Rhonan de Bar/Arphays #auteur #ecrivain #esoteriste #cyclologue #arithmosophe #Posédiôn-Ionnès 🔱🔱🔱
Écrit il y a environ une décennie, cet essai sur le Tétramorphe est resté en sommeil jusqu'à sa lecture par Paul-Georges Sansonetti, spécialiste de la littérature comparée, des mythologies, du cinéma et des arts graphiques qui en a assuré la préface. Convaincu de son potentiel, ce dernier m'a demandé de le remanier et de l'enrichir afin de le porter à la publication.
Le Tétramorphe vise à révéler au public moderne un symbole chrétien fondamental, omniprésent dans les édifices religieux mais largement méconnu et/ou sous-étudié.
Au cœur du livre, j'explore le symbolisme comme un mécanisme initiatique permettant d'accéder à un passé ancestral. Loin d'être inerte, la pierre des monuments incarne en réalite la synthèse cryptée d'un savoir légué par les bâtisseurs médiévaux. Les composantes du Tétramorphe transcendent leur lien au christianisme pour s'ancrer dans la Tradition Primordiale, dont les racines plongent dans le Paradis perdu : l'Éden.
Ainsi, l'ouvrage éclaire comment les quatre figures qui composent le Tretadyme (Lion, Taureau, Aigle, Homme/Ange) relient le sacré biblique à une sagesse universelle qui, si elle n'est pas oubliée de tous, reste occultée pour la majeure partie du grand public.
En vente auprès des Les amis de la Culture Européenne : https://editions-ace.com/products/le-tetramorphe-arphays
Encore quelques exemplaires en vente auprès de l'auteur.
Contact : arphays@yahoo.com.
Un immense merci à mon ami Paul-Georges Sansonetti pour sa gentillesse et sa générosité.
Dans ce roman co-écrit avec l'auteur Athanhorus https://www.liber-mirabilis.com/la-saga-en-deux-volumes-pax-mundi-f1475419.html, l’initiation dépasse l’entendement. Outre le fait que les deux impétrants sont guidés depuis leur naissance dans un univers bien mystérieux et ésotérique, le 11 août 1999, à Rennes-le-Château, ils franchissent le seuil de la porte du temple - et quel temple - avec succès. Tous les moyens, tous les outils temporels et spirituels comme les rencontres énigmatiques sont mis en œuvre pour les éveiller et les guider sur la voie initiatique : rêves, intuitions, inspirations, symbolismes, kabbale, alchimie, arithmosophie, astrologie, mystères politico-historico-hermétiques…Un coin du voile de la Connaissance se lève. Les vérités apparaissent, les secrets se dévoilent. Quelle chance inouïe ! Mais s’ils semblent privilégiés, ce n’est pas pour l’égo ou la gloire. Bien au contraire, leurs histoires individuelles deviennent rapidement une histoire collective. Elles participent à une œuvre magistrale. L’acceptation totale est de mise pour ces destins hors norme. Transcendance, ouverture d’esprit, service, don de soi font partis de la règle d’or. La France et l’Humanité attendent leur part de cet héritage spirituel.L’âme brille a un niveau supérieur ; la mort du «vieil homme» fait place au «nouvel homme» ; le phénix renaît de ses cendres ; la réintégration dans le UN pour se fondre dans le TOUT. Mais que de chemin à parcourir encore ; les arcanes hermétiques sont bien complexes et bien sûr l’élan fraternel leur permettra d’arriver à parfaire le Grand Œuvre.
Ils ont des clés à recevoir ; ils sont les clés d’un grand dessein qui va au-delà de la compréhension humaine. Le temps est nécessaire à chaque étape : patience et sagesse sont de rigueur. Nos deux globe-trotters vont vivre de nombreuses étapes initiatiques avec leur cortège d’espoir, de doute, de certitude et de lassitude... En somme, tout ce qui fait le Chemin de l’Homme sur cette Terre. Incroyable roman qui n’en est peut-être pas un. Allez savoir. Et pourquoi pas vous ? Osez faire ce pas décisif. Votre vie va changer. Bons mystères initiatiques et belle route illuminée !
«Soyez des porteurs de lumière et des éveilleurs de consciences! », Pharamond II in Les Émeraldistes, le Decumanus d’Or. Tome 2.
"Ouvrir ce livre et, à sa lecture, s'aventurer dans un déconcertant jeu de piste entrecroisant époques, territoires et songes, c'est se retrouver face à une France que le présent monde ne peut imaginer."
Le second tome : Les Émeraldistes. Le Decumanus d'Or paraîtra courant mars ou avril.
« Maurice Leblanc, Supérieur Inconnu. » C’est l’affirmation posée par Patrick Ferté aux Éditions Trédaniel il y a bientôt trois décennies ! À moins qu’il ne s’agisse là d’un questionnement ?
Quelques années plus tard, Richard Khaitzine in « Les Faiseurs d’or de Rennes-le-Château », louant pourtant l’auteur, lui reproche cependant de ne pas avoir abordé l’œuvre lupinienne d’un point de vue alchimique !
C’est à cette source que l’auteur de "Le Code Arsène Lupin, Maurice Leblanc et le Savoir Perdu", est allé puiser pour répondre au désir de Richard Khaitzine. Entre autres, car en fait, il est bien évident que l’œuvre de Maurice Leblanc retient également divers éléments se rattachant à la Tradition, du verbe latin tradere : transmettre.
Le présent ouvrage débute par le portrait du Maître incontesté qu’est Maurice Leblanc ! suivi par celui de son héros : Arsène Lupin. S’ouvre alors une longue quête qui mène le lecteur dans les méandres labyrinthiques de l’Histoire secrète et sacrée de France, notamment les salons très prisés des 19ième et 20ième siècles.
L’œuvre lupinienne, ici dévoilée par les éléments propres à la Tradition, prouve que l’auteur était incontestablement un véritable initié, peut-être même hors les murs. Arphays fait en sorte ici, qu’une fois l’ouvrage terminé, le lecteur trouve bon de partir sur les traces du père d’Arsène Lupin pour découvrir son univers fascinant.
Voilà l’historique qui a concouru à la rédaction de : Le Code Arsène Lupin. Maurice Leblanc, Maître du Savoir Perdu.
Photo @rhonandebar/Arphays. Basilique du Sacré-Coeur. Paray-le-Monial.
1. Origines. — Comme en Normandie on trouve un Lombard, Guillaume né à Novare, abbé de Saint-Bénigue de Dijon en 996, aux origines de l’architecture bourguignonne.
Guillaume avait amené avec lui une véritable colonie de moines lombards et ce fut l'un deux, Hunald, qui construisit sur ses plans, la fameuse rotonde de Saint-Bénigne, à trois étages surmontés d'une coupole octogonale, et ornée à l'intérieur de trois rangs de colonnes ; ce curieux édifice, encore intact au XVIIIe siècle, fut détruit sous la Révolution.
A la suite de cette construction s'élevèrent au XIe siècle les grandes églises bourguignonnes, Saint-Philibert-de-Tournus, Cluny, Autun, Beaune, la Madeleine de Vézelay, Paray-le-Monial, Langres etc.. Mais tandis qu'en Normandie les architectes avaient conservé la charpente pour couvrir la nef centrale, les Bourguignons ont trouvé dès le xi® siècle un système original de voûtes qui abrite toutes les parties de l'église.
2. Saint Philibert de Tournus. — L'abbaye de Tournus (Saône-et-Loire) fut colonisée en 875 par des moines de Noirmoutier, chassés par les Normands, qui, après avoir séjourné à Saint-Pourçain, en Auvergne, apportèrent en Bourgogne le corps de Saint-Philibert. L'église actuelle, une des plus anciennes églises bourguignonnes, comprend des parties d'époques très différentes. De l'église construite à la suite de la destruction du monastère par les Hongrois, et incendiée en 1066, ne subsiste plus que le narthex, construction lourde et massive divisée en trois nefs par quatre énormes piliers qui supportent des voûtes basses, sous lesquelles la lumière pénètre à peine par des fenêtres, étroites comme des archères ; la partie centrale est couverte par trois voûtes d'arêtes, que séparent des arcs doubleaux ; les deux collatéraux, par une disposition très rare, sont surmontées de berceaux transversaux en plein cintre ; l'appareil est formé de petits moellons réguliers ; l'ornementation est nulle, les piliers n'ont même pas de base ; un étage voûté en berceau surmonte cette ancienne église. La façade comprise entre deux tours offre d'ailleurs la même austérité ; elle n'a d'autres ornements que des bandes lombardes et deux lignes de zigzags à la naissance des tours.
Cette façade sans contreforts et le premier étage du narthex remonteraient à la première partie du xi' siècle. C'est à cette époque, en 1019 que fut consacrée l'église actuelle, reconstruite après l'incendie par l'abbé Bcrnier. A cette période appartiennent les trois nefs séparées par deux rangées de cinq piliers cylindriques ; les voûtes seraient seulement de la fin du xi* siècle. Celle de la grande nef offre la même forme de berceau transversal ; les bas-côtés sont couverts de voûtes d'arêtes séparées par des arcs doubleaux et très élevées. Le transept, à cause de son appareil et de son ornementation plus soignée, semble contemporain de l'abbé Pierre I (1066-1107) ; à la croisée s'élève sur quatre arcades une tour-lanterne couverte d'une coupole sur trompes. Le choeur présente une disposition inconnue en Normandie, le déambulatoire, sur lequel s'ouvrent trois absidioles rectangulaires ; l'abside principale voûtée en cul-de-four est supportée par six grosses colonnes, que surmonte un étage de fenêtres richement ornées ; ce chœur fut consacré par le pape Calixle II en 1120. Au-dessous s'étend une crypte pourvue aussi d'un déambulatoire et de chapelles rayonnantes.
3. Cluny. — Tournus offre déjà les principales dispositions adoptées par l'école de Bourgogne, mais le chef-d’œuvre de cette école devait être la grande église abbatiale de Cluny, commencée en 1089 et achevée en 1131, année de sa consécration. Les architectes étaient deux moines de l'abbaye, Gauzon, auteur du plan, plus tard abbé de Beaune et le flamand Hézelon. Par ses dimensions qui en faisaient l'église la plus grande de la chrétienté et égalaient presque celles de l'église actuelle de Saint-Pierre de Rome, la basilique de Cluny était le symbole de la puissance de l'ordre réformateur dont les colonies couvraient toute l'Europe. Elle avait 171 mètres de longueur. 40 mètres de largeur, 45 mètres de hauteur. Son plan, unique au Moyen Age, était celui d'une croix archiépiscopale à double traverse. Après avoir franchi un premier portique surmonté d'une élégante arcature copiée sur celle de la porte romaine d'Autun, on accédait par un vaste perron au grand portail surmonté d'une rose et compris entre deux tours carrées, dites de Barrabaus. Le narthex, était à lui seul grand comme une église, longue de 87 mètres, large de 27 mètres, haute de 40 mètres, pourvue de trois nefs et de trois étages. Un nouveau portail orné de huit colonnettes et de bas-reliefs formait l'entrée de la grande église, divisée en cinq nefs, barrée par deux transepts, terminée par une abside circulaire, couverte de 68 colonnes, éclairée par 3oo fenêtres. Le rond-point du choeur était séparé du déambulatoire par des colonnes de marbre précieux venu de Grèce ; sur ce déambulatoire s'ouvraient 5 chapelles absidales ; le petit transept était interrompu par 5 chapelles analogue s de formes diverses le grand transept en avait deux à chaque croisillon. Le berceau qui couvrait la grande nef était interrompu par des arcs doubleaux ; la toiture reposait directement sur les voûtes sans 1 intermédiaire d'un comble. Enfin une tour lanterne s'élevait à la croisée de chacun des transepts et le gros clocher quadrangulaire du grand transept était flanqué de deux autres tours, dont celle du midi, dite de l'eau bénite, subsiste encore. A part ce débris en effet, ce vénérable monument n'est plus qu’un souvenir ; il était encore à peu près intact en 1800, mais il fut alors livré à des spéculateurs qui le dépecèrent pour en vendre les matériaux.
4- Caractères de l’école de Bourgogne. — L'abbatiale de Cluny devait rester un monument unique, mais sa construction eut pour conséquence de dégager les règles suivies par les architectes bourguignons. Avec une véritable hardiesse, ils surélevèrent le berceau central afin de pouvoir éclairer la grande nef par des fenêtres ; les bas-côtés qui contrebutent la nef centrale sont seulement voûtés d'arêtes et de faible hauteur, mais leur voûte étant abritée sous un comble, on a pu ménager sous l'appentis un triforium qui s'ouvre sur la grande nef par des arcades analogues à celles de la porte d'Autun. A la Madeleine de Vézelay, la voûte d'arête est employée pour la nef centrale.
Enfin vers 1100, afin de pouvoir construire des voûtes plus hautes et de diminuer la poussée, on adopta la forme du berceau brisé non seulement pour la voûte, mais même pour les arcades placées entre les nefs ; la largeur de ces arcades fut diminuée et on eut des piliers moins massifs et plus élégants presque toujours crénelés. La coupole sur trompes, à l'intertransept, et le choeur en déambulatoire, sur lequel s'ouvrent des absidioles, caractérisent aussi l'école bourguignonne.
5. Décoration. — Enfin la Bourgogne a été le centre d'une des principales écoles de sculpture romane : peu d’églises du XIIe siècle offrent une décoration aussi riche, des profils aussi purs, des moulures aussi fines que les églises de Bourgogne. L'influence des monuments antiques, dont les vestiges couvraient la province, est visible, mais il faut signaler aussi la distance extraordinaire qui sépare la sculpture purement ornementale de la sculpture animée : autant l'une est voisine de la perfection, autant l'autre est encore barbare et maladroite. Ce contraste éclate dans les admirables portails de Saint-Lazare d'Autun, de la Madeleine de Vézelay, de Saint-Lazare d'Avallon, du prieuré de Charlieu qui sont les plus beaux spécimens de l'art bourguignon du XIIe siècle. Ces portails se composent de profondes voussures en retrait les unes sur les autres, dont chacune repose sur des pieds-droits et des colonnettes, par l'intermédiaire d'une corniche qui épouse la forme des divers ressauts. Une ornementation toute antique couvre les pieds-droits, les pilastres, les chapiteaux des colonnettes, les archivoltes. A Saint-Lazare d'Avallon on a ainsi quatre archivoltes formées d'enroulements, et de rosaces que séparent des cordons de méandres, de rinceaux et de rosettes ; les colonnettes ont des chapiteaux corinthiens et des fûts tantôt droits, tantôt de forme torse, tantôt unis, tantôt ornés d'une véritable orfèvrerie de pierres : leurs bases ne sont pas moins décorées et reposent sur une grosse moulure que supportent des animaux fantastiques posés eux-mêmes sur des pilastres carrés décorés de nattes et de rinceaux. Le portail de Charlieu est encadré de deux pilastres ornés de grecques et de galons perlés qui rejoignent une bande lombarde ; les colonnettes qui portent l'archivolte sont entourées de bagues.
Sur les linteaux et les tympans de ces portes au contraire, sont sculptés en faible relief les sujets de l'iconographie religieuse. Tels sont les Jugements Derniers de Saint-Lazare d'Autun et de la Madeleine de Vézelay. Un Christ de proportions colossales, la tête entourée du nimbe crucifère, apparaît dans une gloire elliptique. A Autun, saint Pierre et les élus sont à droite, les damnés à sa gauche. A Vézelay, il est entouré des apôtres et sur le linteau sont deux processions de signification obscure ; tous les personnages sont de courtes figurines en proportion du Christ.
6. La réforme de Cîteaux. — La richesse décorative des églises monastiques de Bourgogne trouva un adversaire résolu dans saint Bernard (1091-1153), le fondateur de l'ordre des Cisterciens. Dans ses ouvrages il s'élève non seulement contre le luxe du mobilier, mais aussi contre la sculpture qui couvre l'église d'animaux fantastiques.
Sous son influence se forma en Bourgogne le type des églises cisterciennes qui devait se répandre dans toute la chrétienté. Toute ornementation peinte ou sculptée était proscrite en principe ; les tours en pierre devaient être remplacées par une modeste lanterne en bois à la croisée du transept. L'avenir de l'art chrétien entier eût été compromis si les cisterciens en adoptant le style gothique n'avaient trouvé des tempéraments à cette austérité.
7. L’expansion du style bourguignon, — Les grands mouvements monastiques qui eurent leur point de départ à Cluny, à Clairvaux ou à Cîteaux eurent pour résultat l'introduction de l'architecture bourguignonne dans les pays les plus divers. Dans l'Italie méridionale M. Bertaux a reconnu le plan et le style bourguignon à la cathédrale d'Acerenza, à la Sainte-Trinité de Venosa, etc. ; plusieurs portails à l'ébrasement profond, aux archivoltes ornées de rosaces, et supportés par des colonnettes torses ou des pilastres offrent de grandes analogies avec le portail d'Avallon. En Espagne, où les moines de Cluny ont fondé 25 prieurés et occupé un moment tous les sièges épiscopaux, des cathédrales comme celles de Siguenza et de Lugo (xii" siècle) rappellent les dispositions de Saint-Lazare d'Autun. L'église Saint-Vincent d'Avila dont le chevet est auvergnat a des nefs voûtées à la mode bourguignonne, dont le triforium rappelle Vézeiay, et une façade flanquée de deux tours massives analogues à celles d'Autun ; le grand portail est digne de celui d'Avallon.
Enfin l'architecture cistercienne a étendu sur toute l'Europe son uniformité : son monument le plus septentrional, l'église d'Alvastra (Suède) et son monument le plus méridional, Saint-Nicolas de Girgenti (Sicile) sont presque semblables et procèdent d'un type commun qui est Fontenay près de Montbard...
✠ Acte de Consécration de la France au Sacré-Cœur ✠
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
🕊️ Invocation au Saint-Esprit
Veni, Creator Spiritus, mentes tuorum visita : imple superna gratia, quae tu creasti pectora...
(Viens, Esprit Créateur, visite l'âme de tes fidèles, emplis de la grâce d'en haut les cœurs que tu as créés...)
❤️🔥 La Prière ❤️🔥
Ô Jésus, l’unique Sauveur du monde, nous nous tournons vers Votre Cœur adorable pour Lui confier notre Patrie, la France.
Souvenez-Vous, ô Seigneur, des miséricordes dont Vous l'avez comblée au cours des siècles. Malgré nos infidélités et nos égarements, nous croyons fermement que Votre Cœur reste la source inépuisable du pardon et de la vie.
C'est pourquoi, animés d'un profond esprit de réparation, nous Vous consacrons aujourd'hui notre pays avec toutes ses familles, ses forces et ses faiblesses. Prenez possession de cette terre qui Vous a tant aimé, et faites-y régner Votre justice, Votre paix et Votre charité.
Délivrez-nous de nos divisions, ranimez la foi de notre baptême, et inspirez à nos dirigeants des pensées de sagesse et de vérité. Que la France, fidèle à sa vocation, devienne un instrument de Votre amour pour le monde entier.
Sacré-Cœur de Jésus, espoir et salut de la France,nous avons confiance en Vous.
Ainsi soit-il.
🙏 Action de Grâce
3 Pater Noster (Notre Père)
3 Ave Maria (Je vous salue Marie)
« Christo ejusque Sacratissimo Cordi, Gallia poenitens et devota » ✠ ✠ ✠
1. Origines. — L'architecture normande apparaît avec ses caractères originaux sous le règne de Guillaume le Conquérant. Un moine lombard, Lanfranc, abbé de Saint-Etienne de Caen, puis de l'abbaye du Bec, conseiller écouté du duc Guillaume, paraît avoir exercé une grande influence sur les origines de cette architecture et introduit en Normandie quelques procédés empruntés à l'architecture lombarde.
2. Les abbayes de Caen. — Les abbayes de Caen, Saint-Etienne. (Abbaye aux hommes), et la Sainte-Trinité, ,(abbaye aux Dames), furent fondées par Guillaume le Conquérant et la reine Malthide pour accomplir la pénitence canonique que leur mariage consanguin leur avait attirée.
Elles furent bâties hors de la ville sur des terrains libres de tout édifice antérieur. La consécration de la Trinité eut lieu en 1066, celle de Saint-Etienne en 1071. La Sainte-Trinité paraît avoir été remaniée et même reconstruite à la fin du XI- siècle ; au monument de la reine Mathilde n'appartiennent que la crypte, les murs des bas-côtés et les partes inférieures des trois tours. Quoiqu'il en soit, le plan de cette église est encore celui d'une basilique à trois nefs dont les piliers tous semblables se composent d'une pile rectangulaire cantonnée de quatre demi-colonnes. Aujourd'hui la grande nef est couverte d'une voûte gothique construite au XIIe siècle ; à l'origine une charpente apparente la surmontait ; ses bas-côtés ont gardé au contraire leurs voûtes d'arête du xi° siècle qui sont contiguës les unes aux autres, sans aucun arc doubleau intermédiaire.
Cette manière de couvrir les églises resta le procédé favori des architectes normands qui se contentèrent de voûter les collatéraux, mais n'osèrent appliquer le même procédé à la nef principale avant l'invention de la voûte sur croisées d'ogives ; c'est ce qui explique d'ailleurs les dimensions importantes en hauteur et en largeur qu'ils purent donner dès l'origine à leurs églises.
Ce caractère de grandeur est encore mieux marqué à Saint-Etienne qui constitue l'édifice le plus imposant de l'école normande et montre une des premières applications du plan lombard en Normandie. Elle a 115 mètres de longueur, 24 mètres de hauteur. Ses nefs sont séparées par des piliers différents de deux en deux travées : les uns sont de gros supports, sur la face desquels descendent une demi-colonne et deux colonnettes ; les autres sont de courtes colonnes, qui reçoivent sur le tailloir de leur chapiteau de simples colonnettes. L'origine de ce plan est très ancienne, et on trouve en Asie-Mineure et en Syrie des basiliques à supports alternés. En Lombardie, il servait à couvrir l'édifice d'immenses voûtes d'arêtes sur plan carré qui comprenaient deux travées de l'édifice. Par une véritable inconséquence, due probablement à un manque d'audace, les architectes normands l'appliquèrent à la couverture en charpente, mais avec un sens pratique des plus remarquable. Ils surent l'adapter à sa nouvelle destination. La couverture primitive de Saint-Etienne a disparu et a été remplacée au XIIe siècle par des voûtes sur croisées d’ogives, mais quelques édifices normands, l'église de Cérisy-la-Forèt par exemple, montrent le parti qui fut adopté : de deux en deux piliers on établit un arc transversal surmonté d'un pignon qui recevait les pannes du comble.
Les bas-côtés furent couverts de voûtes d'arêtes séparées par des arcs doubleaux ; ils supportent un étage de tribunes qui s'ouvrent sur la grande nef par des arcades géminées ; au-dessus sont de hautes fenêtres en plein cintre reliées entre elles par un passage de service qui fait tout le tour de l'édifice ; ce parti n'était possible que dans des églises sans voûtes dont on ne craignait pas d'évider les murs. Le chœur a été reconstruit au milieu du XVIIe siècle ; il comprenait autrefois deux travées accompagnées de bas-côté et terminées par une simple abside en hémicycle ; l’absence de déambulatoire est en effet la caractéristique des églises normandes. Sur les deux croisillons du transept deux absidioles s'ouvrent au nord et à la croisée se dresse la tour-lanterne carrée reconstruite au xvii' siècle.
La façade flanquée de deux tours, dont les belles flèches datent du xvi° siècle, est divisée par les contreforts de ces tours en trois travées percées chacune d'une porte et de deux étages de fenêtres ; entre les deux tours la grande nef se termine par un pignon ; à partir de ce niveau les tours elles-mêmes sont divisées en trois étages, dont les deux premiers sont ornés d'arcatures aveugles et le troisième de deux larges arcades à jour, subdivisées elles-mêmes par une colonnette ; des cordons de billettes ornent les deux derniers étages.
3. Jumièges. — L'église principale de l'abbaye mérovingienne de Jumièges fut reconstruite au cours du xi° siècle et consacrée en 1067, en présence de Guillaume le Conquérant ; elle est donc contemporaine des abbayes de Caen et suit comme Saint-Etienne le plan lombard. Cette église n'offre plus aujourd'hui que des ruines imposantes, mais qui vont en se dégradant tous les jours : une gravure de 1810 représente les deux tours de sa façade surmontées de flèches ; elles ont perdu aujourd'hui ce couronnement, mais l'on voit encore leur deux étages carrés ornés d'arcatures, surmontés de deux autres étages de forme polygonale; entre les tours s'ouvrait un large porche Comme à Caen la grande nef se terminait à l'extérieur par un pignon aigu et, au-dessus des deux étages de fenêtres, on avait appliqué au mur un avant-corps ou bretèche qui servait à la défense. A l’intérieur les trois nefs étaient séparées par des arcades qui reposaient alternativement sur de gros piliers cylindriques, et sur des piles cantonnées de colonnes dont l'une s'élevait jusqu'au comble : la nef centrale en effet était couverte en charpente ; le bas-côté nord présente encore des voûtes d'arêtes séparées par des arcs-doubleaux. Au-dessus d'eux s'étendaient des tribunes voulues de même, qui s'ouvraient sur la grande nef par de triples arcades que séparaient des colonnettes. Le troisième étage était formé par des fenêtres hautes. A la croisée du transept était construite une tour-lanterne dont le mur occidental s'est conservé ; elle était couverte avant le XVIe siècle d'une flèche de plomb d'une hauteur démesurée et la seule maçonnerie s'élevait jusqu'à 4i mètres au-dessus du sol ; cette tour-lanterne à jour restera même à l'époque gothique un des plus heureux motifs de l'architecture normande. Le choeur avait été reconstruit au xiii° siècle.
4. Saint-Georges de Boscherville. — Dans la vallée de la Seine, à quelques lieues plus haut que Jumièges, l'abbaye de Saint-Georges de Boscherville fut fondée vers 1050, par Raoul de Tancarville, chambellan de Guillaume le Conquérant, mais l'église parvenue jusqu'à nous présente par sa décoration les caractères du XIIe siècle à ses débuts. Les voûtes actuelles de la grande nef ont succédé au XIIIe siècle à une charpente que soutenaient de véritables fermes de maçonnerie qui reposaient sur des piliers cantonnés alternant avec des colonnes plus basses. Au-dessus des bascules s'ouvre un triforium composé de quatre petites arcades espacées par des colonnettes, et les hautes fenêtres sont reliées entre elles par un passage qui fait le tour de l'église. Le transept pourvu d'une absidiole à chaque croisillon, est surmonté à ses deux extrémités de deux larges tribunes ouvertes que supportent deux gros piliers cylindriques reliés aux murs par deux belles arcades. Un chœur rectangulaire se termine par une abside flanquée de deux absidioles qui font suite aux bas-côtés. A l'extérieur le transept est très accusé et une énorme tour carrée le surmonte ; la façade comprise entre deux tourelles d'angle a la noble simplicité de celle de Saint-Etienne de Caen. Cette belle église est avec les abbayes de Caen un des restes les plus précieux de l'école romane de Normandie.
5. L'ornementation. — Conformément aux traditions des basiliques carolingiennes la peinture continua à être employée au xi' et au \iv siècle pour l'ornementation des églises. On en voit encore les traces sur les gros chapiteaux sans sculpture de Jumièges et à Saint-Etienne de Caen. Une petite église fondée comme Boscherville par Raoul de Tancarville en 1050, Saint-Jean d'Abbetot (Seine-Inférieure) a conservé des fragments curieux de sa décoration peinte : sur les fûts de ses colonnettes descendent encore des bandes multicolores qui s'enroulent à la base et les tailloirs des chapiteaux sont couverts de zigzags et de perles ; un Christ de majesté entouré des apôtres ornait le choeur. A la fin du XIe siècle cependant la décoration architecturale et sculptée devient prédominante. Les arcades sont composées de plusieurs moulures en forme de tores en retraitles unes sur les autres ; leur extérieur est orné de sculptures en méplat qui forment de gracieux dessins géométriques, le méandre, la frette, le zigzag etc.. (fig. 1). Un motif très heureux est celui des arcades entrecroisées dont on trouve un joli exemple dans la tribune extérieure de l'église de Broglie (Eure). Il faut y ajouter la triple baie composée d'une fenêtre centrale, accostée de deux ouvertures plus petites. Les portails, comme ceux de Caen ou de Boscherville, présentent une ouverture assez profonde composée d'arcades en retrait supportées par des colonnettes.
Figure 1
Sauf quelques exceptions les tympans n'offrent pas les riches décorations sculptées qu'on trouve dans les autres provinces ; ils devaient être ornés de peintures. Les panneaux sculptés sont de même assez rares ; les façades sont élégantes, mais sévères, conformes à la simplicité de l'idéal monastique ; elles reflètent l'austérité des réformateurs, des Guillaume de Dijon ou des Lanfranc.
Le talent du sculpteur ne trouvait guère en réalité à s'exercer que sur les chapiteaux et les modillons. Aux chapiteaux cubiques analogues à ceux de Jumièges, dépourvus de tout ornement et destinés à être peints, ont succédé à la fin du XIe siècle des types plus variés. Tel est le chapiteau à crosse dérivé du chapiteau composite, dont on n'a gardé que les volutes pour remplacer le fleuron central par une console, sur laquelle on assoit solidement le tailloir Carré (fig 2).
Figure 2
A Saint-Georges de Boscherville apparaît le chapiteau caractéristique de l'école normande, le chapiteau à godrons, qui serait un souvenir des constructions en bois très répandues en Normandie : le bas de la corbeille a la forme d'une collerette plissée. D'autres chapiteaux sont ornés de têtes humaines ou de véritables scènes. Un grand nombre d'autres sont formés par une corbeille de vannerie en forme d'entrelacs analogues aux dessins compliqués de l'orfèvrerie barbare (fig. 3). A l’extérieur des édifices, la corniche était supportée par une série de consoles engagées dans le mur, les modillons. On trouve en Normandie comme en Auvergne les modillons à copeaux, souvenir visible de l'architecture en bois, mais les plus répandus sont les modillons à tète plate qui servent de supports à une série de petites arcades ou bande lombarde {fig. 4)
.Figure 3
Figure 4
Les sources mêmes où les artistes sont allés puiser des inspirations prouvent assez que la sculpture n'avait dans les églises normandes qu'un rôle décoratif d'un caractère accessoire. L'inconographie religieuse n'y tient presque aucune place ; l'inspiration de l'art antique semble faire complètement défaut. Ce sont les fibules anglo-saxonnes, les étoffes persanes, les miniatures irlandaises, les ivoires orientaux qui ont donné naissance aux dessins compliqués et aux animaux fantastiques de la sculpture normande ; par la voie de la Russie méridionale un véritable courant commercial s'était établi entre l'Orient et les pays Scandinaves, avec lesquels les Normands étaient restés en rapports. Sur les tympans de la cathédrale de Bayeux, sur les chapiteaux de l'église de Gournay en Bray on trouve une variété extraordinaire d'imbrications, d'entrelacs, d'animaux adossés ou entrelacés à plusieurs têtes, qui mordent des monstres, ou dont la queue s'épanouit en touffe de feuillage ; à Bayeux des dragons sculptés semblent copiés sur quelque étoffe chinoise ; à Boscherville des personnages sortent de grosses tiges enroulées et, de l'autre côté, un monstre à corps d'oiseau et à pattes de quadrupède s'apprête à dévorer un homme. Les scènes de la vie familière ont fourni aux sculpteurs normands des personnages grotesques, et leur ont permis de déployer leur verve malicieuse Cette tendance est surtout visible dans les sculptures de Boscherville : à la façade on voit un paysan qui creuse la terre en face d'un chien qui tire la langue ; sur un chapiteau du triforium une grenouille se précipite la tôle en bas sur l'astragale entre deux feuilles perlées terminées en volutes ; à l'extérieur de l’abside un ouvrier monétaire, à la tête démesurée, à la longue barbe nattée, s'apprête à frapper une pièce placée sur le coin et lève de la main droite un maillet de fer.
6. Expansion de l'école normande. — Le style des églises normandes se répandit en Angleterre à la suite de la conquête de 1066, et y atteignit un grand développement. Les églises anglaises furent comme celles de Normandie larges et spacieuses ; à Waltham-Abbey (fin du XIe siècle) on trouve l'alternance entre les gros piliers monocylindriques et les piliers cantonnés ; Peterborough a de grands rapports avec Cérisy-la-Forêt, l'église de Saint-Alban avec celle de Boscherville. Les choeurs sans déambulatoires et composés souvent de plusieurs absides en retrait les unes sur les autres, les tours-lanternes, les façades flanquées de deux clochers sont usités en Angleterre comme en Normandie. Dans les Deux-Siciles conquises par les Normands à la fin du xi* siècle, on ne trouve qu'une seule église qui soit une imitation directe d'un édifice normand, c'est Saint-Nicolas de Bari dont la construction peut se placer entre 1089-1105 ; sa façade rappelle celle de Saint-Etienne de Caen, tandis que la nef couverte en charpentes et surmontée de tribunes que soutenaient des colonnes antiques alternant avec des piliers cantonnés, ressemble beaucoup à celle de Jumièges. Le type Saint-Nicolas fut imité au XIIe siècle à la cathédrale de Bari et à l’église de Barletta...
I. L'activité architecturale au XIe siècle. — Dans un passage célèbre le chroniqueur Raoul Glaber a décrit l'ardeur pour les constructions d'églises qui s'empara de l'Occident vers l'année 1003, en France, et en Italie principalement.
Bien que la plupart fussent bâties avec un soin suffisant, ce fut à qui parmi les peuples chrétiens auraient les plus belles. Le monde semblait rejeter son antique dépouille pour revêtir une robe blanche d'églises[1].
En même temps on découvrait de toute part des reliques destinées à sanctifier ces monuments[2]. Cette activité nouvelle est le résultat de la prépondérance religieuse, politique et sociale exercée alors en Europe par les ordres monastiques. La vie urbaine ayant presque complètement disparu, surtout dans le nord, les monastères se trouvèrent constituer les seuls centres de culture ; chacun d'eux, entouré d'un vaste territoire de domaines vassaux, formait comme un petit univers qui trouvait en lui-même les ressources matérielles et intellectuelles nécessaires à son existence. Les grandes abbayes comme Saint-Denis, Tours, Jumièges, Moissac, Cluny, Vézelay, Saint-Gall possédaient, à côté de leurs écoles instituées à l'époque carolingienne, des ateliers où se formaient des architectes, des sculpteurs, des peintres, etc. Les annales de Saint-Gall ont conservé le souvenir du moine Tuotilo qui montra au Xe siècle une aptitude prodigieuse à tous les arts, digne des artistes de la Renaissance. Mais tous les efforts de ces modestes travailleurs restés presque toujours anonymes, se concentraient sur l'église qui formait la partie la plus importante et comme la parure du monastère ; n'était-elle pas le théâtre de toutes les pompes religieuses, des assemblées, des conciles ? Ne conservait-elle pas les reliques insignes du fondateur dont la célébrité attirait, au cours des grands pèlerinages, une affluence de population qui avait besoin de vastes espaces pour pouvoir évoluer ?
2. Les influences monastiques. — Les preuves de l'activité artistique des monastères sont nombreuses. Un des hommes les plus considérables du xi' siècle, le lombard Guillaume (991-1031), moine à Cluny, abbé de Saint-Bénigue de Dijon, moine abbé de Fécamp, exerça une action considérable sur les constructions d'églises, et créa des écoles d'architecture dans les monastères qu'il traversa ; lui-même dirigea la construction de la célèbre rotonde de Saint-Bénigue à Dijon. Deux moines, Gauzon et Hézilon, construisent la grande église de Cluny. Un autre moine bâtit à Poitiers l'église de Montierneuf. A la fin du Xie siècle Didier, abbé du Mont Cassin, fait venir de Constantinople des orfèvres, des mosaïstes, des émailleurs, des miniaturistes qui enseignent à ses moines les principes des arts décoratifs. Enfin au XIIe siècle le moine Théophile donne la théorie de tous ces arts dans sa Diversaram artium schedala.
L'institution monastique avait au XIe siècle un caractère essentiellement international et représentait l'unité chrétienne ; les monastères étaient bâtis sur un plan assez uniforme dont le célèbre plan de Saint-Gali nous a conservé les dispositions. Il n'est donc pas étonnant que l'architecture romane soit devenue commune à toute l'Europe chrétienne de rit latin, et qu'on en retrouve les éléments dans les pays les plus éloignés les uns des autres. Un certain nombre de dispositions des églises romanes montrent leur caractère monastique : le narthex, où sont relégués les simples fidèles, atteint souvent de grandes proportions; de même les dimensions nouvelles prises par les cryptes, la disposition du déambulatoire autour du choeur, qui permet à une procession de se dérouler dans l'église, attestent l'importance des pèlerinages. Des reliques étaient souvent conservées dans les absidioles qui s'ouvraient sur le déambulatoire, ce qui permettait aux pèlerins de les vénérer chacun à leur tour. De même les cryptes avaient souvent deux accès qui servaient d'entrée et de sortie, et assuraient l'ordre des processions[3].
Enfin c'est à l'influence des ateliers monastiques que les églises romanes doivent l'unité relative de leur décoration.
Le style et les sujets ont pu varier d'une école à l'autre, surtout dans la partie purement ornementale, mais les arts qui servaient à orner l'église sont à peu près les mêmes partout. Ce sont : la mosaïque, la peinture à fresque et surtout la sculpture dont la renaissance en Occident est un des événements artistiques les plus considérables du xi° siècle [4]. La sculpture animée remplace souvent la feuille d'acanthe des chapiteaux ; elle règne sur les tympans des portails et quelquefois sur les panneaux, les trumeaux ou les pieds-droits des façades. Les motifs de cette décoration sont d'inspiration très variée : les étoffes persanes, les ivoires orientaux, l'orfèvrerie barbare et surtout les miniatures des manuscrits carolingiens en ont fourni les éléments ; les artistes romans cherchent des modèles partout, sauf dans la nature. Leur flore n'a pas cessé de se réduire à la feuille d'acanthe plus ou moins déformée ; leur faune est faite du peuple fantastique d'animaux qui illustrent les miniatures du a Physiologus [5], centaures, sirènes, néréides etc.; leurs figures sont, tantôt courtes et grosses, surtout au XIe siècle, tantôt allongées démesurément comme au portail royal de Chartres. Leur iconographie religieuse n'a jamais été dirigée par les règles étroites que s'imposaient les artistes byzantins ; cependant certains motifs devinrent traditionnels et certains usages prévalurent. Sur le tympan du grand portail on sculpta un Christ de majesté assis au milieu d'une gloire en amande et entouré des quatre symboles des Evangélistes ; au-dessous du Christ on plaça les Apôtres ou les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse, et quelquefois dans une troisième zone la scène du Jugement Dernier. Les statues des prophètes et des saints, ou des bas-reliefs allégoriques, ornèrent les pieds-droits. Sous la forme barbare et stylisée de ces œuvres on découvre quelquefois un accent de vérité et une inspiration naïve qui sont les présages d'un bel avenir. Les sculpteurs du Xie et du XIIe siècle ont surtout traduit en pierre les symboles religieux, allégoriques, naturalistes, dont les miniatures de l'époque carolingienne leur donnaient les modèles. Les zodiaques, les fontaines de vie entourées de tous les animaux de la citation, les calendriers, les représentations allégoriques de l'Eglise que l'on trouve dans la sculpture romane, procèdent de cette source.
3. Division en écoles régionales. — Malgré ces conditions si favorables à l'unité de l'art roman, la nécessité de se plier aux conditions locales a forcé les artistes à créer des types particuliers d'églises qui forment l'expression originale du génie de chaque province ; c'est dans les procédés de construction, et dans la décoration que cette liberté apparaît. Comme nous l'avons vu, les limites qui séparent les différentes écoles ne sont pas faciles à déterminer ; cependant un certain nombre de types ont des caractères trop accusés, pour que leur existence soit mise en doute. Il y a une école normande, dont on retrouve les procédés en Angleterre ; une école bourguignonne, qui a régné jusque dans l'Italie méridionale ; une école auvergnate, dont on peut suivre la trace du Rouergue à Saint-Jacques de Compostelle ; une école poitevine ; une école du sud-ouest ; une école provençale ; une école lombarde ; des écoles allemandes. D'autres régions au contraire, placées entre des écoles très puissantes, ont accepté des influences diverses ; telles sont les provinces du Languedoc, du Limousin, du Velay, du Berry, de l'Ile-de-France etc.. : elles forment comme des transitions entre les écoles originales.
[1] Hist III, 4» Dans ce passage Raoul Glaber ne fait nullement allusion aux terreurs de l'an mille. [2] (2) Id III, 6. [3] De même la déviation de l'axe de l'église vers le nord en mémoire de l'inclinaison de la tête du Sauveur sur la croix est peut être une idée monastique, [4] (2) Nous renvoyons pour l'étude de ces arts au livre de M. A Germain, — L'art chrétien en France des origines au XVIe siècle. (Collect. « Science et religion ».) [5] Traité d'origine alexandrine qui est la source principale des « bestiaires » du Moyen Age.
• Ce roman, à caractère initiatique, narre l’histoire de Jean et Rémy, deux "vieilles âmes", qui entreprennent un pèlerinage le 11 août 1999 à partir de Rennes-le-Château, village de l’Aude célèbre pour ses énigmes (trésor de l'abbé Saunière, liens supposés avec les Templiers, les Cathares, voire le Saint-Graal). Leur voyage suit un axe vertical à travers la France – une ligne symbolique qui évoque souvent, dans l'ésotérisme français, la "colonne vertébrale" du royaume (du Sud cathare au Nord royal), passant par des sites, non forcément répertoriés dans cet opus mais suggérés, tels Chartres ou Orléans, et plus généralement connu sous le nom de Rose-ligne.
Ce périple est à lui seul une quête alchimique qui conduit les deux héros de l’obscurité initiale (NIGREDO) à l’accomplissement spirituel (RUBEDO), mêlant à la fois révélations personnelles et également collectives.
• Ce roman est de nature mystico-politique et historique : Le récit oppose le temporel (pouvoir politique républicain) au spirituel (desseins divins, transcendance, Grand Monarque). La dimension de ce personnage renvoie aux prophéties de Michel de Notredame et, plus largement, à celles de Marie-Julie Jahenny ou à l'abbé Souffrant : un roi providentiel qui restaurerait la France dans sa grandeur après des épreuves, souvent lié à la lignée mérovingienne qui remonte à Dagobert II, le "roi perdu". Est-ce une continuité avec le passé capétien/bourbon, ou une rupture prophétique ? Le roman semble jouer sur cette ambiguïté pour interroger le destin national.
Une histoire en miroir.
• Au regard du lieu de la nigredo (Rennes-le-Château), le parallèle avec l’histoire de Bérenger Saunière était une évidence : Cette fiction parallèle à l’évolution de Jean et Rémy relate l'arrivée de l'abbé en 1885 à Rennes-le-Château et crée, de fait, un effet miroir temporel. Tandis que les deux initiés débutent leur périple en 1999, Saunière découvre une église en ruine – référence directe factuelle : ses fouilles mystérieuses, ses décorations ésotériques (le démon Asmodée, la devise "Terribilis est locus iste"), et les rumeurs de découverte d'un parchemin et/ou d'un trésor wisigoth/mérovingien. Mais loin d’être innocent, ce flash-back suggère une continuité cyclique : les mystères d'hier ressurgissent pour guider les deux pèlerins d'aujourd'hui.
La fusion de deux âmes pour la réalisation des desseins de Dieu ?
• Les deux âmes véhiculées par l’enveloppe charnelle de Jean et Rémy se rencontrent par synchronicité divine : non par hasard, mais parce qu'elles incarnent une mission collective pour le redressement d’un pays à la dérive. Dans la Tradition, gnose et alchimie (influencée essentiellement par Fulcanelli et/ou Canseliet), les "vieilles âmes" sont des entités réincarnées pour accomplir un Grand Œuvre. Ici, pour les deux héros, c'est le salut de la France – nation élue de Dieu selon certaines prophéties (comme celles présentées par Léon Bloy ou Charles Péguy), mais déchue par la Révolution et la post-modernité.
Les desseins de Dieu :
• Ce roman pose une « théologie politique » où Dieu interagit par le biais de l'Histoire, et plus largement par la cyclologie. Les Mérovingiens (dynastie "thaumaturge", rois chevelus symbolisant la puissance divine) représenteraient une lignée sacrée interrompue en 751 par Pépin le Bref. Leur "résurgence" pourrait signifier :
• Une restauration légitimiste par le sang (lignée capétienne survivance de Louis XVII).
• Ou l'avènement du Grand Monarque, Roi de cœur, figure emblématique liée à la Fin des Temps unissant le Lys (royauté) et l'Épée (justice divine).
Alchimie, transcendance et chevalerie moderne !
• L'alchimie n'est pas seulement métaphorique ; elle implique une transformation intérieure (les pèlerins que sont Jean et Rémy deviennent "Chevaliers") et extérieure (la France renaît de ses cendres). La transcendance dépasse l'individu transformé qui officie pour une œuvre collective -peut-être une société secrète, un ordre templier revisité, une mobilisation spirituelle nationale-, au lecteur de le découvrir !
Acceptation et mission : Jusqu'où aller ?
Là est la question que pose les auteurs par le biais de ce roman qui interroge sur la notion de sacrifice. Renoncer à l'ego, affronter l'incompréhension (le "monde présent" qu’évoque Paul-Georges Sansonetti), voire la persécution, à l’image même du Christ ! Les chevaliers modernes doivent allier foi et action politique – un équilibre précaire entre contemplation et engagement.
Citation de Paul-Georges Sansonetti
Cette phrase, posée comme une sentence par Paul-Georges Sansonetti, souligne le caractère onirique et subversif du roman : une France "invisible", faite de lignes telluriques, de cryptes secrètes, de prophéties oubliées. Elle évoque une patrie mystique, opposée à la République laïque et matérialiste – un thème cher à l'ésotérisme traditionaliste véhiculé, entre autres, par Paul Le Cour, René Guénon, Julius Evola…
Assertion.
Ce roman, pleinement écrit par Arphays et Athanhorus, rappelle subtilement des œuvres comme Le Matin des magiciens (Pauwels/Bergier), Le Trésor des Cathares (de Sède), ou bien encore les fictions de Jean Raspail sur la monarchie sacrée. En somme, une intrigue initiatique à lire absolument. Un roman fascinant ! qui ancre le lecteur dans les mystères ésotériques de la France, où l'histoire, la spiritualité et la politique s'entrelacent autour de figures légendaires, qui se voudraient des archétypes, tels les Mérovingiens et le Grand Monarque.
LES ÉMERALDISTES. LE DECUMANUS D’OR. TOME 2
ARPHAYS. ATHANHORUS
Présentation.
La Quête de la Croix ou l’éveil des Émeraldistes.
C’est à partir de l’ouest de la France, dans les brumes mystiques, où l’imaginaire renvoie aux menhirs ancestraux veillant sur les secrets celtiques, que Jean et Rémy poursuivent leur périple initiatique à travers le pays. La Croix, symbole énigmatique gravé dans la pierre et dans l'âme, les guide désormais vers l'Est, se nourrissant du symbolisme des cathédrales gothiques qui percent le ciel comme des lames de lumière divine.
Quelques points forts du roman…
Les Cathédrales Vivantes.
Amiens, Chartres, Paris, Reims etc… ces vaisseaux de pierres dans lesquels les bâtisseurs médiévaux ont encodé des mystères alchimiques. Jean, l'érudit tourmenté par ses visions, décrypte les vitraux : la Vierge Noire n'est pas une idole païenne, mais la gardienne de la Sophia primordiale, la Sagesse éternelle. Rémy, par son affiliation templière, touche du doigt les sculptures des portails – des géométries sacrées qui alignent les étoiles avec la Terre. « Les cathédrales ne sont pas des églises, murmure Jean, ce sont des machines à transcender le temps. » Ensemble, ils percent le secret des Maîtres d'Œuvre : une lignée ininterrompue depuis les pyramides d'Égypte, depuis la nuit des temps même, transmettant le feu prométhéen de la Connaissance.
Le Hiéron du Val d'Or et le Christ-Roi.
Poussant plus dans l’initiation, nos héros découvrent l'antique Val d'Or, sanctuaire caché où les Druides convergeaient jadis. Ici, le culte du Sacré-Cœur, du Christ-Roi se révèlent dans toute leur splendeur : non pas le Jésus historique des Évangiles canoniques, mais le Roi des Rois, descendant direct des Mérovingiens, dont le sang porte le sceau de la Croix de Lumière. Rémy, initié par l’ombre d’un templier trépassé, reçoit un message : « Pharamond II, le dernier roi légitime, attend son heure dans l'ombre des prophéties. » puis « Le Val d'Or n'est pas un lieu, c'est un état d'être », confie l'entité. Ce qui conduit Jean et Rémy au baptême pythagoricien – un rituel d'eau et de feu- où les nombres sacrés (3-7-12) fusionnent avec l'âme, éveillant les chakras inertes.
Le décodage de l'Apocalypse
La Fin des Temps s'annonce dans les pages jaunies d'un manuscrit apocryphe transmis à Jean et Rémy. L'Apocalypse johannite n'est pas une prédiction menant au chaos, mais un plan détaillé, un « blueprint » dirait-on outre atlantique, que décrypte les deux héros. Que révèle-t-il ? : Les sept sceaux ? Les sept plans de réalité. La Bête ? Le fils de Satan, cet Antichrist masqué sous les traits des puissants de ce monde – banquiers occultes, sociétés secrètes inversées ? Qui sait réellement ? Aux lecteurs de le découvrir !
Jean et Rémy, guidés par des rêves prophétiques, assemblent patiemment les pièces : le Grand Chyren (référence à Nostradamus), correspondant au Grand Monarque et le Grand Pontifex (le Souverain Pontife universel ou Pasteur Angélique) émergeront pour le combat final. Les deux héros, armés de l'Épée de Lumière forgée dans les traditions templières, jureront-ils allégeance à cette chevalerie naissante ?
Un Ordre Nouveau : Les Émeraldistes et la Chevalerie Universelle.
C'est ici que culmine la genèse : remontant aux fondations de l'Ordre du Temple en 1118 qui forge l’histoire parallèle au périple de Jean et Rémy, les Émeraldistes – gardiens de la Table d'Émeraude hermétique – refondent une chevalerie pour l'Âge d'Or. Jean et Rémy en deviennent les piliers. Ils planifient la venue de Pharamond II, ce roi mérovingien ressuscité par la lignée originelle, pour soutenir le Grand Chyren dans sa bataille contre les forces obscures. Une alliance se tisse : Templiers, Rose-Croix, druides veilleurs... Leur credo ? L'Amour comme arme absolue, la Lumière comme bouclier contre l'obscurantisme.
Le Triomphe Inévitable ?
Au cœur de la ville de Rome vouée à l’occulte, face aux ombres du Vatican et des loges noires qui dirigent la cité, le climat explose. Le fils de Satan, incarné dans un « leadership » mondial charismatique, déchaîne les plaies apocalyptiques – guerres hybrides, pandémies artificielles, IA démoniaque. Mais le Grand Monarque, révélé comme un vénérable moine aux yeux de feu, unit les forces vives du pays. Pharamond II surgit de sa crypte éternelle, couronné par la Croix vivante que les deux héros ont tracé sur le sol de France. Jean et Rémy, transfigurés, mènent la charge finale.
Ce roman pose au moins deux questions fondamentales :
L'Amour triomphe-t-il ? La Connaissance l'emporte-t-elle sur les ténèbres ?
Ces réponses sont avancées par Paul-Georges Sansonetti qui, écrivant ceci, l'avait pressenti : « Et si les prophéties nous préparaient aux plus redoutables des vérités ? » Dans ce roman initiatique, la réponse est un oui retentissant, gravé dans le septième sens. La Terre renaît, plus lumineuse, sous le règne du Christ-Roi. Mais le cycle recommence... car la quête ne s'achève jamais. « La Croix, l’Apocalypse et le Retour des Rois Thaumaturges ». Voilà ce qui pourrait résumer in fine ce roman qui clôt un diptyque mêlant fiction et réalité où la France devient le théâtre d’une apocalypse initiatique : non pas au sens de destruction, mais de celui de révélation en grec : (ἀποκάλυψις).
Assertion.
En somme, cet opus final, par les étapes réalisées par les deux héros, révèle au monde que le transept christique marque de son empreinte le Royaume des Gaules. En effet, le passage d’un axe Nord-Sud relaté dans le Cardo Révélé à un axe Ouest-Est développé dans le présent roman révèle une croix symbolique sur le corps du royaume – la Croix du Christ-Roi, mais aussi la croix des bâtisseurs (équerrage gothique, proportions pythagoriciennes…). Un roman à couper le souffle, une odyssée qui n'est pas une simple continuation mais une plongée abyssale dans les arcanes oubliés de l'Histoire, où chaque pas révèle un voile levé sur un complot majeur qui existe depuis des siècles...
C'était en Juin 1675, le Père Eudes vivait encore. Professe de trois ans, elle priait, au monastère de Paray-Ie-Monial, proche la grille qui ferme le choeur des religieuses. Cette grille est toujours à la même place, dans la chère petite chapelle, à l'obscurité si recueillie, au charme si pénétrant. La foule, les coeurs ne s'y pressaient pas, comme aujourd'hui, autour du Coeur adorable de Jésus, toujours présent, toujours adoré dans le sanctuaire de son élection. Un seul coeur suffisait pour attirer les, ineffables tendresses de l'Hôte divin, mais ce coeur était celui de sainte Marguerite Marie. Déjà élue, elle le savait depuis bientôt deux ans, mais n'osait pas encore y croire, elle était là toute à son Bien Aimé, dont la douce présence, à chaque minute plus intimement sentie, la pénétrait, unissante, transformante. Ce fut bientôt l'extase :
« Étant une fois devant le Saint Sacrement, un jour de son octave, je reçus de mon Dieu des grâces excessives de son amour et me sentis touchée du désir de quelque retour et de lui rendre amour pour amour, et il me dit : « Tu ne m'en peux rendre un plus grand qu'en faisant ce que je t'ai déjà tant de fois demandé. » Alors me découvrant son divin Coeur : « Voilà ce Coeur qui a tant « aimé les hommes, qu'il n'a rien épargné jusqu'à s'épuiser et se « consumer pour leur témoigner son amour, et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs «irrévérences et leurs sacrilèges et par leurs froideurs et les « mépris qu'ils ont pour moi dans ce sacrement d'amour. Mais ce qui m'est encore le plus sensible est que ce sont des coeurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. »
«Quelques jours, peut-être quelques heures seulement, se sont écoulés entre le moment où Jésus fit entendre à Marguerite Marie cette plainte si touchante, et celui où la sainte écrivit la céleste révélation. C'est une vraie joie de pouvoir constater qu'elle n'a pas eu le temps d'oublier une idée, j'allais dire un mot, mais les mots ne sont pas de Dieu, ils sont à elle : pauvres mots humains, qui éclatent sous la pensée divine, qu'ils ne sauraient, contenir, qu'ils expriment tant bien que mal. C'est l'éternel désespoir des grands élus de Dieu de ne pouvoir égaler, avec des sons et des images qui sont de la terre, les idées lumineuses et chaudes de l'éternité. Ils font ce qu'ils peuvent : leurs pâles expressions gardent pourtant un reflet de la céleste clarté, comme la cendre est chaude du feu qu'elle recouvre.
Et Jésus ajoutait : « C'est pour cela que je te demande que « le premier vendredi d'après l'octave du Saint Sacrement, soit « dédié à une fête particulière pour honorer mon Coeur, en communiant ce jour-là et en lui faisant réparation d'honneur par une amende honorable, pour réparer les indignités qu'il a reçues pendant le temps qu'il a été exposé sur les autels. Je te promets aussi que mon Coeur se dilatera pour répandre avec abondance les influences de son divin amour sur ceux qui lui rendront cet honneur et qui lui procureront qu'il lui soit rendu. »
Le texte est court, il est complet : il donne l'idée très nette et de la dévotion au Coeur de Jésus, et de la manière dont elle sera pratiquée. Sainte Marguerite Marie doit montrer au monde le Coeur de chair de Jésus, symbolisant son amour, et surtout son amour méconnu des hommes ; elle doit faire honorer ce Cœur par une fête célébrée le vendredi qui suit l'octave du Saint Sacrement ; le jour de cette fête, les fidèles communieront et feront réparation d'honneur au céleste Offensé, des grâces nombreuses sont promises à ceux qui se rendront au désir divin.
Ces mots écrits au lendemain de la révélation suffisent à établir l'authenticité de la mission confiée à la jeune visitandine, comme à nous faire connaître ce qu'elle a d'essentiel. A quoi pense la divine Sagesse ? Pour accomplir son œuvre et ses desseins éternels, elle peut choisir le fondateur vénéré de deux congrégations de religieuses qui grandissent dans la ferveur de leurs jeunes années, un vaillant missionnaire honoré de toute l'Église de France, élève des Jésuites, formé à l'Oratoire, par Bérulle lui-même, un orateur au verbe puissant, connu à Paris, qu'ont applaudi à Saint-Germain le roi et la reine Mère, le plus célèbre des dévots du Coeur de Jésus, l'auteur d'une messe et d'un office en son honneur, messe, office adoptés hier par les Bénédictines de Montmartre, un infatigable ouvrier, vieilli sans doute au service du Père de famille, mais toujours actif, et qui trouvera dans les enfants de ses deux familles spirituelles les collaborateurs les plus finalement dévoués et les plus ardents au labeur : voilà l'homme de la droite du Très Haut, voilà le saint qu'il faut élire. Les voies de Dieu sont impénétrables.
C'est une religieuse inconnue, petite fille de simples paysans bourguignons, fille d'un humble notaire royal du Charollais, une jeune professe d'un monastère sans célébrité, qui est l'élue du Coeur de Jésus. Son influence est nulle dans son couvent ; on y discute aujourd'hui sa piété, ses voies extraordinaires, comme hier on y discutait sa vocation ; on a retardé ses voeux ; les officières dont elle partage les travaux se plaignent de sa maladresse et de ses gaucheries : à l'infirmerie, à la cuisine, on ne sait que faire d'elle. On reconnaît qu'elle est vertueuse, elle a le sens droit, un coeur délicat et très généreux, mais ses soeurs comme ses supérieures se demandent quels services pourra rendre cette pauvre religieuse à l'Institut qui a bien voulu l'admettre. Quand la sœur Marguerite Marie veut selon l'ordre divin, communiquer à sa supérieure la Mère de Saumaise, qui l'aime et l'estime cependant, les désirs du Coeur de Jésus, elle est rudoyée, raillée, humiliée ; on la fait taire, on ne veut pas tenir compte de ses invraisemblables rêveries.
Vraiment à quoi pense la divine Sagesse ?
Le Père de la Colombière vient d'être nommé supérieur des Jésuites, de Paray-le-Monial. Éclairé d'une lumière surnaturelle il croit, lui ; contre toutes les apparences, il admet le message divin. Dans les jours qui suivent la révélation de 1675, il se consacre au Coeur de Jésus, et sans doute à la première occasion, il agira. Sa sainteté évidente, ses talents suppléeront à l'incapacité de la soeur Alacoque. Quelques mois plus tard, en septembre, il part pour l'Angleterre. La soeur Marguerite-Marie avait trouvé un aide, Jésus le lui enlève. Elle se plaint à son Maître Céleste : « Est-ce que je ne te suffis pas ? » lui répond-II.
Il veut en effet suffire à tout ; la disproportion est telle entre le but et les moyens, entre l'établissement dans l'Église entière de la fête du Coeur de Jésus et la parole d'une religieuse sans autorité, que le résultat obtenu, la fête du vendredi après l'Octave du Saint Sacrement solennisée, prouvera de façon indéniable et l'action divine et l'élection de la soeur Marguerite-Marie.
Pendant dix ans, de 1675 à 1685, elle, garde son secret qui est celui de ses supérieures, mais que ses soeurs et tous les autres, ignorent.. Sa sainteté finit par s'imposer, elle est élue par la communauté assistante de la Supérieure, elle est Maîtresse des Novices.
Plus d'une cependant parmi ses soeurs continue à la traiter d'entêtée et de visionnaire, rien ne fait prévoir la réalisation des désirs du Coeur de Jésus.
Dans les premiers mois de 1685, on lisait au réfectoire du Monastère de Paray-le-Monial la Retraite Spirituelle du Père de la Colombière, imprimée l'année précédente à Lyon. La lectrice en était aux dernières pages : « J'ai reconnu, disait l'auteur dans les notes d'une retraite faite à Londres en 1677, deux ans après la grande révélation, que Dieu voulait que je le servisse en procurant l'établissement de ses désirs, touchant la dévotion qu' Il a suggérée à une personne à qui "Il se communique fort confidemment et pour laquelle il a bien voulu se servir de ma faiblesse, je l'ai déjà inspirée à bien des gens en Angleterre et j'en ai écrit en France et prié un de mes amis de la faire valoir là où il est... » La lecture continue, c'est ligne par ligne, mot par mot, le récit de l'apparition de juin 1675 et, dans un lourd silence, elles retentissent, les brûlantes et divines paroles ; « Voilà ce Coeur qui a tant aimé les hommes... Je te demande que le premier vendredi d'après l'Octave du Saint Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Coeur ».
Personne ne s'y trompe, personne ne pouvait s'y tromper. Toutes les religieuses sont du même avis que la petite sœur Péronne Rosalie de Farges, qui, à brûle pourpoint, dit à la Sœur Alacoque au début de la récréation : « Ma chère soeur, vous avez bien eu votre compte aujourd'hui à la lecture et le Révérend Père de la Colombière ne pouvait pas mieux vous désigner. » Voilà comment le désir divin fut connu.
La soeur Marguerite-Marie ainsi mise en avant par le hasard, qui de son vrai nom s'appelle la Providence de Dieu, croit qu'elle n'a plus rien à ménager. Elle lance un défi à ses novices pour les préparer à la fête du Sacré-Coeur. Celles-ci, le 20 juillet, jour de Sainte Marguerite, pour remercier leur Maîtresse des soins qu'elle leur donne, veulent rendre hommage au Coeur de Jésus. Sur un petit autel improvisé, elles exposent une pauvre image dessinée par l'Une d'entre elles, et, tour à tour, elles viennent, conduites par la soeur Alacoque, se consacrer à son amour et à son culte. Depuis ce 20 juillet 1685, bien des consécrations sont sorties de lèvres très pures et d'âmes très aimantes ; les triomphantes paroles qui retentissent sur notre terre de France et dans le monde entier :
« Coeur Sacré de Jésus, que votre Règne arrive !
«Soyez le roi et le centre de tous les coeurs !
les immortelles acclamations qui s'élevèrent sur notre colline sacrée, au jour de la Consécration de Montmartre, dans la joyeuse reconnaissance et le légitime orgueil de notre miraculeuse victoire, les cris enthousiastes d'amour et de confiance que les peuples du monde entier, — tout le témoigne, tout l'annonce, — agenouillés devant l'image du Coeur glorieux de Jésus, jetteront bientôt vers le ciel en fête, écho et prolongation de l'hommage rendu par Léon XIII : toutes ces manifestations si belles, si délirantes soient-elles, ne pourront faire oublier les humbles et douces paroles murmurées, au soir du 20 juillet 1675, par quelques novices groupées autour de leur Maîtresse, dans une salle du monastère de la Visitation Sainte Marie, de Paray-le-Monial. La dévotion au Coeur de Jésus, telle que nous la pratiquons aujourd'hui, telle que l'Église la pratique, est née ce jour-là à l'inspiration de sainte Marguerite-Marie.
Sur le grain de senévé, mis en terre et qui doit d'abord y pourrir, l'hiver passera ; il subira les froidures et les intempéries. La nouvelle dévotion, renfermée dix ans dans le cœur de Marguerite-Marie fut, pendant dix mois, très discutée dans le monastère. Des religieuses, et parmi elles quelques-unes des plus ferventes, la blâmèrent : n'était-elle pas opposée à la XVIIIe constitution de Saint François de Sales ! Il faut en effet le reconnaître, très conforme à l'esprit, elle n'est pas conforme à la lettre. Mais Dieu est le Maître des coeurs, comme il est le Maître des heures : et le Vendredi après l'octave du Saint Sacrement, l'année suivante, en 1686, la soeur des Escures, une des plus vénérables religieuses, reconnaît publiquement son erreur et s'agenouille devant l'image du Coeur divin. Elle invite, autorisée par la Mère Supérieure, toutes ses compagnes à faire comme elle.
Le grain de sénevé sort de terre ; secoué par le vent d'orage, il va grandir et se fortifier sous la pluie" fécondante, dans la gloire et la flamme du soleil. Moulins, Dijon, Semur, Lyon, Paris, les monastères de la Visitation sentent passer le souffle vivificateur, embaumé des parfums du Coeur de Jésus ; ils s'enthousiasment, pour la dévotion de Paray, ils l'accueillent, la pratiquent, la répandent : des milliers d'images et de brochures sont distribuées qui exposent son objet, et, en termes voilés, racontent son origine.
Le récit du Père de la Colombière cité partout est clair pour les initiés, mais ceux qui ne comprennent pas ou ne comprennent qu'à moitié, voudraient connaître et cette révélation dont il parle, et la personne qu'il ne nomme pas. L'élue du Coeur de Jésus devient un obstacle à sa mission ; elle vivante, on ne peut pas tout dire, les mots sont vides ou cachent les immortelles réalités ; elle doit mourir, elle va mourir : « Je ne vivrai plus guère car je ne souffre plus. Ma mort est nécessaire à la gloire du Coeur de Jésus. »
Elle a raison, non pas comme l'estime son humilité, mais comme les intérêts de la dévotion l'exigent. Ses soeurs, les Pères Jésuites dont Dieu veut se servir d'abord, et puis le clergé, les religieux, les fidèles vont enfin se dévouer au Coeur divin et à ses intérêts éternels ; encore quelques années, bien peu, la France, l'Europe, le Canada, la Chine, le reconnaîtront et l'aimeront, grâce à la vie, grâce à la mort de la soeur Marguerite-Marie. Il faut qu'elle disparaisse pour que le Père Croiset puisse parler d'elle dans le livre qu'il a commencé sous son inspiration. Elle meurt en murmurant le nom de Jésus, le 17 octobre 1690.
Pour hâter les divines conquêtes et faire grandir au-dessus de toutes les autres dévotions, au-dessus de tous les arbres de grâce qui croissent au jardin de l'Église, la tige verdoyante mais si frêle encore du grain de sénevé de Paray-le-Moniaî, pour la lancer en plein ciel, aux lointaines conquêtes de l'azur et de l'espace, Dieu pouvait, — ne devait-il pas ? — se servir des hommes et des oeuvres qui déjà groupés autour du Coeur divin l'honoraient, le célébraient ! Sur la terre d'Europe, bien des âmes lui sont dévouées : les bénédictines du Calvaire, filles du Père Joseph, deux Congrégations religieuses, nées du coeur et du zèle du Père Eudes, sont prêtes à agir ; quatre siècles de préparation, un magnifique effort contemporain, ne peuvent être inutiles ! Dieu n'a besoin de personne : il suffit lui-même à ses desseins. C'est l'affirmation de la Soeur Marguerite-Marie ; ce sont les oeuvres qui en naissent, les hommes qu'elle désigne qui feront le travail divin. Les premiers et longtemps seuls, les Jésuites porteront le poids du jour et de la chaleur. Sans doute, le jeune et faible élan, grâce à des secours rencontrés, s'élargira un peu plus vite, les livres, les enfants du Père Eudes et bien d'autres encore y aideront, mais plus tard. On pourrait écrire l'histoire de la dévotion au Sacré-Coeur au XVIIIe Siècle, sans parler d'aucune autre influence que de celle venue du Coeur de Jésus lui-même par sainte Marguerite-Marie, et cependant, ne rien omettre d'essentiel au magnifique et divin récit.
Vingt ans de recherches, difficiles à certaines heures, mais bien douces toujours et quand même, me permettent cette affirmation que je ne crains pas de voir jamais démentie : historiquement parlant notre dévotion au Coeur de Jésus est sortie des révélations e sainte Marguerite-Marie et ce sont elles qui l'ont fait grandir. Dieu avait bien d'autres manières de la répandre à travers le monde, il a choisi celle-là.
On s'est demandé, on se demande encore parfois, quelle influence ont pu avoir sur les révélations faites à sainte Marguerite-Marie, les ascètes et les mystiques qui, avant elle, ont parlé dans leurs écrits de la dévotion au Sacré-Coeur. En 1675, alors que s'achèvent les grandes manifestations divines qui déterminent et la manière dont il faudra comprendre le nouveau culte, amour réparateur d'un amour méconnu, et le jour fixé pour la fête future, et les actes qui marqueront cette fête, la soeur Marguerite-Marie ne connaît rien de ce qu'on a pu dire avant elle ; tout au moins, il n'est pas un fait qui permette d'affirmer le contraire. C'est la joie immense, c'est la glorieuse confiance des dévots du Coeur de Jésus de pouvoir proclamer bien haut qu'entre l'élue divine et Celui qui l'a choisie, il n'existe pas d'intermédiaire. Du Cœur Sacré les grâces de lumière et d'amour descendent directement et envahissent le coeur de Marguerite-Marie ; par ce très pur et très sûr canal, elles coulent jusqu'à nous avec la fraîcheur immaculée de leur source bénie. Voilà ce qui est indéniable.
Après 1675, surtout dans les années 1685 et 1686, la sainte, devenue maîtresse des novices, lit davantage, elle cherche pour elle et pour les jeunes âmes qu'elle forme à la vie religieuse des prières qui puissent aider la dévotion qu'elle leur révèle. Les écrits de saint François de Sales et les lettres de sainte Jeanne de Chantai, contiennent d'admirables pages sur le Coeur de Jésus, des lettres circulaires envoyées par différents monastères de la Visitation racontent plusieurs manifestations dû Coeur Divin, elle les consulte. La jeune maîtresse des novices lit en outre les ouvrages du Père de Barry, du Père Guilloré, du Père Nouet, de M. de Bernières, d'autres sans doute, que nous ne pouvons nommer à coup sûr. Je ne crois pas qu'elle ait connu ceux du Père Eudes [1]. Ces auteurs ont dû avoir une influence sur elle, et contribuer à développer la dévotion qu'elle était chargée de révéler à la terre. Il nous est cependant impossible d'en trouver une trace évidente ou très visible ; d'où il faut conclure que leur action, si elle existe, est vraiment bien faible... Le Maître Divin a tout conduit, comme il l'avait annoncé ; les faits le prouvent : le doigt de Dieu est là.
Il serait facile d'en suivre encore la trace lumineuse si nous avions le loisir d'étudier la marche en avant de la dévotion pendant les premières années du XVIIIe Siècle. Le bref du 19 mai 1693, et le décret du 30 mars 1697, tous les deux d'Innocent XII, les ouvrages de Monseigneur Languet, évêque de Soissons, du Père de Galliffet à Rome, du Père Croiset, du Père Froment, du Père Bonzonié en France, qui rassurent, dirigent, enthousiasment les âmes, n'auraient jamais été écrits sans les révélations de Paray, elles sont la cause première, presque la cause unique, de centaines de demandes d'indulgences adressées à Rome de 1697 à 1726. Ce sont elles qui poussent Mgr de Belzunce à consacrer au Coeur de Jésus Marseille ravagé par la peste ; elles seules après avoir créé le magnifique élan de 1721 et de 1722 dans le sud-est de la France, décident le roi Auguste et les évêques de Pologne, Philippe V d'Espagne et plus de cent monastères de la Visitation à supplier Benoît XIII de vouloir bien approuver la fête du Sacré-Coeur, le vendredi après l'octave du Sanctissimo, comme le demandait déjà Marie, reine d'Angleterre, l'épouse de Jacques II. Mais il faut nous borner.
Aujourd'hui, nous serions tentés de croire que la mission de Sainte Marguerite-Marie est dépassée. La dévotion au Sacré-Coeur, s'élargissant, a magnifiquement évolué. Le Coeur divin n'apparaît plus seulement comme le symbole de l'amour de Jésus pour son Père et pour les hommes, ce ne sont plus seulement les sentiments d'amour réparateur d'une tendresse méconnue qui, de nos âmes reconnaissantes, montent vers lui. Il est considéré comme le symbole de l'âme tout entière ; dans le Coeur vivant ce sont tous les sentiments : joie, tristesse, miséricorde, pitié, adoration, reconnaissance, zèle de la gloire de Dieu, qui, avec l'amour viennent battre les uns après les autres dans une harmonieuse et féconde unité. Cette âme, ces sentiments, ce coeur de chair, la poitrine entr'ouverte, la voix qui parle, le doigt qui montre, c'est la personne entière de Jésus. Le Sacré-Coeur, c'est Jésus, c'est l'Homme Dieu, c'est le Verbe Incarné !
Oui ; mais pour sainte Marguerite-Marie, elle-même, comme pour ceux qui de sa bouche ont reçu les divines paroles, le Sacré-Coeur c'était déjà Jésus tout entier. La Vierge de Paray dit « Le Sacré-Coeur » là où elle pourrait tout aussi bien dire « Jésus ». Elle invoque le Sacré-Coeur, elle l'interpelle, comme elle invoquerait et elle interpellerait Jésus. Les deux expressions ne sont pourtant pas synonymes. Quand nous disons Jésus nous ne pensons pas toujours au Sacré-Coeur, mais toujours quand nous disons le Sacré-Coeur, nous pensons à Jésus, parce que le Cœur est inséparable de la personne dont il rythme la vie. Pour sainte Marguerite-Marie, encore, le coeur qui d'abord symbolise l'amour méconnu, symbolise aussi les autres sentiments de l'adorable personne du Verbe, toute sa vie intime, son intérieur, comme on disait au XVIIe Siècle. Il semble alors un peu plus distant, son symbolisme élargi semble moins précis, mais il reste pourtant présent, intimement présent ; on ne perd pas son contact. Nous n'atteignons les divers sentiments de l'âme, nous n'atteignons la personne, que dans et par la chaude atmosphère du coeur. Pour avoir toujours une idée précise et complète de la dévotion au Coeur de Jésus, il ne faut jamais oublier le geste de Paray : Le coeur de chair attire d'abord le regard, sur lui se pose le doigt divin, la voix exprime ce que déjà les yeux ont compris : « Voilà ce coeur qui a tant aimé les hommes. » Parce qu'il vit dans une personne vivante, parce que le sang y verse toutes les impressions, tous les sentiments, parce que toutes les passions l'agitent et réchauffent, parce que l'âme toute entière y passe dans les ondes chaudes qui le soulèvent, c'est donc aussi l'âme toute entière, toutes ses passions qu'il symbolise : l'amour d'abord parce qu'il est coeur, et les autres parce qu'il vit. « Coeur de Jésus, prie Sainte Marguerite-Marie, je vous salue, je vous salue Coeur de mon Frère, Coeur magnifique, Coeur tout aimable, Coeur très humble, Coeur très patient, Coeur très fidèle, Coeur pacifique ; Coeur de Jésus soutien des affligés, consolez-moi, Coeur de Jésus fournaise ardente, consommez-moi ! Je vous salue, Coeur de mon Sauveur, Coeur de mon ÉpoUx, Coeur de mon Ami, Coeur de mon Maître. » - .
Elle ajoute: « Je vous salue, Coeur de mon Roi. » La royauté du Coeur de Jésus ! Il était réservé à notre vingtième siècle de l'acclamer : Rex Esto, soyez roi ! Le désir de Léon XIII, nous travaillons à le réaliser : roi des individus, roi des familles, nous voulons que demain le Sacré-Coeur soit le roi des sociétés et des nations. Monseigneur d'Hulst a dit que le XIXe Siècle « si on le considère au point de vue mystique, méritera d'être appelé le siècle du Sacré-Coeur ». Qui sait ? notre vingtième siècle qui commission menée à prendre conscience de lui-même, — la vingt et unième année n'est-elle pas un peu pour les siècles comme pour les individus l'âge de la majorité ? — notre vingtième siècle, qui a eu la plus effroyable des adolescences, inclinera peut-être un jour la force tranquille de sa maturité ou la couronne de ses cheveux blancs devant le Sacré-Coeur Roi : Esto Rex ! Pourquoi ne serait-il pas le siècle de la Royauté du Coeur de Jésus ?
Quand nous aurons répondu au désir de Léon XIII — l'Equateur déjà, après lui le Chili et la Colombie, n'ont-ils pas reconnu, acclamé la divine royauté ; trois grandes nations catholiques la Belgique, la France, l'Espagne, ont, elles aussi, fait comme un premier pas — quand toutes les nations catholiques se seront inclinées sous le sceptre d'amour de Celui qui est roi et par droit de naissance et par droit de conquête, est-ce que cette universelle consécration ne sera pas le couronnement attendu de la mission de sainte Marguerite-Marie ? Rappelons-nous le message de 1689, si discuté pendant ces dernières années, et dont la bulle de canonisation reconnaît la vérité historique, rappelons-nous les audacieuses paroles que la Mère de Saumaise ne crut pas devoir faire parvenir jusqu'à Louis XIV :« Fais savoir au Fils aîné de mon Sacré-Coeur, — parlant de notre Roi — que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte enfance, il obtiendra la naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu'il fera de lui-même, à mon Coeur adorable qui veut triompher du sien et par son entremise de tous les rois de la terre. »
Il est, j'en conviens, dans le message des demandes particulières difficiles à concevoir nettement, et peut-être plus difficiles encore à réaliser aujourd'hui. Mais elles ne sont que des moyens qui après tout peuvent varier avec le temps, avec les princes et avec les royaumes. J'estime que le glorieux message adressé à Louis XIV atteint par le Roi, à travers le Roi, d'abord et directement la Fille aînée de l'Église ; mais le désir divin dépasse un homme et une nation, c'est chez tous les grands de la terre, c'est dans les palais de tous les princes et de tous les rois que le Sacré-Coeur veut être adoré. Les faits prouvent que l'élan unanime qui emporte les âmes chrétiennes vers le Coeur de Jésus dont elles acclament la royauté, qui bâtit les temples, qui multiplie les consécrations des personnes, des drapeaux, des maisons ; que la première réalisation d'un règne du Coeur de Jésus non seulement sur les âmes individuelles, mais d'un règne social, d'un règne national, d'un règne universel ; que toutes les grandes espérances qui animent et enflamment notre dévotion catholique à ce divin Coeur, sont nées, ont grandi, au contact des révélations de juin 1689 ; c'est toujours leur première, c'est bien souvent leur seule cause historique ; les faits prouvent que tout s'est passé comme le Sacré-Coeur l'a demandé, et que tout s'est passé ainsi parce qu'il l'a demandé. Sainte Marguerite-Marie n'a pas vu certes tout le succès de sa mission, mais on peut dire que, dans nos temps modernes, aucune mission ne peut être comparée à la sienne.
A Domrémy le vitrail qui éclaire le chevet de l'église paroissiale forme un double panneau : dans l'un Jeanne d'Arc avec ces mots : OLIM PER JOHANNAM, dans l'autre la France à genoux devant le Sacré-Coeur avec ces autres mots : HODIE PER COR JESU SACRAT ISS IMUM. Le salut ! Jadis, il est venu par Jeanne d'Arc, aujourd'hui il vient par le Coeur Sacré de Jésus, et ce Coeur sacré c'est Marguerite-Marie qui l'a, non pas fait connaître aux chrétiens, mais révélé aux foules, popularisé, comme elle en avait reçu mission. Benoît XV a voulu réunir dans une même apothéose la Pucelle d'Orléans et la Vierge de Paray-le-Monial. Elles ne se ressemblent guère les deux saintes magnanimes, les deux héroïques soeurs. Je le sais et Virgile l'a dit : « Dans les familles de la terre s'il est des traits communs, il en est de différents : »
...faciès non omnibus una,
Nec diversa tamen, qualem decet esse sororum
Il en est ainsi dans la grande famille du ciel ; mais les deux soeurs de 1920 abusent, si j'ose dire, un peu de la permission. C'est dans la gloire des champs de bataille, c'est dans l'enthousiasme des triomphes officiels, à Reims jadis, aujourd'hui à Paris, à Orléans, partout sur la terre de France, c'est le sabre au poing, dans son armure de fer, sur son cheval belliqueux la flamme du courage dans les yeux que Jeanne d'Arc traverse le monde : c'est la grâce, c'est la modestie, c'est la victoire, c'est la patrie, c'est la virginité, c'est le martyr qui passent, inclinons-nous et vive Jeanne d'Arc !
Les yeux baissés, les mains jointes, le regard perdu dans une vision qui échappe, humble jusqu'à l'anéantissement, timide jusqu'à la crainte, son voile de visitandine abaissé sur les yeux, raillée, bafouée : à Lautecour par les siens, à Paray-le-Monial par un cardinal, par des bénédictins et aussi des jésuites, comme par quelques-unes de ses soeurs ; une auréole de sainte au front, il le faut bien depuis l'Ascension de 1920 puisque Dieu le veut ; comme on l'oublie l'humble fleur, la pauvre Marguerite de Bourgogne, la religieuse qui n'est jamais sortie de son couvent, qui n'a jamais été mêlée aux affaires humaines sinon pour en souffrir. Sommes-nous très nombreux à dire non pas d'une manière habituelle, mais de temps en temps, non pas dans la prière officielle de l'Église, mais par un acte de dévotion personnelle : Sainte Marguerite-Marie, priez pour nous !
Et pourtant !.Dieu me garde certes de rien enlever à la gloire de l'héroïne nationale, à la guerrière de Patay et de Reims, à la martyre de Rouen, à l'élue de Dieu, à celle qui a fait hommage à Dieu du royaume de France... Et pourtant ! Si nous comparons mission à mission, succès à succès : La mission de Jeanne : les Anglais chassés, le roi sacré à Reims, le royaume de France sauvé par une jeune fille qui va mourir à 19 ans ; humainement, c'était irréalisable, c'est merveilleux ! La mission de Marguerite : une simple parole de religieuse qui change les coeurs qui finit par s'imposer à Paris comme à Rome, qui transforme la piété chrétienne tout entière : c'est divin. Puisque Jeanne a sauvé la France, qu'ils s'avancent tous à sa suite dans son rayonnement et les grands soldats, et les grands savants et les grands diplomates et les grands génies qui pendant six siècles ont illustré la vieille terre gauloise : Henry IV, Louis XIV, Napoléon 1er, Turenne, Condé, Richelieu, Corneille, Racine, Bossuet, Vincent de Paul, à quoi bon citer des noms qui sonnent dans toutes les mémoires et souvent dans tous les coeurs. Quel magnifique cortège de gloire humaine ! Comptez maintenant, si vous le pouvez, les âmes sauvées depuis deux siècles et demi par la dévotion au Sacré-Cœur ; ah ! ici, je le sais bien, nous n'avons pas de noms à citer mais nous avons les divines promesses que nous a transmises sainte Marguerite-Marie :
«Je donnerai aux âmes dévouées à mon Coeur toutes les grâces nécessaires dans leur état...
« Je serai leur refuge assuré pendant la vie et surtout à la mort...
« L'amour tout puissant de mon coeur accordera à tous ceux qui communieront les premiers vendredis, neuf fois de suite, la grâce de la persévérance finale. »
Quel cortège d'élus dans le rayonnement de sainte Marguerite Marie ! La mission de Jeanne d'Arc, c'est la plus glorieuse destinée humaine, elle passera pourtant comme les choses humaines : Solvet saeclum in favilla ! La mission de Sainte Marguerite-Marie est éternelle comme le Coeur Sacré de Jésus lui-même : Christus heri, hodie et in saecula Dans les cendres refroidies du bûcher, on trouva intact le coeur de Jeanne d'Arc ; l'insigne relique fut jetée à la Seine, qui, désormais :
« De Rouen à la mer est un fleuve sacré »
Sainte Marguerite-Marie a montré au monde un coeur de chair entouré d'épines, surmonté d'une croix, brûlant de flammes, elle a rapporté une parole de Jésus : « Voilà ce coeur qui a tant aimé les nommes » et depuis lors le monde se transforme et se divinise : Il aime enfin son Dieu, parce que, enfin, il comprend combien il a été aimé !
A. HAMON
[1]Je montrerai ailleurs, ici même si l'occasion se présente, que les faits cités un peu partout et qui semblent contredire cette affirmation, ne prouvent pas ce qu'on essaie de leur faire — prouver. Révérend Père, vous le savez déjà et je suis heureux de vous le redire : la « Revue Universelle du Sacré-Coeur y vous est ouverte. F. A.
Il ne convenait point que Regnabit séparât deux âmes si étroitement unies.
Après avoir parlé du Père de la Colombière, nous désirions vivement que soit présentée à nos lecteurs sainte Marguerite-Marie. Et nul ne pouvait exposer avec plus de compétence que le R.P. HAMON, S. J., la mission de celle que « le Sauveur daigna choisir pour instituer et répandre au loin parmi les hommes le culte si salutaire de son Très Sacré-Coeur ».
La canonisation de Sainte Marguerite Marie vient d'ajouter son reflet modeste au nimbe de gloire qui auréole le front de notre Mère la Sainte Église de Jésus Christ. La douceur delà vierge de Paray, son abnégation, son désir passionné de souffrir, d'être abaissée, la flamme d'amour divin qui la consume, toutes ses précieuses et admirables vertus, témoignent de leur origine céleste ; une force toute puissante les surnaturalise et les divinise. Pour exprimer sa passion de souffrir et magnifier la douleur, elle a trouvé quelques unes des plus belles paroles sorties des lèvres humaines : « La vie me serait insupportable sans la croix, c'est tout le bonheur d'ici bas que de pouvoir souffrir».
« Qui nous empêche donc de l'être (saintes) puisque nous avons des coeurs pour aimer et des corps pour souffrir » ? « Son humilité, son insatiable besoin d'humiliations nous effraie et nous ravit : elle brûle de se voir toute immolée ; corps, coeur, âme, liberté, « pourvu, dit-elle, ô mon souverain Maître que vous ne fassiez rien paraître en moi d'extraordinaire que ce qui me pourra causer plus d'humiliations et d'abjections devant les créatures et me détruire dans leur estime». Sa vie héroïque n'a jamais démenti cet héroïque désir.
Quand elle chante son amour pour Jésus, pour Dieu, elle a des accents séraphiques : le charbon ardent d'Isaïe a brûlé ses lèvres : «Tout m'est bon pourvu qu'il se contente et que je L'aime, cela me suffit ».
« Si j'avais mille corps, mille amours, mille vies, «Je les immolerais pour vous être asservies ».
Sans qu'elle y réfléchisse sa pensée s'assujettit au rythme du vers et pour une fois elle rime richement. Un jour Notre Seigneur lui montrait les ardeurs dont brûlent les Séraphins : « N'aimerais-tu pas mieux, lui demande-t-il, jouir avec eux que de Bref de béatification. Vie et Œuvres, T. III, p. 149. Mission de Sainte Marguerite-Marie souffrir et être humiliée, et être méprisée pour contribuer à l'établissement de mon règne dans le coeur des hommes ?» — « A cela sans hésiter, ajoute-t-elle, j'embrassai la croix toute hérissée d'épines et de clous qui m'était présentée, et je disais : Ah ! mon Unique Amour ! Oh ! qu'il est bien plus selon mon désir et que j'aime bien mieux souffrir pour vous faire connaître et aimer, ' si vous m'honorez de cette grâce, que d'en être privée pour être un de ces ardents Séraphins ».
Nous pourrions continuer à énumérer les merveilleuses vertus de cette âme, nous n'y trouverions pas le trait qui la distingue, le caractère propre de sa physionomie. Sainte Marguerite Marie est l'élue du Coeur de Jésus, elle a été choisie pour une mission, comme sainte Jeanne d'Arc ; c'est là leur gloire et leur beauté à toutes deux. Leur mission est sur leur vie l'empreinte de Dieu. Le Maître tout-puissant avait dit à sainte Marguerite Marie : « Je ne me suis rendu ton Maître et ton Directeur que pour te disposer à l'accomplissement de ce grand dessein, et pour te confier ce grand trésor que je te montre ici à découvert ».
Les grâces surnaturelles de l'élue de Paray-le-Monial lui sont toujours faites à cause de sa mission, elles y sont toujours proportionnées.
Au printemps de notre vingtième siècle que réjouit la canonisation de la Vierge de Paray, la dévotion au Coeur de Jésus est la grande dévotion des âmes chrétiennes, la plus chère, la plus universelle. Dévotion individuelle, elle tend à devenir la dévotion des peuples et demain, nous l'espérons tous, elle deviendra chez nous une dévotion nationale. Nous fêtons le Cœur divin le vendredi qui suit l'octave du Saint Sacrement ; acclamant l'amour de Jésus symbolisé dans son Coeur de chair, nous voulons surtout réparer les injustices et les ingratitudes dont l'Hôte divin du Tabernacle est victime au Sacrement de sa tendresse.
Eh bien, les révélations de Paray-le-Monial sont la seule cause historique, la seule cause de fait qui a déterminé l'Église à fixer le jour de cette fête à ce vendredi et non pas à un autre jour, et les chrétiens à rendre au Coeur divin surtout un culte d'amour réparateur; comme elles sont encore la seule cause historique, ou à peu près, la seule cause de fait du grand et irrésistible mouvement qui soulève et emporte le monde chrétien vers la dévotion au Sacré-Coeur. Dieu aurait pu s'y prendre autrement, voilà comment il s'y est pris.
Il sait, ce Dieu qui a tout disposé dans l'univers suavement et fortement, proportionner la cause à l'effet, l'instrument au labeur, l'envoyé à la mission. Ouvrier divin, il sait aussi, quand il lui plait, agir seul ou presque seul. Il a choisi pour son œuvre sainte Marguerite Marie, c'est Lui-même qui le lui a dit, par ce que rien ne légitimait un pareil choix, parce que les qualités les plus essentielles manquaient à son élue.
Il veut établir le règne de son Coeur Sacré, il le veut malgré les efforts des puissances de la terre et des puissances infernales : « Je régnerai malgré mes ennemis ! » Eh bien, est-il permis de voir le moindre rapport entre l'immense effort que suppose ce désir divin et les faibles forces de la pauvre fille de Claude Alacoque et de Philiberte Lamyn ! Quel secours Jésus pourra-t-il bien rencontrer dans la visitandine inconnue, raillée, persécutée ?
Quelles magnifiques -occasions de réaliser sa volonté souveraine n'a-t-il pas laissé échapper avant les jours de Paray ?
Les connaître, c'est mieux comprendre la mission de sainte Marguerite Marie.
Pourquoi la dévotion au Sacré-Coeur n'a-t-elle pas été une dévotion de l'Église naissante ? Pourquoi, comme l'Eucharistie, n'a-t-elle pas illuminé et réchauffé les catacombes ? Incliné sur la poitrine du Maître aux heures de la Cène, saint Jean a entendu les battements du Coeur divin ; la Très Sainte Vierge : a tenu sur ses genoux de Mère désolée le corps de son Fils descendu de la Croix ; peut-être, au fond de la plaie du côté, a-t-elle entrevu le Coeur blessé par l'amour avant d'avoir été blessé par la lance ; peut être aussi, les saintes femmes l'ont-elles touché de leurs mains filiales et respectueuses ; Thomas l'incrédule a été invité à mettre sa main dans la blessure divine ; s'il en a eu l'audace, il a, sans aucun doute, senti les brûlantes pulsations qui rythment l'infinie charité. Qui sait ? elles lui ont peut-être arraché le cri magnifique de son incrédulité vaincue : Dominus Meus et Deus meus ! Le témoignage est en effet irrésistible : le sang versé, les plaies ne peuvent tromper, elles affirment le surprenant et indicible amour de celui qui les garde même dans sa chair glorifiée : Marie, Jean, les saintes Femmes, les apôtres, les disciples, croient à l'amour de Jésus, ils ont vu, senti, touché peut-être, le coeur de chair symbole de cet amour ; comment l'idée ne leur est-elle pas venue de réunir dans un même culte et l'amour infini du Sauveur et le coeur de chair qui en est le glorieux et vivant symbole ? Pourquoi la dévotion au Sacré-Coeur n'a-t-elle pas germé au pied de la Croix, pourquoi n'a-t-elle pas fleuri au Cénacle ?
Pendant dix siècles les docteurs de l'Église, ses apôtres, ses martyrs, ses théologiens sont venus, les uns après les autres, s'agenouiller devant l'image du divin Crucifié ; pendant dix siècles les rachetés du Calvaire ont baisé les pieds et les mains, du Rédempteur, contemplé son côté ouvert, médité sa Passion et sa mort : le sang et l'eau jaillissant sous la lance, leur rappellent les flots de grâce surnaturelle, où baignent leurs âmes, Mission de Sainte Marguerite-Marie purifiées, et symbolisent les sacrements : le Baptême, la Pénitence, l'Eucharistie.
Du côté du Nouvel Adam, endormi du sommeil de la mort, l'Église est née pure, immaculée, mère sans tache des chrétiens, comme du côté d'Adam plongé dans le sommeil est née la première femme, la mère du genre humain.
La blessure du côté, c'est la porte de l'arche, la porte de la vie, la porte du ciel, c'est le trou de la pierre où s'enferme l'âme bien aimée ; blanche colombe, c'est là qu'elle fait son nid. Dans tous ces souvenirs, à travers toutes ces images, au fond de la plaie, le Coeur de Jésus bat et saigne encore ; les plus passionnés amants du Sauveur ne l'ont pas découvert! Ils ont jeté vers le miséricordieux Rédempteur les cris les plus émus de la plus magnifique tendresse, ils ont trouvé pour traduire leur amour des paroles qui font l'admiration et le désespoir de ceux qui les lisent et voudraient les égaler : ils n'ont pas vu dans le coeur de chair le naturel et vivant symbole de l'amour de Jésus pour son Père et pour les hommes. Ils ont puissamment et divinement aimé, ils n'ont pas eu la dévotion au Sacré-Coeur.
Au XIIe siècle, saint Bernard, au XIIIe saint François d'Assise, tous ceux qui alors, vont chercher dans leurs écrits ou dans leurs exemples une règle de vie intérieure, inaugurent, dans l'Église de Dieu, non pas une piété nouvelle, la piété est de tous les temps, mais une forme nouvelle de la piété éternelle : Jésus-Christ, le Verbe Incarné, Homo Christus Jésus, dont la très sainte Humanité était restée jusque là comme un peu voilée, dans le rayonnement de la divinité, apparaît aux yeux des chrétiens dans la pleine réalité de sa double nature divine et humaine. C'est le temps des croisades ; nos pères rougissent de leur sang les routes d'Asie et de la Palestine, ils se font tuer pour délivrer le tombeau du Christ ; un brûlant séraphin imprime les stigmates sacrés dans la chair du poverello d'Assise ; la Passion de Jésus hante les esprits et les coeurs. L'image du Crucifié, non plus triomphant comme aux premiers siècles, mais vaincu, torturé dans son corps, se dresse partout devant les fidèles terrifiés au souvenir et à la vue des divines douleurs. Ce Dieu martyr est plus proche d'eux, ils éprouvent à le contempler une piété plus sentie parce qu'elle est plus humaine, ils l'aiment non pas plus que ceux qui déjà l'ont aimé à plein coeur, mais autrement.
Ils comprennent mieux ses souffrances, et ses souffrances mieux comprises, humanisent davantage, mettent plus à leur portée sa tendresse. Jésus les a aimés en hommes, ainsi ils l'aiment eux-mêmes. Comme leur amour, son amour a battu dans un coeur de chair. La blessure du côté découvre la blessure du coeur, et la blessure du coeur chante l'amour. Voilà bien le coeur symbole de l'amour, voilà bien la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus.
Combien sont-ils au XIIe et au XIIIe siècle qui parviennent à en trouver même la seule formule ? Quand ils la rencontrent au hasard de leurs écrits, elle ne sort pas de leur intelligence, elle reste une idée ; elle ne passe pas, ou du moins nous ne la voyons pas passer dans la volonté pour y devenir une dévotion, au sens précis, au sens complet du mot. Dire ou écrire que Saint Bernard OU quelque autre des docteurs et des saints qui vivent dans la chaude atmosphère surnaturelle du grand abbé de Clairvaux, ont été des dévots du Sacré-Coeur, c'est prononcer des mots ou qui n'ont pas de sens, ou qui ont un sens tout différent de celui que nous leur donnons aujourd'hui. Saint Bonaventure est plus précis : « Votre coeur, crie-t-il à Jésus, a été blessé pour que nous puissions y demeurer... pour que, par la blessure visible, nous voyions la blessure invisible de l'amour... Aimons autant que possible, rendons amour pour amour, embrassons Celui qui a été blessé pour nous » ! La dévotion est pourtant chez lui surtout une conclusion de l'intelligence, chaude et tendre sans doute, mais, qui n'atteint guère la volonté par des exercices pratiques. Ils sont d'ailleurs très clairsemés dans une œuvre immense les passages où le Séraphique Docteur parie de ce Cœur divin.
Dans les dernières années du XIIIe siècle, Dieu semble exquisser une première ébauche du grand geste de Paray : au Monastère d'Helfta, en 1288, un rayon de lumière, trait d'amour, transperce le coeur de Gertrude, la grande moniale bénédictine. La dévotion au Coeur de Jésus, elle la comprend, elle la vit, elle la fait vivre autour d'elle : *PER TUUM TRANSVULNERATUM COR TRANSFIGE, AMANTISSIME DOMINE, COR EJUS JACULIS AMORIS TUI. Par votre Coeur blessé, ô très aimant Jésus, blessez mon coeur des flèches de votre amour !» Le coeur divin lui est manifesté sous forme de coupe, de lyre, d'autel, d'hostie, d'encensoir, de demeure ; il est une source où l'on boit à longs traits l'amour de la Trinité, du Rédempteur, de Marie ; il donne la paix, il enivre de joie. Comme l'apôtre bien-aimé, Gertrude a entendu battre dans la poitrine de Jésus le rythme sacré de son amour. Dans une apparition célèbre, Jean raconte à la Vierge d'Helfta ses impressions de la Cène, Gertrude doit communiquer aux hommes les messages de Dieu, l'un de ces messages est celui qui proclame son amour, le message de son Coeur.
Pourquoi donc la dévotion au Sacré-Coeur, si vivante au (déclin du xme siècle dans le coeur de Gertrude et dans le monastère bénédictin d'Helfta, n'en est-elle pas sortie, souriante de jeunesse et d'espérance, pour réjouir et vivifier le monde, comme, quatre siècles plus tard, née au monastère de la Visitation de Paray et dans le coeur de Marguerite Marie, elle rayonnait sur la France et puis sur le monde, soleil de grâce, soleil d'amour ?
Les voies de Dieu sont impénétrables. Dieu est le maître des heures, et l'heure de Dieu n'a pas sonnée. La jeune fleur qui s'épanouissait au chaud rayonnement de l'âme de Gertrude, se germe dans l'ombre et le froid.
On peut y trouver des raisons humaines. La dévotion de sainte Gertrude n'aurait pu que difficilement devenir populaire. Faut-il dire qu'elle est trop séraphique ? Peut-être. La vision du Coeur de Jésus, surtout considérée dans sa gloire, semble trop exclusive, un peu trop céleste, pour être comprise sur la terre et par tous les fidèles. En outre, le Coeur de Jésus est toujours dans les visions de Gertrude obscurci et comme caché par les symboles qui le représentent ; il n'apparaît guère dans sa réalité humaine. Il faut dire encore que la dévotion au Sacré-Cœur mêlée à beaucoup d'autres, à celle de la Sainte Face par exemple, ne se détache pas d'un relief assez vigoureux dans les écrits de la Sainte : les contemporains et les soeurs de Gertrude n'en furent pas frappés comme nous qui vivons dans les clartés de Paray... Il reste que, la première, la vierge d'Helfta a vraiment aimé, chanté, glorifié, montré le Coeur de Jésus. Cette aurore de la dévotion fut si lumineuse que nos yeux en sont encore charmés, après six siècles ; la lumière est si chaude qu'elle brûle toujours.
II est impossible de faire passer dans une traduction la jeunesse, la joie, la beauté, la tendre et sainte passion, la candide naïveté de Gertrude. Son âme vit à fleur de texte, on la touche, elle est tellement mêlée aux mots que les changer, c'est la changer. La sainte seule pourrait se traduire, parce que ce serait la même âme qui parlerait deux langues. Les dévots du Sacré-Coeur ont toujours été, ils seront toujours les dévots de Sainte Gertrude.
Au XIVe et XVe Siècle, on trouve dans des textes assez nombreux l'idée de la dévotion au Sacré-Coeur ; beaucoup d'autres textes ou bien sont encore inconnus, ou bien perdus à jamais." Dans les grands ordres religieux : Bénédictins, Cisterciens, Dominicains, surtout Franciscains et Chartreux, les ascètes et les mystiques en parlent ici et là, plus ou moins nettement. Certains recueils modernes — celui du Père Bainvel est le plus répandu et le meilleur, — citent des passages fort beaux : ils font les délices des âmes qui les méditent. Cependant, après la merveilleuse floraison d'Helfta, la dévotion au Sacré-Coeur pendant deux siècles semble un peu s'étioler et languir. Mêlée à la dévotion des Cinq Plaies, au souvenir de la Passion, elle ne se présente pas comme une dévotion spéciale, pratiquée pour elle-même.
Le Père Deniffe a composé avec des extraits d'auteurs mystiques, dominicains allemands du XIVe Siècle, Maître Eckart, Nicolas de Strasbourg, Ruysbroeck, Henri Seuse (Suso), Doctrine Jean Tauler, un petit chef d'oeuvre sur la VIE SPIRITUELLE.
C'est à peine si on y rencontre quelques allusions au Coeur de Jésus. Cela ne veut pas dire que ces écrivains l'ignorent : Ruysbroeck, Suso, Tauler, en traitent ici ou là magnifiquement.
Cela signifie seulement que cette dévotion n'occupe dans leurs esprits et dans leur vie intérieure qu'une place restreinte, et dont personne ne parait s'être avisé avant les révélations de Paray-le-Monial. Il faut en dire autant des auteurs franciscains et des admirables mystiqes franciscaines. Thureau Dangin a écrit en 1896 une notice fort intéressante, sur saint Bernardin de Sienne, il y parle longuement de sa dévotion au Nom de Jésus, il ne dit pas un mot de la dévotion au Sacré-Coeur ; saint Bernardin en a pourtant très bien parlé, mais chez lui elle s'éclipse dans le rayonnement de la première.
Si l'on pouvait relier entre elles les diverses manifestations qui apparaissent chez les Chartreux, et montrer que, sortie de Ludolphe le Chartreux, la dévotion atteint, d'un mouvement continu, fleuve fécond d'amour et de grâce, le docte et pieux Lansperge, il faudrait écrire que les fils de saint Bruno ont été du XIVe au XVIe siècle les grands dévots du Coeur de Jésus. Mais il y a bien peu de chances de voir notre hypothèse réalisée un jour.
Dans les premières années du XVIe Siècle, il existe à la Chartreuse de Cologne un vrai petit cénacle où dans la méditation et dans l'étude, la dévotion se développe et se précise ; Lansperge en est l'âme. Il médite la Passion, il baise les plaies de Jésus et, par l'ouverture du côté, il atteint vite le Coeur divin. Il le rencontre aussi dans les écrits de sainte Gertrude et de sainte Mechtilde. Penché sur les pages chaudes et vivantes qu'il traduit, qu'un de ses frères éditera, le savant chartreux VIR PRAETER HUMANAM ERUDITIONEM, prévenu lui-même par la bonté divine de grâces de choix UNCTIONE ETIAM INTERNA INSIGNITER ILLUSTRATUS, vit, pendant de longues années, au contact immédiat du coeur de Gertrude où repose celui de Jésus. Comme elle, il repasse sans cesse dans sa mémoire, les souffrances du Rédempteur : miel sur ses lèvres, mélodie à son oreille, joie de son âme ; plus nettement qu'elle, il contemple, il adore, chacune des plaies sacrées : « Exercitium ad quinque vulnera Christi, ad dexteram manum, ad sinistram manum, ad Cor ». Sur cette plaie du Coeur, il est intarissable ; il y cherche le pardon de ses fautes, l'union de son coeur avec celui de Jésus, la fusion de sa volonté dans la volonté divine. Comme personne ne l'avait fait avant lui, Lansperge sépare nettement de la dévotion aux cinq Claies la dévotion au Sacré-Coeur.
Son Exercitium ad piissimum fidelissimumque cor Jesu, est suivi d'une prière splendide : « Ô. Coeur très noble, très bon et très doux de mon plus fidèle ami Jésus-Christ, mon Dieu et mon Seigneur, attirez à vous, absorbez en vous, je vous en supplie, mon coeur, toutes mes pensées, toutes mes affections, toutes les forces de mon âme et de mon corps, tout ce qui est en moi, tout ce que je suis, tout ce que je puis, pour votre gloire et selon votre très sainte volonté... Tout ce qui vous plait, de votre Coeur très saint, versez-le en moi ».
Il demande que chaque mois, chaque semaine, l'âme pieuse fasse régulièrement des actes de dévotion au Coeur de Jésus : ainsi naîtront de saintes habitudes chrétiennes; Ce n'est pas chaque mois, chaque semaine qu'il viendra, lui, échauffer son amour et raffermir sa force par ces actes, il en fait chaque jour, à chaque heure du jour.
« Ante somnum, post somnum, quum horarum auditur signum...
quando inspicis crucifixi imaginem... inter edendum et
potum, quidquid occurerit, lavando manus... »
« Étudiez-vous, écrit-il, excitez-vous à vénérer le Cœur du très bon Jésus, tout débordant d'amour et de miséricorde, pensez-y souvent avec dévotion, baisez-le, pénétrez-y en esprit... ayez donc une image du Coeur du Seigneur ou des Cinq Plaies, ou de Jésus blessé et sanglant, mettez-la dans un endroit où vous passez souvent, afin qu'elle vous rappelle votre pratique et vous aide à réveiller l'amour de Dieu en votre âme... Vous pourriez aussi, poussé par votre dévotion, baiser cette image, c'est-à-dire le Coeur du Seigneur Jésus, et vous figurer que c'est vraiment le Coeur du Seigneur Jésus que vous baisez de vos lèvres... »
Voilà bien l'idée pure de la grande dévotion ; rien de plus précis que les pratiques conseillées. Il faut cependant remarquer combien, même chez Lansperge, elle a peine à se dégager des cinq Plaies. L'image du Coeur, l'image du Crucifix, l'image des cinq Plaies, le chartreux de Cologne permet de choisir celle qu'on voudra. Il finit par mettre en évidence et choisir celle du Coeur, mais il avait commencé par la mêler aux autres.
La dévotion de Lansperge rayonne : Van Esche (Eschius), son ami, compose des Exercices en l'honneur des plaies et du Coeur de Jésus. Ses formules sont celles de Lansperge, l'imitation évidente devient presque une copie. Van Esche qui n'a pu se faire chartreux, enseigne la rhétorique au collège du Mont à Cologne. Surius et Canisius sont ses meilleurs élèves. Tous deux connaissent Lansperge et les Chartreux qu'ils visitent souvent. - Canisius sera le premier jésuite qui nettement parlera de la dévotion au Coeur de Jésus. Il l'a apprise de Notre-Seigneur lui-même, sa vie en fait foi, mais aussi des Chartreux de Cologne ; chez eux il a lu les écrits de sainte Mechtilde et de sainte Gertrude.
Grâce encore aux traductions de Cologne, le Bienheureux Lefèvre, le seul prêtre parmi les premiers compagnons de saint Ignace, a pu feuilleter à Ratisbonne, dès 1541, les précieux volumes, il leur emprunte diverses manières de prier.
Réimprimés en 1536, les ouvrages de la sainte se répandent très vite dans les .Pays-Bas, et, par les Pays-Bas, en Espagne, et en Italie. Partout on les médite ; l'admirable abbé de Lieissies, le Bienheureux Louis de Blois, les estime pardessus tout, il en fait un éloge magnifique,: au témoignage de Tilmann Bredembach, chanoine de l'Église Saint Géréon de Cologne, il les avait lus douze fois la même année. Aussi, Louis de Blois est-il un grand dévot du Sacré-Coeur.
Àve Latus fons dulcoris
In quo jacet vis amoris
Te saluto Cor amoerium
Cor omnibus bonis plénum.
Traduit en cinq ou six langues, approuvé par les plus grands docteurs, Bânès et Suarez l'ont loué, il semble que le livre de Gertrude aurait dû, porté et soutenu par le mouvement de Cologne, répandre dans les Pays-Bas, en Espagne, en Italie et en Flandre, la dévotion au Coeur de Jésus. Il faut, hélas ! le reconnaître, la plupart de ceux qui le lisent ou le traduisent ou le copient ne semblent pas s'y arrêter ; il ne la signalent pas. Les •pages radieuses qui touchent, jusqu'au fond, les âmes contemporaines ne les émeuvent guère ; ceux mêmes qui les publient n'en paraissent pas frappés. Les écrits de la sainte ne seront compris qu'à la lumière des révélations de Paray-le-Monial.
Ses derniers éditeurs, les Bénédictins de Solesmes, consacrent, en 1875, trois grandes pages de leur préface à sa belle doctrine sur le Sacré-Coeur, ils écrivent deux siècles après que Jésus a dit à Marguerite-Marie : « Voilà ce Coeur qui a tant aimé les hommes».
Les faits s'imposent. Le mouvement de Cologne, auquel sont mêlés trois bienheureux : Louis de Blois, Lefèvre, Canisius, qui pouvait par les oeuvres de sainte Gertrude traduites partout, ébranler la chrétienté entière, entraîner les pays catholiques ; qui, tout au moins, devait naturellement se développer et grandir sur les bordsdu Rhin ; le mouvement de Cologne à peine déclanché s'arrête brusquement. Comme le grand fleuve historique dans les sables de la mer du Nord, la source qui semblait si féconde, se perd absorbée au sortir même de la terre.
Les voies de Dieu sont impénétrables. Les guerres de religion terminées, dans la France qui renaît, au matin du grand XVIIe Siècle, la vie chrétienne rajeunie semble sortir du tombeau, comme, au matin de Pâques, le corps radieux de Jésus ressuscité. Les prêtres viennent apprendre à l'école de Bérulle, de Mr Olier, de Saint Vincent de Paul, la science et la piété ; les vieux ordres religieux retrouvent, dans de ferventes réformes, l'éclat et l'élan des premières années ; ceux qui sont nés d'hier sentent la fougue tumultueuse de leur adolescence se calmer dans la paix de la maturité ; de nouvelles congrégations sortent partout de terre. Grandies en quelques années, au soleil de leur ferveur, elles portent les plus beaux fruits de sainteté et de fécond apostolat. Venues d'Espagne, les Carmélites jettent, sur ce prodigieux élan de vie chrétienne le rayonnement céleste de leur vie mystique et l'enflamment de leur brûlant amour.
Et la dévotion au Coeur de Jésus ? Appel spécial de Dieu à des âmes choisies, grâce qui semble alors se multiplier et que beaucoup vont puiser dans les traductions des écrits de sainte Gertrude, don précieux fait par leur fondateur à plusieurs sociétés religieuses, on la rencontre un peu partout, sur notre terre d'Europe, au midi, au nord, au levant et au couchant, dans le monde et dans le cloître, chez les Franciscains et les Franciscaines, les Bénédictins et les Bénédictines, les Chartreux, les Dominicains, les Jésuites ; elle entre à Port Royal pour en sortir très, vite, hélas !
Dès 1613, soixante ans avant les révélations de Paray-le-Monial, alors que Jean Eudes n'a encore que douze ans, le Père Joseph, l’Éminence Grise, le confident et l'auxiliaire très discuté de Richelieu, mais aussi le fils très aimant et très pieux de saint François d'Assise, du grand stigmatisé de l’Alverne, écrit dans son Introduction à la vie spirituelle, des choses fort belles sur la dévotion au Coeur de Jésus ; dès 1626, dans la Pratique intérieure des principaux exercices de lu vie chrétienne, il, développe une méthode pour assister à la sainte messe, toute pénétrée de cette dévotion bénie. De l'Épitre au Sursum Corda il faut « affermir la vue intérieure sur le Coeur de Jésus, le Paradis des Coeurs, comme si on était au pied de la Croix, en la compagnie de la Vierge et de saint Jean ». Dans le saint corps de Jésus mourant, le Père Joseph voit le Coeur divin ouvert comme une fournaise ardente. A ce brasier du céleste amour il voudrait consumer son être, mais .cet être n'est pas de cire qui s'amollisse, il est d'argile qui se durcit : «Au moins mon Roi : que ce vaisseau de terre vous serve à quelque chose, mettez-y votre Coeur, lequel en se fondant verse tant de trésors que vous pouvez sans les diminuer en remplir ceux qui vous aiment», (p. 143)
Plus tard, en 1671, dans les Exercices spirituels des religieuses bénédictines de la Congrégation de N. D. du Calvaire, cette méthode du P. Joseph est appliquée par ses" filles non plus à une partie, mais à la messe entière.' Jusqu'à l'Épitre on médite sur le Coeur.de Jésus ouvert en la Croix, mer infinie d'amour, dans laquelle il faut noyer toutes les affections humaines ; de l'Épitre à l'Agnus Dei, Factum est cor meum tanquam cera liquescens (Ps. 21, 15) le Coeur de Jésus « est représenté comme une cire fondue par l'ardeur de l'amour et du zèle qu'il a de sauver les âmes ; » l'âme doit pleurer avec Jésus la perte des âmes, et se résoudre à n'épargner rien pour le servir ; de l'Agnus Dei à la fin de la messe, le Coeur de Jésus est considéré comme une fournaise ardente, où tout est consumé par le céleste amour ; Consummatum est ! Sur la croix, avec Jésus, l'âme doit aussi se laisser brûler par les flammes divines ; mourir à soi-même par l'amour actif, vivre à Dieu et jouir de lui par l'amour fruitif.
Monsieur l'abbé Dedouvres dans son livre : Le Père Joseph et le Sacré-Coeur a dit avec quel zèle le Père Joseph prêcha, en 1635 et 1636, le divin Coeur à ses religieuses du Monastère de la Compassion, au faubourg Saint-Germain, et comment de ce monastère les ardentes leçons du fondateur gagnèrent tous les autres. En 1636, la Maîtresse des novices du Couvent de Tours s'appelle la Mère Marie du Coeur de Jésus ; c'est sans doute la première religieuse qui a porté ce nom béni ! Grâce à sa formation franciscaine et sans doute aussi à des lumières spéciales, le P. Joseph comprend admirablement la grande dévotion ; l'amour, le zèle de Jésus lui apparaissent brûlants dans le Cœur de chair blessé, au milieu de la poitrine ouverte du divin Crucifié.
Quelques années plus tard, le Père Eudes fonde la Congrégation de Jésus et de Marie, (les Pères Eudistes), et, à Caen, le premier monastère de Notre-Dame de Charité. A ses deux instituts il donne, dès le début, la fête du Saint Coeur de Marie, et quelque trente ans après, en 1672, la fête du Coeur de Jésus.
Le saint missionnaire formé à l'Oratoire par Bérulle et le Père de Condren garde toute sa vie leur empreinte profonde : leur doctrine spirituelle très haute, aux larges horizons surnaturels, où l'oeil de l'âme dépasse, du premier regard, les réalités de la terre pour se fixer dans les choses de l'éternité, est celle du Père Eudes. Grandeurs de Jésus et de Marie, Intérieur de Jésus et Marie, Coeurs de Jésus et de Marie, trois noms différents qui, pour Bérulle, pour M. Olier et pour le Père Eudes désignent à peu près une même conception. Sous trois aspects c'est la même doctrine de St Paul: OMNIA IN OMNIBUS CHRISTUS ; VITA VESTRA ABSCONDITA EST CUM CHRISTO IN DEO. Les trois grands serviteurs de Dieu, les trois maîtres de la vie spirituelle, laissant, de côté la vie extérieure et l'aspect extérieur de Jésus, semblent ne voir que son âme ; ils sont du XVIIe Siècle. Les célestes merveilles qu'ils y admirent, les ravissent, et tous les trois, dans des offices magnifiques, qu'ils lèguent à leurs enfants, ils chantent ce qu'ils ont contemplé : l'Oratoire fête les Grandeurs de Jésus et de Marie, Saint Sulpice l'Intérieur de Jésus et de Marie, les religieuses de Notre Dame de Charité et les Eudistes, le Coeur de Jésus et de Marie.
Jésus est le divin Exemplaire dont Marie est la plus exacte Image et chaque âme chrétienne doit se conformer à ce double idéal, qui n'est qu'un idéal : OMNIA IN OMNIBUS CHRISTUS ; VITA VESTRA ABSCONDITA EST CUM CHRISTO IN DEO.
Les deux offices que le Père Eudes a composés pour ses deux fêtes sont très beaux, il y laisse parler son grand coeur ; les hymnes en particulier sont tous brûlants de son amour. Grâce à lui, quelques années avant sainte Marguerite Marie, dans plusieurs séminaires de Normandie, les louanges du Coeur adorable de Jésus sont admirablement célébrées.
Quand la voix et les forces commencent à lui manquer, le vaillant missionnaire compose son ouvrage sur le Coeur admirable de la Très Sainte Vierge. Toute sa vie il en avait mûri la grande et belle idée. Le Xe Livre, le dernier, est consacré au Coeur de Jésus. Ce qu'il avait prêché, ce qu'il avait chanté, il l'écrit pour ses enfants, et pour tous les chrétiens. Il donne des pratiques de piété très simples et très fécondes qui, selon toutes les apparences, seront demain dans l'âme et sur les lèvres de tous en France, et, après demain, peut-être, dans le monde entier : deux familles religieuses ne sont-elles pas là pour continuer son oeuvre et la grandir ! L'ardeur bouillonne chaude et généreuse dans l'âme de ces premiers tenants de la jeune dévotion. Ils la chantent, ils la vivent ; dans les écrits et dans le coeur de leur père vieilli, mais infatigable, ils peuvent encore la boire comme dans une source pure et féconde. Pourquoi,—nous avons, le devoir de nous le demander,— la dévotion au Coeur de Jésus ; n'a-t-elle pas fleuri sur les deux instituts du Père Eudes, comme sur sa tige naturelle ? Celui qui, d'après toutes les vraisemblances, sera bientôt canonisé, que l'Église universelle fêtera demain, est digne de l'élection divine. Pourquoi n'a-t-il pas été choisi ? Les voies de Dieu sont impénétrables.
Il faut d'ailleurs le reconnaître : dans la dévotion eudistine, beaucoup moins précise que celle du Père Joseph, le Coeur de Jésus est trop mêlé au Coeur de Marie, ces deux coeurs au cœur du Fidèle ; l'idée de la dévotion n'apparaît pas assez nette, ni assez distincte ; l'objet matériel, le coeur physique reste trop dans l'ombre ; presque jamais il n'est présenté comme le symbole de l'amour. Le rapprochement était si simple ! Ce ne sont pas les hommes qui en ont pourtant trouvé la si naturelle expression, c'est Jésus lui-même qui a dit à sainte Marguerite Marie, montrant sa poitrine, ouverte : « Voilà ce Coeur qui a tant aimé les hommes »!