Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Articles avec #en faveur de la monarchie catégorie

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

JOSEPH DE MAISTRE [1] par Jules BARBEY D’AUREVILLY.

Il est des génies avec lesquels il semble qu'on n'en ait jamais fini, et qui rappellent ce qu'on disait de la Sainte-Ampoule, de miraculeuse mémoire. Un jour, on croit qu'on l'a tarie, et voilà qu'en repenchant un peu la fiole sacrée, il en tombe inépuisablement des gouttes encore. Tel le génie du comte Joseph de Maistre, et depuis quelques années, son histoire. Après sa mort, qui limita ses œuvres, en les interrompant, et les fit complètes, on pensait tout tenir de cet esprit puissant, qui s'était concentré, dans une époque ou presque personne ne se concentre, mais où tout le monde s'avachit ; et, de fait, ce qu'il avait publié suffisait à la plus grande gloire religieuse du 19ième  siècle et à une des grandes de tous les siècles ! On s'imaginait tout connaître de cette intelligence profonde et grave, et dont l'éclat est d'autant plus vif et plus dardant que son bloc, comme celui du diamant, est plus massif et plus solide, quand, bien du temps après sa mort, on s'est avisé de publier sa Correspondance avec sa fille, qui étonna tout à la fois et qui ravit, et modifia, pour la plupart des lecteurs, qui n'ont pas vu le lion quand il aime, la physionomie de ce lion-ci, qui avait la grâce au même degré que la force, car il ne pouvait pas l'avoir davantage ! Plus tard encore, une Correspondance diplomatique, tirée de l'ombre des chancelleries épaissie par la précaution, et misérablement altérée dans un intérêt de parti, révélait encore assez du de Maistre des Œuvres complètes pour qu'à côté du mensonge de l'altération on vît éclater la vérité de l'irréductible génie et tomber et passer sur l'imposture comme une rature sublime !

Mais les Fragments sur la Russie, qui ont suivi la Correspondance diplomatique datée de Turin, nous redonnèrent, eux, du de Maistre pur, dans la radicale beauté de sa pensée et dans la simplicité de ce style, unique de transparence, qui est comme la vue immédiate de l'idée elle-même... Enfin, voici une publication, — qui n'est peut-être pas encore la dernière, —et qui prouve autant que toutes les autres l’inépuisabilité de ce génie qu'on croyait posséder tout entier, et qui repart en jets inattendus de publicité quand on se disait qu'il n'y avait plus rien à attendre de la source cachée, semblable à un puits artésien qui se remettrait à jaillir à mesure qu'on ôterait les pierres qui le couvrent.

Or, ici, nous pouvons être parfaitement tranquilles ! ce sont les mains pieuses du petit-fils de l'Auteur du Pape qui ont écarté ces pierres-là.

Incontestable garantie ! Ces fragments, gardés dans la famille, et qui attestent la laborieuse fécondité d'un homme aussi savant qu'il fut inspiré, chose si rare ! car l'Inspiration et la Science ne vont pas d'ordinaire par les mêmes chemins... ces fragments sont d'autant plus curieux qu'ils remontent à une époque éloignée, où le génie de Joseph de Maistre en était encore à ses premières élaborations. Il les écrivit de 1794 à 1796, la date à peu près de ces Considérations sur la France, à l'explosion tardive, et qui mirent, comme le canon et plus que le canon, un intervalle entre leur lumière et leur bruit. On peut donc considérer ces fragments comme les premiers linéaments du génie de Joseph de Maistre. Or, il y a une embriologie littéraire. Etudier le génie dans son oeuf est une volupté d'observation que ce volume ne manquera pas de donner à ceux qui sont capables de la sentir. Pour moi, je crois bien qu'il n'y a qu'une seule loi qui gouverne ces esprits de premier ordre qu'on appelle des hommes de génie, — et cette loi, évidente dans l'oeuf du génie de Joseph Maistre aussi bien que dans l'oeuf du génie de Bossuet, par exemple, n'est peut-être que l'apparition instantanée d'une seule idée qui va se préciser et faire l'unité et la puissance de leur vie intellectuelle, à ces esprits étonnants qui ne changent pas, mais se développent, mobiles dans l'immobilité comme Dieu, dont ils sont bien plus près que nous !

Et si c'est vrai, — ce que j'ose hasarder, — si les hommes de force absolue n'ont pas, comme je le crois, dans leur vie, de voltes et de contre-voltes, ne tâtonnant pas, ne battant pas le buisson et ne changeant pas leur fusil d'épaule, comme on dit, ainsi que la plupart d'entre nous ; s'ils poussent toujours du même côté, tirant leurs coups toujours dans la même ligne, c'est qu'ils portent en eux un principe interne qui ne fléchit pas plus que le principe qui fait du chêne un chêne et qu'on appellera du nom qu'on voudra, mais que je me permettrai d'appeler le principe du génie.

Principe qui fait d'eux bien moins des créatures humaines que des créations divines, — des outils de Dieu ! comme disait Thaïes, qui disait fort bien. Et c'est là le premier caractère que je trouve aussi en ces fragments, qui en font foi. L'intérêt premier qu'ils nous offrent n'est pas leur valeur littéraire, fort grande pourtant, et sur laquelle je vais revenir. Non ! ce qui me frappe d'abord et ce qui frappera tout le monde, c'est cette unité de pensée qui commence, et qui, sortie des abîmes de l'homme et de son être, va prendre l'homme tout entier et s'asservir sa vie. Ce qui me frappe, c'est que le mâle génie du Pape et des Soirées de Saint-Pétersbourg, plus ferme encore que Bossuet sur sa base, à quelque époque qu'on s'avance ou qu'on recule dans sa vie, n'ait jamais eu qu'une pensée que, sous sa plume unitaire, on retrouve toujours. Et non seulement en lui, l'homme de génie, comme dans tout homme de génie, il n'y eut qu'âne pensée, mais c'est que cette pensée fut la pensée même de l’unité !

II

L'unité, en effet, c'est tout Joseph de Maistre ! L'unité, voilà le concept de son esprit, qu'il portait fièrement et impérieusement sur toutes choses, en tout sujet, en toute matière. Nul homme n'eut plus que Joseph de Maistre une notion plus haute, plus noblement tyrannique, et malgré cela plus vaste, de l'unité !

C'est la notion de l'unité, je n'en doute pas, qui le fit rationnellement et scientifiquement catholique, quand l'heure eut sonné dans sa vie de le devenir ainsi, après l'avoir été d'abord d'éducation, de sentiment et de foi.

L'unité, il la voyait partout. Bien avant les abatteurs de frontière, qui dressent sur le pavois, embrassée et entrelacée, la grande figure de l'Humanité, le comte de Maistre, l'antiphilosophe, l'antiprogressif, le retardataire, montrait de son doigt prophétique l'Europe, et par l'Europe le monde, ascendant vers ce but de tout : l'unité ! une unité vague encore et mystérieuse, pour lui certaine. Et ni la Révolution française, qu'il n'aimait certes pas ! et qui déchira les entrailles de l'Europe après se les être déchirées à elle-même de ses propres mains, ni les conséquences de ce Protestantisme pulvérisateur qu'il détestait, et qui fait lever maintenant des atomes de poussière là où il y avait autrefois du ciment, n'arrachèrent à Joseph de Maistre, tout le temps qu'il vécut, sa foi profonde en une unité supérieure, qui, tôt ou tard, devait se reconstituer. Que si son dernier mot fut un mot de désespoir, c'est que cette unité tardait trop, au gré de son ardente pensée ! Le catholique, en lui, ne fut si glorieux et si pur que parce qu'il était unitaire. Pour lui, la vérité du catholicisme fut surtout d'être la religion de l'unité. Il n'a pas fait, lui, de sermon sur l'unité, mais il lui est resté plus fidèle que celui qui en prononça un. Et voilà pourquoi il l'emporte (à mes yeux du moins) sur Bossuet même ;  car le génie, c'est ce qui ne change pas, mais ce qui se tient immuablement — stat — dans l'ordre de la vérité !

De Maistre fut ce Stator magnifique, depuis le jour où il prit la plume jusqu'au jour où il la quitta. Ni par l'âme, ni par l'intelligence, il n'est agité une minute. Dans la pensée comme dans la vie, il eut le calme des grandes convictions, qui font le fond des plus grands génies. Tel vous le voyez dans son livre du Pape, aux chapitres fameux de l'Infaillibilité et de la Souveraineté, — tout son système né dans la conception de l'unité, — tel vous le retrouvez, en remontant, dans cette dissertation sur la Souveraineté, qui n'était peut-être qu'une pierre d'attente pour ses travaux futurs, et que je regarde comme le morceau capital du livre posthume qu'on a édité. L'auteur peut y être moins fulgurant, moins écrasant de clarté que dans le Pape, mais il y -est intégral (déjà), absolu, péremptoire, avec cet éclair à la cime d'une phrase ou d'un mot qui est tout de Maistre, et ce mépris que j'ai appelé un jour la seule colère d'un gentilhomme.

III

Et de fait, il n'eut jamais que celle-là.

Beaucoup d'esprits, qui se mettent en colère pour lui ont regardé cet homme, qui fut peut-être le plus   calme des hommes de génie (il a le calme de l'absolu), comme le plus violent des violents ; mais c'est là l'erreur de la violence chez ceux qui l'ont jugé. Je ne sache guères en toutes ses oeuvres qu'une page de colère enflammée, et c'est le célèbre portrait de Voltaire, écrit avec la griffe d'un tigre trempée dans du vitriol ; seulement, remarquez que, dans ce portrait, de Maistre ne parle pas en son nom personnel, mais au nom et par la bouche des personnages du dialogue de ses Soirées de Saint-Pétersbourg.

Il fait oeuvre là d'auteur dramatique, et il n'est pas plus responsable de toute cette fureur que Shakespeare, par exemple, des rugissements d'Othello. Le comte de Maistre, en grand artiste qu'il est, invente une colère, mais il ne la ressent pas ; et, cependant, il n'y a pas que la haine et la violence contre lui qui s'y soient trompées ! Un homme qui avait autant de respect que moi pour le bon et grand homme dont la vertu toucha à la sainteté, Louis Veuillot, à propos des Fragments signalés dernièrement à l'attention publique, a parlé du noble courroux de l'auteur de ces fragments contre les incrédules et les révolutionnaires. Eh bien, cela est encore trop. De Maistre ne se courrouce point.

Il est trop patricien pour donner cet avantage à ses adversaires. Il méprise, et avec quelles formes concentrées et sombres, bien autrement terribles d'effet dans leur concentration et leur sobriété que tous les tonitruments de la colère !

« Mais ce feu sacré qui anime les nations, — dit-il, à la fin d'un des plus beaux chapitres de son Etude sur la Souveraineté, que nous avons là sous les yeux, — est-ce toi qui peux l'allumer, homme imperceptible?... Quoi ! tu peux donner une âme commune à plusieurs millions d'hommes ? Quoi I tu peux ne faire qu'une volonté de toutes les volontés ? Les réunir sous tes  lois? Les serrer autour d'un centre unique? Donner ta pensée aux hommes qui n'existent pas encore ? Te faire obéir par les générations futures et créer des coutumes vénérables, ces préjugés conservateurs, pères des lois et plus forts que les lois ? — Tais-toi ! »

Tel est l'accent de Joseph de Maistre, en ses oeuvres, quand il y parle pour le propre compte de sa pensée, Il l'avait, cet accent, comme sa pensée elle-même, au temps où il écrivait ses premières pages, et c'est sur ce point que la Critique qui étudie les origines de l'esprit d'un homme doit visiblement insister. De Maistre est lui-même l'unité qu'il voyait partout, dans tout ce qui doit être grand et fort. II était fait spirituellement comme il voulait que les choses fussent faites. Il était né armé de facultés soudaines, qu'il put aiguiser mais auxquelles il n'ajouta pas, et par conséquent, conclusion dernière, il a cet avantage, interdit à presque tous les autres hommes, même de génie inférieur au sien, que les livres de son âge mûr ne font pas rougir de honte les élucubrations de sa jeunesse, et qu'on peut le voir avec plaisir et le reconnaître dans ce miroir renversé.

IV

On lira donc ce volume attardé après les chefs d'œuvre des Soirées de Saint-Pétersbourg, du Pape, de l’Examen de la philosophie de Bacon, des Considérations sur la France, et on n'éprouvera nullement l'affadissement que causent les livres faibles après les forts. On ne regardera point comme une pure piété de famille, qui est souvent, en matière de livres, une superstition, la publication de ce vieux fond de tiroir, et on y trouvera du parfum. L'odeur d'un génie s'y respire encore, même après qu'on s'en est enivré ailleurs, en des endroits plus saturés de cet arôme pénétrant.

Indépendamment de l'intérêt de la recherche qu'on aime à faire des premiers produits d'un talent quelconque, le dernier volume de Joseph de Maistre mérite d'être lu pour lui-même. Ce n'est pas un livre organisé, mais c'est comme le chantier des idées mises depuis en oeuvre par un homme qui va de pair avec les plus forts. En dehors des statues finies de Michel-Ange, j'ai la certitude que son atelier serait encore quelque chose de suggestif et de grand. Même la sciure de son marbre, n'aurait-elle pas un aspect auguste ? C'est une impression de cet ordre que vous causera ce gros volume de cinq cent cinquante pages, où il y a de la sciure de ces idées qui, depuis, sont devenues des monuments !

Les dissertations qui forment l'ensemble de ce volume n'ont pas, il est vrai, le même mérite et la même importance, mais toutes ont l'empreinte de la robuste main qui a équarri et taillé leurs quelques blocs. Malgré la différence des noms qu'elles portent, elles rentrent toutes les unes dans les autres. Soit qu'elles s'appellent : Fragment sur la France, Bienfaits de la Révolution, Etudes sur la Souveraineté, L’Inégalité des conditions, Du Protestantisme et de la Souveraineté encore, c'est toujours le même problème, posé dès qu'il a pensé, je crois, et que de Maistre a passé sa vie à retourner sur toutes les faces. C'est toujours et déjà la tactique de ce singulier philosophe parmi les philosophes, qui répondait aux prétentions et aux insolences de la métaphysique avec de l'histoire. Joseph de Maistre est, en effet, un génie historique par excellence. Dans un temps qui, comme le nôtre, affecte de ne plus croire à rien qu'à l'Histoire, on devrait, si on était conséquent, honorer profondément ce Joseph de Maistre, dont on a fait un utopiste de surnaturalité religieuse, comme l'esprit qui a le plus développé et approfondi dans ses oeuvres le sens de l'Histoire. Il ne croit qu'en elle. On pourrait l'appeler le mystique de la Tradition I L'Histoire, pour lui, qu'elle parle ou se taise, est une révélation de toutes les vérités nécessaires à l'homme et à la société, ces deux êtres qu'il ne sépara jamais ! Il en élève les coutumes et jusqu'aux préjugés à la hauteur de lois immuables, et si le 18ième siècle lui apparaît le plus profondément perdu de raison de tous les siècles, et, dans ce siècle, Jean-Jacques Rousseau le plus perdu des philosophes, c'est que le 18ième  siècle et Rousseau, l'auteur du Contrat social et de l’Inégalité des conditions, sont, de tous les temps et de tous les hommes, ceux qui ont le plus méconnu la voix infaillible et l'autorité souveraine de l'Histoire. Dans le volume des oeuvres inédites se trouve précisément un examen de la philosophie de Rousseau, qui pourrait s'appeler : Une mise en charpie. C'est merveilleux de déchiquètement ! Et le morceau d'à côté, intitulé : Les bienfaits de la Révolution, avec l'ironie qui était la meilleure flèche du carquois de de Maistre et celle dont il se servait le plus, est encore une preuve faite avec de l'histoire.

L'auteur y oppose la révolution à la révolution, et lui met sur la gorge les témoignages écrits de ceux qui l'ont voulue et de ceux qui l'ont admirée. C'est là un morceau d'érudition accablante que les historiens futurs trouveront ici, à leur service, et qu'avec la distance qui velouté tout, même le crime, ils ne recommenceraient peut-être pas avec ce détail massacrant et cette minutie vengeresse...

