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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

symbolisme chretien

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #SYMBOLISME CHRETIEN

CHAPITRE III

LES ÉGLISES BOURGUIGNONNES

Photo @rhonandebar/Arphays. Basilique du Sacré-Coeur. Paray-le-Monial. 

1. Origines. — Comme en Normandie on trouve un Lombard, Guillaume né à Novare, abbé de Saint-Bénigue de Dijon en 996, aux origines de l’architecture bourguignonne.

Guillaume avait amené avec lui une véritable colonie de moines lombards et ce fut l'un deux, Hunald, qui construisit sur ses plans, la fameuse rotonde de Saint-Bénigne, à trois étages surmontés d'une coupole octogonale, et ornée à l'intérieur de trois rangs de colonnes ; ce curieux édifice, encore intact au XVIIIe siècle, fut détruit sous la Révolution.

A la suite de cette construction s'élevèrent au XIe siècle les grandes églises bourguignonnes, Saint-Philibert-de-Tournus, Cluny, Autun, Beaune, la Madeleine de Vézelay, Paray-le-Monial, Langres etc.. Mais tandis qu'en Normandie les architectes avaient conservé la charpente pour couvrir la nef centrale, les Bourguignons ont trouvé dès le xi® siècle un système original de voûtes qui abrite toutes les parties de l'église.

2. Saint Philibert de Tournus. — L'abbaye de Tournus (Saône-et-Loire) fut colonisée en 875 par des moines de Noirmoutier, chassés par les Normands, qui, après avoir séjourné à Saint-Pourçain, en Auvergne, apportèrent en Bourgogne le corps de Saint-Philibert. L'église actuelle, une des plus anciennes églises bourguignonnes, comprend des parties d'époques très différentes. De l'église construite à la suite de la destruction du monastère par les Hongrois, et incendiée en 1066, ne subsiste plus que le narthex, construction lourde et massive divisée en trois nefs par quatre énormes piliers qui supportent des voûtes basses, sous lesquelles la lumière pénètre à peine par des fenêtres, étroites comme des archères ; la partie centrale est couverte par trois voûtes d'arêtes, que séparent des arcs doubleaux ; les deux collatéraux, par une disposition très rare, sont surmontées de berceaux transversaux en plein cintre ; l'appareil est formé de petits moellons réguliers ; l'ornementation est nulle, les piliers n'ont même pas de base ; un étage voûté en berceau surmonte cette ancienne église. La façade comprise entre deux tours offre d'ailleurs la même austérité ; elle n'a d'autres ornements que des bandes lombardes et deux lignes de zigzags à la naissance des tours.

Cette façade sans contreforts et le premier étage du narthex remonteraient à la première partie du xi' siècle. C'est à cette époque, en 1019 que fut consacrée l'église actuelle, reconstruite après l'incendie par l'abbé Bcrnier. A cette période appartiennent les trois nefs séparées par deux rangées de cinq piliers cylindriques ; les voûtes seraient seulement de la fin du xi* siècle. Celle de la grande nef offre la même forme de berceau transversal ; les bas-côtés sont couverts de voûtes d'arêtes séparées par des arcs doubleaux et très élevées. Le transept, à cause de son appareil et de son ornementation plus soignée, semble contemporain de l'abbé Pierre I (1066-1107) ; à la croisée s'élève sur quatre arcades une tour-lanterne couverte d'une coupole sur trompes. Le choeur présente une disposition inconnue en Normandie, le déambulatoire, sur lequel s'ouvrent trois absidioles rectangulaires ; l'abside principale voûtée en cul-de-four est supportée par six grosses colonnes, que surmonte un étage de fenêtres richement ornées ; ce chœur fut consacré par le pape Calixle II en 1120. Au-dessous s'étend une crypte pourvue aussi d'un déambulatoire et de chapelles rayonnantes.

3. Cluny. — Tournus offre déjà les principales dispositions adoptées par l'école de Bourgogne, mais le chef-d’œuvre de cette école devait être la grande église abbatiale de Cluny, commencée en 1089 et achevée en 1131, année de sa consécration. Les architectes étaient deux moines de l'abbaye, Gauzon, auteur du plan, plus tard abbé de Beaune et le flamand Hézelon. Par ses dimensions qui en faisaient l'église la plus grande de la chrétienté et égalaient presque celles de l'église actuelle de Saint-Pierre de Rome, la basilique de Cluny était le symbole de la puissance de l'ordre réformateur dont les colonies couvraient toute l'Europe. Elle avait 171 mètres de longueur. 40 mètres de largeur, 45 mètres de hauteur. Son plan, unique au Moyen Age, était celui d'une croix archiépiscopale à double traverse. Après avoir franchi un premier portique surmonté d'une élégante arcature copiée sur celle de la porte romaine d'Autun, on accédait par un vaste perron au grand portail surmonté d'une rose et compris entre deux tours carrées, dites de Barrabaus. Le narthex, était à lui seul grand comme une église, longue de 87 mètres, large de 27 mètres, haute de 40 mètres, pourvue de trois nefs et de trois étages. Un nouveau portail orné de huit colonnettes et de bas-reliefs formait l'entrée de la grande église, divisée en cinq nefs, barrée par deux transepts, terminée par une abside circulaire, couverte de 68 colonnes, éclairée par 3oo fenêtres. Le rond-point du choeur était séparé du déambulatoire par des colonnes de marbre précieux venu de Grèce ; sur ce déambulatoire s'ouvraient 5 chapelles absidales ; le petit transept était interrompu par 5 chapelles analogue s de formes diverses le grand transept en avait deux à chaque croisillon. Le berceau qui couvrait la grande nef était interrompu par des arcs doubleaux ; la toiture reposait directement sur les voûtes sans 1 intermédiaire d'un comble. Enfin une tour lanterne s'élevait à la croisée de chacun des transepts et le gros clocher quadrangulaire du grand transept était flanqué de deux autres tours, dont celle du midi, dite de l'eau bénite, subsiste encore. A part ce débris en effet, ce vénérable monument n'est plus qu’un souvenir ; il était encore à peu près intact en 1800, mais il fut alors livré à des spéculateurs qui le dépecèrent pour en vendre les matériaux.

4- Caractères de l’école de Bourgogne. — L'abbatiale de Cluny devait rester un monument unique, mais sa construction eut pour conséquence de dégager les règles suivies par les architectes bourguignons. Avec une véritable hardiesse, ils surélevèrent le berceau central afin de pouvoir éclairer la grande nef par des fenêtres ; les bas-côtés qui contrebutent la nef centrale sont seulement voûtés d'arêtes et de faible hauteur, mais leur voûte étant abritée sous un comble, on a pu ménager sous l'appentis un triforium qui s'ouvre sur la grande nef par des arcades analogues à celles de la porte d'Autun. A la Madeleine de Vézelay, la voûte d'arête est employée pour la nef centrale.

Enfin vers 1100, afin de pouvoir construire des voûtes plus hautes et de diminuer la poussée, on adopta la forme du berceau brisé non seulement pour la voûte, mais même pour les arcades placées entre les nefs ; la largeur de ces arcades fut diminuée et on eut des piliers moins massifs et plus élégants presque toujours crénelés. La coupole sur trompes, à l'intertransept, et le choeur en déambulatoire, sur lequel s'ouvrent des absidioles, caractérisent aussi l'école bourguignonne.

5. Décoration. — Enfin la Bourgogne a été le centre d'une des principales écoles de sculpture romane : peu d’églises du XIIe siècle offrent une décoration aussi riche, des profils aussi purs, des moulures aussi fines que les églises de Bourgogne. L'influence des monuments antiques, dont les vestiges couvraient la province, est visible, mais il faut signaler aussi la distance extraordinaire qui sépare la sculpture purement ornementale de la sculpture animée : autant l'une est voisine de la perfection, autant l'autre est encore barbare et maladroite. Ce contraste éclate dans les admirables portails de Saint-Lazare d'Autun, de la Madeleine de Vézelay, de Saint-Lazare d'Avallon, du prieuré de Charlieu qui sont les plus beaux spécimens de l'art bourguignon du XIIe siècle. Ces portails se composent de profondes voussures en retrait les unes sur les autres, dont chacune repose sur des pieds-droits et des colonnettes, par l'intermédiaire d'une corniche qui épouse la forme des divers ressauts. Une ornementation toute antique couvre les pieds-droits, les pilastres, les chapiteaux des colonnettes, les archivoltes. A Saint-Lazare d'Avallon on a ainsi quatre archivoltes formées d'enroulements, et de rosaces que séparent des cordons de méandres, de rinceaux et de rosettes ; les colonnettes ont des chapiteaux corinthiens et des fûts tantôt droits, tantôt de forme torse, tantôt unis, tantôt ornés d'une véritable orfèvrerie de pierres : leurs bases ne sont pas moins décorées et reposent sur une grosse moulure que supportent des animaux fantastiques posés eux-mêmes sur des pilastres carrés décorés de nattes et de rinceaux. Le portail de Charlieu est encadré de deux pilastres ornés de grecques et de galons perlés qui rejoignent une bande lombarde ; les colonnettes qui portent l'archivolte sont entourées de bagues.

Sur les linteaux et les tympans de ces portes au contraire, sont sculptés en faible relief les sujets de l'iconographie religieuse. Tels sont les Jugements Derniers de Saint-Lazare d'Autun et de la Madeleine de Vézelay. Un Christ de proportions colossales, la tête entourée du nimbe crucifère, apparaît dans une gloire elliptique. A Autun, saint Pierre et les élus sont à droite, les damnés à sa gauche. A Vézelay, il est entouré des apôtres et sur le linteau sont deux processions de signification obscure ; tous les personnages sont de courtes figurines en proportion du Christ.

6. La réforme de Cîteaux. — La richesse décorative des églises monastiques de Bourgogne trouva un adversaire résolu dans saint Bernard (1091-1153), le fondateur de l'ordre des Cisterciens. Dans ses ouvrages il s'élève non seulement contre le luxe du mobilier, mais aussi contre la sculpture qui couvre l'église d'animaux fantastiques.

Sous son influence se forma en Bourgogne le type des églises cisterciennes qui devait se répandre dans toute la chrétienté. Toute ornementation peinte ou sculptée était proscrite en principe ; les tours en pierre devaient être remplacées par une modeste lanterne en bois à la croisée du transept. L'avenir de l'art chrétien entier eût été compromis si les cisterciens en adoptant le style gothique n'avaient trouvé des tempéraments à cette austérité.

7. L’expansion du style bourguignon, — Les grands mouvements monastiques qui eurent leur point de départ à Cluny, à Clairvaux ou à Cîteaux eurent pour résultat l'introduction de l'architecture bourguignonne dans les pays les plus divers. Dans l'Italie méridionale M. Bertaux a reconnu le plan et le style bourguignon à la cathédrale d'Acerenza, à la Sainte-Trinité de Venosa, etc. ; plusieurs portails à l'ébrasement profond, aux archivoltes ornées de rosaces, et supportés par des colonnettes torses ou des pilastres offrent de grandes analogies avec le portail d'Avallon. En Espagne, où les moines de Cluny ont fondé 25 prieurés et occupé un moment tous les sièges épiscopaux, des cathédrales comme celles de Siguenza et de Lugo (xii" siècle) rappellent les dispositions de Saint-Lazare d'Autun. L'église Saint-Vincent d'Avila dont le chevet est auvergnat a des nefs voûtées à la mode bourguignonne, dont le triforium rappelle Vézeiay, et une façade flanquée de deux tours massives analogues à celles d'Autun ; le grand portail est digne de celui d'Avallon.

Enfin l'architecture cistercienne a étendu sur toute l'Europe son uniformité : son monument le plus septentrional, l'église d'Alvastra (Suède) et son monument le plus méridional, Saint-Nicolas de Girgenti (Sicile) sont presque semblables et procèdent d'un type commun qui est Fontenay près de Montbard...

 

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Publié le par Rhonan de Bar
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CHAPITRE II

LES EGLISES NORMANDES

1. Origines. — L'architecture normande apparaît avec ses caractères originaux sous le règne de Guillaume le Conquérant. Un moine lombard, Lanfranc, abbé de Saint-Etienne de Caen, puis de l'abbaye du Bec, conseiller écouté du duc Guillaume, paraît avoir exercé une grande influence sur les origines de cette architecture et introduit en Normandie quelques procédés empruntés à l'architecture lombarde.

2. Les abbayes de Caen. — Les abbayes de Caen, Saint-Etienne. (Abbaye aux hommes), et la Sainte-Trinité, ,(abbaye aux Dames), furent fondées par Guillaume le Conquérant et la reine Malthide pour accomplir la pénitence canonique que leur mariage consanguin leur avait attirée.

Elles furent bâties hors de la ville sur des terrains libres de tout édifice antérieur. La consécration de la Trinité eut lieu en 1066, celle de Saint-Etienne en 1071. La Sainte-Trinité paraît avoir été remaniée et même reconstruite à la fin du XI- siècle ; au monument de la reine Mathilde n'appartiennent que la crypte, les murs des bas-côtés et les partes inférieures des trois tours. Quoiqu'il en soit, le plan de cette église est encore celui d'une basilique à trois nefs dont les piliers tous semblables se composent d'une pile rectangulaire cantonnée de quatre demi-colonnes. Aujourd'hui la grande nef est couverte d'une voûte gothique construite au XIIe siècle ; à l'origine une charpente apparente la surmontait ; ses bas-côtés ont gardé au contraire leurs voûtes d'arête du xi° siècle qui sont contiguës les unes aux autres, sans aucun arc doubleau intermédiaire.

Cette manière de couvrir les églises resta le procédé favori des architectes normands qui se contentèrent de voûter les collatéraux, mais n'osèrent appliquer le même procédé à la nef principale avant l'invention de la voûte sur croisées d'ogives ; c'est ce qui explique d'ailleurs les dimensions importantes en hauteur et en largeur qu'ils purent donner dès l'origine à leurs églises.

Ce caractère de grandeur est encore mieux marqué à Saint-Etienne qui constitue l'édifice le plus imposant de l'école normande et montre une des premières applications du plan lombard en Normandie. Elle a 115 mètres de longueur, 24 mètres de hauteur. Ses nefs sont séparées par des piliers différents de deux en deux travées : les uns sont de gros supports, sur la face desquels descendent une demi-colonne et deux colonnettes ; les autres sont de courtes colonnes, qui reçoivent sur le tailloir de leur chapiteau de simples colonnettes. L'origine de ce plan est très ancienne, et on trouve en Asie-Mineure et en Syrie des basiliques à supports alternés. En Lombardie, il servait à couvrir l'édifice d'immenses voûtes d'arêtes sur plan carré qui comprenaient deux travées de l'édifice. Par une véritable inconséquence, due probablement à un manque d'audace, les architectes normands l'appliquèrent à la couverture en charpente, mais avec un sens pratique des plus remarquable. Ils surent l'adapter à sa nouvelle destination. La couverture primitive de Saint-Etienne a disparu et a été remplacée au XIIe siècle par des voûtes sur croisées d’ogives, mais quelques édifices normands, l'église de Cérisy-la-Forèt par exemple, montrent le parti qui fut adopté : de deux en deux piliers on établit un arc transversal surmonté d'un pignon qui recevait les pannes du comble.

Les bas-côtés furent couverts de voûtes d'arêtes séparées par des arcs doubleaux ; ils supportent un étage de tribunes qui s'ouvrent sur la grande nef par des arcades géminées ; au-dessus sont de hautes fenêtres en plein cintre reliées entre elles par un passage de service qui fait tout le tour de l'édifice ; ce parti n'était possible que dans des églises sans voûtes dont on ne craignait pas d'évider les murs. Le chœur a été reconstruit au milieu du XVIIe siècle ; il comprenait autrefois deux travées accompagnées de bas-côté et terminées par une simple abside en hémicycle ; l’absence de déambulatoire est en effet la caractéristique des églises normandes. Sur les deux croisillons du transept deux absidioles s'ouvrent au nord et à la croisée se dresse la tour-lanterne carrée reconstruite au xvii' siècle.

La façade flanquée de deux tours, dont les belles flèches datent du xvi° siècle, est divisée par les contreforts de ces tours en trois travées percées chacune d'une porte et de deux étages de fenêtres ; entre les deux tours la grande nef se termine par un pignon ; à partir de ce niveau les tours elles-mêmes sont divisées en trois étages, dont les deux premiers sont ornés d'arcatures aveugles et le troisième de deux larges arcades à jour, subdivisées elles-mêmes par une colonnette ; des cordons de billettes ornent les deux derniers étages.

3. Jumièges. — L'église principale de l'abbaye mérovingienne de Jumièges fut reconstruite au cours du xi° siècle et consacrée en 1067, en présence de Guillaume le Conquérant ; elle est donc contemporaine des abbayes de Caen et suit comme Saint-Etienne le plan lombard. Cette église n'offre plus aujourd'hui que des ruines imposantes, mais qui vont en se dégradant tous les jours : une gravure de 1810 représente les deux tours de sa façade surmontées de flèches ; elles ont perdu aujourd'hui ce couronnement, mais l'on voit encore leur deux étages carrés ornés d'arcatures, surmontés de deux autres étages de forme polygonale; entre les tours s'ouvrait un large porche Comme à Caen la grande nef se terminait à l'extérieur par un pignon aigu et, au-dessus des deux étages de fenêtres, on avait appliqué au mur un avant-corps ou bretèche qui servait à la défense. A l’intérieur les trois nefs étaient séparées par des arcades qui reposaient alternativement sur de gros piliers cylindriques, et sur des piles cantonnées de colonnes dont l'une s'élevait jusqu'au comble : la nef centrale en effet était couverte en charpente ; le bas-côté nord présente encore des voûtes d'arêtes séparées par des arcs-doubleaux. Au-dessus d'eux s'étendaient des tribunes voulues de même, qui s'ouvraient sur la grande nef par de triples arcades que séparaient des colonnettes. Le troisième étage était formé par des fenêtres hautes. A la croisée du transept était construite une tour-lanterne dont le mur occidental s'est conservé ; elle était couverte avant le XVIe siècle d'une flèche de plomb d'une hauteur démesurée et la seule maçonnerie s'élevait jusqu'à 4i mètres au-dessus du sol ; cette tour-lanterne à jour restera même à l'époque gothique un des plus heureux motifs de l'architecture normande. Le choeur avait été reconstruit au xiii° siècle.

4. Saint-Georges de Boscherville. — Dans la vallée de la Seine, à quelques lieues plus haut que Jumièges, l'abbaye de Saint-Georges de Boscherville fut fondée vers 1050, par Raoul de Tancarville, chambellan de Guillaume le Conquérant, mais l'église parvenue jusqu'à nous présente par sa décoration les caractères du XIIe siècle à ses débuts. Les voûtes actuelles de la grande nef ont succédé au XIIIe siècle à une charpente que soutenaient de véritables fermes de maçonnerie qui reposaient sur des piliers cantonnés alternant avec des colonnes plus basses. Au-dessus des bascules s'ouvre un triforium composé de quatre petites arcades espacées par des colonnettes, et les hautes fenêtres sont reliées entre elles par un passage qui fait le tour de l'église. Le transept pourvu d'une absidiole à chaque croisillon, est surmonté à ses deux extrémités de deux larges tribunes ouvertes que supportent deux gros piliers cylindriques reliés aux murs par deux belles arcades. Un chœur rectangulaire se termine par une abside flanquée de deux absidioles qui font suite aux bas-côtés. A l'extérieur le transept est très accusé et une énorme tour carrée le surmonte ; la façade comprise entre deux tourelles d'angle a la noble simplicité de celle de Saint-Etienne de Caen. Cette belle église est avec les abbayes de Caen un des restes les plus précieux de l'école romane de Normandie.

5. L'ornementation. — Conformément aux traditions des basiliques carolingiennes la peinture continua à être employée au xi' et au \iv siècle pour l'ornementation des églises. On en voit encore les traces sur les gros chapiteaux sans sculpture de Jumièges et à Saint-Etienne de Caen. Une petite église fondée comme Boscherville par Raoul de Tancarville en 1050, Saint-Jean d'Abbetot (Seine-Inférieure) a conservé des fragments curieux de sa décoration peinte : sur les fûts de ses colonnettes descendent encore des bandes multicolores qui s'enroulent à la base et les tailloirs des chapiteaux sont couverts de zigzags et de perles ; un Christ de majesté entouré des apôtres ornait le choeur. A la fin du XIe siècle cependant la décoration architecturale et sculptée devient prédominante. Les arcades sont composées de plusieurs moulures en forme de tores en retraitles unes sur les autres ; leur extérieur est orné de sculptures en méplat qui forment de gracieux dessins géométriques, le méandre, la frette, le zigzag etc.. (fig. 1). Un motif très heureux est celui des arcades entrecroisées dont on trouve un joli exemple dans la tribune extérieure de l'église de Broglie (Eure). Il faut y ajouter la triple baie composée d'une fenêtre centrale, accostée de deux ouvertures plus petites. Les portails, comme ceux de Caen ou de Boscherville, présentent une ouverture assez profonde composée d'arcades en retrait supportées par des colonnettes.

Figure 1

Sauf quelques exceptions les tympans n'offrent pas les riches décorations sculptées qu'on trouve dans les autres provinces ; ils devaient être ornés de peintures. Les panneaux sculptés sont de même assez rares ; les façades sont élégantes, mais sévères, conformes à la simplicité de l'idéal monastique ; elles reflètent l'austérité des réformateurs, des Guillaume de Dijon ou des Lanfranc.

Le talent du sculpteur ne trouvait guère en réalité à s'exercer que sur les chapiteaux et les modillons. Aux chapiteaux cubiques analogues à ceux de Jumièges, dépourvus de tout ornement et destinés à être peints, ont succédé à la fin du XIe siècle des types plus variés. Tel est le chapiteau à crosse dérivé du chapiteau composite, dont on n'a gardé que les volutes pour remplacer le fleuron central par une console, sur laquelle on assoit solidement le tailloir Carré (fig 2).

Figure 2

A Saint-Georges de Boscherville apparaît le chapiteau caractéristique de l'école normande, le chapiteau à godrons, qui serait un souvenir des constructions en bois très répandues en Normandie : le bas de la corbeille a la forme d'une collerette plissée. D'autres chapiteaux sont ornés de têtes humaines ou de véritables scènes. Un grand nombre d'autres sont formés par une corbeille de vannerie en forme d'entrelacs analogues aux dessins compliqués de l'orfèvrerie barbare (fig. 3). A l’extérieur des édifices, la corniche était supportée par une série de consoles engagées dans le mur, les modillons. On trouve en Normandie comme en Auvergne les modillons à copeaux, souvenir visible de l'architecture en bois, mais les plus répandus sont les modillons à tète plate qui servent de supports à une série de petites arcades ou bande lombarde {fig. 4)

.Figure 3

Figure 4

Les sources mêmes où les artistes sont allés puiser des inspirations prouvent assez que la sculpture n'avait dans les églises normandes qu'un rôle décoratif d'un caractère accessoire. L'inconographie religieuse n'y tient presque aucune place ; l'inspiration de l'art antique semble faire complètement défaut. Ce sont les fibules anglo-saxonnes, les étoffes persanes, les miniatures irlandaises, les ivoires orientaux qui ont donné naissance aux dessins compliqués et aux animaux fantastiques de la sculpture normande ; par la voie de la Russie méridionale un véritable courant commercial s'était établi entre l'Orient et les pays Scandinaves, avec lesquels les Normands étaient restés en rapports. Sur les tympans de la cathédrale de Bayeux, sur les chapiteaux de l'église de Gournay en Bray on trouve une variété extraordinaire d'imbrications, d'entrelacs, d'animaux adossés ou entrelacés à plusieurs têtes, qui mordent des monstres, ou dont la queue s'épanouit en touffe de feuillage ; à Bayeux des dragons sculptés semblent copiés sur quelque étoffe chinoise ; à Boscherville des personnages sortent de grosses tiges enroulées et, de l'autre côté, un monstre à corps d'oiseau et à pattes de quadrupède s'apprête à dévorer un homme. Les scènes de la vie familière ont fourni aux sculpteurs normands des personnages grotesques, et leur ont permis de déployer leur verve malicieuse Cette tendance est surtout visible dans les sculptures de Boscherville : à la façade on voit un paysan qui creuse la terre en face d'un chien qui tire la langue ; sur un chapiteau du triforium une grenouille se précipite la tôle en bas sur l'astragale entre deux feuilles perlées terminées en volutes ; à l'extérieur de l’abside un ouvrier monétaire, à la tête démesurée, à la longue barbe nattée, s'apprête à frapper une pièce placée sur le coin et lève de la main droite un maillet de fer.

6. Expansion de l'école normande. — Le style des églises normandes se répandit en Angleterre à la suite de la conquête de 1066, et y atteignit un grand développement. Les églises anglaises furent comme celles de Normandie larges et spacieuses ; à Waltham-Abbey (fin du XIe siècle) on trouve l'alternance entre les gros piliers monocylindriques et les piliers cantonnés ; Peterborough a de grands rapports avec Cérisy-la-Forêt, l'église de Saint-Alban avec celle de Boscherville. Les choeurs sans déambulatoires et composés souvent de plusieurs absides en retrait les unes sur les autres, les tours-lanternes, les façades flanquées de deux clochers sont usités en Angleterre comme en Normandie. Dans les Deux-Siciles conquises par les Normands à la fin du xi* siècle, on ne trouve qu'une seule église qui soit une imitation directe d'un édifice normand, c'est Saint-Nicolas de Bari dont la construction peut se placer entre 1089-1105 ; sa façade rappelle celle de Saint-Etienne de Caen, tandis que la nef couverte en charpentes et surmontée de tribunes que soutenaient des colonnes antiques alternant avec des piliers cantonnés, ressemble beaucoup à celle de Jumièges. Le type Saint-Nicolas fut imité au XIIe siècle à la cathédrale de Bari et à l’église de Barletta...

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Publié le par Rhonan de Bar
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CHAPITRE Ier

LA CONSTRUCTION DES ÉGLISES ROMANES

I. L'activité architecturale au XIe siècle. — Dans un passage célèbre le chroniqueur Raoul Glaber a décrit l'ardeur pour les constructions d'églises qui s'empara de l'Occident vers l'année 1003, en France, et en Italie principalement.

Bien que la plupart fussent bâties avec un soin suffisant, ce fut à qui parmi les peuples chrétiens auraient les plus belles. Le monde semblait rejeter son antique dépouille pour revêtir une robe blanche d'églises[1].

En même temps on découvrait de toute part des reliques destinées à sanctifier ces monuments[2]. Cette activité nouvelle est le résultat de la prépondérance religieuse, politique et sociale exercée alors en Europe par les ordres monastiques. La vie urbaine ayant presque complètement disparu, surtout dans le nord, les monastères se trouvèrent constituer les seuls centres de culture ; chacun d'eux, entouré d'un vaste territoire de domaines vassaux, formait comme un petit univers qui trouvait en lui-même les ressources matérielles et intellectuelles nécessaires à son existence. Les grandes abbayes comme Saint-Denis, Tours, Jumièges, Moissac, Cluny, Vézelay, Saint-Gall possédaient, à côté de leurs écoles instituées à l'époque carolingienne, des ateliers où se formaient des architectes, des sculpteurs, des peintres, etc. Les annales de Saint-Gall ont conservé le souvenir du moine Tuotilo qui montra au Xe siècle une aptitude prodigieuse à tous les arts, digne des artistes de la Renaissance. Mais tous les efforts de ces modestes travailleurs restés presque toujours anonymes, se concentraient sur l'église qui formait la partie la plus importante et comme la parure du monastère ; n'était-elle pas le théâtre de toutes les pompes religieuses, des assemblées, des conciles ? Ne conservait-elle pas les reliques insignes du fondateur dont la célébrité attirait, au cours des grands pèlerinages, une affluence de population qui avait besoin de vastes espaces pour pouvoir évoluer ?

2. Les influences monastiques. — Les preuves de l'activité artistique des monastères sont nombreuses. Un des hommes les plus considérables du xi' siècle, le lombard Guillaume (991-1031), moine à Cluny, abbé de Saint-Bénigue de Dijon, moine abbé de Fécamp, exerça une action considérable sur les constructions d'églises, et créa des écoles d'architecture dans les monastères qu'il traversa ; lui-même dirigea la construction de la célèbre rotonde de Saint-Bénigue à Dijon. Deux moines, Gauzon et Hézilon, construisent la grande église de Cluny. Un autre moine bâtit à Poitiers l'église de Montierneuf. A la fin du Xie siècle Didier, abbé du Mont Cassin, fait venir de Constantinople des orfèvres, des mosaïstes, des émailleurs, des miniaturistes qui enseignent à ses moines les principes des arts décoratifs. Enfin au XIIe siècle le moine Théophile donne la théorie de tous ces arts dans sa Diversaram artium schedala.

L'institution monastique avait au XIe siècle un caractère essentiellement international et représentait l'unité chrétienne ; les monastères étaient bâtis sur un plan assez uniforme dont le célèbre plan de Saint-Gali nous a conservé les dispositions. Il n'est donc pas étonnant que l'architecture romane soit devenue commune à toute l'Europe chrétienne de rit latin, et qu'on en retrouve les éléments dans les pays les plus éloignés les uns des autres. Un certain nombre de dispositions des églises romanes montrent leur caractère monastique : le narthex, où sont relégués les simples fidèles, atteint souvent de grandes proportions; de même les dimensions nouvelles prises par les cryptes, la disposition du déambulatoire autour du choeur, qui permet à une procession de se dérouler dans l'église, attestent l'importance des pèlerinages. Des reliques étaient souvent conservées dans les absidioles qui s'ouvraient sur le déambulatoire, ce qui permettait aux pèlerins de les vénérer chacun à leur tour. De même les cryptes avaient souvent deux accès qui servaient d'entrée et de sortie, et assuraient l'ordre des processions[3].

Enfin c'est à l'influence des ateliers monastiques que les églises romanes doivent l'unité relative de leur décoration.

Le style et les sujets ont pu varier d'une école à l'autre, surtout dans la partie purement ornementale, mais les arts qui servaient à orner l'église sont à peu près les mêmes partout. Ce sont : la mosaïque, la peinture à fresque et surtout la sculpture dont la renaissance en Occident est un des événements artistiques les plus considérables du xi° siècle [4]. La sculpture animée remplace souvent la feuille d'acanthe des chapiteaux ; elle règne sur les tympans des portails et quelquefois sur les panneaux, les trumeaux ou les pieds-droits des façades. Les motifs de cette décoration sont d'inspiration très variée : les étoffes persanes, les ivoires orientaux, l'orfèvrerie barbare et surtout les miniatures des manuscrits carolingiens en ont fourni les éléments ; les artistes romans cherchent des modèles partout, sauf dans la nature. Leur flore n'a pas cessé de se réduire à la feuille d'acanthe plus ou moins déformée ; leur faune est faite du peuple fantastique d'animaux qui illustrent les miniatures du a Physiologus [5], centaures, sirènes, néréides etc.; leurs figures sont, tantôt courtes et grosses, surtout au XIe siècle, tantôt allongées démesurément comme au portail royal de Chartres. Leur iconographie religieuse n'a jamais été dirigée par les règles étroites que s'imposaient les artistes byzantins ; cependant certains motifs devinrent traditionnels et certains usages prévalurent. Sur le tympan du grand portail on sculpta un Christ de majesté assis au milieu d'une gloire en amande et entouré des quatre symboles des Evangélistes ; au-dessous du Christ on plaça les Apôtres ou les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse, et quelquefois dans une troisième zone la scène du Jugement Dernier. Les statues des prophètes et des saints, ou des bas-reliefs allégoriques, ornèrent les pieds-droits. Sous la forme barbare et stylisée de ces œuvres on découvre quelquefois un accent de vérité et une inspiration naïve qui sont les présages d'un bel avenir. Les sculpteurs du Xie et du XIIe siècle ont surtout traduit en pierre les symboles religieux, allégoriques, naturalistes, dont les miniatures de l'époque carolingienne leur donnaient les modèles. Les zodiaques, les fontaines de vie entourées de tous les animaux de la citation, les calendriers, les représentations allégoriques de l'Eglise que l'on trouve dans la sculpture romane, procèdent de cette source.

3. Division en écoles régionales. — Malgré ces conditions si favorables à l'unité de l'art roman, la nécessité de se plier aux conditions locales a forcé les artistes à créer des types particuliers d'églises qui forment l'expression originale du génie de chaque province ; c'est dans les procédés de construction, et dans la décoration que cette liberté apparaît. Comme nous l'avons vu, les limites qui séparent les différentes écoles ne sont pas faciles à déterminer ; cependant un certain nombre de types ont des caractères trop accusés, pour que leur existence soit mise en doute. Il y a une école normande, dont on retrouve les procédés en Angleterre ; une école bourguignonne, qui a régné jusque dans l'Italie méridionale ; une école auvergnate, dont on peut suivre la trace du Rouergue à Saint-Jacques de Compostelle ; une école poitevine ; une école du sud-ouest ; une école provençale ; une école lombarde ; des écoles allemandes. D'autres régions au contraire, placées entre des écoles très puissantes, ont accepté des influences diverses ; telles sont les provinces du Languedoc, du Limousin, du Velay, du Berry, de l'Ile-de-France etc.. : elles forment comme des transitions entre les écoles originales.

 

[1] Hist III, 4» Dans ce passage Raoul Glaber ne fait nullement allusion aux terreurs de l'an mille.  [2] (2) Id III, 6.  [3]  De même la déviation de l'axe de l'église vers le nord en mémoire de l'inclinaison de la tête du Sauveur sur la croix est peut être une idée monastique,  [4] (2) Nous renvoyons pour l'étude de ces arts au livre de M. A Germain, — L'art chrétien en France des origines au XVIe siècle. (Collect. « Science et religion ».)  [5] Traité d'origine alexandrine qui est la source principale des « bestiaires » du Moyen Age.

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Publié le par Arphays.
Publié dans : #PRESENTATION LIVRES, #SYMBOLISME CHRETIEN

Rhonan de Bar/Arphays #auteur #ecrivain #esoteriste #cyclologue #arithmosophe #Posédiôn-Ionnès 🔱🔱🔱

Écrit il y a environ une décennie, cet essai sur le Tétramorphe est resté en sommeil jusqu'à sa lecture par Paul-Georges Sansonetti, spécialiste de la littérature comparée, des mythologies, du cinéma et des arts graphiques qui en a assuré la préface. Convaincu de son potentiel, ce dernier m'a demandé de le remanier et de l'enrichir afin de le porter à la publication. 

Le Tétramorphe vise à révéler au public moderne un symbole chrétien fondamental, omniprésent dans les édifices religieux mais largement méconnu et/ou sous-étudié.

Au cœur du livre, j'explore le symbolisme comme un mécanisme initiatique permettant d'accéder à un passé ancestral. Loin d'être inerte, la pierre des monuments incarne en réalite la synthèse cryptée d'un savoir légué par les bâtisseurs médiévaux. Les composantes du Tétramorphe transcendent leur lien au christianisme pour s'ancrer dans la Tradition Primordiale, dont les racines plongent dans le Paradis perdu : l'Éden.

Ainsi, l'ouvrage éclaire comment les quatre figures qui composent le Tretadyme (Lion, Taureau, Aigle, Homme/Ange) relient le sacré biblique à une sagesse universelle qui, si elle n'est pas oubliée de tous, reste occultée pour la majeure partie du grand public. 

En vente auprès des Les amis de la Culture Européenne : https://editions-ace.com/products/le-tetramorphe-arphays 

Encore quelques exemplaires en vente auprès de l'auteur. 

Contact : arphays@yahoo.com.

Un immense merci à mon ami Paul-Georges Sansonetti pour sa gentillesse et sa générosité.

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #SACRE COEUR, #SYMBOLISME CHRETIEN

LA SOCIÉTÉ

DU REGNE SOCIEL DE JESUS-CHRIST

IV. - APOSTOLAT ACTUEL :

VISITE EXPLIQUÉE DU HIÉRON

Il est un fait de l'histoire contemporaine reconnu par tous les écrivains de bonne foi et logique pour tous les penseurs : Le bien comme le mal nous vient d'en haut, soit par l'action formelle soit par la défaillance des classes responsables du pouvoir.

La bourgeoisie voltairienne, la noblesse sceptique ont les premières embrassé le rationalisme, rompu avec la tradition religieuse, fait ou laissé faire la Révolution. Ce n'est que peu à peu que les erreurs irréligieuses de celle-ci ont pénétré le peuple de nos campagnes.

Maintenant le mouvement se fait au rebours. C'est aux classes très mêlées comme origine mais qui ont une valeur directive quelconque à dégriser le peuple des apparences de liberté dont on l'enivre, à lui faire recouvrer sa vraie grandeur morale et ses droits essentiels en lui donnant la notion et l'estime de ses devoirs. Mais, avant de se jeter dans la mêlée où tant d'idées fausses et homicides revêtent des masques d'affranchissement et de fraternité, il faut une préparation spéciale.

Nous venons de voir la société du R. S. J. C. la donner à ses élites pendant trente ans, leur forger le bouclier d'une foi intégrale et les flèches d'arguments artistiques et historiques.

A la nouvelle direction une nouvelle tâche s'imposait : Appeler les foules à en profiter, rendre les idées et les monuments, par un langage très simple et très clair, assimilables à la mentalité populaire, imiter d'ans sa faible mesure le grand geste du Sauveur : Venite omnes ad me.

Pour cela après avoir remanié tous les objets des collections, écarté les douteux et les inutiles, classé les autres par ordre logique elle commença les Visites expliquées. Ce moyen facile et pratique lui permit dès lors de se livrer à un apostolat d'autant mieux accepté que plus inattendu de la part des visiteurs, apostolat aussi yarié que les connaissances rudimentaires, ou moyennes, pu très étendues des classes laborieuses, des gens instruits ou des savants, pèlerins ou touristes qui chaque année sont attirés par milliers à Paray-le-Monial.

En lui faisant visiter succintement le Hiéron le lecteur verra lui-même les réflexions et ce qui est plus désirable les résolutions qu'il peut inspirer.

VUE EXTÉRIEURE DU HIÉRON

Pour bien jouir de la vue du monument il faut se placer à une cinquantaine de pas en avant, sur le trottoir de gauche du côté de l'Avenue de Charolles. De là l'oeil embrasse à la fois le corps principal du Hiéron et ses deux ailes fuyant l'une dans la rue du Général-Petit l'autre dans la rue des Fossés. L'architecte parisien Noël Bion, orienté par un Comité de la société, a fait preuve d'une vraie science technique en vainquant toutes les difficultés de l'angle de ces deux rues et en donnant au Hiéron une parfaite unité de style ionien.

Partout on y rencontre la ligne horizontale grecque ; elle court à travers les frises de l'entablement elle se développe en éventail et donne l'impression de la stabilité, de la puissance et du calme divin. Elle est la raison de cette « Eurythmie », de cette harmonie que les Grecs recherchaient pour leurs édifices sacrés.

Sur la masse de l'immeuble qui comprend 800 mètres carrés se détache le dôme central éclairé aux quatre points cardinaux par quatre fenêtres à trois baies dans sa lanterne aérienne. Au sommet de la lanterne l'épi de couronnement est formé par la lettre H inscrite dans un cercle et une croix ancrée. Airisi le Hiéron est déjà signalé au loin comme le domaine de l'Hostie-sainte qui par sa mort sur la Croix sauve le monde, cette Hostie dont St Thomas a dit avec vérité qu'elle était le « Microcosme » l'appui et le résumé des mondes.

D'ailleurs si de l'ensemble notre regard se reporte sur le frontispice il y rencontre une audacieuse et fière inscription qui étale dans nos rues modernes sans fausse honte notre profession de foi et tout le sens du Musée : A JÉSUS-HOSTIE ROI.

Elle domine la superbe façade d'entrée encadrée de deux grandes volutes. A côté des larges pilastres surmontés de la lettre emblématique H ornée de palmes se dégagent deux colonnes d'un bel effet.

Le fut en est d'une seule pièce. Les chapiteaux portent en relief le Chrisme ou monogramme du Christ XP surmonté d'une couronne royale et environné de fleurs du lotus sacré.

Au tympan du fronton un emblème symbolique du meilleur travail mérite aussi une attention particulière. Le sujet en est l'onction divine du Christ-Roi et l'alliance éternelle faite par Lui entre Dieu et l'homme.

En effet, le Saint-Esprit représenté par la Colombe dépose la tiare de la triple puissance sur le Tau mystique T qui après avoir marqué anciennement le pouvoir de gouverner les peuples est devenu le signe de l'Agneau Vainqueur et a été longtemps la forme du bâton pastoral de nos Pontifes.

Tout autour de ce médaillon du tympan qui est enfermé dans un cercle d'oves comme un chaton dans sa bague s'étalent des trophées de palmes et de feuilles de chêne, des faisceaux, de piques et des hampes d'étendards. Un flambeau allumé surgit d'en bas et domine tout le sujet : C'est la lumière de la foi et le feu de la Charité que Jésus-Christ a apportés sur la terre et qui seuls peuvent consommer le triomphe du Divin Roi en établissant la paix sociale parmi les nations.

Les écussons sculptés au-dessous des corniches aux huit angles du dôme central appellent tous les éléments et tous les êtres de la création à exalter la gloire de l'Eucharistie... N'est-ce pas justice ? N'est-ce pas ici le cas plus que jamais de répéter le cantique de louange : « Benedicite omnia opéra Domini Domino »!

Sur tous ces cartouches qui sont eux-mêmes ornés de palmes, voyez l'image de l'Hostie Sainte et au-dessous lisez d'abord à gauche cette inscription : « Cieux » C'est le Benedicite coeli Domino : Puis regardez à droite ces caractères enchevêtrés formant le mot « Humanité » C'est le Benedicite Filii hominum Domino.

Vous avez ainsi les deux notes extrêmes, les deux principaux exécutants du concert : l'Ange et l'homme. Il appartient surtout à ce dernier d'achever et d'ordonner cette harmonie. Suivez le contour de l'édifice, vous trouverez les notes intermédiaires « l'Air, la Terre, l'Espace, le Temps, le Feu et l'Eau ». Cet Hymne de pierre chanté dans une gamme parfaite n'est pas pour nous étonner puisqu'il s'agit d'un sujet « où la louange ne peut assez dire, et d'un Thème qui n'a point son égal, Laudis thema specialis (St Thomas off. S. S. Sacr.[1] )

Les connaisseurs techniciens architectes et sculpteurs ne se trompent pas sur le goût très pur et l'art qui ont présidé à cette expressive construction. Mais sauf eux et quelques archéologues membres du Clergé ou non, avec lesquels nous pouvons étudier l'ensemble et les détails extérieurs, tous les visiteurs s'engouffrent à l'intérieur par l'entrée principale orientée à l'Est. Nous allons les y précéder.

INTÉRIEUR DU HIÉRON

Ils pénètrent d'abord dans l'Atrium où comme dans le reste des salles une lumière abondante et douce descend des vastes vitrages dépolis qui remplacent les toits. Ils sont accueillis par la célèbre Vierge de Romay dont on voit une excellente reproduction photographique à droite en entrant.

Pas de meilleure introduction auprès du Divin Roi que sa propre Mère. Nous leur conseillons donc de reporter vers elle avec la sainte Église le gracieux « Salve » que leur adresse la mosaïque : « Salve Regina... et Jesum benedictum nôbis post hoc exilium ostende[2] »

Déjà nous avons eu l'occasion d'éclairer les nombreux étrangers qui reviennent de Romay déçus, nous disent-ils d'avoir trouvé une statue sans beauté dans une chapelle insignifiante sans que nulle personne leur ait indiqué la raison de ce pèlerinage fait par acquit de conscience.

Et cependant cette petite statue de pierre qui a échappé aux hordes révolutionnaires[3] (2) est le témoignage du culte rendu de temps immémorial par les peuplades du Val d'Or à la Virgo Paritura sous, le nom d'Isis et depuis l'évangélisation de la région aux ne et ine siècles, à la Vierge Mère sous le nom de Notre-Dame de Romay.

Son socle, preuve de son antiquité, portait en relief, deux lettres grecques P et B, initiales des mots Phos et Bios, Lumière et vie, séparées par le flambeau de l'amour : Lumière Amour et vie semblent être un résumé de l'Évangile de Saint Jean. Or le pays reçut précisément la foi des missionnaires envoyés par Saint Pothin et Saint Irénée[4], (3) disciples eux-mêmes de Saint Jean.

Ce qui est certain c'est que Notre-Dame de Romay fit au cours des âges de nombreux miracles en ressuscitant de petits enfants mort-nés, le temps nécessaire à la réception du Baptême et justifia ainsi le grand concours de peuple qui se succédait à son sanctuaire[5].

Tandis que le pèlerin se réjouit de connaître enfin la Dame de céans, le touriste murmure « sommes-nous, dans une église ou dans un Musée » ? Qu'il se rassure : près de la porte d'entrée deux sculptures sont signées d'Orcagna (1329-1389) et de Philibert Delorme (1518-1587) tandis qu'en face de lui deux colonnes massives de marbre de Carrare soutiennent deux Tabernacles antiques des écoles de Donatello (1313-1466) et de Bramante (1444-1514).

Il ne les étudiera pas longtemps car aux heures d'entrée publique les trois grandes portes de chêne ouvertes attireront irrésistiblement son regard jusqu'au fond des trois axes de développement du Hiéron et charmé par le chatoiement des vieux ors et des pourpres il se dirige vers la salle de droite.

Si déjà nous avons pu préluder à l'apostolat, ici il commence à battre son plein. Nous sommes dans la première salle ou…

SALLE DU DROIT ET DES DOCTEURS

…Le Christ est Roi, Roi par droit de la Création qu'Il a faite conjointement avec le Père.

Le Christ Homme-Dieu est Roi par droit de conquête ayant racheté le monde par l'effusion de son sang.

Le Christ a tant aimé le monde que l'ayant embrassé dans toute l'horreur de ses crimes, l'ayant purifié dans son sang, Il n'a pu le quitter et que Lui qui domine les Cieux a établi sa demeure parmi nous dans l'Hostie. Dilexit eos usque ad finem.

C'est jusqu'au bout qu'il nous a aimés et ce sera jusqu'à la fin des temps qu'il nous aimera ainsi.

L'Hostie est dons le siège du Roi vivant parmi nous. C'est là, dans cette fonction'sociale par excellence d'Hostie, de sacrifié pour le rachat de la société humaine pécheresse en Adam, c'est là que notre Roi doit recevoir l'adoration et les hommages sociaux, qui lui sont dûs.

L'institution de l'Eucharistie est donc l'acte fondamental de sa royale présence parmi nous et elle est ici représentée dès l'entrée sur le panneau parallèle à la porte par une grande toile de l'ancienne école de Venise précédant de cinquante ans celle de Léonard de Vinci, où S* Pierre interroge, où Jean le disciple de l'amour adore déjà les bras croisés sur son coeur tandis que plus haut le Tiépolo et Ciro Ferri ont peint les deux disciples d'Emmaùs reconnaissant la Vérité et réchauffant leur cœur à la fraction du pain.

L'Hostie n'est-elle pas Lumière, pour les intelligences. Rationis lux [6] (Saint Thomas) Force pour les volontés Volontatis virtus (St Jean Chrysostome) et fournaise embrasante pour les coeurs les plus tièdes Cordis ignis, d'après Si Bonaventure.

Le Christle savait bien et pour vaincre les ténèbres, l'égoïsme et la haine de la société païenne, le Padouan nous Le montre communiant Lui-même de sa propre main les martyrs des Catacombes. — (panneau de gauche n° 48) C'est ainsi que douze millions de héros en versant leur sang comme témoignage de leur foi ont eu raison de l'incrédulité du monde antique.

Dans la seconde vitrine de précieuses ampoules qui ont contenu ce sang sacré et les fac-similés des plus belles lampes des catacombes, dont beaucoup sont surmontées de symboles eucharistiques, achèvent de rendre vivante cette démonstration. D’ailleurs, tous les Docteurs, Pontifes et Thaumaturges ont affirmé et exalté les Droits sociaux du Christ-Hostie.

C'est Augustin (de Bernardino Luini) l'admirable commentateur du discours sur la Cène — Ce sont saint Jérôme, S* Ambroise, St Augustin, St Grégoire-le-Grand réunis autour du sacrement de vie qui rivalisent dans leurs louanges (N° 12).

C'est Ste Claire qui la mohstrance en main adjure le Seigneur des armées de repousser les Sarrazins des murs d'Assise (N°22) et l'on sait que ceux-ci aveuglés par la lumière de l'Hostie dégringolèrent des remparts et s'enfuirent sans retour.

Plus loin, St Thomas d'Aquin recule saisi d'effroi à la pensée de porter son génial regard sur le Dieu trois fois saint. Il a pu traiter de l'Incarnation, de la Rédemption, des Anges ; mais qu'est-il donc pour oser étudier le Mystère qui résume tous les autres. Un Ange l'y contraint. Saint Thomas vaincu se plonge dans l'adoration et s'écrie : Venite Adoremus Christum Regem Dominantem gentibus. (Off. S. S. Sac. Invit.) Mais à sa droite, quelle est donc cette physionomie transfigurée qui resplendit d'une beauté surhumaine ? Saint Philippe de Neri en extase, car dans l'Hostie il vient d'apercevoir[7] le Roi d'amour et ce Roi d'amour lui communique ses secrets pour organiser les ouvriers, pour relever les pauvres, pour créer les premières maisons de louage et de prêts....Il lui apprend tout en lui disant un seul mot : « Aime mes enfants comme je les ai aimés[8].

Le saint écoute, entend, comprend et son regard profond d'humilité comme un abîme répond : « Je ne suis pas digne, mais je ferai tout ce qu'il Vous plaira ».

La sainte Église qui épuise les beautés de sa liturgie à retracer les mystères de son Divin Époux ne fêterait-elle pas sa permanence parmi nous ?

Dès la première moitié du XIIIe siècle Julienne de Mont Cornillon (1258) humble Augustine de Liège l'en supplie avec ardeur. Mais en 1263 Jacques Pantaléon fils d'un simple cordonnier de Troyes[9] tenait prudemment le gouvernail de la barque de Pierre et hésitait encore. Pour le décider il ne faut rien moins que le fameux miracle de Bolsène peint depuis par Raphaël et dont voici la copie par Jules Romain (n° 108)

Dès l'année suivante 1264, Pantaléon pape français sous le nom- d'Urbain IV (n°88) instituait la Fête-Dieu, fête de singulière allégresse et reconnaissance où le Christ-Jésus, où le Corpus Dei processionne solennellement avec tous les honneurs royaux sur les routes de ses campagnes et les grandes rues de ses cités.

Mais ce n'est pas seulement sur la terre que « toute puissance a été donnée au Christ[10]. C'est dans les enfers et sur les Cieux.

Voyez donc ces flammes infernales atténuées ou gisent les condamnés au Purgatoire. Figures torturées de sinistres lueurs, bras d'épouvante, yeux désorbités vers quel point se soulèvent-ils dans un suppliant espoir ? — Vers la blanche Hostie déposée sur un autel, vers le seul divin sacrifié qui dans son propre sang les a achetés, vers Celui qui Per proprium sanguinem introivit in Sancta oeterna redemptione inventa[11].

Au milieu de leur indicible malheur ils peuvent devenir bienheureux par le sacrifice de l'Agneau : Beati qui lavant stolas suas sanguine agni et in civitatem intrent[12].

Et les droits de l'Agneau immolé sur les Cieux, pouvons nous les oublier après que saint Jean dans son Apocalypse nous les a ineffablement chantés.

Sur le panneau du fond un peintre vénitien nous montre le dernier soleil couchant à la fin des temps. Les ténèbres commencent à envahir la basilique de saint Pierre. Mais les anges viennent, chercher sur l'autel le Divin Captif. Pleins d'un indicible respect, ils élèvent dans les Cieux l'Hostie trois fois sainte.

Du Christ vivant émanent des rayons de gloire qui irradient tous les bienheureux Anges et hommes. Ceux-ci sont enivrés, perdus, noyés dans la lumière divine, In lumine tuo videbimus lumen (Ps. 35 C. 10) tandis que le Père et le Saint-Esprit jubilent de recevoir en leur sein leur Égal en puissance et en amour.

« A l'Agneau immolé soient bénédiction, honneur et gloire dans la suite des siècles[13].

Et nous sentons souvent que bien des visiteurs s'unissant aux beati coelicoli de cette apothéose de l’eucharistie répondent en silence Amen !

Ainsi en soit-il de nous un jour.

A dessein nous négligeons ici et les vitrines et quantité de toiles, et des plus belles, signées de Mignard, de Camoncini, du Corrège, de Daniel, Ziegers etc.

Notre dessein n'est point de composer un guide — on en trouvera de tous genres au Musée — mais de dégager l'idée maîtresse de cette salle.

Bien des personnes voudraient s'y attarder, nous les stimulons   passer outre car

« Jésus-Christ n'est pas seulement Roi de droit des sociétés Il l'est de fait ». C'est ce que nous nous proposons d'étudier dans le prochain article en passant en revue la Salle du Fait ou du Règne historique de Jésus-Christ.

Georges de Noaille. Dir. du Hiéron de Paray-le-Monial et de la Société R. S. J. C.

 

[1] Le Hiéron. Explications sommaires par le R. P. Zelle. S. J. 1897. [2] Avant de voir les tableaux des Saints et des Anges proclamant la gloire du Christ nous saluons Marie qui les domine et préside tous. « Ave gloria anglorum, ave proe coelestibus ac terrestribus electa (Liturgie copte, page 261.) Ave quoeproedestina es, quoe consilio ceterno ante soecula proeelecta es... ut habitaculum divini ignis. ] St Jean Damascène. Orat. III. In Deip. dorm.—Migne. t. XLVIII, col. 60. [3] Une jeune fille, Catherine Rouiller, l'arracha au péril de sa vie d'une grange où elle, devait être brisée dès le lendemain avec plusieurs autres objets du culte. Elle la transporta avec son frère jusque dans les eaux de la Bourbince qui coule au pied de la Basilique. Ainsi soustraite à la rage de ces nouveaux iconoclastes elle put après diverses pérégrinations être reportée en grand honneur dans son sanctuaire actuel. [4] Un excellent prêtre, témoin des controverses sur l'âge de la statue primitive, et poussé plus par le zèle de la charité que,par celui de la science, fit effacer pendant la nuit l'inscription grecque objet du litige. Au jour, grande fut la déception des savants... Heureusement le Hiéron en avait pris et en conserve précieusement la reproduction.[5] On a compte environ 295 de ces résurrections. Le Cardinal Boyer, Archevêque de Bourges a affirmé avant de mourir en avoir vu un s'accomplir à Romay alors qu'il assistait comme enfant de choeur le prêtre qui y avait été appelé. [6]Et la Sainte Église divinement inspirée nous fait précisémentlire à l'Épître de la Messe de St Thomas : Optavi et datus est mini sensus... proposui pro luce habëre illam : quoniam inextinguibile est lumen illius. (Sapientioe. 7.) [7] N" 21. Chef-d'oeuvre de Guido Reni. [8] Ama et fac quod vis (St Augustin). Voir la vie de St Philippe de Neri dans les petits Bollandistes (26 mal). [9] Occasion de faire remarquer aux visiteurs que la Ste Église loin d'être « l'éternelle alliée de la force et du capitalisme « selon les théories de l'Humanité et de la Lanterne prend les vraies valeurs où elle les trouve.[10] Voir le magnifique développement de cette phrase dans Mgr Nègre : Le Règne Social du Sacré-Coeur p. 20, déjà cité. Au Hiéron de Paray-le-Monial (3 f.) ut in nonime Jesu, omne genuflectatur, ecclestium, terrestrium et infernorum. (Philipp. II. 10) [11] Epist. Heb. IX. In guern speramus, quoniam et adhuc eripiet (II. cor. I. 10). [12]Apoc. XXI. 14.[13] Et omnis lingUa confiteatur quia Dominus Jésus Christus in gloria est Dei Patris ! (Philippe II, 11.)— Et erat numerus eorum millia millium dicentium voce magna: Dignus est Agnus qui occisus est accipere virtutem et divinitatemet sapientiam et fortitudinem et gloriam et behedictionem (Apoc. V, 13).

 

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Publié le par Rhonan de Bar
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A  Paray. Devant une vieille pierre

Quand vous sortirez de la chapelle mystérieuse et fervente où vous aurez longuement prié, sonnez à la porterie du monastère. Un déclic : celui qui ouvrit à tant de saintes filles la porte qu'elles n'ont plus jamais  repassée.  Vous  voilà  dans  la  petite cour  intérieure  qui  donne  accès  aux parloirs.  Faites  dix  pas.

Retournez-vous vers  l'entrée  que  vous  venez de  franchir.

A  deux  fois  hauteur  d'homme,  c'est  elle,  la  belle  vieille pierre  de  Paray.

Une tradition orale.

Il y avait naguère à la porterie du couvent une vieille sœur qui avait fait son  oblation de Tourière en  1833.  Elle est morte en 1891, à l'âge de 84 ans, bientôt suivie (1892) d'une compagne qui avait alors 64 ans.

Et les Soeurs qui m'ont parlé d'elles se rappellent fort bien que ces deux vieilles Soeurs, parlant de la vieille pierre, disaient toujours : « cette pierre-là,  elle  était sur l'ancienne façade  de la chapelle ».

Or, les deux vieilles soeurs devaient le savoir, parce que  toutes  les  deux— et la  plus  ancienne pendant  22  ans (de 1833 à 1835) — elles avaient vu de leurs yeux cette ancienne façade[1].

L'ancienne façade.

Elle  n'avait  rien  d'artistique,, cette  façade  qu'avait  fait élever en  1633 la  mère  de Lingendes, et qui fut remplacée,  en 1855,  par  celle  d'aujourd'hui.  Elle «était  sans  sculpture ; au milieu  se  trouvait une  grande fenêtre  cintrée [2]».

Mais, si elle était saris art, elle avait le grand mérite d'avoir accueilli, à  son  entrée au  monastère,  une jeune fille  qui  venait du  hameau  de  Lhautecour...

Établies à Paray depuis le 4 septembre 1626, c'est le 14 septembre  1632  que  les  Visitandines  s'étaient  installées  dans  le local  qu'elles  occupent  encore  aujourd'hui  et  que  leur  avait cédé   les   Jésuites.

« Le  petit essaim fondateur sortait du monastère de  Lyon-en-Bellecour,  à  l'ombre  duquel  saint  François  de  Sales  était mort en  1622 et qui avait l'insigne privilège de posséder le cœur de ce bienheureux Père.

Ce  fut donc bien l'esprit primitif de l'Institut qu'apportèrent avec elles,  en cette nouvelle ruche, les soeurs fondatrices.

«Toutes ces  âmes,  d'après-les mémoires du temps, étaient de  grande vertu, extraordinairement gratifiées de Dieu, surtout d'un don  d'oraison très sublime.   

«C'est  sœur Marie-Marguerite  Fontaney  qui,  sur  son  lit d'agonie, et souffrant d'étranges douleurs,  s'écriait :   « O  douce main de mon Époux, crayonnez,  crayonnez en  moi  selon votre volonté » ! La  supérieure pria  la  mourante de  lui  dire  quelle était sa  pensée,  en  poussant cette  exclamation  :   « Ma  chère Mère », répondit-elle, « c'est que je me tiens devant Dieu comme «ne toile d'attente devant son peintre ; je le supplié de crayonner en moi l'image parfaite de mon Jésus crucifié ».

Ainsi semble-t-il que, dès l'origine, le divin Maître ait voulu  initier les  âmes  de cette Maison  au  mystère de la toile d'attente, sur lequel la bienheureuse devait recevoir de si vives et pénétrantes lumières[3]»

Faut-il croire  aussi  qu'il les  ait,  dès  l'origine, initiées  au mystère  de  son  coeur ?

Un jour, se présentant couvert de plaies, à sainte Marguerite-Marie,  Il lui dit « de regarder l'ouverture de son sacré côté, qui était un  abîme sans fond  qui  avait  été fait  d'une flèche sans mesure,   qui   est  celle  de  l'amour[4] »

Le Coeur.

Or,  voici, sur notre vieille pierre,  l'image du vrai  coeur  de Jésus,  percé  en  abîme  et  transverbéré de  deux flèches.

Ce n'est point-là le coeur visitandin, cet « unique coeur percé de  deux  flèches,  enfermé  dans  une  couronne  d'épines...  servant l'enclavure  à  une  croix ; et...  gravé  des saints noms  de  Jésus et de  Marie »  que  le  saint Fondateur avait donné  pour armes à sa  Famille.  Expliquant le  choix qu'il  avait fait  de  ces  armes, Saint François de  Sales avait dit « J'ai pensé... qu'il nous faut prendre  pour armes  un  unique coeur  etc..  car  vraiment notre petite congrégation est un ouvrage du coeur de Jésus et de Marie.

Le  Sauveur  mourant nous  a  enfantés  par  l'ouverture de  son Sacré-Coeur... »— C'est le coeur ouvert qui les a enfantées qu'ont voulu reproduire les  Visitandines de  Paray, vraies dépositaires de  l'esprit  du  Fondateur.

Mais  ce  coeur  de  Jésus  n'est point  tel  que  l'a  représenté sainte Marguerite-Marie. Il n'a ni la croix, ni la couronne d'épines. Et la forme de sa blessure est totalement étrangère à la Voyante. Par tous ces  détails, il nous dit, ce  coeur naïf, qu'il est antérieur   aux  Grandes   Révélations  qu'il  présage.

On  dit  que  l'autel  même  des  Apparitions  fut  « détruit vingt ans  après la  mort de  la Sainte,  au  moment des  grandes réparations faites  à l'intérieur de  la chapelle[5] ».

Il  est  assez peu vraisemblable que les  Soeurs  de la  Confidente, aujourd'hui si vénérée, aient voulu fixer,  dans une façade où l'on ne signale aucune  modification  avant   1855,   le   souvenir   d'événements dont  elles  perdaient sans  trouble  le  plus  précieux témoin.  En tout cas,  si  l'on avait fait sculpter notre pierre en souvenir ou sous l'influence de la Grande Apôtre du Sacré-Coeur, on y aurait certainement  reproduit les  caractéristiques de l'image de  1685.

D'ailleurs  à  quoi  bon  tant d'hypothèses ?  Regardez  bien la pierre silencieuse. Par la forme archaïque du coeur, par la tournure  des  naïfs angelots qui  le  dominent, elle vous  dira qu'elle est « Louis XIII » et  qu'elle  date  de  la  construction  même  de la  chapelle.

Les flèches.

— Mais  dans les  armoiries pieuses les flèches frappant un coeur, de  haut en  bas,  ne symbolisent-elles pas d'ordinaire la grâce  et  l'amour  divin  qui  transperce  le  coeur  du  chrétien ?

— Elles  signifient  la  grâce  et  l'amour divin  transperçant le  coeur que le blason présente. C'est le coeur de Jésus qui nous est ici  montré.  C'est lui  qu'atteind la flèche  de  l'amour divin.

N en  a-t-il  pas  été  réellement navre? «Vous avez  blesse mon coeur,  ma soeur  et mon  épouse » (î) dit Jésus à l'âme qui le  contraint suavement à l'amour. Parlant à  l'Esprit d'Amour dont vous apercevez dans notre vieille pierre le battement d'ailes, Jésus peut lui dire aussi :  « Vous avez blessé mon coeur ». L'Esprit Saint qui «forma ce  coeur dans le sein  de  Marie » lui a fait une  inguérissable plaie  que  la  blessure du  coup  de  lance devait  un jour symboliser.

—Mais c'est là une idée mystique et que nul n'avait reproduite  encore !

— Regardez cette gravure  du  musée  de Munich ci-contre, qui précéda de  cent cinquante  ans  notre  pierre  de  Paray.

« Cette image, dit le Père Hilaire de Barenton qui la reproduit  lui-même,  représente  Dieu  le  Père  frappant  le coeur  de son  Fils[6] » Et cette interprétation, qui  favorise celle  que je viens  de   donner  des  flèches «parodiennes», est manifestement vraie.

Mais un autre détail m'incite, mon Révérend Père, à vous quereller.

La plaie en forme de  croissant.

Dans son  beau  livre,  que je  n'oserais  pas appeler parfait, mais que j'estime nécessaire à qui ne veut pas se laisser déformer l'esprit par certaines idées courantes, le Père Hilaire de Barenton présente  un  sceau  d'inspiration  franciscaine,  qu'il  m'a  aimablement  autorisé  à  reproduire  dans  Regnabit.

« Ce  sont, dit le  Père  Hilaire de Barenton, les  cinq  Plaies sur  la  croix  et la  couronne  d'épines».

« Les  cinq  Plaies  ainsi représentées  sont  considérées  comme  faisant partie des  armes franciscaines.  Mais  nous  ignorons  quand  a  commencé  l'usage de  telles  armes».  «On  n'y voit  pas  le  coeur,  mais  seulement la plaie  du  côté ».

— Pourquoi la plaie du côté, mon Révérend Père ? Ce croissant entouré de quatre étoiles ce n'est pas plus la plaie du côté que  la plaie du  coeur.  C'est la plaie.

Certes,  dans  les  armoiries  profanes,  étoiles  et  croissants « laïques »  ne  sont point rares.  Le  blason  de  Jean Bochart de Champigny,  membre  du  Parlement en  1628  porte «d'azur  au croissant d'or  surmonté  d'une étoile de même». Celui  de  François Bailly,  conseiller au parlement de Bourgogne, vers 1644, est «d'azur,  à  fasce  d'argent,  accompagnée de trois  étoiles d'or en chef  et  d'un  croissant en  pointe  de  même ».

Celui  de  Gabriel Aunon,  conseiller  au  parlement de Grenoble  vers  1680,  est  de sable, au lion d'argent chargé d'un croissant montant de gueules, accosté de deux étoiles d'azur». Celui d'Annet Rauvier, échevin de la ville de  Lyon, vers 1694,  est d'azur au croissant d'argent surmonté  d'une  étoile  de  même».

Celui  de  Carpentier,  de  la Chambre des Comptes, 1699, est «d'azur, à un chevron d'or accompagné  de  deux  étoiles   de   même  en   chef,   et  d'un  croissant montant d'argent en  pointe».

Celui  de  Franquetot de  Coigny, maréchal de  France,  mort  en  1759,  est  «de gueules,  à la fasce d'or chargée de trois étoiles d'azur et accompagnée de trois croissants montant d'or, deux en chef, un en pointe. Celui de Lethors de Thory à la cour des Monnaies en 1772, est « d'azur au chevron d'or accompagné en chef de deux croissants d'argent, et en pointe d'une étoile  de  même ».  — J'en omets vingt  que  j'ai là  sous les  yeux.  Et  que  d'autres  on  pourrait  trouver !

Mais dans le sceau du Commissaire de la nouvelle Espagne, comme  dans  les  belles  armoiries  de  la  famille  séraphique,  le croissant et les quatre étoiles ce sont évidemment les cinq plaies de Jésus,  celle  du  milieu se  manifestant la  plus  importante.

On sait que, dès la seconde moitié du XVe siècle se trouvent abondantes les images des Cinq Plaies comprenant le coeur blessé de  Jésus.  A  cette  époque on  ne  représente pas  tout le  Christ vulnéré.  On  en  est  encore aux simplifications héraldiques. On ne  représente pourtant pas le  coeur  tout seul.  On le  figure  au milieu des deux mains et des deux pieds percés. Et, si nous comparons ces  deux  manières héraldiques  de  représenter  le  cœur de Jésus, ne vous semble-t-il pas que celle du  quinzième siècle a  ses  avantages ?

Puis,  on  simplifie  encore.  Parfois  l'apparence des  mains et des pieds disparaît, laissant voir quatre plaies en forme d'étoiles ou  de  larmes,  au  milieu  desquelles  reste  le  coeur  au  naturel.

Parfois — comme dans les  exemples  donnés plus haut — on ne voit plus  que les  cinq plaies : celle  du  coeur— la plus importante —  en  forme  de  croissant.

Et ce m'est un bonheur de retrouver cette forme archaïque de la plaie sur le  coeur  que  la pierre  de  Paray nous  présente.

Le vrai coeur  vivant de  Jésus. A quelle influence d'ailleurs obéit l'artisan qui la sculpta ?

Et quel fut cet homme dont je serrerais volontiers la main rugueuse ?  Est-ce vous,  Anthoine Guillemin, «bon  maçon et tailleur de pierres,  qui  aviez « reçu la  commande» de  la  bâtisse ?

Ou quelqu'un de vos sous-ordres, compagnon du tour de France, qui  avait  beaucoup  vu ?

Et qui  donna l'idée de  mettre sur la façade extérieure de la  chapelle l'image  du  vrai  coeur  vivant  qui  allait  se  révéler dans cette chapelle même pour rayonner de là sur l'univers ?

Les religieuses n'ont point parlé. La pierre garde son secret.

Les  angelots fixent dans le  vague leurs  grands yeux gris.

Pieusement relégués dans la petite cour intérieure, ils n'ont pas vu l'affluence des pèlerins qui, aux grands jours de l'Année jubilaire, se pressaient dans la rue voisine pour aller contempler, dans l'enclos même du couvent, la  cour des Séraphins,  le  célèbre  noisetier,  la  chapelle  édifiée  par la  Voyante  elle-même.

Qui  sait!  Peut-être préfèrent-ils ne  plus  rien  voir.  Le  samedi  20  juin  1671,  ils  ont aperçu,  venant par la   grand'route, une  jeune fille  qui  sans  doute  ne  les  remarqua  point...

Au  moment où,  sous la vieille pierre impassible, l'élue  de Dieu franchit la porte de la  chapelle, les vrais anges  des cieux la saluèrent, la  vraie colombe  d'amour la couvrit de  ses  ailes, et,  dans  le  Tabernacle devant lequel  elle s'agenouilla,  le  cœur vivant  de  Jésus  palpita  d'un  ardent  amour...

F. ANIZAN.

[1]  Ces détails m'ont été donnés, de vive voix, au monastère. [2] Abbé Châtelet. Guide des Pèlerins à Paray-le-Monial, p. 29. [3] Vie et OEuvres de ta Bse Marie Alacoque, T. III, p. 181,182. [4] Vie et OEuvres, T. II, p. 141. [5] Abbé Châtelet, Guide des Pèlerins à Paray-le-Monial, p. 30. [6] La dévotion au Sacré-Coeur. Doctrine, iconographie, histoire, p. 125.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #SYMBOLISME CHRETIEN

LA GAULE MÉROVINGIENNE

CHAPITRE PREMIER

L’établissement des barbares en gaule

L'Empire romain ne s'effondra pas d'un seul bloc ; miné longuement et de toutes parts, il se désagrégea peu à peu. Son ossature demeura, imposant sa forme aux nouvelles sociétés fondées sur ses ruines par les peuples germaniques.

L'établissement des Barbares en Gaule fut l’œuvre de plusieurs siècles, multiple en ses formes, tour à tour et simultanément colonisation et invasion. Les Germains apparurent en Gaule tantôt comme alliés des Romains, tantôt comme ennemis ; les uns s'établissant pacifiquement en vertu de traités, les autres violemment, les armes à la main ; pénétrant par toutes les portes jusqu'à la complète soumission de la Gaule à leur autorité.

1. Origine des Germains. — Les Germains qui occupaient les pays situés au delà du Rhin et au nord du Danube, appartenaient au rameau européen de la grande famille aryenne.

Sortis de l’Asie, ils s'étaient d’abord établis dans les vallées de l’Oder et de l’Elbe, en même temps que d'autres peuples, venus eux aussi de l'Orient, envahissaient l'Italie et la Grèce. Ils étaient divisés en petits groupes n'ayant d'autres liens entre eux que la communauté des, croyances religieuses. Ce sont les Gaulois qui leur ont donné ce nom de Germains qui ne signifiait probablement rien autre chose que voisins.

2. La Germanie romaine. — Ils furent constamment une menace pour la Gaule. Les Romains durent renoncer à la conquête de la Germanie, se bornant à soumettre quelques peuplades établies sur la rive gauche du Rhin et à réduire leur territoire en province romaine : ce furent les deux provinces de Germanie, la Germanie supérieure avec Mayence, la Germanie inférieure avec Cologne pour capitales. Au cours du second siècle après J.-C, une ligne de défense fut construite, composée d'une série de postes fortifiés, distants les uns des autres d'une demi-journée de marche, et reliés par une route protégée, là où les fleuves ne formaient pas une défense naturelle, par un retranchement en terre en avant duquel était creusé un fossé. Cette ligne, limite de l'Empire, limes du côté de la Germanie, s'étendait de Rheinbrohl sur le Rhin, en aval d'Andernach, jusqu'en un point voisin de Lorch (Wurtemberg) où elle se reliait au limes de Rétie.

3. Incursions des Germains en Gaule. — Grâce à cette ligne fortifiée, grâce aussi aux stations militaires établies en arrière, les Romains purent contenir pendant plus de deux siècles les Germains dans leur pays. Mais les luttes qui éclatèrent en Germanie, luttes intestines dans l'intérieur de chaque peuple, luttes de peuple à peuple, comme aussi l'organisation de bandes guerrières formées d'hommes liés par des serments à des hommes plus puissants ou plus audacieux qui leur servaient de chefs, lancèrent sur la Gaule à partir du troisième siècle des troupes de pillards qui, franchissant le Rhin, s'avançaient jusqu'au cœur de la Gaule, ravageant les campagnes, s'attaquant même aux villes, et retournant dans leur patrie chargés de butin

Il ne faut pas chercher la cause de ces invasions dans une haine de race de la part des Germains à regard des Romains. Ces barbares se jetaient sur l’empire, les uns chassés de leur domicile par de nouveaux occupants, les autres alléchés par l’appât des richesses accumulées dans les villes gauloises. Ils étaient si peu les ennemis de la société romaine qu'on les trouvait toujours prêts à s'y introduire comme alliés et comme colons dès qu'on leur faisait une place. A partir du milieu du troisième siècle après J.-C, c'en fut fait pour la Gaule de la paix romaine.

Fig-. 1. — Momaie en bronze de l’empereur Maximilien représentant cet empereur à cheval, précédé par la Victoire et foulant aux pieds deux Germains (236 après J.-C).

Les efforts des empereurs s'épuisèrent contre les afflux toujours nouveaux de Barbares. Les expéditions des empereurs en Germanie, encore qu'elles fussent le plus souvent marquées par des succès, n'imposèrent aux Germains que des arrêts provisoires dans leur poussée vers l'Occident. Ni Maximin (235-238), ni Gallien (253-268), ni Postume (258-267) ne parvinrent à les maintenir sur la rive droite du Rhin.

Des bandes de pillards germains couraient la Gaule, jetant partout l'effroi et ne laissant derrière eux que des ruines. De CCS destructions, des preuves matérielles subsistaient encore il y a quelques années. Vers la fin du IIIème siècle en effet, les villes de l'intérieur, jusque-là ouvertes, s'entourèrent de fortes murailles qui servirent pendant tout le moyen âge, et dont la plupart n'ont été jetées à bas que dans notre siècle.

C'est une de ces rares démolitions que ne puissent déplorer les archéologues ni les historiens, car elles ont mis aujourd’hui des monuments antiques, bas-reliefs et inscriptions qui nous ont fait pénétrer dans la vie même des cités romaines.

Fig. 2. Monnaie en bronze de l’empereur Gailien. Au revers : Victoire aux pieds de laquelle deux Germains captifs (253-268 après J.-C.).

Fig 3. Murs gallo-romains de Sens. Tour vis-à-vis le Clos-le-Roi, aujourd’hui détruite.

En effet, les soubassements de ces puissantes murailles étaient composés d'énormes blocs de pierres provenant d'anciens édifices, tombeaux, temples, arcs de triomphe.

Ces murailles avaient été édifiées rapidement, sous l'influence de pressantes nécessités, avec des matériaux empruntés aux édifices qui s'élevaient en dehors du périmètre de la nouvelle enceinte, et déjà à moitié ruinés par les Barbares.

Vers l'an 273, Aurélien détruisit un corps franc près de Mayence, victoire que les soldats romains célébrèrent dans une chanson qui courut les camps.

Probus (276-282) ne combattit pas les Germains avec moins le succès. Il pénétra en Germanie et contraignit les rois barbares à implorer sa clémence, à lui livrer des otages et à lui payer les contributions. Le retranchement lui couvrait les terres Décumales fut relevé, des camps retranchés et des greniers furent établis au-delà du Rhin.

L’empereur distribua des terres à des colons et livra à la culture des territoires jusque-là déserts ; enfin, il prit à sa solde I6.OOO Germains qu'il incorpora dans les légions. Les victoires de Probus eurent un singulier retentissement; il semblait aux Romains que les Germains fussent à jamais fixés dans leur pays. Les nations barbares sont soumises, disait-on, à quoi bon forger des armes ? Il n'y a plus besoin de soldats.

L'ère des guerres est close. La paix romaine va régner partout. Le monde entier est soumis aux lois de l'Empire.

Espérances éphémères, optimisme auquel la recrudescence des invasions qui suivit la mort de Probus donna bientôt un cruel démenti.

Aussi bien, les luttes intestines qui sévissaient en Gaule dans le même temps nécessitèrent qu'on dégarnît de troupes la frontière du Rhin et favorisèrent les incursions des Barbares.

Maximien Hercule, à qui Dioclétien avait confié le gouvernement de la Gaule, dut tout ensemble réprimer la guerre civile et faire face aux Hérules et aux Chaibons, aux Burgondes et aux Alamans qui, les uns au nord, les autres au sud, franchissaient le Rhin.

Certains corps sont détruits ; la famine décime les autres. Mais en 288 les Barbares reparaissent aux portes de Trêves.

En 297, les Alamans s'avancent dans le voisinage de Langres. Constance Chlore les arrête.

En 357, le césar Julien rejeta au-delà du Rhin une armée de 35.000 Alamans, puis il pénétra en Germanie. Après avoir relevé les forteresses romaines, il conduisit ses troupes sur la basse Meuse contre les Francs Saliens, auxquels il abandonna la Toxandrie entre les embouchures de la Meuse et de l'Escaut ; en retour, il exigea d'eux qu'ils se reconnussent sujets de l'Empire et qu'ils lui fournissent un corps de cavalerie. Les Francs Chamaves furent rejetés au-delà du Rhin. Une dernière campagne en Germanie, l'an 359, acheva la pacification de la frontière. Mais, dès 367, Jovinus, général de Valentinien, dut arrêter un nouveau corps d'Alamans.

L'année suivante, la ville de Mayence fut pillée ; Valentinien eut raison de cette nouvelle bande.  

Fig. 4.  Monnaie d’or de Constantin-le-Grand avec la représentation de la Porta inclyta de Trêves.

Fig 5. Monnaie d’or de Constantinople-le-Grand avec, au revers, les légendes Gaudium Romanorum et Francia et la représentation de la Francia vaincue (305-337 après J-C.)

Quelques années après, en 370, les Saxons se montrent en Gaule. En 377, 30.000 Alamans s'étant aventurés jusqu'à Strasbourg furent défaits par les troupes impériales.

4. La grande invasion (406). — Déjà des peuples germaniques autrement compacts, nombreux et puissants, menaçaient l'Empire. Tandis que les Goths se jettent sur l'Italie, les Alains, les Suèves et les Vandales, appelés par Stilicon qui voilait porter son fils à l'Empire, envahissent la Gaule, la traversent tout entière comme un torrent, et arrivent jusqu'aux Pyrénées ; arrêtés par les montagnes, ils se répandent sur les provinces du sud (406). Cependant l'usurpateur Constantinus, que les légions de la Bretagne avaient proclamé empereur, les pousse en Espagne et les y enferme. Il fait reconnaître son pouvoir en Gaule ; mais bientôt, l’empire lui étant contesté, il appelle à son secours les Barbares (411) ; la Gaule devient un champ clos où luttent Romains et Germains. La misère lui à son comble ; les villes furent détruites, les campagnes ravagées, les populations massacrées, les églises même pillées et incendiées. «. L'Océan tout entier, s'écrie un poète, s'il s'était répandu sur la Gaule aurait causé moins de ruines. » Les cris de détresse de la population s'entendirent jusqu'en Orient et vinrent troubler saint Jérôme dans sa solitude de Bethléem ; nous en trouvons l’écho dans une de ses lettres où il déplore en termes émus la destruction des plus somptueuses villes de la Gaule.

L'ère des invasions n'était pas close. L'an 451, les Huns, sortis d'Asie, chassant devant eux les Germains, les poussant sur le Danube ou sur le Rhin, ou passant sur leur corps, envahirent la Gaule, conduits par un chef redoutable, Attila, le fléau de Dieu.

Ils s'avancèrent jusqu'en Champagne. Les Romains se coalisèrent avec les Germains contre ces ennemis communs. Le général Aétius, un Romain, avec une armée composée de Wisigoth, de Burgondes, de Francs, de Saxons, les défit complètement à Moirey (bataille des champs Catalauniques), près de Troyes, et les rejeta au-delà du Rhin.

Fig 6 : Bracelet en or trouvé à Pouan  (Aube)

Fig 7 . Poignée de Scramasse trouvée à Pouan (Aube)

5.  Résultats des invasions. — Pour n'avoir laissé derrière elles aucun établissement durable, ces invasions n'en ont pas moins contribué à la chute du pouvoir impérial en Gaule et à la fondation les royaumes barbares.

Sans doute les Barbares aussi souvent qu'ils s'étaient avancés sur la rive gauche du Rhin avaient été repoussés. Mais ils semaient partout la terreur; le manque de sécurité faisait disparaître tout commerce et partant la richesse-. Les villes incendiées et pillées étaient déchues de leur antique prospérité.

Au lieu de campagnes cultivées et fertiles, ce n'étaient plus que champs dévastés et incultes. Les envahisseurs ne s'en retournaient pas sans laisser derrière eux la misère. Ces coups répétés épuisaient les forces de la population gallo-romaine ; de sorte qu'on peut dire que ces incursions et invasions ont amené par leur continuité la ruine matérielle et morale de la civilisation romaine.

6. Pénétration de l'Empire par l'élément barbare. — Plus encore que ces attaques à main armée, la pénétration pacifique de l'élément barbare dans l'Empire, et spécialement en Gaule, a préparé le terrain à l'établissement définitif des états germaniques.

Tout d'abord, c'est comme soldats que les Germains entrèrent dans l'Empire. Les troupes romaines ne pouvaient plus suffire ni à la défense des frontières, ni aux grandes expéditions entreprises par les empereurs. Aux Barbares, on opposa d'autres Barbares. Quand l'Italie, à la fin du second siècle, eut cessé de participer au recrutement des armées, que les provinciaux même eurent perdu le goût des armes et en vinrent à se racheter à prix d'or de l'impôt du sang, une armée soldée se substitua naturellement et nécessairement à l'armée nationale. Les Germains entrèrent au service de Rome, les uns librement, comme fédérés, les autres contraints, en vaincus. Dès le premier siècle, des peuplades germaniques s'étaient soumises comme alliées à l'Empire : par exemple les Bataves, les Mattiaci, les Ubiens, les Sicambres. Les conditions auxquelles ces fédérés devaient servir l'Empire étaient fixées par des traités. Ainsi Constance ayant mandé à Julien, qui résidait en Gaule, de lui envoyer, pour combattre les Parthes, des corps bataves et hérules, Julien répondit que ceux-ci n'avaient quitté les régions d’outre-Rhin qu'à condition de ne pas être conduits au-delà des Alpes. Une nation barbare était-elle vaincue, aussitôt on lui imposait de fournir un certain nombre de soldats. On incorporait aussi dans les légions des prisonniers de guerre; ainsi fit Probus ; ainsi encore Julien qui, après sa victoire sur Les Saliens et les Ouades, en enrôla une partie dans son armée. Un roi des Alamans, Vadamaire, après avoir fait pluvieuses incursions en Gaule, passa au service de l’empire et termina sa carrière comme duc de Phénicie.

Bien d'autres Germains se sont élevés aux plus hautes dignités de l’Empire. On compte au IV* siècle quatre consuls d'origine franque. Arbogaste, qui commanda les armées sous Valentinien II, était aussi un Franc. Est-il besoin de rappeler le nom du Vandale Stilicon? Des Germains ont revêtu la pourpre impériale : Magnence (350-353) et le Franc Silvanus (355).

C'était surtout pour la garde des frontières que les Romains avaient recours aux Barbares. Tibère au l" siècle, Alexandre Sévère au 111° siècle, établirent sur la frontière des Germains chargés de repousser les autres Barbares. Ce fut l'origine des colonies militaires, des Laeti. On désignait sous le nom de Lètes des troupes de Barbares à qui l'on donnait des terres à cultiver, à charge de service militaire. Le mot Lète est d'origine germanique ; il désignait chez les Francs, les Frisons et les Saxons, des hommes jouissant d'une demi-liberté. Ces Lètes s'établissaient dans les limites qui leur étaient assignées, avec leurs femmes et leurs enfants.

En temps de paix, ils se livraient à la culture; en temps de guerre, ils devenaient soldats. Leur condition était héréditaire. A la tête de chaque corps de Lètes était un préfet ; mais ces barbares, pourvu qu'ils acquittassent les charges que l'Etat leur avait imposées et qu'ils avaient acceptées, formaient un corps indépendant, conservant son droit propre, vivant suivant ses lois nationales. L'empereur seul avait le droit d'assigner des terres aux Lètes. Vers la fin du IVème siècle, les Lètes eurent une tendance à élargir leur cantonnement, quelquefois avec la connivence des autorités municipales.

Au commencement du Vème siècle, il y avait douze campements de Lètes en Gaule. Le souvenir de certains de ces corps s'est perpétué dans quelques noms de lieux, par exemple dans le village de Tiffauges-sur-Sèvres qui tire son nom des Taifali, hommes de race scythique établis dans le Poitou.

Les Germains ne remplissaient pas seulement l'armée ; ils avaient pénétré dans la société civile, surtout comme agriculteurs et colons. Les marchés d'esclaves étaient alimentés par des Barbares. Ces esclaves étaient employés aux services de la maison ou à la culture des champs. D'autres Barbares jouissaient d'une condition meilleure. La population gallo-romaine, décimée par la misère, résultat des incursions des Barbares, ne pouvait plus suffire à la culture. Un grand nombre de terres étaient désertes : on y installa des Barbares.

A la suite de chaque campagne en Germanie, on ramenait des captifs auxquels l’État assignait des terres du fisc, ou bien qu'il cédait aux grands propriétaires. Et comme c'était là une mesure d'intérêt public, défense était faite aux propriétaires de vendre ces colons qui étaient attachés de père en fils à leur lot de terre. Le rhéteur Eumène, à la fin du IIIème siècle, félicitait Constance Chlore d'avoir établi des Barbares dans des lieux déserts. « De grands espaces incultes, dit-il, dans les territoires d'Amiens, de Beauvais, de Troyes, de Langres, reverdissent maintenant, grâce aux Barbares. » Ainsi les Barbares tenaient l'Empire par les colonies militaires et agricoles.

Quelques esprits perspicaces s'alarmaient d'un pareil état de choses. A la veille de l'invasion de 406, l'évêque Synésius s'écriait : « La garde de la patrie et des lois appartient à ceux qui ont intérêt à les défendre ; ce sont là les chiens dont parle Platon, prédestinés à la garde du troupeau. Que si le berger mêle les loups à ses chiens, il aura beau les prendre jeunes et chercher à les apprivoiser, malheur à lui ! Dès que les louveteaux auront senti la faiblesse ou la lâcheté des chiens, ils les étrangleront, et avec eux le pasteur et le troupeau. »

Ce n'est pas que les Barbares qui s'étaient attachés à la fortune de l’Empire n'y restassent fidèles. L'Empire trouva généralement dans les Barbares des serviteurs dévoués. Les révoltes parmi les soldats germains étaient rares ; on ne voit pas que les Lètes ou les colons aient prêté main forte aux Barbares nouveaux venus. Il n'en est pas moins vrai que les races se mélangeaient, que ces Barbares, chaque jour de plus en plus nombreux, débordaient la population romaine, et tendaient à l'absorber. Leurs moeurs et leurs lois s'infiltraient dans les usages et les institutions romaines. Un rapprochement insensible s'opérait sourdement et lentement entre les deux civilisations romaine et germanique ; l'élément barbare était pour l'Empire un dissolvant. Il devait arriver que dans cette lutte entre deux sociétés, la plus jeune l'emporterait.

7. Fondation des royaumes barbares. — C'est ce qui eut lieu au V* siècle, quand trois royaumes barbares se fondèrent en Gaule, celui des Wisigoths, celui des Burgondes et celui des Francs.

8. Le royaume des Wisigoths. — Les Goths apparaissent très anciennement dans le nord de la Germanie et en Scandinavie où ils ont laissé leur nom à l'île de Gothland. Dès le IIIème siècle, une partie de ce peuple s'établit sur les côtes du Pont-Euxin. Mais en 375, les Goths de l'Ouest, qu'on désigne sous le nom de Wisigoths pour les distinguer des Goths de l'Est ou Ostrogoths, chassés par les Huns des pays qu'ils occupaient, se présentèrent en suppliants aux frontières de l'Empire, demandant à être admis sur les terres romaines ; on les cantonna en Mésie. Plus tard leur roi Alaric, qui aspirait au commandement des forces romaines, passa en Italie, saccagea Rome et fit donner la pourpre à Attalus , gardant pour lui le litre de maître de la milice. Son successeur Ataulphe se jeta sur la Gaule en 412. Valence et Narbonne tombèrent en son pouvoir. Il devint l’allié de l’empereur Honorius dont il épousa la soeur, Placidie, puis il marcha à la conquête de l'Espagne.

Fig 8 : Bas-relief du musée de Narbonne.

Fig 9 : Pierre gravée du trésor de Guarrazar représentant l’Annonciation (Musée de Madrid)

Wallia, son successeur, obtint en 419 de l'empereur Constance la cession de I ’Aquitaine depuis Toulouse jusqu'à l’Océan.

Toulouse devint la capitale des rois wisigoths qui, de 419 à 466, restèrent les sujets de l'Empire ; sujets insoumis toutefois, tournant sans cesse leurs armes contre leur suzerain, concluant des traités, mais pour les rompre aussitôt, assez puissants pour faire des empereurs ; grâce à l'appui de Théodoric II, un Arverne, Avitus, fut proclamé auguste à Toulouse en 455. D'ailleurs, nombre de Gallo-Romains favorisaient les accroissements de puissance des Barbares, les gens de médiocre condition par lassitude, les grands par ambition. Les rois wisigoths reconnurent la souveraineté de Rome jusqu'à Euric (466-484) qui s'affranchit de toute sujétion. Sous son règne, les Wisigoths étendirent leur domination sur toute l'Aquitaine seconde, et soumirent même la portion de la Touraine sise au sud de la Loire ; déjà, en l’an 463, un frère de Théodoric s'était emparé de Chinon. Si la plupart des cités s'abandonnèrent volontiers aux Barbares, quelques-unes ne se livrèrent pas sans résistance. Le clergé catholique d'ailleurs ne se soumettait qu'à regret aux Wisigoths qui étaient ariens. A l'instigation de Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont, l'Auvergne se défendit vaillamment et avec succès. Les habitants de Clermont, soutenus par leur évêque et par son beau-frère Ecdicius, supportèrent avec courage les horreurs d'un long siège.

Fig 10 : Couronne du roi Receswinthe, provenant du trésor de Guarazzar (Musée de Cluny).

Vains efforts ! L'empereur Nepos, pour conserver la seconde Narbonnaise et les Alpes Maritimes, sacrifia l'Auvergne et la céda aux Wisigoths (475). Sidoine Apollinaire s'interposa; il écrivit à Gracus, évêque de Marseille, pour le prier de s'opposer à la conclusion de ce traité honteux qui rendait inutiles les sacrifices des Arvernes. Sa lettre, qui nous a été conservée, témoigne de la répugnance des plus distingués d'entre les Gallo-Romains à se soumettre aux Barbares.

Le royaume d'Euric s'étendait désormais sur tout le pays compris entre l'Océan, la Loire, le Rhône et la Méditerranée.

Ses limites furent encore reculées. Le traité conclu entre le roi Euric et l'empereur Nepos n'eut pas les résultats qu'on en attendait : il ne sauvegarda pas la Provence, car pour les Barbares l’Empire s'identifiait avec l’empereur; ils ne s'élevaient pas jusqu'à la conception abstraite de l'Etat, de telle sorte que par les traités qu'ils signaient; ils ne se considéraient comme engagés que vis-à-vis de la personne même de l'empereur et non vis-à-vis de l'Empire. Nepos mort (180), Euric se tint pour délié des engagements qu'il avait contractés envers lui ; il s'empara d'Arles et de Marseille et soumit le pays compris entre la Durance, la mer et les Alpes Maritimes, qui d'ailleurs avait été déjà cédé partiellement aux Burgondes. A la mort d'Euric (484), la puissance wisigothique  avait atteint son apogée; elle touchait à sa ruine, car Clovis s'approchait…

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L'iconographie emblématique de Jésus-Christ

LE CHEVAL : (L'HIPPOGRIFFE, LE PÉGASE, LE BUCÉPHALE L'ANAMELECH) ( LE FER A CHEVAL)

I. — LE CHEVAL DANS L'EMBLÉMATIQUE PRÉ-CHRÉTIENNE

De très bonne heure, et dès l'époque de la civilisation du Bronze en Europe, nous trouvons le Cheval attaché aux représentations symboliques de l'idée de la Divinité. Dès ce temps là, il fut attelé à la Roue solaire [1](i), comme le Cygne le fut à la barque céleste du Soleil.

Le premier Age du Fer en Espagne nous a laissé des bijoux formés d'un Cheval, monté ou non, qui dévore une tête humaine ou bien un petit monstre indéterminable (Fig. 1). De savant Déchelette a pensé qu'il serait chimérique d'y reconnaître avec M. Mélida « l'image d'un dieu cavalier, propre aux Ibères[2] ». Je le crois bien, puisque certains de ces chevaux ne sont pas montés. Mais il serait peut-être moins aventuré d'y voir l'image de la lumière solaire détruisant la nuit. Par ailleurs, cette composition ressemble beaucoup à d'autres qui lui sont postérieures et qui figurent nettement la lutte victorieuse du Bien contre le Mal. Elle se rapproche même singulièrement des grands Chevaux sculptés aux façades de nos églises romanes du Poitou, qui portent Constantin et posent le pied droit de leur avant-train sur un petit monstre humain dans lequel il est bien difficile de méconnaître le Paganisme vaincu. L'idée du reste est la même : Lumière et ténèbres, Christianisme et paganisme.

Chez les Slaves, bien avant le Christianisme, le Cheval était adoré. Des survivances de ce culte sont demeurés longtemps dans la région de Triglaw et de Volyn où l'on regardait un cheval vivant comme un dieu national dont les évolutions étaient considérées comme des oracles.

Son culte ne fut définitivement aboli que par l'apostolat du saint évêque Otto de Bamberg[3].

Les navires Cretois des temps antiques portaient communément à lavant de leur carène l'image d'un cheval, et ce serait, si l'on en croit le savant S. Reinach, l'imagé divine de Posseidon-Hippios apparaissant sous la forme du cheval [4].

Un peu postérieurement au VII9 siècle avant J.-C, l'un des cultes à mystères de la région hellénistique immolait le cheval dans une cérémonie mystique où chaque initié, avant de participer à la manducation de la victime, se revêtait d'une peau de cheval afin de se rapprocher ainsi davantage d'elle et de la divinité qu'elle représentait.

Aussi, de nombreuses monnaies grecques portent elles l'image d'un cheval ou le protomée du cheval. Sur celle de la ville d'Arpi[5] (Fig. 2), comme sur celles de l'Emporium de Tarraconnaise[6], le Cheval est placé sous un astre radieux ; même particularité sur quelques pièces de Sagdiane[7] et sur les monnaies cypriotes[8]. Les monnaies des armées puniques en Sicile, d'inspiration grecque, représentent le Cheval en relation avec le Palmier, symbole de vie et de résurrection.

(FiG. 1). Bijou protohistorique d'Ibérie. D'après Déchelette

Dans la mythologie des Grecs, tous les chevaux divins sont fils des Vents : ceux des Dioscures, fils du Vent Padagré ; ceux d'Erechtée, fils de Borée et d'Aélopos ; celui de Sthénelos, fils de Zéphir et d'une Harpyie ; les chevaux de Mars naissent de Borée et d'une Erinys [9], etc.. Et dans ces fables intervient encore, comme agent formateur des Vents, la Lumière solaire agissant sur l'atmosphère terrestre.

C'est le divin cheval solaire qui enfante ainsi des fils rapides comme lui et qui, parfois, comme celui d'Erechtée emportent les mortels vers le ciel. Toutes ces fictions plus ou moins merveilleuses furent en réalité, à leur naissance, des symboles sous lesquels la vieille humanité, « assise dans les ténèbres de l'erreur » a clamé l'immense besoin de plus grande lumière, de connaissance plus ample à l'endroit de la Divinité, dont souffrait son âme.

En Extrême-Orient, le Cheval blanc est la dernière incarnation de Vishnou, Celle qui se rapporte à la fin du monde, ou, tout au moins, à la fin du cycle actuel. Vishnou prend alors le nom de Kalkin Avantara, ce qui veut dire : « Celui qui monte le cheval blanc ».

Chez les Japonais l'antique cheval blanc d'Iyéyâs est vénéré dans le grand temple de Nikko et son origine se perd dans celle même de cette intéressante nation.

II. — LE CHEVAL DANS L'EMBLÉMATIQUE CHRÉTIENNE.

Le cheval seul, avec les attributs du Christ, a rarement été représenté dans l'iconographie chrétienne. Il se voit cependant dans l'art roman de France, par exemple sur la décoration de la crypte du XIIe siècle en l'église de Notre-Dame de Montmorillon, au diocèse de Poitiers, où le Cheval blanc apparaît isolément, couronné du nimbe crucifère, comme « l'Agneau de Dieu [10]».

(FIG. 2). : Monnaie grecque d'Arpi.

Dans l'ancienne commanderie de Biot en Provence, une pierre fort ancienne, réemployée dans la construction d'une maison du XVe siècle, porte une tête de cheval au centre d'une croix recerclée.

Sur un modillon du XIIe siècle de l'église romane de Saint-Contest (Calvados) se trouve un quadrupède qui porte la croix. (Fig. 3). Th. du Moncel l'a pris pour un Agnus Dei, alors que son propre dessin le dénonce comme un authentique cheval[11] chargé de la croix à la façon du « boeuf de Carie » que nous montre une sculpture d'Ephèse.

Le plus souvent, le Cheval emblématique porte un cavalier (Fig. 4). Dans l'ancien symbolisme iconographique le Cheval et celui qui le monte ne forment ensemble qu'un seul et même emblème. Et nos pères ont d'autant moins hésité à les associer que leur vie, plus encore que la nôtre, les réunissait quasi quotidiennement ; souvent même, surtout durant le premier millénaire de notre ère, une même sépulture recevait le cheval et son maître. Je l'ai constaté de mes yeux et sous mes mains à La Petite-Boissière (Deux-Sèvres) et à Pouant, près -Loudun (Vienne) ; même observation a été faite à Nozay, près Nantes[12] ; à Briarres-sur-Essonnes en Orléanais[13] ; à Charroux[14] (Vienne) ; à Montaigu[15] (Vendée) ; à Envermeu[16] ; à Douvrend[17] , etc..

Dans la mythologie gauloise, l'union du cheval et du cavalier symbolisait le ciel qu'un géant anguipède, emblème de la Terre, portait sur ses épaules [18]. Dans l'emblématique mystique du Moyen-âge, en Occident tout au moins, le Cheval monté figura Jésus-Christ Dieu et Homme, l'animal correspondant à son Humanité et le cavalier à sa Divinité. Les iconographes, Mgr Barbier-Montault et

Cloquet [19] se sont fait les échos de ce symbolisme, que nous retrouverons dans le Centaure, et que Rhaban-Maur, abbé de Fulde et archevêque de Mayence en 856, exposait en disant que le Cheval blanc de l'Apocalypse représente l'humanité du Christ dont le rayonnement s'étend sur tout être sanctifié :

Equus est humanitas

Christi : ut in Apocalypti,

Ecce equus albus

Id est, caro Christ omni

Sanctifitate julgens [20].

(Fig 3). Modillon roman de Saint Contest Calvados XII s.)

[1] J. Déchelette. Les Origines de la Drachme el de l'Obole, in Revue Numismat. 1911, P- 28. [2]  J. Déchelette. Chronologie préhistorique de la Péninsule Ibérique, in Revue Archéologique, 40 Sér. T. XII, C1908), p. 403. [3] Cf L. Léger, Etudes de Mythologie slave, in Revue Hist. des Religions,

1899, p. 6. [4] Cf. S. Reinach. Le disque de Phaistos, in Revue Archéologique. 4e Sér.,-T. XV (1910), p. 33. [5] Cf. Ménard. Hist. des Grecs, T. I, p. 261. [6] A. de Barthélémy, Numismatique Ancienne, Alb. PI. 8, N» 163.[7] Cf. Revue Numismatique, 4« Sér., T. XIV (1910) PI. X, VI.[8] G. d'Alviéla, L'influence des Symboles, in Revue de l'Hist. des Religions,ann. 1889, p. 150. [9] Cf. G. F. Cerquand, Les Harpyies, in Revue Archèolog. 2" Sér., T. Il, (1860), p. 367. [10] Cf. Auber, Hist. et théorie du symbolisme religieux. T. II, p. 17s. — Congrès Archèol. de France, ann. 1870, p. 70. — Bulletin Monumental. T. XXXIX, 1873, p. 724. [11] Th. du Moncd. Modillons des- églises romanes de la Basse-Normandiem. Bullet. Monumental, T. VIII, 1842, p. 21, n° 32. [12] Cf. Léon Maître, Congrès Archéologique de France, ann. 1887, p. 179. [13] L. Dumuy. Le cimetière franc de Briarres-sur-Essonnes. Ibid. 1894, p. 198. 

[14] Bull. soc. Antiq. de l'Ouest, mars 1894. [15] Massé Isidore, La Vendée poétiq. et pill. T. II, p. 48 et pièces justif. [16] Ab. Cochet, Normandie souterraine. [17] D. Leclercq, Diction. d'Archeolog. chrét. T. V., vol. I, col. 98. [18] Cf. A. Grenier. Les Gaulois, p. 117. [19] Cloquet. Eléments d'Iconographie chrétienne, p. 316. [20] Apocal. VI, 2, Rhaban Maur, Allégories.

(FIG. 4). Le groupe équestre sur lampe de Rome. D'après Diction d'Archéolog. chrét. T. III, vol. I, gr. 2767.

Dans ce même esprit, une stèle byzantine du musée archéologique de Berlin que Dom Leclercq a reproduite d'après Strzygowski, montre le Christ à cheval qui bénit des anges à pied groupés autour de lui[1].

C'est également en raison de ce symbolisme relatif aux deux natures de Jésus-Christ, Dieu et Homme, que la girouette terminale dé certains clochers du Midi de la France représente un cavalier[2].

La couleur de la robe du Cheval reçut aussi, dans la mystique et dans l'hermétisme du Moyen-âge, des sens différents selon ses diverses nuances : Le Cheval blanc est celui que montent les héros vierges, les personnages dont la conscience est sans tache ; c'est aussi celui des glorieux, et quand il porte le Christ, il le présente comme le Roi victorieux du Monde, de l'Enfer et de la Mort ; il le pose dans une atmosphère d'allégresse et d'apothéose. C'est pourquoi sur la grande fresque du « Triomphe du Christ », dans la crypte de la cathédrale d'Auxerre, qui est du XIIe siècle, Jésus sceptre en main, chevauche le Cheval blanc au centre d'un grand décor crucifère que cantonnent quatre anges également montés sur des coursiers blancs. Un sujet analogue se voit dans l'église Notre-Dame-de-Brou, qui date de la Renaissance [3].

Dans tout l'art du Moyen-âge, le roux, comme le rouge vif, est la couleur du sang. Le Cheval roux que l'on voit dans les manuscrits enluminés et sur les vitraux de cette époque a deux sens : il est la monture du Christ, rédempteur et victime, dont le sang répandu a racheté les hommes ; il est aussi le Christ-Juge, le Vengeur des droits divins lésés par le mal ; dans ces deux cas, le Sauveur est vêtu de rouge et son cheval est roux parce que toute victime est rougie de son sang, parce que les amples habits rouges sont, depuis nombre de siècles, ceux des juges souverains qui ont pouvoir de punir de mort, et aussi parce que le prophète Isaïe le décrit sous cette couleur quand il le dépeint d'avance en vengeur qui foule au pressoir de Bosra ses ennemis comme une vendange maudite :

« Quel est celui qui vient d'Edom, de Bosra en habits écarlates ?

« Il est splendide en son vêtement, il se redresse en la grandeur de sa force.

« — C'est moi, qui parle avec justice et qui suis puissant pour sauver.

« — Pourquoi du rouge à ton vêtement, pourquoi tes habits sont-ils comme ceux du pressureur ?

« — Au pressoir j'ai foulé seul, et parmi les peuples, personne n'a été avec moi. Et je les ai foulés dans ma colère, et piétiné dans ma fureur, le jus en a jailli sur mes habits, et j'ai souillé mon vêtement de leur sang [4]!  ».

Les Chevaux pâles ou noirs sont pris en mauvaise part dans l'emblématique [5]. Nous verrons en effet plus loin que le Cheval représente parfois le mal sous plusieurs de ses aspects.

III. — CHEVAUX ET CAVALIERS DES VISIONS BIBLIQUES

Nous lisons au premier chapitre de la prophétie de Zacharie :

« J'ai eu une vision pendant la nuit : Voici qu'un homme était monté sur un cheval roux, et il se tenait entre des myrtes dans un lieu ombragé, et il y avait derrière lui des chevaux roux alezans et blanc. Je dis : Que sont ceux-ci, mon Seigneur ? Et l'ange qui parlait avec moi (ou en moi) me dit : Je te ferai voir ce que sont ceux-ci ». Et l'homme qui se tenait entre les myrtes prit la parole et dit : « Ce sont ceux que Yahweh a envoyé pour parcourir la terre. Et ils répondirent à l'ange d'Yahweh qui se tenait entre les myrtes, et ils dirent : « Nous avons parcouru la terre, et voici que toute la terre est habitée et tranquille[6] ».

Les commentateurs des Ecritures sacrées ont vu dans l'homme qui, sur le cheval roux, se tenait entre les myrtes à la tête du bataillon des anges, et que le prophète appela lui-même « l'ange d'Yahweh », l'image prophétique de Jésus-Christ. L'archevêque Rhaban-Maur, cité déjà plus haut, le dit formellement en ses Allégories : Il est le Seigneur et le Sauveur qui gouverne la destinée de notre chair pour l'orienter vers les choses élevées : « Vir ascendit super equum rujum (Zacharie I, 8). Dominus atque salvator est, qui dispensationem nostrae carnis assumpsit ».

Nous voyons aussi que, dans les dernières lignes du texte prophétique, -Zacharie identifie l'ange d'Yahweh qui stationne entre les myrtes avec le cavalier au cheval roux. C'est que, dans l'Ecriture, l'Ange est aussi l'une des figures du Verbe, du divin Logos qui est le Christ[7] .

C'est donc dans le sens d'image emblématique du Christ que l'art chrétien a toujours compris et traduit le groupe équestre de la prophétie de Zacharie.

Quand l'instant providentiel fut arrivé « le Verbe se fit chair, et vint habiter parmi nous ». Et Jean, l’Évangéliste, son disciple privilégié, vit, à Patmos, se dérouler devant ses yeux les horizons éternels en des scènes d'une inconcevable grandeur.

Dans une de ces visions lui apparut un Livre scellé de sept sceaux que seul l'Agneau divin put rompre. Et voilà qu'à la rupture du premier de ces sceaux « il apparut un cheval blanc, Celui qui le montait avait un arc ; on lui donna une couronne, et il partit en vainqueur pour vaincre[8] ».

A la rupture du second sceau parut un cheval roux monté par un homme armé d'une épée et qui reçut pouvoir de propager la guerre sur la terre. Le troisième sceau fit avancer un cheval noir dont le cavalier portait une balance ; et le quatrième sceau fit apparaître un cheval pâle que la Mort chevauchait. Et l'Enfer le suivait[9] !

Des quatre chevaux montés qui passent dans l'épouvante de cette vision, l'emblématique chrétienne n'a retenu que le premier, le Cheval blanc, comme une figure du Seigneur Jésus, le Victorieux. Sur sa blanche monture il porte un arc, et cette arme de jet, ainsi que la flèche qui la complète, est, dans la symbolique littéraire des Ecritures sacrées, l'emblème reçu du

Verbe, de la Parole de Yahweh.

L'éminent théologien qu'est l'ancien cardinal Billot a écrit :

« Partout où paraît, dans l'Apocalypse, un personnage monté, la monture et le personnage figurent ensemble la même chose...le Cheval blanc avec son cavalier représentent un objet unique qui est Jésus-Christ Vainqueur [10]».

Les quatre chevaux célestes de saint Jean ont plusieurs fois inspiré de grands artistes chrétiens : En 1498, Albert Durer tailla une grande gravure qui les représente dans le genre ordinaire de cauchemar échevelé dont il est coutumier [11].

Très supérieur en noblesse et, en grand style à l'oeuvre de Durer, l'un des splendides bas-reliefs du tombeau de l'évêque de Limoges, Jean de Langeac, exécuté en 1544 et très vraisemblablement par Jacques d'Angoulême[12], demeure la plus impressionnante représentation de ce sujet que la peinture, de son côté, a plusieurs fois interprété.

Dans une autre vision, saint Jean nous dépeint encore un cavalier porté par un Cheval blanc : « Je vis le ciel ouvert, et il parut un Cheval blanc ; celui qui lé montait s'appelle Fidèle et Véritable ; il juge et combat avec justice. Ses yeux étaient comme une flamme ardente ; il avait sur la tête plusieurs diadèmes, et portait un nom écrit que nul ne connaît que lui-même ; il était revêtu d'un vêtement teint de sang ; Son nom est : le Verbe de Dieu.

(FIG. 5). Le Christ Vainqueur de l'Apocalypse de Beatus (XII – XIII° s.)

Les armées du ciel le suivaient sur des chevaux blancs, vêtus de fin lin, blanc et pur. De sa bouche sortait un glaive effilé à deux tranchants, pour en frapper les nations ; c'est lui qui les gouvernera avec un sceptre de fer, et c'est lui qui foulera la cuve de vin de l'ardente colère du Dieu Tout puissant. Sur son vêtement et sur sa cuisse, il portait écrit ce nom : Roi des rois et Seigneur des seigneurs.[13] »

C'est la plus grandiose des images emblématiques du Christ puissant et triomphant, et tous les enlumineurs des copies médiévales de l'Apocalypse l'ont affectionnée. Je reproduis ici (Fig. 5), la belle miniature des « Commentaires sur l'Apocalypse de Beatus, XIIe siècle ou XIIIe[14]. A l'épée du Verbe, façonnée comme celles des barons du bon roi Robert, l'artiste a ajouté la lance, l'arme chevaleresque par excellence à son époque, et le grand nimbe multiforme qui couronne le divin Chevalier remplace avantageusement les multiples diadèmes que d'autres artistes ont étages sur sa tête.

Je me suis laissé affirmer que dans un groupement initiatique d'Asie extrêmement ancien, et qui n'est certainement pas un mythe, la traduction sanscrite de l'Apocalypse johannique est regardée, d'une part, comme le Livre par excellence, et, que d'autre part, le Cavalier vêtu de la robe sanglante et sa monture y sont considérés comme le plus sacré des emblèmes terrestres.

On l'y désigne d'un nom qui signifie : « le grand Attendu du dernier jour », ou plus exactement : « Celui qui s'est promis pour le dernier jour ». Le Cheval blanc qu'il monte porte une tête d'aigle ; il a des ailes d'or ; et des éclairs d'or, aussi, jaillissent, de ses yeux : c'est l'Hippogriffe.

IV. — L'HYPOGRIFFE.

Ce cheval de féerie que nous voyons entrer ainsi, par une porte très inattendue, dans une emblématique plus ou moins orthodoxe du Christ, n'est pourtant pas la plus ancienne représentation de l'Hippogriffe, cheval imaginaire aux longues ailes, qui porte noblement la tête d'un grand aigle.

Si l'art gréco-romain ne l'a pas eu en aussi grande faveur que le simple Pégase, les arts barbares et préchrétiens de l'Occident l'ont cependant connu : Nous le voyons déjà aux temps protohistoriques sur le sol de l'Espagne actuelle (fig. 1 ), et chez les Gaulois Carnutes il se cabre, les ailes éployées, sur les bronzes du chef Pixtilos (Fig. 6). Son image survivra même au paganisme, et nous la retrouvons dans l'art roman de nos provinces de l'Ouest.

Je le reproduis ici d'après un chapiteau du prieuré bénédictin de Nueil-sur-Dive, près Loudun, qui est du XIIe siècle (Fig. 7).

Il est donc parfaitement erroné de répéter avec nos actuels encyclopédistes (1), que l' « Hippogriffe » est une création du poète Eojardo, gouverneur de Reggio au XVe siècle, qui fut pelu après, popularisée par le Roland Furieux de l'Arioste.

(FIG. 6) Monnaie du Chef Gaulois Pixtilos

(FIG. 7). Hippogriffe roman du prieuré de Nueil-sur-Dive, en Loudmiois (XII. s.)

 

[1] Dom Leclercq, Dict. Archèol. Chrétienne. T. II, v. I, vol. 796, fig. 1536. [2] V. J. Claustres, Interméd. des Chercheurs et Curieux, Juil. 1925, col. 578. [3] Grimouard de Saint-Laurent, Guide de l'Art chrétien, T. II, p. 438. [4] Isaïe, Prophétie LXIII, I. 4. [5] Voir notamment Fel. d'Ayzac. Le Cheval in Revue de l'Art chrétien. Ann..1872, p. 242. [6] Zacharie, Prophétie, 1, 8-12. Traduct. Crampon faite sur le texte hébreu. La sainte Bible. (Ane. Test.) p. 1415. [7] Cf. Crampon. La sainte Bible, Diction, du nouv. Testam. Vbo Verbe, p.  355. [8] Saint Jean, Apocalypse VI, 2. [9] Ibid. VI, o- [10] Billot, La Parousie, p. 233 (note). [11] V. Abbé Texicr. L'Iconographie de la Mort in Annales archéologiq. T. XVI. (1856) p. 164. [12] Arbellot, Notice sur le tombeau de Jean de Longeac, p. 22 ; et Bullet soc. archéolog. et Hist. du Limousin, T. XVIII (1869). [13] Saint Jean, Apocalypse, XIX, 11-17. [14] Biblioth. Nationale, Nouv, acq. lat., 2,270, f° 182. Ap. Lauer, Les enluminures romanes des Mss de la B. N. XXX.

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Je vous souhaite une bonne fête Johannite. Que la Lumière soit ✨✨✨ #ioan #jean #aigle #patmos #apocalypse #reveletion #Mystique #mystère #cosmogonie #cosmologie #Posédiôn-Ionnès 🔱🔱🔱
 

 

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LIVRE PREMIER

NOTIONS GENERALES.

CHAPITRE VII

LE MOUVEMENT.

1. — Le mouvement met en jeu les différentes parties du corps, séparément ou simultanément. Le visage donne l'expression, le corps prend une attitude, le bras fait le geste.

2.—Le visage exprime les sentiments de l'âme, passion, joie, deuil, douleur, indignation, espérance, résignation.

Les yeux baissés indiquent la modestie et fixes, l'orgueil ; dirigés vers le ciel, la prière; ils voient, pleurent, menacent et commandent.

La tète droite dénote le calme; rejetée en arrière, l'arrogance; inclinée, la compassion et la pitié, la mort (le Christ sur la croix  penchée en avant, la modestie, la soumission.

La bouche s'ouvre pour chanter ou vociférer, ce qui n'est pas toujours gracieux (chœur de la façade de N. D. d’Avioth, XIVe s.). Elle reste fermée, quand il s'agit simplement de la parole. Montrer les dents est signe de colère et tirer la langue signe de mépris.

L'oreille écoute ; le nez odore (panneau du XIVe s. au mus. Chrét du Vatican, résurrection de Lazare).

3. —L’attitude est, suivant l'Académie, « la position du corps. »

Le personnage est debout, dignité ou résurrection ; assis, majesté, sainteté et enseignement (les évangélistes, les arts libéraux) ; agenouillé, supplication (les donateurs) ; couché, mort et abaissement; prosterné, soumission, adoration, pénitence et humiliation ; incliné, respect ; soulevé de terre, extase ; volant, glorification ; transporta, vénération.

4. — Los pieds marchent ou sont immobiles. La marche dénote l'activité et l'agilité, le voyage, le pèlerinage, les affaires. Les pieds superposés sont un indice de fatigue et de lassitude : le Christ les a ainsi sur la croix, ce qu'expliquent ces vers du Dies irae :

Quaerens me sedisti lassus

Redemisti renecem passus.

 

Quand les jambes sont croisées, le personnage est au repos et prend ses aises ; par exemple, Hérode ordonnant le massacre des Innocents, sur la chape de Boniface VIII, à Anagni.

5. — Le geste accompagne d'ordinaire la parole qu'il accentue : on iconographie, il la remplace presque constamment. Il se fait avec le bras, la main et le doigt.

Bras levés, supplication ; bras ouverts, joie, accueil, bonté (le Père éternel, le père de l'enfant prodigue) ; bras tendus, rédemption (le Christ en croix) ; bras droit levé, geste de colère (le Christ du jugement dernier de Michel-Ange) ; bras droit tendu et main horizontale, silence demande ou imposé ; bras tendu et main ouverte, démonstration (Pilate à la scène de l'Ecce homo) ; bras passé autour du cou, protection (S. Pierre et S. Paul pour Sainte Praxède et Sainte Pudcntienne, mosaïque romaine du ix" s.); coude appuyé, méditation, attention à ce qui se dit.

6. — Les mains gesticulent, agissent, combattent, tiennent les attributs: mains jointes, prière, grâce reçue (la Vierge à la Conception et à l'Assomption) ; mains serrant le genou, hésitation, angoisse (Pilate siégeant au prétoire) ; mains voilées d'un linge ou couvertes du vêtement, usage romain pour la présentation et l'acceptation (les martyrs tenant leur couronne), signe de vénération (le vieillard Siméon à la Présentation) ; mains imposées sur une personne ou un objet, bénédiction, protection (multiplication des pains) : « Imponens manus superillos benedicebat cos » (S. Marc., X, 16) ; guérison: « super aegros manus imponens et bene habebunt» (S. Marc., XXI, 18) ; confirmation, pénitence, sacrement de l'ordre; mains serrées, amitié, pacte, foi conjugale ; mains vues par fa paume, joie.

Main ouverte, déclaration (le Père éternel proclamant la divinité de son Fils); main appuyée sur l’épaule, présentation, protection (mosaïq. de Rome, spécialement pour les donateurs) ; main portée à la joue, méditation, réflexion, douleur (S. Jean à la crucifixion): « Manum ad maxillam tristi admiratione ponerent » (S. Augustin., in Judic, quaest. 55) ; main couvrant la figure, honte, douleur; main levée pour frapper, colère, emportement ; main droite appuyée sur la tête, sommeil ; main sous le menton, perplexité (Pilate sur les sarcophages primitifs) ; main donnée par le mari, tandis que la femme s'appuie sur son épaule, soutien, confiance; main prenant le pied, adoration (mos. de Rome); « Et tenuerunt pedes ejus et adoraverunt eum » (S. Matth., XXVIII, 9) ; poignée demain, fraternité, alliance, amour conjugal.

Doigts portés à la tête inclinée ou au front, rêverie, mélancolie; trois doigts levés et les deux autres repliés sur la paume de la main, allocution, bénédiction latine; les deux index levés, négation.

Index incliné, affirmation; index levé, dirigé vers une personne ou un objet, indication, prophétie, désignation: S. Jean Baptiste indiquant l'agneau de Dieu, ce qu'expliquent ces deux vers à ; Vézelay :

 Agnoscant omnes quia dicitur iste Johannes :

Ecco tenet populum, demonstraus indice Christum.

Doigt sur les lèvres, discrétion, silence.

7. — L’embrassement se fait avec les deux bras : il est l'indice de l'accueil bienveillant (scène de la Visitation) ou de l'amour passionné, quand il se joint au baiser.

8. — Le baiser est un signe d'union, d'amour, de paix, d'adieu, de réconciliation. Baiser la main signifie déférence et vénération : Marthe baise ainsi le Christ quand elle lui annonce la mort de Lazare ; baiser le visage, affection, tendresse; baiser les objets, par exemple une croix ou une image, dévotion.

9. — Types iconographiques. Fig. 44 : Mains couvertes par respect, Ezéchias, min. grecque, XIe s. — Fig. 45 : Geste indicateur, S. Jean Baptiste, miniat. franc, XIVe s. — Fig. 46 : Baiser et embrassement de S. Joacbim et St e Anne, vitrail de Ferrières (Loiret), XVIe s.

CHAPITRE VIII

LES CHEVEUX ET LA BARBE

1. — Les cheveux et la barbe constituent, en iconographie, une double caractéristique qui ne doit pas être négligée, car elle a sa signification.

2. — La barbe est le signe do la virilité. Longue et épaisse, elle désigne plus particulièrement un vieillard et inculte, un solitaire ou ermite, comme S. Jean Baptiste qui vécut dans le désert.

L'absence de barbe indique la jeunesse ou, symboliquement, une jeunesse sans fin, comme font pratiqué les premiers siècles pour le Christ et comme on l'observe encore pour les anges.  

La barbe fut portée constamment en Orient : en Occident, elle cesse avec le VIe siècle et un des derniers qui l'ait portée est S. Grégoire le Grand. Le moyen âge ne l’a pas reprise et il faut arriver au commencement du XVIe siècle, au pontificat de Jules II, pour la voir reparaître dans Tordre ecclésiastique.

3. — Les cheveux dénotent la force, la plénitude de l'âge : les enfants n'en ont pas et les vieillards les ont perdus en partie, aussi les représente-t-on presque toujours avec le front chauve et ceux qui leur restent sont blancs. Quant à leur couleur ordinaire, elle varie : noir, roux, blond, châtain.

Les cheveux présentent trois aspects : longs, courts, taillés aux ciseaux ou au rasoir. Les cheveux longs, tombant sur les épaules, conviennent au Christ, qui se conformait à la coutume des Nazaréens; ils attestent l'état d'innocence, comme pour la Vierge et les jeunes filles, ou une parure mondaine, par exemple pour la Madeleine, ou la vie dans le désert, ainsi qu'on figure S. Jean Baptiste ou encore le désespoir, au massacre des Innocents entre autres. Incultes, ils sont appropriés à la vie érémitique; hérissés, ils expriment l'effroi.

Taillés aux ciseaux, ils forment la couronne cléricale, le reste de la tête tant rasé: au XVIe siècle, les réguliers sont seuls ainsi représentés. Au moyen âge, il y eut deux sortes de tonsures : la tonsure large, qui est celle dite de S. Pierre et se fait obliquement sur la tête; la tonsure étroite, qui est celle dite de Simon le magicien et se fait horizontalement au sommet de la tête.

4. — La tête est nue ou couverte. Nue, elle exprime la soumission, l'infériorité, la béatitude et la glorification, à moins qu'elle ne porte un signe distinctif, comme sont la mitre et la couronne royale qui font reconnaître les personnages.

La tête couverte différencie quatre catégories d'hommes : la dignité, civile, ecclésiastique, militaire ; les trois jeunes hébreux et les mages, qui, aux hautes époques, ont le bonnet persan, pour attester une origine lointaine; les juifs, que le moyen âge a coiffés d'une petite calotte pointue; les gens de métier ou de bas étage, comme militaires, infirmes, voyageurs, paysans, pécheurs, marins, ouvriers.

5. — Types iconographiques. Fig. 47 : Le Christ imberbe, à la résurrection de Lazare, ivoire du Ve s. — Fig. 48 : Bonnet juif, sculpture de la cathédrale de Chartres, XIIIe s.

CHAPITRE IX

LES VÊTEMENTS

1. — Les vêtements sont le résultat immédiat de la chute de l'homme, qui s'aperçoit de sa nudité après son péché : « Cumque cognovissent se esse nudos, consuerunt folia ficus et fecerunt sibi perizomata » (Gènes., III, 17,). Ils indiquent donc la vie sur la terre.

2. — Le costume est de deux sortes : costume usuel, qui convient à tous indistinctement ; \ costume de fonction ou de dignité, pour distinguer la personne qui en est revêtue. Au point de vue de la condition sociale, on doit créer plusieurs catégories : de là le costume royal, pontifical, ecclésiastique, religieux, militaire, civil.

Les insignes sont la partie la plus saillante du costume et rentrent dans la classe des attributs. Ce sont par exemple, pour l'empereur, la couronne, le sceptre, le globe ; pour l’évêque, la mitre et la crosse; pour le prêtre, le calice et la chasuble, etc.

Le costume des hommes est toujours différent de celui des femmes, de même que le costume des enfants.

3— Au détail, on rencontre pour les enfants, les langes et les bandelettes, la robe longue sans ceinture, la tunique courte ; pour les femmes, la robe, avec ou sans ceinture, le manteau et le voile ; pour none, la tunique, longue ou courte, la ceinture qui n'existe pas toujours, le manteau jeté .d'une épaule à l'autre, porto en chape ou formant chlamyde, c'est-à-dire agrafé sur l'épaule.

La tunique exomide, propre aux esclaves, paysans et artisans, ne dépasse pas le genou : elle laisse à découvert l'épaule et lo bras droit, afin d'assurer la liberté d'action.

Le vêtement est ordinairement double, tunique et manteau : « Vestiti sunt duplicibus » (Proverbe XXXI, 21).

La ceinture signifie particulièrement le travail, la marche, la force et la chasteté : « Accinxit fortitudine lumbos suos » [Prov., XXXI, 17). « Induam illum tunica tua et cingulo tuo confortabo eum » (Isaï., XXII, 21). « Renes vestros accingetis » (Exod., XII, 10).

4. — Les jambes sont tantôt nues, tantôt couvertes. Aux premiers siècles, les anaxyrides sont attribuées aux orientaux ; c'est pourquoi elles sont portées par les rois mages.

5. — La chaussure varie, suivant les temps et les circonstances : soulier, sandale h la romaine, brodequin, cothurne.

6. — La nudité complète devrait être le signe de l'apothéose, comme le pratiquait le paganisme : le moyen âge n'a pas osé aller jusque-là. Il y a donc, pour les saints et les élus, un costume glorieux. A la Transfiguration, celui du Christ est blanc : « Vestimenta autem ejus facta sunt alba sicut nix. »(S. Matth., XVII, 2), Les anges, assimilés à l'homme puisqu'ils en prennent la forme, ont aussi des vêtements blancs : « Et vestimentum ejussicut nix. » (5. Matth., XXVIII, 3). « Duos angelos in albis. » (S. Joan., XX, 12) ; « in vestibus albis» (Act. Ap, I, 10). Dans l'Apocalypse, les martyrs sont habillés de même, « amicti slolis albis » (VII, 9), parce qu'ils ont lavé leurs robes dans le sang de l'Agneau, « et laverunt stolas suas et dealbaverunt eas in sanguine Agni » (VII, 14). Le Te Deum le répète dans ce verset : « Te martyrum candidatus laudat exercitus. »

L'Apocalypse a pu sur ce point déterminer l'iconographie, car il y est écrit des martyrs : « Et datae sunt illis singulae stolae albae » (VII, 11). Le bréviaire romain a ce verset au commun des confesseurs : « Amavit cum Dominus et ornavit eum, stolam gloriae induit eum », parce que l'Apocalypse dit des saints : «. Qui non inquinaverunt vestimenta sua et ambulabunt mecum in albis» (III, 4). Dans les miniatures du moyen âge, on voit souvent les anges remettre une robe aux élus, à leur entrée au ciel, suivant le texte de Saint Paul : « Si tamen vestiti, non nudi inveniamur,,. nolumus expoliari sed supervestiri. » (2 ad Corint., V, 3-4).

En général, les saints gardent au ciel le costume qu'ils ont porté sur la terre, comme marque de distinction ; autrement, l'uniformité empêcherait de les reconnaître. Les artistes, pour exprimer l'état glorieux, ont employé trois moyens : les étoffes pré-rieuses, un glacis ou des reflets d'or sur les vêtements, un semis d'étoiles, comme l'a fait Fra Angelico pour la chape de S. Dominique (tabl. du couronnement de la Sainte Vierge, au Louvre).

7. — Type iconographique. — Fig. 49 : la Vierge, on voile, robe et manteau, dalmatique impériale à Rome, XIIe s.

CHAPITRE X

LA NUDITÉ

1. — Le nu est essentiellement païen et anti-chrétien. Le christianisme ne l'a pas pratiqué, parce qu'il y voyait la conséquence de la faute originelle : « Et timui eo quod nudus ossem et abscondi me » (Gen. III, 10) et un sujet de confusion : « Non appareat confusio nuditatis tua » (Apoc, III, 18). Aussi le pape S, Damaso a-t-il dit qu'elle ne convenait qu'aux idoles : « Huic homini, qui in habitu idoli incedit, numquam adscribendum est nomen Christianu »

2. — Quand la nudité a été imposée par la nécessité, on a toujours eu soin de sauvegarder les lois de la pudeur, soit par un geste, soit par un feuillage ou un linge enroulé autour des reins. Ces faits sont rares et exceptionnels : citons Adam et Eve dans le paradis terrestre, les prophètes Jonas et Daniel, le crucifix, la résurrection des corps.

On peut la classifier ainsi : Nudité historique, qui se manifeste dans Adam et Eve, Noé ivre, le Christ au baptême et à la crucifixion ; nudité symbolique, comme Daniel dans la fosse aux lions et le prophète Jonas, en vue de la résurrection; nudité naturelle, pour des personnifications à Y antique, tels que les fleuves, la terre, etc, nudité païenne, représentation d'une idole.

3. — La nudité, en dehors de ces quelques exceptions, signifie la damnation et la misère. Les démons et les damnés sont nus, pour ajouter la honte h la réprobation. Les pauvres sont h peu près nus et la lèpre est indiquée par des taches sur la peau (vitr, de la cath. de Poitiers, XIIIe s). À Vézelay, XIIe siècle, une femme nue est au pouvoir du démon et, en regard, une femme habillée se tient sur ses gardes.

4. — L'âme est nue complètement, mais sans sexe, pour attester que l'état du mariage qui n'existe plus n'appartient qu'à la vie terrestre : « Cum enim a mortuis resurrexerint, neque nubent neque nubentur, sed sunt sicut angeli in coelis » (S. Marc, XII, 25). L'âme, qui est pur esprit, reprend donc la nature angélique, autant qu'il est possible de l'exprimer par une forme conventionnelle.

5. — Le moyen âge ne s'est pas gêné, dans ses miniatures et sculptures, d'aller jusqu'à l'obscénité. Faut-il y attacher un sens symbolique? Quelques archéologues le prétendent, mais leur opinion n'est pas très sûre. Serait-il mieux de croire les artistes naïfs à l'égal des spectateurs? Je n'oserais l'affirmer. La pensée n'est pas toujours suffisamment évidente. Le vice est montré dans sa réalité, mais est-ce constamment pour en détourner ? La licence a eu une grande part dans l'art. Or quatre scènes se reproduisent assez fréquemment : l'indécence absolue de l'homme et de la femme, attirant l'attention sur les parties sexuelles, la séduction, l'accouplement et l'accouchement.

6. —Le XIe siècle a commencé à déshabiller l'Enfant Jésus, et à étaler le sein de la Vierge dans l'allaitement. La Renaissance naturaliste a érigé le nu en système : elle a fait des anges nus, elle a mis des femmes nues partout, elle a rendu les vertus indécentes et, en mille détails de l'ornementation, a copié l'antiquité dans ses poses éhontées et ses attitudes provocantes. Une des statues du tombeau de Paul III, à Saint Pierre de Rome, chef-d'oeuvre de Guillaume délia Porta, a beau être vêtue d'une chemise de fer blanc, mise après coup, le geste n'en reste pas moins lascif comme la pose et le regard.

Il y a dans cette iconographie un désordre réel. Dès lors, on préfère les sujets scabreux, uniquement parce qu'ils prêtent à des études anatomiques : la tentation de nos premiers parents, l'histoire de Loth et de ses filles, la rencontre de David et de Bethsabée, Suzanne au bain, la circoncision, Sainte Madeleine pénitente, les martyres de Sainte Agathe et de Saint Sébastien, la tentation de Saint Antoine etc.

7. — La nudité des pieds a été érigée en principe pour attester la divinité ou une mission remplie dans le monde. Elle est exclusivement réservée à la Trinité, aux anges et aux apôtres ; ce n'est que par exception qu'on la voit attribuée aux prophètes. La Vierge elle-même a les pieds chaussés.

La nudité est complète sur les monuments français ; en Grèce, la plante des pieds est protégée par une sandale, admise aussi généralement par les Italiens.

8. — Types iconoyraphiques. Fig. 50 : Pieds nus, le Christ enfant, émail du XIIIe s. — Fig. 51 : Pieds chaussés, la Vierge, même émail. — Fig. 52 : Pieds sandales, Isaïe, miniature grecque du Xe s.

CHAPITRE  XII

LA BÉNÉDICTION

1. — La bénédiction, étymologiquement, consiste à dire du bien a quelqu'un. Le saint souhaite ce bien et cherche à l'attirer sur son client, mais Dieu seul le donne réellement : c'est donc un symbole de la grâce et de la protection divine.

2. — La bénédiction est un geste de la main droite, qui imite celui de l'allocution chez les latins.

Elle est grecque ou latine.

Les Grecs forment avec les doigts les noms abrégés de Jésus et de Christ. L'index se tient droit et le médius se recourbe en C, forme archaïque du sigma, ce qui fait l'initiale et la finale de Іησου C. Le pouce se croise sur l'annulaire et le petit doigt se recourbe en C, d'où résulte, par un procédé identique, Хριστo C. En réalité, les doux sigma ne sont pas toujours nettement dessinés et la forme grecque est plutôt accusée par la juxtaposition du pouce et de l'annulaire.

Chez les Latins, les trois premiers doigts sont lovés et les deux autres repliés sur la paume de la main, par allusion aux trois personnes divines.

3. — La bénédiction est propre à Dieu, aux anges et aux évêques. La Trinité bénit collectivement ou chaque personne séparément :

« Terra... accipit benedictionem a Deo » (S. Paul., ad Hebr., VI, 7), L'Eglise ne dit-elle pas dans sa liturgie : « Deus a quo bona cuncta procedunt »?

L'ange ne bénit pas à proprement parler, mais il transmet la bénédiction de Dieu dont il est l'envoyé, par exemple après la lutte de Jacob : « Non dimittam te nisi benedixeris mihi « (Genes., XXXII, 20), et à l'Annonciation: « Benedicta tu in mulieribus » (S. Luc, I, 28).

L'évoque, en bénissant, invoque la Sainte Trinité : « Benedicat vos omnipotens Deus, Pater et Filius et Spiritus Sanctus. ». Le Droit dit, en effet, que sa fonction principale est de bénir et de présider : « officium episcopi est benedicere et preacesse ».

4. — La bénédiction de Jacob est une des figures de la croix, parce que le patriarche croisant les bras plaça la droite sur la tête d'Éphraïm, qui était à sa gauche et la gauche sur Manassé, qui était à sa droite, voulant montrer par là qu'il donnait la préférence au cadet des enfants de Joseph : « Et posuit Ephraïm ad dexteram suam, id est ad sinistram Israël, Manassen vero in sinistra sua, ad dexteram scilicet patris applicuit que eos ad cum. Qui extendens manum dexteram, posuit super caput Ephraïm minoris fratris ; sinistram autem super caput Manasse, qui major natu erat. commutans manus. Benedixitque Jacob filiis Joseph et ait... Angélus, qui eruit me de cunctis malis, benedicat pueris istis » {Gènes, XLVIII, 13,16).

5. — Types iconographiques : Fig. 54 : Bénédiction latine : Dieu, sculpture de la cath. de Chartres, XIIIe s. — Fig. 55 : Bénédiction grecque : le Christ, fresq. de Salamine, XVIIIe s.

 

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