Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

en faveur de la monarchie

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

 PAR M. DE SAINT-ALLAIS.

 

 Pairie

DE

 L'ANCIENNE FRANCE.

 CHAPITRE PREMIER.

(Deuxième extrait).

DES MINISTRES D'ETAT

 ET DU CONSEIL DE NOS ROIS. 

Série chronologique et historique

des Maires du Palais de France.

 GUINEMALD, Conseiller du Roi Chilpéric Ier, resta fidèle à ce Prince lorsque son inconduite le fit chasser du trône et refugier en Thuringe. Il prépara son retour et le fit rétablir en 464. On ne trouve pas qu'il fût Maire du palais, mais tous les historiens lui donnent le titre de Conseiller.

1. LANDON, DUC de Tongres, Maire du palais, vers l'an 508, sous Clovis Ier.

2. LANDREGÉSILE, Comte de l'Etable et Maire du palais, en l'an 560, sous Clotaire Ier.

3. CUPPA de Brandebourg, Maire du palais, sous Chilpéric Ier, en 574; il fut battu et fait prisonnier dans une bataille contre les Allemands.

4. BADEGESILLE, Maire du palais, sous le même Prince, jusqu'à l'année 580, qu'il fut fait Evêque du Mans.

5. LANDRY, que quelques écrivains surnomment de La Tour, Maire du palais, sous Chilpéric 1er et Clotaire II, fut le favori de la Reine Frédégonde, femme de Chilpéric, qu'elle fit assassiner, en 584- On l'accuse d'être complice de ce crime. Il gagna, en 593, la bataille de Droissy, sur le Duc de Ventrion, qui voulait détrôner Clotaire II. II vécut jusqu'en 598.

6. LICIN ou LICINUS, Maire du palais, en 600.

7. GONDOALD, ou GONDOLAND, ou GONDEBAUD de Bretigny, Maire du palais, sous Clotaire II; quelques écrivains, lui font encore exercer cette charge, sous Dagobert Ier, en 632.

8. WARATON, nommé aussi VARNIER par quelques auteurs, meurtrier de St.-Vigile, Evêque d'Auxerre, fut Maire du palais, en 617.

9. CARLOMAN, Maire du Palais, en 618.

10. ARNOULD, Maire du palais de Neustrie, en 625, puis d'Autrasie, et Référendaire ou Chancelier de France, en 632. On le croit père de St.-Arnould, qui fut Maire du palais d'Austrasie, et dont le fils, nommé Anségise, fut père de Pépin d'Héristel, souche de la seconde dynastie de France.

11. EGA, Maire du palais, sous Dagobert Ier, et Clotaire II, jusqu'en 640. Il avait en outre le titre de Principal Conseiller du Roi.

12. ARCHINOALD ou ERCHINOALD, fils d'Ega, fut Maire du palais de Neustrie et de Bourgogne, sous Clotaire III, en 641.

13. LEUDÈZE, fils d'Archinoald, Maire du palais, assassiné par Ebroïn, en 670.

14. ST.-LÉGER, Evêque d'Autun, avait assisté Ste Bathilde, mère de Clotaire III, pendant la minorité de ce Prince, et continua ses bons conseils à Childéric II, frère de ce dernier, lorsqu'il monta sur le trône. Quelques historiens disent même que St.-Léger fut investi de la dignité de Maire du palais; mais Childéric l'en dépouilla en 673, et le fit enfermer à Luxeuil. Ebroïn lui fit crever les yeux, puis décapiter, en 678.

15. EBROÏN, Maire du palais, sous Clotaire III et Thierry Ier. Ce fut un Ministre perfide, un despote cruel, qui fut le persécuteur de tous les gens de bien et l'effroi de ses maîtres. Il fut chassé et rétabli à diverses reprises, et gagna la bataille de Lafau, en 680, sur Martin et Pépin d'Héristal, Maires d'Austrasie; il fut tué par un Seigneur français nommé Nermanfroi, en 681.

16. AUBÈDE ou AUDEBELLE, Maire du palais, sous Clotaire III.

17. GISLEMAR, Maire du Palais, fils de Waraton, n'exerça qu'un an, sous le Roi Thierry.

18. BERTHAIRE, gendre de Waraton, fut cause de la perte de la bataille de Testri, et mis à mort par ses gens, en 687.

19. PÉPIN-LE-GROS, dit aussi d'Héristel ou Héristal et le Jeune, Maire du palais d'Austrasie et de Neustrie. Les Français, fatigués de la tyrannie de leur Roi Thierry Ier, et de ses Maires du palais, appelèrent Pépin d'Héristel à leur secours, en 687. Il s'avança dans les plaines de Testri avec une armée considérable, battit Thierry, et le poursuivit jusqu'à Paris, dont les bourgeois lui ouvrirent les portes. Maître de la personne du Prince, qu'ils lui livrèrent, il commença à régner souverainement sur toute la France, sans cependant prendre le titre de Roi. On peut, dès cette époque, compter l'extinction de la domination mérovingienne, et fixer celle des Carlovingiens. Pépin passe le Rhin en 712, ravage l'Allemagne révoltée, et la soumet de nouveau à l'obéissance. Déjà les Frisons avaient éprouvé la force de ses armes ; général habile, politique sage et profond, il jeta les fondemens d'une dynastie qui a fait la gloire de plusieurs siècles, et fourni des Souverains à la plus grande partie de l'Europe. Il mourut en 714.

20. NORBERT ou NORTHEBERT, Maire du palais de Neustrie, sous l'autorité de Pépin d'Héristal, jusqu'en 695.

21. GRIMOALD, fils de Pépin d'Héristal, et frère de Charles-Martel, fut Maire du palais de Neustrie, sous Childebert II et Dagobert II. II fut assassiné en 714.

22. THÉOBALD, fils de Grimoald, fut élevé, à l'âge de six ans, à la dignité de Maire du palais de Neustrie, par l'autorité de Pépin d'Héristal, son aïeul, et sous la tutelle de Plectrude, première femme de Pépin; ce qui a fait dire à Montesquieu, qu'on avait mis fantôme sur fantôme; mais il fut renversé, l'année suivante, par la perte d'une bataille livrée dans la forêt de Cuise.

23. RAINFROY ou RAGENFREDE, Maire du palais de Neustrie, tire Chilpéric II, dit Daniel, de sa prison,  pour l'opposer à Thierry II, puis à Charles-Martel qui s'était aussi fait un Roi de Clotaire IV, fils de Thierry Ier. Une guerre funeste s'engage entre eux, et Charles-Martel, vainqueur à Amblef et à Vinci, en 717, se fait livrer Chilpéric II, qui mourut peu de temps après.

24. CHARLES-MARTEL, fils de Pépin d'Héristal, et doué d'un vaste génie, remplaça bientôt son père dans le gouvernement, et consolida tout ce qu'il avait établi. Les Austrasiens le proclamèrent leur Duc, en 715, et les victoires d'Amblef et de Vinci, qu'il remporta sur le Roi de France, Chilpéric II, le rendirent maître de la Neustrie, sous le titre de Maire du palais. Il gouverna ainsi la France pendant vingt-cinq ans, et soumit à son obéissance une partie de l'Allemagne, et toute la Bavière, en 725 et 728; il gagna, en 782, au-delà de la Loire, près de Poitiers, une célèbre bataille sur les Sarrazins; le courage qu'il y déploya lui fit décerner le surnom de Martel. L'an 741, Charles reçut deux nonces du Pape Grégoire II (ce furent les premiers qu'on vit en France); ils lui apportèrent les clefs du sépulcre de Saint-Pierre, comme marque de souveraineté, avec des présens considérables. A la lettre du Pontife, qui promettait de se soumettre à l'obéissance de Charles, était joint un décret des Romains, qui confirmait cette promesse, tant de la part du Pape que de la leur. C'est ici la première origine des droits de la France sur les Etats de Rome.

25. PÉPIN-LE-BREF, Maire du Palais, fils de Charles-Martel, fit déposer le Roi Childéric III, dans une assemblée de Seigneurs français tenue à Soissons en 752, et se fit élire en sa place. Il est la souche de la deuxième dynastie des Rois de France.

Sous la première dynastie, les partages qui eurent lieu entre les enfans de Clovis-le-Grand, de Clotaire Ier et de Dagobert Ier, divisèrent la monarchie française en plusieurs royaumes, et à diverses reprises; de là vinrent les Maires du royaume de Metz ou d'Austrasie, et ceux du royaume de Bourgogne, dont l'histoire est liée essentiellement à celle du royaume de Neustrie, qui a conservé le nom de Royaume de France. Il m'a paru utile d'en faire mention ici.

Maires du Palais

des Rois d'Austrasie et de Metz.

1. GOGON DE NORAN, Maire d'Austrasie au refus de Chrodin, sous Sigebert Ier, fut mis à mort en 667.

2. FLORENTIN, Maire d'Austrasie, sous le Roi Childebert, qui succéda aux royaumes d'Orléans et de Bourgogne; il exerça en 589.

3. RADO, sous Clotaire II, Roi de Neustrie et d'Austrasie, exerça en 613, comme Maire d'Austrasie, du consentement des grands de ce royaume.

4. WARNACHAIRE ou GARNIER., Maire d'Austrasie, célèbre dans la guerre que Brunehaut soutint contre Clotaire II, Roi de Neustrie, qui s'empara de l'Austrasie, en 613, et envoya Warnachaire, du consentement des grands, remplir la dignité de Maire du palais de Bourgogne.

5. PÉPIN-DE-LANDEN, dit le Vieux, Maire d'Austrasie, en 625, sous Dagobert Ier, Roi de Neustrie, qui l'appela en France, et le mit à la tête des affaires, avec Saint-Cunibert, évêque de Cologne, et Saint-Arnould, évêque de Metz, dont il va être question. Pépin-de-Landen mourut vers 640.

6. ST.-ARNOULD, fils d'Arnould, Maire du palais de Neustrie, dont il a été question, page Il, est aussi compté au nombre des Maires d'Austrasie, sous le règne de Dagobert Ier. Fatigué du monde, il embrassa l'état ecclésiastique, du consentement d'Ode sa femme, fut  élu Evêque de Metz, et se retira dans un désert des Vosges. Il fut père de :

7. ADALGISE ou ANSÉGISE, Duc, Gouverneur et Maire d'Austrasie, sous Sigebert II. Il avait épousé Begge, fille de Pépin-de-Landen ; de ce mariage vint Pépin-le-Gros, dit d'Héristal, dont il sera question.

8. ODON ou EUTHON, qui exerça de 640 à 642.

9. GRIMOALD, fils de Pépin-de-Landen, fut nommé Maire d'Austrasie par le Roi Sigebert II ; à la mort de ce Prince, il voulut usurper son trône et y placer Childebert, son propre fils, à l'exclusion du fils du Monarque, nommé Dagobert, qu'il avait fait déporter en Ecosse ; mais les Austrasiens, indignés de cette usurpation, appelèrent à leur secours Clovis II, Roi de France, et se soumirent à lui. Grimoald fut fait prisonnier dans une bataille, en 656.

10. WULFOALD, nommé Maire d'Austrasie par Dagobert II. Son ingratitude et son odieuse politique le portèrent à faire une alliance avec le féroce Ebroïn, Maire de Neustrie, pour perpétuer la guerre entre les deux royaumes.

11. PÉPIN-LE-GROS, dit d'Héristal ou le Jeune, fils d'Adalgise, dont il vient d'être question, fut Maire du palais d'Austrasie. Voyez son article, page 13.

12. MARTIN, Maire d'Austrasie, sous l'autorité de Pépin d'Héristal, avec lequel il avait perdu la bataille de Lafau, contre Ebroïn, Maire de Neustrie, qui le fit assassiner à Eschery, en 680.

13. CHARLES-MARTEL, fils de Pépin d'Héristal, fut Maire d'Austrasie. Voyez son article, page 14.

14. CARLOMAN et PÉPIN-LE-BREF, fils de Charles-Martel, succèdent à leur père, en Austrasie et en Neustrie; ils gouvernent conjointement jusqu'en 747 Carloman se fait religieux, et meurt en 755. L'Austrasie est réunie par Pépin-le-Bref à la Neustrie et à la Bourgogne, dont il se fait déclarer Roi, en 752. Voyez page 15.

Maires du Palais

 des Rois de Bourgogne.

 1. WARNACHAIRE Ier, ou GARNIER, fut Maire du palais d'Orléans et de Bourgogne, sous Thierry Ier. Il mourut en 599.

2. BERTHOALD est tué dans une bataille, qui rendit Thierry Ier, son maître, victorieux de Mérovée, fils de Clotaire II, Roi de Soissons et de Paris.

3. PROTADE, amant de la trop célèbre Brunehaut, Reine d'Austrasie, est élu Maire du palais d'Orléans et de Bourgogne, et assassiné par l'année révoltée contre lui, en 605.

4. CLAUDE, Gaulois de nation, succède à Protade, sous Thierry Ier, Roi d'Orléans et de Bourgogne, et meurt en 606.

5. WARNACHAIRE II est élu Maire du palais de Bourgogne, sous Clotaire II, Roi de toute la France, et meurt en 626.

6. FLOACAT fait mourir Willibaut, Patrice de la Bourgogne transjurane, et périt lui même, onze jours après, en 641.

La Bourgogne fut alors réunie à la Neustrie.

 On trouve encore sous cette première race :

ST.-MELAINE, Evêque de Rennes avec la qualité de Grand- Conseiller du Roi, en 512 ;

ARIDE, Archevêque de Lyon ;

VICTERIC ;

ST.-COLOMBAN ;

Tous les trois avec le titre de Grands-Conseillers de Théodoric, Roi d'Orléans.

