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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #Peintres

Quelques oeuvres du Maître méconnu Claude Gelée.

 

Claude Gelée (dit le Lorrain) est né à Chamaigne (Vosges) en 1600. Vers l'âge de 13 ans, il part pour l'Italie (Rome). En 1625, il regagne la Lorraine en passant par la Bavière. Il réside une année à Nancy. Il y étudie la peinture et repart pour Rome. Il prend le titre de peintre en 1638. On peut retrouver dans ses toiles, l'essence même de celui qui a du l'inspirer : Nicolas Poussin! Claude Gelée s'éteint à Rome le 13 février ou le 23 novembre 1682 (selon les sources).

Successivement :

1°) L'embarquement de la Reine de Saba

2°) L'enlèvement d'Europe.

3°) Ascagne transpercant le cerf.

4°) Paysage côtier en Italie.

5°) Vue imaginaire de Tivoli.

6°) Carthage avec Énée et Didon.

7°) Ulysse remettant Chryséide à son père.

8°) Paysage fluvial avec moulin

9°) Apollon et les Muses.

 

CLAUDE GELÉE dit le Lorrain (1600-1682).CLAUDE GELÉE dit le Lorrain (1600-1682).CLAUDE GELÉE dit le Lorrain (1600-1682).
CLAUDE GELÉE dit le Lorrain (1600-1682).CLAUDE GELÉE dit le Lorrain (1600-1682).
CLAUDE GELÉE dit le Lorrain (1600-1682).CLAUDE GELÉE dit le Lorrain (1600-1682).
CLAUDE GELÉE dit le Lorrain (1600-1682).CLAUDE GELÉE dit le Lorrain (1600-1682).

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #Peintres.

NOTICE

SUR CLAUDE GELLÉE

DIT LE LORRAIN (1600-1682). Seconde partie.

PAR MM. Edouard MEAUME et Georges DUPLESSIS-

EXTRAIT DU TOME XI DU PEINTRE-GRAVEUR FRANÇAIS
DE M. ROHERT-DUMESNIL.

Quand on connaît la manière prétentieuse et lourde de Deruet, et qu'on se reporte aux merveilleux paysages sortis depuis de la palette de Claude, on a peine à se le représenter exécutant ces grandes machines, ces personnages héroïques, qui faisaient alors les délices de la petite cour du duc de Lorraine. Il est constant, cependant, que Claude peignit la figure sous la direction de Deruet, et il serait curieux de retrouver, soit dans les tableaux de Deruet, soit ailleurs, des traces du travail de Claude [1].

Il paraît que Deruet ne fut pas trop mécontent des ouvrages de son protégé, puisque, recevant, moins d'une année après, la commande de peindre la voûte de l'église des Carmes, à Nancy, il associa Claude à ce travail[2]. Il semble, toutefois, que Deruet n'ait pas reconnu à Claude une grande aptitude à peindre les figures, car il se réserva d'exécuter toutes les compositions de la voûte, et ne voulut confier à Claude que l'architecture, travail qui l'occupa pendant près d'une année[3].

Pendant qu'il travaillait aux Carmes, Claude fut fortement impressionné par un accident arrivé à un ouvrier doreur établi sur un échafaud voisin du sien. Cet homme fit un faux pas, et il eût été précipité sur le pavé s'il ne se fût retenu à une poutre. Claude vola au secours de ce malheureux, suspendu dans le vide, et lui sauva la vie. Cet événement fit une telle impression sur l'artiste qu'il renonça pour longtemps à la peinture décorative[4]. Il se hâta de terminer ses travaux, et se prépara à partir. Il sentait que ce n'était ni en Lorraine, ni sous les voûtes d'une église qu'il pouvait devenir un grand peintre. Sa vocation était ailleurs. Rome l'attirait par ce charme indéfinissable que son ciel et les grandes lignes de sa campagne exercent sur ceux qui les ont déjà contemplés. Il résolut d'y retourner.

Il avait séjourné environ deux années en Lorraine, lorsqu'il la quitta dans l'été de 1627 pour ne plus la revoir. Cependant il n'en perdit jamais le souvenir; et, lorsqu'il eut conquis la place que nul depuis ne lui a ravie, il n'eut plus d'autre nom que celui de sa patrie, sous lequel il est devenu populaire. Tout le monde connaît Claude Lorrain, tandis que le nom de Gellée n'éveille aucun souvenir dans l'esprit du plus grand nombre.

Il ne portait pas encore ce nom glorieux quand il s'achemina vers Rome. Il lui fut donné plus tard, lorsque sa réputation fut consacrée. A Marseille, il rencontra le peintre Charles Errard, qui se rendait à Rome avec son père et son frère. Il s'arrêta quelque temps dans celte ville pour y peindre deux tableaux, dont le prix lui permit de payer son passage jusqu'à Civita-Vecchia, et il arriva à Rome, avec Errard, le jour de la Saint-Luc, fête des peintres, c'est-à-dire le 18 octobre 1627.

A partir de ce moment, les progrès de Claude furent rapides. La pratique de l'art lui était familière, il n'avait plus rien à apprendre que de la nature. Ce fut peu de temps après son retour à Rome qu'il fit connaissance avec Sandrart. Ce dernier visita l'Italie en 1627, et y séjourna plusieurs années. Il est vraisemblable que sa liaison avec Claude remonte à une époque un peu antérieure à 1630. Il raconte, avec une bonhomie tout allemande, entremêlée de quelque vanité, qu'il faisait, avec son ami, de nombreuses promenades dans la campagne romaine, et surtout dans les Apennins. Ils travaillaient ensemble, se communiquant leurs dessins et leurs observations sur le grand art de représenter la nature. Le bon Sandrart admet sans peine, et il imprime en 1675, c'est-à-dire du vivant de Claude, que ce dernier rendait mieux que lui les horizons lointains, la dégradation de la lumière sur les derniers plans. Il reconnaît la supériorité de son ami, toutes les fois qu'il s'agit de renfermer dans un très petit cadre les magiques effets du soleil; mais il a la naïveté d'ajouter que lui, Sandrart, porté d'inclination à peindre en grand, s'attachait surtout à rendre les rochers, les grandes masses de verdure, les cascades, les édifices et les grandes ruines, complément de la peinture historique. Il ne semble pas éloigné de croire que, relativement à la représentation des premiers plans, il était supérieur à Claude. Il lui eut volontiers offert d'exécuter quelques-unes de ces splendides fabriques, si lumineuses, si bien à leur place dans les tableaux du grand maître. Félicitons-nous que cette proposition n'ait pas été acceptée.

Si les pinceaux des deux artistes ne s'exercèrent pas sur les mêmes toiles, il est certain qu'ils échangèrent leurs ouvrages. On peut penser que Sandrart n'y perdit pas. Lui-même en convient, car il décrit avec complaisance un effet de matin que Claude lui avait donné, et dont il se défit plus tard moyennant 500 florins. On peut donc accepter comme constant que, dès l'année 1630, les tableaux de Claude étaient déjà fort remarquables. Cependant l'exécution des personnages qui animent les tableaux ne répond pas au reste de ces splendides ouvrages. Ici encore on s'est laissé aller à l'exagération. On a prétendu que Claude ne savait ni dessiner ni peindre les personnages. La vérité est que, malgré de fortes et consciencieuses études, il n'a pu parvenir à représenter la figure humaine avec la même perfection à laquelle il est arrivé en rendant la nature inanimée. On peut juger, toutefois, d'après ses-dessins, ses eaux-fortes, et même d'après ses premiers tableaux, dont les figures sont de sa main, qu'il n'a pas été, dans cette partie de ses travaux, trop inférieur à lui-même. Baldinucci lui reproche de faire ses figures trop élancées. Il sentait lui-même son infériorité, car il avait soin de dire à l'acheteur d'une de ses toiles : « Je vends le paysage; quant aux figures, je les donne. » Cette difficulté à rendre les personnages le fit céder plus facilement à la mode qui commençait à s'établir à Rome, parmi les paysagistes, de confier l'exécution des figures à une main étrangère. Philippe Lauri fut principalement l'artiste qu'il chargea de ce soin. C'est, du moins, le seul que cite Baldinucci. Suivant une tradition impossible à contrôler, il aurait aussi emprunté la main de Jacques Courtois, dit le Bourguignon, ainsi que celles de Jean Miel et de plusieurs autres. Cela n'a rien d'impossible. Mais on veut encore que Callot et Poussin l'aient également aidé. Quanta Poussin, cela est possible et même vraisemblable, car ils étaient voisins et amis. Cependant nous ne connaissons aucun tableau de Claude, dans lequel la touche de Poussin puisse être reconnue avec certitude. Mais, quant à Callot, l'union de son pinceau à celui de Claude est un fait à rejeter dans le domaine de la fable. En admettant que Callot ait peint, ce qui n'est nullement prouvé, il est certain qu'il n'a pu se rencontrer avec Claude en Italie [5].

Il semble, du reste, que certains grands paysagistes aient négligé, à l'exemple de Claude, l'étude de la figure. Ils indiquaient bien la place que les personnages devaient occuper dans le tableau, mais ils ne les peignaient pas eux-mêmes. C'est ainsi que

Van de Velde, Ostade et Wouverman peignaient pour Ruysdael. L'exemple donné par les grands maîtres fut imité, plus tard, par des artistes inférieurs.

Toutefois il parait certain que les tableaux exécutés par Claude, pendant les premières années qui suivirent son retour à Rome, étaient entièrement de sa main. L'un d'eux tomba sous les yeux du cardinal Benlivoglio.Le fin diplomate reconnut le grand peintre, malgré l'imperfection des personnages. Il lui commanda deux tableaux qu'il fît voir au pape Urbain VIII, dont il était le confident intime. Le souverain pontife admira, toute la cour applaudit. A partir de ce moment, la réputation de Claude était établie; il se vit accablé de commandes.

Il n'est pas possible de fixer avec certitude la date de ces deux tableaux. Cependant ils n'ont pu être exécutés avant 1628, ni après 1636. Claude ne recommença à travailler sérieusement à Rome qu'en 1628; en 1636, il était arrivé à l'apogée de son talent. Dès 1634, il avait fait la merveilleuse eau-forte que M. Robert-Dumesnil a décrite (n° 15 du catalogue), et qu'on connaît sous le nom de Soleil couchant, quoique, en réalité, ce soit un effet de soleil levant que l'artiste a voulu rendre. Le Bouvier, son cbef-d'œuvre comme eau-forte (n° 8), est de 1636. Le Campo vaccino (n° 23) est de la même année. Cette gravure, la seule que Claude ait exécutée d'après un de ses tableaux, reproduit la peinture en contre-partie. Puisqu'elle est datée de 1636, le tableau est nécessairement antérieur. C'est une des merveilles du Louvre qui, cependant, possède des tableaux plus merveilleux encore. Les deux tableaux du cardinal Bentivoglio doivent donc être antérieurs à 1636. A partir de ce moment, le Lorrain n'a plus créé que des toiles remarquables. Plusieurs sont des chefs-d'œuvre. Un des plus admirables, le Moulin, se conserve à Rome au palais Doria. Ce tableau est d'une limpidité, d'une transparence dont ceux de Ruysdael et d'Hobbema peuvent seuls donner une idée; mais Claude est encore plus vrai, plus puissant, plus parfait.

Il n'existe pas de description complète des tableaux de Claude connus de nos jours. Le plus grand nombre est immobilisé dans les collections publiques; il en reste peu dans les palais de Rome, bien moins, en tout cas, que dans les collections privées de l'Angleterre. Cette description sort du cadre que nous nous sommes tracé. On la trouvera, en partie, dans Les Musées d'Europe de M. Viardot, et dans l'intéressante biographie de M. Charles Blanc. Nous passerons même sous silence la nomenclature de Baldinucci qui donne une liste assez longue des travaux faits par le Lorrain pour les souverains pontifes, les têtes couronnées et certains grands personnages. Cette liste, incomplète, pourrait être augmentée au moyen des indications fournies parle Liber veritatis, et l'on arriverait ainsi à reconnaître, à peu de chose près, les pertes regrettables que le temps, les incendies ou autres accidents ont pu occasionner.

Tous les tableaux de Claude le Lorrain ne sont pas également bien conservés. Plusieurs ont poussé au noir. Ce sont ceux qui ont été peints sur fond rouge. Claude s'est servi quelquefois, à l'imitation de Poussin, de cette malencontreuse préparation. Nous en avons vu plusieurs à Rome aussi rembrunis que ceux de Poussin. Heureusement, les toiles, ainsi préparées, ne sont pas en majorité, et une grande partie de l'œuvre de Claude se présente encore aujourd'hui dans un état satisfaisant.

Le nombre de ces tableaux, exécutés de 1630 jusqu'à la fin de la carrière de l'artiste, est certainement supérieur à deux cents. Tous ne sont pas également remarquables; mais tous portent, plus ou moins, le cachet de son génie.

Les papes, les rois, les cardinaux, les riches particuliers se disputaient ces toiles, dont le prix élevé n'était accessible qu'aux grandes fortunes. Un tel succès encouragea l'industrie des contrefacteurs, qui débitèrent, sous le nom du grand artiste, de froides copies ou des compositions imitées de celles qu'on avait pu entrevoir dans son atelier. Parmi ces contrefacteurs, on est assez étonné de rencontrer Sébastien Bourdon. Voici ce que dit, à cet égard, d'Argenville dans la vie de ce peintre : « Il entreprit le voyage d'Italie à dix-huit ans; il y fit connaissance avec Claude le Lorrain, dont il copia, de mémoire, un tableau. Les connaisseurs, qui le virent exposé à une fête, n'en furent pas moins étonnés que le Lorrain.» Bourdon étant né en 1616, le fait a dû se passer en 1634 ou 1635.

il ne parait pas que Bourdon ait eu l'intention de tirer parti de cette supercherie; mais les contrefacteurs de profession n'étaient pas si scrupuleux. Ils ne se faisaient faute de présenter leurs imitations pour des originaux, et il arriva plusieurs fois au grand artiste de se voir attribuer des copies ou des pastiches de ses tableaux. Ces manœuvres ne pouvant être complètement déjouées, il voulut en atténuer l'effet, autant que possible, en créant le recueil que Baldinucci appelle Il libro di verita, et qui est généralement connu sous le nom de Liber veritatis. D'après cette version, l'idée de ce recueil de dessins lui serait venue au moment où il était occupé à peindre quatre tableaux commandés par le roi d'Espagne, mais dont on ne connaît pas la date. Des faussaires assez habiles colportaient et vendaient, dans Rome même, des imitations traitées dans la manière du maître. Ces toiles, qu'on présentait comme authentiques, reproduisaient les compositions exécutées par Claude dans son atelier, avant même qu'elles fussent entièrement terminées. On voulait faire croire que le maître se répétait. Fatigué par les visites des acquéreurs de ces pastiches, qui venaient chez lui s'enquérir de l'authenticité de leurs toiles, Claude prit le parti de composer un recueil de tous les dessins de ses compositions, en inscrivant sur chaque feuille la date de son exécution et le nom de la personne qui avait commandé ou acquis le tableau. Lors donc qu'on lui présentait une toile en lui demandant si elle était de lui, il répondait: « Aucun tableau « n'est sorti de chez moi sans avoir été entièrement «dans ce livre. Soyez juge de voire propre doute; « consultez ce livre, et voyez si vous y reconnaissez «votre tableau.» Telles sont les paroles prêtées à Claude par Baldinucci, lequel ajoute que l'artiste avait intitulé ce merveilleux recueil : Libro d'invenzioni, ou Libro di verita.

Il est certain que ce recueil a été formé et qu'il contient deux cents dessins d'une surprenante beauté. Conservé d'abord à Rome par les héritiers de Claude, entre les mains desquels il a été vu par d'Argenville, puis vendu à un marchand de Paris, il est, depuis le siècle dernier, en la possession du duc de Devonshire. Earlom l'a reproduit par la gravure au lavis; mais cette froide et monotone imitation est bien loin de représenter la splendeur des originaux.

M. le comte Léon de Laborde a donné, dans les Archives de l'art français (t. Ier, p. 434), une description minutieuse de ce recueil. Il a reproduit exactement toutes les mentions qui se lisent au revers de chaque dessin. L'étude attentive de ces inscriptions ne paraît pas confirmer le récit de Baldinucci.