[1] Œuvres inédites. — Quatre chapitres inédits sur la Russie.

 

V

Et maintenant, il faut se résumer sur ce livre posthume de Joseph de Maistre. J'ai dit simplement ce qu'il contient. Je n'avais rien à dire de plus. Ses opinions sont trop les miennes pour que je puisse le critiquer.

A mon sens, très humble, mais très convaincu, philosophiquement ou plutôt théologiquement, ce que de Maistre a exprimé dans tous ses livres est absolument vrai, et, littérairement, c'est absolument beau, — et d'une beauté à lui, qui n'imite et ne rappelle personne...

Ce livre-ci n’ajoute rien à cette Immensité, mais n'en diminue rien non plus. Il devait être publié tout ce qu'une pareille plume a tracé appartient au monde), et il l’a été avec intelligence. L'éditeur avait bien choisi son moment, le moment historique, pour remettre sous les yeux d'un public, devenu la postérité, le grand nom intellectuel de Joseph de Maistre, l'inoubliable nom de l'homme qui n'a pas fait seulement le livre du Pape, mais qui — autant, du moins, que l'influence des hommes peut faire quelque chose en ces décisions surnaturelles de l'Esprit-Saint, — pourrait bien avoir fait aussi le concile du Vatican.

VI

Les Quatre chapitres inédits sur la Russie n'ont pas eu, quand ils ont été publiés, le retentissement  auquel ils avaient droit avec le nom et le génie de leur auteur. La critique n'en a point parlé. Quand un homme ou un livre lui imposent, elle n'en parle pas, cette brave Critique ! Si le livre que voici avait une origine suspecte, s'il avait été publié par un homme opposé d'opinion ou de religion au comte de Maistre, dans le but d'abaisser sa gloire ou de la lui voler, ah ! C’eut été bien différent. Mais le livre en question vient de la source la plus respectable et la plus pure.

C'est le comte Rodolphe de Maistre, fils de l'illustre comte Joseph, qui a édité lui-même les Quatre  chapitres inédits sur la Russie, et qui a bien fait d'ajouter encore cela à la gloire paternelle. De ton, d'ailleurs, de calme, de pénétration, de hauteur de pensée, ce livre, qu'on voudrait plus gros, est digne de la plume qui a écrit le livre du Pape et les Soirées de Saint-Pétersbourg. Nulle phrase équivoque, sentant son interpolation, ne vient rompre l’unité de ce style correct et ferme, étincelant de poli et de  solidité comme un marbre, aisé enfin à reconnaître parmi les styles immortels. Par la forme comme par le fond, cet écrit est donc bien, celui-là aussi, authentiquement et intégralement  l'oeuvre du comte de Maistre. Il n'y a plus ici de bruit à faire. Il n'y a plus à recommencer la comédie de la Correspondance diplomatique et secrète du comte de Maistre, dont j'ai parlé au début de ce chapitre, que M. Blanc (de Turin) avait été autorisé à traduire. Non ! on a tout simplement à reconnaître la supériorité de l'écrivain qui a écrit ces pages... ou à s'en taire. Eh bien ! on s'en taira. Mais ce n'est pas nous !

Vous vous la rappelez, cette comédie? Vous n'avez point oublié, n'est-ce pas ? cette correspondance, sortant tout à coup du carton d'une chancellerie, et de laquelle il résultait que l'auteur du Pape se moquait du Pape, que le comte de Maistre, dont le nom s'est élevé jusqu'à la hauteur d'une doctrine, n'était plus de Maistre, et que la vie de ce grand honnête homme avait les contradictions et peut-être les mensonges des petites gens de ce temps-ci. La Correspondance diplomatique n'était pas un conte. Elle avait des pages frappantes et charmantes, signées de leur talent même, et qui disaient le nom de Joseph de Maistre sans le prononcer. Mais elle était bien pis qu'un conte! Elle était de la vérité arrangée ou dérangée, de la vérité sournoisement ombrée ou estompée d'invention. C'est le diable ! cela, et c'était ici le diable deux fois. Aussi, précisément pour cette raison, cette Correspondance dut ravir et ravit les ennemis de l'Eglise. Ils trouvèrent un si joli tour de lui prendre, ou du moins de lui légèrement déshonorer, la plus puissante de ses plumes laïques, et ils s'y employèrent, allez !

Des hommes intelligents eurent l'imbécillité de prétendre qu'il y avait contradiction entre de Maistre, le théoricien incomparable de l'infaillibilité du Pape, et de Maistre, l'homme politique qui, dans une lettre intime faite pour rester secrète, blâme la politique d'un pontife avec la hardiesse d'un grand seigneur et la plaisanterie d'un homme d'esprit qui n'est point pédant.

Ils ne s'aperçurent même pas qu'il n'y avait que le catholique, et le catholique croyant à l'infaillibilité papale, qui, seul, put se permettre sans danger ces fières libertés de jugement sur la politique du pontife. Ils ne comprirent pas, enfin, que cet homme-là ne fut jamais plus l'homme du Pape que quand il dit du mal d'un certain Pape, et qu'il y a le mal qu'on dit de ceux qu'on aime et les morsures de l'amour ! Et voilà comment eux, ces pantins à qui tout est ficelle, accusèrent de duplicité, de titubation et d'un pantinisme semblable au leur, un homme majestueux d'unité et de vérité en toute chose, l'esprit le plus appuyé sur la conscience la plus droite qui ait peut-être jamais existé ! C'est cet homme que nous retrouvons, en ces Quatre chapitres inédits sur la Russie, dans toute la pureté, la beauté et la douceur de son esprit ; car il faut en finir avec les vieilles vulgarités qui traînent : — puisque l'on ne conteste plus que Joseph de Maistre soit un grand esprit chrétien, il doit avoir la douceur, la douceur de la force chrétienne dans la pensée, et l'on dit une sottise quand on en fait un penseur dur et inflexible.

Je ne parle point de ses sentiments.

Déjà une première Correspondance, non de diplomatie, mais de famille, avait bien étonné les badauds en leur montrant que le fond du coeur, dans Joseph de Maistre, n'était pas entièrement plein de sang de tigre. Je parle de son esprit même, de cet esprit que les lettrés superficiels, convertis à sa tendresse de coeur par les délicieuses choses qu'il a écrites, mais rétifs et résistants à la douceur de son génie, non moins réelle que ta tendresse de son âme, continuent d'appeler un esprit absolu et dur parce qu'il ne croit pas que la vérité se plie et se chiffonne comme une de nos loques matérielles; parce que, ne pouvant y rien changer et historien de la Providence, il proclame le dogme de l'Expiation, —dont il n'est pas l'auteur plus que de cette mort par laquelle l'homme expie ses fautes !

Certes ! intellectuellement, Joseph de Maistre n'est pas plus cruel que le premier venu qui voit avec résignation la nécessité du sacrifice. Que ce sacrifice nécessaire s'appelle la maladie, la guerre, le bourreau, c'est toujours la Mort, dont il dit simplement, et pas plus, qu'elle doit arriver et qu'elle arrive. Est-on donc cruel pour dire cela, ou l'est-on pour s'y résigner ? Non ! l'esprit cruel entré dans une doctrine cruelle, comme il arrive toujours, — car nos doctrines sont faites par la nature de notre esprit, — c'est Calvin, le froid, le raide, l'étroit Calvin, mais ce n'est pas Joseph de Maistre.

Lui, de Maistre, il a la chaleur, la souplesse, l'étendue. Toutes choses exclusives de la cruauté ! Ce n'est pas Calvin qui eût écrit cette phrase : « Il n'y a pas d'homme qu'on ne puisse gagner avec des opinions  mesurées. » Et encore : « Les vertus poussées à l'excès deviennent des défauts. » Et encore — (si Calvin avait eu le triste avantage de vivre après la Révolution française) : « De quoi pourriez-vous vous plaindre ? Vous avez dit à Dieu : « Sortez de nos lois, de nos institutions, de notre éducation ! Nous ne voulons plus de vous. Qu'a-t-il fait ? Il s'est retiré, et il  vous a dit : « Faites ! » Il en est résulté notamment l'aimable règne de Robespierre. Votre révolution n'est qu'un grand sermon que la Providence a prêché aux hommes. Il est en deux points : Ce sont les abus qui font les révolutions. C'est le premier point, et il s'adresse aux souverains. Mais les abus valent infiniment mieux que les révolutions ; et ce second point « s'adresse aux peuples. »

Enfin, Calvin n'eut pas écrit : « J'ai toujours observé « qu'on peut tout dire aux Français ; la manière fait tout. » Les esprits absolus et cruels se soucient bien de la manière ! Restent donc, au compte de ce tortionnaire innocent, quelques épigrammes bien appliquées, pour sa défense personnelle, à des hommes qui l'avaient, comme Condillac et Locke, férocement ennuyé, et ce rictus épouvantable établi sur la bouche de Voltaire, mais qui, ma foi, n'en a pas beaucoup changé le sourire, et qui ne l'a pas, pour que l'on s'en plaigne, si prodigieusement défiguré !

VII

Voilà pourtant à quoi se bornent, en vérité, les cruautés du comte de Maistre, de cet esprit sublime et aimable dont les idées et les sentiments s'accordaient comme les cordes de la lyre, qui avait le coeur de son esprit autant que les sentiments de son coeur. Cruel... Dans un temps où la Lâcheté d'esprit devenue sybarite, tremble devant son pli de rose, on semble être cruel quand on a des principes nets et un style net qui les affirme. Ce qui brille si bien paraît couper. Mais c'est une illusion de logique et de phrase, et Joseph de Maistre, qui a produit longtemps cette double illusion, en produit encore la moitié. On en a fait un bourreau de sentiment et d'idée, et si on avait pu, on en eût fait un bourreau de métier, parce que, ni plus ni moins monstre que l'Histoire, ni plus ni moins monstre que toutes les sociétés connues, il a posé la nécessité lamentable, mais la nécessité du bourreau.

Il est vrai que, depuis ses lettres à sa fille, le bourreau de sentiment n'a plus été visible. On a eu la bonté d'en convenir. Mais le bourreau d'idée tient toujours ; il est plus difficile à décrocher ! Or, pas plus que l'autre, il n'est réel. Les bourreaux d'idées sont des philosophes à systèmes. C'est le doux Emmanuel Kant, que Henri Heine appelait suavement un second Robespierre : c'est Fichte, qui abolissait le monde dans la volonté ; c'est Hegel, qui l'abolit dans la logique. Mais Joseph de Maistre, dont la gloire est d'avoir laissé des aperçus sur tout et de n'avoir fait de théorie sur rien, est un historien et non un philosophe.

Dans les Quatre chapitres inédits sur la Russie, il appelle l'Histoire : « la vérité expérimentale », et, pour lui, il n'y a peut-être pas d'autre vérité, car la Révélation chrétienne conforme aux prophéties est de l'Histoire encore. Le comte de Maistre est, avant tout, — avant d'être un métaphysicien involontaire, qui ne croit pas à la métaphysique et qui ne peut s'empêcher de faire de la métaphysique, — un grand esprit pratique, ne perdant jamais terre, politique même quand il l'élève, la politique, à sa généralité la plus vaste. Il est de la famille d'esprits dont était Machiavel. Seulement c'est un Machiavel sans athéisme, sans république et sans Borgia.

Il fut le Machiavel de la Religion, de la Royauté et de l'Honneur. Ses Discours sur Tite-Live, à lui, furent les Considérations sur la France, et cette méditation éternelle de la Révolution française à laquelle il retombait toujours, de toutes les pentes de la métaphysique, qu'il aimait à monter appuyé sur l'Histoire. Son Traité du Prince, on le trouve dans les lettres de la Correspondance Diplomatique, qu'il est impossible de ne pas croire de lui, à leur style, quoique certains passages de ces lettres, à leur style aussi, n'en soient pas. Comme Machiavel, il fut ambassadeur, et souffrit noblement de la pauvreté.

Sans argent, dans la société la plus fastueuse, il écrivait, avec la légèreté qu'ont les grands coeurs dans la misère : « Qu'est-ce que le sentiment fait au prix des choses ? Vous me direz que j'ai l'espoir d'être payé en Sardaigne, mais je suis en Russie, et qu'est-ce que ma femme peut acheter avec un espoir?...»

Mais ici s'arrêtent les ressemblances. Les pervers s'entendent mieux que les honnêtes gens. Borgia écouta Machiavel, et Joseph de Maistre sentit ses conseils lui revenir sur le coeur, salive plus pesante que celle de l'homme qui crache en l'air et dont le crachat lui retombe sur la figure. La Correspondance diplomatique montre avec une gaieté amère la bêtise profonde de ces rois, têtus et mous, qui se perdent pour ne pas croire leurs serviteurs ou pour les craindre. Vu à cette lumière, Louis XIII, qui garda Richelieu, paraît grand.

VIII

Les Quatre chapitres inédits sur la Russie se rattachent justement à cet ordre d'idées et de conseils pour lesquels, conseiller d'Etat de génie, le comte de Maistre était plus fait, selon nous, que pour les autres choses qu'il a su pourtant si brillamment faire. Quoique, par le titre qu'ils portent, les Quatre chapitres puissent donner à penser que l'auteur avait eu l'intention d'écrire une histoire de cette Russie dans laquelle il avait vécu et qu'il connaissait bien, ce ne sont pourtant que des lettres confidentielles à un haut fonctionnaire russe, sur des questions qui importaient alors à la prospérité et à la force de l'Empire. Peut-être celui qui demanda au comte de Maistre ce travail avait-il l'intention de le mettre sous les yeux de l'Empereur, mais l'éditeur ne nous a point dit s'il y fut mis. Les rois n'ont pas toujours besoin d'être éperdus pour demander l'aumône d'un conseil à un homme de génie. Ils n'ont souvent besoin que d'être embarrassés comme les simples mortels.

Seulement, la couronne que ces Bélisaires de l'embarras tiennent à la main n'est pas faite pour retenir le don du génie. Il passe à travers et tombe par terre. Le comte de Maistre, qui avait senti l'angoisse de cela avec son maître, — comme Mirabeau avec le sien, — avec l'Empereur de Russie aurait-il été plus heureux ?

C'est une question que le temps ne peut plus résoudre. Nous sommes loin de 1810, et plus loin encore des idées que le comte de Maistre exprimait alors. Déjà, dès cette époque, l'idée de l'émancipation commençait à sourdre dans la tête d'Alexandre, ce jeune Louis XVI russe, à la beauté de Louis XIV, et dont le peuple, plus docile et plus facile à mener que celui de Louis XIV, l'eût sauvé de la ressemblance de destinée avec l'autre émancipateur s'il avait poussé un peu plus loin ses velléités généreuses. Aujourd'hui, ces velléités sont devenues dans le gouvernement de Saint-Pétersbourg, des volontés arrêtées et traduites en faits positifs.

L'émancipation, à laquelle s'opposait le comte de Maistre, a été proclamée, et il est curieux de  connaître sur quels faits produits par un esprit de cet ordre le gouvernement russe a passé. C'est là l'intérêt animé des Quatre chapitres qu'on a publiés.

On a marché, depuis les lettres que voici, et l'avenir très prochain qu'on touche, dira vers quoi on a  marché. Mais c'est précisément sur la question traitée par Joseph de Maistre en ces quelques pages  qu'on pourra juger de l'esprit absolu  de cet absolutiste tout d'une pièce, que nous maintenons, nous, malgré sa renommée, l'esprit le plus large, le plus prudent, le plus flexible et, quand il s'agit de manier les choses et les hommes, le plus doux, — ce n'est pas assez dire! Mais chirurgicalement le plus doux.

