les Gaules selon les lois gauloises : il conserva le régime particulier des campagnes qui étaient distribués en seigneurs et en colons, il conserva de même le régime particulier des cités, leur sénat, leurs curies, leur milice. Ni le droit, ni le titre de conquérant ne se montrèrent. Celui qui fut roi des Francs ne fut pour les Gaules qu’un Patrice, ou un consul romain. Ce prince accepta avec beaucoup d’empressement ces deux titres, qui lui furent déférés par l’empereur Anastase : il parait qu’il y attacha plus de prix qu’à son titre de roi.

On ne peut douter de ces égards des Francs pour les Gaulois. Après la destitution de Childérich, la couronne fut donnée non à un Franc mais à un Gaulois. Un Gaulois est fait duc de Melun sous Clovis ; ce Gaulois est en même temps premier ministre de ce prince et son ambassadeur. Enfin les Gaulois sont appelés à toutes les charges du royaume ; on en trouve dans la loi salique faisant partie de la cour du monarque, et désignés sous le nom de convives du roi.

Le même respect est porté aux institutions ; et d’bord c’est la même hiérarchie des propriétés. La loi salique fait mention d’un ordre des terres assujetties au tribut, et appelées pour cette raison tributaires ; elle fait mention aussi d’un ordre des terres franches et allodiales, et appelées pour cette raison alleu. On y trouve le même ordre correspondant de personnes : le Gaulois possesseur, c'est-à-dire celui qui possède ses terres en propre, et le Gaulois tributaire, c'est-à-dire celui qui possède ses terres à la condition du tribut.

Les justices seigneuriales ne reçoivent pas plus d’altération ; il est fait mention de ces justices dans la loi des ripuaires ; elles sont rappelées expressément au concile de Paris, en 615. Il en est de même des guerres particulières. On voit sous la domination des rois mérovingiens, ainsi que sous celle des Romains, diverses cités gauloises se déclarer la guerre. On voit dans les Formules de Marcoule, de la même manière que dans les Commentaires de César, les grands seigneurs se faire accompagner d’une escorte guerrière. Il semble, d’après ce qui vient d’être dit, que les Francs conservèrent en s’établissant tout l’ancien régime des Gaules ; et néanmoins nous allons voir peu à peu ce régime se modifier en plusieurs points et s’altérer.

Il ne faut pas oublier qu’en arrivant dans les Gaules, les Francs y portèrent des lois, des mœurs, un langage même qui leur était propre : or ; tout en respectant l’ancien régime des Gaules, comme ils ne voulurent point abandonner le leur, il dut y avoir, pendant quelque temps, à plusieurs égards, comme deux régimes divers : l’un tenant à l’ancienne constitution des Gaules ; l’autre appartenant à la nouvelle nation qui s’était établie. Ces deux régimes mis en présence l’un de l’autre durent s’embarrasser quelquefois : peu à peu ils se mêlèrent ; ils finirent par se confondre.

C’est ce que nous attestent nos anciens monumens. Ils nous présentent trois âges distincts. Le premier, celui où les divers peuples sont en présence les uns des autres, et demeurent séparés ; le second, celui où les divers peuples commencent à se fondre ensemble et à s’amalgamer ; le troisième, celui où on voit de cette fusion même de cet amalgame se produire un nouvel état social

Lorsque Clovis, après s’être défait de ses compagnons d’armes, qui avaient voulu être ses rivaux, eut soumis successivement  les Armoriques et les Francs ripuaires, les Bourguignons et les Visigoths, comme les lois et les institutions de chacun de ces peuples leur furent religieusement conservées, les Gaules eurent beau se trouver réunies sous le même gouvernement, elles présentèrent moins une nation, qu’un agrégat de nations.

Cet état n’est susceptible d’aucun doute. Dans les anciennes chartres, les ordres sont adressés aux Francs, aux Bourguignons, aux Romains. On ajoutait : et à toutes les autres nations qui sont établies dans les Gaules. Je dois remarquer que ce langage s’est conservé dans les âges suivans. Jusque dans ces derniers temps, les rois dans leurs adresses, soit au parlement, soit aux autres grandes corporations, continuaient à employer l’expression nostras gentes ; nos gens.

On conçoit tout ce qu’a du produire de confusion le rapprochement habituel de plusieurs nations diverses, de mœurs diverses. Je citerai quelques exemples de cette confusion.

J’ai fait remarquer, comme existant de toute antiquité ; deux espèces de terres, l’une assujettie au tribut, et appelée tributaire, l’autre allodiale, et appelée alleu ; j’ai fait remarquer de même deux ordres de possesseurs correspondans, les uns ingénus, les autres aussi libres à plusieurs égards, mais assujettis cependant à des devoirs et à des tributs. Dès que les Francs sont arrivés, la première chose à observer, c’est que tout l’ordre social se compte à double : on a d’un côté le Gaulois libre, sous le nom d’ingénu ; d’un autre côté le vainqueur, sous le nom de Franc ou d’homme salique.

L’ordre des terres libres se compte de même à double, on a d’un côté l’alleu ou la terre libre, possédée par le Gaulois ingénu, d’un autre côté la terre originaire de la conquête, appelée la terre salique.

Les lois des deux peuples ne sont, par la même raison ; ni tout à fait communes, ni tout à fait égales. Le Franc vainqueur veut avoir dans les délits une composition double, de celle du Gaulois ingénu. D’un autre côté, comme selon l’antique loi des Germains, les femmes ne succèdent pas, et que, selon les lois gauloises, les femmes succèdent, il se trouve que tandis que les femmes sont admises à la succession des propriétés libres gauloises, appelées alleu, elles sont excluses de la succession des propriétés libres, appelées terres saliques.

 

 

A suivre....

 

 

 

 


 

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Pairie

 

DE LA NÉCESSITÉ

DE LA NOBLESSE EN FRANCE,

OU POINT DE NOBLESSE, POINT DE MONARCHIE.

 

« Toute monarchie où il n'y a point de noblesse est une pure tyrannie.

Dans un Etat monarchique  le pouvoir intermédiaire, subordonné le plus naturel, est celui de la noblesse ;

 Abolissez ses prérogatives, vous aurez bientôt un état populaire, on bien un état  despotique »

Axiomes politiques des philosophes dans l'ancienne  Encyclopédie, au mot Noblesse.

 

La noblesse, depuis l'institution de la monarchie, a été le plus ferme soutien du trône et le corps intermédiaire le plus utile que le prince ait pu placer entre lui et ses peuples. Une fidélité à tonte épreuve, une bravoure qui servait d'exemple aux armées, une intégrité qui assurait une justice exacte et impartiale dans les tribunaux et dans les conseils, une cordialité et une loyauté qui ont purifié les mœurs farouches de la nation tels sont les principaux caractères d'un corps illustre, dont l'existence date parmi nous de plus de dix siècles.

Les fauteurs d'une révolution qui a précipité la France et l'Europe dans les malheurs les plus funestes avaient bien songé qu'ils n'arriveraient jamais à l'exécution de leurs projets criminels, s'ils ne sapaient, jusque dans ses fondements, l'édifice redoutable qui devait garantir le trône qu'ils voulaient attaquer, et delà toutes les calomnies toutes les persécutions et toutes les lois révolutionnaires qui ont enfin amené l'anéantissement de la classe la plus respectable de la nation, et préparé la ruine de la monarchie la plus ancienne et la plus illustre de l'Europe. Car, dès que la noblesse fut frappée, le trône, demeuré sans appui, fut précipité par des mains sacrilèges et parricides dans l'abîme d'une république, dont le souvenir laissera éternellement des traces de réprobation et de repentir.

Mais l'action du crime n'a heureusement que peu de durée, et les hommes, protégés par une Providence qui met toujours un terme à ses châtiments, finissent par reconnaître leurs erreurs et par revenir naturellement aux principes régulateurs de l'ordre social qui seuls peuvent maintenir et assurer le bonheur et le salut de tous. Ainsi donc cette monarchie, momentanément méconnue, reparut bientôt avec un nouvel éclat, et le prince législateur, qui ressaisissait le sceptre de ses ancêtres, pensa qu'il était de toute nécessité,  de toute justice de comprendre parmi les institutions fondamentales dont il posait les bases, celle d'un corps qui avait tant de droits à sa bienveillance, et la noblesse vit de nouveau son existence consacrée dans l'acte constitutif de l'état politique du royaume. Ce premier effet de la justice et de la puissance du souverain finira très-certainement par être expliqué, appuyé et étendu par ses illustres successeurs : car puisque la noblesse est nommée dans la charte constitutionnelle, comme faisant partie essentielle des institutions qui forment les bases de la monarchie restaurée, elle peut donc et elle doit s'attendre obtenir un jour la force et l'action nécessaire à la vibration du mouvement qu'elle est appelée à exercer, conjointement avec les autres corps constitués du royaume, puisqu'il est de principe politique que jamais un corps constitué ne peut rester muet ou immobile, et qu'il lui faut une action, un mouvement quelconque, afin de remplir le vœu et le but du législateur qui a présidé à sa création.

S'il en était autrement, il y aurait dérision dans la création, et jamais il n'y a rien de dérisoire dans la formation d'une loi tout y est sérieux, respectable et décisif.

Quelques publicistes ont pensé que la noblesse, dans nos nouvelles institutions, était ou pouvait être représentée par la chambre des pairs : ils sont dans l'erreur. La chambre des pairs ne représente aucun corps de l'état elle exerce une action suprême sur la législation du pays, et là se borne l'objet de son institution. Elle forme bien le premier corps des autorités instituées par la charte, mais elle n'a aucune qualité spéciale pour représenter telle partie de la nation plutôt que telle autre.

Ses éléments, d'ailleurs, se composent de toutes les classes de la société, nobles anciens, et plébéiens méritants, qui ont été revêtus, à la vérité de titres nobles; mais comme cette qualité n'est point essentielle pour arriver à la pairie, et que le prince nomme exclusivement les pairs, et les choisit parmi tous les sujets de son Empire, ce n'est donc point un corps représentatif, attendu que l'élection libre ou limitée, ou conditionnelle, faite par ceux qui doivent se faire représenter, est l'essence constitutive et indispensable des représentants. Or, c'est une erreur grave que de penser que la chambre haute représente la noblesse, et ce serait encore une erreur plus grave de dire que cette chambre remplace la noblesse dans nos institutions modernes, parce que la charte veut impérativement une chambre des pairs, PLUS une noblesse, des ducs,  des marquis, des comtes, vicomtes barons, etc… et elle se garde bien de dire que toutes les catégories que je viens de nommer sont confondues, remplacées ou représentées par la chambre des pairs; elle établit au contraire leur institution distincte et bien ostensiblement hors de la chambre des pairs. Donc la noblesse forme à elle seule un corps constitué, sans l'intervention ou la représentation de tout autre corps.

Je rappellerai même, dans cette occasion, que plusieurs écrivains ont disputé à MM. les pairs plébéiens, quoiqu'élevés aux titres de ducs, marquis, comtes, ou barons, la qualité de nobles, attendu que n'étant pas nés dans l'ordre de la noblesse, ils devaient, pour en faire partie d'une manière légale et usitée jusqu'à nos jours, obtenir indispensablement de la part du souverain des lettres d’anoblissement. Mais je combattrai cette opinion comme erronée, en me reportant à l'article 71 de la charte, qui s'exprime ainsi La NOBLESSE ANCIENNE reprend ses titres; la NOUVELLE conserve les siens. Donc le législateur, par le seul effet de cet article 71, institue, proclame et reconnaît la nouvelle NOBLESSE et elle est dispensée par cette reconnaissance solennelle de toute autre formalité particulière; elle est et forme bien la nouvelle noblesse, et il y aurait de la mauvaise foi à méconnaître le sens et l'expression formels de la loi. Il est d'autant plus essentiel à la nouvelle noblesse, admise à la pairie, de voir mon opinion consacrée, qu'il résulterait un effet bien singulier de l'opinion contraire; c'est que le fils aîné d'un pair, qui, par droit d'hérédité, arriverait à la pairie et au titre de duc, marquis ou comte dévolu précédemment à son père, verrait, du haut de cette élévation, ses propres frères puînés plongés dans la roture, quoique fils comme lui d'un pair duc, marquis ou comte, tandis que si, par l'effet de l'article 71 leur père commun est reconnu faire partie intégrante de la nouvelle noblesse, tous ses fils et leurs descendants en ligne directe, masculine et légitime, sont nobles, sans discussion. Voilà, à mon avis, le véritable sens de la loi, et il y aurait injustice à penser autrement. Cette position est même commune, hors de la pairie, à tous ceux qui ont obtenu des titres sous le gouvernement impérial, et il est du plus grand intérêt, pour eux et pour leurs descendants, qu'on n'applique pas un sens inverse à la loi suprême, attendu qu'à la mort du père investi d'un titre quelconque, tous ses enfants seraient rejetés du sein de la noblesse, et perdraient ainsi le fruit des travaux et de  l'élévation de leur père. Je dois, en écrivain intègre et impartial, mentionner les droits de chacun, et émettre l'opinion que ma grande habitude de la matière m'a fait puiser dans ma conscience.

Mais revenons à ce qui concerne l'ancienne noblesse proprement dite, et pensons qu'il sera un jour nécessaire que, de son propre mouvement elle fasse entendre sa voix aux pieds du trône et dans les chambres législatives, pour solliciter une loi qui, en conséquence de la volonté de la charte, la mette en rapport avec les autres corps constitués de la monarchie, et lui assigne une hiérarchie effective, que ces mêmes corps ont obtenue par le seul fait de leur institution; car le roi législateur, qui a voulu reproduire parmi nous l'ancienne noblesse, et les anciens titres avait bien pesé, dans son extrême sagesse, que cette institution était utile à l'État, et qu'il ne pouvait réédifier l'antique monarchie, sans rétablir un corps qui en avait fait la gloire et l'appui pendant plus de dix siècles, et qui pouvait de nouveau lui rendre les services les plus éminents. Mais pour arriver à son système restaurateur, mais pour établir la parfaite égalité devant la loi, qui était le sentiment et le vœu universel des Français, le monarque a supprimé des droits et des exceptions qui l'auraient entravé dans l'ensemble de son plan, et la noblesse, comme les autres corps de l'État, a perdu des droits exclusifs qu'elle n'a pas même la pensée de revendiquer, et dont elle sent la nécessité de faire le sacrifice au bien-être général. Cependant, quoique, par l'effet de la charte constitutionnelle, la noblesse perde des droits et des privilèges qui étaient immenses, elle n'a pas pour cela perdu son existence politique elle est avérée, elle est reconnue par cette charte même, et elle s'y trouve essentiellement liée aux autres corps de l'État, tels que le clergé, la chambre des Pairs, celle des Députés, les tribunaux, etc, etc. A la vérité, chacune de ces institutions a ses attributions consacrées et marquées, et la noblesse seule n'y fait que l'action décisive et péremptoire de la reprise de ses titres, sans qu'il y soit stipulé; à son égard, un autre mouvement dans les rouages politiques du gouvernement.

Mais les temps imposaient au législateur de faire la création, seulement, bien convaincu que plus tard on développerait sa pensée, et qu'on donnerait une force d'action à un corps constitué qui ne peut rester un être de raison, parce que, comme je l'ai dit plus haut, toute institution légalement établie doit exercer un mouvement dans la rotation de la machine politique. Ainsi le clergé d'aujourd'hui qui, par l'effet de la charte, a perdu des droits et des prérogatives sans nombre, se trouve comme la noblesse dans le droit commun des autres citoyens, imposé par la loi commune, et jugé par la loi commune mais, pour cela, il ne reste pas sans action, sans mouvement dans l'État et ses membres y remplissent des fonctions marquées, et y jouissent d'une considération qui dérive nécessairement de leur position. Il en est de même de tous les autres corps constitués, qui, malgré la perte de leurs anciens droits, prérogatives, immunités et exemptions, ont une action réelle, une vie pleine de force, dans le cercle de leur institution; par conséquent les antagonistes déclarés de la noblesse, qui sont très-chauds partisans de la charte ne peuvent, sans une injustice marquée, vouloir proscrire un corps qui est reconnu et constitué par la charte même. Car quel est l'acte qui fait de la France une monarchie constitutionnelle? la charte par quels moyens les partisans d'un gouvernement plus libre que celui qui existait avant la révolution agissent-ils? par les moyens propres de la charte; c'est donc la charte, enfin, qui fixe tous les droits, tous les devoirs, toutes les espérances? Oui ; eh bien! n'est-ce pas cette même charte ce même acte constitutif de toutes les institutions du royaume qui institue et reconnaît aussi la noblesse, et qui lui fait faire, par le seul motif de son institution et de sa reconnaissance, une action péremptoire, un acte de vie et de force des plus décisifs, en la réintégrant dans le droit absolu de reprendre des titres de ducs, marquis, comtes, vicomtes, barons, gentilshommes, etc., titres qui la distinguent éminemment de droit et de fait des autres citoyens. Donc l'égalité devant la loi, à l'égard des impôts, et des délits et des peines, n'a pas lieu en ce qui concerne les citoyens les uns envers les autres, et la masse s'en trouve naturellement distincte par l'effet de la conservation des titres parce que la même loi qui a prononcé cette égalité s'est empressée d'établir une différence marquée en faveur du corps reconnu de la noblesse : or tout titre comporte fonctions, ou transmet des droits à l'exercice d'un privilège ou à l'obtention de ce que nous appelons honneurs et la loi suprême n'a pu vouloir une noblesse, des ducs, des marquis, des comtes, vicomtes et barons, sans qu'ils pussent retirer de leur institution autre chose que la possession froide sèche et stérile de ces propres titres. La pensée et la volonté du législateur demeureraient sans effet, si ses successeurs ne leur donnaient pas l'extension qui leur devient convenable. Ainsi, que les partisans des libertés publiques appellent sans cesse à leur secours les volontés de la charte, la noblesse peut et doit les invoquer à son tour, comme un acte commun de la création de tous les rouages de la monarchie restaurée, et comme un monument protecteur de son existence.

Il ne serait pas convenable que la noblesse élevât des prétentions contraires au droit commun établi; mais il serait opportun, nécessaire qu'elle réclamât de la sagesse du prince et des législateurs, une loi quelconque qui donnât de l'action à l'institution qui en a été faite par la charte elle-même.

Si, d'après les principes que j'émets dans cette circonstance, les partisans du système constitutionnel ne voulaient pas apaiser leurs craintes, (bien frivoles à la vérité) à l'égard d'une loi qui  céderait les moindres avantages honorifiques à la noblesse, j'invoquerais, pour les déterminer, les propres dogmes, les propres axiomes politiques des philosophes encyclopédistes qui sont les patriarches, les guides et les patrons de nos philosophes modernes. Ces dogmes et ces axiomes se trouvent consacrés ainsi dans l’Encyclopédie, au mot noblesse :

 « On peut considérer la noblesse, avec le chancelier Bacon en deux manières, ou comme faisant partie d'un état, ou comme faisant une condition de particuliers ; comme partie d'un état, toute monarchie où il n'y a point de noblesse est une pure tyrannie; la noblesse entre en quelque façon dans l'essence de la monarchie, dont la maxime fondamentale est point de noblesse point de monarque. La noblesse tempère la souveraineté, et, par sa propre splendeur, accoutume les yeux du peuple à fixer et à soutenir l'éclat de la royauté sans en être effrayé. Une noblesse grande et puissante augmente la splendeur d'un prince. Dans un état monarchique le pouvoir intermédiaire, subordonné le plus naturel, est celui de la noblesse abolissez ses prérogatives vous aurez bientôt un état populaire ou bien un état despotique. L'HONNEUR GOUVERNE la noblesse, en lui prescrivant l'obéissance aux volontés du prince; mais cet honneur lui dicte en même temps que le prince ne doit jamais lui commander une action déshonorante. Il n'y a rien que l'honneur prescrive plus à la noblesse que de servir le prince à la guerre; c'est la profession distinguée qui convient aux  nobles, parce que ses hasards, ses succès, ses  malheurs même, conduisent à la grandeur. IL FAUT que dans une monarchie les lois travaillent à SOUTENIR LA NOBLESSE et à la rendre héréditaire, non pas pour être le terme entre le pouvoir du prince et la faiblesse du peuple, mais pour être le lien de tous les deux.  A l'égard de la noblesse dans les particuliers,  on a une espèce de respect pour un vieux château ou pour un bâtiment qui a résisté au temps, ou même pour un bel et grand arbre' qui est  frais et entier malgré sa vieillesse, COMBIEN EN DOIT-ON PLUS AVOIR pour une noble et ancienne famille qui s'est maintenue malgré les orages des  temps. Les rois qui peuvent choisir dans leur noblesse des gens prudents et capables trouvent,  en les employant, beaucoup d'avantage et de facilité : le peuple se plie naturellement sous eux comme sous des gens qui sont nés pour commander. »

Voilà donc le langage des plus puissants et des plus illustres partisans du système philosophique, à l'égard de la noblesse il est tel qu'aucun écrivain monarchique n'oserait le tenir, sans craindre d'attirer sur lui tous les anathèmes des publicistes du jour mais en même temps il est l'hommage le plus éclatant qu'on puisse rendre à un corps qui n'a cessé de faire les plus grands sacrifices pour le prince et pour la patrie et envers lequel l'emploi de la vérité était le premier besoin de la part même de ceux qui devenaient ses adversaires.

Mais les partisans des libertés constitutionnelles, en jetant au néant les opinions de leurs prédécesseurs, nous objecteront peut-être que, dans la restauration de la monarchie, il eût été convenable de ne faire aucune mention ni de la noblesse ni des titres qui en établissent le caractère; oh! alors ce serait substituer leur pensée, leur volonté à celles du législateur; ce serait eux qui se placeraient au-dessus de la loi et prétendraient la donner ; et si, à leur instar, chaque corps dans l'Etat, qui se trouverait contrarié par l'institution d'un autre corps, tenait le même langage nous verrions les tribunaux inférieurs récuser les cours suprêmes qui sont instituées pour censurer ou réformer leurs jugements; nous verrions le protestant persécuter et anéantir le catholique, et les moindres sujets de l'État prétendre tous à devenir les coryphées du gouvernement.

C'est alors que l'anarchie, qui détériore les nations, et rend victimes les meilleurs et les plus illustres citoyens, remplacerait l'action de la loi; les passions seules domineraient les peuples et chacun ne voulant que ce qui lui semblerait utile ou profitable, sacrifierait sans rémission tout ce qui lui paraîtrait inutile ou importun. Tel serait l'état déplorable des affaires publiques, si la puissance d'un monarque régulateur n'avait imposé la loi suprême qui doit tôt ou tard calmer tous les maux et faire revivre toutes les institutions nécessaires au bonheur et à la gloire de la France. Ainsi il est bien plus sage d'admirer et de respecter l'œuvre restauratrice que de chercher à la censurer, à l'affaiblir, à l'éluder cette œuvre de restauration a voulu l'égalité devant la loi, la juste répartition des impôts; elle appelle tous les Français méritants à tous les bénéfices de l'État; eh bien! que tous les anciens privilégiés donnent sans murmurer l'exemple de l'obéissance, qu'ils s'identifient avec les principes de la loi et qu'ils voient, dans les plébéiens méritants, des hommes dignes de toutes les récompenses nationales et monarchiques; mais aussi il est nécessaire, indispensable, que ces mêmes plébéiens ne prétendent pas aux faveurs exclusives de l'Etat ce serait une erreur et une injustice de leur part, attendu que dans l'État il existe d'autres classes que la leur, classes voulues et instituées par la loi même qui leur accorde tant de concessions.

Et parmi ces classes se trouve celle de la noblesse qui est impérieusement placée au rang des corps constitués ainsi donc il faut qu'ils s'habituent à respecter, à honorer cette même faiblesse, dont les titres proclamés constitutionnellement, leur annonce la pensée et la ferme volonté du législateur, de distinguer honorablement les NOBLES des autres citoyens.

Cette habitude viendra avec lenteur et quelques difficultés, à raison des horribles calomnies et des clameurs vociférées contre un corps aussi respectable, pendant la révolution, et que certains esprits, toujours disposés à des bouleversements politiques, se plaisent à entretenir parmi le peuple, aux yeux duquel ils présentent la noblesse comme une institution surannée, inutile, et tombée dans une telle décrépitude qu'elle est hors d'état de rendre désormais aucuns services au prince et à la patrie; ils ajoutent à un tableau aussi dépourvu de vérité l'épouvantait des droits féodaux l'envahissement exclusif des honneurs et des emplois de la cour et du gouvernement et avec un tel système de diffamation, ils s'opposent au vœu de la charte, à l'égard de la noblesse, tandis qu'ils ne cessent à chaque instant d'invoquer pour eux-mêmes la protection et l'appui de cette même charte ils, signalent encore quelques vieillards qui ont conservé l'usage de la frisure et de la poudre, ou qui portent leur épée d'une manière inusitée de nos jours, comme les seuls éléments de la noblesse, afin d'ajouter le ridicule, qui exerce un si fort empire sur les Français, au poison de l'imposture et de la calomnie. Mais parmi toutes les classes du peuple même, n'existe-t-il pas aussi des vieillards qui ont conservé tous les anciens usages des règnes précédents et qui n'en sont pas moins pour cela dignes du respect et de la confiance publics?. Malheur aux nations qui ne fléchissent pas le genou devant la vieillesse, et qui portent l'irrévérence et l'audace jusqu'à l'insulter! elles seront livrées à la fougue, à la tourmente des passions, et ne jouiront jamais du bonheur réservé à une sage et pieuse maturité…

Mais, que le peuple français se détrompe; si la noblesse a l'honneur et l'avantage de compter des vieillards, elle a le double honneur et le double avantage de compter aussi une multitude de jeunes gentilshommes qui servent actuellement dans nos armées et qui certes portent et manient l'épée avec autant d'art, de dextérité et de bravoure quelque plébéien que ce soit; dans la dernière campagne, ils ont servi de manière à mériter les éloges du prince et l'estime de la nation, autant que les plus vieux soldats, et ils ont fait espérer que la France, en cas d'attaque des étrangers, pouvait encore, comme sous l'ancienne monarchie, attendre son salut de leur courage et de leur dévouement.

Pour ramener les détracteurs de la noblesse à de plus justes sentiments, demandons-leur de quelle époque ils peuvent dater sa décrépitude prétendue et son absorption politique et militaire?

Ils ne remonteront certainement pas au-delà du siècle de Louis XIV, ni ne s'arrêteront pas à cette époque qui est une période de gloire et d'illustration des plus avérées pour la noblesse, dont les faits ornent les plus belles pages de l'histoire de France. Ils n'oseront pas, non plus, citer les fastes militaires du règne de Louis XV, parce que les batailles de Fontenoy, de Rocoux et de Lacvfeltd, en 1745, 1746 et 1747 sont là pour constater les efforts inouïs et le dévouement patriotique de la noblesse française; se borneront-ils à la guerre maritime de 1756; ils s'en garderont bien; car c'est dans ce temps même où les escadres françaises, sous les ordres de M. de la Galisonnière, mirent dans le désordre le plus effrayant les vaisseaux anglais et forcèrent leur amiral Bing à se réfugier dans sa patrie où il paya de sa tête le malheur de sa défaite? Ils ne parleront pas non plus d'une autre victoire maritime, remportée au Canada en 1758, par le marquis de Montcalm, sur le général anglais Abercrombi, qui fait un honneur infini à la marine française, qui n'avait cependant que des officiers nobles à sa tête? Enfin ils cèleront de même le gain des batailles de Cassel et de Johannisberg, par nos armées sous les ordres des maréchaux d'Estrées et de Soubise et du prince de Coudé batailles qui amenèrent la paix de 1763.

Nous voici maintenant arrivés au règne de Louis XVI, et à la guerre que causa avec l'Angleterre la reconnaissance faite par la France des États-Unis de l'Amérique en 1778. Les succès brillants de notre marine, toujours commandée par des officiers pris dans le sein de la noblesse, et entre autres par MM. de Bouillé, de Kersaint, d'Orvilliers, de Vaudreuil, de Chauffant, d’Estaing, de Grasse, de la Mothe-Piquet, de Guichen, de la Touche-Tréville, de Pochambeau, et de Suffren sont tracés dans l'histoire d'une manière ineffaçable, et forcèrent les Anglais à signer le traité de 1783, par lequel ils reconnurent, à l'instar de la France, cette même indépendance de l'Amérique.

Or, jusques à une époque tout-à-fait rapprochée de nous, il n'y a ni vieillesse, ni décrépitude, dans l'ordre de la noblesse ; c'est au contraire cet ordre qui, dans les armées de terre et de mer, toutes commandées par des généraux et officiers nobles, soutint l'honneur, et la gloire de la nation française!...

De 1783 à 1789 et 1793, nous entrons dans la période fatale de notre révolution, et là il convient encore d'examiner si la noblesse n'a pas tenté les efforts les plus généreux pour en arrêter le cours, c'est-à-dire pour sauver le monarque et la monarchie ?

Le désastre de nos finances faisait présager  depuis long-temps quelque grande catastrophe pour l'État, et la voix patriotique d'hommes estimables mus par l'amour du bien public réclamait l'intervention du riche, dans les impôts que payait le pauvre; la noblesse ne fut point insensible au malheur de ses compatriotes, et elle annonça dès ce moment l'intention de partager le fardeau du peuple; nous en avons pour preuve ce célèbre arrêt du parlement de Paris du 5 décembre. 1788 les pairs y séant, dans lequel le roi fut supplié de supprimer tous impôts distinctifs des ordres, d'établir l'égalité des charges; d'imposer la responsabilité des ministres, de proclamer la liberté individuelle des citoyens et la liberté légitime de la presse.

