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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

maisons nobles de lorraine

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MAISONS NOBLES DE LORRAINE

 

DEUXIEME EXTRAIT.

545px-Blason fam fr Rohan-Soubise.guemene LE CARDINAL A LA BASTILLE

 

Les détails qui vont suivre ont été tirés d'un livre qui a paru en I789, par livraisons, à Paris, chez Desenne, au Palais-Royal, et qui porte pour titre: La Bastille dévoilée ou Recueil de pièces authentiques pour servir à son histoire.

Il y est dit à propos de Louis-René-Edouard de Rohan, cardinal-évêque de Strasbourg, etc., « qu'il n'est personne qui puisse se flatter de connaître l'affaire qui a été cause de sa détention, et qui a pendant longtems excité la curiosité de l'Europe entière: l'on n'a encore que des renseignemens vagues, que des romans, malgré tout ce qu'on a imprimé dans le tems. La postérité ne nous en apprendra pas davantage; il ya eu par cet événement trop de personnes compromises, trop d'intérêts divisés, pour qu'on puisse se flatter d'avoir jamais la clef de cette intrigue.

« Le prince Louis est accusé, il demande des juges, on lui en accorde; son procès est instruit, il est jugé, il est renvoyé absous, et après un pareil jugement, le despotisme le poursuit encore. Après un séjour de dix mois à la Bastille, où sa santé s'étoit altérée, où il avoit éprouvé des privations dans tous les genres, il est obligé de se rendre de l'ordre du roi dans les montagnes les plus affreuses de l’Auvergne, à la Chaise-Dieu; ce n'est qu'après bien des sollicitations qu'on lui a enfin accordé la permission de changer ce lieu d'exil dans celui de l'abbaye de Marmoutiers, près de Tours, d'où il ne pouvoit jamais découcher.

De Marmoutiers, il a la permission de se rendre dans son diocèse; les états-généraux sont convoqués, le clergé de son bailliage le nomme son député, l'Assemblée nationale le désire, mais la Révolution commencée n'étoit pas encore arrivée à ce point de maturité où il falloit qu'elle arrivât pour abattre le bras invisible qui le repoussoit et qui lui interdisoit l'exercice public de tous ses droits. Les obstacles sont enfin levés, et c'est alors qu'il a partagé avec toute la France l'exercice d'une liberté dont il n'auroit jamais dù être privé; il vient de paroître au milieu et aux acclamations de l'Assemblée nationale, à deux pas de ce château de Versailles, de cette Cour, séjour heureux de ses implacables ennemis; mais qui, déchus à leur tour, fuyent d'un lieu dans un autre, sans en avoir encore pu trouver un où leurs vexations soient ignorées et ils ne lisent pas sur tous les visages, dans tous les yeux, l'horreur et l'indignation qu'ils doivent nécessairement inspirer à ceux qui sentent l'étendue des priviléges des citoyens et des droits de l'humanité.

« Au moment où nous étions occupés de faire des recherches pour nous procurer le plus de pièces relatives à cette affaire, nous avons appris et nous avons même vu l'ordre (1) que M. de Breteuil avoit fait redemander toutes les diverses pièces de cette procédure; il n'en a fait laisser qu'un très petit nombre qui nous ont été communiquées.

Ce sont des lettres de ce même ministre et de M. Le Noir pour presser les interrogatoires, pour en demander copie sur-le-champ. Les plans de ces interrogatoires étoient fournis par eux. Il a été également laissé les interrogatoires du sieur Toussaint de Beausire, de la demoiselle d'Oliva, des lettres de Mme de la Motte, du comte de Cagliostro, que nous citerons au besoin.

 

(1) Cet ordre du roi est contresigné Breteuil et daté de Saint-Cloud le 5 Septembre 1785.

 

« Le traitement de M. le cardinal à la Bastille varioit et suivoit l'opinion que le public avoit de son affaire. Prenoit-elle une couleur favorable? Le gouverneur bas et rampant étoit aux petits soins; paraissoit-elle devenir plus mauvaise? Le sieur de Launey prenoit alors le ton insolent, et sa conduite étoit à ce sujet le meilleur des thennomètres.

Une sentinelle fut placée à la porte de son appartement; le ministre recommanda qu'on le surveillât avec attention; de Launey qui n'osoit pas agir ouvertement, dit qu'il feroit tout pour lé mieux. En conséquence, pour concilier ce qu'il devoit aux ordres suprêmes et à M. le cardinal, qu'il cherchoit cependant à ménager, il fait faire une porte très épaisse, recouverte de fer avec des serrures à l'avenant, il fait recouvrir de toile, matelasser cette porte comme une porte battante, et on l'en remercia lorsqu'il la fit placer, parce que l'on crut alors que c'étoit une attention de sa part pour garantir M. le cardinal des rigueurs de la saison. Ce ne fut que quelque tems après que ses valets de chambre, et c'est d'eux que nous le tenons, s'aperçurent de ce stratagème.

« Nous avons dit dans notre précédent numéro que le gouverneur, à la sollicitation de M. le cardinal, avoit suspendu l'exercice d'une cloche qui l'incommodoit; mais il nous est parvenu depuis que M. de Breteuil lui en avoit fait des reproches et avoit ordonné qu'on le continuât, en ajoutant qu'à la Bastille tous les prisonniers devoient être égaux, et qu'il ne falloit pas avoir, même pour un cardinal, des déférences contraires aux réglemens. Ce ministre a eu à la Bastille deux entretiens avec sa victime, qui, malgré ses infortunes, le traita avec cette noble fierté qui n'abandonne jamais une âme élevée, et avec un dédain fait pour tous les êtres vils et méprisables de l'espèce du baron de Breteuil.

«M. le cardinal a été longtems à la Bastille sans pouvoir sortir de son appartement avant 7 heures du soir, parce que les ouvriers qui construisoient alors la chapelle neuve ne sortoient qu'à cette heure et parce que, quoique tout Paris sùt qu'il y étoit, il étoit du réglement qu'il ne devoit pas y être vu.

Lorsque quelqu'un passoit dans la cour, il étoit sujet comme un autre à se réfugier dans le cabinet; cependant, quand il se promenoit, l'on avoit l'attention de ne laisser entrer que les personnes qu'on ne pouvoit pas indispensablement refuser ; il a eu dans la suite la promenade des tours et celle du bastion.

«Les entrevues avec le joaillier Boehmer se sont passées dans la maison du gouverneur même. L'on a remarqué que M. le cardinal s'y rendoit coiffé, habillé et décoré comme quand il alloit chez le roi.

«M. de Rohan est fait à tous égards pour présider l'Assemblée nationale, et nous osons assurer qu'il sera unanimement appelé à cette fonction honorable. Quand nous réfléchissons que dans le cours de sa présidence il sera peut-être chargé de présenter au roi, dans ces mêmes appartemens où, au scandale de tout le monde, revêtu de ses ornemens pontificaux, il a été arrêté et livré a la cabale

de ses ennemis, les adresses des représentans de la nation; quand nous pensons que M. le cardinal de Rohan, victime en 1785 d'une cabale ministérielle, peut en 1789 être chargé de présenter au roi, pour qu'il la fasse publier, une dénonciation, une flétrissure, un décret de l'Assemblée nationale qui livre à l'exécration présente, a l'exécration future, à l'exécration de tous les siècles, les attentats commis sur sa personne par des monstres que l'enfer vomit de tems a autre dans sa colère pour le tourment du genre humain: quelle vicissitude! ... »

Revenons à la fameuse cloche.

Les sentinelles de la cour, selon un imprimé trouvé à la Bastille et intitulé Consigne) sonnaient l'heure à chaque quart d'heure de la nuit, sur une cloche destinée a cet usage, et trois coups seulement a chaque heure du jour.

Ainsi, jusqu'à ce qu'un prisonnier fût habitué à ce bruit sinistre, il était éveillé trente fois dans la nuit par les tristes sons que l'on prenait pour l'empêcher de reprendre sa liberté; Mme de Staël s'en plaint dans ses Mémoires. Pendant le séjour de M. le cardinal de Rohan à la BastiIle, on eut la déférence d'interrompre l'exercice de cette cloche qui l'incommodait.

« La célébrité du jugement, dit l'abbé Georgel, où l'honneur de la reine était intéressé, où le roi, accusateur, avait traduit son grand-aumônier, prince, évêque, souverain et cardinal, comme prévenu du crime de lèse-majesté, avoit considérablement multiplié le nombre des juges.

Tous les conseillers honoraires et les maîtres des requêtes qui se trouvoient en droit de siéger à la Grande Chambre, s'y rendirent. Les séances furent longues et multipliées.

Il fallut y lire toute la procédure; puis le rapport étant fini, il fallut, selon l'usage, entendre à la barre les prisonniers décrétés de prise de corps. On fit paroître successivement la demoiselle d'Oliva, le comte de Cagliostro, Vilette et la dame de la Motte; le cardinal fut réservé pour le dernier. Mlle d'Oliva avoua avec ingénuité la faiblesse qu'elle avoit eue de céder aux instances de Mme de la Motte pour la scène du bosquet, croyant comme on le lui disoit, que c'étoit pour amuser la reine. Cagliostro soutint qu'il étoit étranger à tout. Vilette reconnut que la signature Marie-Antoinette de France étoit de sa main.

« Mme de la Motte parut devant ses juges avec une hardiesse et une effronterie qui les révoltèrent. Elle ne fit aucun aveu et nia les faits les plus avérés. Le cardinal, réunissant toutes les forces de son esprit à l'énergie de son âme pour une séance si décisive, se présenta dans l'attitude d'un homme profondément affecté, mais calme au milieu de ses peines: sa contenance faisoit voir un mélange intéressant de respect, de modestie et de dignité. Il se tenoit debout à la barre; la pâleur de son visage annonçoit les suites de la maladie qui avoit inquiété pour ses jours. Le premier président l'invita à s'asseoir; il n'obéit qu'à la troisième invitation.

« -J'ai été complétement aveuglé, s'écria-t-il, par le désir immense que j'avois de regagner les bonnes grâces de la reine. »

« Malgré cette scène touchante, le procureur général conclut contre le cardinal à la flétrissure. Les deux rapporteurs qui opinèrent les premiers, adoptèrent ses conclusions en entier. Quatorze conseillers suivirent. Le président d'Ormesson proposa de ne point dépouiller le cardinal de ses dignités, mais de l'obliger à demander pardon à la

reine; huit conseillers se rangèrent de cet avis. Le conseiller Fréteau, et après lui Robert de Saint-Vincent, opinèrent avec énergie pour l'absolution du cardinal; ils entraînèrent la majorité du Parlement.

« Enfin le 3I Mai I786, à 9 heures du soir, après une dernière séance de dix-huit heures, intervint l'arrêt solennel qui déchargeoit le cardinal de l'accusation intentée contre lui; condamnoit la dame de la Motte à avoir les deux épaules marquées par un fer rouge de la lettre V (voleuse), à être rasée par la main du bourreau et à rester ensuite renfermée pour le reste de ses jours à la Salpêtrière. Vilette fut banni à perpétuité, Cagliostro renvoyé du royaume, Mlle Oliva mise hors de cour.

« Quand on lut à la dame de la Motte son arrêt, elle entra dans un accès de rage qui, sans doute, la fit extravaguer. Elle se déchaîna contre la reine et le baron de Breteuil; elle prononça leurs noms avec des imputations atroces et des imprécations qui obligèrent le juge qui présidoit à l'exécution, de lui faire mettre un bâillon dans la bouche. L'exécution finie, elle fut conduite à la Salpêtrière, où, rasée et en habit de pénitente, elle fut enfermée dans une casemate isolée, sans communication qu'avec les personnes chargées de la nourrir et de réprimer, par des châtimens souvent répétés, le flux désordonné de sa langue envenimée. » (1)

«Aussitôt que j'eus connaissance du jugement du cardinal, dit Mme Campan, je me transportai chez la reine. Elle entendit ma voix dans la pièce qui précédait son cabinet. Elle m'appela; je la trouvai fort émue. Elle me dit avec une voix entrecoupée:

« -Faites-moi votre compliment de condoléance; l'intrigant qui a voulu me  perdre ou se procurer de l'argent en abusant de mon  nom et de ma signature, vient d'être complétement cc acquitté. Mais, ajouta-t-elle avec force, comme Française, recevez aussi mon compliment de condoléance.

«Un peuple est bien malheureux d'avoir pour tribunal suprême un ramas de gens qui ne consultent que leurs passions. » A ce moment, le roi entra, je voulus me retirer: « - Restez, me dit-il, vous êtes du nombre de celles qui partagent sincèrement la douleur de votre maîtresse. » Il s'approcha de la reine et la prit par la main :

 

(1) L'abbé G. Georgel- général du cardinal de Rohan. Mémoires.

 

 

 « - Cette affaire vient d'être outrageusement jugée, ajouta-t-il; elle s'explique cependant aisément. Le Parlement n'a vu dans le cardinal qu'un prince de l'Eglise, un prince de Rohan, le proche parent d'un prince du sang, et il eut dû voir en lui un homme indigne de son caractère ecclésiastique, un dissipateur, un grand seigneur dégradé par ses indignes liaisons, un enfant de famille aux ressources et faisant de la terre le fossé. »

«  M. Pierre de Laurencel, substitut du procureur général, fit parvenir à la reine une liste des noms des membres de la Grande Chambre, avec les moyens dont s'étaient servis les amis du cardinal pour gagner leurs voix pendant la durée du procès. Je me rappelle (c'est Mme Campau qui écrit) que les femmes y jouaient un rôle affligeant pour leurs moeurs. C'était par elles, et à raison de sommes considérables qu'elles avaient reçues, que les plus vieilles et les plus respectables têtes avaient été séduites. Je ne vis pas un seul nom du Parlement directement gagné. » (1)

Nous donnerons ici la liste des personnes qui, en même temps et pour le même fait que le cardinal, se trouvaient à la Bastille.

D'abord, ses trois domestiques. BRANDNER, SCHREIBER et LIÉGEOIS, valets de chambre de Son Excellence. - C'est toujours La Bastille dévoilée qui nous servira de guide.

 

(1) Mme CAMPAN. Mémoires.

 

Le premier des trois fut ensuite au service du prince de Luxembourg; le second à celui du prince de Montbazon, et Liégeois est toujours resté à celui du prince Louis de Rohan. Les deux premiers sont entrés avec lui à la Bastille; ils logeaient auprès de lui et étaient renfermés par la même porte, les mêmes verrous et les mêmes serrures. Liégeois logeait au-dessus, il n'est entré que quelques jours après; il en avait demandé la permission au baron de Breteuil, lorsqu'on vint apposer les scellés chez son maître.

Ces trois domestiques ont été fouillés, visités de la tête aux pieds lors de leur entrée. On les a prévenus que, suivant un article du réglement de la Bastille, ils ne pourraient sortir qu'avec leur maître. On les gardait a vue comme des prisonniers, ils n'avaient comme eux qu'une certaine heure pour se promener; ce ne fut qu'après un laps de temps assez considérable qu'il leur fut permis de recevoir des visites du dehors.

CLAUDE CERVAL, dit l'Italien, né a Parvis près Clermont-en- Argonne, diocèse de Verdun, domestique sans condition, logé rue des Poulies, hôtel de Beaujolais; arrêté comme suspect de négocier des bons de finances et même des bons de colonel en second, qu'il disait tenir de M. le cardinal. Compromis en même temps dans l'affaire du collier.

JEANNE DE SAINT-REMY DE VALOIS, épouse de MarieAntoine-Nicolas, comte de la Motte, née a Fontette, le 22 Juillet I756, demeurant a Paris, rue Neuve-Saint-Gilles.

Tout le monde connaît les aventures de cette femme trop célèbre, tout le monde a lu ses mémoires et les pamphlets calomnieux qui, clandestinement répandus par elle, avaient alors le mérite d'exciter la curiosité, mais qui sont tombés dans l'oubli depuis qu'ils sont devenus publics. Elle fut arrêtée le I8 Août a Bar-sur-Aube. Son mari, chargé dans les divers interrogatoires, a été condamné par contumace.

L'on nous a assuré qu'il était actuellement à Paris et qu'il y était revenu avec le projet de faire réviser son procès.

Nous n'avons, pour juger Mme de la Motte, d'autres pièces que celles que tout le monde connaît, grâce à l'heureuse prévoyance de M. de Breteuil, qui a fait enlever toutes les lumières qu'aurait certainement procurées la prise de la Bastille.

Cependant, pour mettre nos lecteurs à portée de juger des talents de cette dame, nous allons leur donner une copie exacte et même figurée d'une de ses lettres à M. de Crosne, dont l'original, qui est entre nos mains, se trouve dans le nombre des pièces que M. de Breteuil n'a pas jugé à propos de faire enlever :

« Je suis desesperai Monsieur de vous tourmenter aussi souvent pour moi mais je me trouve forcée manqu'ent absolument du nécessaire comme j'ai dé’jà eut l'honneur de vous demander par deut foit differente que je soufres beaucout de froit etent toute nüé, je vous prie Monsieur davoir la bonté de vouloir donner des nouveaust ordres pour que jay tout ce dont jai de besoint, je vous en saurai le plus grand grée

« Et suis avec une parfaite estime, Monsieur,

 

«  Votre très-humble servante (signé) :

 

«  C. S. S. de Valois de la Motte de la Penicière.

 

« A Paris, ce 13 Octobre 1785. »

 

Le baron DE PLANTA, ancien capitaine au régiment de Diesback, actuellement en Suisse, son pays. Il avait connu le prince Louis à Vienne, où il vint après avoir été attaché quelque temps au service de la Prusse. Depuis cette époque il avait fort peu quitté M. le cardinal; aussi avait-il été chargé de plusieurs dépêches pour Mme de la Motte; aussi s'est-il trouvé à Versailles à la scène des jardins; aussi a-t-il été compromis dans l'affaire du collier et mis à la Bastille.

 

JEAN-BAPTISTE DE LA PORTE, rue de Verneuil, faubourg Saint-Germain, avocat, gendre du sieur Achet. Ce furent eux qui, les premiers, firent faire aux joailliers Boehmer et Bassange la connaissance fatale des sieur et dame de la Motte. De la Porte avait travaillé pour elle; c'est lui qui a fait les recherches sur la maison de Valois, que la dame de la Motte a fait insérer à la fin du sommaire publié pour sa défense.

 

NICOLAS - FRANÇOIS - PIERRE GRENIER, né en Picardie, demeurant rue Grenétat. C'est un simple bijoutier, qu'on a fait arrêter pour avoir des éclaircissements. On croyait que la dame de la Motte lui avait vendu des diamants ou du moins qu'il avait été employé à les dénaturer.

 

LOUIS-JOSEPH-ARNAUD DU CLUSEL, né à Bordeaux, secrétaire du cabinet de Madame et premier commis de la marine, demeurant Chaussée d'Antin, n° 90. Arrêté comme suspect de négocier des bons de finances dont il est question dans les mémoires relatifs à l'affaire du collier.

 

ALEXANDRE DE CAGLIOSTRO, demeurant à Paris, rue Saint-Claude. Nous ne parlerons ici ni de l'âge, ni du lieu de naissance de ce célèbre aventurier. Qu'est-ce qui n'a pas lu ses Mémoires romanesques? Il était chargé dans l'affaire du collier. L'arrêt du Parlement du 31 Mai 1786 l'a renvoyé absous.

Ci-joint quelques extraits d'une lettre de cet illuminé, qu'il écrivait de Londres, au mois de Juin 1786. On y verra qu'il avait quelquefois le talent de deviner. Nous ignorons comment cette lettre du comte de Cagliostro, écrite de Londres à un de ses amis, se trouve jointe au dossier de l'affaire du collier.

« ....... Les rois sont bien à plaindre d'avoir de tels ministres, j'entends parler du baron de Breteuil, mon persécuteur..... Mon courage ra, dit-on, irrité; il ne peut digérer qu'un homme dans les fers, qu'un étranger sous les verroux de la Bastille, sous sa puissance à lui, digne ministre de cette horrible prison, ait élevé la voix, comme je l'ai fait, pour le faire connoitre, lui, ses principes, ses agens, ses créatures, aux tribunaux français, à la nation, au roi, et à toute l'Europe. J'avoue que ma conduite a pu l'étonner, mais enfin j'ai pris le ton qui m'appartenait. Je suis persuadé que cet homme à la Bastille ne prendroit pas le même; au reste, mon ami, tirez-moi d'un doute.

Le roi m'a chassé de son royaume; mais il ne m'a pas entendu; est-ce ainsi que s'expédient en France toutes les lettres de cachet? Si cela est, je plains vos concitoyens, surtout aussi longtems que le baron de Breteuil aura ce département. Quoi! mon ami, vos personnes, vos biens sont à la merci de cet homme tout seul? Il peut impunément tromper le roi! il peut, sur ses exposés calomnieux et jamais contredits, surprendre, expédier et faire exécuter, par des hommes qui lui ressemblent, ou se donner l'affreux plaisir d'exécuter lui-même des ordres rigoureux, qui plongent l'innocent dans un cachot et livrent sa maison au pillage. J'ose dire que cet abus déplorable mérite toute l'attention du roi. - Me tromperois-je, et le sens commun des François, que j'aime tant, est-il autre que celui des autres hommes? Oublions ma propre cause, parlons-en général. Quand le roi signe une lettre d'exil et d'emprisonnement, il a jugé le malheureux sur qui va tomber sa rigueur toute puissante; mais sur quoi a-t-il jugé? sur le rapport de son ministre; sur quoi s'est-il fondé? sur des plaintes inconnues, sur des informations ténébreuses, qui ne sont jamais communiquées, quelquefois même sur de simples rumeurs, sur des bruits calomnieux, semés par la haine et recueillis par l'envie. La victime est frappée sans savoir d'où le coup part, heureux si le ministre qui l’immole n'est pas son ennemi! J'ose le demander, sont-ce là les caractères d'un jugement? Et si vos lettres de cachet ne sont pas au moins des jugements privés, que sont-elles donc? Je crois que ces réflexions préseptées au roi le toucheroient.

Que seroit-ce s'il entroit dans le détail des maux que sa rigueur occasionne? Toutes les prisons d'Etat ressemblent-elles à la Bastille? Vous n'avez pas d'idée des horreurs de celle-ci. La cynique impudence, l'odieux mensonge, la fausse pitié, l'ironie amère, la cruauté sans frein, l'injustice et la mort y tiennent leur empire, un silence barbare est le moindre des crimes qui s'y commettent. J'étois

pendant six mois à quinze pieds de ma femme, et je l'ignorois. D'autres y sont ensevelis depuis trente ans, réputés morts, malheureux de ne l'être pas, n'ayant, comme les damnés de Milton, du jour dans leur abyme que ce qu'il leur en faut, pour apercevoir l'impénétrable épaisseur des ténèbres qui les environnent et les enveloppent; ils seroient seuls dans l'Univers, si l'Éternel n'existoit pas, ce Dieu bon et vraiment puissant qui leur fera justice un jour, au défaut des hommes. Oui, mon ami, je l'ai dit captif, et, libre, je le répète, il n'est point de crime qui ne soit expié par six mois de Bastille. On prétend qu'il n'y manque ni de questionnaires ni de bourreaux. Je n'ai pas de peine à le croire.

Quelqu'un me demandoit si je retournerois en France dans le cas où les défenses qui m'en étoient faites seroient levées; assurément, ai-je répondu, pourvu que la Bastille soit devenue une promenade publique. Dieu le veuille! Vous avez tout ce qu'il faut pour être heureux, vous autres François, sol fécond, doux climat, bon coeur, gaieté charmante, du génie et des grâces propres à tout, sans égaux dans l'art de plaire, sans maîtres dans les autres, il ne vous manque, mes bons amis, qu'un petit point, c'est d'être sûrs de coucher dans vos lits quand vous êtes irréprochables : mais l'honneur! mais les familles! les lettres de cachet sont un mal nécessaire ..... Que vous êtes simples! on vous berce avec ces cartes; des gens instruits m'ont assuré que la réclamation d'une famille étoit souvent moins efficace pour obtenir un ordre, que la haine d'un commis ou le crédit d'une femme infidèle. L'honneur! les familles! quoi, vous pensez qu'une famille est déshonorée par le supplice d'Lm de ses membres? Quelle pitié! Mes nouveaux hôtes pensent un peu différemment; changez d'opinion enfin et méritez la liberté par la raison.

« Il est digne de vos parlemens de travailler a cette heureuse révolution; elle n'est difficile que pour les âmes faibles; qu'elle soit bien préparée, voila tout le secret : qu'ils ne brusquent rien. Ils ont pour eux l'intérêt bien entendu des peuples, du roi, de sa maison, qu'ils ayent aussi le tems, premier ministre de la vérité, le tems par qui s'étendent et s'affermissent les racines du bien comme du mal; du courage, de la patience, la force du lion, la prudence de l'éléphant, la simplicité de la colombe, et cette révolution si nécessaire sera pacifique, condition sans laquelle il ne faut pas y penser; vous devrez a vos magistrats un bonheur dont n'a joui aucun peuple; comme celui de recouvrer votre liberté sans coup férir, en la tenant de la main de vos rois. »

« Oui, mon ami, Je vous l'annonce; il régnera sur vous un prince qui mettra sa gloire a l'abolition des lettres de cachet, a la convocation des Etats-généraux et surtout au rétablissement de la vraie religion. Il sentira, ce prince aimé du ciel, que l'abus du pouvoir est destructif a la longue du pouvoir même; il ne se contentera pas d'être le premier de ses ministres, il voudra devenir le premier des François. Heureux le roi qui portera cet édit mémorable! heureux le chancelier qui le signera! heureux le parlement qui le vérifiera! Que dis-je, mon ami, les tems sont peut-être arrivés, il est certain du moins que votre souverain est propre à cette grande oeuvre. Je sais qu'il y travailleroit s'il n'écoutoit que son coeur: sa rigueur à mon égard ne m'aveugle pas sur ses vertus.

« Adieu, mon ami ....., demandez à Déprémesnil, s'il m'avoit donc oublié, je n'ai point de ses nouvelles .....

«De Londres, le 20 Juin 1786. »

 

SERAPHINA FELICHIANI, née à Rome, épouse du sieur comte de Cagliostro, arrêtée pour ses relations avec M. le cardinal et comme pouvant être instruite des faits qu'on cherchait à découvrir.

« Nous remarquons dans divers interrogatoires que nous avons sous les yeux; que les ministres qui en fournissaient le canevas, désiraient beaucoup savoir si elle avait des enfants, surtout si elle avait une fille. »

 

La dame DE LANCOTTE DE LA TOUR, soeur du sieur de la Motte, arrêtée comme la précédente sur de simples soupçons.

C'est la fille de cette dame qui était la jeune personne innocente dont Cagliostro se servait pour ses scènes mystérieuses.

Cette jeune personne était âgée de 12 ou 13 ans.

Elle avait d'abord été en pension à l'abbaye d'Y ères, près de Gros-Bois, et ensuite au couvent de Saint-Joseph, à Paris.

La demoiselle LAINÉ BRIFFAULT, dite Rosalie femme de chambre de la dame de la Motte, arrêtée comme suspecte d'intelligence avec sa maîtresse.

 

MARIE-NICOLE LE GUAY, dite d'Oliva ou Dessign, née à Paris, paroisse Saint-Laurent, le 1er Septembre 1761, mise hors de cour, attendu que, quoique innocente au fond, il a été regardé comme juste qu'il lui fût imprimé cette tache pour le crime purement matériel qu'elle avait commis. Elle fut arrêtée à Bruxelles.

C'est cette malheureuse fille qui, entraînée dans le crime par le besoin et les mauvais exemples, fut choisie par le sieur de la Motte pour jouer le rôle principal dans la scène des jardins de Versailles.

Elle est entrée grosse à la Bastille; elle y est accouchée d'un garçon, par les soins du chirurgien du château, de la dame Chopin, sage-femme, et du nommé Guyon, porte-clefs. L'enfant fut baptisé à Saint-Paul, sous le nom de Toussaint de Beausire, mais non pas sans difficulté, parce qu'on voulait avoir du sieur Toussaint de Beausire une déclaration signée de lui, par laquelle il se reconnaissait le père de l'enfant.

La mère le nourrit elle-même à la Bastille; il fut transféré avec elle à la Conciergerie. En 1789, l'enfant vivait, mais la mère mourut à Fontenay, près Paris, dans une extrême misère. Elle avait épousé son amant et s'en était séparée. Réfugiée dans un couvent, on lui conseilla de prendre l'air de la campagne; elle fut à Fontenay et y est morte.

On n'a jamais vu tant d'honnêteté et de dissolution réunies dans la même personne. Jamais on n’a vu plus de franchise, plus de candeur que Mlle d’ Oliva en a fait paraître dans son interrogatoire. C'est une justice que lui rendirent, ses juges, ses avocats et tous ceux qui ont eu avec elle des relations. Elle a plus contribué à la justification de M. le cardinal que son innocence même. D'elle a dépendu le sort du grand-aumônier .... et ce qui est triste à dire, c'est que la famille de Rohan ne lui en a jamais témoigné la moindre reconnaissance.

 

JEAN-BAPTISTE TOUSSAINT DE BEAUSIRE, âgé de 24 ans,

né à Paris, paroisse Saint-Cosme, amant et puis époux de la demoiselle d'Oliva, fut arrêté, comme elle, à Bruxelles, à cause de ses relations avec ladite d'Oliva.

 

MARC-ANTOINE RETAUX DE VILETTE, ancien gendarme, né à Lyon, au mois de Février I754. Son père était directeur-général des octrois de cette ville. Il fut arrêté à Genève par Quidor, inspecteur de police, qui le conduisit à la Bastille. C'est ce sieur Retaux de Vilette qui, séduit par les promesses perfides de la dame de la Motte, écrivit le serment approuvé et la fausse signature de la reine. C'est également lui qui avait écrit de sa main, sous la dictée de Mme de la Motte, toutes les lettres dont elle s'était servie pour subjuguer l'esprit de M. le cardinal.

Le sieur de Vilette a été condamné à un bannissement perpétuel, sans fouet ni marque, attendu qu'il a été regardé comme l'instrument passif et aveugle des sieur et dame de la Motte.

Il existe, à la date de I786, un Recueil curieux de pièces relatives à l'affaire du collier:

 

Sommaire pour la comtesse de Valois-Lamotte, accusée; contre .M le Procureur général, accusateur; en présence de M. le cardinal de Rohan et autres co-accusés. 64 pages

 

Mémoire pour le comte de Cagliostro, accusé contre M. le Procureur général, accusateur; en présence de M. le cardinal de Rohan, de la Comtesse de la Motte et autres co-accusés. 63 pages.

 

Avec une Requête à joindre au Mémoire du comte de Cagliostro à Nosseigneurs du Parlement, la Grande-Chambre assemblée. I3 pages.

 

Mémoire pour le sieur de Bette d'Etienville, servant de réponse à celui de M. de Fages. 38 pages.

 

Recueil de pièces authentiques et intéressantes pour servir d'éclaircissement à l'affaire concernant le cardinal prince de Rohan. 70 pages.

 

Dans ce dernier Memoire se trouve une Lettre contenant la déposition de la demoiselle d' Oliva, où nous lisons:

On a trouve dans le Recueil de la Calotte, ouvrage en trois volumes de Gallet, fameux chansonnier, l'amphigouri suivant fait du temps du cardinal Dubois, et l'on n'a pas manqué de le ressusciter:

 

Dans le jardin du Sérail

Un cardinal en camail

Feignait de jouer au mail:

Mais en détail

Tout son travail

Etait de voir le bétail

Qu'on enferme en ce bercail.

Un eunuque noir,

Près d'un réservoir,

Lui fit voir,

Vers le soir,

Dans un miroir

La tête d'un âne

Qu'il prit pour la sultane.

 

Pendant que le cardinal de Rohan était à la Bastille, attendant son jugement, il fut indisposé: il demanda un médecin; on lui dépêcha Portal, qui le guérit.

A ce propos, on fit cet Alleluia .'

 

L'intrigant médecin Portal

Nous a rendu le cardinal;

Il l'a bourré de quinquina

Alleluia!

 

Oliva dit qu'il est dindon,

La Motte dit qu'il est fripon,

Lui se confesse, un vrai bêta

Alleluia!

 

Notre Saint-Père l'a rougi,

Le roi, la reine l'ont noirci;

Le Parlement le blanchira

Alleluia!

 

A la Cour il est impuissant,

A la ville il est indécent

A Saverne il végétera

Alleluia!

 

Il est dit, à propos de la maladie du cardinal, dans la Lettre contenant la déposition de la demoiselle d'Oliva) datée de Paris, le 29 Décembre 1785 : « Des accès violents de la colique néphrétique, à laquelle il est sujet, et une tumeur qui s'est déclarée à leur suite, prouvent combien il a été sensible à la tournure que prend son affaire ; mais il montre d'ailleurs un abattement et un découragement qui affligent ses partisans. »

Voici d'autres couplets un peu postérieurs aux précédents: car on en ajoutait toujours de nouveaux. La verve des critiques versificateurs ou rimailleurs ne tarissait pas à l'endroit du cardinal :

 

Nous voici dans le temps pascal,

Que dites-vous du cardinal?

Apprenez-nous s'il chantera

Alleluia ! ....

 

Que Cagliostro ne soit rien,

Qu'il soit Maltois, juif ou chrétien,

A l'affaire que fait cela?

Alleluia !...

 

A Versailles comme à Paris,

Tous les grands et tous les petits

Voudraient élargir Oliva,

Alleluia !...

 

De Valois (Mme de la Motte) l'histoire insensée

Par un roman fut commencée,

Un collier le terminera

Alleluia ! ....

 

Voici l'histoire du procès

Qui met tout Paris en accès;

Nous dirons quand il finira

Alleluia !...

 

 

A suivre...

Le Roy de Sainte-Croix. (Les Quatre Rohan).

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MAISONS NOBLES DE LORRAINE

PREMIER EXTRAIT

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LE REVERS DE LA MÉDAILLE

DU CARDINAL DE ROHAN

Affaire du Collier

 

Tout le monde sait à quoi ce titre fait allusion; tout le monde connaît plus ou moins l'affaire fameuse du collier : ce n'est donc pas cette histoire, toujours restée embrouillée que nous voulons remettre au jour. Ce qui nous intéresse en ce moment, ce sont les suites de l'affaire du collier par rapport au cardinal de Rohan, qui sont beaucoup moins connues et qui ne manquent certes pas d'intérêt au point de vue satyrique et comico-tragique.

Reprenons le drame où le cardinal fut le malheureux héros. Le 15 Août 1785, le cardinal, étant déjà revêtu de ses habits pontificaux, fut appelé à midi dans le cabinet du roi, où se trouvait la reine. Le roi lui dit: « - Vous avez acheté des diamants à Boehmer? - Oui, sire. - Qu'en avez-vous fait? - Je croyais qu'ils avaient été remis à la

reine. - Qui vous avait chargé de cette commission? -

Une dame appelée Mille la comtesse de la Motte Valois, qui m'avait présenté une lettre de la reine, et j'ai cru faire ma cour à Sa Majesté en me chargeant de cette commission.

« Alors la reine l'interrompit et lui dit: « - Comment, Monsieur, avez-vous pu croire, vous à qui je n'ai pas adressé la parole depuis huit ans, que je vous choisissais pour conduire cette négociation et par l'entremise d'une pareille femme? - Je vois bien, reprit le cardinal, que j'ai été cruellement trompé; je payerai le collier; l'envie que j'avais de plaire à Votre Majesté m'a fasciné les yeux; je n'ai vu nulle supercherie, et j'en suis fâché. » Alors il sortit de sa poche un portefeuille dans lequel était la lettre de la reine à Mme de la Motte pour lui donner cette commission.

Le roi la prit, et la montrant au cardinal, lui dit:

 « - Ce n'est ni l'écriture de la reine ni sa signature: comment un prince de la maison de Rohan et un grand aumônier a-t-il pu croire que la reine signait Marie-A1ltoinette de France? Personne n'ignore que les reines ne signent leur nom de baptême. Mais, Monsieur, continua le roi, en lui présentant une copie de sa lettre à Boehmer, avez-vous écrit une lettre pareille à celle-ci? » Le cardinal, après l'avoir parcourue des yeux: « - Je ne me souviens pas, dit-il, de l'avoir écrite. - Et si l'on vous montrait l'original signé de vous? - Si la lettre est signée de moi, elle est vraie. - Expliquez-moi donc, continua le roi, toute cette énigme; je ne veux pas vous trouver coupable; je désire votre justification. Expliquez-moi ce que signifient toutes ces démarches auprès de Boehmer, ces assurances et ces billets? » Le cardinal pâlissait alors à vue d'oeil, et s'appuyant contre la table: « - Sire, je suis trop troublé pour répondre à votre Majesté d'une manière ....

« - Remettez-vous, Monsieur le cardinal, et passez dans mon cabinet; vous y trouverez du papier, des plumes et de l'encre; écrivez ce que vous avez à me dire.

« Le cardinal passa dans le cabinet du roi et revint un quart d’heure après, avec un écrit aussi peu clair que l'avaient été ses réponses verbales. Le roi prend le papier en disant au cardinal:

« - Je vous préviens que vous allez être arrêté.

« - Ah! sire, j'obéirai toujours aux ordres de Votre Majesté, mais qu'elle daigne m'épargner la douleur d'être arrêté dans mes habits pontificaux, aux yeux de toute la Cour! -

« - Il faut que cela soit »; et sur ce mot, le roi quitte brusquement le cardinal sans l'écouter davantage.

Au sortir de chez le roi, le cardinal de Rohan était arrêté et conduit à la Bastille. Deux jours· après, il en sortait pour assister, en présence du baron de Breteuil, à l'inventaire de ses papiers. Le 5 Septembre 1785, le jugement du cardinal était enlevé à la juridiction des tribunaux ecclésiastiques et déféré à la Grand' Chambre assemblée par lettres pétantes où la volonté du roi s'exprimait ainsi:

« LOUIS, par la grâce de Dieu, roi de France et de Nayarre; à nos amés et féaux conseillers, les gens tenans notre Cour de Parlement, à Paris, SALUT. Ayant été informé que les nommés Boehrner et Bassange auroient vendu un collier au cardinal de Rohan, à l'insu de la Reine, notre très-chère épouse et compagne, lequel leur auroit dit être autorisé par elle à en faire l'acquisition, moyennant le prix de seize cent l'nille livres, payables en différents termes, et leur auroit fait voir, à cet effet, de prétendues propositions qu'il leur auroit exhibées comme approuvées et signées par la Reine; que ledit collier, ayant été livré par lesdits Bcehmer et Bassange audit cardinal, et le premier payement convenu entre eux n'ayant pas été effectué, ils auroient eu recours à la Reine. Nous n'avons pu voir sans une juste indignation que l'on ait osé emprunter un nom auguste et qui nous est cher a tant de titres, et violer, avec une témérité aussi inouïe, le respect dû a la Majesté royale.

Nous avons pensé qu'il etoit de notre justice de mander devant nous ledit cardinal, et, sur la déclaration qu'il nous a faite, qu'il avoit été trompé par une femme nommée La Motte de Valois, nous avons jugé qu'il étoit indispensable de nous assurer de sa personne et de celle de ladite dame de Valois, et de prendre les mesures que notre sagesse nous a suggérées pour découvrir tous ceux qui auroient pu être auteurs ou complices d'lm attentat de cette nature, et nous avons jugé a propos de vous en attribuer la connoissance pour être le procès par vous instruit, jugé, la Grand'Chambre assemblée. »

Le cardinal de Rohan se défendait et se justifiait comme il suit. Au mois de Septembre I78I, Mme de Boulainvilliers lui présentait une femme dont elle était la bienfaitrice, qu'elle avait recueillie et élevée, Mme de la Motte-Valois.

La misère de la protégée de Mme de Boulainvilliers, son nom, son rang, sa figure, son esprit, touchaient le cardinal. Il aidait Mme de la Motte de quelques louis. Mais que pouvait l'aumône contre le désordre de Mille de la Motte? Au mois d'Avril I784, elle obtenait d'aliéner la pension de I,500 livres accordée par la Cour à la descendante des Valois. Tout donne à croire que, vers ce temps, des relations s'étaient établies entre le cardinal et Mme de la Motte. Mme de la Motte était entrée dans des secrets échappés au cardinal, a l'imprudence de sa parole et a la légèreté de son caractère. Elle le savait las de sa position à la Cour, impatient des amertumes de sa disgrâce et des froideurs méprisantes de la reine, ambitieux et bouillant d'effacer son passé, prêt à tout) avec l'ardeur de la faiblesse, pour rentrer en grâce. Peu à peu, par degrés, autour du cardinal et par tous ses familiers, Mme de la Motte ébruitait doucement, discrètement, une protection auguste, une grande faveur, dont elle était honorée; confirmant elle-même les propos qu'elle semait, disant qu'elle avait un accès secret auprès de la reine, que des terres du chef de sa famille lui allaient être restituées, qu'elle allait avoir part aux grâces. Le cardinal, il ne faut pas l'oublier, s'il n'était ni un niais ni un sot, s'il avait tout le vernis d'un homme du monde et tout l'esprit d'un salon, le cardinal manquait absolument de ce sang-froid de la raison et de ce contrôle du bon sens qui est la conscience et la règle des actes de la vie. Aveuglé par son désir de rentrer en grâce, il s'abandonnait à Mme de la Motte, qui travaillait sans relâche sa confiance, nourrissait ses désirs, enhardissait ses illusions par toutes les ressources et toutes les audaces de l'intrigue et du mensonge. Un jour Mme de la Motte disait au cardinal: « - Je suis autorisée par la reine à vous demander par écrit la justification des torts qu'on vous impute. »

Cette apologie remise par le cardinal à Mme de la Motte, Mme de la Motte apportait, quelques jours après, ces lignes où elle faisait ainsi parler la reine au cardinal: « J'ai lu votre lettre, je suis charmée de ne plus vous trouver coupable; je ne puis encore vous accorder l'audience que vous désirez. Quand les circonstances le permettront, je vous en ferai prévenir; soyez discret. »

Et quels soupçons, quelles inquiétudes pouvaient rester au cardinal après cette impudente comédie d'Août I784, imaginée par Mme de la Motte, où une femme ayant la figure, l'air, le costume et la voix de la reine, lui apparaissait dans les jardins de Versailles et lui donnait à croire que le passé était oublié? De ce jour, le cardinal appartenait tout entier à Mme de la Motte. Les espérances insolentes qu'il osait concevoir de cette entrevue le livraient et le liaient à une crédulité sans réflexion, sans remords, sans bornes. Mme de la Motte pouvait dès lors en abuser à son gré, en faire l'instrument de sa fortune, le complice de ses intrigues. Elle pouvait tout demander au cardinal au nom de cette reine qui lui avait pardonné, non avec la dignité d'une reine, mais avec la grâce d'une femme. Et c'est dès ce mois d'Août une somme de 60,000 livres que Mme de la Motte tire du cardinal, pour des infortunés, dit-elle, auxquels la reine s'intéresse; et c'est, au mois de Novembre, une autre somme de IOO,OOO écus qu'elle obtient encore de lui, au nom de la reine, pour le même objet. Mais de telles sommes étaient loin de suffire aux besoins, aux dettes, aux goûts, au luxe, à la maison de Mme de la Motte. Tentée par l'occasion, elle songea à faire sa fortune, une grande fortune, d'un seul coup.

Bassange et Boehmer, qui entretenaient tout Paris de leur collier, et battaient toutes les influences pour forcer la main au roi ou à la reine, étaient tombés sur un sieur Delaporte, de la société de Mme de la Motte, qui leur avait parlé de Mme de la Motte comme d'une dame honorée des bontés de la reine. Bassange et Boehmer sollicitent aussitôt de Mme de la Motte la permission de lui faire voir le collier.

Elle y consent, et le collier lui est présenté le 29 Décembre 1784. Mme de la Motte, habile à cacher son jeu, parle aux joailliers de sa répugnance à se mêler de cette affaire, sans les désespérer toutefois. Au sortir de l'entrevue, elle se hâte d'expédier, par le baron de Planta, une nouvelle lettre au cardinal, alors à Strasbourg. Mme de la Motte y faisait dire à la reine:

« Le moment que je désire n'est pas encore venu, mais je hâte votre retour pour une négociation secrète qui m'intéresse personnellement et que je ne veux confier qu'à vous; la comtesse de la Motte vous dira de ma part le mot de l'énigme. »

 

Le 20 Janvier 1785, Mme de la Motte fait dire aux joailliers de se rendre chez elle le lendemain 21 ; et là, en présence du sieur Hachette, beau-père du sieur Delaporte, elle leur annonce que la reine désire le collier, et qu'un grand seigneur sera chargé de traiter cette négociation pour Sa Majesté. Le 24 Janvier, le comte et la comtesse de la Motte rendent visite aux joailliers, leur disent que le collier sera acheté par la reine, que le négociateur ne tardera pas à paraître, et qu'ils avisent à prendre leurs sûretés. L'affaire avait été engagée pendant l'absence du cardinal. Mme de la Motte lui apprenait à son retour de Saverne, le 5 Janvier, que la reine désirait acheter le collier des sieurs Boehmer et Bassange, et entendait le charger de suivre les détails et de régler les conditions de l'achat; elle appuyait son dire de lettres qui ne permettaient au cardinal qu'une soumission respectueuse.

Le 24 Janvier, le cardinal, à la suite d'une visite des époux de la Motte, entre chez les joailliers, se fait montrer le collier, et ne cache pas qu'il achète non pour lui-même, mais pour une personne qu'il ne nomme pas, mais qu'il obtiendra peut-être la permission de nommer. Quelques jours après, le' cardinal revoit les joailliers. Il leur montre des conditions écrites de sa main:

1° le collier sera estimé si le prix de 1,600,000 livres paraît excessif;

2° les payements se feront en deux ans, de six mois en six mois;

3° on pourra consentir des délégations; 4° ces conditions agréées par l'acquéreur, le collier devra être livré le 1er Février au plus tard. Les joailliers acceptent ces conditions, et signent l'écrit sans que la reine soit nommée. Cet écrit, revêtu de l'acceptation des joailliers, est remis à Mme de la Motte qui, deux jours après, le rend au cardinal, avec des approbations à chaque article, et au bas la signature: Marie Antoinette de France.

Aussitôt le cardinal, étourdi du succès de sa négociation, de la faveur dont il croit jouir, du mystère même dont la reine entoure sa confiance, écrit aux joailliers que le traité est conclu, et les prie d'apporter l'objet vendu.

Les joailliers, assurés que c'est à la reine qu'ils vendent, se rendent aux ordres du cardinal. Le collier reçu, le cardinal se rend à Versailles, arrive chez Mme de la Motte, lui remet l'écrin: « - La reine attend, dit Mme de la Motte, ce collier lui sera remis ce soir. » En ce moment paraît un homme qui se fait annoncer comme envoyé par la reine. Le cardinal se retire dans une alcôve; l'homme remet un billet; Mme de la Motte le fait attendre quelques instants, va montrer au cardinal le billet, portant ordre de remettre le collier au porteur. L'homme est appelé. Il reçoit l'écrin. Il part.

Le cardinal, convaincu que le collier est remis à la reine, donne ce jour même la première preuve de l'acquisition faite par la reine par cette lettre: «  Monsieur Boehmer, S. M. la reine m'a fait connaître que ses intentions étoient que les intérêts de ce qui sera dû après le premier payement, fin Août, courent et vous soient payés successivement avec les capitaux jusqu'a parfait acquittement. »

Ainsi le cardinal, enfoncé dans la confiance, n'a pas un doute. Le lendemain, il charge son heiduque Schreiber de voir s'il n'y aurait rien de nouveau dans la parure de la reine au dîner de Sa Majesté. Le 3 Février, rencontrant a Versailles le sieur et la dame Rassange, il leur reproche de n'avoir point fait encore leurs très humbles remercîments a la reine de ce qu'elle a bien voulu acheter leur collier. Il les pousse à la voir, a en chercher l'occasion, à la provoquer. Toutefois, le cardinal s'étonnait de ne pas voir la reine porter le collier, et il partit pour Saverne, ne soupçonnant rien encore, mais déjà moins hardi dans ses rêves, presque déçu. Mme de la Motte venait le retrouver a Saverne, et relevait sa confiance en lui promettant une audience de la reine a son retour. Le cardinal, revenu de Saverne, l'audience tardant, la reine continuant a ne pas porter le collier, le cardinal s'inquiétait. Il pressait Mme de la Motte. La reine trouvait le prix excessif, répondait Mme de la Motte, qui voulait gagner du temps; la reine demandait ou l'estimation ou la diminution de 200,000 livres. Jusque-là, ajoutait Mme de la Motte, la reine ne portera pas le collier. Les joailliers se soumettaient à la réduction, et Mme de la Motte faisait voir au cardinal une nouvelle lettre de la reine, dans laquelle la reine disait qu'elle gardait le collier, et qu'elle ferait payer 700,000 livres au lieu de 400,000 à l'époque de la première échéance, fixée au 3 l Juillet.

C'est alors que le cardinal, les joailliers ayant négligé de se présenter devant la reine pour la remercier, exigeait d'eux qu'ils lui écrivissent leurs remercîments. Malheureusement cette lettre de Boehmer, reçue par la reine, lue par elle, tout haut, devant ses femmes présentes; cette lettre, qui eût pu être une révélation, était considérée par la reine comme un nouvel acte de folie de ce marchand qui l'avait menacée de se jeter à l'eau. La reine n'y comprenant rien et n'y voyant cc qu'une énigme du Mercure, la jetait au feu. Et qui pourrait essayer de nier l'ignorance de la reine? Ne faudrait-il pas nier cette note écrite au moment où la fraude va être découverte, et trouvée dans le peu de papiers du cardinal échappés au feu allumé par l'abbé Georgel?

« Envoyé chercher une seconde fois B. (Boehmer). La tête lui tourne depuis que A. (la reine) lui a dit: Que veulent dire ces gens-là? Je crois qu'ils perdent la tête. »

Ceci se passait le 12 Juillet. Quelques jours après, Mme de la Motte avertissait le cardinal que les 700,000 livres, payables au 3 l Juillet, ne seraient pas payées, que la reine en avait disposé; mais que les intérêts seraient acquittés.

La préoccupation de ce payement qui manque, le souci de faire attendre les joailliers, troublent le cardinal. Il s'alarme.

A ce moment, il lui tombe sous les yeux de l'écriture de la reine. Il soupçonne. Il mande Mme de la Motte. Elle arrive tranquille, et le rassure. Elle n'a pas vu, dit-elle, écrire la reine; mais les approbations sont de sa main, il n'y a pas le moindre doute à avoir. Elle jure que les ordres qu'elle a transmis au cardinal lui viennent de la reine.

D'ailleurs, pour lui ôter toute inquiétude, elle va lui apporter 30,000 livres de la part de la reine pour les intérêts.

Et ces 30,000 livres, Mme de la Motte les apporte au cardinal.

Le cardinal ignore que Mme de la Motte les a empruntées sur des bijoux mis en gage chez son notaire, et tous ses soupçons tombent devant une pareille somme apportée par une femme qu'il nourrit de ses charités.

Le 3 Août, Boehmer voyait Mme Campan à sa maison de campagne, et tout se découvrait. Mme de la Motte faisait appeler le cardinal, dont l'aveuglement continuait sans que cette phrase de Bassange, du 4 Août, l'eût éclairé:

« Votre intermédiaire ne nous trompe-t-il pas tous les deux? »

Mme de la Motte se plaignait au cardinal d'inimitiés redoutables conjurées contre elle, lui demandait un asile, le compromettait par cette hospitalité, puis le quittait le 5, et se retirait à Bar-sur-Aube. Elle espérait que l'affaire se dénouerait sans éclat; elle comptait que le cardinal avait trop à risquer pour appeler sur son imprudence et sa témérité le bruit, la lumière, la justice. Compromis avec elle, le cardinal payerait et se tairait, pensait Mme de la Motte.

Toute cette affaire n'était donc qu'une escroquerie.

Encore l'idée n'en était-elle pas bien neuve. Le scandale n'était pas oublié d'une Mme de Cahouet de Villiers, qui par deux fois, en 1777, imitant l'écriture et la signature de Marie-Antoinette, s'était fait livrer d'importantes fournitures par la demoiselle Bertin; puis, réprimandée pour toute punition et pardonnée par la reine, fabriquait une nouvelle lettre signée Marie-Antoinette, au moyen de laquelle elle enlevait 200,000 livres au fermier général Béranger.

Une autre intrigue, moins ébruitée, presque inconnue du public même alors, n'avait-elle pas, quelques années après, annoncé l'affaire du collier, et montré la voie à l'imagination de Mme de la Motte? Une femme, en I782, s'était vantée, elle aussi, d'être honorée de la confiance et de l'intimité de la reine. Elle montrait des lettres de Mme de Polignac, qui la priait de se rendre à Trianon. Elle usait du cachet de la reine, surpris par elle sur la table du duc de Polignac. A l'entendre, elle disposait de la faveur de Mme de Lamballe; à l'entendre, elle avait, par son crédit sur la reine, désarmé le ressentiment de la princesse de Guémenée et de Mme de Chimay contre une dame de Roquefeuille.

Mêmes mensonges et mêmes dupes, c'est la même comédie, et, chose inconcevable, c'est le même nom: l'intrigante de I782 s'appelait, elle aussi, de la Motte!

Marie-Josephe-Françoise Waldburg-Frohberg, épouse de Stanislas-Henri-Pierre du Pont de la Motte, ci-devant administrateur et inspecteur du collège royal de la Flèche.

A l'appui de sa bonne foi de dupe, le cardinal de Rohan apportait la subite fortune et le soudain étalage de Mme de la Motte, ce mobilier énorme dont Chevalier avait fourni les bronzes, Sikes les cristaux, Adam les marbres; tout ce train, monté d'un coup de baguette, chevaux, équipage, livrée; tant de dépenses, l'achat d'une maison, d'une argenterie magnifique, d'un écrin de IOOOOO livres, tant d'argent jeté de tous les côtés aux caprices les plus ruineux, par exemple à un oiseau automate de 1,500 livres! La défense du cardinal rapprochait de ces dépenses les ventes successives de diamants faites par la femme la Motte, à partir du 1er Février, pour 27,000 livres, 16,000 livres, 36,000 livres, etc. ; les ventes de montures de bijoux pour 40 ou 50,000 livres; les ventes opérées en Angleterre par le mari de Mme de la Motte de diamants semblables à ceux du collier, d'après le dessin envoyé de France, pour 400,000 livres en argent, ou échangés contre d'autres bijoux, tels qu'un médaillon de diamants de 230 louis, des perles à broder pour 1,890 louis, etc.; tous échanges ou ventes certifiés par les tabellions royaux de Londres.

L'éclat de cette fortune et de ces dépenses, ajoutait la défense, avait été soigneusement dérobé au cardinal par Mme de la Motte. Elle le recevait dans un grenier lorsqu'il venait chez elle; et le 5 Août, lorsqu'elle le quittait pour aller h'3biter la maison qu'elle avait achetée à Bar-sur-Aube, elle lui disait se retirer chez une de ses parentes.

Mme de la Motte niait tout. Elle niait ses rapports avec les joailliers, ce bruit de faveur auprès de la reine répandu par elle, le récit fait par le cardinal de la remise du collier.

Ne voyant son salut que dans la perte du cardinal, elle imaginait cette fable d'une influence magnétique de Cagliostro sur le cardinal. C'était à Cagliostro, suivant elle, que le cardinal avait remis le collier. C'était Cagliostro qui avait fait prendre au cardinal le comte et la comtesse de la Motte pour agents en France et en Angleterre du dépècement et du changement de nature du collier. Les deux grands faits à sa charge, la fausse signature de la reine sur le marché, et la comédie de l'apparition de la reine au cardinal dans le parc de Versailles, Mme de la Motte les repoussait d'un ton léger. Suivant elle, « le cardinal ayant toujours gardé le plus grand secret sur cette négociation qu'il a conduite lui-même, elle ne connaît la négociation que comme le public, par les lettres patentes du mois de Septembre dernier et le réquisitoire en forme de plaintes du procureur général. »

Quant à la scène du parc de Versailles, elle s'écrie ironiquement dans son mémoire: « C'est le baron de Planta qui apparemment aura fait voir à M. de Rohan, ou lui aura fait croire qu'il voyait on ne sait quel fantôme à travers l'une de ces bouteilles d'eau limpide avec laquelle Cagliostro a fait voir notre auguste reine à la jeune demoiselle de la Tour » ; et raillant agréablement le cardinal:

« Dans ce rêve extravagant, M. de Rohan a-t-il donc reconnu le port majestueux, ces attitudes de tête qui n'appartiennent qu'à une reine, fille et soeur d'empereur? »

Une déposition inattendue venait faire justice du persiflage de Mme de la Motte. Un religieux minime déclarait avoir désiré prêcher à la Cour, pour obtenir le titre de prédicateur du roi. Refusé pour un de ses sermons soumis au grand aumônier de France, il avait été engagé à se présenter chez Mme de la Motte, qui, lui dit-on, gouvernait le cardinal, et lui obtiendrait cette faveur. Il avait suivi le conseil, réussi auprès de Mme de la Motte, prêché devant le roi. De là une grande reconnaissance du religieux, qui devenait l'ami de Mme de la Motte et son commensal habituel.

Un jour qu'il y dînait, il avait été frappé de la beauté d'une jeune personne et de sa ressemblance avec la reine.

Il se rappelait l'avoir vue reparaître le soir, après une seconde toilette, avec la coiffure habituelle de la reine.

Sur cette déposition, sur les recherches de la police, la demoiselle Oliva était arrêtée, le 17 Octobre, à Bruxelles, et amenée à la Bastille. Interrogée, elle confirmait la déposition du Père Loth. Un homme qui l'avait rencontrée au Palais-Royal, lui avait rendu plusieurs visites. Il lui parlait de protections puissantes qu'il voulait lui faire obtenir, puis lui annonçait la visite d'une dame de grande distinction qui s'intéressait à elle. Cette dame était Mme de la Motte. Elle se disait à la d'Oliva chargée par la reine de trouver une personne qui pût faire quelque chose qu'on lui expliquerait lorsqu'il en sera temps, et lui offrait 15,000 livres. La d'Oliva acceptait. C'était dans les premiers jours d'Août. Le comte et la comtesse de la Motte amenèrent la d'Oliva à Versailles. Ils sortent, puis reviennent, et lui annoncent que la reine attend avec la plus vive impatience le lendemain, pour voir comment la chose se passera. Le lendemain, c'est la comtesse qui s'occupe elle-même de la toilette de la d'Oliva. Elle lui met une robe de linon, une robe à l'enfant, ou une gaule, appelée plus communément une chemise, et la coiffe en demi-bonnet.

Quand elle est habillée, la comtesse lui dit: « - Je vous conduirai ce soir dans le parc, et vous remettrez cette lettre à un très grand seigneur que vous y rencontrerez. » Entre 11 heures et minuit, Mme de la Motte lui jetait un mantelet blanc sur les épaules, une thérèse sur la tête, et la conduisait au parc. En chemin, elle lui remettait une rose: « - Vous remettrez cette rose avec la lettre à la personne qui se présentera devant vous et vous lui direz seulement: Vous savez ce que cela veut dire. » Arrivée au parc, Mme de la Motte fait placer la d'Oliva dans une charmille, puis va chercher le grand seigneur, qui s'approche en s'inclinant.

La d'Oliva dit la phrase, remet la rose ..... « -Vite! vite! venez! » C'est Mme de la Motte qui accourt et l'entraîne.

Ce démenti, donné à toute la défense de Mme de la Motte, n'abattit point son impudence. Mais bientôt un autre démenti confondait ses mensonges. Rétaux de Villette, son confident, son secrétaire, arrêté à Genève, avouait qu'abusé par l'influence de Mme de la Motte, par l'espérance d'une fortune auprès du cardinal, il avait écrit, sous la dictée de Mme de la Motte, toutes les fausses lettres qui avaient trompé M. de Rohan. Il avouait qu'il avait tracé, sous ses ordres, les mots Approuvé en marge du traité de vente du collier, tracé au bas la signature Marie-Antoinette de France. (1)

Ainsi, « une intrigante, dit Mme Campan, avait tout ourdi. Elle avait trompé le cardinal et le joaillier, contrefait (ou fait contrefaire) la signature de la reine, et imaginé une rencontre entre la reine et le cardinal, le soir, dans les jardins de Versailles, où une fille nommée Oliva, qui ressemblait étrangement à Marie-Antoinette, se montra un instant et disparut dans les bosquets. Le cardinal fut dupe de cette ressemblance comme il l'avait été de tout le reste.

« Madame, belle-soeur du roi, avait été la seule protectrice de Mme de la Motte, qui se disait descendante de la maison de Valois, et cette protection s'était bornée à lui faire accorder une mince pension de 1200 ou 1500 francs. Son frère avait été placé dans la marine royale, où le marquis de Chabert, auquel il avait été recommandé, ne put jamais en faire un officier estimable.

« La reine chercha vainement à se rappeler les traits de cette femme, dont elle avait souvent entendu parler comme d'une intrigante qui venait souvent le dimanche dans la galerie de Versailles, où le public était admis comme dans le parc; et lorsqu'à l'approche où le procès du cardinal occupait toute la France, on mit en vente le portrait de la comtesse de la Motte-Valois, Sa Majesté me dit, un jour où j'allais à Paris, de lui acheter cette gravure que l'on disait assez ressemblante pour qu'elle vît si elle lui retrouvait une personne qu'elle devait avoir aperçue dans la galerie.

« Non seulement la reine, mais tout ce qui approchait Sa Majesté n'avait jamais eu la moindre relation avec cette intrigante; et, dans son procès, elle ne put indiquer qu'un nommé Duclos, garçon de la chambre de la reine, auquel elle prétendait avoir remis le collier de Bcehmer.

Ce Duclos était un fort honnête homme. Confronté avec la femme de la Motte, il fut prouvé qu'elle ne l'avait jamais vue accoucheur qu'une fois, chez la femme d'un chirurgien de Versailles, qui était la seule personne chez qui elle allait à la Cour, et qu'elle ne lui avait point remis le collier.

Mme de la Motte avait épousé un simple garde du corps de Monsieur; elle logeait à Versailles, dans un très médiocre hôtel garni, A la Belle-Image' et l'on ne peut concevoir comment une personne aussi obscure était parvenue à se faire croire amie de la reine, qui, malgré son extrême bonté, n'accordait d'audience que très rarement seulement aux personnes titrées.» (1)

 

(1) Histoire de Marie-Antoinette, par E. et J. DE GONCOURT

Il fut prouvé au procès :

 

1° Que le cardinal avait été persuadé qu'il achetait le collier pour la reine;

2° Que l'autorisation signée : Marie-Antoinette de France, était écrite de la main de Vilette, à l'instigation de la dame de la Motte;

3° Que le collier avait été livré à Mme de la Motte pour le faire remettre à la reine;

4° Que son mari l'avait porté dépecé Londres; qu'il en avait vendu pour son compte les pierres les plus précieuses.

 

1 Mme CAMPAN. Mémoires.

 

A suivre...

Le Roy de Sainte-Croix (Les Quatre Rohan).

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TROISIEME EXTRAIT

 

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LE CARDINAL AU BAPTÊME DU DAUPHIN

 

En 1781, la reine accoucha de celui qui devait mourir chez le cordonnier Simon. Voici cc que raconte Mme d'Oberkirch à l'occasion de cc pauvre dauphin:

« Pendant ma maladie, un grand événement eut lieu à Versailles: la reine était accouchée de M. le dauphin.

Il fut baptisé le lendemain de sa naissance par M. le cardinal-prince de Rohan, grand-aumônier, évêque de Strasbourg, et tenu sur les fonts au nom de l'empereur et de Mme de Piémont, par Monsieur frère du roi, et par Madame comtesse de Provence. La mode vint de porter des dauphins en or, ornés de brillants, comme on portait des jeannettes. » (1)

 

1 Mémoires de la baronne d'Oberkirch. T. Ier, p. 157

 

CAGLIOSTRO EN ALSACE

CHEZ LE CARDINAL DE ROHAN

 

« En arrivant à Strasbourg, à la fin de Novembre 1780, dit encore la baronne d'Oberkirch, nous trouvâmes toutes les têtes occupées d'un charlatan devenu célèbre, qui commençait alors, avec une rare adresse, les jongleries qui lui ont fait jouer un rôle si étrange. Je vais en dire ce que j'en ai vu, avec sincérité, laissant à mes lecteurs à juger ce que je n'ai pu comprendre ...... Un huissier, ouvrant les deux battants de la porte, annonça tout à coup: -

« S. Exc. M. le comte de cc Cagliostro! Je tournai promptement la tête. J'avais entendu parler de cet aventurier depuis mon arrivée à Strasbourg, n).ais je ne l'avais pas encore rencontré. Je restai stupéfaite de le voir entrer ainsi chez l'évêque, de l'entendre annoncer avec cette pompe, et plus stupéfaite encore de l'accueil qu'il reçut. Il était en Alsace depuis le mois de Septembre, et il y faisait un bruit incroyable, prétendant guérir toutes sortes de maladies. Comme il ne recevait pas d'argent, et qu'au contraire il en répandait beaucoup parmi les pauvres, il attirait la foule chez lui, malgré la non-réussite de sa panacée. Il ne guérissait que ceux qui se portaient bien, ou du moins ceux chez lesquels l'imagination était assez forte pour aider le remède. La police avait les yeux sur lui, elle le faisait épier d'assez près, et il affectait de la braver. On le disait Arabe; cependant, son accent était plutôt italien ou piémontais. J'ai su depuis qu'en effet il était de Naples. A cette époque, pour frapper l'esprit du vulgaire, il affectait des bizarreries. Il ne dormait que dans un fauteuil et ne mangeait que du fromage.

« Il n'était pas absolument beau, mais jamais physionomie plus remarquable ne s'était offerte à mon observation.

Il avait surtout un regard d'une profondeur presque surnaturelle; je ne saurais rendre l'expression de ses yeux; c'était en même temps de la flamme et de la glace, il attirait et il repoussait; il faisait peur et il inspirait une curiosité insurmontable. On traçait de lui deux portraits différents, ressemblants tous les deux et aussi dissemblables que possible. Il portait à sa chemise, aux chaînes de ses montres, à ses doigts, des diamants d'une grosseur et d'une eau admirables; si ce n'était pas du strass, cela valait la rançon d'un roi. Il prétendait les fabriquer lui-même.

Toute cette friperie sentait le charlatan d'une lieue.

« A peine le cardinal l'aperçut-il, qu'il courut au-devant de lui, et pendant qu'il saluait à la porte, il lui dit quelques mots que je ne cherchai pas à entendre. Tous les deux vinrent vers nous; je m'étais levée en même temps que l'évêque, mais je me hâtai de me rasseoir, ne voulant pas laisser croire à cet aventurier que je lui accordais quelque attention. Je fus bientôt contrainte à m'en occuper néanmoins, et j'avoue en toute humilité, aujourd'hui, que je n'eus pas à m'en repentir, ayant toujours beaucoup aimé l'extraordinaire.

« Son Éminence trouva le moyen, au bout de quelque cinq minutes, et quelque résistance que j'y fisse, ainsi que M. d'Oberkirch de nous mettre en conversation directe; elle eut le tact de ne je serais partie sur-le-champ, pas me nommer, sans quoi mais elle le mêla dans nos propos et nous dans les siens; il fallut bien se répondre.

Cagliostro ne cessait de me regarder; mon mari me fit signe de partir; je ne vis pas ce signe; mais je sentis ce regard entrant dans mon sein comme une vrille, je ne trouve pas d'autre expression. Tout à coup, il interrompit M. de Rohan, lequel, par parenthèse, s'en pâmait de joie, et me dit brusquement:

« - Madame, vous n'avez pas de mère, vous avez à cc peine connu la vôtre, et vous avez une fille. Vous êtes la « seule fille de votre famille et vous n'aurez pas d'autre cc enfant que celle que vous avez déjà.

« Je regardai autour de moi, si surprise, que je ne suis pas revenue encore d'une telle audace s'adressant à une femme de ma qualité. Je crus qu'il parlait à une autre, et je ne répondis pas.

« -.Répondez, Madame, reprit le cardinal d'un air suppliant.

« -. Monseigneur, Mme d'Oberkirch ne répond qu'à ceux qu'elle a l'honneur de connaître sur pareilles matières, répliqua mon mari d'un ton presque impertinent; je craignis qu'il ne manquât de respect à l'évêque.

« Il se leva et salua d'un air hautain; j'en fis de même.

Le cardinal, embarrassé, accoutumé à trouver partout des courtisans, ne sut quelle contenance tenir. Cependant, il s'approcha de M. d'Oberkirch, Cagliostro me regardait toujours) et lui adressa quelques mots d'une si excessive prévenance, qu'il n'y eut pas moyen de se montrer rebelle.

« - M. de Cagliostro est un savant qu'il ne faut pas traiter comme un homme ordinaire, ajouta-t-il;  demeurez quelques instants, mon cher baron; permettez à Mme d'Oberkirch de répondre; il n'y a là ni péché ni  inconvenance, je vous le promets, et d'ailleurs, n'ai-je  pas des absolutions toutes prêtes pour les cas réservés?

« - Je n'ai pas l'honneur d'être de vos ouailles, Mon seigneur, interrompit M. d'Oberkirch, avec un reste de mauvaise humeur.

« - Je ne le sais que trop, Monsieur, et j'en suis marri; vous feriez honneur à notre église. Mme la baronne, dites-nous si M. de Cagliostro s'est trompé, dites-nous le, je vous en supplie.

«- Il ne s'est point trompé dans ce qui concerne le passé, répliquai-je, entraînée par la vérité.

« - Et je ne me trompe pas davantage en ce qui concerne l'avenir répondit-il d'une voix si cuivrée, qu'elle retentissait comme une trompette voilée de crêpe.

« - Il faut bien que je l'avoue, j'eus en ce moment un irrésistible désir de consulter cet homme; et la crainte de contrarier M. d'Oberkirch, dont je savais l'éloignement pour ces sortes de mômeries, put seule m'en empêcher.

Le cardinal restait· bouche béante; il était visiblement subjugué par cet habile jongleur et ne ra que trop prouvé depuis. Ce jour-là restera irrévocablement gravé dans ma mémoire. J'eus de la peine à m'arracher à une fascination que je comprends difficilement aujourd'hui, bien que je ne puisse la nier.

« Je n'en ai pas : fini avec Cagliostro, et ce qui me reste à dire de lui est au moins aussi singulier et plus inconnu encore. Il prédit d'une manière certaine la mort de l'impératrice Marie-Thérèse, à l'heure même où elle rendait le dernier soupir. M. de Rohan me le dit le soir même, et la nouvelle n'arriva que cinq jours après.» (1)

L'année suivante, Mme d'Oberkirch était de nouveau établie à Strasbourg; un jour, on lui remet cc une lettre cachetée d'un sceau immense, par laquelle Mgr. le cardinal de Rohan l'invitait à dîner, ainsi que M. d'Oberkirch, trois jours après. Je ne compris rien à cette politesse, dit-elle, à laquelle nous n'étions point accoutumés.

« - Je gage, dit mon mari, qu'il veut nous mettre en face de son maudit sorcier, auquel je ferais volontiers un  mauvais parti.

 

1 Mémoires de la baronne d'Oberkirch, t. 1er, p. 135.

 

 

« - Il est à Paris, répliquai-je.

« - Il est ici depuis un mois, suivi par une douzaine de folles, auxquelles il a persuadé qu'il allait les guérir.

« C'est une frénésie, une rage; et des femmes de qualité, encore! voilà le plus triste. Elles ont abandonné Paris à  sa suite, elles sont ici parquées dans des cellules; tout leur est égal, pourvu qu'elles soient sous le regard du grand cophte, leur maître et leur médecin. Vit-on jamais pareille démence ?

« - Je croyais qu'il était allé soigner le prince de « Soubise?

« - Sans doute, mais il est revenu, et avec le cortège.

« Depuis son retour, il a guéri ici, d'une fièvre imaginaire, un officier de dragons qui passait pour gravement malade. C'est à qui, depuis lors, réclamera ses conseils.

« Il fait grandement les choses, je l'avoue, et c'est un philanthrope de la meilleure espèce. Ce mot, inventé depuis peu par le reste des encyclopédistes, me sembla au moins aussi étrange que ce qui précédait.  Nous hésitâmes assez longtemps avant de répondre au prince. M. d'Oberkirch avait grande envie de refuser, et moi, toujours au contraire, ce désir inconcevable de revoir le sorcier, ainsi que l'appelait mon mari. La crainte d'être impolis envers Son Eminence nous décida à accepter.

J'avoue que le coeur me battait au moment où j'entrai chez le cardinal; c'était une crainte indéfinissable et qui n'était pourtant pas sans charme. Nous ne nous étions pas trompés: Cagliostro était là.

« Jamais on ne se fera une idée de la fureur, de la passion avec laquelle tout le monde se jetait à sa tête; il faut l'avoir vu. On l'entourait, on l'obsédait; c'était à qui obtiendrait de lui un regard, une parole. Et ce n'était pas seulement dans notre province: à Paris, l'engouement était le même. M. d'Oberkirch n'avait rien exagéré. Une douzaine de femmes de qualité, plus deux comédiennes, l'avaient suivi pour ne pas interrompre leur traitement, et la cure de l'officier de dragons, feinte ou véritable, acheva de le diviniser. Je m'étais promise de ne me singulariser en rien, d'accepter comme les autres la science merveilleuse de l'adepte, ou du moins d'en avoir l'air, mais de ne jamais me livrer avec lui, ni de lui donner l'occasion d'étaler sa fatuité pédante, et surtout de ne point permettre qu'il franchît le seuil de notre porte.

« Dès qu'il m'aperçut, il me salua très respectueusement; je lui rendis son salut sans affectation de hauteur ni de bonne grâce. Je ne savais pourquoi le cardinal tenait à me gagner plus qu'une autre. Nous étions une quinzaine de personnes, et lui ne s'occupa que de moi. Il mit une coquetterie raffinée à m'amener à sa manière de voir. Il me plaça à sa droite, ne causa presque qu'avec moi, et tâcha, par tous les moyens possibles, de m'inculquer ses convictions. Je résistai doucement, mais fermement; il s'impatienta et en vint aux confidences en sortant de table.

Si je ne l'avais pas entendu, je ne supposerais jamais qu'un prince de l'Eglise romaine, un Rohan, un homme intelligent et honorable sous tant d'autres rapports, puisse se laisser subjuguer au point d'abjurer sa dignité, son libre arbitre, devant un chevalier d'industrie.

« - En vérité, Madame la baronne, vous êtes trop «difficile à convaincre. Quoi! ce qu'il vous a dit à vous « même, ce que je viens de vous raconter, ne vous a pas « persuadée! Il vous faut donc tout avouer; souvenez « vous au moins que je vais vous confier un secret d'importance. »

 « Je me trouvai fort embarrassée; je ne me souciais pas de son secret, et son inconséquence très connue dont il me donnait du reste une si grande preuve, me faisait craindre de partager l'honneur de sa confiance avec trop de gens, et avec des gens indignes de lui. J'allais me récuser, il le devina.

« - Ne dites pas non, interrompit-il, et écoutez-moi.

« Vous voyez bien ceci? »

« Il me montrait un gros solitaire qu'il portait au petit doigt et sur lequel étaient gravées les armes de la maison de Rohan; c'était une bague de 20,000 livres au moins.

« - C'est une belle pierre, Monseigneur, et je l'avais déjà admirée.

« - Eh bien! c'est lui qui l'a faite, entendez-vous; il « l'a créée avec rien; je l'ai vu, j'étais là, les yeux fixés « sur le creuset, et j'ai assisté à l'opération. Est-ce de la « science? Qu'en pensez-vous, Madame la baronne? On « ne dira pas qu'il me leurre, qu'il m'exploite; le joaillier et le graveur ont estimé le brillant à 25,000 livres. Vous  conviendrez au moins que c'est un étrange filou que celui qui fait de pareils cadeaux. »

« Je restai stupéfaite, je l'avoue; M. de Rohan s'en aperçut et continua, se croyant sûr de sa victoire:

« - Ce n'est pas tout: il fait de l'or; il m'en a composé devant moi, pour 5 ou 6,000 livres, là-haut, dans les combles du palais. J'en aurai davantage, j'en aurai beaucoup; il me rendra le prince le plus riche de l'Europe. Ce ne sont point des rêves, Madame, ce sont des preuves. Et ses prophéties toutes réalisées, et toutes les guérisons miraculeuses qu'il a opérées! Je vous dis que c'est l'homme le plus extraordinaire, le plus sublime et  dont le savoir n'a d'égal au monde que sa bonté. Que (c d'aumônes il répand que de bien il fait! cela passe toute imagination.

« - Quoi! Monseigneur, Votre Excellence ne lui a rien donné pour tout cela, pas la moindre avance, pas de  promesses, pas d'écrit qui vous compromette. Pardonnez  ma curiosité, puisque vous voulez bien me confier ces mystères, je ....

«- Vous avez raison, Madame, et je puis vous  assurer un fait, c'est qu'il n'a absolument rien demandé, qu'il n'a rien reçu de moi.

«  - Ah! Monseigneur! m'écriai-je, il faut que cet homme compte exiger de vous de bien dangereux sacrifices, pour acheter aussi cher votre confiance illimitée!

« A votre place, j'y prendrais garde; il vous conduira loin. Le cardinal ne me répondit que par un sourire d'incrédulité; mais je suis sûre que plus tard, dans l'affaire du collier, lorsque Cagliostro et Mme de la Motte l'eurent jeté au fond de l'abîme, il se rappela mes paroles.

« Nous causâmes ainsi presque toute la soirée; et je finis par découvrir le but de ses cajoleries; le pauvre prince n'agissait pas de lui-même. Cagliostro savait mon amitié intime avec la grande-duchesse, et il avait insisté auprès de son protecteur, pour qu'il me persuadât de son pouvoir occulte, afin d'arriver par moi à Son Altesse Impériale. Le plan n'était pas mal conçu, mais il échoua devant ma volonté; je ne dis pas ma raison, elle eût été insuffisante; je ne dis pas ma conviction, je la sentais ébranlée. Il est certain que si je n'avais pas dominé le penchant qui m'entraînait vers le merveilleux, je fusse devenue, moi aussi peut-être, la dupe de cet intrigant.

L'inconnu est si séduisant! Le prisme des découvertes et des sciences astrologiques a tant d'éclat! Ce que je ne puis dissimuler, c'est qu'il y avait en Cagliostro une puissance démoniaque; c'est qu'il fascinait l'esprit, c'est qu'il domptait la réflexion. Je ne me charge pas d'expliquer ce phénomène, je le raconte, laissant à de plus instruits que moi le soin d'en percer le mystère.

« Le cardinal de Rohan perdit plus tard des sommes immenses, prodigieuses, avec ce désintéressé. On assure pourtant qu'il est encore complètement aveuglé et qu'il n'en parle que les larmes aux yeux. Quelle tête que celle de ce prélat! Quelle position il a gâtée! Que de mal il a fait par sa faiblesse et son inconséquence! Il l'expie cruellement; mais il a été bien coupable!»

M. Ch. Asselineau publia en 1862, sous le titre de : Mélanges curieux et anecdotiques) chez Téchener, à Paris, une collection des autographes et des documents historiques appartenant à M. Fossé-Darcosse, un fort volume in-8°.

Dans le nombre des pièces se trouvait une lettre autographe signée par le prince-évêque de Strasbourg, Louis-René de Rohan. C'était pour recommander Cagliostro à Strasbourg.

Cette lettre de trois pages in-4°, datée de Versailles, le 13 Janvier 1783, et adressée au comte de .... , a pour objet de recommander la personne de M. de Cagliostro, qu'il seroit advantageux de fixer dans la ville de Strasbourg, en le détournant de l'idée de retourner à Bastia. Il a droit: « A toutes les nuances de votre bienfaisance sous le rapport de son honnesteté et de son attachement singulier à tout ce qui prend dans son esprit le caractère d'utilité pour l'homme souffrant. ... »!

 

1 Le Bibliographe alsacien. N° 7, 1863, p. 189.

 

A suivre...

Le Roy de Sainte-Croix (Les Quatre Rohan).

 

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DEUXIEME EXTRAIT.


LOUIS-RENÉ DE ROHAN

A SAVERNE

 

545px-Blason fam fr Rohan-Soubise.guemene...Louis-René de Rohan doit être compté parmi les collectionneurs alsaciens. Son château de Saverne était une merveille, contre laquelle luttaient inutilement bien des palais de princes souverains.

Le cardinal, que son secrétaire, l'abbé Georgel, nous représente comme ayant eu toujours du goût pour les sciences occultes et la botanique, fut, par suite de ses liaisons avec Cagliostro, entraîné dans des expériences qui, à la fin, lui coûtèrent l'honneur et la liberté. Il avait fait construire un cabinet de physique expérimentale avec sa table de marbre, destinée à la démonstration des diverses lois de la mécanique, et un cabinet d'histoire naturelle renfermant plusieurs objets curieux. Le Directoire du département du Bas-Rhin fit transférer toutes ces collections pour en enrichir celles de la ville de Strasbourg. Les splendides volumes de la bibliothèque, sur les plats desquels étaient frappées en or les armoiries cardinalices avec cette mention: EX BIBLIOTHECA TABERNENSI, suivirent le même chemin. Chose à remarquer: pendant que ces raretés disparaissaient de Saverne pour être plus tard la proie des flammes à Strasbourg, les démocrates du lieu achetaient, pour leur club, les tables, chaises, bancs et autres meubles tirés des bâtiments du commun.

 

1 A. Benoît. Collections et Collectionneurs alsaciens, p. 29. 

 

 On raconte mille anecdotes plaisantes de ce cardinal grand seigneur et bon enfant.

Louis-René de Rohan, la Belle Éminence) aimait beaucoup les saillies spirituelles, et souvent il lui en échappait il lui-même de très-fines ct de fort bien tournées; d'un autre côté, il aimait le faste de la table, ct sa maison était toujours pleine de gens qui, Salent le plaisir et l'honneur d'y pour beaucoup, se faisait plaisir de prendre un bon dîner. Tous les jours vingt couverts étaient servis au château de Savcrne.

Un pauvre chevalier de Saint-Louis ayant eu occasion de sentir combien il était agréable de s'asseoir il la table épiscopale, jugea bon de s'y présenter souvent ct de profiter gratuitement de la généreuse hospitalité du fastueux prélat; mais comme sa pauvreté ne lui permettait pas de faire comme les autres convives qui, en se levant de table, glissaient sous le pli de leur serviette une pièce pour le valet de service, celui-ci résolut de s'en venger. Il signala donc à son maitre cet hôte importun, qui arrivait toujours sans invitation. Le cardinal, piqué de curiosité, ordonna que, la première fois qu'il se représenterait, on le mît tout à côté de lui, à sa droite. Le chevalier ne fut pas peu surpris d'un pareil honneur, ct il n'en augura rien de bon en constatant un sourire moqueur sur la lèvre du serviteur.

Le dîner marcha cependant très bien, et le brave chevalier croyait déjà qu'il avait été oublié, lorsque l'entretien se tourna sur un point théologique. Tout-à-coup le cardinal, visant le chevalier, lui demande à brûle-pourpoint combien de diables il connaissait. L'hôte fut loin de se déconcerter:

- Ventre-saint-gris, Éminence, j'en connais trois.

- En vérité? Et quels sont ces trois diables?

- Eminence, il y a un pauvre diable, un bon diable et un mauvais diable. Le pauvre diable, c'est moi, qui trouve à manger chez un bon diable, qui est Votre Éminence.

Quant au mauvais diable, c'est celui qui a voulu me mettre dans l'embarras en me jouant un mauvais tour.

Et il désigna l'officier servant.

Le prélat fut si enchanté d'une répartie aussi Spirituelle, qu'il ordonna que le couvert du pauvre pensionnaire fùt tous les jours mis à la table épiscopale.

Voici comment reparle du cardinal et de sa magnificence, la satirique baronne d'Oberkirch, dans ses curieux Mémoires:

« … j’étais tenue à rester quelques temps à Strasbourg: le rang que j'y occupais m'en faisait une loi. En y arrivant à la fin de Novembre (1780), nous fùmes rendre nos, devoirs à S. E. le cardinal de Rohan, prince-évêque de Strasbourg. Il revenait d'un voyage de l'autre côté du Rhin, où il était allé visiter ses domaines. C'est le troisième ou même le quatrième cardinal du nom de Rohan qui soit évêque de Strasbourg, de sorte qu'il regarde un peu les terres de l'église comme lui appartenant par droit d'héritage.

Il a bâti et arrangé à Saverne une des plus charmantes résidences du monde. C'est un beau prélat, fort peu dévot, fort adonné aux femmes; plein d'esprit et d'amabilité, mais d'une faiblesse, d'une crédulité qu'il a expiées bien cher, et qui a coûté bien des larmes à notre pauvre reine dans la misérable histoire du collier.

« Son Éminence nous reçut dans son palais épiscopal, digne d'lm souverain. Il menait un train de maison ruineux et invraisemblable il raconter. Je ne dirai qu'une chose, elle donnera l'idée du reste. Il n'avait pas moins de quatorze maîtres d'hôtel et vingt-cinq valets de chambre.

Jugez! Il était 3 heures de l'après-midi, la veille de l'octave de la Toussaint; le cardinal sortait de sa chapelle, en soutane de moire écarlate et en rochet d'Angleterre d'un prix incalculable. Il avait une aube des grandes cérémonies quand il officiait à Versailles, en point à l'aiguille d'une telle richesse, qu'on osait à peine les toucher. Ses armes et sa devise étaient disposées en médaillons au-dessus de toutes les grandes fleurs; on l'estimait plus de IOO,OOO livres.

Ce jour-là nous n'avions que le rochet d'Angleterre, un de ses moins beaux, disait l'abbé Georgel, son secrétaire. Le cardinal portait à la main un missel enluminé, meuble de famille d'une antiquité et d'une magnificence uniques; les livres imprimés n'étaient pas dignes de lui.

« Il vint au-devant de nous avec une galanterie et une politesse de grand seigneur que j'ai rarement rencontrées chez personne. Il s'informa de nous, des princes de Montbéliard, de la grande-duchesse de Russie, comme si cela eût été son unique affaire. Il nous raconta son voyage avec mille détails intéressants; je me souviens entre autres qu'il nous parla de Salzbach, le lieu où fut tué le maréchal de Turenne.

« La pensée m'est venue, nous dit-il, d'élever un monument à ce grand homme; j'ai donc acheté le champ où un boulet le frappa et avec lui la fortune de la France, cc pour y faire construire une pyramide. Je ferai bâtir à cc côté une maison pour y établir un gardien, un vieux cc soldat invalide du régiment de Turenne; je désire que ce soit de préférence un Alsacien. La pyramide aura vingt-cinq pieds de haut et sera entourée de lauriers, garantis des passants par une grille en fer. Que vous semble de ce projet, Madame la baronne? »

« Nous assurâmes Son Éminence qu'il était tout à fait patriotique. Une conversation intéressante commença alors; j'y prenais un vrai plaisir, le cardinal était fort instruit et fort aimable. »

En I776, Ch. Guérin avait fait un joli portrait du cardinal Louis-Constantin de Rohan. La gravure en a été donnée par M. G. Guntz au musée de Saverne (N° 135 du Catalogue de I872).

On raconte plus d'une anecdote sur le caractère léger, excentrique, extravagant de ce prélat. En voici une qui le montre dans toute sa plénitude: La veille de Noël, un marché de jouets d'enfants et de menus objets de table, de vaisselle, de poteries, un vrai bazar, se tenait sur la place qui se trouve devant le château épiscopal. Une brave vieille femme avait là, tout le long du passage, à terre, un étalage de plats et d'assiettes que de rares chalands venaient marchander.

Le prélat arrivait de promenade au grand trot dans son carrosse, et, sans égard pour la porcelaine opaque, fait passer ses chevaux et sa voiture sur l'étalage de la pauvre vieille. Elle se désolait déjà, et toutes ses voisines s'ameutaient, lorsque l'extravagant cardinal lui fait remettre en bon et bel or trois fois la valeur de son stock fragile.

De pleurer, la marchande pousse des éclats de rire, et ses rivales de regretter que pareil malheur ne leur soit pas arrivé! »...

 

A suivre.

 

Le Roy de Sainte Croix (Les Quatre Rohan).

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PREMIER EXTRAIT

 

IV

 

LOUIS-RENÉ-ÉDOUARD

DE

ROHAN-GUÉMÉNÉE

1779-1803

 

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LOUIS-RENÉ DE ROHAN A L'UNIVERSITE

 

La Galerie de l'ancienne Cour ou Mémoires Anecdotes pour servir à l'Histoire des règnes de Louis XIV et de Louis XV, raconte une très jolie difficulté qui se présenta en Sorbonne à propos du jcune abbé René de Rohan.

Dans le contrat de mariage du prince de Condé et de Mlle de Soubise, le père de la jeune princesse avait pris la qualité de très-Haut et très-puissant prince. Une contestation s'éleva il ce su jet, et les princes du sang, assemblés dans le cabinet du roi pour signer ce contrat, refusèrent d'accorder par leur signature il un prince étranger un titre qu'ils croyaient n'appartenir qu’à eux exclusivement. Il fut convenu qu'ils protesteraient avant que de signer et ils eurent trois mois pour produire les titres de leur prétention exclusive.

La maison de Rohan avait déjà eu une querelle de ce genre avec la noblesse. En voici l'origine:

« Un abbé d'Aubeuton, ci-devant docteur de M. le cardinal de Soubise, voulut se venger de cette maison qui, à son avis, ne l'avoit point suffisamment appuyé de son crédit. Le jour que le prince René faisoit sa supplique en Sorbonne, il s'y transporta pour demander au doyen de lui représenter le titre en vertu duquel il accordoit à la maison de Rohan la distinction de soutenir ses thèses les mains gantées et le bonnet sur la tête. Le doyen n'ayant pas voulu le satisfaire sur ce point, il alla trouver M. le marquis de Beauffremont et réchauffa assez pour le porter à faire signifier au doyen une opposition, tant en son nom qu'en celui de la noblesse, à ce qu'il ne fùt accordé à ceux de la maison de Rohan aucun privilège, protestant de se pourvoir, etc. L'huissier n'osa faire la signification qu'à la fin de l'acte du prince René; mais comme on n'en tint pas grand compte, M. de Beauffremont présenta, le 15 Décembre 1752, sa requête au Parlement, où, prenant fait et cause pour la noblesse, que son aïeul présidait aux derniers Etats, il demanda permission d'assigner le doyen de Sorbonne, à l'effet d'exhiber le titre sur lequel étoit fondé le prétendu privilège de la maison de Rohan, et jusqu'à ce qu'il fut fait défense à tous les docteurs, licenciés et autres suppôts de la faculté de théologie, de permettre à ceux de ladite maison de s'arroger aucuns droits ni prérogatives au préjudice de la noblesse. La cour lui permit d'assigner, et le roi ayant évoqué à lui cette contestation, prononça sur le tout. En même temps, il maintint la maison de Rohan, ainsi que la maison de Bouillon, dans la possession où elles étaient de prendre le titre de très-haut et de très excellent prince, et annula la protestation des princes du sang; mais ceux-ci, ayant présenté requête au roi contre(1) sa décision, Sa Majesté n'osant prononcer affirmativement, leur écrivit la lettre suivante:

«  Je ne veux ni juger ni faire juger si MM. de Rohan  sont princes ou non; . mais je veux que toutes choses soient remises dans l'état où elles étoient avant le mariage de M. le prince de Condé avec Mlle de Soubise, sans que les signatures du contrat puissent faire tort aux droits et prétentions d'un chacun, ni les favoriser. »

« Dans le fait, c'étoit donner gain de cause aux étrangers. On conçoit que de pareilles questions, bien loin de s'éclaircir avec le temps, ne peuvent que s'embrouiller davantage: mais Louis XV vouloit vivre en repos et ne fâcher personne. »

 

1 Mémoires-Anecdotes de Louis XIV et de Louis XV, t. III, p. 313.

 

LOUIS-RENÉ DE ROHAN

A STRASBOURG

 

Mme d'Oberkirch nous raconte comment elle vit le prince-évêque de Rohan pour la première fois, en 1778: « Je passai l'hiver à Strasbourg, dit-elle, et j'y étais le II Mars, au moment de l'intronisation du prince Louis de Rohan, succédant au siège du cardinal Constantin, son oncle, dont il était le coadjuteur. C'était un fort grand seigneur, pour qui les domaines de l'évêché en France et en Allemagne n'étaient, disait-il, qu'une bague au doigt.

Quel anneau pastoral! Son chapitre, composé de douze chanoines et de douze domicellaires, alla le recevoir à la porte de sa splendide cathédrale. Né en 1734, jeune encore par conséquent, il était fort beau sous ses riches ornements.

Je l'ai souvent rencontré, et j'aurai occasion d'en reparler encore. » (1)

 

1 Mme D’Oberkirch. Mémoires, t. 1, p. 124.

 

LOUIS-RENÉ DE ROHAN

FAIT PRENDRE POSSESSION

DE L'ÉVÊCHÉ DE STRASBOURG

 

Le cardinal Louis - Constantin de Rohan étant mort le II Mars I779, et ses services funèbres ayant été célébrés dans la cathédrale de Strasbourg, les 26, 27 et 28 Avril, le lendemain de ces services, le seigneur grand – prévôt donna dans la cathédrale, à l'issue des complies, possession du spirituel de l'évêché à M. l'évêque d'Arath, suffragant du diocèse, muni à cet effet de la procuration du nouveau prince-évêque Louis-René-Édouard, prince et cardinal de Rohan-Guéménée. Le grand-chapitre et le grand-choeur, ainsi que tout le clergé de la cathédrale et le séminaire, furent présents en habits de choeur à cette cérémonie, où l'on observa les mêmes formalités qu'en celle de I757. (1)

 

 

1 Grandidier. Essais sur la Cathédrale de Strasbourg, p. 205.

 

 

LE CARDINAL PRINCE DE ROHAN

A STRASBOURG

 

En 1780, le 3 Novembre, S. A. S. et E. Mgr. le cardinal-prince de Rohan fit sa première entrée dans Strasbourg.

En 1781, le 14 Juin, jour de la Fête-Dieu, elle fit, à l'issue de la grand'-messe, la procession publique et solennelle du Très-Saint Sacrement, assistée de MM. Du grand-choeur et précédée de toute sa cour: Cérémonie qu'on n'avait point vu faire dans la Cathédrale par les évêques-princes de Strasbourg depuis plus de vingt-huit ans...(1)

 

1 Grandidier. Essais sur la Cathédrale de Strasbourg, p. 2o3.

 

A suivre.

 

Le Roy de Sainte-Croix (Les Quatre Rohan).

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TROISIEME EXTRAIT.


MARIE-ANTOINETTE A SAVERNE

 

« Madame la dauphine arriva ici, de Strasbourg, le 8 Mai à 7 heures du soir, et y fut reçue par le cardinal de Rohan. Un bataillon du régiment dauphin et un détachement du régiment royal, cavalerie, formèrent une double haie dans l'avenue du château. Après un bal où Mme la dauphine dansa jusqu'a 9 heures) on tira un feu d'artifice.

Les dames de la suite de cette princesse et les dames autrichiennes eurent ensuite l'honneur de souper avec elle. Il y eut après, chez le cardinal de Rohan, une table de deux cents couverts splendidement servie. On avait illuminé avec beaucoup de goût une allée d'arbres d'une longueur immense, qui était terminée par un superbe arc de triomphe, où l'on voyait les chiffres de France, de Lorraine et d'Autriche.

Le lendemain, Mme la dauphine, après avoir déjeuné, entendit la messe et fit ensuite avec beaucoup de bonté ses adieux aux dames et seigneurs autrichiens, qui avaient eu l'honneur de l'accompagner jusqu'ici. Le cardinal de Rohan présenta à Mme la dauphine une femme âgée d'environ 105 ans, qui n'a jamais été malade. Cette femme lui dit en allemand:

« Princesse, je fais des voeux au ciel pour que vous viviez aussi longtemps que moi et aussi exempte de maladies..... Je le désire, répondit Mme la dauphine, dans la même langue, si c'est pour le bonheur de la France, et après lui avoir donné sa main à baiser, elle ordonna qu'on lui remit une somme d'argent. » (1)

 

(1)Journal politique. Année 1770.

 

SERVICE FUNÈBRE DE LOUIS XV

 

En 1774, le 10 Mai, Louis XV mourut. Son service solennel se tint dans la cathédrale de Strasbourg le 27 Juin.

M. le cardinal de Rohan et tous les corps ecclésiastiques et laïques y assistèrent.

La grande messe fut chantée par M. le comte de Truchsess. L'oraison funèbre fut prononcée en français par M. l'abbé Nihell, un des directeurs du séminaire. (1)

 

(1) Grandidier. Essais sur la Cathédrale de Strasbourg, p. 201.

 

SERVICE FUNÈBRE

POUR LE CARDINAL LOUIS-CONSTANTIN DE ROHAN(1) 

 

En 1779, le II Mars, à 4 heures du matin, mourut à Paris, en son hôtel, rue de Varenne, M. le cardinal Louis-Constantin de Rohan, âgé de 82 ans, laissant une mémoire précieuse à son diocèse et à tous les gens de bien. Mortuüs est in senectute bona, plenus dierum et glorioe. Ses trois services solennels furent célébrés dans la cathédrale de Strasbourg les 26, 27 et 28 Avril. Tous les corps de la ville y assistèrent les trois jours, ainsi que M. le maréchal de Contades, commandant la province. Les corps ecclésiastiques et réguliers de la ville furent invités par le seigneur grand-vicaire; les corps séculiers, c'est-à-dire l'état-major, le magistrat, la noblesse, ainsi que le conseil de la régence de Saverne, la chambre des comptes et les officiers de

l'évêché le furent par le grand-chapitre. M. le prince Ferdinand de Rohan, archevêque de Bordeaux et grand-prévôt, neveu du défunt, officia pontificalement le premier et le troisième jour. M. le comte Joseph-François-Antoine de Truchsess-Zeyl célébra la grand'-messe le second jour.

Neuf abbés réguliers en chape et en mître, deux députés de chaque collégiale du diocèse, en soutane et manteau long, assistèrent pareillement à cette cérémonie lugubre.

 

(1) Grandidier. Essais sur la Cathédrale de Strasbourg, p. 202.

 

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DEUXIEME EXTRAIT.

 

ÉLECTION DE LOUIS-RENÉ-ÉDOUARD

PRINCE DE ROHAN

COMME COADJUTEUR DE STRASBOURG

 

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En 1759, le 28 Septembre, le grand-chapitre de la cathédrale de Strasbourg s'assembla pour fixer le jour de l'élection d'un coadjuteur que le prince Louis-Constantin de Rohan avait demandé au pape. Cette élection se fit le 22 Novembre suivant, dans l'église cathédrale, suivant les formes usitées. La messe du Saint-Esprit fut chantée dans la chapelle de Saint-Laurent par le comte Maximilien-Frédéric de Koenigseck-Rotenfels. Les capitulaires, au nombre de sept présents, chargés en même temps de la procuration des absents, réunirent leurs voix en faveur du prince-neveu, Louis-René-Edouard, prince de Rohan-Guéménée, qui fut proclamé le même jour et conduit à l'autel de Saint-Laurent, où l'on chanta le Te Deum.

Cette élection ayant été confirmée par le pape Clément XIII, le 24 Mars 1760, le nouveau coadjuteur fut sacré, le 18 Mai suivant, évêque de Canople. (1)

La reine Marie Leczinska étant morte (24 Juin 1768), ses obsèques furent célébrées dans l'église cathédrale de Strasbourg, le 3 Août suivant. M. le cardinal de Rohan, ainsi que les différents corps ecclésiastiques et laïques, y assistèrent. La grand-messe fut chantée par le seigneur grand-doyen, M. le prince de Lorraine. (2)

 

 

(l) Grandidier. Essais sur la Cathédrale de Strasbourg, p. 190.

(2) Grandidier. Essais sur la Cathédrale de Strasbourg, p. 196.

 

 

MARIE-ANTOINETTE

FIANCÉE DU DAUPHIN (LOUIS XVI)

CHEZ LE CARDIN AL DE ROHAN

 

 

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Le 7 Mai 1770, l'archiduchesse Marie-Antoinette d'Autriche arriva à Strasbourg, se rendant à Paris, pour être dauphine de France. Elle fut logée au palais épiscopal et reçue avec les plus grands honneurs. On lui fit des fêtes magnifiques qui sont décrites tout au long dans notre ouvrage sur L'Alsace en fète sous la dOl1tÏnation des Louis de France.

Le 8, elle se rendit à la cathédrale pour y entendre la messe. M. le prince Louis de Rohan, coadjuteur de Strasbourg, en habits pontificaux, la reçut à la tête de son clergé et lui adressa un discours plein d'éloquence ct de sensibilité. Nous le reproduisons ici:

 

Par M. le coadjuteur à la porte de la cathédrale de Strasbourg :

 

« Madame,

« Les deux nations réunies dans ce temple s'empressent de rendre d'immortelles actions de grâces au Dieu des empires, qui, par des noeuds augustes et si désirés, va mettre le sceau à leur félicité commune, et cimenter une alliance dont le but a été de protéger la religion et de faire régner la paix.

« Vous voyez l'Alsace faire éclater sa Joie; la France vous attend pour couronner ses voeux, et dans les mouvements d'allégresse qui vont se manifester de toutes parts, reconnaissez, Madame, le même sentiment qui a fait verser des larmes à Vienne et qui laissent dans le coeur de ceux dont vous vous séparez les plus vifs et les plus tendres regrets : c'est ainsi que l'archiduchesse Antoinette est déjà connue, même où elle n'a pas encore été vue; ce n'est souvent que l'avantage de la naissance; pour vous, Madame, c'est le droit de vos vertus, c'est celui de vos grâces; c'est surtout la réputation de ces qualités naturelles et bienfaisantes que les soins d'une mère à jamais mémorable ont su perfectionner en vous. Vous allez être parmi nous la vivante image de cette impératrice chérie, depuis longtemps l'admiration de l'Europe, comme elle le sera de la postérité; c'est l'âme· de Marie-Thérèse qui va s'unir à

l'âme des Bourbons. D'une si belle union doivent naître

les jours de l'âge d'or, et nos neveux, sous l'heureux empire d'Antoinette et de Louis-Auguste, verront se perpétuer le bonheur dont nous jouissons sous le règne de Louis le Bien-Aimé. »

Son Altesse arriva au grand-choeur, au bas duquel se tenaient les Cent-Suisses, en passant au milieu de la haie formée par la troupe. Au pied de l'autel, qu'entouraient les gardes du corps, était placé un prie-dieu pour Mme la dauphine et des tabourets pour les dames de sa cour. Leclergé avait suivi Marie-Antoinette et était allé occuper les stalles du choeur. Le coadjuteur, avant de se mettre sous le dais pontifical, s'agenouilla au pied de l'autel, puis s'étant retourné vers la nef, il donna sa bénédiction.

Une messe en musique fut exécutée. Les derniers accords de la musique expiraient à peine sous la majestueuse voûte du dôme, que les personnes de la cour firent partir Mme la dauphine, sans attendre que M. le coadjuteur fût revenu à l'autel et eût de nouveau donné sa bénédiction. En voyant ce départ précipité, le clergé, qui devait accompagner Son Altesse jusqu'à la porte de l'église, et qui s'était déjà mis en mouvement, s'arrêta et laissa partir Mme la dauphine sans lui rendre les honneurs qui lui étaient dus. 1

Le cardinal de Rohan ajouta quelques mots touchants au superbe discours du coadjuteur, son parent. Voici les paroles prononcées:

 

Par M. le cardinal de Rohan

 

cc Née sur le trône des Césars, vous venez vous unir à celui des Charlemagne ct des Bourbons. L'Europe applaudit à ce lien, la religion se réjouit et l'Alsace ne peut contenir ses transports. Les miens, Madame, sont d'autant plus respectueux, qu'occupant un siège qu'ont illustré deux de vos ancêtres, j'ai l'honneur d'appartenir à l'empire et à la France. »

 

1 Müller L'archiduchesse Marie-Antoinette à Strasbourg, etc., p. 61

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III

 

LOUIS-CONSTANTIN DE

ROHAN -GUÉMÉNÉE-MONTBAZON

I756- I 779

 

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ÉLECTION DE LOUIS-CONSTANTIN

PRINCE DE ROHAN

COMME ÉVÊQUE DE STRASBOURG

 

Ès que le grand-chapitre eut fait rendre, dans la cathédrale, les derniers devoirs à l'évêque François-Armand-Auguste cardinal de Rohan-Soubise, mort à Saverne le 28 Juin 1756, il tint (le 1 Août) une assemblée où le jour de l'élection d'un nouvel évêque fut fixé au 23 Septembre.

Cette cérémonie fut annoncée par la grosse cloche qui sonna par trois fois. La messe solennelle du Saint-Esprit fut chantée à 8 heures par M. l'évêque de Tournay. Vers 9 heures, le chapitre, composé de dix chanoines capitulaires présents et chargés de la procuration de deux absents, s'assembla dans le lieu de l'élection. Le choix unanime tomba' sur le grand-prévôt Louis-Constantin, prince de Rohan. Sa naissance, son âge, son expérience et ses vertus le rendaient digne de cette éminente place. La publication ayant été faite dans les trois langues par le grand-écolâtre, le nouvel élu, entre l'archevêque de Rheims, son frère, grand-doyen, et l'évêque de Tournay, précédé de tous les autres chanoines, fut conduit au pied du grand-autel, où l'archevêque de Rheims entonna le Te Deum qui fut chanté en musique. On sonna pendant une heure de temps toutes les cloches de la cathédrale, et on fit une décharge des canons de la place.

-Le prince Constantin fut ensuite conduit au siége épiscopal, où il s'assit. Y étant resté quelque peu de temps, il sortit du choeur le premier, suivi de tous les chanoines, qui le conduisirent au palais épiscopal, où le grand-doyen le félicita par un petit discours en présence du clergé et d'un grand concours de peuple. L'élection fut confirmée par le roi Louis XV le 27 Septembre suivant et par le pape Benoît XIV le 3 Janvier 1757. Il fut sacré le 6 Mars à Paris, dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice, par le cardinal de La Rochefoucauld, archevêque de Bourges.

Le 24 suivant, M. l'abbé Duvernin, membre du grand-choeur, vicaire-général et official du diocèse, en aumusse et en étole, prit en son nom, dans la cathédrale, possession de l'évêché de Strasbourg. Elle lui fut donnée à l'issue des complies par le prince François-Camille de Lorraine, chanoine capitulaire, en présence du prince Joseph de Hohenlohe-Pfedelbach, aussi chanoine capitulaire, et de MM. Du grand-choeur, tous en habits de choeur placés autour de l'autel.

La cérémonie commença par l'ouverture de la grande porte, dont on lui présenta la clé; par l'entrée de la chaire, où il monta; par les fonts baptismaux dont il toucha l'eau; par 12 trône épiscopal, où il s'assit ct où on lui mit le bonnet carré sur la tête. Elle fut continuée par la prise de possession du palais épiscopal, où il fut mené et installé dans la salle des évêques.

De là, il fut ramené au grand-autel, où l'on finit par chanter le Te Deum. (1).

 

(1) Grandidier. Essais sur la Cathédrale de Strasbourg, p. 187.

 

A suivre... 

Le Roy de Sainte Croix. (Les Quatre Rohan).

 

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545px-Blason Armand Gaston Maximilien de Rohan-Soubise (167

II

FRANCOIS-ARMAND-AUGUSTE

DE ROHAN-SOUBISE-VENTADOUR

 

1749-1756.

 

FRANÇOIS-ARMAND-AUGUSTE

DE ROHAN-SOUBISE-VENTADOUR

 

FRANCOIS-ARMAND-AUGUSTE DE ROHAN-SOUBISE-VENTADOUR succéda à son parent Armand-Gaston, en l'année 1749. On ne connaît guère de lui que son épitaphe ..., qui est brillante ...

 

OBSÈQUES DU CARDINAL DE ROHAN-SOUBISE

A SAVERNE

 

Cet évêque de Strasbourg, étant mort le 28 Juin 1756, à son château épiscopal de Saverne, fut inhumé avec les plus grands honneurs et la plus grande pompe dans la chapelle du Saint-Rosaire. Sur sa tombe on grava cette fastüeuse épitaphe:

 

HIC REQUIESCIT

 

Sern1issimus princeps

Armandus de Rohan-Soubise

sanctae romanae ecclesiae cardinalis

Argentoratensis episcopus et prnlceps

Alsatiae Lal1dgravius

Murbacencis el Luderencis abbas ;

princeps sancli imperii… etc.

splendidos natales aequavil titulis

Animo superavit :

Artes egregias quas ultrà coluerat puer

ornavit juvenis.

Rapido progressu Summa consecutus

Academiae Parisiensi ac praesertim Sorbonae.

Praeluxit ingenio, honore praejuit.

Veri et justi tenax

ingenti patruo

Similitudine virtutum commendatus

iisdem in vestigiis

in eâdem statione collacatus

ut episcopatûs

sic acerrimi ecclesiae tuendae studii

successor non degener.

Heu! tanto viro non impar

si non ipso aetatis flore succisus!

in medio cursu laborum

quos pro ecclesiâ susceperat,

Mortem obrepere sentiens

huc ad vos evolavit

o Alsatiae cives,

ut in sinu vestro extremum, spiritum deponeret.

Hunc praecordiis vestris inclusum

Fovet,) lugete, ac precibus apud Deum adjuvate.

 

Obiit die 28 Junii I756) oetatis suce al11ZO 39. (1)

 

(1) Grandidier. Essais sur la Cathédrale de Strasbourg, sup. p. 84.

 

Ce cardinal n'était âgé que de 39 ans lorsqu'il expira.

L'amour qu'il avait toujours porté à son diocèse, et le goût qu'il avait montré de préférence pour l'Alsace, J'avaient engagé à se faire transporter presque moribond de Paris à Saverne où il voulait mourir... A suivre.

 

Le Roy Sainte-Croix (Les Quatre Rohan).

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SEPTIEME EXTRAIT

 

CARDINAUX-ÉVÊQUES DE STRASBOURG

OBSÈQUES DU CARDINAL DE ROHAN

 

En 1749, le 19 Juillet, S. A. S. et E. M. le cardinal Armand-Gaston de Rohan termina il Paris sa longue et brillante carrière en son appartement du Vieux-Louvre, âgé de 75 ans. Son corps fut transporté le 21 suivant au couvent des religieux de la Merci, où il fut enterré d'après son testament du 3 Mars 1748.

cc Ce prince sut réunir dans sa personne des qualités dont on aurait pu former plusieurs grands hommes. Il eut part il toutes les affaires ecclésiastiques de son temps; il présida plusieurs fois aux assemblées de l'Eglise gallicane; il assista il quatre conclaves; il fut chéri des papes et des rois; il aima les lettres et les protégea, et il se distingua dans toutes les circonstances par son zèle pour la religion et pour J'état.

« Je viens de faire, s'écria Louis XV en apprenant la mort du cardinal, une véritable perte dans « la personne du cardinal de Rohan: c'était un grand cc seigneur, un excellent évêque et un bon citoyen. »

« Il avait vécu avec beaucoup de splendeur et de magnificence; mais d'un caractère doux et d'un abord affable, il eut comme particulier toutes les qualités qui rendent les hommes aimables dans la société.

cc Au mois d'Août, M. l'archevêque de Rheims, grand doyen du chapitre noble de la cathédrale de Strasbourg, avait donné, dans la cathédrale même, possession du spirituel de l'évêché ci M. l'évêque d'Uranople, procureur du nouvel évêque, M. le cardinal de Soubise.

« Les services de M. le cardinal de Rohan furent célébrés dans son église cathédrale les 15, 16 et 17 Septembre.

Tout le clergé séculier et régulier y assista en corps et en habits de choeur. M. l'évêque d'Uranople, du consentement du grand-chapitre, célébra pontificalement les trois messes.

Huit abbés du diocèse, ayant à leur tête le prévôt infulé de Neuvillers, tous en mître et en chape; les prévôts et doyens des collégiales du diocèse en soutanes et en manteaux longs, se trouvèrent à cette cérémonie.

cc L'état-major, le magistrat, le corps de la noblesse, le conseil de la régence, la chambre des comptes, les baillis et les autres officiers de l'évêché y assistèrent. M. de Saint-André, commandant de la province, fut placé au milieu du choeur, avec fauteuil et prie-dieu? en sa qualité de représentant du roi. L'oraison funèbre fut prononcée le 15, par le R. P. Louis-Antoine Cuny, de la Compagnie de Jésus. » (1)

Son éloge fut lu à l'assemblée de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, le 14 Novembre 1749, par M. de Bougainville, et inséré dans le tome XXIII des Mémoires de la Compagnie.

Rigaud, le fameux portraitiste, avait fait une superbe peinture du cardinal Armand-Gaston de Rohan, que Caro grava. Une copie photographiée de ce magnifique portrait, exécutée par M. Hippolyte Hoffmann, a été donnée au musée de Saverne (N° 139 du catalogue de 1872)... A suivre

 

 

(l) Grandidier. Essais sur la Cathédrale de Strasbourg, p. 183.

 

 

Le Roy de Sainte Croix ( les Quatre Rohan).


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