IX

En effet, dans ces quelques pages qui n'omettent rien en leur brièveté pleine, Joseph de Maistre commence, il est vrai, par s'opposer à l'émancipation en principe, mais il ne répugne pas à la préparer, historien que le métaphysicien n'infirme jamais : « Quand on lit l'Histoire, il faut savoir la lire, dit-il quelque part ; et l'Histoire, dont il parcourt les annales avec les trois pas homériques de Bossuet, « montre » (ajoute t-il), « avec la dernière évidence, que le genre humain n'est susceptible de liberté qu'à mesure qu'il est pénétré et conduit par le Christianisme. Partout où règne une autre religion (ajoute-t-il encore), l'esclavage est de droit, et partout où cette religion s'affaiblit, le peuple devient en proportion précise moins « susceptible de liberté générale. »

Quand Joseph de Maistre écrivait ces choses, les preuves à l'appui, dans ce monde de 1810, ne manquaient pas. Napoléon était un exemple sublime de la vérité politique que le comte de Maistre promulguait et qui le conduisait à cette autre, particulière à la Russie : « L'esclavage est en Russie parce qu'il y est a nécessaire, et que l'Empereur ne peut régner sans « l'esclavage. » Et jusque-là, voilà à ce qu'il semble, le Joseph de Maistre de sa réputation, le tyran d'abstraction et d'idée, qui sacre de ses axiomes la tyrannie politique. Mais patience ! ce n'est que la moitié du vrai de Maistre, et qui ne le connaît que par ce côté seul des principes ne le connaît pas !

Môme en les exprimant, du reste, notez bien que ces principes ne sont jamais, pour ce solide esprit, appelé paradoxal par les esprits fragiles, que des conclusions historiques, des empêchements do circonstances et de nature des choses, dans le détail desquels, en ces lettres sur la Russie, il court et passe comme la lumière, avec une rapide splendeur. Nous n'avons point à résumer ce qui n'est déjà qu'un magnifique résumé dans ces lettres, qu'il faut aller prendre où il est. Nous voulons seulement prouver que le comte de Maistre n'est pas plus un utopiste en arrière qu'il n'est un utopiste en avant, et que sa rigueur politique, dont on a tant parlé, et dont tant de gens parlent encore, n'est pas plus inflexible que celle de Dieu et de l'Histoire, des mains desquels il prend pieusement tous les faits, sans leur demander rien de plus que ce que l'ordre de la Providence et la conduite de l’homme y ont mis ou en ont ôté.

Et, en effet, écoutez-le, cet homme du fait et de l'expérience, calomnié jusque dans son esprit : « Si l'affranchissement » — (dit-il en finissant un examen hostile à cet affranchissement pour des raisons d'Etat,) — si l'affranchissement doit avoir lieu en Russie, il s'opérera par ce qu'on appelle la nature. Des circonstances tout à fait imprévues le feront désirer de part et d'autre, et il s'exécutera sans bruit et sans malheur (toutes les grandes choses se font ainsi). Que le souverain favorise alors ce mouvement naturel, ce sera son droit et son devoir, mais Dieu nous garde qu'il l'excite lui-même ! »

Ces circonstances imprévues dont parle de Maistre se sont-elles produites en Russie ? C'est là une question qui, pour le moment, ne nous regarde pas. C'est l'affaire de la Russie. La nôtre était de montrer par ces paroles que le cassant et impérieux comte de Maistre prévoyait sans horreur, et même sans étonnement, de telles circonstances, et qu'il donnait même au gouvernement, que dans son livre il arme contre elles, le conseil de leur obéir.

X

Eh bien ! n'est-ce pas là la grosse opinion publique souffletée sur ses joues rebondies, et réduite à souffler d'étonnement ? J. de Maistre cédant au temps comme Talleyrand lui-même, mais pour des raisons que n'avait pas Talleyrand, dans cette tête où l'athéisme en toute chose avait fait un vide silencieux ; de Maistre se pliant à la circonstance au lieu de se faire misérablement briser par elle, ce qui serait le suicide politique, aussi criminel que l'autre aux yeux de Dieu !

Est-ce bien là l'aveugle figure de bronze ou de marbre qu'on a donnée à Joseph de Maistre ?... Oui ! mais c'est, après tout, le bronze et la pierre dans lesquels la haine et la sottise l'avaient muré.

La Correspondance du père de famille avec sa femme et ses enfants avait fait de ce bronze un homme. On avait découvert, au sein du caillou, des entrailles. Les quelques pages sur la Russie, rapprochées de plusieurs autres pages de la Correspondance diplomatique, vont faire de cette tête de bronze un esprit immortellement vivant, qui ne s'est pas mis lui-même en dehors du mouvement de l'Histoire dans ces ténèbres de l'abstraction qui sont parfois éblouissantes.

Voilà, indépendamment de leur mérite de détail et d'ensemble, l'avantage de cette publication des Quatre chapitres sur la Russie. Ils ont refait une gloire à de Maistre en précisant celle qu'on lui doit, en empêchant la vermine des idées communes de ronger les belles et pures lignes de cette noble et lumineuse figure. Et quand il n'y aurait eu que cela dans cette publication d'un fils qui tient à l'honneur intégral de son père, ce serait assez pour, de tout notre coeur, y applaudir !

 

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

Au nom du Sacré-Coeur de Jésus et par l’intercession de Marie Immaculée, très humblement prosternés devant Votre Majesté, ô Dieu Tout-Puissant, nous Vous supplions de bien vouloir envoyer Saint Michel pour qu’il nous secoure dans notre détresse.

Daignez Vous souvenir, Seigneur, que dans les circonstances douloureuses de notre histoire, Vous en avez fait l’instrument de vos miséricordes à notre égard. Nous ne saurions l’oublier.

C’est pourquoi nous Vous conjurons de conserver à notre patrie, coupable mais si malheureuse, la protection dont Vous l’avez jadis entourée par le ministère de cet Archange vainqueur.

C’est à vous que nous avons recours, ô Marie Immaculée, notre douce Médiatrice, qui êtes la Reine du Ciel et de la terre. Nous vous en supplions très humblement, daignez encore intercéder pour nous.

Demandez à Dieu qu’Il envoie Saint Michel et ses Anges pour écarter tous les obstacles qui s’opposent au règne du Sacré-Coeur dans nos âmes, dans nos familles et dans la France [toute] entière.

Et vous, ô Saint Michel, prince des milices célestes, venez à nous. Nous vous appelons de tous nos vœux ! Vous êtes l’Ange gardien de l’Église et de la France, c’est vous qui avez inspiré et soutenu Jeanne d’Arc dans sa mission libératrice.

Venez encore à notre secours et sauvez-nous ! Dieu vous a confié les âmes qui, rachetées par le Sauveur, doivent être admises au bonheur du Ciel. Accomplissez donc sur nous la mission sublime dont le Seigneur vous a chargé. Nous plaçons tous nos intérêts spirituels, nos âmes, nos familles, nos paroisses, la France [toute] entière, sous votre puissante protection. Nous en avons la ferme espérance, vous ne laisserez pas mourir le peuple qui vous a été confié !

Combattez avec nous contre l’enfer déchaîné, et par la vertu divine dont vous êtes revêtu, après avoir donné la victoire à l’Église ici-bas, conduisez nos âmes à l’éternelle Patrie.

Ainsi soit-il.

Martin Drexler. 1902

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

 

 

 

 

 

TENDRE BOURGEON, DOUCE FLEUR LAITEUSE ÉTHÉRIQUE, NÉE DES EAUX D’UN BASSIN UTÉRIN, AU CHÂTEAU DE VIENNE.

EN TON PALAIS, LE GÉNIE VIRTUOSE, LE PRODIGE EN SES AMOURS PRESSÉES AUPRÈS DE VOUS RISQUE ROMANCE,

JOUANT PRÉCIEUSES NOTES AU PIANO, COMME COULENT DANS LES VEINES DE VOTRE PAYS LES EAUX DANUBIENNES

MAIS VOTRE CÉLESTE ET SUBLIME DESTIN,  DELPHIQUE MARIA-ANTONIA, EST DE FAIRE ALLIANCE À L’ATTIQUE FRANCE.

 

EXIL VOLONTAIRE SANS RETOUR, COMPTANT SANS CESSE LES HEURES QUI S’ÉGRAINENT, CIRCONVOLUTIONS ASSASSINES !

ROSE ÉCLOSE ODORANTE, VERMEILLE ET PURPURINE, ÉPOUSANT ROI, DEVENANT REINE, EN LA CHAPELLE DE VERSAILLES.

POUR VOTRE AMOUR MADAME, L’ON DONNE LES PLUS BEAUX FEUX, LE PERSÉE DE LULLY, L’ATHALIE DE RACINE,

POUR VOUS, AU PLUS PRÈS DE VOUS, LA FRANCE OUVRE SON CŒUR,

LA DIVINE ÉGLISE ILLUMINE SON VITRAIL.

 

MAIS LA DEMEURE SOLAIRE EN SES ORS NE VOUS COMBLE QUE TROP PEU, NAIT ALORS L’ORÉE NOSTALGIQUE,

LA LISIÈRE D’UN MONDE OU PARAIT LA LAITANCE DOUCE ET LUMINEUSE DE LA NYMPHE ALPHÉE.

ET DE SON SEIN, À VOS YEUX,  TOUT JUSTE COUVERT, LES PRÉMICES ZÉNITHAUX ET ABYSSAUX D’UNE MORT TRAGIQUE,

D’UNE FIN OURDIE PAR LES ESPRITS FOURBES DES ÂMES DAMNÉES DE SAINT-CLOUD ET DE RAMBOUILLET.

 

CES INFIDÈLES ET INIQUES DE L’OMBRE, GOGUENARDS SOURNOIS, GODICHES IGNOMINIEUSES QUI DÉJÀ DÉNONCENT,

VOTRE AMOUR DE L’ART, DE LA GRANDEUR, DE LA BEAUTÉ DANS L’ÉCLAT, N’ÉGALANT TOUT JUSTE QUE VOUS.

À VOS CÔTÉS RODENT, VIREVOLTENT CEUX QUI, AFFREUSEMENT, SE FONT ROSES DÈS LORS QU’ILS NE SONT QUE RONCES

J’AI PEUR MADAME ! DE CES ÂMES AFFRIOLANTES ET SANS VERGOGNE, QUI GRAVITENT PERFIDEMENT AUTOUR DE VOUS.

 

ET LORSQU’AU LOIN, DU FOND DES PLAINES, DU FOND DES ÂGES SE PRÉCIPITENT TOUS CES GOUAILLEURS ASSASSINS,

PLONGEANT CRUELLEMENT EN VOTRE CORPS BIEN PLUS QUE LA LAME RÉGICIDE, L’ACTE INFÂME, L’IMPUTATION D’INCESTE.

VOTRE ÂME VIRGINALE MA REINE, D’AUTANT QUE VOTRE COEUR SONT CRUELLEMENT TOUCHÉS PAR L’EFFILÉ SURIN,

BIEN PLUS AIGUISÉ ENCORE QUE L’IMPUDIQUE LOUISON QUI DE VOUS, FAIT A JAMAIS UNE ÉTOILE AU PANTHÉON CÉLESTE.

 

 

© 2017 RHONAN DE BAR.

 

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

SAINT DENYS.

 

AU TEMPS DE L’INNOCENCE ET DE LA DOUCE CANDEUR

VOUS M’AVEZ ÉRIGÉ PAR VOS ESPRITS HERCULÉENS.

PAR LE SIÈCLE SOMBRE RÉVOLU EN MES PIERRES SONT DOULEURS

POSÉES PAR LES ÂMES IMPURES VOYANT EN MOI UNE CATIN.

PUISSIEZ-VOUS DÈS LORS VENIR CONTEMPLER GRANDEUR ET SPLENDEUR,

GARDÉS AUX CONFINS DE MON COEUR, SI PRÉCIEUX ÉCRIN.

TOUS CES GISANTS ET CES TOMBES DANS LE MARBRE, PRIEURS

DEPUIS LORS DORMANTS, TANT DE GLORIEUX SOUVERAINS.

DANS LA PIERRE, LE FER, LE VERRE LE LYS, JE LAISSE ENTREVOIR

PRINCES ET REINES AUX CERCUEILS DE MARBRE ENDOLORIS!

MON SILENCE TRAVERSE LES SIÈCLES ET MON ÂME SE FAIT MIROIR

ÉCHO D’UN MONDE AFFADIT PAR LA TERREUR, ENDORMI.

JE SUIS LE JOYAU, L’ÉCLAT, LA FUREUR ET L’ESPOIR

D’ENTENDRE À NOUVEAU RÉSONNER MONTJOYE SAINCT DENYS!

 

Texte et photos © RHONAN DE BAR.

Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).
Photos Rhonan de Bar (copyright).

Photos Rhonan de Bar (copyright).

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

DATES ET EVENEMENTS Liés à la MONARCHIE FRANCAISE

ET A SES PAIRS.

  Le 16ième siècle.

RHONAN DE BAR

RDB

ANNÉE 1515[1]

An I du règne de François 1er[2].

(1194-1515 à 1547)

1 Janvier : Mort de Louis XII au palais des Tournelles.  Avènement du règne de François Ier. Il n’a pas vingt ans.

7 Janvier : François 1er par lettres patentes, donne à Gouffier de Boisy[3], déjà Gouverneur, la charge de Grand Maître de France et de duc de Roannois.

25 janvier : Sacre de François Ier[4] à Reims.

15 Février : Entrée de François 1er à Paris.

24 Mars : Alliance entre Charles-Quint (qui a des vues sur le Royaume d’Espagne) et François 1er.

27 Juin : François 1er renouvelle son alliance avec Venise. Il promet la restitution de la ville de Vérone alors tenue par les Impériaux.

29 Juin : François 1er se met en marche pour rejoindre son armée à Grenoble. La France entre en guerre contre Charles Quint. Accord du 24 Mars de la même année rompu.

15 Juillet : Madame de Savoie, mère de François 1er, devient régente du Royaume en son absence.

19 Août : Naissance de Madame Louise de France[5].

14 Septembre : Victoire de François 1er à la Bataille de Marignan. 16000 morts. Bayard consacre la Roi Chevalier sur le lieu même du combat.

16 Septembre : Milan est prise par les Français.

4 Octobre : Sforza[6] concède le Milanais à François 1er.

11 Octobre : Le Roi entre en triomphe dans la ville de Milan.

7 Novembre : Signature du traité de Paix entre François 1er et la Lombardie.

22 Novembre : Naissance à Bar-le-Duc de Marie de Guise[7].

11 Décembre : Entrevue entre le Pape Léon X et François 1er à Bologne. L’affluence est telle que le Roi mets près d’une-heure à franchir la salle où l’attend le souverain pontife.

ANNÉE 1516.

17 Mars : Mort de Julien de Médicis, époux de Philiberte de Savoie, sœur cadette de Mme de Savoie, mère de François 1er.

24 Mai : La ville de Brescia ouvre ses portes aux Vénitiens aidés en cela de M. de Lautrec, a qui le Roi a confié le commandement de l’armée française.

13 Août : Signature du Traité de Noyon entre Charles Quint et François 1er.

18 Août : Signature du « Concordat » entre François 1er et la Cour de Rome. Ce traité est entériné le 19 décembre de la même année.

20 Août : L’armée française tente le siège de Vérone. L’approche de Rockandolf –de vrai nom George de Lichtenstein- la fait fuir.

23 Octobre : Naissance à Amboise de Madame Charlotte[8].

29 Novembre : Signature du Traité dit « de Paix Perpétuelle » entre la France et les cantons suisses. Cet accord, signé à Fribourg dura aussi longtemps que la Monarchie en France.

ANNÉE 1517

23 Janvier : Vérone, par l’entremise de l’Evêque de Trente, ouvre ses portes à M. de Lautrec.

11 Mars : Triple entente entre Maximilien, Charles Quint (de Habsbourg) et François 1er.

8 Mai : Claude de France est couronnée Reine à Paris.

8 Octobre : François 1er décide de la fondation de la ville du Havre.

31 Décembre : Guillaume Bouffier, frère du Grand Maître Bouffier de Boisy, est élevé, par lettres patentes, à la dignité d’Amiral de France.

ANNÉE 1518.

28 Février : Naissance de François (premier enfant mal) dit le « Viennois » et duc de Bretagne.

 22 Mars : Le Parlement de Paris se voit contraint d’entériner le Concordat de Bologne (1516).

25 Avril : Baptême de François, Dauphin et duc de Bretagne.

2 Mai : François 1er, de part l’union à Amboise de Laurent II de Médicis[9] à Madeleine de la Tour d’Auvergne[10], devient l’allié du pape Léon X.