Les Rois de la seconde race se gardèrent bien de conserver la charge de Maire du palais ; ils savaient, par expérience, combien elle était fatale à l'autorité royale, et ils n'admirent, dans leur Conseil privé, que les grands-officiers de la Couronne, qu'ils portèrent alors au nombre de dix, savoir :

 1° Le GRAND-AUMONIER, Apocrisarius.

2° Le GRAND-CHANCELIER, Summus Cancellarius.

3° Le GRAND-CHAMBRIER, Camerarius.

4° Le COMTE DU PALAIS, Comes Palatii.

5° Le GRAND-SÉNÉCHAL, Senescalcus.

6° Le GRAND-ÉCHANSON, Baticularius.

7° Le CONNÉTABLE, Comes Stabuli.

8° Le GRAND-MARÉCHAL DU PALAIS, Mansionarius.

9° Les QUATRE PRINCIPAUX VENEURS, Venatores.

10° Le GRAND-FAUCONNIER, Falconarius anus.

Les Rois de cette seconde race voulurent signer eux-mêmes les expéditions et les chartes les plus importantes, et les firent souscrire, non-seulement par les grands-officiers de la Couronne, mais encore, parfois, par des grands vassaux, ou des Seigneurs les plus qualifiés.

Il arrivait aussi que certains grands-officiers, malgré les fonctions de leur charge, devenaient en même temps Ministres, proprement dits, du Prince ; ainsi, Fulrard, Grand-Chancelier, était à-la-fois Ministre de Pépin ; Eginhard, gendre de Charlemagne, était aussi son Ministre, et après lui Adelbard ou Alard, abbé de Corbie. Hilduin le fut sous Louis-le-Débonnaire; et Robert-le-Fort, Duc et Marquis de France, Comte d'Anjou, bisaïeul de Hugues-Capet, tige de nos Rois de la troisième race, faisait les fonctions de Ministre, sous Charles-le-Chauve.

Cette seconde race eut donc pour chef Pépin-le-Bref, Maire du palais de Neustrie et d'Austrasie, descendant de Charles-Martel et de Pépin d'Héristel, qui, dans leur exercice de Maires des mêmes royaumes, avaient rendu d'éminens services à la France, et si bien préparé l'évènement qui devait un jour assurer la Couronne à leur postérité.

« Sous le règne de ce Prince, dit M. de Boulainvilliers, on vit s'établir un nouveau genre de gouvernement. Ce ne sont plus les Francs , nés libres et indépendans, attachés à leurs anciennes lois plus qu'à leur propre vie, qui élisaient leurs Rois et leurs généraux avec une parfaite liberté, et qui jouissaient avec gloire et tranquillité d'une conquête qu'ils ne devaient qu'à leur seule valeur et persévérance dans une entreprise infiniment difficile; ils sont, à leur tour, devenus la conquête, non pas d'une nation étrangère, mais d'une famille particulière, pareille aux leurs dans l'origine, et qui, plus ambitieuse et plus activé, a su tirer ses avantages de tous les évènemens et de toutes les circonstances qui se sont passés durant un siècle. »

Cependant, je ne vois pas que les libertés de la nation fussent compromises, à cette époque, d'une manière effrayante; j'entrevois, au contraire, un système plus régulier d'administration publique et d'ordre social.

On forma deux sortes de Conseils; le premier, sous le titre de Conseil suprême, qui était une émanation de la première race, et qui se trouvait composé des personnages les plus éminens de l'Etat; le second, sous le nom de Conseil privé du Roi.

Quelques auteurs ont prétendu que le Roi ne choisissait pas lui-même ses Conseillers, et ont voulu trouver, dans un traité d'Hincmar, les vestiges d'une élection ; mais cette supposition perd toute vraisemblance quand on lit, dans un autre opuscule de ce même prélat, les règles qu'il prescrivait à Charles-le-Chauve, pour le choix de ses Conseillers.

A la vérité, on tenait rarement le Conseil suprême, à cause de la difficulté de faire venir des provinces les fonctionnaires qui en avaient le gouvernement ; mais le Conseil privé se tenait habituellement, parce qu'il était nécessaire, dit le Comte du Buat, « que le Roi eût toujours auprès de lui des gens sages et instruits, que la fréquentation du Conseil suprême et l'habitude de conférer entre eux et avec le Roi sur les affaires publiques, eussent mis en état ou de le déterminer à une dernière résolution, si les circonstances la rendaient nécessaire, ou de lui suggérer des expédiens pour temporiser jusqu'à la tenue du Conseil suprême. Entre tous les grands-officiers, il n'y en avait que deux qui, régulièrement, eussent entrée au Conseil, c'était le Chapelain et le Chambellan; aussi les choisissait-on tels qu'ils pussent être admis sans inconvénient, ou du moins on les mettait en état d'y avoir séance. Si parmi les autres il s'en trouvait quelqu'un dont les lumières pussent être actuellement utiles, ou qui, par son application, parût se mettre en état d'entrer un jour dans le Conseil, en qualité de Conseiller, on commençait par l'y admettre sans aucune qualité, afin de le mettre à portée de se former aux affaires. C'était là qu'en s'accoutumant au plus impénétrable secret, initiés dans les mystères du Gouvernement, témoins des mesures que prenaient les gens d'une sagesse consommée , dépositaires des réglemens qui s'y faisaient, des élèves attentifs se mettaient en état de jouer un jour le premier rôle , et cependant ils suppléaient au Conseil dans les temps où il n'était point assemblé. Comme les grands-officiers assistaient le Roi de leurs conseils dans les affaires qui intéressaient la totalité de l'État, ils étaient aussi admis à dire leur avis dans celles qui ne regardaient point l'Etat en général, mais qui étant personnelles, étaient, dans un sens particulier, des affaires palatines. C'était avec eux que le Roi arrangeait ces sortes d'affaires, de manière qu'il n'en put naître aucun inconvénient, ou que du moins il fût remédié promptement à ceux qui en auraient résulté, soit que par un palliatif on arrêtât le cours du mal, soit qu'en prenant un cours plus décidé, on le détruisît dans le principe ; mais, dans le cas même où le besoin était pressant, si, de quelque manière que ce fût, on pouvait, sans honte et sans péché, différer jusqu'au plaid général à prendre une dernière résolution, on devait le faire, et c'était aux officiers palatins à en indiquer les moyens. Charlemagne avait toujours auprès de lui trois de ses principaux Conseillers ; ils se relevaient tour-à-tour, afin que leur séjour auprès du Roi ne nuisît point à l'administration dont ils étaient chargés. Ce grand Prince, toujours occupé du bonheur de ses peuples, ne se refusait, en aucun temps, aux réflexions qu'exigeait une administration immense. Il avait toujours, au chevet de son lit, des tablettes sur lesquelles il écrivait les idées qui lui venaient à l'esprit sur les affaires de l'Église ou de l'État; il en délibérait avec ceux de ses Conseillers qui étaient auprès de lui, et quand tous ensemble ils avaient bien mûri ses idées, le Roi les mettait sous les yeux de tous ses Conseillers, et faisait en sorte qu'elles fussent autorisées de leur consentement unanime avant de les mettre à exécution.Ce même Prince, lui était possible, des Conseillers, tant clercs que laïcs, qui eussent montré la crainte de Dieu dans l'exercice de leurs fonctions et dans l'accomplissement de leurs devoirs ; assez fidèles pour ne préférer que la vie éternelle au Roi et au royaume ; assez courageux pour lui sacrifier par ce motif leurs amitiés, leurs haines, et même les liaisons du sang; assez désintéressés pour être inaccessibles aux présens ; assez fermes pour mépriser les menaces; assez judicieux pour ne pas se laisser séduire par des raisonnemens sophistiques. On les appelait indifféremment ses Familiers ou ses Conseillers, parce qu'ils étaient admis dans son intimité aussitôt qu'ils avaient été élus; et cette intimité avait pour motif une estime réciproque, et pour principal objet, l'avantage de l'Etat. »

C'était une convention faite entre le Roi et ses Conseillers, qu'aucun d'eux ne pouvait faire confidence de ces conversations, à personne, sans le consentement de tous ceux qui y avaient eu part. Ce n'était pas seulement à raison des grandes affaires que le secret devait être gardé, mais encore pour tout ce qui avait été dit d personnel sur qui que ce fût.

Rien n'était plus digne d'un grand Prince et d'un père de la patrie, dit le Comte du Buat, que la manière dont Charlemagne profitait de la tenue d'un plaid général pour faire voir à la nation assemblée qu'il était occupé d'elle, qu'il faisait cas de ses conseils , et qu'il désirait en faire usage pour la réforme de l'État : « Mais , suivant Hincmar , ces occupations n'empêchaient pas qu'il ne se rendit dans les deux chambres  toutes les fois qu'il y était appelé par les Seigneurs ;il y restait autant qu'ils le jugeaient à propos ; on lui rendait compte avec la plus grande familiarité de la manière dont chaque chose avait été imaginée, des altercations, des disputes ou des discussions amiables qu'elle avait occasionnées

Ce n'était qu'avec le consentement de tous que l'on faisait ces Capitules qui méritaient le nom de lois et qui devaient avoir la force de la loi salique ; ces Constitutions, à la différence des simples Capitules, devaient être insérées dans les lois nationales. Ce n'était qu'au plaid général qu'il appartenait de donner la solution des difficultés que ces lois laissaient indécises, suivant ce que disait Charlemagne à un Comte qui l'avait consulté : « Si vos doutes tombent sur la loi salique, adressez-vous à notre plaid général. »

Le peuple participait véritablement à la législation, à la formation de la loi.

« Qu'on interroge tout le peuple, dit ce Prince, touchant les Capitules qui ont été nouvellement ajoutés à la loi ; et après que tous les auront consentis, qu'ils fassent, sur les Capitules mêmes, leurs souscriptions et leurs seings. »

« Une loi se fait, selon Charles-le-Chauve (du Buat, tome IV, page 285), par le consentement du peuple et la constitution (la sanction) du Roi. »

Quand on avait donné au peuple la lecture des Chapitres qui avaient dû lui être annoncés, on le priait de témoigner publiquement qu'il y consentait. Il exprimait ce consentement par le mot placet, qu'il répétait jusqu'à trois fois; après quoi le Roi et les Princes souscrivaient les Chapitres annoncés.

L'apposition du sceau royal était nécessaire pour rendre authentiques les ordonnances et les chartes royales, et c'est ce qui paraît évidemment par la formule dont elle était précédée. Les copies qu'on en délivrait devaient être reconnues par le Chancelier, qui était dépositaire du sceau, et qui en faisait l'apposition.

On appelait Plaids généraux, sous cette deuxième race, les Assemblées du Champ-de-Mars ou du Champ-de-Mai, dont il a déjà été question à la page 8. Elles se tenaient au commencement de l'année, et on y réglait l'état de tout le royaume pour le courant de la nouvelle année; et ce qui avait été ainsi réglé, aucun événement ne pouvait le déranger : il n'était jamais permis de s'en écarter sans une extrême nécessité qui fût commune à l'universalité du royaume.

Charlemagne n'entra jamais en campagne, dit le Comte du Buat, sans avoir tenu l'assemblée générale de son peuple.

C'était une loi générale « que si le Roi ne voulait « pas essuyer de contradiction ni de résistance dans l'exécution de ses ordres ; s'il voulait éprouver l'assistance et la coopération de ses fidèles, il devait donner son consentement royal à ce qu'ils lui conseillaient en commun, pour le bien public, le salut de l'Etat, la prospérité du royaume et la paix du peuple.» (Tit. 31, c. 10).

Les Rois Carlovingiens continuèrent aussi de communiquer à la nation toutes les négociations pour le succès desquelles le secret n'était pas nécessaire ; ils lui faisaient part de l'envoi des ambassadeurs dont, la commission pouvait produire la paix ou la guerre, et ils concertaient avec les principaux chefs de la nation les projets et les mesures qui devaient rester secrets.

C'était au milieu du Conseil suprême, et en plein comité, que se dressaient les lettres dont on chargeait les Ambassadeurs et les instructions qu'on leur remettait. On appelait ces instructions commonitorium, et celles que nous avons encore sous ce titre pourraient servir de modèles en ce genre.

Les plus remarquables sont celles que Louis-le-Débonnaire donna, en 824, à deux Évêques qu'il envoyait négocier à Rome.

Nous apprenons encore, par le dernier Capitulaire de Charles-le-Chauve, que les sermens réciproques du Roi et de la nation établissaient entre eux une confiance mutuelle, qu'ils faisaient leur sûreté commune, et que c'était le seul moyen qu'ils eussent pour s'assurer l'un de l'autre. On dérogeait à cette sûreté, on diminuait, au moins cette confiance, dès que l'on manquait à ses engagemens. «Si vous voulez que nous vous soyons fidèles, disait le peuple à Charlemagne, faites observer es lois. Lorsqu'un sujet avait offensé le Roi, le Prince se  contentait de l'admonester, si l'offense était légère; si l'offense était plus grave, il le renvoyait par-devant ses pairs, pour rendre raison de sa conduite ; s'il était prouvé qu'il eût manqué à ce qu'il devait au Roi, on le punissait suivant la nature du délit ; s'il ne se soumettait pas à la sentence, c'était alors qu'il était déclaré contumace et rebelle, et que, comme tel, il devait être chassé de la société et du royaume.»

Le bannissement était la peine réservée à ceux qui ajoutaient à un premier crime la rebellion contre l'autorité royale et ecclésiastique.

