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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #FRANCE SECRETE-HERMETIQUE

III ième PARTIE

L'EMBLEME DU DAUPHIN. dauphine

 

Nous avons a dessein laissé de côté, dans le double exposé qui précède, l'étude des rapports entre le nom ou titre de Dauphin et l'emblème héraldique gravé sur l'écu des comtes de Vienne et d'Auvergne. Il est, en effet, impossible d'admettre avec Chorier que le surnom de Dauphin ait été donné aux comtes d'Albon à cause du dauphin peint sur leurs armes, et il est, au contraire, indiscutablement établi que le nom a précédé l'emblème et lui a donné naissance.

C'est ce que nous démontrerons clairement en fixant l'époque à laquelle le dauphin remplaça dans les sceaux le lion des comtes du Forez, le gon&non d'Auvergne et les tours de la maison d'Albon.

On sait que les comtes du Forez de la deuxième race se rattachent aux comtes d'Albon par le mariage d'Ide Raimonde, fille d'Artaud V (1), avec Guigue-Raimond, fils de Guigue le Vieux, comte d'Albon et frère de Guigue le Gras. Ide Raimonde succéda à ses neveux Guillaume et Eustache en 1107. De son mariage avec Guigue-Raimond elle laissa un fils, nommé Guigue, qui fut la souche de la seconde race des comtes du Forez.

A la famille d'Albon, les nouveaux comtes du Forez empruntèrent d’abord leur nom de Guigne, puis leurs armes le dauphin.

A quelle époque prirent-ils le dauphin! S'il fallait en croire La Mure et l'Art de vérifier les dates, ce serait Guigne 1er (1109-1137) qui l'aurait adopté. Comme ils n'en fournissent pas la preuve, nous ne pouvons accepter cette déclaration. Mais on connaît une monnaie et un sceau de Guigne V (1203-1841) qui portent l'effigie du dauphin. Il est donc permis de faire remonter au commencement du XIIIième siècle l'introduction du dauphin dans les armes des comtes du Forez.

C'est précisément à cette époque que Dauphin, comte de Clermont, souche des dauphins d'Auvergne, abandonne le gon&non des comtes d'Auvergne, ses ancêtres, pour prendre des armes parlantes. La collection sigillographique des Archives nationales possède un sceau de ce prince, appendu à un acte de 1199, dont le contre-sceau reproduit l'empreinte d'un dauphin avec cette légende « Sigillum Delfini (2). Ce dauphin est conservé par les successeurs de ce comte.

En Dauphiné, on ne connaît pas de sceaux à l'effigie du dauphin avant l'année 1837. Le sceau d'André-Dauphin (1198-1237), contemporain de Guigue V, comte du Forez, et de Dauphin, comte de Clermont, reproduit au droit un cavalier galopant, dont le bouclier est placé de telle sorte qu'il est impossible de voir l'emblème qui y est figuré, et, au revers, les trois tours qui symbolisent la ville de Vienne. Guigne VI, fils d'André-Dauphin, est, d'après tous les historiens, le premier qui ait adopté le dauphin dans ses armes. Il le prend dès l'année même de son avènement.

Aux archives d'Embrun se trouve un sceau de ce prince appendu à un acte du 2 décembre 1237 (3), ou il est représenté à cheval, l'épée haute, et portant un grand bouclier sur lequel est figuré un dauphin. De la même date est un sceau de la cour comtale d'Embrun, à l'effigie du dauphin, signalé depuis longtemps par M. Joseph Roman dans sa Sigillographie d’Embrun (4). Enfin, on possède un sceau secret de Guigne VI, de l'année 1259, qui porte l'écu au dauphin vif avec cette légende « S. Secretum G. Dalphini (5). »

On serait donc amené à conclure que le dauphin a paru en Auvergne et en Forez bien longtemps avant d'être adopté en Dauphiné. Cette conclusion me semble difficile à admettre. Il est évident, en effet, que les comtes du Forez, qui ne portaient pas le nom de Dauphin et qui descendaient d'un comte d'Albon antérieur de trois générations à Guigne IV Dauphin, n'ont pas inventé ces armes et qu'ils ont dû les emprunter. Ils les ont empruntées, cela est bien vraisemblable, à leurs parents et voisins les comtes de Clermont, qui les portaient en 1199. Pourquoi le comte André-Dauphin, qui eut d'assez fréquentes relations avec son cousin Dauphin d'Auvergne, ne lui aurait-il pas fait le même emprunt ?

Le sceau de la cour comtale d'Embrun, daté de 1237, l'année même de la mort d'André, ne prouve-t-il pas que ce prince avait,  lui aussi, introduit le dauphin dans ses armes? Pour que l'emblème du dauphin fut donné comme sceau a une juridiction delphinale, fondée par André-Dauphin, il fallait que, pour les populations, cet emblème représentât clairement les armes du seigneur haut-justicier. Avant de donner cet écu à sa cour comtale d'Embrun, André-Dauphin avait du s'en servir lui-même. On objectera que nous possédons le grand sceau d'André et que le dauphin n'y figure pas. Cela est vrai, mais peut-être cela tient-il à la disposition spéciale du bouclier qui ne nous permet pas de voir l'emblème qui y est gravé. Et puis nous ne possédons pas le sceau secret d'André-Dauphin qui nous révélerait cet emblème comme le sceau secret de Guigne VI reproduit le dauphin gravé sur son bouclier. Or, c'est sur les sceaux secrets des comtes de Clermont, c'est sur les contre-sceaux des comtes du Forez que le dauphin a d'abord pris place. Comme ces princes, ses contemporains, André-Dauphin devait avoir un sceau secret. De ce que nous n'en possédons plus aucun exemplaire, sommes-nous en droit de conclure qu'il n'a pas existé ?

Les chartriers dauphinois, pour des raisons multiples qu'il serait trop long d'expliquer ici, sont très pauvres en monuments sigillographiques. Ces délicates médailles de cire ont disparu de presque tous nos anciens actes, brisées par des mains ignorantes ou ravies par des mains trop expertes. C'est un fait regrettable qu'ont pu constater tous ceux qui ont fouillé les divers dépôts d'archives du Dauphiné. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'on ne retrouve pas d'exemplaire du sceau secret d'André-Dauphin mais c'est une raison de plus pour n'en pas mettre en doute l'existence, alors surtout que tant d'autres arguments semblent la démontrer.

Ma conviction personnelle est que le dauphin figurait sur le sceau secret d'André-Dauphin dès le commencement du XIIIième  siècle.

André l'a-t-il emprunté à son cousin le comte de Clermont ou le lui a-t-il fourni Il est bien difficile de se prononcer sur ce point, alors surtout que les sceaux delphinaux d'André ne nous sont pas parvenus. Toutefois, il me paraît plus logique d'admettre que c'est Dauphin d'Auvergne qui l'a inventé (6). Dépouillé de ses états par son oncle Guillaume VIII et chef d'une dynastie nouvelle, il ne pouvait plus porter le gonfanon d'Auvergne. Il le remplaça par le dauphin, qui lui faisait des armes parlantes. André-Dauphin n'était pas dans le même cas aussi garda-t-il les armes de ses ancêtres maternels, mais, comme il portait, lui aussi, le nom de Dauphin, il adopta à son tour le « noble et fier poisson, » ainsi que rappellent les légendes de nos vieux jetons, et le plaça sur son sceau secret comme une sorte de signature emblématique.

C'est l'écu de ce sceau secret que nous retrouvons en 1237 sur le sceau de la cour comtale d'Embrun.

Et ainsi je me crois en droit de conclure que l'emblème du dauphin a paru presque simultanément vers la fin du XIIième  siècle et le commencement du XIIIième en Auvergne, en Forez et en Dauphiné, et qu'il est très probable que c'est en Auvergne qu'il fit sa première apparition.

 

CONCLUSION.

 

Résumant maintenant mes conclusions partielles, je dirai en Auvergne comme en Dauphiné, Delphinus est d'abord un prénom, puis un nom patronymique, puis un titre de dignité. Il prend définitivement ce dernier sens, dans les deux pays, a la fin du XIIIième siècle, vers l'année 1282, qui correspond à l'avènement de Robert III en Auvergne et d'Humbert 1er en Dauphiné. A la même époque apparait pour la première fois le mot Delphinatus.

Quant à l'emblème du dauphin, il n'apparaît dans les sceaux qu'environ un siècle après l'époque on Guigne IV est mentionné pour la première fois avec le nom de Dauphin. C'est Dauphin, comte de Clermont, qui l'adopta le premier à la fin du XIIième  siècle. Guigne V, comte du Forez, et André-Dauphin, comte de Vienne et d'Albon, le lui empruntent communément du XIIIième siècle.

 

 

(1). J'adopte Ici la numérotation de l’Art de vérifier les dates et de La Mure, mais je crois que la liste des comtes du Forez, donnée par ces auteurs, est fautive. Si j'en avais le loisir, je démontrerais qu'Artaud V doit se confondre avec Artaud IV et que Vuidelin, comme semblent l'avoir compris les  nouveaux éditeurs de l'histoire des comtes du Fores, doit être confondu avec Guillaume III. Vuidelinus n'est en effet connu que par une seule charte du Cartulaire de Savigny datée de 1078. Comme dans d'autres actes à peu près contemporain, le comte du Forez est appelé Guillaume, il n'est pas malaisé de deviner que Vuidelimus a été crée par une faute du scribe qui a écrit Vuidelinus au lieu de Vuillelmus. Je me borne à signaler cette rectification, qui pourrait être aisément justifiée, à l'attention des historiens du Forez. (2). Douët d'Arcq, Inventaire des sceaux des Archives nationales, t. I, p. 327. (3). Je dois la connaissance de ce sceau à M. Joseph Roman, qui a bien voulu, et je l’en remercie, -- me faire profiter de ses connaissances sigillographiques si étendues et si sûres. (4). P. 109, n° 36. (5). Valb. I, p. 374. (6). Cette conclusion est élément celle de M. J. Roman dans l'article sur l’ancienneté des monnaies des dauphins du Viennois, que J'ai cité précédemment. Dans cet article, M. Roman fixe à tort à l'année 1236 la mort d'André-Dauphin qu’il appelle Guigne-André. Ce prince a constamment suivi dans la chronologie de ses actes les règles du style florentin. Or, son testament est daté du 4 mars 1236 (1237 nouveau style). M. Roman se trompe encore en mettant en doute l’alliance qui unissait les dauphins d'Auvergne à ceux du Viennois. Ce fait historique a été péremptoirement établi par tous les historiens de l'Auvergne et, en particulier, par Baluze.

 

 

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Publié le par Rhonan de Bar
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II ième PARTIE.

DAUPHINS D'AUVERGNE.

 

Dauphine-Auvergne.jpg

 

On sait que les Dauphins d'Auvergne se rattachent aux comtes d'Albon par une fille de Guigue IV dit Dauphin, qui épousa un comte d'Auvergne. Cette alliance est attestée par le chanoine Guillaume, auteur de la Vie de Marguerite de Bourgogne, femme de Guigne Dauphin « Cum ejus filie, dit-il, ad nubilem venissent etatem, non absque sumptihus copiosis, alteram indito et potenti viro Arvernensium comiti, régis Francie consanguineo, alteram Valentinonsium comiti, viro claris natatibus orto, loge matrimonii copellavit (1)»

Baluze a suffisamment prouvé que ce comte d'Auvergne était, non Robert ni, comme le disent Justel, Chorier et l'Art de vérifierles dates, mais Guillaume VII (1145-1168) auquel le pape Alexandre ni donnait précisément le titre de « consanguineus regis Francorum dans une lettre écrite à l'évoque de Clermont en 1165 (2).

Sur le nom de la fille de Guigne IV Dauphin, qui épousa Guillaume VII, Baluze n'a pas été aussi heureux. Sur la foi d'un acte de donation faite en 1149 par le comte d'Auvergne  et sa femme à l'abbaye de Saint-André-lès-Clermont, acte dont il a lui-même reconnu et démontré la fausseté, Baluze appelle cette femme Jeanne de Calabre. A sa suite, l'Art de vérifier les dates, le Trésor de Chronologie et la nouvelle édition de l’Histoire du Languedoc ont reproduit cette erreur. Je dis erreur, et erreur grossière, car Jeanne de Calabre n'est nommée que par le seul acte de 1149, cité plus haut, et elle vaut ce que vaut cet acte de naissance. Or, cet acte est faux Baluze l'explique copieusement. Il avait eu entre les mains l'original et avait aisément reconnu qu'il ne remontait pas à plus d'un siècle. Il n'était pas, du reste, besoin de cette expertise paléographique pour en dénoncer le caractère apocryphe. Le comte d'Auvergne y est appelé Béraud, alors qu'en 1149 c'est manifestement Guillaume VII qui règne.

Il n'y eut de Béraud dans la branche delphinale des comtes d'Auvergne qu'après l'avènement des Morcoeur. Ce comte Béraud prend le titre de dauphin d'Auvergne que Guillaume VII ne porta jamais et qui ne fnt adopté que par Robert II en 1281, comme nous aurons occasion de le faire remarquer plus loin. Enfin, l'apposition du sceau y est ainsi annoncée  « Concessimus predietis carissimis nostris religiosis présentes litteras NOSTRI DELPHINATUS sigillo communitas, alors que le mot DELPHINATUS n'apparaît dans les actes que plus d'un siècle plus tard.