13 Août : Le Roi et la reine partent pour la Bretagne. Fin du voyage en 1519.

4 Octobre : Henri VIII, contre otages[11] de haut rang, rend Tournay, Mortagne et Saint-Amand.

? Décembre : Traité de Londres entre l’Angleterre et la France.

ANNÉE 1519.

23 Avril : Léonard de Vinci convoque M. de Boreau, notaire royal à Amboise, pour rédiger son testament.

2 Mai : Mort de Léonard de Vinci qui résidait en France depuis le début de l’année 1516.

28 Juin : Au grand dam de François 1er, Charles Quint est élu empereur du Saint Empire Germanique. Il prend nom Charles V.

ANNÉE 1520.

17 Février : Naissance à Bar-le-Duc de François 1er de Lorraine. [12]

31 Mars : Naissance à Saint-Germain en Laye d’Henri de Valois[13].  

2 Juin : Pose de la première pierre de l’Hôtel-Dieu de Paris. Le sort des malades, des infirmes est pris en compte par le Roi François 1er.

7 Juin : Début des entrevues proche Calais entre François 1er et Charles VIII. Cette période est plus connue dans l’Histoire sous le nom « du camp du drap d’or ». François 1er échoue dans les négociations.

10 Août : Naissance à Saint-Germain en Laye de Madeleine[14]..

 

[1] Outre la campagne d’Italie, les travaux de  l’aile Renaissance du château de Blois commencent. [2] François 1er dit le Père ou le Restaurateur des Lettres est fils de Charles, comte d’Angoulême et de Louise de Savoie. Né à Cognac le 12 septembre 1494. Roi le 1er Janvier 1515. Sacré à Reims le 25 du même mois de la même année.  Mort à Rambouillet le 31 mars 1547.[3] Artus est né le 6 septembre 1474 à Boisy. Fils de Guillaume Gouffier et de Philippe de Montmorency. [4] A l’instar de Louis XII, François 1er prend le titre de duc de Milan. Ceci présageant des futurs conflits.[5] Née à Amboise. Fille de François 1er et de Claude de France. [6] Né à Milan le 25 janvier 1493. Fils de Ludovic Sforza et de Béatrice d’Este.[7] Fille de Claude de Lorraine et d’Antoinette de Bourbon. Duchesse de Longueville.[8] Seconde fille de François 1er et de Claude de Bretagne[9] Né en 1492. Fils de Pierre II de Médicis et d’Alfonsina Orsini.[10] Née en 1498. Fille de Jean IV de la Tour d’Auvergne et de Jeanne de Bourbon-Vendôme.[11] Citons entre autres : Les Seigneurs de Morette, de Mouy, de la Meilleraye…ect. Les coffres du Royaume étant vides, leur captivité dura. [12] Fils de Claude de Lorraine et de Renée de France. [13] Second fils de François 1er. Il lui succédera sous le nom d’Henri II.[14] Cinquième enfant de François 1er  et de Claude de Bretagne. Elle épousera Jacques V, Roi d’Ecosse

Francois 1er. Salamandre. Source net.
Francois 1er. Salamandre. Source net.

Francois 1er. Salamandre. Source net.

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

DATES ET EVENEMENTS Liés à la MONARCHIE FRANCAISE

ET A SES PAIRS.

Le 16ième siècle.

RHONAN DE BAR

RHONAN DE BAR

ANNÉE 1506

9 Février : Le tribunal de Toulouse prononce la condamnation de Pierre de Rohan-Gié à l’interdiction d’exercer toute fonction et à la suppression de ses biens.

6 Avril : François II (comte de Dunois) épouse Françoise d’Alençon (fille de René d’Alençon, comte de Perches et de Marguerite Lorraine-Vaudémont) à Blois.

14 Mai : Convocation des états généraux  à Tours par le roi. Ce dernier, revenu sur le Traité de Blois, impose la reconnaissance des fiançailles de Claude de France avec François d’Angoulême. Il est proclamé « Père du Peuple ».

15 Juin : Révolte des génois contre les troupes françaises.

21 Juillet : Louis XII fait prêter serment aux capitaines des places de Milan et Gênes ainsi qu’aux commandants de compagnie de servir loyalement sa fille Claude, sil devait mourir sans descendance mâle.

12 Novembre : Les Génois révoltés envoient deux ambassadeurs auprès de Louis XII.

ANNÉE 1507

29 Janvier : Départ de Blois de Louis XII.

20 Février : Arrivée du Roi à Bourges. Il fait halte à Montrichard du 30 janvier au 3 février. Cette lenteur s’expliquerait par la présence de la reine !

12 Mars : Nouvelle révolte des Génois.

15 Avril : Louis XII arrive à Asti après avoir passé la samedi de Pâque (11 avril) à Suze. D’Asti, le roi tente un arrangement à l’amiable avec les Génois.

12 Mai : Ordonnance de Louis XII qui contraint « les capitaines et châtelains des places fortes ou châteaux de l’état de Gênes » a prêter serment. 

22 Mai : A Plessis-lès-Tours, confirmation par « Parole » du mariage du fils de Louis XII avec Madame Claude.

21 Juin : Louis XII et Ferdinand II d’Aragon se rencontrent à Savonne.

17 Juillet : Louis XII fait une entrée jugée pompeuse à Lyon.

16 Décembre : Le Roi ayant des vues sur Venise réunit à Rouen les « vingt-quatre de la ville » pour obtenir des navires de guerre.

ANNÉE 1508

3 Août : François 1er quitte sa mère (Mme Louise de Savoie) pour devenir Homme de cour. Elle en est très affectée.

28 septembre : Le Roi fait son entrée pour la deuxième [1]fois en la ville de Rouen.

3 Octobre : Anne de Bretagne [2]accompagnée de nombreuses Dames de la Cour fait à son tour son entrée dans Rouen. Le Roi et la Reine quitte Rouen le 29 octobre.

10 Novembre : Entrée du couple royal dans Paris.

ANNÉE 1510

1 Févier : François 1er fait son entrée à la Rochelle.

25 Mai : Mort du Cardinal d’Amboise[3], Archevêque de Rouen.

14 Septembre : Convocation à Tours par Louis XII de l’assemblée des évêques français.

25 Octobre : Naissance de Renée de France [4].

ANNÉE 1511

24 Juillet : La santé du Fils de Louis XII inquiète. Une forte fièvre persiste depuis février de ladite année.

ANNÉE 1512

7 septembre : François 1er, alors Lieutenant général du Roi Louis XII, passe à Amboise avant d’aller combattre les Espagnols en Guienne.

11 Avril : Le Comte de Foix, ayant remplacé au commandement le Duc de Longueville, meurt à la Bataille de Ravenne. Le Roi en est très affecté.

ANNÉE 1513

21 Février : Mort du Pape Jules II.

11 Mars : Election de Jean de Médicis au Siège de Rome. Il prend nom Léon X.

6 Juin : Défaite de la Bataille de Novare. L’armée française se replie sur son territoire.

10 Juin : Naissance de Louis III de Bourbon-Vendôme[5], Duc de Montpensier.

30 Juin : Henri VIII débarque à Calais et se joint à l’armée de l’Empereur Maximilien 1er.

16 juillet : François 1er part de Paris pour aller combattre les Anglais en Picardie.

16 Août : Bataille désastreuse de Guinegatte dite « Journée des Eperons. » L’armée française est écrasée. Bayard et Jacques d’Amboise sont faits prisonniers.

ANNÉE 1514

09 Janvier : Anne de Bretagne –veuve de Charles VIII-  s’éteint à Blois. 

11 janvier: Louis XII quitte Cognac pour Angoulême. Son fils l’accompagne.

18 Mai : François 1er, tout juste 18 ans, épouse Claude de France (de 11 ans sa cadette) au château de Saint-Germain-en-Laye. Il étonne par sa stature.

14 Septembre : Signature du Traité de paix entre la France et l’Angleterre.

9 Octobre : Pour entériner ce traité, Louis XII, en troisièmes noces, épouse Marie d’Angleterre [6]à Abbeville.

29 Novembre : Le fils du Roi, rétabli, peut concourir à un tournoi. Il est blessé.

 

[1] La première remonte au 6 mars 1491. Il n’était encore que Duc d’Orléans. Durant son deuxième séjour, le Roi est accompagné entre autres du duc d’Angoulême, du duc de Bourbon, du duc d’Alençon, du duc de Vendôme, du duc de Nemours.[2] Née à Nantes le 25 janvier 1477. Fille de François II de Bretagne et de Marguerite de Foix.[3] George d’Amboise est né en 1460 au château de Chaumont-sur-Loire. Fils de Pierre d’Amboise et d’Anne de Bueil.[4] Née à Blois. Fille de Louis XII et d’Anne de Bretagne.[5] Fils de Louis de Bourbon –Prince de la Roche-sur-Yon - et de Louise de Bourbon –Duchesse de Montpensier.[6] Née le 18 mars 1496. Fille d’Henri VII Tudor et d’Elisabeth d’York.

 

DATES ET EVENEMENTS LIES A LA MONARCHIE FRANCAISE ET A SES PAIRS
DATES ET EVENEMENTS LIES A LA MONARCHIE FRANCAISE ET A SES PAIRS

 

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

Prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme

Dans quelle société française voulons-nous vivre?

 

Dans quelle société française voulons nous vivre ?
L'envie de partager un amour lucide pour la France a constitué le fil conducteur des thèmes abordés par Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme. L'auteur redonne également du sens à la fierté d'être français. Ses pages offrent une envie neuve de s'investir davantage dans la vie publique ! Préserver nos valeurs devient un enjeu brûlant en 2016.. Les échéances de 2017 ne supporterons pas le manque de courage que l'on observe actuellement ! La doxa officielle étouffe toute réflexion et toute initiative novatrice.
Ne faut-il pas s'en affranchir ? Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme lance ainsi une initiative optimiste et tonique à se libérer des chaînes et des violences qui compromettent l'avenir de notre pays. Ecrit entre 2014 et janvier 2016, n'est-il pas temps de rechercher un nouveau modèle politique ? N'est-ce pas urgent ? Ses propositions ouvrent un débat d'intelligence et de volonté. Or là où s'exprime une volonté s'ouvre toujours un chemin.

 

20.00€

351 pages
21 x 15 cm
Imprimé en 2016
Broché sur : http://www.editions-lacour.com/le.bon.sens.au.pouvoir-14-8526.php?PHPSESSID=d75df0ad2d764703cb4847a63cc47b0a

Demain, l'avenir de la France.

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

L’exposition exceptionnelle

«  Alphonse DAUDET »

Ce Nîmois connu mais pas assez reconnu

organisée par  Monsieur  Christian Lacour

en partenariat avec la fédération des associations

« éternel Alphonse Daudet »

Librairie Papeterie Editions LACOUR-OLLE

25 Boulevard Amiral Courbet 30000 Nîmes.

Le vernissage aura lieu vendredi 24 juin 2016 de 16h à 18h.

Horaires d’ouverture

du lundi au samedi de 9h à 19h au premier étage.

Entrée Libre.

EXPOSITION ALPHONSE DAUDET
EXPOSITION ALPHONSE DAUDET

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

OEUVRES COMPLETES DE JOSEPH DE MAISTRE

Contenant ses Œuvres posthumes et toute sa Correspondance inédite

TOME PREMIER

Considérations sur la France. — Fragments sur la France. — Essai sur le Principe générateur des Constitutions politiques. — Étude sur la Souveraineté.

NOTICE BIOGRAPHIQUE DE JOSEPH DE MAISTRE.

Le comte Joseph-Marie de Maîstre naquit à Chambéry en 1754 : son père, le comte François-Xavier, était président du sénat de Savoie et conservateur des apanages des princes1. Le comte de Maîstre était l'aîné de dix enfants : cinq filles et cinq garçons, dont trois ont suivi la carrière des armes ; un entra dans les ordres, tandis que celui dont nous écrivons la notice biographique suivit l'état de son père dans la magistrature ; il s'adonna à l'étude dès sa plus tendre enfance, avec un goût marqué, sous la direction des révérends pères jésuites, pour lesquels il a toujours conservé la plus reconnaissante affection et la plus haute estime.

Son père jouissait d'une réputation très-grande dans la magistrature de Savoie; à sa mort le sénat crut devoir annoncer au roi la perte qu'il venait de faire par un message solennel, auquel Sa Majesté répondit par un billet royal de condoléance, comme dans une calamité publique. Le comte Joseph parcourut successivement les différents degrés de la magistrature : étant substitut de l'avocat général, il prononça le discours ,de rentrée sur le Caractère extérieur du magistrat, qui fut le premier jet de son talent comme écrivain et commença sa réputation. Il siégea comme sénateur sous la présidence de son père.

Le trait principal de l'enfance du comte de Maistre fut une soumission amoureuse pour ses parents. Présents ou absents, leur moindre désir était pour lui une loi imprescriptible. Lorsque l'heure de l'étude marquait la fin de la récréation, son père paraissait sur le pas de la porte du jardin sans dire un mot, et il se plaisait à voir tomber, les jouets des mains de son fils, sans qu'il se permit même de lancer une dernière fois la boule ou le volant. Pendant tout le temps que le jeune Joseph passa à Turin pour suivre le cours de droit à l'Université, il ne se permit jamais la lecture d'un livre sans avoir écrit à son père ou à sa mère à Chambéry pour en obtenir l'autorisation. Sa mère, Christine de Motz, femme d'une haute distinction, avait su gagner de bonne heure le coeur et l'esprit de son fils, et exercer sur lui la sainte influence maternelle. Rien n'égalait la vénération cl l'amour du comte de Maistre pour sa mère. Il avait coutume de dire : « Ma mère était un ange à qui Dieu avait prêté un corps ; mon bonheur était de deviner ce qu'elle désirait de moi, et j'étais dans ses mains autant que la plus jeune de mes soeurs. » Il avait neuf ans lorsque parut le funeste édit du parlement de Paris (1763); il jouait un peu bruyamment dans la chambre de sa mère, qui lui dit : « Joseph, ne soyez pas si gai il est arrivé un grand malheur ! » Le ton solennel dont ces paroles furent prononcées frappa le jeune enfant, qui s'en souvenait encore à la fin de sa vie.

Le comte de Maistre épousa en 1786 mademoiselle de Morand, dont il eut un fils, le comte Rodolphe, qui suivit la carrière des armes, et deux filles. Adèle, mariée à M. Terray, et Constance, qui épousa le duc, de Laval-Montmorency.

Il vivait à Chambéry, paisiblement occupé de ses devoirs, dont il se délassait par l'étude; et il était déjà père de deux enfants lorsque la révolution éclata.

Les opinions du comte de Maistre étaient pour ces libertés justes et honnêtes qui empêchent les peuples d'en convoiter de coupables. Celle manière de voir, qu'il ne cachait nullement, ne lui fut pas favorable dans un temps où les esprits échauffés et portés aux extrêmes regardaient la modération comme un crime. M. de Maistre fut soupçonné de jacobinisme et représenté à la cour comme un esprit enclin aux nouveautés, et dont il fallait se garder. Il était membre de la Loge réformée de Chambéry, simple loge blanche parfaitement insignifiante : cependant, lorsque l'orage révolutionnaire commença à gronder en France et à remuer sourdement les pays limitrophes, les membres de la loge s'assemblèrent et, jugeant que toutes réunions pourraient à celte époque devenir dangereuses ou inquiéter le gouvernement, ils députèrent M. de Maistre pour porter au roi la parole d'honneur de tous les membres qu'ils ne s'assembleraient plus, et la loge fut dissoute de fait.