Cette dynastie pouvait donc espérer de régner avec justice, éclat et bonheur, en faisant observer les lois sages qu'elle avait conservées au peuple français, et qui faisaient l'objet de tous ses désirs ; mais Charlemagne laissa un fils qui ne connut ni ce qu'il pouvait ni ce qu'il devait faire. Les autres Princes qui lui succédèrent n'eurent ni plus de talens, ni plus d'élévation d'esprit, ni plus de bonheur à la guerre : tout languissait, tout se ruinait entre leurs mains ; et les grands travaux que Charlemagne n'avait pu qu'ébaucher furent interrompus ou restèrent imparfaits. Ajoutez à cela qu'il s'introduisit dans l'empire deux vices destructeurs de tout gouvernement national, 1° l'influence des ecclésiastiques , qui se mêlèrent mal à propos des affaires de l'Etat, et qui inspirèrent à nos Rois une dévotion mal entendue, qui convenait plutôt à des supérieurs de moines qu'à des chefs de nation; 2° l'usurpation des bénéfices militaires qui, depuis l'origine de la monarchie, étaient affectés à récompenser les services et les belles actions de ceux qui s'étaient dévoués à la défense de l'Etat; ces terres étaient, comme je l'ai déjà dit, un propre de la nation, et elles n'étaient allouées, dans le principe, que pour la vie, à celui que le Souverain voulait récompenser; mais, sous les règnes des derniers Princes de cette dynastie, les Gouverneurs de provinces , les Ducs, les Marquis, les Comtes et les Barons, qui avaient obtenu ces terres à vie seulement, se les approprièrent et les rendirent héréditaires dans leurs familles, aussi bien que les titres et commissions dont ils avaient été pourvus pour les gouvernemens et l'administration des provinces et des villes. Cet exemple d'usurpation fut suivi par tous ceux qui tenaient quelques terres, quelques titres ou quelques commissions de l'État, et tous se soutinrent les uns les autres, pour rester maîtres de ce dont ils avaient été constitués dépositaires.

Les juges mêmes, qui, dans l'origine, étaient tous militaires (la loi salique leur ordonnait de passer le bouclier à leur bras quand ils prononçaient un jugement), avaient aussi des terres attachées à leurs magistratures ; et, à l'exemple des Ducs et des Comtes, ils les usurpèrent, et se perpétuèrent dans leurs titres de Sénéchaux, Baillis, Viguiers, etc. Telle fut l'origine, non pas des fiefs (1) et arrières-fiefs, mais de leur multiplicité sans nombre.

C'est ainsi que les Grands du royaume, augmentant leur puissance, devinrent presque souverains dans les provinces qu'ils avaient usurpées; ils créèrent des arrières-fiefs et des vassaux, et obligèrent ces derniers, avec leurs hommes de fiefs, à les suivre à la guerre, même contre le Roi...

A suivre...

(1) M. le Président Hénault rapporte l'établissement des fiefs de l'an 923 à l'an 936; mais l'hommage rendu par Rollon, pour le duché de Normandie, est bien antérieur ; et on trouvé, sous Charlemagne, la vassalité et le serinent de fidélité déjà établis. A la vérité, la plupart de ces sortes de fiefs ou grands fiefs n'étaient, à l'instar des bénéfices militaires, concédés que pour la vie. Ce fut sous le règne de Charles-le-Chauve, en 877,  que les propriétaires des grands fiefs commencèrent à porter atteinte à l'autorité royale.

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

DE

 

L'ANCIENNE FRANCE

 

CONTENANT

 

L'Origine de la Royauté et de ses attributs, celle de la Nation et de ses différentes classes ; — celle de la Pairie et des Pairs de France; des Grands-Vassaux; des Dignités civiles et militaires; des Offices et Emplois de la Couronne et de la Maison de nos Rois ; — des Conseils du Prince, des Ministres d'Etat, des Ambassadeurs, du Cérémonial de la Cour ; — l'Institution des titres de Duc, Marquis, Comte, Vicomte, Baron, Sénéchal, Vidame, Châtelain, Banneret, Chevalier, Ecuyer, etc.; — celle de la Noblesse militaire et chevaleresque ; de la Noblesse de cléricature ou ecclésiastique ; de la Noblesse de magistrature ou de robe (parlemens, cours souveraines ; maîtres des requêtes, etc.) ; de la Noblesse municipale ou d'échevinage, dite de cloche; de la Noblesse par lettres d'anoblissement ou moyennant finance, etc.; — de la hiérarchie et des rangs, honneurs, droits, privilèges, prééminence, prérogatives et immunités attachés à chacune de ces catégories ; — des Armes, Armoiries et Ordres de chevalerie ; — des Lois somptuaires ; — des recherches faites à diverses époques contre les usurpateurs de la Noblesse et des titres qui la caractérisent; — des Edits, Ordonnances, Lois répressives contre ces usurpateurs ; des Jugemens de maintenue, et de la Jurisprudence en matière nobiliaire ; — des Moeurs, Usages, Coutumes, Splendeur et Décadence, de ces diverses classes, etc.. etc.

 

 

PAR M. DE SAINT-ALLAIS.


 Pairie

 

 

DE

 

L'ANCIENNE FRANCE.

 

 

CHAPITRE PREMIER.

 

DES MINISTRES D'ETAT

 ET DU CONSEIL DE NOS ROIS.

 

Dans toutes les monarchies anciennes et modernes, il y a eu des Ministres, dont le devoir et les fonctions consistaient à soulager les Princes dans l'administration de leurs États et dans la conduite de leur gouvernement.

L'Empereur Auguste créa des Questeurs du palais, dont les fonctions consistaient à lire dans le Sénat les lettres et les édits du Prince, et Constantin leur fit rédiger par écrit les lois qui devenaient nécessaires à l'empire; il les regardait comme ses assesseurs et ses jurisconsultes, et ne faisait rien sans leur participation.

« Un Questeur du palais, dit Cassiodore, dut être le trésor de la renommée publique et l'arsenal des lois. Il devait avoir une connaissance du droit et de la langue dans laquelle il parlait, afin que la critique ne pût rien trouver de répréhensible dans ce qui était émané du Prince.» Le Questeur devait signer tous les rescrits impériaux, après quoi on les envoyait au Comte des dispositions, pour qu'il les fit transcrire et qu'il les gardât dans son chartrier.       

La composition d'un ministère chez les Romains comprenait : 1° le Questeur du palais, 2° le Primicier des Notaires (1), 3° quatre Maîtres de portefeuille (scrinium), 4° Le Comte des dispositions, 5° enfin un certain nombre de Référendaires, qui rendaient compte à l'Empereur des suppliques qui lui étaient adressées et des jugemens des tribunaux.

Chez les Francs, s'il n'y eut pas quatre Maîtres de portefeuille, il paraît certain qu'il y en eut deux au moins; car, selon M. le Comte du Buat, il est parlé du second portefeuille dans le livre V de la Collection d'Aymoin.

Cependant, il est certain que, dans l'origine de notre monarchie, et sous la première race de nos Rois, c'étaient les grands-officiers de la Couronne qui, sans avoir le nom de Ministres ni de fonctionnaires à portefeuille, composaient le conseil du Prince, souscrivaient toutes les chartes, en faisaient l'expédition, et surveillaient l'exécution des lois et des ordres émanés du trône.

Ces grands-officiers de la Couronne étaient au nombre de sept ; six d'entre eux se mêlaient en général des affaires de l'Etat; et le septième, particulièrement de celles du Roi et de sa maison. Voici leurs titres et leurs fonctions :

1° Le MAIRE DU PALAIS, dont le nom vient de meyer, qui signifie, dans la basse Allemagne, surintendant, à quoi répond le mot latin major, était appelé Proefectus palatii, Patricius, Major palatii, Proefectus auloe Regioe, et Major domus. Cet office était proprement le même que celui du Préfet du prétoire, qui avait toute la puissance sur les autres officiers en général et en particulier. Dion rapporte ces termes, dont l'Empereur Trajan se servit en donnant son épée à Licinius Surat : Accipe, inquit, gladium quem pro me, si bene atque ratio ne imperavero, distingues. Sinminus, eo ad interitum meum utere. Cùm proeficeret eum proetorianis cohortibus, etc.

Cet officier disposait en France de toutes les affaires du dedans et du dehors, dit Eginard, et quelquefois même il était tuteur du Roi mineur, comme, par exemple, Landry, pendant la minorité de Clotaire II, fils de Chilpéric et de Frédégonde. Le Maire Éga fut aussi tuteur de Clovis II, fils de Dagobert 1er et de Nantilde.

2° Les DUCS, qui avaient le gouvernement des provinces, et qui en référaient au Conseil du Roi ; chaque Duc avait douze Comtes sous son autorité.

3° Les COMTES, qui étaient Gouverneurs des villes, comme les Ducs l'étaient des provinces, et qui étaient installés par les Ducs ; ils conduisaient les levées de leur gouvernement à la guerre et administraient la justice en personne en temps de paix : ils avaient des lieutenans qui rendaient la justice en leur absence, et qu'on appelait vicarii ou viguiers.

4° Le COMTE DU PALAIS, Cornes palatii, Grégoire de Tours le nomme Major domus Regiae. Cet officier venait après les Ducs et les Comtes, et avait l'administration de la justice, lé commandement et la surintendance sur tous les officiers de bouche. Proefectus erat aulicis palatinis, Greg. Turon., lib. x, cap. XXIX. Ce qui revient à l'office de Grand-Maître de France, qui avait sous lui le Grand -Échanson et le Grand - Panetier de France; et, plus anciennement, le Grand-Queux, office qui fut supprimé.

5° Le COMTE DE L'ESTABLE OU CONNÉTABLE, Comes stabuli. Cet officier avait le gouvernement de ceux que Grégoire de Tours appelle Custodes Equorum Regiorum. Il fut remplacé par le Grand-Ecuyer de France, qui avait commandement sur le premier et sur tous les autres écuyers, sur tous les officiers de la grande et de la petite écurie du Roi, et même sur les rois, hérauts et poursuivans d'armes.

6° Le RÉFÉRENDAIRE, Referendarius. Ce titre s'appliquait, sous la première race, à ceux qu'on a depuis appelé Chanceliers. La charge du Référendaire était de garder l'anneau où était le sceau du Roi. Grégoire de Tours dit : Syggo Referendarius qui annulum Regis Sigiberti tenuerat, et à Childerico Rege ità provocatus erat, ut servitium quod tempore fratris sui habuerat, obtineret, ad Childebertum Regem, Sigiberti filium, relicto Chilperico, transivit.

7° Le CHAMBRIER OU GRAND-CHAMBELLAN, Camerarius. Cet officier, sous les Rois de la première race, avait particulièrement soin de la personne du Roi, qu'il levait, couchait et habillait; en un mot, il avait soin de la chambre, et le commandement sur tous ceux qu'on appelait camerarii ou valets-de chambre.

Cet office répondait à celui que les Romains appelaient Praepositum sacro cubiculo, qui portait le titre d'illustre, qu'on n'attribuait qu'aux officiers de la première classe de l'empire, et marchait après le Maître de la gendarmerie. Post Magistrum militum inter illustres primos, quartus annumerabatur. (Leg. utim. Cod. De proep. sacr. cubic. )

Mais, outre ces grands-officiers de la Couronne, il y avait encore des Seigneurs français qui avaient entrée  dans le Conseil du Roi, et qui portaient le titre de Conseillers, titre qui était fort éminent, selon Hincmar, et qui s'éteignait par la mort du Souverain qui l'avait conféré.

Gontram, Roi d'Orléans et d'Austrasie, ayant désigné Childebert, son neveu, pour être un jour son successeur, le prit en particulier, et après lui avoir fait promettre qu'il ne parlerait à personne de ce qu'il allait lui dire, il lui indiqua ceux d'entre ses fidèles qu'il devait admettre dans son Conseil : quos in consilio haberet; et ceux qu'il en devait écarter, aut sperneret à colloquio.

Grégoire de Tours donne le titre de Conseiller à ce favori de Ragnachaire, Roi de Cambrai, dont Aymoin parle en ces termes : « Ragnachaire s'était donné un familier, nommé Faron , homme d'une rare prudence, à ce qu'il croyait ; Faron l'avait tellement aveuglé sur son compte, que lorsqu'on faisait quelque présent au Roi, il en avait toujours sa part, et Ra gnachaire ne manquait jamais de dire : Voilà qui est pour moi et pour mon Conseiller Faron. Ce récit prouve deux choses : la première, que l'institution des Conseillers était aussi ancienne que la monarchie ; la seconde, que dès lors on les appelait indifféremment les Conseillers du Roi, ou ses familiers.

Sous les premiers Rois de la première race, les fonctions de Ministres ou de Conseillers devaient se borner à fort peu de choses , parce que l'administration de l'État était tout-à-fait militaire, et dirigée, sans cesse, vers les conquêtes; et lorsque les Gaules furent soumises, les Francs ne furent pas en assez grand nombre pour s'en approprier toutes les terres : ils n'en prirent que le tiers, qui fut divisé en terres saliques, en bénéfices militaires et en domaines du Roi. Les Gaulois, qui se soumirent, conservèrent le reste, et ce fut le plus grand nombre. Les terres saliques étaient celles qui échurent en partage à chaque Franc, et qui, par conséquent, devinrent héréditaires. Les bénéfices militaires étaient des terres qui demeuraient à l'Etat, et que les Rois devaient distribuer, pour récompenses viagères, à ceux qui en méritaient par leurs actions ou par l'ancienneté de leurs services. Les domaines du Roi étaient la part considérable qu'avait eue le Chef dans le partage général : cette part, dispersée dans tout le royaume, en plus de cent soixante lots, composait le principal revenu des Rois de la première et de la seconde race.

Ces partages faits, entre nos Princes et les Francs qui les avaient accompagnés dans la conquête, étaient le prix du sang que les compagnons de Clovis avaient versé ; et l'esprit d'égalité que ces Francs avaient porté d'au-delà du Rhin ne put même s'effacer lorsque leurs Princes agrandirent leur territoire et prirent définitivement le titre de Roi ; et les terres provenant de ce qu'on, appelait bénéfices militaires étaient considérées comme un propre de la nation, et non pas comme un domaine de la Couronne ou comme fiefs en relevant, ces deux termes étant postérieurs de plusieurs siècles à cette époque, où les Francs se rappelaient encore qu'ils avaient le droit de choisir leurs Capitaines et leurs Rois, comme le moyen le plus assuré d'éviter l'oppression.