Tout dans cet acte est donc manifestement faux, et l'on ne  s'explique pas pourquoi Baluze, après avoir reconnu la fausseté du nom du mari, a admis sans hésitation le nom de la femme.

Ce nom de Jeanne de Calabre que le faussaire a peut-être emprunté à Renée de Bourbon, femme d'Antoine de Lorraine, duc de Calabre, a qui François Ier rendit en 1589 la baronnie de Mercoeur, confisquée sur le connétable de Bourbon, de même qu'il avait emprunté aux Mercoeur le nom de Béraud qu'il donne à son mari (3), ce nom, dis-je, doit être rayé de la liste des alliances des comtes d'Auvergne.

La fille de Guigne IV Dauphin, que Guillaume VII épousa, s'appelait Marchise : c'est elle que le chanoine Guillaume, dans sa Vie de Marguerite de Bourgogne, déclare «verborum elegantia vehementer idonea.» Il ne précise pas, il est vrai, qu'elle fut la femme du comte d'Auvergne, mais un acte du Cartulaire de Chalais l'indique assez clairement. Dans cet acte, qui porte la date de 1223, André-Dauphin, comte de Vienne et d'Albon, confirme les donations faites à Chalais par les membres de sa famille, et il cite sa tante Marchise, Dauphin d'Auvergne, son cousin, et Guillaume, fils de ce dernier « Et ab amita mea domina Marchisia et a Delphino de Arvernia, consobrino meo, ejusdemque Delphini niio nomine Willelmo. »

Ce premier point établi, voyons quel fut en Auvergne le sort du mot Dauphin et comment il fut successivement, pour les descendants de Guillaume VII et de Marchise, d'abord un prénom, puis un nom patronymique, puis enfin un titre de dignité, d'où fut formé celui de Dauphiné d'Auvergne.

On sait que Guillaume VII fut dépossédé de la plus grande partie de la comté d'Auvergne par son oncle Guillaume VIII dit le Vieil. Guillaume VII n'en conserva pas moins, durant sa vie, le titre de comte d'Auvergne. Il s'intitule, dans un acte de 1167 où intervient son fils « Willelmus, comes Arveniae et filins ejus Delphinus (4). » Ses descendants prendront encore quelquefois ce titre de « comes Arvernie, » mais le plus souvent ils le remplaceront par celui de « comes Claromontis » ou « comes Claromontensis.»

Le fils de Guillaume VII et de Marchise s'appelait Dauphin, en souvenir de son aïeul maternel Guigne IV Dauphin. Pendant son gouvernement, qui dura plus de soixante ans (1169-1234), il prit constamment dans les actes les titres suivants :

 

Ego Delphinus, comes Arveraorum (1196, 1204).

Delphinus, comes Claromontensis (1198, 1199, 1223, 1233).

Delphinus, Arvernorum comes (1201).

Ego Delphinus, comes Arvernie (1229).

 

C'est donc à tort que l'Art de vérifier les dates l’appelle Robert-Dauphin. Il ne portait qu'un seul nom, et ce nom était Dauphin (5).

Son fils Guillaume (1234-1240) porte les titres suivants :

 

Willelmus, comes Alvernie, filius Delphini (1212).

Ego Guillelmus, comes Montisferrandi, filius Delphini 1225).

Guillelmo comite, filio quondam Delphini (1238).

Nos Guillelmus, comes Clarormontensis, et Robertus filius ejus (1223).

 

Robert Ier (1240-1262) porte d'abord le titre un peu long de « Robertus, comes Claromontensis, Guillelmni quondam, filii Delphini, filius » (1240), et plus souvent celui de « Robertus, comes Claromontis ou «Claromontensis.» Après 1250, il adopte le nom de Delphinus au génitif comme nom patronymique, vraisemblablement pour se distinguer de son cousin Robert V, comte d'Auvergne et de Boulogne (1247-1277). Son testament, daté de l'année 1262, débute ainsi :

 

Ego Robertus Delphini, comes Claromontensis (6).

 

Cette forme de suscription est d'abord conservée par Robert II, fils et successeur de Robert Ier (1262-1282), mais dans son testament, daté de 1281, il prend pour la première fois le titre de Delphinus Alvernie «Nos Robertus comes Claromontensis et Alvernie delphinus (7). »

Robert III (1288-1284) porte en 1283, dans un traité avec sa soeur Dauphine, abbesse de Mégemont, le nom de « Robertus

Delphini, comes Claromontensis, » mais le plus souvent il se fait

appeler :

 

Robertus comes Claromontensis, delphini Alverme (8).

 

C'est cette formule que l'on trouve dans son contrat de mariage avec Isabeau de Châtillon (1289) et dans la suscription de ses deux testaments (1296, 1302).

La légende de son sceau est, d'après Douët d'Arcq (9) « S. R. Dalphini : comitis : claromontis : militis » Baluze donne un sceau de Robert ni qu'il a emprunté à Justel, lequel porte pour légende :

 

S. Roberti, comitis Claromontis, dalphini Alvernie.

 

Jean (1334-1351) était appelé, du vivant de son père, «  dalphinetus, » le petit dauphin « Dalphinetus, filius emancipatus comitis DaIphine (10). Après la mort de son père, il prend comme lui le titre de dauphin d'Auvergne

 

Johannes, comes Claromontensis delphinusque Alvernie.

 

Ce titre figure également dans la légende de son sceau.

De ce rapide exposé, il résulte qu'en Auvergne, comme en Dauphiné, « Delphinus » est d'abord un prénom, celui du fils de Guillaume VII et de Marchise ; il devient le nom patronymique de Robert Ier et de Robert II. C'est dans le testament de ce dernier, en 1281, qu'il est pour la première fois traité comme un titre et depuis lors il est considéré comme tel par tous les successeurs de Robert II. Toutefois, les membres de la famille delphinale continueront à la garder comme un nom patronymique et le porteront au génitif.

Si l'on compare ces conclusions à celles que nous avons précédemment formulées au sujet des dauphins de Viennois, on ne peut pas ne pas être frappé de leur exact parallélisme. André-Dauphin était le contemporain de Dauphin, comte de Clermont, son cousin, et, comme lui, il portait le prénom de Dauphin. Ses  deux successeurs. Guigne VI et Jean Ier, portent le nom « Delphinus » au génitif, comme Robert Ier et Robert II d'Auvergne, dont ils sont les contemporains. Enfin, c'est en 1281 que la forme « Delphinus Arvernie » apparaît pour la première fois et c'est précisément à cette époque qu’Humbert Ier transforme définitivement le nom de Dauphin en titre de dignité et qu'apparaît le mot « Dalphinatus. »

Si la démonstration que nous avons faite des transformations du mot « Delphinus » en Dauphiné avait besoin d'être confirmée, ne le serait-elle pas par cette frappante et si naturelle analogie avec les destinées du même mot en Auvergne.

 

 

(1). Cité par Baluze. Hist. D’Auvergne, t. II, p. 61. (2). Baluze, après avoir cité cette lettre à propos de Guillaume VII qu’elle concerne, l'a placée par erreur aux pièces justificatives de Guillaume VIII. (Hist. D’Auvergne, t, II, p. 65.) (3). Cette conjecture m'a été suggérée par un des hommes les plus compétents sur l'’histoire de l'Auvergne, M. Teilhard de Chardin, qui a bin voulu, à la requête de mon collègue de Clermont-Ferrand, mettre à ma disposition, avec une générosité dont je lui sais un gré infini, les trésors de son érudition si sagace et si sûre. (4). Baluze, II, 63. (5). Son contre-sceau secret porte pour légende « Sigillum Delfini. » (Douët d’Arcq, Inv. Des sceaux des archives, p 327.) (6). Baluze, II, 268. (7). Ibid., 277. (8). Baluze, II, 291. (9). Inv. des sceaux, n° 404. (10). Baluze, II, 313.

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Publié le par Rhonan de Bar
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dauphine

 

 

 

 

 

Cette dernière suscription prête à une double interprétation suivant qu'on place ou non une virgule après les mots daufins et daufine. Si l'on y voit la traduction de la formule latine : « Humbertus Dalphinus, Vienne et Albonis comes, » il faut évidemment une virgule, mais en supprimant la virgule on peut tout aussi bien lire « Humbers daufins de Vienne et « Anne daufine de Vienne. »

 

Cette dernière interprétation serait autorisée par la légende du sceau secret d'Humbert Ier qui est « Sigillum secreti Humberti, delphini Viennensis et de Turre domini (1), » et celle du sceau de Jean Ier, son fils, du vivant de son père (1294) « Sigillum Johanmis primogeniti Humberti, dalphini Viennensis (2). »

 

D'autre part, les monnaies attribuées par M. H. Morin (3) à Humbert Ier portent comme légende, au droit « Dalphinus Viennensis, » et au revers « comes Albonis. » Il  est vrai que la date de ces monnaies et leur attribution à Humbert Ier sont douteuses. Cette forme « Delphinus Viennensis » est presque générale dans les actes rédiges en dehors de la chancellerie delphinale.

 

« Nostre amé et féal Humbert, dauphin de Viennois (4),» dit Philippe le Bel dans un acte de 1297. Et ailleurs :

 

1298. Domino Humberto, dalphino Viennensi (5).

1298. « Dalphinus Viennensis, » dit le pape Ctément V (6).

1305. Anna delphina Viennensis et Johannes DALPHINI ejus primo genitus (7).

 

Remarquons cette forme « Johannes DALPHINI, » pour désigner le fils du Dauphin, du vivant de son père. Elle nous amène à formuler cette règle exactement observée pendant les règnes d'Humbert Ier, Jean II, Guigue VII et Humbert II, à savoir que tous les membres de la famille delphinale, hors le prince régnant, portent comme un nom patronymique le nom « Delphinus » au génitif. Donc, en modifiant son sens primitif, en devenant un titre de dignité, synonyme de prince ou de comte, le mot « Dalphinus » est resté pour eux un nom de famille.

 

Nous venons de voir que Jean II porte, du vivant de son père, le nom de « Johannes DALPHINI »Hugues, son frère, seigneur de Faucigny, est ainsi nommé dans son contrat de mariage avec Marie, fille d'Amédée, comte de Savoie (1309) « Hugonem DALPHINI, dominum Fucigniaci (8), et dans un autre acte de 1331 où intervient son neveu Guigue VII « Nos Hugo DALPHINI, dominus terre Fucigniaci et Vizilie.... rogantes excellentem virum Guigonem Dalphinum, carissimum nepotem nostrum (9). »

 

Henri Dauphin, autre frère de Jean II, qui fut évêque nommé de Metz et régent du Dauphiné pendant la minorité de Guigue VII, porte les titres de :

 

1324. Henricus DALPHINI, electus Metensis, regens Dalphinatum (10).

1326. Henricus DALPHINI, Montisalbani et Medullionis dominus,regens Dalphinatum Viennensem (11).

 

Dans son testament daté de 1317, Gui Dauphin, baron de Montauban, quatrième fils d'Humhert Ier, s'intitule «Guido DALPHINI, miles » et il institue pour héritier son neveu « Humbertum DALPHINI, » qui deviendra le dauphin Humbert II (12). Enfin, dans un acte postérieur de quelques jours à la mort d'Humbert Ier, on trouve ce prince designé lui-même sous cette forme « Illustri viro domino Humborto DALPHINI, Vienne et Albonis comite, domino que de Turre, nuper viam universe carnis ingresso (13). »

 

Jean II (1307-1319), fils d'Humbert Ier, et Guigue VII (1318-1333), fils et successeur de Jean II, portent, dans la légende de leurs sceaux et de leurs monnaies, le titre de « Dalphinus Viennensis.

» La légende du sceau de Jean II est « Sigillum Johannis Dalphini Vienensis, Albonis comitis, dominique de Turre (14). »

Celle de ses monnaies est au droit « Johannes Dalphinus Viennensis,» et au revers « U Comes Albonis » et « Sit nomen Domini benedictum (15). Les monnaies de Guigne VII portent au droit : « G. Dalphinus Viennensis, » et au revers « S. Johannes Baptista (16) »

 

Dans les actes on trouve tantôt < »Dalphinus Viennensis, » tantôt « Dalphinus, Vienne et Albonis comes. Ainsi, tandis que la suscription du testament de Jean II, daté de 1318, est «Johannes dalphinus, Vienne et Albonis comes, dominusque de Turre (17), » dans l'acte de fiançailles de Guigne VII avec Isabelle, fille du roi de France Philippe le Long, Jean II prend les titres suivants « Johannes, dalphinus Viennensis, comes Albonis, dominusque deTurre, » et il explique en ces termes qu'il désigne pour son successeur son fils Guigne VII « Et eunden Guigonetum filium nostrum heredem ac successorern cum effectun faciemus in Daphinatu Viennensi, comitatu Albonis ac baronia de Turre (18). »

 

Guigue VII est le plus souvent nomme « Illutris princeps dominus Guigo Dalphinus Viennensis, Albonis comes, dominusque de Turre » ou « Guigo Dalphinus, comes Albonis, delphinus Vionnensis, dominusque de Turre », ou plus simplement « Guigo Dalphinus Viennensis (19). » Il est appelé « le dalphin de Vienne dans un acte passé à Paris en 1338 (20). C'est également sous ce titre qu'il est designé dans les chroniques de Saint-Denis (21) « La septième (bataille) mena le Dauphin de Vienne (à la bataille de Cassel).