L'invasion de la Savoie arriva : les frères de M. de Maistre rejoignirent leurs drapeaux, et lui-même partit pour la cité d'Aoste avec sa femme et ses enfants dans l'hiver de 1793. Alors parut ce qu'on appelait la loi des Allobroges, laquelle enjoignait à tous les émigrés de rentrer avant le 25 janvier, sans distinction d'âge ni de sexe, et sous la peine ordinaire de la confiscation de tous leurs biens. Madame de Maistre se trouvait dans le neuvième mois de sa grossesse : connaissant la manière de penser et les sentiments de son mari, elle savait fort bien qu'il s'exposerait à tout plutôt que de l'exposer elle-même dans celle saison et dans ce pays : mais, poussée par l'espoir de sauver quelques débris de fortune en demandant ses droits, elle profila d'un voyage que le comte de Maistre fit à Turin, et partit sans l'avertir. Elle traversa le grand Saint-Bernard le 5 Janvier, à dos de mulet, accompagnée de ses deux petits enfants, qu'on portait enveloppés dans des couvertures. Le comte de Maistre, de retour à la cité d'Aoste deux ou trois jours après, courut sans retard sur les pas de cette femme courageuse, tremblant de la trouver morte ou mourante dans quelque chétive cabane des Alpes. Elle arriva cependant à Chambéry, où le comte de Maistre la suivit de près. Il fut obligé de se présenter à la municipalité, mais il refusa toute espèce de serment, toute promesse même ; le procureur syndic lui présenta le livre où s'inscrivaient tous les citoyens actifs, il refusa d'écrire son nom ; et, lorsqu'on lui demanda la contribution volontaire qui se payait alors pour la guerre, il répondit franchement : « Je « ne donne point d'argent pour faire tuer mes frères « qui servent le roi de Sardaigne. » Bientôt on vint faire chez lui une visite domiciliaire; quinze soldats entrèrent, les armes hautes, accompagnant cette invasion de la brutale phraséologie révolutionnaire, de coups de crosse sur les parquets, et de jurons patriotiques. Madame de Maistre accourt au bruit, elle s'effraye : sur-le-champ les douleurs la saisissent, et le lendemain, après un travail alarmant, M. de Maistre vit naître son troisième enfant, qu'il ne devait connaître qu'en 1814. Il n'attendait que cet événement : il partit, l'âme pénétrée d'indignation, après avoir pourvu le mieux qu'il put à la sûreté de sa famille. Il s'en sépara, abandonna ses biens et sa patrie, et se retira à Lausanne. Il y fut bientôt chargé d'une mission confidentielle auprès des autorités locales, pour la protection des sujets du roi, et surtout d'une quantité de jeunes gens du duché de Savoie qui allaient en Piémont s'enrôler dans les régiments provinciaux. Ce passage leur fut bientôt fermé par la Suisse; mais les sentiers des Alpes étaient connus de ces braves gens, et leurs drapeaux furent toujours bien entourés. Ces corps furent ainsi maintenus au complet pendant la guerre par des enrôlements volontaires, malgré l'occupation du duché par les Français, et malgré la création de la république des Allobroges.

Madame de Maistre, son fils et sa fille aînée vinrent successivement rejoindre le comte à Lausanne; mais sa fille cadette, trop enfant pour être exposée aux dangers d'une fuite clandestine, demeura chez sa grand'mère.

Pendant son séjour à Lausanne, le comte de Maistre eut une correspondance amicale et suivie avec un bon serviteur de son maître qui résidait à Berne en qualité de ministre du roi, M. le baron Vignet des Étoles. Cette correspondance n'ayant trait qu'aux événements d'alors, à la guerre, aux difficultés de sa position, à la protection des sujets du roi, nous n'en avons que deux ou trois lettres d'un intérêt plus général, où l'on retrouve l'auteur des Considérations. Parmi celles que le temps a dépourvues d'intérêt, il en est une où il apprend à son ami que « ses biens sont confisqués, mais qu'il n'en dor mira pas moins, » Dans une autre, tout aussi simplement laconique, il s'exprime ainsi : « Tous « mes biens sont vendus, je n'ai plus rien. » Cette légère nouvelle n'occupe qu'une ligne au milieu des affaires générales, et n'est accompagnée d'aucune réflexion.

Le même oeil qui avait considéré la révolution française pénétra de bonne heure la politique de l'Autriche à l'égard du Piémont, et les fatales maximes qui dirigeaient à cette époque le cabinet de Vienne.

Ces maximes étaient :

1° De ne jamais prendre sur l'ennemi ce que l'Autriche ne pouvait pas garder ;

2° De ne jamais défendre pour l'ami ce qu'elle espérait reprendre sur l'ennemi.

C'est par une suite de la première de ces maximes que les Autrichiens ne voulurent jamais tirer un coup de fusil au delà des Alpes. Lorsque les troupes du roi entrèrent en Savoie dans l'été de 1793. les Autrichiens, qui avaient des troupes en Piémont, ne donnèrent pas un soldat, mais seulement le général d'Argentau, dont les instructions secrètes ne le furent pas longtemps. On trouvera dans deux lettres que nous citons le jugement de M. de Maistre sur la coalition en général, et sur l'Autriche en particulier. (Voyez les lettres des 6 et 15 août et du 28 octobre 1794 à M. le baron Vignet des Étoles. — Berne.)

Ce fut pendant son séjour en Suisse que le comte de Maistre publia les Considérations sur la France, les Lettres d'un royaliste savoisien, l'Adresse des émigrés à la Convention nationale, le Discours à la marquise de Costa, et Jean-Claude Têtu. Il travaillait aussi à deux autres ouvrages : l'un sur la Souveraineté, et l'autre intitulé Bienfaits de la Révolution ou la République peinte par elle-même. Ces deux ouvrages n'ont pas été achevés et sont restés à l'état de fragments. Les cinq Paradoxes, à madame la marquise N., datent aussi de cette époque.

En 1797, le comte de Maistre passa à Turin avec sa famille. Le roi, réduit à ses faibles forces, après' avoir soutenu pendant quatre ans l'effort de la France, succomba, et fut obligé de quitter ses Etats de terre ferme. Les Français occupèrent Turin : M. de Maistre était émigré, il fallait fuir. Muni d'un passe-port prussien comme Neufchâtelois, le 28 décembre 1798, il s'embarqua sur un petit bateau pour descendre le Pô et rejoindre à Casal la grande barque du capitaine Gobbi, qui transportait du sel à Venise. Le patron Gobbi avait sa barque remplie d'émigrés: français de haute distinction : il y avait des dames, des prêtres, des moines, des militaires, un évêque (Mgr l’évêque de Nancy); toutes ces personnes occupaient l'intérieur du navire, ayant pour leur domicile légal l'espace enfermé entre deux ou trois membrures du bâtiment, suivant le nombre des personnes dont se composait le ménage : cet espace suffisait strictement pour y coucher; la nuit, des toiles suspendues à des cordes transversales marquaient les limites des habitations. Au milieu régnait une coursive de jouissance commune, avec un brasier en terre où tous les passagers venaient se chauffer et faire la cuisine ; le froid était excessif. Un peu au-dessous de Casal Maggiore, le Pô prit pendant la nuit ; et, quoiqu'il fût libre encore vers le milieu, la barque se trouva enfermée d'une ceinture de glace. Le comte Karpoff, ministre de Russie, descendait aussi le Pô dans une barque plus légère; il accueillit à son bord le comte de Maistre, qui put ainsi continuer son voyage. Les deux rives étaient bordées de postes militaires.

Depuis la Polisela, la rive gauche du Pô était occupée par les Autrichiens, et la rive droite par les Français. A chaque instant la barque était appelée à obéissance, tantôt sur une rive, tantôt sur l'autre. Les glaçons empêchaient d'arriver, et les menaces de faire feu qui partaient des deux bords alternativement ne facilitaient pas la manœuvre. La voiture de M. Karpoff était sur le pont, et les deux enfants de M. de Maistre s'y étaient juchés. Tout à coup un poste français appelle, et l'équipage s'efforce d'obéir ; mais les courants et les glaçons retardent la manoeuvre : le poste prend les armes, et, à l'ordinaire, couche en joue les matelots. Enfin on aborde avec peine — Vos passe-ports? — On les présente; personne ne savait lire. Le chef de poste propose de retenir la barque, et d'envoyer les passe-ports à l'officier commandant à la prochaine ville; mais le caporal s'approche du sergent et lui dit : « A quoi cela sert-il? « on dira que lu es une... bêle, et voilà tout. » Sur celte observation, on laissa partir la barque ; mais un des soldats apostrophant le comte de Maistre : « Citoyen, vous dites que vous êtes sujet du roi de « Prusse; cependant vous m'avez un accent... Je « suis fâché de n'avoir pas envoyé une balle dans « cette voiture d'aristocrate. » — « Vous auriez fait « une belle action, » lui répondit M. de Maistre, « vous auriez blessé ou tué deux jeunes enfants,.et « je suis sûr que cela vous aurait causé du chagrin. »

— « Vous avez bien raison, citoyen, » répliqua le fusilier ; « j'en aurais été plus fâché que la mère. »

Arrivés au Papozze, les voyageurs se séparèrent. M. de Maistre, sur un chariot de village avec sa famille, traversa l'Adigetto sur la glace, et vint s'embarquer à Chioggia pour Venise.

Le séjour de Venise fut, sous le rapport des angoisses physiques, le temps le plus dur de son émigration. Réduit pour tout moyen d'existence à quelques débris d'argenterie échappés au grand naufrage, sans relations avec sa cour, sans relations avec ses parents, sans amis, il voyait jour par jour diminuer ses dernières ressources, et au delà plus rien. Parmi les nombreux émigrés français qui étaient à Venise, se trouvait le cardinal Maury. M. de Maistre a laissé par écrit quelques souvenirs de ses conversations avec ce personnage, dont les idées et la portée d'esprit l'avaient singulièrement étonné. (Voy. t. VIL S. E. le cardinal Maury ; Venise, 1799.)

Avant de partir pour Venise, le comte de Maistre avait écrit à M. le comte de Chalembert, ministre d’État, pour le prier de faire savoir à S. M. qu'il ne la suivait pas eu Sardaigne, de crainte d'être à charge dans ces tristes circonstances; mais qu'il mettait sa personne comme toujours aux pieds du roi, prêt, au premier appel, à se rendre partout où il pourrait lui consacrer sa vie et ses services.

Après la brillante campagne de Souwaroff, le roi de Sardaigne, rappelé dans ses États par la Russie et l'Angleterre, s'embarqua à Cagliari sur la foi de ces deux puissances, et revint sur le continent. Le comte de Maisire quitta alors Venise ; mais, en arrivant à Turin, il n'y trouva pas le roi. Le grand maréchal, par ses manifestes multipliés, rétablissait solennellement l'autorité du roi, énonçant même les ordres précis de l'empereur son maître sur ce point; mais l'Autriche s'y opposa avec tant d'ardeur et d’obstination, qu'elle fit plier ses deux grands alliés, et qu'elle arrêta le roi à Florence. C'est de là que le comte de Maistre reçut sa nomination au poste de régent de la chancellerie royale en Sardaigne (première place de la magistrature dans l'île). Cette nomination, en faisant cesser ses tortures physiques, lui préparait des peines d'un autre genre. Pendant les malheureuses années de la guerre, l'administration de la justice s'était affaiblie dans l'île de Sardaigne ; les vengeances s'étant multipliées, les impôts rentraient difficilement, et il régnait dans la haute classe une répugnance extrême à payer ses dettes. Le comte de Maistre eut à lutter contre de grandes difficultés, qu'il ne fut pas toujours à môme de vaincre; malgré cela, son départ fut accompagné des regrets publics d'un pays où sa mémoire fut encore longtemps en vénération.

Etant en Sardaigne, le comte de Maistre eut connaissance par les journaux du décret de 1802 sur les émigrés, qui enjoignait à tous les individus natifs des pays réunis à la France de rentrer dans un délai déterminé, et, en attendant, de se présenter au résident français le plus rapproché de leur domicile, pour y faire la déclaration prescrite et prêter serment de fidélité à la république. M. de Maistre adressa alors à M. Alquier, ambassadeur de la république française à Naples, un mémoire dans lequel il exposait « qu'il n'était pas né Français, qu'il ne voulait « pas l'être, et que, n'ayant jamais mis le pied dans « les pays conquis par la France, il n'avait pu le « devenir; que puisque, aux termes du décret du « 6 floréal, c'était dans ses mains qu'il devait prêter le serment requis, c'était aussi à lui qu'il croyait « déclarer qu'il ne voulait pas le prêter; qu'ayant a suivi constamment le roi son maître dans tous ses « malheurs, son intention était de mourir à son service ; que si par suite de cette déclaration il pouvait être rayé de la liste des émigrés comme étranger, et obtenir éventuellement la liberté de revoir ses amis, ses parents et le lieu de sa naissance, cette faveur ou plutôt cet acte de justice lui serait précieux. »

Dans cette même année 1802, il reçut du roi l'ordre de se rendre à Pétersbourg, en qualité d'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire. Ce fut une nouvelle douleur, un nouveau sacrifice, le plus pénible sans doute que son dévouement à son maître put lui imposer. Il fallait se séparer de sa femme et de ses enfants sans prévoir un terme à ce cruel veuvage, entreprendre une nouvelle carrière et des fonctions que le malheur des temps rendait difficiles et dépouillées de tout éclat consolateur. Il partit pour Pétersbourg; c'était au commencement du règne d'Alexandre , jeune prince plein de douceur, de sentiments généreux et d'amour du bien. Il conservait au fond du coeur des principes sincèrement religieux, que son précepteur La Harpe n'avait pu étouffer. M. de Maistre parut dans la société avec l'humble fierté d'un haut caractère; son amabilité enjouée, son esprit naturel, ses connaissances profondes et variées, l'intérêt qui s'attache toujours à un dévouement sans bornes, lui attirèrent Cette considération personnelle, apanage du vrai mérite. Il eut, dans les hautes classes de la société, de nombreux cl de véritables amis. Connu bientôt et distingué par l'auguste souverain auprès duquel il était accrédité, l'empereur lui-même daigna lui donner de nombreuses preuves de son estime. Les officiers piémontais qui se rendirent en Russie pour continuer à Servir la cause de leur maître sous les drapeaux de son auguste allié, ressentirent les effets de la faveur personnelle dont le comte de Maistre jouissait : ils furent reçus avec leurs grades et leur ancienneté, et placés honorablement. L'un d'eux, le chevalier Vayra, étant malheureusement mort en route, et par conséquent avant d'être entré au service de Russie, sa veuve reçut cependant une pension qu'elle conserva toute sa vie. Parmi ces officiers, il en était un qui, après avoir servi en Italie comme officier d’état major dans l'armée de Souwaroff, avait accompagné le maréchal dans sa malheureuse retraite : c'était le frère du comte de Maistre ; il avait quitté le service et s'était relire à Moscou, charmant son exil par la société d'excellents amis, par la société tout aussi fidèle des sciences et des beaux-arts. Par une faveur souveraine, souverainement délicate, Alexandre réunit les deux frères en nommant le comte Xavier lieutenant-colonel directeur de la bibliothèque et du musée de l'Amirauté. Ce fut une joie sensible pour le comte de Maistre ; nous en trouvons l'expression dans la lettre qu'il adressa alors à l'empereur Alexandre, et que nous insérons ici avec la réponse de Sa Majesté Impériale :

A SA MAJESTÉ IMPÉRIALE L'EMPEREUR

DE TOUTES LES RUSSIES.

« Sire,

« Son Excellence monsieur le Ministre de la marine vient de me faire connaître que Votre Majesté avait daigné attacher mon frère à son service, en lui confiant la place de directeur de la bibliothèque et du musée de l'Amirauté.

« Votre Majesté Impériale, en me le rendant, me rend la vie moins amère. C'est un bienfait accordé à moi autant qu'à lui. J'espère donc qu'elle me permettra de mettre à ses pieds les sentiments dont cette faveur m'a pénétré. Si je pouvais oublier les fonctions que j'ai l'honneur d'exercer auprès de Votre Majesté Impériale, j'envierais à mon frère le bonheur qu'il aura de lui consacrer toutes ses fa cultés. Jamais au moins il ne me surpassera dans la reconnaissance, le dévouement sans bornes, et le très-profond respect avec lequel, etc.

« Saint-Pétersbourg, ce 18 avril 1805. « DE MAISTRE. »

RÉPONSE DE SA MAJESTÉ IMPERIALE.