«Ainsi, le Franc, quoique vivant sous l'autorité du Roi, n'en était pas moins libre pour cela, puisqu'il ne devait à la grâce du Roi ni sa liberté , ni ses possessions, ni l'indépendance de sa personne, ni la jouissance de ses biens, n'étant redevable de tous ces avantages qu'à sa seule naissance de Franc, et à la part qu'il avait prise à la conquête. »

Et, selon le même M. de Boulainvilliers, chaque Franc avait le droit de défendre sa personne, sa liberté, son bien, son intérêt, et généralement tout ce qui lui a appartenait directement ou indirectement, contre les entreprises de qui que ce soit, fût-ce même contre le Roi personnellement.

Et il ajoute que, sous cette première race, les Français étaient juges les uns des autres en matière criminelle, et arbitres souverains de toutes les affaires « qui étaient portées à leur assemblée générale du Champ-de-Mars, où le Roi venait présider. C'était, en effet, la plus haute de ses fonctions, puisque, dans l'établissement, il ne tenait d'autre rang que celui de premier magistrat civil ; modérateur des délibérations communes et juge des causes ordinaires étaient ses fonctions prescrites. »

L'origine et l'égalité de la condition et du partage entre les Français ayant été prouvées, il en résulte que les conquérans de la Gaule, qui n'avaient point de maître direct, devaient du moins trouver dans l'assemblée commune de tous les membres de la nation, une puissance supérieure, sans laquelle nulle police intérieure ou extérieure ne peut subsister, qui leur fît observer les lois qu'ils s'étaient eux-mêmes imposées. Ce pouvoir ne s'étendait pas cependant jusqu'à faire perdre la vie à un Français : la loi commune pourvoyait si bien à sa sûreté, qu'il ne pouvait encourir de plus grande peine qu'une amende pécuniaire dans le cas d'un homicide, ou la privation de l'héritage salique, en cas de refus du service militaire ou de désobéissance formelle envers le Gouvernement. Mais de quelque espèce que fût l'accusation contre un Français, dès qu'elle intéressait son honneur, sa vie ou ses biens, elle n'était plus au jugement d'un particulier revêtu de quelque dignité que ce fût : la liaison naturelle de tous les membres avec le corps établissait la nécessité d'un jugement public, et ce jugement public était celui de l'assemblée générale de toute la nation au Champ-de-Mars.

La convocation de l'Assemblée du Champ-de-Mars était aussi ancienne que la monarchie; Clovis, converti à la foi chrétienne, déclare qu'il veut avoir l'avis des Grands et de l'armée; il publie un édit pour la convocation publique du peuple. Les Grands du royaume s'assemblent et les troupes se trouvent avec eux au lieu marqué pour l'assemblée ; l'armée avait donc part aux délibérations.

Il ne se faisait aucune loi nouvelle sans le consentement nécessaire et positif des peuples; et il n'y avait de lois pour la nation que celles qu'elle avait approuvées.

Il n'entrait pas au pouvoir du Roi d'entreprendre la guerre sans l'avis de la nation. Clovis II disait que le soin qu'il était obligé d'avoir de son royaume était pour lui un avertissement continuel d'appeler les Francs à l'examen et à la discussion des affaires publiques. Il n'en est point de plus importante qu'une déclaration de guerre ; aussi voit-on les Rois mérovingiens employer les discours les plus pathétiques pour faire consentir les Francs à la guerre.

Ce ne furent donc pas les Rois de la première race qui cherchèrent à étouffer l'esprit de liberté et les droits acquis à leurs sujets ; ils furent, au contraire, asservis eux-mêmes dans la suite par leurs premiers Ministres, c'est-à-dire, par les Maires du palais, qui, dans l'origine, n'étaient que des officiers temporaires, qui surent se rendre héréditaires depuis la mort de Dagobert II, et qui devinrent ainsi les Ministres nés de nos Rois et les commandans supérieurs de leurs armées : c'est pourquoi ils finirent, par prendre le titre de Dux Francorum, Dux et Princeps, Subregulus.

L'administration de l'Etat et la conduite des armées, mises ainsi entre les mains des Maires du palais, réduisirent les derniers Rois de cette première race à un état de nullité absolue. Ils ne prenaient aucune connaissance des affaires, ne signaient et ne faisaient expédier aucunes chartes, aucunes lettres - patentes ; le Maire du palais en commandait l'expédition au Chancelier, qui n'était chargé alors que du dépôt du sceau royal, et les signait avec les autres grands-officiers de la Couronne.

Les Francs s'étaient réservés le droit d'élire le Maire ou le Général sous lequel ils voulaient combattre, et le Prince devait confirmer cette élection; mais, dans la suite, les Maires s'élevèrent à un tel degré d'autorité, qu'ils obligèrent les Rois de vivre du produit de leurs métairies, situées ordinairement au milieu des forêts, et ou l'on tenait des haras, des boeufs, des vaches, des moutons, de la volaille, et où l'on cultivait des légumes; ce qui n'était pas consommé par eux et par les gens de leur suite était vendu pour faire face à leur entretien. Ils passaient leur temps à voyager d'une métairie à l'autre. Il n'y a aucun doute que certains d'entre eux n'eussent assez de caractère pour changer cette manière humiliante de vivre ; mais la surveillance des Maires du palais, qui méditaient leur usurpation, les en empêcha et les tint constamment dans un état d'inaction qui finit par les faire mépriser du peuple, et qui conduisit ces Maires à s'emparer de leur Couronne en 761….

 

 

(1) Notarii, ainsi appelés, parce qu'ils étaient dépositaires des caractères de la signature des Empereurs, qu'on appelait notae, parce qu'ils publiaient leurs mandemens et leurs ordonnances, qui commençaient ordinairement par : Notum facimus (Nous faisons savoir).

 

 

A Suivre…

 

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

 

 

Cassiaux1

 

 

 

…Ils avaient rêvé le 13 Vendémiaire ! mais il fallait l'exécuter ; et tel qui conçoit le crime, et peut du fond du cabinet en diriger les effets, manque souvent de l'énergie des bourreaux : c'était le cas où se trouvait le Directoire. Mais un homme existait; il était ambitieux, sans crédit, sans fortune et sans réputation ; il quêtait un emploi ; l'on se ressouvint de lui, on l'appela; il vint, obéit, et Paris fut ensanglanté par la maint de celui qui devait y régner bientôt. Ce jour marqua son âme d'un cachet de sang, et fut le prélude des grandes œuvres qui devaient l'immortaliser.

Toutefois cette fameuse journée lui valut un commandement; l'Italie vit flotter partout l'étendard tricolore, et le vainqueur d'Arcole et de Lodi, couvert de gloire et de lauriers, reparut au milieu de la France. Son retour fit frémir les Parisiens et trembler le gouvernement directorial.

On conçut le projet de l'éloigner, on flatta son orgueil militaire, l'expédition d'Egypte fut résolue ; il partit, et fut  vaincue sons les murs de Saint-Jean d'Acre.

Tour-à-tour Corse, Français et Mahométan, plus ce caméléon politique s'avança dans la carrière ; plus il devint ambitieux. Il ne négligea rien de ce qui put le porter à la souveraineté. Nous verrons par quels degrés il y parvint.

Fatigué de défaites, repu de ravages et convaincu de la folie de son entreprise, Buonaparte revint en France ; et la France, écrasée sous le poids d'un gouvernement versatile et cruel, vit arriver avec quelque joie celui qu'elle avait vu s'éloigner avec plaisir.

Le 18 Brumaire éclata; le Corps législatif fut transféré à Saint-Cloud, le cosmopolite s'y transporta ; le Conseil des Cinq cents fut disséminé à la baïonnette ; un reste de dignité nationale se fit sentir, et Buonaparte, mis hors de la loi, fût tombé sous les poignards des législateurs, si ses compagnons d'armes ne l'eussent sauvé par un crime de lèse-nation.

Enfin le triumvirat eut lieu ; un pouvoir absolu lui fut remis, et dans l'espace de vingt-quatre heures la France eut un nouveau gouvernement.

La France en eût changé vingt fois, s'il se fût trouvé vingt factions différentes ; elle n'avait plus d'énergie que pour souffrir; Le triumvirat se sentit bientôt de l'influence que Buonaparte avait acquise : on le vit successivement devenir Premier Consul, Consul à vie, Empereur des Français, Roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Confédération Suisse, Il eût uni la tiare aux sceptres qu'il avait amoncelés, si la main de Dieu ne l'eût brisé, toutefois il versa sur ses usurpations le coloris le plus gracieux, et chaque dignité parut lui être conférée au nom des peuples qu'il avait asservis à ses lois, et soumis à sa volonté.

Tant de gloire, de fortune et de puissance ne purent le rassasier, ni cacher à ses yeux toute l'horreur de son usurpation ; il sollicita de Monsieur (1) l'abdication de tous ses droits à la couronne de France, et le refus qu'il en éprouva fut l'arrêt de mort de l'infortuné duc d'Enghien. Ce meurtre révoltant, que ses partisans nommèrent assassinat politique, tourna contre lui tous les vrais Français, et même ceux que la fortune ou leur inclination attachaient à son char.

Ce premier attentat à la majesté des nations fut bientôt suivi d'un second, non moins féroce- Un traité fut contracté avec l'Espagne ; cette généreuse alliée nous fournit ses trésors et ses soldats ; on parla de conférences, Charles IV et sa famille s'y rendirent Charles IV et sa famille furent enlevés, faits prisonniers, et la plus indigne captivité devint le prix de la plus honorable confiance.

Ce crime impolitique avait été créé par lui seul ; ses parens, ses ministres, ses conseillers les plus intimes s'y opposèrent.

Il les décrédita ou les exila, non pas qu'il ignorât les malheurs où pouvait le plonger cette infâme trahison ; mais un sentiment plus fort l'entraînait : — il avait soif du sang des Bourbons !

La noble énergie des Espagnols rendit ses projets inutiles, et leurs campagnes brûlantes furent arrosées par le sang d'un million de Français.

Sans cesse tourmenté par le besoin de se justifier et de s'ennoblir aux yeux de l'univers étonné, il sollicita une alliance avec l'Autriche ; il répudia celle qu'il avait élevée au rang d'impératrice, et obtint en mariage la fille des Césars.

Cet hymen étonnant fit un moment présager la paix à l'Europe ;.... cet hymen la détruisit. Londres, cette arche sainte qu'il n'avait pu toucher, l'irritait sans cesse par la grandeur de son commerce, et la force de sa liberté ; il y voulut entrer, et Moscou lui sembla le seul chemin qui pût l'y conduire.

Mais la nature alarmée se révolta contre lui, les nations assoupies se réveillèrent et se coalisèrent, les Français épuisés l'abandonnèrent et le maudirent; et ce colosse effrayant, après avoir lutté vainement l'espace de quelques mois , est tombé frappé de délire et d'aveuglement, et traîne au milieu d'un île de fer des jours qu'il eût pu rendre chers à la nation , qui déjà n’y percevait plus qu'à peine les forfaits qu'il avait commis ; tant les armes françaises l'avaient environné de triomphes et de lauriers!

Enfin la Providence a replacé sur le trône l'héritier de Henri ; mais hélas ! dans cet instant de trouble et de confusion, bien loin de s'éclipser, les haines et l'esprit de parti se sont réveillés : la crainte et l'incertitude chez les uns, l'orgueil et l'espérance chez les autres, sèment partout l'injustice et l'erreur. On murmure, et l'honnête homme, étonné de la stupeur générale, cherche à démêler la vérité pour ne point hasarder une opinion de laquelle il aurait peut-être à rougir un jour aux yeux de ses concitoyens.

Mais que dis-je ? peut-il n'en avoir aucune? est-il donc sa force et sans énergie? n'a-t-il pas le cri de sa conscience pour le diriger, et l'expérience du passé pour l'éclairer sur l'avenir ? Grand Dieu ! n'est-ce pas assez ?

O mes enfans ! de ce choix peut-être dépend la réputation de toute votre vie!

Cherchons donc quels sont de l'une et l'autre part les causes du murmure ; soyons impartiaux, et que notre opinion soit le fruit de notre raison, et non celui de notre délire ou de notre enthousiasme.

Sans doute ce grand événement devait produire des sensations tout-à-fait différentes dans l'esprit des Français. Les uns avaient beaucoup perdu par la révolution, les autres avaient beaucoup gagné ; l'espérance devait donc s'emparer de l'âme des premiers, au même instant qu'elle abandonnait celle des seconds : mais la main du temps avait scellé les dernières opérations de l'ancien gouvernement d'un cachet authentique, et le premier bienfait du Roi, qui le sentit, devait être une charte constitutionnelle qui fixât les prétentions de chacun.

Cet acte, aussi juste dans ses principes qu'honorable pour celui qui le dicta, n’obtint pas l'approbation générale. L'ancienne noblesse y recouvre ses titres ; mais la nouvelle conserve les siens ; chaque citoyen est également admissible aux grandes charges de l'Etat, passible d'une juste répartition d'impôts, et la liberté des cultes couronne cet oeuvre de clémence et de justice.

Mais l'irrévocabilité des ventes des domaines nationaux est devenue l'écueil où s'est allé briser l'enthousiasme de quelques royalistes. Ils ont dit : « Voilà donc le prix de notre éternel » attachement-à la dynastie des Bourbons ! « voilà donc le prix du sang que nous avons versé pour eux! Hé quoi ! n'était-ce pas assez de vingt ans d'infortune et de revers ? n'était-ce pas assez de vingt ans de honte et d'humiliations? n'était-ce pas assez d'avoir supporté de toutes parts, et les vexations de l'usurpateur, et les dédains de ses valets ? Fallait-il,  quand le Ciel rend à nos voeux celui que  nos bras ont vainement défend, qu'il confirmât par un arrêt solennel l'attentat qui nous a dépouillés? Devait-il s'entourer d'hommes nouveaux, quand il lui » restait encore cette vieille notasse française qui combattit si vaillamment à ses côtés, et lui donna tant de preuves de son dévouement et de sa fidélité ? Ces soldats parvenus sous un gouvernement tyrannique et révolutionnaire, auraient-ils osé lever leur fer sur ces vieux et preux  chevaliers, dont les noms se perdent avec leurs aïeux dans l'immensité des temps? n'eussent-ils pas fléchi le genou devant de tels maîtres ? et honteux et repentans, n'eussent-ils pas imploré notre clémence et notre protection, si leur Roi légitime ! eût eu la force de les rejeter dans le rang où le sort les a fait naître, et d'où l'anarchie les avait injustement tirés ? Les grandes charges de la magistrature devaient-elles rester entre les mains de leurs nouveaux détenteurs ? les gentilshommes français n'ont-ils donc pas acquis assez de science pour gouverner, d'énergie pour maintenir ou pour détruire ce qu'il convient à la dignité du royaume d'abattre ou de réédifier ? Hé ! que nous servent de vains titres sans prérogatives, un grand nom sans fortune et sans pouvoir? que nous sert un Roi constitutionnel ? Nous forcera-t-il, (ils l'ont dit!) nous forcera-t-il à le haïr, et à regretter les fers que nous portions ? Pourquoi tant de faiblesse et de pusillanimité ? qu'avait-il à craindre d'un peuple de factieux sans force et sans énergie ? ou s'il  redoutait encore l'influence des premiers hommes de l'Empire abattu, n'avait-il pas à son service 200,000 baïonnettes  pour le soutenir et l'aider dans l'exécution de nos projets, les seuls dignes de lui, mais qu'il n'a pas même osé concevoir ! » délire de l'égoïsme ! insensés qui vous déshonorez par de tels sentimens, tombez aux pieds d'un Roi dont la sagesse et les vertus ont conservé l'honneur à votre pays ; de ce Roi qui n'a rien perdu de sa noblesse et de sa dignité, lors même qu'il semblait ne tenir son pouvoir que des mains des alliés, et dont la grande âme vous a ménagé le plaisir si doux de paraître ne devoir qu'à vous seuls et sa couronne et son indépendance.

Ingrats ! ce n'était donc pas votre Roi que vous regrettiez, mais vos titres, vos rangs et vos honneurs ; et l'ivresse que vous fit éprouver son retour fut donc moins celle du coeur que celle de l'ambition !

O Louis ! ô mon Roi ! rappelle-toi ces mots de Cicéron à César : « n'y la rien de plus grand dans ta fortune que de pouvoir sauver la vie à une foule d'hommes, et rien de plus grand dans ton âme que de le couloir. » Résiste à l'esprit de vengeance dont on veut t'animer; pardonne « Au fond d'un cœur reconnaissant, un bien fait porte intérêt. » (2) O mon Roi! Ton avènement au trône sacré de tes pères ne me rend rien, ne m'ôte rien; mais un sentiment inné m'enchaîne à ta destinée.

Veuille le Ciel répandre dans l'âme de mes enfans ce besoin si doux de traimer et de te servir ! Veuille le Ciel réveiller dans le cœur des Français cet antique amour de leurs rois, qu'un instant d'erreur en a banni! Pardonne,... ils ont tant souffert!.... ils ont tout perdu, sauf l'honneur !

Mais s'il en était qui persistassent dans leur aveuglement, dis-leur Vous osez me reprocher ma conduite! examinons quelle a été la vôtre.

Forcés de fuir votre malheureuse patrie, entraînés par la dignité de votre rang ou par l'exemple de vos princes, vous vous êtes expatries. L'attente d'un prompt retour au sein de vos propriétés et dans les bras de votre famille, anima votre courage, et le plus grand nombre de vous conservèrent sur le champ de bataille cette antique bravoure qui valut jadis la noblesse à vos aïeux et vous la mérita de nouveau. Les chances de la guerre trompèrent notre espérance, le malheur s'appesantit sur nous, les fatigues et les privations jetèrent le découragement parmi vous ; les regrets se firent sentir ; enfin, après quelque temps de persévérance et de fierté, vous ren trâtes au milieu de la France teinte encore du sang de votre Roi. Quelques-uns y rapportèrent d'honorables cicatrices; un plus grand nombre y revinrent l'âme avilie par les vices honteux qu'ils avaient contractés dans les basses professions qu'ils ne rougirent pas d'exercer au milieu d'un  pays qui leur offrait du fer et du plomb, une couronne royale à reconquérir, et  de grands exemples à suivre.

On vous vit alors quêter servilement des certificats de civisme auprès des comités révolutionnaires, solliciter votre radiation de la fatale liste des émigrés, et peu-à-peu devenir avec l'usurpateur le plus ferme soutien de son empire et les plus zélés de ses sujets. Vous rachetâtes à force de bassesses les titres que vous aviez perdus, vous rentrâtes dans quelques - unes de vos propriétés, et vous vous jetâtes avec confiance dans les bras du soldat vagabond dont l'adroite politique vous attachait à sa fortune.

Dans votre nouvelle élévation, non-seulement vous avez oublié vos premiers  sermens, mais encore vous avez frappé de mépris et d'outrages tous ceux de vos égaux qui s'étaient refusés à l'adoration de l'usurpateur.

Possesseurs vous-mêmes de biens nationaux, accordâtes-vous un asile et du pain à ceux de vos frères ou de vos amis dont vous aviez acquis la fortune à vil prix ? On vous a vu solliciter des alliances honteuses, ou porter des encens au Seigneur pour la conservation  du trône impérial, et l'anéantissement de celui soutenu jadis par vos pères et  naguère défendu par VOUS, Que faisais-je alors ? Errant et malheureux avec les débris de ma famille, et soutenu par mon courage et l'attachement de quelques amis fidèles, je traînai vingt ans sans murmure des jours longuement douloureux. Vous jouissiez  au milieu de votre pays  et des douceurs de la fortune, et des douceurs de la paternité; pauvre et fugitif, je voyais grandir à mes cotés deux neveux chéris, sans que l'espoir consolant de pouvoir  leur assurer, non pas une couronne, mais un tombeau paisible, vînt jamais adoucir l'amertume de mon sort. Une épouse chérie ajoutait encore aux délices de votre vie ;... j'avais perdu la mienne mais MADAME me restait au milieu de tant de malheurs. Elle était là, chaque jour je la voyais; elle me prodigua sans cesse les soins les plus assidus ; jamais un seul murmure ne sortit de sa bouche. Plus occupée de mes maux que des siens, sa consolante amitié versait un baume délicieux sur mon existence, et réunis, nous rendions grâce à Dieu, de ce que sa bonté tutélaire nous fesait trouver dans les larmes que nous répandions une source inaltérable de bonheur et de résignation ! Hélas ! disions-nous, si la terre nous manque pour vivre, elle ne peut nous manquer pour mourir! (3)

Comparez votre existence à la mienne,  et jugez-moi si vous l'osez encore. Que dis-je? jugez-moi. Qui vous en a donné le droit ? Voulez-vous revendiquer le  pouvoir arbitraire des premiers constitutionnels ? êtes-vous jaloux de mon autorité ? ne vous rappelez-vous les journées de Septembre que pour les renouveler ? m'avez-vous replacé sur le trône par la force de vos armes ? ne suis-je redevenu souverain que pour vous consulter et vous obéir ? C'est à Dieu seul, à Dieu que je dois compte de ma conduite ; c'est  à son tribunal sacré que je serai responsable un jour des maux que je vous aurai faits, si mon coeur et mon attachement pour vous pouvaient jamais changer; c'est  à lui seul de me juger, et non pas à des  sujets factieux que je chéris , et pour qui je viens renoncer aux douceurs dur repos. Approchez-vous de moi ; essayez de soulever ma couronne, et vous verrez-de quel poids accablant elle est aujourd'hui. Quoi donc ? quand je me résigne à tout, quand je me jette entre vos bras et m'abandonne à vous avec confiance et sécurité, ne m'aiderez-vous point à tenir ce sceptre de fer qui m'est remis entouré de sang et d'épines? Qu'ai-je  donc fait pour mériter votre inimitié?

n'ai-je pas assez souffert ? ai-je causé vos malheurs ?... Répondez : qu'exigez-vous ? La restitution de vos biens ? elle est impossible sans injustice. L'avilissement de la nouvelle noblesse ? elle n'a rien que  d'honorable à mes yeux. Le rétablissement de vos droits féodaux ? ils étaient révoltans. L'abolition de la liberté des cultes? le sang malheureux des Protestans coule encore devant mes yeux, et me défend de vous écouter. Le privilège des grands emplois civils et militaires ? vous demandez l'anarchie, et je ne veux ni ne dois y consentir... »

 

(1) Louis XVIII.

(2) Sénèque.

(3) Deesse nobis terra in quâ vivamus ; in quae moriamur non potest ! Tacite.

 


 

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

Photo 011

 

Puisse cette nouvelle année apporter aux lectrices et lecteurs de ce blog les élans nécessaires au retour du Roi. Je vous souhaite à toutes et tous une belle et heureuse année 2013.

Bien à vous. Rhonan de Bar.

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

Photo 011

 

En des temps reculés, où les pères avaient encore des valeurs a transmettre à leurs progénitures. Ce Testament anonyme...

 

 

VIVE LE ROI!

OU

TESTAMENT POLITIQUE

 

 

MES ENFANS,

 

J'IGNORE quel destin vous attend ; mais quel qu'il soit, n'oubliez jamais qu'il est également indigne de l'homme de s'enorgueillir des faveurs de la fortune, ou de fléchir sous l'adversité. Heureux qui, fort d'une éducation soignée et de grands exemples, a pu se former un caractère noble et généreux, une âme sensible, un coeur droit et pur, une religion sainte! Heureux, cent fois heureux celui pour qui la reconnaissance n'est point un fardeau pénible, et dont le front ne rougit point auprès de l'ancien ami que le malheur a frappé de sa verge de fer!

Mais, ô Dieu ! qu'il est difficile d'acquérir cette pureté d'âme et cette noblesse de caractère d'où seules dépend notre félicité! combien de circonstances, légères en apparence, peuvent détruire en nous l'heureux penchant qui nous entraîne au bien, et nous plonger dans un abyme effrayant d'erreurs et de crimes ! combien il est dangereux de nous offrir à travers un prisme brillant un avenir mensonger et coupable, et qu'il est pénible de rétrograder, quand, sur la route où nous avons formé nos premiers pas, nous n'avons aperçu que des fleurs et des fruits à moissonner!

Inspire-moi, grand Dieu! enseigne-moi par quels sentiers je dois conduire ceux dont ta bonté m'a confié le bonheur ; guide mon esprit, embrase-moi du feu sacré de la vérité, remplis mon coeur de ta clémence et de ta justice; j'y vais puiser pour écrire.

Et vous, ô mes chers enfans ! vous que la faiblesse de l'âge a garantis des préjugés et de l'erreur, écoutez-moi : j'ai peu vécu moi-même, mais vingt ans de la révolution française sont un siècle d'expérience.

Peut-être la mort me frappera-t-elle avant que l'éducation ait achevé votre existence ; lisez alors ce testament que je vous dédie, vous m'y retrouverez tout entier.

Soyez heureux ; et si mes conseils et mon amitié vous aident à parcourir aisément le chemin de la vie, venez quelquefois pleurer sur mon tombeau : les larmes de mes enfans sont le seul éloge funèbre que j'envie.

Nés dans la société, c'est à la société que vous appartenez ; c'est pour elle que vous devez acquérir des connaissances solides ; c'est dans son sein que vous devez les répandre.

Mais en parcourant le cercle qui vous y est réservé, craignez l'affreux délire de l'ambition; cette horrible passion change nos goûts, éteint l'honneur, étouffe les cris de notre conscience, et nous aveugle sur le mérite de nos rivaux, en nous dérobant les vices de nos partisans ou de nos flatteurs. L'ambition a mis l'univers en mouvement; les puissances se sont heurtées et déchirées dans l'impétuosité de leur choc, et la terre n'eût plus offert bientôt qu'un amas de ruines et de débris, si la main de Dieu n'eût brisé le sceptre de l'impie et rétabli l'équilibre.

Parcourons rapidement cet épisode révolutionnaire, cherchons sans partialité quelles diverses passions ont dirigé cet œuvre de malédiction, et d'après cet examen formons-nous un guide assuré de ce que doit être aujourd'hui l'opinion de tout Français, quel que soit son rang, sa fortune ou ses revers.

Depuis long-temps la secte prétendue philosophique avait esquissé ce grand ouvrage, et ses nombreux sectateurs en hâtaient chaque jour l'exécution par leurs écrits trop malheureusement célèbres; les journaux, les feuilles polémiques, les romans, et bien plus encore les chefs-d'oeuvres de notre scène française, versaient lentement dans nos coeurs le poison du républicanisme; le mauvais état des finances, l'immensité des dettes contractées par les premiers personnages de la cour; le mépris où la religion était tombée, peut-être moins encore par le ridicule où l'avaient jetée ses nombreux détracteurs, que par l'immoralité publique de quelques-uns de ses ministres- ; la haine du célibat parmi les ordres religieux, l'abandon entier de ses devoirs parmi la classe bourgeoise, le luxe du commerce et l'ambition du barreau , tout contribuait à-la-fois au renversement de l'ordre établi : rien alors ne pouvait sauver l'Etat de l'anarchie qui le menaçait,...rien qu'un grand acte d'autorité que le Roi n'osa pas ordonner. La révolution se fit ; toutes les haines se réunirent, et les chefs de cette infâme coalition virent, peut-être en tremblant, l'épouvantable résultat de leurs leçons et de leur doctrine; mais, s'ils conçurent alors l'honorable projet d'en prévenir les funestes effets, était-il en leur pouvoir d'y parvenir ? Non ; le coup était affreux, mais il était-sans remède.

En effet, que représentait l'optique révolutionnaire? charmes toujours attrayans d'un état républicain. A qui cette agréable perspective était-elle offerte ? à des hommes enivrés de ces grandes vertus dont ils avaient pour ainsi dire sucé le lait dans les chefs-d'oeuvres des Cicéron et des Tacite, à des hommes devenus romains avec les Corneille et les Voltaire.

- Et pourquoi ne le dirais-je pas? L'éducation a dû coopérer beaucoup "aux principes de la révolution, et n'est peut-être pas, sous ce rapport, ce qu'elle doit être dans un pays où le gouvernement monarchique est le seul qui puisse convenir. Quoi de plus séduisant que Rome ? quoi de plus séduisant que ce partage égal de l'autorité publique, que ce renversement des prérogatives héréditaires, que cet appel de tous les citoyens aux premières charges de L'Etat ?

Quoi de plus séduisant que le tableau de Cincinnatus, abandonnant sa charrue pour venir combattre à la tête des légions romaines, et mériter une simple couronne de chêne, gage précieux de l'estime de ses concitoyens quels sentimens peuvent naître dans l'âme de l'adulte, qui respire en grandissant l'air brûlant de la liberté romaine ? que devez-vous en attendre, quand, à la place de ce sénat si fameux, il ne voit qu'un trône que les vertus ni la clémence de César n'ont pu légitimer à ses yeux ? que deviendra-t-il ?». Ce que sont devenus nos brigands révolutionnaires, l'assassin de ses rois. O mes enfans ! le temps et surtout l'expérience vous apprendront un jour que ce  qui fut chez Brutus le sceau d'un grand courage, devint un crime hideux pour les bourreaux de Louis XVI.

Louis XVI ! à ce nom sacré que de souvenirs déchirans viennent briser le coeur! L'histoire vous dira cette épouvantable catastrophe ; elle vous dira les crimes de ces hommes, à-la-fois sujets, accusateurs et juges de leur roi; vous frémirez en apprenant de quel sang ils ont arrosé les marches du trône, de quel sang ils ont honoré l'échafaud ; votre coeur cessera de palpiter un instant, quand elle déroulera sous vos yeux le tableau dégoûtant de leurs orgies, de leurs meurtres, de leurs souillures; et vous haïrez la fortune et ses faveurs, quand bientôt après vous les verrez s'élever sur les débris de la France, et s'asseoir orgueilleusement autour d'un trône nouveau ; quand vous verrez ces superbes républicains, couverts des titres qu'ils ont abolis , s'humilier profondément aux pieds d'un tyran, et s'enorgueillir du plus dur, comme du plus honteux esclavage. Les juges de ce terrible tribunal ne se couvrirent pas tous d'opprobre quelques uns, républicains de bonne foi, se laissèrent entraîner à l'illusion qui les enivrait, et votèrent le bannissement à perpétuité; plusieurs, trop faibles pour résister à la force de la terreur dont ils étaient frappés, votèrent la mort et l'appel au peuple (l'appel au peuple eût sauvé le Roi); d'autres ajoutèrent à la férocité de leur opinion l'insulte et l'acharnement : ils remplirent le  calice révolutionnaire de tout le sang royal, et se disputèrent entr'eux l'exécrable plaisir d'y porter leurs lèvres impies pour s'en rassasier jusqu'à la dernière goutte.

Le crime s'acheva ; la nation fut en deuil : quelques-uns s'expatrièrent, quelques autres attendirent la hache à laquelle un bien -petit nombre échappa. Le délire fut à son comble ; les partis se divisèrent, et durant un trop long espace de temps, l'échafaud permanent attendit et vit tomber tour à tour et l'assassin et la victime.

Cependant, tandis qu'elle était dans son sein en proie aux horreurs de la guerre civile, la France agrandissait au défendait ses frontières. Ce n'était pas assez que le glaive judiciaire atteignît des familles entières et couvrît notre malheureuse patrie de deuil et de désolation; il fallait encore que la guerre de la Vendée nous offrit continuellement l'image douloureuse de Français se déchirant les uns les autres, de femmes errant dans le milieu des forêts pour se soustraire à la brutalité des soldats, de vieillards égorgés , d'enfans coupés à morceaux et jetés épars aux yeux de leurs mères expirantes, de villes incendiées, de fleuves rougis par le sang des malheureux luttant contre la rapidité des flots où les avait plongés un monstre d'exécrable mémoire.

O France ! par combien de maux et de revers tu devais expier ta faute!

Enfin, après de longues secousses, le besoin de concentrer le pouvoir exécutif donna naissance au Directoire. Son règne fut court, mais les assassinats moins fréquens on plus secrets; le crime commençait presque à faire horreur. Ce fut sous ce gouvernement que les acquéreurs primitifs de domaines nationaux s'essayèrent à jouir de leurs rapines judiciaires (1). Les dévastations devinrent plus rares ; maïs déjà que de temples étaient détruits, que de palais étaient incendiés, que de ruines étaient amoncelées !

Tandis que ses législateurs plongés dans un affreux sommeil rêvaient à de nouveaux attentats, la France eut un instant de repos; cette espèce de calme devait être pour elle celui dont jouissent les environs du Vésuve, quand il forme dans son sein ces laves bouillantes qu'il va vomir, et dont les flots iront ravager au loin et la cabane du pauvre et ses fertiles moissons...

 

A suivre. Anonyme.

 

 (1) On avait fait condamner plusieurs individus pour s'emparer de leurs biens.

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

HOMMAGE A MARIE-ANTOINETTE

JOSEPHE-JEANNE DE LORRAINE

ARCHIDUCHESSE D’AURICHE

REINE DE FRANCE.

 

mariegros-bonnet.jpg

 

Ce 16 octobre 2012.

 

219ième anniversaire de la décollation de Marie-Antoinette.

 

A vous ma Reine. A vous Madame, que la cupidité mais plus encore la folie des séditieux a menée à l'échafaud. Vous Madame dont le destin tragique était inscrit dès le berceau et pourtant devant lequel vous n’avez jamais failli. Vous Madame sur qui l'on a beaucoup menti, l’humble Chevalier que je suis vous adresse, en ce jour de commémoration de votre Martyre, ses pensées les plus élogieuses et ses pensées les plus affectueuses d'un fils, si le Ciel le conçoit, non de sang, mais d'âme !

 

Vive la Reine !

 

 

LETTRE DE MARIE-ANTOINETTE

A SA SŒUR

MARIE-ELISABETH.

 

Ecrite à Paris le 16 Octobre 1793. 4h30 du matin.

 

« C'est à vous, ma soeur, que j'écris pour la dernière fois : je viens d'être condamnée non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère, comme lui, innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers momens.

Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien ; j'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants ; vous savez que  je n'existais que pour eux et vous, ma bonne et tendre sœur. Vous qui avez, par votre amitié, tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse! J'ai appris, par le plaidoyer même du procès, que ma fille était séparée de vous. Hélas! la pauvre enfant, je n'ose pas lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre ; je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra : recevez pour eux deux ici ma bénédiction. J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous, et jouir en entier de vos tendres soins.

Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer : que les principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie ; que leur amitié et leur confiance mutuelle en feront le bonheur. Que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a elle doit toujours aider son frère par des conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer; que mon fils, à son tour, rende a sa sœur tous les soins, les services que l'amitié peut inspirer ; qu'ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union. Qu'ils prennent exemple de nous : combien, dans nos malheurs notre amitié nous a donné de consolation; et dans le bonheur on jouit doublement, quand on peut le partager avec un ami ; et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille ? Que mon fils n'oublie jamais, les derniers mots de son père, que je lui répète expressément : « qu'il ne cherche jamais à venger notre mort » »

J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon cœur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine; pardonnez-lui, ma chère sœur ; pensez à l'âge qu'il a, et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas : un jour viendra, j'espère, où il ne, sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux. Il me reste à vous confier encore, mes dernières pensées; J'aurais voulu les écrire dès le commencement du procès ; mais outre qu'on ne me laissait pas écrire, la marche en a été si rapide que je n'en aurais réellement pas eu le ténus.

Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée, et que j'ai toujours professée ; n'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait trop, s'ils y entraient une fois, je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe. J'espère que, dans sa bonté, il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis long-tems pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tous ceux que je connais, et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu vous causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes et à tous mes frères et sœurs. J'avais des amis ; l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant ; qu'ils sachent, du moins, que, jusqu'à mon dernier moment, j'ai pensé à eux. Adieu, ma bonne et tendre sœur ; puisse cette lettre vous arriver! Pensez toujours à moi ; je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfans : mon Dieu ! qu'il est déchirant de les quitter pour toujours. Adieu, adieu, je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre dans mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre ; mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et que je le traiterai comme un être absolument étranger. »

 

 

MONTJOYE SAINT DENYS.

 

 

RHONAN DE BAR.

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

DE L'UNITÉ NATIONALE


PAR


LE COMTE DE FALLOUX

 

250px-Fleur de lis of Florence.svg

 

III

 

La persécution ! N'y comptez pas, répondent ceux qui s'efforcent de modérer le mouvement.

Nous n'avons pas perdu la mémoire et nous ne vous rendrons pas ce service; nous ne persécuterons pas. Si! vous persécuterez. Ceux qui le veulent l'emporteront sur ceux qui ne le veulent pas : cela est fatal.

Vous persécuterez, parce que vous êtes passionnés et que la passion a autant de logique que la raison, quelquefois plus. Vous persécuterez, parce que cela est écrit dans votre propre histoire, parce que c'est l'inévitable destin des hommes de parti qui, arrivés au pouvoir, restent hommes de parti. M. de Serre, ministre de la Restauration, disait à la tribune du Palais-Bourbon : « Le triomphe d'un parti, funeste au pays, ne tarderait pas à l'être à ce parti lui-même; nous sommes tous Français ! il n'y a, il ne doit y avoir d'exclusion, d'exhérédation pour personne. On commence par exclure, on finit par proscrire (1). »

Comment ne persécuteriez-vous pas ? Mais regardez donc votre passé.

Les Jésuites étaient bannis de France et même de presque toute l'Europe ; ils l'étaient avec l'assentiment d'un pape, et la révolution débutait en face d'une Église affranchie de tout alliage ultramontain. Vos pères en furent-ils désarmés? Nullement. En 1790, ils rêvèrent la constitution civile du clergé; en 1793, ils ne rêvaient plus, ils en étaient à l'Etre suprême et à l'échafaud. En 1828, on obtint du roi Charles X ce qu'on avait obtenu de Clément XIV, soixante ans auparavant; la révolution de 1830 n'en éclata pas moins deux ans après, et tout l'effort des haines populaires, toutes les calomnies, toutes les caricatures, furent tournés contre le clergé. Saint-Germain l'Auxerrois, Notre-Dame de Paris furent dévastés, et M. de Quélen, notoirement gallican, comme presque tout le clergé de la Restauration, mourut dans une cellule qui, durant dix ans, lui avait servi d'archevêché.

Ainsi, même en laissant de côté les menaces et les aveux sinistres dont tant de journaux sont remplis, on peut prédire hardiment que vous ne vous en tiendrez pas longtemps au cléricalisme ou à l'ultramontanisme. Ce sont des mots commodes qui se prêtent à tout ce qu'on veut, et tout catholique, quand cela vous conviendra, sera justement convaincu d'être clérical ou ultramontain. Des hommes de savoir et d'esprit, comme le sont plusieurs d'entre vous, n'ignorent point cela ; ils savent parfaitement ce qu'ils veulent, ce qu'ils visent, et l'immolation de quelques pauvres religieux ou de quelques pauvres religieuses ne les consolera pas de se retrouver, le lendemain comme la veille, en face de l'Église tout entière, de sa hiérarchie, de sa discipline, de son enseignement et de ses oeuvres.

Ce que vous commencez aujourd'hui, c'est une guerre sans merci, guerre qui a déjà dix-huit cents ans de durée, vieux dessein toujours stérile, même quand il triomphe, mais toujours renaissant, même quand il succombe, que nous ne devons ni redouter ni dédaigner outre mesure; mais qu'en tous cas, il faut appeler de son véritable nom. Ou vous vous arrêterez lorsqu'il en est encore temps, ou vous ramènerez vos préfets au rôle de Pline le Jeune mettant deux femmes à la torture pour mieux découvrir les prétendues superstitions chrétiennes et les dénoncer à Trajan (2).

Ne vous récriez pas devant ce rapprochement, il ne se justifie que trop par le chemin si rapidement parcouru depuis le commencement de la campagne.

Quant à votre effroi de l'ultramontanisme, peut-il être sincère ? Vous savez parfaitement que l'ultramontanisme ne date pas d'aujourd'hui et que Pie IX ne l'a point inventé (3); vous savez bien que les ordres religieux font partie de l'Église et qu'on ne peut logiquement admettre l'une et repousser les autres. Faites-vous subir cette dissection au protestantisme ?

Frappez-vous les luthériens au profit des calvinistes? favorisez-vous les piétistes aux dépens des quakers? Tous les fondateurs d'ordre ont inséparablement professé l'amour de Jésus-Christ et la soumission à son vicaire: saint Benoît, saint Bruno, saint François d'Assise, saint Dominique, n'avaient point, à cet égard, une autre doctrine que saint Ignace de Loyola ou saint Alphonse de Liguori. L'ultramontanisme n'est qu'un fantôme,

on l'avoue dans vos propres rangs aux —heures de justice ou de distraction. D'ailleurs, seriez-vous donc plus gallicans qu'ultramontains?

Qui de vous, affectant le plus profond respect pour l'Église gallicane, voudrait adopter son Credo et réciter son Confiteor ?

Voici, entre mille autres semblables, une page de la main de Bossuet : « Dieu a fait un ouvrage au milieu de nous qui, détaché de toute autre cause, et ne tenant qu'à lui seul, remplit tous les temps et tous les lieux et porte par toute la terre, avec l'impression de sa main, le caractère de son autorité : c'est Jésus-Christ et son Église. Il a mis dans cette Église une autorité seule capable d'abaisser l'orgueil et de relever la simplicité, et qui, également propre aux savants et aux ignorants, imprime aux uns et aux autres un même respect; c'est contre cette autorité que les libertins se révoltent avec un air de mépris (4) » Cette page, voulez-vous la signer? Vous empruntez volontiers aux jansénistes leurs accusations contre les Jésuites, mais qui de vous s'agenouillerait aux pieds de M. Singlin ou de M. de Saint-Cyran, s'enfermerait à Port-Royal des Champs avec le grand Arnaud ou traduirait les Pères du désert avec M. d'Andilly? Vous aimez à vous targuer de quelques rigueurs des vieux parlements ; mais vous ne voudriez pas épouser leur royalisme, leur jurisprudence et leurs pénalités. Toutes ces évocations ne sont que des ruses de guerre et non des professions de foi.

On est donc amené à vous rappeler le conseil d'un homme de génie qui était, au suprême degré, un homme de bon sens :

 

Quand sur une personne on prétend se régler,

C'est par les beaux côtés qu'il lui faut ressembler.

Et ce n'est pas du tout la prendre pour modèle,

Ma sœur, que de tousser ou de cracher comme elle.

 

Écouterez-vous Molière? Non. A tous les anciens régimes on emprunte leurs iniquités, leurs violences, leurs faiblesses et leurs fautes, sans s'embarrasser ni des principes, ni des vertus, ni des repentirs de ceux qu'on met en scène. On choisit ce qui sert, on écarte ce qui condamne ; on composé un dossier faux avec des documents vrais ; on fait comparaître les grands siècles et leurs grands noms pour les transformer en faux témoins; on les enrôle, malgré eux, dans une oeuvre dont ils auraient eu horreur s'ils l'avaient pressentie.

Ce triste jeu, que cache-t-il ? On doit avoir un dessein en rapport avec le trouble que l'on jette dans les coeurs et dans les consciences. Il n'est pas admissible que l'on ait soulevé tant de clameurs, accompli déjà tant d'actes arbitraires pour les minces griefs qui étaient portés naguère à la tribune. Comment ! le christianisme aura triomphé du monde païen et planté la croix sur le tombeau des Césars; il aura détruit la servitude antique et doté le monde nouveau de la chasteté et de la charité ; il aura, de l'extrême Orient à l'extrême Occident, montré la civilisation, converti et policé les barbares, construit, à côté des monastères, les écoles et les universités ; il en aura fait sortir les savants, les politiques, les saints qui ont illustré le monde moderne; il aura, le premier, professé et pratiqué l'égalité en faisant asseoir d'humbles prêtres sur les marches de tous les trônes et posé la triple couronne sur la tête des pâtres et des mendiants ; il aura créé les grandes monarchies et les grandes républiques du moyen âge, retrouvé et sauvé les trésors de la poésie et de la philosophie antiques; il aura porté à leur plus sublime expression les lettres et les arts, donné dans les conciles le modèle des plus larges et des plus hautes délibérations; en un mot, il aura tout fondé ou tout régénéré parmi nous, depuis dix-huit cents ans, et tout cela serait non avenu! Tout cela serait mis en échec, et même en péril, parce qu'un casuiste trop épris de son art, se sera livré à de puériles subtilités ! Tant de grandeurs et tant de bienfaits seront reniés, repoussés, conspués pour flageller un théologien inconnu, pour venger la vache ou la chèvre d'un berger imaginaire (5)! Non, non, vous ne voudriez pas qu'on vous prît au mot, qu'on vous crût si mesquins dans votre ingratitude! Non, vous prétendez à plus d'honneur et à plus d'indignité.

Ni le sacrifice des casuistes, ni le sacrifice des Jésuites ne vous suffira; c'est la vieille guerre au Christ qui recommence. Sans doute, quelques-uns aimeraient à faire d'abord cette guerre par surprise; mais votre armée est trop nombreuse pour qu'on ne la voie pas de loin et trop bruyante pour qu'on ne l'entende pas marcher. Ce n'est pas l'ultra-montanisme seul que vous attaquez, ce n'est même pas le catholicisme seul : vous en voulez au christianisme tout entier.

Ne vous récriez pas. Acceptez plutôt franchement le rôle que vous voulez jouer, avec les libres penseurs allemands et les athées de fous les pays, dans la grande campagne qui s'ouvre contre l'Église. « Je ne puis oublier, nous a dit un observateur d'une rare clairvoyance, un aveu arraché à l'une des intelligences les plus puissantes que j'aie rencontrées, à un homme qui, né protestant, était devenu panthéiste et qui tarissait au service de ce système tous les trésors d'une imagination riche et féconde (6).

Cet homme, comme il arrive communément, rejetait ou défigurait tout dans le système chrétien; mais il ne haïssait que le catholicisme, dont une des gloires est de recevoir toujours l'hommage de la haine à défaut de celui de l'amour. Au milieu d'une longue discussion où toutes les préventions de son ancienne erreur avaient reparu sous la couche plus nouvelle du panthéiste, je l'arrêtai en lui

demandant s'il admettait sérieusement que, la forme catholique n'ayant point existé dans le monde, il serait, à travers dix-huit cents ans de lutte, resté autre chose du christianisme qu'un système de morale, comme le Portique ou le Stoïcisme. Après quelques moments de silence, qui firent prendre à la physionomie de mon interlocuteur une expression que je vois encore : — Non, me répondit-il, la durée eût manqué au christianisme comme religion ; il eût simplement gardé sa place comme système de philosophie morale (7). »

Détruire le catholicisme et réduire le christianisme à l'état de théorie purement spéculative, voilà le fond de la pensée; cette pensée est la seule qui puisse expliquer ce que nous voyons !

Mais qu'on y réfléchisse ! les destructions qui séduisent de loin entraînent quelquefois plus de ruines qu'on ne l'avait d'abord imaginé; souvent on se félicite d'avoir fait plus de peur que de mal, tenez-vous-en là; souvent on conjure un grand incendie en éteignant un feu de cheminée; croyez-en d'autres que moi, ne méprisez pas cette précaution.

Secouer tous les jougs et particulièrement le joug de Dieu est l'invariable penchant des puissants; beaucoup l'ont entrepris, nul n'a obtenu plein contentement, pas plus Philippe le Bel que Frédéric Barberousse, pas plus les Hussites que les Albigeois. Et cela ne tient pas à ce que vous nommeriez volontiers la barbarie du moyen âgé, car l'ère moderne ne rend pas un témoignage différent. Vous ne serez certainement pas plus forts que vos devanciers de la Convention ni plus habiles que Napoléon Ier; vous n'aurez ni plus de mépris d'autrui que ces grands contempteurs du droit, ni plus de confiance en vous-mêmes que ce grand favori de la fortune. Manuel, procureur syndic de la Commune de Paris, proposait d'écrire sur le frontispice de l'église des Carmes, après le massacre des prêtres : CI-GÎT LE CI-DEVANT CLERGÉ FRANÇAIS, et cette inscription n'était pas encore gravée sur le marbre, que déjà les terroristes s'égorgeaient entre eux.

Le 16 juin 1811, l'empereur faisait entendre au Corps législatif le langage suivant : « La paix conclue avec l'empire d'Autriche a été depuis cimentée par l'heureuse alliance que j'ai contractée; la naissance du roi de Rome a rempli tous mes voeux et satisfait à l'avenir de mon peuple. Les affaires de la religion ont été trop souvent mêlées et sacrifiées aux intérêts d'un État de troisième ordre. Si la moitié de l'Europe s'est séparée de l'Église de Rome, on peut l'attribuer spécialement à la contradiction qui n'a cessé d'exister entre les vérités et les principes de la religion qui sont pour tout l'univers et des prétentions et des intérêts qui ne regardaient qu'un très petit coin de l'Italie. J'AI MIS FIN A CES SCANDALES POUR TOUJOURS ; j'ai réuni Rome à l'empire; j'ai accordé des palais aux papes à Paris et à Rome. S'ils ont à coeur les intérêts de la religion, ils voudront séjourner souvent au centre des affaires de la chrétienté. C'est ainsi que saint Pierre préféra Rome au séjour même de la Terre Sainte. La Hollande a été réunie à l'empire; elle n'en est qu'une émanation. Sans elle, l'empire ne serait pas complet. »

Peut-on pousser plus loin l'aveugle et superbe arrogance de la présomption, l'ignorance des choses divines et humaines ? Quatre ans à peine écoulés, Pie VII était ramené à Rome par l'Europe entière, et Napoléon dépérissait lentement à Sainte-Hélène, sous la main d'un geôlier.

C'est là un formidable sujet de méditation ; en voici un autre moins grandiose et moins imposant, mais par cela même plus applicable à chacun de nous.

Dans un article sur les Mémoires d'Etienne Delécluze, rédacteur des Débats (8), M. Sainte-Beuve nous introduit dans l'atelier de David à l'époque du Directoire; on était donc en pleine anarchie morale, en pleine insurrection contre Dieu. « Un élève mêlait à une histoire bouffonne le nom de Jésus-Christ; un de ses camarades, Maurice, chef de la secte des Penseurs, lui imposa impérieusement silence. Belle invention, dit-il en continuant de peindre, que de prendre Jésus-Christ pour sujet de plaisanterie ! Vous n'avez donc jamais lu l'Évangile, tous tant que vous êtes? L'Évangile! c'est plus beau qu'Homère, qu'Ossian! Jésus-Christ au milieu des blés se détachant sur un ciel bleu ! Jésus-Christ disant : « Laissez venir à moi les petits enfants ! » Cherchez donc des sujets de tableaux plus grands, plus sublimes que ceux-là! Imbécile, ajouta-t-il avec un ton de supériorité amicale, achète donc l'Évangile et lis-le avant de parler de Jésus-Christ. Lorsque Maurice eut cessé de parler, il y eut un intervalle de silence assez long, pendant lequel tout le monde se consulta du regard pour savoir comment on prendrait la chose. Le brave Morier, un vieil élève, ancien militaire, trancha la difficulté. C'est bien, cela, Maurice ! » dit-il d'une voix ferme, et à peine ces mots eurent-ils été prononcés que tous les élèves crièrent à plusieurs reprises : Vive Maurice! »

M. Sainte-Beuve ajoute en son nom : « La crise morale qui travaillait la société se réfléchit là en abrégé : la Guerre des dieux de Parny d'abord triomphante est repoussée et bat en retraite; le Génie du christianisme approche, il est dans l'air ! »

Tout cela, vous le reverrez quand vous vous en douterez le moins. On peut bannir le christianisme de ses temples et de nos codes; mais quand il est dans Pair, comment l'atteindre?

Prenez-y garde! Blesser, irriter à plaisir le sentiment le plus vivace et le plus indépendant du coeur humain, c'est se mettre une bien grosse affaire sur les bras. Laissons pour un moment de côté tout appel à la Providence et aux divines promesses; ne prenons la question qu'au point de vue politique.

Pour bon nombre de républicains sérieux et convaincus, la république en est encore au jardin d'acclimatation ; pour bon nombre de conservateurs résignés, elle règne en France comme le sultan à Constantinople, par l'impossibilité de se mettre d'accord sur son remplaçant.

Vous en êtes donc encore à l'heure de la prudence, non à celle des grandes aventures. Peut-on arracher à un peuple sa religion sans l'émouvoir jusque dans ses dernières profondeurs? Ne vous en flattez pas; ce ne serait pas méconnaître la France seulement, ce serait méconnaître le coeur humain dans son instinct le plus universel. Les désespoirs et les joies, les découragements et les espérances, tout ramène l'homme à Dieu, et vous ne lui barrerez jamais ce chemin-là.

Quand vous aurez fermé les asiles de la consolation, aurez-vous tari la source des larmes?

Tôt ou tard, cruels insensés, vous rallierez contre vous l'innombrable multitude de ceux qui souffrent durant la vie et de ceux qui aiment après la mort. Et si le christianisme ne revenait pas par les plus douloureuses épreuves de l'humanité, il reviendrait encore par la poésie et par les arts. La soif de l'infini, la nostalgie d'un monde meilleur, qui dévorent le coeur de l'homme, ne seront jamais apaisées, ni même trompées, par le matérialisme, et la scène de l'atelier de David se reproduira perpétuellement. Ces religieux, ces moines, ces enfants du cloître qui sont, en même temps, les enfants du peuple, verront toujours la popularité revenir à eux, tantôt par une sympathie, tantôt par une autre. La plus virile et la plus saine portion de la France ne délaissera jamais pour longtemps ces bienfaiteurs et ces bienfaitrices, que le pauvre et le malade n'appellent pas en vain : mon frère ! ma soeur !

