Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ARCHEOLOGIE CHRETIENNE

L'Iconographie du Cœur de Jésus

LE COEUR.." FONTAINE DE VIE & DE SAINTETÉ ".

La Société des Antiquaires de l'Ouest possède dans un de ses musées de Poitiers, celui des Augustins, un vase du XVIIe siècle dont la décoration entre dans le cadre des études de Regnabit. C'est une grande hydrie ou buire, fontaine à eau, d'environ 35 centimètres de hauteur, pansue comme une jarre provençale et munie de deux anses à la façon des amphores antiques.

Faite de terre cuite, elle est recouverte d'un glacé de couleur vert-griâtre ; son large col était jadis fermé par un chapeau de même nature dont le centre proéminent devait se terminer par un bouton de préhension plus ou moins ornementé.

Buire-fontaine du musée des Augustins, à Poitiers.

Comme toute décoration ce vase porte, à son col, le visage radieux du soleil et, à sa base, le Coeur de Jésus dont l'extrémité inférieure se prolonge en tube d’écoulement pour conduire au dehors le liquide du dedans. Ce Coeur est surmonté d'une croix placée entre deux flammes rigides, sèchement infléchies en crosses ; c'est donc bien l'image incontestable du Coeur de Jésus-Christ.

A première vue, la transformation du Coeur Sacré en vulgaire robinet de fontaine-lavabo paraît d'une hardiesse peu heureuse, pour ne pas dire absolument irrespectueuse ; pourtant, si peu enthousiaste que je sois de la symbolique du XVIIe siècle, descendante anémiée souvent de celle du Moyen-Age, il me semble qu'elle a atteint, cette fois, une droiture et une plénitude de sens inaccoutumés, parce qu'elle s'est inspirée là, directement des Livres-sacrés, et non du mièvre sentimentalisme qui presque toujours la sert mal.

Et c'est la margelle d'un puits, plus ancien qu'elle, qui va nous donner, j'ose croire, le mot de l'énigme du Coeur de la buire-fontaine de Poitiers : Dans la cour d'honneur du château du Bois-Rogues, près de Loudun, où jadis  François 1er fit conduire, pour une captivité fort relative et toute seigneuriale, Maximilien Sforza, duc de Milan, se trouvait encore, au XIXe siècle, un puits d'époque Renaissance où l'on voyait, sous le monograme du nom de Jésus chargé d'une croix dont la hampe portait le Coeur sacré, l'inscription suivante: Haurietis aquas in gaudio de fontibus salvatoris. « Vous puiserez dans la joie les eaux des fontaines du salut. »

Inscription d'un puits du XVI" siècle Château du Bois-Rogues. près Loudun ( Vienne)

Ce puits n'existe plus, et l'inscription que je reproduis ici[1] (l) ne nous est conservée que par la copie qu'en fit, le 23 juillet 1863 le savant archéologue loudunais Joseph Moreau de la Ronde comme terme de comparaison avec l'inscription ciselée sur le puits de sa propre demeure patrimoniale de La Ronde, près Loudun, qui portait aussi, mais en lettres du XVIIe siècle : Haurietis aquas in gaudio de fontibus salvatoris. Isayce II.

HAVRIETIS AQVAS

IN GAVDIO DE FONTI

BVS SALVATORIS ISAYAE II

Inscription du puits du château de la Ronde, près Loudun (Vienne)

Le puits de la Ronde, comme celui du Bois-Rogues, a été rasé et comblé; mais, à la démolition de sa margelle, la pierre chargée de l'inscription a été encastrée au-dessus de la porte d'un pavillon du jardin où elle est encore. La référence qu'elle donne des paroles bibliques n'est pas absolument exacte : elles sont bien du prophète Isaie, non en son chapitre IIe, mais au XIIe, verset 3e, où elles commencent le magnifique passage que voici :

"3/ - Vous puiserez avec allégresse les eaux des fontaines de salut.

"4/-Et vous chanterez ce jour-là: Rendez-grâce au Seigneur d'Israël, invoquez son nom, publiez devant  les peuples ses merveilles et proclamez qu'il est un asile assuré »

Ainsi donc, pour la pensée qui a présidé, durant la première moitié du XVIe siècle, à l'épigraphie du puits du Bois-Rogues, il n'y avait aucun doute, aucune hésitation : la « source du salut », la « fontaine du Sauveur » selon la traduction de saint Bernard, la « font salvatrice » auraient dit alors nos pères du Poitou, c'est le Coeur même du Sauveur Jésus, le Coeur qui sur la pierre du puits, fait corps avec la croix rédemptrice, avec le nom de Jésus, i H s ; et c'est devant lui, en relation immédiate avec lui, que s'aligne l’Haurietis aquas d'Isaïe.

Et pour qui veut aller plus loin que la matérialité apparente et superficielle des mots, l'eau limpide du puits, vivifiante et purificatrice, n'est plus que la matérielle image, que la figure emblématique de l'invisible don divin jailli du Coeur et fluant pour redonner aux âmes, dans la joie salutaire, la purification et la vie de justice.

Impossible me semble-t-il, de donner en dehors de cette interprétation, aucun sens vraisemblable et solide, à la compénétration, à la juxtaposition du Coeur, de la Croix, du monogramme et du texte biblique.

Et cette même pensée, cette proclamation que le Coeur du Sauveur est bien la source de notre rédemption par l'effacement, disons le mot vulgaire, par le « lavage » des humaines culpabilités, cette pensée, pour être moins ostensiblement écrite, me paraît aussi nettement exprimée sur la buire-fontaine de Poitiers. Là, nulle inscription ne nous en dit le consolant secret, mais le fait de faire découler du Coeur divin lui-même le liquide bienfaisant, n'est-il point un éloquent langage ? La main du potier qui l'a ainsi stabilisé dans son charitable office ne semble-t-elle pas avoir voulu lui faire crier à tous : Ô vous qui êtes souillés, venez à moi qui suis la source et le moyen de toute purification et vous retrouverez ainsi la vivante splendeur de vos âmes... ?

Et, d'elles-mêmes, les paroles des actuelles • Litanies du Sacré-Coeur viennent en l'esprit :

Cor Jesu, fons vitae et sanctitatis.

Coeur de Jésus, vous êtes la fontaine de la Vie et de la Sainteté.

Et plus loin, quand le même texte liturgique le salue du titre de « Fontaine de toute consolation », la pensée ne rejaillit-elle pas vers l'« ingaudio » du livre d'Isaïe ?

Certes, en appliquant au Coeur de Jésus l’Haurietis aquas du prophète, l'inspirateur de la sculpture du Bois-Rogues n'était point un inventeur, il arrivait après trop d'autres.

En étudiant magnifiquement, dans le dernier fascicule de Regnabit, le Sermon de saint Bernard pour la Nativité du Seigneur » Dom P. Séjourné en a reproduit les passages par lesquels le grand Abbé montrait à ses moines du XIIe siècle «les sources du Sauveur » : la « source de miséricorde » qui purifie ; la « source de sagesse» qui satisfait l'âme ; « la source de grâce » qui l'arrose et la fait croître; la «source de zèle » où le coeur du chrétien va puiser ses ardeurs. Et le grand mystique d'ajouter : « Voyez si ce ne seraient point là les fontaines dont Isaïe par avance aurait dit : « Vous puiserez avec joie les eaux des sources du Sauveur ». Puis, ayant contemplé ces quatre sources qu'il apparente avec les plaies des quatre membres de Jésus crucifié, le saint se recueille, et tournant ses regards vers la plaie béante du Coeur, la désigne comme la source suprême, celle même de la vie, de la vie véritable qui commence pour l'homme à l'émission du dernier soupir de Sa poitrine. C'est pourquoi je tiens pour certain que si le grand abbé de Citeaux avait vu le potier poitevin modeler dans la glaise le coeur-fontaine qui décore l'hydrie des Antiquaires de l'Ouest, il se serait incliné devant cette image évocatrice en murmurant l’Haurietis aquas d'Isaïe.

* * *

J'ose même aller plus loin dans ce même sillon du domaine de l'interprétation iconographique, au sujet d'un autre vase à eau, sur lequel l'incomparable artiste qui l'a conçu me semble avoir obéi à une inspiration mystique assez voisine de celle qui guida le céramiste de la buire-fontaine de Poitiers.

A trois lieues de Loudun et de ce château du Bois-Rogues où le Coeur de Jésus surmontait l'inscription du puits, à l'époque même où la parole biblique y fut gravée, les Gouffier d'Oiron, ducs de Roannais, demeuraient en leur princière résidence d'Oiron dont ils faisaient un foyer où les arts — tous les arts — recevaient un culte fervent. Hélène de riangest, duchesse de Roannais, faisait alors modeler dans les ateliers voisins de Saint-Porchaire, ces merveilleuses faïences, dites d'Oiron, qui sont les plus purs, les plus splendides joyaux de notre céramique française et dont les moindres débris sont aujourd'hui prisés, littéralement, bien plus que leur poids d'or [2].

Le Pélican sur une faïence d'Oirons XVIe.

L'ancienne collection Dutuit possédait trois pièces d'Oiron ; l'une d'elle, une buire à eau, porte à la courbure de sa panse, sur un fond blanc laiteux et dans la magie d'un décor fou d'entrelacs et d'arabesques de couleurs varices, un cartouche unicolore sur lequel un emblématique pélican s'ouvre la poitrine pour, par l'ablution de son sang,  rendre la vie à sa couvée.

Cette source empourprée ouverte au coeur de l'oiseau qui, par son moyen, redonne l'existence à des êtres morts, est-elle d’une conception bien différente de la cinquième source ouverte au flanc divin, dont parle saint Bernard ? Car, ne l'oublions pas, dans l'iconographie chrétienne du Moyen-Age, du Xe siècle à la Renaissance, le Pélican se frappant au coeur, « s'acorant », est un emblème de la Rédemption revivifiante et non de l'Eucharistie.

Écoutons Guillaume de Normandie, l'un des maîtres les plus sûrs de la symbolique au XIIe siècle, et qui, dans son Bestiaire divin, nous dit :

« Les petits du Pélican devenus grands frappent leur père de leurs becs et celui-ci dans sa juste colère les tue ; mais trois jours après il revient vers eux, se perce le flanc, et son sang répandu sur eux, les rappelle à la vie ». Puis Guillaume fait l'application de cette fiction touchante au Sauveur Jésus. Tout cela est développé dans quatre-vingt-quinze vers romans dont la reproduction serait trop longue ici[3] .

Albert le Grand, Vincent de Beauvais, Hugues de saint-Victor ont expliqué le symbole du Pélican par le même fabuleux récit ; chez eux, tous les oisillons révoltés et châtiés à mort sont purifiés, lavés, pardonnes et rendus à la vie par la seule ablution du sang paternel, et non par son incorporation en tant que nourriture. Les morts ne sauraient être alimentés. Et si saint Augustin, commentant le Psaume 101, pressentit que le Pélican deviendrait un emblème eucharistique, sa pensée n'a point trouvé d'écho dans l'iconographie médiévale.

C'est pourquoi, quand saint Thomas d'Aquin, dans l'hymne Adoro te de son Office du Saint Sacrement, à son tour appliquera la figure du Pélican au Sauveur, il n'exprimera lui aussi que l'idée du rachat de l'âme humaine par l'ablution purificatrice du sang divin, et non par l'acte de nutrition eucharistique :

Pie Pellicane, Jesu Domine Me immundum manda tuo sanguine,

Cujus una stilla salvum facere Totum mundum quit ab omni scelere.

Pélican plein de bonté, Lavez dans votre sang nos souillures

: une goutte suffit pour effacer tous les péchés du monde.

Au temps même où le génial céramiste de la duchesse de Roannais pliait les courbes molles des anses et décorait les contours de sa buire, du Bartras [4], en son style de l'école de Ronsard, donnait au Pélican symbolique le même sens mystique que les auteurs des siècles précédents. Ce n'est qu'après eux tous, par altération, par nescience de la pensée les grands siècles d'intellectualisme chrétien, que le Pélican devint l'un de symboles tardifs de l'Eucharistie. Voilà pourquoi les artistes, sculpteurs, peintres et ciseleurs du Moyen-Age le plaçaient quasi toujours au sommet de la croix ou dans le branchage de « l'Arbre de Vie ».

Sur une buire ancienne, je vois le Pélican en rapport direct d'idée avec la fiction qui le montre purifiant, ressuscitant et revivifiant à la source de son coeur, et par toute la sève de son coeur, sang et eau, ses enfants coupables et mortellement châtiés. N'est point vraiment là, dans le plus chaud symbole de son effusion, cette Eau que saint Jean vit, en l'île de Pathmos, « sortir du côté droit du Temple », et « qui sauve tous ceux qui en sont touchés », cette source purificatrice sur laquelle toute l'âme mystique du Moyen-Age s'est penchée avec la joie « du cerf altéré sur l'eau des fontaines, selon l'expression du Psaume 41, et qu'elle a magnifiée de tant de façons ?[5]

Suis-je donc trop osé en accordant au Pélican, sur la buire d'Oiron, une valeur anagogique quasi égale à celle du Cœur-fontaine de la buire de Poitiers, et quasi aussi la même signification ? Pour les deux inspirateurs de ces vases, comme pour la pensée qui a décoré le puits du Bois Rogues, l'eau qui fluait des uns et de l'autre apportait aux corps revivification et purification physique et matérielle, et, du Coeur ouvert du Sauveur, représenté dans sa forme ou figuré par le Pélican blessé, coulait, pour les âmes, « la source de vie et de toute sainteté ».

***

Et pour qu'on ne s'illusionne pas au point de croire réservé jadis exclusivement à l'élite intellectuelle des fidèles, ce symbolisme à la hauteur duquel la j-piété peut cependant hausser les simples, descendant l'échelle des temps et, jusqu'à l'extrême, l'étiage des arts, je veux graver en terminant l'image d'un bénitier tout populaire de mon voisinage; un de ces pauvres bénitiers de chevet où se signaient ceux de nos anciens qui portaient la veste de bure ou la blouse de toile, et nos grand'mères en robes de droguet ou de futaine. Il est fait de la plus grossière faïence du XVIIe siècle ou du XVIIIe, comme les vieilles assiettes des foyers campagnards, et son ornementation polychrome est de la naïveté la plus enfantine.

Bénitier campagnard loudunais, XVIIe ou XVIIIe s.

Or, sa vasque même, la vasque où repose l'eau sacramentale et bénite est faite du Coeur même de Jésus. C'est donc jusqu'en Lui-même, que le doigt du chrétien allait puiser l'eau salutaire, exorcisante et protectrice. Là aussi, on aurait pu écrire : Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris.

CHARBONNEAU-LASSAY. Loudun (Vienne)
 

 

[1]  J’ai déjà cité ce document, dans l'Echo de Saint Gabriel ; ann. 1904, p. 8. [2]  On ne connaît que six ou sept pièces entières des faïences d'Oiron qui ont été classées dans la collection Rothschild et dans les anciennes collections Sauvageo et Dutuit, lesquelles sont au Louvre. Le seul chandelier de faïence émaillée au chiffre de Henri II, fut acheté par Dutuit,à la fin du XIX e siècle, 91.000 fr, sans les frais. C'est dire la magnificence dd ces pièces et leur insensée valeur actuelle  (Cf. Les Arts, ann. 1902, n° 18, p. 3.).[3]  Cf. C. Hippeau : Le Bestiaire Divin de Guillaume, Clerc de Normandie, VI, p. 93 et 207. Caen, Hardel 1852. [4] Cf. Hippeau : ouvrage cité, p. 96. [5] C'est la même idée de pupification par l'ablution, par le bain, qui a présidé à la composition des " Fontaines de vie " par lesquelles le XVe siècle à glorifié l'action rédemptrice du Saint Sang, et qui ont inspiré à l'éminent maître Emile Mâle des pages qui sont de la belle et pure lumière d'archéologie sacrée (L'art religieux à la fin du Moyen-Age en France - Paris, Colin 1922 - p. 110 et suivantes.) Le thème ordinaire de ces " fontaines de vie " est ainsi réalisé : La croix ou expire Jésus crucifié s'élève d'une vasque dans laquelle le sang pleut de ses cinq plaies et surtout de celle du coeur, comme de cinq sources, en telle abondance que la vasque en est toute pleine ; et les pécheurs s'y viennent efficacement laver et baigner complètement. C'est " la fontaine du Sauveur ".., " le bain de vie " ".., la fontaine de pureté " selon les termes mêmes des hymnes liturgiques contemporains que cite Émile Mâle.

 

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ARCHEOLOGIE CHRETIENNE

L'Iconographie ancienne du Sacré-Coeur

LE COEUR BLESSÉ de l'Église de Langeac (Haute-Loire)

1526

Langeac est un gros canton de la Haute-Loire, situé sur le cours de l'Allier. Son église est le chef-lieu de l'un des archiprêtrés de l'actuel diocèse du Puy, mais faisait jadis partie de celui de Saint-Flour d'Auvergne.

Cette église, élevée au XVe siècle, est un bel édifice de style ogival peuplé d'oeuvres d'art, dont une quinzaine ont été classées par les Beaux-Arts à titre de monuments historiques.

A citer parmi elles, au premier rang, un magnifique tryptique peint sur bois et argent, les groupes sculptés du Rosaire et la Mise au tombeau.

A l'époque où l'église de Langeac fut construite et enrichie de ses chefs-d'oeuvres précieux, la seigneurie civile de Langeac appartenait à la noble famille de ce nom, vieille race illustre, issue des rois de Sicile, et que représentaient alors Tristan de Langeac et Marie d'Alègre, sa femme. Parmi leurs enfants se distingua surtout Jean de Langeac, le fastueux évêque de Limoges à qui François Ier confia, dans la suite, d'importantes missions diplomatiques et qui fut l'un des prélats les plus titrés et les plus opulents du royaume.

Assurément l'église de Langeac, siège d'un collège de chanoines, le chapitre de St-Gal, se ressentit heureusement de la générosité des seigneurs du lieu, dont l'esprit familial de libéralité devint célèbre surtout avec l'évêque Jean de Langeac et son frère, François de Langeac, abbé commandataire de Chézy.

Cependant, ce n'est point à leur munificence que la collégiale doit de posséder les très belles stalles de son sanctuaire, l'œuvre d'art qui va nous occuper ici, car le seul chapitre des chanoines de St-Gal en fit la dépense, ainsi que l'atteste l'inscription suivante sculptée, en splendides caractères de gothique ornée, sur le bois des stalles et qui nous en dit à la fois l'origine et la date exacte.

Afin d'exalter journellement la gloire du Christ en accomplissant l'office divin, le vénérable chapitre de Langeac, mû par sa dévotion, a fait ériger ce chœur l'an du Seigneur 1526.

Or, sur le bois de ces stalles quatre sculptures évoquent, dans un langage linéaire de la plus belle allure héraldique et mystique, les souffrances dernières du Sauveur Jésus ; elles se présentent ainsi, dans l'ordre des récits évangéliques :

1°— Un ange agenouillé tient obliquement, sur ses deux bras inégalement tendus, la colonne de la flagellation.

2° — Un buste d'ange dont le visage, les ailes et les mains sont seuls visibles, tient droit, sur sa poitrine, un écu de forme ogivale chargé d'un fouet à trois cordons tressés. L'ange employé ainsi comme « tenant » héraldique de l'écusson fut un motif très en faveur dans le blason de France et d'Angleterre du XIVe siècle et au XVe ; et nous devons féliciter le sculpteur de Langeac d'avoir su ainsi garder en son travail les formes traditionnelles et nationales de l'art noble, à son époque où tant de blasons devenaient de complexes cartouches italiens qui, hors de chez eux surtout, sont pitoyables.

3° — Un ange semblable à celui qui porte l'écu au fouet tient à son tour, mais obliquement, un écusson où s'épanouit un faisceau de verges.

Avant d'aller plus loin qu'on me permette de signaler la très grande analogie qui existe entre le dessin du fouet et des verges sur les écus de Langeac et celui de ces mêmes instruments de flagellation sur la fresque de l'église S'-Jean-Baptiste de Chaumont (Haute-Marne),1471, publiée par Regnabit, il y a quelques mois[1].

4° — Si les trois premières sculptures des stalles de Langeac évoquent, par la colonne le fouet et les verges, les seules souffrances de la flagellation, la quatrième, par contre, résume à elle seule les autres supplices de la Passion : le couronnement d'épines, le crucifiement, l'ouverture du Coeur de Jésus par la lance ; c'est un des plus beaux exemples que je connaisse de ce que l'on appelait alors les « Armoiries de la Passion », ou le ? Blason de Jésus-Christ », et quelquefois « l’Écu des Cinq-Plaies ».

Je reproduis ici cette sculpture superbe, dans les dimensions réelles qu'elle possède à Langeac, d'après le dessin qui m'a été très aimablement communiqué, ainsi que ceux des deux autres écussons, par M. le Chanoine Ollier, archiprêtre de Langeac. Comme pour l'écusson au fouet, l'ange scutigère tient sur sa poitrine un grand blason droit. Tout le champ de cet écu est meublé d'une forte couronne d'épines de deux scions entrelacés, au milieu de laquelle le Coeur divin se montre percé des clous qui firent saigner les membres de Jésus crucifié et de la lance qui ouvrit son côté. Le coeur n'est-il pas le foyer humain où tout peines, toutes souffrances de nos âmes et de nos affections, de nos esprits et de leurs pensées, de nos corps et de leurs sensibilités viennent aboutir ? — C'est le résumé de tout l'Homme.

Et c'est pourquoi, Dieu s'étant fait homme pour sauver l'homme, un homme un jour osa résumer Dieu. Dieu mort pour nous, et l'infini de ses souffrances, dans le seul dessin de son Coeur vulnéré de toutes les blessures de son corps.

Le sculpteur de Langeac, eut-il ciselé son oeuvre à deux genoux, ne fut point cet homme-là ; s'il le surpassa en maîtrise de métier, il ne fut cependant que son tardif imitateur : Depuis des siècles, la main chrétienne gravait, ciselait, peignait le Coeur adoré de Jésus-Christ ; depuis bien longtemps des blasons sculptés aux murs des cloîtres et des églises, sur des tombeaux et sur des meubles, portaient les mains et les pieds percés du Sauveur autour de son Coeur blessé.

Quarante ans avant que le chapitre de St Gal de Langeac fit sculpter les stalles de sa collégiale, un imprimeur parisien, Pierre Levet (1487-1491), prenait comme marque et firme commerciale un grand écusson qui centralisait aussi dans le Cœur même de Jésus, les instruments de ses Cinq Plaies principale.

Et si l'art du blason peut accorder peut-être une supériorité à Pécusson de Langeac sur celui de Pierre Levet dont Regnabit donnera prochainement l'image, les deux sont à mettre en parallèle comme l'expression héraldique d'une même pensée de piété d'une même façon de représenter le Coeur du Sauveur en tant que source de notre rédemption et que récepteur sensible des infinies souffrances de Jésus mort pour nous.

Loudun (Vienne) L. CHARBONNEAU-LASSAY.

Marque de Pierre Levet, imprimeur à Paris (fin du XVe siècle). Gravée au canif par L. Charbonneau-Lassay, d'après la reproduction qu'en donne Claudin, Histoire de l'imprimerie en France (Bibliothèque de l'Arsenal Paris).

 

[1] Regnabit, mars 1922, p. 409.

 

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ARCHEOLOGIE CHRETIENNE

LE PETIT SCEAU D'ESTÈME COURET

(XIVe SIÈCLE)

La merveilleuse collection d'art de M. le comte Raoul de Rochebrune, une des plus magnifiques de France[1], contient un petit sceau en bronze, au nom d'Estème Couret, qui depuis longtemps a retenu mon attention.

Encore inédit, je l'ai signalé en 1917, aux lecteurs de la Revue du Bas-Poitou[2], parce qu'il a été recueilli en province poitevine, au bourg de Curzon (Vendée), par le célèbre graveur aquafortiste Octave de Rochebrune, père de l'érudit collectionneur qui le possède aujourd'hui. Il intéresse trop l'iconographie du culte rendu au Coeur divin dans la France médiévale pour qu'il n'ait pas sa place dans la somme de documents anciens, relatifs à cette partie de l'Archéologie sacrée, dont Regnabit se propose de recueillir et dégrouper les images.

Description du Sceau de Couret.

La forme générale de l'objet qui nous occupe est celle d'une sorte de cône hexagonal à pans infléchis, surmonté d'une boucle tréflée où passait une chaînette de suspension. Ce fut la forme ordinaire des petits sceaux, dits « signets », du XIIe siècle jusqu'au XVIe.

La partie gravée porte, dans une un double nimbe fait de deux cercles conjugués verticalement, un coeur figuré en dessin au trait, et surmonte d’une croix qui est plantée dans son sommet ; du pied de cette croix partent six rayons de gloire. Autour, se déroule le nom du titulaire du sceau : S' (sigillum) ESTEME COVRET.

La Date du Sceau de Couret.

La gravure de cet ensemble incisé dans le bronze est d'une fermeté d'exécution qui touche à la raideur, et ce caractère de rigidité m'avait paru, en 1917, se rapprocher de la facture de plusieurs autres sceaux du début du XVe siècle ; depuis, j'ai remarqué la même sécheresse de trait sur nombre d'autres dont les dates s'échelonnent entre le XIIe siècle et la fin du XIVe.

Elle ne peut donc être que le résultat de l'outillage employé pour inciser le métal du signet, ou dépendre de la « manière » personnelle de l'orfèvre graveur, qui, du reste, fait preuve en ce travail d'une absolue maîtrise de son outil.

Les lettres de l'inscription, de la forme dite « onciale», sont indiscutablement de la famille de celles qui furent communément employées sur les sceaux durant la première moitié du X IVe siècle ; elles furent abandonnées par les graveurs français, précise l'éminent sigillographe J. Roman, vers 1350, date où la minuscule gothique leur devient d'un usage habituel[3].

Pour attribuer au XVe siècle le sceau d'Estème Couret, il faut admettre cette hypothèse, exposée dans ma note de 1917, que le graveur ait employé pour écrire la légende de ce sceau, des poinçons beaucoup plus anciens que son temps — s'il s'est toutefois servi, comme c'était généralement l'usage, de poinçons d'acier pour frapper la lettre avant la retouche finale du burin. —

Assurément cette hypothèse ne sort pas du domaine des possibilités mais elle est si improbable qu'à moi-même qui ne l'ai jadis émise que par prudence, par souci d'exactitude chronologique, elle ne me paraît plus à retenir. D'érudits confrères en archéologie m'ont fait du reste judicieusement observer, qu'à la rigueur, on la pourrait appliquer à tous les sceaux du monde, sauf à ceux, assez rares, qui portent des millésimes, ou à ceux, plus nombreux, qui appartiennent à des personnages dont la date de vie est connue.

En dernier état de cause il apparaît que l'on peut, sans présomption, attribuer au XIVe siècle — première moitié, si le graveur a usé des lettres.de son temps ; seconde moitié, s'il s'est servi de caractères un peu désuets — le petit signet d'Estème Couret.

Le Sujet du Sceau de Couret.

Pourquoi un coeur sur le signet de Couret ?

Le nom patronymique Couret est le même que Coeuret, et si l'on applique à la lettre u de ce dernier nom le son latin ou, comme ce fut longtemps l'usage au Moyen-Age dans les pays de langue d'Oc, les noms Couret et Coeuret acquièrent une similitude de prononciation quasi totale ; étymologiquement, l'un et l'autre sont des diminutifs du substantif coeur.

En choisissant un coeur comme, motif emblématique de son sceau, Couret faisait simplement, comme on disait alors, usage de ces « armes parlantes » qui passèrent souvent dans les familles, de père en fils, durant des siècles, comme de vrais blasons populaires ; et le grand nombre d'armoiries nobles qui ont été «meublées» de cette façon nous montre combien au Moyen-Age, ce genre de symbolisme fut affectionné : les La Tour, comtes souverains d'Auvergne, les Créqui, les La Fare, les Mauléon, les Martel, les La Bourdonnaye, les Dupleix, pour ne citer au hasard, que ceux-là, n'ont pas blasonné autrement.

Mais qu'est, en réalité le coeur du signet d'Estème Couret ?

Deux suppositions seules sont admissibles : Ou c'est le coeur de Couret lui-même, ou bien, s'inclinant devant Celui qui régnait alors sur toutes les pratiques de la vie familiale — ; Christus regnat, Christus imperat, disaient en ce temps-là les monnaies royales de France — Couret voulut marquer son sceau du Coeur glorieux du Sauveur, le prenant tout à la fois comme un «emblème parlant » et comme un signe protecteur, ainsi qu'à ces mêmes titres la tête de saint Jean-Baptiste était figurée, dans un linge ou sur un blason, au milieu des signets de Jean Cloche (1414) et de Jean Crête (1385), et le gril de saint Laurent sur celui de Simon Laurent (XIV s.).

A la vérité, surtout vers la fin du XVe siècle, nombre d'artisans, notamment les premiers imprimeurs libraires, représentèrent souvent, sur leurs firmes et marques professionnelles diverses, leurs propres coeurs ; et quelquefois, tel Anthoine Vérard, imprimeur parisien, le Coeur de Jésus et le leur, l'un au-dessus de l'autre, mais avec des attributs propres à empêcher qu'ils soient confondus l'un avec l'autre.

Et ce caractère attributif me parait établi sur le petit sceau de Couret par ce fait que de l'endroit où la croix pénètre dans le coeur s'échappent des rayons.

On sait que, dans l'iconographie religieuse du Moyen-Age, les rayons furent le signe spécial et réservé de l'état glorieux ; or, sur l'objet qui nous occupe, ils ne se rapportent pas à la croix, mais au coeur. S'ils étaient la glorification de l'arbre rédempteur ce ne serait pas de son pied que l'artiste les aurait fait jaillir, mais de son centre, c'est-à-dire du point de croisement du tronc et de la branche transversale, comme ce fut toujours l'usage pour les croix rayonnantes. Assurément un artiste d'aujourd'hui ne les aurait pas superposées, mais concentrés davantage à leur point de naissance; le graveur d'alors parait surtout là s'être défié, non de son burin, qu'il maniait en maître, mais plutôt du métal qu'il travaillait et qu'il trouvait peut-être cassant.

Attribués d'autre part au coeur de Couret, les rayons ne s'expliquent en aucune- façon. Et s'ils ne sont applicables, en le cas présent, ni à la croix, ni au coeur du chrétien vivant qu'était Couret, c'est que Celui qui est là, si fermement gravé dans la chair inaltérable du bronze est bien le Cœur glorifié du Sauveur Jésus !

Cette conclusion que je donnais en 1917, j'ai eu la satisfaction de la voir acceptée par de savants confrères en archéologie et par d'érudits spécialistes de l'iconographie du Cœur divin, notamment par le R. P. jésuite J. V. Bainvel[4].

Le Coeur de Jésus figuré sur un sceau du XIVe siècle constitue-t-il un fait qui puisse être qualifié d'insolite ? Non, assurément, pas plus que la figuration de ce même Coeur sacré sur la gravure murale du donjon de Chinon que j'ai signalé dans Regnabit du mois dernier (janvier 1922).

Et précédemment l'article si documenté de M. Emile Hoffet, Le Sacré-Coeur au Moyen-Age en Allemagne et en France, ne prouve-t-il pas, mieux que je ne saurais le dire, combien les monuments littéraires du culte du Coeur divin nous sont restés nombreux de la piété du XIVe siècle en ces deux pays ? Une telle ferveur de pensée ne pouvait pas aller sans s'extérioriser en quelques monuments représentatifs.

Les documents d'art de cette même époque, insoupçonnés ou presque il y a quinze ans, alors qu'on ne citait guère que le coeur divin sculpté sur le crucifix de l'abbé Trémy, de Tarentaise[5], commencent à se montrer moins rares qu'on le croyait alors, les études actuelles et les recherches en cours.ne peuvent manquer d'accroître le nombre de ces précieux et vénérables témoins de la piété d'autrefois : Regnabit et ses amis y contribueront grandement, j'en ai la ferme espérance.

Loudun, décembre 1921. L. CHARBONNEAU-LASSAY.

 

[1] Au château de la Court-d'Aron, Saint-Cyr-en-Talmondais (Vendée).[2] Revue du Bas-Poitou, ann. 1917. IIIe livr.[3] J. Roman, correspondant de l'Institut : Manuel de sigillographie française, p. 226. Paris, Picard, 1912.[4] J. V. Bainvel : La dévotion au Sacré-Coeur de Jésus. Append. III, pages. 640-641. Paris, Beauchesne, 1921.[5]  Cf. L. Cloquet. Eléments d'Iconographie Chrétienne, ch. IV, p. 84. — (note) Lille, Desclée et de Brouwer, 1890.

 

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

 

 

 

 

 

TENDRE BOURGEON, DOUCE FLEUR LAITEUSE ÉTHÉRIQUE, NÉE DES EAUX D’UN BASSIN UTÉRIN, AU CHÂTEAU DE VIENNE.

EN TON PALAIS, LE GÉNIE VIRTUOSE, LE PRODIGE EN SES AMOURS PRESSÉES AUPRÈS DE VOUS RISQUE ROMANCE,

JOUANT PRÉCIEUSES NOTES AU PIANO, COMME COULENT DANS LES VEINES DE VOTRE PAYS LES EAUX DANUBIENNES

MAIS VOTRE CÉLESTE ET SUBLIME DESTIN,  DELPHIQUE MARIA-ANTONIA, EST DE FAIRE ALLIANCE À L’ATTIQUE FRANCE.

 

EXIL VOLONTAIRE SANS RETOUR, COMPTANT SANS CESSE LES HEURES QUI S’ÉGRAINENT, CIRCONVOLUTIONS ASSASSINES !

ROSE ÉCLOSE ODORANTE, VERMEILLE ET PURPURINE, ÉPOUSANT ROI, DEVENANT REINE, EN LA CHAPELLE DE VERSAILLES.

POUR VOTRE AMOUR MADAME, L’ON DONNE LES PLUS BEAUX FEUX, LE PERSÉE DE LULLY, L’ATHALIE DE RACINE,

POUR VOUS, AU PLUS PRÈS DE VOUS, LA FRANCE OUVRE SON CŒUR,

LA DIVINE ÉGLISE ILLUMINE SON VITRAIL.

 

MAIS LA DEMEURE SOLAIRE EN SES ORS NE VOUS COMBLE QUE TROP PEU, NAIT ALORS L’ORÉE NOSTALGIQUE,

LA LISIÈRE D’UN MONDE OU PARAIT LA LAITANCE DOUCE ET LUMINEUSE DE LA NYMPHE ALPHÉE.

ET DE SON SEIN, À VOS YEUX,  TOUT JUSTE COUVERT, LES PRÉMICES ZÉNITHAUX ET ABYSSAUX D’UNE MORT TRAGIQUE,

D’UNE FIN OURDIE PAR LES ESPRITS FOURBES DES ÂMES DAMNÉES DE SAINT-CLOUD ET DE RAMBOUILLET.

 

CES INFIDÈLES ET INIQUES DE L’OMBRE, GOGUENARDS SOURNOIS, GODICHES IGNOMINIEUSES QUI DÉJÀ DÉNONCENT,

VOTRE AMOUR DE L’ART, DE LA GRANDEUR, DE LA BEAUTÉ DANS L’ÉCLAT, N’ÉGALANT TOUT JUSTE QUE VOUS.

À VOS CÔTÉS RODENT, VIREVOLTENT CEUX QUI, AFFREUSEMENT, SE FONT ROSES DÈS LORS QU’ILS NE SONT QUE RONCES

J’AI PEUR MADAME ! DE CES ÂMES AFFRIOLANTES ET SANS VERGOGNE, QUI GRAVITENT PERFIDEMENT AUTOUR DE VOUS.

 

ET LORSQU’AU LOIN, DU FOND DES PLAINES, DU FOND DES ÂGES SE PRÉCIPITENT TOUS CES GOUAILLEURS ASSASSINS,

PLONGEANT CRUELLEMENT EN VOTRE CORPS BIEN PLUS QUE LA LAME RÉGICIDE, L’ACTE INFÂME, L’IMPUTATION D’INCESTE.

VOTRE ÂME VIRGINALE MA REINE, D’AUTANT QUE VOTRE COEUR SONT CRUELLEMENT TOUCHÉS PAR L’EFFILÉ SURIN,

BIEN PLUS AIGUISÉ ENCORE QUE L’IMPUDIQUE LOUISON QUI DE VOUS, FAIT A JAMAIS UNE ÉTOILE AU PANTHÉON CÉLESTE.

 

 

© 2017 RHONAN DE BAR.

 

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

SAINT DENYS.

 

AU TEMPS DE L’INNOCENCE ET DE LA DOUCE CANDEUR

VOUS M’AVEZ ÉRIGÉ PAR VOS ESPRITS HERCULÉENS.

PAR LE SIÈCLE SOMBRE RÉVOLU EN MES PIERRES SONT DOULEURS

POSÉES PAR LES ÂMES IMPURES VOYANT EN MOI UNE CATIN.

PUISSIEZ-VOUS DÈS LORS VENIR CONTEMPLER GRANDEUR ET SPLENDEUR,

GARDÉS AUX CONFINS DE MON COEUR, SI PRÉCIEUX ÉCRIN.

TOUS CES GISANTS ET CES TOMBES DANS LE MARBRE, PRIEURS

DEPUIS LORS DORMANTS, TANT DE GLORIEUX SOUVERAINS.

DANS LA PIERRE, LE FER, LE VERRE LE LYS, JE LAISSE ENTREVOIR

PRINCES ET REINES AUX CERCUEILS DE MARBRE ENDOLORIS!

MON SILENCE TRAVERSE LES SIÈCLES ET MON ÂME SE FAIT MIROIR

ÉCHO D’UN MONDE AFFADIT PAR LA TERREUR, ENDORMI.

JE SUIS LE JOYAU, L’ÉCLAT, LA FUREUR ET L’ESPOIR

D’ENTENDRE À NOUVEAU RÉSONNER MONTJOYE SAINCT DENYS!

 

Texte et photos © RHONAN DE BAR.

Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).

Photos Rhonan de Bar (copyright).

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar

Chers lecteurs,

Ce blog fête aujourd'hui, en la Saint Denys, sa neuvième année d'existence. Il compte près de 67000 visiteurs uniques depuis sa mise en route. Merci à vous tous qui le faite vivre par votre fidèlité.

RHONAN DE BAR.

 

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE N.-D. DU CHÂTEAU DE LOCHES

PREMIÈRE PARTIE

HISTOIRE DE LA COLLÉGIALE (EXTRAIT)

CHAPITRE IV

Dévastation et pillage de la collégiale pendant la Révolution. — Réouverture de l'église de Notre-Dame sous le vocable de saint Ours.

1792 - 1862

Le temps était venu où cette église vénérable, qui comptait plus de huit cents ans d'existence, allait être indignement profanée; son glorieux passé ne devait pas la préserver des outrages des révolutionnaires! L'église Notre-Dame du château de Loches était un temple consacré au vrai Dieu, un temple fondé, enrichi, visité par des princes et des rois; elle devait, pour ces raisons, porter les marques de la haine que les hommes de la Révolution avaient pour Dieu et son culte, pour les rois et les grands.

Après avoir exigé de tous les prêtres catholiques un serment que leur conscience leur interdisait de prêter et qui devint le signal de sanglantes persécutions, les chefs avancés de la Révolution conçurent le projet d'anéantir en France la religion catholique. Des ordres furent donnés pour le pillage de toutes les églises, et les comités révolutionnaires, établis dans les quatorze mille communes de la république, s'acquittèrent en impies de cette impie commission.

Partout on ne rencontrait que bûchers où brûlaient les livres d'église, les chaires, les confessionnaux, les ornements sacrés: les tableaux, les reliques des saints, et l'on voyait autour de ce feu la populace ivre de vin et d'impiété danser en blasphémant le Dieu de ses pères! On mutila les statues des saints, on brisa les croix, on enleva le fer des grilles, on fondit les cloches, on abattit même quelques clochers, sous le ridicule prétexte que par leur élévation ils blessaient l'égalité républicaine.

Qui pourrait énumérer les églises qui furent détruites en ces temps malheureux? Parmi celles qui restèrent debout après leur profanation, les unes furent converties en magasins ou en écuries, les autres servirent au culte nouveau que les hommes du jour voulurent substituer au culte du vrai Dieu, et devinrent les temples de la Raison.

Cette nouvelle Divinité eut des statues vivantes, et ce fut sous les traits d'infâmes prostituées, qui se plaçaient sur l'autel, qu'elle reçut l'encens et les hommages d'un peuple en délire!

Dans ces jours de funeste mémoire, les chants sacrés, qui depuis huit siècles retentissaient quotidiennement sous les voûtes de Notre-Dame de Loches, vinrent à cesser ; le divin Sacrifice ne fut plus offert sur ses autels dépouillés ; les prêtres fidèles qui la desservaient furent obligés de fuir la persécution et la mort.

Enfin, une horde sauvage et impie fit irruption dans cette église autrefois si respectée; elle venait, le blasphème à la bouche, piller l'antique sanctuaire de Marie. En un instant les croix furent renversées et foulées aux pieds, les images et les statues des saints furent déchirées et brisées, les orgues elles-mêmes furent mises en pièces ; les vases sacrés et les ornements précieux que possédait la collégiale furent enlevés.

C'est alors que disparurent pour toujours le très-beau reliquaire d'argent doré, en forme d'église, renfermant un autre reliquaire composé d'une agathe précieuse montée sur vermeil et qui contenait la ceinture de la sainte Vierge ; Les châsses des corps de saint Hermeland et de saint Baud couvertes d'argent, avec figures relevées en bosse et dorées pour la plupart ; Une colombe d'argent doré suspendue autrefois au-dessus du grand autel et dans laquelle avait reposé le très saint Sacrement;

Une belle croix d'or, ornée de pierres et de perles précieuses, qui contenait des reliques de la vraie Croix ;

Une statue d'argent doré de la sainte Vierge tenant J'enfant Jésus entre ses bras;

Une petite statue d'argent doré de sainte Marie Madeleine, contenant quelques reliques de cette illustre pénitente ;

Plusieurs autres reliquaires en argent, de différentes formes, dans lesquels étaient renfermées des reliques de saint Paul, de saint Matthieu, de saint Barthélemi, de saint Martin, de saint Grégoire, de saint Gilles, de saint Biaise et de saint Malo ;

Un superbe livre des saints Évangiles[1] recouvert d'argent doré, enrichi d'un très-beau crucifix au pied duquel se trouvaient représentés la sainte Vierge et saint Jean, en argent doré relevé en bosse.

Enfin, une grande croix de procession en argent massif, des chandeliers, des encensoirs, des burettes, un bénitier, des lampes, des calices en argent, deux très-beaux calices en vermeil, devinrent la proie des patriotes sacrilèges et voleurs.

Ils n'oublièrent pas non plus de mettre la main sur les belles cloches de l'église Notre-Dame; ils descendirent, pour les briser, les deux grosses cloches placées dans le clocher qui surmonte la tribune, et les quatre moyennes que renfermait l'autre clocher.

Après avoir tout pillé, tout dévasté, les révolutionnaires se retirèrent chargés de leur riche butin. Ils épargnèrent le monument, qu'ils voulaient transformer en un temple de la Raison, mais ils eurent soin d'en faire disparaître tout ce qui pouvait rappeler sa destination primitive.

Que de mutilations ils lui firent subir!

Quand vous entrez dans cette antique église du château de Loches, vous trouvez sous le porche magnifique qui la précède des traces ineffaçables de la fureur révolutionnaire.

Le portail qui met le porche en communication avec l'église vous apparait affreusement mutilé. Les statues des saints, des anges, de la Vierge Marie, qui le décoraient, ont été frappées par le marteau de ces nouveaux vandales. Tout ce qui faisait saillie, les têtes, les bras, ont été abattus ; des nombreuses statues qui décoraient le portail et le porche, il ne reste plus que d'informes débris!

Dieu permit que cette oeuvre de destruction restât inachevée pour montrer aux générations futures combien sont tristes les fruits que produit l'impiété.

Quand les églises furent rendues au culte catholique, ce dut être pour les démolisseurs un châtiment terrible que ces restes mutilés échappés à leur fureur et disant éloquemment à tous ceux qui s'arrêtaient devant eux : « Voilà l'ouvrage de ces fiers révolutionnaires qui, ne pouvant s'attaquer à Dieu lui-même, dont ils voulaient détruire le culte ici-bas, déversèrent leur haine sacrilège sur ses temples et ses images, sur celles de la Vierge et des saints. »

Jusqu'à l'époque du Concordat de 1802, l'église collégiale servit de lieu de réunion pour les fêtes décadaires.

Enfin, à ce moment Dieu mit un terme aux épreuves du catholicisme en France. Le général Bonaparte, étant devenu premier consul, et par la même chef de l'État, rétablit dans notre pays l'exercice du culte catholique, de concert avec le souverain Pontife Pie VII. La France entière accueillit avec des transports de joie cette restauration religieuse ; les efforts que l'impiété avait faits pour étouffer en France la religion n'avaient servi qu'à procurer à cette religion divine un éclatant triomphe.

Quoique rendue au culte, l'église collégiale et royale du château de Loches ne devait pas revoir son brillant passé ; elle était pour jamais privée de son nombreux clergé, de ses douze chanoines, de ses chapelains, de ses clercs, de ses riches possessions; elle devait cependant avoir encore un bel avenir, car l'église de Saint-Ours ayant été détruite pendant la tourmente révolutionnaire, la collégiale devint l'église paroissiale de Loches, sous le vocable de saint Ours, le glorieux patron de la ville.

On n'oublia pas toutefois à Loches que la nouvelle église paroissiale avait été primitivement dédiée à la sainte Mère de Dieu. Il semble même que la divine Providence ait voulu que la sainte Vierge fût, à partir de cette époque, honorée plus encore qu'autrefois dans l'église du château. En effet, avec la ceinture de la Vierge sauvée comme par miracle, lors du pillage de 1793, on y vénère une statue antique de Marie, connue sous le nom de Notre-Dame de Beautertre.

Aussi le peuple de la ville et des campagnes vient-il avec empressement, à différentes époques de l'année, rendre ses hommages à la Reine des cieux, dans son antique sanctuaire du château, attiré qu'il y est par le désir de vénérer la ceinture de l'auguste Vierge et la statue de Notre-Dame de Beautertre.

Après avoir esquissé à grands traits l'histoire de l'antique église du château de Loches, nous allons, dans le chapitre suivant, en donner une description scientifique détaillée. Nous essaierons de faire connaître quelle était la forme de l'église construite par Geoffroy Grisegonelle, ce qui a pu en être conservé quand Thomas Pactius entreprit de la reconstruire; nous étudierons ensuite dans tous ses détails ce magnifique monument élevé à la gloire de la Reine des cieux par le généreux prieur du chapitre collégial et royal; enfin nous dirons les importants travaux que l'on a entrepris depuis une vingtaine d'années pour rendre à la vieille collégiale son cachet primitif et pour l'embellir en la restaurant selon les règles de l'art chrétien.

 

[1] C'était peut-être le même évangéliaire que Thomas Pactius avait donné à la collégiale avec d'autres manuscrits précieux. —chron. ecclesiae B.M. de Lochis.

L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE N.-D. DU CHÂTEAU DE LOCHES

PREMIÈRE PARTIE

HISTOIRE DE LA COLLÉGIALE (EXTRAIT)

CHAPITRE V

Description de l'église du château de Loches.- Différentes transformations de ce monument. — Inscriptions tumulaires. — Restauration de M. l'abbé Nogret.

L'église du château de Loches, telle que nous la voyons actuellement, présente deux styles principaux : l'un qui appartient à l'architecture romane primordiale, et qui ne s'observe que dans les parties de l'église de Geoffroy Grisegonelle conservées par Thomas Pactius ; l'autre qui appartient à l'architecture romane tertiaire ou de transition, et qui consiste dans un mélange des formes romanes et des formes byzantines. C'est ce style de transition entre l'architecture romane et l'architecture ogivale que Thomas Pactius voulut appliquer dans la reconstruction de sa collégiale; il le fit avec le plus grand succès.

« Ainsi le temple est précédé d'un vestibule ou pronaos ; la toiture est en pierres plates, comme dans l'Orient; les anciennes voûtes romanes qui pesaient sur la prière, font place à des pyramides évidées comme des coupoles; les arceaux sont plus hardis, les colonnes plus hautes; partout enfin se trouve un élancement inconnu jusqu'alors à l'architecture et qui prend l'art byzantin comme expression, avant d'adopter définitivement l'ogive.

A l'extérieur, Notre-Dame de Loches frappe surtout par un caractère étrange et original. Deux clochers pyramidaux, de forme octogone, couronnent la façade et le transept; autour d'eux s'élèvent des clochetons, des tourelles, et dans l'espace qui les sépare vous apercevez les deux cônes des douves (dômes ou voûtes) semblables à deux autres pyramides.

Sans doute ces coupoles, ces campaniles, sont loin d'avoir (malgré leur hauteur, qui atteint pour les plus élevées à 40 mètres) la légèreté et l'élégance des flèches de l'art ogival, mais elles sont plus loin encore de la pesanteur massive des tours carrées de l'art roman. Ce qui agrandit surtout l'impression, c'est leur nombre, c'est cette suite non interrompue d'élévations qui nulle part ne laissent place à la ligne horizontale, dans la disposition des combles, et qui montent, comme les nuées de l'encens, vers le ciel [2]

Dans une intéressante étude sur l'ancienne collégiale du château de Loches, M. l'abbé Baunier a parfaitement indiqué, selon nous, ce qui doit être regardé comme ayant fait partie de l'ancienne construction du comte d'Anjou et ce qui doit être regardé comme l'oeuvre de Thomas Pactius.

Nous allons faire de nombreuses citations de son beau travail.

Quelle était d'abord la forme de l'église de Geoffroy Grisegonelle?

Celle à peu près de l'église actuelle, moins les bas-côtés, qui furent ajoutés plus tard. Elle se composait d'une nef terminée par un rond-point et de deux transepts formant, avec la nef et son rond-point, une croix latine.

Deux chapelles s'ouvraient sur le côté Est de ces deux transepts.

Les deux clochers terminaient, comme aujourd'hui, la nef de l'église à ses deux extrémités.

Quoiqu'il soit assez difficile de désigner d'une manière précise ce qui peut être resté de l'église de Geoffroy, voici, dit M. Baunier, les parties que nous croyons lui appartenir : « Les deux arceaux sous lesquels on passe en entrant dans l'église, soutenus par quatre demi-colonnes cylindriques, courtes et basses, sans renflement au milieu, au chapiteau orné d'animaux et de feuillages; « La tribune formée par le sommet de la tour quadrangulaire qui la domine et qui devait se terminer par une plate-forme, car à cette époque on ne savait pas encore marier le toit octogone aux tours quadrangulaires ; « La partie basse des murs de la grande nef et plusieurs autres parties de mur répandues çà et là; La pesanteur des colonnes d'entrée, l'appareil formé de pierres irrégulières séparées les unes des autres par une couche de ciment ou mortier assez épaisse et saillante, tout cela semble retracer la grossière construction de cette époque. »

L'oeuvre de Thomas Pactius comprend une grande partie de ce que nous voyons maintenant. Les trois chapelles circulaires de l'abside et leurs trois fenêtres à doubles colonnes cylindriques, les arcades ogivales de la grande nef, les colonnes et les contreforts qui leur servent d'appui et qui s'élèvent jusqu'au comble de l'édifice, les voûtes pyramidales soutenues par ces arcades et ces colonnes dont nous venons de parler, les grosses colonnes cylindriques qui mettent le choeur en communication avec la nef et les transepts, un cordon en dentelures qui circule autour de la nef, paraissent avoir été construits, sinon en entier, du moins en très-grande partie par le prieur du chapitre.

Les deux colonnes de l'entrée du choeur sont coupées au milieu de leur hauteur et terminées en cul-de-lampe par un groupe qui présente quelque particularité. Il offre des personnages grotesques que leur attitude pénible et leur face grimaçante, leur tunique serrée et leurs formes hideuses semblent faire reconnaître pour des serfs. Ces corps paraissent soutenir avec d'horribles grimaces le poids du saint édifice.

La tour quadrangulaire avec ses quatre clochetons, placée sur le milieu des deux transepts, ainsi que le toit octogone qui la surmonte; les deux tourelles rondes réunies par une saillie et qui, placées à l'un des angles de la tour, renferment l'escalier qui y conduit; le toit octogone, appuyé sur une base de même forme, qui repose sur la tour de l'ouest, semblent par leur forme et leur construction avoir pris naissance au 11ième siècle.

Mais l'ouvrage le plus intéressant de cette époque, c'est le portique de la collégiale. Il est carré et comprend la largeur de l'église. L'on avait coutume d'installer sous ce porche le doyen du chapitre, qui prenait le nom de prieur.

Voici, d'après les archives de l'ancienne collégiale, comment les chanoines procédaient à l'installation du prieur.

Celui que le roi avait élevé à la dignité de prieur du chapitre de la collégiale Notre-Dame de Loches venait d'abord à la salle capitulaire présenter aux chanoines ses lettres de nomination; il se rendait ensuite sous le porche de l'église.

Les chanoines, revêtus de chapes de soie, allaient processionnellement rejoindre le nouveau prieur à l'entrée de la collégiale et recevaient le serment qu'il prêtait debout. Le prieur prenait ensuite un surplis et une chape de soie, puis le chantre entonnait une antienne à la sainte Vierge, et la procession revenait à l'église au son de toutes les cloches.

Le chantre, à l'arrivée au choeur, faisait asseoir le nouveau prieur dans la stalle qui lui était destinée, et quand l'antienne était terminée et l'oraison chantée, tous se rendaient à la salle du chapitre. Là encore, le chantre donnait la première place au prieur, et tous les chanoines l'admettaient au baiser de paix.

On voit sur les voussures de la porte qui introduit dans l'église deux rangs en relief de figures grotesques et monstrueuses, corps humains surmontés de têtes d'animaux, têtes d'hommes égarées sur des corps de bêtes, figures tantôt grimaçantes, tantôt ouvrant une gueule immense, etc. Au-dessus de ces figures grotesques, sont les statues des bienheureux qui ont combattu pour le Christ.

Elles sont placées circulairement le long du cintre de la porte de l'église. Des deux côtés sont d'autres statues de saints de grandeur naturelle, tenant au mur, offrant de longs bustes, une sorte de roideur et d'absence de mouvement; à leurs pieds, on voit une tète ouverte d'une manière horrible.

Le vandalisme révolutionnaire a détruit en partie ce précieux travail.

Dans tous ces monstres et ces grotesques, nous voyons une personnification des esprits de ténèbres, car le démon joue un grand rôle dans les créations du moyen-âge. « Les artistes, dit M. Paul Lamarche, protestèrent de leur haine contre lui en accumulant dans sa personne tous les types de la méchanceté et de la bassesse; ils empruntèrent au règne animal les formes les plus hideuses; la nature ne leur suffisant pas, ils inventèrent de monstrueuses combinaisons; chaque trait ajouté à l'opprobre du maudit fut de leur part un acte de piété. »

Aux angles du portique, le long des corniches, en regard des statues des bienheureux, on voit des animaux hideux : une tête qui grince des dents, image de ceux qui ne connaissent ni espérance ni repentir; plus loin, deux lions en fureur, symbole de la colère; deux hiboux, l'un à tète d'homme, l'autre à tête de femme, figure de la volupté. Un cavalier à la physionomie inquiète semble personnifier l'avarice. Chacune de ces créations traduit énergiquement le dicton populaire et chrétien: « Laid comme le péché mortel. »

A un autre angle du même portique, on distingue plusieurs colombes, symbole de la vertu; deux d'entre elles boivent dans un vase à deux anses, élevé à la hauteur de leurs têtes; deux autres semblent becqueter des feuilles d'arbre.

Au-dessus des corniches, aux angles les plus rapprochés de l'entrée de l'église, étaient autrefois des anges gardiens sculptés en relief; on voit encore la forme de leurs ailes; ils ont entièrement disparu sous le marteau des révolutionnaires.

Aux deux autres angles, du côté de la porte principale de sortie, on voit qu'il y avait des statues; on ne peut savoir ce qu'elles représentaient, car elles ont été enlevées à  l'époque de la Révolution.

Il est des personnes qui, ne voyant dans les grotesques de la porte de l'ancienne collégiale de Notre-Dame de Loches qu'un sujet de scandale pour la piété chrétienne, voudraient précipiter des murs tant de figures monstrueuses, si mal placées, leur paraît-il, à l'entrée du saint lieu. Quant à nous, nous voyons ici une idée spirituelle et religieuse rappelant bien les siècles de foi qui ont produit toutes ces créations.

En contemplant tour à tour l'image du péché et de la vertu, ne se rappelle-t-on pas cette leçon que nous donne l'Esprit-Saint par la bouche du roi-prophète: Declina a malo et fac bonum, détournez-vous du mal et faites le bien.

Ce lion rugissant rappelle au chrétien qu'il doit joindre la prière à la vigilance, s'il ne veut pas devenir la proie d'un ennemi cruel et terrible. L'union de ces deux colombes dit qu'il faut que les bons s'unissent par les liens d'une étroite charité pour lutter plus victorieusement contre les efforts des méchants.

La figure du Christ et celles de la Vierge, des saints et des anges qui s'offrent aux regards des fidèles quand ils pénètrent dans l'église, leur donnent ce consolant enseignement : Si la vie de tout homme, mais surtout du chrétien, istun combat continuel, si à chaque instant, pour ainsi dire, il faut qu'il lutte contre le démon et contre ses passions, représentés par ces monstres hideux qui entourent la porte de l'église, il doit se sentir grandement encouragé à la pensée qu'il a pour témoins de ses combats Jésus-Christ, le Saint des saints, les bienheureux déjà en possession de la gloire céleste, et les anges, ministres des volontés du Très-Haut, gardiens et protecteurs de l'homme.

On ignore qui a fait construire les deux parties de l'église ajoutées au nord et au midi. La chapelle de gothique flamboyant, qui est dans l'épaisseur du mur de la nef du côté gauche, a été fondée en 1442 par Georges, seigneur de Préaux, en Touraine, et de la Charprais. Un mausolée était autrefois élevé dans cette chapelle; tout autour étaient représentés douze chanoines, l'aumusse sur la tête; le doyen était coiffé d'une mitre, ainsi que le chantre, dont le bâton, fait presque comme une canne, se terminait par une petite pomme [3].

On voyait, avant la Révolution, dans l'église collégiale plusieurs chapelles et un grand nombre d'autels qui nuisaient peut-être à la régularité du saint édifice, mais qui étaient nécessaires, à cette époque, aux chanoines et chapelains pour la célébration quotidienne du saint sacrifice de la Messe.

Dans le transept du côté sud de l'église se trouvait la chapelle de saint Pierre, devenue plus tard chapelle de Notre-Dame de Délivrance; plus bas, s'ouvraient les chapelles réunies de Saint-Nicolas et de Sainte-Marguerite, entièrement isolées du reste de l'église; la salle du Chapitre venait du même côté, après ces deux chapelles.

Dans le transept du côté nord, se trouvait la chapelle de la Communion, actuellement chapelle de Notre-Dame de Beautertre; puis venait la chapelle de Saint-René, chapelle gothique, que l'on voit encore, mais qui n'a plus d'autel. De ce même côté, parallèlement à la salle du Chapitre, se trouvait la chapelle de Saint-Jean, grande et belle chapelle gothique, dont on ne sait plus l'origine et qui forme actuellement la majeure partie de la nef latérale de ce côté.

Dans la nef principale de l'église il y avait quatre autels; deux étaient situés au bas et à l'entrée du choeur: c'étaient à droite l'autel de la sainte Vierge et à gauche celui du Crucifix. Le chapelain de l'autel du Crucifix, devant lequel se faisaient les services funèbres des employés de l'église et les autres fonctions curiales, portait le nom de curé du Chapitre.

Les deux autres autels placés presque au milieu de la nef, mais adossés aux murs, étaient celui de Saint-Louis, à droite, et à gauche celui de Saint-Hermeland.

Voici quelques-unes des inscriptions que l'on voyait

autrefois dans l'église collégiale, et dont plusieurs ont été conservées ou replacées :

1° En mil quatre-cent soixante-sept, funda maistre Loys Furet, chanoine en l'église de céans, une anniversaire pour luy et des sians, au jour et feste de saint Loys. Dieu leur octroyé paradis.

2° Cy d'avant git le corps de vénérable discret maitre François Marcadet, en son vivant pbr. chantre et chapelain ordinaire du roy, chantre et chanoine de l'église de céans, curé de Notre-Dame de Courgon, qui décedda le 16e jour de jueillet 1556. Priez Dieu pour son âme.

3° Au bas de la porte du choeur, il y avait une tombe garnie de lames de cuivre et de larmes de bronze; elle était à fleur de terre et on y lisait l'inscription suivante :

Sous ce pieux édifice dolent

Si gist le corps de messire Roland

De Lescouët, trez liai chevalier

En son vivant, chambellan, conseiller

Du roi des Francs, et grand veneur de France;

De Montargis baillifde grand'prudence,

Maître des eaux et forêts de Touraine;

De Loches fust général capitaine

Et de Bourgoin; moult vaillant et expert.

Seigneur aussi estoit de Héripert

Et de Kemblec, voire de Grillemont,

Qui trespassa, comme tous vivants font,

Le jour mortelle dixiesme de décembre

Mil et cinq cents, de ce suis je remembre;

Et puis luy mort fust mis soubs cette lame.

Priez Dieu qu'il daigne avoir son âme.

4° Près de la chapelle de Sainte-Barbe dans la nef, on lisait l'épitaphe suivante, surmontée des armes de Polastron de la Hillière, d'argent, au lion de sable, armé, lampassé de gueules[4] :

Cy gist le coeur de hault et

puissant seignr Messire Jean

Gabriel de la Hylliere, chevallier

seigneur de Grillemont, sergent

major au régiment des gardes

et commandant pour sa Majesté

es villes et chasteau de Loches

et Beaulieu : le corps duquel

repose en l'eglise des Perres

Minimes de Mongogé : il deceda

le dernier iour d'aoust 1630,

soubz le regne de Louis xiii.

Priez Dieu pour son âme.

Cy gist le coeur de la Hylliere,

Non: il est logé dans le ciel,

Qui rempli d'une humeur guerriere,

N'eut onques de peur ny de fiel.

Lorsque M. Nogret prit possession de son église paroissiale, il la trouva dans un état qui laissait fort à désirer.

.[2]  La Touraine, article Loches.[3] On peut voir le dessin de ce magnifique mausolée, à jamais regrettable, dans le tome 1er, fol. 186, des Tombeaux et Épitaphes des Églises de France, coll. Gaignières, à la biblioth. Bodléienne d'Oxford.[4] Biblioth. Bodlèienne d'Oxford, Tombeaux et Épitaphes des Églises de France, tome Ier, fol. 46. — Nous devons la communication de cette note à l'obligeance de M. l'abbé C. Chevalier.

L'oeuvre de Thomas Pactius était en effet fort dégradée; les voûtes et les clochers ne présentaient plus assez de solidité; les murs étaient minés par l'humidité dans leur partie inférieure; puis, des réparations anciennes faites sans aucun goût, avaient ôté à l'église son cachet monumental, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Ainsi, par exemple, les voûtes pyramidales avaient été extérieurement recouvertes d'ardoises, la belle fenêtre du milieu du sanctuaire avait été masquée par des décorations d'un malheureux effet. M. le curé Nogret voulut rendre à l'ancienne collégiale son cachet primitif et faire disparaître les ravages de toute sorte qu'elle avait dû subir. Grâce au bienveillant concours d'une amitié puissante qui intéressa le Gouvernement à son oeuvre de restauration, M. le Curé put se féliciter d'un succès complet. La restauration du monument sacré fut faite avec beaucoup d'habileté, sous la direction de l'architecte M. Verdier, et sous l'inspection de M. Baillargé. On peut dire que l'église a été reprise en sous-oeuvre presque en son entier, depuis la partie inférieure des murs jusqu'au sommet des clochers.

L'oeil n'est plus choqué à l'extérieur par cette couverture d'ardoise qui ôtait toute grâce aux pyramides et les rendait si pesantes. A l'intérieur tout est remis à neuf: on ne pourrait croire que ce monument sacré a vu passer près de neuf siècles; le sanctuaire étincelle de clarté depuis que les trois fenêtres, qui en sont le plus bel ornement, ont été entièrement dégagées. La lumière, se jouant à travers les vitraux peints qui décorent les fenêtres, se répand dans tout l'édifice, après avoir emprunté aux verrières leurs teintes d'or et d'azur.

La fenêtre du milieu a été ornée d'un beau vitrail qui représente la Reine du ciel, couronne en tête, sceptre en main, tenant son divin Fils entre ses bras. (Cette verrière provient de la manufacture de vitraux peints de Tours, dirigée par l'habile M. Lobin.) Les deux autres fenêtres sont garnies de mosaïques d'un bel effet, dues au goût intelligent de M. le marquis de Bridieu.

On a su tirer un très-bon parti des chapelles latérales qui s'étaient trouvées annexées à différentes époques à l'église collégiale. Primitivement, comme nous l'avons déjà dit, cette église n'avait qu'une nef terminée par le sanctuaire, et deux transepts formant avec la nef une croix latine. Les chapelles que l'on éleva plus tard de chaque côté de la nef furent pendant longtemps tout à fait isolées de l'église. Celles du nord furent converties en nef latérale, à une époque déjà reculée. Des arcades percées dans l'épaisseur du mur les ont mises en communication avec l'église proprement dite ; cependant elles n'ont été complètement restaurées que depuis l'année 1857.

La nef latérale du midi existe depuis fort peu de temps.

Elle a été faite presque en son entier; elle sert pour les catéchismes des enfants de la paroisse.

En l'année 1839, on a découvert sous l'église une crypte ou chapelle souterraine, dédiée à saint Martin, évêque de Tours et patron du diocèse. Cette chapelle avait été entièrement comblée de terre, en 1793, lorsque les hommes de  la Révolution transformèrent Notre-Dame en temple décadaire.

Voici la description qu'en a donnée M. de Pierres, qui en fit la découverte avec M. le curé Nogret :

« Après un long travail, nous pûmes descendre sous la voûte très-bien conservée de cette crypte assez moderne, car nous remarquâmes aux deux extrémités des voussures, à droite et à gauche de l'autel, les armes de France, à fleurs de lis oblongues, écartelées avec deux dauphins, ce qui nous fit penser que Louis XI avait dû en être le fondateur.

« Nous trouvâmes un modeste autel de pierre, en forme de tombeau; une seule marche le mettait au-dessus du niveau des dalles de la chapelle; la place de la pierre sacrée était parfaitement marquée. Des peintures à fresque, dans un état de destruction presque complet, ornaient la voûte entière, les parois de la chapelle, et nous ont paru représenter les guerres de saint Martin. Au bas de l'escalier, à gauche, en face de l'autel, le saint évêque de Tours était figuré en costume épiscopal, et au-dessus de sa tête étaient écrits ces mots, très-lisibles encore, Sanctus Murtinus. »

Cette chapelle fut restaurée aux frais de M. le curé Nogret ; on y a déposé les ossements de quelques prêtres attachés au service de la collégiale avant la Révolution. Ces ossements avaient été trouvés dans les fouilles que l'on fit autour de l'église, lorsqu'on entreprit sa restauration. On descend à la crypte par un escalier auprès de la sacristie, et qui conduit également au clocher assis sur le choeur.

Le clocher qui surmonte la tribune à l'entrée de l'église a été garni, par les soins de M. le curé Nogret, de trois cloches qui produisent un magnifique effet lorsqu'elles sont mises en branle aux jours des grandes solennités.

On trouve dans l'église du château de Loches quelques tableaux remarquables, entre autres:

1° Un tableau représentant l'Assomption de la sainte Vierge; il est signé de David Téniers Junior, et il porte le millésime de 1663. Les personnages qui entourent le tombeau, qu'abandonne la sainte Mère de Dieu pour s'élever vers les cieux, sont historiques; on reconnaît parfaitement en eux les principaux seigneurs de la cour de France, de l'époque de la Fronde;

2° Une scène de la Passion. On apporte à la sainte Vierge, après le crucifiement, la couronne d'épines que les Juifs avaient placée sur la tête du Sauveur, et les clous qui avaient attaché ses pieds et ses mains à la croix ; à cette vue, la Mère des Douleurs tombe en défaillance ; saint Jean et sainte Marie Madeleine, ces fidèles amis de Jésus, la soutiennent et prennent part à sa douleur.

Ce tableau, dû à la munificence de l'État, a valu à son auteur, le peintre Dauphin, la médaille d'or, vers 1840.

3° Un autre tableau qui représente Jésus-Christ chargé de sa croix et marchant vers le Calvaire ;

4° L'entrevue de saint Ours avec Silarius, ce comte Goth, grand ami d'Alaric, et qui veut à tout prix devenir possesseur du moulin du saint abbé. Silarius, ne pouvant amener saint Ours à lui céder son moulin, lui fait des menaces, mais l'homme de Dieu lui montre le ciel sans s'émouvoir, comme pour indiquer au barbare que c'est de là qu'il attend du secours[5].

Telle est, dans son ensemble, l'ancienne église collégiale du château royal de Loches, maintenant église paroissiale de Saint-Ours. Tous ceux qui la visitent sont frappés de son architecture originale et gracieuse; tous admirent ses élégantes pyramides, ses clochers à jour, et le savant la regarde comme un magnifique monument de l'art chrétien.

Aussi a-t-elle été classée par M. de Caumont, très habile archéologue, parmi les plus beaux monuments de l'architecture romano-byzantine tertiaire.

[5]  Gregor. Turon., Vitae Patrum, cap. XVIII, 2.

Photos : https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Loches/Loches-Collegiale-Saint-Ours.htm
Photos : https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Loches/Loches-Collegiale-Saint-Ours.htm
Photos : https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Loches/Loches-Collegiale-Saint-Ours.htm

Photos : https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Loches/Loches-Collegiale-Saint-Ours.htm

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE N.-D. DU CHÂTEAU DE LOCHES

PREMIÈRE PARTIE

HISTOIRE DE LA COLLÉGIALE (EXTRAIT)

CHAPITRE II

Restauration de Thomas Pactius.— Siège de Loches. — Dreux de Mello. — Visites  princières.— Agnès Sorel.

1160-1300

Deux siècles ne s'étaient pas encore écoulés depuis la construction de l'église du château de Loches, que déjà elle menaçait de tomber en ruine. Mais heureusement pour le monument sacré, le chapitre de Notre-Dame avait à cette époque en son prieur un homme plein de zèle et de piété, qui pouvait s'appliquer les paroles de David :

« J'aime, ô mon Dieu, la décoration de votre maison et le lieu que vous avez choisi parmi nous pour votre demeure.»

Cet homme s'appelait Thomas Pactius.

En 1160, Thomas Pactius, nous dit une vieille chronique, s'aperçutque le ciel du milieu de l'église, formé de solives peintes et consumées parle temps, menaçait ruine.

D'autres dégradations plus ou moins considérables compromettaient également la construction de Geoffroy Grisegonelle.

Le prieur du chapitre ne se dissimula pas qu'il ne suffirait point de faire quelques réparations ordinaires pour consolider et restaurer l'église collégiale, mais qu'il s'agissait d'une reconstruction presque complète. Toutefois il ne s'effraya pas des travaux considérables qu'il lui faudrait exécuter; bien plus, il ne voulut pas S'en tenir à une simple réparation; tout en conservant de l'église de Geoffroy ce qui pouvait être conservé, il voulut mettre à profit dans l'oeuvre magnifique qu'il allait entreprendre, les immenses progrès que l'architecture religieuse avait faits depuis deux siècles.

Avec les croisades, en effet, un genre nouveau d'architecture avait pris naissance en France. Les croisés, en traversant les riches contrées de l'Asie, avaient vu de superbes églises, dont les formes élancées, les coupoles élégantes, fendant majestueusement les airs, contrastaient singulièrement avec les églises d'Europe, aux formes lourdes et massives. Ils voulurent à leur retour essayer de ce genre d'architecture dans leurs monuments sacrés. On vit donc dès ce moment l'ogive se mélanger au plein cintre, mais ce mélange se fit timidement; le plein-cintre ne cessa pas encore de dominer en maître dans les constructions religieuses de l'époque; les formes byzantines se montrèrent cependant et donnèrent plus de grâce et de majesté aux édifices sacrés.

C'est ce mélange, ce style de transition entre l'architecture romane et l'architecture ogivale, que Thomas Pactius adopta pour son église.

Se mettant donc à l'oeuvre avec un zèle au-dessus de tout éloge, il fit enlever, nous dit la chronique déjà citée, les solives peintes et consumées par le temps qui formaient le ciel du milieu de l'église, il couvrit l'espace compris entre les deux clochers d'une façon merveilleuse, c'est-à-dire par deux petites tours que nous appelons douves (dubas) ou dômes. Il fit également construire les arcs de pierre et les colonnes qui soutiennent les douves, partie de son argent, car il était riche, partie de celui que donnèrent dans ce but les nouveaux chanoines, à leur réception[1].

Quand nous donnerons au chapitre cinquième de notre travailla description de l'église du château, telle que nous la voyons maintenant, nous essaierons de montrer ce qu'était cette église lorsque Geoffroy Grisegonelle la fit construire, et ce qu'elle devint quand le prieur Thomas Pactius l'eut restaurée, embellie, agrandie. Contentons-nous de dire en ce moment, que, grâce aux soins de l'intelligent chanoine, l'antique collégiale de Loches passe à bon droit pour l'une des plus belles églises que le XIIe siècle nous ait laissées.

Lorsque la Touraine, jusque-là soumise aux comtes d'Anjou et aux rois d'Angleterre en leur qualité de comtes d'Anjou, redevint française par son annexion à la couronne de France, en 1204-1205, la collégiale de Loches courut un grand danger. A cette époque, le gouverneur du château de Loches était Girard d'Athée, entièrement dévoué au roi d'Angleterre, Jean Sans-Terre. Sommé par le roi de France, Philippe-Auguste, de remettre entre ses mains l'importante forteresse, Girard d'Athée refusa d'obéir, et, comme il connaissait la force de la place dont il avait le commandement, il n'hésita pas à courir les chances d'un siège conduit par le roi de France en personne. Pendant, un an Philippe-Auguste fit entourer le château ; sa forte armée ne cessa chaque jour de cette année de lancer ses traits contre les assiégés, de battre avec de puissantes machines les hautes murailles de ce vieux château qui osait faire résistance. Les fortifications durent céder devant une attaque si prolongée; les murs s'écroulaient avec fracas, et cependant les assiégeants ne pensaient point à se rendre; ils luttaient avec une extrême énergie pour maintenir sur les tours ébranlées du château la bannière d'Angleterre.

Enfin vers Pâques de l'année 1205, le roi Philippe-Auguste, entouré de troupes fraîches, donna lui-même le signal de l'assaut, et après une dernière lutte sur les remparts avec les assiégés, les gens du roi pénétraient avec lui dans la place, et les étendards de France flottaient bientôt après sur le donjon[2]. Dans l'enceinte du château, l'église seule se dressait intacte au milieu des ruines qui l'entouraient; par une faveur spéciale de la Providence, elle n'avait pas eu à souffrir d'un siège poursuivi et soutenu si vigoureusement.

Avec le 13ième siècle commence pour l'église collégiale une brillante époque. Les rois, les princes, les seigneurs se montrent généreux envers elle; ils viennent s'agenouiller avec la foi qui régnait au moyen-âge, dans cette église consacrée à la très-haute et très-puissante Reine du ciel et de la terre; ils viennent avec la plus profonde dévotion révérer la précieuse relique de la ceinture de Marie; ils ne quittent pas cet auguste sanctuaire sans y laisser des preuves de leur générosité.

Dreux de Mello, à qui le roi Philippe-Auguste avait concédé la ville et le château de Loches, ainsi que leurs dépendances, en fief et hommage-lige, devint un des principaux bienfaiteurs de l'église collégiale et de son chapitre.

En juillet 1223, il donna et concéda à l'église du château de Loches:

1° Tout le bois nécessaire, tant pour le chauffage des chanoines et chapelains que pour la réparation de leurs maisons et moulins. Ce bois devait être pris dans la forêt de Boisoger, qui s'étendait depuis l'arche de Cornillé jusqu'au pont de Saint-Pierre de Perrusson, en longueur, et depuis la croix de Dolus jusqu'à la Jonchère, en largeur;

2° L'exemption de tout droit de terrage et vinage, sur toutes les terres et vignes situées dans les terrages et vinages de Loches, dont le chapitre jouissait à l'époque de la donation, ou qu'il pourrait acquérir par la suite;

3° Il exempta de taille de guerre et de tous autres subsides celui qui portait le dragon aux processions ainsi que ses enfants. Dans les processions on portait autrefois des figures de dragons pour représenter le diable ou l'hérésie dont l'Église triomphe. On le portait au bout d'une perche, et un enfant avait une lanterne où était un cierge pour rallumer le feu qui était en la gueule du dragon, s'il venait à s'éteindre[3];

Il concéda encore au chapitre le droit de justice, de péage, de vente et de toutes les coutumes, depuis Primes sonnantes, la veille de l'Assomption de la sainte Vierge, jusqu'à la même heure du lendemain dudit jour de l'Assomption ;

5° Il donna aussi la moitié du même droit, depuis la veille de saint Michel, Primes sonnantes, jusqu'à la même heure du lendemain de cette fête ;

6° Enfin, il reconnut et ratifia le droit de haute et basse justice dont jouissait le chapitre.

En juillet 1239, Dreux de Mello concéda encore à la collégiale une rente de cent sous, assignée sur la forêt de Loches, pour la fondation de son anniversaire et de celui d'Elisabeth, sa femme [4].

Sur la demande du Chapitre, le roi saint Louis, par des lettres-patentes, datées de Loudun et données en octobre 1255, approuva la fondation de Dreux de Mello.

Si un simple seigneur se montra si généreux envers Notre-Dame de Loches, que ne firent pas pour elle les rois très-chrétiens et les princes du sang royal qui passèrent souvent à Loches et y séjournèrent quelque temps?

Le 4 octobre 1261, la ville de Loches eut l'honneur de recevoir dans ses murs le fils de Blanche de Castille, le roi de France saint Louis. Le pieux monarque voulut payer le tribut de ses hommages à la Mère de Dieu en son église royale du château, et nous pouvons croire qu'il vénéra la ceinture de la sainte Vierge avec la ferveur et la dévotion d'un saint. C'est probablement à cette époque que le vertueux roi fit à l'église Notre-Dame la rente annuelle de deux livres tournois, affectée sur le domaine, pour un annuaire de sa mère, inscrite dans les archives du Chapitre.

Après saint Louis, l'église du château fut visitée par Philippe-le-Bel, son indigne petit-fils; par Jean II, si malheureux dans ses guerres avec les Anglais, dont il devint le prisonnier; par Charles VII, qui résida assez longtemps à Loches; par Louis XI, si dévôt à Marie, et qui, pour la faire honorer de tous ses sujets, ordonna de sonner chaque jour l'Angelus le matin, à midi et au soir, dans toute l'étendue de son royaume; par Charles VIII, Louis XII et la reine Anne, duchesse de Bretagne. François 1er et son rival Charles-Quint, empereur d'Allemagne, Henri II et Catherine de Médicis, sa femme, Charles IX et Henri III, quand il n'était encore que duc d'Anjou, passèrent quelque temps au château royal de Loches, entendirent la messe dans son église collégiale et usèrent du droit que leur donnait leur naissance ou leur rang pour faire exposer à leur vénération la ceinture de la Mère de Dieu.

D'après le Cartulaire de l'église collégiale, voici la réception faite par les chanoines de Notre-Dame au dauphin Charles (depuis Charles VII), les 5 et 6 novembre1418 : a Le samedi cinq novembre 4418, sur les quatre heures de l'après-midi, le seigneur Charles, dauphin de Vienne et duc de Touraine, fils unique de notre roi, vint pour la première fois à son château de Loches, accompagné d'une suite nombreuse.

« Voulant recevoir dignement le dauphin, en sa qualité d'abbé de notre église, et remplir ainsi notre devoir, après en avoir délibéré entre nous, suivant les antiques statuts de notre église, nous nous sommes rendus processionnellement, en chape de soie, avec la croix, le livre des évangiles et l'eau bénite, au-devant du prince jusqu'aux barrières situées devant la porte du château.

« Après une courte attente, le dauphin arriva; le prieur lui présenta la croix et le livre des évangiles, qu'il baisa avec une grande dévotion et révérence, mais comme l'heure était avancée, ledit seigneur ne s'arrêta pas à l'église.

« Le lendemain matin, à huit heures, nous nous rendîmes sous le porche de notre église, dans le même ordre que la veille; le prieur portait la sainte croix dans ses mains. A l'arrivée du dauphin, le prieur lui donna l'eau bénite, lui fit baiser la croix, puis se mettant à genoux, il lui exposa le cérémonial avec lequel nous allions le recevoir comme abbé de cette église. Au nom du Chapitre et pour l'honneur de Dieu et de la susdite église, le prieur supplia le prince d'observer et d'accomplir les statuts de l'église, dans la cérémonie de sa réception comme notre abbé. Ledit seigneur répondit avec bienveillance qu'il était prêt à observer ces statuts. Alors le prieur mit sur les épaules du prince d'abord le surplis, ensuite une chape de soie, et sur sa tête le bonnet ecclésiastique.

« Puis au milieu des chants du choeur, au son de l'orgue, au bruit des cloches, le duc, notre abbé, entouré d'un grand nombre de seigneurs qui composaient sa suite, fit son entrée solennelle dans notre église, et entendit avec dévotion la grand'messe, dans le lieu qu'on lui avait préparé.

« Quand la messe fut terminée, le dauphin vénéra et baisa la ceinture de la bienheureuse vierge Marie[5]

A partir de Charles IX, les rois et les princes ne vinrent plus à Loches aussi fréquemment que par le passé; toutefois les chroniques mentionnent que le 14 décembre 1700, le duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, passa dans cette ville en allant prendre possession du trône d'Espagne; qu'il s'y arrêta avec une suite nombreuse, que le lendemain de leur arrivée à Loches, le roi et les princes qui l'accompagnaient entendirent la messe à l'église collégiale, et qu'après la messe les chanoines leur montrèrent la ceinture de la sainte Vierge.

Les archives de l'ancien chapitre nous ont appris que Philippe-le-Bel ratifia par lettres-patentes les privilèges et immunités dont jouissait la collégiale; que Jean II, encore prince royal, donna à l'église Notre-Dame 60 livres tournois de rente annuelle et perpétuelle, pour la fondation d'une messe, dite du roi, et d'un service des morts pour lui, les rois et les ducs ses prédécesseurs. Quand il fut parvenu à la couronne, il confirma ce don, en 13a0. La messe du roi était dite chaque lundi par un chanoine; après cette messe, il était distribué 13 sous à chaque chanoine assistant et 8 sous à chaque chapelain.

Charles VI, Charles VII, Louis XI, Charles VIII, Louis XII, François Ier, Henri II, François II, Henri III, Henri IV et Louis XIV confirmèrent aussi par lettres patentes ces mêmes privilèges et immunités. Parmi ces princes, quelques-uns ne se contentèrent pas d'une simple approbation, ils voulurent eux-mêmes donner à l'église collégiale des marques royales de leur munificence et de leur piété.

Charles VII témoigna constamment une affection particulière pour Loches et la collégiale de cette ville; il voulut même que ses chanoines ne pussent être mis en cause devant aucuns juges que ceux du présidial de Tours. Quelques années après, il accorda encore au chapitre le privilège de garde gardienne, tant pour ses membres que pour ses familiers, hommes et femmes, et autres serviteurs. Ce privilège consistait en ce que la connaissance des causes de ceux qui en jouissaient était attribuée aux juges royaux, avec exemption de la juridiction des seigneurs.

Les chanoines de Loches déclinèrent la juridiction du présidial de Tours par une supplique qu'ils présentèrent à Charles VII : ce monarque leur accorda le privilège d'avoir leurs causes commises au Parlement, tant en demande qu'en défense. Ce privilège leur fut accordé aux charges et conditions de faire annuellement deux services solennels pour lui et ses prédécesseurs, l'un le lendemain de la mi-août, et l'autre le lendemain de la fête de saint Hermeland. Ces services se nommaient messes des privilèges.

Louis XI donna de son côté à l'église collégiale une somme de 6,000 livres.

Enfin François Ier ajouta encore aux dons de ses prédécesseurs.

Outre l'exemption des tailles et autres subsides dont jouissaient l'huissier portant le dragon aux processions et ses enfants, le monarque stipula la même faveur à l'égard du valet chargé de faire les communes affaires de l'église, et des deux charpentiers des moulins banaux et des moulins de Corbery[6]. Cette exemption de tailles fut aussi étendue aux bâtonniers du chapitre, en quelque endroit qu'ils fissent leur résidence.

Parmi les domaines seigneuriaux qui appartenaient au chapitre de Loches, nous devons mentionner: le fief du Chapitre, à Nouans; le fief de la Lardière, à Saint-Senoch; le fief de Rondeaux, à Saint-Jean-sur-Indre; le fief de Brouillart, à Genillé; le fief du Chapitre, à Francueil, qui fut vendu en 1515 moyennant cent livres, à Thomas Bohier, seigneur de Chenonceau ; etc., etc. Les fiefs de la Lande et de la Follaine, à Azay-sur-Indre, relevaient à foi et hommage du Chapitre de Loches.

Une femme célèbre dans l'histoire par son patriotisme, et, il faut le dire, par le triste rang qu'elle occupait à la cour de Charles VII, Agnès Sorel, qui habita longtemps le château de Loches, et qui, nous l'espérons pour elle, racheta les fautes de sa vie par sa charité envers les pauvres et par sa mort chrétienne, fit présent à la collégiale d'une croix d'or destinée à renfermer le morceau de la vraie Croix donné à Notre-Dame par Foulques Nerra.

Les archives du Chapitre mentionnent aussi le don, fait par Agnès, d'une statue d'argent doré de sainte Marie-Madeleine, autour de laquelle était écrit: « En l'honneur et révérence de sainte Marie-Madeleine, noble damoiselle Mademoiselle de Beauté a donné cest image en ceste église du chasteau de Loches, auquel image est enfermée une coste et des cheveux de la dicte sainte, l'an 1444. »

Elle donna encore un bénitier d'argent, et plus tard, en reconnaissance de ce que les chanoines avaient acquiescé à son désir d'être inhumée dans leur église, elle fit à Notre-Dame un dernier présent de 2,000 écus d'or.

Voici comment un vieux chroniqueur, Alain Chartier, raconte les derniers moments d'Agnès Sorel, atteinte subitement d'un mal qui la conduisit en six heures au tombeau : « Elle eut moult belle contrition et repentance de ses péchés, et lui souvenoit souvent de Marie Égyptienne qui fut grand'Pl'cheresse, et invoquoit Dieu dévotement et la vierge Marie à son aide, et comme vraye catholique, après la réception de ses sacrements, demanda ses heures pour dire les vers de saint Bernard qu'elle avait escript de sa propre main, puis trespassa. »

Le corps d'Agnès fut inhumé dans le choeur de la collégiale.

Son tombeau en marbre noir était élevé au milieu de cette partie de l'église; il avait 2 mètres 67 centimètres de long, sur 1 mètre de large et 83 centimètres de hauteur. Sur la table était la statue d'Agnès, représentée couchée, les mains jointes, la tête appuyée sur un oreiller, le tout en marbre; on voyait de chaque côté un ange, placés l'un et l'autre derrière une couronne ducale taillée à cinq faces et creusée pour recevoir la partie supérieure de la tête de la statue d'Agnès; à ses pieds étaient deux agneaux, symbole de la douceur de son caractère [7].

Entre toutes les inscriptions gravées sur le monument funèbre on lisait celle-ci: « Cy-git noble damoiselle Agnès Seurelle, en son vivant dame de Beautté, de Roquesserieu, d'Issouldun, et de Vernon-sur-Seine, piteuse envers toutes  gens et qui largement donnoit de ses biens aux églises et aux pauvres; laquelle trespassa le neuvième jour de février, l'an de grâce mil-quatre-cent-quarante-neuf. Priez Dieu pour l'âme d'elle.Amen.»

Comme ce tombeau gênait beaucoup pour le service du choeur, les chanoines obtinrent de Louis XVI, en 1777, l'autorisation de le faire placer en une autre partie de l'église. Il fut mis dans un des côtés de la nef ; il y resta jusqu'en l'année 1794. A cette époque les révolutionnaires le firent disparaître de l'église; enfin en 1809 un préfet d'Indre-et-Loire, M. Lambert, en entreprit la restauration, et par ses soins il fut placé là où il est aujourd'hui, dans la tour du château de Loches qui porte le nom d'Agnès.

Afin de mettre un peu de suite dans notre récit, nous avons groupé ensemble plusieurs faits qui se rattachaient à l'histoire de Notre-Dame de Loches, sans tenir un compte rigoureux de l'ordre chronologique; nous allons reprendre cet ordre, autant qu'il nous sera possible, pour continuer l'histoire de l'église collégiale, depuis le commencement du XIVe siècle jusqu'à la révolution française...

 


[1] Chronicon ecclesiae beatae Mariae de Lochis. — Thomas Pactius mourut le 27 avril 1168, d'après l'obituaire de la collégiale de Loches.[2] (1) Guillaume le Breton, Philippidos, lib. VIII.[3] Dufour, Dictionn. de l'arrondissement de Loches.[4] Archives du chapitre.[5] D.Housseau, 3828, 3829.[6] Les quatre moulins et la tour de Corbery avaient été donnés à la collégiale par Thomas Pactius. — Chron. ecclesiæ B. AI. De Lochis.[7] Tablettes chronologiques de la ville de Loches.

 

Photos : https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Loches/Loches-Collegiale-Saint-Ours.htm
Photos : https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Loches/Loches-Collegiale-Saint-Ours.htm
Photos : https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Loches/Loches-Collegiale-Saint-Ours.htm
Photos : https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Loches/Loches-Collegiale-Saint-Ours.htm

Photos : https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Loches/Loches-Collegiale-Saint-Ours.htm

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

L'ÉGLISE COLLÉGIALE  DE N.-D. DU CHATEAU DE LOCHES

PREMIÈRE PARTIE

HISTOIRE DE LA COLLÉGIALE (EXTRAIT)

CHAPITRE PREMIER

Fondation de Geoffroy Grisegonelle. — L'an mille. — Dons de Foulques Nerra. — Translation de saint Baud.

962-1160.

Un des plus anciens historiens de la France, le moine Jean, connu sous le nom de l'Anonyme de Marmoutier, qui vivait dans la seconde moitié du 12ième siècle, rapporte que, vers l'an 372, l'illustre évêque de Tours, saint Martin, convertit à la vraie foi le peuple de Loches, encore plongé dans les ténèbres de l'idolâtrie.

On ne sait en quel lieu les nouveaux chrétiens de Loches se réunirent pour assister à la célébration des saints mystères, depuis l'époque de leur conversion jusque vers le milieu du 5ième siècle; ce qu'il y a de certain, c'est que vers l'an 450 ou 455, le cinquième évêque de Tours, saint Eustache, fit construire une église sous l'invocation de sainte Marie-Madeleine, sur le coteau de Loches, dans l'emplacement du château[1].

Cette église subsista jusqu'au temps de Geoffroy, dit Grisegonelle (du nom de son vêtement gris ou brun), comte d'Anjou et seigneur de Loches, qui, dans la seconde moitié du Xe siècle, fit élever à la place de l'église primitive une nouvelle église plus vaste et plus belle[2].

Il est nécessaire, pour l'intérêt de notre récit, de se reporter à ce temps de l'histoire où la piété de Geoffroy éleva sa belle église en l'honneur de la très-sainte Vierge.

Nous pourrons ainsi comprendre que le comte d'Anjou, en la construisant, faisait autant un acte d'amour et d'espérance qu'un acte de foi et de piété.

Au 10ième siècle, les peuples, sur une fausse interprétation de l'Apocalypse, croyaient que la fin du monde arriverait avec l'an 1000. Dans l'attente d'une catastrophe si terrible, les affaires languissaient, les intérêts matériels étaient négligés, et vers la fin du siècle les travaux de la campagne eux-mêmes étaient abandonnés comme inutiles.

Il n'est pas étonnant que cette époque ait été stérile en monuments religieux: aussi les églises qui datent de la fin du 10ième siècle sont-elles excessivement rares.

Pourquoi, disait-on alors, entreprendre d'élever au Seigneur des temples magnifiques, puisque le monde touche à sa fin? A peine seraient-ils construits qu'ils disparaîtraient dans l'embrasement général qui dévorera la terre et tout ce qu'elle contient!

Souvent les évêques et les savants écrivains de l'Église cherchèrent à combattre cette croyance si générale de la fin prochaine du monde. Malgré tous les avertissements, l'opinion populaire, fortement impressionnée, refusait de se rendre, et plus on approchait de l'an 1000, plus les terreurs redoublaient.

L'attente générale du dernier jour produisit cependant de bons résultats: souvent elle apaisa des querelles, mit fin à des inimitiés sanglantes et réprima des projets de vengeance; elle fit pénétrer plus profondément la foi et la piété dans le coeur presque indomptable de ces seigneurs, toujours prêts à batailler au gré de leurs caprices et de leurs passions, et de ces gens du peuple à la nature rude et quelque peu sauvage.

La pensée que tout homme serait appelé bientôt à rendre compte de ses actes au juge suprême, empêcha bien des injustices et bien des brigandages. Le droit de chacun, du pauvre et du faible, de celui qui ne pouvait opposer que son bon droit à la force, aussi bien que du riche tout puissant, fut plus respecté. Beaucoup de hauts et puissants seigneurs, qui jusque-là s'étaient jetés sur les biens d'église comme sur une riche proie, sentirent le remords de leurs méfaits, et, dans l'intention de réparer leurs injustices, on les vit rendre avec une généreuse prodigalité les biens qu'ils avaient enlevés.