« Monsieur le comte de Maistre,

« J'ai lu avec plaisir la lettre que vous m'avez écrite, à la suite de l'emploi que j'ai confié à votre frère. Il m'a été agréable d'avoir pu, par ce que j'ai fait pour lui, vous donner aussi une preuve de mes dispositions à votre égard. Le dévouement sans bornes avec lequel vous servez Sa Majesté Sarde est un litre à mon estime particulière, dont j'aime à vous réitérer ici le témoignage certain.

« Signé, ALEXANDRE.

« Saint-Pétersbourg, ce 19 avril 1805. »

M. de Maistre avait oublié tout à fait la déclaration envoyée à M. Alquier avant son départ de Sardaigne, lorsqu'il reçut une dépêche ministérielle avec un décret dont M. Cacault, consul de France à Naples, venait de donner communication officielle au premier secrétaire d’État de Sa Majesté. Ce décret portait, sans aucun considérant, que M. de Maistre était rayé de la liste des émigrés, et autorisé à rentrer en France sans obligation de prêter serment, avec liberté entière de rester au service du roi de Sardaigne, et de garder les emplois et décorations qu'il tenait de Sa Majesté, en conservant tous ses droits de citoyen français. Ce décret, transmis avec la solennité d'une note ministérielle, émut le ministère du roi, qui cherchait à se rendre compte des motifs qui pouvaient avoir amené une telle faveur d'exception. Le comte de Maistre fut formellement invité à donner des explications. — Il envoya copie du mémoire que nous avons cité plus haut.

En 1806, le comte de Maistre reçut une nouvelle preuve de la faveur impériale, bien plus précieuse encore que les précédentes. Il avait appelé auprès de lui son fils âgé de seize ans, et qu'il ne pouvait pas laisser à Turin, exposé par la conscription à servir contre son roi, sa famille et ses parents. Au mois de décembre 1806, Sa Majesté Impériale recevait, le comte Rodolphe à son service, comme officier dans le régiment des chevaliers-gardes. Quelques jours après il partait avec son corps pour la campagne de 1807, suivie de celle de 1808 en Finlande, et plus tard de celles de 1812, 13 et 14. On lira dans la correspondance quelques-unes des lettres que le comte de Maistre écrivait à son fils, dans ces absences aussi cruelles, pour un père que pour une mère. — Mais le comte de Maistre se soutenait en pensant que son fils faisait son devoir, et qu'il était à la place où l'appelaient l'honneur et la conscience.

Il paraît que, pendant son séjour en Russie, M. de Maistre avait conservé des relations amicales avec un fidèle serviteur de Louis XVIII, courtisan de l'exil: c'est au moins ce qu'indiquerait une lettre autographe de ce prince, ainsi que la réponse du comte de Maistre. Le comte de Blacas, représentant confidentiel du roi à Saint-Pétersbourg, était aussi très-lié avec M. de Maistre. Une similitude de position, d'infortune et de dévouement avait cimenté ces liens.

Le comte de Maistre, inflexible sur les principes, était, dans les relations sociales, bienveillant, facile, et d'une grande tolérance : il écoutait avec calme les opinions les plus opposées aux siennes, et les combattait avec sang-froid, courtoisie, et sans la moindre aigreur. Partout où il demeura quelque temps, il laissa des amis : a Lausanne, à Pétersbourg, aussi bien qu'à Rome et à Florence. Il se plaisait à considérer les hommes par leur côté louable.

On voit dans ses lettres de quel œil le sujet, le ministre du roi de Sardaigne considérait les succès de Bonaparte, qu'il appelle quelquefois Doemonium meridianum ; mais le génie et le capitaine furent toujours appréciés par lui à leur haute valeur. Il s'étonnait que l'on pût s'étonner de l'attachement du soldat français pour celui qui le menait à la victoire.

En passant à Naples en 1802, il s'entretint un jour longuement avec M, Alquier, ambassadeur de la république française : « Après avoir entendu très-attentivement ce que je lui dis sur les affaires en général et sur le roi de Sardaigne en particulier, M. Alquier me dit avec beaucoup de vivacité : — « Monsieur le comte, qu'allez-vous faire à Pétersbourg ? Allez à Paris dire ces raisons au premier consul, qui ne les a jamais entendues. » (Extrait d'une lettre confidentielle.)

Cette idée avait fait impression sur le comte de Maistre ; car, après la bataille de Friedland et la paix qui la suivit, il demanda une audience à Bonaparte comme simple particulier. Le mémoire qu'il écrivit à cette occasion exprimait en substance le désir de communiquer à l'empereur des Français quelques idées relatives aux intérêts de son souverain (voyez la lettre au chevalier de ...., 28 décembre 1807, et l'autre au même, mai 1808), et que, s'il voulait l'entendre personnellement sans l'entremise d'aucun ministre, il irait à Paris sans titre et par conséquent sans défense, se remettant absolument entre ses mains pour faire de lui tout ce qui lui plairait. Le comte de Maistre donnait de plus sa parole d'honneur que le roi son maître n'avait pas la moindre idée de sa détermination, et qu'il n'avait pour faire ce voyage aucune autorisation. Ce mémoire fut transmis et appuyé par le général Savary, dont la franchise et la fougue militaire étaient cependant très-accessibles au raisonnement calme, et très-susceptibles de sentir et d'apprécier l'honneur et le dévouement. Laissons parler le comte de Maistre : « Le général Savary envoie mon « mémoire à Paris, et l'appuie de toutes ses forces. « Vous me demanderez comment un homme tel que je vous l'ai dépeint est capable d'un procédé de telle nature? Cela arrive, comme dit Cicéron, « propter multiplicem hominis voluntatem. L'homme est un amas de contradictions et de volontés discordantes. Tout l'art est de savoir et de vouloir saisir celles qui peuvent vous être utiles.—Qu'arriverait t-il? Je n'en sais rien ! Si Bonaparte dit que non, tout est dit. S'il m'appelle, je ne sais en vérité, vu le caractère de l'homme et ce que je veux lui dire (ce que personne ne saura jamais), je ne sais, dis-je, s'il y a plus d'espérance que de crainte... Mais deux raisons me décident à prendre ce parti : 1° la certitude où je crois être que S. M. n'a pas seulement été nommée à Tilsitt. Le traité présenté par la victoire a été signé par l'effroi : voilà tout; 2° la certitude encore plus évidente où je suis que je puis être utile à S. M., et que je ne puis lui nuire, puisque j'ai donné ma parole d'honneur écrite qu'elle n'avait pas seulement le plus léger soupçon de ma détermination. S'il m'arrivait malheur, veuillez prier S. M. de faire arriver ici ma femme et mes deux filles; elles vivront bien ou mal avec mon fils et mon frère. Jacta est alea! rien ne peut être utile au roi qu'une sage témérité, jamais on n'a joué plus sagement une plus terrible carte. Bonaparte ne fit aucune réponse ; mais les égards singuliers dont le comte de Maistre fut l'objet à Pétersbourg, de la part de l'ambassade française, firent voir que sa démarche n'avait pas déplu.

En suivant pas à pas le comte de Maistre, on remarque deux traits caractéristiques qui ont dirigé toute sa carrière politique : un dévouement à toute épreuve à son souverain, et une espérance, ou plutôt une foi constante dans une restauration inévitable, dont il faisait profession de n'ignorer que la date. Ni l'exil loin de sa patrie, ni une longue et douloureuse séparation d'avec sa femme et ses enfants, ni la perte de sa fortune, ne lui semblèrent des obstacles; l'assurance d'une position brillante qui lui fut plusieurs fois offerte ne lui parut pas digne d'attention. La reconnaissance ne put l'attirer, ni l'ingratitude le repousser. La presque certitude d'un avenir amer pour lui et pour sa famille entière était sans doute un long et continuel tourment pour son cœur ; mais rien ne put le détacher du service de son roi, ni amortir un instant son zèle. Après les conférences de Tilsitt et d'Erfurt, un ministre de l'empereur Alexandre lui demanda : « A présent, qu'allez-vous faire? » — « Tant qu'il y aura une maison de Savoie et qu'elle « voudra agréer mes services, je resterai tel que « vous me voyez. » Ce fut sa réponse.

Le comte de Maistre ne réservait pas ces maximes de fidélité pour son usage personnel. Voici en quels termes il expliquait à ses compatriotes la doctrine du dévouement au roi dans une des lettres qu'il leur adressait, en 1793, de son exil de Lausanne :

« Sujets fidèles de toutes les classes et de toutes les provinces, sachez être royalistes. Autrefois c'était un instinct, aujourd'hui c'est une science.Serrez-vous autour du tronc, et ne pensez qu'à le soutenir : si vous n'aimez le roi qu'à titre de bienfaiteur, et si vous n'avez d'autres vertus que celles qu'on veut bien vous payer, vous êtes les derniers des hommes. Élevez-vous à des idées plus sublimes, et faites tout pour l'ordre général. La majesté des souverains se compose des respects de chaque sujet. Des crimes et des imprudences pro longées ayant porté un coup à ce caractère auguste, c'est à nous à rétablir l'opinion, en nous rapprochant de cette loyauté exaltée de nos ancêtres : la philosophie a tout glacé, tout rétréci ; elle a diminué les dimensions morales de l'homme, et si nos pères renaissaient parmi nous, ces géants auraient peine à nous croire de la même nature. Ranimez dans vos coeurs l'enthousiasme de la fidélité antique, et cette flamme divine qui faisait les grands hommes. Aujourd'hui on dirait que nous craignons d'aimer, et que l'affection solennelle pour le souverain a quelque chose de romanesque qui n'est plus de saison : si l'homme distingué par ces sentiments vient à souffrir quelque injustice de ce souverain qu'il défend, vous verrez l'homme au coeur desséché jeter le ridicule sur le sujet loyal, et quelquefois même celui-ci aura la faiblesse de rougir : voilà comment la fidélité n'est plus qu'une affaire de calcul. Croyez-vous que, du temps de nos pères, les gouvernements ne commissent point de fautes? Vous ne devez point aimer votre souverain parce qu'il est infaillible, car il ne l'est pas ; ni parce qu'il aura pu répandre sur vous des bienfaits, car s'il vous avait oubliés, vos devoirs seraient les mêmes. Il est heureux, sans doute, de pouvoir joindre la reconnaissance individuelle à des sentiments plus élevés et plus désintéressés : mais quand vous n'auriez pas cet avantage, n'allez pas vous laisser corrompre par un vil dépit qu'on appelle NOBLE ORGUEIL. Aimez le souverain comme vous devez aimer l'ordre, avec toutes les forces de votre intelligence ; s'il vient à se tromper à votre égard, vengez-vous par de nouveaux services : est-ce que vous avez besoin de lui pour être honnêtes ? ou ne l'êtes-vous que pour lui plaire?

Le roi n'est pas seulement le souverain, il est l'ami de la Savoie ; servons-le donc comme ses « pères furent servis par les nôtres. Vous surtout, « membres du premier ordre de l’État, souvenez-vous de vos hautes destinées. Que vous dirai-je? Si l'on vous avait demandé « votre vie, vous l'auriez offerte sans balancer : eh « bien, la patrie demande quelquefois des sacrifices d'un autre genre et non moins héroïques, peut être précisément parce qu'ils n'ont rien de solennel, et qu'ils ne sont pas rendus faciles par les jouissances de l'orgueil. Aimer et servir, voilà votre rôle. Souvenez-vous-en, et oubliez tout le reste. Comment pourriez-vous balancer? vos ancêtres ont promis pour vous 2. »

Quant à la chute de Bonaparte et à la restauration des maisons souveraines de France et de Savoie, il y a peu de ses lettres particulières ou officielles où il ne les annonce avec assurance ; seulement, il n'espérait pas en être témoin. Nombre des compatriotes du comte de Maistre, sans faire des conjectures aussi raisonnées, partageaient cet espoir d'une manière instinctive. On leur donnait en Piémont le sobriquet de coui d' la semana ch' ven (messieurs de la semaine prochaine). Enfin la semaine arriva. Aussi la chute de Bonaparte ne surprit qu'à demi M. de Maistre. Cet événement rétablissait le souverain auquel il avait consacré tous les instants de sa vie; il ramenait dans ses bras sa famille, après une absence, de douze ans, et lui permettait de voir et d'embrasser pour la première fois une fille de vingt ans, qu'il ne connaissait pas encore. Cet événement, dis-je, dans le premier moment dut le remplir de joie et combler ses longues espérances; mais la publication du traité de Paris vint détruire en grande partie son bonheur. Nous croyons qu'on lira avec plaisir un discours que le comte de Maistre composa dans ce premier moment d'exaltation, mais qui ne fut pas prononcé, comme il nous l'apprend lui-même, dans la notice dont il a fait précéder le manuscrit de ce discours. ( Voyez t. VIII,).

Comme tout homme éminent, M. de Maistre ne pouvait manquer d'avoir à la cour d'officieux amis occupés à le desservir auprès du roi, et à saisir les moindres bagatelles pour en faire des défauts et des torts. Les occupations, les préoccupations, les chagrins l'avaient rendu sujet, pendant les dernières années de son séjour en Russie, à de cruelles insomnies, et à la suite de ces nuits fatigantes il lui arrivait fréquemment de s'endormir en société. C'était un sommeil subit et de quelques instants. Cette légère indisposition fut représentée à la cour comme un affaiblissement des facultés intellectuelles. Voici comment le comte de Maistre s'expliquait à ce sujet avec le ministère du roi :

« On m'a mandé plus d'une fois qu'à Turin et même à Paris il a été dit qu'à la suite d'une grande maladie que j'avais faite, l'esprit m'avait totalement baissé. Voici la base de cette narration. Depuis une demi-douzaine d'années, plus ou moins, j'ai été sujet à des accidents de sommeil entièrement inexplicables, qui me surprenaient souvent dans le monde et dont je riais le premier : ce n'était qu'un éclair, et, ce qu'il y a d'étrange, c'est que ce sommeil n'avait rien de commun avec celui de la nuit. Par nature, je dors très-peu ; trois heures sur les vingt-quatre, et même moins, me suffisent, et la moindre inquiétude m'en prive. Dans l'état douloureux où m'ont jeté les déterminations prises à mon égard, il m'est arrivé de passer deux et même trois nuits sans dormir. D'où venait donc ce sommeil subit et passager d'une minute ou deux ? c'est ce que je n'ai jamais compris. Depuis plusieurs mois, ces coups de sommeil (car je ne sais pas dire autrement) ont fort diminué, et j'ai tout lieu d'espérer que bientôt j'en serai entièrement délivré. Souvent je disais en riant : Bientôt on écrira au roi que je suis apoplectique. Mais je vois que mes protecteurs ont mieux aimé dire radoteur. Si jamais je le suis, V. E., qui lit mes « lettres, en sera avertie la première; et S. M. en attendant me rendra le sommeil, si elle le juge convenable.» Le comte de Maistre écrivait alors les Soirées.

Pendant son long séjour à Pétersbourg, dans les intervalles que la politique lui laissait, M. de Maistre se livra de nouveau aux éludes philosophiques et religieuses, pour lesquelles il avait toujours eu du penchant. Il est probable que les conversations sur les articles controversés, qui sont fort communes dans tous les pays catholiques, eurent une influence directe sur les travaux du comte de Maistre, qui se trouva ainsi porté à réunir et coordonner dans un but déterminé le fruit de ses longues études et le résultat de ses entretiens journaliers. Ce fut à Pétersbourg qu'il composa : Des délais de la justice divine; — Essai sur le principe générateur des. institutions humaines;— Du Pape; — De l’Église gallicane; — les Soirées de Saint-Pétersbourg ; — Examen de la philosophie de Bacon (posthume). Cependant ces quatre derniers ouvrages ne reçurent les derniers coups de lime qu'après le retour de l'auteur à Turin. Plusieurs autres opuscules sortirent aussi de sa plume dans le même espace de temps : Les deux lettres à une dame protestante et à une dame russe; — Les lettres sur l’Éducation publique en Russie ; — Lettres sur l'Inquisition espagnole; —l'Examen d'une édition des lettres de madame de Sévigné. Ces ouvrages ont été en partie provoqués par des personnes dé la société, qui s'adressaient au comte de Maistre pour éclaircir une question, pour avoir son avis, pour résumer des conversations intéressantes et fixer l'enchaînement des idées. Il lisait beaucoup, et il lisait systématiquement, la plume à la main, écrivant, dans un volume relié posé à côté de lui, les passages qui lui paraissaient remarquables, et les courtes réflexions que ces passages faisaient naître; lorsque le volume était à sa fin, il le terminait par une table des matières par ordre alphabétique, et il en commençait un autre. Le premier de ces recueils est de 1774, le dernier de 1818. Celait.un arsenal où il puisait les souvenirs les plus variés, les citations les plus heureuses, et qui lui fournissait un moyen prompt de retrouver l'auteur, le chapitre et la page, sans perdre de temps en recherches inutiles.