Cet arrêt du parlement assisté des pairs du royaume se trouve encore corroboré par l'arrêté des ducs et pairs de France, assemblés au Louvre le 20 du même mois, signé par trente deux d'entre eux, et présenté au roi, lequel était en ces termes « Sire, les pairs de votre royaume « s'empressent de donner à VOTRE MAJESTÉ et à la nation des preuves de leur zèle pour la prospérité de l'État et de leur désir de cimenter l'union entre tous les ordres, en suppliant VOTRE MAJESTÉ de recevoir le vœu solennel qu'ils portent aux pieds du trône, de supporter tous les impôts et  charges publiques dans la juste proportion de leur fortune sans exemption pécuniaire quelconque ; ils ne doutent pas que ces sentiments « ne fussent unanimement exprimés par tous les autres gentilshommes de votre royaume, s'ils se trouvaient réunis pour en déposer l'hommage dans le sein de VOTRE MAJESTÉ. »

Quoi les pairs du royaume, généreux interprètes de la noblesse, expriment leur vif désir de cimenter l'union entre tous les ordres, de supporter tous les impôts et charges publiques, dans la juste proportion de leur fortune, sans exception pécuniaire quelconque ; ils ne doutent pas que ce sentiment ne soit unanimement exprimé par tous les gentilshommes du royaume, et voilà les hommes que l'on voudrait représenter comme ayant ambitionné de dévorer l'État, et de faire supporter au peuple tout le poids de ses charges il y a véritablement calomnie, intentions coupables et criminelles dans un système de diffamation aussi odieux!...

Mais ne bornons pas là notre examen de la conduite patriotique de la noblesse, et ouvrons les cahiers de doléance présentés par chaque bailliage de France aux États-Généraux de 1789 ce sont les actes les plus sacramentels, les plus avérés et les plus authentiques du temps nous y trouverons les mêmes sentiments, le même amour du bien public, et surtout l'expression bien prononcée de subvenir au soulagement du peuple par l'intervention de l'égale répartition de l'impôt; à ces actes patents des sentiments de la noblesse, ajoutons ce qui s'est passé dans la séance des États-Généraux du 23 mai 1789 ; une députation de cet ordre se rendit à l'assemblée du tiers ou des communes, et y fit connaître sa résolution de renoncer à tous ses privilèges et de supporter AVEC ÉGALITÉ les contributions et les charges générales, CONFORMEMEMT, y est-il dit, A LA TRÈS-GRANDE MAJORITE DES CAHIERS, rédigés dans les assemblées bailliagères de ses commettants.

Or donc, la noblesse a manifesté, de la manière la plus solennelle, l'envie, le besoin de s'identifier avec le peuple, et de supporter avec lui le fardeau des charges de l'État, avant que le peuple même ne le demandât, ne l'exigeât par une révolution que des malveillants voulaient à toute force lui faire opérer.

Convenons maintenant qu'il eût été bien plus sage de profiter, pour rasseoir l'édifice social, des bonnes intentions de la noblesse et même de celles du clergé, que de monter l'esprit de la populace, pour le lui faire renverser, et précipiter ainsi la nation dans l'abîme d'une révolution qui a dévoré dans son cours et les nobles et les ecclésiastiques et les plébéiens et le riche et le pauvre !...

Ce serait une obligation de plus que la nation aurait à la noblesse, et certes ce ne serait pas une des moindres.

 La révolution du 14 juillet 1789 était tout-à-fait inutile, parce que le clergé, la noblesse et toutes les autres classes privilégiées de la France avaient fait l'abandon de tous leurs droits, exemptions et immunités, et s'étaient confondus de coeur et d'esprit avec l'ensemble de la nation pour ne former qu'une même famille, sous l'égide et la protection d'un gouvernement paternel.

Si cette révolution a éclaté, et si elle a eu de si terribles effets, ce n'est point aux grands corps de l'État, ni à la masse saine du peuple, qu'il faut en adresser le reproche mais seulement à des enfants perdus de la France, qui espéraient, en bouleversant tout, envahir et posséder, par l'effet de la révolte ce qui leur était échappé par l'effet de leur inconduite et de leur dissipation. Ces hommes turbulents et ambitieux ne jouirent pas long-temps du fruit de leurs erreurs et de leurs fautes car des hommes plus méchants et plus atroces parurent sur la scène politique et y opérèrent l'odieuse révolution de 1793 en envoyant à l'échafaud et en précipitant dans l'horreur des prisons leurs propres prédécesseurs dans le système révolutionnaire, et, en outre, tout ce que la France possédait d'hommes de bien.

Dans des circonstances aussi douloureuses, que fit encore une grande portion de la noblesse? Elle se réunit dans la Vendée, y prit les armes, associa le peuple de ces contrées à son honneur et à son dévouement, et là, lorsque dans toutes les autres provinces du royaume l'hydre à cent têtes vomissait son venin fatal et destructeur, le nom et l'autorité du roi furent reconnus, consacrés et maintenus.

La Vendée fut la France, et offrit un asile à la monarchie; la noblesse prouva alors à l'Europe

et à la nation que le lien qu'elle forme entre le prince et le peuple, selon la propre expression des philosophes encyclopédistes, n'était point rompu, et qu'elle avait, au contraire, les moyens de le resserrer avec plus de force et plus d'éclat. Effectivement, la fureur et le désespoir des révolutionnaires aidés de nombreuses armées, ne purent jamais parvenir à briser l'oeuvre de la noblesse et de la fidélité et la Vendée, sous l'étendard royal, demeura l'épouvante et l'effroi des fauteurs de la révolution, qui y rencontrèrent constamment l'ancienne monarchie, ses attributs, son pouvoir et sa force. Tant de dévouement de la part de cette province devra lui mériter nécessairement d'être proclamée, au jour de justice, le premier département de la France, car ayant défendu le prince et le sol, les hommes et le sol ne peuvent manquer d'être honorés.

Je viens de parcourir avec la plus exacte vérité toutes les époques les plus sérieuses de notre histoire depuis près de trois siècles, et de toucher à notre propre période, sans avoir pu rien découvrir qui me fit croire à la décrépitude de la noblesse, à l'inutilité de son existence et même à l'incohérence de son institution avec nos institutions modernes; tout ce que j'ai vu, lu, ressassé et médité, me porte  au contraire à la considérer comme un des corps qui ont rendu les plus éclatants services au prince et à la nation, et qui peuvent encore désormais coopérer au bonheur et à la gloire de la France.

La seule chose qui ait frappé mon imagination dans le cours de mes recherches, c'est de m'être convaincu que l'esprit de haine et d'animadversion que les fauteurs de la révolution ont répandu contre ce corps respectable, en 1789 et en 1793, se prolonge encore de nos jours, et que le venin de ces calomnies odieuses continue ses ravages et sert vraiment d'épouvantail, pour inspirer au peuple la crainte même du mot noblesse. C'est une manœuvre qu'il importe singulièrement à la noblesse de combattre et de détruire, et je crois qu'il n'est pas impossible d'y parvenir. La tactique usitée par ses adversaires est non-seulement de déverser sur elle et la calomnie et le ridicule, mais encore d'employer les cent voix de la renommée pour proclamer, vanter et grossir les réputations civiles et militaires qui se sont faites pendant la révolution, de telle manière que ceux qui en sont  l'objet sont présentés comme de vrais géants, tandis que les anciens nobles ne sont considérés que comme des pygmées.

Des biographies multipliées, des ouvrages qui relatent les événements militaires et les résultats de l'administration publique, des journaux quotidiens, qui forment un écho perpétuel de tous les  hauts faits des campagnes de la révolution, voilà ce qu'on présente au peuple pour nourrir son imagination, et la fixer absolument sur l'état actuel des choses, sans qu'il soit jamais question des événements et des traits héroïques et sublimes qui ont fait de la France la plus belle et la plus illustre des monarchies de l'Europe, avant nos troubles civils. Le présent est tout et le passé ne compte pour rien ; cependant le présent nous a occasionné des maux infinis, il a porté dans toutes les familles la désolation et la mort, il a attiré dans notre propre pays les armées étrangères qui pouvaient nous imposer le joug le plus affreux, il a fait naître des passions qui forcent chaque jour nos tribunaux à multiplier les condamnations aux peines capitales, et le passé, qui nous laisse les traces les plus caractéristiques de toutes les vertus publiques et privées, est à peine cité; tout date de la révolution et il semble qu'on veuille inculquer au peuple de ne pas aller au-delà. La France moderne est la seule France, et la France ancienne doit être effacée de tous les souvenirs!... Telle est la marche qu'on veut imprimer à l'esprit du siècle, il s'agit de savoir si la noblesse, par un silence qui lui devient fatal, autorisera plus long-temps une semblable déception ? Des écrivains, sans nombre, servent le parti de ses adversaires, et pas un n'est entré dans l'arène pour renouveler à la génération présente, et transmettre à la postérité tous les faits importants, tous les traits d'héroïsme qui font, de ce corps illustre, les ainés et les vétérans de nos héros modernes !...

D'où peut provenir une semblable crainte et un pareil abandon? ce n'est pas certes la matière qui manque, car il n'est aucun sujet qui offre plus de ressource et d'abondance, et qui présente plus de type à la pratique de toutes les vertus, à l'exercice de tous les talents. Dans l'art militaire, dans la conduite des armées, dans l'action des batailles, on pourrait citer avec éclat toutes les familles nobles de France ; il n'est pas une d'elles qui n'ait fourni, au moins, dix personnages qui n'aient fait autant, et peut-être plus, que tous les modernes dont nos écrivains portent si haut la réputation ; dans l’administration de la justice le souvenir seul des vertus et de l'intégrité des membres des anciens parlements nous impose encore un respect qui se prolongera autant que l'existence de

la monarchie, et nos tribunaux modernes ne peuvent choisir de plus parfaits modèles; dans les sciences, les arts et la littérature, c'est encore la noblesse qui a fourni tous les patriarches, tous les patrons de nos savants modernes; la philosophie même lui doit ses plus illustres et ses plus sages zélateurs.

C'est encore la classe de la nation qui a le plus exercé la bienfaisance et fait le meilleur emploi de ses richesses; les fondations d'hôpitaux, de collèges, d'académies, et de toutes autres associations de charité et de philanthropie, lui sont dues dans la plus grande majorité ; le château était le véritable asile du pauvre, jamais il ne s'y présentait en vain ; les châteaux sont tombés, et l'infortune reste sans appui! la noblesse est donc, sans contredit, celui de tous les corps de l'état qui présente le plus grand nombre d'hommes utiles, sous tous les rapports de l'ordre social; depuis dix siècles jusqu'à nos jours inclusivement, ces hommes ont pratiqué et propagé toutes les vertus, toutes les sciences dont la nation se fait un si grand avantage aujourd'hui, et il y aurait de l'ingratitude et une injustice criante à méconnaître cette éclatante vérité.

Mais ce qui prive la noblesse de tirer parti de sa position, quoique des plus imposantes, c'est qu'elle a négligé et qu'elle néglige encore de faire constater tous les faits qui peuvent l'honorer, et qui lui donneraient une supériorité marquée, dans notre histoire nationale, sur tout ce que nos écrivains peuvent mentionner à l'égard des modernes. Elle a pensé, sans doute, qu'il lui suffisait d'avoir agi, et d'avoir rempli ses devoirs, sans recourir à la publicité, qui est aujourd'hui le seul moyen d'acquérir de la célébrité et d'obtenir la reconnaissance et l'admiration des peuples.

Les seuls écrivains qui aient prétendu lui consacrer leurs travaux sont les généalogistes, et c'est ce dévouement qui ne prenait et qui ne prend encore origine que dans la cupidité la plus répréhensible, qui lui est devenu beaucoup plus nuisible qu'utile. « A quoi bon, disent les adversaires de la noblesse, que nous sachions que telle ou telle famille perde son origine dans la nuit des temps, ou qu'elle ait l'avantage d'être noble depuis quatre ou cinq cents ans, si c'est en cela qu'elle fait consister toute sa gloire, toute son importance? ne sait-on pas que ces généalogistes à gages sont toujours prêts à vendre plus ou moins de siècles, selon qu'on leur offre plus ou moins d'argent, et qu'en conséquence leurs ouvrages ne peuvent inspirer la moindre confiance, le moindre crédit?»

En effet, dans les circonstances actuelles, quel fruit la noblesse peut-elle retirer de l'impression de ses généalogies dans des ouvrages que personne ne lit, et qui sont composés et imprimés par des hommes qui n'ont aucun mandat, aucun caractère légal, pour ces sortes de travaux? toute la nation ne sait-elle pas que la commission du sceau des titres est la seule autorité constituée pour le fait de la noblesse, et pour la reconnaissance des anciennes généalogies et des anciens titres, ou pour l'obtention de nouveaux anoblissements ou de nouveaux titres? hors de là, tout l'argent que la noblesse dépense pour faire parler de son origine est absolument en pure perte et ne fait 'que lui nuire, par l'action de la critique qui a lieu sur ces sortes d'ouvrages qu'on sait ne paraître jamais que quand on en a largement payé la composition entre les mains de l'auteur.

D'ailleurs ces vendeurs de généalogies imprimées sont absolument hors de la ligne dans laquelle ils voudraient qu'on les supposât, qui est celle des anciens généalogistes des ordres du roi, tels que les Clérembault les Beaujon les Chérin et les Berthier; mais pour atteindre leur but et pour confirmer le public dans cette opinion, il serait indispensable qu'à l'instar de ces anciens généalogistes nos modernes n'exigeassent rien du public, et ne reçussent aucune indemnité, ni ce qu'ils appellent généralement droit d'insertion; alors, en ne recevant aucun denier pour rendre leurs oracles, on pourrait les supposer plus rapprochés de la vérité ; les anciens généalogistes que nous venons de nommer se respectaient encore au point de ne jamais faire imprimer leurs travaux, attendu qu'ils étaient exclusivement réservés pour fixer l'esprit du roi à l'égard des familles qu'il voulait admettre aux honneurs de sa cour, et non pour livrer le sort ou la position de ces mêmes familles à l'action d'une critique, qui par fois peut être dirigée par la méchanceté, l'envie ou la vengeance.

C'est ainsi que par un désintéressement imposé d'abord par le gouvernement, puis religieusement observé par ces anciens généalogistes, ceux-ci acquéraient, ainsi que leurs travaux, ce degré d'estime, de considération et de confiance qui devenait nécessaire pour l'illustration et la consolidation de la noblesse. Mais la cupidité de nos généalogistes, on plutôt de nos auteurs modernes de généalogies, les portant sans cesse à pressurer leurs clients, excite d'une part l'animadversion du public pour des ouvrages de ce genre, et de l'autre fait déverser une espèce de dérision sur les familles qui ont la faiblesse de se rendre ainsi tributaires d'écrivains qui n'ont aucun mandat légal à cet effet, et qui n'obtiennent par conséquent aucun crédit dans la foi publique.

Il serait donc nécessaire pour l'intérêt propre de la noblesse qu'elle cessât par des largesses aussi mal placées, d'entretenir ces sortes d'ouvrages, qui lui sont véritablement plus préjudiciables

qu'utiles et qu'à l'instar des plébéiens elle soutînt et protégeât des ouvrages convenables à sa sphère, utiles à sa propre instruction et capables d'inspirer à la nation ce sentiment d'estime et d'admiration qu'elle doit naturellement lui inspirer par l'étendue et le mérite de ses nombreux services; alors les plébéiens n'auraient plus à lui reprocher de faire consister sa seule importance dans l'orgueil, l'inutilité et l'invraisemblance de ses généalogies. Car la nation française éclairée aujourd'hui sur toutes les parties de l'administration publique, imbue d'une instruction profonde dans les sciences, les arts et la littérature, veut qu'on lui rende compte, qu'on lui fasse connaître, ceux qui, sortis de son sein, ont bien mérité d'elle; les rois eux-mêmes ne sont point exempts d'être jugés à ce nombreux tribunal, et c'est la postérité qui confirme ou rejette le jugement qui en est émané; la noblesse peut donc comparaître avec confiance et y produire les puissants motifs de sa cause; c'est alors que cette nation, toujours juste dans la dispensation de son estime et de son admiration, ne balancera pas à reconnaître; dans la noblesse même, tous les principes de sa gloire et de son illustration, et à lui en témoigner sa reconnaissance par le tribut de respect qu'elle ne cessera de payer à un corps aussi méritant.

Mais il faut pour cela que la noblesse se pénètre du sentiment de sa dignité, de la hauteur et de l'avantage de sa position, et qu'elle ne songe plus qu'aux moyens de les faire valoir. Elle ne pourra obtenir, cependant, ce succès si désirable, qu'en se livrant elle-même à la connaissance et à l'étude de ce qu'il lui importe d'apprendre et de savoir, sur son ancienne législation, son ancienne jurisprudence, et en déployant aux yeux de la nation la série imposante de tous les services qu'elle a rendus.

La révolution a dévoré anéanti tous les ouvrages qui lui sont nécessaires pour son instruction personnelle, et s'il est bien que le gentilhomme adopte le système commun de l'éducation élevée qui honore aujourd'hui la jeunesse française, et qui l'environne de toutes les lumières qui en forment véritablement des hommes accomplis, il est encore pour la noblesse une autre carrière de sciences à parcourir, ce sont celles qui lui sont propres, c'est-à-dire qui sont absolument inhérentes à sa caste.

Les plébéiens ne négligent rien de ce qui doit les instruire sur le droit public et privé des nations; ils sont pénétrés de tous les éléments des libertés publiques, et se montrent très jaloux de leur conservation. Toutes les anciennes lois, toutes les anciennes ordonnances, tous les anciens usages, seraient-ils empruntés des Grecs, des Romains, des Gaulois et des Francs, tout est rappelé par eux pour en invoquer la force et l'assistance, si elles sont nécessaires à l'appui de leurs espérances et de leurs prétentions; la noblesse, au contraire, dans une insouciance qui lui devient fatale oublie et semble vouloir oublier tout-à -fait les principes, les éléments, les lois qui avaient fondé établi son honorable institution; elle ne veut rien savoir à ce sujet, apparemment pour ne rien avoir à regretter !... Une telle déception finirait par causer les effets déplorables de sa ruine, si elle ne s'empressait d'y remédier.

Je pense donc que le seul moyen à employer pour faire renaître en elle un sentiment d'espoir qui n'aurait jamais dû s'éteindre, est de replacer sous ses yeux tous les éléments de son ancienne constitution, parce qu'il est toujours utile qu'une caste honorable connaisse la législation qui a pu l'investir, et qu'ainsi les pères puissent transmettre à leurs enfants le souvenir de leur ancienne existence; on me dira peut-être que des souvenirs sont peu de chose; je répondrai que lorsqu'ils sont fondés sur l'honneur, le salut public, l'amour du prince et de la patrie, ils sont toujours capables de produire l'effet le plus salutaire sur l'esprit d'un homme bien né; d'ailleurs les plébéiens n'ont-ils pas leurs propres souvenirs, qu'ils reproduisent sans cesse, en les décorant de tout ce qui est susceptible de monter l'imagination de ceux de leur parti?

Je pense donc qu'il serait de la plus haute importance pour la noblesse de faire établir un ouvrage qui, sous le titre de Bibliothèque du vrai Gentilhomme contiendrait LA LEGISLATION ET LA JURISPRUDENCE DE L'ANCIENNE NOBLESSE DE FRANCE, et serait divisé ainsi qu'il suit :

1° Les lois, arrêts, ordonnances et règlements rendus sous les divers règnes de nos rois sur le fait de la noblesse et des anoblissements ;

2° L'institution des droits, prérogatives et fonctions des grands-officiers de la couronne et de là maison du roi ;

3° L'institution des droits et privilèges des autres charges, offices 'ou emplois civils et militaires qui donnaient la noblesse; tels que ceux d'officiers de la maison du roi, d'officiers-généraux des armées, d'officiers des parlements et cours supérieures du royaume, secrétaires du roi, trésoriers de France, maires et échevins de certaines villes, etc., etc.;

4° Les cas de dérogeance, de déchéance et de réhabilitation ;

5° Les différentes sortes de noblesse et d'anoblissements ;

6° Les érections de terres en duchés, marquisats, comtés, vicomtés et baronnies qui assurent aux familles qui les ont obtenues le droit légal de porter ces titres ;

Enfin une infinité d'autres matières qu'il importe à la noblesse de connaître, sur les éléments de son institution; et, pour en faciliter la recherche, le travail serait fait par ordre alphabétique, et dans le système d'un dictionnaire cette partie formerait quatre volumes in-8° de cinq cents pages chacun.

C'est un monument qu'il appartient à la noblesse de faire réédifier, dans un moment, surtout, où l'on semble, par des écrits qui se multiplient d'une manière inconcevable, vouloir faire oublier  tout le mérite, tous les services d'une classe aussi respectable, et où l'on recueille avec le plus vif empressement tous les éléments, tous les principes de la législation ancienne et moderne à l'égard de la classe plébéienne.

J'ai réuni tous les matériaux nécessaires pour un semblable ouvrage, mais je ne me déterminerai à le publier qu'autant que la noblesse me témoignerait le désir de le voir paraître; et que d'un  mouvement spontané il se présenterait au moins mille souscripteurs. C'est aux chefs de famille à  se prononcer à cet égard, et dès que leur sentiment me sera connu, je ferai l'utile emploi de mes matériaux, et lorsque cette partie si essentielle de la législation nobiliaire sera terminée je pourrai, selon le voeu qui me sera exprimé par les familles, me livrer à un travail spécial sur le personnel de l'ancienne noblesse de France.

Cette partie offrirait l'historique de chaque famille dans les catégories suivantes

1° Les services rendus dans l'état ecclésiastique, dans la magistrature, les conseils du roi, la diplomatie et l'administration publique ;

2° Les services militaires dans tous les grades ;

3° Les fondations pieuses d'hôpitaux, monastères et communautés religieuses; ce sont autant de souvenirs honorables qu'il est bon de consacrer,  pour l'histoire des localités ;

4° Les connaissances développées dans les sciences, les arts, la littérature et les voyages; avec la nomenclature des œuvres qui auront pu en être publiées ;

5° Les divers titres ou décorations obtenus en récompense des services civils ou militaires;

6° Le tableau général des familles nobles qui ont obtenu avant la révolution les honneurs de la cour, d'après les preuves régulières et incontestables, faites au cabinet des ordres du roi ;

7° Enfin tout ce qui serait susceptible d'établir l'état historique et honorifique de chaque maison.

De cette manière la Bibliothèque du vrai Gentilhomme se trouverait complète, et porterait à la connaissance de la nation et des nations étrangères tout ce qui constituait la législation de l'ancienne noblesse française, et tout ce qui est susceptible de rappeler les services qu'elle a rendus à l'État, et qui doivent lui mériter la considération et le respect des peuples.

Cet ouvrage formera, non-seulement, un code qu'il sera très-utile de consulter, dans bien des circonstances, mais il offrira encore des articles biographiques qui pourront rivaliser avec avantage avec ceux qu'on ne cesse de nous reproduire concernant les plébéiens.

Je terminerai ce discours en disant à la noblesse française qu'elle peut tout espérer d'une nation qui a toute la capacité nécessaire pour juger avec la plus saine raison, avec la plus grande impartialité, tout ce qui est soumis à son extrême justice, et que cette nation est gouvernée par un prince dont le cœur peut servir de modèle aux autres souverains du monde; le roi Charles X ne laissera jamais sortir de sa mémoire les paroles du comte d'Artois, prononcées dans la chambre de la noblesse aux États-Généraux de 1789, séance du 23 mai « Je donne à la chambre la ferme et certaine assurance que le sang de mon aïeul, Henri IV, a été transmis à mon coeur dans toute sa pureté, et que tant qu'il m'en restera une goutte dans les veines, je saurai prouver à l’univers entier que je suis digne d' être né gentilhomme français »

Ce prince si pénétré, dans l'instant où il parlait, de l'importance et de l'utilité du corps ; de la noblesse, ne prévoyait pas qu'il lui donnerait, sous peu, à lui et à tous les personnages augustes de sa maison, de nouvelles preuves de sa fidélité, et de son dévouement, et qu'il sacrifierait, sans balancer, et ses biens et sa vie pour la défense du trône auquel il devait être appelé un jour. Ce trône est rétabli, la monarchie existe dans toute sa vigueur; donc ces familles monarchiques ont des droits réels à la reconnaissance du prince et leur réinstitution dans certains avantages honorifiques qui ne sont susceptibles de froisser en rien les principes constitutionnels, devient indispensable. Le souverain d'ailleurs qui prétend prolonger sa dynastie doit penser sérieusement à la conservation  de ces mêmes familles, attendu qu'elles forment les éléments de sa propre conservation, et que ce sera toujours dans leur sein que se trouvera ce germe de fidélité inaltérable, qui, dans ses développements, vivifie et utilise les principes monarchiques, et donne une garantie irréfragable à toute stabilité politique.

 

 

 

FIN.

 

ANONYME. 1826

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

PAR M. DE SAINT-ALLAIS.

 Pairie

 

DE

 L'ANCIENNE FRANCE.

 CHAPITRE PREMIER.

(Troisième extrait)

 DES MINISTRES D'ETAT

 ET DU CONSEIL DE NOS ROIS. 

 

             Ce déchirement du territoire de l'Etat, qui avait été consacré même par la faiblesse de nos Princes, qui s'étaient trouvés réduits à donner l'investiture de toutes ces parcelles aux occupans, réduisit ces Monarques à n'avoir, pour tout domaine, que les villes de Compiègne, de Laon et de Soissons, et entraîna la chute de ces Princes en 987, époque à laquelle Hugues-Capet, le plus puissant des grands vassaux, fut proclamé Roi, et fonda la troisième dynastie de France.

Sous cette troisième dynastie, le Conseil du Roi, d' abord appelé l'Etroit Conseil, ensuite le Conseil secret ou privé, et enfin le Conseil d'Etat et privé, était composé des cinq grands-officiers de la Couronne : le Sénéchal ou Grand-Maître, le Connétable, le Bouteiller, le Chambrier et le Chancelier, lesquels étaient proprement les Ministres du Roi ; on les nommait aussi Regni Administri. Ils signaient toutes les chartes. Il leur adjoignait, quand il le jugeait à propos, quelques autres personnes distinguées, comme Evêques, Barons ou principaux officiers : ce Conseil était pour les affaires journalières ou les plus pressantes.

Le Sénéchal ou Grand-Sénéchal de France, qui était le premier officier de la Couronne, était aussi le premier Ministre du Roi : il avait l'entière surintendance de sa maison ; et jusqu'au temps de Philippe-Auguste, il faisait lui-même toutes les expéditions du Conseil, avec les Notaires, ou Secrétaires du Roi. Frère Guérin, Evêque de Senlis,: Ministre de Philippe-Auguste, étant devenu Chancelier, abandonna aux Notaires du Roi toutes les expéditions du secrétariat ; et, depuis ce temps, les Notaires du Roi faisaient tous concurremment ces expéditions.

Ce même Prince, et Saint Louis, son petit-fils, établirent des formes d'administration plus étendues et plus régulières, surtout quant aux finances. Ils créèrent un Trésorier-général, dont les comptes devaient être vérifiés au Conseil-Étroit du Roi. Ce Conseil était toujours à la suite du Prince, comme traitant de tous les objets d'administration civile, politique et financière.

Philippe-le-Bel, en 1302, voyant que le Conseil commun était surchargé d'affaires, commit toutes les causes de la justice et des procès au Parlement, qu'il rendit sédentaire, et qui n'était qu'une émanation du Conseil du Roi, et il constitua un Conseil privé, qui était toujours auprès de sa personne, et ne formait, pour ainsi dire, qu'un même individu avec lui (adnon vel Consiliuni nostrum) ; et il créa la Chambre des comptes de Paris, pour régler le plus grand nombre des provinces de France.

En 1309, Philippe-le-Bel ordonna qu'il y aurait constamment près de lui trois Clercs du Secret, pour les expéditions du Conseil secret, qu'on appela depuis Conseil des dépêches. On les nomma Clercs du Secret, sans doute parce qu'ils expédiaient les lettres qui étaient scellées du scel du secret, qui était celui que portait le Chambellan.

Ces Clercs du Secret prirent, dans la suite, le titre de Secrétaires des finances, et, en 1559 et 1588, ils furent créés en titre d'office, au nombre, de quatre, sous le titre de Secrétaires d'État, qu'ils ont toujours conservé depuis.  Voyez le chapitre des SECRÉTAIRES D'ETAT.

Sous Louis X, dit Hutin, ce fut Charles de Valois, oncle de ce Prince, qui devint son Ministre (1314 -1315), et qui dirigea toutes les affaires de ce règne, qui fut de courte durée.

Le Conseil du Roi Philippe-le-Long, frère de Louis Hutin, était composé, en 1316 de la manière suivante :

 Charles de France, Comte de Valois, oncle de Philippe-le-Long ;

Louis-de-France, Comte d'Evreux, Prince du sang, frère du précédent;

Charles de France, Comte de la Marche, Prince du sang, et depuis Roi, sous le nom de Charles IV, dit le Bel ;

Louis de France, Comte de Clermont, et Duc de Bourbon, Prince du sang ;

Jean de France, Baron de Charolais, Prince du sang, frère du précédent ;

Robert de France, Comte d'Artois, troisième du nom, Prince du sang ;

Guy IV de Châtillon, Comte de Saint-Paul ;

Amédée-le-Grand, Comte de Savoie ;

Jean II, Dauphin de Viennois ;

Robert VII, dit le Grand, Comte d'Auvergne et de Boulogne ;

Jean Ier, Comte du Forez ;

Beraud X, Sire de Mercoeur ;

Gaucher de Châtillon, Connétable de France;

Miles de Noyers, Sire de Vandoeuvre ;

Le Sire de Sully;

Guillaume d'Harcourt, Seigneur d'Elboeuf, queux de France ;

Le Sieur de Reynel ;

Le Sieur de Trie père ;

Messire de Machy ;

Jean de Beaumont, Maréchal de France ;

Jean de Corbeil, Maréchal de France ;

Le Sieur Herpin d'Erquéry ;

L'Archevêque de Rouen ;

L'Évêque de Saint-Malo ;

Gilles Aycelin de Montagu, Chancelier de France ;

 Ce qui faisait en tout vingt-cinq Conseillers. Cependant, Guillard, dans son histoire du Conseil du Roi, dit qu'un grand nombre de personnes considérables, dont il ne peut rapporter les noms, étaient admises dans ce Conseil.

