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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #SYMBOLISME CHRETIEN

CHAPITRE Ier

LA CONSTRUCTION DES ÉGLISES ROMANES

I. L'activité architecturale au XIe siècle. — Dans un passage célèbre le chroniqueur Raoul Glaber a décrit l'ardeur pour les constructions d'églises qui s'empara de l'Occident vers l'année 1003, en France, et en Italie principalement.

Bien que la plupart fussent bâties avec un soin suffisant, ce fut à qui parmi les peuples chrétiens auraient les plus belles. Le monde semblait rejeter son antique dépouille pour revêtir une robe blanche d'églises[1].

En même temps on découvrait de toute part des reliques destinées à sanctifier ces monuments[2]. Cette activité nouvelle est le résultat de la prépondérance religieuse, politique et sociale exercée alors en Europe par les ordres monastiques. La vie urbaine ayant presque complètement disparu, surtout dans le nord, les monastères se trouvèrent constituer les seuls centres de culture ; chacun d'eux, entouré d'un vaste territoire de domaines vassaux, formait comme un petit univers qui trouvait en lui-même les ressources matérielles et intellectuelles nécessaires à son existence. Les grandes abbayes comme Saint-Denis, Tours, Jumièges, Moissac, Cluny, Vézelay, Saint-Gall possédaient, à côté de leurs écoles instituées à l'époque carolingienne, des ateliers où se formaient des architectes, des sculpteurs, des peintres, etc. Les annales de Saint-Gall ont conservé le souvenir du moine Tuotilo qui montra au Xe siècle une aptitude prodigieuse à tous les arts, digne des artistes de la Renaissance. Mais tous les efforts de ces modestes travailleurs restés presque toujours anonymes, se concentraient sur l'église qui formait la partie la plus importante et comme la parure du monastère ; n'était-elle pas le théâtre de toutes les pompes religieuses, des assemblées, des conciles ? Ne conservait-elle pas les reliques insignes du fondateur dont la célébrité attirait, au cours des grands pèlerinages, une affluence de population qui avait besoin de vastes espaces pour pouvoir évoluer ?

2. Les influences monastiques. — Les preuves de l'activité artistique des monastères sont nombreuses. Un des hommes les plus considérables du xi' siècle, le lombard Guillaume (991-1031), moine à Cluny, abbé de Saint-Bénigue de Dijon, moine abbé de Fécamp, exerça une action considérable sur les constructions d'églises, et créa des écoles d'architecture dans les monastères qu'il traversa ; lui-même dirigea la construction de la célèbre rotonde de Saint-Bénigue à Dijon. Deux moines, Gauzon et Hézilon, construisent la grande église de Cluny. Un autre moine bâtit à Poitiers l'église de Montierneuf. A la fin du Xie siècle Didier, abbé du Mont Cassin, fait venir de Constantinople des orfèvres, des mosaïstes, des émailleurs, des miniaturistes qui enseignent à ses moines les principes des arts décoratifs. Enfin au XIIe siècle le moine Théophile donne la théorie de tous ces arts dans sa Diversaram artium schedala.

L'institution monastique avait au XIe siècle un caractère essentiellement international et représentait l'unité chrétienne ; les monastères étaient bâtis sur un plan assez uniforme dont le célèbre plan de Saint-Gali nous a conservé les dispositions. Il n'est donc pas étonnant que l'architecture romane soit devenue commune à toute l'Europe chrétienne de rit latin, et qu'on en retrouve les éléments dans les pays les plus éloignés les uns des autres. Un certain nombre de dispositions des églises romanes montrent leur caractère monastique : le narthex, où sont relégués les simples fidèles, atteint souvent de grandes proportions; de même les dimensions nouvelles prises par les cryptes, la disposition du déambulatoire autour du choeur, qui permet à une procession de se dérouler dans l'église, attestent l'importance des pèlerinages. Des reliques étaient souvent conservées dans les absidioles qui s'ouvraient sur le déambulatoire, ce qui permettait aux pèlerins de les vénérer chacun à leur tour. De même les cryptes avaient souvent deux accès qui servaient d'entrée et de sortie, et assuraient l'ordre des processions[3].

Enfin c'est à l'influence des ateliers monastiques que les églises romanes doivent l'unité relative de leur décoration.

Le style et les sujets ont pu varier d'une école à l'autre, surtout dans la partie purement ornementale, mais les arts qui servaient à orner l'église sont à peu près les mêmes partout. Ce sont : la mosaïque, la peinture à fresque et surtout la sculpture dont la renaissance en Occident est un des événements artistiques les plus considérables du xi° siècle [4]. La sculpture animée remplace souvent la feuille d'acanthe des chapiteaux ; elle règne sur les tympans des portails et quelquefois sur les panneaux, les trumeaux ou les pieds-droits des façades. Les motifs de cette décoration sont d'inspiration très variée : les étoffes persanes, les ivoires orientaux, l'orfèvrerie barbare et surtout les miniatures des manuscrits carolingiens en ont fourni les éléments ; les artistes romans cherchent des modèles partout, sauf dans la nature. Leur flore n'a pas cessé de se réduire à la feuille d'acanthe plus ou moins déformée ; leur faune est faite du peuple fantastique d'animaux qui illustrent les miniatures du a Physiologus [5], centaures, sirènes, néréides etc.; leurs figures sont, tantôt courtes et grosses, surtout au XIe siècle, tantôt allongées démesurément comme au portail royal de Chartres. Leur iconographie religieuse n'a jamais été dirigée par les règles étroites que s'imposaient les artistes byzantins ; cependant certains motifs devinrent traditionnels et certains usages prévalurent. Sur le tympan du grand portail on sculpta un Christ de majesté assis au milieu d'une gloire en amande et entouré des quatre symboles des Evangélistes ; au-dessous du Christ on plaça les Apôtres ou les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse, et quelquefois dans une troisième zone la scène du Jugement Dernier. Les statues des prophètes et des saints, ou des bas-reliefs allégoriques, ornèrent les pieds-droits. Sous la forme barbare et stylisée de ces œuvres on découvre quelquefois un accent de vérité et une inspiration naïve qui sont les présages d'un bel avenir. Les sculpteurs du Xie et du XIIe siècle ont surtout traduit en pierre les symboles religieux, allégoriques, naturalistes, dont les miniatures de l'époque carolingienne leur donnaient les modèles. Les zodiaques, les fontaines de vie entourées de tous les animaux de la citation, les calendriers, les représentations allégoriques de l'Eglise que l'on trouve dans la sculpture romane, procèdent de cette source.

3. Division en écoles régionales. — Malgré ces conditions si favorables à l'unité de l'art roman, la nécessité de se plier aux conditions locales a forcé les artistes à créer des types particuliers d'églises qui forment l'expression originale du génie de chaque province ; c'est dans les procédés de construction, et dans la décoration que cette liberté apparaît. Comme nous l'avons vu, les limites qui séparent les différentes écoles ne sont pas faciles à déterminer ; cependant un certain nombre de types ont des caractères trop accusés, pour que leur existence soit mise en doute. Il y a une école normande, dont on retrouve les procédés en Angleterre ; une école bourguignonne, qui a régné jusque dans l'Italie méridionale ; une école auvergnate, dont on peut suivre la trace du Rouergue à Saint-Jacques de Compostelle ; une école poitevine ; une école du sud-ouest ; une école provençale ; une école lombarde ; des écoles allemandes. D'autres régions au contraire, placées entre des écoles très puissantes, ont accepté des influences diverses ; telles sont les provinces du Languedoc, du Limousin, du Velay, du Berry, de l'Ile-de-France etc.. : elles forment comme des transitions entre les écoles originales.

 

[1] Hist III, 4» Dans ce passage Raoul Glaber ne fait nullement allusion aux terreurs de l'an mille.  [2] (2) Id III, 6.  [3]  De même la déviation de l'axe de l'église vers le nord en mémoire de l'inclinaison de la tête du Sauveur sur la croix est peut être une idée monastique,  [4] (2) Nous renvoyons pour l'étude de ces arts au livre de M. A Germain, — L'art chrétien en France des origines au XVIe siècle. (Collect. « Science et religion ».)  [5] Traité d'origine alexandrine qui est la source principale des « bestiaires » du Moyen Age.

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B
Passionnant. Limpide. Aéré.
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R
Bonjour Monsieur <br /> Merci. <br /> La suite arrive dans la semaine..

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