Depuis que les guerres, les voyages, les négociations, avaient mis les Russes plus en contact avec les autres peuples européens, le goût des études sérieuses et de la haute littérature s'infiltrait peu à peu dans les classes élevées. Dès que la science paraît dans un pays non catholique, tout de suite la société se divise, la masse roule au déisme, tandis qu'une certaine tribu s'approche de nous. Il ne pouvait en arriver autrement en Russie ; la science, injectée dans le grand corps de l’Église nationale, en avait commencé la désorganisation ; et, tandis que les systèmes philosophiques de la nébuleuse Allemagne dissolvaient sans bruit les dogmes dans les cloîtres et les universités, la logique limpide et serrée de l’Église catholique entraînait quelques cœurs droits, fatigués de chercher inutilement cette vie spirituelle dont leur âme sentait le besoin. Toutes les Églises séparées ayant pour dogme commun la haine de Rome, ce retour de quelques personnes à la vérité excita une fermentation dont on pouvait déjà prévoir les suites funestes à l'époque du célèbre traité de la Sainte-Alliance; et cet acte, dont la tendance mystique, d'après l'esprit qui le dicta, devait être favorable à la liberté de conscience, fut immédiatement suivi, dans l'empire du rédacteur, de mesures violentes d'intolérance et de spoliation. Le comte de Maistre, reçu partout avec plaisir parce qu'il ne choquait personne et louait avec franchise tout ce qui était bon, avait pourtant contracté des liaisons plus amicales avec les personnes qui partageaient plus ou moins ses doctrines. Sa supériorité d'ailleurs dans toutes les branches de la philosophie rationnelle et dans l'art de la parole n'était pas contestable, et, de plus, on lui accordait assez généralement des connaissances particulières dans le genre qui faisait peur à cette époque. Il n'est donc point surprenant que le comte de Maistre se soit trouvé alors en butte à quelques soupçons, et que les ennemis du catholicisme, et surtout le prince Galitzin, ministre des cultes, se soient imaginé qu'il exerçait une sorte de prosélytisme, attribuant à lui, autant qu'aux jésuites, les nombreuses conversions qui s'opéraient chaque jour. Ils s'arrêtaient à une cause locale et imaginaire pour expliquer un mouvement européen auquel la Russie participait à son insu. Le fait est que le comte de Maistre, comme il eut l'honneur de l'assurer de vive voix à l'empereur lui-même, « ne se permit jamais d'attaquer la foi d'aucun de ses sujets ; maïs que, si par hasard quelqu'un d'eux lui avait fait certaines confidences, la probité et la conscience lui auraient défendu de dire qu'il avait tort. » L'empereur parut convaincu, mais la situation du comte de Maistre était changée : « Le simple soupçon pro duit une inquiétude, un malaise qui gâte la vie. Dans tous les pays du monde et surtout en Russie, il ne faut pas qu'il y ait le moindre nuage entre le maître et un ministre étranger. Les catholiques, du moins ceux de cette époque, étaient devenus aux yeux de l'empereur une espèce de caste suspecte. Toutes les choses de ce monde ont leurs inconvénients ; la souveraineté, qui est la plus précieuse de toutes, doit subir les siens. La lutte des conversations est au-dessous d'elle : d'un côté, sa grandeur défend à son égard non-seulement la dispute, « mais la discussion même; de l'autre, elle ne peut, elle ne doit pas même lire, puisque tout son temps appartient aux peuples. Qui donc la détromperait sur des matières que les passions et l'erreur ont embrouillées à l'envi ? » Le comte de Maistre, attaché personnellement à l'empereur par les liens d'une sincère reconnaissance, tout à fait habitué à ce pays où le retenaient des liens multipliés, et où il avait souvent formé le voeu de finir ses jours..., demanda son rappel. Le roi daigna le lui accorder avec le litre et le grade de premier président dans ses cours suprêmes. Au mois de mai 1817, Sa Majesté Impériale envoyait dans la Manche une escadre de bâtiments de guerre pour ramener les soldais dont elle déchargeait la France. Ces vaisseaux partaient dans la plus belle saison pour la navigation. Sa Majesté Impériale permit au comte de Maistre de s'embarquer sur celle escadre avec touie sa famille. Ce fut le 27 mai qu'il monta à bord du vaisseau dé 74 le Hambourg, pour revenir dans sa patrie, après vingt-cinq ans d'absence, en passant par, Paris. Il arriva à Calais le 20 juin, et le 24 à Paris.

Le comte de Maistre se trouvait alors le chef d'une famille, l'une des plus nombreuses de l'ancien duché de Savoie, qui était demeurée tout entière au service du roi pendant tout le cours de la révolution, qui avait suivi sa cause, et toujours, et sans intérêt, et contre ses intérêts, sans qu'un seul de ses membres fût entré au service du vainqueur. A l'époque du traité de 1814, le chevalier Nicolas, son frère, qui, après avoir fait brillamment la guerre, était rentré en Savoie lorsque ses services ne pouvaient plus être utiles à son maître, se dévoua de nouveau, et partit pour Paris avec MM. d'Oncieux et le comte Costa, comme députés de la Savoie, pour demander aux souverains alliés la restitution de leur patrie à ses anciens maîtres. Heureusement la demande fut accueillie, sans quoi il aurait dû, avec ses deux compagnons, émigrer de nouveau et s'exiler volontairement.

Arrivé à Turin, M. de Maistre s'occupa à donner la dernière main aux ouvrages qu'il avait apportés en portefeuille de Pétersbourg. Il fit paraître successivement le Pape, l'Eglise gallicane, et les Soirées de Saint-Pétersbourg, ouvrages qui ont produit une véritable explosion dans le monde littéraire. Malgré les nombreuses éditions, ces livres sont toujours recherchés, et l'auditoire de M. de Maistre grandit encore de jour en jour : c'est un fait remarquable qu'à la tribune, comme dans la chaire ou dans les livres, dès qu'on aborde les matières théologiques ou philosophiques traitées par le comte de Maistre, on est forcé de le citer, ou pour.le combattre, ou pour s'appuyer de son autorité. Parmi les nombreuses lettres d'admiration et d'approbation sur le livre du Pape, nous en avons trouvé une d'un style badin, écrite par un saint prélat bien connu en France par ses talents autant que par ses travaux apostoliques, Mgr Rey, évêque d'Annecy, qui honorait la famille de Maistre d'une amitié particulière. Nous croyons qu'elle intéressera par son esprit et par son originalité. (Voyez aux Annexes, t.XII, la lettre du 5 février 1820 de M. le vicaire général Rey.)

Le comte de Maistre, nommé chef de la grande chancellerie du royaume avec le titre de ministre de l'Etat, fut arrêté dans sa carrière littéraire par les affaires publiques, dont il s'occupait avec ardeur. Il avait esquissé l'épilogue des Soirées de Saint-Pétersbourg dans les derniers jours de sa vie. On trouve encore, dans celte première ébauche, la verve de son style. Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en publiant ce fragment.

Le comte de Maistre était d'un abord facile, d'une conversation enjouée, constant dans sa conduite comme dans ses principes, étranger à toute espèce de finesse, ferme dans l'expression de ses opinions ; du reste méfiant de lui-même, docile à la critique, sans autre ambition que celle d'un accomplissement irréprochable de tous ses devoirs. Il refusa longtemps de se charger de la mission de Pétersbourg, et voilà comment il racontait à un de ses amis sa promotion inattendue :

« Élevé dans le fond d'une petite province, livré de bonne heure à des études graves et épineuses, vivant au milieu de ma famille, de mes livres et de mes amis, peut-être n'étais-je bon que pour la vie patriarcale, où j'ai trouvé autant de bonheur qu'un homme en peut goûter sur la terre : la révolution en a ordonné autrement! Après quelques expériences malheureuses, je m'étais arrangé pour terminer paisiblement ma carrière en Sardaigne : « me tenant pour mort, ce pays me plaisait assez comme tombeau. Point du tout, il a fallu venir représenter sur ce grand théâtre. »

Cependant les fatigues de l'âme, les travaux de l'esprit, les peines de coeur avaient usé peu à peu une constitution des plus robustes. Le comte de Maistre perdit, dans l'année 1818, son frère André (évèque nommé d'Aoste), ecclésiastique d'une haute distinction par ses talents et son caractère ; ce fut une immense douleur. Depuis lors sa santé, qui avait résisté au climat de Pétersbourg comme à celui de Sardaigne, devint chancelante, sa démarche incertaine : sa tête conservait seule toute sa force et sa fraîcheur, et il continuait l'expédition des affaires avec la même assiduité. Au commencement de 1821, lorsque de sourdes rumeurs annonçaient déjà l'ignoble échauffourée révolutionnaire du Piémont, le comte de Maistre assistait au conseil des ministres, où l'on agitait d'importants changements dans la législation. Son avis était que la chose était bonne, peut-être même nécessaire, mais que le moment; n'était pas opportun. Il s'échauffa peu à peu, et improvisa un véritable discours. Ses derniers mots furent : « Messieurs, la terre tremble, et vous voulez bâtir! »

Le 26 février, le comte de Maistre s'endormit dans le Seigneur, et le 9 mars la révolution éclatait. Le comte de Maistre succomba à une paralysie lente, après une vie de soixante-sept ans de travaux, de souffrance et de dévouement ; il pouvait dire avec confiance : Bonum certatem certavi, fidem servavi. Son corps repose dans l'église des Jésuites, à Turin. Sa femme et un de ses petits-fils ont déjà été le rejoindre dans le froid caveau, ou plutôt dans le séjour bienheureux.

Le comte de Maistre, en entrant au service à l'âge de dix-huit ans, avait une fortune suffisante pour jouir d'une honnête aisance dans sa ville natale. Après avoir servi son roi pendant cinquante ans, il rentra en Piémont dans une honorable et complète pauvreté. Tous ses biens ayant été vendus, il eut part à l'indemnité des émigrés ; mais une bonne partie des terres qu'il avait possédées, étant situées en France, ne fut point portée en compte. Avec la modeste compensation qui lui fut allouée, et un millier de louis que lui prêta le comte de Blacas, il acheta une terre de cent mille francs environ, seul héritage matériel qu'il légua à ses enfants.

Deux motifs puissants m'ont engagé à la publication des lettres du comte de Maistre : d'abord l'utilité dont elles peuvent être par les vérités qu'elles défendent, par les saines doctrines qu'elles contiennent; ensuite le désir de tracer du comte de Maistre un portrait vivant et animé qui le fasse aimer de ceux qui ne l'ont qu'admiré. Rien, sans doute, ne fait mieux connaître un homme que de se trouver ainsi introduit dans son intimité, de l'observer librement et sans témoins, d'entendre le père parler de ses enfants, l'époux de la douce compagne de sa vie; d'écouter l'homme d'Etat, le sujet fidèle s'adressant à son roi, l'ami s'entretenant avec ses amis. Il m'a paru que c'était élever un simple et noble monument à la mémoire d'un père vénéré, que c'était mettre en lumière l'élévation de son génie, l'étendue de ses connaissances, l'ingénuité de ses vertus.

Le comte Rodolphe DE MAISTRE.

1 La famille de Maistre est originaire du Languedoc, on trouve son nom répété plusieurs fois dans la liste des anciens capitouls de Toulouse; au commencement du dix-septième siècle, elle se divisa en deux branches, dont l'une vint s'établir en Piémont : c'est celle dont le comte Joseph descend; l'autre demeura en France. Le comte Joseph de Maistre attachait beaucoup de prix à ses relations de parenté avec la branche française : il eut soin de les cultiver constamment, et aujourd'hui même les descendants actuels des deux branches sont unis par les liens d'affection autant que par leur communauté de principes et d'origine. 

2 Lettres d'un royaliste savoisien à ses compatriotes; Lausanne-, 1793-94.

JOSEPH DE MAISTRE.

JOSEPH DE MAISTRE.

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

LE BON ROI STANISLAS. VICTOR DELCROIX.

Trente Ans de paix et de bonheur. — Bienfaits de Stanislas. — Ses Vertus. — Sa Mort.

Stanislas avait pris pour maxime qu'un roi doit aimer sa famille et vivre pour ses peuples; aussi, quoique sa fille aimât à le posséder auprès d'elle, que Louis XV joignit ses instances à celles de la reine pour le retenir à la cour de France, qu'il fût chéri des princesses ses petites-filles, et qu'il eût pour le dauphin la plus tendre affection, jamais il ne restait plus de trois semaines éloigné de ses États, où il trouvait sans cesse quelque chose à faire. La religion, les lois, les mœurs, l'instruction publique, le commerce, l'industrie, les sciences, les arts, l'agriculture, rien n'échappait à sa sollicitude; car, s'il se proposait de rendre ses peuples riches et heureux, il tenait aussi à leur inspirer l'amour de la vertu, sans laquelle il n'y a ni paix ni bonheur véritable.

Il fonda des écoles gratuites dans les communes et les plaça sous la direction des Frères de la Doctrine chrétienne ; il fit bâtir des églises dans les villages qui en manquaient, restaura celles qui tombaient en ruines, et voulut que partout les saints mystères fussent célébrés, sinon avec magnificence, du moins avec tout ce qui peut exciter le respect et la piété des fidèles. Il employa ses loisirs à défendre dans ses écrits la religion et la morale, et à donner aux rois d'utiles leçons. Il créa la société royale de Nancy, s'inscrivit nu nombre des membres travailleurs, et y institua deux prix annuels, l'un pour les sciences, l'autre pour les lettres. Il dota en outre cette capitale d'un jardin botanique, d'une bibliothèque publique, d'un collège de médecine, d'une pharmacie gratuite, de palais, de place?, de monuments et de promenades qui en font la plus belle ville de toute ta France. Il y fit reconstruire et richement décorer l'église de Notre-Dame de Bon-Secours, et' la choisit pour sa sépulture; car il avait pour la mère de Dieu la plus tendre dévotion. Il aimait à venir prier dans ce saint temple, où, disait-il, on prierait pour lui après sa mort; il s'était engagé, par un vœu, à s'y rendre chaque fois qu'on y célébrait une des fêtes de la Vierge, et il resta fidèle à ce vœu jusqu'à la fin de sa vie.

Lunéville, où il avait fixé sa résidence, devint une cité brillante; Bar, Commercy, Pont-à-Mous3on s'embellirent; Saint-Dié, détruit par un incendie, sortit de ses ruines, grâce aux bienfaits du roi. De bonnes roules relièrent entre elles les villes de ses États; des greniers d'abondance furent établis, et des sommes considérables consacrées à soutenir le commerce et à encourager l'agriculture. Il réforma la législation, créa des règlements pour les arts et métiers, tes forges, les fonderies, les salines, les manufactures ; fonda des pensions pour douze gentilshommes lorrains à l'école militaire de Paris, pour douze jeunes filles dans un couvent de Nancy, et des bourses à l'université de Pont-à-Mousson. Il se fit rendre compte des ressources des hôpitaux, veilla à ce qu'ils fussent administrés avec intelligence et probité, suppléa à leur insuffisance et fonda des lits pour les indigents aux eaux de Plombières, en disant :

— Je ne veux pas qu'il y ait un genre de maladie dont mes sujets pauvres ne puissent se faire traiter gratuitement.