D'abord on n'y trouve ni le titre : Libro d'invenzioni ou di verita, dont parle Baldinucci; on n'y reconnaît pas non plus les mots : Liber veritatis, imaginés par les éditeurs anglais, et sous lesquels le recueil est généralement connu. Voici tout ce qu'on lit au revers du dernier de ces dessins qui, par suite d'une transposition lors de la reliure, faite au siècle dernier, est devenu le premier de la collection:

Audi 10 dagouto 1677 ce present livre
aupartien a moy que ie faict durant
ma vie. Claudio Gillée dit le Loranc
A Roma, ce 23 avril 1680.

Il n'y a pas d'autre titre de la main du maître, et les deux cents dessins ne sont pas classés chronologiquement. Le nom de l'acquéreur du tableau s'y lit le plus souvent, mais non toujours. Plusieurs sont datés, mais la majorité ne l'est pas. Nous en avons compté 135 sans date. La plus ancienne est celle de 1648; la plus récente correspond à l'année 1680. Une mention autographe, du 26 février 1663, porte qu'il y avait alors dans le livre 157 dessins. M. de Laborde en conclut que la formation du recueil est de 1650. Nous croyons, au contraire, qu'on doit la reporter à l'année 1636, au moins. En effet, outre qu'il est peu vraisemblable que Claude ait exécuté, en moyenne, douze tableaux par année, de 1650 à 1663, un fait matériel prouve que la formation du recueil ne peut être postérieure à 1636. En effet, sous le n° 10 du Liber veritatis figure un dessin avec cette mention, rapportée par M. de Laborde : Fait pour M. l'ambassadeur de France, M. de Retune, Roma. Or le tableau dont il s'agit n'est autre que le Campo vaccino du Louvre, gravé en contre-partie par Claude lui-même, sous la date de 1636; et, comme il est incontestable que la gravure n'a pu être exécutée qu'après le tableau, on ne peut attribuer à ce dernier une date postérieure à celle qui se lit sur l'eau-forte.

Il ressort de ces faits que le récit de Baldinucci repose sur une légende assez peu vraisemblable. On la comprendrait à merveille si tous les dessins étaient datés et portaient les noms des acquéreurs des tableaux; mais il n'en est rien. Les noms manquent sur environ cinquante dessins. Tantôt on n'y trouve aucune indication, ou bien Claude s'est contenté d'écrire le nom de la ville où le tableau a été envoyé.

M. de Laborde en conclut avec raison que l'idée arrêtée de donner ces dessins comme un répertoire des tableaux est peu admissible, et qu'on se tromperait gravement en refusant de considérer comme authentique un ouvrage qui ne se trouverait pas dans le Liber veritatis. Il est certain qu'il existe d'admirables compositions, soit en dessins, soit en tableaux, qui ne se trouvent pas dans le recueil du duc de Devonshire. Par contre, alors même qu'un tableau serait identique, pour la composition, à un dessin du Liber veritatis, cette identité ne serait pas une preuve d'authenticité, car la copie reproduit l'original, et alors quelle preuve peut-on tirer de l'identité entre le dessin et le tableau contesté? Si la version de Baldinucci est exacte, si Claude a eu réellement la pensée de se composer un répertoire authentique, il n'y a pas réussi. Il aurait fallu pour cela, nous ne saurions trop le répéter, que tous les dessins indiquassent le nom du possesseur du tableau. Alors même qu'il en serait ainsi, on n'en tirerait pas aujourd'hui une bien grande lumière; mais, du temps de Claude, l'acquéreur d'un tableau contesté aurait pu remonter à l'origine de l'acquisition, et s'assurer que son tableau était sorti des mains de l'acquéreur primitif en le suivant dans celles des acheteurs subséquents.

S'il fallait hasarder une conjecture à cet égard, nous ne serions pas éloigné d'admettre, contrairement à Baldinucci, que les dessins ont précédé et non suivi l'exécution des tableaux. Il est peu vraisemblable que, pendant plus de quarante années, un grand peintre se soit astreint à reproduire, après coup, ses propres compositions dans l'intérêt unique de fournir aux curieux une preuve d'authenticité. Mais, en admettant que telle eût été sa pensée, il aurait toujours inscrit derrière ses dessins le nom de l'acquéreur primitif, ce qu'il n'a pas fait, et il y aurait inséré les dessins de tous ses tableaux, ce qu'il n'a pas fait davantage.

Si un doute peut être élevé relativement au but que s'était proposé l'auteur du recueil en le composant, il n'en existe aucun sur le prodigieux mérite des chefs-d'œuvre qu'il renferme. A cet égard, nous ne pouvons mieux faire que de rapporter l'appréciation d'un témoin oculaire, M. le comte Léon de Laborde, qui a passé toute une journée à les examiner en relevant les inscriptions qu'il a publiées:

« Ces 200 dessins sont 200 tableaux. On oublie les marges du papier, la forme du livre; on pénètre dans ces lointains, on se promène dans ces parages, on se sent en face de la nature. Dans la main de l'artiste, l'instrument n'est rien : crayon ou pinceau, papier ou toile, qu'importe! l'âme a conduit la main. Dans le recueil de Claude, pas un dessin qui ressemble à son voisin dans la manière de rendre sa pensée; c'est le crayon ou la plume, l'encre de Chine ou la sépia, les rehauts de blanc pour les lumières et du papier de diverses teintes pour fond; mais rien qui sente le  métier, ni manière, ni procédés particuliers, ou plutôt une manière et des procédés différents pour chaque dessin, selon que le crépuscule du matin ou du soir, le lever ou le coucher du soleil et chaque heure du jour éclairent le paysage, sous l'influence des dispositions de son âme. »

Il ne nous a pas été donné de contempler la magnificence de ce recueil; mais les autres dessins qui ont passé sous nos yeux nous ont mis en parfaite communauté de sentiments avec l'auteur des lignes qui viennent d'être rapportées. Nous sommes également disposé à suspecter avec lui le récit de Baldinucci quant à la pensée qui a présidé à la formation du Liber veritatis; mais nous accordons toute vraisemblance à une anecdote négligée par la plupart des biographes modernes, quoique rapportée par cet auteur. Le souvenir s'en était conservé dans la famille du peintre. Elle honore l'homme et fait voir l'aversion de l'artiste pour toute discussion relative à ses intérêts matériels.

Claude paraît s'être toujours souvenu des difficultés de ses débuts dans le grand art de la peinture, et des secours qu'il avait rencontrés auprès de Tassi. Aussi voulut-il rendre à un autre les services qu'il avait reçus de son maître. Il n'eut qu'un seul élève, qui fut d'abord son domestique, comme il avait été celui de Tassi. Il avait recueilli chez lui un pauvre enfant de Rome, appelé Jean Dominique; son maître avait reconnu en lui une vive intelligence, et, quoiqu'il fût contrefait et boiteux, il le garda près de lui pendant vingt-cinq ans. Non content de lui avoir appris le dessin et la peinture, il lui fit donner des leçons de musique; il le considérait comme son enfant. Vers l'âge de quarante ans, il était devenu assez bon peintre, à ce point que le bruit se répandit à Rome que Claude, déjà âgé, lui faisait faire ses tableaux. La vanité de Dominique fut au comble. Il eut la présomption de croire qu'il pouvait désormais se passer de son maître; il le quitta brusquement et lui réclama une somme considérable pour tout le temps qu'il avait passé auprès de lui. Sans autre explication, Claude le conduisit à la banque du Saint-Esprit, où ses capitaux étaient déposés, et lui fit compter tout ce qu'il demandait. Il ne voulut jamais avoir d'autre élève. Dominique mourut peu de temps après. Ses ouvrages sont restés inconnus.

Rien avant le départ de Dominique, Claude, qui ne voulut jamais se marier, avait appelé près de lui un de ses cousins germains du côté de son père. Sandrart indique que ce parent était chargé de tenir toute la maison du peintre. Non-seulement il administrait sa fortune, mais il achetait même couleurs et pinceaux, de telle sorte que l'artiste, débarrassé de ces soins matériels, était tout entier à ses travaux. Sandrart a dû connaître ce cousin, puisqu'il en parle, ce qui reporterait son établissement à Rome vers l'année 1636. Il est très-vraisemblable que le jeune étudiant en théologie, Joseph Gellée, dont parle Baldinucci, n'est autre qu'un des enfants de ce cousin, auxquels Claude laissa le reste de sa fortune. A sa mort, elle n'était pas considérable, car il en avait distribué une partie, de son vivant, à ceux de ses parents qui étaient venus le trouver à Rome.

Ce fut ainsi que s'écoula cette noble vie, tout entière consacrée à l'art. On dit qu'il existe de lui, en Angleterre, un dessin daté de 1682. Ce dessin, considéré corn rue authentique par M. Piot, est contesté par M. de Labordc, qui place la mort de Claude à l'année 1680, date la plus récente des dessins du Liber veritatis. M. de Laborde conclut du silence de Baldinucci sur la mort de Claude que l'époque précise n'en est pas connue. Nous ne savons si l'édition de 1812, consultée par M. de Laborde, est incomplète sur ce point; mais on lit dans celle de 1728 que Claude mourut à Rome le 21 novembre 1682, après avoir souffert de la goutte pendant quarante-deux ans. Immédiatement après, le biographe rapporte l'épitaphe latine que Jean el Joseph Gellée avaient fait graver sur la tombe de leur oncle, à la Trinité-du-Mont. D'après celle épitaphe, Claude est mort le IX des calendes de décembre 1682, à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Cette manière de compter des Romains correspond bien au 21 novembre du calendrier grégoriens Depuis, les restes de Claude ont été, sur l'ordre de M. Thiers, alors ministre, transférés à l'église de Saint-Louis des Français.

Il nous reste à parler des eaux-fortes de Claude, dont la description va suivre. Cette description est la plus ancienne de celles données par M. Robert Dumesnil. C'est aussi, nous devons le dire, celle qui appelle les plus nombreuses rectifications. Depuis 1835, date de la publication de M. RobertDumesnil, les eaux-fortes du maître lorrain ont été recherchées avec ardeur, les différentes épreuves ont été comparées, ce qui a donné lieu d'indiquer des états nouveaux. Toutes les estampes de ce peintre inimitable ne sont pas également remarquables. Mais plusieurs révèlent un talent incomparable dans l'entente de la perspective aérienne pour rendre la fraîcheur des teintes et exprimer les effets de la lumière aux différentes heures du jour. Ces qualités distinguent notamment les estampes décrites sous les n° 5, 6, 8, 10, M, 12, 13, 15, 18, 20, 21, 22 et 23.

Les eaux-fortes gravées par Claude le Lorrain sont un des principaux ornements des collections les mieux choisies. On les recherche avec passion, et les bonnes épreuves en sont rares. Celles-ci seules témoignent du puissant savoir du maître et sont autant de diamants dont les amateurs se disputent la possession à des prix souvent fort élevés[6].

Dans ces estampes, aussi bien que dans les dessins de Claude, les personnages sont de sa main, et l'on peut apprécier ainsi l'infériorité relative de son talent, quant à la représentation de la figure humaine. Le dessin en est souvent fort négligé, mais elles sont toutes remplies de naïveté et de grâce.

L'abbé de Marolles possédait 46 pièces de notre artiste, ainsi qu'il se voit dans le Catalogue publié par lui en 1666. D'Argenville et Basan disent qu'il n'a gravé que 28 pièces; le catalogue Paignon-Dijonval en décrit 47, et celui de Rigal 26. La description de M. Robert-Dumesnil, publiée en 1835, en comprend 42. Nous allons en décrire 44, plus une pièce que nous considérons comme douteuse.

Quant aux copies des Misères de Callot qui se trouvent au British Museum et que, sur la foi de M. Carpenter, on a cru pouvoir attribuer à Claude Cellée, elles ne sont certainement pas de lui, et nous n'hésitons pas à les rejeter de son œuvre.

L'ordre des numéros adopté par M. Robert-Dumesnil a été respecté pour toutes les pièces en travers. Quant aux pièces en hauteur, c'est seulement à partir des feux d'artifices que l'ordre des numéros a dû être changé; les découvertes faites récemment, et la nécessité de suivre l'ordre des transformations des différentes pièces de la fête, imposaient cette modification.

On voit, d'après ses planches, que Claude a gravé dans les années 1630, 1633, 1634, 1636, 1637, 1651 et 1662. Ainsi il aurait commencé à graver à l'âge de trente ans, et il n'aurait quitté la pointe qu'à soixante-deux ans. Cependant, comme, parmi ses estampes, il en est plus de vingt qui ne portent pas de dates, on doit croire que, s'il en est de postérieures à 1662, il y en a aussi qu'il aura pu faire avant sa trentième année, parce que le n°5 du catalogue, qui est daté de 1630 et se rapporte à cet âge, démontre que ce n'est pas aussi savamment qu'on débute dans la pratique de l'eau-forte. Néanmoins nous ne croyons pas qu'on puisse reculer au-delà de 1628 les débuts de Claude comme graveur.

La lettre des N° 17, 20 et 21 nous paraît être du graveur qui a fait les inscriptions sur les pièces que Dominique Barrière a gravées d'après les compositions de Claude le Lorrain. Celle du n° 18 et la grande inscription en deux lignes du n° 23 nous paraissent être du graveur qui a fait la lettre sur les planches de Gaspre Duguet. Ces deux graveurs en lettres étaient habituellement employés par Gio Giacomo Rossi, graveur et marchand d'estampes à Rome, pour marquer les planches de son fonds. Mais, quant aux autres inscriptions du n° 23 et aux inscriptions des n" 3, 5, 8, 12, 15, 22, 25, 28 et 44, elles sont évidemment de la main de Claude, aussi bien que les initiales et autres lettres en caractères romains majuscules rapportés en fac-simile sur les planches auxiliaires qui terminent le tome 1er du Peintre-graveur. Il en résulte que, si Claude était illettré quand il arriva à Rome, il a appris, plus tard, à écrire, ce que démontrent, d'ailleurs, les inscriptions du Liber veritatis. On voit seulement qu'il mélange fréquemment l'italien avec le français, souvent même il altère son nom en l'écrivant Gillée. Cette altération doit remonter fort loin dans la vie de l'artiste. Elle existait vraisemblablement vers 1630, époque de sa liaison avec Sandrarl qui, dans sa biographie, l'appelle constamment Gillius.

Quant aux numéros qui se lisent sur un grand nombre des eaux-fortes de Claude, ils sont de deux sortes. Les plus anciens se trouvent dans la marge, à gauche. Ils sont d'un caractère assez gros et d'une écriture du XVIIième siècle. Ils paraissent avoir été ajoutés du vivant du maître, ou peut-être après sa mort, pour classer les planches de manière à en composer une suite. Cependant ces numéros ne se suivent pas; ils n'existent pas sur toutes les planches, et l'écriture, assez grosse, est semblable à celle qu'on remarque sur certaines planches de Dominique Barrière. Dès lors, il est probable que la suite en question devait se composer, non-seulement de certaines planches de Claude, mais aussi de celles de Barrière ou de tout autre.

Plus tard, les mêmes planches déjà numérotées, et d'autres qui n'avaient reçu aucun numéro, ont été chiffrées en très-petits caractères, non plus dans la marge latérale, dont les numéros ont toujours été respectés, mais dans celle du bas, près du trait carré. On croit que ce numérotage a été exécuté au XVIIIe siècle, en Angleterre, après que les planches furent sorties des mains de Janinet, marchand d'estampes, place Maubert. Dans ces dernières inscriptions de la marge du bas, le numéro est presque toujours suivi de l'indication d'une page, ce qui démontre que les épreuves de cet état étaient destinées à accompagner un texte qui n'a jamais paru.

Cette distinction entre les gros et les petits numéros est utile, afin qu'on ne se méprenne pas sur l'indication : avant le numéro, qui semblerait devoir toujours caractériser un des premiers tirages. S'il en est ainsi à l'égard des gros numéros de la marge latérale à gauche, il en est tout autrement des petits numéros de la marge inférieure. Si l'existence de ces derniers est toujours l'indication d'un tirage relativement moderne, leur absence n'est nullement un indice de primauté, puisqu'il s'est écoulé quelquefois plus d'un siècle entre le moment où la planche a reçu l'eau-forte et celui où les petits numéros ont été inscrits dans la marge du bas.

