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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Articles avec #architecture. catégorie

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ARCHITECTURE.

TRAITÉ PRATIQUE DE LA CONSTRUCTION DES ÉGLISES... XAVIER BARBIER DE MONTAULT. 1878

CHAPITRE IV : L'ORIENTATION

1. L'orientation, depuis trois siècles, est tellement négligée que les canoniales n'en font plus une obligation rigoureuse. La coutume a prévalu sur le droit et le plus futile prétexte semble une raison suffisante pour s'insurger contre la tradition de l’Église, qui n'en reste pas moins inscrite dans la rubrique du Missel.

2. La règle est consignée dans les constitutions apostoliques et les écrivains ecclésiastiques. Ceux-ci en exposent les motifs, qui sont multiples : l'orient rappelle le berceau du genre humain, le rachat par la naissance et l'ascension de Homme-Dieu que l'Écriture compare au soleil levant  enfin la patrie à laquelle nous devons retourner après le pèlerinage de cette Vie.

C'est encore le point où le soleil se lève ; or la lumière éclatante qu'il répand est l'emblème de la vérité annoncée au monde par l’Évangile. Quand le prêtre, au pied de l'autel, récite, avant la messe, co verset du psalmiste : «Emitte lunem tuam et veritatem tuam, ipsa me deduxerunt et ad-duxerunt in mont em sanctum tuum et in tabernacula tua, » il parle symboliquement. Le jour naissant, lucem l'a conduit sur la montagne sainte pour prier ; mais la vérité, veritatem, l’a fait pénétrer jusqu'au tabernacle où réside le Dieu vivant, qui a dit de lui : « Ego sum via, veritas et vita. »

3. Le chevet de l'église sera donc tourné vers l'orient, tandis que sa nef ouvrira à l'occident et que les bras de la croix s'étendront du nord au midi.

L'orient étant variable, au moyen-âge, on choisissait pour but, le point où se levait le soleil à l'époque de l’année où les fondations se traçaient sur le sol. Guillaume Durant et S. Charles Borromée recommandent de se régler sur les équinoxes et non sur les solstices ; bien avant eux, saint Fortunat, au VIe siècle, en avait fait l'objet de ses vers  à propos d'une église de Saintes.

4. Beaucoup d'églises, en Italie et à Rome, ne sont pas orientées, mais occidentées, telles que saint Jean de Latran, saint Pierre, la cathédrale d'Anagni. Cela tient à deux motifs : d'abord une difficulté do terrain, puis la commodité de l'officiant, qui avait son siège au fond de l'abside. Ceux qui ont assisté au pontifical du pape, se rendront parfaitement compte de la difficulté que présenterait pour les cérémonies un autel dont la face regarderait les fidèles et non lui-même. Dans ce cas, l'abside se place à l'occident et l’autel se dirige vers la porte d'entrée, qui est à l’orient. Le célébrant, qui résume en lui l’assemblée des fidèles, puisqu'il parle en leur nom collectif dans une oraison appelée pour cela collecte, sauvegarde le principe, qui devient personnel, au lieu d'être universel : alors il ne se détourne pas pour dire Dominus vobiscum et bénir, puisqu'il a devant lui l’assemblée à laquelle il s'adresse.

Supprimez l'orientation, générale ou partielle, et alors l'évangile qui doit se réciter tourné vers le nord, perd le sens mystique que l'Église a attaché à cette direction, prescrite aux messes basses comme aux messes solennelles.

5. L'orientation motive, dans la décoration d'ensemble, une iconographie spéciale. Le levant est réservé à tout ce qui est lumière, la Trinité, le Christ naissant ou vivant ; le nord, froid et stérile, est affecté aux vices, à l'enfer, aux prophètes, à l'Ancien Testament ; l'occident qui tue, occidit, disait l'abbesse Herrade, convient aux scènes Apocalyptiques, à la résurrection des corps et au jugement dernier ; au midi, où le soleil éclate dans sa splendeur et réchauffe de sa chaleur vivifiante, sont réservés le paradis, les apôtres, les saints de l'Église triomphante, les vertus et les béatitudes.

CHAPITRE V : LES DIMENSIONS

1. La capacité d'une église se règle sur le nombre des fidèles qui doivent habituellement y trouver place. Tenir compte, d'une manière rigoureuse, d'une affluence extraordinaire, comme celle du jour de Pâques, d'un sacre, etc., serait s'exposer à faire trop en grand.

Dans un bourg, ainsi que le désire saint Charles, qu'elle soit assez vaste pour contenir à peu près toute la population du lieu : de cette façon on prévoit l'avenir, qui souvent amène un accroissement notable des habitants.

Dans les villes, où la multiplicité des messes partage forcément les fidèles, accorder une place aux deux tiers des habitants suffit largement.

2. Déduction faite du gros œuvre et de l'ameublement du sanctuaire et des chapelles, qu'on affecte à chaque fidèle un espace de cinquante centimètres carrés environ, plus que moins. On sera ainsi à l’aise.

3. Les autres dimensions de l’édifice se déterminent d'après son style. Pour le style grec, la longueur de la nef compte trois fois sa largeur; la hauteur dépasse d'un quart la largeur.

«Au moyen-âge, dit l’archiprêtre Pierret, les architectes adoptaient volontiers les proportions suivantes : la largeur des nefs latérales était la moitié de la nef principale ; le transept était aussi large que la nef principale; la longueur totale était de six ou sept fois la largeur de la nef ; la hauteur de la tour ou du clocher était à peu près la longueur totale de l’église.»

CHAPITRE VI : LA PLACE

1. L'église, avec ses dépendances, forme, dit saint Charles, comme une île, « insula ; instar, » que circonscrivent trois rues, au chevet et sur les côtés, tandis qu'une place ou parvis se développe en avant, à l'ouest. Les rues sont nécessaire pour que l’édifice soit isolé et facilement accessible ; la place n'est pas moins indispensable pour donner de Pair au monument et de la perspective à sa façade.

2. Autrefois cette place se nommait parvis, mol qui est une altération, par contraction, du latin paradisus. En effet, symboliquement, elle représentait le paradis terrestre, où l'homme, par sa faute, trouva la mort : de là sa situation à l'occident.

C'est donc rester dans les traditions que de la transformer on jardin, comme on a fait récemment à Home devant l'église Saint-Marc.

3. Deux rangées d'arbres en feront le tour : ils fourniront de l'ombrage pour les processions des quarante heures, qui sortent de l'église.

Au milieu s'élèvera une colonne ou un obélisque, surmonté de la croix. La croix, chante la liturgie, est l'arbre du triomphe et de la réparation, comme l'arbre de la science du bien et du mal le fut de la chute et du péché. Il n'en est pas de plus beau dans les forêts pour son feuillage, qui rappelle les vertus du Sauveur et pour sa fleur et son fruit, qui fut le Christ.

Ainsi qu'à Saint-Jean-de-Latran, au pied de l'arbre de vie jaillira une fontaine d'eau limpide. Placez aux angles, Aix-la-Chapelle en fournit un exemple du XIe siècle, les quatre fleuves de l'Eden et une inscription, imitée du moyen-âge, dira qu'ils signifient pour le fidèle les quatre évangélistes et les quatre vertus cardinales, auxquels on pourrait encore adjoindre les quatre grands docteurs de l'Église latine. A la base de la croix, ces douze statues seraient d'un salutaire enseignement, car le salut a été annoncé au monde par les évangélistes et la foi, que suppose la pratique des vertus, a été maintenue et affermie par les docteurs.

Il serait également dans la tradition d'orner cette fontaine d'une inscription pieuse. En voici une de l’an 1764, que j'ai relevée avec plaisir à Saint-Amable de Riom, diocèse de Clermont :

SITIERUNT

ET INVOCAVERUNT TE

ET DATA EST ILLIS AQUA DE PETRA ALTISSIMA ET

REQVIES SISTIS DE LAPIDE

DURO. LIB. SAP. GAP. XI

CHAPITRE VII : LE STYLE

1. L’Église n'a aucun style qui lui soit propre. Elle les admet tous selon les temps et les lieux, se contentant de les adapter à ses besoins. Il y a donc sur ce point la plus gronde liberté pour un architecte.