 

Avec Humbert II apparaît une dernière transformation dans la suscription des actes émanes du Dauphin. La formule  « delphinus Viennensis, malgré son air décoratif, parut à ce prince fastueux et épris de titres une sorte d'abdication de ses droits sur le comté de Vienne en ce qu'elle supprimait le titre de « comes Vienne. » C'est pourquoi il adopta le premier et le seul la formule «Humbertus Dalphinus Viennensis, Vienne et Albonis comes, ac palatinus (22), et, la jugeant encore trop modeste, il l'amplifia des titres suivants, qu'il fit tous figurer sur la légende de son grand sceau « Sigillum Humberti, dalphini Viennensis, ducis Campisauri, principis Brianconesii, marchionis Cesane, Vienne, Albonis, Graisivodani comitis ac palatini, Vapinceii, Ebredani et Andne comitis et domini baroniaram Turris, Fucigniaci, Montisalbani, Medullionis, Montislupelli (23). »

Son successeur adopta une formule plus brève « Karolus, primogenitus regis Francorum, dalphinus Viennensis (24), laquelle fut désormais de style dans la chancellerie delphinale.

 

CONCLUSION. En ce qui concerne les dauphins de Viennois, DELPHINUS est un prénom emprunté an martyrologe par Guigne IV et adopté par lui comme second nom. Ce surnom est gardé par Guigne V, son successeur. Il n'est pas repris par Albéric Taillefer et Hugues III, ducs de Bourgogne, les deux maris de Béatrix, fille de Guigue V. Mais cette dernière le donne à son fils André, pour rappeler sa descendance des anciens comtes d'Albon. Les Dauphins de la seconde race successeurs d'André, Guigne VI et Jean Ier, portent le plus souvent le nom Delphinus au génitif, ce qui implique qu'ils le considéraient comme un nom patronymique mais déjà, sous Guigue VI, les chancelleries étrangères au Dauphiné le prennent pour un titre de dignité.

 

C'est sous Humbert Ier (1888-1307), chef de la troisième race, que DELPHINUS devient définitivement un titre, en même temps qu'apparaissent pour la première fois les mots Dalfina ou Delfina pour désigner l'épouse du Dauphin, et Dalphinatus ou Delphinatus pour désigner ses états. Toutefois Delphinus reste un nom patronymique pour tous les membres de la famille delphinale autres que le prince régnant.

 

A suivre... 

 

(1). B. Pilot de Thorey, Inv des sceaux, p 34.35. (2). Douët d’Arcq, n° 600. (3). H. Morin. Numismatique féodale du Dauphiné, p 65. (4). Valb., II, 81. (5). Valb., I, 91. (6). Arch de l’Isère, B.3267. (7). Arch. de l’Isère. Série H. Chartes de la chatreuse de S.-Hugon. (8).Valb., I, 199. (9). Ibid., I. 150. (10) Ibid., I, 148. (11). Ibid., I, 210. (12). Arch. De l’Isère. B. 3164. (13). Ibid., B. 2641. (14). Doët d’Arcq, n° 602. (15). H. Morin, p. 67. (16). Ibid., p. 70. (17). Arch. De l’Isère, B.3164. (18). Arch. De l’Isère, B.3164. (19). Valb., I, 209. (20). Arch. de l’Isère, B. 2642. (21). Valb., I, 210-211. (22). Ul. Chevalier, Doc. Hist. Inédits sur le Dauphiné, p. 30. (23). Ed. Paulin Paris, V, 313-314. (24). Arch. de l’Isère, B.3137.

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dauphine

 

Voici quelques-unes des suscriptions ou j'ai retrouvé le génitif « Dalphini, » caractéristique des noms de famille :

 

1238. Nos dictus G. Dalphini (1).

1244. Nos G. Dalphini, Vienne et Albonis comes. Nos G. Dalphini (2).

1246 Nos Guigo Dalphini, Vianne et Albonis comes… par totum comitatum nostrum (3).

1250. Nos Guigo Delphini, Vienne et Albonis comes (4).

1254. Illustrem virum Guigonem Dalphlni, Vienne et Albonis comitem super rancunis quas facit dom. Guigo Daiphini (5).

1254. Nos Guigo Dalphini, Vienne et Albonis comes (6).

1255. Nos G. Dalphini, Vienne et Albonis comes (7).

1260. Même forme (8).

1260. Domino nostro G. Dalphini, Vienne et Albonis comiti. dicto domino G. Dalphini (9).

1261.  Nos Guigo Dalphini, Vienne et Albonis comes (10).

1263. Nos G. Dalphini, Vienne et Albonis comes (11).

1263. Vendidit illustri viro G. Dalphini, Vienne et Albonis comiti (12).

1270. Inter bone memorie dom. G. Dalphini, Vienne et Albonis comitem… dicto domino G. Dalphini (13).

 

La forme Guigo Delphinus ou Dalphinus se retrouve dans tous les textes imprimés, sauf ceux édités par M. l'abbé Ulysse Chevalier, le paléographe impeccable. Assez souvent cette forme n'est que l'interprétation de l'abréviation Guigo Delph. ; mais parfois, il faut le reconnaître, les textes originaux la fournissent d'une façon indubitable. Je me bornerai à citer ici les mentions que j'ai relevées moi-même sur les chartes du temps : 1246. Inter dominum Guigonem Delphinum, Vienne et Albonis

comitem (14).

 

1248. Domino meo Guigoni Delphino, Vienne et Albonis comiti (15).

1252. Illustri viro karissimo domino meo Guigoni Dalphino, Vien. et Albonis comiti (16).

1266. Illustri domino Guigone Dalphino, Vienne et Albonis comiti (17).

   1267. Nos G. Dalphinus, Vienne et Albonis comes (18).

 

Si l'on écarte du débat, comme on doit le &ire, toutes les formes abrégées que les éditeurs ont reconstituées, on constate que la forme Guigo Delphini est plus fréquente que la forme Guigo Delphinus. On remarque en outre que la première se trouve particulièrement dans les actes émanas de la chancellerie du Dauphin, et la seconde se rencontre plutôt dans les actes émanés d'autres chancelleries ou passes par-devant notaires.

C'est que, si la chancellerie delphinale conservait encore le sens du mot –Delphinus,  les chancelleries étrangères tendaient visiblement à modiner ce sens et à faire du nom patronymique un titre de dignité (19).

C'est ainsi que, dans un diplôme impérial de 1848, Guigne est appelé « Guigo Dalphinus Viennensis, dilectus consanguineus

etndelisnoster (20). »

Dans un autre diplôme de 1250, l'empereur parle du « Camerarius Delfini Viennensis, dilecti consanguinei (21). » Et dans le testament de Pierre, comte de Savoie, daté de 1268, on lit

« Beatricem carissimam Bliam nostram, uxorem illustrissimi viri Dalphini Viennonsis (22). »

 

En résumé, sous Guigne VI, Delphinus est traité comme un nom patronymique par la chancellerie delphinale, mais déjà à l'étranger on tend à le considérer comme un titre.

La même conclusion découle de l'examen des actes émanés de Jean Ier  (1270-1282), fils et successeur de Guigne VI. Il se donne le nom de « Nos Johannes Dalphini, comes Vienne et Albonis, » dans son testament de 1282, où il confirme le testament de son père « testamentum inclite recordationis patris nostri, comitis comitatuum prédictorum (23). C'est par ces mots comitatus  Vienne et Albonis que sont désignés les états de Jean Ier. Le mot Delphinatus n'apparaît pas encore. Il ne figure pas non plus dans le traité passé en 1376 entre Robert II, duc de Bourgogne, et Béatrix, comtesse de Vienne et d'Albon, mère de Jean Ier, « super regimine comitatuum Vienne et Albonis et alterius terre qaondam G. Dalphini (24).

 

Dans un acte de 1378 passé à Cornillon, près Grenoble, Jean II est ainsi qualifié « Coram illustri ac serenissimo domino Johanne de Dalphyn, comite (25), » forme isolée, résultat d'une distraction de scribe, mais qui laisse supposer que ce scribe considérait encore « Dalphyn comme un nom patronymique.

Ailleurs, on trouve Johannes Dalphinus, cornes Vienne et Albonis. Comme le dauphin Jean Ier mourut avant d'avoir atteint sa vingtième année, les actes émanés de lui sont très rares.

 

Le plus souvent c'est sa mère Béatrix qui agit en son nom elle prend alors les titres de « Beatrix, Vienne et Albonis comitissa et domina Fucigniaci (1270) (26) « Illustri domine Beatrici, Vienne et Albonis comitisse, nomme illustris viri Johannis Delphini, filiii sui, comitis Vienne et Albonis… eidem Johanni comiti. Idem dom. Johannes Delphinus, nlins suus (1276) (27).

Sous Humbert Ier, la transformation du nom patronymique en titre de dignité peut être considérée comme faite. On sait qu'avec Jean Ier s'éteignait la descendance masculine de la seconde race des comtes d'Albon. Anne, sa soeur, qui lui succédait, avait épousé en 1373 Humbert de la Tour, qui porte dans les actes antérieurs à la mort de son beau-frère les titres de :

 

1279. Humbertus, dominus de Turre et de Cologniaco (28).

 

L'année même de son avènement, il prend le titre de « Delphinus » qui ne peut plus être pour lui un nom de famille :

 

1282. Nos Humbertus Delphinus, Vienne et Albonis comes, dominusque de Turre et de Colomaco (29).

 

En même temps, sa femme, Anne, prend le nom de « Delfina », et la veuve de Guigue VI, Béatrix de Faucigny, le prend aussi (30).

 

En 1885, dans le traité conclu entre Humbert Ier et Robert, duc de Bourgogne, au sujet de la succession de Jean 1er le mot « Delphinatus » apparaît pour la première fois. « Inter. Nobilem virum Hnmbertum, dominum de Turre, tenentem Vienne et Albonis, ratione nobilis domine Anne, uxoris sue, filie Guigonis quondam tenentis DELPHINATUM predictum pro se…super hereditate et bonis que mernnt Andrée quondam Delphini, Vienne et Albonis comitis (31). »

 

DELPHINATUS devient pour les contemporains synonyme de « comitatus. » On lit dans un acte de 1293 « Ipsi domino dalphino et ejus in ipso DALPHINATU SEC COMITATU successoribus (32).

 

Ailleurs le Dauphiné est appelé « comitatus Delphini, le comté du Dauphin. « Pro illustri viro domino Hnmterto, comite dalphino, nomine ipsius domini dalphini et illustris domine Anne, uxoris dicti domini dalphini et comitisse ejusdem comitatus Dalphini (33) ,» lit-on dans un acte de 1889.

Si Humbert Ier prend le titre de « Delphinus, il n'y joint pas toujours l'adjectif « Viennensis. La forme qu'il adopte le plus fréquemment est celle que j'ai citée plus haut « Humbertus dalphinus, comes Vienne et Albonis » ou « Vienne et Albonis comes, dominus de Turre et de Cologniaco (34). »

 

Et dans les rares chartes françaises

 

1290. Nos Humbers, darphins, et coins d'Arbons et de Vianois et sires de la Tor (35).

1297. Nos Humbers daufins, de Vienne et de Albon cuens et sires de la Tor, et nos Anne daufine, de Vienne et de Albon contesse et dame de celai mesme lue (36)….

 

A suivre…

 

 

(1). U. Chevalier, Cart an d’Aymon de Chissé,  p. 68-69. (2). Arch, de l'Isère, B. 3021. (3). Arch de l’Isère, B. 3021. (4). Ibid., (5). Ibid.  (6). Ibid., B. 3314. (7). Ibid. (8). Ibid., B. 3316. (9). Ibid., B 3021 (10). Ibid. Série G : Chartes de l’Arch. de Vienne. (11). lbid., B. 3316. (12). Ibid., 3021 (13). Ibid. (14). Ibid., B.2640. (15). Ibid., B.3137. (16). Ibid., B.3021. (17). Arch. de l'Isère, B. 2640. (18). Ibid., B. 3316. (19). Une bulle du pape Innocent IV, datée de 1247, oppose constamment le mot archiepicopus, ce qui laisse entendre qu’ils étaient considérés l'un et t'autre comme des qualificatifs. (Arch. de l’Isère, B. 3266.)

(20).Arch. de l’Isère, B. 3162. (21). Ibid. D'autre part, un diplôme impérial de juin 1247 nomme aussi Guigue VI : « Guigo comes Vienne et Albonis, dilectus consanguineus. » (22). Valb., I, 195. (23). Arch. de l’Isère. B. 3162. (24). Arch.de l’Isère, B.3162. (25). lbid., B.2640. (26). Arch. de l’Isère, H. Chartes de la chartreuse de Saint-Hugon. (27). Ibid., B.3021. (28). Ibid. (29). Valb., II, 25. (30). Valb., II, 35. (31). Arch. de l'Isère, B.3162. (32). Ibid, B.2640. (33). M., B.3021. (34). Ibid., B.3162. Valb., II, 28. Chartes de Chalais. Gall. Christ., XVI. Instr., 55, etc. (35). Arch. de l’Isère, B. 3266. (36). Valb., II, 85.

 

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Ière Partie.

DAUPHINS  DE VIENNOIS.

 dauphine

 


Des prédécesseurs de Guigue IV, le plus ancien porte les surnoms de « senex, senior, vetus, vetulus. »

« Ego Guigo comes, qui nomine vocor senex, » est-il dit dans une charte de 1053 du Cartulaire d'Oulx (1).

Le second, Guigue II, est cité dans le même acte sous le nom de Guigue le Gras « Atque filius meus Guigo pinguis. » Ailleurs, il est appelé «Guigo crassus. »

Le troisième, Guigne III, n'a pas de surnom, mais il est assez souvent distingué par le rappel du nom de son père ou de celui de sa mère « Ego Guigo comes, filius Guigonis crassi (2); » « Guigo comes, filius Guigonis pinguis (3);  « Guigo comes, filius PetroniIIe (4). »

Guigne IV (1132-1142) porte, du vivant de son père, le nom de « Delphinus. » Une charte de 1110 du Cartulaire de Chalais (5) le constate « Ego Guigo comes et uxor mea regina nomine Meheldis. Et laudaverunt similiter filii eorum Guigo Dalphinus et Humbertus. » Et, vers la même époque, une charte du Cartulaire de Domène (6) commence ainsi « Ego Guigo Delphinus decimas ecclesie Heronei quas pater meus Guigo, comes, mihi dimisit, dono… » De ces mentions, il résulte que le nom «Delphinus,» donné à un enfant du vivant de son père, ne saurait être un titre honorifique comme le prétendent Bullet et M. de Terrebasse.

Qu'est-ce donc ? Une charte du Cartulaire de Saint-Hugues va nous le dire. Elle est d'environ 1140 (7) ; Guigne IV y est ainsi désigné « Guigo comes qui vocatur Delphinus." Guigue comte surnommé Dauphin. Et le texte de la charte montre bien qu'il s'agit d'un surnom et non d'un titre, car, toutes les fois qu'il y est question de Guigue IV, qui y règle un différend avec Hugues II, évêque de Grenoble, le mot «comes » est opposé au mot « episcopus. »

Donc « Delphinus » est un surnom. Mais quel est le sens de ce surnom ? C'est ce que Duchesne, Salvaing de Boissieu et Valbonnais avaient à peu près deviné. Ce surnom est un prénom, peu répandu a ]a vérité, mais qui avait été glorieusement porté par un évêque de Bordeaux de la fin du IV° siècle, saint Delphinus (380-404), et par un évêque de Lyon du VII° siècle, saint Anemond, surnommé Dalfinus (650-659). Ce prénom fut porté après Guigne IV par son petit-fils Dauphin, comte de Clermont, souche des dauphins d'Auvergne, et plusieurs de ses descendants, par sainte Delphine de Sabran (1296-1360) et très vraisemblablement, nous le verrons plus loin, par le chef de la deuxième race des Dauphins de Viennois, André.

Est-il besoin de montrer par des exemples qu'au XII° siècle, époque où se forment les noms de famille, des prénoms, des noms de baptême ont été adoptés comme second nom! Dans le seul Cartulaire de Domène, on trouve à la même époque « Guigo Albertus, Guigo Geraldus, Wuigo Abbo, Guigo Garinus, Guigo Desiderius, etc. »

« Guigo Delphinus » est de même formation.

Ce surnom ou nom patronymique est gardé par Guigue V, fils de Guigue IV (1142-1162), qui porte dans les actes les titres suivants :

1146. Guigo coms, filius Guigonis Delfini (8).

1154. Dominus comes Albionensium Guigo scilicet Dalphinus (9).

1155. Wigo Delphinus cornes Atbionensis (10).

Et dans un diplôme de Frédéric 1er (1155) "Fidelis noster Gygo Delphinus, comes Albonensis (11)."

Pour Guigue V, comme pour son père, Delphinus est un surnom.

Guigue V, en qui s'éteint la première race des comtes d'Albon, meurt en 1168, ne laissant qu'une aile, Béatrix, pour héritière de ses états. Celle-ci se maria deux fois : d'abord avec Alberto Taillefer, fils de Raimond V, comte de Toulouse, qui prend dans les actes les titres suivants :

1178. Ego Talifers, Viennensium et Albonensium comes (12).

1183. Ego Taillafers, Viannensium et Albonensium comes (13).

En 1183, Béatrix, veuve de Taillefer, épouse en secondes noces Hugues III, duc de Bourgogne. Le nouveau souverain du Dauphiné se désigne ainsi

1186. Ego Hugo, Dei gratia, Burgundie dux et Albonii comes (14).

De son côté, Béatrix porte les titres de « Beatrix, ducissa Burgundie et Albonii comitissa (15), ou « Béatrix, Dei gratia ducissa Burgundie et Albonii ducissa (16). »

Ni Béatrix, ni l'un ni l'autre de ses deux maris ne prennent le nom ou titre de Dauphin, ce qu'ils n'auraient pas manqué de faire si ce nom était devenu déjà synonyme de souverain des comtés de Vienne et d'Albon. « Delphinus » était considéré comme le surnom du comte Guigue V, de même que Taillefer était celui du comte Albéric, premier mari de Béatrix. C'est ce que montre l'extrait ci-après d'un acte de 1184 ou ces deux noms Delphinus et Taillefer sont opposés « Cum Hugo, Divionensis dux, filiam comitis Dalphini, viduam Taillefer in uxorem duxisset et comitatum Albonensem teneret (17). »

Remarquons encore, et cette conclusion découle de la précédente en même temps qu'elle la confirme, –que les états de Béatrix ne portent pas le nom de Dauphiné; c'est le « comitatus Albonensis, » ce sont les « comitatus Viennensium et Albonensium. »

Beatrix n'eut pas d'enfants de son premier mariage. De son union avec Hugues III elle eut an Bis, qui lui succéda, et deux filles. A ce fils, âgé de huit ans, qu'elle ramenait de Bourgogne en Dauphiné, elle avait donné le nom ou surnom de « Delphinus » pour bien marquer sa descendance des anciens comtes d'Albon, descendance que les deux mariages de la Bile de Guigue V auraient pu faire oublier. Le nom de ce prince a été défiguré par la plupart des historiens dauphinois qui l'ont appelé Guigne-André. Or, aucun acte ne lui donne le nom de Guigue. Dans tous ceux que j'ai consultés, et j'en ai vu de chacune des années de son règne (1198-1237), il est appelé tantôt « Delphinus » comme son cousin le comte de Clermont, tantôt « Andreas Delphinus. »

 

Il porte le nom de « Delphinus dans les suscriptions ou mentions ci-après :

 

1193. Beatrix, ducissa Burgundie et AIbonii comitissa, et filius meus Dalphinus, cum mecum primo ad Ulciensem ecclesiam accessisset (18)

1210. Ego Dalfinus, comas, dono... omne id quod Guigo comes de Albione, peravus meus, et regina, uxor ejus nomine Mathildis, et Guigo Dalfinus filius eorum donaverunt…(19)

1216. Dom. cornes Delphinus (20).                                                                    

1219. Ego Delphinus, comes Albonii et Vienne palatii (21).

1222. Dom. Delphinus, comes Viennensis (22).

1230. Nos Delphinus, Viennensis et Albonensis comes (23)

1234. Dom. Delphinus, cornes Alhonii et Vienne (24).

Dans son testament, daté de 1228, Béatrix appelle constamment son fils Delphinus « Dono tibi Beatrici, comitisse, uxori filii mei Delphini… »

Enfin, dans un hommage rendu par André-Dauphin au chapitre de Saint-Maurice de Vienne (acte sans date), il s'intitule « Nos Dalphinus, cornes Albonis et Vienne (25) ».

Cet acte est muni d’un sceau d'André-Dauphin qui a été décrit par M. E. Pilot de Thorey (26) dans son inventaire des sceaux relatifs au Dauphiné. Ce sceau reproduit au recto un cavalier galopant à gauche, et au revers les murs de la ville de Vienne. La première partie de la légende manque sur environ les 2/5 de la circonférence; le reste, très nettement conservé, doit être lu :

 

…INI. COMITIS. ALBONIS, et au revers :  ET. VIENNE. P….

 

M. Pilot, d'après Valbonnais, a restitué ainsi cette légende : Sigillum Guigonis Andree Dalphini comitis Albonis. Vienne palatini. Cette restitution est inadmissible, d'abord parce qu'André n'a jamais porté le nom de Guigne et ensuite parce que dans la partie du sceau qui est enlevée il serait impossible de placer les mots Sigillum Gui onis Andree Dalph… Les capitales de la légende sont en effet très grosses et dans la partie qui reste, il n'y a aucune abréviation; on ne peut donc raisonnablement en introduire dans la première partie. Après avoir calculé le nombre de lettres qui occupent les 3/5 de la légende encore visibles, on est amené par une opération arithmétique à conclure que les mots emportés étaient Sigillum Dalf, et que la légende doit être ainsi restituée Sigillum Dalfini, comites Albonis et Vienne palatini, ce qui correspond exactement à la suscription de l'acte citée plus haut « Nos Dalfinus, comes Albonis et Vienne, » et à la légende de Dauphin, comte de Clermont, cousin d'André et son contemporain : S. Dalfini, comitis, is Claromontensis.

Cette reconstitution nous permet d'affirmer ce fait absolument nouveau que dans son grand sceau André-Dauphin ne prend que le seul nom de « Dalfinus. »

Il prend ou reçoit le nom d' « Andreas-Dalphinus » dans les actes ci-après :

 

1204. Tibi Beatrici, comitisse Albionii et tibi Andree-Dalphino, ejus filio et successoribus vestris, qui comites Albionn erunt (27).

 

Notons en passant cette incidente significative qui comites Albionii erunt. Si le nom de Delphinus avait été le titre distinctif des souverains du pays, n'aurait-on pas écrit, comme on le fera un siècle plus tard, sous Humbert Ier : au lieu de qui COMITES ALBIONII erunt, qui DALPHINI erunt ?

1213. Andréas dictus Dalphinus, comes Aibionii et Vienne palatii (28).

1215. Ego Andréas dictus Delphinus, cornes Albionii et Vienne palatii (29).

1223. Andreas-Dalphinus, Albonis comes et Vienne (30).

1223. Andreas-Delfinus, comes Albionis et palatinus Vienne (31).

1236-1237. Dominus Andreas-DeIpninus, Vienne et Albonis comes (32).

Je pourrais multiplier ces exemples; mais ceux que je viens de citer suffisent, il me semble, à prouver que, sous le règne d'André. Dephinus est encore considéré comme un nom ou surnom et, par conséquent, qu'il convient de rectifier une fois de plus le nom de ce prince et de l'appeler André-Dauphin.

A André succéda son fils Guigne VI (1237-1870), lequel prend dans les actes tantôt le nom de « Guigo Dalphinus, » tantôt celui de « Guigo Dalphini. » J'observerai à ce sujet que les éditeurs de cartulaires et autres recueils d'actes n'ont pas toujours assez fait attention à ces différences et qu'il leur est arrivé fréquemment d'imprimer Guigo Dalphinus, et même Guigo dalphinus Vienensis et Albonis comes, là où le texte portait Guigo Damphini, Vienne et Albonis comes. ll est vrai d'expliquer à leur décharge que parfois les scribes ont abrégé la suscription sous cette forme : Nos G. Dalph. Vien. et Albon. comes, ce qui prête aux deux interprétations; mais, à coté de ces suscriptions douteuses, il en est un grand nombre, -les actes de cette époque abondent, qui sont d'une lecture indiscutable...

 

A suivre.

 

 

(1.)Cart Oulx. ch. 152.

(2.)Gall christ.  XVI. Instr ; c 52.

(3.) Cart d’Oulx. ch. 243.

(4.)Ibid, ch. 227.

(5.)Arch. de l’Isère. Charte de Chalais. Cf Pillot de Thorey, Cart de Chalais p. 13-15.

(6.)Monteynard, Cart. de Domène, Lyon, 1859, in-8°, n°13.

(7)Marion, CarT. De Saint-Hugues, p 243.

(8)Arch. De l’Isère. Chartes de Chalais.

(9)Giraud, Cart. de Saint-Bernard de Romans, art. 307.

(10)  U. Chevalier. Cart. De Saint-André-les-Bas, p. 293.

(11). Arch de l’Isère, B 3162.

(12). Cart d’Oulx, ch 45.

(13).  Gucihemon, Bibli Sebusiana, p 5.

(14). Oulx, ch. 35.

(15). Oulx, ch. 37.

(16). Ibid, ch. 33.

(17).  Gall.  christ., XVI. Instr., c. 90. Valb., I, 181.

(18). Oulx, ch. 50.

(19). Arch. de l'Isère, série H. Chartes de Chalais.

(20). Oulx,  ch. 40.

(21). Charte de Charlais.

(22). Oulx,  ch. 34.

(23). Obit. de l’Eglise de Lyon, p. 206.

(24). Oulx, 42.

(25). Arch. de l’Isère, série G., fonds du chapitre Saint-Maurice de Vienne.

(26).  E. Pilot de Thorey, Inventaire des sceaux relatifs au Dauphiné, conservés dans les archives départementales de l’Isère. Grenoble, 1879, in-8°, p 33.

(27). Valbonnais,  I, 121.

(28). Arch. de l'Isère, série G. Cart. d'Aymon de Chissé, fol. 315.

(29). Arch. de l'Isère, B. 3162.

(30). Auvergne, Cart de Saint-Robert de Cornillon, p. 2. (Bull. de l’Ac. delph. Doc. Inédits, T1)

(31). Arch. de l'Isère, série H. Chartes de Chalais.

(32).Testament d'André-Dauphin. Arch. de l'Isère, B. 3162.

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DAUPHIN ET DAUPHINÉ

 


DE L'ORIGINE ET DU SENS DES MOTS

 


DAUPHIN ET DAUPHINÉ

 


ET DE LEURS RAPPORTS  AVEC L’EMBLEME DU DAUPHIN

EN DAUPHINÉ, EN AUVERGNE ET EN FOREZ.

 

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Deux grandes familles féodales, les comtes de Vienne et d'Albon et les comtes de Clermont en Auvergne, ont adopté le titre de dauphin et l'ont transmis à leur principauté. Le comté de Vienne et d'Albon est devenu le Dauphiné de Viennois ou plus simplement le Dauphiné le comté de Clermont est devenu le Dauphiné d'Auvergne. D'autre part, les comtes de Lyon et du Forez ont, au XIII° siècle, introduit le dauphin dans leurs armes, en même temps qu'il remplaçait dans leurs sceaux le gonfanon des comtes d'Auvergne et les tours des comtes d'Albon.

Pourquoi ces transformations? Quel est le sens de ce titre mystérieux? Quelles causes ont provoqué la création de cette nouvelle dignité féodale ? Ce problème historique, que je vais à mon tour essayer de résoudre, a déjà vivement sollicité l'attention des historiens du Dauphiné et de l'Auvergne et les solutions ne manquent pas.

Dans une dissertation sur le titre de Dauphin que porte le Fils aîné de nos Rois (1) M. Bullet a rappelé toutes les explications données par ses devanciers Les uns, dit-il, « prétendent que le Dauphiné a été ainsi appelé des Auffinates, ses anciens habitants les autres disent que les Allobroges, ancêtres des Dauphinois, étaient une colonie grecque venue de Delphes: d'autres font descendre les premiers dauphins d'une famille vénitienne nommée Dolfino. L'explication de Claude de la Grange mérite d'être citée « Le Dauphiné, dit-il, s'appelait auparavant le Viennois, et, dans le langage populaire du pays, « le Vienné. » Lorsqu'on interrogeait quelque habitant de cette province d'où il était, il répondait dans son patois « Do Vienné. Les Allemands, sous l'empire desquels était alors ce pays, changeant le V consonne en F, prononçaient « Do Fienné, d'où, par une crase facile et usitée dans leur langue, ils ont fait « Dofiné » et donné ensuite le nom de « Dofin » au prince qui en était souverain. Cette conjecture est subtile, déclare gravement Bullet, mais elle est sans solidité. Je renvoie à Bullet ceux qui seraient désireux de connaître les conjectures non moins subtiles des autres historiens dauphinois et celle de Bullet lui-même qui voit dans le nom de dauphin deux mots celtiques signifiant le souverain de la contrée, et j'arrive de suite à ceux dont l'opinion est moins fantaisiste, à Chorier, Valbonnais, Salvaing de Boissieu, Duchesne et de Terrebasse.

« C'était, dit Chorier, la coutume des chevaliers de charger leurs casques, leurs cottes d'armes et la housse de leurs chevaux de quelque figure qui leur était particulière et par laquelle ils pouvaient se faire distinguer des antres qui entraient comme eux dans un combat ou dans un tournoi. Il est vraisemblable que ce prince (Guigne IV) choisit le dauphin, qu'il en lit le timbre de son casque, qu'il en chargea sa cotte d'armes et qu'il en mit la figure sur la housse de son cheval en quelque tournoi célèbre ou en quelque grand combat. Il se fit remarquer entre tous les antres par son adresse et sa valeur; et de là il fut appelé le comte du Dauphin et le comte Dauphin. Ce titre, lui étant agréable parce qu'il lui rappelait son adresse ou sa valeur, le fut aussi pour la même raison à ses descendants, qui l'adoptèrent. Le dauphin devint après ce prince la devise de cette illustre maison. Il n'en devint pas sitôt les armes, comme le croient tous les historiens car les armes des comtes du Viennois, sous les deux premières races, étaient un château composé de trois tours, ainsi qu'il paraît par les sceaux de ces princes. Tels sont ceux du dauphin Guigue-André, de l'an 1800 et de l'an 1886, tels sont ceux de Guigne VII, de l'an 1844, de l'an 1846, de l'an 1284 et de l'an 1868. Il est vrai que celui-ci, qui est le dernier des dauphins de la deuxième race (2), commença le premier à placer un dauphin dans son écu, mais sans quitter les anciennes armes de ses prédécesseurs.

Il est représenté, dans un sceau de l'an 1258, à cheval et armé et un dauphin dans son écu qu'il porte à son bras gauche, mais de l'autre cote du sceau est représenté un château comme les vraies armes de sa maison. Enfin ce prince, par inclination pour ce symbole, fit graver le dauphin seul sur un sceau particulier, qu'il appela son sceau secret (3).

Nous verrons plus loin ce qu'il y a d'exact et ce qu'il y a d'erroné dans cet exposé historique, mais nous pouvons, dès maintenant, faire remarquer que Chorier s'est chargé lui-même de réfuter son propre système. Il ne peut être vrai que le Dauphin ait emprunté son nom à l'emblème peint sur son écu, puisque cet emblème n'apparaît dans les armes des Dauphins qu'un siècle plus tard.

Du Chesne, Salvaing de Boissieu et Valbonnais se rapprochent davantage de la vérité en constatant que Dauphin était un nom donné au baptême à Guigne IV par son père, et que ce nom plut à ses successeurs qui s'en firent un titre de dignité.  « Guigue IV, dit Duchesne, reçut au baptême le nom de Dauphin, comme enseignent diverses chroniques anciennes, lequel nom ses successeurs convertirent depuis en dignité (4). »

« Au reste, dit Salvaing de Boissieu (5), les anciens comtes d'Albon et de Graisivaudan prirent le nom de Dauphins en mémoire de l'un d'eux ce fut Guigue VIII, fils de Guigue le Gras (6), qui reçut au baptême celui de Dauphin, environ l'an 1130 (7), et qui pourtant ne laissa pas de s'appeler aussi Guigue, comme ses prédécesseurs, suivant la coutume de ce temps-là parmi les grands qui portaient souvent deux noms l'un qui leur était propre et particulier, et l'autre en mémoire de leurs ancêtres. Finalement, d'un nom de maison il s'en est fait un de dignité, tellement que dauphin de Viennois veut dire la même chose que prince de Viennois, et pourtant les frères du Dauphin, qui n'avaient point de part à la principauté, n'ont pas laisse de porter le même nom, mais au génitif, pour désigner leur maison, au lieu que les Dauphins le portaient au nominatif. Ainsi Guy Dauphin, frère de Jean II est nommé « Guido Delphini. »

Il est plus vraisemblable, dit le président de Valbonnais (8), que le surnom de Dauphin, que le comte Guigue IV porta le premier, plut assez à ses successeurs pour l'ajouter a leur nom et pour s'en faire un titre, qui s'est conservé ensuite parmi leurs descendants. »

Cette explication, pourtant si rationnelle, n'est pas admise par M. de Terrebasse, d'ordinaire mieux inspiré, et, après l'avoir combattue, il revient au système de Bullet, en le modifiant un peu. « Dalfinus » n'est plus un mot celtique, c'est un mot tudesque signifiant chef, prince. « Wigo, Vuigo, Guigo, dit-il, est un nom d'origine germanique, et les premiers membres de cette famille étaient sans doute au nombre des seigneurs lorrains qui vinrent s'établir à Vienne à la suite du roi Boson. Il est probable qu'ils avaient été investis dans leur pays natal de quelque charge, office ou dignité, et que, plus tard, ils tinrent à honneur de ne pas en perdre le souvenir. C'est alors que Guigne m joignit au nom héréditaire que portait son fils celui de « Delphinus, » qui représente en latin du moyen âge la qualification tudesque dont nous venons de parler. Tout concourt à prouver que « Dalphinus » n'est autre chose qu'un ampliatif du titre de comte qui ne suffisait plus à la fortune et à la puissance des comtes d'AIbon. « Guigo comes, qui vocatur Dalphinus. » Quelle que soit la signification qui se cache sous cette traduction, la valeur et la majesté de l'expression ne sont pas moins garanties par l'adoption qu'en ont faite trois dynasties (9) souveraines, et, plus tard, les rois de France eux-mêmes. Dieu nous garde de nous aventurer avec Bullet et Eusèbe Salverte à la recherche de l'étymologie de ce nom qui demeure un de ces problèmes historiques dont les savants ont vainement poursuivi la solution ! ».

En dépit de cet aveu d'impuissance, M. de Terrebasse, après avoir combattu les opinions de Chorier et de Valbonnais qu'il déclare « également dépourvues de critique et de fondement, » expose ainsi son système personnel, qui est, à peu de différence près, celui de Bullet « Dafinus, Talfinus, ainsi que l'écrivent les chartes allemandes, serait, ainsi que nous l'avons déjà dit, un nom tudesque défiguré par sa traduction en latin et n'ayant originairement aucun rapport avec le mot Delphinus. Et, en effet, il s'écoule un siècle avant que les comtes d'Albon, jouant sur ce mot, se fassent du dauphin des armes parlantes. Ce nom aurait été sous sa forme primitive un nom de dignité, revenant à celui de chef, thane, prince, et le passage suivant de la Chronique d'Ipérius, abbé de Saint-Bertin au XIVème siècle, serait l'écho confus de cette tradition

« Du temps de Conrad le Salique, le roi de Bourgogne Rodolphe, voyant que les Bourguignons, ses sujets, persistaient dans leurs insolences habituelles contre leurs maîtres, transmit à l'empereur le royaume de Bourgogne que les rois de sa race avaient possédé plus de cent trente ans, et la Bourgogne fut ainsi réduite de nouveau en province. Et remarquez à ce propos que, dans le voisinage de la Bourgogne, il existe des princes qui sont appelés dauphins, comme le Dauphin de Vienne, le comte Dauphin d'Auvergne, ainsi nommés parce que leurs prédécesseurs furent rois. Dauphin, en effet, n'est autre chose que roi déposé, et les Dauphins sont des rois déposés (10). »

C'est par respect pour la haute autorité de M. de Terrebasse et parce que c'est la dernière solution proposée (11), que j'ai donné cette longue citation. Problème insoluble, dit M. de Terrebasse, et, comme s'il ne lui suffisait pas de l'affirmer, il le prouve en proposant une solution inadmissible.

Et pourtant l'énigme n'est pas si difficile à déchiffrer, et il suffisait de consulter nos vieux chartriers et aussi ceux de l'Auvergne pour en trouver le mot et pour comprendre et expliquer la genèse de cette nouvelle dignité. Cette consultation, je l'ai faite, non seulement sur les cartulaires imprimés, mais, autant que cela m'a été possible, sur les chartes originales elles mêmes. J'ai relevé avec grand soin les suscriptions au nom des comtes de Vienne et d'AIbon, depuis l'année 1110, époque où Guigne IV, encore enfant, prend pour la première fois, du vivant de son père, le nom de Dauphin, jusqu'à Humbert II qui porte le titre d' «Humhertus delphinus Viennensis, Vienne et Albonis corner, etc. »

J'ai procédé de même pour les Dauphins d'Auvergne, depuis Guillaume VII jusqu'à la fin du XIVème siècle.

Le classement chronologique de ces suscriptions m'a amené à faire les constatations suivantes…

 

1.Lober, collection de meilleures dissertations, notices et traités particuliers relatifs à l’Histoire de France…. Paris, 1838, in-8°, t VI, p. 29.

2.Ceci est inexact : A Guigne VI dit le Jeune, que Chorier appelle Guigue VII, parce qu'il a donné par une erreur générale de son temps le nom de Guigue à André, succéda son fils Jean 1er (1270-1282).

3.Chorier, Histoire du Dauphiné. Réimp. Valence, 1878. p. 600 et suiv.

4.Ducheme, Histoire des Dauphins du Viennois, p11.

5. Usage des fiefs, éd. de 1731, p. 13.

6.Ceci est une erreur. C'est le petit-fils de Guigue le Gras qui prit le premier le nom de Dauphin.

7.Cette date est également fausse. C’est en 1110 que le nom de Delphinus apparaît pour la première fois.

8.Histoire du Dauphiné, t I, p.3.

9.Quelles sont ces trois dynasties ?  Je connais les comtes d'Albon et les comtes de Clermont; mais si M. de Terrebasse fait allusion aux comtes de Forez, il se trompa. Ceux-ci ont placé, il est vrai, le dauphin dans leurs armes, mais ils n'ont jamais pris le titre de dauphin

10. A. de Terrebasse, Œuvres posthumes, p, 121-125.

11.Voyez toutefois à ce sujet un intéressant article de M. Joseph Roman, inséré dans les Mélanges de numismatique, t. III (1878). J'aurai occasion d'en reparler dans la troisième partie de cette étude.

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Cassiaux1

 

 

 

…Ils avaient rêvé le 13 Vendémiaire ! mais il fallait l'exécuter ; et tel qui conçoit le crime, et peut du fond du cabinet en diriger les effets, manque souvent de l'énergie des bourreaux : c'était le cas où se trouvait le Directoire. Mais un homme existait; il était ambitieux, sans crédit, sans fortune et sans réputation ; il quêtait un emploi ; l'on se ressouvint de lui, on l'appela; il vint, obéit, et Paris fut ensanglanté par la maint de celui qui devait y régner bientôt. Ce jour marqua son âme d'un cachet de sang, et fut le prélude des grandes œuvres qui devaient l'immortaliser.

Toutefois cette fameuse journée lui valut un commandement; l'Italie vit flotter partout l'étendard tricolore, et le vainqueur d'Arcole et de Lodi, couvert de gloire et de lauriers, reparut au milieu de la France. Son retour fit frémir les Parisiens et trembler le gouvernement directorial.

On conçut le projet de l'éloigner, on flatta son orgueil militaire, l'expédition d'Egypte fut résolue ; il partit, et fut  vaincue sons les murs de Saint-Jean d'Acre.

Tour-à-tour Corse, Français et Mahométan, plus ce caméléon politique s'avança dans la carrière ; plus il devint ambitieux. Il ne négligea rien de ce qui put le porter à la souveraineté. Nous verrons par quels degrés il y parvint.

Fatigué de défaites, repu de ravages et convaincu de la folie de son entreprise, Buonaparte revint en France ; et la France, écrasée sous le poids d'un gouvernement versatile et cruel, vit arriver avec quelque joie celui qu'elle avait vu s'éloigner avec plaisir.

Le 18 Brumaire éclata; le Corps législatif fut transféré à Saint-Cloud, le cosmopolite s'y transporta ; le Conseil des Cinq cents fut disséminé à la baïonnette ; un reste de dignité nationale se fit sentir, et Buonaparte, mis hors de la loi, fût tombé sous les poignards des législateurs, si ses compagnons d'armes ne l'eussent sauvé par un crime de lèse-nation.

Enfin le triumvirat eut lieu ; un pouvoir absolu lui fut remis, et dans l'espace de vingt-quatre heures la France eut un nouveau gouvernement.

La France en eût changé vingt fois, s'il se fût trouvé vingt factions différentes ; elle n'avait plus d'énergie que pour souffrir; Le triumvirat se sentit bientôt de l'influence que Buonaparte avait acquise : on le vit successivement devenir Premier Consul, Consul à vie, Empereur des Français, Roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Confédération Suisse, Il eût uni la tiare aux sceptres qu'il avait amoncelés, si la main de Dieu ne l'eût brisé, toutefois il versa sur ses usurpations le coloris le plus gracieux, et chaque dignité parut lui être conférée au nom des peuples qu'il avait asservis à ses lois, et soumis à sa volonté.

Tant de gloire, de fortune et de puissance ne purent le rassasier, ni cacher à ses yeux toute l'horreur de son usurpation ; il sollicita de Monsieur (1) l'abdication de tous ses droits à la couronne de France, et le refus qu'il en éprouva fut l'arrêt de mort de l'infortuné duc d'Enghien. Ce meurtre révoltant, que ses partisans nommèrent assassinat politique, tourna contre lui tous les vrais Français, et même ceux que la fortune ou leur inclination attachaient à son char.

Ce premier attentat à la majesté des nations fut bientôt suivi d'un second, non moins féroce- Un traité fut contracté avec l'Espagne ; cette généreuse alliée nous fournit ses trésors et ses soldats ; on parla de conférences, Charles IV et sa famille s'y rendirent Charles IV et sa famille furent enlevés, faits prisonniers, et la plus indigne captivité devint le prix de la plus honorable confiance.

Ce crime impolitique avait été créé par lui seul ; ses parens, ses ministres, ses conseillers les plus intimes s'y opposèrent.

Il les décrédita ou les exila, non pas qu'il ignorât les malheurs où pouvait le plonger cette infâme trahison ; mais un sentiment plus fort l'entraînait : — il avait soif du sang des Bourbons !

La noble énergie des Espagnols rendit ses projets inutiles, et leurs campagnes brûlantes furent arrosées par le sang d'un million de Français.

Sans cesse tourmenté par le besoin de se justifier et de s'ennoblir aux yeux de l'univers étonné, il sollicita une alliance avec l'Autriche ; il répudia celle qu'il avait élevée au rang d'impératrice, et obtint en mariage la fille des Césars.

Cet hymen étonnant fit un moment présager la paix à l'Europe ;.... cet hymen la détruisit. Londres, cette arche sainte qu'il n'avait pu toucher, l'irritait sans cesse par la grandeur de son commerce, et la force de sa liberté ; il y voulut entrer, et Moscou lui sembla le seul chemin qui pût l'y conduire.

Mais la nature alarmée se révolta contre lui, les nations assoupies se réveillèrent et se coalisèrent, les Français épuisés l'abandonnèrent et le maudirent; et ce colosse effrayant, après avoir lutté vainement l'espace de quelques mois , est tombé frappé de délire et d'aveuglement, et traîne au milieu d'un île de fer des jours qu'il eût pu rendre chers à la nation , qui déjà n’y percevait plus qu'à peine les forfaits qu'il avait commis ; tant les armes françaises l'avaient environné de triomphes et de lauriers!

Enfin la Providence a replacé sur le trône l'héritier de Henri ; mais hélas ! dans cet instant de trouble et de confusion, bien loin de s'éclipser, les haines et l'esprit de parti se sont réveillés : la crainte et l'incertitude chez les uns, l'orgueil et l'espérance chez les autres, sèment partout l'injustice et l'erreur. On murmure, et l'honnête homme, étonné de la stupeur générale, cherche à démêler la vérité pour ne point hasarder une opinion de laquelle il aurait peut-être à rougir un jour aux yeux de ses concitoyens.

Mais que dis-je ? peut-il n'en avoir aucune? est-il donc sa force et sans énergie? n'a-t-il pas le cri de sa conscience pour le diriger, et l'expérience du passé pour l'éclairer sur l'avenir ? Grand Dieu ! n'est-ce pas assez ?

O mes enfans ! de ce choix peut-être dépend la réputation de toute votre vie!

Cherchons donc quels sont de l'une et l'autre part les causes du murmure ; soyons impartiaux, et que notre opinion soit le fruit de notre raison, et non celui de notre délire ou de notre enthousiasme.

Sans doute ce grand événement devait produire des sensations tout-à-fait différentes dans l'esprit des Français. Les uns avaient beaucoup perdu par la révolution, les autres avaient beaucoup gagné ; l'espérance devait donc s'emparer de l'âme des premiers, au même instant qu'elle abandonnait celle des seconds : mais la main du temps avait scellé les dernières opérations de l'ancien gouvernement d'un cachet authentique, et le premier bienfait du Roi, qui le sentit, devait être une charte constitutionnelle qui fixât les prétentions de chacun.

Cet acte, aussi juste dans ses principes qu'honorable pour celui qui le dicta, n’obtint pas l'approbation générale. L'ancienne noblesse y recouvre ses titres ; mais la nouvelle conserve les siens ; chaque citoyen est également admissible aux grandes charges de l'Etat, passible d'une juste répartition d'impôts, et la liberté des cultes couronne cet oeuvre de clémence et de justice.

Mais l'irrévocabilité des ventes des domaines nationaux est devenue l'écueil où s'est allé briser l'enthousiasme de quelques royalistes. Ils ont dit : « Voilà donc le prix de notre éternel » attachement-à la dynastie des Bourbons ! « voilà donc le prix du sang que nous avons versé pour eux! Hé quoi ! n'était-ce pas assez de vingt ans d'infortune et de revers ? n'était-ce pas assez de vingt ans de honte et d'humiliations? n'était-ce pas assez d'avoir supporté de toutes parts, et les vexations de l'usurpateur, et les dédains de ses valets ? Fallait-il,  quand le Ciel rend à nos voeux celui que  nos bras ont vainement défend, qu'il confirmât par un arrêt solennel l'attentat qui nous a dépouillés? Devait-il s'entourer d'hommes nouveaux, quand il lui » restait encore cette vieille notasse française qui combattit si vaillamment à ses côtés, et lui donna tant de preuves de son dévouement et de sa fidélité ? Ces soldats parvenus sous un gouvernement tyrannique et révolutionnaire, auraient-ils osé lever leur fer sur ces vieux et preux  chevaliers, dont les noms se perdent avec leurs aïeux dans l'immensité des temps? n'eussent-ils pas fléchi le genou devant de tels maîtres ? et honteux et repentans, n'eussent-ils pas imploré notre clémence et notre protection, si leur Roi légitime ! eût eu la force de les rejeter dans le rang où le sort les a fait naître, et d'où l'anarchie les avait injustement tirés ? Les grandes charges de la magistrature devaient-elles rester entre les mains de leurs nouveaux détenteurs ? les gentilshommes français n'ont-ils donc pas acquis assez de science pour gouverner, d'énergie pour maintenir ou pour détruire ce qu'il convient à la dignité du royaume d'abattre ou de réédifier ? Hé ! que nous servent de vains titres sans prérogatives, un grand nom sans fortune et sans pouvoir? que nous sert un Roi constitutionnel ? Nous forcera-t-il, (ils l'ont dit!) nous forcera-t-il à le haïr, et à regretter les fers que nous portions ? Pourquoi tant de faiblesse et de pusillanimité ? qu'avait-il à craindre d'un peuple de factieux sans force et sans énergie ? ou s'il  redoutait encore l'influence des premiers hommes de l'Empire abattu, n'avait-il pas à son service 200,000 baïonnettes  pour le soutenir et l'aider dans l'exécution de nos projets, les seuls dignes de lui, mais qu'il n'a pas même osé concevoir ! » délire de l'égoïsme ! insensés qui vous déshonorez par de tels sentimens, tombez aux pieds d'un Roi dont la sagesse et les vertus ont conservé l'honneur à votre pays ; de ce Roi qui n'a rien perdu de sa noblesse et de sa dignité, lors même qu'il semblait ne tenir son pouvoir que des mains des alliés, et dont la grande âme vous a ménagé le plaisir si doux de paraître ne devoir qu'à vous seuls et sa couronne et son indépendance.

Ingrats ! ce n'était donc pas votre Roi que vous regrettiez, mais vos titres, vos rangs et vos honneurs ; et l'ivresse que vous fit éprouver son retour fut donc moins celle du coeur que celle de l'ambition !

O Louis ! ô mon Roi ! rappelle-toi ces mots de Cicéron à César : « n'y la rien de plus grand dans ta fortune que de pouvoir sauver la vie à une foule d'hommes, et rien de plus grand dans ton âme que de le couloir. » Résiste à l'esprit de vengeance dont on veut t'animer; pardonne « Au fond d'un cœur reconnaissant, un bien fait porte intérêt. » (2) O mon Roi! Ton avènement au trône sacré de tes pères ne me rend rien, ne m'ôte rien; mais un sentiment inné m'enchaîne à ta destinée.

Veuille le Ciel répandre dans l'âme de mes enfans ce besoin si doux de traimer et de te servir ! Veuille le Ciel réveiller dans le cœur des Français cet antique amour de leurs rois, qu'un instant d'erreur en a banni! Pardonne,... ils ont tant souffert!.... ils ont tout perdu, sauf l'honneur !

Mais s'il en était qui persistassent dans leur aveuglement, dis-leur Vous osez me reprocher ma conduite! examinons quelle a été la vôtre.

Forcés de fuir votre malheureuse patrie, entraînés par la dignité de votre rang ou par l'exemple de vos princes, vous vous êtes expatries. L'attente d'un prompt retour au sein de vos propriétés et dans les bras de votre famille, anima votre courage, et le plus grand nombre de vous conservèrent sur le champ de bataille cette antique bravoure qui valut jadis la noblesse à vos aïeux et vous la mérita de nouveau. Les chances de la guerre trompèrent notre espérance, le malheur s'appesantit sur nous, les fatigues et les privations jetèrent le découragement parmi vous ; les regrets se firent sentir ; enfin, après quelque temps de persévérance et de fierté, vous ren trâtes au milieu de la France teinte encore du sang de votre Roi. Quelques-uns y rapportèrent d'honorables cicatrices; un plus grand nombre y revinrent l'âme avilie par les vices honteux qu'ils avaient contractés dans les basses professions qu'ils ne rougirent pas d'exercer au milieu d'un  pays qui leur offrait du fer et du plomb, une couronne royale à reconquérir, et  de grands exemples à suivre.

On vous vit alors quêter servilement des certificats de civisme auprès des comités révolutionnaires, solliciter votre radiation de la fatale liste des émigrés, et peu-à-peu devenir avec l'usurpateur le plus ferme soutien de son empire et les plus zélés de ses sujets. Vous rachetâtes à force de bassesses les titres que vous aviez perdus, vous rentrâtes dans quelques - unes de vos propriétés, et vous vous jetâtes avec confiance dans les bras du soldat vagabond dont l'adroite politique vous attachait à sa fortune.

Dans votre nouvelle élévation, non-seulement vous avez oublié vos premiers  sermens, mais encore vous avez frappé de mépris et d'outrages tous ceux de vos égaux qui s'étaient refusés à l'adoration de l'usurpateur.

Possesseurs vous-mêmes de biens nationaux, accordâtes-vous un asile et du pain à ceux de vos frères ou de vos amis dont vous aviez acquis la fortune à vil prix ? On vous a vu solliciter des alliances honteuses, ou porter des encens au Seigneur pour la conservation  du trône impérial, et l'anéantissement de celui soutenu jadis par vos pères et  naguère défendu par VOUS, Que faisais-je alors ? Errant et malheureux avec les débris de ma famille, et soutenu par mon courage et l'attachement de quelques amis fidèles, je traînai vingt ans sans murmure des jours longuement douloureux. Vous jouissiez  au milieu de votre pays  et des douceurs de la fortune, et des douceurs de la paternité; pauvre et fugitif, je voyais grandir à mes cotés deux neveux chéris, sans que l'espoir consolant de pouvoir  leur assurer, non pas une couronne, mais un tombeau paisible, vînt jamais adoucir l'amertume de mon sort. Une épouse chérie ajoutait encore aux délices de votre vie ;... j'avais perdu la mienne mais MADAME me restait au milieu de tant de malheurs. Elle était là, chaque jour je la voyais; elle me prodigua sans cesse les soins les plus assidus ; jamais un seul murmure ne sortit de sa bouche. Plus occupée de mes maux que des siens, sa consolante amitié versait un baume délicieux sur mon existence, et réunis, nous rendions grâce à Dieu, de ce que sa bonté tutélaire nous fesait trouver dans les larmes que nous répandions une source inaltérable de bonheur et de résignation ! Hélas ! disions-nous, si la terre nous manque pour vivre, elle ne peut nous manquer pour mourir! (3)

Comparez votre existence à la mienne,  et jugez-moi si vous l'osez encore. Que dis-je? jugez-moi. Qui vous en a donné le droit ? Voulez-vous revendiquer le  pouvoir arbitraire des premiers constitutionnels ? êtes-vous jaloux de mon autorité ? ne vous rappelez-vous les journées de Septembre que pour les renouveler ? m'avez-vous replacé sur le trône par la force de vos armes ? ne suis-je redevenu souverain que pour vous consulter et vous obéir ? C'est à Dieu seul, à Dieu que je dois compte de ma conduite ; c'est  à son tribunal sacré que je serai responsable un jour des maux que je vous aurai faits, si mon coeur et mon attachement pour vous pouvaient jamais changer; c'est  à lui seul de me juger, et non pas à des  sujets factieux que je chéris , et pour qui je viens renoncer aux douceurs dur repos. Approchez-vous de moi ; essayez de soulever ma couronne, et vous verrez-de quel poids accablant elle est aujourd'hui. Quoi donc ? quand je me résigne à tout, quand je me jette entre vos bras et m'abandonne à vous avec confiance et sécurité, ne m'aiderez-vous point à tenir ce sceptre de fer qui m'est remis entouré de sang et d'épines? Qu'ai-je  donc fait pour mériter votre inimitié?

n'ai-je pas assez souffert ? ai-je causé vos malheurs ?... Répondez : qu'exigez-vous ? La restitution de vos biens ? elle est impossible sans injustice. L'avilissement de la nouvelle noblesse ? elle n'a rien que  d'honorable à mes yeux. Le rétablissement de vos droits féodaux ? ils étaient révoltans. L'abolition de la liberté des cultes? le sang malheureux des Protestans coule encore devant mes yeux, et me défend de vous écouter. Le privilège des grands emplois civils et militaires ? vous demandez l'anarchie, et je ne veux ni ne dois y consentir... »

 

(1) Louis XVIII.

(2) Sénèque.

(3) Deesse nobis terra in quâ vivamus ; in quae moriamur non potest ! Tacite.

 


 

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Publié le par Rhonan de Bar
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Puisse cette nouvelle année apporter aux lectrices et lecteurs de ce blog les élans nécessaires au retour du Roi. Je vous souhaite à toutes et tous une belle et heureuse année 2013.

Bien à vous. Rhonan de Bar.

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Publié le par Rhonan de Bar
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En des temps reculés, où les pères avaient encore des valeurs a transmettre à leurs progénitures. Ce Testament anonyme...

 

 

VIVE LE ROI!

OU

TESTAMENT POLITIQUE

 

 

MES ENFANS,

 

J'IGNORE quel destin vous attend ; mais quel qu'il soit, n'oubliez jamais qu'il est également indigne de l'homme de s'enorgueillir des faveurs de la fortune, ou de fléchir sous l'adversité. Heureux qui, fort d'une éducation soignée et de grands exemples, a pu se former un caractère noble et généreux, une âme sensible, un coeur droit et pur, une religion sainte! Heureux, cent fois heureux celui pour qui la reconnaissance n'est point un fardeau pénible, et dont le front ne rougit point auprès de l'ancien ami que le malheur a frappé de sa verge de fer!

Mais, ô Dieu ! qu'il est difficile d'acquérir cette pureté d'âme et cette noblesse de caractère d'où seules dépend notre félicité! combien de circonstances, légères en apparence, peuvent détruire en nous l'heureux penchant qui nous entraîne au bien, et nous plonger dans un abyme effrayant d'erreurs et de crimes ! combien il est dangereux de nous offrir à travers un prisme brillant un avenir mensonger et coupable, et qu'il est pénible de rétrograder, quand, sur la route où nous avons formé nos premiers pas, nous n'avons aperçu que des fleurs et des fruits à moissonner!

Inspire-moi, grand Dieu! enseigne-moi par quels sentiers je dois conduire ceux dont ta bonté m'a confié le bonheur ; guide mon esprit, embrase-moi du feu sacré de la vérité, remplis mon coeur de ta clémence et de ta justice; j'y vais puiser pour écrire.

Et vous, ô mes chers enfans ! vous que la faiblesse de l'âge a garantis des préjugés et de l'erreur, écoutez-moi : j'ai peu vécu moi-même, mais vingt ans de la révolution française sont un siècle d'expérience.

Peut-être la mort me frappera-t-elle avant que l'éducation ait achevé votre existence ; lisez alors ce testament que je vous dédie, vous m'y retrouverez tout entier.

Soyez heureux ; et si mes conseils et mon amitié vous aident à parcourir aisément le chemin de la vie, venez quelquefois pleurer sur mon tombeau : les larmes de mes enfans sont le seul éloge funèbre que j'envie.

Nés dans la société, c'est à la société que vous appartenez ; c'est pour elle que vous devez acquérir des connaissances solides ; c'est dans son sein que vous devez les répandre.

Mais en parcourant le cercle qui vous y est réservé, craignez l'affreux délire de l'ambition; cette horrible passion change nos goûts, éteint l'honneur, étouffe les cris de notre conscience, et nous aveugle sur le mérite de nos rivaux, en nous dérobant les vices de nos partisans ou de nos flatteurs. L'ambition a mis l'univers en mouvement; les puissances se sont heurtées et déchirées dans l'impétuosité de leur choc, et la terre n'eût plus offert bientôt qu'un amas de ruines et de débris, si la main de Dieu n'eût brisé le sceptre de l'impie et rétabli l'équilibre.

Parcourons rapidement cet épisode révolutionnaire, cherchons sans partialité quelles diverses passions ont dirigé cet œuvre de malédiction, et d'après cet examen formons-nous un guide assuré de ce que doit être aujourd'hui l'opinion de tout Français, quel que soit son rang, sa fortune ou ses revers.

Depuis long-temps la secte prétendue philosophique avait esquissé ce grand ouvrage, et ses nombreux sectateurs en hâtaient chaque jour l'exécution par leurs écrits trop malheureusement célèbres; les journaux, les feuilles polémiques, les romans, et bien plus encore les chefs-d'oeuvres de notre scène française, versaient lentement dans nos coeurs le poison du républicanisme; le mauvais état des finances, l'immensité des dettes contractées par les premiers personnages de la cour; le mépris où la religion était tombée, peut-être moins encore par le ridicule où l'avaient jetée ses nombreux détracteurs, que par l'immoralité publique de quelques-uns de ses ministres- ; la haine du célibat parmi les ordres religieux, l'abandon entier de ses devoirs parmi la classe bourgeoise, le luxe du commerce et l'ambition du barreau , tout contribuait à-la-fois au renversement de l'ordre établi : rien alors ne pouvait sauver l'Etat de l'anarchie qui le menaçait,...rien qu'un grand acte d'autorité que le Roi n'osa pas ordonner. La révolution se fit ; toutes les haines se réunirent, et les chefs de cette infâme coalition virent, peut-être en tremblant, l'épouvantable résultat de leurs leçons et de leur doctrine; mais, s'ils conçurent alors l'honorable projet d'en prévenir les funestes effets, était-il en leur pouvoir d'y parvenir ? Non ; le coup était affreux, mais il était-sans remède.

En effet, que représentait l'optique révolutionnaire? charmes toujours attrayans d'un état républicain. A qui cette agréable perspective était-elle offerte ? à des hommes enivrés de ces grandes vertus dont ils avaient pour ainsi dire sucé le lait dans les chefs-d'oeuvres des Cicéron et des Tacite, à des hommes devenus romains avec les Corneille et les Voltaire.

- Et pourquoi ne le dirais-je pas? L'éducation a dû coopérer beaucoup "aux principes de la révolution, et n'est peut-être pas, sous ce rapport, ce qu'elle doit être dans un pays où le gouvernement monarchique est le seul qui puisse convenir. Quoi de plus séduisant que Rome ? quoi de plus séduisant que ce partage égal de l'autorité publique, que ce renversement des prérogatives héréditaires, que cet appel de tous les citoyens aux premières charges de L'Etat ?

Quoi de plus séduisant que le tableau de Cincinnatus, abandonnant sa charrue pour venir combattre à la tête des légions romaines, et mériter une simple couronne de chêne, gage précieux de l'estime de ses concitoyens quels sentimens peuvent naître dans l'âme de l'adulte, qui respire en grandissant l'air brûlant de la liberté romaine ? que devez-vous en attendre, quand, à la place de ce sénat si fameux, il ne voit qu'un trône que les vertus ni la clémence de César n'ont pu légitimer à ses yeux ? que deviendra-t-il ?». Ce que sont devenus nos brigands révolutionnaires, l'assassin de ses rois. O mes enfans ! le temps et surtout l'expérience vous apprendront un jour que ce  qui fut chez Brutus le sceau d'un grand courage, devint un crime hideux pour les bourreaux de Louis XVI.

Louis XVI ! à ce nom sacré que de souvenirs déchirans viennent briser le coeur! L'histoire vous dira cette épouvantable catastrophe ; elle vous dira les crimes de ces hommes, à-la-fois sujets, accusateurs et juges de leur roi; vous frémirez en apprenant de quel sang ils ont arrosé les marches du trône, de quel sang ils ont honoré l'échafaud ; votre coeur cessera de palpiter un instant, quand elle déroulera sous vos yeux le tableau dégoûtant de leurs orgies, de leurs meurtres, de leurs souillures; et vous haïrez la fortune et ses faveurs, quand bientôt après vous les verrez s'élever sur les débris de la France, et s'asseoir orgueilleusement autour d'un trône nouveau ; quand vous verrez ces superbes républicains, couverts des titres qu'ils ont abolis , s'humilier profondément aux pieds d'un tyran, et s'enorgueillir du plus dur, comme du plus honteux esclavage. Les juges de ce terrible tribunal ne se couvrirent pas tous d'opprobre quelques uns, républicains de bonne foi, se laissèrent entraîner à l'illusion qui les enivrait, et votèrent le bannissement à perpétuité; plusieurs, trop faibles pour résister à la force de la terreur dont ils étaient frappés, votèrent la mort et l'appel au peuple (l'appel au peuple eût sauvé le Roi); d'autres ajoutèrent à la férocité de leur opinion l'insulte et l'acharnement : ils remplirent le  calice révolutionnaire de tout le sang royal, et se disputèrent entr'eux l'exécrable plaisir d'y porter leurs lèvres impies pour s'en rassasier jusqu'à la dernière goutte.

Le crime s'acheva ; la nation fut en deuil : quelques-uns s'expatrièrent, quelques autres attendirent la hache à laquelle un bien -petit nombre échappa. Le délire fut à son comble ; les partis se divisèrent, et durant un trop long espace de temps, l'échafaud permanent attendit et vit tomber tour à tour et l'assassin et la victime.

Cependant, tandis qu'elle était dans son sein en proie aux horreurs de la guerre civile, la France agrandissait au défendait ses frontières. Ce n'était pas assez que le glaive judiciaire atteignît des familles entières et couvrît notre malheureuse patrie de deuil et de désolation; il fallait encore que la guerre de la Vendée nous offrit continuellement l'image douloureuse de Français se déchirant les uns les autres, de femmes errant dans le milieu des forêts pour se soustraire à la brutalité des soldats, de vieillards égorgés , d'enfans coupés à morceaux et jetés épars aux yeux de leurs mères expirantes, de villes incendiées, de fleuves rougis par le sang des malheureux luttant contre la rapidité des flots où les avait plongés un monstre d'exécrable mémoire.

O France ! par combien de maux et de revers tu devais expier ta faute!

Enfin, après de longues secousses, le besoin de concentrer le pouvoir exécutif donna naissance au Directoire. Son règne fut court, mais les assassinats moins fréquens on plus secrets; le crime commençait presque à faire horreur. Ce fut sous ce gouvernement que les acquéreurs primitifs de domaines nationaux s'essayèrent à jouir de leurs rapines judiciaires (1). Les dévastations devinrent plus rares ; maïs déjà que de temples étaient détruits, que de palais étaient incendiés, que de ruines étaient amoncelées !

Tandis que ses législateurs plongés dans un affreux sommeil rêvaient à de nouveaux attentats, la France eut un instant de repos; cette espèce de calme devait être pour elle celui dont jouissent les environs du Vésuve, quand il forme dans son sein ces laves bouillantes qu'il va vomir, et dont les flots iront ravager au loin et la cabane du pauvre et ses fertiles moissons...

 

A suivre. Anonyme.

 

 (1) On avait fait condamner plusieurs individus pour s'emparer de leurs biens.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MAISON DE LORRAINE. LES ORIGINES.

bl-lorraine

 

FERRI III

(1251-1303).

 

Les historiens, faute de documents certains, n'ont pas donné à ce long règne de plus de cinquante ans l'importance qu'il mérite. N'y trouvât-on que l'affranchissement des paysans par la loi de Beaumont qu'il aurait droit à toute notre attention. C'est l'avènement du Tiers-État ou tout au moins un mouvement en avant des masses de la population.

Ferri III n'ayant encore que douze ans, sa mère, avec l'assentiment de la noblesse, gouverna pendant quelque temps. Elle ne se signala guère qu'en entravant le mouvement d'émancipation qui devait être l'honneur de son fils. Elle aida l'évêque de Toul à écraser dans son berceau la commune que les habitants avaient formée à l'exemple des Messins.

En 1254, le jeune duc fut déclaré majeur et l'année suivante, conformément à la convention de 1250, il épousa Marguerite de Champagne.

Comme la plupart des descendants de Gérard d'Alsace, Ferri III fut un homme de guerre, de haute stature, beau, intelligent, valeureux et actif.

Mais il était mieux qu'un brillant féodal. Il était pourvu d'un vrai sens politique et appréciait les avantages de la paix. Il en donna une preuve dans une tentative peut-être prématurée, mais qui mérite d'être louée. Il conclut avec le comte de Bar, son voisin, ennemi-né des ducs de Lorraine, une alliance offensive et défensive dont l'article principal stipulait : que s'il naissait un différend entre eux, il serait réglé par une commission arbitrale composée de quatre chevaliers désignés deux par le Duc et deux par le comte de Bar. En cas de désaccord, le duc de Bourgogne trancherait le litige. On ne voit d'ailleurs nulle part que cette commission n’ait jamais fonctionné.

Il suivit dans son administration le sage programme de sa famille, qui était de saisir toutes les occasions d'agrandir le domaine ducal. De 1257 à 1301, il acquit à diverses conditions les riches salines de Rosières qui avaient jusque-là appartenu aux familles des d'Haussonville, des Beaufremont, des Rosières.

Comme ses prédécesseurs il joua un rôle dans les troubles de l'Allemagne. En 1256, Guillaume de Hollande, dont son père Mathieu avait été l'ami, étant mort, une partie des seigneurs allemands élurent roi des Romains Richard de Cornouailles, fils de Jean sans Terre et frère de Henri III. Quelques-uns repoussèrent ce choix et, s'étant réunis à Francfort, appelèrent au milieu d'eux le duc de Lorraine, bien qu'il ne fût pas du nombre des électeurs.

Il décida l'assemblée à porter ses suffrages sur Alphonse X le Sage, roi de Castille, en faisant valoir que ce prince, quelque loin d'eux qu'il fût né, était de leur race puisqu'il était petit-fils par sa mère de Philippe de Souabe, dernier fils de l'empereur Barberousse (1257). Le jeune Ferri, — il avait dix-huit ans — fut chargé par l'assemblée d'aller en personne notifier son élection à Alphonse. Celui-ci accepta et prit l'engagement de se rendre en Allemagne dans un délai de deux ans. Mais sa lutte contre les Maures et des embarras intérieurs l'empêchèrent de tenir sa promesse. Les seigneurs allemands, lassés d'attendre, et Richard de Cornouailles étant mort (1721), se décidèrent à mettre fin à l'anarchie. La diète de Francfort élut roi des Romains (1273) un seigneur d'origine alsacienne, Rodolphe de Habsbourg. Ferri III se déclara d'autant plus volontiers pour lui que ce prince se rattachait à la même souche que les descendants de Gérard d'Alsace. Ce fut la première rencontre des deux maisons qui devaient

se confondre en une seule au XVIII*siècle.

Ferri III n'eût pas mieux demandé peut-être que de vivre en paix. Mais ce n'était pas la paix, c'était la guerre qui était l'état .normal en un pareil temps. Le gouvernement ducal allait se fortifiant, mais n'était pas encore en état d'imposer l'ordre aux éléments féodaux. A partir de 1260 Ferri fut entraîné dans une série dé luttes contre divers seigneurs et particulièrement contre les évêques de Metz.

Il n'entre pas dans notre cadre de chercher la lumière dans ces mêlées confuses, qui se prolongèrent, sauf de rares interruptions, jusqu'en 1293. Ferri prit les armes successivement contre cinq évêques de Metz dont le dernier, l'indomptable Bouchard, est le type accompli du prélat guerrier, toujours la hache au poing et le casque en tête. Les évêques voisins de Liège et de Cologne, l'évêque de Strasbourg, aussi belliqueux que Bouchard, se mêlent aux batailles.

Tous les seigneurs vont à la lutte ou plutôt au pillage.

Le comte de Bar, le comte de Vaudémont, Henri Ier, un vrai chef de bandits, le comte de Linange, le comte de Salm, le comte de Luxembourg, etc., prennent parti tantôt pour, tantôt contre, changeant de bannière au gré de leurs intérêts. Si Ferri III toujours battant ou battu n'avait fait autre chose que d'échanger de ces rudes coups de lance, où il payait bravement de sa personne et dans lesquelles il perdit une main, on ne le distinguerait guère de ses prédécesseurs. Mais il mérite une place à part pour des faits de gouvernement qui révèlent une pensée plus haute.

Ferri III fut le véritable promoteur du mouvement, on peut dire de la révolution d'où sortirent l'affranchissement des masses et la formation du tiers-état. Son père Mathieu II avait donné, comme nous l'avons dit, une charte de commune à la ville de Neufchâteau. Ferry la confirma en 1257 en y ajoutant de nouvelles libertés. Peu après, de concert avec son cousin Thiébault II, comte de Bar, il résolut d'introduire en Lorraine la fameuse toi de Beaumont.

En 1182, le cardinal Guillaume, archevêque de Reims, ayant fondé la petite ville de Beaumont-en-Argonne, et voulant y attirer une population, la dota d'un certain nombre de franchises, qu'on appela la loi de Beaumont. Sans rien abandonner de ses droits de seigneur et d'évêque, il remplaça l'arbitraire et le bon plaisir par un régime qui devait garantir la liberté des personnes et la sûreté des biens [1].

Le servage qui jusque-là avait fait des habitants d'une terre féodale un bétail à la merci du maître, était aboli. Les habitants étaient constitués en une communauté qui élisait ses administrateurs sous les noms de jurés ou échevins, lesquels étaient même investis d'attributions judiciaires. Les redevances étaient limitées et déterminées «suivant les ressources et les revenus constatés. Chacun avait le droit de vendre et d'acheter librement et sûrement, sans taxes et sans entraves vexatoires. Le service militaire était dû, mais les hommes ne pouvaient être employés qu'à une distance assez courte pour qu'ils fussent à même de rentrer dans leurs foyers le soir ou le lendemain au plus tard [2].

Lorsqu'on songe à la situation misérable où les populations des campagnes surtout étaient tenues par le despotisme féodal, on voit quel immense progrès contenait la loi de Beaumont. Ferri III établit ces franchises à Nancy en 1265, puis à Mirecourt, Châtenois, Arches, Bruyères, Saint-Nicolas-de-Port, Lunéville, Gerbéviller, Amance et dans d'autres; localités plus modestes au nombre de dix-neuf. On se tromperait sans doute si l'on pensait que le sol se couvrit de petites républiques municipales.

On ne visait pas si haut; mais en assurant aux masses opprimées la dignité de la personne humaine et la sécurité du travail, Ferri III jeta les premiers et les plus solides fondements de la prospérité de la Lorraine et son nom mérite d'être honoré bien au-dessus de ceux des princes qui sont devenus plus tard et restent encore plus populaires.

Quelques seigneurs, à l'exemple du duc Ferri, donnèrent la loi de Beaumont à leurs villages, mais la noblesse, dans son ensemble, fut profondément irritée de l'atteinte portée au système qui avait jusqu'alors maintenu la population dans le servage.

Des ligues secrètes furent organisées contre un prince dont le libéralisme menaçait tout l'édifice féodal.

Un de ces complots aurait même réussi. Le chroniqueur d'Haraucourt raconte qu'un jour de l'année 1269 à 1270, le Duc s'attarda dans une partie de chasse dans la forêt qui avoisine Laxou. Comme il revenait le soir vers Nancy, il fut brusquement entouré par une troupe armée. On lui enveloppa la tête d'un voile épais, puis on l'entraîna en croisant et mêlant les chemins afin de le désorienter et on l'enferma dans le château de Maxéville qui appartenait à Andrian des Armoises, le principal auteur de la conjuration. Il y resta longtemps caché à tous les yeux, ignorant où il était et personne n'en ayant de nouvelles. Une nuit souffla une violente tempête qui enleva le toit de la tour. Un ouvrier monté pour réparer le dommage se mit à chanter une sorte de complainte populaire qui racontait la disparition du prince, parti pour chercher aventure de guerre ou d'amont. Ferri questionna le couvreur, le gagna par des promesses et lui remettant son anneau le chargea d'aller aviser la duchesse. Marguerite de Champagne se confia à un gentilhomme fidèle nommé Dillon. Ils prirent dix cavaliers, investirent la tour de Maxéville et délivrèrent le Duc [3].

Ferri III, sans se décourager, continua bravement la lutte contre la noblesse. Il lui porta même un coup terrible en attaquant l'un de ses plus criants privilèges, la juridiction des assises. La chevalerie s'était arrogé de temps immémorial le droit de juger non seulement les causes féodales, mais encore les faits de caractère civil, et formait une sorte de cour souveraine sans appel. Le Duc ordonna que désormais ses arrêts ne seraient exécutoires qu'après ratification du prince.

On ne trouve plus dans ce long règne de faits considérables à relever. Tout s'efface d'ailleurs devant le développement progressif de l'émancipation populaire. Nous devons cependant nous arrêter à un événement très grave auquel Ferri n'eut pas de part directe, mais dont il fut le témoin intéressé.

Philippe IV le Bel était roi de France depuis 1285. Il avait épousé l'année précédente la comtesse Jeanne de Champagne, petite-fille héritière de Thiétbault IV. La Champagne fut ainsi réunie à la couronne.

Le roi devenu voisin du comté de Bar ne le perdit plus de vue, guettant l'occasion de mettre

la main sur le fief. Vers 1289 il s'immisça dans une querelle survenue entre le comte et son vassal l'abbé de Beaulieu. Ferri III prit hautement fait et cause pour son cousin, mais l'approche d'une armée française l'obligea à reculer prudemment.

Un peu plus tard, le comte Thiébaut II étant mort (1294), son fils Henri III qui avait épousé Aliénor, fille d'Edouard Ier, roi d'Angleterre, se laissa pousser par son beau-père à reprendre la querelle avec Philippe le Bel et il attaqua la Champagne. Le roi tout occupé en ce moment à ses luttes contre les bourgeois flamands ne se dérangea point, mais envoya des troupes. Le malheureux Henri III fut battu, fait prisonnier et retenu en captivité jusqu'en 1301. Il n'obtint sa liberté qu'au prix d'un traité, signé à Bruges, qui, on peut le dire, tua l'indépendance du comté. Le Barrois fut coupé en deux par la ligne de la Meuse : le comte se reconnut vassal du roi de France pour toute la partie située à l'ouest du fleuve, ce qui forma le Barrois mouvant, la partie à l'est constitua le Barrois non mouvant.

Celte convention fatale qui permettait l'immixtion constante du roi dans la moitié du comté de Bar eut forcément son contrecoup en Lorraine. La France était désormais trop proche pour que les patriotes lorrains ne se sentissent pas menacés.

 

 

Ernest MOURIN (1895).



[1] Tout bourgeois possédant maison en ville et jardin dans la banlieue paiera au seigneur chaque année douze deniers. Pour les terres arables, il devra deux gerbes sur douze, c'est le gerbage; pour les prés, quatre deniers par fauchée. Le seigneur se réserve aussi les moulins et les fours banaux; il prélèvera pour droit de mouture un setier de grain sur vingt, et pour  droit de fournage un pain sur vingt-quatre.

[2] L'historien Digot donne, t. II, le texte complet de la toi de Beaumont.

[3] Est-ce une simple légende? Le fait en lui-même n'a rien d'invraisemblable dans un temps comme le XIII siècle. Digot l'admet. On entendait encore, suivant lui, chanter la complainte de Ferri au XVI siècle. La famille du Haut loiel ou du Hauloy descendait, disait-on, du couvreur Petit Jeban que Ferri III avait anobli et enrichi. M.Plister repousse l'anecdote par de fortes raisons. La Chronique d'Haraucourt n'a d'ailleurs que peu d'autorité par elle-même.

 

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