Il établit des chambres où cinq avocats donnaient des consultations sans rien recevoir de leurs clients et s'efforçaient de terminer leurs différends à l'amiable. Il fit travailler à l'assainissement des prisons et en réforma le régime, persuadé que les rigueurs inutiles irritent le coupable et l'endurcissent dans le crime, tandis que de bons traitements le disposent au repentir. Il appela dans ses États les prêtres de la Mission, les fit accompagner dans les villes et les campagnes par des frères de la Charité, qui soignaient les malades et distribuaient une somme annuelle do 12,000 fr. aux plus pauvres habitants des paroisses que les missionnaires évangélisaient. L'amour qu'il conservait pour sa patrie lui inspira la généreuse pensée de faite jouir la Pologne du bienfait de ces missions, et il y consacra une somme de 420,000 fr.

Le roi répandait aussi d'abondantes aumônes partout où il passait, et jamais ceux qui réclamaient sa pitié n'avaient à craindre un refus. Sa charité n'oubliait pas plus les morts que les vivants; il fonda des prières publiques et des messes non-seulement pour ses parents et ses amis, mais aussi pour tous ceux qui avaient péri dans les guerres, soit en le servant, soit en combattant contre lui; il ordonna qu'un certain nombre de pauvres vieillards y assistassent et reçussent, après l'office, « chacun 20 sous, deux livres de pain blanc et une chopine de bon vin vieux. > Enfin, après avoir pourvu au soulagement de toutes les misères, après avoir assuré gratuitement aux pauvres l'instruction et la justice, il réserva des fonds pour les cas imprévus, afin que les pertes du laboureur et de l'honnête marchand fussent réparées, et que la faim ne pût entrer sous le toit de l'artisan malade, auquel les portes de l'hospice étaient ouvertes.

Le Recueil des Fondation et Établissements de Stanislas fut imprimé à Lunéville en 1751; il en adressa un exemplaire au roi de Prusse. Frédéric s'empressa de l'en remercier par une lettre dans laquelle on remarque ces phrases :

L'estime que j'ai conçue pour votre personne, lorsque j'ai eu la satisfaction de vous voir à Koenigsberg et à Berlin, ne finira qu'avec ma vie, et il m'est bien doux de voir que Votre Majesté ne m'a point oublié. Je la remercie de tout mon cœur du livre de plans qu'elle a bien voulu m'envoyer. tas grandes choses qu'elle exécute avec peu de moyens doivent faire regretter à jamais à tous les bons Polonais la perte d'un prince qui aurait fait leur bonheur. Votre Majesté donne en Lorraine à tous les rois l'exemple de ce qu'ils devraient faire; elle rend les Lorrains heureux , et c'est là le seul métier des souverains. Je la prie d'être persuadée que je l'aime autant que je l'admire. »

Cette admiration sera partagée par tous ceux qui sauront que Stanislas n'avait, pour faire tant de bien, créer tant d'établissements Utiles, soutenir sa maison civile et militaire, faire administrer ses États et tenir royalement sa cour, que ses biens patrimoniaux, plus une pension de 2 millions que la France lui faisait en échange des revenus de ses duchés de Lorraine et de Bar.

Stanislas ne vit qu'une fois dans Ses États Louis XV et la reine, sa fille bien-aimée; ce fut en 1741, après la maladie que le roi fit à Bletz et pendant laquelle le peuple décerna au prince, qu'il tremblait de perdre, le surnom de Bien-Aimé, ta dauphin, Madame Adélaïde et Madame Henriette accompagnaient Leurs Majestés. Ce fut une grande joie pour Stanislas et pour toute la famille royale, mais surtout pour le dauphin. Né avec des instincts égoïstes, avec un orgueil que le séjour d'une cour adulatrice devait encore développer, ce jeune prince avait beaucoup changé dès que sa raison avait commencé de mûrir. Doué d'un esprit réfléchi, courageux et résolu, il avait été frappé du respect de l'admiration qu'excitaient les vertus de son aïeul, cl louché de l'affection que sa bonté inspirait à ses peuples; il s'était promis de le prendre pour modèle, et ne se trouvait jamais si heureux que lorsqu'il pouvait recevoir ses sages leçons.

Un jour qu'il l'interrogeait sur les moyens de (aire le bonheur du peuple, Stanislas répondit :

— Il suffit de l'aimer, mon cher fils. Si vous l'aimer, cet amour vous en dira bien plus que moi et tous les docteurs de la politique ne pourrions TOUS en apprend! »

Grâce aux leçons et aux exemples de son auguste aïeul, le dauphin se corrigea des défauts qu'on lui reprochait; il devint juste, bon, généreux, modeste, appliqué aux affaires, ennemi de la flatterie et du faste; la France mit en lui toutes ses espérances, et Stanislas se réjouit à la pensée de tout le bien que ferait ce prince, lorsqu'il serait assis sur le premier trône du monde. Les espérances de la France ne devaient point se réaliser, et le roi de Pologne ne devait pas se survivre & lui-même dans un monarque, son admirateur et son élevé : le dauphin mourut avant son père et avant son aïeul. Cette mort fut pour Stanislas un cruel chagrin, le plus grand qu'il eût encore éprouvé; car il s'écria en l'apprenant :

— La perte réitérée d'une couronne n'a fait qu'effleurer mon cœur; celle de mon cher dauphin l'anéantit. Il ordonna qu'on lui fit des obsèques magnifiques et chargea le père Coster de prononcer son oraison funèbre. Le frère de cet orateur vint en donner d'avance lecture au roi, et celui-ci, entendant son propre éloge, interrompit Coster et lui dit :

— Il faut que le révérend père supprime ce passage; dites-lui de le garder pour mon oraison funèbre.

Stanislas avait quatre-vingt-neuf ans, et, malgré toutes les épreuves par lesquelles il avait passé, il jouissait encore d'une excellente santé. Son esprit n'avait rien perdu de sa vivacité, ni son caractère de sa parfaite amabilité. Ses sujets se flattaient de le conserver encore longtemps, et tous ceux qui l'approchaient se plaisaient à reconnaître qu'il ne vieillissait point. Mais lui songeait à la mort et s'y préparait depuis longtemps. Un de ses officiers, inquiet de ce que deviendraient les serviteurs du bon roi, lorsqu'il aurait cessé de vivre, osa l'instruire adroitement de cette inquiétude.

— Sire, loi dit-il, nous veillons à votre conservation par amour et par reconnaissance; mais notre intérêt suffirait pour nous y obliger.

— Pourquoi donc, mon ami? demanda Stanislas.

— Parce que nous mourrons tous le même jour que Votre Majesté.

— Voilà qui est bien parler ; mais avouez pourtant que je fais mieux encore : mes arrangements sont pris avec le roi mon gendre, et, dussent mes gardes se réjouir de ma mort, je veux que, lorsqu'elle arrivera, ils passent au service d'un plus grand maître que moi.

— Ah! sire, dit l'officier, Us n'en auront jamais de meilleur ni de plus généreux.

— Hélas! mon ami, reprit le roi, je ne fais pas la centième partie de ce que je voudrais faire pour mon pauvre peuple; il y a encore de la misère, je le sais, et je ne puis la soulager.

L'officier ne put retenir ses larmes, et Stanislas, attendri lui-même, continua de lui exprimer la peine qu'il ressentait de ne pouvoir porter remède à tous les maux qu'il connaissait.

La mort du dauphin lui porta un coup si terrible, qu'elle lui rendit plus présente encore la pensée de sa fin prochaine; il pourvut au sort de tous ses serviteurs en leur assurant des legs et des pensions, et se tint prêt à paraître devant Dieu, quand sonnerait l'heure de lui rendre son âme.

Le !" février 17GG, il se rendit à Nancy, pour assister, suivant sa coutume, aux offices de la fête du lendemain (la Purification de la Vierge), dans l'église de Notre-Dame de Bon-Secours. Il pria et médita plusieurs heures, agenouillé au-dessus du caveau où reposait déjà Catherine Opalinska, son épouse. Au sortir du temple, il dit à ceux qui l'entouraient :

— Savez-vous ce qui m'a retenu si longtemps? Je pensais qu'avant peu, je serais trois pieds plus bas.

— Comment Votre Majesté peut-elle avoir de si tristes idées, lorsqu'elle est en parfaite santé? lui dirent ses officiers.

— Il est vrai, reprit Stanislas; mais je sois le doyen des rois de l'Europe, et parce que j'ai échappe à mille dangers, il ne s'ensuit pas que je sois immortel. Dieu m'a protégé; car, pour avoir essuyé tous les périls qui menacent la vie des hommes, il ne me manquerait que d'être brûlé.

Le 3 février, il fit faire pour le repos de l'âme du dauphin un service solennel dans cette même église de Notre-Dame de Bon-Secours, et il voulut y assister. I.e 4, il retourna à Lunéville, où il n'arriva que le soir. La fatigue de ce voyage ne l'empêcha pas de se lever le lendemain de grand matin. Il s'enveloppa d'une robe de chambre ouatée que la reine sa fille lui avait envoyée, et fit pieusement sa prière. Avant de se mettre au travail, il s'approcha de la cheminée pour voir l'heure à la pendule. Sa robe de chambre, attirée parla flamme, prit feu sans qu'il aperçût autre chose qu'une légère fumée, qu'il crut sortir du foyer; mais bientôt l'odeur de l'étoffe brûlée attira son attention.

Le roi voit le danger, il sonne; ses valets de chambre ne sont pas à leur poste ; il cherche à éteindre lui-même la flamme qui le menace; mais, en se baissant , il perd l'équilibre, se blesse dans sa chute sur la pointe d'un chenet, et sa main gaucho s'appuie sur les charbons ardents. L'excès de la douleur lui fait perdre connaissance sans qu'il ait pu appeler au secours. Le garde qui veille à la porte de son appartement est frappé de l'odeur extraordinaire qui s'y répand; sa consigne lui défend d'entrer chez le roi ; il court vers la pièce où se tiennent ordinairement les valets de chambre ; il ne les trouve point ; il crie, il se désespère, car il devine un terrible accident. Un valet arrive enfin, se précipite dans la chambre du roi, jette à son tour des cris d'effroi et ne peut, dans son trouble, faire que des efforts inutiles pour retirer son maître du feu; un second valet lui vient en aide; ils relèvent le roi, maïs en quel état! Les doigts de sa main gauche sont calcinés, et, du même côté, son corps n'est qu'une plaie depuis le dessous de l'oeil jusqu'au genou. Cependant il reprend ses sens et s'efforce, avec ses gens, d'étouffer les flammes qui l'entourent encore.

On parvient enfin à le débarrasser de cette enveloppe dévorante; les médecins arrivent, le premier appareil est posé; mais le roi souffre des douleurs inouïes. Ses valets, au désespoir, s'accusent de cet affreux malheur, qui n'eût été qu'un léger accident, s'ils fussent arrivés assez tôt pour le secourir. Stanislas oublie ses souffrances pour les consoler et les remercier des soins qu'ils lui donnent. Il rassure ceux qui l'entourent, et, sachant avec quelle rapidité se répandent les mauvaises nouvelles, il pense à la reine, qui l'aime si tendrement, et qui, sous le poids du chagrin que lui a causé la perle du dauphin. Ta apprendre par le bruit public le malheur arrivé à son père. Il ordonne à son secrétaire de prendre la plume pour rassurer sa chère fille, lui dicte ce qu'il doit écrire, et, prenant encore le ton de la plaisanterie, il dit, en faisant allusion aux précautions que Marie Leczinska l'avait supplie de prendre pour éviter le froid dans son voyage de Nancy : « Vous auriez bien dû, Madame, me recommander plutôt de n'avoir pas si chaud.

Dès que ce funeste accident fut connu, la consternation fut extrême dans les villes et dans les campagnes. Les églises, ouvertes jour et nuit, étaient remplies d'une foule inquiète et suppliante; et les routes qui conduisaient à Lunéville étaient couvertes de voyageurs de tous rangs, qui venaient savoir par eux-mêmes des nouvelles du bon roi. Les paysans accouraient par troupes, et, ne trouvant point à se loger dans les hôtelleries, pleines de gens do distinction, ils se réunissaient autour du château et y restaient, malgré la rigueur de la saison, jusqu'à ce qu'ils fussent obligés de reprendre le chemin de leur village. Ils interrogeaient tous les officiers qui sortaient du palais et se transmettaient le bulletin de la santé du roi, tantôt avec des exclamations de joie, tantôt avec des plaintes et des sanglots.

Le roi demanda un jour ce que c'était que ce bruit qu'il entendait; et, l'ayant appris, il ordonna qu'on distribuât à ces braves gens du pain, du vin, qu'on donnât aux nécessiteux l'argent nécessaire pour regagner leur pays et qu'on les engageât à ne pas s'alarmer de son état.

— Le bon peuple, dit-il, profondément attendri de ces preuves d'affection, comme il m'est attaché, quoiqu'il n'ait plus rien & attendre de moi! Je veux du moins lui assurer le peu que j'ai pu faire pour lui.

Il fit donc rassembler les titres de ses fondations, ordonna qu'ils fussent déposés en lieu sûr, et y ajouta de nouvelles dispositions. Les médecins espéraient le sauver; mais il ne partageait pas leur confiance. Jusqu'au 17, sa position ne parut pas s'aggraver; ce jour là la fièvre se déclara, et les amis de Stanislas conçurent des craintes sérieuses. « Il cherchait lui-même, dit le père Élisée, à tromper notre douleur. Il nous cachait ses maux, pour adoucir nos inquiétudes. Presque entre les bras de la mort et placé sous ses froides mains, il entretenait sa cour attendrie avec une tranquillité qui rassurait nos craintes : c'était le même esprit, la même bonté; le dirai-je? c'étaient les mêmes charmes. On voyait encore le doux sourire sur ses lèvres, et la tendresse semblait lui donner de nouvelles forces, lorsque ses amis venaient baiser ses mains défaillantes. »

Ils eussent voulu veiller sans cesse auprès de lui; il les en empêcha et régla le service de chacun, afin de leur épargner la fatigue. Lorsqu'il souffrait le plus cruellement, il ne voulait pas qu'on réveillât ses médecins.

— Ils ne pourraient que m'exhorter à la patience, disait-il; je tâcherai de m'y exciter moi-même.

Il recevait ses souffrances de la main de Dieu, et il se rappelait avec une sainte confiance en la miséricorde divine toutes les épreuves qu'il avait endurées.

—J'ai passé par l'eau des marais de Dantzick ; je passe maintenant par le feu ; j'espère que Dieu me recevra bientôt dans le séjour du rafraîchissement.

Il vit approcher la mort avec le plus grand calme, régla lui-même tout ce qui concernait ses funérailles, et pendant un martyre de dix-huit jours, son courage, sa douceur, sa résignation ne se démentirent pas un instant. Le 21, il tomba dans un assoupissement léthargique dont on eut peine à le tirer, et qui fut presque aussitôt suivi d'une cruelle agonie.

Tout espoir de le sauver étant perdu, le cardinal de Choiseul l'administra. Au premier coup de cloche qui invita le peuple à prier pour le roi mourant, chacun quitta son travail pour courir à l'église, et l'on n'entendit partout que des sanglots et des gémissements. Le 22, vers le soir, Stanislas retomba dans le sommeil qui l'avait déjà abattu la veille, et le 23, à quatre heures après midi, il rendit paisiblement le dernier soupir.

A celte nouvelle, l'inquiétude du peuple se changea en une consternation profonde. On eût dit, à voir les habitants de Lunéville, que chacun d'eux avait perdu un père, un bienfaiteur, un ami. Ils sortaient tout en larmes de leurs maisons, se rencontraient sans se parler ou ne s'abordaient que pour se dire : « C'est donc vrai? Le bon roi est mort. »

La douleur ne fut pas moins vive à Nancy, à Bar, dans toutes les villes, les villages et les hameaux de la Lorraine. Les pleurs et les regrets furent unanimes; car la Lorraine était, selon l'expression de l'abbé Bellet, remplie de ses monuments, et l'on y marchait, pour ainsi dire, sur les bienfaits du prince que Frédéric II appelait le meilleur des rois et le plus vertueux des citoyens.

 

Photos. Source inrenet.
Photos. Source inrenet. Photos. Source inrenet.

Photos. Source inrenet.

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog