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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

en faveur de la monarchie

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

LA


SOLUTION


PAR


LA MONARCHIE

 

 

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LA SOLUTION 

 

…La période écoulée de 1830 à 1848, est la seule où on ne fut pas obligé de rebrousser chemin après avoir marché en avant. On avançait lentement, c'est vrai, mais on allait sûrement, et sans la Révolution malheureuse de 1848, il est plus que probable que notre progrès libéral serait beaucoup plus accentué qu'il ne l'est aujourd'hui. Nous aurions accompli les diverses étapes que nous avions à parcourir sans les secousses terribles que nous avons subies, et qui n'ont servi qu'à nous éloigner du but que nous avons à atteindre.

Le lendemain du 24 Février, s'ouvre pour notre histoire une nouvelle parenthèse, dans laquelle sont enregistrées ; la Journée du 15 mai, celles de Juin 1848 et celle du 13 Juin 1849. Vient ensuite le Coup-d'État du 2 décembre 1851, qui clôt la deuxième phase républicaine.

La période du second Empire, a incontestablement donné à la France, pendant un certain nombre d'années, un immense éclat. Mais, malheureusement, sa fin nous a plongés dans un abîme si profond, que nous devons faire tous nos efforts pour oublier cette page de notre histoire!

Nous arrivons à la troisième phase républicaine. Nous ne savons hélas! que trop, ce qu'elle nous coûte, d'argent, de larmes et de sang!...

Au milieu de nos désastres et des conditions barbares qui nous sont dictées par le vainqueur, Paris apparaît ceint d'une belle auréole. Les puissances Européennes sont prises d'une grande sympathie pour notre malheureuse capitale que l'ennemi n'a réduite que par la famine. Son prestige commence à décroître avec le résultat des élections de la Seine du 8 février. Le 18 mars, et le règne de la sanglante Commune, en font un objet de réprobation pour le monde entier.

La République étant l'oeuf dont l'éclosion a produit la hideuse orgie communeuse, nous ne pouvons pas comprendre que tout Français aimant son pays et jouissant de toutes ses facultés mentales puisse entendre, encore, prononcer sans frémir ce mot de République.

Depuis le 20 septembre 1792, jour où la Convention prononça l'abolition de la Royauté et proclama la République, plusieurs gouvernements se sont succédés en France; nous allons examiner dans quelle situation chacun d'eux a laissé le pays à la cessation de son mandat.

A l'expiration de la première phase républicaine, la France est désorganisée, ruinée, et dans un état complet d'abattement. La venue de Napoléon est acclamée comme une voie de salut.

A la chute du Premier Empire, le pays est épuisé d'hommes et d'argent et sa situation est au moins aussi précaire que lorsque Bonaparte s'empara du pouvoir. De plus les armées coalisées foulent notre territoire. La nation exténuée par vingt ans de guerre réclame à tout prix, les bienfaits de la paix.

L'avènement de Louis XVIII est accueilli avec un grand enthousiasme, sous la restauration la France se réorganise administrativement et financièrement, elle cicatrise ses plaies profondes et reprend son rang dans le concert européen, Charles X en quittant le trône laisse la nation régénérée et ne demandant qu'à être bien dirigée pour reprendre le premier rang parmi les grands peuples.

Sous le règne de Louis-Philippe la prospérité intérieure de la France prend un développement considérable sous tous les rapports.

Aussi, après la révolution de février ceux qui se sont emparés du pouvoir trouvent-ils le pays dans une situation on ne peut plus florissante.

Au coup d'Etat du 2 décembre 1851, la France est terrifiée par les commotions violentes qu'elle a eues à subir, et entrevoyant avec effroi l'avenir, elle se jette affolée dans les bras de Louis-Napoléon Bonaparte qui met fin à la troisième phase républicaine.

Le 4 septembre, date de la chute de Napoléon III et de l'inauguration de la deuxième phase républicaine nous ployions déjà sous le poids d'une dette écrasante, nous n'avions plus d'armées et notre territoire se trouvait envahi par les hordes prussiennes.

Le gouvernement de la défense Nationale continue à nous plonger de plus en plus dans l'abîme, il accroit notre dette d'environ trois milliards et termine son mandat par la convention du 28 janvier nous obligeant à céder à la Prusse deux de nos plus belles provinces et à lui payer une indemnité de guerre de cinq milliards. De plus, comme encouragement a persévérer dans la voie républicaine, nous avons eu la douleur de subir pendant 70 jours les sanglantes saturnales de la commune.

Ce court exposé démontre, d'une manière péremptoire, que, depuis 1792 jusqu'à ce jour, les deux seuls gouvernements sous lesquels la France au lieu de péricliter ait prospéré, sont ceux de là branche ainée et de la branche cadette des Bourbons.

Le comte de Chambord est le seul et unique représentant de la branche aînée avec lui s'éteindra cette illustre famille pour laquelle nous devons tous avoir le plus grand respect. Car elle avait fait de la France une grande et puissante nation, Ce prince est malheureusement en proie aux mêmes errements que Louis XVI et Charles X. Il s'obstine comme eux à avoir les yeux fermés à la lumière, n'est-ce pas être aveugle, en effet, que de ne pas vouloir compter avec le mouvement national qui s'est opéré depuis 1789.

Nous sommes obligés de nous incliner respectueusement devant la loyauté irréprochable du comte de Chambord, ses manifestes sont empreints d'une honnêteté sans égale. Mais cela ne suffit pas. Il faut être de son temps, et surtout ne pas froisser les aspirations de la grande majorité de la nation sur laquelle on voudrait être appelé à régner.

La branche cadette est très nombreuse, le comte de Paris fils ainé du feu duc d'Orléans en est le chef.

Que peut-on dire de cette grande et noble famille? Louis-Philippe n'a-t-il pas laissé en 1848, la France dans un grand étal de prospérité? Le duc d'Orléans dont la mort prématurée fut un deuil vraiment national, n'a-t-il pas, dans son testament, donné une preuve irrécusable de son amour sans bornes pour sa patrie? Le fils d'un tel homme doit avoir indubitablement hérité des vertus paternelles !

Maintenant, qu'elle a été la conduite des princes depuis la révolution de février, époque à laquelle ils ont dû quitter le sol français qui les avait vu naître ? Se sont-ils mêlés au moindre mouvement politique capable de compromettre la sécurité du pays? nous savons tous le contraire.

Sous l'Empire se sentant pris de la nostalgie française, ils réclament l'abolition des lois d'exception qui les frappent injustement. N'ayant jamais forfait à l'honneur, ils demandent à être assimilés au dernier des citoyens français. Quelle voie emploient-ils pour formuler leur juste revendication? Ils adressent purement et simplement une pétition au Corps législatif. On ne croit pas devoir faire droit à leur réclamation; ils se soumettent, sans mot dire à la décision de ceux qu'ils ont choisis pour juges.

La guerre éclate; aussitôt ils mettent de côté tous les ressentiments excusables qu'ils peuvent avoir contre leur persécuteur qui cependant fut traité par leur père avec une mansuétude sans égale. Ils oublient tout pour n'avoir qu'une seule pensée, qu'un seul amour au coeur.

La France. Ils demandent à l'Empereur, comme une faveur exceptionnelle, de pouvoir offrir leur sang à la patrie commune. Nouveau refus. Le 4 septembre a lieu, Tous ces nobles coeurs, pensant que le nouveau gouvernement va faire du salut du pays sa seule et unique préoccupation, accourent se ranger sous l'étendard de la France. Les Membres du Gouvernement de la défense nationale, qui veulent d'abord sauver leur République, et la France après si la chose est possible, regardent la venue des princes, au milieu d'eux, comme un danger et ils s'empressent de les éconduire. Craignant d'être un ferment de discorde, au moment où la nation a besoin de se serrer en un faisceau puissant, ils retournent, l'âme navrée, sur la terre d'exil, M. le duc d'Aumale a eu la douleur dans une circonstance aussi solennelle de

ne pas pouvoir mettre au service de sa patrie l'épée qu'il avait noblement portée jadis. A un moment donné, n'y tenant plus, le Prince de Joinville revient en France et parvient en cachant son identité à se faire admettre, comme simple soldat, dans un bataillon de volontaires.

Il fait le coup de feu toute une journée. Sa joie est à son comble, il expose ses jours pour sa France bien aimée !

Son bonheur ne devait pas être de longue durée! Il fut reconnu, et Gambetta fut instruit de sa présence dans l'armée. Ce dernier s'empressa d'ordonner son arrestation et son expulsion du territoire, nous laissons aux gens de bien ayant le coeur vraiment français le soin de juger la conduite du dictateur de Bordeaux, dans cette circonstance. Tout le monde connaît la noble attitude du duc de Chartres qui a été assez heureux sous le nom de Robert Lefort pour passer inaperçu dans l'armée du général Chanzy.

Il est urgent que, dans le plus bref délai possible, nous ayons, à notre tête, un gouvernement capable de nous assurer à l'intérieur, l'ordre et la reprise du travail, base de notre richesse et de notre résurrection, et qui, à l'extérieur, donne des garanties suffisantes de stabilité pour permettre aux puissances européennes de se rapprocher de nous et d'accepter ou de rechercher notre alliance. Il faut, pour que nous puissions reprendre notre rang dans le grand concert des nations, que nous cessions d'être un épouvantait constant par nos discussions intestines et que nous ne continuons pas à être isolés comme des parias.

La forme républicaine nous permettrait-elle d'atteindre le but dont nous ne devons par nous écarter un seul instant? nous ne le croyons pas : Toutes les puissances européennes, à l'exception de la Suisse, sont régies par des gouvernements monarchiques. Les souverains de ces états, tiennent non seulement à leur couronne, mais encore font tous leurs efforts pour en assurer la transmission à leurs descendants, il est donc indubitable, qu'ils regarderont, toujours, comme un danger, l'existence, au milieu d'elles, d'un grand état gouverné par un régime qui les menace constamment d'envahir leur royaume, et qui à un moment donné peut briser le sceptre qu'ils tiennent dans la main. En un mot avec la République il n'y a pas à compter sur de sérieuses alliances.

Si nous ne venions pas de subir les désastres dont nos yeux devraient être épouvantés, si nous étions libres de tous nos mouvements, pourrions nous, peut-être, nous permettre de renouveler les essais qui en d'autres temps plus prospères, ont déjà été infructueux. Mais, nous avons l'ennemi sur notre territoire, épiant nos moindres mouvements, nous avons une dette énorme à acquitter, nous avons deux provinces qui nous ont été arrachées violemment et dont les habitants ont constamment les yeux tournés vers nous. Nous est-il permis dans une situation pareille de nous obstiner à vouloir rester dans un complet isolement ! évidemment non : nous devons mettre l'affranchissement de la France au-dessus de nos plus chères aspirations, pénétrons-nous bien de la vérité dépouillée de tout artifice, et ne nous laissons pas éblouir par des mirages trompeurs.

Sachons prouver au monde qui nous observe que nous sommes toujours un grand peuple et que grâce à notre puissante vitalité nous saurons sortir régénérés du creuset du malheur.

 

FIN DE L’OUVRAGE.

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LA


SOLUTION


PAR


LA MONARCHIE


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LA SOLUTION 

 

…Voyons maintenant ce qu'ont fait les membres du gouvernement de la défense, après leur installation à l'Hôtel—de-Ville? Jusqu'aux deux ou trois jours qui ont précédé l'arrivée des Allemands sous Paris, ils ont savouré, dans une douce quiétude, leur avènement inespéré au pouvoir, ils ont comblé tous leurs favoris et tous les membres de leurs petites cours, qui chaque jour les encensaient, mais, des prussiens, il n'en était nullement question. Cependant, lorsque la présence de ces derniers fut signalée officiellement à quelques lieues de la capitale, il fallut sortir de cet état de somnolence dans lequel ils se complaisaient. On se décida à envoyer précipitamment une délégation gouvernementale en province, afin de surexciter la fibre nationale de ses habitants. Cette délégation, qui par sa jeunesse, sa vigueur, son entrain, devait faire sortir des armées de dessous terre, était composée de MM. Crémieux et Glais-Bizoin.

Sitôt après leur installation à Tours, les deux vétérans de la démocratie envoient dépêches sur dépêches, pour annoncer que l'enthousiasme qu'ils ont soulevé est indescriptible, que la France entière est debout, attendant, avec une impatience fiévreuse, l'heure de se mesurer avec l'ennemi. Vers le 8 ou le 10 octobre, c'est-à-dire vingt jours après que Paris était isolé du reste du monde, et 35 jours après le 4 septembre, le gouvernement de la capitale reçut une dépêche lui faisant connaître, d'une manière exacte, la situation de la province: Celle missive, arrivée par voie de pigeon, annonçait que pas un régiment n'était formé, que chaque ville organisait sa propre défense, mais que pas une mesure d'ensemble n'était prise.

Tous les bataillons de la mobile qui avaient un commencement d'organisation avaient été appelés dans Paris.

Les membres du gouvernement de la défense furent atterrés par cette communication à laquelle ils auraient dû s'attendre.

Après délibération, on décida que le fougueux Gambetta se dévouerait à rattraper par une activité dévorante, le temps peut être irréparable, qui avait été perdu. Il fallait affronter les périls d'un voyage en ballon. Après deux jours d'hésitation et de préparatifs, le jeune Ministre de l'Intérieur se décida à enjamber la nacelle d'un aréostat et à se confier aux caprices des vents.

Tout le monde connaît les péripéties du voyage et les dangers courus par M. Gambetta.

Il est incontestable que l'arrivée de cet homme descendant pour ainsi dire, des nues, produisit une grande impression sur les populations de la province. Ajoutez â cela, la mâle et puissante éloquence du jeune tribun et on comprendra que sa venue ait été saluée par un vif enthousiasme. On se rappelait Carnot organisant la victoire et on voyait en Gambetta un nouveau sauveur.

Les fautes commises le lendemain de la révolution du 4 septembre s'enracinèrent plus vivaces, encore, dans la conduite du nouveau dictateur. Il crut que son intelligence et son génie pouvaient tout embrasser et qu'il était de taille à sortir tout seul, la France de l'abîme dans lequel elle était plongée. Il inonda l'administration et l'armée d'une foule d'intrigants et d'incapables, les discours et les proclamations pleuvaient avec une intensité sans égale, il brisait, sans hésitation, le lendemain les généraux qu'il avait exaltés la veille. Il autorisa des emprunts, à des taux pouvant abaisser notre crédit au-dessous de celui du pays le moins favorisé de  la fortune. Il poussa même l'aberration jusqu'à concevoir des plans stratégiques et à imposer sa volonté à ses généraux.

Avec toute cette activité dévorante, le dictateur français parvint à mettre en ligne devant l'ennemi, environ trois cent cinquante mille hommes de troupes d'une valeur douteuse, (nous ne disons pas au point de vue du courage mais au point de vue de l'instruction militaire,) qui aboutirent aux désastres du Mans, de Saint-Quentin, d'Héricourt, et par contre coup à la capitulation de Paris.

Si, au lieu de fouler aux pieds, sans respect ce à quoi l'Empire autoritaire n'avait jamais osé toucher, le Dictateur de Bordeaux s'était servi des forces vives du pays.

Si au lieu de dissoudre les Conseils municipaux et les Conseils généraux issus du Suffrage universel, pour les remplacer par des Commissions formées avec ses créatures, il avait su inspirer une salutaire confiance à ces assemblées, il aurait pu, indubitablement, avec leur concours, obtenir une issue plus favorable pour nos armes.

Vers le 17 septembre, lorsque les têtes de colonnes allemandes font leur apparition aux environs de Paris, M. Jules Favre se rend mystérieusement à Ferrières, à la rencontre de M. de Bismark. Cette démarche faite le lendemain du désastre de Sedan, aurait eu sa raison d'être : elle était même indispensable. Mais que pouvait-on attendre d'un ennemi implacable, enivré de ses succès inespérés et qui se trouvait devant l'objet de toute sa convoitise ! Il était arrivé, sans coup férir, sous les murs de notre Capitale dans laquelle il espérait entrer en triomphateur et nous dicter notre arrêt de mort.

A quoi ont servi les larmes du membre du Gouvernement de la défense nationale ? pouvait-il avoir la pensée de loucher, par nos malheurs, l'homme qui depuis longues années, avait prémédité notre anéantissement!

Pouvait-il croire à une intervention des neutres qui nous étaient plus hostiles que sympathiques ? Lui était-il permis d'avoir l'espoir d'arrêter la marche triomphale des armées allemandes, sans donner à leur chef une compensation capable de satisfaire son puissant appétit et son immense orgueil? Evidemment non! Hé bien! Pourquoi avoir commis cette faute capitale de prononcer la fameuse phrase « pas un pouce de terrain, pas une pierre de nos forteresses ! »

Quelle doit être la mission des édiles d'une ville assiégée? Il nous semble que le premier travail auquel ils doivent se livrer, c'est de se rendre un compte exact, de concert avec l'autorité militaire, de la quantité de vivres qu'il y a en magasins, afin de savoir, pendant combien de temps la place pourra résister, si l'ennemi ne cherche pas ou ne peut pas s'en rendre maître de vive force.

Une administration sage et prévoyante doit, aussi, dès le premier jour de l'investissement, présider économiquement à la distribution des denrées alimentaires pour faire durer la résistance, le plus longtemps possible, et ne pas imposer aux habitants de trop cruelles privations.

Qu'a fait M. Ferry membre du Gouvernement, délégué auprès de la mairie de Paris ? Nous sommes encore à nous le demander. Tout ce que nous savons, c'est qu'il y a eu, pendant longtemps un gaspillage scandaleux des vivres eu réserve.

Ce désordre coupable nous a conduit à manger le pain dont tous ceux qui étaient enfermés dans la Capitale ont gardé le souvenir, et à nous mettre, à un moment donné, à la complète discrétion de notre vainqueur.

On devait réellement espérer d'avantage, de la part de l'auteur des comptes fantastiques d'Hausmann, On ne pouvait pas croire que cet administrateur ne parviendrait seulement pas à organiser, d'une manière convenable, à la distribution des denrées alimentaires.

Nous avons eu la douleur d'assister à l'affligeant spectacle des queux interminables à la porte des bouchers et des boulangers. C'était navrant de voir de malheureuses femmes et des enfants rester quatre et cinq heures les pieds dans la neige ou dans la boue pour obtenir leur part de cheval et de pain. Nous ne croyons pas que les souffrances matérielles endurées à l'Hôtel—de-Ville aient été bien vives !

M. Jules Ferry montait à cheval et allait, en compagnie de son collègue et ami Rochefort, passer en revue les fameux bataillons de Belleville, sur lesquels on comptait pour enfoncer les lignes prussiennes, mais, qui envoyés aux avant-postes prenaient la fuite à la première alerte. Ces mêmes bataillons faisaient les journées du 31 octobre et du 22 janvier, prologue de la grande pièce qu'ils devaient représenter le 48 mars.

Après l'issue malheureuse de la sortie du 19 janvier, le Gouvernement de la défense nationale à Paris, eut connaissance des échecs subis par nos armées de province.

Chanzy, après le désastre du Mans, avait été obligé de se retirer derrière la Mayenne, il était condamné, pour un certain temps au moins, à l'immobilité. Faidherbe, après sa défaite de Saint-Quentin, avait ses forces désorganisées.

La débâcle d'Héricour avait forcé l'armée de l'Est à se réfugier en Suisse pour ne pas tomber aux mains de l'ennemi.

Tout espoir de secours venant du dehors était perdu, de plus, le stock de farine restant en magasins, pouvait à peine suffire à l'alimentation de la population pendant quelques jours. Toute idée de lutte devant être abandonnée, il n'y avait que deux partis à prendre : exposer les habitants de la Capitale à mourir de faim, ou aller implorer la bienveillance du vainqueur. Le Gouvernement s'arrêta à cette dernière détermination, et ce fut M. Jules Favre qui, 4 mois auparavant, avait fièrement lancé la fameuse phrase « pas un pouce de terrain, pas une pierre de nos forteresses, » qui eut la triste mission d'aller se mettre à la discrétion du comte de Bismark.

Quelles cruelles souffrances a dû éprouver le Ministre des affaires étrangères, lorsqu' il lui a fallu subir et signer, au nom de la France, les lourdes conditions aux quelles le chancelier Allemand consentait à nous accorder l'armistice.

Ainsi, une fois les clauses de la convention acceptées de part et d'autre, Paris était entouré d'un cercle de fer, tous les forts étant au pouvoir de l'ennemi. Notre Capitale et l'armée qu'elle renfermait étaient lettres mortes pour la nation, nos trois armées de province étaient démoralisées, et en partie désorganisées. Que restait-il donc pour faire face aux masses ennemies, d'autant plus fortes, qu'elles étaient enivrées de leurs victoires ?

M. Gambetta, malgré notre situation précaire, voulait continuer la lutte à outrance, jusqu'au dernier homme et au dernier écu. On ne peut pas s'imaginer qu'une pareille folie ait pu germer dans un cerveau humain.

La résistance organisée par le Ministre de la Guerre de la délégation provinciale, avait produit de si beaux résultats, qu'il était tout naturel qu'il persistât à la continuer.

La France pouvait être dévastée et anéantie totalement, mais qu'est-ce que cela pouvait faire au fougueux Ministre! Il fallait, à tout prix, conserver le pouvoir et satisfaire son ambition sans bornes. Nous ne pouvons pas nous faire à l'idée qu'après l'accomplissement de tels actes, il se soit trouvé en France, des hommes assez peu soucieux de l'honneur et de l'existence de leur pays pour avoir nommé à l'Assemblée nationale le Dictateur de Bordeaux, Quelle devait être la conduite de M. Gambetta après s'être démis du pouvoir, et une fois l'Assemblée nationale installée à Bordeaux.

Nous croyons que le premier devoir que l'ex-dictateur avait à remplir, était de venir à la Barre de la Nation et de lui faire connaître d'une manière précise l'emploi qu'il avait fait du pouvoir, sans contrôle, qu'il avait volontairement assumé sur sa tête, et des ressources financières qu'il avait eues entre les mains.

M. Gambetta a été l'objet de violentes critiques. La France attend encore sa justification. Dans la négociation des conditions de l'armistice, M. Jules Favre a, incontestablement, commis une faute capitale en ne faisant pas insérer dans la convention du 28 janvier, un article relatif au désarmement de la Garde nationale, et en ne demandant pas au comte de Bismark d'en faire une condition sine qua non du traité, Il est évident que les bataillons de l'ordre auraient donné

une nouvelle preuve de leur patriotisme, en se soumettant sans récrimination, à celte mesure rigoureuse mais nécessaire. Quant aux bataillons fédérés, nous avons l'intime conviction que devant des menaces très-énergiques de la part de la Prusse, ils eussent considérablement rabattu de leur humeur belliqueuse.

M. Jules Favre a probablement craint qu'une clause de cette nature insérée dans la convention, ne compromit sa popularité.

Si, comme la chose a été dite, M. de Bismark, durant le cours des négociations, a fait ressortir le danger qu'il y aurait pour Paris, à laisser des armes à la Garde nationale, et qu'il ait offert au Ministre dos Affaires étrangères de faire du désarmement de celle force une des clauses du traité. Le refus de M. Jules Favre (prévu probablement d'avance par le chancelier allemand) est

inexcusable, et les événements qui se sont produits font peser sur lui une responsabilité terrible, devant sa conscience d'abord, et devant l'histoire ensuite dont le jugement sera peut-être un stigmate ineffaçable.

Il était indubitable qu'un mouvement révolutionnaire était imminent. L'insurrection était prêchée ouvertement, depuis six mois, dans tous les clubs où on professait les théories les plus criminelles. Il était impossible de fonder la moindre espérance sur des hommes dont le but avoué était le bouleversement de fond en comble de la société.

Ce n'était pas un désaccord de principes, c'était la question nettement posée : Être ou ne pas être.

Le 18 mars, jour de l'explosion du volcan, les premiers actes des insurgés qui consistent surtout, dans l'assassinat de deux généraux, prouvent les intentions bien arrêtées des chefs du mouvement, démontrent clairement que la lutte est sérieusement engagée et que la force seule tranchera la question.

Nous ne pouvons pas comprendre, que dans une situation pareille, des gens soient venus parler de conciliation et de concessions à faire de part et d'autre.

Ces démarches stériles ne pouvaient avoir qu'un but : servir la cause insurrectionnelle et entraver la défense opposée par le parti de l'ordre. Nous n'hésitons pas à dire que toutes les démarches conciliatrices faites par un certain nombre d'hommes de convictions douteuses ont été criminelles et doivent être flétries énergiquement par tous les gens de bien.

L'intention formelle des bandits formant le Comité central était de conserver le pouvoir dont ils s'étaient emparés, Aussi, toutes les déclarations de M. Thiers, tous les appels faits aux émeutiers pour les engager à rentrer dans l'ordre, sont-ils restés sans résultat ! Il a fallu entrer violemment dans Paris après un siège de près de deux mois, il a fallu s'emparer de chaque quartier, après des luttes sanglantes. Huit jours de combats terribles et incessants ont été nécessaires pour terrasser la sanglante Commune et ses hideux partisans. Leur cri d'agonie a été le massacre des otages et l'incendie de nos monuments nationaux ainsi que d'un grand nombre de propriétés particulières.

En résumant la synthèse historique, que nous venons de faire, des principaux événements politiques qui se  sont accomplis depuis la grande Révolution jusqu'à ce jour : Nous voyons que le 10 août 1792, le mouvement national auquel la convocation des États Généraux avait donné naissance, se trouve enrayé. A dater de ce jour néfaste, s'ouvre une vaste parenthèse pour notre histoire. Dans cette parenthèse, nous trouvons : Les massacres de septembre, la Terreur de 1793, la réaction thermidorienne, le Directoire et l'avènement de Bonaparte qui mit fin à la première phase républicaine, Arrive, maintenant, la première période impériale faisant toujours partie de la grande parenthèse. Napoléon rétablit le principe d'autorité dans toute sa vigueur, seulement le régime militaire absorbe tout.

L'Empereur récolte pour la France, une abondante moisson de lauriers. Quant au résultat final; c'est l'invasion étrangère, le pays épuisé d'hommes et d'argent, c'est-à-dire, dans un état au moins aussi précaire, que lorsqu'il s'était emparé du pouvoir.

En 1815, la nation eût le bonheur de voir monter sur le trône Louis XVIII. Ce souverain sut mettre à profit la grande influence qu'il exerçait sur le tzar Alexandre, pour sauver la France des griffes des vautours alliés. Tous les hommes qui ont le coeur, vraiment français, doivent avoir pour la mémoire de Louis XVIII un respect sans bornes.

Charles X commit la même faute que son aïeul Luis XVI, de ne pas acquiescer franchement au grand mouvement libéral pour en avoir la direction.

Charles X voulut s'opposer au torrent et le torrent l'emporta en 1830.

Le roi Louis Philippe, comprit que l'ère nouvelle qui s'ouvrait pour la France, ne devait être que la continuation du réveil national, auquel le 10 août 1792 avait imposé un temps d'arrêt.

Le nouveau souverain appela à lui l'élite de la bourgeoisie ; cette dernière se trouvant la partie la plus éclairée de la population, devait nécessairement, en vertu des droits qu'elle avait conquis, devenir la classe dirigeante.

C'est en 1830, que les principes de 1789 reçoivent, pour la première fois, une application réelle et sérieuse. Le grand essor est donné, la liberté est la base de toutes nos institutions. Le souverain a franchement accepté le partage du Pouvoir avec le pays, représenté par les Chambres.

Les questions économiques sont à l'ordre du jour, le grand réseau ferré qui doit couvrir la France est accepté et il n'y a plus qu'à en assurer l'exécution. Des écoles s'ouvrent de tous côtés, pour donner au peuple l'instruction nécessaire à son émancipation, et pour permettre à la Bourgeoisie, de trouver, un jour, de puissantes recrues dans ses rangs.

Le commerce, l'industrie, les sciences, les lettres et les arts brillent avec éclat. La fortune publique est dans un grand état de prospérité...

 

A SUIVRE…

ANONYME.

 

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Publié le par Rhonan de Bar
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LA


SOLUTION


PAR


LA MONARCHIE

 

Pairie

 

LA SOLUTION 

 

Après la catastrophe épouvantable que vient de subir la France, chacun est à se faire les demandes suivantes :

«que va-t'il sortir de ces désastres et quelle sera la forme gouvernementale assez puissante pour nous assurer l'ordre, la reprise du travail et la cicatrisation de nos plaies encore toutes saignantes ? »

Nous croyons que pour élucider ces questions ardues, il est indispensable de passer en revue tous les gouvernements qui se sont succédé, depuis la grande révolution française jusqu'à nos jours, et de tâcher de baser l'avenir sur les enseignements du passé.

Après la journée du 10 août 1792, le principe d'autorité était mort en France. Les excès révolutionnaires inaugurés par les massacres de septembre et suivis de la terreur de 93, en sont une preuve irrécusable.

La convention était, certes, composée, en majorité, d'hommes honnêtes et ennemis de la violence ; ils furent impuissants à arrêter les débordements du flot populaire et les membres les plus marquants de cette assemblée périrent, victimes de leur dévouaient à la patrie.

S'il était possible d'accorder la plus légère atténuation aux excès, sans nom, de la commune et de la Montagne de la Convention, ce serait en premier lieu, pour leur ardent amour pour la France et leur haine implacable pour leurs ennemis, ensuite, à cause de l'énergie avec laquelle elles soutinrent le principe de la République une et indivisible. (Contraste frappant avec les révolutionnaires de 1871.)

Le régime de la Terreur devait fatalement aboutir à une réaction violente. Elle fit explosion le 9 thermidor de L'AN II. La convention décréta d'accusation Robespierre et tous ses sanglants acolytes, qui expièrent, comme lui, les crimes sans nombre, qui avaient été commis, au nom de la raison d'Etat.

Sous le Directoire, la France était désorganisée administrativement, ses finances étaient épuisées et le gouvernement était impuissant à utiliser les ressources qui existaient dans le pays. La banqueroute était imminente.

Bonaparte, par son coup d'Etat du 18 brumaire, s'empara du pouvoir et se débarrassa, violemment, de tout ce qui pouvait faire échec à son autorité. La nation se trouvant dans la situation d'un navire, sans pilote, qui s'en va au caprice des vents, s'empressa d'accorder toute sa confiance à celui, en qui elle espérait trouver un sauveur.

Le 1er consul s'entoura de toutes les lumières du pays et présida à la réorganisation financière et administrative de la France. Il s'empressa, aussi, de rendre les églises et les temples à leurs cultes respectifs.

Napoléon 1er, sous son règne, porta la nation française à l'apogée de la gloire militaire. La vieille Europe trembla épouvantée mais, l'incomparable guerrier avait compté sans l'instabilité des choses humaines. La fortune qui l'avait comblé de toutes ses faveurs, l'abandonna un jour et l'épilogue du régime Impérial fut : l'invasion étrangère et l'exil, sur un rocher, du Grand Homme prisonnier des monarques européens.

Sous la restauration, la France épuisée d'hommes et d'argent, parvint cependant à cicatriser à peu près ses blessures profondes et à reprendre son rang dans le concert européen. Jusqu'en 1830, l'ordre matériel ne fut pas troublé, malgré l'existence de nombreuses conspirations dont la vigilance gouvernementale sut toujours saisir les fils.

La Révolution de 1830 est très explicable : Le Roi Charles X et ses Ministres, au lieu de marcher dans la voie du progrès et de la liberté, avaient à coeur de rétrograder et semblaient vouloir revenir aux institutions d'avant 1789; aussi, les journées de Juillet, au lieu de jeter la consternation dans le pays, furent elles accueillies comme un acte libérateur!

La chambre des députés, à ce moment là, eut la sagesse de comprendre qu'il y avait danger de tâtonner avec un gouvernement provisoire, c'est pourquoi elle s'empressa de décerner la couronne au Duc d'Orléans. La critique, toujours amère, qualifia cet acte de bonne et sage politique : d'escamotage des deux cent vingt deux.

Le règne de Louis-Philippe, fut pour la France, une époque de paix et de prospérité : Le commerce, l'industrie, les sciences, les lettres et les arts brillaient du plus vif éclat; on jouissait d'une bonne liberté, et l'avenir s'annonçait sous d'excellents auspices.

Le roi était entouré d'une belle et nombreuse famille dont la simplicité et la rigidité des moeurs, donnaient à la nation le plus salutaire exemple.

Paris, toujours capricieux et impatient, sous le prétexte de réforme électorale, et obéissant, comme d'ordinaire, à la voix d'un certain nombre d'intrigants, éprouva le besoin de s'offrir le luxe d'une nouvelle révolution.

Le trône de Louis-Philippe fut renversé et la République proclamée.

La France, moutonnière, n'ayant pas l'énergie de résister aux entraînements de sa capitale, subit le nouveau gouvernement qui venait de lui être imposé.

Une fois revenu de la première impression causée par ces événements subits, chacun acceptant le fait accompli, était décidé à faire abnégation de ses souvenirs et de ses préférences, pour se rallier sincèrement au gouvernement républicain.

Le ciel pur qui s'élevait au-dessus de la France, commença à s'assombrir le 15 mai ; la journée s'écoula, cependant, sans laisser une impression trop profonde à la population. Mais, l'orage s'amoncelait à l'horizon et devenait menaçant : en Juin, il éclata terrible, il fallut quatre jours de luttes sanglantes pour s'en rendre maître.

Le Gouvernement provisoire et l'Assemblée nationale avaient été impuissants à conjurer cette affreuse tourmente.

Le Général Cavaignac qui avait terrassé l'émeute, était appelé le sauveur de la France, comme récompense, on lui décerna la dictature.

Quelques mois plus tard, c'est à dire en décembre, les élections pour la nomination du Président; de la république, avait eu lieu, pour donner au monde qui nous suivait du regard, un exemple frappant de notre ingratitude et de la versatilité de notre caractère, nous nous gardâmes bien de jeter les yeux sur l'homme dont la grandeur d'âme, le courage et la loyauté étaient indiscutables.

Une imposante majorité de citoyens français déclara par son vote; que le fauteuil présidentiel serait bien mieux occupé par le héros de Strasbourg et de Boulogne que par l'illustre général qui avait sauvé la France de l'anarchie.

Après les journées de Juin, on croyait en avoir fini, pour longtemps au moins, avec l'émeute. On eut bientôt la preuve du contraire.

Une année ne s'était pas écoulée, qu'une nouvelle journée se produisait (1). Le mouvement fut arrêté ; mais, les socialistes qui avaient juré une haine implacable à la société, donnaient, comme date de la nouvelle levée de boucliers, l'expiration du mandat de Louis Napoléon Bonaparte dont la réélection était impossible, en vertu de la Constitution.

Le parti conservateur voyait arriver avec effroi cette date fatale s'avançant à grands pas, aussi, adressait-il pétitions sur pétitions à l'Assemblée législative, pour obtenir la révision de la Constitution.

La bonne harmonie était loin de régner entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, un conflit était imminent.

Le prince président encouragé par les craintes fondées des conservateurs et par les indécisions de l'Assemblée, déchira, une belle nuit, avec l'aide de l'armée dont il avait su s'attirer toutes les sympathies, celte Constitution dont le pays ne demandait que la révision.

Il éloigna tout ce qui pouvait être un obstacle à la réalisation des projets qu'il avait conçus, il terrorisa le parti d'action qui, cette fois, rentra complètement dans l'ombre, pour ne faire sa réapparition que de longues années après.

Le parti conservateur respirait à l'aise, il était débarrassé de l'échéance 1852 qui lui pesait si lourdement.

Lorsque le nouveau dictateur soumit au pays la ratification de l'acte qu'il venait d'accomplir, les 7,500,000 voix qui sortirent de l'urne électorale furent la meilleure expression des sentiments de la population à son égard.

Chaque conservateur pouvait être comparé à un commerçant chancelant dans ses affaires, couvant une faillite inévitable, et que tout à coup une main inespérée vient sauver du naufrage.

Tout ce monde affolé ne calculant pas les conséquences de l'acte qu'il accomplissait, allait déposer dans l'urne son vote approbateur qui donnait au nouveau souverain les pouvoirs les plus illimités.

Nous savons malheureusement, aujourd'hui, à quel prix, l'ordre a été obtenu pendant vingt ans !

Si l'honnêteté la plus rigoureuse avait présidé à tous les actes du gouvernement Impérial, l'empereur aurait pu faire atteindre au pays, le point culminant de la prospérité mais d'une prospérité vraie et non factice, comme celle qui existait et qui a amené des catastrophes aux premiers revers de fortune que nous avons eus à subir.

Pour obtenir ce résultat, il fallait s'entourer d'hommes intelligents, honorables, capables d'un dévouement désintéressé, n'ayant en vue que le bonheur de la nation et non leur intérêt personnel ; d'hommes qui au lieu de patronner les spéculations les plus hideuses qui ont amené la ruine et l'abaissement moral de la France, se fussent fait un devoir de dénoncer à l'indignation publique les spéculateurs éhontés s'appropriant scandaleusement l'épargne du travail, en faisant miroiter à ses yeux un lucre inaccoutumé.

Au lieu de chercher, par tous les moyens possibles, l'amélioration des classes laborieuses, surtout, en donnant soi-même l'exemple de la plus haute moralité.

Qu'ont fait les hommes de l'Empire ? Ils ont encouragé le luxe le plus effréné, ils ont développé, outre mesure, tous les appétits matériels au détriment des besoins intellectuels, et ils ont poussé la population vers une seule idée ; faire de rapides fortunes par tous les moyens échappant à la loi.

Tous les vices inhérents à la nature humaine, à tous les degrés de l'échelle sociale, s'étalaient sans vergogne, aux yeux de tous.

Cette dégénérescence du pays, devait fatalement nous conduire au désastre de Sedan et aux excès les plus criminels de la démagogie !

Nous ne chercherons pas à approfondir les causes qui ont pu amener le gouvernement impérial à déclarer la guerre à la Prusse. Surtout, après le plébiscite de mai dont la signification était : Progrès libéral, mais, avec l'ordre et la paix.

La guerre était difficile à éviter, nous étions un obstacle à l'unification allemande et tôt ou tard, devaient surgir des difficultés qui ne pourraient se régler que par la voie du canon. Ces cruelles nécessités étant données, il fallait se tenir prêt, attendre le moment favorable pour entrer en lice et ne pas, comme un Don Quichotte relever le gant que M. de Bismark a eu l'habileté de nous faire jeter nous mêmes.

Ce départ pour le Rhin est un acte de folie tellement indigne, qu'il est inexplicable.

Notre brave et vaillante armée a été engagée si niaisement que nous avons marché d'échecs en échecs jusqu'au désastre de Sedan.

Le 3 septembre, en effet, le bruit de notre défaite et de la capitulation acceptée par l'empereur, se répandaient dans Paris. L'émotion, l'indignation même, étaient à leur comble. Le chef de l'Etat prisonnier, il fallait prendre une résolution énergique. Le Corps législatif fut convoqué, en séance extraordinaire à minuit. Le Ministère et la majorité de l'Assemblée commirent la faute irréparable de se séparer sans avoir pris une détermination virile, et d'ajourner leur décision au lendemain.

L'opposition qui attendait, depuis longtemps, un événement qui lui permit de jeter à bas son ennemi, ne perdit pas une minute et profita du répit qui lui était donné jusqu'au lendemain midi, pour discipliner ses électeurs de la Villette et de Belleville.

Les bandes de l'émeute étaient à leurs postes à l'heure indiquée, n'attendant que le signal convenu, pour se ruer sur le palais Bourbon.

La cavalerie qui gardait l'entrée du pont de la Concorde, n'ayant pas d'ordres formels et énergiques, laissa à un moment donné, forcer ses lignes par la tourbe populaire qui. n'avait plus qu'une étape à accomplir pour atteindre son but.

Les députés s'étaient réunis dans leurs bureaux pour discuter les mesures qu'il y avait à prendre, en présence de la gravité excessive de la situation.

Sur ces entrefaites, plusieurs personnes se rendent sur le perron du Palais et font signe à la populace de les suivre. En un clin d'oeil, la salle des séances se trouva occupée par les Bellevillois.

M. Gambetta monta à la tribune et prononça la déchéance de l'Empire; il engagea, ensuite, ses coreligionnaires politiques à le suivre à l'Hôtel-de-Ville, ce que ceux-ci s'empressèrent de faire, sans se préoccuper nullement de leurs collègues, issus comme eux, cependant, du suffrage universel.

Arrivés au palais municipal, les citoyens députés de la Seine consommèrent leur coup d'Etat. Ils proclamèrent la République et décrétèrent la dissolution du Sénat et du Corps législatif.

Messieurs les chasseurs se sont rendu maîtres de la proie qu'ils convoitaient depuis longtemps, mais, la meute est frémissante; il faut sonner l'hallali et livrer la France à la curée.

On pourrait croire que les hommes qui en usurpant le pouvoir, se parent du titre pompeux de : «Membres du Gouvernement de la défense nationale,» se sont empressés, sitôt leur installation à l'Hôtel-de-Ville, de prendre des mesures énergiques pour la défense de Paris, objectif des armées allemandes.

On pourrait penser qu'ils se sont préoccupés de la formation de nombreux corps d'armée dans les provinces non encore envahies! Hé bien non! le 4 septembre au soir et les jours suivants le nouveau gouvernement ne s'occupa pas plus de la défense nationale que des agissements du céleste empire.

Quelle devait être l'attitude du Gouvernement de la défense, après avoir assumé, sur sa tête, la responsabilité  au salut de la patrie?

Il devait surtout, en s'inspirant de son titre, bien se pénétrer de la mission qu'il s'était donnée. Pour avoir toute la force morale nécessaire à l'accomplissement de son mandat, il devait grouper, autour de lui, tous les dévouements et accepter tous les concours de quelque part qu'ils vinssent.

Il est de toute évidence que le parti le plus sage qu'il y avait à prendre : c'était la convocation immédiate des électeurs pour nommer une Assemblée nationale qui aurait été l'expression de la France entière et qui constituée, en pouvoir régulier aurait été à même de mettre en mouvement tous les ressorts nécessaires à la défense.

Nous acceptons les faits accomplis : Le Gouvernement ne fera pas appel au Suffrage universel pour constituer un pouvoir régulier, ses membres préférant se réserver le pouvoir qu'ils ont violemment usurpé.

Le Corps législatif et le Sénat sont dissous. Mais, dans ces deux grands corps de l'Etat, il y a des hommes honnêtes qui jouissent, dans divers centres, d'une grande influence. Est-ce que le devoir du Gouvernement de la défense, n'était pas de faire appel au patriotisme de tous ces hommes en leur confiant la mission de faire vibrer la fibre nationale dans leurs départements? Qui sait, si à l'appel de ceux en qui elle avait confiance la province ne se serait pas levée spontanément!

Au lieu de suivre cette ligne de conduite pleine de logique et de sagesse, qu'ont fait les hommes du 4 septembre ? Ils se sont empressés de révoquer, indistinctement, tous les préfets et sous-préfets pour les remplacer par leurs créatures, pour la plupart notoirement incapables et qui de plus étant complètement inconnues aux populations qu'elles étaient chargées d'administrer ne pouvaient exercer sur elles aucune influence salutaire.

Et certes, à ce moment là plus que jamais, il fallait inspirer aux habitants de la province, la plus grande confiance possible, puisqu'on allait leur demander leurs enfants et leur argent.

Les Membres du Gouvernement de la défense ont eu la bonhomie de croire que les départements allaient se lever, avec un enthousiasme indescriptible, à la seule vue de l'étendard républicain. Il fallait, réellement, n'avoir aucune connaissance de ces populations, pour avoir compté, un instant, sur ce résultat.

Pour la province, quelques grands centres exceptés, le mot République était synonyme : d'arbitraire, de désordre et de cahos. Les événements qui se sont accomplis ont, du reste, prouvé qu'elle ne s'était pas trompée dans son appréciation.

Ce qu'il nous faut déplorer amèrement, c'est que Messieurs les Membres du Gouvernement de la défense nationale, aient voulu sauver, à eux seuls, le pays et surtout la République ; car nous n'hésitons pas à dire qu'ils ont mis leur République au-dessus de la France.

A côté des hommes honnêtes et considérables, dont on a eu soin de dédaigner les services, il y avait un parti dangereux par ses exagérations, sa violence, ses menaces réitérées et dont les agissements avaient mis, depuis longues années, la province en suspicion contre Paris.

Le Gouvernement de la défense redoutait un conflit avec les meneurs de ce parti ; aussi, il n'y avait pas de complaisances que l'on eut pour eux. Les quartiers habités par les nombreux soldats du désordre, furent les premiers armés, on leur distribua les meilleures armas et on donna des situations à tous leurs chefs. Avec cette manière d'agir, le jour où il faudrait mettre un terme à leurs exigences toujours croissantes; on devait s'attendre à la revendication, par la force, de ce que jusqu'alors ils avaient obtenu de bonne grâce…

 

(1)    Journée des Arts-et-Métiers 13 juin 1849.

 

ANONYNE.

A SUIVRE… 

 

 

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ÉTUDE SUR


LA SOUVERAINETÉ

LIVRE PREMIER


DES ORIGINES


DE LA SOUVERAINETÉ

CHAPITRE DEUXIEME


ORIGINE DE LA SOCIÉTÉ

 

De Maistre 17

 

 

C'est une manie étrange de l'homme de se créer des difficultés pour avoir le plaisir de les résoudre. Les mystères qui l'environnent de toute part ne lui suffisant pas, il repousse encore les idées claires, et réduit tout en problème par je ne sais quel détour de l'orgueil qui lui fait regarder comme au-dessous de lui de croire ce que tout le monde croit. Ainsi, par exemple, on a longuement disputé sur l'origine de la société ; et au lieu de la supposition toute simple qui se présente naturellement à l'esprit, on a prodigué la métaphysique pour bâtir des hypothèses aériennes réprouvées par le bon sens et par l'expérience.

Lorsqu'on met en problème les causes de l'origine de la société, on suppose manifestement qu'il a existé pour le genre humain un temps antérieur à la société ; mais c'est précisément ce qu'il faudrait prouver.
On ne niera pas sans doute que la terre en général ne soit destinée à l'habitation de l'homme ; or la multiplication de l'homme entrant dans les vues du Créateur, il s'ensuit que la nature de l'homme est d'être réuni en grandes sociétés sur toute la surface du globe : car la nature d'un être est d'exister tel que le Créateur a voulu qu'il existe. Et cette volonté est parfaitement déclarée par les faits.
L'homme isolé n'est donc point l'homme de la nature; l'espèce humaine même n'était point encore ce qu'elle devait être lorsqu'un petit nombre d'hommes était répandu sur une grande surface de terrain. Alors il n'y avait que des familles, et ces familles ainsi disséminées n'étaient encore, individuellement ou par leur réunion future, que des embryons de peuples.
Et si, longtemps après la formation des grandes sociétés, quelques peuplades perdues dans les déserts nous présentent encore les phénomènes de l'espèce humaine dans son enfance, ce sont toujours des peuples enfants, qui ne sont point encore ce qu'ils doivent être.
Que penserait-on d'un naturaliste qui dirait que l'homme est un animal de 30 à 35 pouces de long, sans force et sans intelligence, et ne poussant que des cris inarticulés? Cependant ce naturaliste, en ne donnant à la nature physique et morale de l'homme que les caractères de l'enfance, ne serait pas plus ridicule que le philosophe cherchant la nature politique de ce même être dans les rudiments de la société.
Toute question sur la nature de l'homme doit se résoudre par l'histoire. Le philosophe qui veut nous prouver, par des raisonnements à priori, ce que doit être l'homme, ne mérite pas d'être écouté : il substitue des raisons de convenance à l'expérience, et ses propres décisions à la volonté du Créateur.
Je suppose qu'on parvienne à prouver qu'un sauvage d'Amérique a plus de bonheur et moins de vices qu'un homme civilisé : pourrait-on en conclure que ce dernier est un être dégradé, ou, si l'on veut, plus loin de la nature que le premier? Point du tout. C'est précisément comme si l'on disait que la nature de l'homme individu A est de demeurer enfant, parce qu'à cette époque de la vie il est exempt des vices et des malheurs qui doivent l'assiéger dans sa virilité.
L'histoire nous montre constamment les hommes réunis en sociétés plus ou moins nombreuses, régies par différentes souverainetés. Dès qu'ils se sont multipliés jusqu'à un certain point, ils n'ont pu exister autrement.
Donc, à proprement parler, il n'y a jamais eu pour l’homme de temps antérieur à la société, parce qu'avant la formation des sociétés politiques, l'homme n'est point tout à fait homme, et qu'il est absurde de chercher les caractères d'un être quelconque dans le germe de cet être.
Donc la société n'est point l'ouvrage de l'homme, mais le résultat immédiat de la volonté du Créateur qui a voulu que l'homme fût ce qu'il a toujours et partout été.
Rousseau et tous les raisonneurs de sa trempe sa figurent ou tâchent de se figurer un peuple dans l'état de nature (c'est leur expression), délibérant en règle sur les avantages et les désavantages de l'état social et se déterminant enfin à passer de l'un à l'autre. Mais il n'y a pas l'ombre de bon sens dans cette supposition. Que faisaient ces hommes avant cette Convention nationale où ils résolurent enfin de se donner un souverain? Ils vivaient apparemment sans lois, sans gouvernement ; depuis quand?
C’est une erreur capitale de se représenter l'état social comme un état de choix fondé sur le consentement des hommes, sur une délibération et sur un contrat primitif qui est impossible. Quand on parle de l'état de nature par opposition à l’état social, on déraisonne volontairement. Le mot de nature est un de ces termes généraux dont on abuse comme de tous les termes abstraits. Ce mot, dans son acception la plus étendue, ne signifie réellement que l’ensemble de toutes les lois, de toutes les forces, de tous les ressorts qui constituent l'univers, et la nature particulière de tel ou tel être, l’ensemble des qualités qui le constituent ce qu'il est, et sans lesquelles il serait autre chose et ne pourrait pas remplir les vues de l'ouvrier. Ainsi la réunion de toutes les pièces qui composent la machine destinée à diviser le temps, forme la nature ou l'essence de la montre; et la nature ou l'essence du balancier est d'avoir telle forme, telles dimensions, tello position : autrement il ne serait plus un balancier, et ne pourrait en remplir les fonctions. La nature d'une vipère est de ramper, d'avoir une peau écailleuse, des dents creuses et mobiles qui distillent un venin mortel ; et la nature de l'homme est d'être un animal intelligent, religieux et sociable. Une expérience invariable nous l'enseigne ; et je ne vois pas qu'il y ait rien à opposer à cette expérience. Si quelqu'un entend prouver que la nature de la vipère est d'avoir des ailes et une voix mélodieuse, et que celle du castor est de vivre isolé sur le sommet des plus hautes montagnes, c'est à lui de prouver. En attendant, nous croirons que ce qui est doit être et a toujours été.
« L'ordre social », a dit Rousseau, « est un droit sacré qui sort de base à tous les autres. Cependant ce droit ne vient point de la nature il est donc fondé sur des conventions. » (Contrat social, ch. 1 er)
Qu'est-ce que la nature? Qu'est-ce qu'un droit? Et comment un ordre est-il un droit?... Mais passons sur ces difficultés : les questions ne finiraient pas avec un homme qui abuse de tous les termes et n'on définit aucun. On a droit au moins de lui demander la preuve de cette grande assertion : « L'ordre social ne vient point de la nature ». — « Je dois », dit-il lui-même, « établir ce que je viens d'avancer. » C'est en effet ce qu'il aurait fallu faire ; mais la manière dont il s'y prend est vraiment curieuse. Il emploie trois chapitres à prouver que l'ordre social ne vient ni de la société de famille, ni de la force ou de l'esclavage (chap. 2, 3, 4), et il en conclut (chap. 5) qu'il faut toujours remonter à une première convention. Cette manière de démontrer est commode ; il n'y manque que la formule majestueuse des géomètres : « ce qu'il fallait démontrer ».
Il est aussi singulier que Rousseau n'ait pas seulement essayé de prouver l'unique chose qu'il fallait prouver : car si l'ordre social vient de la nature, il n'y a point de pacte social.
« Avant que d'examiner », dit-il, « l'acte par lequel un peuple élit un roi (1), il serait bon d'examiner l'acte par lequel un peuple est un peuple : car cet acte, étant nécessairement antérieur à l'autre, est le vrai fondement de la société. » (Ibid., chap. v.)
— « C'est la manie éternelle des philosophes », dit ailleurs ce même Rousseau, « de nier ce qui est et d'expliquer ce qui n'est pas (2). » Ajoutons de notre côté. C'est la manie éternelle de Rousseau de se moquer des philosophes (3), sans se douter qu'il était aussi un philosophe dans toute la force du sens qu'il attribuait à ce mot : ainsi par exemple le Contrat social nie d'un bout à l'autre la nature de l'homme, qui est, — pour expliquer le pacte social, qui n'existe pas.
C'est ainsi qu'on raisonne quand on sépare l'homme de la Divinité. Au lieu de se fatiguer pour ne trouver que l'erreur, il en coûterait peu de tourner les yeux vers la source des êtres ; mais une manière de philosopher si simple, si sûre et si consolante n'est pas du goût dos écrivains de ce malheureux siècle dont la véritable maladie est l'horreur du bon sens.
Ne dirait-on pas que l'homme, cette propriété de la Divinité (4), est jeté sur la terre par une cause aveugle ; qu'il pouvait être ceci ou cela, et que c'est par un effet de son choix qu'il est ce qu'il est? Certainement, Dieu en créant l'homme se proposait une fin quelconque : la question se réduit donc à savoir si l'homme est devenu animal politique, comme disait Aristote, par ou contre la volonté divine. Quoique cette question énoncée ouvertement soit un véritable trait de folie, elle est faite cependant d'une manière indirecte, dans une foule d'écrits dont les autours décident même assez souvent pour la négative. Le mot de nature a fait prononcer une foule d'erreurs. Répétons que la nature d'un être n'est que l'assemblage des qualités attribuées à cet être par le Créateur. M. Burke a dit, avec une profondeur qu'il est impossible d'admirer assez que l'art est la nature de l'homme : oui, sans doute, l'homme avec toutes ses affections, toutes ses connaissances, tous ses arts, est véritablement l'homme de la nature, et la toile du tisserand est aussi naturelle que celle de l'araignée.
L'état de nature pour l'homme est donc d'être ce qu'il est aujourd'hui et ce qu'il a toujours été, c'est-à-dire sociable : toutes les annales de l'univers établissent cette vérité. Parce qu'on a trouvé dans les forêts de l'Amérique, pays nouveau sur lequel on n'a pas encore tout dit, des hordes vagabondes que nous appelons sauvages, il ne s'ensuit pas que l'homme ne soit naturellement sociable : le sauvage est une exception et par conséquent ne prouve rien ; il est déchu de l’état naturel, ou il n'y est point encore arrivé. Et remarquez bien que le sauvage même ne forme pas une exception à proprement parler : car cette espèce d'hommes vit en société et connaît la souveraineté tout comme nous. Sa Majesté le Cacique est couverte d'une peau de castor graisseuse, au lieu d'une pelisse de renard de Sibérie ; il mange royalement son ennemi prisonnier, au lieu de le renvoyer sur sa parole, comme dans notre Europe dégradée. Mais, enfin, il y a parmi les sauvages une société, une souveraineté, un gouvernement et des lois quelconques. Quant aux histoires vraies on fausses d'individus humains trouvés dans les bois et vivant absolument comme des animaux, on est dispensé, sans doute, d'examiner des théories fondées sur ces sortes de faits ou de contes.


(1) Pourquoi un roi? Il fallait dire un souverain.
(2) Nouvelle Héloïse, t. IV.
(3) Voir dans l’Emile, t. III, le portrait d'une vérité si frappante que Rousseau fait de ces Messieurs. Il oublie seulement d'ajouter : Et quorum pars magna fui.
(4) Cette belle expression de Platon. (Voir le Phédon.)

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ÉTUDE  SUR


LA SOUVERAINETÉ

LIVRE PREMIER


DES ORIGINES

 

DE LA SOUVERAINETÉ

CHAPITRE PREMIER


DE LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE (1)
Non illi imperium. Virg.

 

De Maistre 17

 

Le peuple est souverain, dit-on ; et de qui ?— De lui-même apparemment. Le peuple est donc sujet.
Il y a sûrement ici quelque équivoque s'il n'y a pas une erreur, car le peuple qui commande n'est pas le peuple qui obéit. Il suffit donc d'énoncer la proposition générale  « Le peuple est souverain », pour sentir qu'elle a besoin d'un commentaire.
Ce commentaire ne se fera pas attendre, du moins dans le système français. Le peuple, dira-t-on, exerce sa souveraineté par le moyen de ses Représentants.
Cela commence à s'entendre. Le peuple est un souverain qui ne peut exercer la souveraineté. Seulement chaque individu mâle de ce peuple a le droit de commander à son tour pendant un certain temps : par exemple, si l'on suppose 25 millions d'hommes en France et 700 députés éligibles chaque deux ans, on comprend que si ces 25 millions d'hommes étaient immortels, et que les députés fussent nommés par tour, chaque Français se trouverait roi périodiquement chaque trois mille cinq cents ans environ.
Mais comme, dans cet espace de temps, on ne laisse pas que de mourir de temps en temps, et que d'ailleurs les électeurs sont maîtres de choisir comme il leur plaît, l'imagination est effrayée du nombre épouvantable de rois condamnés à mourir sans avoir régné.
Mais puisqu'il faut examiner plus sérieusement cette question, observons d'abord que, sur ce point comme sur tant d'autres, il pourrait bien se faire qu'on ne se fût pas entendu. Commençons donc à bien poser la question.
On a disputé avec chaleur pour savoir si la souveraineté venait de Dieu ou des hommes ; mais je ne sais si l'on a observé que les deux propositions peuvent être vraies.
Il est très vrai, dans un sens inférieur et grossier, que la souveraineté est fondée sur le consentement humain : car si un peuple quelconque s'accordait tout à coup pour ne pas obéir, la souveraineté disparaîtrait, et il est impossible d'imaginer rétablissement d'une souveraineté sans imaginer un peuple qui consent à obéir. Si donc les adversaires de l'origine divine de la souveraineté ne veulent dire que cela, ils ont raison, et il serait fort inutile de disputer. Dieu n'ayant pas jugé à propos d'employer des instruments surnaturels pour l'établissement des empires, il est sûr que tout a dû se faire par des hommes. Mais dire que la souveraineté ne vient pas de Dieu parce qu'il se sert des hommes pour, l'établir, c'est dire qu'il n'est pas le créateur de l'homme parce que nous avons tous un père et une mère.
Tous les théistes (2) de l'univers conviendront sans doute que celui qui viole les lois s'oppose à la volonté divine et se rend coupable devant Dieu quoiqu'il ne viole que des ordonnances humaines, car c'est Dieu qui a créé l'homme sociable ; et puisqu'il a voulu la société, il a voulu aussi la souveraineté et les lois sans lesquelles il n'y a point de société.
Les lois viennent donc de Dieu dans le sens qu'il veut qu'il y ait des lois et qu'on leur obéisse ; et cependant ces lois viennent aussi dos hommes puisqu'elles sont faites par des hommes.
De même la souveraineté vient de Dieu, puisqu'il est l'autour de tout, excepté du mal, et qu'il est en particulier l'auteur de la société qui ne peut subsister sans la souveraineté.
Et cependant cette même souveraineté vient aussi des hommes dans un certain sens, c'est-à-dire en tant que tel ou tel mode de gouvernement est établi et déclaré par le consentement humain.
Les partisans de l'autorité divine ne peuvent donc nier que la volonté humaine ne joue un rôle quelconque dans l'établissement des gouvernements ; et les partisans du système contraire ne peuvent nier à leur tour que Dieu ne soit, par excellence et d'une manière éminente, l'auteur de ces mêmes gouvernements.
Il paraît donc que ces deux propositions : la souveraineté vient de Dieu, et la souveraineté vient des hommes, ne se contredisent pas absolument ; pas plus que ces deux autres : les lois viennent de Dieu, et les lois viennent des hommes.
Il suffit donc de s'entendre, de mettre les idées à leur place, et de ne les point confondre. Avec ces précautions nous sommes sûrs de ne pas nous égarer, et il semble qu'on doit écouter avec faveur l'écrivain qui dit : « Je ne viens point pour vous dire que la souveraineté vient de Dieu ou des hommes ; examinons seulement ensemble ce qu'il y a de divin et ce qu'il y a d'humain dans la souveraineté. »


(1) Le manuscrit de cette étude porte les dates de Lausanne, 1794,1795,1796. (Note de l'éditeur.)— Cet ouvrage a été écrit à la hâte et jamais relu. Quelques morceaux ont passé dans d'autres écrits. Saint-Pétersbourg, 16 (28)janvier 1815.(Note de l'auteur.)
(2) Quoique ce mot dans son acception primitive soit synonyme de celui de déiste, l'usage cependant en a fait l'opposé d'athée, et c'est dans ce sens que je l'emploie. C'est un mot nécessaire, celui de déiste excluant la croyance de toute révélation.

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CHAPITRE III.
2ième EXTRAIT.

 

De Maistre 17

 

DE LA DESTRUCTION VIOLENTE

DE L'ESPÈCE HUMAINE.

 

 

 

Si l'on avoit, des tables de massacres comme on a des tables météorologiques, qui sait si l'on n'en découvriroit point la loi au bout de quelques siècles d'observation (1) ? Buffon a fort bien prouvé qu'une grande partie des animaux est destinée à mourir de mort violente.
Il auroit pu, suivant les apparences, étendre sa démonstration à l'homme; mais on peut s'en rapporter aux faits.
Il y a lieu de douter, au reste, que cette destruction violente soit en général un aussi grand mal qu'on le croit : du moins, c'est un de ces maux qui entrent dans un ordre de choses où tout est violent et contre nature, et qui produisent des compensations. D'abord, lorsque l'ame humaine a perdu son ressort par la mollesse, l'incrédulité et les vices gangreneux qui suivent l'excès de la civilisation, elle ne peut être retrempée que dans le sang.
Il n'est pas aisé, à beaucoup près, d'expliquer pourquoi la guerre produit des effets différens, suivant les différentes circonstances. Ce qu'on, voit assez clairement, c'est que le genre humain peut être considéré comme un arbre qu'une main invisible taille sans relâche, et qui gagne souvent à cette opération. A la vérité, si l'on touche le tronc, ou si l'on coupe en tête de saule, l'arbre peut périr: mais qui connoît les limites pour l'arbre humain? Ce que nous savons, c'est que l'extrême carnage s'allie souvent avec l'extrême population, comme on l'a vu surtout dans les anciennes républiques grecques, et en Espagne sous la domination des Arabes (2). Les lieux communs sur la guerre ne signifient rien : il ne faut pas être fort habile pour savoir que plus on tue d'hommes, et moins il en reste dans le moment; comme il est vrai que plus on coupe de branches, et moins il en reste sur l'arbre; mais ce sont les suites de l'opération qu'il faut considérer. Or, en suivant toujours la même comparaison, on peut observer que le jardinier habile dirige moins la taille à la végétation absolue, qu'à la fructification de l'arbre: ce sont des fruits, et non du bois et des feuilles, qu'il demande à la plante. Or, les véritables fruits de la nature humaine, les arts, les sciences, les grandes entreprises, les hautes conceptions, les vertus mâles, tiennent surtout à l'état de guerre. On sait que les nations ne parviennent jamais au plus haut point de grandeur dont elles sont susceptibles, qu'après de longues et sanglantes guerres. Ainsi le point rayonnant pour les Grecs, fut l'époque terrible de la guerre du Péloponèse ; le siècle d'Auguste suivit immédiatement la guerre civile et les proscriptions ; le génie français fut dégrossi par la Ligue et poli par la Fronde : tous les grands hommes du siècle de la reine Anne naquirent au milieu des commotions politiques. En un mot, on diroit que le sang est l'engrais de cette plante qu'on appelle génie.
Je ne sais si l'on se comprend bien, lorsqu'on dit que les arts sont amis de la paix. Il faudroit au moins s'expliquer et circonscrire la proposition ; car je ne vois rien de moins pacifique que les siècles d'Alexandre et de Périclès, d'Auguste, de Léon X et de François Ier, de Louis XIV et de la reine Anne.
Seroit-il possible que l'effusion du sang humain n'eût pas une grande cause et de grands effets ? Qu'on y réfléchisse : l'histoire et la fable, les découvertes de la physiologie moderne, et les traditions antiques, se réunissent pour fournir des matériaux à ces méditations.
Il ne seroit pas plus honteux de tâtonner sur ce point que sur mille autres plus étrangers à l'homme.
Tonnons cependant contre la guerre, et tâchons d'en dégoûter les souverains ; mais ne donnons pas dans les rêves de Condorcet, de ce philosophe si cher à la révolution, qui employa sa vie à préparer le malheur de la perfection présente, léguant bénignement la génération à nos neveux. Il n'y a qu'un moyen de comprimer les fléaux de la guerre, c'est de comprimer les désordres qui amènent cette terrible purification.
Dans la tragédie grecque d'Oreste, Hélène, l'un des personnages de la pièce, est soustraite par les dieux au juste ressentiment des Grecs, et placée dans le ciel à côté de ses deux frères, pour être avec eux un signe de salut aux navigateurs.
Apollon paroît pour justifier cette étrange apothéose (3) : La beauté d'Hélène, dit-il, ne fut qu'un instrument dont les Dieux se servirent pour mettre aux prises les Grecs et les Troyens, et faire couler leur sang, afin d'étancher sur la terre l'iniquité des hommes devenus trop nombreux (4)  .
Apollon parloit fort bien : ce sont les hommes qui assemblent les nuages, et ils se plaignent ensuite des tempêtes.


C'est le courroux des rois qui fait armer la terre ;
C'est le courroux des cieux qui fait armer les rois.


Je sens bien que, dans toutes ces considérations, nous sommes continuellement assaillis par le tableau si fatigant des innocens qui périssent avec les coupables. Mais, sans nous enfoncer dans cette question qui tient à tout ce qu'il y de plus profond, on peut la considérer seulement dans son rapport avec le dogme universel, et aussi ancien que le monde, de la réversibilité des douleurs de l'innocence au profit des coupables.
Ce fut de ce dogme, ce me semble, que les anciens dérivèrent l'usage des sacrifices qu'ils pratiquèrent dans tout l'univers, et qu'ils jugeoient utiles non-seulement aux vivans, mais encore aux morts (5) : usage typique que l'habitude nous fait envisager sans étonnement, mais dont il n'est pas moins difficile d'atteindre la racine.
Les dévouemens, si fameux dans l'antiquité, tenoient encore au même dogme. Décius avoit la foi que le sacrifice de sa vie seroit accepté par la Divinité, et qu'il pouvoit faire équilibre à tous les maux qui menaçoient sa patrie (6) .
Le christianisme est venu consacrer ce dogme, qui est infiniment naturel à l'homme, quoiqu'il paroisse difficile d'y arriver par le raisonnement.
Ainsi, il peut y avoir eu dans le coeur de Louis XVI, dans celui de la céleste Elisabeth, tel mouvement, telle acceptation, capable de sauver la France.
On demande quelquefois à quoi servent ces austérités terribles, pratiquées par certains ordres religieux, et qui sont aussi des dévouemens ; autant vaudroit précisément demander à quoi sert le christianisme, puisqu'il repose tout entier sur ce même dogme agrandi de l'innocence payant pour le crime.
L'autorité qui approuve ces ordres, choisit quelques hommes, et les isole du monde pour en faire des conducteurs.
Il n'y a que violence dans l'univers ; mais nous sommes gâtés par la philosophie moderne, qui a dit que tout est bien, tandis que le mal a tout souillé, et que, dans un sens très-vrai, tout est mal, puisque rien n'est à sa place. La note tonique du système de notre création ayant baissé, toutes les autres ont baissé proportionnellement, suivant les règles de l'harmonie. Tous les êtres gémissent (7) et tendent, avec effort et douleur, vers un autre ordre de choses.
Les spectateurs des grandes calamités humaines sont conduits surtout à ces tristes méditations ; mais gardons-nous de perdre courage : il n'y a point de châtiment qui ne purifie ; il n'y a point de désordre que l'AMOUR ÉTERNEL ne tourne contre le principe du mal.
Il est doux, au milieu du renversement général, de pressentir les plans de la Divinité.
Le système de la Palingénésie de Charles Bonnet a quelques points de contact avec ce texte de St Paul mais cette idée ne l'a pas conduit à celle d'une dégradation antérieure : elles s'accordent cependant fort bien.
Jamais nous ne verrons tout pendant notre voyage, et souvent nous nous tromperons; mais dans toutes les sciences possibles, excepté les sciences exactes, ne sommes-nous pas réduits à conjecturer? Et si nos conjectures sont plausibles; si elles ont pour elles l'analogie ; si elles s'appuient sur des idées universelles ; si surtout elles sont consolantes et propres à nous rendre meilleurs, que leur manque-t-il? Si elles ne sont pas vraies, elles sont bonnes ; ou plutôt, puisqu'elles sont bonnes, ne sont-elles pas vraies ?
Après avoir envisagé la révolution française sous un point de vue purement moral, je tournerai mes conjectures sur la politique, sans oublier cependant l'objet principal de mon ouvrage.


(1) Il conteste, par exemple, du rapport fait par le chirurgien en chef des armées de S. M. I., que sur 250,000 hommes employés par l'empereur Joseph II contre les Turcs, depuis le 1.er juin 1788 y jusqu'au 1.er mai 1789, il en étoit péri 33,543 par les maladies, et 80,000 par le fer ( Gazette nationale et étrangère de 1790 , N.° 34 ). Et l'on voit, par un calcul approximatif fait en Allemagne, que la guerre actuelle avoit déjà coûté, au mois d'octobre 1795, un million d'hommes à la France, et 500,000 aux puissances coalisées (Extrait d'un ouvrage périodique allemand, dans le Courrier de Francfort, du 28 octobre 1795, N.° 296).

(2) L'Espagne, à cette époque, a contenu jusqu'à quarante millions d'bahitans ; aujourd'hui elle n'en a que dix.—Autrefois la Grèce florissoit au sein des plus cruelles guerres , le sang y couloit à flots , et tout le pays étoit couvert d'hommes. Il semblait, dit Machiavel, qu'au milieu des meurtres, des proscriptions, des guerres civiles, notre république en devînt plus puissante, etc. (Rousseau, Contr. Soc., liv. 3, chap. 10).

(3)Dignus vindice nobis. Hor. A. P. 191.

(4) Eurip. Orest. v. 1655 —58.

(5) Ils sacrifioient, au pied de la lettre, pour le repos des âmes ; et ces sacrifices, dit Platon, sont d'une grande efficace, à ce que disent des villes entières, et les poètes enfans des dieux, et les prophètes inspirés par les dieux. Plato, De Rep., lib. II.

(6) Piaculum omnis deorum irae omnes… minas periculaque ab diis, superis inferisque in se unum vertit. (Tit. Liv., lib. VIII, 9 et 10. )

(7) Saint Paul aux Rom. VIII, 22 et suiv.

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CHAPITRE III.
1er EXTRAIT.


De Maistre 17
DE LA DESTRUCTION VIOLENTE

DE L'ESPÈCE HUMAINE.

 

 

Il n'avoit malheureusement pas si tort ce roi de Dahomey, dans l'intérieur de l'Afrique, qui disoit il n'y a pas long-temps à un Anglais : Dieu a fait ce monde pour la guerre ; tous les royaumes, grands et petits, l'ont pratiquée dans tous les temps, quoique sur des principes différens(6).
L'histoire prouve malheureusement que la guerre est l'état habituel du genre humain dans un certain sens, c'est-à-dire que le sang humain doit couler sans interruption sur le globe, ici ou là ; et que la paix, pour chaque nation, n'est qu'un répit.
On cite la clôture du temple de Janus sous Auguste; on cite une année du règne guerrier de Charlemagne (l'année 790) où il ne fit pas la guerre (7) . On cite une courte époque après la paix de Riswick, en 1697, et une autre tout aussi courte après celle de Carlowitz,
en 1699, où il n'y eut point de guerre, non-seulement dans toute l'Europe, mais même dans tout le monde connu.
Mais ces époques ne sont que des monumens. D'ailleurs, qui peut savoir ce qui se passe sur le globe entier à telle ou telle époque ?
Le siècle qui finit commença, pour la France, par une, guerre cruelle, qui ne fut terminée qu'en. 1714 par le traité de Rastadt. En 1719, la France déclara la guerre à l'Espagne ; le traité de Paris y mit fin en 1727. L'élection du roi de Pologne ralluma la guerre en 1733, la paix se fit en 1736. Quatre ans après, la guerre terrible de la succession autrichienne s'alluma, et dura sans interruption jusqu'en 1748. Huit années de paix çommençoient à cicatriser les plaies de huit années de guerre, lorsque l'ambition de l'Angleterre força la France à prendre les armes. La guerre de sept ans n'est que trop connue. Après quinze ans de repos, la révolution d'Amérique entraîna de nouveau la France dans une guerre dont toute la sagesse humaine ne pouvoit prévoir les conséquences. On signe la paix en 1782 ; sept ans après, la révolution commence ; elle dure encore; et peut-être que dans ce moment elle a coûté trois millions d'hommes à la France.
Ainsi, à ne considérer que la France, voilà quarante ans de guerre sur quatre-vingt-seize.
Si d'autres nations ont été plus heureuses, d'autres l'ont été beaucoup moins. Mais ce n'est point assez de considérer un point du temps et un point du globe ; il faut porter un coup d'oeil rapide sur cette longue suite de massacres qui souille toutes les pages de l'histoire. On verra la guerre sévir sans interruption, comme une fièvre continue marquée par d'effroyables redoublemens. Je prie le lecteur de suivre ce tableau depuis le déclin de la république romaine.
Marius extermine, dans une bataille, deux cent mille Cimbres et Teutons. Mithridate fait égorger quatre-vingt mille Romains: Sylla lui tue quatre-vingt-dix mille hommes dans un combat livré en Béotie, où il en perd lui-même dix mille. Bientôt on voit les guerres civiles et les proscriptions. César a lui seul fait mourir un million d'hommes sur le champ de bataille (avant lui Alexandre avoit eu ce funeste honneur) : Auguste ferme un instant le temple de Janus ; mais il l'ouvre pour des siècles, en établissant un empire électif. Quelques bons princes laissent respirer l'état, mais la guerre ne cesse jamais, et sous l'empire du bon Titus, six cent mille hommes périssent au siège de Jérusalem. La destruction des hommes opérée par les armes des Romains est vraiment  effrayante (8). Le Bas-Empire ne présente qu'une suite de massacres. A commencer par Constantin, quelles guerres et quelles batailles ?
Licinius perd vingt mille hommes à Cibalis, trente-quatre mille à Andrinople, et cent mille à Chrysopolis. Les nations du nord commencent à s'ébranler. Les Francs, les Goths, les Huns, les Lombards, les Alains, les Vandales, etc. attaquent l'empire et le déchirent successivement. Attila met l'Europe à feu et à sang. Les Français lui tuent plus de deux cent mille hommes près de Châlons ; et les Goths, l'année suivante, lui font subir une
perte encore plus considérable. En moins d'un siècle, Rome est prise et saccagée trois fois ; et dans une sédition qui s'élève à Constantinople, quarante mille personnes sont égorgées.
Les Goths s'emparent de Milan ; et y tuent trois cent mille habitans. Totila fait massacrer tous les habitans de Tivoli, et quatre-vingt-dix mille hommes au sac de Rome. Mahomet paroît; le glaive et l'alcoran parcourut les deux tiers du globe. Les Sarrasins courent de l'Euphrate au Guadalquivir.
Ils détruisent de fond en comble l'immense ville de Syracuse ; ils perdent trente mille hommes près de Constantinople, dans un seul combat naval, et Pelage leur en tue vingt mille dans une bataille de terre. Ces pertes n'étoient rien pour les Sarrasins ; mais le torrent rencontre le génie des Francs dans les plaines de Tours, où le fils du premier Pépin, au milieu de trois cent mille cadavres, attache à son nom l'épithète terrible qui le distingue encore. L'islamisme porté en Espagne, y trouve un rival indomptable. Jamais peut-être on ne vit plus de gloire, plus de grandeur et plus de carnage. La lutte des Chrétiens et des Mulsulmans, en Espagne, est un combat de huit cents ans. Plusieurs expéditions, et même plusieurs batailles y coûtent vingt, trente, quarante et jusqu'à quatre-vingt mille vies.
Charlemagne monte sur Je trône, et combat pendant un demi-siècle. Chaque année il décrète sur quelle partie de l'Europe il doit envoyer la mort. Présent partout et partout vainqueur, il écrase des nations de fer comme César écrasoit les hommes-femmes de l'Asie.
Les Normands pommencent cette longue suite de ravages et de cruautés qui nous font encore frémir. L'immense, héritage de Charlemagne
est déchiré : l'ambition le couvre de sang, et le nom des Francs disparoît à la bataille de Fontenay. L'Italie entière est saccagée par les Sarrasins, tandis que les Normands, les Danois et les Hongrois ravageoient la France, la Hollande, l'Angleterre, l'Allemagne, et la Grèce. Les nations, barbares s'établissent enfin et s'apprivoisent. Cette veine ne donne plus de sang; une autre s'ouvre à l'instant : les croisades commençent, L'Europe entière se précipite sur l'Asie ; on ne compte plus que par myriades, le nombre des victimes.
Gengis-Kan et ses fils subjuguent et ravagent le globe, depuis la Chine jusqu'à la Bohême.
Les Français, qui s'étoient croisés contre les musulmans, se croisent contre les hérétiques ; guerre cruelle des albigeois. Bataille de Bouvines, où trente mille hommes perdent la vie. Cinq ans après, quatre-vingt mille Sarrasins périssent au siége de Damiette. Les Guelphes et les Gibelins commencent cette lutte qui devoit ensanglanter si long-temps l'Italie. Le flambeau des guerres civiles s'allume en Angleterre. Vêpres siciliennes. Sous les règnes d'Edouard et de Philippe de Valois, la France et l'Angleterre se heurtent plus violemment que jamais, et créent une nouvelle ère de carnage. Massacre des Juifs ; bataille de Poitiers; bataille de Nicopolis : le vainqueur tombe sous les coups de Tamerlan, qui répète Gengis-Kan. Le duc de Bourgogne fait assassiner le duc d'Orléans, et commence la sanglante rivalité des deux familles. Bataille d'Azincourt. Les Hussites mettent à feu et à sang une grande ; partie de l'Allemagne.
Mahomet II règne et combat trente ans. L'Angleterre, repoussée dans ses limites, se déchire de ses propres mains. Les maisons d'Yorck et de Lancastre. la baignent dans le sang. L'héritière de Bourgogne porte ses états dans la maison d'Autriche; et dans ce contrat de mariage il est écrit que les hommes s'égorgeront pendant trois siècles, de la Baltique à la Méditerranée. Découverte du Nouveau-Monde : c'est l'arrêt de mort de trois millions d'Indiens. Charles V et François Ier paroissent sur le théâtre du monde : chaque page de leur histoire est rouge de sang humain. Règne de Soliman. Bataille de Mohatz. Siégé de Vienne, siège de Malte, etc. Mais c'est de l'ombre d'un cloître que sort un des plus grands fléaux du genre humain. Luther paroît ; Calvin le suit. Guerre des paysans ; guerre de trente ans ; guerre civile de France ; massacre des Pays-Bas; massacre d'Irlande ; massacre des Cévennes ; journée de la saint Barthélemi ; meurtre de Henri III, de Henri IV, de Marie Stuart, de Charles I.er ; et de nos jours enfin la révolution française qui part de la même source.
Je.ne pousserai pas plus loin cet épouvantable tableau : notre siècle et celui qui l'a précédé sont trop connus. Qu'on remonte jusqu'au berceau des nations ; qu'on descende jusqu'à nos jours ; qu'on examine les peuples dans toutes les positions possibles, depuis l'état de barbarie jusqu'à celui de civilisation la plus raffinée ; toujours on trouvera la guerre.
Par cette cause, qui est la principale, et par toutes celles qui s'y joignent, l'effusion du sang humain n'est jamais suspendue dans l'univers : tantôt elle est moins forte sur une plus grande surface, et tantôt plus abondante sur une surface moins étendue; en sorte qu'elle est à peu près constante. Mais de temps en temps il arrive des évènemens extraordinaires qui l'augmentent prodigieusement, comme les guerres puniques, les triumvirats, les victoires de César, l'irruption des barbares, les croisades, les guerres de religion, la succession d'Espagne, la révolution française, etc…



  (6) The history of Dahomey, by Archibald Dalzel, Biblioth. Britan. Mai 1796, vol. II, n.° 1 p. 87.
  (7) Histoire de Charlemagne, par M. Gaillard, t. II, liv. I, chap. V.

  (8)  Montesquieu, Esprit des Lois , liv. XXIII, chap. XIX.

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CHAPITRE II.

2ième EXTRAIT.

 

De Maistre 17

 

CONJECTURES SUR LES VOIES DE LA PROVIDENCE DANS

LA RÉVOLUTIONFRANÇAISE.

 

…Le Roi n'a jamais eu d'allié; et c'est un fait assez évident, pour qu'il n'y ait aucune imprudence à l'énoncer, que la coalition en vouloit à l'intégrité de la France. Or, comment résister à la coalition? Par quel moyen surnaturel briser l'effort de l'Europe conjurée?

Le génie infernal de Robespierre pouvoit seul opérer ce prodige. Le gouvernement révolutionnaire endurcissoit l'âme des Français, en la trempant dans le sang ; il exaspéroit l'esprit des soldats , et doubloit leurs forces par un désespoir féroce et un mépris de la vie, qui tenoient de la rage. L'horreur des échafauds poussant le citoyen aux frontières, alimentoit la force extérieure, à mesure qu'elle anéantissoit jusqu'à la moindre résistance dans l'intérieur. Toutes les vies, toutes les richesses, tous les pouvoirs étoient dans les mains du pouvoir révolutionnaire ; et ce monstre de puissance, ivre de sang et de succès, phénomène épouvantable qu'on n'avoit jamais vu, et que sans doute on ne reverra jamais, étoit tout à la fois un châtiment épouvantable pour les Français, et le seul moyen de sauver la France.

Que demandoient les royalistes, lorsqu'ils demandoient une contre-révolution telle qu'ils l'imaginoient, c'est-à-dire faite brusquement et par la force ? Ils demandoient la conquête de la France ; ils demandoient donc sa division, l'anéantissement de son influence et l'avilissement de son Roi, c'est-à-dire des massacres de trois siècles peut-être, suite infaillible d'une telle rupture d'équilibre. Mais nos neveux, qui s'embarrasseront très-peu de nos souffrances, et qui danseront sur nos tombeaux, riront de notre ignorance actuelle; ils se consoleront aisément des excès que nous avons vus, et qui auront conservé l'intégrité du plus beau royaume après celui du Ciel[1].

Tous les monstres que la révolution a enfantés, n'ont travaillé, suivant les apparences, que pour la royauté. Par eux, l'éclat des victoires a forcé l'admiration de l'univers, et environné le nom français d'une gloire dont les crimes de la révolution n'ont pu le dépouiller entièrement ; par eux, le Roi remontera sur le trône avec tout son éclat et toute sa puissance, peut-être même avec un surcroît de puissance. Et qui sait si, au lieu d'offrir misérablement quelques-unes de Ses provinces pour obtenir le droit de régner, sur les autres, il n'en rendra peut-être pas, avec la fierté du pouvoir, qui donne ce qu'il peut retenir? Certainement on a vu arriver des choses moins probables.

Cette même idée que tout se fait pour l'avantage de la monarchie française, me persuade que toute révolution royaliste est impossible avant la paix ; car le rétablissement de la royauté détendroit subitement tous les ressorts de l'état. La magie noire qui opère dans ce moment, disparoîtroit comme un brouillard devant le soleil. La bonté, la clémence, la justice, toutes les vertus douces et paisibles reparoîtroient tout à coup, et ramèneroient avec elles une certaine douceur générale dans les caractères, une certaine alégresse entièrement opposée à la sombre rigueur; du pouvoir révolutionnaire. Plus, de réquisitions, plus de vols palliés, plus de violences.

Les généraux, précédés du drapeau blanc, appelleroient-ils, révoltés les habitans des pays envahis, qui se défendroient légitimement ? et leur enjoindroient-ils de ne pas remuer, sous peine d'être fusillés comme rebelles?

Ces horreurs, très-utiles au Roi futur, ne pourroient cependant être employées par lui ; il n'auroit donc que des moyens humains.

Il seroit au pair avec ses ennemis; et qu'arriveroit-il dans ce moment de suspension qui accompagne nécessairement le passage d'un gouvernement à l'autre ? Je n'en sais rien. Je sens bien que les grandes conquêtes des Français semblent mettre l'intégrité du royaume à l'abri ( je crois même toucher ici la raison de ces conquêtes). Cependant il paroît toujours plus avantageux à la France et à la monarchie, que la paix, et une paix glorieuse pour les Français, se fasse par la république, et qu'au moment où le Roi remontera sur son trône, une paix profonde écarte de lui toute espèce de danger.

D'un autre côté, il est visible qu'une révolution brusque, loin de guérir le peuple, auroit confirmé ses erreurs ; qu'il n'auroit jamais pardonné au pouvoir qui lui auroit arraché ses chimères. Comme c'étoit du peuple proprement dit, ou de la multitude, que les factieux avoient besoin pour bouleverser la France, il est clair qu'en général, ils dévoient l'épargner, et que les grandes vexations dévoient tomber d'abord sur la classe aisée. Il falloit donc que le pouvoir usurpateur pesât long-temps sur le peuple pour l'en dégoûter.

Il n'avoit vu que la révolution : il falloit qu'il en sentît, qu'il en savourât, pour ainsi dire, les amères conséquences. Peut-être, au moment où j'écris, ce n'est point encore assez.

La réaction, d'ailleurs, devant être égale à l'action, ne vous pressez pas, hommes impatiens, et songez que la longueur même des maux vous annonce une contre-révolution dont vous n'avez pas d'idée. Calmez vos ressentimens, surtout ne vous plaignez pas des Rois, et ne demandez pas d'autres miracles que ceux que vous voyez. Quoi ! vous prétendez que des puissances étrangères combattent philosophiquement pour relever le trône de France, et sans aucun espoir d'indemnité ?

Mais vous voulez donc que l'homme ne soit pas homme : vous demandez l'impossible. Vous consentiriez, direz-vous peut-être, au démembrement de la France pour ramener l'ordre : mais savez-vous ce que c'est que l'ordre ? C'est ce qu'on verra dans dix ans, peut-être plus tôt, peut-être plus tard, De qui tenez-vous, d'ailleurs, le droit de stipuler pour le Roi, pour la monarchie française et pour votre postérité?

Lorsque d'aveugles factieux décrètent l'indivisibilité de la république, ne voyez que la Providence qui décrète celle du royaume.

Jetons maintenant un coup d'oeil sur la persécution inouïe, excitée contre le culte national et ses ministres : c'est une des faces les plus intéressantes de la révolution.

On ne sauroit nier que le sacerdoce, en France, n'eût besoin d'être régénéré; et quoique je sois fort loin d'adopter les déclamations vulgaires sur le clergé, il ne me paroît pas moins incontestable que les richesses, le luxe et la pente générale des esprits vers le relâchement, avoient fait décliner ce grand corps ;  qu'il étoit possible souvent de trouver sous le capail un chevalier au lieu d'un apôtre ; et qu'enfin , dans les temps qui précédèrent immédiatement la révolution , le clergé étoit descendu, à peu près autant que l'armée, de la place qu'il avoit occupée dans l'opinion générale.

Le premier coup porté à l'église fut l'envahissement de ses propriétés ; le second fut le serment constitutionnel ; et ces deux opérations tyranniques commencèrent la régénération.

Le serment cribla les prêtres, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Tout ce qui l'a prêté, à quelques exceptions près, dont il est permis de ne pas s'occuper, s'est vu conduit par degrés dans l'abîme du crime et de l'opprobre : l'opinion n'a qu'une voix sur ces apostats.

Les prêtres, fidèles, recommandés à cette même opinion par un premier acte de fermeté, s'illustrèrent encore davantage par l'intrépidité avec laquelle ils surent braver les souffrances et la mort même pour la défense de leur foi. Le massacre des Carmes est comparable à tout ce que l'histoire ecclésiastique offre de plus beau dans ce genre.

La tyrannie qui les chassa de leur patrie par milliers, contre toute justice et toute pudeur, fut sans doute ce qu'on peut imaginer de plus révoltant ; mais sur ce point, comme sur tous les autres, les crimes des tyrans de la France devenoient les instrumens de la Providence.

Il falloit probablement que les prêtres français fussent montrés aux nations étrangères ; ils ont vécu parmi des nations protestantes, et ce rapprochement a beaucoup diminué les haines et les préjugés. L'émigration considérable du clergé, et particulièrement des évêques français, en Angleterre, me paroît surtout une époque remarquable. Sûrement, on aura prononcé des paroles de paix! sûrement, on aura formé des projets de rapprochemens pendant cette réunion extraordinaire !

Quand on n'auroit fait que désirer ensemble, ce seroit beaucoup. Si jamais les chrétiens se rapprochent, comme tout les y invite, il semble que la motion doit partir de l'église d'Angleterre. Le presbytérianisme fut une œuvre française, et par conséquent une œuvre exagérée. Nous sommes trop éloignés des sectateurs d'un culte trop peu substantiel ; il n'y a pas moyen de nous entendre. Mais l'église anglicane, qui nous touche d'une main, touche de l'autre ceux que nous ne pouvons toucher ; et quoique, sous un certain point de vue, elle soit en butte aux coups des deux partis, et qu'elle présente le spectacle un peu ridicule d'un révolté qui prêche l'obéissance, cependant elle est très-précieuse sous d'autres aspects, et peut être considérée comme un de ces intermèdes chimiques , capables de rapprocher les élémens inassociables de leur nature.

Les biens du clergé étant dissipés, aucun motif méprisable ne peut de long-temps lui donner de nouveaux membres ; en sorte que toutes les circonstances concourent à relever ce corps. Il y a lieu de croire, d'ailleurs, que la contemplation de l'oeuvre dont il paroît chargé, lui donnera ce degré d'exaltation qui élève l'homme au dessus de lui-même, et le met en état de produire de grandes choses.

Joignez à ces circonstances la fermentation des esprits en certaines contrées de l'Europe, les idées exaltées de quelques hommes remarquables, et cette espèce d'inquiétude qui affecte les caractères religieux, surtout dans les pays protestans, et les pousse dans des routes extraordinaires.

Voyez en même temps l'orage qui gronde sur l'Italie ; Rome menacée en même temps que Genève par la puissance qui ne veut point de culte, et la suprématie nationale de la religion abolie en Hollande par un décret de la convention nationale. Si la Providence efface, sans doute c'est pour écrire.

J'observe de plus, que lorsque de grandes croyances se sont établies dans le monde, elles ont été favorisées par de grandes conquêtes, par la formation de grandes souverainetés : on en voit la raison.

Enfin, que doit-il arriver, à l'époque où nous vivons, de ces combinaisons extraordinaires qui ont trompé toute la prudence humaine ? En vérité, on seroit tenté de croire que la révolution politique n'est qu'un objet secondaire du grand plan qui, se déroule devant nous avec une majesté terrible.

J'ai parlé, en commençant, de cette magistrature que la France exerce sur le reste de l'Europe. La Providence, qui proportionne toujours les moyens à la fin, et qui donne aux nations, comme aux individus, les organes nécessaires à l'accomplissement de leur destination, a précisément donné à la nation française deux instrumens, et, pour ainsi dire, deux bras, avec lesquels elle remue le monde, sa langue et l'esprit de prosélytisme qui forme l'essence de son caractère; en sorte qu'elle a constamment le besoin et le pouvoir d'influencer les hommes.

La puissance, j'ai presque dit la monarchie de la langue française, est visible : on peut, tout au plus, faire semblant d'en douter.

Quant à l'esprit de prosélytisme, il est connu comme le soleil ; depuis la marchande de modes jusqu'au philosophe, c'est la partie saillante du caractère national.

Ce prosélytisme passe communément pour un ridicule, et réellement il mérite souvent ce nom, surtout par les formes ; dans le fond cependant, c'est une fonction.

Or, c'est une loi éternelle du monde moral, que toute fonction produit un devoir. L'église gallicane étoit une pierre angulaire de l'édifice catholique, ou, pour mieux dire, chrétien; car, dans le vrai, il n'y a qu'un édifice. Les églises ennemies de l'église universelle ne subsistent cependant que par celle-ci, quoique peut-être elles s'en doutent peu, semblables à ces plantes parasites, à ces guis stériles qui ne vivent que de la substance de l'arbre qui les supportent, et qu'ils appauvrissent.

De là vient que la réaction entre les puissances opposées, étant toujours égale à l'action, les plus grands efforts de la déesse Raison contre le christianisme se sont faits en France : l'ennemi attaquait la citadelle.

Le clergé de France ne doit donc point s'endormir ; il a mille raisons de croire qu'il est appelé à une grande mission; et les mêmes conjectures qui lui laissent apercevoir pourquoi il a souffert, lui permettent aussi de se croire destiné à une oeuvre essentielle.

En un mot, s'il ne se fait pas une révolution morale en Europe ; si l'esprit religieux n'est pas renforcé dans cette partie du monde, le lien social est dissous. On ne peut rien deviner, et il faut s'attendre à tout. Mais s'il se fait un changement heureux sur ce point, ou il n'y a plus d'analogie, plus d'induction, plus d'art de conjecturer, ou c'est la France qui est appelée à le produire.

C'est surtout, ce qui me fait penser que la révolution française est une grande époque, et que ses suites, dans tous les genres, se feront sentir bien au delà du temps de son explosion et des limites de son foyer.

Si on l'envisage dans ses rapports politiques, on se confirme dans la même opinion.

Combien les puissances de l'Europe se sont trompées sur la France! combien elles ont médité de choses vaines! O vous qui vous croyez indépendans, parce que vous n'avez point de juges sur la terre! ne dites jamais : Cela me convient ; DISCITE JUSTITIAM MONITI ! Quelle main, tout à la fois sévère et paternelle, écrasoit la France de tous les fléaux imaginables, et soutenoit l'empire par des moyens surnaturels, en tournant tous les efforts de ses ennemis contre eux-mêmes ?

Qu'on ne vienne point nous parler des assignats, de la force du nombre, etc., car la possibilité des assignats et de la force du nombre est précisément hors de la nature. D'ailleurs, ce n'est ni par le papier-monnoie, ni par l'avantage du nombre, que les vents conduisent les vaisseaux des Français, et repoussent ceux de leurs ennemis ; que l'hiver leur fait des ponts de glace au moment où ils en ont besoin ; que les souverains qui les gênent meurent à point nommé ; qu'ils envahissent l'Italie sans canons, et que des phalanges, réputées les plus braves de l'univers, jettent les armes à égalité de nombre, et passent sous le joug.

Lisez les belles réflexions de M. Dumas sur la guerre actuelle ; vous y verrez parfaitement pourquoi, mais point du tout comment elle a pris le caractère que nous voyons. Il faut toujours remonter au comité de salut public, qui fut un miracle, et dont l'esprit gagne encore les batailles.

Enfin, le châtiment des Français sort de toutes les règles ordinaires, et la protection accordée à la France en sort aussi : mais ces deux prodiges réunis se multiplient l'un par l'autre, et présentent un des spectacles les plus étonnans que l'oeil humain ait jamais contemplé.

A mesure que les évènemens se déploieront, on verra d'autres raisons et des rapports plus admirables. Je ne vois, d'ailleurs, qu'une partie de ceux qu'une vue plus perçante pourroit découvrir dès ce moment.

L'horrible effusion du sang humain, occasionée par cette grande commotion , est un moyen terrible; cependant c'est un moyen autant qu'une punition , et il peut donner lieu à des réflexions intéressantes.

 



[1] Grotius : De Jure belli ac pacis Epist. ad Ludovicum 

 

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CHAPITRE II.

 

 

 

De Maistre 17

1er EXTRAIT.

CONJECTURES SUR LES VOIES DE LA PROVIDENCE DANS

LA RÉVOLUTIONFRANÇAISE.

 

 

«CHAQUE nation, comme chaque individu, a reçu une mission qu'elle doit remplir. La France exerce sur l'Europe une véritable magistrature, qu'il seroit inutile de contester, dont elle a abusé de la manière la plus coupable. Elle étoit surtout à la tête du système religieux, et ce n'est pas sans raison que son Roi s'appeloit très-chrétien : Bossuet n'a rien dit de trop sur ce point. Or, comme elle s'est servie de son influence pour contredire sa vocation et démoraliser l'Europe, il ne faut pas être étonné qu'elle y soit ramenée par des moyens terribles.

Depuis long-temps on n'avoit vu une punition aussi effrayante, infligée à un aussi grand nombre de coupables. Il y a des innocens, sans doute, parmi les malheureux, mais il y en a bien moins qu'on ne l'imagine communément.

Tous ceux qui ont travaillé à affranchir le peuple de sa croyance religieuse ; tous ceux qui ont opposé des sophismes métaphysiques aux lois de la propriété; tous ceux qui ont dit : Frappez, pourvu que nous y gagnions ; tous ceux qui ont touché aux lois fondamentales de l'état ; tous ceux qui ont conseillé, approuvé, favorisé les mesures violentes employées contre le Roi, etc. ; tous ceux-là ont voulu la révolution , et tous ceux qui l'ont voulue en ont été très-justement les victimes, même suivant nos vues bornées.

On gémit de voir des savans illustres tomber sous la hache de Robespierre. On ne saurait humainement les regretter trop ; mais la justice divine n'a pas le moindre respect pour les géomètres ou les physiciens. Trop de savans français furent les principaux auteurs de la révolution ; trop de savans français l'aimèrent et la favorisèrent, tant qu'elle n'abattit, comme le bâton de Tarqui, que les têtes dominantes.

Ils disoient comme tant d'autres : Il est impossible qu'une grande révolution s'opère sans amener des malheurs. Mais lorsqu'un philosophe se console de ces malheurs en vue des résultats ; lorsqu'il dit dans son coeur : Passe pour cent mille meurtres, pourvu que nous soyons libres ; si la Providence lui répond : J'accepte ton approbation, mais tu feras nombre, où est l'injustice? Jugerions-nous autrement dans nos tribunaux ?

Les détails seroient odieux; mais qu'il est peu de Français, parmi ceux qu'on appelle victimes innocentes de la révolution, à qui leur conscience n'ait pu dire : Alors, de vos erreurs voyant les tristes fruits, Reconnoissez les coups que vous avez conduits.

Nos idées sur le bien et le mal, sur l'innocent et le coupable, sont trop souvent altérées par nos préjugés. Nous déclarons coupables et infâmes deux hommes qui se battent avec un fer long de trois pouces ; mais si le fer a trois pieds, le combat devient honorable. Nous flétrissons celui qui vole un centime dans la poche de son ami ; s'il ne lui prend que sa femme, ce n'est rien. Tous les crimes brillans qui supposent un développement de qualités grandes ou aimables ; tous ceux surtout qui sont honorés par le succès, nous les pardonnons, si même nous n'en faisons pas des vertus ; tandis que les qualités brillantes qui environnent le coupable, le noircissent aux yeux de la véritable justice, pour qui le plus grand crime est l'abus de ses dons.

Chaque homme a certains devoirs à remplir, et l'étendue de ses devoirs est relative à sa position civile et à l'étendue de ses moyens.

Il s'en faut de beaucoup que la même action soit également criminelle de la part de deux hommes donnés. Pour ne pas sortir de notre objet, tel acte qui ne fut qu'une erreur ou un trait de folie de la part d'un homme obscur, revêtu brusquement d'un pouvoir illimité pouvoit être un forfait de la part d'un évêque ou d'un duc et pair.

Enfin il est des actions excusables, louables même suivant les vues humaines, et qui sont dans le fond infiniment criminelles. Si l'on nous dit, par exemple : J'ai embrassé de bonne foi la révolution française, par un amour pur de liberté et de ma patrie ; j'ai cru en mon âme et conscience qu'elle amèneroit la réforme des abus et le bonheur public ; nous n'avons rien à répondre. Mais l'oeil, pour qui tous les cœurs sont diaphanes, voit la fibre coupable; il découvre dans une brouillerie ridicule, dans un petit froissement de l'orgueil, dans une passion basse ou criminelle, le premier mobile de ces résolutions qu'on voudroit illustrer aux yeux des hommes ; et pour lui le mensonge de l'hypocrisie greffée sur la trahison est un crime de plus. Mais parlons de la nation en général.

Un des plus grands crimes qu'on puisse commettre, c'est sans doute l'attentat contre la souveraineté, nul n'ayant des suites plus terribles.

Si la souveraineté réside sur une tête, et que cette tête tombe victime de l'attentat, Je crime augmente d'atrocité. Mais si ce souverain n'a mérité son sort par aucun crime, si ses vertus même ont armé contre lui la main des coupables, le crime n'a plus de nom. A ces traits on reconnoît la mort de Louis XVI ; mais ce qu'il est important de remarquer ; c'est que jamais un plus grand crime n'eut plus de complices. La mort de Charles I.er en eut bien moins, et cependant il étoit possible de lui faire des reproches que Louis XVI ne mérita point. Cependant on lui donna des preuves de l'intérêt le plus tendre et le plus courageux ; le bourreau même, qui ne faisoit qu'obéir, n'osa pas se faire connoître. En France, Louis XVI marcha à la mort au milieu de 60,000 hommes armés, qui n'eurent pas un coup de fusil pour Santerre : pas une voix ne s'éleva pour l'infortuné monarque, et les provinces furent aussi muettes que la capitale. On se seroit exposé, disoit-on. Français ! si vous trouvez cette raison bonne, ne parlez pas tant, de votre courage, ou convenez que vous l'employez bien mal.

L'indifférence de l'armée ne fut pas moins remarquable. Elle servit les bourreaux de Louis XVI bien mieux qu'elle ne l'avoit servi lui-même, car elle l'avoit trahi. On ne vit pas de sa part le plus léger témoignage de mécontentement.

Enfin, jamais un plus grand crime n'appartint à la vérité avec une foule de gradations) à un plus grand nombre de coupables.

Il faut encore faire une observation importante ; c'est que tout attentat commis contre la souveraineté, au nom de la nation, est toujours plus ou moins un crime national ; car c'est toujours plus ou moins la faute de la nation, si un nombre quelconque de factieux s'est mis en état de commettre le crime en son nom. Ainsi, tous les Français sans doute n'ont pas voulu la mort de Louis XVI ; mais l'immense majorité du peuple a voulu, pendant plus de deux ans, toutes les folies, toutes les injustices, tous les attentats qui amenèrent la catastrophe du 21 janvier.

Or, tous les crimes nationaux contre la souveraineté sont punis sans délai et d'une manière terrible; c'est une loi qui n'a jamais souffert d'exception. Peu de jours après l'exécution de Louis XVI, quelqu'un écrivoit dans le Mercure universel : Peut-être il n'eût pas fallu en venir là ; mais puisque nos législateurs ont pris l'évènement sur leur responsabilité, rallions-nous autour deux : éteignons toutes les haines, et qu'il n'en soit plus question. Fort bien : il eût fallu peut-être ne pas assassiner le Roi, mais puisque la chose est faite, n'en parlons plus, et soyons tous bons amis. O démence! Shakespeare en savoit un peu plus, lorsqu'il disoit : La vie de tout individu est précieuse pour lui; mais la vie de qui dépendent tant de vies, celle des souverains, est précieuse pour tous. Un crime fait-il disparaître la majesté royale ? à la place qu'elle occupoit il se forme un gouffre effroyable, et tout ce qui l'environne s'y précipite[1] . Chaque goutte du sang de Louis XVI en coûtera des torrens à la France ; quatre millions de Français, peut être, paieront de leurs têtes le grand crime national d'une insurrection antireligieuse et antisociale, couronnée par un régicide.

Où sont les premières gardes nationales, les premiers soldats, les premiers généraux qui prêtèrent serment à la nation ? Où sont les chefs, les idoles de cette première assemblée si coupable, pour qui l'épithète de constituante sera une épigramme éternelle ? Où est Mirabeau? où est Bailli avec son beau jour? où est Thouret qui inventa le mot exproprier ? où est Osselin , le rapporteur de la première loi qui proscrivit les émigrés? On nommeroit par milliers les instrumens actifs de la révolution, qui ont péri d'une mort violente.

C'est encore ici où nous pouvons admirer l'ordre dans le désordre ; car il demeure évident, pour peu qu'on y réfléchisse, que les grands coupables de la révolution ne pouvoient tomber que sous les coups de leurs complices.

Si la force seule avoit opéré ce qu'on appelle la contre-révolution, et replacé le Roi sur le trône, il n'y auroit eu aucun moyen de faire justice. Le plus grand malheur qui pût arriver à un homme délicat, ce seroit d'avoir à juger l'assassin de son père, de son parent, de son ami, ou seulement l'usurpateur de ses biens.

Or, c'est précisément ce qui seroit arrivé dans le cas d'une contre-révolution, telle qu'on l'entendoit ; car les juges supérieurs , par la nature seule des choses, auroient presque tous appartenu à la classe offensée ; et la justice, lors même qu'elle n'auroit fait que punir, auroit eu l'air de se venger. D'ailleurs, l'autorité légitime garde toujours une certaine modération dans la punition des crimes qui ont une multitude de complices. Quand elle envoie cinq ou six coupables à la mort pour le même crime, c'est un massacre : si elle passe certaines bornes, elle devient odieuse. Enfin, les grands crimes exigent malheureusement de grands supplices ; et dans ce genre il est aisé de passer les bornes, lorsqu'il s'agit de crimes de lèse-majesté, et que la flatterie se fait bourreau.

L'humanité n'a point encore pardonné à l'ancienne législation française l'épouvantable supplice de Damiens[2]. Qu'auroient donc fait les magistrats français de trois ou quatre cents Damiens, et de tous les monstres qui couvroient la France ? Le glaive sacré de la justice seroit-il donc tombé sans relâche comme la guillotine de Robespierre ? Auroit-on convoqué à Paris tous les bourreaux du royaume et tous  les chevaux de l'artillerie, pour écarteler des hommes? Auroit-on fait dissoudre dans de vastes chaudières le plomb et la poix pour en arroser des membres déchirés par des tenailles rougies? D'ailleurs, comment caractériser les différens crimes ? comment graduer les supplices ? et surtout comment punir sans lois ? On auroit choisi, dira-t-on, quelques grands coupables, et tout le reste auroit obtenu grâce.

C'est précisément ce que la Providence ne vouloit pas. Comme elle peut tout ce qu'elle veut, elle ignore ces grâces produites par l'impuissance de punir. Il falloit que la grande épuration s'accomplît, et que les yeux fussent

frappés, il falloit que le métal français, dégagé de ses scories aigres et impures, parvînt plus net et plus malléable entre les mains du Roi futur. Sans doute la Providence n'a pas besoin de punir dans le temps pour justifier ses voies ; mais à cette époque elle se met à notre portée, et punit comme un tribunal humain.

Il y a eu des nations condamnées à mort au pied de la lettre, comme des individus coupables, et nous savons pourquoi[3]. S'il entroit dans les desseins de Dieu de nous révéler ses plans à l'égard de la révolution française, nous lirions le châtiment des Français, comme l'arrêt d'un parlement. — Mais que saurions-nous de plus? Ce châtiment n'est-il pas visible?

N'avons-nous pas vu la France déshonorée par plus de cent mille meurtres? le sol entier de ce beau royaume couvert d'échafauds ? et cette malheureuse terre abreuvée du sang de ses enfans par les massacres judiciaires, tandis que des tyrans inhumains le prodiguoient au dehors pour le soutien d'une guerre cruelle, soutenue pour leur propre intérêt? Jamais le despote le plus sanguinaire ne s'est joué de la vie des hommes avec tant d'insolence, et jamais peuple passif ne se présenta à la boucherie avec plus de complaisance. Le fer et le feu, le froid et la faim, les privations, les souffrances de toute espèce, rien ne le dégoûte de son supplice : tout ce qui est dévoué doit accomplir son sort : on ne verra point de désobéissance, jusqu'à ce que le jugement soit accompli.

Et cependant, dans cette guerre si cruelle, si désastreuse, que de points de vue intéressans! et comme on passe tour à tour de la tristesse à l'admiration ! Transportons-nous à l'époque la plus terrible de la révolution ; supposons que, sous le gouvernement de l'infernal comité, l'armée, par une métamorphose subite, devienne tout à coup royaliste : susposons qu'elle convoque de son côté ses assemblées primaires, et qu'elle nomme librement les hommes les plus éclairés et les plus estimables, pour lui tracer la route qu'elle doit tenir dans cette occasion difficile : supposons, enfin, qu'un de ces élus de l'armée se lève et dise : « Braves et fidèles guerriers , il est des circonstances où toute la sagesse humaine, se réduit à choisir entre différens maux. Il est dur, sans doute, de combattre pour le comité de salut public ; mais il y auroit quelque chose de plus fatal encore, ce seroit de tourner nos armes contre lui. A l'instant où l'armée se mêlera de la politique, l'état sera dissous ; et les ennemis de  la France, profitant de ce moment de dissolution, la pénétreront et la diviseront.

 « Ce n'est point pour ce moment que nous  devons agir, mais pour la suite des temps il s'agit surtout de maintenir l'intégrité de  la France, et nous ne le pouvons qu'en  combattant pour le gouvernement, quel  qu'il soit ; car de cette manière la France, malgré ses déchiremens intérieurs, conservera sa force militaire et son influence extérieure. A le bien prendre, ce n'est point pour le gouvernement que nous combattons, mais pour la France et pour le Roi futur, qui nous devra un empire plus grand, peut-être, que ne le trouva la révolution. C'est donc un devoir pour nous de vaincre la répugnance qui nous fait balancer. Nos contemporains peut-être calomnieront notre conduite, mais la postérité lui rendra justice. »

Cet homme auroit parlé en grand philosophe.

Eh bien ! cette hypothèse chimérique, l'armée l'a réalisée, sans savoir ce qu'elle faisoit ; et la terreur d'un côté, l'immoralité et l'extravagance de l'autre, ont fait précisément ce qu'une sagesse consommée et presque prophétique auroit dicté à l'armée.

Qu'on y réfléchisse bien, on verra que le mouvement révolutionnaire une fois établi, la France et la monarchie ne pouvoient être sauvées que par le jacobinisme...

 

A suivre.



[1] Hamlet, acte 3, scène 8.

[2] Avertere omnes à tanta foeditate spectaculi oculos. Primum ultimumque illud supplicium apud Romanos exempli parùm memoris legum humanarum fuit. Tit. Liv. I. ub , de suppl. Mettii.

[3] Levit. XVIII, 21 et seq. XX, 23. — Deutero20 nom. XVIII, 9 et seq. — I. Reg. XV, 24.— IV, Reg. XVII, 7 et seq. et XXI; 2,. — Herodot. lib. II. § 46, et la note de M. Larcher sur cet endroit.

 

 

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CONSIDERATIONS


SUR LA FRANCE


PAR


 M. LE COMTE JPH.DE MAISTRE,

 Pairie


CHAPITRE PREMIER.


DES RÉVOLUTIONS.

 

Nous sommes tous attachés au trône de l'Etre Suprême par une chaîne souple, qui nous retient sans nous asservir.

Ce qu'il y a de plus admirable dans l'ordre universel des choses, c'est l'action des êtres libres sous la main divine. Librement esclaves ils opèrent tout à la fois volontairement et nécessairement : ils font réellement ce qu'ils veulent, mais sans pouvoir déranger les plans généraux. Chacun de ces êtres occupe le centre d'une sphère d'activité dont le diamètre varie au gré de l'éternel géomètre, qui sait étendre, restreindre, arrêter ou diriger la volonté, sans altérer sa nature.

Dans les ouvrages de l'homme, tout est pauvre comme l'auteur ; les vues sont restreintes, les moyens roides, les ressorts inflexibles, les mouvemens pénibles, et les résultats monotones. Dans les ouvrages divins, les richesses de l'infini se montrent à découvert jusque dans le moindre élément ; sa puissance opère en se jouant : dans ses mains tout est souple, rien ne lui résiste ; pour elle tout est moyen, même l'obstacle : et les irrégularités produites par l'opération des agens libres, viennent se ranger dans l'ordre général.

Si l'on imagine une montre dont tous les ressorts varieroient continuellement de force, de poids, de dimension, de forme et de position : et qui montreroit cependant l'heure invariablement, on se formera quelque idée de l'action des êtres libres relativement aux plans du Créateur.

Dans le monde politique et moral, comme dans le monde physique, il y a un ordre commun, et il y a des exceptions à cet ordre.

Communément nous voyons une suite d'effets produits par les mêmes causes ; mais à certaines époques, nous voyons des actions suspendues, des causes paralysées et des effets nouveaux.

Le miracle est un effet produit par une cause divine ou surhumaine, qui suspend ou contredit une cause ordinaire. Que dans le cœur de l'hiver, un homme commande à un arbre, devant mille témoins, de se couvrir subitement de feuilles et de fruits, et que l'arbre obéisse, tout le monde criera au miracle et s'inclinera devant le thaumaturge. Mais la révolution française, et tout ce qui se passe en Europe dans ce moment, est tout aussi merveilleux, dans son genre, que la fructification instantanée d'un arbre au mois de janvier: cependant les hommes, au lieu d'admirer, regardent ailleurs ou déraisonnent.

Dans l'ordre physique, où l'homme n'entre point comme cause, il veut bien admirer ce qu'il ne comprend pas; mais dans la sphère de son activité, où il sent qu'il est cause libre, son orgueil le porte aisément à voirie désordre partout où son action est suspendue ou dérangée.

Certaines mesures qui sont au pouvoir de l'homme, produisent régulièrement certains effets dans le cours ordinaire des choses ; s'il manque son but, il sait pourquoi, ou croit le savoir; il connoît les obstacles, il les apprécie, et rien ne l'étonne.

Mais dans les temps de révolutions, la chaîne qui lie l'homme se raccourcit brusquement, son action diminué, et ses moyens le trompent.

Alors entraîné par une force inconnue, il se dépite contre elle, et au lieu de baiser la main qui le serre, il la méconnoît ou l'insulte.

Je n'y comprends rien, c'est le grand mot du jour. Ce mot est très-sensé, s'il nous ramène à la cause première qui donne dans ce moment un si grand spectacle aux hommes : c'est une sottise, s'il n'exprime qu'un dépit ou un abattement stérile.

« Comment donc (s'écrie-t-on de tous » côtés)? les hommes les plus coupables de l'univers triomphent de l'univers ! Un régicide affreux a tout le succès que pouvoient en attendre ceux qui l'ont commis ! La monarchie est engourdie dans toute l'Europe ! Ses ennemis trouvent des alliés jusque sur les trônes ! Tout réussit aux méchans ! les projets les plus gigantesques s'exécutent de leur part sans difficulté, tandis que le bon parti est malheureux et ridicule dans tout ce qu'il entreprend ! L'opinion poursuit la fidélité dans toute l'Europe ! Les premiers hommes d'état se trompent invariablement ! les plus grands généraux sont humiliés ! etc. »

Sans doute, car la première condition d'une révolution décrétée, c'est que tout ce qui pouvoit la prévenir n'existe pas, et que rien ne réussisse à ceux qui veulent l'empêcher. Mais jamais l'ordre n'est plus visible, jamais la Providence n'est plus palpable, que lorsque l'action supérieure se substitue, à celle de l'homme et agit toute seule. C'est ce que nous voyons dans ce moment.

Ce qu'il y a de plus frappant dans la révolution française, c'est cette force entraînante qui courbe tous les obstacles. Son tourbillon emporte comme une paille légère tout ce que la force humaine a su lui opposer : personne n'a contrarié sa marche impunément. La pureté des motifs a pu illustrer l'obstacle, mais c'est tout ; et cette force jalouse, marchant invariablement à son but, rejette également Charette, Du mouriez et Drouet.

On a remarqué, avec grande raison, que la révolution française mène les hommes plus que les hommes ne la mènent. Cette observation est de la plus grande justesse ; et quoiqu'on puisse l'appliquer plus ou moins à toutes les grandes révolutions, cependant elle n'a jamais été plus frappante qu'à cette époque.

Les scélérats même qui paroissent conduire la révolution, n'y entrent que comme de simples instrumens ; et dès qu'ils ont la prétention de la dominer, ils tombent ignoblement.

Ceux qui ont établi la république, l'ont fait sans le vouloir et sans savoir ce qu'ils faisoient ; ils y ont été conduits par les évènemens : un projet antérieur n'auroit pas réussi.

Jamais Robespierre, Collot ou Barère, ne pensèrent à établir le gouvernement révolutionnaire et le régime de la terreur ; ils y furent conduits insensiblement par les circonstances, et jamais on ne reverra rien de pareil.

Ces hommes excessivement médiocres, exercèrent sur une nation coupable le plus affreux despotisme dont l'histoire fasse mention, et sûrement ils étoient les hommes du royaume les plus étonnés de leur puissance.

Mais au moment même où ces tyrans détestables eurent comblé la mesure de crimes nécessaire à cette phase de la révolution, un souffle les renversa. Ce pouvoir gigantesque, qui faisoit trembler la France et l'Europe, ne tint pas contre la première attaque ; et comme il ne devoit y avoir rien de grand, rien d'auguste dans une révolution toute criminelle, la Providence voulut que le premier coup fût porté par des septembriseurs , afin que la justice même fût infâme[1].

Souvent on s'est étonné que des hommes plus que médiocres aient mieux jugé la révolution française que des hommes du premier talent ; qu'ils y aient cru fortement, lorsque des politiques consommés n'y croyoient point

encore. C'est que cette persuasion étoit une des pièces de la révolution, qui ne pouvoit réussir que par l'étendue et l'énergie de l'esprit révolutionnaire, ou s'il est permis de s'exprimer ainsi, par la foi a la révolution. Ainsi, des hommes sans génie et sans connoissances ont fort bien conduit ce qu'ils appeloient le char révolutionnaire ; ils ont tout osé sans crainte de la contre-révolution ; ils ont toujours marché en avant, sans regarder derrière eux ; et tout leur a réussi ; parce qu'ils n'étoient que

les instrumens d'une force qui en savoit plus qu'eux. Ils n'ont pas fait de fautes dans leur carrière révolutionnaire, par la raison que l’Auteur de Vaucanson ne fit jamais de notes fausses.

Le torrent révolutionnaire a pris successivement différentes directions ; et les hommes les plus marquans dans la révolution n'ont acquis l'espèce de puissance et de célébrité qui pouvoit leur appartenir, qu'en suivant le cours du moment : dès qu'ils ont voulu le contrarier ou seulement s'en écarter en s'isolant, en travaillant trop pour eux, ils ont disparu de la scène.

Voyez ce Mirabeau qui a tant marqué dans la révolution : au fond, c'étoit le roi de la halle. Par les crimes qu'il a faits, et par ses livres qu'il a fait faire, il a secondé le mouvement populaire : il se mettoit à la suite d'une masse déjà mise en mouvement, et la poussoit dans le sens déterminé; son pouvoir ne s'étendit jamais plus loin : il partageoit avec un autre héros de la révolution le pouvoir d'agiter la multitude, sans avoir celui de la dominer, ce qui forme le véritable cachet de la médiocrité dans les troubles politiques. Des factieux moins brillans, et en effet plus habiles et plus puis sans que lui, se servoient de son influence pour leur profit. Il tonnoit à la tribune, et il étoit leur dupe. Il disoit en mourant, que s'il avoit

vécu, il auroit rassemblé les pièces éparses de la monarchie ; et lorsqu'il avoit voulu, dans le moment de sa plus grande influence, viser seulement au ministère, ses subalternes l'avoient repoussé comme un enfant.

Enfin , plus on examine les personnages en apparence les plus actifs de la révolution, et plus on trouve en eux quelque chose de passif et de mécanique. On ne sauroit trop le répéter, ce ne sont point les hommes qui mènent la révolution ; c'est la révolution qui emploie les hommes. On dit fort bien, quand on dit qu'elle va toute seule. Cette phrase signifie que jamais la Divinité ne s'étoit montrée d'une manière si claire dans aucun évènement humain. Si elle emploie les instrumens les plus vils, c'est qu'elle punit pour régénérer.

 

A suivre...



[1] (1) Par la même raison, l'honneur est déshonoré. Un journaliste (le Républicain) a dit avec beaucoup d'esprit et de justesse : « Je comprends fort bien comment on peut dépanthéoniser, Marat, mais je ne concevrai jamais comment on pourra dèmaratiser le Panthéon. » On s'est plaint de voir le corps de Turenne oublié dans le coin d'un muséum, à côté du squelette d'un animal : quelle imprudence! il y en avoit assez pour faire naître l'idée de jeter au Panthéon ces restes vénérables.

 

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