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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

etudes historiques sur lieux saints

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

NOTRE DAME DE REIMS.

 

reims

 

 

CHAPITRE II. DEUXIEME EXTRAIT.

 

Cathédrale du XIIIe siècle.

 

Son portail.

 plan caté

 

Avant de pénétrer dans le temple, examinons son extérieur.

Le bas du portail est partagé en cinq parties : toutes les cinq se terminent par des frontons à angle aigu. Les trois divisions du milieu sont des portiques : celles des extrémités sont pleines et couvertes de bas-reliefs : elles sont moindres que les trois autres; Le portail du milieu est plus élevé que ses deux voisins : l'arcade qui l'encadre a 11 m. 37 c. de large dans sa plus grande ouverture; les arcades voisines ne comptent que 6 m. 82 c.

Pour entrer dans la basilique par le portail occidental, il faut franchir cinq degrés. Aux autres portes l'exhaussement du sot oblige à en descendre plusieurs.

Les trois arcades sont exécutées dans le même style et sur le même dessin. Trente-cinq statues, hautes de 2 m. 44 c., en décorent la partie inférieure. Elles sont debout, séparées, placées les unes à côté des autres ; elles forment une chaîne de figures suivant les lignes tracées par la base des trois portiques, et interrompues seulement par les ouvertures destinées à livrer passage aux fidèles. Elles représentent des évoques, des anges, des prophètes, de saints martyrs, des rois et des reines; elles sont posées sur des piédestaux qui ont pour support des figures courbées ou accroupies, des animaux singuliers. Plus bas sont des feuillages d'un travail délicat, semblables à ceux qu'on admire dans l'intérieur de l'église; au-dessous on remarque des draperies faites à une époque moins ancienne.

L'arcade du milieu est divisée en deux parties par une colonne de pierre à laquelle est appliquée une belle statue de la Vierge.

Jusqu'en 1526, une lanterne où l'on entretenait une flamme perpétuelle, pendait devant elle, elle l’éclairait pendant la nuit : à celle époque ce luminaire fut supprimé.

La colonne qui sert de point d'appui à la statue de la Vierge est ornée de huit bas-reliefs: ils représentent l'histoire d'Adam et d'Eve. Ces sculptures sont en mauvais état ; mais on distingue encore assez bien l’Éternel prononçant la condamnation de l'espèce humaine, et l'ange à l'épée flamboyante chassant le premier homme du paradis terrestre.

Les ouvertures des portes sont terminées par des lignes parallèles au sol; des bas-reliefs les surmontent. Les piliers qui forment leurs jambages, sont décorés de la même manière. Ils ont deux faces : l'une regarde la place du Parvis; l'autre forme avec la première un angle carré. Elles sont ornées de sculptures presque toutes aujourd'hui mutilées et méconnaissables. On y remarque encore cependant les joies du paradis, les peines de l'enfer, les signes du zodiaque, les travaux des douze mois de l'année.

On reconnaît facilement le bûcheron chargé de son fagot, le vigneron taillant sa vigne, le moissonneur, le vendangeur, la vieillesse qui brave l'hiver au coin du feu, une jeune fille souriant au printemps, au milieu des fleurs, sous un berceau de feuillage.

Au-dessus des portes sont d'autres bas-reliefs. La travée de celle placée à droite en entrant est divisée en quatre groupes : le premier représenta Clovis victorieux revenant de Tolbiac. Il passe à Toul, et prie saint Vaast, alors simple prêtre, depuis évêque d'Arras, de lui enseigner la parole de Dieu. Dans le second tableau on voit saint Rémi catéchisant le roi des Francs; dans le troisième, le roi, à genoux, se convertit et demande le baptême; un diacre lui montre la croix, et saint Remi reçoit du ciel la Sainte Ampoule apportée par une colombe. Enfin, dans le quatrième sujet, le roi, nu dans une cuve reçoit le baptême : saint Rémi verse sur le chef royal incliné l’eau qu'il vient de bénir.

Au-dessus de la porte principale étaient des bas-reliefs représentant la vie de la Vierge, l'Annonciation, la Visitation et la Purification; ils furent détruits en 1794, et remplacés par cette fameuse inscription :

 

Temple de la Raison.

Le peuple français reconnaît l'Etre suprême

El l'immortalité de l'âme.

 

Ces lignes furent effacées en 1800, et remplacées par celles, qu'on y voit de nos jours :

 

Deo optimo maximo,

Sub invocatione beate Maria Virginis Deiparoe

Templum saecule XIII reaedificatum.

 

Sur la travée de la porte située à gauche on remarque des sujets dont l'interprétation est loin d'être facile. L'un représente un homme tirant son épée; à ses pieds tin personnage est a genoux la tète baissée et attend la mort ; sur le second plan on voit un brasier allumé ; l'autre nous montre l'appel fait à la miséricorde du pouvoir ; des soldats armés de pied en cap complètent le tableau. Au milieu de ces figures se trouve sculptée l'église qu'on donne comme celle élevée à Notre-Dame par Ebon. Ne peut-on pas admettre qu'elles représentent la mort de saint Nicaise ou celle des premiers martyrs rémois?

Le dessus des portes a la forme ogivale. Chacune d'elles est placée au fond d'une arcade spacieuse, voûtée et du même style.

Une rosace circulaire donne celle du milieu. Les deux autres portes sont aussi surmontées de verrières; au centre de chacune se dessine une rose ou un trèfle à quatre feuilles.

Chaque voûte est ornée de figures placées sur cinq lignes : elles s'élèvent au-dessus des grandes statues dont nous avons parlé, de chaque côté de l'arcade, et vont se rejoindre à son sommet.

Des lignes de feuillages montent avec elles et les séparent. On compte quatre-vingts statuettes sous l'arcade du milieu ; il n'y en a que soixante sous chacune des deux autres.

Ces figures venaient d'être remises à neuf quand la révolution arriva. Louis XVI, qui avait appris lors de son sacre quelles étaient les charges de l'église de Reims, avait accordé cinquante mille écus pour les réparations de l'édifice; de plus, il promit de donner pendant quinze ans et donna jusqu'à la fin de son règne une somme de douze mille francs dans le même but. Ce fut au portail central qu'on appliqua les dons de la munificence royale.

Sous l'arcade sise à gauche est représentée la Passion dans tous ses détails. Plusieurs de ses scènes sont faciles à reconnaître ; les autres sont rongées par le temps ou mutilées par la main des hommes. Au-dessus de l'arcade dont il s'agit, dans l'angle aigu formé par les lignes qui couronnent l'ensemble du portail, est sculpté le Christ sur la croix ; à ses pieds sont la Vierge, les deux Marie, saint Jean, Nicodème et Joseph d'Arimathie.

Sous la voûte de l'arcade située à droite, on voit des sujets variés, difficiles à expliquer et parfois inexplicables. On remarque des figures hideuses, singulières, et des allégories qui se prêtent souvent à plusieurs interprétations. Avec beaucoup d'attention et un peu de bonne volonté on distingue la résurrection, les peines de l'enfer, ta prière, saint Jean, saint Pierre, des musiciens, des anges, la sainte face, des rois el des reines portant la bienheureuse Sainte Ampoule, Jézabel el les chiens dévorants, des hommes dont deux crèvent les yeux à un troisième, un cavalier armé d'un glaive, un individu qui marche sur les mains, des malheureux déchirés par des bêtes féroces, la communion, un ange tenant le livre de la vie, et bien d'autres sujets de nature à exercer la sagacité du voyageur. Il y aurait un volume à faire sur les détails de cette voûte. Dans le fronton qui la surmonte est sculpté le Seigneur sur son trône ; six personnages qui l'environnent, tiennent les instruments de la Passion.

Sous l'arcade du milieu sont les statuettes réparées sous Louis XVI; elles représentent dans leur ensemble les bienheureux admis aux joies du paradis ; là sont rangés les rois chers au Seigneur, les apôtres, les martyrs, les vierges saintes et les vertus.

On distingue David et su harpe ;—Salomon et le plan du temple de Jérusalem ;— saint Louis le roi contemporain;— Clotilde la sainte reine des Francs ; — sainte Hélène qui retrouva la vraie croix;—saint Jacques coiffé de son chapeau aux larges bords et le bourdon à la main ; — saint Philippe ; — saint Jude ; — saint-Sébastien et les instruments de leur martyre ; — sainte Cécile et sa guitare ; — Noé et sa grappe de raisin ;— Moïse et les tables de la loi ;— l'amitié fraternelle;— l'amour conjugal ; —-la religion triomphant de l'impiété. De saints personnages tiennent des harpes, des trompettes, des flûtes, des violons; d'autres chantent; et tous ensemble ils célèbrent la gloire et la bonté du Très-Haut. Des anges portent les palmes et les couronnes réservées à ceux qui sont morts pour la foi, aux hommes qui ont servi leurs frères.

Le fronton de cette arcade la couronne majestueusement; ces sculptures sont vraiment majestueuses et dignes de leur position.

L'artiste a placé la scène au plus haut des cieux. La Vierge arrive aux pieds du Seigneur; elle quitte ce monde où elle a tant souffert.

Ses jours de douleur sont passés; le moment de son triomphe est venu ; le Christ lui pose sur la tète la couronne royale. La sainte Mère, humble comme dans l'étable de Bethléem, baisse la tête ; ses pieds posent sur un globe doré. Derrière elle le soleil l'éclairé de ses rayons étincelants. Cette brillante auréole relève la beauté de la noble figure ; autour d'elle des anges, des chérubins aux longues ailes, encensent et saluent le groupe divin. Cette grande composition est abritée sous des pendentifs légèrement sculptés et terminés en pointes qui descendent en saillie des rebords du fronton. Ce savant tableau peut-il être l'oeuvre du XIII siècle ? Ne doit-on pas plutôt lui donner pour date te siècle suivant?

Dans l'origine ces sculptures étaient peintes : le docte chanoine Lacourt, dans le siècle dernier, constatait encore la présence des couches d'azur et des feuilles d'or; on nous assure qu'on en voit encore quelques parcelles.

Celte partie de l'édifice avait reçu des réparations notables en 1611.

Louis XIII, lors de son sacre, donna de l'argent à cet effet. Ses bienfaits étaient rappelés par celte inscription placée au portail : « Ludovicus XIII, Franciae et Navarrae rex christianissimus in hoc augustissimo templodie 17. octob.anno 1610, regum Franciae inauguratus, regiâ munificentia instaurandam curavit. »

 

Les travaux furent conduits par maître Vincent, architecte de Laon...

 

 

A suivre...

Prosper TARBE.

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

NOTRE DAME DE REIMS.

 reims

 

CHAPITRE II. PREMIER EXTRAIT.

 

 

Cathédrale du XIIIe siècle.

 

 Son portail.

 

 

plan caté

 Les dévastations dont avait souffert Notre-Dame de Reims n'avaient pas entamé son vaisseau ; les premières années du XIIe siècle le voyaient encore intact, lorsqu'on 1211, suivant les uns le 6 mai et suivant d'autres le 24 juillet, un effroyable incendie dévora une partie de la ville de Reims et la cathédrale d'Ebon. Si on en croit dom Marlot, le grand-prieur de Saint-Nicaise, l'Un de nos historiens du XVe siècle, sa voûte et ses piliers étaient en bois, au moins en partie. Cette circonstance facilita singulièrement les progrès et les ravages du feu;

La flamme descendit le long des piliers, ravagea le chœur y brûla les reliquaires, une partie du trésor et des archives. La Vieille église avait vécu 390 ans environ. Bientôt un amas de ruines noircies, de cendres fumantes, marqua la place où s'élevèrent successivement la citadelle gallo-romaine, le temple de Vénus, l’église bâtie par saint Nicaise, celle achevée par Hincmar.

Lorsqu'on 1844 on creusa dans la cour de l'archevêché le sol pour opérer la fonte d'un second bourdon, on distingua sur les parois de la fosse, à une profondeur de quelques pieds, un lit de charbons et de matières noires, qui pouvaient être les traces de l'incendie de 1211.

L'archevêque Albéric de Humbert, après avoir pleuré sur les ruines de la sainte basilique et prié Dieu de lui prêter l'assistance dont il avait besoin pour relever son temple, commença par donner, à cette fin, tout l'argent dont il pouvait disposer.

Le Chapitre suivit son exemple et vida son trésor. L'architecte du monument à construire, l'immortel Robert de Coucy, voulut faire mieux que Romuald. Son plan était vaste et couvrait les lignes du vieux monument ; il les dépassait de toutes parts; et la nouvelle cathédrale allait renfermer dans son sein les fondations de tous les édifices qui l'avaient précédée. Sa voûte hardie, ses forêts de clochetons, ses sept tours élancées vers le ciel, devaient lui donner un aspect gigantesque. Mais il fallait beaucoup d'or pour tenter cette vaste entreprise. L'architecte, sûr de son génie, doutait de ses ressources et faisait part de ses inquiétudes à l'archevêque : — « Commencez, dit Albéric à Robert, Dieu et les hommes nous aideront. » Et il on fut ainsi. Alors la foi était vive, et la charité donnait largement à la voix de l'espérance; le clergé demanda des secours au nom du Seigneur; en son nom il pardonnait au repentir généreux. Dans les provinces on promena les reliques, les vases sacrés, tristes témoins de l'incendie auquel on avait pu les soustraire. Partout sur leur marche on racontait le fatal désastre; l'or du châtelain et du riche marchand, le denier de la veuve et de l'ouvrier, remplissaient les sacs destinés à l'architecte; il en fit bon et bel usage.

Ce fut en 1212 qu'Albèric de Humbert posa la première pierre de l’admirable édifice, orgueil de notre cité (1). Depuis ce jour, les travaux marchèrent sans interruption, les artistes sculpteurs y dévouèrent jour vie; les tailleurs d'images y épuisèrent toutes les richesses de leur imagination; plusieurs architectes y consacreront leurs jours, leurs veilles, les trésors de leur science ; un chef-d'œuvre sortit de leurs mains.

Ce fut vers 1430 seulement qu'il fut achevé. Pendant deux cent vingt-neuf ans on y vit travailler bien des hommes qui, eux aussi, avaient leurs idées, leur savoir; ils ont respecté le plan de Robert de Coucy; ils ont su le continuer et le conduire à perfection. Leur modestie s'est inclinée devant la supériorité du maître ; leur foi s'est mise à genoux devant sa pensée, elle commandait du fond de la tombé; et pendant plus de deux siècles ses ordres furent exécutés. Elle était devenue la pensée de tous.

Aussi la gloire de Robert de Coucy leur appartient à tous; tous ils y ont droit. Le génie qui obéit, s'élève au niveau de celui qui commande.

Dès 1213, une cérémonie imposante eut lieu ; c'était la dédicace de l'église. Le même jour on bénissait à Reims l'église Sainte-Balsamie(2)

La veille de la  Noël 1241, les hymnes sacrées se faisaient entendre sous les voûtes nouvelles. Le Chapitre prenait possession du choeur, sans doute il s'établissait au centre d'une église encore imparfaite : de longs travaux extérieurs suivirent cette première installation.

En 1295 on bâtissait encore; il fallait de l'argent. Les fidèles, le Chapitre en donnèrent, et los clochetons virent leurs pointes amincies s'effiler en aiguilles ; les niches désertes reçurent bientôt leurs immobiles habitants ; les terribles gargouilles vomirent les eaux de la pluie qui baignait la toiture; les milliers de ligures qui décorent les cinq portiques achevés, se classèrent et se mirent en place; les tours s'élevèrent majestueusement, et l'œil étonné se demanda comment l'art pouvait être à la fois si léger et si noble.

Les nombreuses statuettes dont nous parlerons bientôt, ne furent pas faites dans le même temps; on ne dut s'en occuper que quand les grands travaux furent terminés. L'exécution de quelques-unes d'entre elles révèle le ciseau des XIV et XVe siècles.

La tour du midi était encore imparfaite sous Charles VI. Le cardinal Filastre, ancien chanoine de Reims, se souvint alors de l'église dans laquelle il avait commencé sa brillante carrière : il se fit un devoir de lui venir en aide et eut l'honneur de payer les dernières pierres de l'édifice dont Robert de Coucy traçait le plan deux siècles plus tôt.

Un immense désastre menaça peu après Notre-Dame de Reims.

Le 24 juillet 1481, des ouvriers plombiers raccommodaient sa vaste toiture do plomb ; c'étaient Jean et Rémi Legoix. Ils omirent de surveiller les charbons dont ils avaient besoin pour la fusion du métal; vers midi tout le haut de la grande église fut en feu. La flamme gagna rapidement le clocher élevé sur le transept, les quatre tours placées à ses deux extrémités. La charpente qui les composait, celle qui soutenait la couverture, étaient de véritables forêts. Rien ne put les empêcher de brûler.

L'incendie atteignit les deux tours de la façade. Les cloches, le plomb du toit se mirent à fondre. Des ruisseaux de métal coulaient de toutes parts et tombaient en cascade du haut de l'édifice sur ceux qui portaient des secours. Ce formidable torrent brûlait tout ce qu'il touchait, et formait un obstacle invincible au dévouement des Rémois. Ils ne purent sauver que le corps de l'édifice et le portail; tout le resta périt. Le dommage fut estimé à plus de cent mille florins. (Deux cent mille livres tournois de cette époque)

Il fallut annoncer ce terrible malheur à Louis XI. Ce prince, alors âgé, bizarre et soupçonneux, faisait parfois mine de prendre des accidents pour des actes volontaires. Que faire pour prévenir sa colère sans pitié? Les plombiers sont arrêtés et conduits à Laon devant le bailli de Vermandois. Les habitants s'assemblent à l'échevinage, et les chanoines au Chapitre. Des gardiens sont placés de tous côtés. Voici qu'à neuf heures du soir l'incendie reparaît et relève sa tête de feu : on s'en rend de nouveau maitre.

Le jour de l'Ascension, une immense procession fait le tour des débris fumants en implorant la miséricorde du Seigneur; Le peuple portait des torches; les bannières des métiers, les hautes classes marchaient à sa tête. Cependant le Chapitre et le conseil de ville avaient envoyé une députation au Plessis-lès-Tours. Ils cherchèrent à se justifier cl parvinrent à atténuer les effets du mécontentement royal. Le Chapitre courut risque d'être remplacé par des moines, si nous en croyons Fourquart, le syndic des habitants, témoin et historien de ce triste événement. Il n'en fut rien. L'irascible monarque entendit raison. Les frères Legoix même finirent par être graciés.

L'archevêque, les chanoines, les Rémois, les fidèles du diocèse et des provinces voisines se cotisèrent pour faire disparaître les traces du funeste sinistre. Bientôt les travaux recommencèrent.

En 1484 oui lieu le sacre de Charles VIII. Ce jeune prince, que l'on reçut au milieu des ruinés encore irréparées, vit avec peine l'état de la royale église. Il accorda, pour sa reconstruction, une somme considérable à prendre sur l'impôt du sel. D'autres rois prolongèrent après lui celto généreuse concession. Les ouvriers purent travailler avec activité. La toiture fut recouverte de plomb; toutes les cloches furent réunies dans les deux tours du portail. Les clochers qui décoraient les bras et le centre du transept, devaient être rétablis. Des marchés furent débattus à celle intention. Les bois furent apportés et déposés dans l'intérieur de l'église. Le chanoine Cocquault constata qu'ils y étaient encore dans les premières années du règne de Louis XIV. Nous dirons plus loin comment on recula devant les difficultés de l'entreprise, comment on finit par y renoncer.

La toiture, mal refaite en 1484, fut recommencée en 1487. Jean Rogier, maître plombier, dirigea les nouveaux travaux, et termina la crête de l'édifice par un feston dentelé et surmonté de fleurs-de-lys et de trèfles en plomb doré, placés alternativement.

La façade du portail méridional fut rebâtie en 1501. Le sagittaire qui se dresse à son sommet, fut remis en place en 1502.

En 1506, des fonds accordés par Louis XII furent employés à refaire la galerie du nord. En 1515 seulement, on se décida à terminer par des toits le sommet des tours du portail. Jusqu'alors elles avaient attendu les hautes flèches dont Robert de Coucy voulait les couronner. Depuis cette époque l'édifice n'a plus éprouvé de modifications dans son ensemble : nous le voyons tel quo l'a vu François Ier,

Chaque année le Chapitre dépensait 25,000 livres en réparations.

Nos rois venaient à son secours et contribuaient à conserver intacte la grande église. La république la menaça dans son ensemble après l'avoir ruinée dans ses revenus, dans son trésor, dans ses autels.

Quand le catholicisme releva la tête, la cathédrale fut rendue au culte, et l'empire lui donna son offrande. De 1809 à 1814, M. Rondelet, et d'autres après lui dirigèrent des travaux dont vingt ans d'abandon avaient augmenté l'urgence. La restauration et le gouvernement de 1830 les ont continués ; les pouvoirs que Dieu depuis quatre ans place à la tête de la France, n'ont pas voulu les abandonner. Le pays dans sa détresse a su trouver des fonds pour continuer la réparation d'un édifice qui lui rappelle tant de jours de gloire et de bonheur. La Providence veut qu'il vive : ne peut-il pas encore voir briller dans son sein l'aurore d'une ère d'honneur et de prospérité? Mais de longues années, des sommes considérables y seront dépensées avant que Notre-Dame n'ait plus besoin de secours.

Ce récit chronologique était nécessaire pour arriver à ce qui va suivre : en désignant chacune des parties de l'édifice, nous rappellerons, quand cela nous sera possible, les dates, les faits, les détails qui s'y rattachent.

Les pierres employées à la construction de l'église ont été fournies par les carrières d'Hermonville, de Merfy et de Marsilly. On dut aussi chercher à utiliser les débris amoncelés sur cet emplacement que de somptueux édifices n'avaient cessé de couvrir depuis près de dix siècles.

La grande église de Reims compte, en longueur en dehors, 149 m 17 c, et en dedans 138 m. 69c. Le transept a en long à l'intérieur 49 m. 45 c. et à l'extérieur 61 m. 25 c. L'édifice, mesuré entre les bas côtés, compte à l'intérieur 30 m. 13 c. de large, l'extérieur 34 m. 07 c. Les contre-forts forment une saillie de 7 m. 50 c. On trouve au chœur, depuis la grille jusqu'à la barrière élevée derrière le maître-autel, en longueur, 45 in. 42 c. L'arrière-choeur n'a que 20 m. 45 c. Le choeur et la grande nef, entre les piliers, sont larges de 12 m. 23 c ; l'axe des piliers 14 m. 65c; les bas-côtés ont en hauteur 16m. 40 c et en largeur, entre les piliers, 5 m. 53 c. De l'axe du pilier au mur latéral 7 m. 74 c. L'élévation des chapelles de l'abside est la même que celle des bas-côtés. Les voûtes ont 37 m. 95 c. de haut. Les tours montent à 81 m. 50 c.

 

(1) Autour du cierge paschal on plaçait jadis un rouleau qui portait celle inscription: «Anno 1211, die festo Sancti Joannis ante portant Latinam, 6 maii, ecclesia remensis fortuito incendio concremata fuit; et eodem die anno revoluto, fabrica ejusdem ecclesiae incoepta fuit a bonae memoriae Alberico archiepiseopo, qui primum lapidem fundamentis manu proprid collocavit

(2)Elle était située dans le quartier Saint-Nicaise, dans le haut de La veille à l'extrémité de la rue qui porte son nom. Elle fut détruite en 1793.

 

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NOTRE DAME DE REIMS.

 reims


CHAPITRE PREMIER.   DEUXIEME EXTRAIT.

 

Notre Dame de  Reims.

 

  Cathédrale des Ve et IXe siècles.


plan caté 

Nous trouvons dans Flodoard et dans Marlot, sur la seconde cathédrale, quelques détails plus dignes de confiance. L'intérieur de l'église d'Ebon était orné de riches sculptures ; l'or y brillait de toutes parts. Aux jours de fête, des tapisseries précieuses recouvraient ses murs, et des reliquaires, des vases sacrés, chefs d'œuvre de l'art, ornaient les autels. Des peintures à fresque enrichissaient les voûtes ; d'ingénieuses mosaïques formaient le pavé de l'église ; des figures d'anges, de saints et de martyrs s'y faisaient remarquer. Les carreaux de marbre de diverses couleurs tapissaient le sol de la basilique ; des verrières étincelantes éclairaient l'édifice ; une toiture de plomb l'abritait. Des statues nombreuses décoraient le dedans et le dehors de l'édifice. Hincmar, auteur d'un ouvrage écrit sur la manière d'honorer les images du Seigneur et des Saints, ne les avait pas ménagées.

 

Dessous l'église était creusée une chapelle souterraine ; c'était encore la crypte de Saint-Nicaise et de Saint-Remi, On y célébrait l'office divin sur Un autel renfermant de vénérables reliques ; il était placé sous l'invocation de saint Pierre et de tous les Saints. Au milieu du chœur de l'église supérieure s'élevait un autel dédié à la Sainte-Trinité. Vers le fond de l'abside se trouvait le siège de saint Rigobert, cette stalle de pierre où nos Archevêques allaient s'asseoir en cérémonie, lors de leur réception.

On lui donnait même une antiquité plus reculée encore : on prétendait que saint Remi l'avait occupé.

Le peuple admirait dans cette église l'horloge et les orgues qu'avait faites ou fait faire le savant Gerbert, archevêque de Reims, depuis souverain pontife.

En 970, sous le pontificat d'Adalbéron, on démolit une chapelle qui devait se trouvera l'entrée de l'église, à peu prés sur le point où s'élève la fontaine située entre la cathédrale et l'archevêché.

Elle était placée sous le titre de Saint-Sauveur. Ses ornements étaient notables : dans sa crypte jaillissait une source d'eau limpide.

En 1165, était à Notre-Dame un autel Sainte-Croix, devant lequel pendait une couronne d'argent massif.

Au portail de l'église était sculpté le sacre de Louis le Débonnaire et d'Hernien garde son épouse. On y voyait le pape Etienne IV, qui avait lui-même béni le fils de Charlemagne le 28 janvier 814.

Ebon avait composé et fait tracer au-dessous de ce bas-relief l'inscription

suivante :

 

Ludovicus caesar factus, coronante stephano

Hac in sede papa magno. Tunc et Ebo pontifex

Fondamenta renovacit cuncta loci istuis:

Urbis jura sibi subdens, praesul auxit omnia.

 

Dans l'édifice, l'épitaphe de la mère d'Ebon et la sépulture de quelques archevêques postérieurs à saint Nicaise et antérieurs au XIIIe siècle attirait l'attention du voyageur.

Les dehors du temple étaient protégés par de sévères ordonnances. Il était défendu d'y déposer des ordures, et le ciel punit sévèrement un malheureux qui n'avait pas respecté le règlement de police. Le miracle que racontait à cet égard la tradition, faisait sans doute plus d'impression du temps de nos pères que la crainte d'une amende ou d'un jour de prison.

Sous les voûtes de l'église romane furent sacrés les derniers carlovingiens, Charles le Simple, Lothaire, Louis d'Outremer, après eux le chef de la troisième race Hugues Capet, son petit fils le belliqueux Henri, l'inconstant Philippe Ier, Louis VII dit le Jeune, Philippe-Auguste, le héros des croisades, le rival de Richard Coeur-de-Lion.

Dans la même église se tint le concile de 1119. Calixte II, Louis le Gros s'y trouvèrent. Ils s'assirent à côté l'un de l'autre, sous le crucifix qui décorait l'entrée du choeur. Les archevêques, évoques et abbés étaient rangés des deux côtés de la nef. Les investitures, les simoniaques, les usurpations faites sur les biens de l'Eglise, les désordres du clergé, les querelles de la France et de l'Angleterre occupèrent la grave assemblée.

En 1131, Notre-Dame de Reims voyait encore dans son sein le concile tenu contre l'antipape Pierre de Léon. Saint Bernard, saint Norbert y assistèrent : ils y firent reconnaître les ordres qu'ils avaient fondés. Innocent III présidait.

 

En 1148, Eugène III convoqua dans notre vieille église un nouveau concile. Onze cents prélats s'y réunirent. On y combattit l'hérésie de Guillaume de la Porée et les abus des institutions religieuses.

L'église d'Hincmar, comme Celle de Saint-Nicaise, avait donc ses grands souvenirs. Mais elle n'était pas arrivée jusqu'au XIIIe siècle telle qu'on l'avait construite. Anquetil, d'après la chronique de Wansonn, raconta ce qui suit ! Le trop fameux Herbert, comte de Vermandois, avait un frère nommé Eilbert.

Celui-ci, vers 927, avait acheté un cheval à un chanoine de Reims : en attendant qu'il put en payer le prix, il avait remis en gage au vendeur un précieux collier. Plus tard le noble acheteur apporta la somme due, et réclama ses joyaux. Le chanoine protesta qu'il n'avait rien reçu. Le clergé, le peuple prennent fait et cause pour lui : Eilbert est forcé de se retirer.

Mais il rassemble ses parents, ses vassaux, rentre dans Reims l'épée à la main et livre la ville au pillage. Le chanoine se réfugie dans la cathédrale. On te cherche eu vain. Eilbert veut l'avoir mort ou vif. Il fait mettre le feu à l'édifice : une partie de la ville fut brûlée en cette circonstance. Cette anecdote n'est rien moins qu'authentique. Ce que nous admettons sans peine, ce sont les excès des comtes de Vermandois et la nécessité de les justifier, où s'est trouvé sans doute le chroniqueur cité par Anquetil. A cette époque la ville de Reims tenait encore pour les successeurs de Charlemagne. Elle luttait avec eux contre les grands vassaux qui reconnaissaient par des usurpations les bienfaits de la monarchie carlovingienne. Reims fut donc pillée et incendiée. La cathédrale fut elle-même en tout ou partie la proie des flammes. Il est un fait qui vient à cet égard justifier de la légende; c'est que plus tard on voit le comte Eilbert faire de riches fondations pour expier ses violences.

Depuis encore, en 989, Charles de Lorraine, le dernier descendant de Charlemagne, prit Reims d'assaut et saccagea le temple des sacres. Toutes ces dévastations durent être réparées avant la chute définitive de l'église.

La cathédrale actuelle présente encore de nos jours un fragment d'architecture des plus curieux, qui se rattache sans doute à l'édifice dont nous parlons. Prés de la grande sacristie est une autre salle plus petite, et qui, comme elle, a sa porte dans l'église. La boiserie ciselée qui la décore fait pendant à l'ancienne porte du Trésor. Pénétrez dans cette pièce; allez au fond, retournez-vous et vous apercevrez ce qui reste d'un petit portail qui jadis servait de voie de communication entre l'église et le Chapitre.

Les sculptures qui la décorent ont un caractère particulier : il frappe les personnes les plus étrangères à l'étude des monuments du moyen-âge. Elles n'ont rien de commun avec celles qui font la gloire de la grande église.

Commençons par les décrire : Le portail est encadré dans une arcade ogivale élancée et sans profondeur. La sommité de l'ogive présente une peinture à fresque : on y voit le Christ assis ; il tient un sceptre. De chaque coté se trouve un ange à genoux et portant un flambeau. Ce sujet a pour base une frise sculptée, et parallèle au sol. Dessous cette frise commence une arcade à plein cintre : elle a peu de saillie.

Les ornements qui la distinguent sont sculptés sur une surface plate. Sa ligne la plus éloignée du centre est dessinée par une guirlande de fleurs semblables à la partie supérieure du lys héraldique. Viennent ensuite des anges aux ailes déployées; il y en a quatre de chaque côté. Au sommet de cette décoration curviligne, deux anges à genoux portent une figure nue, les mains jointes sur une nappe. D'une main chacun d'eux lui montre le ciel : c'est sans doute l'Ame d'un bienheureux.

Le dessous de l'arcade est plat. Sur cette surface sont sculptés des rinceaux, qui viennent aboutir de chaque côté sur une frise d'ornement semblable à la guirlande dont nous avons parlé, et parallèle au sol.

L'arcade ogivale, est supportée par des colonnes aux chapiteaux corinthiens; au-dessus de ces chapiteaux se prolonge la frise fleurie.

Les piliers qui ont dû supporter l'arcade à plein-cintre n'existent plus; leurs chapiteaux seuls ont survécu: ils sont à deux faces droites. Sur celles qui sont extérieures sont représentes des rinceaux  dans lesquels s'entrelacent des figurines d'hommes, d'oiseaux et de quadrupèdes; dans la face intérieure sont creusées des niches où sont des statuettes d'un grand fini. Leurs draperies sont remarquables.

Au centre du plein-cintre est la Vierge assise, couronnée, tenant l'enfant Jésus sur ses genoux ; il porté une robe à manches ; la Vierge est vêtue d'un costume religieux, d'un voile passant sur la tête, sous le menton et cachant le cou. Les deux figurines sont entourées du limbe aux célestes rayons : il est plat et circulaire.

 Le tronc est placé entre deux colonnes auxquelles se rattachent des draperies qui y sont nouées ; elles semblent tomber de dessous une arcade à trois cintres surmontés de tours crénelées. Au sommet est un édifice dont le centre porte un dôme, et ressemble à l'abside d'une église; de chacun de ses côtés sont une petite coupole et une tour à créneaux.

L'origine, la date de ce portail méritent examen. Suivant quelques antiquaires, ce portail aurait été fait au XVe  siècle uniquement pour la commodité des chanoines; et ils font remarquer à l'appui de leur opinion que les figures d'anges qui le décorent ont une grande analogie avec celles que présentent les sculptures faites à Notre-Dame, et à Saint-Remi, au portail latéral, vers la fin du XVe siècle, Suivant d'autres, lorsqu'on rebâtit Notre-Dame dans la première partie du XIIIe siècle, l'architecte, Robert de Coucy, aurait d'abord préféré le vieux style-roman au style gothique, alors nouveau, puis l'aurait abandonné pour adopter sans réserve la mode du moment. Ce système a aussi son point d'appui : on fait remarquer au-dessous des rosaces qui ornent la façade des transepts du côté du Chapitre et du côté de l'archevêché, trois arcades à plein-cintre, renfermant des rosaces circulaires, et l'on rattache ces détails au petit portique dont il s'agit ; Nous n'admettons aucune de ces deux hypothèses y et nous pensons que ce débris de l'art ancien est une relique de la seconde cathédrale.

Le petit portail est encadré dans des lignes ogivales, il est vrai, mais simples, privées de sculptures, mais faites pour le contenir, et sans rapport avec les riches arcades qui l’avoisinent.

La pièce qui le renferme présente de toutes parts des lignes ogivales pures et allongées, qui lui donnent une existence antérieure au XVe siècle. Elle servait de passage entre l'église et le Chapitre. Les chanoines n'auraient pas fait sculpter à l'intérieur un portail que personne n'aurait vu : si on l'eût fait, on eût décoré la pièce dans le même style : il n'en est rien. Les piliers ne sont même pas dessinés jusqu'au bas. S'il est vrai que les figures d'anges aient dû l'analogie avec celles sculptées sous Robert de Lenoncourt, il faut remarquer aussi que cette similitude existe entre elles et les statues qui ont décoré la cathédrale dès le XIIIe siècle. Les monuments de l'architecture romane nous offrent des figures d'anges identiques pour la coupe des vêtements et la pose des ailes déployées. Ce genre de statues est même un des caractères de ce style. Ces sculptures ont été peintes; leurs couleurs sont encore bien conservées. Les pierres qui les entourent n'ont pas été peintes, et sont étrangères au monument d'art qu'elles encadrent, Celui-ci, revêtu de nuances brillantes, dut être illustré pour voir le grand jour : c'était l'usage dans les Ixe,  Xe et XIe siècles. Si ce portail datait du règne de Louis XII, on eût peint toute la pièce dans le même goût.

Les ornements qui enrichissent les chapiteaux des piliers supportant l'arcade à plein-cintre, ont de grands rapports avec les rinceaux d'un, candélabre donné, suivant- la tradition y à l'église Saint-Remi par Frédéronne, reine de France, dans le Xe siècle. Nous avons publié le dessin des fragments qui en restent, dans nos recherches sur les trésors dés églises rémoises. Ce sont les mêmes enlacements de branches et de figures de tous genres.

En étudiant les détails de cette curieuse porte, nous avons cherché une ligue, une idée spéciale au XVe siècle, une inspiration qui n'appartienne qu'à lui ; nous n'en avons pas trouvé.

Si notre curieux portail eût été élevé dans le XVe siècle, il aurait pris la place d'une troisième arcade qui nécessairement avait dû exister pour compléter la façade du nord : pourquoi le Chapitre aurait-il supprimé un magnifique morceau de sculpture, altéré un ensemble parfait ? Qu'y pouvait-il gagner? Si cependant il eût commis ce sacrilège artistique, ne trouverait-on pas les traces de l'ancienne arcade ? Au contraire le moindre examen (des lieux suffit pour convaincre qu'elle n'a jamais existé, La seconde opinion dont nous avons parlé ne nous parait pas plus admissible. L'artiste qui a fait Notre-Dame de Reims n'était pas un homme à l'esprit incertain. Il a travaillé d'une main ferme; il a su ce qu'il voulait et n'a pas choisi d'abord un plan pour l'abandonner ensuite. Nous ne connaissons pas de bâtiments d'architecture purement romane élevés à neuf dans le XIIIe siècle ; des réparations ont eu lieu sans doute dans ce style, mais non des créations. Los trois arcades à plein-cintre placées au-dessous de la grande rosace ne prouvent rien. Robert de Coucy n'a pas voulu reproduire la légère galerie qui décore le grand portail ; il a cherché du neuf, n'en a pas trouvé, et, comme tant d'autres, il a fait un emprunt au passé. Ces trois arcades sont hors de proportion avec le petit portail; il eût été plus grand, s'il eût été destiné à leur servir de support. Les ornements sculptés qui décorent les trois arcades, se reproduisent dans tout l'édifice, au dedans comme au dehors, et n'ont rien de commun avec ceux que nous avons signalés.

On le rencontre nulle part ceux du petit portail; de plus, en supposant que Robert de Coucy eût abandonné son premier plan après avoir fait poser quelques pierres, est-ce que les finies abandonnées auraient été déjà parfaites, sculptées et peintes ?

L'architecte ne perfectionne le monument que quand il est achevé : l'ensemble d'abord, les détails après.

Souvent, les architectes du moyen-âge, quand ils reconstruisaient une église, avaient soin de conserver un fragment du monument qu'ils détruisaient y et de l'enchâsser, pour ainsi dire, dans celui qu'ils élevaient. C'était un hommage rendu par eux à l'art ancien ; c'était une preuve, d'existence consacrée à l'édifice qu'ils renversaient. L'histoire les a maintes fois remerciés de cette pieuse et prévoyante coutume. Dans la cathédrale de Reims on cherche vainement ailleurs que dans la petite sacristie les reliques de l'église romane.

Robert de Coucy a fait comme tous ses contemporains: il a démoli l'église d'Hincmar; mais il en a réservé quelques pierres.

Il a sauvé peut-être le morceau le plus élégant, le plus intact. Il le destinait à la postérité comme un monument de l'histoire des arts et de celle des hommes. Grâces en soient rendues à Robert de Coucy laquelle date est notre petit portail? A-t-il été fait sous Ebon, sous Hincmar, dans le Xe, le XIe siècle ? Cette question est plus difficile à trancher que les précédentes. Nous n'osons pas affirmer qu'il remonte à la fondation de l'église. Il est peut-être trop riche d'ornements et de sculptures coquettes pour remonter aussi loin. Cependant, sous Louis le Débonnaire, l'Italie et Rome étaient encore soumises à là France : Ebon, protégé par l'empereur, a pu faire venir du Midi les artistes qui manquaient à nos contrées, ils pouvaient, ils devaient être plus habiles que les autres.

Dans le Xe siècle, Reims fut prise quatre fois d'assaut et la cathédrale dévastée. Le trésor, les archives devaient se trouver du côté du Chapitre, qui no fut pas lui-même toujours épargné ; des violences de toute espèce y furent commises. La grande église dut être réparée plusieurs fois : il serait possible que notre portail pût remonter à l'époque où les carlovingiens descendaient du trône sur lequel montaient les descendants de Robert le Fort.

Conservons pieusement ces pierres vénérables, derniers témoins de tant de faits déjà si loin. Qu'elles restent debout pour aider la science à renouer la chaîne des temps à retrouver l'histoire généalogique de l'architecture, pour attester que dans nos murs les arts furent toujours florissants, qu'ils furent toujours prêts à décorer les temples du Seigneur, à dire avec le peuple : Hosannah ! salut et gloire au plus haut des cieux!

 

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NOTRE DAME DE REIMS.

 

CHAPITRE PREMIER. PREMIER EXTRAIT.

Notre Dame de  Reims.—Cathédrale des Ve et IXe siècles.

 

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Dans le monde est-il un point où la cathédrale de Reims ne soit connue? Est-il un homme  éclairé qui n'ait voulu saluer le noble édifice?

Nos pères l'avaient appelé la grande église : il méritait ce nom. L'architecture moderne n'a rien produit qui puisse le lui faire perdre.

Maintes fois on l'a décrit : pinceaux et burins ont rivalisé pour le reproduire dans sort ensemble, dans ses détails. C’est facile de l'étudier dans des livres sur des gravures; mais pour le comprendre, il faut le visiter. À quiconque croit le posséder son aspect aura toujours des mystères à révéler; à qui l'aura vu chaque jour, sa splendeur saura sans fin imposer l'admiration ; qui se trouve pour la première fois à ses pieds, restera silencieux et profondément ému : c'est que la majesté de la grande église ne réside pas seulement dans là hauteur de ses lignes, dans la magnificence de son portail, dans la hardiesse de ses arcades : c'est que cette forêt de pierres, ces dalles aujourd'hui muettes, ces voûtes audacieuses ont une histoire, une âme, une vie : c'est qu'il est impossible à l'esprit de se soustraire aux plus touchants souvenirs de nôtre nationalité. De tous côtés ils assiègent le spectateur, le saisissent, le soumettent à leur magie. Autour de lui, pas un marbre, pas un mur qui n'ait son nom à dire, sa légende à raconter. Dans cette immense basilique, pas un écho qui ne crie : France et pairie!

De cet édifice, tant de fois dépeint, nous allons essayer d'esquisser l'histoire, de donner la description. Si nous échouons dans cette sérieuse tâche, d'autres, après nous, la reprendront et s’en acquitteront mieux.

Reims était la capitale d'un grand peuple quand César envahit la Gaule. Déjà païenne, elle accueillit sans étonnement les dieux du Capitale et dans son enceinte les divinités celtiques et romaines eurent des temples.

Au centre de la ville gallo-romaine s'élevait la citadelle. Dans toutes nos vieilles cités on retrouve l'usage des fortifications intérieures.

Là le pouvoir exécutif bravait l'émeute ; là se réfugiait la population quand l'ennemi parvenait à franchir les remparts.

Reims avait donc sa citadelle : la tradition y place un temple de Vénus, de Cybèle, ou de Jupiter ; elle devait contenir aussi un palais, peut-être le sénat, le prétoire ou le tribunal ; l'ensemble de l'édifice recevait le nom de Capitale.

On peut avoir une idée de nos anciennes villes en visitant la commune de Bazoches, située entre Fismes et Braisne, Au milieu du village s'asseoit aujourd'hui une ferme: c'était l'antique château seigneurial du pays. Il était flanqué de six ou sept tours encore debout: on lui a conservé le nom de citadelle. De larges fossés l'environnent : au-delà est Une première enceinte de murs assez forts et de bastions sans hauteur. Plus loin, dans l'intérieur de la commune, on voit les traces de deux autres enceintes jadis continues. Leurs tours et leurs portes ont laissé des vestiges faciles à reconnaître. On y remarque la disposition symétrique des pierres, et par suite le style des constructions gallo-romaines.

Ces ruines ont de l’importance. La tradition fait de Bazoches une ancienne ville gauloise; elle y met la résidence du roi Induciomare. Les Romains y avaient garnison. Là fut, dit-on, le palais d'un proconsul. Les champs qui touchent la commune contiennent des ruines qu'il serait intéressant d'explorer. Quiconque veut avoir une idée de ce qu'était Reims dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, doit visiter celte curieuse bourgade.

On fixe généralement au commencement du V ième siècle l'époque où saint Nicaise porta la statue de la Vierge sur l'autel des divinités païennes, au centre de la citadelle gallo-romaine. Deux autres cathédrales avaient précédé celle qu'il fonda dans le III ième siècle de l'ère chrétienne. On avait construit sous l'invocation de saint Sixte, premier évoque de Reims, une chapelle élevée sur ses restes et sur ceux de ses trois successeurs immédiats, Sinice, Armand et Bétause. Cette simple basilique, depuis réédifiée et détruite en 1726 a laissé son nom a l'une des rues qui sillonnent le quartier Saint-Nicaise; Cent ans après sa création, elle avait cessé d'être siège épiscopal. En 314, l'évêque Bétause avait bâti sur les ruines d'un temple de Bacchus une église dédiée aux apôtres ; il y transféra le siège métropolitain, et cinq évoques après lui y célébrèrent lés saints offices. Située dans la rue de Saint-Symphorien, cette église, reconstruite aux XII et XII ièmes siècles, périt en 1793. Cette seconde basilique fut sans doute bientôt insuffisante : saint Nicaise dut l'abandonner pour un édifice plus en harmonie avec l'importance conquise par le christianisme dans la Gaule Belgique. Fit-il élever au milieu des antiques fortifications une église chrétienne? Epargna-t-il le temple païen pour le consacrer au nouveau culte? C'est ce que nous ignorons.

La fondation de la cathédrale eut lieu vers 401. Saint Nicaise, parvenu au siège épiscopal à peu près en 400, mort en 407, a-t-il eu le temps et l'argent nécessaires pour créer en sept ans un vaste édifice? cela ne nous parait pas probable il dut utiliser en grande partie les constructions primitives. Ce qui semble plus certain c'est que la citadelle fut conservée et qu'elle protégea les murs de la sainte basilique.

C'est dans ses murs que se réfugia la population rémoise lorsqu'en 407 les Vandales mirent la ville à feu et à sang ; c'est là que saint Nicaise, sa sœur Eutrope, ses diacres Florent et Joconde furent massacrés en cherchant à défendre la cité contre la fureur des Barbares. C'est là que le digne évêque, revêtu de ses habits pontificaux, la crosse en main, à la tête de son clergé, implorant le Seigneur, s'avança jusqu'à la porte de son temple. C'est là que vieillards, femmes et enfants en larmes, agenouillés, attendant la mort, virent leur dernier défenseur lâchement égorgé par des barbares ivres de débauche et de carnage. La tradition indiquait autrefois par Un petit monument dont nous parlerons la place où furent immolés les saints martyrs. Une belle église s'élevait jadis dans le haut de notre cité : elle rappelait à tous le nom du saint et celui de sa généreuse soeur. Des châsses précieuses renfermaient leurs reliques; un tombeau de marbre conservait leur mémoire. De tous ces monuments élevés par la reconnaissance de nos pères il ne resta plus rien.

Les nations, les cités qui veulent être bien servies ne doivent pas oublier les services rendus, quelle que soit leur data. Honneur à l'homme qui meurt pour son pays! Honneur au chef qui succombe en défendant les siens ! A lui la gloire et ses insignes; pour lui le bronze et ses statues, le marbre et ses bas-reliefs. Les ossements de saint Nicaise sont en partie anéantis : qu'importe?

Le vent a dispersé ses cendres : qu'importe? son nom vit et sa gloire est debout. A saint Nicaise, mort pour Reims, il faudra tôt ou tard dans Reims un monument. A notre vieux temple se rattache un de ces grands souvenirs qui bravent les révolutions, traversent les âges et survivent aux édifices, leurs périssables témoins. La première église de Notre-Dame de Reims vit un vainqueur sauvage, le chef d'une nation barbare et brutale, l'époux de la douce Clotilde, Clovis, roi des Francs, abaisser sa tête à la longue chevelure aux pieds du Dieu qui fit tous les hommes libres et égaux devant lui. En 496 eut lieu le baptême du fier Sicambre; en 496, au milieu de la citadelle romaine, sur les ruines du temple païen, la civilisation et le christianisme montèrent sur le trône de France. Là fut le berceau de notre vieille monarchie; là triomphèrent le spiritualisme, la charité, les lumières; là furent vaincues ta force matérielle, l'égoïste philosophie, l'ignorance superstitieuse. Salut et gloire au premier autel de Notre-Dame de Reims !

A cette époque, on ne baptisait que dans la cathédrale: seulement deux ou trois siècles après, les curés obtinrent la permission de donner le premier des sacrements institués par le christianisme.

Ce point est d'une grande importance; il répond aux traditions erronées qui veulent placer dans d'autres basiliques rémoises la grande cérémonie dont nous parlons. On ne pouvait baptiser le roi que dans la grande église : c'est là que se trouvait la cuve où descendaient les néophytes, la fontaine sacrée qui donna son onde limpide et pure à la main de saint Rémi.

La sacristie de la première cathédrale était célèbre par un miracle : le roi Sigebert y avait recouvré l'ouïe pendant qu'il causait devant quelques reliques du bienheureux saint Martin de Tours.

Saint Nicaise avait ménagé sous le grand autel du chœur une crypte ou oratoire souterrain. Il s'y retirait pour prier. Saint Rémi suivit son exemple et affectionna celte retraite : c'est là qu'un ange du ciel vint lui annoncer qu'il pouvait par donnera l'évoque Genebaud et le rétablir sur le siège de Laon.

Cette crypta fut conservée sous la deuxième église; l'archevêque Hervé lai fit réparer et mit son autel sous l'invocation de saint Rémi.

Dans l'église bâtie par saint Nicaise fut sacré Louis le Débonnaire.

Les glorieux souvenirs ne lui manquaient donc pas; Sous la première race, elle était l'objet de la vénération des rois et des peuples. Sous les carlovingiens, on n'avait plus, pour tout ce qui se rattachait à la famille de Clovis, le même respect que par le passé : notre cathédrale finit par menacer ruine.

Lorsqu'on 816 Ebon parvint au siège de Reims, il conçut le projet de reconstruire le vieux temple. La faveur royale et ses bienfaits lui étaient alors assurés ; il disposait des revenus de l'église, déjà considérables. La charité des fidèles ne devait pas faire défaut à leur chef. Il se mit à l'oeuvre. Louis le Débonnaire lui permit, en 818, de prendre dans, les rues et places voisines le terrain dont il aurait besoin pour élever le nouvel édifice. Il fut donc plus vaste que le premier. L'empereur autorisa de plus Ebon à employer à sa construction les matériaux des anciens remparts.

Les Rémois et les Romains, leurs alliés, les avaient élevés à grands frais en pierres de taille de grande dimension. On puisa dans ces riches carrières tout ce dont on avait besoin. Les habitants consentirent à cette démolition, qui ne fut d'ailleurs que partielle, et se placèrent sous la protection du ciel, sub custodia coeli. Ces mots furent depuis traduits  par la vieille devise rémoise : Dieu en soit garde.

La munificence royale fit aussi l'abandon des droits du fisc sur les terrains ainsi concédés, des redevances dues par l'église de Reims au palais impérial d'Aix-la-Chapelle.

Ce fut en 827 ou 829 que les travaux commencèrent activement.

Rumalde ou Romualde, architecte du roi, les dirigeait. Il était serf de Louis le Débonnaire; celui-ci le donna à Ebon pour te servir toute sa vie et lui consacrer les talents qu'il avait reçus du ciel. Sous ses ordres s'enrôlèrent de nombreux ouvriers.

Des artistes habiles avaient été appelés de toutes les contrées.

Ebon veillait à ce que rien ne manquât à ceux qu'il avait fait venir. Les vivres qui leur étaient nécessaires étaient réunis et distribués par ses ordres. Il leur assignait des logements. Rien n'interrompait le travail. Lorsqu’Ebon fut déposé, en 835, il fut contraint de laisser à d'autres  une entreprise dont il avait conçu le plan ; mais il s'occupait sans cesse, dans, l'exil, des constructions qu'il ne pouvait plus surveiller. De retour en 841, il bénit tout ce qui avait été fait en son absence; chassé de nouveau de son siège, il ne put mettre la dernière main à son oeuvre. Hincmar, son successeur, fit la dédicace de la nouvelle basilique, en présence des évêques de la province, de Charles le Chauve et de toute sa cour.

Il fallut près de quarante ans pour élever les grosses constructions de la secondé église. Après cent cinquante années de travaux, elle n'était pas achevée dans ses détails, et en 962 le sculpteur y travaillait encore. Malheureusement cet antique édifice n'a pas été décrit par ses contemporains; et, comme nous allons le voir, il ne fut pas de longue durée.

11 existe deux dessins qui ont tous deux la prétention de représenter la cathédrale du temps de saint Nicaise; les anachronismes matériels qu'on y remarque, ne permettant pas d'ajouter foi complète même à leurs détails vraisemblables. Ainsi les fleurs de lys sont placées au sommet des clochetons; ainsi cette basilique aurait eu des verrières de forme ogivale. Cependant, tous les souvenirs n'étaient peut-être pas encore éteints, quand on tenta de reproduire ce qui n'était plus; il ne faut donc pas dédaigner absolument ces deux reproductions ; nous allons en donner une idée.

Le lecteur est prévenu; il n'accueillera donc qu'avec défiance des descriptions dont l'exactitude est suspecte. L'une d'elles nous est fournie par une des sculptures qui ornent la façade de la cathédrale actuelle. Le temple, si nous croyons ce bas-relief, se composait d'une nef principale et de deux basses nefs.

Le portail était placé entre deux tours rondes et terminées par des toits coniques. Au-dessus de la porte d'entrée, qui était étroite et haute, s'élevaient trois verrières de forme longue. Le choeur se trouvait à l'extrémité de l'édifice, dans une rotonde dont la toiture était distincte de celle de l'église. Il était éclairé par un Cercle de fenêtres ; chacune d'elles était séparée en deux par une colonne. Dés créneaux couronnant l'édifice étaient percés d'embrasures et de meurtrières; une crête ornée de globes régnait sur le sommet du toit. Le monument devait être peu considérable; puisque le dessin ne représente qu'une verrière dans la basse-nef, et deux fenêtres dans le haut de la grande nef. Tous ces détails, il faut en convenir, peuvent s'appliquer aussi bien à la seconde église qu'à la première. Les créneaux même qui semblent rappeler l'ancienne citadelle, se retrouvent dans les temples bâtis sous les deux premières races, et même plus tard. Bidet, ce sceptique historien de Reims, qui vivait dans le siècle dernier, nous a conservé dans ses manuscrits le second dessin de la cathédrale bâtie par saint Nicaise; il diffère gravement de celui que nous venons de décrire : le portail se compose d'une porte à sommet triangulaire, de deux verrières à plein-cintre et d'une rose à quatre feuilles. Les deux tours, surmontées par des croix, sont éclairées, dans leur sommet seulement , par de petites ouvertures longues, étroites et faisant cerclée à l'extrémité du toit est un clocher aigu ; deux verrières sont ouvertes à la base. Quatre fenêtres sont indiquées dans la haute nef.

La basse-nef n'en a que deux. Une porte analogue à celle de la façade s'y montre. Au bout de l'église est une rotonde sans toit apparent, terminée par une plate-forme hérissée de créneaux et percée par des haies à plein-cintre.

Le dessin qu'on nous donne pour celui de la deuxième cathédrale, est plus riche de détails; il s'est conservé sur l'un des sceaux du Chapitre, et reproduit plusieurs points qui ne sont pas sans rapport avec les vues que nous venons d'esquisser.

Ainsi, le portail se dresse entre deux tours rondes ; ainsi le chœur est encore situé dans un bâtiment séparé de la nef, plus bas qu'elle. Mais cette fois l'église n'a plus de bas-côtés; une porte latérale est ouverte à gauche, en entrant du côté où devait se trouver le cloître du Chapitre. Les créneaux ont disparu. Le portail, à plein cintre, est couronné d'un fronton triangulaire, au sommet duquel s'élève la statue de la Vierge ; une rosace est percée au milieu du fronton. Au-dessus règne une galerie d'arcades à colonnes légères. Plus haut est ouverte une verrière ronde dans laquelle se dessine une rose à quatre feuilles. Le sommet de la façade est triangulaire ; un clocheton s'élance à son sommet; les deux lignes qui vont y aboutir sont sculptées et présentent une dentelure saillante. Les deux tours, qui, dans le premier dessin, avaient des fenêtres, les unes carrées, les autres longues et à plein cintre, n'ont plus de jour; elles sont semblables à des colonnes. Des statuettes en prière, les mains jointes, en décorent le sommet; elles reposent sur une sorte de bourrelet, et ne sont pas sans rapport avec celles du clocher actuellement connu sous le nom de clocher à l'ange. Au-dessus d'elles se retrouve un ornement du même genre. Les tours sont terminées par un toit pointu, conique, très élevé, orné de sculptures. A l'extrémité est posée la croix. Elle est assise sur un globe ; de petites boules terminent ses bras.

Le toit de l'église est orné, au sommet et à la ligne inférieure, d'un feston dentelé. De petits globes se placent sur la pointe des dents.

A cheval sur ce toit, s'élève une flèche qui rappelle encore le clocher à l'ange : cependant l’ange n'y est pas, mais une croix le remplace. A sa base sont encore des figures les mains jointes (1).

La rotonde du chœur est entourée par une suite de verrières séparées par des colonnes de pierre. A l'extrémité du monument s'élève encore un clocher qui porte une fleur-de-lys; on en remarque une autre à l'extrémité du toit de la nef principale ; une troisième est posée sur le toit triangulaire qui abrita la porta ouverte du côté du Chapitre. La nef est éclairée par sept grandes verrières dont le sommet a la forme d'un trèfle évasé.

Entre chacune d'elles est une statue posée sur une colonne.

C’est probable que l'artiste aura joint ses propres inspirations à quelques réminiscences. Nous donnons ces trois succinctes descriptions pour servir à ceux qui, plus heureux que nous, arriveront à pouvoir préciser ce que nous laissons forcément dans le vague.

 

(1) Nous signalons ces points à l'attention du lecteur; nous y reviendront plus tard

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LA REINE BLANCHE.

 


La reine Blanche, deuxième femme du roi Philippe de Valois, fut ensevelie dans la chapelle Saint-Hippolyte, avec sa fille Jeanne de France, morte à Béziers pendant le voyage qu'elle faisait pour aller en Espagne épouser Jean, fils du roi d'Aragon.

Leur tombeau est de marbre noir, sur lequel sont touchées leurs statues de marbre blanc. On lisait l'épitaphe suivante :

 

Ci gisent dames de bonne mémoire madame Blanche, par la grâce de Dieu reine de France, fille de Philippe roi de Navarre, comte d'Evreux, et de la reine Jeanne, fille du roi de France, reine de Navarre de son héritage, sa femme, épouse jadis du roi Philippe le vrai catholique, et madame Jeanne de France leur fille, qui trépassèrent, c'est à savoir lad. madame Jeanne à Béziers le XI de septembre 1373, et la dite Reine le 5ième jour d'octobre 1398. Priez Dieu pour elles.


CHARLES V.


Le roi Charles V mourut le 16 septembre 1380, en son château de Beauté, près le bois de Vincennes. Son corps fut porté à Saint-Denis en grande pompe, le visage découvert, et enseveli dans la chapelle qui porte son nom, à main gauche de la porte d'entrée du cloître. Son tombeau était de marbre noir, sur lequel on voyait étendue sa statue couchée, de marbre blanc, ainsi que celle de la reine Jeanne, sa femme.

Dans le même tombeau on avait enseveli avec leurs parents leurs deux filles, les princesses Jeanne et Isabelle. Au bout de ce tombeau, l'un des plus remarquables que l'on ait vus jusqu'alors à Saint-Denis, on lisait les deux épitaphes suivantes, gravées en lettres d'or :

 

Ici gît Charles le Quint, sage et éloquent, fils du roi Jean, qui régna seize ans, cinq mois et sept jours et trépassa l'an de grâce mil trois cent octante, le seizième jour de septembre; son cœur fut porté en l'église cathédrale de Rouen et ses entrailles à Maubuisson. 

Ici gît madame la reine Jeanne de Bourbon, épouse du roi  Charles le Quint et fille de très noble prince monsieur Pierre duc de Bourbon, qui régna avec son dit époux treize ans et dix mois et trépassa l'an mil trois cent septante sept, le 6 de février.

 


DU GUESCLIN.

 


Dans la chapelle des Charles on voyait plusieurs tombeaux de personnages admis par les princes leurs maîtres à l'honneur de partager avec eux la sépulture royale dans les caveaux de Saint-Denis.

Le connétable Du Guesclin, étant mort en 1380, au siège de Château-Randon, fut enseveli à Saint-Denis, au pied du roi Charles V son maître, sous une petite voûte, entre les deux autels. Son tombeau, de marbre noir, supportait sa statue couchée, de marbre blanc, avec l'épitaphe suivante :

 

Ci gît noble homme, messire Bertrand du Guesclin, comte de Longueville et connétable de France, qui trépassa à Cliastelneuf de Randon en Gévaudan, en la sénéchaussée de Beaucaire, le treizième jour de juillet l'an 1380; priez Dieu pour son âme.


LA PRINCESSE MARGUERITE.


La princesse Marguerite, fille du roi Philippe le Long et femme de Louis, comte de Flandres et de Réthel, tué à la bataille de Crécy, mourut en 1382.

Elle fut ensevelie à droite de la porte du cloître, dans un tombeau de marbre noir que surmontait sa statue en marbre blanc. Une grille de fer entourait ce tombeau, qui était placé entre quatre colonnes soutenant un dais en pierre sculptée à jour, et d'un travail d'une surprenante légèreté et d'une exquise délicatesse.

 

BUREAU DE LA RIVIÈRE.

 

Messire Bureau de la Rivière fut chambellan des rois Charles V et Charles VI. C'est par ordre de son premier maître Charles V, qui en exprima le désir avant de mourir, que ce fidèle serviteur fut enseveli à Saint-Denis, sous une tombe de cuivre, devant l'autel Saint-Jean et au pied même du tombeau de son roi.

Ces faits sont rapportés dans l'épitaphe suivante, qui se lisait autour de son tombeau :

 

Ci gît noble messire Bureau jadis seigneur de la Rivière, chevalier et premier chambellan du roi Charles V et du roi Charles VI son fils, qui trépassa le 16ième jour d'Aoust l'an mil quatre cent et fut ci enterré de l'ordonnance du dit roi Charles V qui pour considération de très grands et notables services qui lui avait faits et pour la singulière amour qu'il avait à lui le voulut et ordonna en son vivant, et le dit roi Charles VI le confirma, et aussi nos seigneurs les ducs de Berry, de Bourgogne, d'Orléans et de Bourbon, qui lors étaient, voulurent que ainsi fut. Priez Dieu pour l'âme de lui.

 

« Il appert par cette épitaphe, dit dom Millet, que ce n'était pas chose vulgaire d'enterrer à Saint-Denis quelque personne que ce fût, mais une grande faveur d'y recevoir les plus signalés serviteurs et favoris des rois parleurs commandements, puisque, pour y mettre celui-ci, ce ne fut pas assez de l'ordonnance du roi Charles V, son maître, qui mourut vingt ans devant lui; il fut nécessaire -de faire ratifier son ordonnance par son successeur et par tous les princes du sang.

Car cette église est dédiée à la sépulture des seuls rois et de leur famille royale, si ce n'est que par une faveur singulière et pour quelque service signalé ils y en fassent ensépulturer quelques autres, comme ont fait quelques-uns d'entre eux. »

 


LOUIS DE SANCERRE.

 


Le connétable Louis de Sancerre eut aussi les honneurs de la sépulture à Saint-Denis, dans la chapelle des Charles, au côté droit de l'autel Saint-Jean. C'était un vaillant homme de guerre, qui avait repris aux Anglais le Poitou, la Saintonge et la Guienne. Le roi Charles VI lui avait fait élever un tombeau de marbre noir, sur lequel on voyait sa statue couchée, de marbre blanc, avec l'épitaphe suivante :

 

Ci gît Louis de Sancerre chevalier, jadis maréchal de France et depuis connétable de France, frère germain du comte de Sancerre qui trépassa le mardi 6ième jour de février, l'an 1402.

 

Derrière son tombeau, on lisait, sur une plaque de marbre incrustée dans la muraille, les vers suivants, qui contiennent, avec son panégyrique, les termes de la décision royale ordonnant que ce «valeureux» soldat fût enterré à Saint-Denis :

 

Cy dedens gît soubz une lame

Loys de Sancerre dont l'ame

Soit ou repox du Paradis.

Car moult bon proudom fut jadis

Sage, vaillant, chevaleureux

Loyal et en armes heureux :

Oncque en sa vie nama vice

Mais il garda bonne justice

Autant au grand comme au petit,

 En ce prenoit son appétit.

Mareschal fut ferme et estable

De France, puis fut connestable

Fait après par ellection

En l’an de l'Incarnation

Mil quatre cens et deux fin a

Et le Roy voult et enclina

A lonnourer tant que ciens

avec ses parens anciens.

Fut mis pour ce fait bon servir

Cil qu'ainssi le veult desservir

a ses serviteurs en la fin

Quant bien luy ont esté a fin.

 


LE PRINCE D'ÉVREUX.

 


Dans la chapelle Notre-Dame la Blanche avaient été ensevelis le prince Louis d'Évreux, comte d'Étampes et de Gien, et Jeanne d'Eu, sa femme. Leur caveau était recouvert d'une tombe de cuivre avec leur effigie, autour de laquelle on lisait les inscriptions suivantes :

 

Ci gît très noble et haut prince monsieur Louis d'Evreux, jadis comte d'Etampes et de Gien, pair de France, qui trépassa en l’an de grâce 1400, le 6ième jour de mai. Priez Dieu pour qu'il ait l'âme de lui. Amen.

 

Ci gît madame Jeanne d'Evreux, jadis comtesse d'Etampes et duchesse d'Athène, fille de très noble homme monsieur Raoul, comte d'Eu et de Guines, jadis connétable de France, et de très noble madame Jeanne de Mello, laquelle trépassa en la cité de Sens le 6ième jour de juillet 1389.Priez Dieu pour elle.

 


CHARLES VI.

 


Le roi Charles VI, dit le Bien-Aimé, mourut le  22 octobre 1422, à l'hôtel Saint-Paul. Il fut enterré à Saint-Denis, dans la chapelle du roi son père, près le mur du cloître. Son tombeau, de marbre noir, supportait sa statue couchée, de marbre blanc. On lisait cette épitaphe :

 

Ci gît le roi Charles VI très aimé, large et débonnaire, fils du roi Charles le Quint qui régna quarante deux ans un mois et six jours et trépassa le 21 d'octobre l'an 1422. Priez Dieu qu'en paradis soit son âme.

 

La reine Isabeau de Bavière, sa femme, mourut treize ans après lui, en 1435, pendant l'occupation de Paris par les Anglais. On dut lui faire des funérailles à peu près secrètes, et elles furent d'une mesquinerie aussi complète que possible. Son corps fut transporté par eau à Saint-Denis dans un petit bateau.

Son cercueil, entouré de quatre cierges, n'avait pour toute escorte que quatre personnes indispensables pour l'inhumation. L'office funèbre fut court et célébré sans qu'aucun évêque y prît part. «Ce fut peut-être un jugement de Dieu, dit notre bon dom Millet, qu'une mère si injuste à son fils et si malicieuse à l'endroit de la France fût enterrée sans pompe funèbre »

Elle fut ensevelie dans le tombeau de son mari, et sa statue, de marbre, fut couchée à côté de la sienne avec l'inscription suivante :

 

Ci gît la reine Isabelle de Bavière, épouse du roi Charles sixième et fille de très puissant prince Etienne, duc de Bavière et comte palatin du Rhin, qui régna avec son dit époux et trépassa l'an 1435, le dernier jour de septembre. Priez Dieu pour elle.

 

L'aîné des six fils de ces deux princes, mort à neuf ans, a été enseveli dans la même chapelle, et son corps, enfermé dans une petite tombe de cuivre, fut déposé, non loin d'eux, sous le marchepied de l'autel Saint-Jean, avec l'épitaphe suivante :

 

Ci gît le noble Charles Dauphin du Viennois, fils du roi de France Charles VI, qui trépassa au château du bois de Vincennes le 28ième jour de décembre l'an 1386. Dieu en ait l'âme.


 

ARNAUD DE GUILHEM.

 


Le chevalier Arnaud de Guilhem, seigneur de Barbazan, ayant été tué en 1432, à la bataille de Bulgnéville, près Nancy, le roi Charles VII ordonna que Saint-Denis devînt le lieu de sa sépulture. Son corps, placé dans une tombe de cuivre, fut enseveli à gauche du tombeau de Charles V. On lisait, gravés sur le devant même de ce tombeau, les vers suivants :

 

En ce lieu-ci gît dessous cette lame.

Feu noble homme, que Dieu pardonne à l'âme

Arnaud Guillen seigneur de Barbazan

Qui conseiller et premier chambellan

Fut du roi Charles septième de ce nom

Et en armes chevalier de renom

Sans reproche, et qui avec droiture

Tout son vivant ; pourquoi sa sépulture

Lui a été permise d'être ici

Priez Dieu qu'il lui fasse merci Amen

 


GUILLAUME DU CHASTEL.

 


Le seigneur Guillaume du Chastel (on dit aujourd'hui Duchatel), grand pannetier du roi Charles VII, fut tué le 20 juillet 1441, en défendant, pendant le siège de-Pontoise, le passage de l'Oise contre les Anglais.

En récompense de ses services, le roi ordonna qu'il fût « ensépulturé à Saint-Denis », d’où un tombeau de pierre, supportant sa statue couchée, également de pierre, lui fut édifié dans la chapelle de Notre-Dame la Blanche, avec l'épitaphe suivante :

 

Ci gît noble homme Guillaume Du Chastel de la Basse Bretagne, pannetier du roi Charles VII et écuyer d'écurie de monseigneur le Dauphin, qui trépassa le 23 de juillet, Vande grâce 1441, durant le siège de Pontoise en défendant le passage delà rivière d'Oise, le dit jour que le duc d'York la passa pour cuider lever le dit siège, et plut au roi pour sa grande vaillance et les services qu'il lui avait faits en maintes manières, et spécialement en la défense de cette ville de Saint-Denis contre le siège des Anglais, qu'il fût enterré céans. Dieu lui fasse merci. Amen.

 


CHARLES VII.

 


« Un de ses gentilshommes l'ayant assuré que ses ennemis machinaient de le faire mourir par poison, dont il entra en une appréhension si violente, qu'il résolut de ne manger ni boire, et fut ainsi sept jours sans prendre aucun aliment, quelque chose que lui pussent dire les médecins. Toutefois, sentant défaillir ses forces, il en voulut prendre ; mais les conduits s'étant rétrécis, il ne fut pas possible de rien avaler..

 

Et le roi Charles VII, dit le Victorieux, mourut de cette manière, le 22 juillet 1461, à Meung en Berry.

Il fut enseveli à Saint-Denis, entre son père et son aïeul ; sa femme, qui mourut deux ans après lui, fut placée dans le même tombeau, sur lequel deux statues étaient étendues l'une auprès de l'autre, avec les épitaphes suivantes, gravées en lettres d'or :

 

Ci gît le roi Charles septième très glorieux, victorieux et bien servi, fils du roi Charles sixième, qui régna trente neuf ans, neuf mois et un jour, et trépassa le jour de la Madeleine 22ième jour de juillet l’an 1461. Priez Dieu pour lui.

 

Ci gît la reine Marie, fille du roi de Sicile, duc d'Anjou, épouse du roi Charles VII, qui régna avec son dit époux, et trépassa le pénultième jour de novembre  l'an 1463. Priez Dieu pour elle.

 


LOUIS DE PONTOISE.

 


Ce valeureux « capitaine de gendarmes » ayant été tué au siège de Crotoy le 4 août 1475, le roi Louis XI ordonna qu'il fût enseveli à Saint-Denis.

On inhuma son corps dans la chapelle de Saint-Louis, et on composa en son honneur l'épitaphe suivante, gravée sur une lame de cuivre, pour tenir lieu d'un tombeau, dont sans doute-le parcimonieux monarque ne jugea pas à propos de faire les frais pour son serviteur :

 

En ce Lieu gist soubs ceste Lame

Un vaillant capitaine de gensdarme ;

Louis de Pantoise fut son nom

En armes chevalier de grand renom

Tué présent Louis onze son Roy

A l'assaut contre les Bourguignons au Crotoy,

Qui a commandé son corps estre icy.

Prie Dieu qui luy fasse mercy.

Le jeudi 4 août 1475.


 

CHARLES VIII.

 


« Étant à Amboise, l'an 1498, le septième jour d'avril, en une galerie du château, regardant des joueurs de paume, et tenant quelques discours spirituels avec la reine et autres assistants, il tomba à la renverse saisi d'une apoplexie. »

Le samedi suivant, veille de Pâques, Charles VIII était mort. «C'était, continue dom Millet, un grand roi, généreux, magnanime, affable et décoré de toutes les vertus royales ; aussi fut-il grandement regretté de tous ses sujets, et spécialement de ses domestiques, deux desquels tombèrent roides morts, le voyant mettre en terre. »

Ce bon roi était encore, à ce qu'il parait, un prince « d'une grande continence de chasteté, car, au retour de son royaume de Naples, il prit par assaut la ville de Tuscanelle, en Toscane, qui lui refusoit ses portes; on lui amena une jeune damoiselle d'excellente beauté, laquelle, le voyant prêt de lâcher la bride à sa sensualité, se jeta à ses pieds et le conjura, par la pureté de la sacrée Vierge, de laquelle il y avoit là une image, de ne la point toucher; ce que non-seulement il lui octroya, mais, outre plus, lui donna 500 écus et mit en liberté son fiancé et tous ses parents, qui étoient prisonniers de guerre. »

Charles VIII fut enseveli à Saint-Denis, au bas du grand autel. Son tombeau [1] était le plus magnifique qu'on eût vu jusqu'alors. Il était de bronze noir et doré, supportant la statue en bronze du roi en prière, couronne en tête, et de grandeur naturelle. Aux quatre coins de ce magnifique tombeau on voyait des anges de cuivre doré agenouillés et priant pour le repos du prince. La robe du roi était peinte en couleur d'azur et semée de fleurs de lis d'or.

 


LOUIS XII.

 


Le roi Louis XII, sur la fin de sa vie, et alors qu'il avait cinquante-cinq ans d'âge, ayant épousé une jeune princesse de dix-huit ans, ne put supporter longtemps sa vie nouvelle, ni les plaisirs et les fêtes que cette union « mal assortie» lui occasionnait . Il mourut deux mois et demi après son mariage, à l'hôtel des Tournelles, le Ier janvier 1515, et fut enseveli à Saint-Denis, près de sa première femme, morte le 20 janvier 1514.

Son tombeau de marbre blanc, chef-d’œuvre du Vénitien Paul-Ponce Trebati, et qui ne fut placé à Saint-Denis qu'en 1527, est l'une des merveilles de la royale église. On le voit encore de nos jours à la place qu'il occupait avant la Révolution, à gauche du maître autel, près la porte qui conduit à l'ancien cimetière des Valois. Il a été peu détérioré. Sous le mausolée, qui supporte les statues nues de la reine et du roi, étaient deux cercueils de plomb contenant leurs corps et surmontés, le premier d'une couronne royale de cuivre doré, le second d'une simple couronne ducale de même métal.

L'épitaphe du roi était ainsi conçue :

 

Ci gît le Corps avec le Cœur de très haut, très excellent, très puissant prince Louis douzième, roi de France, lequel trépassa à Paris à l’hôtel des Tournelles le premier jour de janvier l'an 1515. Ses entrailles sont avec son père aux Célestins du dit Paris.

 

La reine Anne de Bretagne, sa première femme, étant morte un an avant lui à Blois, le 20 janvier 1514, fut ensevelie à Saint-Denis, où lui fut alors élevé un tombeau de marbre blanc sur lequel on lisait l'épitaphe suivante :

 

La terre, monde et le ciel ont divisé madame Anne qui fut des Roys Charles et Louis la femme.

La terre a pris le corps qui gist sous cette lame Le monde aussi retient la renommée et famé Perdurable à jamais sans être blasme Dame Et le ciel pour sa part a voulu prendre l'âme.

 

En 1527, le corps de cette princesse fut exhumé et placé avec celui de son mari dans le monument que François 1er leur avait fait élever.



[1] Il a été entièrement détruit et fondu en 1793.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

 

 

Pairie

 

 

LOUIS IX.

 

« Le roi étant arrivé à Tunis, en Afrique, Dieu, se contentant de sa bonne volonté, voulut, au lieu de la Jérusalem terrestre qu'il s'en allait conquester, le mettre en jouissance de la Jérusalem céleste, et le récompenser de tant de peines et de travaux qu'il avait soufferts à son service. A ces fins, il envoya en l'armée la maladie contagieuse de laquelle Tristan, comte de Nevers, fils du saint roi, mourut le premier ; et lui-même, étant quelques jours après frappé d'une dissenterie et de fièvre continue, sentant la mort approcher, il reçut dévotement les saints sacrements de l'Église, puis, avec une grande résignation et contentement singulier, rendit sa bénite âme à Dieu le 25 août 1270.

 « Son saint corps fut découpé par membres et bouilli dans du vin et de l'eau jusqu'à la séparation de la chair et des os, suivant la coutume de ce temps là, et ce, faute d'avoir de bon baume qui préserve les corps de corruption » Les restes de saint Louis furent apportés à Saint-Denis dans une magnifique châsse d'argent, dont la translation donna lieu aux funérailles les plus splendides et les plus touchantes. En effet, Philippe, fils du roi, alors Philippe III, porta lui-même le corps de son père sur ses épaules, et fit, pieds nus, le trajet de Paris à Saint-Denis. Four conserver le souvenir de ce pieux dévouement, on fit élever peu après,  sur la route que le prince avait parcourue, de petits monuments aux endroits mêmes où il s'était reposé pendant le convoi de son père Ces monuments étaient de petites tours surmontées des statues de grandeur naturelle de Louis IX, du comte de Nevers, de Philippe III et de Robert, comte de Clermont. Elles ont été détruites en 1793.

Le tombeau de saint Louis fut élevé dans l'église royale, entre ceux de Louis VIII et de Philippe-Auguste, derrière l'autel de la Trinité.

En 1297, le pape Boniface VIII ayant canonisé Louis IX, devenu alors saint Louis, son petit-fils, Philippe le Bel, fit exhumer ses restes et ordonna qu'ils fussent enfermés dans une châsse d'or massif placé sur le grand autel de la basilique.

En 1305, on donna la tête du roi, comme relique, «à messieurs de la Sainte-Chapelle, à Paris, sauf la mâchoire de dessous, qui est au Trésor, richement enchâssée.» En échange, messieurs de la Sainte-Chapelle offrirent à l'abbaye un reliquaire également précieux.

Les successeurs de saint Louis enrichirent successivement de pierreries et d'ornements divers la châsse où étaient renfermés les restes de leur glorieux aïeul, laquelle était devenue un objet d'une valeur matérielle très-considérable, non moins que d'une très-grande vénération. Le roi Charles VI, entre autres, offrit 250 marcs d'or pour refaire une châsse splendide «en action de grâce de ce qu'il avait été quelques jours auparavant délivré d'un grand péril en un ballet joué en l'hôtel de la reine, au faubourg Saint-Marceau, où tous les joueurs, desquels il était l'un, furent brûlés; lui et un autre seulement furent exceptés. »

Ce fut peu de temps après ce don royal que les Anglais, maîtres d'une partie de la France, pillèrent Saint-Denis et son trésor ; la châsse du pieux roi fut alors convertie en bons écus d'or, de ceux qu'on appelait alors «des moutons d'or, dont les Anglais firent au moins trente mille de ladite châsse» Ce ne fut guère que sous le roi François Ier qu'une châsse digne de les contenir fut donnée aux restes de Louis IX, par le cardinal de Bourbon, archevêque de Sens, devenu premier abbé commendataire de l'abbaye.

Enfin, en septembre 1610, à l'occasion du sacre de Louis XIII, Marie de Médicis fit présent à l'église Notre-Dame de Reims d'un os enlevé encore au même reliquaire. Le peu qui restait fut dilapidé pendant les dévastations de 1793.

Autour du tombeau de saint Louis on voyait :

1° La reine Marguerite, sa femme, devant les degrés du grand autel, sous une tombe de cuivre autour de laquelle est gravée celte épitaphe :

 

Ici gît la noble reine de France, Marguerite, qui fut femme de monseigneur Saint Louis, jadis roi de France, qui trépassa le mercredi devant Noël, l'an de l'incarnation de Notre Seigneur mil deux cent quatre vingt et quinze; priez pour son âme.

 

2° A son côté droit, son fils Tristan, comte de Nevers.

3° De l'autre côté, son frère Alphonse, comte de Poitiers.

4° Philippe, comte de Clermont, son oncle.

5° Pierre de Beaucaire, son chambellan, «dont les ossements, dit la chronique de Saint-Denis, furent enterrez au pied du bon roy tout en la manière qu'il gisoit à ses pieds quand il estoit en vie. »

 

Enfin, en 1791, lors de la dispersion des moines de l'abbaye de Royaumont, où avaient été ensevelis plusieurs princes dé la famille de Saint-Louis, le gouvernement, ordonna la translation à Saint-Denis de leurs restes et des monuments qui les recouvraient. Ces princes étaient les suivants :

Philippe, dit Dagobert, frère du roi ;

Louis, son fils aîné, mort en 1260;

Jean, son troisième fils, mort en 1248;

Blanche, sa fille aînée, morte en 1243 ; Louis et Philippe, fils de Pierre, comte d'Alençon, cinquième fils du roi ; Un fils de Philippe d'Artois, mort en 1291.

La translation de ces restes fut faite à Saint-Denis, le 1er août 1791. Les bas reliefs sculptés autour du magnifique tombeau de Louis, alors fils aîné du roi[1], «qui avait été déjà, malgré son jeune âge, pris en grande considération, » représentent les funérailles de ce prince dont Saint-Foix parle en ces termes :

« Le corps du fils de saint Louis, mort à l'âge de (1) seize ans, fut d'abord porté à Saint-Denis, et de là à l'abbaye dé Royaumont, où il fut enterré. Les plus grands seigneurs du Royaume portèrent alternativement le cercueil sur leurs épaules, et Henri III d'Angleterre, qui était alors à Paris, le porta lui-même pendant assez longtemps, comme feudataire de la couronne

On voyait à côté de lui, sur le même tombeau, la statue couchée de Jean son frère, mort en 1248.

 

LE COMTE D'EU.

 

On voyait autrefois dans la chapelle Saint-Martin le tombeau de cuivre doré, avec effigie armée, du prince Alphonse, comte d'Eu. Ce tombeau fut détruit sous Charles IX, en 1567, lors du pillage de l'abbaye par les huguenots. C'est le premier tombeau sur lequel fut inscrite une épitaphe détaillée. Les rois, princes ou personnages ensevelis jusqu'alors à Saint-Denis avaient été simplement désignés par leur nom gravé sur leur tombe ; c'est donc de l'époque de saint Louis que date l'usage des épitaphes détaillées dans la royale église.

On lisait sur le tombeau du comte d'Eu : Ci gît Alphonse jadis comte d'Eu et chambellan de France, qui fut fils à très haut homme, très bon et très loyal chevalier monsieur Jean de Bayac qui fut roi de Jérusalem et Empereur de Constantinople, et fut le dit Alphonse fils de très haute dame Berengère, qui fut Empereur de Constantinople, laquelle fut mère de madame la Blanche la bonne et sage reine de France, qui fut mère au bon roi Louis de France qui mourut en Carthage, et fut la dite Berengère sœur au bon roi Ferrand de Castille ; et mourut le dit Alphonse au service de Dieu, et de très haut et très puissant prince monsieur Louis par la grâce de Dieu Roi de France, et de très haut prince monsieur Philippe son fils par la grâce de Dieu roi de France, dessous Carthage, au royaume de Thunes (Tunis), Van de l'incarnation de Notre Seigneur 1276, la veille de Sainte Croix en septembre, et.fut enterré le dit Alphonse en cette église de monsieur Saint Denis, l'an de l'incarnation de Notre Seigneur 1271, le vendredi d'après la Pentecôte, le jour et l'heure quand Monseigneur le roi Louis fut enterré, et pour Dieu priez pour l'âme d'icelui moult sage et moult loyal Chevalier. « Épitaphe, dit assez justement dom Millet, qui ressent bien son antiquité. »

 

PHILIPPE III.

 

Philippe III, dit le Hardi, mourut à Perpignan-le 5octobre 1286. Son tombeau, à Saint-Denis, était de marbre noir, avec sa statue couchée, en marbre blanc.

Il était placé près la porte de fer du chœur, sous la grande croisée. Sa première femme, Isabelle d'Aragon, morte des suites d'une chute de cheval à Cuzance (Sicile), en 1271, est à son côté droit, sur le même tombeau.

On lit, sous la corniche de ce remarquable tombeau, le premier à Saint-Denis où l'on se servit de marbre, l'inscription suivante :

 

Dysabel. lame. ait. paradys

Dom. li. cors. gist. souz. ceste. ymage

Famé, avroi. Phelipe. ia. Dis.

Fill. Lovis. Roi. mort, en. Cartage.

Le jovr. de Sainte. Agnes, seconde.

Lan. mil. ce. dis. et soisente :

A Cusance. fvmorte. av monde.

Vie. sanz. fin. Dex. li. consente.

 

PHILIPPE IV.

 

Philippe IV, dit le Bel, mourut à Fontainebleau le 29 novembre 1314. Il fut enseveli à Saint-Denis, au côté gauche de Philippe III. Son tombeau, de marbre noir, était surmonté de sa statue couchée, en marbre blanc, qui nous est parvenue, malgré les dévastations de l'abbaye, dans un état de conservation à peu près complet.

 

LOUIS X.

 

Louis X, dit le Hutin, «c'est-à-dire, suivant le langage de ce temps-là, mutin et têtu», mourut à Vincennes le 5 juin 1316. Il fut enterré à Saint-Denis, vis-à-vis son père, Philippe le Bel, de l'autre côté du chœur. Le tombeau est de marbre noir, avec sa statue couchée, de marbre blanc.

JEAN Ier.

 

« Le quinzième jour du mois de novembre de l'an 1316, dit Guillaume de Nangis, la nuit qui précéda le dimanche, la reine Clémence (fille de Robert, roi de Hongrie), travaillée de la fièvre quarte, mit au monde à Paris, dans le château du Louvre, un enfant mâle, premier fils du feu roi Louis, qui, né pour régner dans le Christ, et appelé Jean, mourut le 20 du même mois, à savoir le vendredi suivant. Le jour d'après il fut enterré dans l'église de Saint-Denis, au pied de son père. »

Le pauvre petit roi fut placé dans le même tombeau, et sur le marbre noir qui recouvrait le père et le fils, on les voyait couchés tous deux — comme on les voit encore aujourd'hui rétablis —l'enfant étendu, les pieds appuyés sur la crinière d'un jeune lion, et la tête couchée sur un oreiller de marbre blanc. « La foule, dit M. de Guilhermy, passe indifférente devant la plupart de ces rois, qui ont vécu leur temps, et dont la mémoire est tombée en oubli ; elle s'arrête avec émotion auprès de cet enfant, qui n'a d'autres titres dans l'histoire que son innocence et sa mort. »

 

PHILIPPE V.

 

Le roi Philippe V, dit le Long, étant mort à Longchamps le 3 janvier 1321, son corps fut enseveli à Saint-Denis, près du grand autel, côté de l'Évangile, où l'on voyait son tombeau de marbre noir, surmonté de sa statue couchée, de marbre blanc.

Au pied de son tombeau, sur une petite table de marbre, on lisait, en, lettres d'or, l'inscription suivante :

 

Ci gît le roi Philippe le long, roi de France et de Navarre, fils de Philippe le bel qui trépassa l’an mil trois cent vingt et un, le troisième de janvier, et le cœur de la reine Jeanne sa compagne, fille de noble prince le comte Hugues de Bourgogne, laquelle trépassa l'an mil trois cent vingt neuf, le 21 de janvier.

 

CHARLES IV.

 

Charles IV, dit le Bel, « fut un prince né à la vertu autant qu'aucun autre de ses prédécesseurs, craignant Dieu, aimant la justice, honorant les lettres, chérissant son peuple, hardi, courageux et exempt de tout vice», ainsi du moins que l'assure le bénédictin- dom Millet. Ce prince mourut à Vincennes le 1er février 1327.

On l'enterra à Saint-Denis, auprès de son frère Philippe le Long. La reine Jeanne d'Évreux, sa femme, morte seulement en 1370, le 4 mars, fut ensevelie à ses côtés. Au pied de leur tombeau commun était élevée, contre le mur, une petite colonne en pierre surmontée d'une châsse, d'une image de la Vierge, et soutenant en outre une table de marbre noir sur laquelle on lisait, écrite en lettres d'or, la curieuse inscription suivante :

 

Ci gît le roi Charles, roi de France et de Navarre, fils du roi Philippe le bel qui trépassa l'an 1327, la veille de la Chandeleur, et madame la reine Jeanne sa compagne, fille de noble prince monsieur Louis de France jadis comte d'Evreux, laquelle reine donna cette chasse ou il y a de la vraie croix, et une épine de la sainte couronne et du saint sépulcre de Notre Seigneur, du tableau où fut écrit le titre de Notre Seigneur en la croix et plusieurs autres reliques de celles qui sont en la chapelle royale de Paris. Item, donna cette image de Notre Dame laquelle est d'argent doré, où il y a de son lait, de ses cheveux et de ses vêtements. Item une image d'or de monsieur Saint Jean l'Evangéliste.

 

LES FILLES DE CHARLES IV.

 

Deux princesses, filles de Charles le Bel et de la reine Jeanne d'Évreux, furent ensevelies dans la chapelle de Notre-Dame la Blanche. Leur tombeau commun, de marbre noir, supportait leur statue couchée, de marbre blanc.

L'aînée, Blanche de France, épousa le duc d'Orléans. On lisait ainsi son épitaphe :

 

Ci gît madame Blanche, fille du roi Charles, roi de France et de Navarre, et de madame Jeanne d'Evreux, qui fut femme de monsieur Philippe de France, duc d'Orléans, comte de Valois et de Beaumont et fils du roi Philippe de Valois, laquelle trépassa l'an 1392, le 7ième jour de février. Priez Dieu pour elle.

 

L'autre princesse était morte toute jeune et avait été enterrée à Saint-Denis trente et un ans avant sa sœur. On lisait sur le tombeau une inscription ainsi conçue :

Ci gît madame Marie de France, fille du roi Charles, roi de France et de Navarre, et de madame Jeanne d'Evreux, qui trépassa l’an 1361, le 6 d'octobre[2]. Priez Dieu pour elle.

 

JEANNE DE FRANCE.

 

Au pied du tombeau de Louis le Hutin on voyait la tombe de marbre noir, avec la statue couchée, de marbre blanc, de sa fille Jeanne de France[3], femme du comte d'Évreux et reine de Navarre, ainsi que le constate l'inscription suivante, gravée autour du tombeau :

 

Ci gît Jeanne par la grâce de Dieu reine de Navarre, comtesse d'Evreux, fille de Louis roi de France, aine fils du roi Philippe le Bel, mère de madame la reine Blanche, reine de France, laquelle trépassa à Conflans les Paris, l'an mil trois cent quarante neuf, le 6ième jour d'octobre.

PHILIPPE VI.

 

Philippe VI, de Valois, «fut, dit encore dom Millet, qui n'est point avare d'éloges et de panégyriques, un prince accompli en toutes sortes de grâces, de corps et d'esprit, grave, libéral, magnanime, fort, religieux et aimant la justice »

Il mourut le 28 août 1350, à Nogent-le-Roi, et fut enterré, à Saint-Denis, près du grand autel, sa première femme, Jeanne, placée à ses côtés, sa seconde femme, Blanche, ensevelie, non loin de lui, dans la chapelle Saint-Hippolyte.

 

JEAN II.

 

Le roi Jean mourut à Londres le 8 avril 1364, esclave de ses serments et de sa parole librement donnée. Son corps fut ramené en France, et enseveli auprès du roi Philippe, son père, non loin du grand autel, côté de l'Évangile.

Sa statue, de marbre blanc, est couchée sur son sépulcre, de marbre noir. « Ce monarque, dit dom Millet dans sa naïveté toute sincère, tiendrait un des premiers rangs entre les rois de France s'il eût été aussi heureux que vertueux; mais la fortune, envieuse de ses mérites, lui ravit le loyer de ses vertus. »

 



[1] Louis, son premier enfant, était mort en 1236.On avait aussi rapporté de Royaumont  à Saint-Denis en 1791, sa tombe, qui était de bois, plaquée en cuivre émaillé.

[2] J'ai lu et relu cette épitaphe. Il y a évidemment ici erreur de date. Charles IV étant mort en 1327ou 1325, sa fille, mourant elle-même en 1361, n'aurait pas été aussi « jeune» que le dit l'histoire, qui la fait mourir«très-jeune». 

[3] Sa mère était la trop fameuse Marguerite de Bourgogne, Première femme de Louis le Hutin. Cette impudique princesse était fille de Robert II, Duc de Bourgogne et petite-fille, par sa mère, du pieux roi saint Louis. Convaincue d’adultère, elle fut enfermée, en 1314 au château de Gaillard près les Andelys , où elle fut étranglée avec une serviette. Son amant, Philippe d'Aulnay qu'a illustré le drame archi-centenaire de la Tour de Nesle de Gaillardet et Alex. Dumas fut saisi par ordre du roi et écorché vif  un an après la mort de sa royale maîtresse. D'après le drame précité, l'amant de la reine était en même temps son fils naturel cette hideuse complication a été imaginée pour les besoins de l'intrigue, mais elle  n'est nullement historique.

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EMPLACEMENT DES TOMBEAUX


AVANT I793.

 

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 GISANTS DE LA NECROPOLE ROYALE DE SAINT-DENIS; 

 


DAGOBERT ET NANTILDE.

 

L'abbaye de Saint-Denis lui doit son origine et ses richesses. Mort le 19 janvier 638, ce prince fut enseveli près du grand autel, où on lui érigea un tombeau qui fut détruit à l'époque de l'invasion des Normands. Le tombeau actuel date de saint Louis ; il est en forme de chapelle ogivale, sculptée en pierre de liais, et d'un travail très-minutieux. Le corps de Dagobert, qui avait échappé aux dévastations normandes, fut placé au milieu de cette chapelle, dans un sarcophage de lumachelle gris creusé dans la masse, en manière de cercueil de momie, et en conservant dans le vide la forme de la tête. Une tombe plate, sur laquelle est représentée en relief la statue du roi, ferme ce sarcophage.

Un bas-relief très-travaillé, divisé dans sa hauteur en trois zones, remplit le fond de la baie. En voici, d'après Montfaucon, la curieuse explication : «Un nommé Ansoalde, revenant de son ambassade de Sicile, aborda à une petite île où il y avait un vieux anachorète nommé Jean, dont la sainteté attirait bien des gens dans cette île qui venaient se recommander à ses prières. Ansoalde entra en conversation avec Ce saint homme, et, étant tombés sur les Gaules et sur le roi Dagobert, Jean lui dit qu'ayant été averti de prier pour l'âme de ce prince, il avait vu sur la mer des diables qui tenaient le roi Dagobert lié sur un esquif et le menaient, en le battant, aux manoirs de Vulcain ; que Dagobert criait, appelait à son secours saint Denis, saint Maurice et saint Martin, les priant de le délivrer et de le conduire dans le sein d'Abraham. Ces saints coururent après les diables, leur arrachèrent cette âme et l'emmenèrent au ciel, en chantant des versets des psaumes. »

Pour comprendre ce récit, il faut suivre les sculptures en prenant par le bas. Au-dessous de chaque bas-relief, on lit les inscriptions suivantes :  

 

C'y gist Dagobert premier fondateur de céans 8ième roy en l’an 632 jusques à 645[1].

Sainct Denis révèle a Jehan anacorete que lame de Dagobert est ainsy tourmentée.

Lame de Dagobert est délivrée par les mérites de Sainct Denis, Sainct Martin et Sainct Maurice.

 

Les statues qu'on voit debout aux côtés de l'ogive, l'une à la tête, l'autre au pied du cercueil, sont celles de la reine Nantilde, l'une des femmes de Dagobert, et de l'un de ses fils Clovis II ou Sigebert. La reine était morte trois ans après son mari, en l'année 641.

 

CLOVIS II.

 

Ce prince mourut en 656, à vingt-trois ans, après en avoir régné dix-huit. On voyait son tombeau en bas des chaires du chœur, près de celui de Charles Martel ; il était en pierre de liais, supportant une statue couchée du prince, également en pierre. On lisait l'inscription suivante :

 

Ludovicus rex filius Dagoberti.

 

PÉPIN LE BREF.

 

«Ce prince, dit dom Germain Millet[2], fut surnommé le Bref à cause de sa petite stature, car il n'avait que quatre pieds et demi de haut, et Cœur de Lion, à cause de son grand courage.» Il mourut le 24 septembre 768, et fut enseveli à Saint-Denis, où l'on voyait son tombeau un peu au-dessous de celui de Dagobert. Sur ce sépulcre en pierre était couchée la statue de Pépin en vêtement royal, avec couronne. On lisait l'inscription suivante :

 

Pipinus rex Pater Caroli Magni.

 

A ses côtés, couchée sur le même tombeau, était la statue de sa femme, la reine Berthe, surnommée «au grand pied» :

Bertha regina uxor Pipini régis.

 

CHARLES LE CHAUVE.

 

L'empereur Charles le Chauve mourut le 6 octobre 877, à Brios, près le mont Cenis, empoisonné, dit-on, par son médecin le juif Sédécias. Son corps, enseveli d'abord dans un monastère près de Nantua, ne fut apporté qu'en 884 à Saint-Denis, où il fut enseveli sous l'autel de la sainte Trinité, au bout du chœur. Son tombeau était de cuivre, avec son effigie revêtue des ornements impériaux. «Ce fut lui, dit G. Millet, qui transféra à Saint-Denis l'assemblée ou foire que l'empereur Charlemagne, son grand-père, avait établie à Aix-la-Chapelle, appelée indict, parce qu'elle était indictée et assignée à certain jour, auxquels il montrait aux marchands pèlerins les saintes reliques de l'Église fondée par le même empereur, et spécialement le saint clou de Notre Seigneur. Cette foire, par un mot corrompu, se nomme encore le landy au lieu de l’indict, et commence le mercredi plus proche, soit devant, soit après la fête Saint-Barnabe, qui est le i l'de juin, auquel jour l'ouverture s'en fait dans l'église Saint-Denis, avec de très-belles et dévotes cérémonies.»

 

LOUIS III ET CARLOMAN.

 

Ces deux princes, fils du roi Louis le Bègue, moururent, le premier en 882, le deuxième en 884. Ils furent ensevelis à Saint-Denis, l'un auprès dé l'autre, entre le chœur et le grand autel, au-dessous de la sépulture de Pépin, près la porte de fer menant au chœur. Leurs statues de pierre, revêtues des ornements royaux, sont étendues sur leur tombeau commun sur lequel on lit d'un côté :

 

Ludovicus.rex filius Ludovici Balbi. Et de l'autre : Karolomannus rex filius Ludovici Balbi.

 

CARLOMAN, ROI D'AUSTRASIE.

 

Ce prince était frère de Charlemagne. Mort le 4 décembre 771, il fut enseveli à Saint-Denis, entre le chœur et l'endroit où fut édifié depuis le tombeau de Charles VIII. C'est ce que disent du moins les Chroniques de Saint-Denis ; les Annales du temps prétendent au contraire que Carloman fut inhumé dans le sanctuaire de Saint-Remy, à Reims. Au XIIIe siècle, l'opinion était que ce-prince avait été enterré à Saint-Denis, où Saint-Louis lui fit élever un tombeau à l'endroit que je viens de dire. On y lisait l'inscription suivante :

 

Karolomannus rex filius Pipini. 

 

EUDES.

 

Eudes, fils de Robert le Fort, «qui voulut de régent devenir roy et gouverner en son nom privé, ce qui fascha fort plusieurs bons François», mourut en 898, et fut enseveli à Saint-Denis avec les honneurs royaux, au bout des chaires du chœur, près le tombeau de Hugues Capet, ainsi que le constate cette courte inscription :

 

Odo rex.

 

CHARLES MARTEL.

 

Charles Martel, fils naturel de Pépin le Gros et de sa concubine Alpaïde, dont il fit ensuite sa femme, mourut à Crescy-sur-Oise le 22 octobre 741. Il fut enseveli à Saint-Denis, au bout des chaires du chœur, auprès du tombeau que saint Denis fit plus tard élever à Clovis. Bien qu'il n'ait pas régné, il a été représenté, dans sa statue couchée, avec le costume et les attributs royaux, et l'inscription de sa tombe lui donne également le titre de roi :

 

Karolus Martellus rex.

 

 HUGUES CAPET.

 

Ce père de l'illustre race des Capétiens mourut au château de Melun le 24 octobre 996. Il fut enseveli à Saint-Denis, au bas des chaires du chœur, auprès du roi Eudes. On lit sur le tombeau de pierre que recouvre sa statue couchée :

 

Hugo Capet rex.

 

Devant son tombeau a été enseveli son père, Hugues le Grand, dit encore le Blanc et l'Abbé, comte de Paris, mort en 956. On lit sur la tombe, réédifiée, comme les précédentes, par les soins de saint Louis :

 

Ici git Hugues le Grand jadis comte de Paris, lequel fut le père de Hugues Capet roy de France. Prie Dieu pour l'âme de lui.

 

ROBERT LE PIEUX.

 

Les annales et les légendes ont consacré les merveilleuses qualités de cœur que possédait ce bon et pieux roi. Il était, dit dom Millet, « chaste, religieux, tempérant, magnanime. » Sa piété était prodigieuse, et il la manifestait en toutes occasions ; «le jeudi saint, c'était merveille de le voir lâcher la bonde à ses dévotions et à son ardente charité; l'après-dîner, il mettait bas les vêtements royaux, prenait le cilice, puis lavait les pieds à cent soixante pauvres et les leur torchait de ses cheveux, en présence de ses chapelains »

Un religieux de son temps, Helgaud, moine de Saint-Benoît-sur-Loire, et qui a écrit sa vie, raconte que « ce pieux roi avait choisi quelque nombre de villes par la France en chacune desquelles il faisait nourrir mille pauvres; outre cela, au temps de caresme, quelque part qu'il allât, il en faisait nourrir un cent. Et en tous autres temps, il en avait toujours une douzaine avec soi, lesquels il faisait aller sur des montures, quelque part qu'il allât. »

Il mourut, dit encore Helgaud, le vingtième, jour de juillet (1031 ou 1032), au commencement de la journée du mardi, au château de Melun, et il fut porté à Paris, puis enseveli à Saint-Denis. Il y eut là un grand deuil, une douleur intolérable, car la foule des moines gémissait de la perte d'un tel père, et une  multitude innombrable de clercs se plaignait de leur misère, que soulageait avec tant de piété ce saint homme.»

Il fut enseveli au pied du tombeau de Hugues Capet. La reine, sa femme, Constance d'Arles, est couchée auprès de lui sur le même tombeau, ainsi que le constatent ces deux inscriptions :

 

Robertus rex. Constantia regina.

 

HENRI Ier.

 

Ce prince, fils du roi Robert, mourut en 1060. Il a été enterré à Saint-Denis, au pied de la tombe de son père. On lisait sur son tombeau, recouvert de sa statue couchée :

Henricus rex filius Roberti.

 

LOUIS VI LE GROS.

 

«Le roi, dit Suger dans son Histoire de Louis le Gros, après avoir reçu en communion le corps et le sang de Jésus Christ, rejetant loin de lui toutes les pompes de l'orgueil du siècle, s'étendit sur un lit de simple toile... Un peu avant de mourir, il ordonna qu'on étendît un tapis par terre et que sur ce tapis on jetât des cendres en forme de croix, puis il s'y fit porter et déposer par ses serviteurs, et, fortifiant toute sa personne par le signe de la croix, il rendit l'âme le Ier août 1137, dans la trentième année de son règne et presque la soixantième de son âge ».

Il fut enseveli à Saint-Denis, auprès du roi Henri Ier. On lit sur sa tombe cette inscription :

 

Philippus Grossus rex.

 

PHILIPPE, FILS DE LOUIS VI.

 

Associé au trône de son père en 1129, ce jeune prince mourut en 1131, le 13 octobre, «d'un accident très-fascheux. Passant à cheval par un faubourg de Paris, un pourceau traversant la rue alla s'embarrasser dans les jambes de son cheval, lequel tomba sur lui et l'écrasa, dont il mourut peu d'heures après. »

Il fut enseveli à Saint-Denis, entre la clôture du chœur et le futur tombeau de Charles VIII. Sa statue, couchée, est étendue sur son tombeau, au pied duquel on lit:

 

Philippus rex filius Ludovici Grossi.

 

Près de sa statue on voyait celle de Constance d'Aragon, deuxième femme du roi Louis VII, avec l'inscription suivante :

 

Constantia Regina quoevenit de Hispania.

 

PHILIPPE II.

 

Le roi Philippe-Auguste mourut à Nantes le 14juillet 1223. Son corps fut transporté en grande pompe à Saint-Denis, où il fut inhumé, derrière l'autel de la Trinité, au bout du chœur.

 

LOUIS VIII.

 

Louis VIII, dit le Lion, mourut à Montpensier, en Auvergne, le 7 novembre 1226. Il fut enseveli aux côtés mêmes de son père Philippe-Auguste, derrière l'autel de la Trinité, au bout du chœur.

 



[1] Double erreur ; Dagobert a régné de 622 à 638, année de sa mort.

[2] Religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur a publié un petit livre devenu aujourd'hui aussi rare qu'il est curieux: Le Trésor sacré de l'abbaye royale de Saint-Denis et les Tombeaux des rois et reines en sépulture ainsi celle depuis le roy Dagobert jusque au roy Henri le Grand.2e édition, Paris,1633, avec privilège du roi. Se vendait à Paris chez Jean Billaine, rue Saint-Jacques, à l'enseigne de Saint-Augustin.

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LES TOMBES ROYALES DE SAINT-DENIS.

 

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PREMIERE PARTIE.

 

SAINT-DENIS AVANT LA RÉVOLUTION.

 


La royale église de Saint-Denis doit sa véritable fondation à Dagobert et sa grandeur et sa fortune à l'abbé Suger. Dagobert fit reconstruire la primitive église, dont l'origine se perd un peu dans la nuit des temps, et que son caractère tout à fait légendaire empêche même de constater bien authentiquement. «La générosité de Dagobert, dit Henri Martin, brilla surtout envers le monastère de Saint-Denis ; il avait changé la petite et obscure chapelle du martyr parisien en une basilique éclatante de marbre, d'or et de pierreries, et il lui avait octroyé une multitude de terres et de villas situées en diverses provinces avec une partie des péages qui appartenait au roi dans le pays de Parisis[1].» Saint Éloi, dit-on, ce ministre-orfèvre, travailla lui-même de ses propres mains à l'embellissement de la basilique ; il cisela deux tabernacles, deux chaises[2] ornées de pierreries, et plusieurs autres merveilles qui ont été pillées lors des invasions qu'eurent à subir l'abbaye et l'église. Dagobert y fut le premier enterré et inaugura cette longue suite de rois et de reines, de princes et de princesses qui ont dormi à sa suite pendant douze siècles dans les caveaux aujourd'hui dévastés.

Pépin le Bref, vers le milieu du VIIIe siècle, commença la restauration de l'église, qui menaçait déjà ruine, et Charlemagne l'acheva et en fit une inauguration solennelle vers l'année 775.

Elle ne fut pas épargnée lors des invasions multipliées des Normands du VIIIe au XIIe siècle ; son trésor, ses richesses, ses merveilles précieuses furent pillés et dilapidés ; l'église elle-même fut ébranlée jusque dans ses fondements par ces furieuses attaques ; elle eut à subir, on peut le dire, le fer et la flamme de la part des envahisseurs, qui ne respectaient rien dans le pays envahi, et traitaient comme conquête et comme butin ce qui appartenait aux hommes «comme ce qui appartenait à Dieu».

Suger, l'abbé, le grand abbé Suger, ministre et conseiller des rois Louis VI et Louis VII, entreprit de relever ces ruines et de rendre à l'église et à l'abbaye la splendeur qu'elles avaient eue sous Dagobert et sous Charlemagne. Il éleva le portail et les tours, le chœur et la nef, les chapelles, l'abside ; il plaça les vitraux admirables, — nous ne pouvons les juger que sur de bien minces vestiges, — enrichit le chœur de merveilleux objets d'orfèvrerie et le trésor de présents inestimables. Il assista lui-même aux travaux, les surveillants, pressant les ouvriers, voulant en quelque sorte que la mort ne l'empêchât point de voir l'édifice terminé et d'en faire lui-même une nouvelle dédicace. Il eut cette joie bien méritée, et par deux fois, en 1140 et en 1144, il put, dans de pompeuses et touchantes cérémonies, rendre à sa destination première l'église restaurée et enrichie[3].

Quand il mourut, —le 13 janvier 1152— on lui fit, par les ordres et aux frais du roi Louis VII, des funérailles « d'une grande dépense » et d'une royale magnificence.

Le roi suivit lui-même à pied, au milieu de ses conseillers et de ses prélats, le convoi de son vieux serviteur, dont il ordonna l'ensevelissement à Saint-Denis. Mais l'austère abbé avait indiqué lui-même, de son vivant, l'endroit qu'il voulait pour sépulture. Une niche, pratiquée sous l'une des arcades dans l'épaisseur du mur de la croisée, du côté du midi, entre la porte du cloître et la chapelle des Charles, - reçut le cercueil de Suger. On ferma l'ouverture avec du plâtre et de la pierre, où l'on grava son effigie.

Dans la restauration de l'église faite au siècle suivant, l'abbé Mathieu de Vendôme, voulant honorer la mémoire de Suger par un simple monument qui fût digne de sa modestie et de son humilité, fit exhausser à trois pieds de terre, au-dessous de l'emplacement du cercueil, une pierre tumulaire avec cette seule inscription :

 

Hic jacet Sugerius abbas.

 

Et cependant l'un de ses contemporains, qui admirait ses vertus, qui peut-être aussi les imitait, — ce qui est plus difficile et plus rare, —. Simon Chèvre d'Or, chanoine de Saint-Victor, avait composé en l'honneur du pieux ministre une épitaphe que je liens à citer, d'abord parce qu'elle offre un véritable intérêt historique, et aussi parce que je la crois peu connue :

 

Decidit ecclesiae flos, gemma, corona, columna,

Vexillum, clypèus, galea, lumen, apex,

Abbas Sugerius, spécimen virtutis et aequi,

Cuni pietate gravis, cum gravitate pius;

Magnanimus, sapiens, facundus, largus, honestus

Judiciis praesens corpore, mente sibi.

Rexper eum caute rexit moderamina regni

IIIe regens regem, rex quasi régis erat.

Dumque moras ageret rex trans mare pluribus annis Praefuit hic regno régis agendo vices.-

Quae dum vix alius potuit sibi jungere, junxit ;

Et probus ille viris et bonus ille Deo.

Nobilis ecclesiae decoravit, repulit, auxit,

Sedem, damna, chorum, lande, vigore, viris.

Corpore, gente brevis, gemina brevitate coactus,

In brevitate sua noluit esse brevis.

Cui rapuit lucem lux septima Theophaniae,

Veram vera Deo Theophania dédit[4].


Il avait donc, ce pieux abbé, rendu à l'église royale son lustre et sa splendeur ; il avait restauré le temple et renouvelé les solennelles cérémonies ; les rois lui devaient un tombeau digne de leur grandeur, et il avait ouvert à leurs descendants d'immenses caveaux funèbres où des générations de monarques, escortés des reines, des princes et des illustres personnages de leur époque, s'en allaient venir trouver l'éternel repos. Il avait fait plus encore, car il avait accompli l'acte d'humilité le plus beau et le plus grand qu'un homme, parvenu aux dignités qu'il occupait, pût accomplir sur la terre. Il commandait, il menait par sa volonté le royaume même de son maître ; il était, comme il est dit plus haut, en quelque sorte le roi du roi, et de son vivant il aurait pu se préparer une tombe fastueuse au milieu de ce Saint-Denis qu'il avait fait sien, et qui lui devait sa nouvelle jeunesse et sa nouvelle beauté.

Il pouvait se placer parmi ces rois de l'histoire qui étaient moins grands que lui par le talent, par la vertu, par le génie ; sa tombe, confondue au milieu des leurs, eût été découverte bien vite par la reconnaissance et l'admiration des peuples, et elle eût éclipsé de son illustration magnifique toutes celles qui l'entouraient.

Mais cet homme si puissant, il était né pauvre, il avait vécu dans l'humilité, il était mort humble devant Dieu, et il n'avait point voulu de monument pour tombeau.

Aujourd'hui sa tombe a disparu tout à fait, et rien n'indique, dans l'église restaurée de M. Viollet-le-Duc, qu'elle y ait jamais existé. Une statue, une croix, une pierre, un nom, quelque chose enfin qui rappelle au passant qu'au XIIe siècle Suger a refait Saint-Denis, qu'il l'a rajeunie et consolidée : voilà ce que nous demandons en grâce à l'habile architecte, au nom de l'histoire et de la reconnaissance publique d'un pays qui sait honorer ceux qui ont fait sa grandeur, comme une réparation véritable bien due au pieux abbé. Que sa tombe obscure, ignorée, si ignorée même que personne n'a songé à la rétablir, reparaisse là où elle était jadis, afin qu'en parcourant l'église où l'on a la prétention de rétablir scrupuleusement le passé, le visiteur ne puisse pas se dire qu'on a. omis précisément d'y consacrer –la mémoire de celui qui avait droit à l'une des premières places.

Au XIIIe siècle, l'église, qui menaçait ruine une fois encore, fut réparée surtout par les soins pieux du saint roi Louis IX. L'abbé Eudes Clément, et après lui l'abbé Mathieu de Vendôme, réédifièrent ou consolidèrent les tours, l'abside et la nef, et, cette fois, si parfaitement et si complètement, que l'église que nous voyons aujourd'hui est à peu près la leur ; en tenant naturellement compte aux siècles qui suivirent des remaniements et des travaux d'embellissements divers qui modifièrent l'ornementation de l'édifice, sans altérer ses proportions ni ses formes.

Saint Louis a fait réédifier, pour sa part, les tombeaux des rois ses prédécesseurs. En 1263 et 1264, il fit replacer leurs restes sous les tombes uniformes supportant leurs statues couchées et toutes en pierre, dont quelques-unes sont parvenues jusqu'à nous dans un état de conservation à peu près complet. Il n'y a donc pas à Saint-Denis un seul tombeau antérieur à l'époque de saint Louis. Il faut encore remarquer que les princes qui lui succédèrent furent ensevelis soit sous des tombes de métal, soit sous des tombeaux de marbre blanc et noir. La pierre ne fut plus que très-rarement employée dans les monuments élevés dès lors à Saint-Denis, à l'exception de ceux de quelques princes et personnages admis par faveur à être inhumés dans la royale église. Enfin il ne faut pas attacher une foi bien grande à la ressemblance des statues couchées sur les tombeaux, et refaites sous saint Louis. Rien ne prouve que les artistes de l'époque se soient préoccupés de cette question, que d'ailleurs ils auraient été bien embarrassés sans doute de résoudre, à cause de l'absence de portraits ou de documents sur lesquels ils auraient pu se guider dans l'accomplissement de leur travail. Les costumes eux-mêmes ne sont pas conformes à la vérité historique, et ces Mérovingiens, Carlovingiens et même Capétiens de pierre sont recouverts de vêtements et d'ornements, de fantaisie à l'exactitude desquels il ne faut pas se laisser prendre.

Après saint Louis, au contraire, les tombeaux des rois et leurs effigies deviennent intéressants à coup sûr pour l'histoire. Les statues des princes et des personnages ont été faites au lendemain de leur mort, le plus souvent d'après des moulages pris sur le corps même : la représentation du mort donne donc absolument le portrait du mort lui-même. Quant au costume, son exactitude est encore plus évidente ; l'artiste n'avait pas intérêt à tromper la postérité sur ce point ; il a dû s'étudier, au contraire, à édifier pour l'avenir, dans son travail, qui devait lui survivre dans les siècles, une œuvre qui se recommandât autant par la ressemblance matérielle de l'individu, de son costume et de sa tenue, que par l'excellence de l'exécution.

Mais je n'ai pas voulu écrire ici l'histoire de Saint-Denis ; ces quelques pages sont tout au plus une entrée en matière ; je pouvais, je devais même indiquer rapidement au lecteur, et seulement à grands traits, l'origine, de l'église célèbre où je vais maintenant le faire entrer. Je le conduirai devant chaque tombeau, je le lui montrerai à l'endroit même où il se trouvait placé avant la dévastation de 1793. Je désire qu'avant de lire le rapport de leur destruction, il ait bien sous les yeux cette longue série de monuments funèbres élevés par la piété des siècles, afin qu'il puisse se rendre encore- mieux compte de l'étendue du ravage accompli.

Et si, après avoir lu mon livre, tu veux bien, lecteur, visiter ces tombes vides aujourd'hui, tu les admireras rétablies au lieu même d'où la Révolution croyait les avoir à jamais bannies. Arrête-toi devant chacune d'elles, recueille-toi un moment, et songe que sous ces cénotaphes magnifiques gisaient les corps de ceux qui avaient été grands et puissants, de celles qui avaient été belles et adulées en ce monde, et qu'un jour,—bien près de nous encore,—un peuple effréné, enragé de vengeance contre ses oppresseurs, et qui n'eut pas la sagesse de respecter leurs tombes, s'en vint fouiller de ses mains avides et furieuses leurs cercueils brisés, et jeta au vent ce qui était encore resté de leurs corps pourris et de leurs royales cendres...

 

A suivre.



[1] Histoire de France, tome II. Voyez aussi les Diplômes et Chartes publiés par Brequigny et Laporte-Dutheil, vous trouverez une prescription royale pour l'établissement d’une foire annuelle prés de Paris, dans un lieu peu éloigné de la porte Saint-Martin actuelle; tous les droits et péages sur les marchands qui se rendront à cette foire sont concédés l'abbaye de Saint-Denis. Ces droits revenaient alors au Roi et non aux corps municipaux.

[2] Le siège dit de Dagobert qu'on voit au musée des Souverains, a longtemps appartenu au trésor de Saint-Denis. Malgré l'étiquette, il n'est pas très probable qu'il vienne d'aussi loin, non plus que quelques-uns des objets qui l'entourent et qui sont catalogués comme ayant appartenu et servi à des princes de la première et de la deuxième race de nos rois.

[3] Voyez la Vie de Suger, par le carme, puis abbé de la Trappe Dom Gervaise—. Paris,1720, 3volumes.

[4] Il est tombé l'abbé Suger, la fleur, le diamant, la couronne, la colonne, le drapeau, le bouclier, le casque, le flambeau, le plus haut honneur de l'Église; modèle de justice et de vertu; grave avec piété, pieux avec gravité ; magnanime, sage, éloquent, libéral, honnêteté, ou jours présent de corps au jugement des affaires d’autrui, et l'esprit ou jours présent pour lui-même. Le roi gouverna prudemment par lui les affaires du royaume, et lui, qui gouvernait, était comme le roi du roi. Pendant que le roi passa plusieurs années outre-mer, Suger, tenant la place du roi, présida aux soins du royaume. Il réunit deux choses qu'à peine que les autres a pu réunir: il fut bon pour les hommes et bon pour Dieu. Il répara les portes de sa noble église, enembellit le siège et le chœur et  la fit croître en éclat, puissance et serviteurs. Petit de corps, petit de race, et atteint ainsi d'une double petitesse, il ne voulut pas demeurer petit. Le septième jour de sainte Théophanie lui a ravi la lumière mais Théophanie lui a donné la véritable lumière, qui est celle de Dieu.

 

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