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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

en faveur de la monarchie

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

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TROISIEME EXTRAIT.

SECTION DEUXIEME.

 

…On voit ce que c’était sous les deux premières races que l’autorité royale. Cette question en amène une seconde, qui n’en paraît pas dépendre au premier coup d’œil, et qui ne laisse pourtant pas d’y avoir des rapports : je veux parler de la succession au trône. Dans ce qui concerne  la nature de l’autorité ; un vaste enchaînement de faits, un ordre avoué, solennel, consacré par les déclarations mêmes des rois et une longue succession de temps ; c’est ainsi qu’on peut distinguer l’état réel. Quelques phrases oratoires ou de courtoisies, quelques maximes emprûntées des lois romaines ou du code des Juifs, ne peuvent pas être plus comptées dans un sens, que ne doivent l’être, en sens opposé, des actes passagers de sédition. Je vais tâcher de porter, dans ce qui concerne la succession au trône, le même tempérament. On doit s’attendre à trouver également dans celle-ci quelques traits empruntés aux coutumes romaines, ou aux lois judaïques.

On doit s’attendre à trouver aussi quelques traits irréguliers de violence. Examinons d’abord ce qu’il y de constant en point de fait ; nous verrons ensuite ce qu’il est possible d’établir en point de doctrine.

Pharamond fut incontestablement élu par les Francs ; il en fut de même de Mérovée et de Childéric. On jugera comme on voudra la destitution de Childéric, ainsi que l’ambassade envoyée à Sigebert pour lui offrir la couronne de Chilpéric, dont on était mécontent. Après la mort de Dagobert, Clovis lui succéda. Le continuateur d’Aimoin nous apprend de quelle manière : « les Francs, dit-il, l’établissent roi sur eux. »

Ce furent de même les Francs qui élurent Clothaire, pour lui succéder conjointement avec sa mère. Ce furent les Francs qui donnèrentle sceptre à son frère Thierry, ainsi qu’à son autre frère Childéric. Ce furent les Francs qui rejetèrent son fils Daniel, pour mettre un certain Thierry, qu’ils avaient déjà élevé au trône, qu’ils en avaient déjà expulsé, et qu’ils avaient renfermé à l’abbaye de Saint-Denis. Ce furent les Francs qui, après la mort de Thierry, élurent pour roi Clovis III son fils, tout enfant qu’il était. Après la mort de Dagobert, les Francs d’Austrasie allèrent plus loin : ils déclarèrent qu’ils ne reconnaîtraient plus de rois.

Ceux qui récusent ces actes, les imputent aux troubles des temps : ils allèguent en opposition des actes où les rois partagent leurs états, et semblent en disposer comme de leur chose propre. Mais d’abord, l’objection tirée de partages faits par les rois, me paraît extrêmement frivole : on peut être sûr que tous ces partages ont été faits par les Francs, et du consentement des Francs ; il n’est aucun acte qui ne porte ce caractère.

Pour ce qui est du trouble des temps, nu l doute qu’ils n’aient donné lieu à des violences ; mais ces troubles mêmes et ces violences élevées sur d’autres points, déposent en faveur du droit d’élection ; qui n’en a jamais été contesté. Les faits restent dès lors tout entiers en preuves : ils forment une chaîne constante, qui se liant collatérallement, avec l’élection consacrée des maires du Palais, se poursuit dans le cours des âges avec solennité jusqu’à l’élection des rois de la seconde race.

Ici il n’y a ni exception ni équivoque. Pépin est reconnu solennement par l’élection de toute la France. Ce sont les propres paroles de Frédégaire. Le même écrivain nous apprend que ce fut du consentement des Francs, des grands ru royaume et des évêques, que le royaume fut partagé entre entre ses enfants Charles et Carloman. Charlemagne obtint de même, à l’assemblée générale que la couronne passât à Louis le Débonnaire ? C’est à se sujet que se rapporte le trait cité de Thégan : le prince interrogea tout le monde, du plus petit au plus grand. Le partage qui fut fait sous Louis le Débonnaire, entre ses enfants, porte : « que si quelqu’un d’eux laisse des enfants légitimes, la puissance ne sera pas partagé entr’eux ; mais le peuple s’assemblera pour élire celui qui plaira à Dieu. »

« Nous qui soomes assemblés de la France, de la Bourgogne, de l’Aquitaine, de la Neustrie et de la Provence, l’élisons et le confirmons d’un plein consentement. »

Tel fut le mode d’élection de Charles le Chauve.

« Moi, Louis, consitué roi par la miséricorde de Dieu et l’élection du peuple. » C’est ainsi que commençait le serment proncé de Louis le Bègue.

Il me paraît difficile qu’un droit d’élection soit plus franchement et plus pleinement constaté. Je viens actuellement aux véritables difficultés de cette question. Elles se trouvent principalement dans les deux circonstances suivantes. La première, que le droit d’élection s’est toujours entendu comme devant s’exercer dans la même famille. La seconde, qu’il a eu lieu invariablement en faveur de mâles, à l’exclusion des femmes.

Je dis d’abord que le droit d’élection a été entendu comme devant s’exercer dans la même famille. C’est ce que prouve par le fait la longue série des rois Mérovingiens et Carlovingiens. Cette conservation du trône dans la même famille aura pu, dans certaines circonstances, donner lieu à des méprises, cf elle aura paru une sorte de droit d’hérédité. Saint Grégoire le Grand a pu, dans une de ses homélies, obsever « que, chez les Francs comme les Perses, le trône demeurait dans la même famille. »

Ces traits se rapportent uniquement à un droit de la race. «Cette race des Mérovée, dit Eginhard, « dans laquelle les Francs avaient coutume de prendre leurs rois ! » C’est ce que prouve de même la promesse que firent solennement les Francs, lors de l’inauguration de Pépin, de ne prendre désormais des rois que dans cette maison.

L’exclusion des femmes en faveur des mâles et un autre point qui modifie le point d’élection. Il est également incontestablement. 1° Quand les Francs partagèrent le royaume entre les enfans de Clovis, Clotilde sa fille ne fut point appelée au partage, le roi Visigoth son époux, ne réclama point de droit. 2° Théodebalde succéda seul à son frère Théodebert, au préjudice de ses sœurs. 3° Childebert, à sa mort, laissa deux filles ; et cependant Clothaire, leur oncle, fut appelé au royaume de Paris. 4° Les paroles de Gontrand, à sa mort, sont remarquables. Il se plaignait de n’avoir aucun enfant qui pût le remplacer.

Il avait pourtant deux filles. Enfin il est constant que des enfans au berceau sont appelés quelquefois à régner ; des femmes à la régence, jamais à la couronne.

Ce point étant constaté, il reste à en connaître le principe. Il se trouve, d’un côté, dans les mœurs des Germains ; d’un autre côté, dans la situation particulière des Francs.

Chez la Germains, dit Tacite, ce n’est pas la femme qui apporte la dot au mari, c’est le mari à la femme. En Germanie, où les terres n’entraient point dans l’ordre des propriétés, la dot se constitua communément en bœufs, en chevaux, en armes. Chez les Francs, elle prit d’abord l’habitude de se constituer en argent. C’est de là que vint la formule, «épouser par le sol et le denier. » La dot se régla ensuite en concessions de terres. Elle fut portée, dans diverses circonstances, au dixième, au cinquième, au quart. Un édit de Philippe-Auguste la régla à moitié ; ce qui, pour le dire en passant, a fondé la coutume de Paris.

On peut remarquer en ce point, comme en tous, l’excellence des lois germaines. Chez d’autres peuples, on a exclu aussi les femmes de la succession paternelle. La loi Voconia a fait assez de bruit à Rome ; elle a mérité l’indignation du moine Marculfe et celle de Saint-Augustin. Il y avait, en effet, de la dureté à priver les femmes de toute dot de la part de leurs pères, lorsqu’elles n’en recevaient pas de leurs maris. Chez les Germains, au contraire, où elles recevaient une dot de leurs maris, il était assez simple qu’elles ne fussent point admises à la succession de leurs pères. C’est ce que prescrivaient uniformément toutes les lois germaines, notamment celles des Angles et des Bavarois. Ainsi, sous ce premier point de vue, on voit pourquoi les femmes n’ont point du succéder à la couronne, c’est que, dans l’esprit des lois germaines, elles ne succédaient à rien.

J’ai assigné, comme une seconde cause, la situation particulière des Francs. Depuis près de deux siècles, les Francs vivaient errans, en état d’armé, sans établissement et sans territoire. Dans une situation semblable ils n’ont pu appeler des femmes à les commander. Celles-ci n’ont pu succéder à la couronne qui n’était point un objet de succession.

Je viens d’éclaircir les grandes difficultés de cette question. Elles consistent à démêler ce qu’il y a de complexe dans un droit d’élection qui se trouve modifié par une préférence continue, soit en faveur de la race, soit en faveur de la ligne masculine.

Ce qui concerne le sece n’offre pas d’exception. La race présente, outre quelques accidens, deux grandes et notables infractions.

C’est ce qui me reste à traiter. Je vais examiner par quel ordre de mouvement la race Carlovingienne a été mise sur le trône à la de celle de Mérovée, et ensuite, par quel ordre de mouvement la race Capétienne a été portée à la place de celle de Charlemagne...

 

A suivre.

 

Comte de Montlosier (De la Monarchie Tome 1)

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

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DEUXIEME EXTRAIT

SECTION DEUXIEME.


Un lecteur judicieux sentira que l’autorité royale ne doit s’estimer, tout-à-fait, ni d’après le ton humble et soumis de Grégoire de Tours, ni d’après le ton abaissé de Charles le Chauve. Nos monumens offrent ainsi un grand nombre de trait divers dans lequel chacun peut apercevoir tel ou tel système, selon son inclination particulière. Quand le père Daniel ou l’abbé Bos, parcouraient nos anciennes chartres, ils ne s’arrêtaient qu’à ce qu’ils rencontraient d’ecclésiastique et de romain. Tout le reste leur paraissait trouble. M de Boulainvilliers, au contraire, n’apercevait que les Francs et les Leudes. Il y a, à cet égard, deux règles sur lesquelles il faut se diriger.

La première, c’est que l’esprit public se trouvant emporté au premier âge, tantôt dans le sens des mœurs franques, tantôt dans celui des mœurs judaïques et romaines, l’autorité royale a dû participer souvent à cette oscillation. A la fin tous les hommes libres Gaulois étant devenus Francs et nos mœurs étant devenue franques, l’autorité royale n’a pu manquer elle-même de devenir franque. Elle a pris ainsi un caractère précis.

La seconde règle, c’est que les extrêmes de la flatterie et de la servitude, de la violence et de la révolte, sont en ce genre de mauvais guides. Ce n’est ni dans ces extrêmes, ni dans quelques aciidens particuliers aux mœurs gauloises, ou aux mœurs germaines, qu’il faut chercher ce qu’a pu être cette autorité : c’est dans son action continue, avouée, constante, telle qu’elle a pu se combiner de ces différentes mœurs, et quia composé en quelque sorte son terme moyen ; et alors, voilà ce que je crois pouvoir dire de cette autorité. Elle s’étendait à tout, elle était tempérée par tout. Je veux dire qu’elle entrait sans exception dans toutes les parties de l’ordre religieux, civil et politique, mais c’est avec un tempérament qui présentait ce singulier mode : il dépendait un peu du prince, le prince en dépendait un peu.

Ainsi le prince gouvernait toutes les choses religieuses, mais c’était avec le clergé ; il ordonnait toutes les entreprises guerrières, mais c’est avec les Leudes ; il rendait les jugemens, mais c’était avec des féaux ; enfin il portait les lois, mais c’était avec de Francs, aux champs de Mars et de Mai.

A commencer par les matières religieuses, encore qu’ils fussent, en soi en plein ressort des évêques, toutes le sfois cependant qu’elles entraient pour quelque chose dans l’ordre public, nul doute qu’elles ne fussent sous l’autorité du prince.

« Citoyens français[1], dit Clovis II, le soin de notre domination temporelle nous avertit de vous admettre à notre conseil, dans les affaires publiques. Cependant il nous a convenu auparavant de régler les choses qui sont de Dieu et des saints. »

Ce n’est pas là seulement un discours oratoire. Si on se donne la peine de consulter les décrets du concile de Paris en 615, on les trouvera prononcés au nom du roi. Il en est de même des synodes et des conciles tenus sous la seconde race : ils sont libellés dans la même forme que l’étaient, de nos jours, les arrêts du Parlement.

Les mêmes nuances se retrouvent dans les autres parties.

Nul doute que les entreprises guerrières n’aient été résolues dans les assemblées générales. Quand Clovis voulut entreprendre l’expédition contre Alaric, il la proposa aux Francs, de la manière suivante : « Je vois avec peine que ces Ariens occupent une partie des Gaules. Allons ; et, avec l’aide de Dieu, rangeons ce pays sous notre domination. » Ce discours ayant plu à tout le monde, Clovis rassembla son armée et la dirigea sur Poitiers.

Des écrivains ont affecté de mettre peu d’importance à ces propositions royales ; mais, pour partager leur opinion, il faudrait croire qu’elles n’éprouvaient jamais de contradiction. Lors de l’expédition de Bourgogne, entreprise par Clothaire et Childebert, nous voyons que Thierry leur frère aurait voulu s’en dispenser ; mais les Francs qui lui appartenaient lui signifièrent qu’ils allaient l’abandonner. Il en fut de même d’une expédition contre les Saxons : Clothaire ayant voulu s’opposer à cette entreprise, les Francs entrèrent dans sa tente, l’accablèrent d’injures, et le forcèrent de marcher à leur tête.

Ces exemples sont pris de préférence dans la première race. Sous la seconde, où les Champs de Mai ont une tenue plus régulière, la participation des Francs à toutes les entreprises d’état a par la même une dorme plus déterminée.

Dans les jugemens, et pour ce qui concerne la confection des lois, l’autorité royale est également en scène, mais toujours avec les mêmes modifications et le même cortège. Nous avons, dans le livre qu’Hincmar nous a laissé sur l’ordre du Palais, les détails de la manière dont s’ordonnaient les délibérations. Thégan, dans la vie de Louis le Débonnaire, nous représente Charlemagne suivant tous les rangs, et recueillant lui-même toutes les voix. On a cité souvent, et avec raison, ce mot de Charles le Chauve dans l’édit des Pistes. « La loi se fait par le consentement du peuple et par la constitution du roi. » Il est essentiel d’observer que ce n’est point ici, comme en Angleterre, une grande chartre qui est accordée, un privilège nouveau qui est déclaré : c’est une ancienne maxime d’état, qui est rappelée. Cette maxime est de la première race comme de la seconde. C’est ainsi que, dans l’exemple de Clothaire que je viens de citer ; ce prince ne fait nulle difficulté de déclarer, « qu’il prendra l’avis des grands de l’Etat, et qu’il déférera en tout à leurs jugemens. »....

 

A suivre

 

Comte de Montlosier (De la Monarchie Tome 1)

 



[1] Francigenae Cives.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

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PREMIER EXTRAIT

SECTION DEUXIEME.

 

Ce qui concerne la royauté se distribue naturellement en deux parties. J’ai à considérer, 1° sa nature, et comment elle est parvenue à se composer au milieu de tant de nations, de mœurs et d’esprit différens ; 2) les prinicpes qui ont réglé l’ordre de la succession au trône.

Paramond, Childéric et Mérouée sont comptés quelquefois au nombre de rois : on en pourrait compter beaucoup d’autres dans ce genre. Les Romains en firent exposer deux aux bêtes dans l’anphitréâtre de Trèves. Vopisque écrit que neuf rois Francs vinrent se jeter aux pieds de Probus. Divers personnages, tels que Marcomir, Sunnon, Azaric, Comes, sont désignés dans l’histoire comme des Rois Francs. Grégoire de Tours donne le nom de Roi à Clovis ; il le donne en même temps à Ragnachaire, roi à Cambrai ; Sigebert, roi à Cologne, Renomer, roi dans le Maine, et un certain Cararic, roi des Morins, paraissent avoir été les principaux chefs de l’armée de Clovis.

Lorsque ce prince se fut défait de ces rois, lorqu’il eut ensuite soumis les Armoriques et les Francs ripuaires, les Bourguignons et les Goths, c’est alors que se termine l’histoire des Francs pour faire place à l’histoire des rois de France. Mais, si la Gaule commence alors à offrir l’ensemble d’une belle et vaste domination, on ve voit pas encore ce que c’est que cette domination.

A ne la considérer que sous le rapport de smeours germaines, on pourrait croire que l’autorité de Clovis était très circonscrite. Les rois Germains avaient peu d’autorité. On s’affemrit dans cette suppositio, en se rappelant qu’aucun acte important, pas même des entreprises guerrières, ne se proclamèrent que u consentement des Leudes. Mais il est, à cet égard, d’autres points de vue qu’il ne faut ps laisser échapper.

Les Francs, invariablement attachés à leurs habitudes, durent continuer à vivre sous Clovis comme avec un roi dela Germanie. Le clergé et les Gaulois lui accordèrent davantage. Dès le premier moment, le clergé s’empressa de la classer parmi les rois d’Israël. Les homélies proclamèrent le successeur de David et de Saül. D’un autre côté, les gaulois, accoutumés à la dominations des empereurs, virent le succesuer de Constantin et de Théodose. Sur ce dernier point Clovis était, en quelque sorte, fondé en titre. Il avait reçu de l’empereur Anastase, par une ambassade expresse, le diplôme et les attributs du consul.

Placée ainsi entre trois principes différens, tirés, l’un du droit divin, l’autre du droit romain, un troisième des mœurs germaines ; l’autorité royale flotta quelque temps comme indécise. Les chartres portent l’empreinte de cette oscillation.

Grégoire de Tours avait quelque chose à demander à Chilpéric : « Nous vous parlons, lui dit-il, et si vous voulez, vous nous écoutez. Si vous ne voulez pas nous écouter, qui vous jugera, si ce n’est celui qui a dit être la justice ? » Bossuet n’eût pas parlé, d’une manière plus soumise, à Louis XIV. Resque dans le même temps, Clothaire ayant des affaires d’état à régler, annonce qu’il convoquera une assemlée de nobles Francs ? Il ajoute : « qu’il obéira en tout à leurs décisions, et qu’il ne mettra aucun obstacle à ce qu’ils jugeront à propos de régler. » Voilà certainement la contre-partie.

Les temps ne seront pas seulement opposés aux temps ; le même trait peut offrir des nuances toutes contraires.

On a cité souvent l’aventure du vase de Soissons. « Vaillans guerriers, dit Clovis, je vous prie de permettre que ce vase soit excepté du partage. Un soldat élevant la voix : vous n’aurez ici, dit-il, que ce que le sort vous donnera. » Les écrivains, enclins au système démocratique, n’ont pas manqué de se prévaloir de ce fait. Mais il s’en faut beaucoup qu’il prête à toutes leurs inductions. Il n’y a qu’à lire en entier la narration de Grégoire de Tours.

Sur la demande du roi, ceux qui avaient du sens lui répondirent : Très-glorieux roi, tout ce qui est là est à vous. Nous sommes nous-même sous votre empire et sous votre joug. Faites tout ce qui vous plaira, personne ne eput résister à votre puissance. » Il raconte ensuite l’histoire du soldat avec les modifications suivantes : « un seul, emporté, envieux, étourdi, s’opposa. »

L’évêque de Tours disait à Chilpéric : « nous vous parlons, et si vous voulez, vous nous écoutez. » Dans la suite, les évêques ne se contenteront pas de se faire écouter. Un esclave, nommé Ebbon, que Louis le Débonnaire avait affranchi et fait archevêque de Rheims, le déposa et lui fit subir une pénitence publique. Charles le Chauve fut déposé à son tour par Venilon, archevêque de Sens. Louis le Germanique subit le même sort. Tout extraordinaires que soient ces actes, ils le sont peut être moins que l’espèce de doctrine qui prévalait alors, et qu’ils donnèrent lieu de manifester.

« Cette sublimité de puissance à laquelle j’ai été élevé, disait Charles le Chauve, ne devait m’être otée par personne, du moins avant d’avoir pu me justifier et subir le jugemens des évêques par le ministère desquels j’ai été consacré roi. Je sais qu’ils sont les trônes de Dieu, dans lequel il prononce ses décrets ; et j’ai toujours été prêt, comme je le suis encore,, à subir les corrections paternelles qu’ils jugeront à propos de m’infliger. »….

 

A suivre.

 

Comte de Montlosier (De la Monarchie Tome 1).

 

 

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

 

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SEPTIEME EXTRAIT

SECTION PREMIERE.

 

La Gaule antique eut aussi ses clientèles. On en peut compter trois espèces. Ici, l’homme faible remettait sa terre à l’homme puissant, sous la condition réciproque et recevoir de lui la protection et appui, et de lui payer des redevances particulières, appelées tributs. D’un côté, mes grands seigneurs avaient l’habitude de marcher avec un cortège d’hommes armées, qui ne les abandonnaient ni pendant la paix ni pendant la guerre. On voit, en troisième lieu, des confédérations particulières, qui étaient de véritables dévouemens. La condition des dévoués était de partager en tout le sort de l’ami qu’il s’était fait. Ils jouissaient avec lui de tous les avantages de la vie quand il était heureux ; souffraient avec lui dans l’infortune toutes les privations et toutes les peines ; enfin, après avoir vécu ensemble, leur condition était de mourir ensemble.

César nous assure qu’il était sans exemple qu’un ami ainsi voué eût survécu à son ami.

Il n’est fait mention que d’une seule espèce de clientèle chez les Germains. Elle a un caractère remarquable. « Parmi les grands, dit Tacite, c’est à qui aura un plus grand nombre de compagnons. C’est une décoration pendant la paix, un appui à la guerre. Défendre son prince, le préserver, lui attribuer ses hauts faits, c’est le devoir de tout compagnon. Le prince combat pour la victoire, le compagnon pour le prince. Ce cheval belliqueux, ou ces armes sanglantes et victorieuses, voilà les récompenses ; d’abondans et de grossiers festins forment la solde. La guerre et le pillage pourvoient à la munificence. »

Il n’est pas difficile d’apercevoir dans ces usages leurs caractères divers. A Rome, la clientèle était toute civile ; elle ne changeait pas toujours la qualité du citoyen. Parmi les différentes clientèles des Gaules, celle qui s’était particulièrement conservée, je veux parler de la remise des terres, était tout à fait servile ; elle livrait, en quelque sorte,  le faible à la merci de l’homme puissant. Chez les Germains, au contraire, dont les mœurs vigoureuses étaient demeurées intactes, les clientèles de l’usage habituel avaient un caractère noble et militaire.

Le caractère de ces trois clientèles une fois connu, il est à remarquer que, comme les Francs, en s’établissant, n’abolirent ni ce qui avait pu s’introduire de la clientèle civile des Romains, ni ce qui avait pu se conserver de la clientèle servile des gaules ; la clientèle militaire qu’ils tenaient de leurs ancêtres, et dont ils introduisirent l’usage, dut changer en beaucoup de point l’ordre social. On peut suivre les traces et les progrès de ce changement.

Chez les Germains on ne pouvait donner ses terres comme chez les Gaulois, les terres ne formaient point de propriétés. Dans les Gaules, où les terres se trouvèrent pour les Francs des propriétés, les terres suivirent les conditions de leurs maîtres. Les hommes recherchaient la protection des hommes, les domaines rechèchèrent la protection des domaines. Les hommes étaient enrégimentés et armés, les domaines s’armèrent et s’enrégimentèrent. Les hommes et les domaines se virent ainsi associés aux mêmes devoirs et aux mêmes services. L’ancienne clientèle gauloise, où on donnait servilement sa terre, s’anoblit en s’unissant à la clientèle germaine, où on donnait son courage. La clientèle civile des Romains reçut, à son tour, un lustre qu’elle n’avait pas.

Cependant les nouveaux actes qui semblaient se rapporter, en quelque sorte, aux actes anciens, pouvaient occasionner ainsi des méprises. On déclara solennellement que les actes de se genre ne portaient aucun préjudice de l’ingénuité. Il fut stipulé qu’un homme libre pouvait désormais prendre un patron sans s’avilir, remettre ses biens sans s’asservir. Ces dispositions sont consignées dans les formules de Marculfe et dans les Capitulaires.

Un changement dans les dénominations s’ajouta à ces précautions. Le mot modeste senior, dont nous avons fait depuis seigneur, fut substitué à celui de patron. Le mot noble vassus ; dont nous avons fait depuis vassal, fut substitué au mot abaissé de client. On adopta dans le même sens miles, dont nous avons fait depuis chevalier, et qui ne signifia, pendant long-temps, qu’un militaire. Les nouveaux actes eux-mêmes, qui auparavant s’étaient rendus généralement par le mot tradere, commencèrent à s’exprimer par le mot adouci de commendare.

Des signes précis furent crées pour consacrer et distinguer ces divers engagemens. Un homme veaint, soit d’une escorte guerrière, si ce n’est un grand de l’Etat, soit avec les premiers de sa nation, si c’était un prince, mettre solennellement sa main dans la main de l’homme puissant auquel il se vouait. C’était, dans ce cas, sa foi et son courage qu’il lui remettait. Tassilon, duc de Bavière, vint ainsi, avec les principaux personnages de son pays, mettre sa main dans la main du roi Pépin. C’est ainsi, sous la première race, que les grands officiers de l’Etat venaient mettre la main dans la main du roi, en lui prêtant serment pour leur office. Cette espèce de recommandation ; la plus illustre de toutes, est rappelée constamment dans les chartres, comme l’origine franque, more francorum, more francico.

Dans d’autres circonstances, on voyait un homme se présenter avec un morceau de gazon, une fleur, ou une branche d’arbre. C’était, dans ce cas, ses affaires, son alleu, tous ses biens, qu’on mettait sous la protection de l’homme auquel on se recommandait. Cette seconde espèce de recommandation était noble, car elle avait communément pour condition le vasselage, ou le service militaire.

Enfin il y avait une troisième espèce de recommandés ; c’étaient ceux qui, après s’être coupé les cheveux les cheveux du devant de la tête, se présentaient dans la cour d’un homme puissant, pour les lui offrir. Ce signe, qui exprimait la remise entière de la personne, entraînait ce qu’on appelait alors bondage, c'est-à-dire, la perte de l’ingénuité : cette espèce de recommandation était vile.

Tel est l’ordre nouveau de mouvemens qui, se produisant de trois espèces de clientèles romaines, germaines et gauloises, se modifia de ses trois sources diverses ; prit, en se modifiant, une forme régulière ; gagna bientôt, en s’ordonnant et en se régularisant, toutes les conditions, toutes les situations, tous les actes. Cet ordre nouveau de mouvemens, déjà d’une pratique habituelle sous les rois Mérovingien, ainsi qu’on le voit dans les Formules de Marculfe,  devient un usage sous les premiers rois de la seconde race, ainsi qu’on le voit dans les Capitulaires. Il s’agrandit ensuite progressivement, et manifeste ainsi agrandi, ce qu’on a connu depuis sous le nom de gouvernement féodal. Ce gouvernement, qui finit par montrer au monde une apparence du peuple nouveau, ainsi que de coutumes et d’institutions nouvelles, s’est produit, comme on voit, tout simplement d’un rapprochement de deux peuples, dont l’un ayant des terres, l’autres des armes, l’un les mœurs sévères des Germains, l’autre les mœurs affaiblies de Rome, l’un accoutumé à une vie errante et à former des liens plus militaires que civils, l’autre accoutumé à une vie sédentaire, se sont mêlés peu-à-peu, et ont pris réciproquement quelque chose de l’autre.

C’est ainsi qu’a été amené le troisième âge que j’ai annoncé. Toutes les variétés de notre système domestique, civil et politique, se déroulent de cette variété d’âges. Je vais les récapituler.

Au premier âge, on compte pour hommes libres, d’un côté, des Francs ; d’un autre côté, des hommes ingénus, Gaulois, Bourguignons ou Goths. Au second âge ; on ne compte plus pour hommes libres que des Francs. Au troisième âge, tous les alleux deviennent fiefs, tous les hommes francs vassaux.

Au premier âge, le service intérieur des maisons se fait, dans une partie de la nation par des esclaves domestiques, c’est-à-dire, par tout ce que la population a de plus vil. Au troisième âge, le service intérieur de la maison se fait par tout ce que la population a de plus noble.

Au premier âge, les hommes francs ont, dans l’ordre judiciaire relativement aux autres hommes ingénus, différens privilèges ou distinctions. Au second âge, ces distinctions disparaissent. Au troisième, les pairs de fiefs succèdent naturellement aux anciens jurés. On a le jugement des pairs.

Au premier âge, on a dans l’ordre politique pour représentation nationale, des grands et quelques leudes. Au second âge, on a une réunion générale de tous les hommes ingénus. Au troisième âge, les grands, sous le nom de barons, ont encore une sorte de première impulsion dans les grandes délibérations d’état : au fond, la partie principale de la puissance législative et politique est morcelée dans chaque domaine.

Enfin au premier âge, on a une multitude de nations diverses avec des lois, des mœurs et des usages divers. Au second âge, la diversité des nations commence à s’effacer. Au troisième âge, on n’a plus qu’une seule nation française, et un seul gouvernement qui est le gouvernement féodal.

Ces nuances, qui embrassent toutes les parties de notre régime domestique, civil et politique, vont se retrouver dans celui qui concerne la royauté….


  Fin de la section première. 


Comte de Montlosier (De la Monarchie Tome 1).

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Publié le par Rhonan de Bar
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SIXIEME EXTRAIT

SECTION PREMIERE.

 

Je passe au troisième âge.

On vient de voir comment sur tous les points de l’ordre domestique, civil et politique, les moeurs diverses ont commencé à se mêler. Je n’ai encore rendu compte que d’une manière incomplète, des circonstances qui ont déterminé cet amalgame. Il me reste à exposer, comme la première et la principale de toutes, une cause également remarquable par son antiquité, par les élémens dont elle s’est composée, et par les résultats qu’elle a laissés ; cause qui, embrassant à la fois toutes les nations diverses dont la Gaule était composée, a consommé entr’elles une union que leur rapprochement habituel avait déjà ébauchée. Je vais montre comment, traversant successivement les deux premiers âges, son organisation sévère, vigoureuse, uniforme, a fini par s’établir, et a fixé enfin la nation française. C’est ce qui caractérise mon troisième âge.

Quand on annonce une discussion sur le gouvernement féodal, on s’attend en général à voir figurer en première ligne, soit les bénéfices et l’hérédité qui a fini par s’attacher à ces sortes de concessions, soit les duchés et comtés, et l’hérédité qui a fini de même par être leur partage. Il est juste sans doute de tenir compte, ne fût-ce que comme accessoires, de ces deux circonstances ; je dois déclarer toutefois qu’elles sont loin d’avoir déterminé le gouvernement féodal.

Certes, si les bénéfices devaient être regardés comme l’origine principale de la féodalité, ce ne serait ni en France, ni à l’époque de l’établissement des Francs, qu’il conviendrait de placer cette origine : ce serait à Rome même. On trouve assez en effet, dans l’histoire romaine, de ces sortes de concessions, qu’on y appelle aussi bénéfices. C’étaient des terres des vaincus, qu’on partageait, des marais, des forêts, des terres incultes qu’on distribuait. On établissait ainsi quelque fois des corps d’armées sur certaines frontières, avec la double commission de labourer et de combattre, de moissonner les champs et de surveiller l’ennemi. Si ces concessions d’un usage fréquent à Rome, et qu’on trouve particulièrement énoncés dans la Notice de l’Empire sous le nom de bénéfices, héritages militaires (proedia militaria), n’ont rien produit alors qui ait ressemblé à la féodalité, cela nous montre suffisamment que le régime célèbre, auquel nous avons donné ce nom, appartient à d’autres circonstances et à d’autres principes.

J’en dirai autant des grands offices, tel que duché et les comtés.

Il y eut des ducs et des comtes sous les empereurs romains et sous les Mérovingiens : il n’y eut pas pour cela de féodalité.

Pour ce qui est de l’usage, soit des serfs domestiques, soit des serfs de la glèbe, qu’on a coutume d’y rattacher, il a fallu un grand aveuglement ou une grande ignorance, pour voir dans cet usage commun à tous les peuples, et aussi ancien que le monde, quelques rapports avec notre féodalité moderne. Je sais qu’il est convenu de regarder cette question comme d’une obscurité impénétrable. Cela ne m’empêche point d’affirmer qu’on peut la réduire à des points clairs et précis. Revenons aux mœurs des trois grandes nations dont la France s’est composée.

On a entendu parler souvent de la célèbre institution des patronages et des clientèles. Il faut se garder de croire que cette institution ait appartenu exclusivement à Rome et à l’Italie. C’était, chez toutes les nations Occidentales, un usage immémorial, que les classes inférieures se missent sous la protection des hautes classes, qui acquéraient sur elles un véritable empire. Pour ne parler que des trois grandes nations qui nous occupent, je remarquerai que les clientèles avaient, selon les diverses mœurs de ces peuples, des caractères divers.

A Rome, non seulement les particuliers et les familles, mais les corps des arts et métiers, les colonies, les villes alliées, les nations vaincues, des provinces entières de l’Italie et hors de l’Italie, se choisissaient dans le sénat des partons et des appuis. La Sicile, par exemple, s’était mise sous la protection de Marcellus, Les Lacédémoniens avaient choisi la famille Claudienne ; les Bononiens celle d’Antoine. Le devoir de patron était d’aider le plébéien de ses lumières, de le diriger dans ses affaires, de lui prêter son appui contre les vexations, et de prendre sa défense dans les tribunaux. Le client, à son tour, devait assister son patron dans toutes ses entreprises, lui donner son suffrage pour les magistratures ; l’aider au besoin d’argent pour doter ses filles, payer les impositions publique et sa rançon lorsqu’il était prisonnier… A suivre

 

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CINQUIEME EXTRAIT

SECTION PREMIERE.

 

Je dois noter quelques changements que ce commencement d’amalgame occasionne.

Les Francs étant continuellement en présence des Gaulois, les deux peuples vivant familièrement ensemble, il est assez naturel de penser qu’à la longue ils prendront quelque chose l’un de l’autre. Mais s’il y eut quelques points où les habitudes françaises cédèrent, il y en eut d’autres où elles furent tout à fait inflexibles. Il faut compter en ce genre l’aversion des Francs pour l’usage des esclaves domestiques.

Telles étaient les mœurs des Germains, que le service personnel, avili chez les autres nations, était chez eux particulièrement noble : accepter un service personnel n’était point, comme chez les autres nations, consacrer l’avilissement et la servitude ; c’était accorder une distinction. L’effet de cette disposition fut de renvoyer peu à peu à la profession des métiers ou la culture des terres, ces misérables Gaulois faisaient servir, ainsi que les Romains, dans l’intérieur des maisons.

Il faut compter comme second point de résistance de la part des Francs, leur prédilection pour le séjour de la campagne. Tacite est le premier qui fasse mention de cet éloignement des Germains pour l’habitation des villes : ils ne souffraient, à ce qu’il rapporte, aucun assemblage des maisons, junctas sedes. Quand les Francs et les autres nations germaines arrivèrent dans les Gaules, ce goût de la campagne fut généralement remarqué. Cassiodore, l’homme le plus éclairé de ce temps, croyait que le mot barbare venait de barba et de rus, c'est-à-dire, de l’usage de la barbe et d’habiter la campagne. Ammien Marcelin nous parle de même du dégoût des barbares pour l’habitation des villes : « ils les regardèrent, dit-il, comme des buissons enveloppés de filets. »

Les mœurs franques étant demeurées inflexibles sur ces deux points, subjuguèrent à cet égard les anciennes mœurs gauloises. J’aurai soin de marquer dans le livre suivant les effets de cette grande innovation, qui, abolissant peu à peu la servitude personnelle, porta par degrés dans la classe des roturiers ou des tributaires, tous les esclaves domestiques.

Relativement au second point, c'est-à-dire, au séjour de la campagne, l’innovation qui s’établit n’eut pas de suites moins graves.

Tout Gaulois de quelque considération, qui avait figuré jusque là dans le sénat des villes, dans leur curie, dans leur milice, les abandonna. Les domaines gagnèrent l’importance que perdaient les villes. Les villes avaient formé des espèces de forteresses, castra, les domaines se dessinant en diminutif, devinrent de petits camps ou châteaux, castella. Les châteaux étaient déjà multiples en France au septième siècle. Dans la suite, leur nombre devint infini.

Cette circonstance, qui se rend remarquable par l’influence qu’elle eut sur l’état général de la France, le devint encore plus par le changement qu’elle manifesta dans les guerres particulières. C’était autrefois les cités qu’on avait vu principalement se déclarer la guerre. Quand tous les Francs ingénus furent devenus Francs, et que les mœurs franques se furent totalement propagées ; lorsque, par l’érection des châteaux, et l’usage des confédérations particulière dont je parlerai bientôt, les campagnes eurent acquis l’importance qu’avaient auparavant les villes, on peut comprendre comment la guerre, qui s’était déclarée de cité à cité, vint à se déclarer de domaine à domaine.

Je viens de parler de changemens que le second âge apporta dans notre ordre domestique. L’ordre civil, à son tour, fut atteint en deux points. Sous la première race, toutes les fois qu’il était question de grandes peines, les causes particulières de Francs étaient portées au tribunal même du roi, ainsi que nous le voyons dans le décret fameux de Childebert. Sous la seconde race, au contraire, lorsque toute la nation devenue franque, il n’y eut de déclinable dans ce cas, que la juridiction seule du vicaire et du centenier. Les grandes causes des hommes libres furent jugées en dernier ressort par les comtes et les envoyés du roi ; ainsi que nous le voyons dans les Capitulaires.

La forme des jugemens subit des variétés que je dois mentionner.

On peut spécifier avec précision la manière dont, selon les lois romaines, se faisaient l’instruction et le jugement. Les Francs ne purent se plier à de telles formes : ils laissèrent les hommes ingénus gaulois se gouverner, à cet égard, comme il leur convenait. Mais, chez eux, la parole d’un homme de condition généreuse était réputée si sacrée, qu’elle semblait ne pouvoir se fausser, même pour un grand intérêt.

Quand le serment se fut substitué à la simple affirmation, il est à remarquer que les principaux d’entre les Francs ne purent s’astreindre à prononcer par le serment ce qu’ils pouvaient affirmer également par la parole. Dans certains cas, tout ce qu’ils purent faire, fut de commettre des personnages d’un rang inférieur, pour jurer en leur nom et à leur place. On sait qu’aujourd’hui, dans un pays modelé en tout ce qu’il a de remarquable sur les anciennes mœurs de la France, les membres delà Chambre-Haute ne prononcent aucun jugement sur leur serment, mais seulement sur leur honneur.

A la fin il fut établi, dans l’usage commun, que l’accusé repousserait son accusation par serment. La pratique, à cet égard, dut varier. La simple dénégation assermentée d’un prêtre suffit long-temps pour l’absoudre : tant on respectait son caractère. Dans les conditions ordinaires, on ne se contenta pas ainsi d’une simple dénégation : tout accusé dut jurer et faire jurer avec lui un certain nombre d’homme de condition.

On voit par là comment, soit chez nous, soit chez un peuple voisin, l’instruction a fini par être spécialement confiée aux jurés. Il était assez naturel que de hommes qui allaient se trouver engagés devant Dieu par les liens terribles du serment, ne s’en rapportassent qu’à eux-mêmes de ce qui devait motiver leur décision.

Cette origine nous révèle une autre origine. Des jurés, épouvantés des engagemens qu’ils allaient contracter devant Dieu, déclinèrent tant qu’ils purent leurs redoutables fonctions : on les vit invoquer, au moindre prétexte, comme une décision du ciel même, le hasard des épreuves, ou celui des combats.

Le régime politique offre, dans ce second âge, plus de changmens encore que le régime civil. Sous la première race, on n’avait vu en scène, pour les délibérations d’Etat, que quelques grands et quelques leudes ; sous la seconde race, quand tous les hommes libres sont devenus Francs, ils sont tous appelés aux délibérations d’Etat ; ce sont les mœurs germaines qui donnent ici l’impulsion.

« Chez les Germains, di Tacite, les grands de l’Etat décident les affaires de peu d’importance ; les autres sont soumises à l’assemblée générale, de manière toutefois que les affaires mêmes qui doivent être décidées par le peuple, ont encore à subir l’examen des grands de l’Etat. » les mœurs germaines s’étant tout-à-fait établies, nos assemblées se composèrent sur le modèle des assemblée germaines. Hincmar, qui dans son livre de l’Ordre du palis, nous rend compte des détails de ces assemblées, paraît avoir copié tacite.

Nous eûmes ainsi, 1° sous le nom de Champ de Lai, des assemblées générales, où les grands de l’Etat firent le rapport des affaires, ordonnèrent des délibérations, et recueillirent les voix. Nous eûmes en second lieu, sous le nom d’Assemblée d’Automne, des assemblées particulières, où les grands eurent à décider sommairement les petites affaires, et à préparer celles qui, au mois suivant, devaient être soumises, comme plus importante, à l’assemblée générale du peuple… A suivre

 

 

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QUATRIEME EXTRAIT

 

SECTION PREMIERE

 

Lorsque Clovis, après s’être défait de ses compagnons d’armes, qui avaient voulu être ses rivaux, eut soumis successivement  les Armoriques et les francs ripuaires, les Bourguignons et les Visigoths, comme les lois et les institutions de chacun de ces peuples leur furent religieusement conservées, les Gaules eurent beau se trouver réunies sous le même gouvernement, elles présentèrent moins une nation, qu’un agrégat de nations.

Cet état n’est susceptible d’aucun doute. Dans les anciennes chartres, les ordres sont adressés aux Francs, aux Bourguignons, aux Romains. On ajoutait : et à toutes les autres nations qui sont établies dans les Gaules. Je dois remarquer que ce langage s’est conservé dans les âges suivans. Jusque dans ces derniers temps, les rois dans leurs adresses, soit au parlement, soit aux autres grandes corporations, continuaient à employer l’expression nostras gentes ; nos gens.

On conçoit tout ce qu’a du produire de confusion le rapprochement habituel de plusieurs nations diverses, de mœurs diverses. Je citerai quelques exemples de cette confusion.

J’ai fait remarquer, comme existant de toute antiquité ; deux espèces de terres, l’une assujettie au tribut, et appelée tributaire, l’autre allodiale, et appelée alleu ; j’ai fait remarquer de même deux ordres de possesseurs correspondans, les uns ingénus, les autres aussi libres à plusieurs égards, mais assujettis cependant à des devoirs et à des tributs. Dès que les Francs sont arrivés, la première chose à observer, c’est que tout l’ordre social se compte à double : on a d’un côté le Gaulois libre, sous le nom d’ingénu ; d’un autre côté le vainqueur, sous le nom de Franc ou d’homme salique.

L’ordre des terres libres se compte de même à double, on a d’un côté l’alleu ou la terre libre, possédée par le Gaulois ingénu, d’un autre côté la terre originaire de la conquête, appelée la terre salique.

Les lois des deux peuples ne sont, par la même raison ; ni tout à fait communes, ni tout à fait égales. Le Franc vainqueur veut avoir dans les délits une composition double, de celle du Gaulois ingénu. D’un autre côté, comme selon l’antique loi des Germains, les femmes ne succèdent pas, et que, selon les lois gauloises, les femmes succèdent, il se trouve que tandis que les femmes sont admises à la succession des propriétés libres gauloises, appelées alleu, elles sont excluses de la succession des propriétés libres, appelées terres saliques.

Le régime judiciaire offre le même embarras. Ce n’est pas assez que le comte ait à appliquer des lois diverses à des individus de nations diverses ; il faut encore qu’il observe dans ses jugemens les formes et les pratiques de chaque nation. Le Franc et le Gaulois ingénu, ayant à cet égard des prétentions différentes, il se trouve que, dans les affaires capitales, les causes des Gaulois ingénu sont jugées souverainement par le comte assisté par ses Scabins et ses Rachimburges, et que les causes du Franc sont portées au tribunal du roi.

Le régime politique est dans la même situation. Toute la représentation est dans les grands renforcés de quelques Francs, sous le nom de fidèles ou leudes, attachés à la personne du monarque et à sa garde. Les hommes ingénus gaulois semblent n’y avoir aucune part. Ils continuent à habiter les villes, à en composer les sénats et les curies.

Cet état de séparation qui caractérise ce que j’ai annoncé, comme notre premier âge, ne se remarque pas seulement des Francs aux Gaulois : on l’observe chez les autres nations Germaines. Le Bourguignon qui, à d’autres égards, traite honorablement le peuple vaincu, jusqu’à l’appeler peuple ami, peuple hôte, et qu’il range dans ses lois sous la même ligne que lui, à parité de rang, consacre des distinctions. Les Francs s’étaient contentés d’exclure les femmes des terres échues lors de la conquête ; les Bourguignons voulurent que ces terres qu’ils s’étaient partagées au sort, et qu’ils appelaient sortes, fussent à jamais inaliénables ; elles sont substituées dans la loi de Gombette, à perpétuité.

Les Goths élevèrent beaucoup plus haut leurs prétentions : ils voulurent séparer le sang, comme les Bourguignons et les Francs avaient séparés les terres. Le mariage d’un Goth avec une femme gauloise, ou d’une femme Gothe avec un Gaulois, fut regardé comme un deshonneur pour la nation Gothe. Le mélange de deux peuples fut proscrit.

Ces distinctions propres au premier âge, durent ainsi quelque temps. A la fin elles s’effacent. Les Goths sont les premiers qu’ont voit révoquer les règlemens par lesquels ils ont voulu se séparer des Gaulois. On trouve dans la rédaction d’une de leur loi la permission au Goth d’épouser désormais une gauloise, et au Gaulois d’épouser une femme gothe.

La distinction établie par les Francs et les Bourguignons s’adoucit de même. Dès le temps de la loi salique il était difficile de reconnaître l’ancienne origine des terres. Cette loi stipule qu’au moindre doute la terre salique suivra le sort des autres alleux. D’un autre côté, comme il fut permis à tous les hommes ingénus, indistinctement d’adopter la loi salique, les distinctions d’origine finissent par s’effacer.

Ce résultat est inévitable. Comme les Gaulois étaient admis indifféremment avec les Francs à toutes les faveurs et à toutes les places, une parité aussi continue de conditions  ne pouvait manquer de faire fléchir ce qui restait de distinctions injurieuses. On adopta généralement dans les Gaules, non seulement les lois, mais les mœurs, les coutumes, même l’habillement des Francs. Nos premiers rois n’avaient auprès d’eux qu’une poignée de Francs sous le nom de leudes ; au commencent de la seconde race, toute la France en est couverte. Sous Charles le Chauve l’union est consommée. On désigne dans les actes publics, sous le nom de Francs, tous les hommes libres.

Tel est le second âge que j’ai annoncé. C’est celui où les terres de la conquête s'étant confondues dans l’ordre commun des alleux, tous les hommes ingénus s’étant confondus dans l’ordre des Francs, il y eut un commencement d ‘amalgame entre les diverses nations qui composaient la France.... A suivre

 

 


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TROISIEME EXTRAIT

SECTION PREMIERE.

 

"Sire ce n'est pas tout que d'être roi de France, il faut que la vertu honore votre enfance." Ronsard : De l'Institution pour l'adolescence du Roi très-chrétien Charles IXe de ce nom.

 

Tel était, sous ce rapport, l’état antique et immémorial des Gaules. Je passe à la domination des Romains. Cette domination ne changea dans aucun des points l’ordre établi. Il est à remarquer que, tout conquérans qu’ils étaient, les Romains évitèrent de s’en arroger le titre ; la Gaule ne fut point regardée dans le principe comme une conquête, mais seulement comme un pays confédéré. Dans la suite des temps, il n’est jamais question que des anciens traités, prisca foedera. Les Gaulois ne sont point appelés les sujets de Rome, mes seulement ses alliés ; socii. Les villes des Gaules se conservent ainsi avec leur sénat, leur milice, leurs lois municipales ; il n’y a de nouveaux que le corps de troupes romaines stationnés ça et là avec leurs commandemens militaires. Il faut ajouter, sous le nom d’indiction et de superindiction, le tribut qu’il fallu payer au vainqueur.

Non seulement les Romains ne prirent point d’ombrage de tout cet ancien régime des Gaules ; ils mirent même du zèle à le protéger. Ils tolérèrent les anciennes diètes générales ; ils allèrent quelque fois jusqu’à les convoquer.

L’ancienne hiérarchie des rangs et l’ancienne distinction des terres ne reçurent pas plus d’altération : on continua à distinguer dans les Gaules des terres libres et terres asservies ; des hommes ingénus et des hommes tributaires. Les justices seigneuriales se conservèrent de même. De grands jurisconsultes ont cru que Justinien, dans ses Novelles, avait consacré le droit de justice comme inhérent à la seigneur rie. Les preuves qu’ils en rapportent ne me paraissent pas décisives ; mais j’ai lieu de croire que rien ne fut changé sur ce point dans l’ancien état des Gaules. 

Relativement aux guerres particulières, l’ancien ordre social ne fut pas changé : les cités des Gaules continuèrent à se battre les unes contre les autres, quand cela leur convint ; les Romains ne s’en embarrassèrent en aucune manière. L’établissement des Francs et des autres nations germaines : voilà où commencent les grandes difficultés.

Mais d’abord nous devons observer que les Francs suivirent presqu’en tout l’exemple des Romains. C’est un point qui a été très-bien éclairci par l’abbé Dubos.

Clovis continua à gouverner les Gaules selon les lois gauloises : il conserva le régime particulier des campagnes qui étaient distribués en seigneurs et en colons, il conserva de même le régime particulier des cités, leur sénat, leurs curies, leur milice. Ni le droit, ni le titre de conquérant ne se montrèrent. Celui qui fut roi des Francs ne fut pour les Gaules qu’un Patrice, ou un consul romain. Ce prince accepta avec beaucoup d’empressement ces deux titres, qui lui furent déférés par l’empereur Anastase : il parait qu’il y attacha plus de prix qu’à son titre de roi.

On ne peut douter de ces égards des Francs pour les Gaulois. Après la destitution de Childérich, la couronne fut donnée non à un Franc mais à un Gaulois. Un Gaulois est fait duc de Melun sous Clovis ; ce Gaulois est en même temps premier ministre de ce prince et son ambassadeur. Enfin les Gaulois sont appelés à toutes les charges du royaume ; on en trouve dans la loi salique faisant partie de la cour du monarque, et désignés sous le nom de convives du roi.

Le même respect est porté aux institutions ; et d’bord c’est la même hiérarchie des propriétés. La loi salique fait mention d’un ordre des terres assujetties au tribut, et appelées pour cette raison tributaires ; elle fait mention aussi d’un ordre des terres franches et allodiales, et appelées pour cette raison alleu. On y trouve le même ordre correspondant de personnes : le Gaulois possesseur, c'est-à-dire celui qui possède ses terres en propre, et le Gaulois tributaire, c'est-à-dire celui qui possède ses terres à la condition du tribut.

Les justices seigneuriales ne reçoivent pas plus d’altération ; il est fait mention de ces justices dans la loi des ripuaires ; elles sont rappelées expressément au concile de Paris, en 615. Il en est de même des guerres particulières. On voit sous la domination des rois mérovingiens, ainsi que sous celle des Romains, diverses cités gauloises se déclarer la guerre. On voit dans les Formules de Marcoule, de la même manière que dans les Commentaires de César, les grands seigneurs se faire accompagner d’une escorte guerrière.

Il semble, d’après ce qui vient d’être dit, que les Francs conservèrent en s’établissant tout l’ancien régime des Gaules ; et néanmoins nous allons voir peu à peu ce régime se modifier en plusieurs points et s’altérer.

Il ne faut pas oublier qu’en arrivant dans les Gaules, les Francs y portèrent des lois, des mœurs, un langage même qui leur était propre : or ; tout en respectant l’ancien régime des Gaules, comme ils ne voulurent point abandonner le leur, il dut y avoir, pendant quelque temps, à plusieurs égards, comme deux régimes divers : l’un tenant à l’ancienne constitution des Gaules ; l’autre appartenant à la nouvelle nation qui s’était établie. Ces deux régimes mis en présence l’un de l’autre durent s’embarrasser quelquefois : peu à peu ils se mêlèrent ; ils finirent par se confondre.

C’est ce que nous attestent nos anciens monumens. Ils nous présentent trois âges distincts. Le premier, celui où les divers peuples sont en présence les uns des autres, et demeurent séparés ; le second, celui où les divers peuples commencent à se fondre ensemble et à s’amalgamer ; le troisième, celui où on voit de cette fusion même de cet amalgame se produire un nouvel état social… A suivre.

 

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DEUXIEME EXTRAIT

SECTION PREMIERE.

 

... Je ne sais si je parviendrai à éviter, comme il convient, tous ces écueils. Je me garderai au moins d’en assigner une origine aux grandes institutions de la France ; persuadé, comme je le suis, que cette origine appartient à l’origine même des trois grandes nations dont elle s’est formée.

Et d’abord, comme les Germains n’avaient ni domaine, ni village, ni ville, ce ne sera point chez eux que j’irai chercher celle de nos institutions qui sont relatives, soit à l’administration des cités, soit au gouvernement des domaines, soit, en général, à tout ce qui peut concerner la propriété des terres. D’un autre côté, les mœurs gauloises ayant été courbées pendant près de quatre siècles sous le fer des Romains, ce ne sera point dans les mœurs dégradées et avilies des Gaulois, non plus que dans les mauvaises mœurs et les mauvaises lois de Rome, que j’irai chercher ce lustre de grandeur, d’honneur et de générosité, qui, dès ses premiers âges, caractérise la France. L’objet de mes recherches peut se réduire à ce peu de mots. Comment les mœurs germaines sont-elles parvenues à s’associer à ce qui restait encore des mœurs gauloises ? Quel a été le mouvement de ces mœurs germaines tout énergiques, au milieu de ces mœurs gauloises tout avilies ? Mon but étant bien connu, je vais rechercher, 1° l’ordre social des Gaules avant la domination des Romains ; 2° l’ordre social des Gaules sous la domination des Romains.

Un premier point remarquable dans la Gaule antique, c’est la distinction des terres. Lorsque les Romains entrèrent dans les Gaules, les terres (choses singulières) avaient des conditions et des rangs. Soit qu’une partie des propriétaires eussent été amenés à livrer de gré à grè un tribu sur leur possession, à l’effet de s’assurer la protection de personnages considérables ; soit que les besoins de Etat eussent déterminés depuis longtemps un ordre régulier de rétributions, les propriétaires des Gaules présentent, dès la plus haute antiquité, deux ordres différens. Ici c’est la terre tributaire, assujettie, ainsi que la porte de dénomination même, à un ordre régulier de tributs, qu’on appelé depuis cens, là c’est la terre libre et indépendante appartenante en toute franchise à son maître,  et plus connue particulièrement par la suite sous le nom d’alleu.  

Une double condition des personnes correspondant à cette double condition des terres. Le possesseur d’une terre libre est classé parmi les ingénus : c’est une espèce d’ordre de noblesse. D’un autre côté, le possesseur d’une terre assujettie au tribut est classé parmi les hommes tributaires : ce sont les roturiers de ce temps là. Au-delà de ces deux classes ; si l’on veut apercevoir aux deux extrémités, savoir, en haut les membres des sénats des villes en qui résidait la principale part de la souveraineté publique, et en bas les esclaves proprement dits, qu’on vendait, qu’on achetait, et qui n’avaient ni propriété, ni existence civile, on aura un aperçu complet de toute le population des Gaule.

Les justices seigneuriales, dont l’origine a donné lieu à tant de déclamations, appartiennent au même temps. On les trouve établies dans les Gaules avant l’arrivée des Romains, à peu près comme on les a vues dans ces derniers temps. César nous apprend que c’étaient les principaux personnages, qui dans chaque canton rendaient la justice à leurs subordonnés. Il en est de même des guerres particulières, du droit d’entretenir les corps armés. César nous apprend que chaque personnage, selon qu’il était plus considérable par son rang et ses richesses, s’entourait d’un plus ou moins grand nombre d’hommes armés, qui lui étaient dévoués eu qui composaient sa garde. D’un autre côté chaque ville était indépendante d ‘une autre ville, et qu’elles avaient chacune leur milice particulière, on les voit négocier entr’elles des traités, et faire, ainsi qu’il leur convient, la paix ou la guerre... A suivre. 

 

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COMTE DE MONTLOSIER

 

PREMIER EXTRAIT.

SECTION PREMIERE.

 

Un groupe de petits états plus ou moins liés  par les mêmes mœurs et par les mêmes intérêts : telle a été la forme primitive de toutes les grandes nations occidentales. Quelques domaines sous la protection des villes formaient ces états. Les gaules furent, à cet égard, constituées comme la Grèce ; l’Italie, comme les Gaules. Les Germains n’offrent d’exception qu’en un seul point : le territoire, chez eux, formait la cité ; ils ne connaissaient la propriété, les terres. Ils n’avaient ni châteaux, ni villes, ni village. 

Poussés par l’inquiétude de leurs dissensions intérieures, les Romains durent la conquête du monde aux arts de la guerre, et à cette espèce d’orgueil qu’ils appelèrent amour de la gloire. Animés par l’espoir du butin et par un profond mépris pour les autres nations, le courage brut et sauvage des Gaulois ravagea le monde,

Les Germains défendus par leurs mœurs encore plus que par leurs forêts, résistèrent d’abord aux Romains qui avaient conquis les Gaules; ils ressuscitèrent  ensuite les Gaules et  soumirent le peuple romain.

Si on ne veut les considérer que relativement au fracas qu'elles ont fait dans l'histoire du monde ; chacune des ces nations a sa portion de gloire. On peut dire toutefois que les Gaulois, en ont plus que les Germains, les Romains plus que les Gaulois. Relativement aux mœurs et à l'énergie des institutions,  c'est l'inverse. Les Gaulois ont beaucoup de grandeur en ce genre que les Romains, les Germains que les Gaulois.

Ce n’est point du fracas des dévastations et des conquêtes que j’ai à occuper ici le lecteur : je dois ajouter que ce n’est pas non plus de tout ce vain bruit que font les lettres et les arts. En portant mes regards vers le berceau de la nation française, j’ai le bonheur de le voir entouré de beaux sentiemens plus que de belles lettres et de vertus encore plus que de gloire.

Les mœurs de trois grands peuples, voilà où j’ai principalement à tourner mon attention ; j’ai  à montrer comment ces peuples, étant venue se rapprocher,  leurs mœurs se sont rapprochés également, de cet amalgame on a vu se produire, avec l'apparence de quelques formes nouvelles, un peuple gouverné en réalité par des mœurs et des institutions antiques.

C’est ce qui distingue dès son commencens le peuple français des autres peuples du monde. Les autres nations ne sont dans leur origine qu’un germe qui s’accroît peu à peu, se fortifie et s’étend. La France, au contraire, en se présentant au milieu des autres nations avec l’apparence d’un pays et d’un peuple nouveau, se trouve en réalité, dès son berceau même, composé avec toute l’énergie d’un peuple mûr.

Cette circonstance qui rend raison de l’éclat immense du peuple français dès le premier moment qu’il paraît sur la scène du monde, rend également raison de quelques obscurités qui se trouvent répandues sur ces commencens. Dans ces obscurités, toutefois, il est essentiel de distinguer celles qui proviennent de la nature des temps, et celles que notre fausse science a faites. Des nuances appartenant à trois sources différentes peuvent offrir des contradictions et des vissicitudes : les obscurités de ce genre sont susceptibles de s’éclaircir. Il n’en est pas de même de celles que notre fausse science a composées.

Qui n’a pas lu dans nos livres les nombreuses recherches sur l’institution de la féodalité, sur celles des seigneuries, sur l’usage des guerres particulières, sur le droit de censive et celui de justice, sur l’origine de la pairie, de la noblesse et des anoblissemens, sur l’ancienne distinction des terres, des personnes et des rangs ? Chacun a assigné à cet égard des époques à sa manière. Celui-ci a vu dans nos institutions un résultat de guerre et de conquête : il a désigné pour époque l’envahissement des barbares ; celui-là a vu de préférence les effets de la tyrannie, ou des usurpations d’une caste : il a désigné l’état d’affaiblissement de l’autorité royale. Une autre se prévalent de ces contrariétés pour s’abandonner au pyrrhonisme, a vu dans les routes diverses un prétexte pour n’en tenir aucune. On l’a entendu citer, comme essentiellement propres à ces matières, les ténèbres que nos écrivains avaient créées... A suivre.

 

Comte de Montlosier (De la Monarchie T1).

 

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