Plusieurs estampes en travers ne portent aucun chiffre dans les marges inférieures. Ce sont celles décrites sous les numéros suivants du catalogue: 4, 8, 10, 1 6, 17, 18, 1 9, 20, 23 et 24. Toutes les autres sont numérotées à l'endroit indiqué. — Parmi les estampes en hauteur, le n° 23 du catalogue est le seul qui ait été chiffré.

Les épreuves tirées sur papier fleurdelisé ne sont nullement recommandables...

 

[1] On ne connaît, en Lorraine, aucun travail de ce genre qui appartienne à Claude.

[2] Cette église est aujourd'hui détruite.

[3] Ces faits sont attestés par Baldinucci qui estropie le nom de Deruet. Il l'appelle Charles Dervent. M. Villot, dans sa notice sur Claude, n'a pas deviné que ce nom mal écrit cache celui de Deruet, et il cite Charles Dervent comme un peintre dont le Louvre ne possède pas d'ouvrages. La vérité est qu'il n'existe aucun peintre de ce nom. Du reste, Charles Dervent nous parait avoir été inventé par la Biographie Michaud. Ce nom imaginaire figure dans les deux éditions de cette publication à l'article Lorrain.

[4] Il la reprit cependant à Rome beaucoup plus lard (Saodrart, Vie de Claude Gellée, p. 329).

[5]  Nous avons établi cette impossibilité dans nos Recherches sur Claude Deruel, Nanry, 1851, in-8°.

[6]  Une épreuve du Bouvier n°8, premier état, a été adjugée 2,163fr. en vente publique, à Paris, au mois d'avril 1861.

 

Source Wikipédia. Ulysse remettant Chryséide à son père.

Source Wikipédia. Ulysse remettant Chryséide à son père.

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NOTICE

SUR CLAUDE GELLÉE

DIT LE LORRAIN (1600-1682).

PAR MM. Edouard MEAUME et Georges DUPLESSIS-

EXTRAIT DU TOME XI DU PEINTRE-GRAVEUR FRANÇAIS
DE M. ROHERT-DUMESNIL.

Les détails relatifs à la vie d'un homme illustre ne sont jamais sans intérêt. On aime à connaître comment un artiste de génie a trouvé sa voie et comment il l'a suivie, quels obstacles il a rencontrés, et quels efforts il a dû faire pour en triompher. Toutes ces circonstances sont surtout intéressantes quand il s'agit d'un grand peintre dont les débuts ont été pénibles; l'admiration inspirée par ses œuvres croit alors en proportion des difficultés qu'il lui a fallu surmonter pour les produire.

Toutefois les récits de cette nature ne peuvent nous intéresser qu'à une condition essentielle, c'est qu'ils soient vrais. Le biographe doit éviter de rien exagérer; il doit surtout s'inspirer des documents contemporains en les contrôlant avec soin. Ne rien négliger, mais ne rien adopter de confiance et sans examen, telle doit être sa règle. Il ne nous parait pas qu'elle ait été suivie à l'égard de Claude Gellée. L'exagération et l'absence de critique se remarquent dans plusieurs biographies du plus grand de nos paysagistes. Sa vie a été écrite par d'Argenville, par Denon, par Mme Voïart; en dernier lieu, par Nagler et autres. Tous disent qu'il est parti de très-bas. Presque complètement illettré, il a été garçon pâtissier, puis domestique. Quelques biographes, renchérissant sur leurs devanciers, ajoutent que cette vie misérable de l'artiste se prolongea jusqu'à l'âge de 36 ans [1] ; puis que, par une sorte de transfiguration, se manifesta tout à coup le grand peintre que chacun connaît.

En présence de faits dont les uns sont controuvés et les autres réels, mais mal étudiés, on a crié miracle; puis, au lieu de chercher, dans les circonstances bien avérées et les dates, l'explication qui en découle naturellement, on s'est laissé emporter par l'imagination; et, la phrase aidant, on est arrivé au faux en passant par l'emphase. Ces exagérations ont réagi sur des esprits sérieux, tels que MM. Ch. Blanc, Villot, Piot et Robert-Dumesnil, ennemis nés du merveilleux et des phrases à effet. Par suite, ils ont rejeté, sans discussion, les faits relatifs à la jeunesse misérable de Claude, pour s'en tenir au récit de Baldinucci, absolument muet sur ces circonstances.

Nous croyons, cependant, que tout n'est pas controuvé dans les écrits de Nagler et autres, et que Baldinucci n'est pas la source unique à laquelle on doit puiser pour écrire la biographie de Claude Gellée. Il en existe une autre encore plus reculée et non moins digne de foi; c'est le récit de Sandrart, l'ami de Claude Gellée, le compagnon de ses travaux, le confident de ses pensées. Il est impossible que Sandrart ait imaginé les faits principaux dont il parle, et qu'il tenait de Claude lui-même, alors âgé de 30 à 35 ans. Ses souvenirs ont pu s'égarer, relativement à quelques détails évidemment controuvés; mais ces erreurs de mémoire ne sont pas une raison pour écarter des faits précis sur lesquels il n'a pu se tromper, et dont récit a été publié du vivant même de Claude Gellée [2].

On s'explique, d'ailleurs, facilement pourquoi Baldinucci a gardé le silence sur certains détails rapportés par Sandrart. Le biographe italien a écrit d'après des notes fournies par l'abbé Joseph Gellée et par Jean Gellée, petits-neveux du grand peintre. Devenu riche et fréquentant la haute société de Rome, l'abbé Gellée trouvait tout au moins inutile de révéler l'humble origine de sa famille, et d'apprendre au public que son oncle avait pétri la pâte, balayé les chambres et pansé les chevaux. Le silence de Baldinucci sur la condition infime de Claude, dans sa jeunesse, ne parait pas avoir d'autre cause. On doit remarquer, en outre, que plus de soixante ans avaient déjà passé sur ces faits, et il est possible que ses petits neveux, fort jeunes lorsque leur oncle est mort, n'en aient eu aucune connaissance[3]. Mais ce n'est pas un motif pour ne tenir aucun compte de ce que Sandrart a su de Claude lui-même, bien avant la naissance de ses neveux et plus de cinquante ans avant que Baldinucci ait écrit. D'ailleurs le récit de cet auteur n'infirme que sur un seul point, peu important, celui de Sandrart, et il le complète en beaucoup d'autres. Le mieux est donc de puiser à ces deux sources également recommandables, en considérant comme établis les faits qui ne sont pas contradictoires. Lorsque, au contraire, une circonstance, racontée par l'un des auteurs, ne peut concorder avec le récit de l'autre, il faut bien opter pour celle des deux versions qui présente le plus de vraisemblance. C'est la règle que nous avons adoptée pour la suite de ce travail.

Claude Gellée est né à Chamagne, village sur la Moselle, près de Charmes et de Mirecourt, dans le diocèse de Toul, en 1600. Cette date est fournie par son épitaphe, composée par ses neveux, et qu'on voyait autrefois à Rome, à la Trinité-du-Mont. C'est par erreur que d'Argenville et autres biographes l'ont fait naître au château de Chamagne. Il n'y a jamais eu de château dans ce petit village de Lorraine. La cause de cette erreur est un contre-sens. Baldinucci dit bien : Nacque in castello di Chamagne...; mais castello veut dire ici petit village, petit bourg, et non château[4].

On ignore la profession de ses parents. Il était le troisième des cinq enfants mâles nés du mariage de Jean Gellée et d'Anne Padose. L'aîné s'appelait Jean, comme son père et son aïeul; le second avait pour prénom Dominique. Denis et Michel étaient les prénoms des deux derniers. Claude Gellée vécut plus de quatre-vingts ans, et ne se maria jamais. Cependant sa famille n'est point éteinte en Lorraine, quoique ses membres actuels ne paraissent pas avoir hérité de sa fortune. Sa succession fut recueillie par les enfants d'un de ses cousins germains, qu'il avait fait venir à Rome, et dont l'un embrassa l'état ecclésiastique. On croit que cette branche est éteinte mais la famille de Claude existe encore à Chamagne. Un honorable cultivateur est aujourd'hui maire de ce village. Il croit descendre d'un des frères de l'illustre peintre, sans pouvoir l'indiquer avec certitude. Aucun des Gellée vivants encore à Chamagne ne possède ni papiers de famille, ni documents quelconques se rattachant à Claude.

Ses parents n'étaient pas riches; artisans ou cultivateurs, chargés de cinq garçons, sans compter les filles, ils comprenaient cependant la nécessité de l'éducation. Claude fut envoyé à l'école, comme ses frères; mais il en profita peu. Ce fut à grand'peine qu'il put apprendre à lire. Il était, dans son enfance, dit Sandrart, smentia valde mediocri. Voyant qu'il ne mordait pas à l'écriture, qu'il n'apprenait presque , rien à l'école, parum imo nihil fere proficeret, ses parents le mirent en apprentissage chez un pâtissier[5].

Comment celui qui devait être un jour le peintre favori des papes et des rois échangea-t-il le tablier et le mitron contre la palette et le pinceau? C'est sur ce point que Sandrart et Baldinucci ne sont pas complètement d'accord.

Suivant Sandrart, le jeune apprenti pâtissier serait parti pour Rome en compagnie de plusieurs compatriotes exerçant la même profession. Ignorant la langue italienne, ne trouvant pas facilement à se placer chez un patron de son état, Claude entra comme domestique chez Augustin Tassi, peintre assez gai et complaisant, quoique goutteux (quamvis podagrœ malo sœpius vexatus, pluribus tamen ob genium hilarem acceptissimus). Tassi peignait des décorations pour le conclave. Claude était alors bien moins son élève que son domestique. Il faisait la cuisine, pansait le cheval du maître, balayait les chambres, broyait les couleurs, et nettoyait palettes et pinceaux [6].

Il résulte de ce passage que Claude a été domestique chez Tassi, et qu'il y était encore au moment du conclave pour l'élection de Grégoire XV ou d'Urbain VIII, c'est-à-dire en 1621 ou 1623. Il ne peut s'agir du conclave dans lequel fut élu Paul V, en 1605; c'est donc vers 1621 que Claude devint le valet de Tassi.

Il semble encore résulter du récit de Sandrart que Claude se serait placé chez Tassi en arrivant à Rome, et qu'il y aurait demeuré au moins jusqu'en 1621. Dans cette hypothèse, le jeune apprenti pâtissier ne serait parti pour Rome que vers l'âge de quinze ans, et serait resté bien longtemps, dans la même condition, sans se fortifier dans l'étude du dessin, ce qui est peu vraisemblable.

Le récit de Baldinucci complète celui deSandrart, en le rectifiant seulement sur ce point, que Claude est venu à Rome bien avant 1621. Quoique muet sur la première enfance de Claude, il est plus précis que Sandrart sur les faits relatifs à la jeunesse du grand artiste, et son récit est également très-précieux. Suivant cet auteur, Claude perdit son père vers l'âge de douze ans. L'orphelin, recueilli par son frère aîné, Jean Gellée, graveur sur bois à Fribourg en Brisgaw, reçut de lui les premières notions de dessin, et y demeura environ une année. Un de leurs parents, marchand de dentelles, était appelé par ses affaires à Rome. Alors, comme aujourd'hui, on fabriquait de la dentelle à Mirecourt ainsi qu'aux  environs de cette ville, et les relations de la Lorraine avec Rome, relativement au débit de cette marchandise, étaient assez fréquentes. Le marchand de dentelles offrit de se charger de l'enfant et de le conduire à Rome, où il pourrait mettre à profit les heureuses dispositions que son frère avait reconnues en lui. Il arriva donc dans la ville éternelle vers 1613 ou 1614, et logea d'abord près de la Rotonde. Son petit pécule devait être fort mince, et il en vit bientôt la fin. Le marchand de dentelles était retourné en Lorraine, laissant à Rome son jeune parent. Celui-ci se rendit à Naples, où il travailla, pendant deux années, sous la direction de Geoffroy Wals, peintre de paysages, puis il revint à Rome, où il entra chez Tassi.

Ces faits paraissent constants; mais il ne l'est pas moins que Claude était chez Tassi lors du conclave de 1621. Or Sandrart tient de notre artiste lui-même que, à ce moment, il était encore valet d'écurie et de chambre. On est donc porté à supposer que chez Geoffroy Wals, à Naples, il était plutôt domestique qu'élève, comme il l'a été plus tard chez Tassi. Cela n'exclut pas cependant la possibilité que le jeune serviteur ait pu recevoir quelques leçons, soit de Wals, soit de Tassi, avant 1621; mais il était alors encore très-peu habile.

Peu à peu, cependant, Tassi, dont Sandrart célèbre l'affabilité et la complaisance, consentit à donner des leçons à son serviteur, dont il avait reconnu les heureuses dispositions pour la peinture. Sandrart le dit en termes exprès : Inter hœc ministeria igitur consulente et informante eum patrono, prospectivae operam dabat. Claude avait alors un peu plus de vingt ans. C'est l'âge où le travail, uni à la volonté de parvenir, est le plus profitable. Tant qu'il fut au service de Tassi, il ne put apprendre que la pratique de la peinture; le temps et son seul génie devaient faire le reste. A ce point de vue, on a pu dire avec raison qu'il n'eut pas de maître. Toutefois il faudrait bien se garder de croire que ses premiers ouvrages furent, comme on l'a dit, de véritables chefs-d'œuvre. Lui-même a raconté à Sandrart, qui nous a conservé ses confidences, combien furent humbles les commencements de sa vie d'artiste. On y verra que le grand homme qui, sous le nom de Claude le Lorrain, fut le prince des paysagistes ne put échapper à la loi commune du travail, et qu'il fut loin d'atteindre, du premier bond, les sommités de l'art.

Le jour où Claude put avoir un petit atelier à lui, il s'empressa de quitter Tassi. Il se mit alors à peindre des paysages ornés de monuments. Leur valeur vénale était peu élevée, et les difficultés de la vie étaient grandes. Aussi le jeune artiste vivait-il avec la plus stricte économie. Il sut cependant résister à la tentation de faire vite sans se préoccuper de faire bien. Il voulut, au contraire, arriver au mieux dans les limites du possible. A cet effet, il ne négligea aucun des enseignements que pouvait lui fournir la nature. Le récit de Sandrart sur ce point a été singulièrement commenté, embelli par les biographes. Il nous parait plus utile de le traduire littéralement:

« Pour atteindre les véritables fondements de l'art, et pour pénétrer les secrets les plus cachés de la nature, il ne quittait pas la campagne. Dès le point du jour jusqu'à la nuit, il s'appliquait à saisir les aspects variés de l'aurore, le lever et le coucher du soleil. C'était surtout aux heures du crépuscule qu'il étudiait le modèle vivant de la nature. Tout en considérant ce spectacle, il préparait ses couleurs d'après les teintes mêmes qu'il observait; puis, rentré chez lui, avec ses couleurs ainsi préparées (domique cum Us recursus), il les appliquait à l'ouvrage qu'il avait entrepris. Il consacra beaucoup d'années à l'application de cette méthode difficile et pénible, passant les journées dans la campagne, et faisant de longues courses  sans se lasser jamais. Je le rencontrais souvent au milieu des roches les plus escarpées de Tivoli, maniant le pinceau au milieu de ces fameuses cascades, et peignant, non d'imagination et d'inspiration, mais d'après ce que lui inspirait la nature elle-même. Ce genre de travail avait un tel charme pour lui, qu'il continua toujours à suivre la même méthode. »

Ce témoignage de Sandrart est extrêmement précieux. Il parle de visu, et fait merveilleusement comprendre le mode de travail adopté par le grand artiste dès ses débuts. Cependant Sandrart n'a pu le connaître avant 1628. Il le rencontra probablement vers 1630. Il n'était pas encore dans toute la force de son talent; mais il était bien différent de lui-même à ses commencements, en 1622 ou 1623. On voit que sa méthode fut toujours la même. Elle consistait à observer constamment la nature, mais on a eu tort de dire et de répéter que Claude n'emportait jamais ses pinceaux dans ses promenades. Sans doute, Sandrart indique qu'il préparait ses couleurs en face de la réalité, et qu'il les transportait ensuite chez lui sur la toile. Mais il dit aussi qu'il peignait sur le modèle des types naturels; ce qui signifie que, pour mieux fixer ses souvenirs, il faisait d'après nature, soit en dessin, soit à l'huile, des études d'arbres, de lumière et d'ombre qu'il rapportait à son atelier. Il n'a pas, à proprement parler, peint d'après nature, en ce sens que les tableaux de son bon temps ne représentent presque jamais aucun site connu; mais il a observé la nature, et il a fixé son image sur la toile ou sur le papier, au moment même de l'observation, pour transporter ces puissantes études sur les toiles restées à l'atelier.

Il résulte de ce qui précède que Claude ne prit jamais la manière d'aucun de ses prédécesseurs. En admettant que Geoffroy Wals et Tassi lui aient donné des leçons[7], il n'emprunta rien d'eux. Il fut chef d'école, quoiqu'il n'ait pas formé d'élèves. Il inaugura ce qu'on a appelé avec raison l'âge d'or des paysagistes. Les plus illustres, ceux qui en ont approché de plus près, comme Poussin, Ruysdael, » Hobbema, Cuyp, Millet et bien d'autres, l'ont imité, en ce sens qu'ils ont, comme lui, soigneusement étudié la nature. Méthode excellente, mais lente et difficile. Aussi s'écoula-t-il près de dix années avant qu'il parvînt à se faire un nom. Il continua de travailler à Rome, sans grand succès, jusqu'au printemps de 1625, époque à laquelle il fut pris du désir de revoir son pays natal. Le récit de ce voyage nous a été conservé par Baldinucci. Il s'achemina vers la Lorraine, en passant par Lorette, Venise, Trente, Innsbruck, Munich et la Souabe. Chemin faisant, il peignait des paysages vendus aux prix les plus modiques. Suivant une tradition, il existerait de lui deux tableaux de cette époque, représentant des vues de Munich.

Claude n'avait connu à Rome aucun des artistes lorrains qui s'y étaient rendus au commencement du siècle. Jacques Bellange était de retour en Lorraine, lorsque Claude arriva à Rome vers 1614. A la même époque, Callot était à Florence. Quant à Deruet, Claude aurait pu le rencontrer à Rome, mais il n'en était certainement pas connu, puisqu'il se fit présenter à lui en arrivant à Nancy. Il avait dans cette ville un parent, ami de Deruet, qui se chargea de l'introduire près du peintre du duc Henri. Il en reçut un excellent accueil. Deruet le retint même près de lui, et s'engagea à lui faire peindre des figures...

 

[1] À l'âge de 36 ans, dit Nagler, Claude faisait encore griller des côtelettes.

[2] Baldinucci dit formellement que Joseph Gellée étudiait encore la théologie lorsqu'il lui a fourni des détails sur son parent.

[3] L'édition originale de l'ouvrage de Sandrart, en allemand, a paru de 1675 à 1679; Gellée n'est mort qu'en 1682.

[4] Castello. Mucchio e quantita di case circondate di mura a guisa di piccola cita. Château, ou petit village, bourg. (Alberti, Diziouario ilaliano-framesc. Milauo, 1859.)

[5] Voici le passage de Sandrart qui atteste ce Tait que nous considérons comme constant : A parentibut suit in disciplinant tradebatur pistori cuidam atrocreatum. (Ses parents le mirent en apprentissage chez un boulanger de pâtés.) — Le texte de Sandrart porte pictori, mais c'est évidemment pittori qu'il faut lire. (Nobilittimœ artis pictoriœ... Nuremberg, 1683, in-fol., p. 328.) D'ailleurs le texte allemand rectifie l'erreur de la traduction latine.

[6] Hic Cl. Gillius culinœ ipsius lotique rei œconomicœ interea prospiciebal, curalo simul equo, mundalisque ubique mundandis, terendo itidem colores el expurgando axiculum et penicellot. [Sandrart, loc. cit.)

[7] Le fait est certain pour Tassi. il l'est moins pour Wals. Baldinucci dit que, avant d'entrer chez Tassi, il prit, pendant deux années, des leçons de perspective chez un certain GolTredi, sans autre dénomination. Tous les biographes en ont conclu qu'il s'agit ici de Geoffroy Wals; ce qui est possible, mats nullement démontré.

[8] On ne connaît, en Lorraine, aucun travail de ce genre qui appartienne à Claude.

 

Source Wikipédia.
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Publié le par Rhonan de Bar
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Adoubement du Chevalier.

The Accolade.

De Edmund Blair Leighton. 1901

Évocation Médiévale.

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Publié le par Romuald Cassiaux

Marie-Madeleine pénitente.

Paul Baudry. 1858

Marie-Madeleine pénitente. Paul Baudry. 1858

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Publié le par Rhonan de Bar
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LA PRISE DE LA BASTILLE.

14 JUILLET 1789.

En mémoire du Marquis de Launay et de ses hommes.

La belle histoire républicaine concernant la prise de la Bastille, celle contée aux petits citoyens qu'il convient de dogmatiser, est en fait un tissu de mensonges. La Bastille n'a JAMAIS été prise par la populace (1) parisienne enragée, elle s'est rendue. En effet, suite à quelques salves d'avertissements tirées sur la foule pour la maintenir à distance -celles-ci ayant malheureusement causées des victimes-, le gouverneur Launay -ayant en tête les paroles sans cesse répétées du Roi : "le sang des français ne doit pas couler.",  et par conséquent conscient du carnage qui se profile à l'horizon, s'évertue par la diplomatie, à éviter le bain de sang. Contre le bon traitement de ses hommes et le sien, il accepte donc d'ouvrir les portes, soit la reddition. Les assiégeants pénètrent alors dans la place forte (2), massacrent une bonne partie des gardes pour enfin décapiter le Gouverneur et, comme en prémices à ce qui allait se produire dans les actes ultérieurs, sa tête est plantée sur une pique...et les chiens enragés la promènent dans les rues de la capitale. On considère dès lors que la France est embrasée et acquise aux forces obscures qui la mènera à l'infamie de 1793...en fait, il n'en n'est rien, la France est encore et toujours royale...

(1) À ne pas confondre avec le peuple qui possède en lui quelque chose d'infiniment plus respectable. Cette populace parisienne était en fait à la solde des "Desmoulins" et autres, qui avaient déjà en tête les abominations qu'ils commettront plus tard.

(2) La Bastille était considérée comme le symbole de l'absolutisme. Mais si le pouvoir absolu du Roi avait été si probant, la Bastille n'aurait-elle pas du contenir plus d'une dizaine de prisonniers?

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ARMORIAL DE LORRAINE

PREFACE

Après dix années consacrées à la collection générale des ouvrages héraldiques il m'a été impossible de découvrir un exemplaire du Recueil des armes de la Noblesse de Lorraine par Callot, que je ne connaissais que par les notices qui donnent M. M. Bernd et Brunet. J'ai recherché sans relâche tout dans l'Allemagne qu'à l'étranger les traces de cet ouvrage, mais toujours en vain.

D'après Brunet le titre de cette œuvre, tirée probablement à un petit nombre d'exemplaires est : Recueil des armes et blasons de la noblesse de l'ancienne chevalerie de Lorraine et autres bonnes maisons étrangères et alliées, recherchées par noble Jean Callot, héraut d'armes des duchez de Lorraine et Barrois, et par luy-même dédié & Monsieur du Chastellet, maréchal de Lorraine. — Sans lieu ni date, pet. in 4. et Brunet ajoute la notice suivante: « Recueil de 206 blasons gravés dans des cartouches de modèle uniforme; au bas de l'écu on lit, en lettres italiques gravées sur la planche, le nom du personnage avec la description du blason. Chaque blason occupe le recto d'un feuillet dont le verso est blanc. Telle est la description de ce livre fort rare que donne M. de Meaume, pages 97 et 98 de ses Recherches sur Jacques Callot (le célèbre artiste) d'après l'exemplaire porté sous le N°. 2043 du catalogue de M.Noël, de Nancy. Dans cet exemplaire le titre ci-dessus est manuscrit ainsi que la dédicace à Messieurs de l'ancienne chevalerie de Lorraine, qui l'accompagne; il paraît que ces deux pièces n'existent pas imprimées. On ne sait pas bien positivement si le Jean Callot, qui a signé cette dédicace était le père de Jacques Callot, ou son frère ou son neveu. » —

Par conséquent Brunet lui-même n'a pas vu cet ouvrage.

Enfin cette année il est arrivé en mes mains un ancien manuscrit de la Bibliotheca Uffenbachia de Francfort s M., intitulé: « Noblesse de Lorraine - Haute, par noble homme Jean Callot, Roy d'armes du Duc Charles II du nom. » Il renferme les dessins de 157 écussons de la noblesse de Lorraine, et a servi sans doute de base à l'ouvrage de Callot cité par Brunet, ou en est une copie, quoique le nombre des armes n'est pas pareil.

Pour faire connaître cette trouvaille aux amis de l'héraldique et des sciences historiques j'ai entreprit la publication de ce rare manuscrit dans la forme suivante. Sur treize planches se trouvent les écussons de l'Ancienne Chevalerie Lorraine et le texte ci-joint en donne l'exacte description, ainsi que celle des cimiers, partout ils sont connus, et enfin quelques notices historiques et généalogiques.

Nous souhaitons que les nobles familles encore existantes de ce vieux Duché Germanique, et il en existe encore bon nombre, accueilleront cet ouvrage avec

faveur, car nous avons eu pour but de conserver intact les écussons de leurs aïeux, et cela dans un temps où les intérêts matériels et le penchant à détruire tout souvenir des temps passés menace de ruiner la durée et l'intelligence de cette antique science héraldique, ce respectable produit du Moyen-âge!

 

LEIPSIC, ce 20. Novembre 1862.

Alfred Grenser.

 

ARMORIAL DE LORRAINE.

RECUEIL DES ARMES

DE L'ANCIENNE CHEVALERIE DE LORRAINE

PUBLIÉ D'APRÈS UN MANUSCRIT

DU NOBLE JEAN CALLOT,

HÉRAUT D'ARMES DU

DUC CHARLES II.

PAR ALFRED GRENSER.

 

L'ANCIENNE CHEVALERIE

DE

LORRAINE.

Explication des Planches et notices héraldiques et historiques[1].

 

Aarowey. — Or, à la bande de gueules accompagnée de dix billettes de même.

Cimier : un vol adossé au blason de l'écu.

Abencourt[2]. — Or à deux tours d'azur au canton gironné d'argent et de gueules de huit pièces. Cimier : une tête de cygne d'argent becqué de gueules.

Aigremont. — Gueules au lion d'argent couronné d'or, armé et lampassé d'azur.

Allamont. — Gueules au croissant montant d'argent, au chef d'or chargé d'un lambel d'azur de trois pièces. Heaume couronné d'or. Cimier : deux têtes de chiens de gueules, accolées d'or.

Alliance[3]. — Argent à l'écusson de gueules. Cimier : un écusson de gueules au milieu d'un vol adossé d'argent.

Anglure[4]. — Or semé de sonnettes d'argent soutenues de croissants (alias chevrons) de gueules ; écartelé de Chastillon: de gueules, à trois pals de vair, au chef d'or.

Aspremont[5]. — De gueules à la croix plaine d'argent (alias d'or). Cimier: un aigle naissant d'argent langue de gueules.

Aspremon. — Sable au chef d'argent chargé de trois merlettes de gueules.

Augeuiller. — Azur à la bande d'or chargée de trois coquilles de gueules, accompagnées de huit billettes d'argent, 4 en chef, et 4 en pointe.

Autel. — Gueules à la croix plaine d'or accompagnée de seize billettes de même. Cimier: un bus au blason de l'écu couvert d'un chapeau de cardinal.

Autremont. — Sinople à la croix échiquetée d'or et de gueules de trois traits.

Ayne. — Écartelé de gueules et d'or.

Ayne. — Azur à la bande d'or de trois pièces. Cimier : un bus au blason de l'écu.

Badricourt.[6] — Or au lion de sable. Cimier : un lion naissant de sable.

Baissey. — Azur à trois quintefeuilles pensées (alias roses) d'or. Cimier : une tête de buffle de sable couronnée d'or, la narine bouclée d'un annelet d'or.

Ballemont. — Burellé d'argent et de gueules de dix pièces. Cimier : un vol adossé au blason de l'écu.

Barbay. — Gueules à trois jumelles d'argent à la bordure de même.

Baresey. — Gueules au lion d'argent accompagnées de trois roses de même à la bordure de l'écu d'or.

Barisy. — Gueules au chef d'argent chargé de deux têtes de mores de sable bandées d'argent.

Bassompierre.[7] — Argent au chevron de gueules de trois pièces. Cimier: un écusson au blason de l'écu au milieu d'un vol de sable.

Baxemont. — Azur au clef d'argent (en pal ou en bande).

Bayer de Boppart.[8] —: Argent au lion de sable écartelé de gueules à un bras d'argent en barre revêtu d'azur élevant une bague d'or. Cimier : un lion naissant de sable au milieu d'un vol d'argent.

Bayon.[9] — Argent à la bande de gueules chargée de trois aiglons d'or. Cimier: un aiglon d'or.

Beaufremont[10]. — Vairé d'or et de gueules.

Beauvau[11]. — Argent à quatre lions (alias lionceaux) de gueules, armés, lampassés (et souvent couronnés) d'or, qui est de Beauvau, écartelé de Craon: Losange (d'or et d'azur?). Cimier : une tête de sanglier dentée et allumée d'argent.

Belmont. — Or à deux faces d'azur. Cimier : un vol adossé au blason de l'écu.

Bemont. — Gueules à la croix plaine d'argent cantonnées de quatre billettes de même.

Beoncourt[12]. — Argent à la face d'azur. Cimier: un bus de more tortillé d'argent, au blason de l'écu.

Bildstein. — Or à une épée de sable en barre, à la bande de gueules chargée de trois aiglons d'or brochant sur le tout; écartelé d'or à trois faces de gueules.

Billy[13]. — Gueules à trois billettes d'argent, 2 et 1.

Blainville.[14] — Azur à la croix plaine d'argent cantonnée de vingt croisettes recroisettées aux pieds fichées d'or.

Bourlemont. — Burelé d'argent et de gueules de dix pièces.

Bourmont.[15] — Or à la tête de lion couronnée d'azur.

Bousey. — Or au lion de sable. Cimier : un lion naissant de sable au milieu d'un vol d'argent.

Boussegnecourt. — Sable à la bande d'argent. Cimier : un bus de More tortillé d'argent, habillé de sable, au milieu d'un vol adossé au blason de l'écu.

Bouttelier. — Écartelé d'or et de gueules. Cimier: une demi fille chevelée d'or, levant la main dextre.

Bouxières. — Losange d'argent et de sable.

Breton. — Gueules à la croix plaine d'or, accompagnée de quatre écussons d'argent.

Bretton. — Or à trois pals de sable, au chef de gueules.

Briey.[16] — Or au pal de sable de trois pièces. Cimier : un vol.au blason de l'écu.

Briey. — Echiqueté d'or et de sable. Cimier : une tête d'aigle au blason de l'écu.

Bulgneville.[17] — Or à trois pals de gueules, au bâton péri d'azur brochant sur le tout.

Busancey. — Burelé d'or et de gueules de huit pièces. Cimier : deux trompes adossées au blason de l'écu.

Buxey. — Burelé d'or et d'azur de dix pièces, au canton d'argent chargé d'une clef de gueules en pal.

Camasier. — Azur au chevron d'or accompagné de trois roses d'argent.

Chahanay. — Argent à deux lions de sable posés l'un sur l'autre. Cimier : un cygne essoré d'argent, becqué de gueules.

Chamblay. — Sable à la croix d'argent cantonnée de quatre fleurs de lys d'or.

Chanesey. — Azur au chef, d'argent chargé d'un demi-lion naissant (de gueules?).

Chastel. — Argent à la face vivrée de gueules.

Chaufon. — Face d'or et de sable de six pièces. Cimier : un vol adossé au blason de l'écu.

Cheleys. — Gironné d'argent et de gueules de douze pièces à l'écusson d'argent brochant sur le tout.

Choiseul.[18] — Azur à la croix plaine d'or cantonnée de vingt billettes de même.

Cimier : trois épis de blé d'or.

Clermont.[19] — Gueules à la clef d'argent en pal.

Clermont. — Gueules au chef d'argent. Cimier : une tête de cerf d'or.

Commercy.[20]— Azur semé de croisettes recroisettées aux pieds fichées d'argent.

Conflans.[21] — Azur semé de billettes d'or, au lion d'or et au bâton de gueules brochant sur le tout.

Custines.[22] — Azur au chevron d'or, au chef de même.

Deche. — Gueules à deux fasces d'argent, la première chargée de trois boules de sable.

Des Buchets. — Azur à treize billettes d'or 5, 4, 3, 1. Cimier : une tête d'aigle d'argent, ailé d'azur billeté d'or.

Desche. — Burelé de dix pièces d'hermine et de gueules. Cimier : deux cornes au blason de l'ecu.

Deulange. — Or à la fasce vivrée de gueules accompagnée en chef d'un lambel d'azur.

DeuIIy. — Burelé d'or et de sable de dix pièces. Cimier : deux trompes au blason de l'ecu.

Dinteuille. — Sable à deux léopards lionnés d'or posés l'un sur l'autre. Cimier : une tête de sanglier avec le col de sable, denté et allumé d'argent.

Domballe.[23] — Sable à deux truites adossées d'argent, accompagnées de quatre croisettes, recroisettées d'or au pied fiché. Cimier : deux truites d'argent, les queues en haut.

Dongey. — Gueules au pal de vair de trois pièces au chef d'argent, chargées au milieu d'une merlette de sable.

Donleuière. — Or à la bande de gueules chargée d'une étoile d'or en chef.

Dung. — Gueules au pal de vair de trois pièces. Cimier : une tête de lion d'or.

Espinal. Azur, semé de fleurs de lys d'or sans nombre à la croix de gueules.

Essey.[24] — Gironné d'argent et de gueules de dix pièces à l'écusson d'argent brochant sur le tout.

Failly.[25] — Argent à l'arbre de gueules de trois feuilles, accompagné de deux merlettes de sable affrontées.

Fay.[26]— Gueules à trois pals de vair au chef de gueules.

Fenestranges.[27] — Azur à la fasce d'argent. Cimier : une tête de chien (lévrier) d'argent, au collet d'azur bordé d'or.

Ficquelmont. [28] — Or à trois pals aux pieds fichés de gueules, accompagnés en chef d'un loup passant de sable.

Fleuille[29]. — De vair. Cimier : un demi dragon d'or.

Floreville.[30]— Fascé d'argent et d'azur, à l'ombre d'un lion brochant sur le tout, à la bordure engrêlée de gueules.

Fontaines. — Bandé d'or et d'azur de six pièces au chef d'azur chargé de trois balles d'or.

Forcelles. — Sable à neuf trèfles d'argent, 3, 3, 3.

Forcey. — Azur à trois figures senblables à 3 rocs d'échiquier d'or, au chef d'argent au lion naissant de gueules.

Fresnel. — Azur à trois bandes d'argent au chef d'azur chargé d'un demi-lion d'or.

Gallian. — Azur à une demi-croix d'argent, au chef d'or au coq au naturel.

Gerbevillers.[31]— Gueules à deux saumons adossés d'argent cantonnés de quatre croisettes

recroisettées aux pieds fichés d'or.

Gerbevillers. — Sable au chef d'argent chargé de trois pals de sinople.

Going.— Azur à la croix plaine d'argent, cantonnée de quatre fleurs de lys d'or.

Gournay.[32].— Gueules à trois tours d'argent posées en bande.

Grancy. — Argent au chef de gueules.

Greincourt. — Argent à ceux lions de gueules, l'un sur l'autre. Cimier : un château d'argent.

Guermange. — Gueules à une figure d'or, semblable aux cornes de bélier.

Guernicy. — Azur a l'écusson d'argent.

Haranges. — Or au lion d'azur couronné d'or. Cimier : un lion assis au blason de l'écu.

Haraucourt.[33] — Or à la croix de gueules au premier canton d'argent chargé d'un lion de sable. Cimier : un cygne tenant au bec une bague d'or.

Haussonville.[34] — Or à la croix de gueules frettée d'argent.

Hautoy.[35]  — Argent au lion de gueules. Cimier : un demi-lion de gueules.

Herbeuiller.[36] — Azur à la croix d'argent cantonnée de seize fleurs de lys d'or.

Housse. — Argent au chef échiqueté de trois traits d'argent et d'azur. Cimier : deux massues d'or mises en sautoir.

Jaulny.[37] — Argent à trois chevrons de gueules à la bordure engrêlée d'or.

Igny. — Burelé d'argent et de gueules de dix pièces. Cimier : deux cornes adossées au blason de l'écu.

La Court.[38] — Gueules à l'aigle d'argent à la bande d'or chargée de trois tours de sable brochant sur le tout.

La Marche. — Azur à la croix plaine d'argent, cantonnée de quatre rocs de même.

La Motte. — Or à trois têtes de lions de gueules couronnées d'argent.

Landre.[39] — Argent au pal de gueules de trois pièces. Cimier : un vol adossé d'argent entre un chapeau de cardinal.

La Tour Landry. — Or à la fasce bretessée de gueules au côté du chef.

La Tour de Vouare. — Gueules à quatre lions d'or posés l'un sur l'autre, deux à dextre et deux à sénestre.

Launay. — Azur à la bande d'argent accompagnée de onze billettes de même, six en chef et cinq en pointe. Cimier : un vol adossé au blason de l'écu.

La Vaux. — Sable à trois tours d'argent, 2 et 1.

Cimier: une tour d'argent.

Lencourt. — Azur à la croix engrêlée d'argent. Cimier : une tête de Licorne d'or.

Lenoncourt.[40] — Argent à la croix engrêlée de gueules. Cimier : une tête de chièvre d'argent.

Les Vieux. — Or à trois pals de gueules.

Letricourt. — Argent à la fasce de sable accompagnée en chef d'un lion de gueules.

Lieuron.[41] — Fascé d'argent et de gueules de six pièces au franc-canton d'argent, chargé d'un roc de gueules. Cimier : une tête de licorne d'argent.

Ligneville.[42] — Losange d'or et de sable. Cimier : une tête de boeuf de sable, accolé d'or.

Ligny. [43] — Azur au chevron d'or.

Liocourt. — Azur au lion léopardé passant d'or.

Lisceras. — Parti: au 1 d'azur à trois coquilles d'argent en pal ; au 2 burelé d'or et de sable.

Longueville. - Azur à un aiglon d'argent mis en fasce.

Louppy.[44] — Gueules à cinq annelets d'argent en sautoir.

Lucy. — Argent à. trois lions de sable. Cimier : un lion naissant au milieu d'un vol d'argent.

Ludres.[45] — Bandé d'or et d'azur de six pièces à la bordure engrêlée de gueules.

Luneville. — Or à la bande de gueules chargée de trois croissans d'argent.

Macheville. — Argent au pal engrêlé de gueules.

Malberg.[46]— Argent à l'écusson de gueules, qui est de Malberg; écartelé de gueules à la croix ancrée d'argent,

Mancey. — Or à la croix engrêlée de gueules.

Mandres. — Or à la bande d'azur accompagnée de sept billettes de même, trois en chef et quatre en pointe.

Manonville. — Or à la croix de sable frettée d'argent.

Marcossey.[47] — Azur au lévrier courant d'argent accolé de gueules.

Marley. — Gueules au lion d'argent. Heaume couronné d'or. — Cimier : un demi-lion d'argent.

Masuroy. — Gueules à un écusson d'argent.

Maulgiron. — Gironné d'argent et de sable de six pièces.

Meny la Tour. — Hermines à trois chevrons de gueules.

Mercy.[48]— Or à la croix d'azur. Cimier : un goulet jetant des herbages au milieu de deux têtes de paon à naturel.

Mitry.[49]— Argent à trois boules de gueules. Cimier : un bus de more habillé de gueules, tortillé d'argent.

Moitrey. — Gueules à la bande d'argent chargée, de trois merlettes d'azur.

Montclef. — Argent à la clef de gueules (en bande où en pal).

Montson. — Argent à la croix d'azur semée de croisettes recroisettées d'or aux pieds fichés.

More. — Gueules à trois roses d'argent.

Netancourt.[50] — Gueules au chevron d'or. Cimier : une tête de braque d'argent.

Neufchasteau,[51] — Or à la bande de gueules chargée de trois châteaux d'argent.

Neufchastel. — Argent à la fasce de sable. Cimier : un bus de More au blason de l'écu.

Noirfontaine. — Gueules à trois étriers d'or.

Nurry. — Azur au chef d'argent au lion naissant de gueules.

Parroye.[52] — Gueules à trois lions d'or à la bordure engrêlée d'azur.

Pierrefort. — Or au lion naissant de gueules.

Porcelet. — Or au porcelet de sable. Cimier : une tête de sanglier avec le col de sable, au milieu d'un vol d'or.

Pouilly. — Argent au lion d'azur. Cimier : un pélican.

Pulligny. — Azur au lion couronné d'or.

Baucourt.[53] — Argent au lion de gueules couronné d'or. Cimier : un lion naissant de même.

Bauille. — Gueules à trois chevrons d'argent. Cimier : une tête, de paon à naturel.

Rosières.[54] — Losange d'or et d'azur.

Ruppe. — Argent à trois écussons de gueules.

Saint-Empure. — Parti d'or et d'azur à la bande d'hermine brochant sur le tout.

Saint-Loup. — Or à trois bandes de gueules.

Cimier: deux cornes adossées au blason de l'écu.

Sorbey. — Argent au croissant montant de gueules, accompagné en chef d'une étoile de sable.

Tournoy. — Azur à la croix plaine d'argent, cantonnée de vingt fleurs de lys d'or.

Valhey.[55] — Une bande engrêlée accompagnée de douze billettes, six en chef et six en pointe.

Vaudoncourt.[56] — Azur à la bande d'or, accompagnée de sept billettes de même.

Ville. — Or à croix plaine de gueules.

Viniers.[57] — Fascé d'or et d'azur de six pièces. Cimier : deux trompes au blason de l'écu.

Wisse. — Argent à trois têtes de mores de sable, tortillées d'argent. Cimier : une tête de more tortillée d'argent.

 

[1] On appelle au propre Ancienne Chevalerie la Noblesse dont les aïeux ont été en Terre-Sainte, avec Godefroy de Bouillon, du temps des Croisades. Presque toutes ces familles lorraines portent le nom du lieu de leur origine, ou domaine qui sont indiqués sur les anciennes cartes de la Lorraine, comme: Generalis Lotharingiae Ducatus tabula par Nicol. Visscher. Amst. Bat. — Mappa geographica Ducatus Lotharingiae et Bar design, per Tob. Conr. Lotter, Geogr. Aug. Vind. etc.

[2]  Ou Abancourt. Charles Xaver Joseph d'A., dernier ministre de la guerre sous Louis XVI. (1792) tomba victime de la révolution; Charles Frerot d'A., général français, fameux par ses excellentes cartes, mort en 1801 à Munich.

[3] La terre d'Amance est située dans le dép. de la Saône, district de Vesoul.

[4] 4) Anglure, dans le dép. de la Marne, arrond. Epernay, était une des plus anciennes baronnies de Champagne. — L'illustre maison de Chastillon, qui s'est éteinte de nos jours, tirait son nom de la ville et comté de Châtillon-sur-Marne, situés près de Dormans. Son histoire généalogique a été publiée par André Duchesne, 1 vol.. in fol. Paris 1621.

[5] 5) Ou Apremont; maison de comte très-ancienne; la terre de ce nom est située près de Metz. Quelques auteurs font dériver l'origine de la maison d'Attestinis (d'Esté) à Rome. Le comté d'Aspremont est dit avoir été reçu été reçu de Sigefroid par Charles Martel vers 680; en foi de quoi la famille, qui existe encore en Belgique et en Autriche, apparaît depuis 1100. Reconnu fief immédiat de l'Empire par la bulle de Charles-Quint, 1354; la haute souveraineté et droit d'investiture furent cédés au roi de France par le traité de Munster en 1645. — La famille porte alias de gueules à la croix d'or.

[6] Alias Baudricourt, de la terre de ce nom.

[7] Le nom primitif de cette famille était Betzstein; François de Betzstein, né en 1579 au château d'Haruel en Lorraine, adopta le premier le nom français de Bassompierre. Il était favori de Henri IV, puis de Louis XIII, fut maréchal de France en 1622, ambassadeur en Espagne et en Suisse, en 1625 en Angleterre,

commanda plus tard en Languedoc contre les Hugenots, fut mis à la Bastille par son ennemi le cardinal de Richelieu (1631—1043) et mort en 1616. — Le cousin du précédent, François Annas de B., né en 1612, l'accompagna dans ses campagnes, se rendit après l'emprisonnement du maréchal français en Lorraine, assista à la bataille de Nördlingen sous le commandement du général Gallas, et prit part en 1635, à la campagne de Lorraine contre les Français, quitta en 1636 le service de Lorraine, fut fait prisonnier à Breisach par le duc Bernard de Saxe-Weimar, et ne fut rendu à la liberté qu'en 1640. Il commanda ensuite l'armée impériale en Bohême et en Silésie et fut tué en duel en 1646. — Seigneur et marquis de Removille; marquis de Bassompierre au bailliage de Saint-Michel; créé marquis de Saint-Menge, sous le nom de Baudricourt, le 8. nov. 1719. — Je trouve également comme cimier un cygne et comme supports deux cygnes.

[8]  Ancienne famille rhénane, éteinte en 1598, qui posséda le château de Boppart détruit en 1249. Dietrich était évêque de Worms en 1349. Le dernier de sa famille était le baron George Bayer de Boppart, conseil et général en chef du duc de Lorraine, qui mourut près de Bude en 1598, âgé de 33 ans. Les armes primitives, d'argent au lion de sable, qui se trouve aussi couronné, furent déjà portées en sceaux en 1318, 1333, 1361. — Le bras en 2 et 3 se trouve de même cuirassé; ces armes sont celles de la famille de Lossenich, qui furent jointes aux siennes par Conrad B. de B., mort le 6. Oct. 1121, comme armes de sa mère. Les Bayer de Boppart possédaient au Rhin et en Lorraine Latour, Loonay, Lossenich, Sternberg, Traintou, etc.

[9] 9) La terre de Bayon, dont cette famille porte le nom, est située sur la Moselle, dép. de la Meurthe, arrond. de Luneville. — Les figures des armes sont trois aiglons, c'est-à-dire petits aigles sans bec ni griffes. Le dessinateur en a fait des aigles.

[10]  Alias Baffromont ou Beffroimont; dit de Ruppes; sieur de Charny; sieur de Soy et de Trichastel. Ils font dériver leurs noms du château de Baufremont près de Neufchateau en Lorraine et possédaient des terres, principalement près de Châlons et en Bourgogne. Chevaliers croisés: Hugues et Liebaut en 1190. — Créations: prince du Saint-Empire, le 8 juin 1757; à la charge de relever le nom et les armes de Gorrevod, due et pair de France le 31 août 1817; illustrations: cinq chevaliers du Saint-Esprit et quatre de la Toison d'or.

[11] Originaire de la province d'Anjou, venu en Lorraine avec les princes de la maison d'Anjou, pendant qu'ils possédaient cet état par le mariage de René d'Anjou, Roi de Naples et de Sicile, avec Isabelle, Duchesse de Lorraine; fait, en 1420. — Foulques de Beauvau, chevalier croisé en 1190; René de B., connétable de Charles d'Anjou, roi de Naples; Jean de B., chambellan de Louis XI; Charles-Just de B., maréchal de France, de 1783 —1793. — Créations: marquis de Beauvau, le 4 juillet 1664; marquis de Craon, le 21 août 1712; prince du Saint-Empire le 13 nov. 1722; Grand d'Espagne, le 8 mai 1727; pair de France.

[12] Alias Bioncourt.

[13] Les armes sont parlantes: Billy — billettes.

[14] Les marquis de Blainville tiraient leur nom du château de B. sur l'eau, dép. de la Meurthe. arrond. Luneville. — Le dessinateur y a fait des croisettes simples ; il faut qu'elles soient aux pieds fichées.

[15] Le fief de famille, la ville de Bourmont, est située dans le dép. de la Marne, arrond. de Chaumont.

[16] Une des deux familles de Briey tirait probablement son nom de la ville et du château de Briey, dép. de la Moselle, entre Verdun et Thionville.

[17] La terre de ce nom est située dans le dép. des Vosges, arrond. de Neufchâteau.

[18] Cette famille célèbre est originaire de Bassigny et de la comté de Langres. Plusieurs branches sont établies en Lorraine. — Premier auteur: Reinier de Choiseul 1000. — Titres: Sieur de Clefmont; sieur de Traves; — comte de Chevigny près Sémur en Auxois; .— Seigneur de Stainville, de Meuze et de Chevigny; puis Marquis de Meuse; marquis de Stainville, le 27 avril 1722; baron de Demanges-aux-Eaux, le 8. févr. 1724; — sieur de Sorcy, de Lanques, de Beaupré; comte du Plessis-Praslin, vicomte d'Ostel et d'Oigny, baron de Champagnay, Carconte, Chiny, Soissons, etc. — Duc de Choiseul, en 1758, pair, en 1759, Duc de Praslin, en 1762. — Illustrations: quatre maréchaux de France: Charles de Choiseul-Praslin, 1619—1626; César de Choiseul-Duc de Plessis-Praslin, 1670—1675; Claude de Choiseul-Francières, 1693—1711; Jacques Philippe de Choiseul Stainville, 1783 —1789; plus de trente lieutenants généraux ou maréchaux de camp; des ministres; des ambassadeurs sous Louis XV. et sous Louis XVI. — Branches: I. Des Comtes de Choiseul-Gouffier, fixée en Russie; II. Des comtes de Choiseul d'Aillecourt, existants en France; III. Des Ducs de Choiseul-Praslin. Les armes se trouvent aussi d'azur à la croix d'or cantonnée de dix-huit billettes de même, cinq (2, 1, 2) à chaque canton du chef, quatre (2, 2) à ceux de la pointe.

[19] Les ducs de Clermont-Tonnerre, qui portent le nom de la baronnie libre et souveraine de Clermont en Dauphiné, ont pour armes: de gueules, à deux clefs d'argent passées en sautoir. D'après ces armes, il semble que notre famille lorraine touche celui-là.

[20]  La terre et seigneurie de Commercy est située dans le dép. de la Meuse.

[21]  La terre de Conflans est située dans le dép. de la Moselle, arrond. de Briey. La copie des armes a été omise sur la planche, parce que la figure, que donne le manuscrit de Callot, ne correspond pas avec la description. L'image ne contient que le bâton brochant sur l'écu.

[22] Custine, Çondé sur Moselle, dép. de la Meurthe, arrond. Nancy posséda le titre de marquisat et de l'ancienne famille, était le maréchal Adam Philippe comte de Custine, qui prit en 1792 Mayence et Francfort s. M. et qui fut guillotiné le 29. août 1793. Son fils Renaud Philippe de Custine mourut de même sur l'échafaud à Paris en 1794. Adolphe Marquis de C, fils du dernier, est célèbre comme écrivain touriste, principalement par son ouvrage: la Russie en 1839. Paris 1843. 4 vols. Il mourut en son château près de Pau, en. 1757.— Il y avait encore en Lorraine une autre famille de ce nom, originaire du pays de Liège, sieur de Villy, de Coms, d'Afflances. Elle porte blason d'argent à la bande coticée de sable; écartelé de même semé de fleurs de lys d'argent.

[23]  Alias Dombasle de la terre du même nom. Joseph Alex. Math, de D., le fondateur des instituts agricoles en France, né à Nancy en 1777, mort 1843.

[24]  La terre d'Essey dans le dép. de la Meurthe, arrond. de Toul.

[25]  Dans le Barrois non mouvent, sous la châtellenie de Stenay. L'arbre se présente comme un rameau; d'autres de ce nom portent un chou simple, d'autres trois maillets

[26]  Portent le nom du bourg de Fay Billot, dép. de la Marne, arrond. de Langres.

[27]  Fenestranges sur Sarre, dép. de la Meurthe, arrond. Sarrebourg.

[28]  Famille ancienne de Lorraine. Il y en avait deux branches : Ficquelmont de Malatour (Mars la Tour), qui habita Malatour, entre Metz et Verdun, et Fiequelmont de Lorroye, près Einville. Dans la seconde moitié du 18e siècle, la maison se rendit en Autriche Joseph, Comte de F., né en 1755 à St. Avold prit service dans l'armée autrichienne en 1777, et commandait un bataillon de grenadiers au commencement de la campagne d'Italie et se battit vaillamment près de Vérone le 3. Mars 1789. Blessé mortellement dans la bataille de Magnano le 5. avril 1799, il mourut de ses blessures le 17. avril 1799 à Vérone. — Charles Louis Comte de F., né le 23. mars 1777, chevalier de la Toison d'or, chambelan, Feldzeugmeister, général de cavalerie, ministre d'Etat, fameux également comme militaire et homme d'Etat, mort le 6. avril 1857 ; avec lui est éteinte la ligne masculine. Sa fille unique, Elisabeth Alexandra, née le 10. nov. 1725, est mariée avec Edmond Prince de Clary et Aldringen.

[29]  Alias de Fléville; la terre de F., en Lorraine, donna le nom à cette famille. Les couleurs des armes me sont inconnues.

[30] Alias de Florainville ; originaire du pays de Luxembourg. La dernière de cette ancienne maison était l'Abesse de Sainte-Marie de Metz, abbaye séculière de Chanoinesses. La terre de Florainville est échue en partie à la maison de Beauvau-Fléville, et en partie à celle de Choiseul-Meuse. — Selon d'Hozier, les armes sont d'argent à trois bandes d'azur à un lion de sable brochant sur le tout, à la bordure engreslée de gueules.

[31]  Une de deux familles de Gerbevillers porte les noms de la ville et du château de G., dép. de la Meurthe, arrond. de Luneville.

[32] Famille très ancienne de Lorraine, originaire de France; il y en avait trois branches: la première établie à Metz, et les branches d'Estreval et de Friaville établies en Lorraine

[33] C'était une des maisons les plus anciennes de Lorraine. Il y en avait plusieurs branches qui sont éteintes: Haraucourt-Chambley est échue à la maison de Livron; une autre branche est échue à la maison de Bassompierre. Il y en avait en Bourgogne une branche d'Haraucourt, mais pauvre et presque inconnue. Le dernier Marquis d'Haraucourt, fils du Maréchal de Lorraine et petit-fils du Gouverneur de Nancy, possédait en Lorraine le marquisat de Ficquelmont, la terre de Dalem, Caignies et autres lieux. — Les armes se trouvent aussi d'or à la croix écartelée de gueules et d'argent, au canton dextre d'argent à un lion de sable. — Selon d'Hozier: d'or à une croix de gueules cantonnée d'un lion de sable.

[34]  Alias Clairon d'Haussonville, une des familles les plus anciennes de Lorraine et de Champagne. Joachim de Clairon était marié avec Françoise de Pragonçal. Sa filiation est: Antoine, ép. N. de Damas; Claude, ép. Gabrielle de Dauerhoux; Antoine, ép. Agnès de Ragecours. Jean Ignace qui portait le titre de comte d'Haussonville, ép. Marie-Louise du Hautoy. Le dernier avait deux fils : Charles I et Jean Albert. Tous les deux se rendirent pour un héritage en Silésie; Charles I y restait et devint la souche des comtes d'Haussonville, qui existent encore en Silésie. Cette branche reçut du roi de Prusse la confirmation de son titre de comte en 1789. — Jean Albert, frère cadet de Charles I., retourna en France, où ses descendants vivent encore. — L'ancienne maison de Saffre, originaire de Bourgogne, à laquelle échut la baronnie d'Haussonville, en Lorraine, adopta de même le nom de Haussonville et nous trouvons que les comtes Clairon d'Haussonville, en Silésie, portent les armes de la famille de Saffre-Haussonville : de gueules à  la croix pattée et, alaisée d'argent, accompagnée de quatre petites croix pattées de même. Selon nous, ces armes n'appartiennent pas à cette branche allemande.

[35] du Hautoy — originaire de Luxembourg. — Le lion se trouve aussi lampassé et couronné d'or, la queue fourchue.

[36]  Alias Herbevilliers. La terre d'H., dont cette famille porte le nom, est située entre Lunéville et Blamont.

[37]  La terre de Jaulny en Barrois.

[38] Didier de La Cour, né en 1550 à Monzeville, bénédictin, réforma comme Abbé de St.-Vanne à Verdun son monastère, exemple que suivirent bientôt sous l'injonction du pape Clément VIII beaucoup d'autres cloîtres, de sorte que La Cour fonda la congrégation de St.-Maur. Il mourut en 1623.

[39]  Alias Lendres, sous la Châtellenie de Briey, Sieur de Tichemont.

[40]  Une des familles les plus illustres de l'ancienne chevalerie de Lorraine. Son nom primitif était de Nancy. Sieur de Gondrecourt et de Serre — marquis de Blainville et de Serre; — sieur de Pierrefort; — comte de Vignory et sieur de Colombey; — marquis de Lenoncourt, baron de Neuveron. — A cette maison appartenaient les deux Cardinaux Robert et Philippe de Lenoncourt, oncle et neveu, le premier, Evêque de Metz, le second, Archevêque de Rheims; un Marquis de L. fut tué au siège de Thionville en 1643.

[41] Alias Livron, originaire du Dauphiné, a possédé les plus grandes charges de l'Etat et les terres les plus considérables en Lorraine. Sieur de Bourbonne, de Ville et de Haraucourt. — Une autre branche, sieur de Leaumont.

[42] Alias Ligniville, une des familles les plus anciennes de Lorraine, dont il y avait plusieurs branches. La terre de Ligneville avait passé depuis longtemps par les femmes à d'autres maisons. Sieur de Tumejus et de Vannes; — baron de Villars, — sieur de Tantonville, — comte d'Autricourt, seigneur d'Autreville en 1670,— marquis de Houecourt, en 1720. — Les comtes de Ligneville, qui commandaient les troupes du duc de Lorraine, en Flandre, quand les Espagnols les firent arrêter en 1654, étaient de cette maison.

[43]  La comté de Ligny en Barrois,' dép. de la Meuse, arrond. de Bar-le-Duc.

[44]  Louppy-le-château en Barrois.

[45] Alias de Ludre originaire du comté de Bourgogne, et qui prétend même descendre des anciens comtes de Bourgogne, est une des familles les plus distinguées de Lorraine. Elle possédait les terres de Ludre et de Richardmesnil. La seigneurie de Richardmesnil a été érigée en marquisat avec celle de Bayon, le 7 oct. 1720.

[46]  La terre et le château de Malberg sont situés près de Trèves.

[47] Marcoussey, Marcoussy, Marcossey, maison éteinte originaire de Savoye, échue à la maison d'Haraucourt en Lorraine et en partie à la maison d'Huxelles Cussigny et Viange en Bourgogne. Ils étaient Sieurs de Dompmartin, Comtes de Marcossey, sieurs de Going, Essay et Passavant.

[48] La terre de Mercy et les autres biens de cette famille ancienne étaient situés auprès de Longwy. François de Mercy, né vers 1600 à Longwy en Lorraine, prit service en Bavière, et devint bientôt général. Il est mort en 1646 dans la bataille de Nördlingen. Son petit-fils, Florimund Claudius de Mercy, né en 1666, en Lorraine, entra dans l'armée autrichienne, fut nommé, en 1709 maréchal de camp, en 1719 commandant en chef de la Sicile, comte de Mercy le 19 mars 171.9, général en chef en 1734, et périt à l'attaque de Croisetta dans la même année. Il avait adopté Antoine, comte d'Argenteau, un de ses parents, qui prit le nom de Mercy et mourut en 1767 gouverneur impérial à Esseg. De lui descend M. d'Argenteau, comte de Mercy, mort en 1794, embassadeur imp. à Londres.

[49] Mitry du Mittry, originaire de Metz, une des familles les plus anciennes de Lorraine. Sieur de Fauconcourt et de Bouzillon. — Je trouve les figures des armes désignées par trois tourteaux.

[50] Alias Nettancourt, illustre maison de Champagne; la terre de Nettancourt, dont elle porte le nom, est le dernier village de Champagne du côté du Barrois. Il y avait plusieurs branches de cette maison dans la Lorraine et dans le Barrois: Sieur de Vaubecourt et de Chastillon; sieur de Vaubecourt et de Passavant, comte de Vaubecourt, Nettancourt-Passavant, etc.

[51] De cette famille était probablement le comte François de' Neufchâteau, né en 1752 à Listol de Grand en Lorraine, en 1797 ministre de l'intérieur, puis sénateur à Dijon et en 1806 à Bruxelles, mort en 1728. Il est connu comme écrivain moraliste, en autres il a écrit sur l'agriculture, la jurisprudence et l'histoire.

[52] Porté le nom de la terre de Parroye en Lorraine, qui appartint plus tard à la famille de Fiquelmont.

[53] La terre de Raucourt, dép. des Ardennes, arrond. de Sedan est peut-être le bien de famille

[54] La ville de Rosières, dep. de la Meurthe, arrond. de Nancy, donna le nom à la famille.

[55] Alias Valhaye, d'après la terre de ce nom en Lorraine.

[56] De cette famille lorraine était Guillaume de Vaudoncourt, né en 1772 à Vienne, qui prit service en France en 1791, obtint en 1801 le commandement de l'artillerie de la républ. ital., devint général en 1809, où il commandait d'abord en Tyrol, plus tard gouverneur de Raab. En 1812 fait prisonnier à Wilna; il retourna en 1814 en France, devint inspecteur de la garde nationale à Metz pendant les 100 jours, mais après la seconde restauration il se rendit à Munnich. En 1821 il alla en Piémont, devint général en chef de l'armée insurgée italienne, mais bientôt il fut obligé de fuir en Espagne, plus tard en-Angleterre. Il ne reçut la permission de rentrer en France qu'en 1825.

[57] Peut-être de Vivière, dont la baronie de ce nom était située en Barrois ? Leipsic, imprimerie de J. B. Hirschfeld.

ARMORIAL DE LORRAINE. ALFRED GRENSER

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NICOLAS

(1470-1473).

Le jeune fils de Jean II vivait à Paris. Bien qu'on lui eût donné le nom du patron de la Lorraine, il était encore moins Lorrain d'esprit et de cœur que son père et son grand-père. On eut grand'peine à le décider à venir à Nancy prendre possession de son duché.

Il refusa de poursuivre en Catalogue l'entreprise de son père. Il n'était pas d'humeur conquérante. Il laissa aussi aux seigneurs lorrains le soin de conduire la guerre contre Thiébault de Neufchâtel qui, à la suite de son échec d'Épinal, ravageait le pays.

Les seigneurs adoptèrent pour chef le comte de Salins et commencèrent le siège de Châtel. Mais découragés par la durée de la résistance, ils firent un accommodement, sans avoir pris les ordres du duc Nicolas et même sans mettre son nom au traité. Plus tard, le jeune duc s'en étant plaint avec amertume devant la noblesse, Simonin des Armoises lui répondit avec la rude indépendance féodale: « Nous avons toujours combattu loyalement et franchement et baillé gaiement notre vie et courage pour messieurs nos ducs, mais sçavaient iceux chevaucher des premiers à l'ost. »

Nicolas cédant enfin aux instances, aux reproches et aux durs propos des Lorrains, se mit en route et le 7 août 1470 se présenta à la porte Notre-Dame pour faire son entrée solennelle. Noblesse, clergé, bourgeois et peuple allèrent au-devant de ce prince si longtemps réfractaire. La foule cria Noël ! L'entrée eut lieu suivant l'antique usage.