2. Chaque type offre dos modèles dont on peut s'inspirer. Je dis s’inspirer car je repousse toute copie servile. Les églises ne sont pas faites pour plaire aux archéologues, mais pour honorer Dieu et répondre aux nécessités présentes. Copier sans discernement serait une faute, ces qui s'est (ail jadis n'est pas toujours bon à reproduire. Cherchons avant tout l'utile, le vrai et le beau.

3. Cependant, étant donné un style quelconque, l'architecte devra rester dans le type, autant que possible, même pour les détails. Nous n'admettons ni les altérations essentielles qui dénaturent sans raison un système complet d'architecture, ni les mélanges de styles divers, ce qui produit une monstruosité.

4. Le style basilical est simple, majestueux, économique.

Le style byzantin n'est pas à dédaigner avec ses coupoles et sa richesse de décoration. S. Marc de Venise est une des plus belles créations en ce genre.

Le style roman est sévère, lourd, imposant ; mais d'ordinaire il est sombre et a des nefs trop droites. La cathédrale d'Angers et Saint-Rémy de Reims sont deux spécimens hors ligne.

Le style ogival, que Ton a dit l'apogée de l'art chrétien, a des grâces particulières dans son élancement et son ornementation. Toutefois que sa nef, longue et serrée, se prête peu aux réunions, où Ton veut voir et entendre !

Le style moderne accentue de plus en plus les traditions de l'antiquité grecque et romaine, mais pour les détails seulement, car il crée de toutes pièces les vaisseaux les plus commodes pour l'exercice du culte. Outre Saint-Pierre de Rome, j'ai plaisir à citer, pour leurs dimensions et leur aspect vraiment monumental, les cathédrales de Ravenne, de Bologne, de Ferrare, spacieuses et élevées à la fois, se prêtant aux décors par les marbres et les peintures, aussi bien que par les tentures, sans lesquelles il n'y a pas de fête possible.

CHAPITRE VIII : LE PLAN

1. Pour une église d'une certaine importance, il est indispensable qu'un concours soit institué. Il y n toujours avantage à adopter cotte mesure, qui met en évidence vrai talent et exclut la faveur.

2. Le plan fourni par l'architecte comprend cinq feuille de dessins : un plan par terre, une coupe longitudinale, une vue de l'extérieur, une façade et des détails d'ornementation peinte et sculptée.

3- Le plan dépend souvent de remplacement, qui peut gêner le développement normal, et du style de l'édifice, qui exige telle ou telle forme en particulier.

4. Les types les plus usuels sont : la Croix latine, la croix grecque, le rond elle rectangle.

La croix latine doit être préférée à toute autre, en raison de son ancienneté et de sa commodité. La tête forme le choeur, les bras sont le transept et la tige devient la nef. Cette nef se double, si l'on veut, de basculés et même de chapelles ; le transept saillit au dehors ou n'est apparent qu'à l'intérieur, comme dans beaucoup de basiliques romaines et en plus s'augmente également de chapelles ; le choeur se termine en abside ou chevet droit et s'entoure aussi de chapelles, ouvertes sur un déambulatoire qui conduit à une chapelle de plus grande dimension, au moyen-Age chapelle de la Vierge. De ce type sont, à Home, les belles églises du Jésus, de Saint- Ignace, de Saint-André della valle et de Saint-Charles au Corso.

La croix grecque, avec coupole, est moins usitée en occident qu'en orient. Les quatre branches sont égales. Tel devait être le Saint-Pierre conçu par Michel-Ange et heureusement non exécuté ou plutôt modifié par Paul V. Rome montre on ce genre Sainte-Agnès in agone et Saint-Pierre et Saint- Marcellin.

La forme circulaire est très-rare. Dans le principe, ou l'affecta aux mausolées : elle rappelle surtout la rotonde bâtie par Constantin au Saint-Sépulcre de Jérusalem. À Rome, Saint-Etienne-le-rond et, à Saumur, Notre-Dame-des-Ardilliers sont de bons spécimens de ce genre, sans parler du Panthéon, bâti pour le culte des faux dieux.

Le rectangle est peut-être la forme la plus économique et la plus simple. Mettez des colonnes à l'intérieur, sur deux rangs et vous avez une basilique, comme Sainte-Agnès hors les murs, qui se complète par une abside; placez les colonnes au pourtour extérieur et vous obtenez, comme à la Madeleine de Paris, l'imitation du temple antique : cette colonnade, quoique païenne d'origine et en conséquence délaissée par la tradition, offre pourtant une grande commodité pour les processions.

5. La nef est allongée, en manière de vaisseau, comme le prescrivent les constitutions apostoliques. Ce n'est pas une raison pour renfler ses côtés, qui cessent d'être en ligne droite, à Rome, dans les deux églises des saints Faustin et Jovite et de sainte. Madeleine.

6. Le plan en croix représente la croix et non le crucifié. Ainsi tombe ce symbolisme faux, inconnu de toute l'antiquité et des écrivains ecclésiastiques, qui brise l'axe pour imiter, dit-on, l'inclinaison de la tête du Sauveur au moment de sa mort.

7. Le plan achevé, l'architecte le soumet à révoque pour qu'il le révise et l'approuve. Cette approbation est de rigueur.

8. L'évoque fera bien d'instituer une commission spéciale pour l'éclairer de ses conseils.

Cotte commission se composera de cinq membres : révoque ou le vicaire-général, président ; l'inspecteur diocésain, vice-président ; un chanoine, secrétaire ; un archéologue laïque et un architecte, également laïque.

Elle se réunira, tous les mois à l'évêché ou au vicariat, décrétera sur les plans soumis à son contrôle, consignera ses observations dans un procès-verbal, n'aura que voix consultative et fera exécuter le plan approuvé par l'inspecteur diocésain.

9. La charge d'inspecteur, éminemment utile, est une création du pape Benoit XIII. Son mandat porte qu'il surveillera les travaux, débattra les devis, visitera quatre fois Tan les églises, maintiendra strictement l'observation des règles canoniques et rendra compte à l'évoque de sa gestion, qui s'étend aussi aux églises à réparer ou à modifier, compléter et agrandir. Naturellement, il sera très-versé dans l'étude de la liturgie, de l'architecture et de l'archéologie. Homme de goût et de science, il aura une grande influence dans le diocèse et les oeuvres qu'il aura dirigées et surveillées se ressentiront de son zèle éclairé.

Sa patente lui donne expressément pleine autorité sur les églises et leurs administrateurs, pouvant, au besoin, les obliger à exécuter les décrets rendus en visite pastorale et les réparations jugées nécessaires.

10. À consulter : de saint Andéol, Du symholisme de la croix dans le plan des églises. (Revue de l'art chrét., T.VII.)

Basilique Domrémy ©Rhonandebar

Basilique Domrémy ©Rhonandebar

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ARCHITECTURE.

TRAITÉ PRATIQUE DE LE CONSTRUCTION DES ÉGLISES... XAVIER BARBIER DE MONTAULT. 1878

LA

CONSTRUCTION

CHAPITRE Ie r : LE TITRE

1. L'édifice sacré prend différents noms, suivant son importance, sa prééminence, sa desservance et sa destination. Il est indispensable, au début, de bien préciser tous les termes qui reviendront dans ce traité.

2. Le nom d'église convient, d'une manière générale, à tout lieu spécialement affecté au culte public et où tous les fidèles sont admis indistinctement1.

L'église est caractérisée par les conditions suivantes : 1° Elle est propriété de l’Église et ne constitue pas un patrimoine privé. 2° Elle admet les offrandes des fidèles. 3° Elle a un clocher et plusieurs autels fixes et en pierre. 4° Elle peut être le but d'une procession, ce qui est défendu pour les oratoires domestiques. 5e Elle reçoit la consécration des mains de l'évêque. 6° L'ordinaire la visite régulièrement. 7° On pont y établir la cure spirituelle des habitants du lieu. 8° La publicité dépend, non de la position de la porte d'entrée, qui peut ouvrir sur une cour intérieure, mais de la liberté (rentrer accordée à tout le monde ; il suffit pour cela que le propriétaire du lorrain par lequel on passe n'ait pas le pouvoir d'interdire l'accès du lieu saint.