Mais ce Prince, par son réglement de l'an 1319, ordonne que son Conseil s'assemblera une fois le mois pour délibérer sur toutes les grâces et les requêtes qui lui auront été présentées pendant le mois précédent; qu'il sera fait un registre dans lequel on écrira journellement ce qui sera arrêté de plus remarquable ; que Maître Pierre Barrière, son clerc et son secrétaire, gardera ce journal, et que quand S. M. n'aura pas eu le temps d'assister en personne à son Conseil, ceux qui y auront été présens, ou l'un des poursuivans (c'étaient les Maîtres des requêtes de ce temps), l'avertiront chaque jour de ce qui aura été arrêté.

En 1320 et 1321, parurent deux autres réglemens, par lesquels le même Roi ordonna que les deux Maîtres des requêtes suivant la Cour, seraient tenus de seoir chaque jour en lieu commun, pour ouïr les requêtes; qu'ils n'en recevraient aucune concernant le Parlement, la Chambre des Comptes, ou le Trésor, mais les leur renverraient; que s'il s'en présentait d'importantes, soit pour des récompenses de services, soit pour des grâces particulières , soit même contre les arrêts donnés au Parlement, ils seraient obligés d'en avertir le Roi.

Il paraît qu'en 1350, le Conseil du Roi était réduit, suivant le registre C de la Chambre des Comptes, à cinq personnes ; le Chancelier, les sieurs de Trie et de Beaucourt, Chevalier, Enguerrand du Petit-Collier, et Bernard Fermant, trésorier ; chacun de ces Conseillers d'Etat avait 1000 liv. de gages, et le Roi ne faisait rien que par leur avis.

L'ordonnance de Charles VI, de l'an 1413, en son article 207, établit qu'il ne sera plus admis au Conseil que le Connétable, le Chancelier, les Princes et les Grands-Officiers de la Couronne qui étaient en possession d'y entrer, et les Conseillers d'Etat, dont le nombre sera réduit à quinze.

Par l'article 209, le Roi veut que ces quinze Conseillers soient à lui et non à autres. Il défend au Chancelier, sur la foi et loyauté qu'il doit à Sa Majesté, d'en recevoir un plus grand nombre, et il ordonne d'emprisonner tous les autres qui se présenteront pour entrer en son Conseil.

Par l'article 210, il réduit les Maîtres des requêtes à huit, quatre clercs et quatre laïques, et veut que les requêtes concernant sa conscience soient remises à ses aumôniers et à son confesseur. Il ordonne ensuite que le Grand-Chambellan et les Chambellans ordinaires feront le rapport des requêtes qui toucheront les gens et les affaires de sa chambre, et que celles qui toucheront les autres officiers de sa maison, seront: rapportées par le Grand-Maître et les Maîtres ordinaires d'hôtel. Il ajoute que toutes les autres requêtes seront rapportées par les Maîtres des requêtes; que ceux-ci signeront les lettres-patentes qui seront accordées en conséquence, et cela avant que le secrétaire qui en aura reçu le commandement les puisse signer, et il fait défense au Chancelier de les sceller, qu'elles ne soient effectivement signées du Maître des requêtes qui aura rapporté.

L'article 212 porte qu'il ne sera rien rapporté, au Conseil, que le Roi ne soit assis, et après lui les Princes du sang, le Chancelier et les Conseillers d'État; et qu'après qu'ils seront tous assis, les affaires seront proposées et mises en délibération par le Connétable ou le Chancelier, suivant qu'elles les concerneront, et qu'en rapportant, ni l'un ni l'autre n'approcheront du Roi plus près que leur siège.

L'article 222 ordonne qu'il sera tenu un registre de tout ce qui s'expédiera , soit par Sa Majesté, soit par le Chancelier, soit par le Conseil, et que ce registre sera à la garde du Chancelier qui le fera apporter chaque jour au Conseil, et reporter en son hôtel.

Jusque-là, on ne voit pas que le Conseil du Roi ait été divisé en plusieurs départemens. Louis XI paraît être le premier qui ait imaginé cette division. Il avait, en effet, trois Conseils, le premier pour la guerre et les affaires d'Etat, le second pour les finances, et le troisième pour la justice. Son exemple fut suivi par Chartes VIII, Louis XII, et François Ier, jusqu'à son retour d'Espagne.

Mais cet ordre fut changé par ce dernier Prince, en 1526; les trois Conseils furent alors réunis en un, et cela produisit une confusion et un désordre dont les historiens se plaignent beaucoup. Le grand nombre d'officiers qui se trouvaient ainsi rassemblés empêchait qu'on ne pût demander à chacun son avis raisonné sur les matières qu'il y avait à traiter  ceux qui avaient le plus de crédit ou de pouvoir parlaient les premiers, personne n'osait les contredire, et par là ils donnaient seuls la loi.

Henri II chercha à remédier à cet abus. Le 3 avril 1547 , il fit un réglement par lequel il ordonna que son Conseil s'assemblerait deux fois le jour; la première, pour délibérer sur les affaires d'Etat et de finance, et la seconde, pour traiter les autres matières et entendre les requêtes des parties; que la première séance se tiendrait le matin, et qu'il n'y entrerait dorénavant que le Roi de Navarre, le Cardinal de Lorraine, le Duc de Vendôme, l'Archevêque Duc de Reims, le Connétable de Montmorency, le Chancelier, les Comtes d'Aumale, d'Harcourt et de Saint-André père et fils, Messire Jean Bertrand, Président au Parlement de Paris, le sieur de Villeroy, et les quatre Secrétaires des finances, qui tous se borneraient à arrêter ce qu'ils jugeraient le plus convenable , et le feraient ensuite entendre au Roi, pour en ordonner à son bon plaisir; que la deuxième séance se tiendrait l'après-dînée, et que l'on y admettrait, outre ceux qui viennent d'être nommés, les Cardinaux de Bourbon, de Ferrare, du Bellay et de Châtillon, les Ducs de Nevers, de Guise et d'Estampes, les évêques de Soissons et de Coutances, Messire Pierre Raimont, premier Président du Parlement de Rouen, et les gens des finances, et que dans cette assemblée, on ferait et conclurait sur le rapport des Maîtres des requêtes qui y seraient appelés, les dépêches et provisions que l'on verrait être requises et nécessaires pour le bien et service du Roi, de ses sujets et du royaume.

Ce réglement ne fut pas longtemps exécuté. Le nombre et la qualité de ceux qui composaient le Conseil, changeaient suivant les différentes occurrences des temps. On remarque, par exemple, qu'en 1560, Charles IX, par un règlement fort étendu, fit passer la plupart des affaires par les mains de la reine mère et du Roi de Navarre, et donnait l'entrée au Conseil à ceux qui le composaient précédemment, aux Secrétaires  d'Etat, aux Surintendans, aux deux Secrétaires ordonnés pour le fait des finances, et aux Trésoriers de l'épargne et des revenus casuels.

Ce Monarque s'aperçut bientôt des inconvéniens que produisait sa trop grande facilité à multiplier les gens de son Conseil. Par une ordonnance du 28 juin 1564, il défendit d'y recevoir personne, que le nombre de ceux qui y avaient entrée, et qui était immense, ne fût réduit à vingt.

Par un autre réglement du 18 février 1566, le même Roi ordonna que les gens de son Conseil s'assembleraient tous les mercredi et les vendredi de chaque semaine, pour ouïr toutes les plaintes et requêtes de justice, et pourvoir aux parties, sans vaquer à autre chose, et qu'ils n'admettraient dans leur assemblée que les Maîtres des requêtes, les Secrétaires ordinaires, les gens des finances, et le sieur de Saint-Bonnet, pour tenir le registre du Conseil.

Ce réglement ajoute que, quand le Roi assistera en personne à son Conseil, il n'y pourra demeurer que les Conseillers et Secrétaires d'Etat, le Comte de Retz, et, en son absence, le sieur de Rostaing, pour le service de Sa Majesté, et le sieur de Rennevenry, pour celui de MONSIEUR.

Charles IX ne se borna point à ce réglement sur la discipline de son Conseil; il en fit encore trois autres, les 11 janvier 1570, 28 juillet et 24 octobre 1572 : tout ce qu'ils contiennent de plus remarquable, c'est que le Conseil devait se tenir près de la chambre du Roi, afin qu'il pût s'y rendre et en sortir sans être vu; que le Conseil privé des parties ne se tiendrait point sans qu'il s'y trouvât soit un de Messieurs ses frères, soit un des Princes, Ducs ou Maréchaux, soit l'Amiral, soit le Grand-Ecuyer ; que tous les gens de robe longue, qui auraient été appelés à ce Conseil depuis deux ans, seraient distribués par quartiers, pour y assister au nombre de quatre, et non plus pendant chaque quartier.

Henri III commença son règne par régler son Conseil; il en réduisit les membres à un certain nombre, et donna des lettres-patentes en commandement, et sous le grand sceau, à ceux qu'il retint pour y servir.

Le 11 août 1578, il porta, sur le même objet, un réglement très-détaillé, dont on ne croit devoir rapporter que les principales dispositions :

Par l'article Ier, le Roi veut que dorénavant il se tienne tous les lundi, mardi, jeudi et samedi, tant le matin que l'après-dînée, un Conseil que l'on appellera Conseil-d'État, et qui s'assemblera en un lieu choisi exprès, partout où sera logée Sa Majesté.

L'article II détaille fort au long les matières qui devront se traiter en ce Conseil, et résume toutes ses dispositions en ces termes : « Bref, Sa Majesté entend qu'audit Conseil, et non ailleurs, se traitent dorénavant toutes matières concernant ses finances, le repos, soulagement et conservation de ses provinces. »

L'article VI porte qu'il n'entrera dans ce Conseil que les Princes, les Maréchaux de France, les Grands-Officiers de la Couronne, le Grand-Maître de l'artillerie, les gens d'affaires de Sa Majesté, les Gouverneurs et Lieutenans-Généraux des provinces, le Colonel de l'infanterie française, les Capitaines des gardes , les sieurs que Sa Majesté a retenus dudit Conseil, les quatre Secrétaires d'Etat, deux des six Intendans des finances, le Trésorier de l'épargne et le Secrétaire des finances qui sera de quartier.

Par l'article VII, le Roi déclare qu'il se rendra à ce Conseil tous les samedis, après dîner, pour se faire rendre compte de tout ce qui aura été fait pendant la semaine.

Henri IV, par son réglement, du mois de mai 1595, veut que le Conseil des dépêches se tienne en présence du Roi et de la Reine, avec les Princes et autres Seigneurs de son Conseil qu'il plaira à Sa Majesté y appeler, aux lieux et heures qui seront ordonnés.

A l'égard du Conseil-d'État et finances et du Conseil privé, le Roi déclare qu'ils seront composés de personnages choisis, de qualité, de prud'homie, expérience et capacité, qui serviront quatre mois seulement, comme il a été autrefois pratiqué. Il ajoute : que les Princes du sang, les Cardinaux, les autres Princes, les Ducs et Pairs, les Officiers de la Couronne, les Secrétaires d'Etat, les membres du Conseil de la direction, les Contrôleurs et les Intendans des finances et le Chevalier-d'Honneur de la Reine, y auront également entrée, séance et voie délibérative ; et il veut qu'il en soit de même des Gouverneurs et Lieutenans-Généraux des provinces, pour tous les cas où il s'agira de faits de leurs charges.

Le Roi Louis XIII, voulant réduire le trop grand nombre de ses Conseillers d'Etat, qui diminuait beaucoup la dignité de cette charge, au préjudice de l'autorité que Sa Majesté devait avoir dans ses Conseils, et du fruit qui en devait revenir pour le bon gouvernement de ses affaires et de celles de ses sujets, a ordonné qu'il ne serait expédié aucun brevet de Conseiller en ses Conseils qu'il ne fût signé de la propre main de Sa Majesté, avec addition de la même main des mots : Pour un tel.

Ce même Prince divisa son Conseil en cinq parties, savoir :

1° Le Conseil des affaires étrangères, ou Conseil d'État proprement dit ;

2° Le Conseil des dépêches ;

3° Le Conseil royal des finances ;

49 Le Conseil royal de commerce ;

5° Le Conseil-d'État privé ou des parties.

 Cependant, cette organisation subit parfois certains changemens, tant par rapport à l'objet de chaque séance que pour la dénomination des Conseils.

Louis XIV introduisit aussi quelques nouveaux changemens, et sous Louis XV et Louis XVI, on ajouta, aux sections précédentes, un Conseil pour la Chancellerie et un autre pour la direction des finances...

A suivre...

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

 PAR M. DE SAINT-ALLAIS.

 

 Pairie

DE

 L'ANCIENNE FRANCE.

 CHAPITRE PREMIER.

(Deuxième extrait).

DES MINISTRES D'ETAT

 ET DU CONSEIL DE NOS ROIS. 

Série chronologique et historique

des Maires du Palais de France.

 GUINEMALD, Conseiller du Roi Chilpéric Ier, resta fidèle à ce Prince lorsque son inconduite le fit chasser du trône et refugier en Thuringe. Il prépara son retour et le fit rétablir en 464. On ne trouve pas qu'il fût Maire du palais, mais tous les historiens lui donnent le titre de Conseiller.

1. LANDON, DUC de Tongres, Maire du palais, vers l'an 508, sous Clovis Ier.

2. LANDREGÉSILE, Comte de l'Etable et Maire du palais, en l'an 560, sous Clotaire Ier.

3. CUPPA de Brandebourg, Maire du palais, sous Chilpéric Ier, en 574; il fut battu et fait prisonnier dans une bataille contre les Allemands.

4. BADEGESILLE, Maire du palais, sous le même Prince, jusqu'à l'année 580, qu'il fut fait Evêque du Mans.

5. LANDRY, que quelques écrivains surnomment de La Tour, Maire du palais, sous Chilpéric 1er et Clotaire II, fut le favori de la Reine Frédégonde, femme de Chilpéric, qu'elle fit assassiner, en 584- On l'accuse d'être complice de ce crime. Il gagna, en 593, la bataille de Droissy, sur le Duc de Ventrion, qui voulait détrôner Clotaire II. II vécut jusqu'en 598.

6. LICIN ou LICINUS, Maire du palais, en 600.

7. GONDOALD, ou GONDOLAND, ou GONDEBAUD de Bretigny, Maire du palais, sous Clotaire II; quelques écrivains, lui font encore exercer cette charge, sous Dagobert Ier, en 632.

8. WARATON, nommé aussi VARNIER par quelques auteurs, meurtrier de St.-Vigile, Evêque d'Auxerre, fut Maire du palais, en 617.

9. CARLOMAN, Maire du Palais, en 618.

10. ARNOULD, Maire du palais de Neustrie, en 625, puis d'Autrasie, et Référendaire ou Chancelier de France, en 632. On le croit père de St.-Arnould, qui fut Maire du palais d'Austrasie, et dont le fils, nommé Anségise, fut père de Pépin d'Héristel, souche de la seconde dynastie de France.

11. EGA, Maire du palais, sous Dagobert Ier, et Clotaire II, jusqu'en 640. Il avait en outre le titre de Principal Conseiller du Roi.

12. ARCHINOALD ou ERCHINOALD, fils d'Ega, fut Maire du palais de Neustrie et de Bourgogne, sous Clotaire III, en 641.

13. LEUDÈZE, fils d'Archinoald, Maire du palais, assassiné par Ebroïn, en 670.

14. ST.-LÉGER, Evêque d'Autun, avait assisté Ste Bathilde, mère de Clotaire III, pendant la minorité de ce Prince, et continua ses bons conseils à Childéric II, frère de ce dernier, lorsqu'il monta sur le trône. Quelques historiens disent même que St.-Léger fut investi de la dignité de Maire du palais; mais Childéric l'en dépouilla en 673, et le fit enfermer à Luxeuil. Ebroïn lui fit crever les yeux, puis décapiter, en 678.

15. EBROÏN, Maire du palais, sous Clotaire III et Thierry Ier. Ce fut un Ministre perfide, un despote cruel, qui fut le persécuteur de tous les gens de bien et l'effroi de ses maîtres. Il fut chassé et rétabli à diverses reprises, et gagna la bataille de Lafau, en 680, sur Martin et Pépin d'Héristal, Maires d'Austrasie; il fut tué par un Seigneur français nommé Nermanfroi, en 681.

16. AUBÈDE ou AUDEBELLE, Maire du palais, sous Clotaire III.

17. GISLEMAR, Maire du Palais, fils de Waraton, n'exerça qu'un an, sous le Roi Thierry.

18. BERTHAIRE, gendre de Waraton, fut cause de la perte de la bataille de Testri, et mis à mort par ses gens, en 687.

19. PÉPIN-LE-GROS, dit aussi d'Héristel ou Héristal et le Jeune, Maire du palais d'Austrasie et de Neustrie. Les Français, fatigués de la tyrannie de leur Roi Thierry Ier, et de ses Maires du palais, appelèrent Pépin d'Héristel à leur secours, en 687. Il s'avança dans les plaines de Testri avec une armée considérable, battit Thierry, et le poursuivit jusqu'à Paris, dont les bourgeois lui ouvrirent les portes. Maître de la personne du Prince, qu'ils lui livrèrent, il commença à régner souverainement sur toute la France, sans cependant prendre le titre de Roi. On peut, dès cette époque, compter l'extinction de la domination mérovingienne, et fixer celle des Carlovingiens. Pépin passe le Rhin en 712, ravage l'Allemagne révoltée, et la soumet de nouveau à l'obéissance. Déjà les Frisons avaient éprouvé la force de ses armes ; général habile, politique sage et profond, il jeta les fondemens d'une dynastie qui a fait la gloire de plusieurs siècles, et fourni des Souverains à la plus grande partie de l'Europe. Il mourut en 714.

20. NORBERT ou NORTHEBERT, Maire du palais de Neustrie, sous l'autorité de Pépin d'Héristal, jusqu'en 695.

21. GRIMOALD, fils de Pépin d'Héristal, et frère de Charles-Martel, fut Maire du palais de Neustrie, sous Childebert II et Dagobert II. II fut assassiné en 714.

22. THÉOBALD, fils de Grimoald, fut élevé, à l'âge de six ans, à la dignité de Maire du palais de Neustrie, par l'autorité de Pépin d'Héristal, son aïeul, et sous la tutelle de Plectrude, première femme de Pépin; ce qui a fait dire à Montesquieu, qu'on avait mis fantôme sur fantôme; mais il fut renversé, l'année suivante, par la perte d'une bataille livrée dans la forêt de Cuise.

23. RAINFROY ou RAGENFREDE, Maire du palais de Neustrie, tire Chilpéric II, dit Daniel, de sa prison,  pour l'opposer à Thierry II, puis à Charles-Martel qui s'était aussi fait un Roi de Clotaire IV, fils de Thierry Ier. Une guerre funeste s'engage entre eux, et Charles-Martel, vainqueur à Amblef et à Vinci, en 717, se fait livrer Chilpéric II, qui mourut peu de temps après.

24. CHARLES-MARTEL, fils de Pépin d'Héristal, et doué d'un vaste génie, remplaça bientôt son père dans le gouvernement, et consolida tout ce qu'il avait établi. Les Austrasiens le proclamèrent leur Duc, en 715, et les victoires d'Amblef et de Vinci, qu'il remporta sur le Roi de France, Chilpéric II, le rendirent maître de la Neustrie, sous le titre de Maire du palais. Il gouverna ainsi la France pendant vingt-cinq ans, et soumit à son obéissance une partie de l'Allemagne, et toute la Bavière, en 725 et 728; il gagna, en 782, au-delà de la Loire, près de Poitiers, une célèbre bataille sur les Sarrazins; le courage qu'il y déploya lui fit décerner le surnom de Martel. L'an 741, Charles reçut deux nonces du Pape Grégoire II (ce furent les premiers qu'on vit en France); ils lui apportèrent les clefs du sépulcre de Saint-Pierre, comme marque de souveraineté, avec des présens considérables. A la lettre du Pontife, qui promettait de se soumettre à l'obéissance de Charles, était joint un décret des Romains, qui confirmait cette promesse, tant de la part du Pape que de la leur. C'est ici la première origine des droits de la France sur les Etats de Rome.

25. PÉPIN-LE-BREF, Maire du Palais, fils de Charles-Martel, fit déposer le Roi Childéric III, dans une assemblée de Seigneurs français tenue à Soissons en 752, et se fit élire en sa place. Il est la souche de la deuxième dynastie des Rois de France.

Sous la première dynastie, les partages qui eurent lieu entre les enfans de Clovis-le-Grand, de Clotaire Ier et de Dagobert Ier, divisèrent la monarchie française en plusieurs royaumes, et à diverses reprises; de là vinrent les Maires du royaume de Metz ou d'Austrasie, et ceux du royaume de Bourgogne, dont l'histoire est liée essentiellement à celle du royaume de Neustrie, qui a conservé le nom de Royaume de France. Il m'a paru utile d'en faire mention ici.

Maires du Palais

des Rois d'Austrasie et de Metz.

1. GOGON DE NORAN, Maire d'Austrasie au refus de Chrodin, sous Sigebert Ier, fut mis à mort en 667.

2. FLORENTIN, Maire d'Austrasie, sous le Roi Childebert, qui succéda aux royaumes d'Orléans et de Bourgogne; il exerça en 589.

3. RADO, sous Clotaire II, Roi de Neustrie et d'Austrasie, exerça en 613, comme Maire d'Austrasie, du consentement des grands de ce royaume.

4. WARNACHAIRE ou GARNIER., Maire d'Austrasie, célèbre dans la guerre que Brunehaut soutint contre Clotaire II, Roi de Neustrie, qui s'empara de l'Austrasie, en 613, et envoya Warnachaire, du consentement des grands, remplir la dignité de Maire du palais de Bourgogne.

5. PÉPIN-DE-LANDEN, dit le Vieux, Maire d'Austrasie, en 625, sous Dagobert Ier, Roi de Neustrie, qui l'appela en France, et le mit à la tête des affaires, avec Saint-Cunibert, évêque de Cologne, et Saint-Arnould, évêque de Metz, dont il va être question. Pépin-de-Landen mourut vers 640.

6. ST.-ARNOULD, fils d'Arnould, Maire du palais de Neustrie, dont il a été question, page Il, est aussi compté au nombre des Maires d'Austrasie, sous le règne de Dagobert Ier. Fatigué du monde, il embrassa l'état ecclésiastique, du consentement d'Ode sa femme, fut  élu Evêque de Metz, et se retira dans un désert des Vosges. Il fut père de :

7. ADALGISE ou ANSÉGISE, Duc, Gouverneur et Maire d'Austrasie, sous Sigebert II. Il avait épousé Begge, fille de Pépin-de-Landen ; de ce mariage vint Pépin-le-Gros, dit d'Héristal, dont il sera question.

8. ODON ou EUTHON, qui exerça de 640 à 642.

9. GRIMOALD, fils de Pépin-de-Landen, fut nommé Maire d'Austrasie par le Roi Sigebert II ; à la mort de ce Prince, il voulut usurper son trône et y placer Childebert, son propre fils, à l'exclusion du fils du Monarque, nommé Dagobert, qu'il avait fait déporter en Ecosse ; mais les Austrasiens, indignés de cette usurpation, appelèrent à leur secours Clovis II, Roi de France, et se soumirent à lui. Grimoald fut fait prisonnier dans une bataille, en 656.

10. WULFOALD, nommé Maire d'Austrasie par Dagobert II. Son ingratitude et son odieuse politique le portèrent à faire une alliance avec le féroce Ebroïn, Maire de Neustrie, pour perpétuer la guerre entre les deux royaumes.

11. PÉPIN-LE-GROS, dit d'Héristal ou le Jeune, fils d'Adalgise, dont il vient d'être question, fut Maire du palais d'Austrasie. Voyez son article, page 13.

12. MARTIN, Maire d'Austrasie, sous l'autorité de Pépin d'Héristal, avec lequel il avait perdu la bataille de Lafau, contre Ebroïn, Maire de Neustrie, qui le fit assassiner à Eschery, en 680.

13. CHARLES-MARTEL, fils de Pépin d'Héristal, fut Maire d'Austrasie. Voyez son article, page 14.

14. CARLOMAN et PÉPIN-LE-BREF, fils de Charles-Martel, succèdent à leur père, en Austrasie et en Neustrie; ils gouvernent conjointement jusqu'en 747 Carloman se fait religieux, et meurt en 755. L'Austrasie est réunie par Pépin-le-Bref à la Neustrie et à la Bourgogne, dont il se fait déclarer Roi, en 752. Voyez page 15.

Maires du Palais

 des Rois de Bourgogne.

 1. WARNACHAIRE Ier, ou GARNIER, fut Maire du palais d'Orléans et de Bourgogne, sous Thierry Ier. Il mourut en 599.

2. BERTHOALD est tué dans une bataille, qui rendit Thierry Ier, son maître, victorieux de Mérovée, fils de Clotaire II, Roi de Soissons et de Paris.

3. PROTADE, amant de la trop célèbre Brunehaut, Reine d'Austrasie, est élu Maire du palais d'Orléans et de Bourgogne, et assassiné par l'année révoltée contre lui, en 605.

4. CLAUDE, Gaulois de nation, succède à Protade, sous Thierry Ier, Roi d'Orléans et de Bourgogne, et meurt en 606.

5. WARNACHAIRE II est élu Maire du palais de Bourgogne, sous Clotaire II, Roi de toute la France, et meurt en 626.

6. FLOACAT fait mourir Willibaut, Patrice de la Bourgogne transjurane, et périt lui même, onze jours après, en 641.

La Bourgogne fut alors réunie à la Neustrie.

 On trouve encore sous cette première race :

ST.-MELAINE, Evêque de Rennes avec la qualité de Grand- Conseiller du Roi, en 512 ;

ARIDE, Archevêque de Lyon ;

VICTERIC ;

ST.-COLOMBAN ;

Tous les trois avec le titre de Grands-Conseillers de Théodoric, Roi d'Orléans.

Les Rois de la seconde race se gardèrent bien de conserver la charge de Maire du palais ; ils savaient, par expérience, combien elle était fatale à l'autorité royale, et ils n'admirent, dans leur Conseil privé, que les grands-officiers de la Couronne, qu'ils portèrent alors au nombre de dix, savoir :

 1° Le GRAND-AUMONIER, Apocrisarius.

2° Le GRAND-CHANCELIER, Summus Cancellarius.

3° Le GRAND-CHAMBRIER, Camerarius.

4° Le COMTE DU PALAIS, Comes Palatii.

5° Le GRAND-SÉNÉCHAL, Senescalcus.

6° Le GRAND-ÉCHANSON, Baticularius.

7° Le CONNÉTABLE, Comes Stabuli.

8° Le GRAND-MARÉCHAL DU PALAIS, Mansionarius.

9° Les QUATRE PRINCIPAUX VENEURS, Venatores.

10° Le GRAND-FAUCONNIER, Falconarius anus.

Les Rois de cette seconde race voulurent signer eux-mêmes les expéditions et les chartes les plus importantes, et les firent souscrire, non-seulement par les grands-officiers de la Couronne, mais encore, parfois, par des grands vassaux, ou des Seigneurs les plus qualifiés.

Il arrivait aussi que certains grands-officiers, malgré les fonctions de leur charge, devenaient en même temps Ministres, proprement dits, du Prince ; ainsi, Fulrard, Grand-Chancelier, était à-la-fois Ministre de Pépin ; Eginhard, gendre de Charlemagne, était aussi son Ministre, et après lui Adelbard ou Alard, abbé de Corbie. Hilduin le fut sous Louis-le-Débonnaire; et Robert-le-Fort, Duc et Marquis de France, Comte d'Anjou, bisaïeul de Hugues-Capet, tige de nos Rois de la troisième race, faisait les fonctions de Ministre, sous Charles-le-Chauve.

Cette seconde race eut donc pour chef Pépin-le-Bref, Maire du palais de Neustrie et d'Austrasie, descendant de Charles-Martel et de Pépin d'Héristel, qui, dans leur exercice de Maires des mêmes royaumes, avaient rendu d'éminens services à la France, et si bien préparé l'évènement qui devait un jour assurer la Couronne à leur postérité.

« Sous le règne de ce Prince, dit M. de Boulainvilliers, on vit s'établir un nouveau genre de gouvernement. Ce ne sont plus les Francs , nés libres et indépendans, attachés à leurs anciennes lois plus qu'à leur propre vie, qui élisaient leurs Rois et leurs généraux avec une parfaite liberté, et qui jouissaient avec gloire et tranquillité d'une conquête qu'ils ne devaient qu'à leur seule valeur et persévérance dans une entreprise infiniment difficile; ils sont, à leur tour, devenus la conquête, non pas d'une nation étrangère, mais d'une famille particulière, pareille aux leurs dans l'origine, et qui, plus ambitieuse et plus activé, a su tirer ses avantages de tous les évènemens et de toutes les circonstances qui se sont passés durant un siècle. »

Cependant, je ne vois pas que les libertés de la nation fussent compromises, à cette époque, d'une manière effrayante; j'entrevois, au contraire, un système plus régulier d'administration publique et d'ordre social.

On forma deux sortes de Conseils; le premier, sous le titre de Conseil suprême, qui était une émanation de la première race, et qui se trouvait composé des personnages les plus éminens de l'Etat; le second, sous le nom de Conseil privé du Roi.

Quelques auteurs ont prétendu que le Roi ne choisissait pas lui-même ses Conseillers, et ont voulu trouver, dans un traité d'Hincmar, les vestiges d'une élection ; mais cette supposition perd toute vraisemblance quand on lit, dans un autre opuscule de ce même prélat, les règles qu'il prescrivait à Charles-le-Chauve, pour le choix de ses Conseillers.

A la vérité, on tenait rarement le Conseil suprême, à cause de la difficulté de faire venir des provinces les fonctionnaires qui en avaient le gouvernement ; mais le Conseil privé se tenait habituellement, parce qu'il était nécessaire, dit le Comte du Buat, « que le Roi eût toujours auprès de lui des gens sages et instruits, que la fréquentation du Conseil suprême et l'habitude de conférer entre eux et avec le Roi sur les affaires publiques, eussent mis en état ou de le déterminer à une dernière résolution, si les circonstances la rendaient nécessaire, ou de lui suggérer des expédiens pour temporiser jusqu'à la tenue du Conseil suprême. Entre tous les grands-officiers, il n'y en avait que deux qui, régulièrement, eussent entrée au Conseil, c'était le Chapelain et le Chambellan; aussi les choisissait-on tels qu'ils pussent être admis sans inconvénient, ou du moins on les mettait en état d'y avoir séance. Si parmi les autres il s'en trouvait quelqu'un dont les lumières pussent être actuellement utiles, ou qui, par son application, parût se mettre en état d'entrer un jour dans le Conseil, en qualité de Conseiller, on commençait par l'y admettre sans aucune qualité, afin de le mettre à portée de se former aux affaires. C'était là qu'en s'accoutumant au plus impénétrable secret, initiés dans les mystères du Gouvernement, témoins des mesures que prenaient les gens d'une sagesse consommée , dépositaires des réglemens qui s'y faisaient, des élèves attentifs se mettaient en état de jouer un jour le premier rôle , et cependant ils suppléaient au Conseil dans les temps où il n'était point assemblé. Comme les grands-officiers assistaient le Roi de leurs conseils dans les affaires qui intéressaient la totalité de l'État, ils étaient aussi admis à dire leur avis dans celles qui ne regardaient point l'Etat en général, mais qui étant personnelles, étaient, dans un sens particulier, des affaires palatines. C'était avec eux que le Roi arrangeait ces sortes d'affaires, de manière qu'il n'en put naître aucun inconvénient, ou que du moins il fût remédié promptement à ceux qui en auraient résulté, soit que par un palliatif on arrêtât le cours du mal, soit qu'en prenant un cours plus décidé, on le détruisît dans le principe ; mais, dans le cas même où le besoin était pressant, si, de quelque manière que ce fût, on pouvait, sans honte et sans péché, différer jusqu'au plaid général à prendre une dernière résolution, on devait le faire, et c'était aux officiers palatins à en indiquer les moyens. Charlemagne avait toujours auprès de lui trois de ses principaux Conseillers ; ils se relevaient tour-à-tour, afin que leur séjour auprès du Roi ne nuisît point à l'administration dont ils étaient chargés. Ce grand Prince, toujours occupé du bonheur de ses peuples, ne se refusait, en aucun temps, aux réflexions qu'exigeait une administration immense. Il avait toujours, au chevet de son lit, des tablettes sur lesquelles il écrivait les idées qui lui venaient à l'esprit sur les affaires de l'Église ou de l'État; il en délibérait avec ceux de ses Conseillers qui étaient auprès de lui, et quand tous ensemble ils avaient bien mûri ses idées, le Roi les mettait sous les yeux de tous ses Conseillers, et faisait en sorte qu'elles fussent autorisées de leur consentement unanime avant de les mettre à exécution.Ce même Prince, lui était possible, des Conseillers, tant clercs que laïcs, qui eussent montré la crainte de Dieu dans l'exercice de leurs fonctions et dans l'accomplissement de leurs devoirs ; assez fidèles pour ne préférer que la vie éternelle au Roi et au royaume ; assez courageux pour lui sacrifier par ce motif leurs amitiés, leurs haines, et même les liaisons du sang; assez désintéressés pour être inaccessibles aux présens ; assez fermes pour mépriser les menaces; assez judicieux pour ne pas se laisser séduire par des raisonnemens sophistiques. On les appelait indifféremment ses Familiers ou ses Conseillers, parce qu'ils étaient admis dans son intimité aussitôt qu'ils avaient été élus; et cette intimité avait pour motif une estime réciproque, et pour principal objet, l'avantage de l'Etat. »

C'était une convention faite entre le Roi et ses Conseillers, qu'aucun d'eux ne pouvait faire confidence de ces conversations, à personne, sans le consentement de tous ceux qui y avaient eu part. Ce n'était pas seulement à raison des grandes affaires que le secret devait être gardé, mais encore pour tout ce qui avait été dit d personnel sur qui que ce fût.

Rien n'était plus digne d'un grand Prince et d'un père de la patrie, dit le Comte du Buat, que la manière dont Charlemagne profitait de la tenue d'un plaid général pour faire voir à la nation assemblée qu'il était occupé d'elle, qu'il faisait cas de ses conseils , et qu'il désirait en faire usage pour la réforme de l'État : « Mais , suivant Hincmar , ces occupations n'empêchaient pas qu'il ne se rendit dans les deux chambres  toutes les fois qu'il y était appelé par les Seigneurs ;il y restait autant qu'ils le jugeaient à propos ; on lui rendait compte avec la plus grande familiarité de la manière dont chaque chose avait été imaginée, des altercations, des disputes ou des discussions amiables qu'elle avait occasionnées

Ce n'était qu'avec le consentement de tous que l'on faisait ces Capitules qui méritaient le nom de lois et qui devaient avoir la force de la loi salique ; ces Constitutions, à la différence des simples Capitules, devaient être insérées dans les lois nationales. Ce n'était qu'au plaid général qu'il appartenait de donner la solution des difficultés que ces lois laissaient indécises, suivant ce que disait Charlemagne à un Comte qui l'avait consulté : « Si vos doutes tombent sur la loi salique, adressez-vous à notre plaid général. »

Le peuple participait véritablement à la législation, à la formation de la loi.

« Qu'on interroge tout le peuple, dit ce Prince, touchant les Capitules qui ont été nouvellement ajoutés à la loi ; et après que tous les auront consentis, qu'ils fassent, sur les Capitules mêmes, leurs souscriptions et leurs seings. »

« Une loi se fait, selon Charles-le-Chauve (du Buat, tome IV, page 285), par le consentement du peuple et la constitution (la sanction) du Roi. »

Quand on avait donné au peuple la lecture des Chapitres qui avaient dû lui être annoncés, on le priait de témoigner publiquement qu'il y consentait. Il exprimait ce consentement par le mot placet, qu'il répétait jusqu'à trois fois; après quoi le Roi et les Princes souscrivaient les Chapitres annoncés.

L'apposition du sceau royal était nécessaire pour rendre authentiques les ordonnances et les chartes royales, et c'est ce qui paraît évidemment par la formule dont elle était précédée. Les copies qu'on en délivrait devaient être reconnues par le Chancelier, qui était dépositaire du sceau, et qui en faisait l'apposition.

On appelait Plaids généraux, sous cette deuxième race, les Assemblées du Champ-de-Mars ou du Champ-de-Mai, dont il a déjà été question à la page 8. Elles se tenaient au commencement de l'année, et on y réglait l'état de tout le royaume pour le courant de la nouvelle année; et ce qui avait été ainsi réglé, aucun événement ne pouvait le déranger : il n'était jamais permis de s'en écarter sans une extrême nécessité qui fût commune à l'universalité du royaume.

Charlemagne n'entra jamais en campagne, dit le Comte du Buat, sans avoir tenu l'assemblée générale de son peuple.

C'était une loi générale « que si le Roi ne voulait « pas essuyer de contradiction ni de résistance dans l'exécution de ses ordres ; s'il voulait éprouver l'assistance et la coopération de ses fidèles, il devait donner son consentement royal à ce qu'ils lui conseillaient en commun, pour le bien public, le salut de l'Etat, la prospérité du royaume et la paix du peuple.» (Tit. 31, c. 10).

Les Rois Carlovingiens continuèrent aussi de communiquer à la nation toutes les négociations pour le succès desquelles le secret n'était pas nécessaire ; ils lui faisaient part de l'envoi des ambassadeurs dont, la commission pouvait produire la paix ou la guerre, et ils concertaient avec les principaux chefs de la nation les projets et les mesures qui devaient rester secrets.

C'était au milieu du Conseil suprême, et en plein comité, que se dressaient les lettres dont on chargeait les Ambassadeurs et les instructions qu'on leur remettait. On appelait ces instructions commonitorium, et celles que nous avons encore sous ce titre pourraient servir de modèles en ce genre.

Les plus remarquables sont celles que Louis-le-Débonnaire donna, en 824, à deux Évêques qu'il envoyait négocier à Rome.

Nous apprenons encore, par le dernier Capitulaire de Charles-le-Chauve, que les sermens réciproques du Roi et de la nation établissaient entre eux une confiance mutuelle, qu'ils faisaient leur sûreté commune, et que c'était le seul moyen qu'ils eussent pour s'assurer l'un de l'autre. On dérogeait à cette sûreté, on diminuait, au moins cette confiance, dès que l'on manquait à ses engagemens. «Si vous voulez que nous vous soyons fidèles, disait le peuple à Charlemagne, faites observer es lois. Lorsqu'un sujet avait offensé le Roi, le Prince se  contentait de l'admonester, si l'offense était légère; si l'offense était plus grave, il le renvoyait par-devant ses pairs, pour rendre raison de sa conduite ; s'il était prouvé qu'il eût manqué à ce qu'il devait au Roi, on le punissait suivant la nature du délit ; s'il ne se soumettait pas à la sentence, c'était alors qu'il était déclaré contumace et rebelle, et que, comme tel, il devait être chassé de la société et du royaume.»

Le bannissement était la peine réservée à ceux qui ajoutaient à un premier crime la rebellion contre l'autorité royale et ecclésiastique.

Cette dynastie pouvait donc espérer de régner avec justice, éclat et bonheur, en faisant observer les lois sages qu'elle avait conservées au peuple français, et qui faisaient l'objet de tous ses désirs ; mais Charlemagne laissa un fils qui ne connut ni ce qu'il pouvait ni ce qu'il devait faire. Les autres Princes qui lui succédèrent n'eurent ni plus de talens, ni plus d'élévation d'esprit, ni plus de bonheur à la guerre : tout languissait, tout se ruinait entre leurs mains ; et les grands travaux que Charlemagne n'avait pu qu'ébaucher furent interrompus ou restèrent imparfaits. Ajoutez à cela qu'il s'introduisit dans l'empire deux vices destructeurs de tout gouvernement national, 1° l'influence des ecclésiastiques , qui se mêlèrent mal à propos des affaires de l'Etat, et qui inspirèrent à nos Rois une dévotion mal entendue, qui convenait plutôt à des supérieurs de moines qu'à des chefs de nation; 2° l'usurpation des bénéfices militaires qui, depuis l'origine de la monarchie, étaient affectés à récompenser les services et les belles actions de ceux qui s'étaient dévoués à la défense de l'Etat; ces terres étaient, comme je l'ai déjà dit, un propre de la nation, et elles n'étaient allouées, dans le principe, que pour la vie, à celui que le Souverain voulait récompenser; mais, sous les règnes des derniers Princes de cette dynastie, les Gouverneurs de provinces , les Ducs, les Marquis, les Comtes et les Barons, qui avaient obtenu ces terres à vie seulement, se les approprièrent et les rendirent héréditaires dans leurs familles, aussi bien que les titres et commissions dont ils avaient été pourvus pour les gouvernemens et l'administration des provinces et des villes. Cet exemple d'usurpation fut suivi par tous ceux qui tenaient quelques terres, quelques titres ou quelques commissions de l'État, et tous se soutinrent les uns les autres, pour rester maîtres de ce dont ils avaient été constitués dépositaires.

Les juges mêmes, qui, dans l'origine, étaient tous militaires (la loi salique leur ordonnait de passer le bouclier à leur bras quand ils prononçaient un jugement), avaient aussi des terres attachées à leurs magistratures ; et, à l'exemple des Ducs et des Comtes, ils les usurpèrent, et se perpétuèrent dans leurs titres de Sénéchaux, Baillis, Viguiers, etc. Telle fut l'origine, non pas des fiefs (1) et arrières-fiefs, mais de leur multiplicité sans nombre.

C'est ainsi que les Grands du royaume, augmentant leur puissance, devinrent presque souverains dans les provinces qu'ils avaient usurpées; ils créèrent des arrières-fiefs et des vassaux, et obligèrent ces derniers, avec leurs hommes de fiefs, à les suivre à la guerre, même contre le Roi...

A suivre...

(1) M. le Président Hénault rapporte l'établissement des fiefs de l'an 923 à l'an 936; mais l'hommage rendu par Rollon, pour le duché de Normandie, est bien antérieur ; et on trouvé, sous Charlemagne, la vassalité et le serinent de fidélité déjà établis. A la vérité, la plupart de ces sortes de fiefs ou grands fiefs n'étaient, à l'instar des bénéfices militaires, concédés que pour la vie. Ce fut sous le règne de Charles-le-Chauve, en 877,  que les propriétaires des grands fiefs commencèrent à porter atteinte à l'autorité royale.

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Publié le par Rhonan de Bar
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DE

 

L'ANCIENNE FRANCE

 

CONTENANT

 

L'Origine de la Royauté et de ses attributs, celle de la Nation et de ses différentes classes ; — celle de la Pairie et des Pairs de France; des Grands-Vassaux; des Dignités civiles et militaires; des Offices et Emplois de la Couronne et de la Maison de nos Rois ; — des Conseils du Prince, des Ministres d'Etat, des Ambassadeurs, du Cérémonial de la Cour ; — l'Institution des titres de Duc, Marquis, Comte, Vicomte, Baron, Sénéchal, Vidame, Châtelain, Banneret, Chevalier, Ecuyer, etc.; — celle de la Noblesse militaire et chevaleresque ; de la Noblesse de cléricature ou ecclésiastique ; de la Noblesse de magistrature ou de robe (parlemens, cours souveraines ; maîtres des requêtes, etc.) ; de la Noblesse municipale ou d'échevinage, dite de cloche; de la Noblesse par lettres d'anoblissement ou moyennant finance, etc.; — de la hiérarchie et des rangs, honneurs, droits, privilèges, prééminence, prérogatives et immunités attachés à chacune de ces catégories ; — des Armes, Armoiries et Ordres de chevalerie ; — des Lois somptuaires ; — des recherches faites à diverses époques contre les usurpateurs de la Noblesse et des titres qui la caractérisent; — des Edits, Ordonnances, Lois répressives contre ces usurpateurs ; des Jugemens de maintenue, et de la Jurisprudence en matière nobiliaire ; — des Moeurs, Usages, Coutumes, Splendeur et Décadence, de ces diverses classes, etc.. etc.

 

 

PAR M. DE SAINT-ALLAIS.


 Pairie

 

 

DE

 

L'ANCIENNE FRANCE.

 

 

CHAPITRE PREMIER.

 

DES MINISTRES D'ETAT

 ET DU CONSEIL DE NOS ROIS.

 

Dans toutes les monarchies anciennes et modernes, il y a eu des Ministres, dont le devoir et les fonctions consistaient à soulager les Princes dans l'administration de leurs États et dans la conduite de leur gouvernement.

L'Empereur Auguste créa des Questeurs du palais, dont les fonctions consistaient à lire dans le Sénat les lettres et les édits du Prince, et Constantin leur fit rédiger par écrit les lois qui devenaient nécessaires à l'empire; il les regardait comme ses assesseurs et ses jurisconsultes, et ne faisait rien sans leur participation.

« Un Questeur du palais, dit Cassiodore, dut être le trésor de la renommée publique et l'arsenal des lois. Il devait avoir une connaissance du droit et de la langue dans laquelle il parlait, afin que la critique ne pût rien trouver de répréhensible dans ce qui était émané du Prince.» Le Questeur devait signer tous les rescrits impériaux, après quoi on les envoyait au Comte des dispositions, pour qu'il les fit transcrire et qu'il les gardât dans son chartrier.       

La composition d'un ministère chez les Romains comprenait : 1° le Questeur du palais, 2° le Primicier des Notaires (1), 3° quatre Maîtres de portefeuille (scrinium), 4° Le Comte des dispositions, 5° enfin un certain nombre de Référendaires, qui rendaient compte à l'Empereur des suppliques qui lui étaient adressées et des jugemens des tribunaux.

Chez les Francs, s'il n'y eut pas quatre Maîtres de portefeuille, il paraît certain qu'il y en eut deux au moins; car, selon M. le Comte du Buat, il est parlé du second portefeuille dans le livre V de la Collection d'Aymoin.

Cependant, il est certain que, dans l'origine de notre monarchie, et sous la première race de nos Rois, c'étaient les grands-officiers de la Couronne qui, sans avoir le nom de Ministres ni de fonctionnaires à portefeuille, composaient le conseil du Prince, souscrivaient toutes les chartes, en faisaient l'expédition, et surveillaient l'exécution des lois et des ordres émanés du trône.

Ces grands-officiers de la Couronne étaient au nombre de sept ; six d'entre eux se mêlaient en général des affaires de l'Etat; et le septième, particulièrement de celles du Roi et de sa maison. Voici leurs titres et leurs fonctions :

1° Le MAIRE DU PALAIS, dont le nom vient de meyer, qui signifie, dans la basse Allemagne, surintendant, à quoi répond le mot latin major, était appelé Proefectus palatii, Patricius, Major palatii, Proefectus auloe Regioe, et Major domus. Cet office était proprement le même que celui du Préfet du prétoire, qui avait toute la puissance sur les autres officiers en général et en particulier. Dion rapporte ces termes, dont l'Empereur Trajan se servit en donnant son épée à Licinius Surat : Accipe, inquit, gladium quem pro me, si bene atque ratio ne imperavero, distingues. Sinminus, eo ad interitum meum utere. Cùm proeficeret eum proetorianis cohortibus, etc.

Cet officier disposait en France de toutes les affaires du dedans et du dehors, dit Eginard, et quelquefois même il était tuteur du Roi mineur, comme, par exemple, Landry, pendant la minorité de Clotaire II, fils de Chilpéric et de Frédégonde. Le Maire Éga fut aussi tuteur de Clovis II, fils de Dagobert 1er et de Nantilde.

2° Les DUCS, qui avaient le gouvernement des provinces, et qui en référaient au Conseil du Roi ; chaque Duc avait douze Comtes sous son autorité.

3° Les COMTES, qui étaient Gouverneurs des villes, comme les Ducs l'étaient des provinces, et qui étaient installés par les Ducs ; ils conduisaient les levées de leur gouvernement à la guerre et administraient la justice en personne en temps de paix : ils avaient des lieutenans qui rendaient la justice en leur absence, et qu'on appelait vicarii ou viguiers.

4° Le COMTE DU PALAIS, Cornes palatii, Grégoire de Tours le nomme Major domus Regiae. Cet officier venait après les Ducs et les Comtes, et avait l'administration de la justice, lé commandement et la surintendance sur tous les officiers de bouche. Proefectus erat aulicis palatinis, Greg. Turon., lib. x, cap. XXIX. Ce qui revient à l'office de Grand-Maître de France, qui avait sous lui le Grand -Échanson et le Grand - Panetier de France; et, plus anciennement, le Grand-Queux, office qui fut supprimé.

5° Le COMTE DE L'ESTABLE OU CONNÉTABLE, Comes stabuli. Cet officier avait le gouvernement de ceux que Grégoire de Tours appelle Custodes Equorum Regiorum. Il fut remplacé par le Grand-Ecuyer de France, qui avait commandement sur le premier et sur tous les autres écuyers, sur tous les officiers de la grande et de la petite écurie du Roi, et même sur les rois, hérauts et poursuivans d'armes.

6° Le RÉFÉRENDAIRE, Referendarius. Ce titre s'appliquait, sous la première race, à ceux qu'on a depuis appelé Chanceliers. La charge du Référendaire était de garder l'anneau où était le sceau du Roi. Grégoire de Tours dit : Syggo Referendarius qui annulum Regis Sigiberti tenuerat, et à Childerico Rege ità provocatus erat, ut servitium quod tempore fratris sui habuerat, obtineret, ad Childebertum Regem, Sigiberti filium, relicto Chilperico, transivit.

7° Le CHAMBRIER OU GRAND-CHAMBELLAN, Camerarius. Cet officier, sous les Rois de la première race, avait particulièrement soin de la personne du Roi, qu'il levait, couchait et habillait; en un mot, il avait soin de la chambre, et le commandement sur tous ceux qu'on appelait camerarii ou valets-de chambre.

Cet office répondait à celui que les Romains appelaient Praepositum sacro cubiculo, qui portait le titre d'illustre, qu'on n'attribuait qu'aux officiers de la première classe de l'empire, et marchait après le Maître de la gendarmerie. Post Magistrum militum inter illustres primos, quartus annumerabatur. (Leg. utim. Cod. De proep. sacr. cubic. )

Mais, outre ces grands-officiers de la Couronne, il y avait encore des Seigneurs français qui avaient entrée  dans le Conseil du Roi, et qui portaient le titre de Conseillers, titre qui était fort éminent, selon Hincmar, et qui s'éteignait par la mort du Souverain qui l'avait conféré.

Gontram, Roi d'Orléans et d'Austrasie, ayant désigné Childebert, son neveu, pour être un jour son successeur, le prit en particulier, et après lui avoir fait promettre qu'il ne parlerait à personne de ce qu'il allait lui dire, il lui indiqua ceux d'entre ses fidèles qu'il devait admettre dans son Conseil : quos in consilio haberet; et ceux qu'il en devait écarter, aut sperneret à colloquio.

Grégoire de Tours donne le titre de Conseiller à ce favori de Ragnachaire, Roi de Cambrai, dont Aymoin parle en ces termes : « Ragnachaire s'était donné un familier, nommé Faron , homme d'une rare prudence, à ce qu'il croyait ; Faron l'avait tellement aveuglé sur son compte, que lorsqu'on faisait quelque présent au Roi, il en avait toujours sa part, et Ra gnachaire ne manquait jamais de dire : Voilà qui est pour moi et pour mon Conseiller Faron. Ce récit prouve deux choses : la première, que l'institution des Conseillers était aussi ancienne que la monarchie ; la seconde, que dès lors on les appelait indifféremment les Conseillers du Roi, ou ses familiers.

Sous les premiers Rois de la première race, les fonctions de Ministres ou de Conseillers devaient se borner à fort peu de choses , parce que l'administration de l'État était tout-à-fait militaire, et dirigée, sans cesse, vers les conquêtes; et lorsque les Gaules furent soumises, les Francs ne furent pas en assez grand nombre pour s'en approprier toutes les terres : ils n'en prirent que le tiers, qui fut divisé en terres saliques, en bénéfices militaires et en domaines du Roi. Les Gaulois, qui se soumirent, conservèrent le reste, et ce fut le plus grand nombre. Les terres saliques étaient celles qui échurent en partage à chaque Franc, et qui, par conséquent, devinrent héréditaires. Les bénéfices militaires étaient des terres qui demeuraient à l'Etat, et que les Rois devaient distribuer, pour récompenses viagères, à ceux qui en méritaient par leurs actions ou par l'ancienneté de leurs services. Les domaines du Roi étaient la part considérable qu'avait eue le Chef dans le partage général : cette part, dispersée dans tout le royaume, en plus de cent soixante lots, composait le principal revenu des Rois de la première et de la seconde race.

Ces partages faits, entre nos Princes et les Francs qui les avaient accompagnés dans la conquête, étaient le prix du sang que les compagnons de Clovis avaient versé ; et l'esprit d'égalité que ces Francs avaient porté d'au-delà du Rhin ne put même s'effacer lorsque leurs Princes agrandirent leur territoire et prirent définitivement le titre de Roi ; et les terres provenant de ce qu'on, appelait bénéfices militaires étaient considérées comme un propre de la nation, et non pas comme un domaine de la Couronne ou comme fiefs en relevant, ces deux termes étant postérieurs de plusieurs siècles à cette époque, où les Francs se rappelaient encore qu'ils avaient le droit de choisir leurs Capitaines et leurs Rois, comme le moyen le plus assuré d'éviter l'oppression.

«Ainsi, le Franc, quoique vivant sous l'autorité du Roi, n'en était pas moins libre pour cela, puisqu'il ne devait à la grâce du Roi ni sa liberté , ni ses possessions, ni l'indépendance de sa personne, ni la jouissance de ses biens, n'étant redevable de tous ces avantages qu'à sa seule naissance de Franc, et à la part qu'il avait prise à la conquête. »

Et, selon le même M. de Boulainvilliers, chaque Franc avait le droit de défendre sa personne, sa liberté, son bien, son intérêt, et généralement tout ce qui lui a appartenait directement ou indirectement, contre les entreprises de qui que ce soit, fût-ce même contre le Roi personnellement.

Et il ajoute que, sous cette première race, les Français étaient juges les uns des autres en matière criminelle, et arbitres souverains de toutes les affaires « qui étaient portées à leur assemblée générale du Champ-de-Mars, où le Roi venait présider. C'était, en effet, la plus haute de ses fonctions, puisque, dans l'établissement, il ne tenait d'autre rang que celui de premier magistrat civil ; modérateur des délibérations communes et juge des causes ordinaires étaient ses fonctions prescrites. »

L'origine et l'égalité de la condition et du partage entre les Français ayant été prouvées, il en résulte que les conquérans de la Gaule, qui n'avaient point de maître direct, devaient du moins trouver dans l'assemblée commune de tous les membres de la nation, une puissance supérieure, sans laquelle nulle police intérieure ou extérieure ne peut subsister, qui leur fît observer les lois qu'ils s'étaient eux-mêmes imposées. Ce pouvoir ne s'étendait pas cependant jusqu'à faire perdre la vie à un Français : la loi commune pourvoyait si bien à sa sûreté, qu'il ne pouvait encourir de plus grande peine qu'une amende pécuniaire dans le cas d'un homicide, ou la privation de l'héritage salique, en cas de refus du service militaire ou de désobéissance formelle envers le Gouvernement. Mais de quelque espèce que fût l'accusation contre un Français, dès qu'elle intéressait son honneur, sa vie ou ses biens, elle n'était plus au jugement d'un particulier revêtu de quelque dignité que ce fût : la liaison naturelle de tous les membres avec le corps établissait la nécessité d'un jugement public, et ce jugement public était celui de l'assemblée générale de toute la nation au Champ-de-Mars.

La convocation de l'Assemblée du Champ-de-Mars était aussi ancienne que la monarchie; Clovis, converti à la foi chrétienne, déclare qu'il veut avoir l'avis des Grands et de l'armée; il publie un édit pour la convocation publique du peuple. Les Grands du royaume s'assemblent et les troupes se trouvent avec eux au lieu marqué pour l'assemblée ; l'armée avait donc part aux délibérations.

Il ne se faisait aucune loi nouvelle sans le consentement nécessaire et positif des peuples; et il n'y avait de lois pour la nation que celles qu'elle avait approuvées.

Il n'entrait pas au pouvoir du Roi d'entreprendre la guerre sans l'avis de la nation. Clovis II disait que le soin qu'il était obligé d'avoir de son royaume était pour lui un avertissement continuel d'appeler les Francs à l'examen et à la discussion des affaires publiques. Il n'en est point de plus importante qu'une déclaration de guerre ; aussi voit-on les Rois mérovingiens employer les discours les plus pathétiques pour faire consentir les Francs à la guerre.

Ce ne furent donc pas les Rois de la première race qui cherchèrent à étouffer l'esprit de liberté et les droits acquis à leurs sujets ; ils furent, au contraire, asservis eux-mêmes dans la suite par leurs premiers Ministres, c'est-à-dire, par les Maires du palais, qui, dans l'origine, n'étaient que des officiers temporaires, qui surent se rendre héréditaires depuis la mort de Dagobert II, et qui devinrent ainsi les Ministres nés de nos Rois et les commandans supérieurs de leurs armées : c'est pourquoi ils finirent, par prendre le titre de Dux Francorum, Dux et Princeps, Subregulus.

L'administration de l'Etat et la conduite des armées, mises ainsi entre les mains des Maires du palais, réduisirent les derniers Rois de cette première race à un état de nullité absolue. Ils ne prenaient aucune connaissance des affaires, ne signaient et ne faisaient expédier aucunes chartes, aucunes lettres - patentes ; le Maire du palais en commandait l'expédition au Chancelier, qui n'était chargé alors que du dépôt du sceau royal, et les signait avec les autres grands-officiers de la Couronne.

Les Francs s'étaient réservés le droit d'élire le Maire ou le Général sous lequel ils voulaient combattre, et le Prince devait confirmer cette élection; mais, dans la suite, les Maires s'élevèrent à un tel degré d'autorité, qu'ils obligèrent les Rois de vivre du produit de leurs métairies, situées ordinairement au milieu des forêts, et ou l'on tenait des haras, des boeufs, des vaches, des moutons, de la volaille, et où l'on cultivait des légumes; ce qui n'était pas consommé par eux et par les gens de leur suite était vendu pour faire face à leur entretien. Ils passaient leur temps à voyager d'une métairie à l'autre. Il n'y a aucun doute que certains d'entre eux n'eussent assez de caractère pour changer cette manière humiliante de vivre ; mais la surveillance des Maires du palais, qui méditaient leur usurpation, les en empêcha et les tint constamment dans un état d'inaction qui finit par les faire mépriser du peuple, et qui conduisit ces Maires à s'emparer de leur Couronne en 761….

 

 

(1) Notarii, ainsi appelés, parce qu'ils étaient dépositaires des caractères de la signature des Empereurs, qu'on appelait notae, parce qu'ils publiaient leurs mandemens et leurs ordonnances, qui commençaient ordinairement par : Notum facimus (Nous faisons savoir).

 

 

A Suivre…

 

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