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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

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NOTRE DAME DE REIMS.

 

CHAPITRE PREMIER. PREMIER EXTRAIT.

Notre Dame de  Reims.—Cathédrale des Ve et IXe siècles.

 

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Dans le monde est-il un point où la cathédrale de Reims ne soit connue? Est-il un homme  éclairé qui n'ait voulu saluer le noble édifice?

Nos pères l'avaient appelé la grande église : il méritait ce nom. L'architecture moderne n'a rien produit qui puisse le lui faire perdre.

Maintes fois on l'a décrit : pinceaux et burins ont rivalisé pour le reproduire dans sort ensemble, dans ses détails. C’est facile de l'étudier dans des livres sur des gravures; mais pour le comprendre, il faut le visiter. À quiconque croit le posséder son aspect aura toujours des mystères à révéler; à qui l'aura vu chaque jour, sa splendeur saura sans fin imposer l'admiration ; qui se trouve pour la première fois à ses pieds, restera silencieux et profondément ému : c'est que la majesté de la grande église ne réside pas seulement dans là hauteur de ses lignes, dans la magnificence de son portail, dans la hardiesse de ses arcades : c'est que cette forêt de pierres, ces dalles aujourd'hui muettes, ces voûtes audacieuses ont une histoire, une âme, une vie : c'est qu'il est impossible à l'esprit de se soustraire aux plus touchants souvenirs de nôtre nationalité. De tous côtés ils assiègent le spectateur, le saisissent, le soumettent à leur magie. Autour de lui, pas un marbre, pas un mur qui n'ait son nom à dire, sa légende à raconter. Dans cette immense basilique, pas un écho qui ne crie : France et pairie!

De cet édifice, tant de fois dépeint, nous allons essayer d'esquisser l'histoire, de donner la description. Si nous échouons dans cette sérieuse tâche, d'autres, après nous, la reprendront et s’en acquitteront mieux.

Reims était la capitale d'un grand peuple quand César envahit la Gaule. Déjà païenne, elle accueillit sans étonnement les dieux du Capitale et dans son enceinte les divinités celtiques et romaines eurent des temples.

Au centre de la ville gallo-romaine s'élevait la citadelle. Dans toutes nos vieilles cités on retrouve l'usage des fortifications intérieures.

Là le pouvoir exécutif bravait l'émeute ; là se réfugiait la population quand l'ennemi parvenait à franchir les remparts.

Reims avait donc sa citadelle : la tradition y place un temple de Vénus, de Cybèle, ou de Jupiter ; elle devait contenir aussi un palais, peut-être le sénat, le prétoire ou le tribunal ; l'ensemble de l'édifice recevait le nom de Capitale.

On peut avoir une idée de nos anciennes villes en visitant la commune de Bazoches, située entre Fismes et Braisne, Au milieu du village s'asseoit aujourd'hui une ferme: c'était l'antique château seigneurial du pays. Il était flanqué de six ou sept tours encore debout: on lui a conservé le nom de citadelle. De larges fossés l'environnent : au-delà est Une première enceinte de murs assez forts et de bastions sans hauteur. Plus loin, dans l'intérieur de la commune, on voit les traces de deux autres enceintes jadis continues. Leurs tours et leurs portes ont laissé des vestiges faciles à reconnaître. On y remarque la disposition symétrique des pierres, et par suite le style des constructions gallo-romaines.

Ces ruines ont de l’importance. La tradition fait de Bazoches une ancienne ville gauloise; elle y met la résidence du roi Induciomare. Les Romains y avaient garnison. Là fut, dit-on, le palais d'un proconsul. Les champs qui touchent la commune contiennent des ruines qu'il serait intéressant d'explorer. Quiconque veut avoir une idée de ce qu'était Reims dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, doit visiter celte curieuse bourgade.

On fixe généralement au commencement du V ième siècle l'époque où saint Nicaise porta la statue de la Vierge sur l'autel des divinités païennes, au centre de la citadelle gallo-romaine. Deux autres cathédrales avaient précédé celle qu'il fonda dans le III ième siècle de l'ère chrétienne. On avait construit sous l'invocation de saint Sixte, premier évoque de Reims, une chapelle élevée sur ses restes et sur ceux de ses trois successeurs immédiats, Sinice, Armand et Bétause. Cette simple basilique, depuis réédifiée et détruite en 1726 a laissé son nom a l'une des rues qui sillonnent le quartier Saint-Nicaise; Cent ans après sa création, elle avait cessé d'être siège épiscopal. En 314, l'évêque Bétause avait bâti sur les ruines d'un temple de Bacchus une église dédiée aux apôtres ; il y transféra le siège métropolitain, et cinq évoques après lui y célébrèrent lés saints offices. Située dans la rue de Saint-Symphorien, cette église, reconstruite aux XII et XII ièmes siècles, périt en 1793. Cette seconde basilique fut sans doute bientôt insuffisante : saint Nicaise dut l'abandonner pour un édifice plus en harmonie avec l'importance conquise par le christianisme dans la Gaule Belgique. Fit-il élever au milieu des antiques fortifications une église chrétienne? Epargna-t-il le temple païen pour le consacrer au nouveau culte? C'est ce que nous ignorons.

La fondation de la cathédrale eut lieu vers 401. Saint Nicaise, parvenu au siège épiscopal à peu près en 400, mort en 407, a-t-il eu le temps et l'argent nécessaires pour créer en sept ans un vaste édifice? cela ne nous parait pas probable il dut utiliser en grande partie les constructions primitives. Ce qui semble plus certain c'est que la citadelle fut conservée et qu'elle protégea les murs de la sainte basilique.

C'est dans ses murs que se réfugia la population rémoise lorsqu'en 407 les Vandales mirent la ville à feu et à sang ; c'est là que saint Nicaise, sa sœur Eutrope, ses diacres Florent et Joconde furent massacrés en cherchant à défendre la cité contre la fureur des Barbares. C'est là que le digne évêque, revêtu de ses habits pontificaux, la crosse en main, à la tête de son clergé, implorant le Seigneur, s'avança jusqu'à la porte de son temple. C'est là que vieillards, femmes et enfants en larmes, agenouillés, attendant la mort, virent leur dernier défenseur lâchement égorgé par des barbares ivres de débauche et de carnage. La tradition indiquait autrefois par Un petit monument dont nous parlerons la place où furent immolés les saints martyrs. Une belle église s'élevait jadis dans le haut de notre cité : elle rappelait à tous le nom du saint et celui de sa généreuse soeur. Des châsses précieuses renfermaient leurs reliques; un tombeau de marbre conservait leur mémoire. De tous ces monuments élevés par la reconnaissance de nos pères il ne resta plus rien.

Les nations, les cités qui veulent être bien servies ne doivent pas oublier les services rendus, quelle que soit leur data. Honneur à l'homme qui meurt pour son pays! Honneur au chef qui succombe en défendant les siens ! A lui la gloire et ses insignes; pour lui le bronze et ses statues, le marbre et ses bas-reliefs. Les ossements de saint Nicaise sont en partie anéantis : qu'importe?

Le vent a dispersé ses cendres : qu'importe? son nom vit et sa gloire est debout. A saint Nicaise, mort pour Reims, il faudra tôt ou tard dans Reims un monument. A notre vieux temple se rattache un de ces grands souvenirs qui bravent les révolutions, traversent les âges et survivent aux édifices, leurs périssables témoins. La première église de Notre-Dame de Reims vit un vainqueur sauvage, le chef d'une nation barbare et brutale, l'époux de la douce Clotilde, Clovis, roi des Francs, abaisser sa tête à la longue chevelure aux pieds du Dieu qui fit tous les hommes libres et égaux devant lui. En 496 eut lieu le baptême du fier Sicambre; en 496, au milieu de la citadelle romaine, sur les ruines du temple païen, la civilisation et le christianisme montèrent sur le trône de France. Là fut le berceau de notre vieille monarchie; là triomphèrent le spiritualisme, la charité, les lumières; là furent vaincues ta force matérielle, l'égoïste philosophie, l'ignorance superstitieuse. Salut et gloire au premier autel de Notre-Dame de Reims !

A cette époque, on ne baptisait que dans la cathédrale: seulement deux ou trois siècles après, les curés obtinrent la permission de donner le premier des sacrements institués par le christianisme.

Ce point est d'une grande importance; il répond aux traditions erronées qui veulent placer dans d'autres basiliques rémoises la grande cérémonie dont nous parlons. On ne pouvait baptiser le roi que dans la grande église : c'est là que se trouvait la cuve où descendaient les néophytes, la fontaine sacrée qui donna son onde limpide et pure à la main de saint Rémi.

La sacristie de la première cathédrale était célèbre par un miracle : le roi Sigebert y avait recouvré l'ouïe pendant qu'il causait devant quelques reliques du bienheureux saint Martin de Tours.

Saint Nicaise avait ménagé sous le grand autel du chœur une crypte ou oratoire souterrain. Il s'y retirait pour prier. Saint Rémi suivit son exemple et affectionna celte retraite : c'est là qu'un ange du ciel vint lui annoncer qu'il pouvait par donnera l'évoque Genebaud et le rétablir sur le siège de Laon.

Cette crypta fut conservée sous la deuxième église; l'archevêque Hervé lai fit réparer et mit son autel sous l'invocation de saint Rémi.

Dans l'église bâtie par saint Nicaise fut sacré Louis le Débonnaire.

Les glorieux souvenirs ne lui manquaient donc pas; Sous la première race, elle était l'objet de la vénération des rois et des peuples. Sous les carlovingiens, on n'avait plus, pour tout ce qui se rattachait à la famille de Clovis, le même respect que par le passé : notre cathédrale finit par menacer ruine.

Lorsqu'on 816 Ebon parvint au siège de Reims, il conçut le projet de reconstruire le vieux temple. La faveur royale et ses bienfaits lui étaient alors assurés ; il disposait des revenus de l'église, déjà considérables. La charité des fidèles ne devait pas faire défaut à leur chef. Il se mit à l'oeuvre. Louis le Débonnaire lui permit, en 818, de prendre dans, les rues et places voisines le terrain dont il aurait besoin pour élever le nouvel édifice. Il fut donc plus vaste que le premier. L'empereur autorisa de plus Ebon à employer à sa construction les matériaux des anciens remparts.

Les Rémois et les Romains, leurs alliés, les avaient élevés à grands frais en pierres de taille de grande dimension. On puisa dans ces riches carrières tout ce dont on avait besoin. Les habitants consentirent à cette démolition, qui ne fut d'ailleurs que partielle, et se placèrent sous la protection du ciel, sub custodia coeli. Ces mots furent depuis traduits  par la vieille devise rémoise : Dieu en soit garde.

La munificence royale fit aussi l'abandon des droits du fisc sur les terrains ainsi concédés, des redevances dues par l'église de Reims au palais impérial d'Aix-la-Chapelle.

Ce fut en 827 ou 829 que les travaux commencèrent activement.

Rumalde ou Romualde, architecte du roi, les dirigeait. Il était serf de Louis le Débonnaire; celui-ci le donna à Ebon pour te servir toute sa vie et lui consacrer les talents qu'il avait reçus du ciel. Sous ses ordres s'enrôlèrent de nombreux ouvriers.

Des artistes habiles avaient été appelés de toutes les contrées.

Ebon veillait à ce que rien ne manquât à ceux qu'il avait fait venir. Les vivres qui leur étaient nécessaires étaient réunis et distribués par ses ordres. Il leur assignait des logements. Rien n'interrompait le travail. Lorsqu’Ebon fut déposé, en 835, il fut contraint de laisser à d'autres  une entreprise dont il avait conçu le plan ; mais il s'occupait sans cesse, dans, l'exil, des constructions qu'il ne pouvait plus surveiller. De retour en 841, il bénit tout ce qui avait été fait en son absence; chassé de nouveau de son siège, il ne put mettre la dernière main à son oeuvre. Hincmar, son successeur, fit la dédicace de la nouvelle basilique, en présence des évêques de la province, de Charles le Chauve et de toute sa cour.

Il fallut près de quarante ans pour élever les grosses constructions de la secondé église. Après cent cinquante années de travaux, elle n'était pas achevée dans ses détails, et en 962 le sculpteur y travaillait encore. Malheureusement cet antique édifice n'a pas été décrit par ses contemporains; et, comme nous allons le voir, il ne fut pas de longue durée.

11 existe deux dessins qui ont tous deux la prétention de représenter la cathédrale du temps de saint Nicaise; les anachronismes matériels qu'on y remarque, ne permettant pas d'ajouter foi complète même à leurs détails vraisemblables. Ainsi les fleurs de lys sont placées au sommet des clochetons; ainsi cette basilique aurait eu des verrières de forme ogivale. Cependant, tous les souvenirs n'étaient peut-être pas encore éteints, quand on tenta de reproduire ce qui n'était plus; il ne faut donc pas dédaigner absolument ces deux reproductions ; nous allons en donner une idée.

Le lecteur est prévenu; il n'accueillera donc qu'avec défiance des descriptions dont l'exactitude est suspecte. L'une d'elles nous est fournie par une des sculptures qui ornent la façade de la cathédrale actuelle. Le temple, si nous croyons ce bas-relief, se composait d'une nef principale et de deux basses nefs.

Le portail était placé entre deux tours rondes et terminées par des toits coniques. Au-dessus de la porte d'entrée, qui était étroite et haute, s'élevaient trois verrières de forme longue. Le choeur se trouvait à l'extrémité de l'édifice, dans une rotonde dont la toiture était distincte de celle de l'église. Il était éclairé par un Cercle de fenêtres ; chacune d'elles était séparée en deux par une colonne. Dés créneaux couronnant l'édifice étaient percés d'embrasures et de meurtrières; une crête ornée de globes régnait sur le sommet du toit. Le monument devait être peu considérable; puisque le dessin ne représente qu'une verrière dans la basse-nef, et deux fenêtres dans le haut de la grande nef. Tous ces détails, il faut en convenir, peuvent s'appliquer aussi bien à la seconde église qu'à la première. Les créneaux même qui semblent rappeler l'ancienne citadelle, se retrouvent dans les temples bâtis sous les deux premières races, et même plus tard. Bidet, ce sceptique historien de Reims, qui vivait dans le siècle dernier, nous a conservé dans ses manuscrits le second dessin de la cathédrale bâtie par saint Nicaise; il diffère gravement de celui que nous venons de décrire : le portail se compose d'une porte à sommet triangulaire, de deux verrières à plein-cintre et d'une rose à quatre feuilles. Les deux tours, surmontées par des croix, sont éclairées, dans leur sommet seulement , par de petites ouvertures longues, étroites et faisant cerclée à l'extrémité du toit est un clocher aigu ; deux verrières sont ouvertes à la base. Quatre fenêtres sont indiquées dans la haute nef.

La basse-nef n'en a que deux. Une porte analogue à celle de la façade s'y montre. Au bout de l'église est une rotonde sans toit apparent, terminée par une plate-forme hérissée de créneaux et percée par des haies à plein-cintre.

Le dessin qu'on nous donne pour celui de la deuxième cathédrale, est plus riche de détails; il s'est conservé sur l'un des sceaux du Chapitre, et reproduit plusieurs points qui ne sont pas sans rapport avec les vues que nous venons d'esquisser.

Ainsi, le portail se dresse entre deux tours rondes ; ainsi le chœur est encore situé dans un bâtiment séparé de la nef, plus bas qu'elle. Mais cette fois l'église n'a plus de bas-côtés; une porte latérale est ouverte à gauche, en entrant du côté où devait se trouver le cloître du Chapitre. Les créneaux ont disparu. Le portail, à plein cintre, est couronné d'un fronton triangulaire, au sommet duquel s'élève la statue de la Vierge ; une rosace est percée au milieu du fronton. Au-dessus règne une galerie d'arcades à colonnes légères. Plus haut est ouverte une verrière ronde dans laquelle se dessine une rose à quatre feuilles. Le sommet de la façade est triangulaire ; un clocheton s'élance à son sommet; les deux lignes qui vont y aboutir sont sculptées et présentent une dentelure saillante. Les deux tours, qui, dans le premier dessin, avaient des fenêtres, les unes carrées, les autres longues et à plein cintre, n'ont plus de jour; elles sont semblables à des colonnes. Des statuettes en prière, les mains jointes, en décorent le sommet; elles reposent sur une sorte de bourrelet, et ne sont pas sans rapport avec celles du clocher actuellement connu sous le nom de clocher à l'ange. Au-dessus d'elles se retrouve un ornement du même genre. Les tours sont terminées par un toit pointu, conique, très élevé, orné de sculptures. A l'extrémité est posée la croix. Elle est assise sur un globe ; de petites boules terminent ses bras.

Le toit de l'église est orné, au sommet et à la ligne inférieure, d'un feston dentelé. De petits globes se placent sur la pointe des dents.

A cheval sur ce toit, s'élève une flèche qui rappelle encore le clocher à l'ange : cependant l’ange n'y est pas, mais une croix le remplace. A sa base sont encore des figures les mains jointes (1).

La rotonde du chœur est entourée par une suite de verrières séparées par des colonnes de pierre. A l'extrémité du monument s'élève encore un clocher qui porte une fleur-de-lys; on en remarque une autre à l'extrémité du toit de la nef principale ; une troisième est posée sur le toit triangulaire qui abrita la porta ouverte du côté du Chapitre. La nef est éclairée par sept grandes verrières dont le sommet a la forme d'un trèfle évasé.

Entre chacune d'elles est une statue posée sur une colonne.

C’est probable que l'artiste aura joint ses propres inspirations à quelques réminiscences. Nous donnons ces trois succinctes descriptions pour servir à ceux qui, plus heureux que nous, arriveront à pouvoir préciser ce que nous laissons forcément dans le vague.

 

(1) Nous signalons ces points à l'attention du lecteur; nous y reviendront plus tard

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

ÉTUDE SUR


LA SOUVERAINETÉ

LIVRE PREMIER


DES ORIGINES


DE LA SOUVERAINETÉ

CHAPITRE DEUXIEME


ORIGINE DE LA SOCIÉTÉ

 

De Maistre 17

 

 

C'est une manie étrange de l'homme de se créer des difficultés pour avoir le plaisir de les résoudre. Les mystères qui l'environnent de toute part ne lui suffisant pas, il repousse encore les idées claires, et réduit tout en problème par je ne sais quel détour de l'orgueil qui lui fait regarder comme au-dessous de lui de croire ce que tout le monde croit. Ainsi, par exemple, on a longuement disputé sur l'origine de la société ; et au lieu de la supposition toute simple qui se présente naturellement à l'esprit, on a prodigué la métaphysique pour bâtir des hypothèses aériennes réprouvées par le bon sens et par l'expérience.

Lorsqu'on met en problème les causes de l'origine de la société, on suppose manifestement qu'il a existé pour le genre humain un temps antérieur à la société ; mais c'est précisément ce qu'il faudrait prouver.
On ne niera pas sans doute que la terre en général ne soit destinée à l'habitation de l'homme ; or la multiplication de l'homme entrant dans les vues du Créateur, il s'ensuit que la nature de l'homme est d'être réuni en grandes sociétés sur toute la surface du globe : car la nature d'un être est d'exister tel que le Créateur a voulu qu'il existe. Et cette volonté est parfaitement déclarée par les faits.
L'homme isolé n'est donc point l'homme de la nature; l'espèce humaine même n'était point encore ce qu'elle devait être lorsqu'un petit nombre d'hommes était répandu sur une grande surface de terrain. Alors il n'y avait que des familles, et ces familles ainsi disséminées n'étaient encore, individuellement ou par leur réunion future, que des embryons de peuples.
Et si, longtemps après la formation des grandes sociétés, quelques peuplades perdues dans les déserts nous présentent encore les phénomènes de l'espèce humaine dans son enfance, ce sont toujours des peuples enfants, qui ne sont point encore ce qu'ils doivent être.
Que penserait-on d'un naturaliste qui dirait que l'homme est un animal de 30 à 35 pouces de long, sans force et sans intelligence, et ne poussant que des cris inarticulés? Cependant ce naturaliste, en ne donnant à la nature physique et morale de l'homme que les caractères de l'enfance, ne serait pas plus ridicule que le philosophe cherchant la nature politique de ce même être dans les rudiments de la société.
Toute question sur la nature de l'homme doit se résoudre par l'histoire. Le philosophe qui veut nous prouver, par des raisonnements à priori, ce que doit être l'homme, ne mérite pas d'être écouté : il substitue des raisons de convenance à l'expérience, et ses propres décisions à la volonté du Créateur.
Je suppose qu'on parvienne à prouver qu'un sauvage d'Amérique a plus de bonheur et moins de vices qu'un homme civilisé : pourrait-on en conclure que ce dernier est un être dégradé, ou, si l'on veut, plus loin de la nature que le premier? Point du tout. C'est précisément comme si l'on disait que la nature de l'homme individu A est de demeurer enfant, parce qu'à cette époque de la vie il est exempt des vices et des malheurs qui doivent l'assiéger dans sa virilité.
L'histoire nous montre constamment les hommes réunis en sociétés plus ou moins nombreuses, régies par différentes souverainetés. Dès qu'ils se sont multipliés jusqu'à un certain point, ils n'ont pu exister autrement.
Donc, à proprement parler, il n'y a jamais eu pour l’homme de temps antérieur à la société, parce qu'avant la formation des sociétés politiques, l'homme n'est point tout à fait homme, et qu'il est absurde de chercher les caractères d'un être quelconque dans le germe de cet être.
Donc la société n'est point l'ouvrage de l'homme, mais le résultat immédiat de la volonté du Créateur qui a voulu que l'homme fût ce qu'il a toujours et partout été.
Rousseau et tous les raisonneurs de sa trempe sa figurent ou tâchent de se figurer un peuple dans l'état de nature (c'est leur expression), délibérant en règle sur les avantages et les désavantages de l'état social et se déterminant enfin à passer de l'un à l'autre. Mais il n'y a pas l'ombre de bon sens dans cette supposition. Que faisaient ces hommes avant cette Convention nationale où ils résolurent enfin de se donner un souverain? Ils vivaient apparemment sans lois, sans gouvernement ; depuis quand?
C’est une erreur capitale de se représenter l'état social comme un état de choix fondé sur le consentement des hommes, sur une délibération et sur un contrat primitif qui est impossible. Quand on parle de l'état de nature par opposition à l’état social, on déraisonne volontairement. Le mot de nature est un de ces termes généraux dont on abuse comme de tous les termes abstraits. Ce mot, dans son acception la plus étendue, ne signifie réellement que l’ensemble de toutes les lois, de toutes les forces, de tous les ressorts qui constituent l'univers, et la nature particulière de tel ou tel être, l’ensemble des qualités qui le constituent ce qu'il est, et sans lesquelles il serait autre chose et ne pourrait pas remplir les vues de l'ouvrier. Ainsi la réunion de toutes les pièces qui composent la machine destinée à diviser le temps, forme la nature ou l'essence de la montre; et la nature ou l'essence du balancier est d'avoir telle forme, telles dimensions, tello position : autrement il ne serait plus un balancier, et ne pourrait en remplir les fonctions. La nature d'une vipère est de ramper, d'avoir une peau écailleuse, des dents creuses et mobiles qui distillent un venin mortel ; et la nature de l'homme est d'être un animal intelligent, religieux et sociable. Une expérience invariable nous l'enseigne ; et je ne vois pas qu'il y ait rien à opposer à cette expérience. Si quelqu'un entend prouver que la nature de la vipère est d'avoir des ailes et une voix mélodieuse, et que celle du castor est de vivre isolé sur le sommet des plus hautes montagnes, c'est à lui de prouver. En attendant, nous croirons que ce qui est doit être et a toujours été.
« L'ordre social », a dit Rousseau, « est un droit sacré qui sort de base à tous les autres. Cependant ce droit ne vient point de la nature il est donc fondé sur des conventions. » (Contrat social, ch. 1 er)
Qu'est-ce que la nature? Qu'est-ce qu'un droit? Et comment un ordre est-il un droit?... Mais passons sur ces difficultés : les questions ne finiraient pas avec un homme qui abuse de tous les termes et n'on définit aucun. On a droit au moins de lui demander la preuve de cette grande assertion : « L'ordre social ne vient point de la nature ». — « Je dois », dit-il lui-même, « établir ce que je viens d'avancer. » C'est en effet ce qu'il aurait fallu faire ; mais la manière dont il s'y prend est vraiment curieuse. Il emploie trois chapitres à prouver que l'ordre social ne vient ni de la société de famille, ni de la force ou de l'esclavage (chap. 2, 3, 4), et il en conclut (chap. 5) qu'il faut toujours remonter à une première convention. Cette manière de démontrer est commode ; il n'y manque que la formule majestueuse des géomètres : « ce qu'il fallait démontrer ».
Il est aussi singulier que Rousseau n'ait pas seulement essayé de prouver l'unique chose qu'il fallait prouver : car si l'ordre social vient de la nature, il n'y a point de pacte social.
« Avant que d'examiner », dit-il, « l'acte par lequel un peuple élit un roi (1), il serait bon d'examiner l'acte par lequel un peuple est un peuple : car cet acte, étant nécessairement antérieur à l'autre, est le vrai fondement de la société. » (Ibid., chap. v.)
— « C'est la manie éternelle des philosophes », dit ailleurs ce même Rousseau, « de nier ce qui est et d'expliquer ce qui n'est pas (2). » Ajoutons de notre côté. C'est la manie éternelle de Rousseau de se moquer des philosophes (3), sans se douter qu'il était aussi un philosophe dans toute la force du sens qu'il attribuait à ce mot : ainsi par exemple le Contrat social nie d'un bout à l'autre la nature de l'homme, qui est, — pour expliquer le pacte social, qui n'existe pas.
C'est ainsi qu'on raisonne quand on sépare l'homme de la Divinité. Au lieu de se fatiguer pour ne trouver que l'erreur, il en coûterait peu de tourner les yeux vers la source des êtres ; mais une manière de philosopher si simple, si sûre et si consolante n'est pas du goût dos écrivains de ce malheureux siècle dont la véritable maladie est l'horreur du bon sens.
Ne dirait-on pas que l'homme, cette propriété de la Divinité (4), est jeté sur la terre par une cause aveugle ; qu'il pouvait être ceci ou cela, et que c'est par un effet de son choix qu'il est ce qu'il est? Certainement, Dieu en créant l'homme se proposait une fin quelconque : la question se réduit donc à savoir si l'homme est devenu animal politique, comme disait Aristote, par ou contre la volonté divine. Quoique cette question énoncée ouvertement soit un véritable trait de folie, elle est faite cependant d'une manière indirecte, dans une foule d'écrits dont les autours décident même assez souvent pour la négative. Le mot de nature a fait prononcer une foule d'erreurs. Répétons que la nature d'un être n'est que l'assemblage des qualités attribuées à cet être par le Créateur. M. Burke a dit, avec une profondeur qu'il est impossible d'admirer assez que l'art est la nature de l'homme : oui, sans doute, l'homme avec toutes ses affections, toutes ses connaissances, tous ses arts, est véritablement l'homme de la nature, et la toile du tisserand est aussi naturelle que celle de l'araignée.
L'état de nature pour l'homme est donc d'être ce qu'il est aujourd'hui et ce qu'il a toujours été, c'est-à-dire sociable : toutes les annales de l'univers établissent cette vérité. Parce qu'on a trouvé dans les forêts de l'Amérique, pays nouveau sur lequel on n'a pas encore tout dit, des hordes vagabondes que nous appelons sauvages, il ne s'ensuit pas que l'homme ne soit naturellement sociable : le sauvage est une exception et par conséquent ne prouve rien ; il est déchu de l’état naturel, ou il n'y est point encore arrivé. Et remarquez bien que le sauvage même ne forme pas une exception à proprement parler : car cette espèce d'hommes vit en société et connaît la souveraineté tout comme nous. Sa Majesté le Cacique est couverte d'une peau de castor graisseuse, au lieu d'une pelisse de renard de Sibérie ; il mange royalement son ennemi prisonnier, au lieu de le renvoyer sur sa parole, comme dans notre Europe dégradée. Mais, enfin, il y a parmi les sauvages une société, une souveraineté, un gouvernement et des lois quelconques. Quant aux histoires vraies on fausses d'individus humains trouvés dans les bois et vivant absolument comme des animaux, on est dispensé, sans doute, d'examiner des théories fondées sur ces sortes de faits ou de contes.


(1) Pourquoi un roi? Il fallait dire un souverain.
(2) Nouvelle Héloïse, t. IV.
(3) Voir dans l’Emile, t. III, le portrait d'une vérité si frappante que Rousseau fait de ces Messieurs. Il oublie seulement d'ajouter : Et quorum pars magna fui.
(4) Cette belle expression de Platon. (Voir le Phédon.)

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

ÉTUDE  SUR


LA SOUVERAINETÉ

LIVRE PREMIER


DES ORIGINES

 

DE LA SOUVERAINETÉ

CHAPITRE PREMIER


DE LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE (1)
Non illi imperium. Virg.

 

De Maistre 17

 

Le peuple est souverain, dit-on ; et de qui ?— De lui-même apparemment. Le peuple est donc sujet.
Il y a sûrement ici quelque équivoque s'il n'y a pas une erreur, car le peuple qui commande n'est pas le peuple qui obéit. Il suffit donc d'énoncer la proposition générale  « Le peuple est souverain », pour sentir qu'elle a besoin d'un commentaire.
Ce commentaire ne se fera pas attendre, du moins dans le système français. Le peuple, dira-t-on, exerce sa souveraineté par le moyen de ses Représentants.
Cela commence à s'entendre. Le peuple est un souverain qui ne peut exercer la souveraineté. Seulement chaque individu mâle de ce peuple a le droit de commander à son tour pendant un certain temps : par exemple, si l'on suppose 25 millions d'hommes en France et 700 députés éligibles chaque deux ans, on comprend que si ces 25 millions d'hommes étaient immortels, et que les députés fussent nommés par tour, chaque Français se trouverait roi périodiquement chaque trois mille cinq cents ans environ.
Mais comme, dans cet espace de temps, on ne laisse pas que de mourir de temps en temps, et que d'ailleurs les électeurs sont maîtres de choisir comme il leur plaît, l'imagination est effrayée du nombre épouvantable de rois condamnés à mourir sans avoir régné.
Mais puisqu'il faut examiner plus sérieusement cette question, observons d'abord que, sur ce point comme sur tant d'autres, il pourrait bien se faire qu'on ne se fût pas entendu. Commençons donc à bien poser la question.
On a disputé avec chaleur pour savoir si la souveraineté venait de Dieu ou des hommes ; mais je ne sais si l'on a observé que les deux propositions peuvent être vraies.
Il est très vrai, dans un sens inférieur et grossier, que la souveraineté est fondée sur le consentement humain : car si un peuple quelconque s'accordait tout à coup pour ne pas obéir, la souveraineté disparaîtrait, et il est impossible d'imaginer rétablissement d'une souveraineté sans imaginer un peuple qui consent à obéir. Si donc les adversaires de l'origine divine de la souveraineté ne veulent dire que cela, ils ont raison, et il serait fort inutile de disputer. Dieu n'ayant pas jugé à propos d'employer des instruments surnaturels pour l'établissement des empires, il est sûr que tout a dû se faire par des hommes. Mais dire que la souveraineté ne vient pas de Dieu parce qu'il se sert des hommes pour, l'établir, c'est dire qu'il n'est pas le créateur de l'homme parce que nous avons tous un père et une mère.
Tous les théistes (2) de l'univers conviendront sans doute que celui qui viole les lois s'oppose à la volonté divine et se rend coupable devant Dieu quoiqu'il ne viole que des ordonnances humaines, car c'est Dieu qui a créé l'homme sociable ; et puisqu'il a voulu la société, il a voulu aussi la souveraineté et les lois sans lesquelles il n'y a point de société.
Les lois viennent donc de Dieu dans le sens qu'il veut qu'il y ait des lois et qu'on leur obéisse ; et cependant ces lois viennent aussi dos hommes puisqu'elles sont faites par des hommes.
De même la souveraineté vient de Dieu, puisqu'il est l'autour de tout, excepté du mal, et qu'il est en particulier l'auteur de la société qui ne peut subsister sans la souveraineté.
Et cependant cette même souveraineté vient aussi des hommes dans un certain sens, c'est-à-dire en tant que tel ou tel mode de gouvernement est établi et déclaré par le consentement humain.
Les partisans de l'autorité divine ne peuvent donc nier que la volonté humaine ne joue un rôle quelconque dans l'établissement des gouvernements ; et les partisans du système contraire ne peuvent nier à leur tour que Dieu ne soit, par excellence et d'une manière éminente, l'auteur de ces mêmes gouvernements.
Il paraît donc que ces deux propositions : la souveraineté vient de Dieu, et la souveraineté vient des hommes, ne se contredisent pas absolument ; pas plus que ces deux autres : les lois viennent de Dieu, et les lois viennent des hommes.
Il suffit donc de s'entendre, de mettre les idées à leur place, et de ne les point confondre. Avec ces précautions nous sommes sûrs de ne pas nous égarer, et il semble qu'on doit écouter avec faveur l'écrivain qui dit : « Je ne viens point pour vous dire que la souveraineté vient de Dieu ou des hommes ; examinons seulement ensemble ce qu'il y a de divin et ce qu'il y a d'humain dans la souveraineté. »


(1) Le manuscrit de cette étude porte les dates de Lausanne, 1794,1795,1796. (Note de l'éditeur.)— Cet ouvrage a été écrit à la hâte et jamais relu. Quelques morceaux ont passé dans d'autres écrits. Saint-Pétersbourg, 16 (28)janvier 1815.(Note de l'auteur.)
(2) Quoique ce mot dans son acception primitive soit synonyme de celui de déiste, l'usage cependant en a fait l'opposé d'athée, et c'est dans ce sens que je l'emploie. C'est un mot nécessaire, celui de déiste excluant la croyance de toute révélation.

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DATES ET EVENEMENTS LIES A LA MONARCHIE FRANCAISE ET A SES PAIRS.

LE 16ième SIECLE. 

 

CET OUVRAGE (180 pages environ) VIENT DE PARAITRE AUX EDITIONS LACOUR (NIMES). Y sont répertoriés les événements les plus connus (Bayard adoudant François 1er) comme les plus anodins (Henri II décidant de fixer la date du début d'année au 1er janvier à l'ensemble du Royaume).


CI-DESSOUS LES 1 ET 4 DE COUVERTURE.


 

Photo 020

 

Photo 021

 

  En vente auprès de l'auteur contact : rhonandebar@yahoo.fr

Prix : 20 euros franco de port.

 

Copyright Rhonan de Bar. 21/02/2012.

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DE LA FRANGE

 
DE HUGUE CAPET A L'ANNÉE 1906

ALFRED FRANKLIN. EXTRAIT

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III.


— HENRI Ier (1)

 


Fils de Robert II et de Constance d'Arles.
Né vers 1008 (2).
Duc de Bourgogne vers 1017.
Associé au trône et sacré (3), à Reims sans doute (4), en 1027.
Roi en juillet 1031.
Mort, empoisonné peut-être, à Vitry près d'Orléans, le 4 août 1060 (5).
Enterré à Saint-Denis (6).

Femme :

MATHILDE (7), nièce de Henri II, empereur d'Allemagne, morte avant 1044.
ANNE (8) de Russie (9), fille de Iaroslaw Wladimirowitch, grand duc de Russie, et d'Ingegerd de Norvège. — Née vers 1024. — Mariée le 14 mai 1049. — Remariée, après 1060, avec Raoul de Péronne, comte de Crépy et de Valois. — Morte vers 1075.

Enfants :

Tous d'Anne de Russie :
PHILIPPE Ier.
ROBERT, mort jeune après 1063.
HUGUE, dit le Grand. Devenu comte de Vermandois par son mariage avec Alix, héritière des comtés de Vermandois et de Valois. — Mort à Tarse, en Cilicie, le 18 octobre 1102.

 
(1) Ainricus, Hainricus, Heinricus, Henricus, Eheinricus, etc.
(2) En avril ou en mai, croit-on.
(3) Lorsque le fils du roi avait été désigné comme héritier présomptif et que les grands avaient approuvé le choix fait par le souverain, le nouvel élu était aussitôt sucré. Jusqu'à Philippe-Auguste, le fils aîné de chaque roi fut sacré du vivant de son père.—Voy. ci-dessous la note 6, p. 21.
(4) Peut-être à Sens. Voy. ci-dessus la note 4, page 7.
(5) « Anno MLIX. obiit Henricus », écrit Orderic Vital, lib. III, t. II, p. 79. — « Anno MLX», écrit Richer, lib. 1, t. I, p.185.
(6) Sur la fin de son règne, il commença à mentionner dans les lettres royaux les noms des grands officiers de la couronne. Voy. N.de Wailly, Paléographie t., I, p. 306.
(7) Mathildis, Mathilda, Mahauda, etc.
(8) Dite aussi Agnès et Gertrude: Annu, Agnes, Gertrudis.
(9) Mathilde ne lui ayant pas donné d'enfant, il s'imagina que quelque parenté prohibée devait avoir existé entre eux. Pour ne pas s'exposer une seconde fois au courroux céleste, il envoya chercher une femme à l'extrémité de l'Europe. Voy. Caix de Saint-Aymour, Anne de Russie, reine de France, puis comtesse de Valois, 1894, in-18.





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DE LA FRANGE


DE HUGUE CAPET A L'ANNÉE 1906

ALFRED FRANKLIN. EXTRAIT

 

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II.


ROBERT II (1)


Dit Auguste, le Pieux, le Pacifique, le Glorieux, le Père de la Patrie, le Hiérosolymitain (2).
Fils de Hugue Capet et d'Adélaïde d'Aquitaine.
Né à Orléans entre 968 et 974 (3).
D'abord duc de Bourgogne.
Associé au trône et sacré à Orléans (4) vers 987.
Roi entre le 23 et le 25 octobre 996.
Mort, d'une cause inconnue, en juillet 1031 (5).
Enterré à Saint-Denis.

Femmes :

ROZALA, dite Suzanne (6), fille de Bérenger, roi d'Italie, veuve d'Arnoul II, dit le Jeune, comte de Flandre. — Mariée avec Robert vers 988. — Répudiée vers 992. — Morte le 7 février 1003.
BERTHE (7) de Bourgogne, fille de Conrad le Pacifique, duc de Bourgogne, et de Mathilde de France, fille de Louis IV. — Née vers 964. — Veuve, en 995, de Eude, comte de Chartres, Tours et Blois, à qui elle avait donné cinq enfants. — Mariée avec Robert vers la fin de 996.
— Répudiée, pour cause de parenté (8), en 1001.
CONSTANCE (9) - d'Arles, dite Blanche, Blandine ou Candide (10), fille de Guillaume Ier, comte d'Arles (11). — Mariée vers 1003. — Morte à Melun en juillet 1032.

Enfants :

Tous de Constance :
HUGUE, dit le Grand. Né en 1007. — Associé au trône dans l'église de Saint-Corneille de Compiègne, par l'archevêque de Reims, le 19 juin 1017. — Mort le 17 septembre 1025. — Enterré à Compiègne.
HENRI Ier.
ROBERT Ier, dit le Vieux (12), duc de Bourgogne. — Né en 1010. — Mort en 1075.
EUDE (13). On ne connaît ni la date de sa naissance, ni celle de sa mort. Il se révolta contre son père et fut emprisonné à Orléans.
ADÈLE (14). Mariée très jeune, en janvier 1027, avec Richard III, duc de Normandie. — Veuve le 6 août 1027. — Remariée en 1028 avec Baudouin, comte de Flandre. — Morte en 1079.
On attribue souvent, mais à tort, une deuxième fille au roi Robert.


(1) Rodbertus,Rotbertus,  Roddebertus, etc…
(2) Augustus, Pius, Pacificus, Gloriosus, Pater patriae, Hierosolymitanus. Ce dernier surnom eût mieux convenu à Louis VII.
(3) Voy. J. Havet.
(4) Le sacre se célébrait alors, soit dans une des villes royales, comme Noyon, Orléans, Sens ou Compiègne, soit dans la grande cité archiépiscopale de Reims. Quel que fût le lieu choisi pour la cérémonie, elle devait être présidée par l'archevêque de Reims.
(5) Date très controversée .Voy. Ch. Pfister, p. 81.— « Obiit Rodbertus rex anno dominicae incarnationis M° XXX°I° », écrit Orderic Vital (lib.VII, t. III, p. 151).
(6) Rosala seu Susanna.
(7)  Bertha, Bertrada, Berta, etc.
(8) Robert avait été parrain de son dernier enfant.
(9) Constancia, Constantia, etc.
(10) Blancha, Blanchia, Blandina, Candida, etc. A cause de la blancheur de son teint.
(11) On l'a faite aussi fille de Guillaume V d'Aquitaine, et aussi de Guillaume III Taillefer, comte de Toulouse. Voy. F. Lot, Les derniers carolingiens p,. 361.
(12) Robertus vetulus.
(13) Odo, Otto, etc.
(14) Adela, Adelais, Aida, Adala, Hadala, etc

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DE LA FRANGE


DE HUGUE CAPET A L'ANNÉE 1906

ALFRED FRANKLIN. EXTRAIT



CAPÉTIENS DIRECTS

 

 

hugues capet

 

 

I. — HUGUE CAPET



Arrière-petit-fils de Robert le Fort, comte d'Anjou.
Fils de Hugue le Grand (1), comte de Paris, duc de France, et d'Hathuide (2), fille de Henri l'Oiseleur (3), roi de Germanie.
Né, très probablement à Paris, en 938 ou en 939.
D'abord comte de Paris et duc de France (4).
Élu (5) roi (6) à Noyon, le 1er juillet 987.
Sacré, soit à Noyon soit à Reims, le 3 du même mois (7).
Mort, sans doute de la variole (8), dans un lieu inconnu (9),
le 23, le 24 ou le 25 octobre 996, plus probablement le 24 (10).
Enterré à Saint-Denis, et non à Saint-Magloire, comme on l'a dit.

Femme :

ADELAÏDE (11) d'Aquitaine, dite aussi de Poitiers (12), descendante de Charlemagne, fille de Guillaume III dit Tête d'étoupes (13), duc d'Aquitaine.— Mariée vers 970. — Morte vers 1004.

Enfants :


ROBERT II.
HATHUIDE ou HADWIGE. Mariée vers 996 avec Renier III, comte de Hainaut.
GISLE ou GISELLE (14). Mariée avec Hugue Ier, seigneur d'Abbeville et comte de Ponthieu.

Enfant naturel :

GAUZLIN ou JOSSELIN (15), abbé de Saint-Benoît sur Loire, puis archevêque de Bourges, mort en 1030.


(1) A cette époque, le mot Grand ne constituait pas toujours une épithète louangeuse. Il s'appliquait souvent à la taille du personnage, et plus souvent encore indiquait sa qualité de chef de famille. Il paraît, en outre, avoir été le surnom héréditaire des princes de la maison Robertienne qui portaient le nom si répandu de Hugue.— Orderic Vital donne parfois à Hugue Capet le nom de Hugue le Grand. En outre, un fils de Robert II et un fils de Henri Ier, tous deux nommés Hugue, ont eu le même surnom.
(2) Dite aussi Hedwige, Adwige, Avoie et même Avoise.
(3) Henricus Auceps.
(4) Voy. ci-dessus.
(5) La royauté était alors à la fois héréditaire et élective. La cérémonie du sacre était toujours précédée d'une élection faite par les grands du royaume. Ce qui sauva cette monarchie, d'abord si précaire, c'est que, jusqu'à la mort de Louis X, c'est-à-dire pendant plus de trois cents ans, la dynastie capétienne, ne manqua pas une fois d’héritier mâle. Voy. ci-dessous, p. 33
(6) « Les Normands  ravageoient le royaume. Ils venoient par de petits bâtimens, entroient par l'embouchure des rivières, les remontoient et dévastoient le pays des deux côtés. Les villes d'Orléans et de Paris arrêtoient ces brigands, et ils ne pouvoient avancer ni sur la Seine ni sur la Loire. Hugues Capet, qui possédoit ces deux villes, tenoit dans ses mains les deux clefs des malheureux restes du royaume : on lui déféra la couronne, qu'il étoit seul en état de défendre». Montesquieu, Esprit des lois, liv. XXXI, chap. 31.
(7) On n'est pas d'accord sur ces deux dernières dates. Voy. J. Havet, dans la Revue historique, t. XLV(1891),p. 290.
(8) « Papulis toto corpore confectus », dit Richer, Historiarum libri IV, lib. IV.
(9) Peut-être à Paris.
(10) Voy. F. Lot, Études,etc., p. 303.
(11) Adelaïda, Adelais, Adalaixia, Adalax, Adeleis, Adhelais, Ale, Adela, Adelina, Aalipidis, Alypdis, AElidis, Alix, Alis, Adlis, Adelis, etc., etc.
(12) Poitiers était alors, sinon la capitale, au moins la ville principale  d’Aquitaine
(13) Guilelmus Caput stupae. Ainsi nommé, dit-on, à cause de la couleur de ses cheveux.
(14) Gisela, Gisla, Gisila, etc.
(15) Gauzlinus, Gauzlenus, Goslinus,etc.

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DE LA FRANGE


DE HUGUE CAPET A L'ANNÉE 1906



ALFRED FRANKLIN. EXTRAIT

 

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La chute de la dynastie carolingienne n'est pas une de ces révolutions qui semblent devenues inévitables. Hugue Capet (1) n'a dû la royauté ni à son habileté, ni à son courage, ni à un irrésistible mouvement d'opinion. Il a fallu pour qu'il parvînt au trône, que Lothaire mourût subitement, dans la force de l'âge (2); qu'il eût pour successeur un adolescent mort lui-même sans postérité (3) ; il a fallu surtout l'absence du duc Charles de Lorraine, fils de l'empereur Henri Ier et oncle du dernier roi.

Un concours vraiment étrange de circonstances secondaires, compliquant cette situation, assura le triomphe de Hugue Capet et le plaça sur un trône qu'avait dédaigné son père.

Deux fois, Hugue le Grand n'aurait eu qu'à étendre le bras pour ceindre la couronne, deux fois il la donna à un autre. Il préféra agrandir ses domaines, les fortifier, en assurer la possession à ses enfants, comme s'il eût pressenti l'avenir qui allait s'ouvrir devant eux. Habilement encore, il leur choisit pour mère la fille du puissant roi de Germanie.

Quand Hugue mourut, -il était comte de Paris, duc de France (4) et de Bourgogne. Deux ans auparavant, Gerbert écrivait : « Lothaire ne gouverne la France que de nom, le roi de fait, c'est Hugue ». Son héritage fut partagé entre ses trois fils. Le plus jeune entra dans l'Église ; le second reçut la Bourgogne ; Hugue, l'aîné, eut le duché de France et le comté de Paris.

Ce personnage, assez insignifiant en somme, fournit à la France une succession de trente-sept rois, qui l'ont gouvernée pendant plus de dix siècles et dont la descendance n'est pas encore éteinte. Race fort médiocre, remarquable surtout par sa durée, et d'où ne sont sortis qu'un ou deux hommes de quelque valeur.

 

 

(1) Ce nom, qui a personnifié le chef de la monarchie française pendant dix siècles, a été orthographié de bien des manières. On trouve: Hugo Capetus.—Capetius.—Cappatus.— — Cappetus. Capito.— Caputius.— Chapet.— Chapel.— Chapes.——Chaped.—Chapez.—Capes.— Caped.— Cappet.— Capest. Capez.—Chapest.—Chapeth.—Kapet, etc., etc.
Son étymologie a aussi suscité de nombreuses controverses. Il faut noter d'abord que notre Hugue Capet n'est pas le premier qui ait porté ce surnom. Son père Hugue le Grand avait été ainsi désigné déjà. (Vo .F. Lot, Études sur le règne de Hugues Capet, p. 319)
Suivant Ducange (au mot Capetus), Hugue enfant aimait à décoiffer les gens qui avaient la tête couverte d'un capure. Le Dictionnaire de Trévoux reproduit ce passage, et ajoute: «aujourd'hui encore on appelle en Auvergne chapets ceux qui tourmententles autres par jeu et en badinant,» (Edit, de 1771. t. II, p.231). Etienne Pasquier est d'un autre avis: « Hugues, pour le grand sens qu'il apporta en la conduite de ses affaires, fut appelé Capet, d'un mot demy latin, qui signifie le chef. Car aussi, à vray parler, vous trouverez en toutes ses actions plus de conseil que de hauts faits d'armes». (Recherches sur la France, édit. de 1723, t. I, p 843). Parmi les historiens modernes, Capefigue croit que Hugue dut ce surnom à « sa grosse tête, qui faisait l'admiration des clercs et des physiciens.» (Histoire de France, t. I, p. 315).Henri Martin pense, au contraire, qu'il fut ainsi appelé à cause de « son naturel opiniâtre et persévérant: Hugues l'entêté, de caput, tête ». (Histoire de France, t. II, p. 531). L'opinion la plus vraisemblable est que Hugue, qui avait le litre de chanoine et d'abbé de plusieurs couvents, de Saint-Martin de Tours entre autres, se plaisait à porter la chape (cappa) à laquelle ce titre lui donnait droit. (F. Lot, Les derniers carolingiens, p. 321). Mais voyez  aussi ses Etudes sur le règne de Hugues Capet, p. 317 et 318.
En 1719, encore, quand Nicolas Gervaise, prévôt de Saint-Martin de Tours, présenta à Louis XV son Histoire de Boèce (1715,in-12), il la lui offrit« comme à son roi, à son seigneur et à son abbé. » (Leber, Pièces relatives à l'histoire de France, t. IV, p. 555). — Ces mots ne figurent pas dans l'épître dédicatoire, car le volume est dédié à Louis XIV, qui mourut avant qu'on eût pu lui en faire hommage.

(2) Né en 941, roi à treize ans, mort en 980, à quarante-cinq ans, sans postérité.

(3) Louis V, dit le Fainéant, mort d'accident à vingt ans, le 21ou le 22 mai 987.

(4) Le royaume de France comprenait alors la Francia, la Burgundia et l'Aquitania, régies chacune par un duc relevant du roi.
L'opinion qui semble prévaloir aujourd'hui est que le mot Francia désignait, avec des limites fort vagues, et de nombreuses enclaves, le territoire compris entre la Meuse et la Loire. Peu à peu amoindri, il finit par devenir l'Ile de France.
Le premier duc de Francia dont l'histoire fasse mention est Robert le Fort. Son fils Robert, créé roi vers 922 (ROBERT 1er), fut père de Hugue le Grand qui eut pour fils le roi HUGUE CAPET. M. Ferdinand Lot n'admet pas l'existence du duché de France. Pour lui, le dux Francorum« exerçait l'hégémonie, non seulement sur le pays entre Meuse et Loire, mais sur l'ensemble du royaume».
On a aussi nommé Austrasia la région bourguignonne et Neustria le pays qui s'étendait entre la Seine et la Loire. Au-delà de la Loire commençait l'Aquitaine

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