La chapelle, au contraire, a nue destination propre qui l'affecte particulièrement à l'usage d'une communauté, d'une corporation. Si le public peut y assister aux saints offices, la chapelle devient publique.

L’oratoire est essentiellement domestique et privé.

3. Les églises principales se nomment basiliques. On les divise en majeures et mineures, afin d'établir entre elles une hiérarchie.

A Rome, les basiliques majeures ajoutent à ce titre celui de patriarcales, parce qu'elles correspondent aux patriarcats d'Orient.

4. Les cardinaux, prêtres ou diacres, ont chacun, à Rome, une église dont ils prennent possession. Pour les prêtres, cette église se nomme titre ; pour les diacres, diaconie.

5. La cathédrale est la première église d'un diocèse, parce que l'évoque y a fixé son siège. Elle est patriarcale, primatiale, métropolitaine, selon que son dignitaire est lui-même patriarche, primat, métropolitain ou archevêque.

6. Siège d'un abbé, régulier ou commendataire, l'église est abbatiale. Desservie par un chapitre, elle devient collégiale.

Unie à un couvent, elle est conventuelle.

Paroissiale, elle a à sa tête un curé. Matrice, c'est l'église mère du lien, de qui relèvent d'autres églises, dites filiales.

L'église est nationale, quand elle a été fondée par une nation, pour ses besoins particuliers ; stationnale, comme à Rome, si elle est désignée par le missel, pour la station du jour ; réceptive, si elle possède un nombreux clergé séculier.

7. Toute église reçoit de la tradition un qualificatif. Les basiliques majeures sont sacrosaintes ; les autres églises prennent le titre de vénérable. Insigne est une concession du S. Siège à certaines collégiales qu'il veut honorer, et périn-signe une distinction qui ne peut atteindre que quelques basiliques mineures, mais seulement en vertu de la faveur pontificale.

CHAPITRE II L'EMPLACEMENT

1. Le choix d'un emplacement commode, et convenable requiert, de la part de l'ordinaire, la plus sérieuse attention car, selon le Pontifical, lui-même doit le désigner, avant qu'on commence les travaux.

La commodité, requise par S. Charles, s'entend d'un accès facile et de la proximité relative des habitations. On ne pourrait sans inconvénient construire sur le bord d'une grande route ou près d'une caserne, d'un champ de foire ou de maneuvre, etc. Il n'est même pas nécessaire que la situation soit les bruits extérieurs, incompatibles avec le calme et le recueillement qu'exige la prière, publique ou privée.

2. On bâtira, autant que possible, sur un lieu élevé. La plupart des églises de Rome se dressent au sommet des collines.

Les lieux élevés sont les plus sains, parce qu'ils ne sont pas sujets à l'humidité. Ils facilitent aussi l'établissement d'une crypte. De plus, l'église étant en vue de tous côtés, la maison de Dieu se trouve dominer les habitations des hommes. En cela nous continuons les traditions de l'ancienne loi ; les Juifs recherchaient les lieux hauts et le temple de Salomon fut planté sur une montagne. Enfin, symboliquement, la montagne elle-même signifie le Christ, objet d'ascension spirituelle.

3. A défaut d'élévation naturelle, l'architecte en ferait une factice, de façon à obtenir plusieurs marches pour monter jusqu'à la porte. Le monument y gagne comme perspective et assainissement ; de plus on se montre prévoyant pour l'avenir, car il est établi que le sol s'exhausse en moyenne centrale ; un éloignement quelconque amortit singulièrement d'une trentaine de centimètres par siècle[1]. On montait jadis à Notre Dame de Paris, qui est maintenant de niveau avec la rue.

4. Construire à mi-côte est condamne par l'art, à cause de l'écoulement des eaux qui nuirait certainement à l'édifice, à moins de prendre de grandes précautions, telles que terrassements, canaux, etc. Les circonstances peuvent imposer cet emplacement ; il sera sage de s'y soustraire à cause des dépenses qu'il entraine et des inconvénients qu'il présente.

On évitera encore les terrains humides et marécageux, ainsi que le voisinage de l'eau.

5. L'église sera rebâtie où elle fut érigée dans le principe. Ce lieu a été sanctifié par un long usage et la prière continue d'une foule de générations qui s'y sont succédé. Changer d'emplacement est une chose grave, qui ne peut se traiter à la légère et qui est complètement réprouvée par la tradition.

L'Écriture sainte répète avec insistance que le temple, sous Esdras, fut rebâti au mémo endroit : « Sponte obtulerunt in domo Dei ad extruendam eam in loco suo » (Esdras, lib. I, II, 68) — « Domus Dei sedificotur in loco suo » (Ibid., V, 15) — « Ut domum Dei illam aedificent in loco suo » (Ibid. VI, 7),

Quand Pie II, au XVe siècle, fit bâtir la ville de Pienza, en souvenir de son enfance, il ne voulut pas transférer ailleurs l'église paroissiale, ce qui occasionna des frais tellement considérables que la construction, estimée sur le devis dix mille florins d'or, atteignit le chiffre exorbitant de cinquante mille.

CHAPITRE III : L'ISOLEMENT

1. Au point de vue esthétique, il est désirable que les églises soient isolées. Le Pontifical le requiert même pour la cérémonie de bénédiction et de consécration, puisque les murs doivent être aspergés au dehors.

2. Dans la pratique, l'isolement complet et absolu est impossible, car l’église a besoin de dépendances, telles qu'une sacristie, une salle de catéchisme, etc.

Il est même nécessaire, contre les voleurs et les incendies, qu'un gardien ait son habitation attenante à l'édifice sacré, quand il a quelque importance.

Une longue tradition, basée sur la commodité, veut que les évêchés et les monastères soient comme une annexe de l'église. A Rome, aucune église n'est isolée, parce que ceux qui la desservent habitent à côté.

La cure ne peut pas être éloignée de l'église sans inconvénient.

Or sacristie, palais, monastère et logements divers se placent au midi, afin de profiter de la chaleur bienfaisante du soleil. C'est à l'architecte à combiner le tout de manière à ne pas nuire au monument, surtout en masquant les fenêtres.

3. La porte ouverte sur l'église n'est admise que pour en faciliter l'accès et non pour tout autre usage.

4. De même toute servitude étrangère, porte ou tribune, est interdite à qui que ce soit ; un induit pontifical peut seul la rendre légitime.

En principe, les servitudes des églises sont réprouvées formellement par les saints canons. S. Pie V, par sa constitution de l'an 1566, commanda qu'à Rome on fermât toutes les ouvertures ayant vue sur les églises : le cardinal Savelli, alors vicaire de Rome, rendit un décret à ce sujet. L'exemple de l’Église romaine doit servir de règle pour toutes les autres. Ainsi il est généralement prohibé d'ouvrir dos tribunes dans les églises, ainsi que le prouvent nombre de décrets, rendus par les S. S. (!. C. du Concile, des Rites, des Évêques et Réguliers. Celle-ci déclarait, le 5 mars 1619, « qu'on ne concédait pas même aux ducs et aux marquis des fenêtres dans l'église pour entendre la messe et les offices divins. Quoique le droit considère ces tribunes comme une chose oiseuse, il y a pourtant des cas où on les tolère, comme par exemple lorsqu'un patron se réserve un tel privilège au début mémo de la fondation, ou bien lorsqu'il s'agit d'un bienfaiteur non ordinaire, mais insigne. En ce dernier cas, la S. C. concède le privilège tout au plus pour la vie du bienfaiteur, « ad vitam unius vel duorum tantum oratorum, numquam vero in perpetuas aeternitates.

5. Les religieux ont, à hauteur du premier étage, un petit choeur, coretto, où ils récitent l'office et des loges où ils viennent prier. On tolère pour le curé l'ouverture d'une fenêtre à l'intérieur et pour le patron une porte de communication avec son habitation. Fenêtres, loges et choeurs sont soigneusement clos de grilles serrées, en sorte qu'on ne peut y voir personne.