Entraîné par ce courant religieux, Geoffroy Grisegonelle, comte d'Anjou et seigneur de Loches, entreprit vers l'an 962, le pèlerinage de Rome. Et comme gage de son repentir sincère, à son retour en France il ne se contentait pas d'offrir à Dieu et à son Église des terres fertiles, des forêts magnifiques, il fit ce que nul seigneur, découragé par la croyance à la fin prochaine du monde, n'osait plus faire, il construisit, à grands frais, dans l'enceinte même du château de Loches, une très-belle église en l'honneur de la sainte Vierge Marie.

La charte donnée par le comte Geoffroy, à l'occasion de la fondation de l'église du château, a pu survivre à la ruine de tant de monuments précieux que renfermaient les archives du chapitre et qui disparurent pendant la Révolution.

Nous avons eu entre les mains une copie très-ancienne de cette charte écrite en latin. Il nous a semblé que cette pièce intéressante méritait d'être connue, c'est pour cela que nous en faisons ici un résumé exact[3].

Le comte d'Anjou, après avoir invoqué la très-sainte Trinité, annonce qu'il veut, par cette charte, faire connaître à ses successeurs et à tous les fidèles enfants de l'Église, les motifs qui l'ont amené à rebâtir, en l'honneur de la sainte Vierge Marie, l'église du château de Loches, dédiée autrefois à sainte Marie-Madeleine.

Entrant immédiatement en matière, il parle du voyage qu'il fit à Rome en 962, accompagné d'une suite nombreuse.

Geoffroy Grisegonelle avoue humblement qu'il s'était rendu à Rome pour y demander à Dieu le pardon des péchés de toute sorte qu'il avait commis pendant sa vie. A son arrivée dans la ville sainte, il fut admis en la présence du souverain Pontife Jean, qui lui fit un accueil honorable.

Pendant cinq jours consécutifs, le pape reçut en audience intime Geoffroy et sa suite. Il leur parlait à tous avec beaucoup de bonté et de force, comme il convient à un vrai pasteur des âmes, empruntant souvent le langage des divines Écritures, ainsi qu'il avait coutume de le faire, selon la remarque de Geoffroy.

Pour les disposer au repentir et au pardon de leurs fautes, le zélé Pontife les engagea à passer le sixième jour ainsi que le septième, dans le jeûne, la prière, les veilles, et à faire en même temps d'abondantes aumônes.

Dans son exhortation paternelle à la pénitence et aux œuvres de miséricorde, il leur cita ces paroles des Livres saints : « On se servira pour vous de la mesure dont vous vous serez servi pour les autres.» Et celles-ci: « Celui qui sème avec parcimonie fera une médiocre récolte, tandis que celui qui sème avec abondance moissonnera abondamment. »

Encouragés par ces pieux discours, le comte d'Anjou et les siens accomplirent, autant et aussi bien que cela leur fut possible, les actes de religion et de pénitence que leur avait prescrits le souverain Pontife.

Enfin, huit jours après l'arrivée à Rome de Geoffroy, le Pape entendit, dans la basilique de Saint-Pierre, la confession du comte d'Anjou, qui ne pouvait retenir ses larmes au souvenir de ses péchés. Le Pontife, de son côté, pleurait aussi. En ce moment, le Pape, comme inspiré du Ciel, dit à son illustre pénitent que pour obtenir de Dieu le pardon de ses péchés, le salut de l'âme de son père, et pour procurer à ses successeurs le temps de faire pénitence, il lui ordonnait de construire une église en l'honneur de la Vierge Marie, et d'y établir à perpétuité, en mémoire des douze apôtres, douze chanoines qui devraient célébrer chaque jour les divins mystères, chanter l'office et prier pour le repos des âmes de Foulques, de ses successeurs et des bienfaiteurs de l'église.

Le comte d'Anjou accepta cet ordre du pape avec une parfaite soumission et une grande joie.

Voyant que Geoffroy promettait de mettre le plus promptement possible à exécution les ordres qu'il venait de lui donner, le souverain Pontife prononça l'anathème contre tous ceux qui empêcheraient le comte de tenir sa promesse, ou qui oseraient piller les biens de la future église, ou la priver de son éclat premier. Quatre-vingt-deux évêques ou prélats entouraient le Pontife Jean en cet instant solennel et prononcèrent avec lui l'anathème.

Après avoir reçu une dernière fois la bénédiction apostolique, Geoffroy revint en son pays; il rapportait à l'adresse du roi Lothaire et à celle de l'archevêque de Tours, Hardouin, des lettres du Pape qui avait voulu faire connaître lui-même au roi et à l'archevêque les intentions du comte d'Anjou. L'archevêque de Tours, ayant reconnu pour authentiques ces lettres pontificales, engagea le comte à aller trouver, dans la ville de Laon, le roi Lothaire et à lui demander l'autorisation de construire au plus tôt son église. Le roi lui donna toute permission, et afin que nul ne pût le contester, il munit de son sceau l'acte qui mentionnait l'autorisation royale.

Mais quel lieu le comte d'Anjou va-t-il choisir pour y élever son église? Quelques-uns de ses braves hommes d'armes du pays de Loches, l'engagèrent à reconstruire l'église presque en ruine du château-fort de ce petit pays.

Geoffroy suivit leur conseil; il fit commencer immédiatement les travaux de construction, qui se poursuivirent avec la plus grande activité; et sur les ruines de la chapelle dédiée à sainte Marie-Madeleine, s'éleva en peu de temps une belle et vaste église sous le vocable de la Mère de Dieu.

Mais ne voulant pas que le culte de sainte Madeleine fut abandonné, quoique l'église cessât de porter le nom de l'illustre pénitente, Geoffroy ordonna que la fête de cette sainte fût célébrée, comme par le passé, avec une grande solennité, chaque année, dans la nouvelle église du château.

Après tous ces intéressants détails, la charte dit que le comte d'Anjou donna à son église le corps de saint Hermeland; puis elle fait connaître les biens et privilèges dont l'enrichit le puissant et religieux fondateur.

Cette charte est signée de Geoffroy, de ses deux fils Foulques et Maurice, de l'archevêque de Tours, Hardouin, et de plusieurs autres personnages importants.

C'était en 962 que le comte d'Anjou avait fait son voyage de Rome, et en 905, l'archevêque Hardouin consacrait solennellement la nouvelle église du château de Loches.

Quelques années plus tard, le comte d'Anjou donnait encore à sa chère église de Loches un précieux gage de son affection; il la faisait dépositaire d'une moitié de la ceinture de la très-sainte Vierge, apportée de Constantinople au temps de Charles-le-Chauve, et gardée précieusement dans la chapelle royale, jusqu'au jour où la reine de France, Emma, femme du roi Lothaire, la fit remettre au vaillant Geoffroy Grisegonelle[4].

Nous entrerons plus loin dans de plus grands détails sur cette précieuse relique; nous parlerons aussi plus longuement de saint Hermeland, devenu l'un des patrons de l'église collégiale.

Foulques Nerra, fils et successeur de Geoffroy Grisegonelle*, porta aussi le plus grand intérêt à l'église du château de Loches.

Pour témoigner à tous qu'il voulait, comme son père, être le bienfaiteur de la collégiale, ce prince fit placer sur un pilastre du sanctuaire, en 990, la statue de son père et la sienne. Ces statues représentaient les deux comtes dans l'humble attitude de la prière, agenouillés dévotement ; elles subsistèrent jusqu'en 1792; à cette époque elles furent brisées par les révolutionnaires.

Foulques Nerra, dont le nom est connu dans l'histoire, et qui résumait en lui le type du chevalier batailleur du moyen-âge et parfois celui du chevalier chrétien, se montrait le plus brave de tous sur le champ de bataille et dans les aventures périlleuses. Il eut souvent à se reprocher des actes de cruauté; pour les expier il entreprenait fréquemment des pèlerinages. Trois fois il se rendit à Jérusalem, ce qui lui fit donner le surnom de Jérosolomytain. Afin d'obtenir de Dieu le pardon de toutes ses fautes, il fit construire plusieurs abbayes, entre autres celle de Beaulieu, près de Loches, en 1007. Il plaça l'église du monastère sous le vocable de la sainte Trinité et des anges, et y déposa un morceau de la vraie Croix, qu'il avait rapporté de Jérusalem, ainsi qu'un fragment de la pierre du saint Sépulcre qu'il avait arraché avec ses dents [5].

Ses générosités en faveur de l'abbaye de Beaulieu ne lui firent, pas oublier Notre-Dame de Loches, car nous le voyons dans l'année 1034 donner au chapitre de la collégiale un morceau de la vraie Croix qu'il avait rapporté d'un nouveau voyage à Jérusalem[6].

En l'année 1086 une cérémonie imposante eut lieu à Notre-Dame du château de Loches, à l'occasion de la translation solennelle des reliques de saint Baud, ancien évêque de Tours. Après sa mort, le saint pontife avait été enseveli dans l'église de Saint-Martin de Tours; mais quand on lui rendit un culte public, son corps fut placé avec honneur dans l'église de Verneuil, petite bourgade située à deux lieues de Loches, et dont saint Baud avait été seigneur [7].

Le corps du saint évêque resta à Verneuil jusque vers la fin du XIe siècle; mais à cette époque la guerre promenait ses ravages dans nos belles contrées, comme dans le reste du pays de France; les églises étaient souvent pillées et les reliques des saints profanées. Les reliques de saint Baud pouvaient subir le même sort; c'est ce dont voulut les préserver, en 1086, le chanoine Ervenarus, prieur du chapitre de Loches, et en même temps seigneur de Verneuil.

L'enceinte fortifiée du château de Loches mettait son église à l'abri du pillage et de l'incendie; Ervenarus prit donc la résolution de déposer dans ce saint asile le corps du bienheureux évêque de Tours. Pour cet effet, il obtint le consentement de Foulques Réchin, comte d'Anjou et seigneur de Loches, et celui de Raoul, archevêque de Tours.

A partir du jour où se fit la translation solennelle, dans l'église du château, des reliques de saint Baud, ce saint pontife fut honoré comme l'un des patrons de l'église collégiale.

Jusqu'à l'époque de la grande Révolution, de chaque côté du maître-autel dédié à la sainte Vierge, principale patronne de la collégiale, on apercevait dans des châsses précieuses, couvertes d'argent, avec figures relevées en bosse et dorées, les corps entiers de saint Baud et de saint Hermeland, patrons secondaires de l'église.

N'oublions pas de dire que les souverains Pontifes avaient plusieurs fois, depuis sa fondation, témoigné leurs bienveillantes faveurs à l'église collégiale de Notre-Dame de Loches. Par une bulle spéciale, Jean XIII lui accorda le privilège de relever directement de la cour de Rome. Cette faveur fut plus tard ratifiée et confirmée par les souverains Pontifes Innocent II, Jean XXII et Innocent VI. Innocent II prononça même la peine d'excommunication contre ceux qui oseraient attenter aux droits et privilèges du chapitre de la collégiale. Comme marque de sa dépendance immédiate du Saint-Siège, l'église de Loches payait anciennement, chaque année, à l'église de Rome, cinq sous qui étaient employés en achat d'huile, pour brûler devant le tombeau de saint Pierre...

 


[1] Gregor. Turon., Historia Francorum, lib. x, cap. XXXI, 5. [2] Chroniques de Touraine, publiées par André Salmon: Chronicon Turonense abbrevialiim, 185. Tours, Société Archéologique de Touraine, 1834.[3] Biblioth. Impér., collection ms. de D. Housseau, I, chartes 186, 487.[4] Chroniques d'Anjou, publiées par MM. P. Marchegay et A. Salmon: Gesfa consulum Andegavorum, 86, 87; — Historia comitum Andegavensium,325. Paris, Renouard, 1856. [5]  Chronicon Turonense magnum, p. 118. — Chron. de gestis consul. Andegavor., 96-103. -Histor. Comit. Andegav., 329. — Raoul Glaber, lib.II, cap. iv.-D. Housseau, 337, 357.[6] En revenant d'un troisième pèlerinage en Terre-Sainte, Foulques Nerra mourut à Metz. Son corps fut rapporté en Touraine, et inhumé dans l'église de l'abbaye de Beaulieu, près de la porte de la sacristie, dans la croisée à droite. On peut voir le dessin de ce magnifique monument et le texte des épitaphes plus modernes qui l'accompagnaient, dans le tome Ier, ff. 170-171, des Tombeaux et Épitaphes des églises de France, provenant de la collection Gaignières, déposé aujourd'hui à la Biblioth. Bodléienne d'Oxford.[7]  Chron. Petri filii Bechini, 23. — Chrono Turon. Magnum 81.-Chron. Archiepisc. Turon. , 209.- Maan, Ecclesia Titronensis,

 

Photos : https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Loches/Loches-Collegiale-Saint-Ours.htm
Photos : https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Loches/Loches-Collegiale-Saint-Ours.htm
Photos : https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Loches/Loches-Collegiale-Saint-Ours.htm

Photos : https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Loches/Loches-Collegiale-Saint-Ours.htm

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar

HOMMAGE A MONSIEUR GONZAGUE SAINT BRIS

Du monde invisible et d'aurore
Où me guidaient les anges pieux,
Qui viendra me rouvrir les yeux?
Voici le jour. Je rêve encore!

RHONAN DE BAR

Voir les commentaires

<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 30 40 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog