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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Articles avec #maisons nobles de lorraine catégorie

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MAISONS NOBLES DE LORRAINE

HISTOIRE DES DUCS DE GUISE.

COUP D’ŒIL HISTORIQUE SUR LA MAISON DE LORRAINE,

855 — 1496.

Possédée durant l'espace de sept siècles, en souveraineté héréditaire, par la famille de Gérard d'Alsace qui produisit la branche des célèbres ducs de Guise, la Lorraine, important objet de convoitise politique, nous apparaît déjà, auparavant, pendant près de deux cents ans, à l'état de véritable brandon de discorde entre la France et l'Allemagne.

Elle fut donc, s'il est suffisamment sérieux d'en exprimer ici la remarque, le digne et symbolique berceau d'une maison que sa grandeur, son haut mérite, son ambition ont rendue si utile, puis si redoutable pour la couronne de France, par conséquent si saillante dans l'histoire ; et, avant d'entrer en matière, on ne saurait se dispenser de passer une rapide revue des principaux événements qui se rattachent à la suite des souverains de ce pays. On s'initiera par-là, pour ainsi dire, aux souvenirs, aux regrets, aux prétentions, aux mobiles des grands hommes qui l'ont le sujet de cet ouvrage; et, en l'étudiant dès son germe, on reconnaîtra mieux chez eux la réalité d'un caractère particulier, vigoureux, supérieur, dont le développement s'est opéré avec un si vif et si dangereux éclat.

Rappelons-nous d'abord qu'après la mort de Lothaire (29 septembre 855), l'empire, au milieu des troubles et des malheurs dont ce prince avait été cause, subissait un affaiblissement accru encore par le partage entre les trois héritiers : Louis, qui reçut la couronne impériale et celle d'Italie; Charles, investi de la Provence ; et Lothaire II, devenu souverain du royaume d'Austrasie. La domination de celui-ci embrassait le pays situé entre la Meuse, et le Rhin, à l'exception de Mayence, de Worms, de Spire et de quelques autres villes cédées précédemment, par une sorte d'équilibre, à Louis de Germanie. Tout le territoire qu'avait possédé son père, entre l'Escaut et la Meuse, les comtés environnants, le Hainaut, le Cambrésis et la Franche-Comté entrèrent aussi dans la part de Lothaire qui y réunit encore Genève, Lausanne, Sion dans le Valais; et cette étendue de pays s'appela dès lors royaume de Lothaire (Lotharingia, Lother-regn). C'est donc bien, comme on le voit, de Lothaire II, et nullement de l'empereur

Lothaire, que la Lorraine, portion restreinte de ces contrées, tient le nom qu'elle a toujours porté depuis, quoique dans les débats historiques auxquels a donné lieu le problème de l'antique origine de la maison de Lorraine on ait voulu établir l'opinion hasardée qu'un duché de Lorraine existait longtemps même avant le règne des Carlovingiens[1].

Le roi de Lorraine prit premièrement parti pour Charles le Chauve dans les querelles qui survinrent à la suite du récent fractionnement de l'empire; puis, ayant conçu des soupçons contre ce prince, il se ligua bientôt avec l'empereur et même il lui céda l'Alsace. La cause de celte rupture et de cette cession paraît avoir résidé moins dans des calculs politiques que dans le soin des intérêts d'une passion coupable et dans le dessein de leur ménager un appui. Lothaire, en effet, voulait répudier Teutberge, soeur de Hubert, duc d'une grande partie de la Bourgogne transjurane, sous le prétexte faux d'un inceste commis par cette princesse avec son frère, avant qu'elle eût été mariée. Quoique justifiée par l'épreuve de l'eau bouillante, Teutberge céda bientôt elle-même à un sentiment de crainte, avoua le crime dont elle était innocente, et Lothaire, profitant de cette faiblesse pour réaliser ses voeux, épousa publiquement Valdrade, l'une de ses maîtresses, nièce de Gonthier, archevêque de Cologne. Mais le pape Nicolas 1er s'était refusé à reconnaître un tel mariage, et avait prononcé l'excommunication contre le roi qui, conservant Valdrade auprès de lui, partit pour l'Italie avec l'espoir d'obtenir plus facilement son absolution de la condescendance d'Adrien II, successeur de Nicolas, et mourut à Plaisance sans postérité légitime (6 août 869).

De Valdrade cependant il laissait un fils nommé Hugues. Par un traité fait à Francfort, et dont les conditions sont inconnues, le roi de Germanie avait rendu l'Alsace à Lothaire dont il la tenait depuis six ou sept ans, et accordé à Hugues l'investiture de ce duché.

La succession de Lothaire devint aussitôt une source de rivalités entre l'empereur son frère et ses oncles les rois de France et de Germanie. En ce moment, l'empereur se trouvait occupé à repousser la menace d'invasion des Sarrasins en Italie, de sorte que Charles le Chauve, livré à la sécurité, put aisément pénétrer dans la Lorraine, se faire élire roi et sacrer à Metz. Mais une convention, prix du concert que venait, en cette occasion, de lui prêter Louis le Germanique, assigna peu après à chacun de ces deux princes une part du royaume : à Charles, échurent les villes de Cologne, d'Utrecht, de Strasbourg, de Bâle et presque tout le territoire contenu entre le Rhin et la Meuse, tandis que Louis conserva le Hainaut, le Cambrésis, Toul, Verdun, une portion de la Frise, de la basse Lorraine et des Pays-Bas. En vain l'empereur voulut-il élever des réclamations contre ces arrangements pris sans sa participation et qui devinrent la principale cause des luttes continuellement renouvelées depuis entre la France et l'Allemagne.

Dès la mort de Louis le Germanique (876), Charles le Chauve, sous prétexte que le traité fait avec son frère avait expiré en même temps que lui, prétendit s'emparer de la Lorraine allemande; mais l'armée avec laquelle il l'envahit fut défaite par celle de Louis III, roi de Saxe, à la bataille d'Andernach dans le pays de Trèves.

Vers la fin de ce neuvième siècle, les incursions et les ravages des Danois, appelés Normands, si experts dans l'art de pénétrer partout en remontant le cours des rivières, s'étendirent dans les Ardennes, sur les provinces situées entre le Rhin, la Moselle et la Meuse, sur Trèves, Cologne, Aix-la-Chapelle, jusqu'à Metz, et ne s'arrêtèrent que devant la supériorité des troupes du roi de Germanie et qu'à la mort, en Frise, du redoutable Rodolphe, chef de ces barbares.

Charles le Chauve, en descendant au tombeau (877), livra à son tour carrière, entre Louis le Bègue et ses cousins, à de nouvelles querelles qui s'aplanirent pourtant par le maintien de l'état de choses antérieur : de manière que le roi de France hérita de la Lorraine telle que l'avait possédée son père, et que Louis de Germanie conserva la partie qui lui avait déjà été dévolue; il ne s'en contenta toutefois que jusqu'à la mort de Louis le Bègue, après laquelle, profitant de la faiblesse des enfants de ce prince, et s'étayant du prétexte de l'illégitimité de leur naissance, il s'empara de la Lorraine, à l'instigation de Gozlin, abbé de Saint-Denis, et de Conrad, comte de Paris.

L'abbé Hugues, fils de Lothaire II et de Valdrade, céda bien alors à la tentation de contester, les armes à la main, en qualité d'héritier de son père, ce royaume à Louis; mais son audace ne le conduisit qu'à une prompte captivité.

Après Louis III, son frère Charles le Gros succéda (août 882) aux royaumes de Saxe et de Lorraine, et réunit par là tout le patrimoine de Louis le Germanique à la plus grande partie de celui de l'empereur Lothaire.

La ville de Metz et la plupart des seigneurs lorrains, croyant Charles le Gros hors d'état de les secourir efficacement contre les Normands, offrirent au roi de France d'adjoindre leur pays à sa couronne. Le conseil de ce prince jugea toutefois qu'une telle acquisition ne pouvait se faire qu'à titre trop onéreux, et allégua le respect des traités pour voiler le vrai motif de son refus, fondé en réalité sur l'imminence d'une invasion générale de la part des Normands et sur l'inconvénient de diviser, en ce cas, les forces du royaume ou de s'attirer une querelle avec l'empereur.

Ces peuples continuaient cependant leurs déprédations dans la Lorraine, et le roi de France fournit du moins contre eux un secours conduit par le comte Théodoric. Charles le Gros, de son côté, tint bloqués dans leurs retranchements les deux rois Godefroy et Sigefroy, puis soudain se mit à négocier, au moment où il allait les faire prisonniers, et acheta la paix au prix de deux mille quatre cents livres d'argent, en outre de la cession de la Frise occidentale. Ce traité honteux indigna toute l'Allemagne; et le roi de France, auquel il était particulièrement préjudiciable, envoya, dans un accès d'irritation, réclamer brusquement à l'empereur la partie de la Lorraine qu'avaient possédée les monarques ses prédécesseurs. On juge facilement qu'une telle demande fut fort mal accueillie.

Le roi normand Godefroy, converti au christianisme, avait épousé Gisèle, fille de Lothaire II et soeur de Hugues le Bâtard. Ce dernier conçut alors de nouveau le dessein de soutenir ses prétentions sur la Lorraine et attira plusieurs seigneurs dans son parti. Mais, sur ces entrefaites, la mort de Carloman (884) avait rendu Charles le Gros maître de la France comme de l'empire. Il s'empara par ruse de la personne de Hugues, auquel il fit crever les yeux, et qui mourut peu après. Son beau-frère Godefroy avait été tué traîtreusement dans une conférence par Éverard, seigneur frison, et cette perfidie ne fit que rallumer la fureur des Normands et leur fournir un excellent prétexte pour rompre la paix. Se livrant aussitôt à d'horribles ravages en Lorraine et en France, ils prirent, pillèrent Pontoise et vinrent, par terre et par eau, mettre au nombre de quarante mille, sous le commandement de Sigefroy, le siège devant Paris (885).

Le comte Eudes, depuis élevé au trône, et l'évêque Gozlin lui-même, soutinrent les habitants non moins par l'exemple et les efforts de leur courage que par des exhortations. Les Normands livrèrent trois furieux assauts. L'empereur cependant se contentait d'envoyer des secours de Francfort d'où il ne bougeait pas. Le comte Henri, qui les commandait, eut d'abord le bonheur de pénétrer jusque dans la ville ; mais peu après, en une autre occasion, il fut enveloppé, saisi et tué par les ennemis. La nouvelle de sa mort décida enfin Charles le Gros à accourir lui-même avec une autre armée rassemblée à la hâte. Il parut (novembre 886) sur le mont de Mars (Montmartre) après un an de la durée du siège ; mais, intimidé par la contenance opiniâtrement résolue des Normands, il n'osa tenter une dernière attaque, et, cédant à son funeste penchant pour la négociation, il conclut avec eux une paix ignominieuse qui lui aliéna l'esprit de tous les peuples. Méprisé en France, d'où il s'était éloigné, il se vit bientôt renversé du trône impérial par une révolte générale en Allemagne et remplacé par son neveu Arnoul, fils naturel de Carloman, roi de Bavière.

Arnoul n'avait pourtant pas droit à la qualité de prince, et toutes ces couronnes revenaient régulièrement à Charles, fils de Louis le Bègue, seul descendant en ligne directe de Charlemagne; mais celui-ci, exclu sous prétexte de sa jeunesse, ne succéda même pas alors au trône de France.

Le nouvel empereur, reconnu en trois jours par l'Allemagne entière, devint en même temps roi de Lorraine et ne cessa de l'être jusque vers la fin de sa vie.

Divers compétiteurs surgirent néanmoins : Bérenger, duc de Frioul, petit-fils de Louis le Débonnaire, par sa mère Gisèle, se fit proclamer par une partie considérable de l'Italie; Guy, duc de Spolète, arrière-petit-fils du même empereur, également par sa mère, fille de Pépin, roi d'Aquitaine, marcha droit à Rome, où il s'était ménagé de puissants partisans, mit sur sa tête la couronne impériale, celle de France, vint à Metz, puis, grâce à des intelligences avec Fouques, archevêque de Reims, son parent, s'avança jusqu'à Langres, et y fut sacré roi de Lorraine, des mains de l'évêque Geilon. Forcé bientôt, par la répugnance des peuples, à repasser les Alpes, il alla se venger sur Bérenger qu'il vainquit en deux batailles et auquel il arracha son sceptre si précaire.

Charles le Gros ayant succombé au chagrin et à l'inquiétude (891), Eudes, fils du fameux Robert le Fort, fut élu roi de France par la plus grande partie des seigneurs et du peuple dont ses éminents services lui avaient acquis la faveur. Il abandonna la Lorraine à l'empereur Arnoul, après avoir pris des mesures pour que la protection prêtée d'abord par celui-ci au prince Charles, fils de Louis le Bègue, ne pût avoir de danger à son propre égard. D'ailleurs, ainsi que Eudes l'avait prévu, Arnoul eut bientôt à résister à Zwentebold, duc de Moravie, auquel, pour le gagner, il avait précédemment, mais en vain, cédé la Bohême. L'attention de l'empereur était attirée aussi par l'état des affaires en Italie où il se rendit pour la délivrer de Guy de Spolète. Eudes, au lieu de l’avoir à redouter comme ennemi, dut donc songer plutôt à le faire habillement concourir à ses intérêts.

Dans une diète générale tenue à Worms (895), Arnoul fit reconnaître pour roi de Lorraine, non sans quelque difficulté, son fils naturel Zwentebold que le duc de Moravie avait tenu sur les fonts de baptême, et ce nouveau souverain conçut aussitôt le projet d'appuyer les droits du prince Charles, afin d'entretenir la guerre civile en France : il ne faisait que se montrer docile sur ce point aux intentions secrètes de son père.

Charles fut bientôt rétabli sur le trône (898), principale ment à la faveur des conseils et de la prudente conduite de Fouques, archevêque de Reims ; mais l'empereur Arnoul étant mort, son fils légitime Louis, âgé seulement de sept ans, lui succéda, et se vit, la même année (900), reconnu roi par la plupart des seigneurs lorrains que les violences et les débauches de Zwentebold avaient exaspérés. Zwentebold périt dans un combat sur les bords de la Meuse, en cherchant à relever son parti ou, selon certains historiens, assassiné par ses propres sujets.

La branche allemande, dont la ligne directe et légitime avait été déjà interrompue par Arnoul, eut cette fois un règne aussi passager que peu prospère. Les Hongrois, venus de la Scythie, s'avançant par l'Autriche et la Bavière, taillèrent en pièces l'armée du jeune Louis, dévastèrent la Lorraine et la Hollande (910), et contraignirent ce prince à leur accorder un tribut annuel. Il mourut (911) sans avoir été marié, et fut le dernier des Carlovingiens qui régnèrent en Allemagne. Depuis quelques années la France avait eu à subir les plus rudes attaques de la part des Normands, sous la conduite de Rollon. Leurs invasions écrasaient tellement le pays que de toutes parts Charles le Simple fut sollicité de faire la paix. Il la conclut donc, mais aux conditions les plus humiliantes. Le calme, acheté si chèrement, lui permit du moins de chercher un dédommagement dans l'acquisition de la Lorraine, où les seigneurs du pays l'appelèrent aussitôt après la mort de Louis.

Vers ces temps-là, dans ce royaume et dans la Germanie, aussi bien qu'en France, les gouvernements et comtés avaient commencé à devenir héréditaires. Les comtés de Toul, de Verdun, des Ardennes, de Namur, de Hainaut, de Limbourg, qui faisaient partie de la Lorraine, s'étaient établis sur un pied d'indépendance féconde en troubles et en révolutions. Aussi Charles le Simple n'accrut-il pas sa puissance par la réunion de cette couronne à celle qu'il portait déjà. Faible rejeton de la race de Charlemagne, incapable de soutenir le poids d'un gouvernement si difficile dans un pays continuellement exposé aux agitations et aux démembrements, il sentit le besoin du secours d'un ministre, et lit choix de Raynier (Raguiner), seigneur sur les bords de Moselle, qui, banni par le roi Zwentebold, s'était attaché à la France. Ce personnage, souche de la maison de Hesse et héros de l'antique Roman du renard (Reinecke-Fuchs), devint donc le premier duc-bénéficiaire de la Lorraine que jusqu'à sa mort (916) il gouverna fidèlement pour Charles le Simple; et son fils Gislebert obtint après lui l'investiture de sa succession.

La révolte et les attaques de Robert le Fort et du duc Raoul de Bourgogne ne firent qu'ajouter de plus grandes difficultés encore à celles que Charles rencontrait pour se maintenir en Lorraine. Forcé de s'y retirer par les succès de ses ennemis, il attendait là des secours promis par l'empereur, et pour les obtenir plus sûrement, il céda à Henri Ier tous ses droits sur ce pays (921 ou 923.)

Charles le Simple ayant terminé sa triste carrière dans la captivité (928), la Lorraine cessa d'être un royaume, et les seigneurs se soumirent à la suzeraineté de Raoul de Bourgogne déjà en possession de la couronne de France. Mais ces provinces furent disputées à Raoul par le roi de Germanie qu'appuyaient alors les trames de Rotgaire, archevêque de Trèves, ainsi que celles de Gislebert, désireux de s'affermir comme duc de Lorraine et prêt à rendre hommage à celui des deux souverains qui consentirait à lui accorder cette dignité.

Ce dernier avait d'abord affecté le zèle pour Raoul contre Charles, puis, ne trouvant pas le duc de Bourgogne suffisamment favorable à ses intentions, s'était tourné du côté de Henri Ier. L'empereur, hors d'état de résister aux forces de Raoul, convint d'une trêve avec lui et repassa le Rhin. Gislebert, le plus ambitieux et le plus inconstant des hommes, révolté dans la suite contre Othon son beau-frère, offrit la souveraineté du duché de Lorraine à Louis d'Outremer. Des hostilités éclatèrent en conséquence entre les deux princes, et le duc Gislebert, dans la guerre excitée par ses caprices, perdit la vie en se noyant dans le Rhin qu'il voulait traverser sur son cheval, à la nage, après un combat malheureux (939).

Vainement Louis d'Outremer essaya, et en épousant la veuve de Gislebert, la duchesse Gerberge, soeur d'Othon Ier, et par des efforts de valeur et d'activité, de conserver la Lorraine que l'empereur lui enleva bientôt pour la laisser à son neveu Henri, fils de Gislebert, encore tout enfant. La régence fut donnée, avec le titre de duc, à Othon, comte de Verdun, et après sa mort, qui suivit de près celle de son pupille (943 ou 944), le choix impérial accorda la Lorraine à Conrad le Sage, duc de la France rhénane, qui épousa Luitgarde, fille unique d'Othon Ier. Conrad commanda l'armée envoyée par l'empereur au secours de Louis d'Outremer contre Hugues le Grand, comte de Paris, et destinée à appuyer la sentence du pape au sujet de la nomination d'un archevêque de Reims. Plus tard (953), s'étant insurgé contre son beau-père, il fut destitué du duché de Lorraine et remplacé par Brunon, archevêque de Cologne, frère d'Othon Ier.

Ce pays, en l'espace de cent ans, avait donc fréquemment changé de maîtres : il s'était vu soumis tantôt aux rois de France, tantôt aux empereurs, réuni sous le même sceptre, puis cédé partiellement ou en totalité, par les rois de Germanie, à ceux de France et réciproquement. Sa couronne royale s'était brisée dans la chute de Charles le Simple. Les révolutions continuelles, l'anarchie croissante amenèrent un démembrement inévitable qui s'opéra sous l'administration et d'après les vues prudentes de Brunon.

La Lorraine, très étendue dans l'origine, s'était considérablement resserrée lorsque la Suisse, la Franche-Comté, la Tarentaise, quelques villes encore et d'autres territoires en avaient été détachés pour former le royaume de Bourgogne, après la mort de l'empereur Charles le Gros. De nombreux seigneurs s'y étaient établis, maîtres absolus, chacun dans son canton, et pourtant restaient soumis à la suzeraineté de l'empereur ou à celle du roi de France; les ducs mêmes qui la gouvernèrent depuis Raynier n'avaient cessé d'être des vassaux, aussi bien que le duc de France, le duc d'Aquitaine, le duc de Bourgogne. Elle allait maintenant être partagée en basse Lorraine ou Ripuaire et en haute Lorraine ou Mosellane, comprise entre le Rhin et la Moselle jusqu'à la Meuse, bornée par l'Alsace, le Luxembourg, la Bourgogne, la Champagne, et en un mot se composant à peu près du territoire qui a porté de puis exclusivement le nom de Lorraine.

Brunon, qui le premier prit le titre d'archiduc, à cause de la suprématie qu'il exerçait, s'adjoignit (959), comme duc de la haute Lorraine, Frédéric, comte de Bar, beau-frère de Hugues Capet, pour satisfaire aux exigences des Lorrains-Mosellans, peuples très aguerris qui voulaient un duc porte espée, et il donna le commandement militaire de la basse au comte Godefroy des Ardennes.

L'archevêché de Trèves et les trois évêchés de Metz, de Toul et de Verdun se constituèrent aussi dès lors en souverainetés indépendantes qui, de même que quelques autres domaines seigneuriaux ou ecclésiastiques, furent comme séparés de la Lorraine.

Le roi de France, Lothaire, à l'instigation de Raynier, comte de Hainaut, et de Lambert, comte de Louvain, dépossédés par Brunon, avait songé sérieusement à faire revivre ses droits sur cette province, puis il les céda à son frère Charles, qui, par héritage de sa mère Gerberge, veuve du duc Gislebert, y était déjà propriétaire de divers biens.

Par une sage combinaison politique, Othon II offrit le duché de basse Lorraine au prince Charles (977), sous la condition de le tenir et de rendre hommage comme mouvant de la couronne de Germanie. L'empereur avait subtilement calculé qu'une pareille proposition séduirait un prince qui, au fait, privé de toute part dans l'héritage du royaume de France, était simplement sujet et vassal du roi son frère. Charles, en acceptant ce présent funeste, se brouilla avec Lothaire, indisposa contre lui-même toute la France, et prépara ainsi de ses propres mains, pour Hugues Capet, les moyens de lui ravir, dix ans plus tard, la couronne à laquelle il aurait eu un légitime droit, après son neveu, Louis le Fainéant, mort sans enfants, « si dans la seconde race, dit le père Daniel, on s'étoit crû astreint à la loi et à la coutume qui s'observoit sous la première pour la succession. » Un reste d'attachement pour le sang de Charlemagne ne pouvait effectivement prévaloir contre la répugnance inspirée aux Français par un prince de leur nation volontairement humilié sous la suzeraineté d'un monarque étranger.

Lothaire, mécontent d'une convention effectuée sans qu'il y fût intervenu, fondit sur la Lorraine, reçut à Metz l'hommage d'un grand nombre de seigneurs, pénétra brusquement dans Aix-la-Chapelle d'où il fit fuir l'empereur, et ravagea tout le pays sous ses pas. Othon, ayant rassemblé une armée, usa de représailles envers la Champagne et parut en vue de Paris.

Il n'y put demeurer que trois jours : effrayé par les forces du roi, qui venait de lui couper le retour, il décampa et se posta derrière la Meuse. L'année suivante (980), la paix se fit entre eux, à condition que la possession de la Lorraine demeurerait à l'empereur qui reconnaîtrait toutefois les droits de la couronne de France sur ce pays et ne le tiendrait que comme bénéficiaire du roi.

Après avoir lutté vainement, quelques années plus tard, les armes à la main, pour enlever la couronne à Hugues Capet, le duc Charles , trahi et livré à son ennemi , mourut prisonnier (993) ; et son fils Othon a été le dernier duc particulier de la basse Lorraine qui dès lors se confondit, même de nom, avec le duché de Brabant. Ce fut à l'exclusion des deux sœurs d'Othon, Gerberge, épouse de Lambert, comte de Louvain, et Hermengarde, mariée à Albert, comte de Namur, qu'avec l'appui de l'empereur Henri II, Godefroy, comte de Verdun, neveu de Bonne, fille de Ricuin et épouse de Charles de Lorraine, par conséquent cousin germain d'Othon, adopté par lui, fit tomber cette province en sa possession. Il la transmit à son frère, Gothelon le Grand, qui réunit encore, pendant quelques moments, les deux Lorraines. La basse seule passa à Godefroy le Bossu, fils de Gothelon, et, après sa mort (1076), au fils de sa soeur Ide, à l'illustre Godefroy de Bouillon. Celui-ci, en partant pour la première croisade pendant le cours de laquelle il devint roi de Jérusalem (1099), renonça au duché de basse Lorraine en faveur de Henri, comte de Limbourg, qui fut déposé peu après. Godefroy le Barbu, comte de Lorraine, descendant de Gerberge, le posséda ensuite (1106) et le transmit à ses héritiers.

Les empereurs, ne voyant dans l'ancien royaume de Lorraine qu'un perpétuel sujet de troubles, ne prétendirent plus le conserver à titre immédiat, et se bornèrent à y établir des ducs particuliers, dévoués à leur autorité et capables de maintenir une barrière entre la France et l'Allemagne. Les premiers de ceux-ci n'eurent qu'un pouvoir viager, égal seulement à celui de simples gouverneurs. Tels furent dans la haute Lorraine, désormais la seule proprement dite et contenue, à partir de cette époque, dans ses limites modernes, Thierry, puis son fils Frédéric, aïeul de la célèbre comtesse Mathilde, après la mort duquel (1027) cette province resta sans duc particulier et fut réunie ensuite à la basse Lorraine, ainsi qu'on l'a vu plus haut, sous l'autorité de Gothelon.

Lorsque ce prince eut cessé d'exister (1044), le démembrement, effectué déjà entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, renouvelé sous l'archiduc Brunon (vers 960), fut consommé, pour la dernière fois, par l'empereur Henri III, et la Lorraine demeura reconnue fief de la couronne d'Allemagne.

Ainsi s'était éteinte la famille de Charlemagne, ou du moins fut-elle alors confondue en d'autres sans leur communiquer son éclat. Plus tard on sera dans le cas de voir comment des prétentions, qui se rapportent au sujet principal de cet ouvrage, cherchèrent à la ressusciter par le moyen de fictions généalogiques, et à s'en faire un point d'appui, aux temps des troubles religieux de la France.

Voici donc l'instant où la Lorraine, sortie de tant de vicissitudes, devient souveraineté héréditaire de l'illustre race dont sont issus les Guises, de cette antique famille destinée, en s'unissant sept siècles après avec la descendante de Rodolphe de Habsbourg , à ceindre une couronne impériale et à recevoir[2] 1 la Toscane en échange des duchés de Lorraine et de Bar, cédés viagèrement au beau-père de Louis XV, au roi déchu de Pologne, Stanislas Leczinski, sous la condition qu'après lui ils appartiendraient enfin irrévocablement à la France...

 

[1] Richard Vasbourg, Antiquités de la Gaule Belgique. [2] Par le traité de Vienne, du 18 novembre 1738. Déjà, en 1662, Charles IV de Lorraine, privé de postérité légitime, avait voulu transmettre ses duchés à Louis XIV. Ce monarque s'amusait à la foire de Saint-Germain lorsqu'on lui apporta l'acte qui consacrait une aussi importante acquisition, et dit en le recevant «qu'il n'y avoit point de bijou à la foire qui valût celui qu'il venoit de gagner. Tous les membres collatéraux de la maison de Lorraine devaient, par compensation, obtenir le rang de princes du sang en France avec droit de succession à la couronne en cas d'extinction de la maison de Bourbon. Mais l'opposition du parlement empêcha la signature et l'exécution de ce traité, dont les clauses, éblouissantes aux yeux des princes lorrains, avaient effacé, sous l'appât de chances invraisemblables, la considération de leurs réels intérêts de grandeur et de puissance. Voir Les Mémoires de Beauvau, pages 211, 212.

 

...Nulle généalogie peut-être n'a donné matière à plus de conjectures que celle de la maison de Lorraine. Non contents de voir se perdre son origine dans la nuit des temps, selon l'expression consacrée, certains auteurs ont prétendu la retrouver presque dans les nuages de la fable. C'est ainsi que le plus aventureux d'entre eux a écrit : « L'an de la création du monde 4020, selon Eusèbe, environ 1179 ans avant l'incarnation de Jésus-Christ, Troie, la grande habitation de la noblesse, fut destruicte par les Grecs, et le roy Prian, ses trentes enfans les uns tuéz lès autres égaréz en divers lieux, entre lesquelz Francus fils d'Hector et Hélennes son petit frère furent poursuivis. Avec OEnéas et Anthénor ils se transtportèrent en diverses régions pour habiter OEnéas à Rome où il espousa Lamine fille du roy latin, Anthénor à Padoue et au territoire où il fonda la ville de Venise, Hélennes en Pirrye dicte à présent Albanie, et Francus en la basse Scithie et Pannonie qu'on dict à présent Hongrie dont ils s'appelèrent Seithes. Lors tous les pays de Loraine et Barroys s'appeloient Gaule belgique compris sous la monarchie des Gaules dont Rémus restoit Roy ennemis des Romains qui donna sa fille en mariage audict Francus par l'entremise de Mosellane prince Troyen cousin germain de Francus qui lui donna pour récompense le gouvernement de la Gaule belgique soubz ledict Rémus, laquelle il nomma Mosellane supérieure et du costét du Barrois Mosellane inférieure puis furent dictes l'Austrie mosellanique depuis Austrasie par un prince Austrasius qui y commanda soubz Louis premier Roy chrestien et après Leuire et finalement Loraine par Lotaire. Du mariage de Francus descendirent 40 Roys et deux Ducs qui régnèrent successivement sur les lignes Troyennes qui avoient suivy Francus jusques à Pharamont. Des 40 Roys et deux Ducs y en eust seize qui régnèrent en Pannonie dicte Hongrie environ 729 ans avant la nativité de nostre Seigneur 440 ans ; auquel temps ces princes et Roys descendirent et conquestèrent la Suaxonie et Ménapie, dicte après Gueldres, et sur ces provinces le reste desdicts quarante Roys et deux Ducs régnèrent soubz le nom de Sicambriens, du vaillant prince Sicambre qui édifia la cité de Cicambre qu'on dict après Bude en Hongrie et soubz ce nom firent la  guerre aux Romains jusqucs au temps de Jules Coesar qu'ils furent appelés Germains et Francs d'où fut dicte François ou Francfort et Germanie en deçà et delà le Rhin. Ils régnèrent environ 800 ans jusques au règne dudict Pharamont et de Marcomire son père duc de Franconie, prince troyen qui fut  environ l'an du salut 370, auquel temps le tiran Caroner Roy des Vandales ruina Metz, tout le pays de Loraine et subjugua les Gaules dont enfin il fut chassé par lesdicts princes troyens qui en lurent seigneurs à Tours »

La suite du discours et la table qui l'accompagne ont pour objet de démontrer que, tirant leur origine de la famille royale de Troie, les Guises, « les seigneurs de Joinville sont issuz de Charlemagne, empereur des Romains et Roy des François[1]. »

Une autre version, assez curieuse encore, et beaucoup plus empreinte de vraisemblance, établit[2] :

« Qu'Erchinoald est la tige indubitable de la maison d'Alsace, d'où descendent tous ceux de la maison de Lorraine et Autriche jusques à présent, et qu'il estoit parent de Dagobert Roy de France et de Saint-Vandrille abbé de Fontenelles, comme il se voit en la cronique de Frédégaire nombre 84. Parce qu'Ega cousin du Roy Dagobert avoit épousé en premières nopces la fille d'Arnould duc d'Austrasie, dont on ne scait le nom; laquelle estoit soeur du grand Saint-Arnoud duquel je ferai descendre la maison illustre de Bourbon, et cest Arnould estant fils d'Angelin qui avoit épousé Blitikte fille du Roy Clotaire Ier il s'ensuit que le Roy Dagobert et la femme d'Ega estoîent cousins au quatrième degré.

De la maison d'Alsace :

Ega premier conseiller du Roy Dagobert, puis maire du palais sous Clovis II, épousa en premières nopces N. fille d'Arnoud de laquelle il eut un fils, Erchinoald maire du palais de France soubs le règne de «Clovis II en 647. Il achepta des pirates Sainte-Baltide ou Baudour, Angloise de nation, vendue avec d'autres à cause de leur beauté et la voyant fort vertueuse il la fit épouser à Clovis II. Après quelque temps il mourut n'ayant qu'un fils, Leudebic autrement Landregesile maire du palais de France sous Childéric II et sous Thierry, roy de France épousa N. de Bourgongne. Eubroin son compétiteur le fit tuer en 718. N'eut qu'un fils, Adalric ou Athic qui fut fait duc d'Allemagne par le crédit de son père en 666 et épousa Berchuinde dont il eut six enfants,

« 1° Etichon ou Etic, comte de Boisy et d'Ettenheim, mort environ l'an 750, eut deux enfants,

« 1° Albéric, comte en Alsace, mort environ 780, eut quatre enfants,

« 1° Ebrard, comte en Alsace, mort en 820, eut un fils,

« Ebrard II, comte d'Alsace, mort l'an 880, épousa Adalinde de laquelle il eut

« Huges ou Hugues, comte d'Alsace, mort environ l'an 962, qui épousa Hildegarde de laquelle il eut trois enfants,

« 1° Ebrard III, comte d'Alsace, mort environ 980, eut deux enfants,

« 1° Albert ou Adelbert, comte-marchis en Alsace, mort en 1034, eut deux femmes.

« Enfants d'Albert : 1° Gérard Ier, comte-marchis en Alsace, mort en 1046, épousa Gisèle, eut quatre enfants; 2° Albert duc de la Lorraine Mosellane, en 1046, épousa Intte ou Itte de laquelle il eut deux enfants : le premier, Sivard, comte de Metz, mort sans hoirs avant son père, et le deuxième, Mathilde, épousa Folmart, comte de Lunéville.

« C'est icy que les ainéz de la maison d'Alsace ont quittez le nom de cointe d'Alsace pour prendre celluy de duc de Lorraine. »

Effectivement l'empereur Henri III, convaincu de la nécessité de fixer d'une manière plus solide et plus calme le gouvernement de la Lorraine, en investit (1044), à titre de duché héréditaire, Albert d'Alsace qui, peu de temps après, fut tué (1047) dans une escarmouche contre Godefroy, duc de la basse Lorraine. Henri, de sa propre autorité, lui donna pour successeur son neveu[3], dit-on, Gérard II, fils de Gérard Ier, véritable souche de la maison de Lorraine et vingt-cinquième aïeul de l'empereur François Ier, époux de Marie-Thérèse.

Le père et le grand-père de Gérard avaient porté le double titre de comte-marchis en Alsace, très probablement à cause de leur possession du pays situé entre le comté de Trèves et celui de Metz, limitrophe de la France et de l'Allemagne ; lui-même le prit donc en Lorraine. Il eut pour épouse Hadvide, fille d'Albert Ier, comte de Namur, et d'Hermengarde de Lorraine, qui, par son père, Charles de France, duc de la basse Lorraine, était petite-fille du roi Louis d'Outremer : filiation importante à noter puisqu'elle fait passer, par les femmes seulement il est vrai, du sang de Charlemagne dans les veines de la maison de Lorraine, et qu'on voulut plus tard, par une interprétation hyperbolique, essayer d'en induire des droits imaginaires.

Gérard, prince entreprenant et résolu, rencontra, dès le début, de graves difficultés à faire reconnaître ses lois et payer des impôts par les seigneurs indépendants qui abondaient dans son duché. Il s'y rendit odieux à la noblesse par ses tentatives d'autorité, eut, en conséquence, des guerres tenir, et se vit aussi disputer ses États par Godefroy le Hardi venu de la basse Lorraine. Il se maintint, grâce à une valeur et à une sagesse dignes de servir d'exemple à tous ses successeurs ; mais pourtant, fait prisonnier, il passa une année dans la captivité. L'intervention du pape Léon IX, ancien évêque de Toul, son cousin, qui lui était très attaché, obligea Godefroy à lui rendre la liberté et à déposer les armes.

Gérard mourut en 1070 et fut enterré dans l'église de l'abbaye de Remiremont. On soupçonna que ses jours avaient été abrégés par le poison.

Avant le douzième siècle, sur l'emplacement actuel de la ville de Nancy, il n'existait qu'un château ; les premiers ducs faisaient leur résidence à Chatenoys, bourg situé entre Neufchâteau et Mirecourt, et dont le prieuré fut fondé par Hadvide de Namur [4] (1069).

Aussitôt après la mort de Gérard d'Alsace, sa descendance se divisa en deux lignes : de son second fils, Gérard, sortit la première branche de Vaudémont qui, à la dixième génération, s'éteignit dans la famille des seigneurs de Joinville ; Thiern, l'ainé, hérita de la Lorraine.

La suite de ces souverains, remarquables, presque sans exception, par l'élan et par l'énergie de leur caractère, en montre, la plupart, ne conservant l'autorité qu'à force de valeur et de résolution, ardents à soutenir des luttes continuelles soit contre le comte de Bar, soit contre d'autres seigneurs, contre l'évêque ou les bourgeois de Metz, quelques-uns occupés, avec grandeur et succès, à améliorer le sort de leurs peuples par de sages lois, par de généreuses institutions, d'autres frappés de l'excommunication de Rome, attachés à la cause de l'empire, mais plus souvent encore se signalant par leurs exploits, répandant leur sang sur les champs de bataille , dévoués au service de la France vers laquelle ils semblent constamment incliner jusqu'à ce qu'ils aient établi leur complète indépendance des empereurs.

Thierry dut d'abord faire la guerre pour réprimer l'insubordination des seigneurs, puis, ayant embrassé le parti de Henri IV dans ses querellés avec Grégoire VII, il se vit atteint, ainsi que ses États, par les foudres lancées du Vatican contre l'empereur. Il fut aussi obligé de combattre son frère Gérard de Vaudémont qui, mécontent du partage fait entre eux, l'avait attaqué et voulait le dépouiller ; mais Henri IV accommoda ce différend en érigeant en comté la seigneurie de Vaudémont. Thierry éprouva encore des difficultés multipliées de la part des évêques et des églises : ce qui n'empêcha pas qu'imbu de l'esprit de dévotion chevaleresque de son temps, il ne voulût prendre la croix pour aller dans la terre sainte. L'affaiblissement de sa santé ne lui permit point de réaliser ce projet, et, par une clause de son testament, il ordonna que ses funérailles fussent faites à la manière de la noblesse française, dont il descendait par les femmes.

D'un des petits-fils de Thierry se forma la branche de Fleurange, qui se soutint pendant peu de générations seulement.

Simon 1er, qu'il avait eu de Gertrude de Flandre, régna, après lui (1155) sur la Lorraine. 11 eut pour épouse Adélaïde, soeur de Lothaire, duc de Saxe et empereur: La ville de Nancy commençait à peine à se former : il y bâtit et y habita un château. Lothaire, son beau-frère, s'étant rendu en Italie, il l'y accompagna et combattit avec lui dans la guerre contre Roger, roi de Sicile. Certaines traditions rapportent qu'il prit la croix pour aller secourir Foulques, duc d'Anjou, roi de Jérusalem, et qu'au retour il tomba malade : ce qui est avéré, c'est qu'il mourut à Venise (1139).

Sa femme, princesse très mondaine, qui entretenait une liaison coupable avec un comte de Salm, fut convertie, dit-on, par l'effet presque miraculeux d'une simple parole que lui adressa saint Bernard, traversant alors la Lorraine.

Simon Ier eut pour successeur son fils Mathieu 1er qui, grand bienfaiteur des églises, encourut pourtant l'excommunication comme coupable d'avoir empiété sur les propriétés de ses voisins pendant qu'ils étaient à la croisade. Ce fut avec lui que Dreux ou Drogon échangea (1155) la ville naissante de Nancy, que possédait celui-ci, contre Rosières-aux-Salines et d'autres terres. Mathieu s'était engagé d'abord dans le schisme de Victor III contre le pape Alexandre III, mais il revint bientôt à d'autres sentiments ; et ce dernier pontife ayant déclaré dans un concile que tous les chrétiens devaient être exempts de la servitude, les affranchissements commencèrent vers cette époque en Lorraine où les peuples, non au temps de la conquête, mais par suite des usurpations et des violences des seigneurs, étaient devenus presque serfs et attachés à la glèbe.

Le duché, après la mort de Mathieu Ier (1176), fut gouverné par son fils Simon II, prince rempli de sagesse, qui s'appliqua à rendre la justice et fit, dit-on, sur la fin de son règne, recueillir toutes les anciennes lois. Il expulsa les Juifs, prohiba les farces et les comédies représentées en public, contint les excès du luxe, modéra la licence des troupes et aima mieux faire des concessions à son frère Ferry de Bitche, qui se croyait lésé dans son partage, que de se mettre en guerre contre lui.

La prudence et l'équité de Simon lui avaient acquis une réputation telle qu'il était fréquemment choisi pour arbitre dans les affaires les plus importantes. Vertueux et philosophe, ce prince, dégoûté du trône, se retira (1205) à l'abbaye de Stultzbroon où il acheva sa vie loin du monde et des soucis du gouvernement (1207).

Ici s'élève entre les historiens une difficulté non résolue touchant l'ordre appliqué alors dans la succession au duché de Lorraine. Il s'agit de décider si Ferry de Bitche, frère de Simon II qui ne laissait pas d'enfants et par conséquent héritier légitime, mentionné souvent d'ailleurs avec la qualité de duc[5], a en effet régné sous ce titre, ou si le duché de Lorraine passa directement des mains de Simon II à celles de son neveu Ferry ou Frédéric 1er. Cette dernière opinion est toutefois la plus probable et la plus généralement adoptée.

Ferry 1er doit donc avoir commencé à régner en 1206, du vivant de son père et de son oncle. Le comte de Bar ayant d'abord commis des ravages sur ses terres, il voulut exercer des représailles contre celles de ce seigneur, mais malheureusement il l'ut, ainsi que ses deux frères, l'ait prisonnier par lui. Ferry s'empara plus tard de Haguenau pour l'empereur, auquel il avait offert son secours, et reçut en récompense de cet important service la possession de la petite ville de Rosheim en Alsace. Plus favorisé en cette guerre étrangère que lorsqu'il avait eu à défendre ses propres États, il rentra triomphant dans sa capitale. Traversant Saint-Dié, il fut touché des misères de cette ville, dont une grande partie avait été consumée par les flammes en 1155, et envoya pour la repeupler cinquante familles prises parmi ses sujets. Ce prince avait eu aussi à combattre Henri, comte de Salm, dans le but d'obliger ce dernier à la restitution de biens enlevés par lui au monastère de Senones dont l'historien dom Calmet a été abbé dans la suite.

Ferry mourut en 1213, laissant la Lorraine à son fils Thiébaut ou Thibaut Ier, le plus beau, dit-on, des princes de son temps.

Thiébaut alla porter le secours de son bras à l'empereur Othon IV, combattit en héros sous ses drapeaux et reçut une blessure à la bataille de Bouvines. Tous les auteurs remarquent comme un avantage précieux pour les Lorrains guidés par Thiébaut qu'ils parlaient également français et allemand.

Ce prince lit une tentative funeste pour recouvrer la ville de Rosheim dont l'empereur s'était emparé à la mort du duc Ferry, sous prétexte qu'elle n'avait été l'objet que d'un présent personnel et viager. Frédéric le retint alors auprès de lui, et quand l'intervention de l'évêque de Metz lui eut procuré la faculté de retourner librement dans ses États, l'empereur le fit suivre par une adroite courtisane qui s'insinua dans son esprit, profita de son intimité pour lui faire boire du vin empoisonné et disparut aussitôt. Le duc succomba à cette perfidie? (1220).

Il ne laissait point d'enfants, et sa succession revint à son frère Mathieu.

Les commencements de ce nouveau règne furent consacrés à l'arrangement de différentes affaires domestiques, ainsi qu'à la répression des soulèvements du violent Hugues, comte de Lunéville, et de plusieurs seigneurs lorrains. Mathieu II fit un traité avec l'évêque de Metz, puis, comme presque tous ses prédécesseurs, soutint la guerre contre son importun voisin le comte de Bar, dont il dévasta les Étals pour se venger des ravages précédemment commis dans les siens par ce dernier : telle était, presqu'à chaque génération, la marche habituelle des rapports entre ces deux souverains dont les sujets payaient ainsi les frais d'une constante rivalité. Mathieu finit pointant par conclure la paix avec le comte.

Vers cette époque les chevaliers Teutons, forcés de quitter Acre, vinrent se fixer à Marbourg, en Hesse, et les oppressions auxquelles ils se trouvèrent exposés excitèrent dans la suite l’intérêt de plusieurs des ducs de Lorraine empressés de leur d'efficaces secours.

Mathieu II se montra toujours vaillant, religieux, sévère observateur de la justice. Il aurait même poussé jusqu'à l'excès le culte de cette vertu s'il était vrai qu'au début de son règne il eût, ainsi que le rapporte le père Saleur, dans sa Clef ducale, fait écorcher vif un gouverneur qui avait prévariqué dans sa charge.

Par un privilège attaché à leur qualité de marchis, les ducs de Lorraine jouissaient de tout temps du droit d'assigner le champ de bataille ainsi que de présider aux duels qui avaient lieu dans le pays situé entre la Meuse et le Rhin, et Mathieu II sut maintenir avec énergie cette prérogative contre les efforts du comte de Bar pour y porter atteinte.

Ferry II, son fils, qui posséda le duché après lui (1881), signala son avènement par des actes d'équité et gouverna constamment avec sagesse et talent. C'est de son règne que datent, en général, les affranchissements en Lorraine, à cause de ceux qu'il accorda entre autres aux villes de Neufchâteau, Chatenoys, Bruyères, Frouard, Arches, Montfort, Nancy, Lunéville, en les dotant de lois stables et en les soustrayant à la domination absolue de leurs seigneurs qui jusque-là en exigeaient « des tailles et des services, et y faisaient le haut et le « bas, le plus et le moins. »

Ferry II, député en Espagne auprès d'Alphonse de Castille pour lui offrir la couronne impériale de la part des électeurs, reçut à genoux, des mains de ce prince% l'investiture des fiefs qu'il tenait de l'empire et cinq étendards, emblèmes d'un égal nombre de dignités ou d'attributions, savoir : celles de grand sénéchal, de représentant de l'empereur dans les duels des nobles entre le Rhin et la Meuse, de comte de Remiremont, de marchis ou grand voyer de l'empire dans toute la Lorraine, enfin pour la l'égale qui appartenait à l'empereur dans les abbayes de Saint-Pierre et de Saint-Martin de Metz et dont celui-ci gratifiait le duc.

Dans une guerre que Ferry avait déclarée aux Messins, il fut vaincu à Moresberg (1280). Des différends survenus entre plusieurs princes durent leur aplanissement à ses efforts.

Les privilèges judiciaires, militaires et honorifiques qui distinguèrent le corps de la chevalerie du reste de la noblesse lorraine furent institués par lui. Ses monnaies paraissent être les plus anciennes de toutes celles des ducs de Lorraine. Il avait reçu (1298) de l'empereur Albert le droit d'en frapper.

Sa vie se termina le 31 décembre 1303, et le trône fut occupé alors par son fils aîné, Thiébaud II.

Celui-ci, avant son avènement, avait déjà vaillamment se couru Albert d'Autriche contre Adolphe de Nassau (1298), à Gelheim, où le dernier fut tué. 11 signala son début comme souverain par un acte de vigueur contre les nobles de ses États en les réduisant à la condition de simples sujets. Thiébaut II fit preuve de courage à la bataille de Mons-en-Puelle (1304) ; puis, par l'influence qu'il s'était acquise et dans un esprit de conciliation doublement louable chez un guerrier aussi entre prenant, il prépara la paix entre le roi de France et les Flamands.

Une assemblée des États, tenue à Colombey vers 1306, décida que les fils ou filles du fils aîné d'un duc de Lorraine, décédé avant son père, hériteraient du duché à l' exclusion des frères du dernier souverain et des autres héritiers quels qu'ils fussent. De vives contestations résultèrent plus tard de ce droit de succession établi ainsi dans la ligne directe, même féminine.

Le roi Philippe le Bel s'étant rendu en Lorraine y fut reçu magnifiquement par le duc Thiébaut qui le reconduisit à Paris et l'accompagna jusqu'à Lyon où ce monarque allait assister au couronnement du pape Clément V. En dépit de relations aussi amicales et de services précédemment rendus à la France, Thiébaut n'eut pas moins à soutenir de vives querelles avec cette puissance, au sujet de la ville de Neufchâteau qu'elle protégeait d'une manière inquiétante pour lui. Attaqué par l'évêque de Metz, il l'avait vaincu; il avait fait prisonniers les comtes de Bar et de Salm; puis, dans des hostilités contre le comte de Vaudémont, il fut lui-même blessé au combat de Puligny.

Ce duc était remarquable par sa bravoure, par sa bienfaisance et par l'affection qu'il portait au soldat.

Ferry III, son fils, né en 1282, avait épousé, en 1308, Isabelle d'Autriche, fille de l'empereur Albert. Il fut surnommé le luitteur (lutteur), à cause de sa force extraordinaire et de son infatigable vaillance. Sa vie belliqueuse a été écrite par un anonyme contemporain. Des discussions s'élevèrent, particulièrement au sujet du droit de battre monnaie, entre lui et le connétable Gaucher de Châtillon, second époux de sa mère dans le domaine de laquelle était comprise la ville de Neufchâteau où se frappait la monnaie.

Sous son règne, les Templiers, recherchés en Lorraine, y furent traités beaucoup moins rigoureusement qu'en France; on se contenta de les disperser dans les monastères, pour y faire pénitence, en leur accordant une modique pension.

Le comte de Vaudémont se soumit à l'hommage envers Ferry, et celui de Bar conclut avec lui un traité d'amitié et d'alliance perpétuelle. Mais la prospérité de son gouvernement fut troublée par une famine qui désola la Lorraine et dont les effets désastreux s'accrurent encore par ceux d'une maladie pestilentielle suivie d'inondations et de tremblements de terre.

Lorsque, après la mort de Henri VII, Louis, duc de Bavière, et Frédéric le Bel, duc d'Autriche, eurent été élus tous deux empereurs par des partis différents, Ferry, combattant pour Frédéric, se vit, ainsi que ce prince et son frère, fait prisonnier à la bataille de Mühldorf. La liberté lui fut rendue par Louis de Bavière, à la demande de Charles le Bel, roi de France; et, se séparant alors de la cause de Frédéric, il s'attacha par reconnaissance au pays dont le souverain avait brisé ses fers. Bientôt il se ligua avec l'archevêque de Trèves, le roi Jean de Bohême, le comte de Luxembourg et Edouard, comte de Bar, contre la ville de Metz. Leurs forces réunies se trouvant insuffisantes pour faire le siège, ils dévastèrent les environs, et les Messins furent obligés de conclure la paix à l'avantage de ces princes coalisés (1324).

Dans le cours de la même année, le duc de Lorraine avait amené des renforts, en Guienne, à Charles le Bel contre les Anglais; et, un peu plus tard (1528), il accompagna avec le même dévoilement Philippe de Valois, marchant en Flandre pour protéger le comte de cette province menacé par une révolte de ses sujets. Ferry III l'ut tué en combattant héroïquement à la bataille de Mont-Cassel, et ce duc de Lorraine cimenta ainsi de son sang un attachement pour la France auquel son successeur devait payer de même le tribut de son courage et de sa vie.

Raoul n'était âgé que d'environ quinze ans lorsqu'il perdit son père; et, par déférence filiale, il laissa entre les mains de sa mère une régence qu'elle exerça avec sagesse. Après la mort de cette princesse (1332), il contraignit les bourgeois de Toul à le reconnaître pour leur gouverneur. Sa première femme.

Aliénor de Bar, ne lui ayant pas laissé d'enfants, il s'unit en secondes noces à Marie de Blois, fille de Guy de Châtillon, comte de Blois et de Dunois, et de Marguerite de Valois. Il en reçut, en dot, plusieurs terres considérables, entre autres la seigneurie de Guise[6], provenant de l'ancienne maison d'Anjou, et qui fournit plus tard le titre principal de cette branche cadette si célèbre de la maison de Lorraine.

Raoul eut à guerroyer contre le comte de Bar qui refusait de lui rendre hommage; mais l'intervention de Philippe de Valois apaisa la querelle.

Ce duc fut fondateur du chapitre de Saint-Georges dont le souverain était toujours, de droit, premier chanoine.

Constamment avide de gloire, il partit pour voler au secours d'Alphonse de Castiile attaqué par les Maures qui furent défaits à la bataille de Gibraltar, où Raoul commandait l'aile gauche de l'armée, puis expulsés d'Algésiras, et dont le roi, ainsi que sa femme et ses deux fils, de même que le roi de Tunis, furent faits prisonniers au moment où ils cherchaient à se réfugier sur leurs vaisseaux. Raoul avait eu la principale part aux succès de la campagne, et, de retour dans ses États, il soumit l'évêque de Metz, Adémar, qui, profitant de son absence, avait voulu s'emparer d'un château, aujourd'hui la petite ville de Château-Salins, construit par la régente Isabelle d'Autriche.

Le duc Raoul, après avoir secondé Philippe de Valois dans la guerre de Bretagne, se rendit avec l'élite de sa noblesse à l'armée du même monarque pour combattre avec lui contre les Anglais ; il fit des prodiges de valeur, mais, victime d'un sort pareil à celui de son père, il périt en héros à la journée de Crécy (1346)...

[1] Mss. de la Bibl. nation., suppl. franc. 1054, fol. 147. [2] Véritable origine de la Maison de Lorraine, par le P. Vignier, oratorien, 1649. — Origine de la très illustre Maison de Lorraine ; supplément l'histoire de la maison de Lorraine, par le P. Benoit, Toul, 1712, 1714. [3] Cette qualité de neveu, niée formellement par le P. Benoît (Origine de la très illustre Maison, etc.), a fourni un grand sujet de controverse. Voir, pour l'affirmative : Fiirstentafel der Staaten-Geschichte, J.-F. Danimberger, Regensburg, 1831. [4] « Toi, viateur scai-tu qu'icy repose?

«  Pose ton pas et lis ceste écriture ;

«  Ah ! ce n'est pas de basse créature

« Le corps; certe, comme le lieu supose;

« C'est Havois de Lorraine duchesse,

« Laquelle pleine de largesse

« Construit le cloître l'an MLXIX

« Et elle le fit tout de neuf. »

(Épitaphe très postérieure à l'époque de la mort de Hadvide de Namur.)

[5] Ainsi qu'on en trouve la preuve aux pièces justificatives fournies par D, Calmet dans son grand ouvrage. [6] Ville de Picardie, chef-lieu du petit pays nommé Tiérache, située sur l'Oise, à six lieues de Vervins, et qui était, au neuvième siècle, l'une des douze pairies du comté de Flandre. La construction du château de Guise, rebâti en 1549, datait du onzième siècle.

...La Lorraine pleura Raoul comme l'un de ses souverains les plus vaillants, « qui en son temps fut un autre Rolland et parangon des princes lorrains[1]», et la mémoire de ce duc reçut d'un poète contemporain l'hommage des vers suivants :

« Mort qui de tout prendre est engrande[2]

« Fist moult piteuse prinse et grande

« En Raoul qui marquis et duc

« Estoit, et à tous bien rendu,

« Saige, courtois et plein d'honneur,

« Sans envie et large donneur.

« A Crécy bien se déffendit,

« Toutes les batailles fendit,

« Si mourut, n'en soit reproché,

« Trouvé fut le plus aprouché

« Des Anglois. Cy en gist le corps,

« Dieu luy soit vray miséricors ! »

Il laissait de sa seconde femme un fils unique, Jean Ier, âgé de moins de sept ans, qui fut élevé près de son parrain, le dauphin de France; et, selon le voeu testamentaire de son époux, la duchesse, Marie de Blois, reçut les titres de tutrice et de régente. Son administration fut traversée par de sérieux orages, car elle eut des luttes multipliées à soutenir contre les seigneurs et contre Adémar, évêque de Metz, qui réussit finalement à conserver la possession de Château-Salins à la suite d'une guerre dévastatrice de part et d'autre, prolongée pendant plus de quatre ans.

À cette époque, la noblesse de Lorraine entretenait un luxe funeste qui, par les exactions dont il était cause, excita de la part des paysans une révolte dont beaucoup de seigneurs furent victimes. C'est aussi en 1352 que le roi des Romains, depuis Charles IV, venu à Metz avant d'avoir été couronné empereur, érigea en duchés les comtés de Luxembourg et de Bar.

Fidèle aux nobles exemples de ses pères, le duc de Lorraine, très jeune encore, prit une part active aux guerres qui occupaient la France. Il combattit à la bataille de Poitiers ; deux de ses chevaux y furent tués sous lui ; et, prisonnier comme le roi Jean, il se vit lui-même conduit en Angleterre avec ce prince. Sa captivité ne cessa que par l'effet du traité de Bretigny (1360), au prix d'une rançon de trente mille livres stipulée par sa mère.

Les chevaliers de l'ordre Teutonique étaient violemment opprimés en Prusse par le duc de Lithuanie : Jean de Lorraine marcha à leur secours, et défit complétement leur ennemi dans les plaines d'Hazeland, près de Thorn sur la Vistule. Il fut présent au sacre de Charles V, comme il l'avait été déjà à celui du père de ce roi, concourut à la guerre en Bretagne, lors de la querelle entre Charles de Blois et le jeune comte de Montfort, et, par une fatalité répétée, fut encore fait prisonnier à la bataille d'Auray. Il n'eut pas cette fois un roi, mais un héros, Duguesclin, pour compagnon d'infortune (1364).

Rendu à la liberté après le traité de Guérande (1365), il châtia, à son retour, des bandits répandus dans ses États, fut forcé de combattre le comte de Vaudémont, sénéchal de Champagne et seigneur de Joinville, puis conclut la paix avec lui.

Formé dans l'art de gouverner par son séjour en France, Jean Ier publia beaucoup de règlements utiles pour ses sujets.

A ce prince remontent aussi les premiers anoblissements en Lorraine (1382). Il commanda l'avant-garde de l'armée de Charles VI dans la guerre contre le duc de Gueldres et prépara un accommodement entre les deux adversaires. Fixé d'ordinaire à la cour de France, il s'en éloigna momentanément pour aller sévir contre une révolte des habitants de Neufchâteau, puis revint achever sa carrière à Paris où il mourut (septembre 1389) au moment de partir pour Naples avec le jeune Louis, duc d'Anjou, qui venait d'en être couronné roi à Avignon par le pape Clément VII. Sa fin ne parut pas naturelle, et la plupart des historiens de la Lorraine soupçonnent les bourgeois de Neufchâteau de l'avoir fait empoisonner par l'entremise de son secrétaire.

Son fils Charles, appelé quelquefois Charles II, afin de le distinguer de Charles de France, qui pourtant n'avait été duc que de la basse Lorraine, aima la guerre, les lettres et la musique. Il ne se séparait jamais des oeuvres de César et de Tite-Live, et les arts avaient en lui un protecteur éclairé. Avant la mort de son père, il s'était déjà signalé dans divers combats, et en 1592 il fit partie, avec le duc de Bourbon et quelques autres princes chrétiens, d'une brillante expédition en Afrique contre les barbares de Tunis. Il sut pardonner généreusement aux bourgeois de Strasbourg qui avaient pénétré dans la Lorraine et s'y étaient livrés à des dévastations. De même que le duc Jean, il s'institua le défenseur des chevaliers teutoniques et défit leurs ennemis près de Wilna. Il eut aussi, comme la plupart de ses prédécesseurs, diverses luttes intestines à soutenir.

Charles, n'ayant pas eu d'enfants mâles de sa femme Marguerite de Bavière[3], avait marié (1419) sa fille ainée Isabelle avec René d'Anjou, roi de Naples et de Sicile, comte de Provence et de Guise[4]2, neveu et héritier du cardinal Louis, évêque de Verdun, devenu duc de Bar par la mort de son frère Édouard. René était parvenu ainsi à réunir les duchés de Lorraine et de Bar, et cherchait à prendre toutes les mesures en son pouvoir pour en garantir la double et durable possession à sa fille et à sa descendance, en dépit des prétentions de son neveu, le comte de Vaudémont, qui laissait percer le dessein d'occuper après lui le trône de Lorraine. Ce jeune prince était fils de Ferry l'Audacieux, frère cadet de Charles II. Ferry, seigneur de Rumigny, avait reçu en mariage le comté de Vaudémont et la seigneurie de Joinville de sa femme Marguerite de Joinville, héritière de la première branche de Vaudémont, dont il a été l'ait mention précédemment et qui provenait d'un fils de Gérard d'Alsace. Il fut donc l'auteur d'une seconde famille de Vaudémont.

Charles II cessa d'exister le 23 janvier 1431, et, après lui, René d'Anjou et Isabelle furent reconnus pour souverains par la noblesse. Mais Antoine, comte de Vaudémont et baron de Joinville, du chef de sa mère Marguerite, soutenait que la Lorraine était un fief masculin et la réclamait, en conséquence, comme héritier de son père Ferry l'Audacieux. Il avait pour épouse Marie d'Harcourt, héritière d'Aumale, d'Elbeuf, de Mayenne, de Lillebonne, de Brionne, biens dont les noms ont été portés depuis et presque tous illustrés par divers membres de la famille des ducs de Guise.

Antoine fit valoir ses prétentions, les armes à la main, avec l'appui du duc de Bourgogne, au parti duquel il tenait. Le roi de France, au contraire, protégeait René, et ses troupes, que commandait Barbazan, gouverneur de Champagne, réunies à celles de ce prince, dévastèrent le Barrois ; mais à la bataille de Bulgnéville[5] ou de Bar, vaincu par le comte de Vaudémont et par Toulongeon, maréchal de Bourgogne, René fut blessé à la lèvre, fait prisonnier, conduit à Dijon et renfermé dans la tour de Bar[6].

Vaudémont n'avait pas toutefois su profiter de sa victoire.

Une trêve fut accordée d'abord, et, par l'effet de l'accommodement qui intervint ensuite, Ferry, fils du comte, dut épouser plus tard sa cousine lolande, fille de René et d'Isabelle, afin de ménager pour un petit-fils d'Antoine l'éventualité de rentrer ainsi du moins en possession de l'héritage de ses pères.

Pendant la captivité de René, sa femme Isabelle était allée, après la mort de Louis, roi de Naples, disputer la couronne de ce pays à Alphonse V d'Aragon ; mais elle ne remporta, dans  cette courageuse tentative, que des avantages utiles seulement à sa gloire et revint en Lorraine.

Son mari recouvra la liberté en 1437, moyennant la cession de quelques places et une rançon de deux cent mille écus fournis par la généreuse chevalerie de Lorraine, qui se cotisa pour les réunir. Il fut, en outre, convenu que le prince Jean, fils aîné de René et appelé duc de Calabre, recevrait la main de Marie de Bourbon, nièce de Philippe le Bon. À la faveur de ces arrangements, la réconciliation s'opéra entre les maisons de Bourgogne et d'Anjou.

René, de retour en Lorraine, emprunta des sommes considérables et partit pour Naples, où il ne fit que subir de nouveaux échecs. Pendant son absence, le comte de Vaudémont s'était livré derechef à ses excursions dans le duché; mais l'union de leurs enfants, en s'accomplissant alors (vers 1440), concilia ces deux princes. Constamment malheureux dans ses entreprises, René Ier remit (1452) tout pouvoir sur la Lorraine à son fils aîné, Jean, et alla achever ses jours en Provence, dans la paisible culture des lettres et des arts.

Jean II, âgé de vingt-neuf ans, apportait à la direction du gouvernement une modération, une sagesse, une valeur et une expérience exercées ou acquises dans les infortunes au milieu desquelles s'était écoulée sa jeunesse. Appelé par les Florentins, il marcha à leur secours contre Alphonse qu'il contraignit à se retirer. Il reçut ensuite du roi Charles VII le gouvernement de Gènes et profita de cette position pour tenter encore la conquête de Naples; mais bientôt trahi, abandonné, il se vit forcé de repasser en France.

Jean donna de nouvelles lettres-patentes confirmant tous les privilèges déjà accordés à l'ancienne chevalerie de Lorraine envers laquelle sa famille avait contracté de si grandes obligations. Il prit part à la ligue du bien public contre Louis XI devint ensuite le principal auteur de la paix qui s'effectua entre ce monarque et les seigneurs confédérés.

En récompense d'un service aussi important, le roi de France lui fit remise de l'hommage auquel le duc était tenu envers lui pour les villes de Neufchâteau, Châtenoys, Montfort, Frouart, et, en le comblant de dons, se l'attacha dès lors sincèrement.

Plus tard Jean alla porter la guerre en Catalogne et vit s'ouvrir Ies portes de Barcelone, dont les habitants le chéris saient et le reçurent pour leur souverain, lorsqu'il parut à la tête de vingt-cinq mille hommes. Toute cette province se sou mit bientôt à lui; mais il ne jouit pas longtemps de son triomphe, et mourut en 1470, empoisonné, à ce que l'on soupçonna, au moment où il allait pénétrer en Aragon pour faire valoir les droits incontestables à la couronne de cet État qu'il tenait d'Iolande, sa grand'mère. Un historien a dit que « pour être le premier prince de son temps, il ne manqua à Jean d'Anjou, duc de Lorraine, que d'être heureux. »

Nicolas, que son père, avant de partir pour l'Espagne, avait institué régent du duché, se trouvait à la cour de France lors qu'il fut appelé à la succession. Il semblait d'abord préférer le repos et les plaisirs de la vie privée aux charges et aux honneurs du pouvoir; mais, réclamé par l'intérêt de l'État, il ne balança plus, se rendit en Lorraine, visita toutes les villes, prit connaissance de tous les besoins et, à l'exemple de son père, confirma les privilèges de l'ancienne chevalerie. Il revint aussitôt à Paris, dont il affectionnait le séjour; mais, s'étant brouillé (1472) avec Louis XI qui lui refusait des troupes pour appuyer ses projets sur l'Aragon, il quitta la cour de ce monarque et retourna dans son propre pays. Ce fut vainement qu'il fit une tentative pour s'emparer de Metz[7] par surprise; il échoua, à cause de son indécision et de sa lenteur à secourir un de ses officiers qui avait déjà pénétré dans la ville.

Nicolas se trouvait sur le point de conclure son mariage avec Marie de Bourgogne lorsqu'il mourut (12 août 1473) d'une fièvre maligne, à Nancy. Il était un des plus beaux princes de son époque, généreux, doué de courage aussi bien que d'expérience des hommes et des affaires.

Le duché de Lorraine, qui pendant quarante-trois ans avait appartenu à la maison d'Anjou, rentra alors dans celle de Gérard d'Alsace, car, après la mort de son neveu, Iolande d'Anjou, fille de René Ier et veuve de Ferry, comte de Vaudémout, ne voulant pas renoncer au genre de vie paisible qu'elle avait adopté et convaincue que le gouvernement d'une femme ne convenait point aux Lorrains, fit aussitôt cession de tous ses droits à son fils René, en ne se réservant que ses revenus viagers.

Dès qu'il fut instruit de la mort de Nicolas, le duc de Bourgogne projeta de s'emparer de la Lorraine et trouva le moyen de se saisir, à Joinville, par l'intermédiaire d'un capitaine allemand, de la personne du nouveau duc. Louis XI, alors ami de René II, auquel il donna depuis différents sujets de méfiance et de plaintes, fit par représailles arrêter un neveu de l'empereur qui se trouvait à Paris. Un échange rendit la liberté au duc de Lorraine qui déclara la guerre à celui de Bourgogne.

Auxiliaire des Suisses, René se couvrit de gloire à Morat ; puis ayant réuni six mille volontaires, il retourna en Lorraine, reprit sa capitale aux troupes bourguignonnes qui s'en étaient emparées, et, avec l'aide de quelques nouvelles levées suisses, il défit (5 janvier 1477), très jeune encore[8], et grâce à sa constance et à son courage, ce redoutable Charles le Téméraire dont la fortune et la vie[9] rencontrèrent leur terme sous les murs de Nancy.

Le corps de ce prince ne fut retrouvé que deux jours après, et René, vêtu d'habits de deuil, voulut aller religieusement rendre hommage aux restes de son ennemi. « Biau cousin, dit-il en soulevant sa main glacée, vos âmes ait Dieu ; vous nous avez fait moult maux et douleurs. »

Vainqueur magnanime, le duc de Lorraine accorda généreusement leur pardon à ceux de ses sujets qui, pendant la guerre, avaient pris parti pour Charles, et, de toutes les confiscations, « ne retint qu'un vase de crystal où il buvait l'oubli de ses vengeances[10]. »

De nouveaux rapports d'alliance s'étaient établis, après ce triomphe, entre René II et Louis XI ; et pourtant ce monarque arracha au vieux René d'Anjou la cession, pour six ans, du duché de Bar qui ne fut restitué ensuite au duc de Lorraine que par le gouvernement d'Anne de France, dame de Beaujeu, lorsque Louis XI n'exista plus.

La renommée guerrière de René II avait engagé les Vénitiens à lui offrir (1480) le bâton de capitaine-général de leurs troupes, qu'il accepta dans l'espoir mal fondé de se créer par là un appui pour faire valoir ses prétentions sur la Provence, héritage de la maison d'Anjou. Il échoua également dans ses tentatives[11] et de conquête et de négociations pour recouvrer cette province.

En 1485, la haute noblesse du royaume de Naples, voulant secouer le joug de la maison d'Aragon, appela à la couronne le duc de Lorraine qui se préparait à partir pour l'Italie avec quelques faibles secours en volontaires et en argent reçus de la France, lorsqu'il apprit la dispersion ou la captivité de la plupart de ses partisans[12].

Sans avoir pu l'atteindre lui-même, il transmettait donc à sa famille, à ses descendants ce champ de séductions, cet objet de rêves ambitieux que les Guises particulièrement, à des époques diverses, à plusieurs reprises, devaient s'efforcer d'acquérir.

René II accompagna Charles VIII dans son expédition en Bretagne contre le duc d'Orléans, depuis Louis XII, et combattit à la bataille de Saint- Aubin-du-Cormier ; mais mécontent de ne pouvoir jamais rencontrer que des refus quand il réclamait la restitution de la Provence, il s'éloigna de la cour de France, après avoir fait une protestation conservatrice de ses droits, et retourna dans ses États où il eut à soutenir une guerre à laquelle Charles VIII avait probablement poussé la ville de Metz contre lui. Pendant le cours de ces hostilités, un officier lui demandant s'il fallait mettre le feu à un village dont on s'était emparé. « Capitaine, répondit René, quand maux voudras faire enquerre conseil de moi, et pas n'en feras. »

En récompense de la fidélité gardée envers lui par les seigneurs, lors du début orageux de son règne, René II avait confirmé tous les privilèges de la noblesse et de la chevalerie.

De nouvelles franchises lurent aussi accordées aux bourgeois de la ville de Nancy ; et, par l'un des derniers actes de sa vie, il établit la loi salique pour la succession au trône.

Courageux, entreprenant, éclairé, généreux, équitable, plein de droiture dans ses actions, de fidélité dans ses alliances, de noble bonhomie dans ses paroles, tel fut ce brillant et aventureux duc de Lorraine, résumé des vertus qui avaient signalé plusieurs de ses ancêtres, souche respectable d'où jaillit, pleine de sève, cette branche hardie et vigoureuse des Guises.

C'est ici donc qu'il faut se séparer de la ligne directe des ducs de Lorraine, aujourd'hui régnante en Autriche, en Toscane, à Modène, pour s'attacher exclusivement à l'histoire de la famille collatérale dont un fils de René II fut le chef.

Le mariage de ce prince avec Jeanne d'Harcourt, comtesse de Tancarville, n'avait point porté de fruits, et René répudia sa femme (1485) au bout de quatorze années de stérilité: une sentence de l'officialité de Toul, confirmée trois ans après par le pape, déclara nulle cette alliance. Leduc de Lorraine cependant avait épousé en secondes noces, même avant la décision de Rome, Philippe, fille d'Adolphe d'Egmont, duc de Gueldres, et de Catherine de Rourbon, soeur du sire de Beaujeu. Plus favorisé dans sa nouvelle union, il en obtint douze enfants.

Après la mort (à Bar, le 10 décembre 1508) du duc-roi, son mari, qu'elle appelait toujours son bon René, Philippe, assistée du secours de « maistre Nicolas Le Clerc, docteur en théologie, » consacra onze années à l'éducation et au soin des biens de sa famille. Au mois de mars 1306, elle avait obtenu des lettres de naturalité en France; Louis XII lui accorda aussi (et confirma même, de Milan le 5 juillet 1509), « le bail et garde » de ses enfants mineurs dont la surveillance aurait dû appartenir au roi, à raison des terres et seigneuries que ceux-ci possédaient en Normandie. Enfin, quoique nantie d'un douaire établi sur les villes et châteaux de Joinville, sur Doulevant, Rouvroy, Roche-du-Maine, Éclaron, Hatignecourt, etc.,

Philippe de Gueldres se retira au couvent des Filles-de-Sainte-Claire de Pont-à-Mousson et y fit profession, le 15 décembre 1519, en présence de ses enfants et de sa cour. Elle entra dans le cloître précédée de son plus jeune fils, âgé de douze ans, qui fondait en larmes en lui portant le cierge. Après la cérémonie, les princes, les princesses et les personnages présents s'avancèrent près de la grille du chœur pour recevoir, agenouillés et baignés de larmes, la bénédiction de Philippe qui disait ainsi au monde un adieu spontané et définitif. Dans cet austère asile, où elle devait terminer ses jours « en opinion de sainteté » à l'âge de quatre-vingt-cinq ans (le 26 février 1547), son humilité fut constamment telle que, soumise à toutes les obligations de son ordre, portant les mêmes vêtements, vivant de la même nourriture que les autres religieuses, elle signait ses lettres à ses supérieures : Votre pauvre fille et sujette soeur Philippe, humble servante de Jésus, ou sœur Philippe, pauvre ver de terre.

Pendant son séjour à la cour, cette princesse, douée d'une beauté remarquable et de la vertu la plus pure[13], avait choisi pour devise les mots: ne mi toqués, il point, placés autour d'une feuille de chardon.

Des huit fils de René II et de Philippe de Gueldres, Antoine, devenu l'aîné par la mort en bas âge des deux premiers, Louis et François, succéda au duché de Lorraine. Ses sujets l'appelaient le « bon duc, à cause, dit Brantôme, qu'il estoit un très homme de bien, prince d'honneur et de conscience, et t toutes ces belles marques se représentoient en son beau et honorable visage. »

Le cinquième, Claude, fut le premier des Guises : nous l’allons bientôt suivre au milieu des travaux et dans les progrès de sa glorieuse carrière.

De ses autres frères, l'un, jeune encore, tomba héroïquement à la bataille de Marignan ; François, âgé de dix-huit ans, périt de même à celle de Pavie ; Louis, comte de Vaudémont, victime de la peste, laissa la vie au siège de Naples en 1525 ; Jean, qui survécut, devint cardinal, acquit du crédit à la cour de France, à celle de Rome, et de la célébrité par les négociations dont nous le verrons chargé auprès de l'empereur Charles-Quint. Quant aux quatre filles de René et de Philippe, aucune d'elles ne dépassa la jeunesse.

 

[1] Ed. du Boulay, Généalogie des ducs de Lorraine. [2] Portée à, prenant en gré de faire quelque chose… [3] Fille de l'empereur Robert. [4] Cette dernière terre lui avait été donnée en apanage, ainsi que celles de Chailly et de Longjumeau, par son père Louis II, roi de Naples et de Sicile.  [5] « Ou le bon duc René fut pris,

«  Avec plusieurs de ses amis,

« Plusieurs furent morts sur la place.

« Je prie Dieu leur faire grâce,

« Mais chacun devoit bien maudire

« Ceux qui lâchement s'enfuire,

« Car pour eux endurons grand peine

« En Barrois et en Lorraine,

" Dont le bon duc étoit sire,

« Qu'aux prisonniers doint delivrance,

« Et aux trépassez allégeance,

« Et aux échapéz bon courage

« De récupérer ce dommage. » (Rimaille faite an sujet de cette bataille.)

[6] « Le duc René ayant été pris en bataille fut mené au duc de Bourgogne qui le garda fort longtemps prisonnier, tellement que se raconte de lui qu'estant expert en la peinture il peignit toute sa chambre d'oubliés d'or pour monstrer que ses parents l'avoient oublié. » (Mss. Dupuy, v. 746, Mémoire sur Guise.) [7] Et pour se venger des habitants qui s'étaient permis de dire que ce prince ne savait que danser. [8] Il n'avait que vingt-six ans. [9] «Le duc de Bourgogne fuyant prèz d'une commenderie, assez proche de Nancy, son cheval tresbucha et l'enfondra dans un ruisseau où il fut assomé ; son corps reconnu fut enterré à Nancy. » (Mss. dela Bib. nat., supplément français 1054, Histoire de Joinville, écrite en 1632.) [10] Henri Étienne, Résumé de l'Histoire de Lorraine.   11] Le vain titre de roi de Sicile et le droit de réunir dans son écusson les armes de Jérusalem, d'Aragon et d'Anjou furent tout ce qu'elles lui procurèrent. [12] Le royaume de Naples fut reconquis, en 1496, par la maison d'Aragon, après le départ de Charles VIII : «... Ainsi ne restant plus pour le recouvrement de tout le royaume que Tarente et Caïette et quelques autres places tenues par Charles de Sanguin et le mont Saint-Ange où étoit Julien de Lorraine, lequel avec une grande louange faisoit sentir sa hardiesse et sa vaillantise en tous lieux de là autour. » [13] Son mérite inspira à un poëte de l'époque les vers suivants en forme d'épitaphe de révérendissime mère en Dieu madame Philippe de Gueldres, jadis royne de Sicile et duchesse de Lorraine :

« Le corps enclos sous ceste sépulture

« Fut d'une roine en laquelle nature

« Ne s'oublia. Philippe estoit son nom,

« Du sang gueldrois portant arme et surnom,

« Laquelle fut en vertus tant civile,

« Qu'elle espousa René roy de Sicile*

« Duquel elle eut cinq magnanimes princes,

« Vrais héritiers de roiales provinces.

« Puis le roy mort, cherchant la vie heureuse

« Se feist icy vestir religieuse

« De sainte Claire, ou l'an vingt-septiesme

« Qu'elle eust l'habit, par maladie extresme

« Mort la surprint à quatre-vingt-cinq ans.

 « Son esprit soit ès hauts cieux triomphant.

(Mémoires de l’Estoile.)

*« René de Hiérusalem roy

« Qui de Cécile estoit sembkblement

« Vray héritier par constance et par loy. » (Mémoires de L’Estoile.)

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PIECES JUSTIFICATIVES 

QUATORZIEME ET QUINZIEME EXTRAIT.

 

Landrian

XIV. Extraits de contrats de mariage de la Maison de Landrian.

 

Dans les Lettres-patentes du duc Léopold 1er, et leur entérinement en la Chambre des Comptes du Conseil du Duché de Bar, sont rapportés par ordre de dates, les contrats de mariage qui prouvent la filiation directe des membres de la Maison de Landrian, établie en Lorraine depuis Johanne-Francesco De Landriani, jusqu'au dix-huitième siècle, mais très-succinctement.

Pour compléter la matière, il devient utile de ne pas omettre diverses particularités qui intéressent ces alliances, degrés par degrés, et qui ne sont pas mentionnées avec leurs détails, dans la généalogie proprement dite.

 

1573. JEAN-FRANCISQUE DE LANDRIAN épousa Marguerite Gérard ; « feu noble homme » Jehan-Francisque De Landrian, son père, est rappelé au contrat, et par les dispositions entre-vifs de Jeanne-Françoise d'Urville, sa femme, il est mentionné une maison située à La Mothe, et concédée par le prince.

1587. RENÉ DE LANDRIAN. Françoise Thouvenel. Il est stipulé, outre une somme d'argent, fort considérable pour le temps, qu'elle a reçu un trousseau et des meubles, ainsi qu'il appartenait « à fille de sa qualité, et comme a heu sa sœur, Damoiselle Catherine, femme du sieur De Roncourt. »

 

1610. CHARLES DE LANDRIAN.- Begnigne Plumerel. Le futur, assisté entr'autres de noble Etienne De Roncourt, seigneur dudit lieu, etc., sénéchal de La Mothe et Bourmont; de messire Christophe d'Audenet, fiancé avec Damoiselle Renée de Landrian ; la future, assistée de vénérable et discrète personne, messire Jean Plumerel, docteur en théologie et chanoine de La Mothe ; de noble Claude Berget, de noble et religieuse personne Pierre Berget, Prieur commendataire ; d'honoré seigneur Nicolas de Boyer, seigneur d'Orfeuille ; de Jean Sarrazin, seigneur de Germainvilliers, de Claude Du Tissac, écuyer, seigneur de la Rochière ; et de messires Antoine Vernisson et Jean Héraudel[1].

 

1657-1658. NICOLAS DE LANDRIAN.— Philberte Tranchot. L'un assisté par noble Claude Plumerel, Procureur général au Bailliage de Bassigny; de noble René de Roncourt, seigneur dudit lieu et la maison forte de Mattaincourt, seneschal, son cousin ; l'autre, de messire Dominique Tranchot, prêtre, et Jean-Antoine Tranchot, ses frères. En 1658, Nicolas De Landrian contracta une nouvelle union avec Damoiselle Marie Choël ; comparurent avec lui Claude Plumerel, seigneur d'Harcourt, son oncle; René, seigneur de Roncourt, Saint-Remy De Roncourt, écuyer, seigneur d'Aingeville, ses cousins ; messire Charles Héraudel, Prieur de Relanges, aussi son cousin ; et Jean-Baptiste, seigneur d'Aingeville.

 

1669. GABRIELLE DE LANDRIAN. - Claude De Mauljean. Le futur, à l'assistance de noble et scientifique personne, messire Charles Héraudel, premier aumônier de Son Altesse; et Jean-Claude DeTerel, écuyer, ses cousins ; d'autre part, Nicolas De Landrian, écuyer, chanoine de La Mothe; d'Henry-François De Roncourt, écuyer, seigneur en partie d'Aingeville et de Bethoncourt-sur-1'Amance, et de damoiselle Michelle De Landrian, son épouse ; de nobles Jean-Antoine Tranchot et Claude Tranchot; de noble Claude-François de Vidrange, écuyer, seigneur d'Harcourt; de noble François Ayne,

Lieutenant-colonel, etc.

 

1708. ERRARD DE LANDRIAN. Anne De l'Isle. Furent présents d'une part, messire Nicolas De Landrian, prêtre, curé d'Outremécourt ; de François Dumoulin, écuyer, seigneur d'Aingeville et d'Affleville ; de Jean-Paul De Greische, chevalier du Saint-Empire, seigneur d'Hagneville, beaux-frères ; de Charles Dumoulin, écuyer, seigneur de Courcelle, cousin-germain; de Gabriel De Laveaux, chevalier, seigneur de Saint-Ouen et Vrécourt, parent ; d'autre part, ladite Damoiselle Anne De l'Isle, assistée de ses père et mère, duement autorisée par Antoine Dubois, « Conseiller d'Etat de S. A. R., en sa Cour souveraine de Lorraine et Barrois, Grand réformateur des eaux et forêts de ses Etats, seigneur de Pleaumont et des fiefs de Provenchères et d'Amblain, oncle à ladite damoiselle; de Philippe De Laumosne, écuyer, seigneur de Rocourt, oncle aussi, et encore pour messire De Lettre, seigneur de Riaucourt, cousin, etc.

 

1755. ANTOINE-FRANÇOIS DE LANDRIAN. Elisabeth-Catherine De Sarrazin.

Le futur, assisté de ses père et mère, de Dame Dame Anne Dubois, veuve de messire Charles-Alexis Dubois, vivant chevalier, seigneur de Baroche, sa mère-grande ; de messire Jean-Baptiste De L'Isle, chevalier, seigneur de Brainville, Haccourt, etc., et de Dame Dame Marie-Anne De Landrian, son épouse , soeur et beau-frère du futur; de messire François Dumoulin, chevalier, seigneur d'Affleville, et de Dame Dame Claude De Landrian, son épouse; messire Jean-Paul De Greische, chevalier du Saint-Empire, seigneur de Hagneville, etc., et de Dame Dame Marie De Landrian, son épouse, ses oncle et tante; de messire Nicolas Du Bois, chevalier, seigneur De Riocourt, Remoncourt, Baron de Damblain , Conseiller d'Etat de S. A. R. et Maître des requêtes ordinaires de son Hôtel ; et messire Charles Du Bois de Provenchères, Prêtre, Prévôt de l'insigne collégiale de la Mothe, transférée à Bourmont, tant en son nom qu'en celui de messire Antoine-Philippe Du Bois, Baron dudit Damblain, capitaine pour le service de S. M. I. dans le régiment de François-Lorraine, ses cousins.

Ladite Damoiselle De Sarrazin, assistée entr'autres de messires Jacques De Sarrazin, chevalier; Jacques-Joseph et Àntoine-Léopold De Sarrazin, aussi chevaliers et tous seigneurs de Germainvilliers et d'Aigremont ; de messires Charles Beaudouin, chevalier, seigneur du fief de l'Epine ; Claude De Bonnet, chevalier, seigneur de Villars; Joseph-Alexis De Lavaux, chevalier, Baron de Vrécourt, tous ses oncles paternels, et de messire Gabriel-François, comte De Lavaux, chevalier, seigneur de Semerécourt, Apremont, capitaine aux Gardes de Son Altesse Royale, son cousin.

 

XV. Acte baptistaire de Nicolas De Landrian, fondateur de la cure et de l'église d'Outremécourt.

 

« Nicolas, fils de messire De Landrian, et de Damoiselle Philiberte Tranchot, sa femme, fut baptisé à Gueudreville, le 21 juin 1647, eut pour parrain messire Hector de l'Epine, seigneur de Saint-Ouen, et pour marraine haute et puissante Dame, Madame la Marquise de Lenoncourt, Baronne de Beaufremont. »

 

(Suivant l'extrait fait et attesté par F. Thouvenot, curé de Gueudreville, le 30 octobre 1749.)


PIECES JUSTIFICATIVES 

SEIZIEME ; DIX-SEPTIEME ;

 DIX-HUITIEME EXTRAITS .

 

XVI. Lettre du général, comte Drouot, à l'occasion de la mort de M. le chevalier De Landrian.

 

Jean-Baptiste De Landrian, fils d'Antoine-François De Landrian, né à Bourmont, le 2 mars 1741, décéda à Nancy, le 16 octobre 1835, dans sa 95e année. Il était colonel de la garde nationale de Nancy depuis l'organisation définitive en 1817, quand éclata la révolution de 1830. Pour assurer l'ordre, le général Drouot descendit sur la place publique, accompagné de M. De Landrian, qui revêtit son uniforme à l'âge de 90 ans. La vénération de tous les bons citoyens environnait M. De Landrian, et sa mémoire n'est point éteinte dans celle des honnêtes gens. On peut dire que M. le général Drouot, dans la lettre suivante qu'il écrivit à M. le Baron Du Montet, se rendit en quelque sorte l'interprète de sentiments unanimes.

M. le chevalier De Landrian, entré au service en qualité d'enseigne au régiment d'Infanterie-Dauphin, le 6 mai 1759, se trouva le 1eraoût suivant à la bataille de Minden; nommé capitaine-commandant le 1er septembre 1780, décoré de la croix de Saint-Louis, le 16 mai 1782, major au régiment de Bretagne-Infanterie, le 1ermai 1788, il quitta le service en 1791, et reçut du Consulat une solde de retraite. M. De Landrian avait fait sept campagnes, de 1759 à 1762 consécutivement, dans la fameuse guerre de sept ans, contre Fréderic-le-Grand, et celle de 1767, en Corse.

 

 

Lettre :                           Nancy, le 17 octobre 1855.

 

« Monsieur le Baron,

 

» Je viens d'apprendre, avec une douleur profonde, la mort du respectable M. De Landrian, votre oncle. Ce vénérable Nestor des armées françaises m'avait inspiré autant de respect que d'attachement. Je le regrette vivement, et je prends une grande part à votre douleur et à celle de votre famille. »

 

» J'ai l'honneur d'être, monsieur le Baron, etc.

» Signé : Général DROUOT».

 

Réponse :

 

« Mon Général,

« Si quelque chose est capable d'adoucir la douleur que ma famille éprouve de la perte du patriarche qui liai était si cher, c'est sans doute de vous entendre exprimer avec tant de bonté les regrets que vous lui accordez : « ce vénérable Nestor des armées françaises vous avait inspiré autant de respect que d'attachement, » telles sont vos paroles ! elles élèvent un monument d'honneur au soldat de Minden, en 1759, au bon citoyen, à l'homme toujours obligeant, calme, sage et vrai, à l'ami de la paix et de la conciliation, au philosophe pénétré de ses devoirs envers Dieu et envers l'humanité. Nous désirions de la gloire pour les 95 années de la vie loyale de notre oncle — du vieux colonel De Landrian : la lettre que vous avez eu la bienveillance de m'écrire hier accomplit ce voeu, veuillez en agréer ma profonde reconnaissance et celle de toute ma famille.

 

« J'ai l'honneur d'être, etc.

 

» Baron Du MONTET, ancien militaire. »

 

Nancy, le 19 octobre 1855.

 

On aimera, nous le pensons, à voir réunis dans une même communauté d'idées d'honneur, le vieux soldat de Minden, né gentilhomme, le comte Drouot, et le Baron Du Montet, tous ayant tiré l'épée sur des champs divers.

M. le chevalier De Landrian ne laissa point de postérité de son union, comme il a été dit, avec Damoiselle Thérèse-Emerite Du Val.

 

XVII. Maison de Pavée, Barons de Montredon, Marquis de Villevieille, etc.

 

Sa généalogie, imprimée depuis longtemps, constate ses alliances avec les Maisons les plus illustres du Languedoc et de la Provence. Messire Jean-Raymond De Pavée, marquis de Villevieille, épousa Françoise-Mélanie De La Fare[2], en laquelle s'est éteinte la ligne directe du maréchal. De La Fare, Philippe-Charles[3], mais non la Maison qui continua de briller. Leur fils aîné, Charles, marquis de Villevieille, se maria à Louise-Françoise Viel De Lunas, fille de messire Antoine Viel De Lunas, Baron Du Pouget (dont la postérité existe en la personne de M. Viel De Lunas, marquis d'Espeuilles, sénateur, etc.) ; et de Marie-Thérèse DeLauris Castellanne, soeur du marquis De Montcalm, commandant en chef les troupes françaises dans l'Amérique septentrionale, et tué en 1756, devant Québec, au Canada.

 

De ce mariage fut issu Louis-François-Jean De Pavée, comte, puis marquis De Villevieille, lequel s'unit à Henriette-Hélène-Ayrnée de La Boutetière[4] De Saint-Mars ; dont la mère, Adélaïde, comtesse De La Fare, était soeur du comte De La Fare Venejean, maréchal de camp, etc. [5], et du cardinal Duc De La Fare, évêque de Nancy, puis archevêque de Sens, Commandeur des Ordres du Roi, Ministre d'Etat, Pair, etc., l'un des cardinaux parrains du Roi, lors du sacre de Charles X, et choisi par ce monarque pour prononcer le discours en cette solennité. On sait qu'il avait aussi prononcé le discours d'ouverture lors des Etats généraux, en 1789.

 

De cette union est issue Blanche-Henriette-Radegonde-Julie-Hedwige, mariée en 1854 à M. Jean-Baptiste René De Landrian, des comtes et marquis de Landriani, XI° degré de sa Maison.

 

XVIII Alliances de la maison de Sarrazin.

 

Amprône de Sarrazin, fille d'honoré seigneur Jean de Sarrazin, écuyer, seigneur de Germainvilliers, et d'honorée dame Marguerite Dehée, épousa Antoine-François de Landrian, chevalier, seigneur d'Alarmont, le 11 novembre 1755.

Barbe de Sarrazin laissa de son mariage avec messire Claude Simonet, chevalier, seigneur de Vougécourt, entr'autres enfants, Marie-Thérèse, mariée à messire Jean-Baptiste-René-Adrien, baron de Tricornot, le 11 juillet1774.

 

 

 

 

FIN DE L'OUVRAGE

DE J.CAYRON (1865).




[1] Ce dernier est historique par son dévouement lors des sièges de la Mothe, et par sa chronique rimée, qui retrace les malheurs des Lorrains fidèles. Il mourut conseiller du duc de Lorraine.

[2] De ce mariage vinrent après Charles : 2° Hannibal de Pavée de Vieilleville ; Commandeur-Bailly de l’Ordre de Malte 3° N de Pavée de Vieillville, auditeur de Rote, puis évêque de Bayonne, seigneur de Marac ; 4° puis plusieurs filles.

[3] Marquis ; chevalier de la Toison d’Or, commandeur des ordres du Roi, chevalier d’honneur de l’infante d’Espagne…

[4] Ancienne Maison du Poitou.

[5] Marié à Mlle de Caraman ; Dame d’honneur de la comtesse d’Artois,

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PIECES JUSTIFICATIVES 

DIXIEME et ONZIEME

EXTRAIT

 

Landrian


X. Droits honorifiques en l'église d'Outremécourt, pour Messieurs De Landrian.

 

En 1704, Messire Nicolas De Landrian, prêtre, curé d'Outremécourt, représenta à Mgr Henry Thiard De Bissy, évêque et comte de Toul, que la cure dudit Outremécourt avait été presque abandonnée depuis l'établissement de la ville de La Mothe, par Thibaut, Duc de Bar, vers le milieu du XIIIe siècle, et le village réduit à quelques habitations ; La Mothe ayant été rasée en 1645, Outremécourt se repeupla, mais l'église paroissiale n'existant plus, feu Joseph de Landrian, chanoine de l'église collégiale de La Mothe, donna la chapelle dépendante de la maison autrefois seigneuriale, pour servir d'église paroissiale, de laquelle Jean-Baptiste De Landrian, frère dudit Nicolas, et les héritiers dudit Joseph De Landrian, ont toujours joui des droits honorifiques comme patrons de cette chapelle, qui n'a cessé d'appartenir à ses ancêtres qui la firent bâtir. Cette chapelle, devenue insuffisante, les habitants l'ont supplié d'en faire reconstruire une autre, de sorte qu'on peut le regarder lui et sa famille pour les véritables fondateurs de celte église, l'ayant bâtie et dotée ; qu'il avait de plus soutenu des procès considérables contre les chanoines de La Mothe pour conserver les droits de sa famille, vis-à-vis cette chapelle, et pour tous ceux qui y sont attachés, tant pour lui que pour Damoiselle Claude De Billard, veuve dudit Jean-Baptiste De Landrian, les sieurs Nicolas et Errard De Landrian, écuyers ; Charles-François Du Moulin, aussi écuyer, seigneur d'Affleville

et d'Aingeville, au nom de Dame Claude De Landrian, son épouse ; et Jean-Paul De Greiche, chevalier du Saint-Empire, seigneur d'Hagneville, Bifontaine, Lapouillière et Mouscheu-la-Petite, au nom de Marie De Landrian , son épouse ; offrant encore ledit sieur De Landrian, d'acheter le fonds sur lequel l'église était bâtie, et qui était encore à payer, à condition, et non autrement, qu'après la mort de Damoiselle Claude De Billard, le droit de nommer et présenter à la cure leur sera dévolu.

L'évêque de Toul, considérant toutefois que le droit de patronage était un cas réservé au Pape, arrêta : « Auons accordé et accordons les droits honorifiques dans l'église dudit Outremécourt, à ladite Damoiselle De Billard, et après elle, aux sieurs Nicolas et Errard De Landrian, François Du Moulin et Jean-Paul De Greiche, et dame Claude et Marie De Landrian, leurs épouses, et à leurs successeurs, nés et à naistre, tant qu'il y en aura audit Outremécourt, à l'exclusion de tous autres.

 

HENRY Evêque, Comte de Toul.

(Sur le diplôme : Du 14 décembre 1704.)

Confirmation desdits droits par son successeur, François, le 12 avril 1707.

 

XI. Errard De Landrian justifie de ses qualités pour le droit seigneurial de colombier.

 

Le 18 octobre 1711, Errard De Landrian, écuyer, présenta requête au duc Léopold, pour qu'il plut à S. A. « le maintenir et garder aux droits et possession qu'il a d'un colombier, en sa maison d'Outremécourt, avec défense à toute personne de l'inquiéter.

Il était dit de plus « qu'il n'est pas difficile de conserver à cette maison, qui est l'ancien château des seigneurs d'Outremécourt, laquelle a passé aux auteurs du suppliant « gens de qualité, et qui ont toujours vécu noblement par les charges et emplois qu'ils ont eu dans vos étals» ce colombier, du consentement des habitants du lieu, donné le 21 août précédent, et qui déclarèrent que l'ayeul d'Errard, avait mis ses armes au-dessus de l'entrée principale de son habitation, en place de celle des anciens seigneurs, ajoutant que les terres et héritages qui en dépendaient «ne dîmaient qu'a la treizième gerbe,» ce qui leur était des plus avantageux.

Sur ce, le Duc en son Conseil, déclara : «Auons maintenu et gardé le suppliant au droit et possession où il est, tant par luy que par ses autheurs, d'auoir un colombier à pigeons en sa maison d'Outremécourt, conformément à ses litres des années 1574, 1624, et autres énoncés en la présente requeste. »

» Signé LÉOPOLD du dix auril 1712.

 

 

PIECES JUSTIFICATIVES 

DOUZIEME ET TREIZIEME EXTRAIT.

 

XII. Erection du fief de Saint-Alarmont[1], en faveur d'Errard De Landrian.

 

« FRANÇOIS par, la grâce de Dieu, Duc de Lorraine et de Bar, etc., à tous présens et à venir, salut : notre amé et féal le sieur Errard De Landrian, seigneur d'Aingeville, nous a très-humblement fait remontrer qu'il possède dans le village d'Outremécourt un bien considérable, qui étoit l'ancien château dudit lieu, avec droit de colombier..., suppliant de vouloir luy ériger ce bien en fief, et luy confirmer le droit de colombier, et luy concéder le droit de chasse et de pesche pour sa personne, et voulant le traiter fauorablement, *en considération de son ancienne noblesse, des seruices rendus par ses ancestres aux Ducs nos prédécesseurs, ceux qu'il a rendu lui-même, et l'engager à Nous les continuer..., auons par ces présentes, créé, érigé et décoré, créons, érigeons et décorons, en titre et qualité de fiefs, sous le nom et qualification de fief de Saint-Alarmont, la maison appelée l'ancien château qui lui appartient à Outremécourt..., à laquelle maison nous auons confirmé et confirmons le droit de colombier..., en outre, accordons, octroions et unissons audit fief, le droit de chasse et de pesche personnel, dans l'étendue du ban et finage dudit Outremécourt, pour par ledit sieur De Landrian, ses hoirs, successeurs et ayant cause, possesseur dudit fief, à perpétuité en jouir , auec droits, priuiléges, franchises, exemptions et immunités… »  Sy donnons en mandement, etc.

 

Donnée Lunéville, le 12 juillet 1750. Signé, FRANÇOIS.

 

XIII. Inscription tumulaire d'Errard De Landrian, et d'Antoine-François, son fils.

 

Messire Errard De Landrian, écuyer, Conseiller au Bailliage de Bassigny, mourut le 10 février 1748, et son fils messire Antoine-François De Landrian, chevalier, seigneur d'Alarmont, décéda le 22 mars suivant. C'est cette fin, si précipitée qu'on déplore dans leur épitaphe, qui était placée dans la chapelle de Saint-Nicolas, de l'église paroissiale de Bourmont.

 

Hic Patris et Nati simul ossa quiescunt ;

Landria cum tantis gloria quanta viris !

Jungere cur prolem citiùs voluere parenti,

Fata î quibus dignum vivere semper erat.

Caussidici frustra reboat clamore Senatus

His ducibus, cunctis reddidit aîqua Themis ;

Quoesit est perfecta cupis cognoscere laudem?

Sat dixisse : pater plebis uterque fuit.

Conjugis, hoecsoceri et sponsi coelata sepulchro

Carmina, perpetuum pignus amoris erunt.

 

Ces vers peuvent être rendus ainsi :

Ici reposent ensemble les restes mortels du père et du fils, avec le renom de leurs ancêtres De Landrian. Par quelle fatalité devaient-ils être si tôt réunis, eux qui méritaient d'être immortels !

La magistrature lorraine s'honora de leur éloquence, comme de leur amour pour la justice. Pour en résumer l'éloge , l'un et l'autre se montra père du Peuple.

Ces mots tracés sur leur pierre tumulaire resteront une preuve constante de l'affection d'un beau-père et d'une épouse, unis dans leur douleur.

 



[1] Saint-Hilairemont, Alairmont, ou Saint-Alarmont, était le nom d’un château fortifié à la Mothe, et qui en faisoit comme la citadelle, la collégiale de cette ville s’appelait ainsi. Nicolas 1er de Landrian dut un des derniers défenseurs de cette forteresse, et après sa ruine et celle de ses édifices religieux, Nicolas II, son fils, chanoine, reconstruisit une église à Outremécourt avec les débris de la collégiale. François  III songeait à perpétuer tous ces souvenirs, et de la ville si héroïquement défendue et les services de ses fidèles et dévoués Lorrains, en créant un fief à Outremécourt, sous ce nom de Saint-Alarmont, qui, alors, résumait tout l’historique de cette fameuse époque.

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PIECES JUSTIFICATIVES 

SEPTIEME EXTRAIT

 

 

Landrian

VII. Epitaphe de NICOLAS DE LANDRIAN dans l'église de Guedreville.

 

« Extrait de ce qui est escrit sur la lame de marbre de l'épitaphe de Nicolas De Landrian, qui est en l'église de la paroisse Saint-Remy de Guedreville, dépendant de la Baronnie de Baufremont, attachée à l'arc doublet du sanctuaire qui le sépare du choeur, à main droite en entrant du côté de l'épître : »

D. 0. M.

 

« Icy repose le corps de Nicolas De Landrian, viuant Ecuyer et Lieutenant au Gouvernement de la cy-deuant ville de La Mothe, place frontière des Etats de Son Altesse Sérénissime Charles quatre, qu'il a défendu pendant ses trois sièges, par des exploits dignes de sa fidélité et à ses frais, à cause de l'éloignement de son Prince ; il est mort le dernier septembre 1667. »

« Priez Dieu pour son âme. »

« Lequel extrait se conforme de mot à mot, ayant été collationné par moy, Jean-Baptiste Michel, tabellion en la Baronnie dudit Beaufremont, etc. »

(Suivent ici les signatures des témoins), le 3 octobre 1712.

Cependant le tabellion avait négligé de tirer copie d'une sentence ou moralité, à la louange du défunt, et qui se trouvait au bas de l'épitaphe en Français. Elle a été heureusement rapportée dans un pareil acte, vers la même époque.

 

D. 0. M.

 

« Sentenlia nobili D. N. De Landrian. »

« Est aquilse fixis solem coelumque tueri, nobilis est celsi Principis alta sequi firma sedes turris, spes est aurea aquila virtus in fundo titulat, stemmates ecce decus innixus galla? pullus mater sic nititur arci gignitur hinc genitis a genitore genus impia quem tumulat mors hune fert virtus in altum, vivat laus pueris ut redivivus eat immemor hanc tumuli, quseso ,

memorare sepulti, mox âge, die horat voce pregante tuas. Obiit M. D. C. LXVII, ultima septembris. »

« Requiescat in pace. »

 

En voici la traduction :

 

A DIEU, TRÈS-BON TRÈS-PUISSANT.

Pour Messire N. De Landrian, Ecuyer.

 

Il est de la nature de l'aigle de pouvoir fixer les rayons du soleil, et c'est le privilège de la noblesse de pouvoir concourir aux grands exploits du prince.

Dans les armes de celui-ci la tour est le symbole d'une fidélité à toute épreuve ; l'aigle, de l'espérance, et la vertu brille sur un champ d'or ; il en a rempli l'emblème, il n'a pas plus abandonné la tour, que le poussin la mère qui l'a vu naître. C'est par cette conduite que la noblesse passe du père aux enfants, et que la vertu porte aux cieux celui que la mort impitoyable ensevelit dans le tombeau. Que ses enfants jouissent de sa gloire, qu'il revive en eux, sans cependant oublier qu'ils doivent mourir.

Passant, souviens-toi toutefois du défunt, et dès ce moment même, adresse pour lui tes prières à Dieu tout-puissant.

Sa mort arriva le dernier jour de septembre de l'an 1667. Qu'il repose en paix.

Cette petite paraphrase, bien sentie, touchant la Maison De Landrian, répond naïvement, et sans emphase aucune, à la courageuse conduite de Nicolas De Landrian, lors des trois fameux sièges de La Mothe, ce dernier boulevard de la nationalité lorraine, tombé avec honneur sous les coups d'adversaires bien supérieurs en nombre. Les Lorrains n'étaient pas de leur nature fort louangeurs ; la pratique des vertus privées, civiques ou militaires semblait à leurs yeux, ici particulièrement, découler comme de source. Il fallait sans doute un caractère aussi élevé que celui de Nicolas De Landrian, pour vanter en lui le vaillant soldat et le dévoué sujet, choses qui paraissaient toutes naturelles en elles-mêmes. Remarquons que le mot nobilis, appliqué en tête de la moralité, au défunt, signifie, à la lettre, illustre de race, et non pas noble seulement ; ce qu'il eût été inutile de mentionner, puisque le titre d'écuyer, ou chevalier, d'ancienne noblesse, suit immédiatement.

 

 

PIECES JUSTIFICATIVES 

HUITIEME EXTRAIT


VIII. Lettres-patentes de reconnaissance de la noblesse ancienne de la Maison DE LANDRIAN par, Léopold 1er, Duc de Lorraine et de Bar.

 

Près de trois-quarts de siècle, la Lorraine devint le théâtre des plus funestes débats qui surgirent de la guerre de trente ans. Charles IV, son souverain, ayant attiré sur lui les armes de la France, succomba dans la lutte, et l'autorité ducale disparut jusqu'au traité de Ryswick, qui rendait cet État à son petit-neveu, Léopold Ier, en 1698.

Un des premiers soins du nouveau duc fut d'effacer, autant qu'il était en lui, les traces de ces calamités qui avaient dépeuplé le pays et réduit la noblesse lorraine aux plus dures extrémités, sans la faire fléchir.

Par devoir comme par reconnaissance, Léopold Ier s'empressa de se montrer sensible à tant de dévouement à la race de ses ancêtres, à cette ténacité au sol natal, ce qui venait d'être couronné de succès, en s'efforçant de rendre à la noblesse son premier lustre, non pas, il est vrai, en la reconstituant en Assises, ou pouvoir constitutionnel, comme auparavant, mais en mettant en relief les services antérieurs, sûrs garants de ceux à venir.

* Dans cette réorganisation générale, Nicolas et Errard de Landrian, durent naturellement présenter leur requête pour faire admettre, si besoin

était, leur état de gentillesse. Outre les preuves par Chartres et diplômes, circonstance fort rare alors, la notoriété publique aurait suffi, car aucun de la Maison des exposants n'avait voulu quitter le pays.

LÉOPOLD par la grâce de Dieu, Duc de Lorraine et de Bar, Roy de Jérusalem, Marchis, Duc de Calabre et de Gueldres, Marquis du Pont-à-Mousson et de Nomeny, Comte de Prouence, Vaudémont, Blamont, Zutphen, Saarwarden, Salm, Falkenstein, etc. A tous présens et à venir, SALUT. Nos amés et féaux Nicolas De Landrian, Conseiller-Assesseur en notre Bailliage du Bassigny, et Errard De Landrian, aduocat en nostre Cour souveraine de Lorraine et Barrois, son frère, nous ont très-humblement fait remontrer que leur Famille est originaire du Milanais, et qu'encore bien que Jean-Francisque De Landrian, leur autheur, qui en est sorty, n'eût pas apporté auec luy les Lettres de noblesse, ni les aullres tiltres qui les accompagnent, parce qu'ils restèrent aux aisnéz, qui ont toujours demeuré dans cette prouince, il n'a pas pour ce laissé de son viuant et ses successeurs après sa mort, de jouir de tous les honneurs et priuiléges de noblesse, s'estant toujours attachés au seruice de leurs Princes et de l'Etat ; Jean-Francisque De Landrian et René, son fils, estants morts dans le seruice des armes, et Charles De Landrian, fils dudit René De Landrian, ayant mérité par ses seruices et son attachement d'estre mis au nombre des Conseillers d'Etat de feu le Duc Henry; dans laquelle qualité il est mort, soubs le règne de feu nostre très-honnoré Seigneur et grand-oncle, Charles IV, de glorieuse mémoire, comme il se voit par le breuet du vingt et unième apuril mil six cents vingt-deux. Lequel s'estant toujours serui, de même que ses prédécesseurs,

des armes de Landrian, les fit mettre au-dessus de l'épitaphe de son père, dans l'église de l'abbaye de Clerlieu, proche Nancy, dont l'extrait est ci attaché sous nostre contre-scel, daté du A'ingt-sixiesme aoûst, mil six cents trente-cinq. Ce dernier qui est l'ayeul des exposants, ayant deffendu La Mothe comme volontaire et Lieutenant au Gouuernement de ladite ville, où ayant esté obligé de succomber, il se retira sur son bien, à la campagne, plutôt que d'auoir voulu s'engager dans le seruice étranger, et Jean-Baptiste De Landrian, son fils, père des remontrans, estant mort dans la fleur de son aage, la Damoiselle Claude De Billard, leur mère, qui les destinoit à nostre seruice, auroit vendu son bien, scitué en France, pour les éleuer et réunir toutes leurs possessions dans nos Estais, de manière que l'aîné des suppliants a l'honneur d'estre pourveu d'un office de Conseiller en nostre Bailliage du Bassigny, et son cadet estant actuellement à la suite de nostre Cour Souveraine pour se rendre capable de nous scruir, et comme ils n'ont aucun tiltre constitutif de noblesse, mais seullement une possession de plus de deux cents années, justifiée par plusieurs contrats de mariage, actes de filiation, arbres de lignes et autres actes pablicques, contenus en l'inventaire cy-joint et attaché aueclesdits filtres soubs nostre contre-scel, qui font connoître clairement que les suppliants descendent en ligne directe des Landrian d'Italie ; ledit Jehan-Francisque ayant eu pour fils Jean-Francisque, marié à Marguerite Gérard, desquels est sorty René de Landrian, qui espousa Françoise Thouuenel, et qui eurent pour fils ledit Charles De Landrian, Conseiller d'Estat, lequel ayant espousé Damoiselle Bénigne Plumeré, eurent de leur mariage Nicolas De Landrian, qui espousa Damoiselle Philbert Tranchot, dont Jean-Raptiste De Landrian est issu, qui se maria auec Damoiselle Claude De Billard, desquels les suppliants sont issus.

Tous lesquels tiltres ayant été produits, vérifiés et certiffiés véritables par nostre cher et féal Conseiller d'Estat, le Procureur-Général en nos Chambres des Comptes, le sieur De Vignolles, ils nous ont fait très-humblement supplier leur accorder nos Lettres de reconnoissance, de leur permettre de faire insinuer et blasonner leurs armes dans les registres de nostre Hérauderie, pour estre enregistrées par après en nostre Chambre des Comptes, et VOULANT traiter fauorablement lesdits De Landrian, les obliger à s'attacher à nostre seruice et leur témoigner la reconnoissance qui nous reste des seruices rendus par leurs autheurs, De l'auis des Gens de nostre Conseil, et de nostre grâce spéciale, pleine puissance et authorité souueraine, Nous AVONS DÉCLARE ET DÉCLARONS lesdits Nicolas et Errard De Landrian, issus en ligne directe de Jean-Francisque De Landrian, qui auoit espousé Jeanne-Françoise, duquel ils sont issus au septième degré de filiation, en conséquence leur auons permis et permettons de se dire et nommer estre descendus d'Icelui, et user de sa noblesse, ainsy que luy et ses successeurs jusques aux Suppliants en ont jouy et de ce jouyr, porter leurs armes anciennes et accoustumêes, qui sont d'or, à un chasteau de sinople, maçonné de sable, flanqué de deux tours de mesme et crénelées au sommet ; en chef d'un aigle de sable, éployé, becqué, armé et diadème de gueules, tenant ses serres eslendues sur l'une et l'autre tour, un  CASQUE DE GENTILHOMME, grillé à l'ordinaire, surmonté d'un aiglon aussi de sable, ayant pour support un lambrequin aux couleurs et métaux de l'escu, ainsy qu'elles sont cy après empreintes et blasonnées, les faire inscrire, empreindre et releuer dans leurs maisons, sépultures et autres édifices, et icelles enregistrer dans les registres de nostre Herauderie, et partout ailleurs où besoin sera, et généralement jouir et user de tous les droits, priuiléges et prérogatives , prééminences, honneurs, franchises, libériez, exemptions, rang, séance, et aultres immunités de noblesse, dont jouissent les Anciens nobles de nos Estats, tant et sy longtemps qu'ils ne feront act dérogeant à noblesse SY DONNONS ET MANDEMENT chers et féaux les Président, Conseillers et Auditeurset Gens tenants nostre Chambre du Conseil et des Comptes de Bar, Bailly du Bassigny, Lieutenant-Général, Conseillers et Gens tenants ledit Bailliage, à Bourmont, et à tous nos officiers justiciers, hommes et sujets qu'il appartiendra, que ces présentes ils fassent enregistrer, et du contenu en icelles jouyr et user lesdits Nicolas et Errard De Landrian et leurs descendants nés et à naître en loyal mariage, pleinement, paisiblement et perpétuellement, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchements qui pourroient leur estre faits au contraire, CAR AINSY NOUS PLAIST et, affin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous auons aux présentes signées de nostre main et contresignées par l'un de nos Conseillers, Secrétaire d'Estat, commandemens es finances, fait mettre et appendre nostre grand scel. Donné à Lunéville, le treizième juillet mil sept cent trois.

LÉOPOLD.

 

Et sur le repli : Par Son Altesse, signé : S. M. Labbê.

(Copie sur l'original des Lettres-patentes. II en existe aussi la minute dans le recueil d'Hérauderie de Lorraine, par Charles, héraut d'armes en titre.)

 

 

 

PIECES JUSTIFICATIVES 

NEUVIEME EXTRAIT

 

IX ORDONNANCE d’Entérinement des Lettres-patentes du Duc Léopold.

 

Les Président, Conseillers, Auditeurs et Maistres en la Chambre des Comptes du Conseil du Duché de Bar, qui ont veu les Lettres-patentes d'autre part, et par Son Altesse Royale, à Nicolas De Landrian, Escuyer et Conseiller*au Bailliage de Bassigny, séant à Bourmont, et à Errard De Landrian, aussy Escuyer, en la Cour, le treize juillet mil sept cent trois, la requeste par eux présentée à la Chambre, tendante auquel veu les pièces y attachées, la jouissance de leur noblesse, il luy plaise enthériner les dites Lettres, ordonné qu'elles seroient exécutées selon leur forme et teneur, pour par eux, leur postérité et lignée, née et à naistre, jouir du bénéfice d'icelles, et de tous les droits et immunités attribuées aux Gentilshommes reconnus; le CONTRAT DE MARIAGE entre Jean-Francisque De Landrian d'Vrville, escuyer, demeurant à La Mothe, et damoiselle Margueritte Gérard, passé par deuant Poery et Regnault, notaires, le seize féurier mil cinq cents soixante et treize ; LE CONTRAT DE MARIAGE entre René De Landrian, escuyer, archer de la Garde de S. A. et Capitaine de Beaufremont, demeurant à Vrville, et Damoiselle Françoise De Thouuenel, passé à Allaimont, le quinze nouembre mil cinq cens quatre-vingt-sept, pardeuant Nicolas Guillaume et Nicolas La Barre, tabellions jurez au Bailliage de Bassigny, et sentence rendue au Bailliage de Bassigny, le vingt et un janvier mil six cent cinq, entre Nicolle, veufue de François Gellé, appelante, contre Damoiselle Françoise De Thouuenel, veufue dudit sieur René De Landrian, employée pour justifier que ledit René étoit fils de Jean-Francise De  Landrian; AUTRE CONTRAT DE MARIAGE d’entre Charles De Landrian, fils de René De Landrian, et de Damoiselle Françoise Thouuenel, ses père et mère, d'une part, et Damoiselle Begnigne Plumeré, d'autre ; passé le onze mai mil six cent dix, pardeuant Nicolas Vincent et Gabriel Masson, notaires

et tabellions de la sénéchaussée de La Slothe et Bourmont; AUTRE CONTRAT DE MARIAGE  d’entre Nicolas De Landrian, écuyer, fils de Charles De Landrian, escuyer, Conseiller d'Etat de Son Altesse, et Damoiselle Begnigne Plumeré, et Damoiselle Philbert Tranchot, d'autre part, passé par deuant Jean Collin, tabellion à Beaufremont, et les tesmoings y dénommez, le huit nouembre mil six cent trente-sept; AUTRE CONTRAT DE MARIAGE d’entre Jean-Baptiste De Landrian, escuyer, auoeat au Parlement de Metz, fils de Nicolas De Landrian, et Damoiselle Philbert Tranchot, ses père et mère, d'une part, et Damoiselle Claude De Billard, d'autre, passé par deuant Philippe Mouginot, notaire royal, tabellion garde note héréditaire en la preuosté de Coissy, et les tesmoings y dénommez, le vingt-cinq nouembre mil six cens soixante et quatorze; LES EXTRAITS BAPTITAIRES desdits sieurs Nicolas et Errard De Landrian, fils dudit Jean-Baptiste De Landrian, et de Damoiselle Claude De Billard, du trente octobre mil six cent soixante et dix-sept, et vingt-quatre septembre mil six cent quatre-vingt et quatre, bien d'heument légalisées, toutes les dites pièces employées et semant à justiffier la filiation des Suppliants, tout considéré : LA COUR A ENTHERINE ET ENTHERINE les dites Lettres-patentes, du treize juillet mil sept cens trois, ORDONNE qu'elles seront suiuies, exécutées selon leur forme et teneur pour par lesdits Nicolas et Errard De Landrian, leur postérité et lignée, née et à naistre en loyal mariage, jouir du bénéfice d'icelles, et de tous les droits, immunitez et priuiléges attribués aux Gentilshommes reconnus ; ORDONNE que lesdites Lettres seront registrées au greffe de la Chambre, pour y auoir recours quand besoing sera. Fait à Bar, en la Chambre du Conseil et des Comptes du Duché de Bar, le quinze septembre mil sept cens trois.

D'alençon, Président; De l’Escamoussier, Cachedenier, Rapporteurs ; Jobart, Hannel, De La Mone et Maillart, tous Conseillers et Maistres en ladite Chambre, présens.

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PIECES JUSTIFICATIVES 

CINQUIEME EXTRAIT.

 

Landrian

V. Damoiselle FRANÇOISE THEUENEL ou THOUVENEL veuve de feu sieur René de Landrian, vivant écuyer, justifie de la noblesse de son mari, et de son origine d'Italie.

 

« Du Vendredy, vingt-huitiesme janvier, mil six cent et cinq, pardeuant Mammes Collin, Licentiez ez-droitz, Lieutenant-Général au Bailliage de Bassigny » la qualité d'écuyer (c'est-à-dire, à cette époque, le titre d'Ancien chevalier), était contestée à sa veuve par les habitants de Bourmont, à ce qu'il paraît. Le Procureur général requérait que cette qualité d'écuyer « attribuée au sieur feu De Landrian fut rayée jusqu'à ce qu'on ayt fait paroistre qu'elle luy appartient. » D'autre part, noble Etienne De Roncourt, intimé aussi, demandait le renvoi de la cause, vu la production de pièces qu'il avait contre les habitants de Bourmont.

« Ladite Damoyselle, vefue dudit feu sieur De Landrian, a requis la mesme chose, pour nous monstrer selon qu'elle a dit trop passionné de leur part, empeschant que la qualité d'escuyer, laquelle appartient au feu sieur son marit, soit rayée ; puisqu'il est véritable que icêluy et tous ses feu père, ayeul, bisayeul et autres ancestres ont jouys de ladite mesme qualité, comme estant vrayment issus de Race noble et bien recogneue en Italie, d'où ledit feu sieur Jehan Francisque de Landrian, père du feu sieur son mari est venu, ayant iceulx tousiours esté tenus, asseurés en le pays, pour Gentilshommes et jotiy de la qualité d'escuyer, tant en jugement que dehors, sans qu'elle leur ayt esté jamais débattue, protestant de la vériffier sy besoing, fait aux despens de nous (le Procureur général) qu'elle a dit estre dénonciateur, et de tous autres qu'il appartiendra , et de se maintenir en ladite qualité. »

Le Procureur général répliquait que ladite Damoiselle était tenue de faire preuve de cette qualité, par titre de S. Altesse ou de Princes souverains, ajoutant prudemment : « Ne sommes denonciable, se non qu'ayant recogneu la qualité d'escuyer, nous auons desclaré que nous ne l'entendons jusqu'à ce que Son Altesse y auroit ordonné ; sur quoy ledit sieur Procureur reuiendra aux prochains jours. (Signé, Rlancheuoye.)

« Et le vingt-deuxiesme desdits mois et an, laquelle Damoiselle De Landrian, a représenté à nous susdit Procureur, certaines Lettres-Patentes obtenues de Son Altesse, par le défunt sieur JEHAN-FRANCISQUE DE LANDRIAN, père du feu RENÉ DE LANDRIAN son marit, par lesquelles sa dite Altesse le qualifie Escuyer et Gentilhomme, en diuers endroits, en date du vingt-quatriesme mars, mil cinq cens cinquante-huit, auec deux prouisions de Testât de Capitaine du chasteau de Beffroymont, fait au nom du feu sieur René de Landrian, marit d'icelle, fils dudit feu sieur Jehan Francisque.

L'une du feu sieur Comte de Tornuel; l'autre de Dame Isabelle, comtesse De Challand, desquelles ladite Damoiselle a dit ledit feu sieur son marit, auoir esté trez bien cognu comme estant tous originaires d'ung mesme pays. Lesdites prouisions datées des vingt-sixiesme juillet mil cinq cent quatre vingt et unze, et unziesme aoust mil cinq cent quatre vingt et sept, par lesquelles prouisions signées en placcart, ledit sieur son marit est qualifié escuyer, auec ses armes en escusson de ung aigle et deux tours, le tout pour faire paroistre de ladite qualité, dont son dit marit et ses ancestres ont jouys par tout acte en justice et dehors, depuis qu'ilz sont en ce pays, sans qu'ils ayent vescui autrement que noblement, lesquelles pièces veues, nous nous sommes déportés de nostre interuention, et de quoy ladite Damoiselle a requis act. » (Sentence du 28 janvier, comme il est énoncé ci-dessus).

Pour extrait du registre du Bailliage de La Mothe, signé, Rlancheuoye.

(Sur l'original du titre et sentences, dans le cartulaire de la Maison De Landrian.)

 

PIECES JUSTIFICATIVES 

SIXIEME EXTRAIT.

 

VI. Sépulture de CHARLES DE LANDRIAN dans l'abbaye ducale, puis royale de Clairlieu-lez-Nancy.

 

« Extrait de ce qui se trouue, et est escrit sur la lame de marbre de l'épitaphe de Charles De Landrian, qui est en l'église de l'abbaye de Clairlieu, Ordre de Cisteau, près de Nancy[1], attachée au quatrième pilier en entrant à main droite. Cet extrait se conforme de mot à mot, a esté collationné par le Tabellion général en Lorraine, notaire publique par l'autorité apostolique deùment immatriculé es archives de cour de Rome, résidant à Nancy, soubsigné, qui s'est exprès transporté en ladite abbaye, en présence de Dom Jean De Pouilly, Prieur, et de Dom Pierre Mouchenaire, religieux de ladite abbaye, tesmoins qui ont signé auec ledit notaire, cejourd'huy 24 aoust 1702.

 

F. De Pouilly. F. Mouchenaire. François, notaire apostolique.

 

Hic jacet

CAROLUS DE LANDRIAN

Eques, Landrianorum ab Stirpe Italis clarâ,

 

Natus est in Moltsein Bassiniaco, pueritiam mitiores litterae, adolescentiam Biturgum, famosae leges, legumque laurea ornarunt ; ab hinc Serenissimo Henrico secundo in summum atque intimum Consilium optatus ; in eo amplissimo munere, reliquam Nanceii aetatem peregit, at Mottam contendens, urbem natalem, unâ cum filio ac amicis itineribus infestis, in Àlano, cui cognomentum a bobus, dum nocte concubiâ hospitium urget ab hospite, quem in causa magni momenti proterrerat inhospitali claude traiectus, excessit a viuis aetatis suae anno 46, salutis verô 1635, mensis augusti die vigesima sexta. Fecit monumentum suo amantissimo palri, carissimus et obsequentissimus eius Filius Nicolaus De Landrian.

Requiescat in pace. »

 

En 1778, autre acte de reconnaissance de cette inscription funéraire fut dressé à la requête d'Etienne-Errard De Landrian, chevalier, seigneur d'Outremécourt et de Saint-Alarmont, et Jean-Baptiste De Landrian, chevalier , seigneur d'Angeville, qui exposèrent que Charles De Landrian, chevalier, conseiller d'Etat, leur quadrisayeul, avait été enterré en l'année 1655, dans l'église de l'abbaye royale de Clairlieu, où se voyait son épitaphe dont ils avaient besoin de posséder un extrait authentique «étant important pour eux de posséder tons les titres et documents qui intéressent leur filiation, » demandant, suivant l'usage réglementaire alors, l'assistance d'un commissaire ad hoc, pour procéder à ces fins.

En conséquence, le 4 mars 1778, à trois heures de relevée, François Noël, conseiller au Bailliage royal de Nancy, assisté de son greffier, et en présence de Jean-Baptiste De Landrian, étant à Clairlieu, Dom Théodore Habourg, docteur en Sorbonne, abbé régulier de ladite abbaye, leur indiqua près le cinquième pilier qui terminait l'arcade, du côté de l'épître, en entrant dans l'église, une lame de marbre noir, dont l'inscription en lettres d'or, est la même que celle rapportée ci-dessus. Le procès-verbal ajoute que cette épitaphe était surmontée des armes de la Maison de Landrian « qui sont : « d'or, au château de sinople, maçonné de sable, flanqué de deux tours crénelées au sommet, et en chef, une aigle de sable, éployée, becquée et diadêmée de gueules, tenant ses serres étendues sur l'une et l'autre tour. »

Au bas « se trouvaient également les armes de Dame Begnine Plumerel, son épouse, et qui sont : d'azur, au chevron d'or, accompagné de trois colombes d'argent, deux en chef, une en pointe. »

Du tout, il fut dressé acte, en présence de Dom Habourg, abbé; Dom Nouet, prieur; Dom Joseph Muguet, procureur; et Dom Monnier, curé; de messire Nicolas Marizien, conseiller-trésorier de S. A. R. Mgr le Prince Charles de Lorraine, etc. ; du sieur Philippe-Joseph-François-Xavier De Verdières, chevalier, capitaine d'infanterie, trouvés dans ladite abbaye, et le chevalier De Landrian, Noël et Beau, greffier; aux jour et an avant dits.



[1] Ce monastère avait été fondé par Mathieu 1er, duc de Lorraine, l’an 1159. Il y mourut parmi les religieux, et y élut sa sépulture. A son imitation, les Seigneurs les plus qualifiés l’adoptèrent pour leur dernier lieu de repos, aussi l’église de Clairlieu, une des plus magnifiques du pays, était-elle remplie de monuments funèbres, titres matériels qui servaient à l’histoire des nobles maisons du pays. Tout a disparu en 1790. La charrue et la bêche ont nivelé le sol depuis.

 

 

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PIECES JUSTIFICATIVES 

TROISIEME EXTRAIT.

 

 

Landrian

III. Lettres de grâce par le sieur  JEAN-FRANCISQUE DE LANDRIAN  Escuyer, du feu duc Charles, du XXIII mars mil cinq cent cinquante-huit.

 

« CHARLES, par la grâce de Dieu, duc de Calabre, Lorraine, Bar, etc.. Reçu avons l'humble supplication et requeste de nostre cher et bien amé JEHAN FRANCISQUE DE LANDRIAN Escuyer, demeurant à Urville, terre et baronie de Beaufremont, Bailliage de Saint-Mihiel, contenant... » Ici sont narrées au long les circonstances qui avaient amené la mort de Me Symon Vouriot, curé du dit lieu d'Urville, « homme rioteux et haineux... qui vouloit picque et querelle à tout du dit village et avec lequel on ne pouvoit vivre et demeurer en paix. » Le dimanche 3 octobre 1557, Jean-Francisque passant près de la fontaine, vint un démêlé entre des habitants et Simon Vouriot, auquel, après s'être informé du motif, il avait dit : « Vous estes pour ung curé, fort quereleux, noysif et mutin, vous dussiez procurer la paix et vous mettez la noyse. » Me Symon s'échauffa de plus belle, dit à son interlocuteur « qu'il en avait menty » et tirant « un grand couteau qu'il portoit ordinairement avec luy » en porta un coup à Jean-Francisque, qui fut blessé à la main et déchiré « en plusieurs points jusqu’à la chair, à l’endroit de l’estomac. »

Le mardi suivant, Me Symon Vouriot lui rappela publiquement leur rencontre et l'injuria de nouveau « desquelles paroles irrité, le suppliant qui est gentilhomme, homme de bien, et qui a toujours suivi et pratiqué les armes, tant en Italie que ailleurs où les affaires se sont présentées pour le service des princes, mu de colère de se veoir ainsy villipender par ung qui

n'éstoit de sa qualité, consultant que s'il étoit sceu en bonne compagnie avoir enduré telles choses et outraiges, elles luy pourroient retourner en grande honte et deshonneur, et ne se ozeroit jamais trouver auec Gentilshommes ses semblables qui auroient été » tira un coup d'arquebuse, «pensant seulement l'éspouvanter et non le blesser, » qui atteignit son provocateur, et lui fit une blessure dont il mourut le lendemain.

Jean Francisque « attendu « qu'il ne fut jamais atteint d'aulcun vilain acte ou reproche, fut vivement appuyé dans sa demande en rémission « par la prière et très-instante requête » des princesses soeurs du Duc, lequel déclara : « Quittons, remettons et abolyssons audit Jehan-Francisque de Landrian le cas de meurtre et homicide cy-dessus... et le remettons en sa bonne fâme et renommée en nos pays... »

A Cateau Cambresis, le jour du grand vendredy, 24e jour de mars, l'an de grâce 1558, avant Pasques.

 

Signé : CHARLES.

 

Sur le repli :

Par Monseigneur le Duc,

Signé : C. Cuytot.                           Registrata : Fournier.

 

 

Ce diplôme, cité dans des notes de famille et dans cette généalogie indique clairement l'extraction de Jean-Francisque de Landrian, sa qualité de Gentilhomme, et sa profession des armes, tant en Italie qu'ailleurs.

 

 

PIECES JUSTIFICATIVES 

QUATRIEME EXTRAIT

 

IV. Le Pape PIE V reconnait qu'il est de la Maison de Landriani.

 

 

LANDRIANE NOSTRA  FAMILIA plerique nobilissimis in ciuitatibus tum Italioe presentimque Mediolani et Urbini cum Gallia proeclarissimis oppidus, sociisque ac proecipue in provincia Rurgundioe auclo et amplificato distinctas esse stirpe et gentilitate statuis nostra agnilione magnificentius el gloriosus nobis autem ipsius gratus multo ac jucundus pra3clariusque esse constet, eoque et omnibus nostris latitis ceteris quam vita nobis prsedicanda et preeferenda gloriendaque optigerum maxime letandum et gloriosissimum et magnificentissimum esse censendum duximus, quod nuper nobilem ac magnificum juris utriusque doctorem Dominum Claudium, nobilissimi Domini Ludouici De Landriano, Scutiferi ac Domine de Champagnolot et primarise nobilissimoeque Domicella foeminaî Claudia de Malpas, fidelissima3 coniugis filium, suauiari et amplecti licuit, quam sano et litterarum a nostris ad suas maiores scriptarum testimonio plané est expressum, ita gentilitatem esse nostrum et exodem génère prognatum tandemque vebeti post licencio reuersum, ac diuinitus ad nos delegatum agnouimus et probabimus, eiusque presentia vehementer sumus latatis, et nos loetilia elatos ab aliis videri, et nostrum hoc gaudium omnibus perspectum atque omnino cognitum esse mirifico optamus, ipsumque nobilem Claudium prositemur et gloriamur nostroe Familioe, non solum nomine atque imaginibus nobilitatem proeseferre ac suslinere, sed meritis eliam augere, ac planae voce ipsum prostram aggnotionemsonante, atque effigie ac simulacro rem prorsùs notandoe Gentis Landrianoe in gloriaacvirtutesextanda anno jamcentesimo, atque et amplius ex Burgundia, in Italiam retulisse, et veteres nostroe Stirpis inicolos quosdam et semina primo aspectu nobis omnibus excitasse quamobrem omnes oratos atque exoratos velimus, et ipsum Dominum Claudium ac proeclaros eius, parentes, fratres et agnatos nostroe gentilitate, et eius ac Fratres nobis omnibus clarissimos esse, sibi plané persuadèrent atque omnino judicent, omnique officio ac studio fouet, et dignitales atque honores accessionibus in dies magis ornare ne desinam, illud enim spondemus et in nobis ipsis recepimus foré, et cuiusque vel a summis quibuscumque Regibus, Principibus, vel magistratibus in nostros Landrianos profecturi officii nunquàm pénétrât, nobisque omnibus id totum sic erit gratum quamquod gratissimum, nostram autem tantum hanc voluntatem ceteris deferri nostra quoque causa studio suis vehementiusque optamus, cuius sane testifficamus gratia perpetuum ubique judicium et argumentum ac testimonium esse cupimus, nostrum hanc scripturam cuiusque nostram manuscriptam et obsignatam sigillo addita scilicet inuictissimorum ac potentissimorum Imperatorum Maximiliani, Caroli et aliorum ob multa in Italioe a nostris proesita in eorum majestales officia liberalitate data aquila variisque coloribus atque imaginibus auclo, quod sane sigillum Burgundis et nostris commune esse volumus, eoque librarios seu tabelliones publicos et quos vocant notarios quoscumque rogamus ut quod non potest nobis non summe esse jucundum nostra, huiusmodi voluntatis, unum vel plura et ampla atque instrumenta cumscribant, subsignent nostra Landrianoe Familiis Burgundis Clarissimi Domini Ludouici supra scripsi, Domini Claudii palris nobilibus agnatus in oppido De Pesmis morantibus et presentem exibeant. Datum RomseIbus aprilis M. D. LXX, pontificatus verô sanctissimi nostiù Pii, Papa? quinti, anno quinto.

Ego, Josephus-Franciscus Landrianus, cornes, consiliarius Régis Maiestatis Catholica, at straticos ciuitatis Messinoe,pro eadem Maiestate Regia, et suprà confirmando, attestando, approbando, et declarando mea manu scripsi et sigilli proprii appensioni muneri jussi in fidem, Il comte De Landriani;

Ego Marcilius Landrianus, Dominus ac Cornescastri Vidigulfi, et sanctissimi Domini Papa utriusque signature refendarius mea manu scripsi et sigilli appensione munere jussi ut suprà certificando et confirmando.

At ergo quarum quidem litlerarum scriptum est : Magnificus Dominus Lelius, Jordanus aduocatus Romanus medio juramento regnouit subcriptiônês et personas retrô scriptorum Comitis Josephi-Francisci Landriani, et Reverendissimi Domini Marcilii Landriani, ulriusque signature sanctissimi nostri Papse Refendaria medio juramento tacto et pectcre more proelatorum recognouit litteras subscriptiones et personas Illustrissimi Comitis Josephi-Francisci Landriani, et ipsius R. P. V. Marcilii, proprias ac eorum sigilla capsulis stameis in cera rubra in forma.

(Vidimé sur la requête présentée au Parlement de Dôle, le 27 août 1591, par Pierre De Landriano, Docteur ès-droits.)  

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Les articles portant le titre « Pièces justificatives », au nombre de six extraits, sont un complément à ceux parus sur l’honorable Maison de Landrian.

 

Landrian

PIECES JUSTIFICATIVES

PREMIER EXTRAIT.

 

I.     DE LA MAISON DE LANDRIANO, EN ITALIE.

 

Au rapport unanime des généalogistes lombards, la Maison De Landrian figure avec distinction parmi les plus anciennes Familles d'Italie. Sansovino dit que son origine se perd dans la nuit des temps, ajoutant que son illustration et ses services la placent au premier rang de la noblesse du pays ; Crescenzi en parle de même en retraçant son histoire sommaire.

Cette Maison a été titrée de marquisat, et la qualité de comte a été encore octroyée à ses membres, dès le XIVe siècle. On en cite trois : Albert, Auguste et Bernard de Landriano, évêque de Côme, qui furent béatifiés en 1061.

Guillaume Landriani était Capitaine-général des armées de Milan, sous l'empereur Henri III [1]; N... De Landriano fut l'un des juges du différend élevé entre les Familles Pedraccia et Besozzia, au sujet des fiefs de Mendrino, en 1140 ; Guy et Henry De Landriano sont mentionnés parmi les principaux chefs que les Milanais perdirent dans les troubles, sous le pontificat d'Alexandre III, en 1160 et 1161[2].

Pinamont de Vimercat et Guy de Landriano vinrent traiter de diverses conditions au nom des Milanais, avec l'empereur Henri V, et lui décernèrent la souveraineté de l'empire, stipulant qu'on lui paierait les redevances ordinaires, que la présentation des officiers serait faite par l'empereur, (Crescenzi, liv. VI). Guido Henri et Hubert Landriani s'opposèrent aux tentatives de l'empereur Frédéric I, contre leur patrie. Guido fut gouverneur de Padoue en 1223, et gouverneur de Plaisance, en 1227. L'empereur Louis IV donna à Hubert Landriani, le fief de Benolo ; son fils, Giacomo, fut Podestat de Pavie. Antoine Landriani gouvernait Brescia, et d'autres membres de sa Famille avaient la même autorité sur Plaisance, Crémone, Vercelli, Cassano, etc., durant la guerre de Venise contre Milan, et même plusieurs périrent en combattant dans ces luttes. Raffael Landriani alla se fixer à Plaisance, devint gouverneur-capitaine du château, et ses descendants occupèrent les premières charges dans cette ville (Crescenzi).

Gérard Landriani, évêque de Lodi et de Côme, sous le Pape Eugène IV, fut par lui créé Cardinal. Il se trouva au concile de Bâle, et depuis député ambassadeur en Angleterre (Id. Moréri). Pierre Landriani était sénateur de Milan, sous Galeas Sforce, et François Landriani, chef de la faction Brasceca, tenant pour Alphonse, roi de Naples, vers 1400.

On cite Thomas Landriani comme l'un des meilleurs capitaines milanais du XVe siècle. Alexandre-Daniel et Albert Landriani, frères, sacrifièrent leur fortune pour soutenir le duc François Sforce, en 1525. Epaminondas, fils d'Albert Landriani, fixé à Parme, devint l'auteur d'une branche dont les membres se distinguèrent également à la tête des armées et dans les charges civiles, compta plusieurs chevaliers de Malte.

Jules Landriani, capitaine au service de Charles-Quint, enleva aux Français la ville de Mondovi, dont il eut le gouvernement. Ambroise était Lieutenant-général dans les troupes de François-Marie, Duc d'Urbin, eut pour fils les comtes Jean-Baptiste et Francisque Landriani, tous deux capitaines en Germanie. L'historien Gollut mentionne également le comte Francis, comme un des principaux chefs de l'armée de Charles-Quint, contre les Protestants d'Allemagne, en 1547.

Antoine, comte De Landriani, fils du comte Jean-Baptiste, épousa Camille, fille du Duc Guidobald, d'Urbin et soeur de François-Marie, Duc d'Urbin ; elle apporta en dot à son mari d'immenses possessions, entr'autres les fiefs d'Orciano, Urtterade, La Ripe, etc. Don Camille De Landriani, fils du comte Francisque, mourut en Espagne au service de S. M. C. Son frère, Ambroise, était à l'armée catholique en Flandre, parmi les principaux chefs qui restèrent près du duc Alexandre Farnèse.

Par une bulle, rapportée ci-après, le Pape Pie V reconnut les comtes Landriani pour ses parents, le 21 avril 1570.

Marsilio de Landriano, Légat de Sixte-Quint, fut député en France, vers Henri IV, et plusieurs de sa Maisonont été évêques de Milan, de Crémone, de Mantoue.

Joseph de Landriano produisit, le 12 mai 1756, ses preuves pour être agrégé, suivant les formes requises, dans l'Ordre de la Haute noblesse de Milan, ainsi que l'avaient été ses ancêtres. Il est dit dans le préambule :

«qu'il est superflu d'insister tant sur la grande illustration de la Maison De Landriano, qu'on sait remonter, par titres certains, à l'an 1061, que sur les dignités dont ses membres furent de tout temps revêtus, cela étant consigné dans l'Histoire et présent à la mémoire des contemporains ; qu'il est notoire que ces personnages, tour à tour Consuls de la Patrie, Favoris des Princes, Sénateurs, Gouverneurs de villes, Ambassadeurs, Généraux, Grands-Trésoriers, Magistrats supérieurs, très-célèbres, très-illustres, se sont transmis et cette gloire et cette renommée fameuses, sans tache aucune. » Effectivement, les épithètes de très-puissant, de très-illustre, ou magnifique, à la tête des plus grandes affaires, de noble par excellence, accompagnent partout leurs noms dans les actes.

A l'appui était joint un tableau généalogique sur lequel on aura à revenir, car il jette de vives lumières sur l'origine des membres de la Maison De Landriano, répandus en Italie, en France et en Lorraine. Joseph, dans ses preuves, jugea qu'il lui suffisait de remonter seulement, dans le cas dont il s'agissait, à « noble Jacobus De Landriano,» citoyen de Milan, et Commandant en chef des troupes, l'an 1515, investi par l'empereur Louis de Bavière, de la ville et du château « De Vidigulfo, » le 5 août 1529, fief que Joseph détenait encore en 1755.

Il est inutile de discourir davantage ici sur la généalogie proprement dite de la Maison De Landriano, en Italie, pour attester le rôle brillant qu'elle a rempli dans le monde. Ajoutons néanmoins qu'en 1856, l’almanach de la Cour impériale d'Autriche citait une noble Vénitienne, madame de Majneri, née Comtesse De Landriani, en qualité de Dame du palais de S. M. l'Impératrice, et Dame de la Croix étoilée.

La noblesse de Joseph, Glycère et Maria De Landriani fut ratifiée à Vienne, le 16 novembre 1816; ils sont éteints aujourd'hui. Il résulterait en outre d'un certificat de carence[3] que « noble seigneur Joseph Landriani » mort le 15 février 1858, était un des derniers descendants de sa race en Italie, laquelle, sans doute, n'avait plus après lui de représentants dans la contrée.

 

Charles-Quint, par diplôme daté de Gênes, le 17 octobre 1556, créa comte de Landriano, Francisque ou François Taberna[4], et il est déclaré qu'il jouira de ses droits comme ont accoutumé les comtes passés de cette

très-antique et très-illustre Maison : « antiquissima et dignissima prosapia » aucune armoirie n'est décrite, et nous ne savons si c'est un membre ou plutôt un allié à la Maison de Landriani qu'on honorait ainsi, ce qui est

probable, car Don Ambrosio et Don Camille De Landriano, servaient plus tard en Allemagne et en Espagne, le même souverain. La ligne directe des Landriano d'Italie était-elle dès lors éteinte?

Les armes de Jean-Baptiste De Landriani, peintes à la suite d'un diplôme de Joseph I, empereur d'Allemagne, bien qu'offrant de l'analogie, sont trop différentes de celles de la Maison des anciens comtes De Landriano, en Italie, en Bourgogne et en Lorraine, pour en induire une descendance, bien proche, s'il en existe. En effet, il porte : De gueules au château flanqué de deux tours d'argent, maçonnée de sable, sur un tertre de sinople et accostée de deux lions grimpants d'or, au chef d'or, chargé d'une aigle de sable, couronnée de même, les serres étendues sur les tours.

 

 

PIECES JUSTIFICATIVES 

DEUXIEME EXTRAIT.

 

II. DES COMTES DE LANDRYANO DE PESME,

SEIGNEURS DE CHAMPAGNOLOT, EN BOURGOGNE;

CONCORDANCES DES BRANCHES

D'ITALIE, DE FRANCE, ET DE LORRAINE.

 

Les révolutions, les suites de la guerre dispersèrent en divers pays des membres de la Maison De Landriano, dont les branches y prospérèrent, comme le prouvent tous les documents.

Claude I De Landryano fut la tige de celle dite de Pesme, en Bourgogne, deux générations avant l'établissement de Jean-Francisque De Landrian, en Lorraine. A cette dernière époque vivait Jehan De Landryano, petit-fils de Claude, susnommé, et père de « noble illustre » Loys De Landryano, mari de Dame Dame Claudine de Malpar. Lequel Loys «enuoya Claude II, son fils, à Rome et à Milan, pour renouueler par titre, comme a esté faict, la liance et nom de leur grand père, d'où ils sont descendus originellement, comme aussy subsécutivement Pierre De Landryano, son frère, vers le seigneur illustrissime Nonce[5], et aux Pays-Bas, vers le seigneur seigneur Don Ambrosio De Landryano, Lieutenant général audit pays, de la Chevalerie pour Sa Majesté, ce que de mesme a aussy esté par eulx confirmé. L'insinuasion duquel renouuellement de litres fut fait audit Milan, le treizième d'auril 1570; item, le mesme titre fut subsécutivement aussy insinué le vingt et uniesme dudit mois et an, audit Rome[6].» Don Ambrosio était frère de Don Camille Landriani, mort en Espagne, au service de cette puissance, et tous deux étaient fils du comte Francisque.

Le 22 septembre 1672, noble Claude De Landriano, seigneur de Chevigné-lès-Permès, reçut une attestation des Echevins-Jurés et Conseil de la ville de Pesmes, portant qu'il était fils unique de Claude De Landriano  « le vieux, » seigneur de Champagnolot, lesquels étaient reconnus pour vrais gentilshommes. Ils s'intitulaient De Landriano De Pesme, et prenaient la qualité de chevalier, des plus considérables alors.

Cette branche s'éteignit sûrement dans la ligne masculine, à la septième génération, en la personne de Claude IV, seigneur de Champagnolot, car il instituait, au commencement du dix-huitième siècle, Philippe De Maconnet, son héritier, à défaut d'hoirs, fils de Claude de Maconnet et d'Antoinette De Landriano De Pesme, sa soeur.

Les armes des Landriani se voyent encore sculptées à Vérone et ailleurs ; elles sont connues et décrites telles qu'on l'a énoncé en tête de la présente Généalogie, celles des Landriano De Pesme, seigneurs de Champagnolot, ont été reconnues identiques, et il en fut de même à l'égard des comtes De Landrian, en Lorraine. La conformité du nom et de l'origine est également hors de toute espèce de doute[7].

Une note de famille, en rapportant que Francisque, comte de Landriano, était l'un des officiers généraux de l'armée de Charles-Quint, en Allemagne, l'an 1547, mentionne qu'il devait être frère, neveu ou cousin de Jean-Francisque De Landrian, venu à la suite du duc Antoine. La précision de ce point, bien qu'intéressante, n'importe pas grandement au fond, attendu qu'on a les preuves les plus convaincantes en ce qui touche son extraction certaine de la Maison De Landriano d'Italie. Toutefois, ne négligeons pas de rapporter que dans le tableau généalogique produit par-devant l'Ordre de la Haute noblesse de Milan, en 1736, qu'un Jean-Francisque De Landriano, issu à la septième génération de Jacobus, feudataire de la ville et du château « De Vidigulphi, » en 1529, vivait avec postérité aux temps voisins, et du page[8] du duc Antoine, et des autres personnages cités tant dans la Bulle du Pape Pie V, que dans les titres de la branche De Landriano De Pesme. L'absence d'un arbre généalogique complet, le défaut de dates et d'indications suffisantes dans celui présenté en 1756, ne permettent pas d'affirmer si on doit trouver là le degré de fraternité qu'on serait fortement tenté de soupçonner non ailleurs.

Il n'est pas inutile de remarquer ici que la plupart des titres originaux et les plus importants, relatifs à la branche De Landriano De Pesme, sont devenus la possession de celle de Landrian, survivante, et cela naturellement, par la succession même des faits. On trouve que le 7 décembre 1657, noble Anthoine De Tricornot, seigneur du Tremblay, requit ouverture et lecture du testament, fait le 12 décembre 1656, par Claude de Landriano et damoiselle Claudine Guyemey, sa femme. Leur fils, n'ayant pas laissé d'héritier, ces pièces furent plus tard transmises à la branche qui continuait à en porter le nom, en Lorraine, et dans l'intérêt des alliances. Or, François Errard De Landrian épousa en 1802, Marie-Françoise-Alexandrine De Tricornot, sa cousine issue de germain.

Quoiqu'il en soit, on a cru pouvoir établir, non sans certitude, d'après les titres cités et les rapprochements historiques la concordance ci-contre (Voyez la planche) entre les branches de la Maison De Landrian, en Italie, en Bourgogne et en Lorraine.

 

 

 

 



[1] On suit ici et plus loin Crescenzi ; Historia d’ella nobilitata d’Italie, T II ; notice Landriani.

[2] Gollut, Mémoires historiques de la République Sequanoise, liv. VI, pag 360.

 

[3] Jugement du Tribunal de première instance ; prononcé le 9 août 1839, dont copie vidimée et légalisée en 1862.

[4] Copie collationnée aux archives ministérielle  à Vienne, suivant attestation du 22 janvier 1861, avec scel impérial.

[5] Marsolio Landriano, Légat en France sous Henri IV, comme il a été dit plus haut.

[6] Bulle du Pape Pie V.

[7] Bulle du Pape Pie V, en 1570, et production de titres, par Damoiselle Françoise Thouvenel, veuve de René de Landrian, en 1605.

[8] Ce titre de Page, de même que celui de d’Archer des Gardes de Mgr le duc étaient forts distingués. On lit au commencement des Commentaires du célèbre Blaise de Montluc, « ayant été nourri en la maison du duc de Lorraine, et mis hors de page, je fus pourvu d’une place d’archer de sa compagnie, étant Mr de Bayard, son lieutenant. » C’était dans ce temps que Jean Francisque de Landrian parut à la cour de Lorraine.

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CINQUIEME EXTRAIT.

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  LES ROHAN ET LES HANNONG

 

Vers 1709, vint s'établir à Strasbourg Charles-François Hannong, de Moestricht. Il y établit une manufacture de faïence, qui ne tarda pas à prendre un grand développement.

En 1744, lorsque le roi Louis XV vint à Strasbourg, le monarque visita l'établissement du célèbre potier, qui avait acquis la considération et l'appui du cardinal-évêque Constantin de Rohan. C'est au point que le cardinal et son neveu Louis-René, son coadjuteur, puis son successeur, honorèrent, comme une marque singulière de leur haute bienveillance, de leur signature le contrat de mariage du faïencier Hannong.

Malgré tout, des décrets prohibitifs survenus en 1774, portèrent un préjudice immense à son industrie; ses réclamations étaient demeurées sans effet; en 1779, ses affaires étaient très embrouillées, son commerce était resté en souffrance, et pendant ces quatre ou cinq années, les embarras de sa situation n'avaient fait que s'accroître : une catastrophe était imminente.

« Sur ces entrefaites, dit M. Tainturier, le cardinal Constantin étant mort (11 Mars I779), ses héritiers ordonnent immédiatement la liquidation de sa succession. Le 2I Mai, le sieur Petmesser, receveur général de l'évêché de Strasbourg, procède a la vérification de la caisse du sieur Schmitt, receveur dudit évêché, et constate un déficit

de 445,859 livres. Schmitt déclare que les avances successives qu'il avait faites au sieur Hannong, entrepreneur de la manufacture de faïence de Strasbourg, étaient la cause de son embarras, et il remet les reconnaissances de ce dernier datées de 1777 et 1778, lesquels contiennent promesse de remboursement lorsque le gouvernement aura permis au sieur Hannong de faire librement le commerce de la

faïence dans l'intérieur du royaume.

cc Dès le 25 Mai, Hannong adresse au cardinal un mémoire dans lequel il lui offre la cession de ses usines, sur le pied de l'inventaire qui en sera dressé, et s'engage a rembourser, avant un an, les sommes qu'il doit a la succession, si Son Altesse veut bien lui faire obtenir la réduction des droits qu'il sollicite de la ferme royale. Il demande seulement qu'on lui accorde un intérêt quelconque dans les bénéfices de la fabrication ultérieure; la divulgation des secrets de la fabrication des porcelaines par son frère, nonobstant les réserves faites a son profit personnel, et les exigences des fermiers généraux, a partir de 1775, sont, dit-il, les seules causes de ses embarras.

« Avant même que cette lettre fut parvenue a sa destination, Schmitt et Hannong étaient arrêtés en vertu d'un ordre du prince de Montbarrey, et, sans autre forme de procès, conduits a la prison militaire du fort Blanc.

« La femme de Hannong se hâte d'adresser au cardinal une supplique dans laquelle elle lui représente les inconvénients de cette incarcération et le tort que leur fait la saisie de l'usine, qui doit entraîner leur perte et les mettre, par suite, dans l'impossibilité de se libérer. De son côté, le prisonnier offre caution pour sa personne, afin de pouvoir continuer ses travaux dont la cessation est préjudiciable aux intérêts du prince, à lui-même et à ses nombreux ouvriers.

« Ces supplications restent néanmoins sans effet; toute communication est interdite aux prisonniers; on ne leur permet même plus de voir leur famille. L'agent des princes, le sieur Hann, prend en leur nom les mesures les plus rigoureuses; il paraît cependant que l'opinion publique était favorable à Hannong, car l'Ammeister-régent de la ville de Strasbourg et le Grand Sénat refusèrent l'autorisation nécessaire pour procéder à une saisie des biens du fabricant. Il fallut s'adresser au Conseil souverain d'Alsace, et dans le courant du mois d'Août, les scellés furent apposés sur les deux manufactures.

« Hannong ne se décourage pas; il présente au Conseil une requête pour obtenir communication des ordres en vertu desquels il a été incarcéré et fait remettre au cardinal un mémoire renfermant vingt-et-un projets de liquidation.

Dans toutes ces pièces, il repousse avec énergie l'accusation de fraude portée contre lui et refuse de consentir, comme l'avait fait Schmitt, à l'abandon général de ses biens. La réponse à une consultation d'un sieur de J., sur cette affaire, est surtout d'une grande fermeté.

« Si la dette de M. Schmitt, dit-il, étoit extraordinaire, la nature de la mienne étoit civile et loyale. La gêne de « la ferme, ma situation, mon travail, tout rendoit mon emprunt licite. L'honnêteté demande que je pense a ma réputation, a mon honneur et au bien de ma famille, et non pas a justifier par des démarches ridicules la procédure des princes. Si j'ai commis un abus condamnable,  comme on le dit, pourquoi hésite-t-on a faire nommer un juge qui me condamne, et pourquoi m'a-t-on défendu toute communication avec les gens de loi?

« Toute remise, ai-je dit dans mes propositions, ne  peut convenir ni a mon honnêteté, ni a mon crédit; il faut que tout le monde soit payé et que je n'aie pas l'air d'un commerçant en faillite. Après le mal que la ville et  la province confessent que j'endure injustement, quelle confiance le prince pourroit-il avoir a ma sincérité?

« Quel intérêt aurois-je de travailler avec zèle pour lui? Toutes vos propositions tendent a dégrader mes sentiments : si j'étois capable d'y accéder, mériterois-je alors les bonnes grâces du prince?

« Si j'ai le malheur de lui déplaire par ma roideur, j'en serois au désespoir; mais au moins ai-je fait que mon honnêteté méritera mon estime. »

« Ce n'est point la, en tout cas, le langage d'un malhonnête homme; ct, malgré l'origine quelque peu équivoque de la dette dont il s'agit, on ne peut parcourir les nombreux mémoires, suppliques et documents justificatifs publiés par Hannong, sans éprouver une sympathie réelle pour le malheureux manufacturier; il reste du moins bien établi par les pièces mêmes du procès, que l'agent des princes n'a pas agi suivant l'intérêt bien entendu de ses clients, et, en tout cas, n'a pas toujours procédé avec les ménagements et la légalité que commandait la position des personnes engagées dans cette affaire.

« Le cardinal Louis n'avait, du reste, jamais paru disposé à continuer au potier strasbourgeois la protection dont son oncle l'avait honoré, et lorsque survinrent ces difficultés, il l'abandonna sans hésitation au zèle de ses agents: aussi, plus tard, Hannong ne se fit-il pas faute de lui reprocher, dans ses écrits, d'avoir abusé de son influence pour provoquer, contre lui, des mesures vexatoires et illégales; il l'accuse notamment d'avoir fait menacer sa femme d'une lettre de cachet, parce qu'elle s'était permise de présenter à la reine un de ses mémoires imprimés, et d'avoir fait saisir et détruire ces mêmes mémoires, sans aucun titre judiciaire.

« A partir de ce moment, Octobre 1779, la procédure suivit son cours, sinon régulier, du moins assez rapide; malgré les protestations et oppositions de Hannong, la saisie est maintenue; les chevaux et marchandises sont vendus à la requête des princes agissant sous le nom du sieur Schmitt, créancier; les ouvriers déliés de leurs engagements et serments envers le manufacturier; les livres de commerce, documents et papiers déposés au Grand Sénat de Strasbourg.

« Cependant, après une année de détention, Hannong avait consenti à signer une transaction par laquelle il lui était accordé dix années de terme et une remise de 200,000 livres. Rendu à la liberté par suite d'un arrêt de surséance du 4 Août 1780, il s'applique à remonter ses usines; après quatre mois, il travaillait avec Soixante-quinze ouvriers et avait payé 20,000 livres à ses créanciers.

Mais on lui avait imposé des commissaires gardiens qui, dit-il, gênaient ses opérations, lui refusaient les matériaux, traitaient tyranniquement ses ouvriers et les obligeaient au travail sous peine de prison, en leur refusant leurs salaires et la nourriture. De jour en jour, la situation devient plus difficile et plus embarrassée.

« Après avoir fait des efforts inimaginables pour conjurer sa ruine, et épuisé tous les moyens de conciliation, l'infortuné porte pour la seconde fois ses plaintes au pied du Trône; le 2 Avril 1781, il dépose un objet de porcelaine, décoré par sa fille, dans le cabinet de la reine, qui répond par des paroles encourageantes; puis toute la famille se jette aux pieds du roi, à la porte de la chapelle du château de la Muette, implorant justice et protection. Enfin, Hannong adresse mémoires sur mémoires au ministre, demandant la permission de présenter ses moyens de défense et se plaignant toujours de l'irrégularité de la procédure.

« Tout fut inutile; sur les renseignements défavorables donnés par M. de la Galaizière, Hannong fut éconduit.

Découragé cette fois, et à bout de ressources, il s'enfuit en Allemagne et, de là, adressa au roi de nouveaux mémoires justificatifs qu'il fit imprimer et répandre en Alsace. Mais déjà ses créanciers, profitant de son absence, l'avaient fait déclarer en état de faillite, et toutes ses protestations ne purent empêcher la vente de ses usines. » (1)

 

1 TAINTURIER. Manufacture de porcelaine et de faïence Anciennes Industries d'Alsace et de Lorraine - dans le Bibliographe alsacien, - Avril 1865.


 

  FIN DE L'OUVRAGE


LES QUATRE ROHAN


DE


LE ROY DE SAINTE-CROIX (1881).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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QUATRIEME EXTRAIT.

 

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L'EXCOMMUNICATION DE L'ÉVÊQUE BRENDEL

PAR LE CARDINAL DE ROHAN (1)

 

L'exécution du décret sur le clergé fut assurément une des causes les plus directes de l'agitation qui régna en Alsace et particulièrement à Strasbourg vers les journées de Septembre 1792 et pendant l'époque sanglante de la Terreur. Dans l'introduction d'un clergé constitutionnel, les fidèles catholiques durent voir une atteinte flagrante portée à la liberté de conscience et à des droits séculairement consacrés. «De ce moment, la position d'un maire de Strasbourg; chargé de faire exécuter les décrets contre les prêtres réfractaires, aimés de leurs ouailles, approuvés en Cour de Rome, devenait difficile; elle l'était d'autant plus que ce magistrat appartenait à un culte dissident.

« Les instructions et les mandements (23 et 28 Novembre) de l'évêque de Strasbourg appelaient ouvertement le clergé et les fidèles à résister au décret du 12 Juillet 1790; il n'y avait plus à hésiter; la municipalité, à moins de quitter la place, se vit obligée de défendre la lecture de la circulaire épiscopale dans les églises; le directoire du département, qui renfermait plus d'éléments aristocratiques, hésita un instant, puis il suivit cet exemple.

 

(1) L SPACH. Frédéric de Dietrich - Revue d'Alsace, 1856.

Une surveillance active fut exercée sur les bords du Rhin pour empêcher l'introduction des brochures qui venaient d'Ettenheim ; mais ces mesures ne prévinrent pas toute espèce de démonstration; lorsque dans les premiers jours de Janvier 179I on se préoccupait de transporter aux archives départementales les documents provenant du chapitre de Saint-Pierre-le-Vieux, une résistance assez vive fut opposée à cet acte dans l'église même; la garde nationale dut intervenir pour opérer ce transfèrement (sic). Quelques jours plus tard (le 10 Janvier) il y eut un mouvement dans la cathédrale à l'occasion de la clôture du choeur; un club catholique se réunit sous le patronage du professeur Dietrich dans le séminaire et protesta contre l'exécution des décrets. Il fallut en venir à la clôture de cette réunion.

Les paysans des villages catholiques aux environs de Strasbourg étaient vivement agités, tandis que les villages protestants des anciens bailliages de la ville offraient d'accourir au secours de la municipalité. Le 23 Janvier était fixé pour la prestation du serment du clergé; une petite minorité fit cet acte de soumission. La situation parut assez grave à l'Assemblée constituante de Paris, pour envoyer des commissaires royaux (Mathieu Dumas, Hérault de Seichelles et Foissey) qui approuvèrent, au surplus, la mesure adoptée par le maire et prononcèrent la révocation du directoire du département, dont le dévouement à la cause constitutionnelle n'était pas suffisamment avéré. M. de Dietrich fit des tentatives de conciliation auprès du cardinal de Rohan lui-même, mais cet échange de lettres devait ne pas aboutir à un résultat satisfaisant; le cardinal-évêque persévérait dans sa manière de voir et se félicita de ce que la majeure partie du clergé était restée fidèle à son devoir.

« Le 6 Mars était le grand jour fixé pour l'élection de l'évêque constitutionnel; M. de Schwendt avait discuté, dans une correspondance confidentielle avec M. de Dietrich, le choix d'un candidat et conseillé de jeter les yeux sur l'abbé de Marmoutier ou Ebermunster. On ne tint point compte de cet avis. Quatre cents électeurs procédèrent à l'acte inusité qui devait produire au sein du corps clérical et des croyants une exaspération indicible.

« L'abbé Brendel, qui avait prêté le serment voulu par la loi, fut nommé évêque de Strasbourg. On assure, quelque incroyable que paraisse le fait, que des électeurs protestants furent trouvés au nombre des votants! C'était plus qu'il n'en fallait pour imprimer au nouveau prélat un stigmate indélébile; il était décrié, avant son entrée en fonctions, comme évêque luthérien et matériellement menacé.

Les commissaires du roi se virent obligés de le couvrir de leur protection et de l'abriter dans leur hôtel. Dans la cathédrale même, il fut gravement insulté par l'ancien curé de Saint-Laurent, lorsqu'il se préparait à officier pour la première fois. A Strasbourg, la vigilance du maire prévint de plus grands troubles; mais à la campagne, où l'action de l'autorité ne pouvait se multiplier, l'installation des curés constitutionnels donna lieu à des désordres qui dégénérèrent quelques mois plus tard à Obernai en véritable émeute, que la garde nationale de Strasbourg comprima violemment et non sans commettre des excès répréhensibles.

« Les esprits honnêtes et modérés gémirent de ces tristes incidents; ils devaient peut-être, dès ce moment, perdre confiance dans le succès absolu de l'Assemblée nationale, puisqu'elle ne reculait pas devant les moyens de rigueur sur le domaine inviolable de la conscience. Le maire de Strasbourg, qui avait inscrit sur sa bannière officielle et au fond de son coeur les principes de la tolérance, fut, sans aucun doute, profondément ému et affligé: mais il subissait ici la loi de sa position.

« Cependant, il ménage autant que possible de justes susceptibilités; il se retranche derrière les commissaires du roi qui, dans une proclamation adressée, le 18 Mars 179l, aux Français habitant le département du Bas-Rhin, font un peu de théologie déclamatoire pour défendre l'élection de l'évêque Brendel, « de ce pasteur digne des premiers siècles du christianisme par ses vertus et des beaux jours de l'Eglise par ses lumières; nouvel Ambroise qui, de mandé à la fois par deux religions, comme le citoyen le plus désirable pour la tranquillité commune, a paru confondre un instant tous les cultes dans des acclamations universelles ..... .

« Nourri par une longue étude de la saine et antique doctrine, il vous dira que, si l'on conteste au peuple le fait d'avoir jamais nommé les évêques, c'est une erreur contre laquelle déposent tous les monuments de l'histoire ...., il vous dira que l'excommunication ne peut être « lancée par un évêque· déchu de sa juridiction; il vous  dira enfin, que les censures civiques ne lient point devant Dieu et que, suivant la pensée des Pères de l'Eglise, celui-là se retranche lui-même de la communion qui en retranche injustement ses frères. (1)

Frédéric Dietrich dut se voiler la tête en face de maux auxquels il n'y avait pas de remède. (2)

 

LES CHANSONS ET LES CARICATURES

CONTRE LE CARDINAL ET CONSORTS

 

Au mois de Mars 179l, le poste de la garde nationale de Strasbourg détaché au pont du Rhin, fit une capture importante. La femme d'un des sacristains de la cathédrale, signalée pour faire les commissions du cardinal de Rohan, réfugié alors à Ettenheim, fut fouillée par le factionnaire, et on trouva sur elle un grand nombre d'exemplaires du Monitoire que le prélat lançait contre le soi-disant évêque élu du département du Bas-Rhin, le citoyen Brendel.

 

(1) Lettre 75 de saint Firmilien à saint Cyprien.

(2) L. SPACH. Frédéric de Dietrich, etc. - Revue d'Alsace, 1856, p. 541 et suiv.

 

La saisie du mandement épiscopal et la capture de la pauvre Strasbourgeoise causèrent en ville une joie profonde, et un rimailleur inconnu crut devoir chanter l'événement.

En 1791, le Conseil général de Strasbourg prit un arrêté déclarant rebelle à la loi 1 e sieur Jaeglé, curé ; et criminel de lèse-nation le cardinal de Rohan, au sujet de la publication clandestine d'un imprimé «séditieux » (Monition canonique et ordonnance) et d'un « attroupement scandaleux à l'encontre de M. l'évêque (Brendel) », etc.

A l'occasion de l'événement ci-dessus relaté, un libelle contre le prélat fut imprimé et distribué: «cette pièce libre et satyrique renferme des allusions historiques curieuses » et se compose de huit pages in-4°. Elle porte pour titre :

Lettre à Louis-René-Edouard de Rohan, etc., qui a été évêque de Strasbourg, qui enrage de ne l'être plus et qui ne le redeviendra jamais, quoi qu'il fasse, proviseur de Sorbonne, puisque la Sorbonne avilie y consent, etc. Avril I79I.

La Monition canonique du cardinal de Rohan provoqua différents libelles et satyres mordants et obscènes. L'une de ces pièces plutôt comiques que violentes, aujourd'hui très rares, porte pour titre: L'Excommunication trouvée sous la jupe d'une femme, anecdote strasbourgeoise. Poésie.

Un certain Engelbert Bosselmann fit paraître en 1792, a Paris, un volume in- 1-2 avec le titre de: La nouvelle Satyre Menippée sur la Révolution de France, où se trouve le fin morceau de l'EXCOMMUNICATION DÉCOUVERTE.

L'EXCOMMUNICATION TROUVEE

SOUS LES JUPES D'UNE FEMME

 

(Anecdote strasbourgeoise)

 

AIR : Du Mirliton, Mirliton, etc.

Dans ses goûts pleins de constance,

Notre galant cardinal

A, des foudres qu'il nous lance,

Placé le saint arsenal

Dans un mirliton, etc.

 

Admirons de sa sagesse

Cette heureuse invention l

On connait dès sa jeunesse

Sa tendre dévotion

Pour le mirliton, etc.

 

Mais dans sa douce espérance,

Il s'est encore vu trompé,

Hélas, son destin en France

Est d'être toujours dupé

Par un mirliton, etc.

 

Une dévote matrone,

Digne apôtre de Satan,

Portait, en fière amazone,

Les foudres du Vatican

Sur son mirliton, etc.

 

Notre garde vigilante

Fouilla ce réduit banal;

Car cette troupe vaillante,

Aussi bien qu’un cardinal,

Trousse un mirliton, etc.

 

Nous ajouterons ici quelques-unes des autres pièces dont nous avons parlé plus haut:

 

MARCHE DES TROUPES ARISTOCRATES

AIR : Des petits Savoyards - Une petite fillette, etc.

 

On dit que d'Artois arrive

Accompagné des prélats,

Cette troupe fugitive

Vers nous avance il grands pas

Bombes, canons et bataillons, boulets, canons

Rien ne les arrête.

Ces braves Césars calotins

Ont tous des crucifix en mains.

Ils ont juré par leurs rabats

De renverser le Tiers-Etat,

De reprendre l'Episcopat.

Sur le front de la colonne

Marche notre CARDINAL;

On dirait Mars en personne,

C'est un nouveau LOEWENDAL,

Frappant, taillant, battant, criant, jurant,

V'là comme il arrive

Oui, j'aurai mon Episcopat,

Car je suis sûr de mes soldats.

Allons; marchons, doublons le pas,

Frappant, coupons, taillons des bras

Oui, j'aurai mon Episcopat (bis).

 

CONDÉ semant l'épouvante

Marche à la tête des siens,

Qui sont, dit-on, cent quarante,

Mais lurons à toutes mains.

Héros Troyens, Grecs et Romains, François, Prussiens.

Rien ne les égale

Ils vont battre la Nation,

Et plus de Constitution,

Point de quartier, chers compagnons,

Allons, courage et massacrons,

Faisons trembler la Nation (bis).

 

Déjà de la Germanie

Ils atteignent les confins,

Toute la troupe ennemie

Campe sur les bords du Rhin.

Condé, d'Artois, abbés, prélats, chefs et soldats,

Tous perdent courage;

Aucun d'eux ne sait nager,

Et pas un ne veut s'exposer,

Jurant contre le Tiers-Etat.

Ils s'en retournent sur leurs pas,

En pleurant leur Episcopat (bis).

 

LA PRISE DE STRASBOURG PAR

L'EX-CHEVALIER DE BONNARD 

(Juin 1792)

 

Ecoutez, petits et grands!

Nous avons la guerre,

Près de trois mille Allemands

Viennent nous la faire.

Notre pieux cardinal

Est devenu général.

La bonne aventure, oh 'gué !

La bonne aventure.

 

Voyez-vous le beau prélat

Vêtu d'écarlate,

Près de lui le potentat

Mirabeau cravate

Et le pauvre d'Eymar

Portant le saint étendard.

La bonne aventure, etc

 

Vittersbach, Laserre et Mensk

Dirigent la troupe,

Monsieur Roth, plus fier que Trenk

A La Motte en croupe,

Et maître Zaiquelius

Dit le Fratres oremus.

La bonne aventure, etc.

 

En passant par Offenbourg

Ils vont à l'office;

Les grands comtes de Strasbourg

En font le service.

Au lutrin sont quatre enfants,

Trois gueulards et deux serpents.

La bonne aventure, etc.

 

Mais déjà vient s'avançant,

La fière cohorte.

A l'évêque conquérant,

Kehl ouvre la porte,

Et surtout monsieur Lautrec

Lui présente son respect.

La bonne aventure, etc.

 

Ils rencontrent sur le pont

Nos aristocrates,

Et déjà nos héros font

Peur aux démocrates.

Tout se soumet au prélat;

Rohan a sauvé l'Etat.

La bonne aventure, oh gué!

La bonne aventure! (1)

 

De Saverne, le 1er Octobre 1792, on écrit au Courrier de Strasbourg: « C'est un plaisir bien doux de voir, depuis la révolution du 10 Août, comment le patriotisme s'est propagé, dans les villes mêmes les plus aristocrates, ou plutôt comment le patriotisme, consterné jusqu'à cette époque sous le joug insolent du stupide feuillant, maintenant lève la tête avec la dignité qui lui convient.

Saverne, autrefois le repaire du druide Rohan et de ses vils complices en soutane, Saverne étoit aristocratique, parce que plusieurs familles de cette ville vivoient des débauches de cette horde de prêtres. A peine osoit-on y passer avec une cocarde patriotique; et deux ou trois excellens citoyens qui y avoient fondé une espèce de Société patriotique, n'osoient se trouver dans les rues après le coucher du soleil, sans risquer d'être assassinés. Aujourd'hui, cette société a pris de la consistance et de l'énergie, et quoique la moitié de la ville regrette encore le noble plaisir d'être gouvernée par les caprices d'un ivrogne, sous l'influence d'un prêtre escroc, les bons patriotes n'en vont pas moins leur train, et saisissent toutes les occasions de faire éclater leur zèle.

 

1 L'Express, de Mulhouse, 16 Avril 1880.

Le dimanche 28 Septembre, la fête civique pour le succès des armes francoises en Savoie a été célébrée avec pompe.

Les amis de la liberté et de l'égalité se sont réunis au commissaire, faisant les fonctions de maire, et au Conseil général de la commune, pour donner à cette fête tout l'intérêt d'une fête vraiment patriotique et républicaine.

Un grand nombre de citoyens ont assisté à une séance, tenue à cet effet, et ont demandé non seulement à prêter avec les membres le serment de défendre la République, mais même de signer le procès-verbal. Une citoyenne, Christine Thiebault, s'est écriée en signant: Non seulement je signe ce serment, mais je voudrais pouvoir le sceller de mon sang. Quelques aristocrates que la curiosité avoit attirés dans la salle, ont pâli de rage et de fureur; mais il a fallu se contenir, parce qu'on n'avoit plus là Monseigneur le cardinal, ni l'ancien Directoire du département du Bas-Rhin, qui ne valoit guère mieux. A l'issue de la séance, le commissaire et le Conseil général de la commune, accompagnés par la garnison et des gardes nationales et suivis des citoyennes, se sont rendus sur la place de la Révolution, où l'on a chanté l'hymne des Marseillois. Après la cérémonie, les Jacobins ont placé sur le fauteuil du cardinal l'effigie de Louis XVI, et l'ont promenée dans toutes les rues de la ville, au grand déplaisir des aristocrates, qui avoient soigneusement fermé leurs fenêtres et qui sans doute faisoient de ferventes prières pour la délivrance des prisonniers du Temple. Le soir, la ville a été illuminée, et il y a eu des danses et des festins. »

Il existe un gros petit livre en deux tomes avec ce titre singulier : « Contes et Poésies du C. Collier) commandant général des Croisades du Bas-Rhin. A Saverne, 1792. » Avec deux ravissantes vignettes. Ces Contes et Poésies du C. Collier ne sont pas, on le conçoit, de la première décence; on en peut juger par quelques intitulés: Le Mari désossé. - Le Lendemain, action de grâces à Vénus. - L'Amour, la liqueur vermeille. - La Culotte de Saint Raimond de Penna fort. - Le Mari pacifique. -

La Confession révélée. - L'Ane franciscain. J'en passe, et des meilleurs.

Le premier volume s'ouvre par un Avis de l'éditeur) qui promet énormément; le voici dans toute son intégrité:

« Nous offrons au public la collection de Contes du C. Collier, dont les expéditions variées de sa vie romanesque préparent les matériaux nécessaires pour l'histoire de ce prélat célèbre. Tout le monde connoît le talent politique de ce C., trop fameux pour manier les affaires les plus cachées en France et en Allemagne. Sa vie apostolique l'avoit élevé au siège, que la vertu et l'exemple de ses actions n'ont jamais occupé; la grâce de Louis XV (qui n'étoit pas divine) transforma le mousqueton en crosse, pour faire voir aux races futures que l'on sait faire des miracles à la Cour de France, quand le destiné à porter des pareils fardeaux est un nobilissime bandit. Le génie guerrier et militaire de notre C. le fit occuper un jour (moi présent) le siège éminemment élevé de sa voiture et courir en postillon plus ferme et adroit que ceux qui composoient la meute des grandes et petites écuries, amenant les Belles qu'il avoit amusé par ses contes; et entrant sans rougir dans son palais, m'ordonna de répéter la lecture de ses poésies, qui sont les suivantes.

« Je suis, Messieurs,

« Votre très dévoué serviteur.

« B. »

 

Ce n'est pas fort comme idées et comme littérature, j'en conviens: mais il faut juger l'intention qui est plus mauvaise encore que l'esprit et la prose, et c'est à ce titre que nous ne devions pas oublier de mentionner ce livre rarissime qui a été composé en l'honneur du fameux prélat.

Parmi les cent pièces qui composent ce recueil, la seule que nous puissions rapporter ici est la suivante :

 

SUR LE PLAISIR

 

Vous demandez qu'est-ce que le plaisir?

Vous qui le faites toujours naître!

Il est pénible à définir

Et doux à faire connaître :

Toujours sur les pas du désir

Il suit le tendre amour, son maître;

L'enjouement, la variété,

Captivent son humeur volage,

Il fuit la triste austérité

Et le tumulte et le tapage;

Il sourit à la liberté

Et se plaît au simple langage

De la naïve vérité.

On dit qu'il ne vit qu'au village;

C'est une insigne fausseté :

L'aimable et riant assemblage

Des grâces, de l'aménité

Auront en tout temps l'avantage

De fixer la légèreté,

Et toujours sur son passage

Volant avec rapidité,

Vif et décent, badin et sage,

Il fera briller la gaîté.

 

GRAVURES RÉVOLUTIONNAIRES

Défaite des Contre-Révolutionnaires comande par le petit Condé

 

(Pendant)

 

l. Le grand sabreur colonel de royal antropophage.

2. L'abbé d'Eymar traînant les débris de l'oriflamme épiscopale.

3. Le chevall de bois, ex-commandant du siège du pont neuf, aide major de l'armée.

4. Le nain des princes, porte étendart du général.

5. Deux capucins sauvage, sapeur de l'avant garde.

6. Le général d'Autichamp présentant au petit (Condé la cruche) à l'eau.

7. Necker, baron de la resource et autres lieux, entrepreneur des vivres.

8. Antoine Seguier, bruIe bon sens regréttan son requisitoire.

9. Le petit Condé acceptant de M. d'Antichamp la cruche.

10. Dernière chute de Mme de la Motte.

l l. L'ancien archevêque de Paris, aumônier de l'armée.

l2. Son impuissance l'évêque de Spire s'efforçant de relever Mme de la Motte.

 

La Contre-Révolution

(Pendant colorié)

 

1. Son Altesse contre Revolutionnaire. Le petit Condé venant de reconnoître le fort de la Constitution, commande halte.

2. Le général d'Antichamp proposant la retraite.

3. Antoine Scguier portant le requisitoire contre la nation.

4. Calonne portant le coffret du trésor de l'armée.

S. Le cardinal Collier, tambour major précédé de sa petite famille, la musique du grand chapitre.

6. L'abbé d'Eymar portant l'oriflamme épiscopale.

7. Mme de la Motte, aide de lit de camp du cardinal.

8. Mirabeau Tonneau armé en guerre. Lieutenant général, commandant l'avant garde.

9. Deux capucins sauvages Jappeurs de l'avant garde.

10. Grouppe de fuyards formant l'avant garde.

11. Son impuissance Mgr. l'évêque de Spire commandant général auxiliaire, coiffé du traité de Westphalie.

12. La pucelle de la contre Révolution.

13. Corps de bataille.

14. Le chevalier Va ten voir s'ils viennent, premier aide de camp du général.

 

L'Attaque de la Constitution

(Pendant)

 

1. Le cardinal pièce en campagne lâchant les aristocrates contre la Constitution.

2. La furie de l'orgueil et de l'avarice sourit de ses succès.

3. Résultat des chefs fanatiques contre la Constitution.

4. Le prince Condé se plaignant du mauvais succès de l'attaque à Mme de la Motte.

5. L'abbé d'Eymar suivant ses projets d'attaque pour la pucelle.

6. Mirabeau tonneau commandant l'asseault.

7. L'évêque de Spire avançant avec l'arrière garde.

8. Corps d'armée.

9. Drapeau de ralliement.

10. Un des plus enragés portant les boulet.

II. Musique de l'armée.

12. Un capucin sauvage qui fait rougir leurs boulet.

13. Corps de réserve.

14. Sac de munition.

 

 

A suivre...

Le Roy de Sainte-Croix. (Les Quatre Rohan).

 

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TROISIEME EXTRAIT.

545px-Blason fam fr Rohan-Soubise.guemene RELATION EXACTE

 

De la Réjouissance publique que la pille de Mutzig a faite au retour de Son Altesse Sérénissime et Eminentissime Monseigneur le cardinal de Rohan

 

Après l'acquittement du cardinal, la ville de Mutzig, ce désirant, à l'envi de celle de Saverne, de donner à son prince des preuves de respect, de fidélité et de tendresse, témoigna ces sentiments, dont elle fut sincèrement pénétrée, par l'allégresse et la réjouissance, qu'elle fit éclater le II Février, où elle eut le bonheur de revoir Son Altesse Sérénissime et Eminentissime.

« Le même jour, à 3 heures après midi, le greffier de la ville, à la tête d'un détachement de dragons, en bel uniforme, superbement équipé, composé de l'élite des bourgeois, porta sa troupe sur la route de Dorlisheim, en double haie et le sabre à la main. Deux dragons furent mis en vedette sur la hauteur de la route d'Obernée, avec la consigne de rejoindre ventre à terre leur corps dès qu'ils appercevroient de loin la voiture du prince. A 4 heures arriva Son Altesse. Aussitôt, le chef du détachement s'avança au-devant d'Elle; le prince fit arrêter, daigna entendre avec bonté le compliment qu'il eut l'honneur de lui faire au nom de la ville. Dès qu'il eut achevé, Son Altesse lui ordonna de prendre l'avance avec son détachement et d'aller au pas.

« Escortée ainsi, Elle passa par Dorlisheim, au milieu des cris de joie, poussés par une foule innombrable de peuple, accourue de plusieurs lieues d'alentour. Près du grand pont, environ à deux cents pas de la ville, les juifs, en habits noirs, se rangèrent en haie, ayant leur rabbin à leur tête. Le bon prince ne put pas s'empêcher de leur témoigner la satisfaction qu'ils lui donnoient par les démonstrations de la joie la plus vive et la plus sincère. Aux portes de la ville, il fut reçu avec croix et bannières, par un nombreux clergé composé des curés, définiteurs, l'archiprêtre du chapitre rural de Biblenheim, des curés de la vallée de Schirmeck et des environs, des RR. PP. récolets de Hermolsheim.

Après avoir été harangué par l'archiprêtre, il traversa la ville fort lentement, au milieu de mille souhaits d'un peuple pénétré de joie et versant des larmes de tendresse.

Tous les bourgeois de la ville, et un grand nombre du bailliage de Schirmeck furent sous les armes et portés en double haie depuis l'entrée de la ville jusqu'au château, dont le pont étoit bordé d'un détachement d'infanterie composé de jeunes gens de Moutzig, qui reçurent le prince au son du tambour et en présentant les armes.

« Arrivé au château au son des timbales et trompettes et au bruit redoublé des boîtes et de la mousqueterie, il fut complimenté par le chef du Magistrat et du bailliage de Schirmeck.

« Le mauvais temps, seul contraire à la joie universelle qui régnoit en cette ville, désola les habitans. L'illumination, par laquelle non-seulement les officiers du prince et les meilleurs bourgeois, mais les pauvres même cherchèrent à se distinguer, ne fut pas aussi brillante qu'elle avoit été projetée. Elle fut accompagnée d'un grand nombre d'emblèmes très bien imaginés.

« Malgré le temps orageux, le prince, pour faire plaisir à ses sujets, prit la peine de faire à pied le tour de la ville, .toujours escorté par le détachement de dragons, précédé du chef et de son lieutenant. Il s'arrêta souvent, observant tout d'un coup d'oeil; il dit enfin: « Je vois ce que cela signifie. » N'étoit-ce point dire votre volonté me suffit?

Avant de finir sa tournée, il ne dédaigna pas d'entrer dans la synagogue, magnifiquement illuminée. Cette illumination, n'étant pas contrariée par le mauvais temps, attira toute l'attention du prince: pendant la demi-heure qu'il y resta, on chantoit en action de grâce un cantique hébraïque composé pour Son Altesse, qui lui fut si agréable, qu'Elle témoigna une seconde fois toute sa satisfaction aux habitans israélites de Moutzig. De là, le prince, retournant au château, passa sous un arc de triomphe, orné d'emblèmes et illuminé, de même que toute la façade du château.

« Le lendemain, à 10 heures du matin, le recteur de la paroisse, précédé du chapitre de Biblenheim, des prêtres et curés des environs et des RR. PP. récollets de Hermolsheim, sortirent de l'église paroissiale avec dais, croix et bannières, pour se rendre au château. Son Altesse prêta une grande attention à la harangue que lui fit le recteur de la paroisse. Ensuite, précédée du clergé, escortée du détachement de dragons à pied, marchant à pas lens sous le dais, Elle se rendit à l'église de la paroisse pour assister à la messe, dite par le recteur de la ville. Arrivée à l'église, le prince se prosterna devant l'autel. Sa dévotion, son recueillement, arrachèrent des larmes au peuple qui remplissoit l'église. Après la communion du prêtre, le prince entonna lui-même le Te Deum, chanta l'oraison en action de grâce; et après avoir donné sa bénédiction, s'en retourna au château, où tout le clergé, qui y soupa la veille, fut encore invité au dîné.

« Son Altesse ayant fixé le même jour son départ pour Saverne au lendemain à IO heures, le détachement de dragons se porta à l'heure marquée en double haie à l'entrée du château, d'où il escorta le prince jusqu'à Sultz.

« Le dimanche suivant, l'on distribua, par ordre du prince, dans la maison du receveur du bailliage, du pain, du vin et de la viande, non seulement aux pauvres de la ville et des environs, mais à qui en vouloit.

« Le même jour, pour compléter cette fête, les meilleurs bourgeois et habitans de la ville, au nombre de soixante-douze, le corps de dragons en uniforme, soupèrent ensemble à l'hôtel de ville; il y eut un bal qui dura jusqu'au lendemain.

Toute la bourgeoisie se livra à la joie; les juifs, au nombre de quarante, s'assemblèrent dans la maison de Daniel Lévy, et se divertirent aussi toute la nuit. En un mot, tout le monde, riches, pauvres, jeunes gens, vieillards, donnèrent l'essor aux sentimens de respect, de tendresse et de réjouissance. Tous, en général, chacun en son particulier, bénirent le retour heureux, et si longtemps désiré, de leur auguste prince-évêque. »

 

 

LE CARDINAL ET LA CONSTITUTION

 

Le cardinal de Rohan se distingua par son zèle à protester contre les décrets de l'Assemblée nationale relatifs au clergé. Nous n'avons ici qu'à constater les faits, bien entendu.

Dans le n° 12, année de la Feuille villageoise, I2e semaine, jeudi 16 Décembre 1790, on lit:

 

« STRASBOURG. - Nous ne blâmons le clergé que lorsqu'il nous force à le blâmer. Pour peu qu'il nous donne sujet de l'approuver, nous le comblons d'éloges; et lorsque dans ses erreurs il paroît excusable, nous jetons sur lui le manteau de la charité et de l'indulgence. C'est ainsi que nous nous étions pressé de célébrer la conversion apparente du cardinal de Rohan. Mais il s'est bientôt replongé dans ses illusions. Son retour dans son diocèse a été un scandale. Il a, dit-on, arraché les scellés posés par les officiers municipaux. Nous avons de la peine il croire un pareil excès. Mais ce qui est certain, c'est qu'il a protesté contre tous les décrets de l'Assemblée nationale, relatifs aux biens ecclésiastiques. M. le cardinal de Rohan avoit 700,000 livres de rente. Voilà 700,000 raisons pour protester. Mais nous doutons que les saints canons qu'il cite lui soient favorables.

Car l'évangile veut des pasteurs missionnaires et non des prélats millionnaires. »

 

Dans le n° 30, année de la Feuille villageoise, 30" semaine, jeudi 21 Avril 1791, on lit :

 

« STRASBOURG. - Le cardinal de Rohan est bien loin d'être paxicrate. Après avoir fait tant de folies et de dettes, après avoir donné tant de scènes et de scandales, il vient de lever une petite armée - cardinale. Elle ne sera pas vêtue de pourpre. Elle sera vêtue en noir avec une tête de mort pour drapeau. Cette armée funèbre est menacée de mourir de faim ou de rage. Le général a voulu en même temps jouer le rôle d'évêque. Il a jeté l'interdit sur la cathédrale de Strasbourg et défendu, sous peine de l'enfer, de communiquer avec le nouvel évêque. Mais les portes de l'enfer ne s'ouvrent pas ainsi à la voix d'un prêtre séditieux et insensé. L'Assemblée nationale a prié le roi de donner des ordres pour le faire arrêter, conduire aux prisons d'Orléans et juger comme rebelle et perturbateur. » 

 

 

A suivre...

Le Roy de Sainte-Croix (Les Quatre Rohan).

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