6. Moins une église est isolée, plus le recueillement y est facile. Le bruit extérieur trouble souvent les fonctions sacrées. À tout prix il faut écarter de la place et des rues adjacentes, surtout le dimanche, les marchés, jeux publics et danses, pendant les heures des offices et des messes au moins.

7. La S. C. des évoques et réguliers adressa la lettre suivante, le 24 avril 1763, aux évoques de la Marche : « Il a été représenté à la S. C. que, dans cette province, on tient assez souvent des foires et des marchés près des églises, soit situées à la campagne, soit annexées à des couvents de réguliers, dans lesquels on célèbre quelque fête, où il y a des indulgences ou bien encore où le Saint-Sacrement est exposé, ou des reliques de saints, avec un grand concours de peuple. Les marchands se permettent d'étaler leurs marchandises aux portes mêmes des églises ou tout auprès; ils font beaucoup de vacarme et il y a parfois des rixes et des querelles. Cela dérange les offices divins, les confesseurs, les célébrants et les personnes qui vont prier Dieu dans les églises. On en a fait relation au saint Père. Dans son zèle apostolique, Sa Sainteté a ordonné d'écrire une circulaire à tous les évêques de la Marche, afin qu'ils défendent absolument sous des peines graves un tel abus et qu'ils ne permettent pas qu'on tienne désormais des foires et des marchés à la porte des églises ni aux alentours ; mais qu'on se tienne à une telle distance que les fonctions sacrées et les offices divins n'en soient pas troublés. J'ai l'honneur d'en donner avis à V. E., afin que, dans sa vigilance pastorale, se conformant aux très-pieux sentiments du saint Père, elle veuille bien ordonner qu'on publie et qu'on observe exactement ladite décision dans toutes les localités du diocèse. Puis V. Ë. voudra bien transmettre les informations précises sur la question pour pouvoir en rendre compte au saint Père. )

1 L'abbé Cochet a rendu compte comme il suit, dans la Revue de Fart chrétien (4871, pages 462-463), de l'exhaussement graduel du sol des villes, depuis le commencement de l'ère chrétienne. « A Rouen, on peut dire qu'au centre de la ville le sol s'est élevé en moyenne de 28 à 33 centimètres par siècle. Depuis cinquante ans environ que l'archéologie enregistre des observations bien faites, on a constaté, à partir de la civilisation romaine, une élévation de niveau de près de sept mètres autour de la cathédrale ; de six mètres à S. Herbland, lorsqu'on 1828, on construisit l'hôtel sur remplacement de l'église ; de quatre mètres à S. Etienne des Tonneliers en 1822 ; de quatre mètres dans la rue impériale, près de l'archevêché en 1846 ; de quatre mètres sur la place des Carmes, eu 1818 et en 1839 ; de six mètres à l'Hôtel de France en 1789 et 1818 ; de sept mètres à S.Lô de 1818 à 1824 ; et enfin de cinq mètres au palais de Justice, en 1844.

« Pour nous, à S. Ouen, nous obtenons 5 mètres 30 centimètres et nous sommes dans un faubourg où la sépulture de l'homme et les constructions monastiques forment toute l'élévation.

« Cette moyenne de 33 centimètres par siècle est celle que l’on trouve dans toutes les villes romaines de la Gaule. (L'abbé Cochet, La Seine-Inférieure hist et archéologique, p. 91-99. — Les origines de Rouen, p. 21 à 35.) A Metz l'antique Divodurum, on a constaté une élévation de 5 à 6 mètres en 1805. (Lorrain, Bulletin de la Soc. d'hist. et d'archéol. de la Moselle, année 1865, p. 271.) A Trêves, le niveau s'est élevé de 14 à 20 pieds. (Chanoine Wilmuski, Annales de la Société trèviroise des recherches utiles, année 1864, p. 14.) A Toulouse, l'exhaussement est de 5 à 6 mètres ; à Troyes, l'antique Augustobona, il n'est pas moins de 4 mètres.) Sous le choeur de la cathédrale, on a rencontré un hypocauste à 3m30. {Mem de la Soc. acad. de l'Aube, t. XXX, p. 4 à 40 et p. 6 à 40.) A Rome, c'est bien plus encore.

« Règle générale, qui aidera à expliquer cette élévation du niveau : après les guerres ou l'incendie, nos pères nivelaient toujours le sol, ils ne le déblayaient jamais. »

 

Notre-Dame de l'Épine. Photo ©RhonandeBar

Notre-Dame de l'Épine. Photo ©RhonandeBar

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ARCHITECTURE.

ESSAI SUR L'ARCHITECTURE MILITAIRE

PAR M. VIOLLET-LE-DUC ARCHITECTE DU GOUVERNEMENT

INSPECTEUR―GÉNÉRAL DES ÉDIFICES DIOCÉSAINS

EXTRAIT DU DICTIONNAIRE RAISONNÉ DE L'ARCHITECTURE FRANÇAISE DU XIe AU XVIe SIÈCLE.

ESSAI SUR L'ARCHITECTURE MILITAIRE DU MOYEN AGE

Écrire une histoire générale de l'art de la fortification depuis l'antiquité jusqu'à nos jours est un des beaux sujets livrés aux recherches des archéologues, et nous ne devons pas désespérer de le voir entreprendre mais on doit convenir qu'un pareil sujet exigerait des connaissances très-variées, car il faudrait réunir à la science de l'historien la pratique de l'art de l'architecte et de l'ingénieur militaire. Il est difficile de se rendre un compte exact d'un art oublié quand on ignore l'art pratiqué dans le temps présent et pour qu'un ouvrage de la nature de celui que nous espérons voir entreprendre fût complet, il faudrait qu'il fût fait par un homme à la fois versé dans l'art moderne de la défense des places, architecte et archéologue. Nous ne sommes point ingénieur militaire, à peine archéologue, ce serait donc une grande présomption de notre part de vouloir donner ce résumé autrement que comme un essai, une étude de l'une des phases de l'art de la fortification, comprise entre l'établissement du pouvoir féodal et l'adoption du système de la fortification régulière opposée à l'artillerie à feu. Peut-être cet essai, en soulevant le voile qui couvre encore une des branches de l'art de l'architecture du moyen âge, déterminera-t-il quelques-uns de nos jeunes officiers du génie militaire à se livrer à une étude qui ne pourrait manquer d'avoir un grand intérêt, peut-être même un résultat utile et pratique car il y a toujours quelque chose à gagner à connaître les efforts tentés par ceux qui nous ont précédés dans la voie, à suivre la marche du travail de l'homme depuis ses premiers et informes essais jusqu'aux plus remarquables développements de son intelligence et de son génie. Voir comment les autres ont vaincu avant nous les difficultés dont ils étaient entourés, est un moyen d'apprendre à vaincre celles qui se présentent chaque jour et dans l'art de la fortification où tout est problème à résoudre, calcul, prévision, où il ne s'agit pas seulement de lutter avec les éléments et la main du temps comme dans les autres branches de l'architecture, mais de se prémunir contre la destruction intelligente et combinée de l'homme, il est bon, nous le croyons, de savoir comment, dans les temps antérieurs, les uns ont appliqué toutes les forces de leur esprit, leur puissance matérielle à détruire, les autres à préserver. Lorsque les barbares firent irruption dans les Gaules, beaucoup de villes possédaient encore leurs fortifications gallo-romaines; celles qui n'en étaient point pourvues se hâtèrent d'en élever avec les débris des monuments civils. Ces enceintes successivement forcées et réparées, furent longtemps les seules défenses des cités, et il est probable qu'elles n'étaient point soumises à des dispositions régulières et systématiques, mais qu'elles étaient construites fort diversement, suivant la nature des lieux, des matériaux, ou d'après certaines traditions locales que nous ne pouvons apprécier aujourd'hui, car de ces enceintes il ne nous reste que des débris, des soubassements modifiés par des adjonctions successives.

Les Visigoths s'emparèrent, pendant le v' siècle, d'une grande partie des Gaules leur domination s'étendit sous Vallia de la Narbonnaise à la Loire. Toulouse demeura quatre-vingt-neuf ans la capitale de ce royaume, et pendant ce temps la plupart des villes de la Septimanie furent fortifiées avec grand soin, et eurent à subir des sièges fréquents. Narbonne, Béziers, Agde, Carcassonne, Toulouse furent entourées de remparts formidables, construits d'après les traditions romaines des bas temps, si l'on en juge par les portions importantes d'enceintes qui entourent encore la cité de Carcassonne. Les Visigoths, alliés des Romains, ne faisaient que perpétuer les arts de l'empire, et cela avec un certain succès. Quant aux Francs, ils avaient conservé les habitudes germaines, et leurs établissements militaires devaient ressembler à des camps fortifiés, entourés de palissades, de fossés et de quelques talus de terre. Le bois joue un grand rôle dans les fortifications des premiers temps du moyen âge. Et si les races germaines, qui occupèrent les Gaules, laissèrent aux Gallo-Romains le soin d'élever des églises, des monastères, des palais et des édifices publics, ils durent conserver leurs usages militaires en face du peuple conquis. Les Romains eux-mêmes, lorsqu'ils faisaient la guerre sur des territoires couverts de forêts, comme la Germanie et la Gaule, élevaient souvent des remparts de bois, sortes de logis avancés en dehors des camps, ainsi qu'on peut le voir dans les bas-reliefs de la colonne Trajane (FIG 1). Dès l'époque de César, les Celtes, lorsqu'ils ne pouvaient tenir la campagne, mettaient les femmes, les enfants et ce qu'ils possédaient de plus précieux à l'abri des attaques de l'ennemi, derrière des fortifications faites de bois, de terre et de pierre. « Ils se servent, dit César dans ses Commentaires, de pièces de bois droites dans toute leur longueur, les couchent à terre parallèlement, les placent à une distance de deux pieds l'une de l'autre, les fixent transversalement par des troncs d'arbre, et remplissent « de terre les vides. Sur cette première assiette ils posent une  assise de gros fragments de rochers formant parement extérieur, et lorsque ceux-ci sont bien joints, ils établissent un nouveau radier de bois disposé comme le premier, de façon que les rangs de bois ne se touchent point et ne portent que sur les assises de rochers interposées. L'ouvrage est ainsi  monté à hauteur convenable. Cette construction, par la « variété de ses matériaux, composée de bois et de pierres formant des assises régulières, est bonne pour le service et la défense des places, car les pierres qui la composent empêchent les bois de brûler, et les arbres ayant environ quarante pieds de long, liés entre eux dans l'épaisseur de la muraille, résistent aux efforts du bélier et ne peuvent être rompus ou « désassemblés que très-difficilement[1]. »

César rend justice à la façon industrieuse dont les Gaulois de son temps établissaient leurs défenses et savaient déjouer les efforts des assaillants lorsqu'il fait le siège d'Avarique (Bourges). « Les Gaulois, dit-il, opposaient toutes sortes de ruses à la merveilleuse constance de nos soldats l'industrie de cette nation imite parfaitement tout ce qu'elle voit faire. Ils détournaient nos faux avec des lacets, et lorsqu'ils les avaient accrochées, ils les tiraient en dedans de leurs murs avec des machines. Ils faisaient effondrer nos chaussées (de contrevallation) par les mines qu'ils conduisaient au-dessous d'elles ; travail qui leur est familier, à cause des nombreuses mines de fer dont leur pays abonde. Ils avaient de tous côtés garni leurs murailles, de tours recouvertes de cuir. Nuit et jour ils faisaient des  sorties, mettaient le feu à nos ouvrages, ou attaquaient nos travailleurs. A mesure que nos tours s'élevaient avec nos remparts, ils élevaient les leurs au même niveau, au moyen de poutres qu'ils liaient entre elles.[2] »

Les Germains établissaient aussi des remparts de bois couronnés de parapets d'osier. La colonne Antonine, à Rome, nous donne un curieux exemple de ces sortes de redoutes de campagnes  (FIG 2).

Mais ce n'étaient la probablement que des ouvrages faits à la hâte. On voit ici l'attaque de ce fort par les soldats romains. Les fantassins, pour pouvoir s'approcher du rempart, se couvrent de leurs boucliers et forment ce que l'on appelait la tortue appuyant le sommet de ces boucliers contre le rempart, ils pouvaient saper sa base ou y mettre le feu à l'abri des projectiles [3]. Les assiégés jettent des pierres, des roues, des épées, des torches, des pots à feu sur la tortue, et des soldats romains, tenant des tisons enflammés, semblent attendre que la tortue se soit approchée complétement du rempart pour passer sous les boucliers et incendier le fort. Dans leurs camps retranchés, les Romains, outre quelques ouvrages avancés construits en bois, plaçaient souvent, le long des remparts, de distance en distance, des échafaudages de charpente qui servaient soit à placer des machines destinées à lancer des projectiles, soit de tours de guet pour reconnaître les approches de l'ennemi. Les bas-reliefs de la colonne Trajane présentent de nombreux exemples de ces sortes de constructions ( FIG 3).

Ces camps étaient de deux sortes il y avait les camps d'été, castra aestiva, logis purement provisoires, que l'on élevait pour protéger les haltes pendant le cours de la campagne, et qui ne se composaient que d'un fossé peu profond et d'un rang de palissades plantées sur une petite escarpe; puis les camps d'hiver ou fixes, castra hiberna, castra stativa, qui étaient défendus par un fossé large et profond, par un rempart de terre gazonnée ou de pierre flanqué de tours le tout était couronné de parapets crénelés ou de pieux reliés entre eux par des longrines ou des liens d'osier. L'emploi des tours rondes ou carrées dans les enceintes fixes des Romains était général, car, comme le dit Végèce, « les anciens trouvèrent que l'enceinte d'une place ne devait point être sur une même ligne continue, à cause des béliers qui battraient trop aisément en brèche; mais par le moyen des tours placées dans le rempart assez près les unes des autres leurs murailles présentaient des parties saillantes et rentrantes. Si les ennemis veulent appliquer des échelles, ou approcher des machines contre une muraille de cette construction, on les voit de front, de revers et presque par derrière; ils sont comme enfermés au milieu des batteries de la place qui les foudroient.» Dès la plus haute antiquité, l'utilité des tours avait été reconnue afin de permettre de prendre les assiégeants en flanc lorsqu'ils voulaient battre les courtines. Les camps fixes des Romains étaient généralement quadrangulaires, avec quatre portes percées dans le milieu de chacune des faces; la porte principale avait nom prétorienne, parce qu'elle s'ouvrait en face du prœtorium, demeure du général en chef; celle en face s'appelait décumane; les deux latérales étaient désignées ainsi principalis dextra et principalis sinistra. Des ouvrages avancés, appelés antemuralia, procastria, défendaient ces portes[4]'. Les officiers et les soldats logeaient dans des huttes en terre, en brique ou en bois, recouvertes de chaume ou de tuiles. Les tours étaient munies de machines propres à lancer des traits ou des pierres. La situation des lieux modifiait souvent cette disposition quadrangulaire, car, comme l'observe judicieusement Vitruve à propos des machines de guerre (chap. XXII) : « Pour ce qui est des moyens que les assiégés peuvent employer pour se défendre, cela ne se peut écrire. »

La station militaire de Famars, en Belgique (Fanum Martis), donnée dans l'Histoire de l'architecture en Belgique, et dont nous reproduisons ici le plan (FIG 4), présente une enceinte dont la disposition ne se rapporte pas aux plans ordinaires des camps romains il est vrai que cette fortification ne saurait être antérieure au IIIe siècle[5]

Quant au mode adopté par les Romains dans la construction de leurs fortifications de villes, il consistait en deux forts parements de maçonnerie séparés par un intervalle de vingt pieds le milieu était rempli de terre provenant des fossés et de blocaille bien pilonnées, et formant un chemin de ronde légèrement incliné du côté de la ville pour l'écoulement des eaux la paroi extérieure s'élevait au-dessus du chemin de ronde, était épaisse et percée de créneaux; celle intérieure était peu élevée au-dessus du sol de la place, de manière à rendre l'accès des remparts facile au moyen d'emmarchements ou de pentes douces[6] ( FIG 5).

 


[1] Cæs. De Bello gall., lib. VII, cap. XXIII[2] Cæs. De Bello gall., lib. VII, cap. XXII[3] Ces boucliers, en forme de portion de cylindre, étaient réserves pour ce genre d'attaque. [4] Godesc. Stewechii Conject. ad Sexti Jul. Frontini lib. Stragem. Lugd. Batav., 1592, in-12, p. 465. [5] Voy. Hist. de l'archit. en Belgique, par A. G. B. Schayes, t I, p. 203 Bruxelles).[6] Végèce, Jib. IV, cap. m, tit. Qnemadmodum muris terra jungatur egesta.

L'enceinte visigothe de la cité de Carcassonne nous a conservé des dispositions analogues et qui rappellent celles décrites par Végèce. Le sol de la ville est beaucoup plus élevé que celui du dehors et presque au niveau des chemins de ronde. Les courtines, fort épaisses, sont composées de deux parements de petit appareil cubique, avec assises alternées de brique le milieu est rempli non de terre, mais de blocage façonné à la chaux. Les tours s'élevaient au-dessus des courtines et leur communication avec celles-ci pouvait être coupée, de manière à faire de chaque tour un petit fort indépendant; à l'extérieur ces tours sont cylindriques, et du côté de la ville elles sont carrées leur souche porte également du côté de la campagne sur une base cubique. Nous donnons ici (FIG 6) le plan d'une de ces tours avec les courtines A est le plan du rez-de-chaussée, B le plan du premier étage au niveau des chemins de ronde.

On voit en C et en D les deux fosses pratiquées en avant des portes de la tour afin d'intercepter, lorsqu'on enlevait les ponts de bois, la communication entre la ville ou les chemins de ronde et les étages des tours. On accédait du premier étage à la partie supérieure crénelée de la tour par un escalier en bois intérieur posé le long du mur plat. Le sol extérieur étant beaucoup plus bas que celui de la ville, le rez-de-chaussée de la tour était en contre-bas du terre-plein de la cité, et on y descendait par un emmarchement de dix à quinze marches. La figure (6 bis) fait voir la tour et ses deux courtines du côté de la ville, les ponts de communication sont supposés enlevés. L'étage supérieur crénelé est couvert par un comble et ouvert du côté de la ville, afin de permettre aux défenseurs de la tour de voir ce qui s'y passe, et aussi pour permettre de monter des pierres et toutes sortes de projectiles au moyen d'une corde et d'une poulie[8].

La figure (FIG 6 ter) montre cette même tour du côté de la campagne nous y avons joint une poterne[9] dont le seuil est assez élevé au-dessus du sol pour qu'il faille un escalier volant ou une échelle pour y accéder. La poterne se trouve défendue, suivant l'usage, par une palissade ou barrière chaque porte ou poterne était munie de ces sortes d'ouvrages.

Conformément à la tradition du camp fixe romain, l'enceinte des villes du moyen âge renfermait un château ou au moins un réduit qui commandait les murailles; le château lui-même contenait une défense isolée plus forte que toutes les autres qui prit le nom de Donjon. Souvent les villes du moyen âge étaient protégées par plusieurs enceintes, ou bien il y avait la cité qui, située sur le point culminant, était entourée de fortes murailles et, autour, des faubourgs défendus par des tours et courtines ou de simples ouvrages en terre ou en bois avec fossés. Lorsque les Romains fondaient une ville, ils avaient le soin, autant que faire se pouvait, de choisir un terrain incliné le long d'un fleuve ou d'une rivière. Quand l'inclinaison du terrain se terminait par un escarpement du côté opposé au cours d'eau, la situation remplissait toutes les conditions désirables et pour nous faire mieux comprendre par une figure, voici (FIG 7) le plan cavalier d'une assiette de ville romaine conforme à ces données.

A était la ville avec ses murs bordés d'un côté par la rivière; souvent un pont, défendu par des ouvrages avancés, communiquait à la rive opposée. En B était l'escarpement qui rendait l'accès de la ville difficile sur le point où une armée ennemie devait tenter de l'investir D le château dominant tout le système de défense, et le refuge de la garnison dans le cas où la ville tombait aux mains des ennemis. Les points les plus faibles étaient alors les deux fronts CC, et c'est là que les murailles étaient hautes, bien flanquées de tours et protégées par des fossés larges et profonds, quelquefois aussi par des palissades, particulièrement en avant des portes. La position des assiégeants, en face de ces deux fronts, n'était pas très-bonne d'ailleurs, car une sortie les prenant de flanc, pour peu que la garnison fut brave et nombreuse, pouvait les culbuter dans le fleuve. Dans 'le but de reconnaître les dispositions des assiégeants, aux angles EE étaient construites des tours fort élevées, qui permettaient de découvrir au loin les rives du fleuve en aval et en amont, et les deux fronts CC. C'est suivant ces données que les villes d'Autun, de Cahors, d'Auxerre, de Poitiers, de Bordeaux, de Langres, etc., avaient été fortifiées à l'époque romaine. Lorsqu'un pont réunissait, en face le front des murailles, les deux rives du fleuve, alors ce pont était défendu par une tête de pont G du côté opposé à la ville ces têtes de pont prirent plus ou moins d'importance elles enveloppèrent des faubourgs tout entiers, ou ne furent que des châtelets, ou de simples barbacanes. Des estacades et des tours en regard, bâties des deux côtés du fleuve en amont, permettaient de barrer le passage et d'intercepter la navigation en tendant, d'une tour à l'autre, des chaînes ou des pièces de bois attachées bout à bout par des anneaux de fer. Si, comme à Rome même, dans le voisinage d'un fleuve, il se trouvait une réunion de mamelons, on avait le soin, non d'envelopper ces mamelons, mais de faire passer les murs de défense sur leurs sommets, en fortifiant avec soin les intervalles qui, se trouvant dominés des deux côtés par des fronts, ne pouvaient être attaqués sans de grands risques. A cet effet, entre les mamelons, la ligne des murailles était presque toujours infléchie et concave, ainsi que l'indique le plan cavalier [10] (FIG 8) de manière à flanquer les vallons.

 

Mais si la ville occupait un plateau (et alors elle n'était généralement que d'une médiocre importance) on profitait de toutes les saillies du terrain en suivant ses sinuosités, afin de ne pas permettre aux assiégeants de s'établir au niveau du pied des murs, ainsi qu'on peut le voir à Langres et à Carcassonne, dont nous donnons ici (FIG 9) l'enceinte visigothe, nous pourrions dire romaine, puisque quelques-unes de ses tours sont établies sur des souches romaines. Dans les villes antiques, comme dans la plupart de celles élevées pendant le moyen âge, et comme aujourd'hui encore, le château, castellum[11], était bâti non-seulement sur le point le plus élevé, mais encore touchait toujours à un côté de l'enceinte, afin de ménager à la garnison les moyens de recevoir des secours du dehors si la ville était prise.