Nicolas s'étant arrêté, à cheval, à la tête de son cortège, le bailli s'avança et dit : « Monseigneur, très redouté et souverain seigneur, vous plaît-il faire le serment et devoir que vos prédécesseurs ont accoutume de prêter et faire, de toute ancienneté, à leur nouvelle réception et à leur première entrée en cette ville de Nancy? » Le duc répondit: « Volontiers, ami. » Le bailli dit ensuite: « Mon dit redouté souverain seigneur, vous jurez et promettez donc loyalement et en parole de prince, que vous garderez, maintiendrez et entretiendrez les trois États de ce duché, c'est assavoir les nobles, gens d'église, bourgeois et peuple en leurs anciennes franchises, liberté et usages qu'ils ont eus de vos dits prédécesseurs, et de ce baillerez vos lettres-patentes, ainsi que iceux vos prédécesseurs ont fait lors ?» Le duc répondit : « Oui, vraiment. » Et il fut alors conduit à la collégiale de Saint-Georges et, ayant racheté son cheval qui appartenait de droit aux chanoines, fut introduit dans le palais ducal.

Les Lorrains ne tinrent pas rigueur à Nicolas. De son côté, le jeune prince ravi du bon accueil de ses sujets, organisa de belles fêtes, de somptueux banquets, des réunions, des joutes et des tournois. Il fit mieux : il alla les voir chez eux et visita successivement les principales villes : Rosières, Lunéville, Saint-Dié, Raon, Bruyères, Remiremont, Arches, Épinal, Dompaire, Charmes, Châtenois, Neufchâteau, Gondreville.

Mais quelques semaines après, atteint sans doute de nostalgie, il retournait à Paris, annonçant qu'il allait préparer une expédition en Catalogne. Louis XI ne prenait point ses plans au sérieux.

Il lui promit tout ce qu'il voulut. Il s'amusa même à parler de nouveau du projet de mariage avec sa fille Anne de France, mais sans en fixer l'époque.

Nicolas se voyant joué se plaignit très haut. Charles le Téméraire qui avait l'oreille aux aguets profita de son irritation et lui fit offrir la main de sa fille, Marie de Bourgogne, s'il voulait rompre son alliance avec le roi. Le Duc accepta l'ouverture avec empressement, retourna à Nancy et communiqua la proposition à son conseil qui le pressa d'accepter.

Nicolas se rendit alors auprès du duc de Bourgogne, et le 25 mai 1472, rompant définitivement avec Louis XI, il souscrivit les termes d'une alliance offensive et défensive. Le 13 juin suivant, il échangeait avec Marie de Bourgogne une promesse de mariage. L'alliance fut effective, car la même année le duc de Lorraine accompagnait Charles dans cette sanglante irruption en Picardie qui fut signalée par les incidents dramatiques de Nesle, de Beauvais et de Rouen.

Rentré en Lorraine, il fit mine de reprendre ses projets d'expédition en Catalogne et demanda une aide aux États. Lorsqu'il eut l'argent, il n'en parla plus, mais se donna tout entier à une autre entreprise.

Comme son grand-père René Ier, il sentait combien il serait utile à la Lorraine de s'annexer la puissante et riche ville de Metz. Il n'avait pas de motifs sérieux pour lui faire la guerre. Il se borna à se plaindre de propos satiriques et injurieux tenus sur son compte par les bourgeois. Puis il s'avança avec une grosse armée. Un capitaine d'aventure faillit surprendre la cité au moyen d'un stratagème. Les vaillants Messins repoussèrent l'attaque. Nicolas recula mais pour aller rassembler de nouvelles forces. Vers le milieu de juin 1473, il avait réuni plus de vingt mille hommes et se disposait à se remettre en campagne lorsqu'il fut pris d'un malaise qui s'aggrava rapidement et l'emporta en quelques jours. Il n'avait que 25 ans. On crut généralement qu'il avait été enherbé, c'est-à-dire empoisonné avec des plantes vénéneuses. Qui avait commis le crime ? Bien des gens dirent tout haut, mais sans preuve, que Louis XI avait voulu punir la défection du Duc et son alliance avec le Téméraire.

MAISON DE LORRAINE. LES ORIGINES : NICOLAS

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JEAN II dit JEAN DE CALABRE.

(1453-1470)

Jean administrait les deux duchés au nom de son père depuis huit ans. Il fit son entrée solennelle (à Nancy, comme duc de Lorraine, le 22 mai 1453. Il n'avait pas encore tout à fait trente ans.

C'est quelques jours après, dans cette même année 1453 (29 mai), que s'écroula avec un immense retentissement, sous les coups de Mahomet II, l'empire d'Orient. Cette date ferme pour l'Europe la période historique dite du moyen âge. Un des derniers et l'un des plus brillants représentants de cet âge de transition fut le duc Jean II.

Il était un admirable chevalier, de haute stature, d'une physionomie sympathique, un caractère hardi, franc et loyal. Il résumait en lui les traits de plusieurs races, car par sa mère Isabelle il était Lorraine, et par son père il était France, Anjou, Provence et Italie. C'était avant tout un aventureux, un vrai héros de chanson de geste, trop à l'étroit entre les Vosges et la Meuse et s'échappant sans cesse de ses États pour courir des chimères.

Dès 1455, appelé en Italie par le duc de Milan et la république de Toscane, il faisait une expédition contre Alphonse d'Aragon, rejetait ce prince sur Naples et sauvait la liberté de la péninsule. Les Florentins émerveillés de cette triomphante campagne lui firent don de 70,000 florins d'or.

Il avait emmené avec lui au-delà des Alpes deux cents gentilshommes lorrains. Ils revinrent ensemble célébrer leurs faits d'armes dans des fêtes prolongées.

Il aimait Nancy et prit soin de l'agrandir. C'est lui qui fit bâtir la porte Notre-Dame, aujourd'hui de la Graffe (1463).

Mais, en 1459, il est déjà reparti pour l'Italie. Les circonstances sont favorables. Le roi Alphonse est mort ne laissant d'autre héritier que son bâtard Ferdinand. Les populations accueillent avec enthousiasme le fils de René qui est toujours pour eux Jean de Calabre. Les soldats inscrivent sur leurs bannières les mots de l'évangile : Fuit homo missus a Deo, cui nomen Johannes. Il s'avance entouré des plus braves gentilshommes de Lorraine, d'Anjou et de Provence.

D'éclatants succès fortifient ses espérances. Ferdinand, battu plusieurs fois, va succomber. Mais l'Aragonais a gagné à sa cause le pape Pie II qui redoute les Français et qui appelle contre Jean le fameux Georges Castriota ou Scanderbeg. Le héros lorrain épuisé par ses victoires mêmes, ne recevant pas de renfort, il est obligé de suspendre la lutte et revient dans son duché en 1461.

La même année, au 15 août, il assistait au sacre du nouveau roi, Louis XI son cousin. Il l'accompagna à Paris, l'entretint de ses nouveaux projets sur

Naples et lui demanda des secours. Louis XI, on le sait, n'avait pas l'esprit chimérique. Il se contenta de répondre: « J'aviserai ». Les États de Lorraine furent plus facilement entraînés. Ils votèrent une aide de 100000 livres. Jean ayant emprunté d'autres sommes et pris en passant en Provence l'avis de son père qui, malgré l'âge venant, n'était guère plus sage,

il reparut de nouveau en Italie (1462). Cette tentative ne fut pas plus heureuse que les précédentes, mais ne dissipa point son rêve qui devait rester, pendant plus de cent ans, comme une obsession magique, dans l'héritage de la maison d'Anjou.

Les chroniqueurs racontent ici une anecdote dont on voudrait bien ne pas douter parce qu'elle concorde avec le tempérament audacieux et romanesque de Jean de Calabre. Il aurait formé le dessein d'aller lui-même, sous un déguisement, enlever son rival Ferdinand au milieu de sa cour. Quinze gentilshommes travestis, en moines partent avec lui de la Provence, arrivent à Naples, sont reçus avec honneur et dévotion au palais. Ferdinand est déjà entouré et va être pris, lorsqu'on reconnaît le duc de Lorraine.

Les quinze moines s'échappent, prennent le large et, comme ils avaient de bons chevaux, sont bientôt hors d'atteinte. On ajoute que Louis XI avait secrètement averti Ferdinand.

Avant de reprendre ses tentatives sur Naples, Jean II s'occupa des affaires de France. Il prit part à la Ligue du bien public et, malgré une lettre pressante de son père, resté fidèle à Louis XI, il se joignit au comte de Charolais. L'historien Commines vante sa petite troupe composée surtout de soldats italiens « exercités en fait de guerre » et le duc lui-même « grand chief de guerre comme nul aultre ». Après la bataille de Montlhéry et le siège de Paris il figura dans cette convention, de Saint-Maur où « le roi fut mis au pillage » (1465). Comme chacun « emportait sa pièce », il obtint du roi sa renonciation à la suzeraineté sur les villes ou bourgs de Neufchâteau, Châtenois, Frouard, Montfort et Passavant. Louis XI lui donna en outre le gouvernement de la châtellenie de Vaucouleurs avec une pension de 24000 livres; lui promit 200000 écus d'or, 500 lances et 8000 archers pour l'aider à conquérir Naples et enfin, pour le combler, engagea la main de sa fille au marquis de Pont, fils du duc. La princesse avait deux ans et devint plus tard Anne de Beaujeu.

Louis XI paraissait se désintéresser tout à fait de la Lorraine. Il se désista de tous ses droits sur la ville d'Épinal qui vingt ans auparavant s'était donnée à la France pour échapper à l'évêque de Metz, et désigna comme souverain, Thiébault de Neufchâtel, maréchal de Bourgogne et déjà propriétaire de plusieurs domaines en Lorraine. Les habitants refusèrent ce nouveau maître, alléguant que Charles VII avait juré « qu'ils ne seraient jamais mis hors de sa sainte couronne». Thiébault de Neufchâtel vint les assiéger; ils résistèrent vaillamment; et le roi enfin touché de leurs instances, sans vouloir les reprendre, les laissa libres de se choisir un seigneur à leur convenance. Ils choisirent le duc de Lorraine (juillet 1466).

Jean II termina sa courte carrière dans une dernière chevauchée. Les Catalans s'étaient révoltés contre le roi d'Aragon, don Juan II. Ils s'offrirent au roi René qui s'estimant trop vieux pour se remettre en campagne, proposa son fils à sa place. L'échange accepté, Jean franchit les Pyrénées vers la fin de l'année 1468. Plus heureux qu'en Italie, il obtint des succès qu'il sut maintenir, devint maître de toute la Catalogne, et il se disposait à envahir l'Aragon lorsqu'il fut brusquement arrêté par une maladie mystérieuse, qui fit croire au poison, et enlevé à l'âge de 46 ans (13 décembre 1470).

 

MAISON DE LORRAINE. LES ORIGINES : JEAN II

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LA MAISON D'ANJOU. LA FRANCE EN LORRAINE

(Ernest Mourin 1895)

René Ier et ses deux fils, Jean de Calabre et Nicolas, sont des princes français. —Lutte contre la Bourgogne: bataille de Bulgnéville.—Guerres d'Italie et d’Aragon.

La maison d'Anjou interrompt la filiation directe de la descendance de Gérard d'Alsace. Les trois ducs qu'elle fournit, René, Jean et Nicolas, furent beaucoup aimés en Lorraine pour leurs brillantes et sympathiques qualités, mais ils ne s'incorporèrent pas à la nationalité. Ils eurent presque toujours les yeux au dehors, en France, en Anjou, en Provence, en Italie et agirent sur les bords de la Moselle et de la Meuse, un peu comme des étrangers de passage.

RENÉ Ier

(1431-1453).

René Ier avait vingt-deux ans à la mort de son beau-père Charles II. Tout aussi brave et apte aux faits de guerre que les princes lorrains, il se distinguait d'eux par des traits empreints de la douceur angevine. Il avait en outre l'esprit très cultivé, aimait et pratiquait les lettres et les arts, savait peindre et enluminer et écrivait de petits poèmes qui valaient presque ceux de son cousin, Charles d'Orléans. Bien qu'ayant vécu à Nancy et à Bar depuis sa onzième année, il n'était pas devenu Lorrain, il était resté et resta toute sa vie Français et surtout Angevin. Il a laissé peu de souvenirs en Lorraine[1]. Il n'y montra d'ailleurs que la moitié de sa physionomie, celle de sa chevaleresque jeunesse. Ce n'est que plus tard, en Anjou, puis en Provence, que ses traits historiques se fixèrent et que par sa bonté souriante, sa bonhomie, la simplicité de ses mœurs, il acquit la popularité qu'il a conservée jusqu'à nos jours.

René, déjà duc de Bar depuis 1424, prit le titre de duc de Lorraine, mais il resta entendu pour tous et pour lui-même que la souveraineté ducale appartenait à sa femme, la duchesse Isabelle.

Les deux époux firent leur entrée solennelle à Nancy au milieu des acclamations populaires. La duchesse douairière et un grand nombre de seigneurs leur firent cortège et les accompagnèrent à la Collégiale Saint-Georges. Leurs droits n'étaient contestés par personne.

Ils n'oubliaient pas cependant qu'il y avait un prétendant et, pour se garder de ses entreprises, ils attachèrent solidement à leur fortune le corps tout puissant de la noblesse. Le 30 janvier 1431, ils remirent aux gentilshommes une « Déclaration » signée de leurs deux noms, mettant à néant les innovations de Charles II qui portaient atteinte à leurs privilèges et rétablissant la chevalerie dans tous ses droits traditionnels, notamment en ce qui concernait la juridiction des Assises. Ce fut un acte peut-être habile, mais qui faisait reculer de plus de cent ans le pouvoir central.

Le prétendant était ce même Antoine de Vaudémont, le neveu et plus proche héritier de Charles II qui avait déjà revendiqué ses droits du vivant de son oncle. Il protesta de nouveau contre la délibération de la noblesse qui s'était prononcée pour les principes de l'hérédité féminine et prit le titre de duc de Lorraine.

Au mois de mars, il se présenta à une porte de Nancy avec une forte escorte et requit l'entrée.

Repoussé par les habitants, il rentra dans Vaudémont pour y préparer la guerre. De son côté, René, en tant que duc de Bar, somma le prétendant de venir lui rendre l'hommage qu'il lui devait pour son comté, sous peine de commise, c'est-à-dire de confiscation pour cause de forfaiture.

Antoine ne répondit pas à l'invitation.

La lutte s'engagea. Le comte de Vaudémont ne pouvait évidemment rien avec ses seules forces. Il s'adressa à Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Ce prince avait des griefs personnels contre la maison d'Anjou qu'il enveloppait dans ses haines contre la faction des Armagnacs. Il gardait un vif ressentiment à René qui avait battu ses troupes à Chappes et qui d'ailleurs était le frère de Marie d'Anjou, épouse du roi Charles VII. Il embrassa donc avec empressement la cause d'Antoine, autorisa un grand nombre de gentilshommes à suivre sa bannière et ordonna au maréchal de Toulongeon, le vaincu de Chappes, de réunit le plus de forces qu'il pourrait, de se joindre au prétendant et de s'avancer vers le Barrois.

De son côté, René avait fait appel à ses vassaux et à ses amis. Il reçut des contingents de tous les côtés. Il vit venir entre autres, l'évêque de Metz, le maire de Toul avec trente cavaliers, le comte de Salm, le comte de Blamont. Des princes de l'autre côté du Rhin, Louis de Bavière, Jacques de Bade, accoururent aussi. Le roi Charles VII, son beau-frère, lui envoya l'un de ses meilleurs capitaines, le brave Barbazan avec deux cents lances et une troupe d'archers. Robert de Baudricourt vint de Vaucouleurs avec 300 cavaliers. On ne sait pas exactement le chiffre total de l'armée lorraine, caries évaluations des chroniqueurs varient de 6000 à 38 000 hommes.

Ce qui est certain, c'est que René avait de beaucoup l'avantage du nombre. Mais les soldats de Vaudémont étaient de qualité supérieure, car on y voyait 1,400 archers picards renommés, un corps anglais et une forte artillerie.

Après avoir ravagé le Barrois, le prétendant et Toulongeon se dirigèrent sur la forteresse de Vaudémont que les Lorrains assiégeaient. Puis sur la nouvelle que ces derniers s'avançaient à leur rencontre, ils s'arrêtèrent près de Châtenois (1er juillet 1431).

Là ils tinrent conseil : le comte Antoine était d'avis de ne pas reculer et d'offrir le combat sans attendre.

Le maréchal de Bourgogne, plus froid et plus expérimenté, représenta qu'il serait imprudent de risquer la partie dans des conditions si inégales, que les troupes étaient fatiguées, que le plus sage était de se retirer en Bourgogne, de s'y refaire et d'y préparer une nouvelle campagne. Comme le débat se prolongeait, il y mit fin en se prévalant de son autorité de commandant en chef et ordonna de commencer la retraite dès le lendemain, à la pointe du jour.

Le mouvement commença à l'heure dite. L'armée bourguignonne marchait depuis plusieurs heures dans la direction de la frontière lorsque l'on signala l'approche des Lorrains qui la poursuivaient. Toulongeon s'arrêta et prit ses dispositions pour le combat qu'il ne pouvait plus éviter. On était près du village de Bulgnéville, dans le Bassigny, au sud de Châtenois.

Le maréchal rangea sa petite armée dans une vaste prairie, le front sur un petit cours d'eau, le dos à la forêt de Vaudémont. Il disposa sur les deux ailes ses archers picards et anglais en leur prescrivant de planter devant eux les pieux dont ils avaient coutume de se munir, de façon à se couvrir d'une sorte de palissade.

Les cavaliers furent placés au centre avec ordre de mettre pied à terre. L'artillerie fut masquée derrière des travaux de terre improvisés à la hâte. Enfin une enceinte générale fut formée avec les chariots qui portaient les bagages, Les masses lorraines arrivaient eu tumulte, confiantes dans la supériorité de leurs forces, René, en vrai paladin, envoya un héraut d'armes au comte Antoine pour le défier et lui offrir le combat. « J'accepte, dit le prétendant. Cependant sur la demande de Barbazan et de l'évêque de Metz, les deux sages de l'armée, on délibéra. René et ses jeunes amis voulaient charger sans délai. Barbazan et le prélat étaient d'avis qu'il fallait attendre que le manque de vivres forçât l'ennemi à sortir doses retranchements soit pour livrer combat, soit pour essayer de battre en retraite. Mais les jeunes gentilshommes ne voulurent rien entendre. Ils disaient en se moquant du petit nombre des Bourguignons : « Il n'y en a pas pour nos pages ! » Ils finirent par injurier Barbazan : «Quand on a peur des feuilles, ne failli aller au bois. »

Le vieux héros éclata d'indignation, regarda ces jeunes fous en face et leur dit « qu'ils ne mettraient point la tête de leurs chevaux où serait la queue du sien » !

L'armée alors s'avança, passa le petit ruisseau, sans que les ennemis fissent un mouvement. Ils n'étaient plus qu'à une portée d'arbalète, lorsqu'un incident troubla les âmes superstitieuses. Un cerf sortit tout à coup, effaré, de la forêt, s'arrêta incertain entre lés deux armées, puis se jeta sur les Lorrains, culbuta deux ou trois soldats et disparut. Ce fut pour les gens de René un alarmant pronostic et pour les Bourguignons une promesse de victoire.

Les Lorrains abordèrent l'ennemi avec une irrésistible impétuosité. Du premier choc, ils renversèrent les chariots, emportèrent une partie de l'enceinte.

Mais en ce moment, Toulongeon démasqua ses canons et une foudroyante décharge arrêta les assaillants. En même temps, les archers picards et anglais firent pleuvoir une grêle de traits sur l'infanterie lorraine qui, composée de levées faites dans les villages et n'ayant aucune habitude de la guerre, cessa d'avancer, puis recula en désordre. Les hommes d'armes enfermés dans de lourdes armures, sur des chevaux bardés de fer, évoluaient à grand'peine, s'embarrassaient dans les obstacles accumulés par l'ennemi. Le découragement les gagna. Quelques-uns même se hâtèrent de quitter le champ de bataille et entre autres Jean d'Haussonville et le damoiseau de Commercy qui avaient insisté avec tant de jactance pour en venir aux mains « dont vint d'étranges soupçons ».

Au milieu de la confusion croissante, René et Barbazan faisaient des efforts désespérés pour arrêter la panique et rallier leurs troupes. Tout à coup Toulongeon ordonna à ses hommes d'armes de remonter à cheval et de charger. La cohue lorraine fut écrasée et rejetée sur le ruisseau. Il y eut là un dernier effort.

Beaucoup de gentilshommes périrent, Barbazan tomba lui-même percé de coups[2] . René fut le dernier à combattre.

Comme le roi Jean à Poitiers, il luttait bravement dans un cercle de fer. Ses chevaliers fidèles tombaient un à un, d'autres étaient pris comme le vaillant évêque de Metz. Enfin presque seul, le sol jonché de cadavres autour de lui, trois fois blessé, son armure bossuée, couvert de sang et de poussière, méconnaissable, il rendit son épée à un écuyer. Le comte Antoine aussitôt averti accourut, et déjà il donnait des ordres pour faire conduire le prisonnier à Joinville, lorsque survint Toulongeon qui s'empara du prince et éloigna Vaudémont en le chargeant de poursuivre les deux corps de troupes qu'emmenaient d'Haussonville et le Damoiseau.

Le maréchal entendait garder pour lui ou plutôt pour le duc de Bourgogne, la meilleure part du butin.

Certes, il y avait droit, car c'était à ses habiles dispositions, au bon emploi qu'il avait su faire de l'arme moderne et des hommes à pied, et au ferme maintien de la discipline, que le succès imprévu de la journée était dû.

Ce désastre de Bulgnéville, qui coûta la vie à plus de 2 000 Lorrains, fut mis au rang de nos catastrophes de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt, et justement attribué aussi à l'indiscipline, à la légèreté, à la présomption de la jeune noblesse (2 juillet 1431).

Les conséquences en furent cruelles pour René, mais moins fâcheuses pour son duché qu'on aurait pu le craindre. Antoine n'y gagna rien. Lorsqu'il revint de sa poursuite sans avoir pu atteindre le Damoiseau, il apprit que René avait été dirigé vers un château de Bourgogne et que Toulongeon était parti, ramenant ses troupes dans les terres, de Philippe le Bon.

À Nancy et à Bar on se remit vite de l'émotion.

La vaillante Isabelle de Lorraine qui, après tout, était la véritable souveraine, montra beaucoup de sang-froid et d'énergie. Elle convoqua son conseil, se présenta avec ses quatre petits enfants, exposa la situation et fit appel à la fidélité des soigneurs lorrains. La noblesse reconnaissante de la « Déclaration » protesta avec unanimité de son dévouement, et déploya une grande activité. L'armée fut promptement reformée et pour prouver au prétendant qu'il n'avait pas à compter sur le découragement de ses adversaires, elle envahit le comté de Vaudémont, assiégea la capitale Vézelise et le sixième jour, sous les yeux du comte Antoine, elle l'enleva d'assaut et la mit à sac. Le prétendant se tint pour averti, signa une trêve, eut une entrevue très courtoise avec la duchesse et se borna enfin à demander que le litige fût soumis à l'arbitrage des évêques et de trois gentilshommes, désignés d'un commun accord. Ces arbitres devaient en outre former une sorte de conseil de gouvernement.

Cependant le vaincu de Bulgnéville avait été conduit à Dijon et enformé dans une tour du palais ducal qu'on appela depuis « la tour de Bar », René

n'étant reconnu que comme duc de Bar. Il ne pouvait guère compter sur la magnanimité de ce Philippe le Bon qui avait vendu Jeanne d'Arc aux Anglais et restait uni à l'étranger pour faire la guerre au chef de sa race. Le prisonnier essayait de se consoler avec ses livres et ses pinceaux, mais ne laissait pas de songer que sa captivité pouvait être longue, comme en témoignait le duc d'Orléans retenu on Angleterre depuis Azincourt, c'est-à-dire depuis seize ans. Cependant en février 1432, la duchesse Isabelle obtint que l'impitoyable geôlier allât voir son captif. Il parait que Philippe, malgré son dur égoïsme, se laissa toucher par la nature si sympathique de René, il consentit à parler de sa liberté et lui permit même de rentrer dans ses États pour y recueillir une rançon, sans toutefois en fixer le chiffre. On lui accorda un délai d'un an qui fut ensuite prolongé jusqu'en 1435.

Mais il dut remettre ses deux fils aînés en otages, et trente gentilshommes, choisis parmi les plus grands seigneurs de Lorraine, engagèrent leur foi pour son retour au jour fixé[3].

Toute la Lorraine salua avec allégresse le retour de René. Antoine de Vaudémont l'accueillit lui-même « en grand amour ». Les deux adversaires, à ce qu'il semble, avaient la même facilité de caractère et la même légèreté. Ils imaginèrent, à la surprise de bien des gens, de se rendre ensemble à la cour de Philippe le Bon et le prièrent de juger leur querelle.

Le duc de Bourgogne promit d'étudier la question et de prononcer sa sentence le plus tôt possible. En attendant, il leur suggéra un arrangement de nature à faciliter la paix définitive. Il fut convenu que René donnerait la main de sa fille aînée Yolande à Ferri de Vaudémont, fils d'Antoine.

Puis les deux princes, toujours en parfait accord, rentrèrent en Lorraine et s'occupèrent de purger le pays des routiers qui l'infestaient depuis Bulgnéville.

Le plus redoutable de tous, le damoiseau de Commercy; un vrai chef de bandits, acculé dans sa forteresse, allait succomber lorsque l'intervention officieuse du connétable Richemont le sauva.

Cependant Philippe le Bon ne se pressant pas de juger, on convint de porter la cause devant une juridiction plus haute. René et Antoine se rendirent au concile de Bâle et s'adressèrent à l'empereur Sigismond. Celui-ci, après d'interminables plaidoiries qu'il écouta avec patience, se déclara suffisamment éclairé et, par sentence solennelle prononcée devant

les pères assemblés, il adjugea le duché de Lorraine à Isabelle et conféra à René, pour et au nom de sa femme, l'investiture des fiefs relevant de l'empire.

Cette décision mécontenta naturellement Antoine, tandis que Philippe le Bon se montrait fort blessé que les deux plaideurs n'eussent pas attendu son jugement.

René paya cher son succès devant le concile. Dans les derniers jours d'avril 1435, il était à Nancy, se reposant de ses laborieuses campagnes contre les

routiers, lorsque tout à coup il entendit sonner de la trompe devant le palais ducal. C'était Toison d'Or, le héraut de Bourgogne, qui venait lui rappeler la convention et le sommer de rentrer immédiatement dans la tour de Dijon. Sans hésiter, en preux chevalier, il n'attendit pas un jour et dégagea sa parole en regagnant sa prison (1er mai 1435).

On a dit qu'il y montra une humeur indifférente à tout, sans aucun souci de ses intérêts et même de sa liberté. C'est invraisemblable. René n'avait encore que vingt-six ans; il était dans tout le feu de la jeunesse et le vaillant compagnon de la Pucelle, le héros de Chappes et de Bulgnéville n'avait pas encore assez vieilli d'aucune façon pour fermer son coeur à l'espérance et ses yeux aux perspectives que lui offrait l'avenir. Ce qu'il rapportait dans « la tour de Bar » c'étaient les nouveaux titres que la fortune, par une sorte d'ironie, accumulait sur sa tête. La mort de son frère aîné Louis III l'avait fait duc d'Anjou et comte de Provence (12 novembre 1434) et le testament de Jeanne de Sicile venait de lui transmettre les couronnes de Sicile, de Naples et de Jérusalem (2 février 1435).

La duchesse Isabelle qui avait l'ardeur et le génie entreprenant de sa race, n'hésita pas à devancer en Italie son mari prisonnier. Elle y disputa à la maison d'Aragon l'héritage de la reine Jeanne et endura sans défaillance, pendant plusieurs années, de dramatiques alternatives de succès et de revers.

Quant à René, ce ne fut qu'après de longs jours de désespérance qu'il réussit enfin à s'arracher des mains de son impitoyable ennemi. Philippe avait refusé de le comprendre dans le traité d'Arras. Puis il exigea, avec une énorme rançon, la cession du duché de Bar. René résista et protesta noblement qu'il préférait mourir en prison. Le duc de Bourgogne le fit alors transporter en Flandre pour l'avoir sous sa math et agir plus directement sur lui. Mais ce fut lui qui céda enfin et le traité de Lille (28 janvier 1437) rendit la liberté au vaincu de Bulgnéville, moyennant une rançon de 400000 écus d'or, somme énorme pour le temps, payable en plusieurs termes, le premier, 200000, devant être versé immédiatement.

Le dévouement de la noblesse qui offrit des dons considérables, les sacrifices des trois évêques, les aides que votèrent les États le mirent promptement à même de s'acquitter du premier terme.

Il retrouva à la porte de sa prison sa bonne humeur, son amour des plaisirs et des fêtes, son goût pour les tournois, les aventures, les fantaisies poétiques. Puis ayant désigné les évêques de Metz et de Toul et le sire du Châtelet pour administrer les deux duchés avec le 1concours d'un conseil de régence, il partit emmenant avec lui son futur gendre Ferri de Vaudémont et l'élite de la chevalerie lorraine, visita en passant, le roi Charles VII, son beau-frère, s'arrêta à Angers qu'il n'avait pas vu depuis son enfance, s'oublia quelque peu dans une longue route, dépensant gaiement son temps et son argent, prit possession de son comté de Provence et enfin, le 12 avril 1438, il mit à la voile pour aller conquérir son royaume de Naples. Il était désormais dans l'histoire « le bon roi René ».

Dès lors René n'appartient plus à la Lorraine.

Nous n'avons pas à le suivre dans ses brillantes campagnes en Italie où il déploya la plus rare valeur, mais où il rencontra, lui le loyal chevalier, un adversaire qui l'emporta par l'astuce et la trahison.

Il ne revint plus guère dans ses duchés de Bar et de Lorraine où le rappelaient cependant avec instance les régents aux prises avec le comte de Vaudémont et les routiers. En 1444, il était à Nancy et y faisait célébrer dans des fêtes magnifiques le mariage de sa fille Marguerite, «la grande Marguerite », la future héroïne de la guerre des Deux-Roses, avec le roi d'Angleterre Henri VI[4]. A la même époque, ne pouvant rembourser les Messins qui lui avaient prêté de fortes sommes d'argent, il leur fit la guerre de concert avec son beau-frère Charles VII qui avait dessein de s'emparer de Metz, Toul et Verdun pour « rétablir la France clam ses limites naturelles qui allaient jusqu'au fleuve du Rhin». Les deux rois assiégèrent

Metz pendant sept mois. Les bourgeois se défendirent admirablement, puis se résignèrent à payer le maintien de leurs libertés en versant 200000 écus d'or à Charles VII et en donnant décharge à René de 100000 florins de dette. En 1453, la duchesse Isabelle mourut à Angers.

René remit aussitôt le duché de Lorraine à son fils Jean de Calabre, mais il garda le duché de Bar qui lui appartenait en propre. Les deux duchés se trouvèrent de nouveau séparés, mais pour quelques années seulement.

 

[1] Ses œuvres complètes ont été publiées par Th de Quatrebarbes qui les a fait précéder d'une biographie. On a beaucoup écrit sur René Ier. Voir notamment Lecoy de la Marche, Le Roi René, et Célestin Port, Dictionnaire historique de Maine-et-Loire.

[2] Plus tard René fonda en mémoire de Barbazan une chapelle l'église de Vaucouleurs.

[3] Au nombre des trente figurent les quatre grands chevaux du Châtelet, Ligniville , Lenoncourt, Haraucourt, puis les Salm, les Haussonville, les Ludres, les Armoises, etc.

[4] Marguerite d’Anjou était née à Pont-à-Mousson le 23 mars 1429 et aurait dû être nommée Marguerite de Bar, sou père n'étant encore que duc de Bar. À la suite des tragiques péripéties de son histoire, elle se réfugia en Anjou et mourut tristement, pauvre et délaissée, au château de Dampierre près Saumur, le 20 août 1482. (Voir Louis Lallement et Dictionnaire historique de Maine-et-Loire, par Célesfin Fort.)

 

René 1er d'Anjou. Armoiries d'Anjou, de Bar et de Lorraine. René 1er d'Anjou. Armoiries d'Anjou, de Bar et de Lorraine.

René 1er d'Anjou. Armoiries d'Anjou, de Bar et de Lorraine.

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