Les entrées du château étaient protégées par des ouvrages avancés qui s'étendaient souvent assez loin dans la campagne, de façon à laisser entre les premières barrières et les murs du château un espace libre, sorte de place d'armes qui permettait à un corps de troupes de camper en dehors des enceintes fixes, et de soutenir les premières attaques. Ces retranchements avancés étaient généralement élevés en demi-cercles composés de fossés et de palissades les portes étaient alors ouvertes latéralement, de manière à obliger l'ennemi qui voulait les forcer de se présenter de flanc devant les murs de la place. Si du IVe au Xe siècle le système défensif de la fortification romaine s'était peu modifié, les moyens d'attaque avaient nécessairement perdu de leur valeur; la mécanique jouait un grand rôle dans les sièges des places, et cet art n'avait pu se perfectionner ni même se maintenir, sous la domination des conquérants barbares, au niveau où les Romains l'avaient placé. Les Romains étaient fort habiles dans l'art d'attaquer les places, et ils déployaient dans ces circonstances, comme en toutes choses, une puissance de moyens dont nous avons de la peine à nous faire une idée. Leur organisation militaire était d'ailleurs on ne peut plus favorable à la guerre de sièges toutes leurs troupes pouvaient au besoin être converties en pionniers, terrassiers, mineurs, charpentiers, maçons, etc., et une armée assiégeante travaillait en masse aux approches, aux terrassements, aux murs de contrevallation, en même temps qu'elle se gardait et attaquait. Cela explique comment des armées romaines, comparativement peu nombreuses, menaient à fin des sièges pendant lesquels il avait fallu faire de gigantesques travaux. Lorsque le lieutenant C. Trébonius fut laissé par César au siège de Marseille, les Romains durent élever des ouvrages considérables pour réduire la ville qui était forte et bien munie. L'un de leurs travaux d'approches est d'une grande importance nous donnons ici la traduction du passage des Mémoires de César qui le décrit, en essayant de la rendre aussi claire que possible. « Les légionnaires, qui dirigeaient la droite des travaux, jugèrent qu'une tour de briques, élevée au pied de la muraille (de la ville), pourrait leur être d'un grand secours contre les fréquentes sorties des ennemis, s'ils parvenaient à en faire une bastille ou un réduit. Celle qu'ils avaient faite d'abord était petite, basse elle leur servait cependant de retraite. Ils s'y défendaient contre des forces supérieures, ou en sortaient pour repousser et pour suivre l'ennemi. Cet ouvrage avait trente pieds sur chaque côté, et l'épaisseur des murs était de cinq pieds on reconnut bientôt (car l'expérience est un grand maître) qu'on pourrait au moyen de quelques combinaisons tirer un grand parti de cette construction, si on lui donnait l'élévation d'une tour. Lorsque la bastille eut été élevée à la hauteur d'un étage, ils (les Romains) placèrent un plancher composé de solives -dont les extrémités étaient masquées par le parement extérieur de la maçonnerie, afin que le feu lancé par les ennemis ne pût s'attacher à aucune partie saillante de la charpente. Au-dessus de ce plancher ils surélevèrent les murailles de brique autant que le permirent les parapets et les mantelets sous lesquels ils étaient à couvert alors à peu de distance de la crête des  murs ils posèrent deux poutres en diagonale pour y placer le plancher destiné à devenir le comble de la tour. Sur ces deux poutres ils assemblèrent des solives transversales comme une enrayure, et dont les extrémités dépassaient un peu le parement extérieur de la tour, pour pouvoir suspendre en dehors des gardes destinées à garantir les ouvriers occupés à la construction du mur. Ils couvrirent ce plancher de briques et d'argile pour qu'il fût à l'épreuve du feu, et étendirent dessus des couvertures grossières, de peur que le comble ne fût brisé par les projectiles lancés par les machines, ou que les pierres envoyées par les catapultes ne pussent fracasser les briques. Ils façonnèrent ensuite trois nattes avec des câbles servant aux ancres des vaisseaux, de la longueur de chacun des côtés de la tour et de la hauteur de quatre pieds, et les attachèrent aux extrémités extérieures des solives (du comble), le long des murs, sur les trois côtés battus par les ennemis. Les soldats avaient souvent éprouvé, en d'autres circonstances, que cette sorte de garde était la seule qui offrît un obstacle impénétrable aux traits et aux projectiles lancés par les machines. Une partie de la tour étant achevée et mise à l'abri de toute insulte, ils transportèrent les mantelets dont ils s'étaient servis sur d'autres points des ouvrages d'attaque. Alors, s'étayant sur le premier plancher, ils commencèrent à soulever le toit entier, tout d'une pièce, et l'enlevèrent fi une hauteur suffisante pour que les nattes de câbles pussent encore masquer les travailleurs. Cachés derrière cette garde, ils construisaient les murs en brique, puis élevaient encore le toit, et se donnaient ainsi l'espace nécessaire pour monter peu à peu leur construction. Quand ils avaient atteint la hauteur d'un nouvel étage, ils faisaient un  nouveau plancher avec des solives dont les portées étaient toujours masquées par la maçonnerie extérieure et de là ils continuaient à soulever le comble avec ses nattes. C'est ainsi que, sans courir de dangers, sans s'exposer a aucune « blessure, ils élevèrent successivement six étages. On laissa des meurtrières aux endroits convenables pour y placer des machines de guerre.

«Lorsqu'ils furent assurés que de cette tour ils pouvaient défendre les ouvrages qui en étaient voisins, ils commencèrent à construire un rat (musculus[12]), long de soixante pieds, avec des poutres de deux pieds d'équarrissage, qui du rez-de-chaussée de la tour les conduiraient à celle des ennemis et aux murailles. On posa d'abord sur le sol deux sablières d'égale longueur, distantes l'une de l'autre de quatre pieds on assembla dans des mortaises faites dans ces poutres des poteaux de cinq pieds de hauteur. On réunit ces poteaux par des traverses en forme de frontons peu aigus pour y placer les pannes destinées à soutenir la couverture du rat. Par-dessus on posa des chevrons de deux pieds d'équarrissage, reliés avec des chevilles et des bandes de fer. Sur ces chevrons on cloua des lattes de quatre doigts d'équarrissage, pour soutenir les briques formant couverture. Cette charpente ainsi ordonnée, et les sablières portant sur des traverses, le tout fut recouvert de brique et a d'argile détrempée, pour n'avoir point à craindre le feu qui serait lancé des murailles. Sur ces briques on étendit des cuirs, afin d'éviter que l'eau dirigée dans des canaux par les assiégés ne vînt à détremper l'argile pour que les cuirs ne pussent être altérés par le feu ou les pierres, on les couvrit de matelas de laine. Tout cet ouvrage se fit au pied de la tour, à l'abri des mantelets, et tout à coup, lorsque les Marseillais s'y attendaient le moins, à l'aide de rouleaux usités dans la marine, le rat fut poussé contre la tour de la ville, de manière à joindre son pied.

 

[7] Annales de la ville de Toulouse, Paris, 1771, t. I, p. 436. [8] Ces tours ont été dénaturées.eu partie au commencement du XIIe siècle et après la prise de Carcassonne par l'armée de saint Louis. Ou retrouve cependant sur divers points les traces de ces interruptions entre la courtine et les portes des tours.[9] Cette poterne existe encore placée ainsi à côté d'une des tours et protégée par son flanc.[10] 1 Voir le plan de Rome. [11] Capdhol, capitol, en langue d'oc. [12] 1 Isidorus, libro duodevigesimo Etymologiarum, capite de Ariete Mus― culus, inquit, cuniczelo similis sit, gmo murus perfoditur ex quo et appellatur, quasi marusculus. (Godeso. Stewec. comm. ad lib. IV Veget. 1492.

Le château Narbonnais de Toulouse, qui joue un si grand rôle dans l'histoire de cette ville depuis la domination des Visigoths jusqu'au XIVe siècle, paraît avoir été construit d'après ces données antiques il se composait « de deux grosses tours, l'une au midi, l'autre au septentrion, bâties de terre cuite et de cailloux avec de la chaux; le tout entouré de grandes pierres sans mortier, mais cramponnées avec des lames de fer scellées de plomb. Le château était élevé sur terre de plus de trente brasses, ayant vers le midi deux portails de suite, deux voûtes de pierres de taille jusqu'au sommet il y en avait deux autres de suite au septentrion et sur la place du Salin. Par le dernier « de ces portails, on entrait dans la ville, dont le terrain a été « haussé de plus de douze pieds. On voyait une tour carrée « entre ces deux tours ou plates-formes de défense car elles « étaient terrassées et remplies de terre, suivant Guillaume de Puilaurens, puisque Simon de Montfort en fit enlever toutes les terres qui s'élevaient jusqu'au comble[7]. »

« Les assiégés, effrayés de cette manœuvre rapide, font avancer, à force de leviers, les plus grosses pierres qu'ils peuvent trouver, et les précipitent du haut de la muraille sur le rat. Mais la charpente résiste par sa solidité, et tout ce qui est jeté sur le comble est écarté par ses pentes. A cette vue, les assiégés changent de dessein, mettent le feu à des tonneaux remplis de poix et de goudron et les jettent du haut des parapets. Ces tonneaux roulent, tombent à terre de chaque côté du rat et sont éloignés avec des perches et des fourches. Cependant nos soldats à couvert sous le rat ébranlent avec des leviers les pierres des fondations de la tour des ennemis. D'ailleurs le rat est défendu par les traits lancés du haut de notre tour de « briques les assiégés sont écartés des parapets de leurs tours et de leurs courtines on ne leur laisse pas le temps de s'y montrer pour les défendre. Déjà une grande quantité des pierres des soubassements sont enlevées, une partie de la tour s'écroule tout à coup[13] . » Afin d'éclaircir ce passage nous donnons (fig. 9') une coupe perspective de la tour ou bastille décrite ci-dessus par César, au moment où les soldats romains sont occupés à la surélever à couvert sous le comble mobile.

Celui-ci est soulevé aux quatre angles au moyen de vis de charpente, dont le pas s'engage successivement dans de gros écrous assemblés en deux pièces et maintenus par les premières solives latérales de chacun des étages, et dans les angles de la tour de cette façon ces vis sont sans fin car lorsqu'elles quittent les écrous d'un étage inférieur, elles sont déjà engagées dans les écrous du dernier étage posé des trous percés dans le corps de ces vis permettent à six hommes au moins de virer à chacune d'elles au moyen de barres, comme à un cabestan. Au fur et à mesure que le comble s'élève, les maçons le calent sur plusieurs points et s'arasent. Aux extrémités des solives du comble sont suspendues les nattes de câbles pour abriter les travailleurs. Quant au rat ou galerie destinée à permette aux pionniers de saper à couvert le pied des murailles des assiégés, sa description est assez claire et détaillée pour n'avoir pas besoin de commentaires.

Si les sièges entrepris par les Romains dénotent chez ce peuple une grande expérience, une méthode suivie, un art militaire poussé fort loin, l'emploi de moyens irrésistibles, un ordre parfait dans les opérations, il n'en est pas de même chez les barbares qui envahirent l'Occident, et si les peuplades germaines de l'Est et du Nord pénétrèrent facilement dans les Gaules, cela tient plutôt à la faiblesse de la défense des places qu'à l'habileté de l'attaque les errements romains étaient à peine connus des barbares. Le peu de documents qui nous restent sur les sièges entrepris par les peuplades qui envahirent les Gaules accusent une grande inexpérience de la part des assaillants.

L'attaque exige plus d'ordre, plus de régularité que la défense, et si les peuplades germaines avaient quelqu'idée de la fortification défensive, il leur était difficile de tenir des armées irrégulières et mal disciplinées devant une ville qui résistait quelque temps; quand les sièges traînaient en longueur, l'assaillant était presque certain de voir ses troupes se débander pour aller piller la campagne. L'organisation militaire des peuples germains ne se prêtait pas à la guerre de sièges. Chaque chef conservant une sorte d'indépendance, il n'était pas possible d'astreindre une armée composée d'éléments divers à ces travaux manuels auxquels les armées romaines étaient habituées. Le soldat germain n'eût pas daigné prendre la pioche et la pelle pour faire une tranchée ou élever un terrassement, et il n'est pas douteux que si les villes gallo-romaines eussent été bien munies et défendues, les efforts des barbares se fussent brisés devant leurs murailles, car en considérant les moyens offensifs dont leurs troupes pouvaient disposer, les traditions de la défense romaine l'emportaient sur l'attaque. Mais après les premières invasions les Gallo-Romains comprirent la nécessité de se défendre et de fortifier leurs villes démantelées par suite d'une longue paix les troupes barbares acquirent de leur côté une plus grande expérience et ne tardèrent pas à employer avec moins d'ordre, mais aussi avec plus de furie et en sacrifiant plus de monde, la plupart des moyens d'attaque qui avaient été pratiqués par les Romains. Une fois maîtres du sol, les nouveaux conquérants employèrent leur génie guerrier à perfectionner la défense et l'attaque des villes; sans cesse en guerre entre eux, ils ne manquaient pas d'occasions de reprendre dans les traditions romaines les restes de l'art militaire et de les appliquer, car l'ambition des chefs francs jusqu'à Charlemagne était toujours de conquérir cette antique prépondérance de Rome, de s'appuyer sur cette civilisation au milieu de laquelle ils s'étaient rués, de la faire revivre à leur profit.

Tous les sièges entrepris pendant les périodes mérovingienne et carlovingienne rappellent grossièrement les sièges faits par les Romains. Lorsqu'on voulait investir une place, on établissait d'abord deux lignes de remparts de terre ou de bois, munis de fossés, l'une du côté de la place, pour se prémunir contre les sorties des assiégés et leur ôter toute communication avec le dehors, qui est la ligne de contrevallation; l'autre du côté de la campagne, pour se garder contre les secours extérieurs, qui est la ligne de circonvallation. A l'imitation des armées romaines, on opposait aux tours des remparts attaqués des tours mobiles en bois plus élevées, qui commandaient les remparts des assiégés, et qui permettaient de jeter sur les murailles, au moyen de ponts volants, de nombreux assaillants. Les tours mobiles avaient cet avantage de pouvoir être placées en face les points faibles de la défense, contre des courtines munies de chemins de ronde peu épais, et par conséquent n'opposant qu'une ligne de soldats contre une colonne d'attaque profonde, se précipitant sur les murailles de haut en bas. On perfectionna le travail du mineur et tous les engins propres à battre les murailles; dès lors l'attaque l'emporta sur la défense. Des machines de guerre des Romains, les armées des premiers siècles du moyen âge avaient conservé le bélier (mouton en langue d'oil, bosson en langue d'oc). Ce fait a quelquefois été révoqué en doute, mais nous possédons les preuves de l'emploi, pendant les Xe, XIe, XIIe, XIVe XVe et même XVIe siècles, de cet engin propre à battre les murailles. Voici les copies de vignettes tirées de manuscrits de la bibliothèque Impériale, qui ne peuvent laisser la moindre incertitude sur l'emploi du bélier. La première (9 bis) représente l'attaque des palissades ou des lices entourant une fortification de pierre[14]. On y distingue parfaitement le bélier, porté sur deux roues et poussé par trois hommes qui se couvrent de leurs targes un quatrième assaillant tient une arbalète à pied de-biche.

 

La seconde (FIG 9 Ter) représente l'une des visions d'Ezéchiel[15] trois béliers munis de roues entourent le prophète[16].

Dans le siège du château de Beaucaire par les habitants de cette ville, le bosson est employé (voir plus loin le passage dans lequel il est question de cet engin). Enfin, dans les Chroniques de Froissard, et, plus tard encore, au siège de Pavie, sous François Ier, il est question du bélier. Mais après les premières croisades, les ingénieurs occidentaux qui avaient été en Orient à la suite des armées apportèrent en France, en Italie, en Angleterre et en Allemagne, quelques perfectionnements à l'art de la fortification le système féodal organisé mettait eu pratique les nouvelles méthodes, et les améliorait sans cesse, par suite de son état permanent de guerre. A partir de la fin du XIIe siècle jusque vers le milieu du XIIIe, la défense l'emporta sur l'attaque, et cette situation ne changea que lorsqu'on fit usage de la poudre à canon dans l'artillerie. Depuis lors, l'attaque ne cessa pas d'être supérieure à la défense.

[13] 1 Cæs., De Bello civ., lib. II, cap. VIII, IX, X,XI[14] Haimonis Comment. in, Ezech. Bibl. Imp manusc du Xe siècle, F. de Saint-Germain, latin. 303.[15] Bible, n° 6, t. III, Bibl. Imp., ancien F. latin, manusc. du xe au XIe siècle. [16] « « Figurez un siège en forme contre elle, des forts des levées de terre, une armée qui l'environne, et des machines de guerre autour de ses murs. Prenez aussi une plaque de fer, et vous la mettrez comme un mur de fer entre vous et la ville puis regardez la ville d'un visage ferme.» etc. (Ezéchiel, chap. iv,vers. 2 et 3. ) Ézéchiel tient en effet la plaque de fer, et autour de lui sont des béliers.

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