La Guerre des dieux ne triomphe qu'une heure; le règne de Dieu revient toujours. Et quand même il faudrait prévoir votre succès momentané (hélas! il n'est pas interdit de le craindre, puisque Fénelon nous avertit que le don de la foi peut se transporter d'une contrée à une autre par de mystérieux décrets (9), alors nous reverrions les temps déplorables qui arrachaient à saint Jérôme ce cri désespéré : « Le monde s'écroule, et notre tête ne sait pas s'incliner ! »

A quoi bon d'ailleurs tant de ruines? Pour la protection de la république? Mais qui la met en péril, si ce n'est vous ? Le général Cavaignac vous le disait, il y a trente ans, et ce n'est pas moins vrai à cette heure-ci : « Si la République devait périr, rappelez-vous bien que nous en accuserions vos exagérations et vos fureurs (10). »

Le désarroi des partis n'est-il pas assez complet? Ne voyez-vous pas vos adversaires les plus apparents, les plus attitrés, conspirer pour la république, infiniment mieux que vous ne la servez vous-mêmes? Un gouvernement portant en soi des initiatives et des progrès véritables, pourrait-il souhaiter un avènement  moins contrarié et des adversaires plus dispersés? Si vous avez la main pleine de bienfaits, que ne l'ouvrez-vous? Assurément le dernier mot de la société française n'est pas dit: le dernier mot d'une société chrétienne ne l'est jamais. Nous sommes prêts à vous seconder; nous vous demandons seulement autre chose que des plans dix fois avortés, des déclamations creuses, une philosophie sans oeuvres parce qu'elle est sans dévouement, sans abnégation, sans sacrifices. Si vous ne trouvez pas assez d'Évangile dans les lois et dans les moeurs, mettez-en davantage; mais ne supprimez pas d'abord l'Évangile. Innovez, améliorez sérieusement, réellement, sans rien mutiler et sans garrotter personne. Si nous avons des retardataires parmi nous, stimulez-nous par l'émulation; si nous avons des préjugés, faites-nous-en rougir; si nous avons des injustices, faites-en des ingratitudes; mais pas de proscriptions, pas de calomnies, pas d'insultes!

« Baptisez l'héroïne sauvage », comme vous le demandait, en pleine basilique de Rome, le P. Ventura parlant de la démocratie moderne. Prenez ce mot pour programme, et les auxiliaires ne vous manqueront pas. L'unité nationale pourra se refaire aussi solide et aussi indissoluble que jamais; on pourra répéter la parole des anciens jours : « Justifia et pax osculatoe sunt : la Justice et

la Paix se sont embrassées. » La justice ramène la paix; la paix est le salaire de la justice! Mais si vous restez sourds à la voix autorisée de quelques-uns de vos amis, si vous restez aveugles devant l'évidence, si le monde civilisé demeure incessamment, persévéramment, comme il l'est aujourd'hui, le point de mire de vos attaques, heureux alors les yeux qui se ferment et les coeurs qui cessent de battre ! L'esprit conçoit avec peine quel nom devra porter cette société future.

Prédicateurs, orateurs, écrivains, savants chrétiens, vous qui avez cru, vous qui avez enseigné, célébré les vérités éternelles, vous qui avez ardemment recherché l'alliance naturelle de la religion et de la liberté, Chateaubriand et Lacordaire, Montalembert et Ravignan, Ozanam et Tocqueville, Biot et Cauchy, soyez honnis ! Vous aurez été, on vous le répète chaque matin, les corrupteurs du dix-neuvième siècle ! Et vous, utopistes systématiques, qui faites abstraction de la nature humaine, fauteurs d'athéisme, nourris de chimères et de haines, émancipateurs de la femme, destructeurs de la famille, généalogistes de la race simienne, vous dont, naguère, le nom était une injure, soyez contents ! vous aurez été les prophètes et vos disciples seront les pontifes d'un abominable avenir.

 

(1) Le comte de Serre, par M. Ch. de Lacombe, Correspondant du 10 septembre 1879.

(2) Pline, Ad Trajan. imper., Traj. imp. ad Plin. epist. liber, XCVII.

(3)Voy. sur l'infaillibilité, sur le Syllabus, sur le Concordat, sur les Articles Organiques, l'Église et l'État au concile du Vatican, par M. Emile Ollivier. Voy aussi Où est l'ennemi? par un ancien membre des Assemblées françaises.

(4)Oraison funèbre d'Anne de Gonzague.

(5)Chambre des députés, séances des 5 et 7 juillet 1789.

(6) Le professeur Raupach.

(7)Vie et oeuvres de Mme Swetchine, t. II, p. 199.

(8)  Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, t. III, p. 95-90.

(9)Sermon pour la fête de l'Epiphanie.

(10)  Moniteur du 14 juin 1849.

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

DE L'UNITÉ NATIONALE


PAR


LE COMTE DE FALLOUX

 

250px-Fleur de lis of Florence.svg

 

II

 

Soit ! disent nos adversaires les plus modérés ; au point de vue pédagogique, les lois de 1850 et de 1875 ne donnent prise à aucune récrimination : nous sommes forcés d'en convenir ; mais les catholiques manquent à la fois de patriotisme et de libéralisme; nous ne pouvons donc tolérer leur immixtion dans l'éducation.

Les catholiques manquent de patriotisme !

Cette accusation n'est pas sérieuse et vous-mêmes, au besoin, vous en feriez justice !

L'ancienne France, fille aînée de l'Église, a été, d'âge en âge, agrandie ou défendue avec le sang et par l'épée des plus fervents chrétiens. Les maréchaux de l'empire ne trouvaient pas les conscrits de la Vendée inférieurs à leurs autres recrues. Dans nos derniers désastres, qui a surpassé les zouaves pontificaux, Charette, Bouillé, Cazenove et leurs amis ? Qui n'a point admiré le dévouement sexagénaire du marquis de Coriolis et au marquis de Coislin ? Et la Moricière ! Si Dieu nous l'avait conservé, qui ne le voit, rugissant comme un lion, bondir à la frontière pour rejoindre à tout hasard, à tout prix, ses anciens compagnons d'armes? Et les soeurs de charité dans les ambulances ? Et les héroïques brancardiers du frère Philippe? Tout cela, vous l'avez vu ; on vous l'a éloquemment rappelé (1) ; il est inutile de le redire. Non, votre préoccupation n'est pas là.

Ce que vous redoutez, c'est que l'éducation politique soit donnée par d'autres que par vous ; ce que vous craignez, ce n'est pas qu'on élève sous vos yeux une génération vaillante, charitable, ce n'est pas là votre souci ; mais  une génération hésitante ou hostile au point de vue de ce faisceau d'idées que vous nommez improprement les conquêtes de la Révolution ; une génération qui caresse un autre idéal que la Convention et qui ne se passionne pas exclusivement comme vous, pour tout ce qui, vrai ou faux, bon ou mauvais, porte le millésime révolutionnaire. Oui, des dissidences existent parmi les Français; de graves problèmes sont posés.

Mais ne vous y trompez pas ; c'est l'affaire des hommes et non pas des enfants. Laïques ou congréganistes, les collèges n'y peuvent rien.

Vous croyez qu'en s'emparant de l'enfance,  on s'empare de la nation (2) ? c'est une erreur capitale. La génération élevée par le monopole est-elle donc unanime ? M. Taine comprend-il la Révolution comme M. Mignet? M. Henri Martin et M. Michelet la peignent-ils sous les mêmes couleurs que M. Laurentie ou M.Poujoulat ? Il n'y aurait qu'un moyen de vous satisfaire : supprimer, non le collège, mais l'histoire et les historiens. Le voulez-vous ? Pouvez-vous étouffer cet incessant travail, ce perpétuel enfantement de l'esprit humain, cette inépuisable activité de la tribune, de la littérature, du barreau, de la presse, et ce terrible engrenage qui nous saisit tous tant que nous sommes et quelles que soient nos origines ? Oui, c'est bien là le cauchemar de tous les maîtres absolus; oui, c'est le péril, mais c'est aussi le mérite et l'honneur de toutes les libertés. Élèves de l'École normale, élèves des universités catholiques, prenez-en également votre parti. Longtemps encore, chrétiens et libres penseurs, vous vous rencontrerez dans une confuse mêlée. Sous peine d'être les renégats de votre temps, entrez-y avec résolution, les uns par confiance dans la liberté, les autres par confiance dans la vérité.

Ai-je la pensée de nier ou de diminuer l'intérêt fondamental de toute société : l'éducation ? Dieu m'en préserve ! L'éducation de la jeunesse est un intérêt moral de premier ordre ; mais ce n'est à aucun degré ni une arène politique ni un moyen de domination; Cette thèse n'est point ici un expédient de circonstance pour esquiver une difficulté ; je n'entends point rapetisser ma cause afin qu'elle éveille moins d'ombrage. Ce que je me permets d'affirmer aujourd'hui, je l'ai affirmé de tout

temps ; je l'ai soutenu contre mes amis eux-mêmes.

On n'ignore pas que de publiques divisions éclatèrent, il y a vingt-cinq ans, non au sein de l'épiscopat, qui, en grande majorité, demeura en dehors de ces tristes débats, mais dans la presse catholique. Ce n'est pas l'heure de raviver ces souvenirs : ils ont un côté fâcheux ; ils auraient peut-être un côté utile ; en tout cas, j'ai à cœur de les éviter aujourd'hui.

Je ne rappellerai donc une page de 1856 que pour donner à mon opinion son antériorité et par conséquent son caractère de sincérité. A des catholiques qui voulaient, contrairement au conseil de Bossuet, « non conduire les gens au bien, mais les y précipiter », et qui semblaient croire, comme la République française, qu'il suffit de s'emparer de l'éducation pour s'emparer de la nation, j'osais dire : « Non, on ne mâtera point la société par le collège, l'homme par l'enfant, et on les placerait bien inutilement dans une sorte de duel permanent l'un vis-à-vis de l'autre. Quelques milliers de jeunes gens d'élite élevés à force de soins et de sacrifices, à l'abri d'une corruption générale, ne parviendraient pas sans miracle à réformer leur patrie. Mais de ces réformateurs eux-mêmes serait-on bien sûr ? Ces jeunes reclus, si laborieusement préservés dans leur adolescence, se préserveront-ils toujours eux-mêmes, une fois arrivés à l'âge et à la liberté d'homme, si tout ce qu'ils rencontrent dans la vie se ligue pour dénigrer les principes de leur éducation ? Quel empire n'exercera pas sur les jeunes gens la crainte de se voir interdire les services publics, l'avancement, les cordiales camaraderies ? Les parents eux-mêmes seront-ils plus que les enfants exempts de cette faiblesse ? Il ne suffit donc pas, pour sauver une nation, que l'éducation des familles d'élite soit irréprochable au point de vue religieux ; il faut aussi que, dans tout ce qui est légitime, l'éducation se mette en rapport avec le milieu social qui attend l'homme au sortir de la jeunesse. Gardons-nous qu'il ait jamais à rougir de ses maîtres, qu'il soit tenté de leur imputer jamais son infériorité dans la magistrature, dans l'armée, dans quelque carrière que ce soit. Élever les jeunes gens au dix-neuvième siècle comme s'ils devaient, en franchissant le seuil de l'école, entrer dans la société de Grégoire VII ou de saint Louis, serait aussi puéril que d'exercer à Saint-Cyr nos jeunes officiers dans le maniement du bélier et de la catapulte, en leur cachant l'usage de la poudre à canon (3). »

« J'en appelle donc hardiment à l'expérience de tous. L'éducation est la grande, l'indispensable initiation à la vie morale, mais elle laisse intacts le choix ultérieur et la préférence finale des opinions politiques. Charles de Montalembert, Henri Lacordaire, Augustin Cochin, étaient élèves de l'Université; plusieurs républicains, fort en vue de nos jours, ont été élevés par les Jésuites. M. de Morny et moi avions suivi les cours du même Lycée à Paris, et je ne me suis pas aperçu, au 2 décembre, que nous eussions embrassé le même parti. Les républicains et les royalistes se querellent dès le collège, et le jeune Cavaignac se levait des bancs d'un lycée impérial pour refuser un prix suspect de bonapartisme. Les opinions politiques se puisent à deux sources : dans la famille d'abord; voulez-vous supprimer la famille? Dans le spectacle que nous présente la société à notre entrée dans le monde, pouvez-vous supprimer les premières impressions du jeune homme et les conclusions qu'il en tire ? Montesquieu, peu préoccupé des effets sur l'âme de l'éducation religieuse, allait plus loin et disait : «Aujourd'hui, nous recevons trois éducations différentes ou contraires : celle de nos pères, celle de nos maîtres, celle du monde. Ce qu'on nous dit dans la dernière renverse toutes les idées des premières (4). »

Si le collège était le régulateur de toute la vie, comment expliquerait-on le contraste frappant qui existe entre deux siècles où l'éducation appartenait exclusivement aux corporations religieuses ? Au dix-septième siècle, tout demeure chrétien ; au dix-huitième, tout devient impie, et cependant ce sont les Oratoriens et les Jésuites qui élèvent successivement la génération du grand règne et la génération de l'Encyclopédie, Voltaire en tête.

Les deux phénomènes s'expliquent de la même façon : par l'aspect différent, par la moralité différente des deux sociétés. A l'aube du dix-septième siècle, saint François de Sales et saint Vincent de Paul hantaient la cour avec le cardinal de Bérulle et M. Olier.

Peu après, sous Louis XIV, le jeune homme sortant du collège voyait la grandeur partout ; son regard passait de Bossuet à Fénelon, de Pascal à Malebranche, de Condé à Catinat ; il entendait cette belle parole du duc de Bourgogne répétée par Saint-Simon : « Les rois sont faits pour les peuples, et non les peuples pour les rois. » C'était le temps où Vauban, réclamant justice à Louvois, lui tenait ce fier langage : « Examinez hardiment et sévèrement, bas toute tendresse ! car j'ose bien vous dire que sur le fait d'une probité très exacte et d'une fidélité sincère, je ne crains ni le roi, ni vous, ni tout le genre humain ensemble (5). » Le théâtre lui-même, le théâtre de Polyeucte et de Saint-Genest, du Misanthrope et d'Athalie, était une grande école. Tout n'était pas irréprochable à cette époque, loin de là; mais du moins, quand la jeunesse avait eu ses désordres, des vieillesses austères et d'admirables morts montaient l'expiation à la hauteur du scandale.

Au dix-huitième siècle, quel contraste ! L'enseignement est toujours dans les mêmes mains, mais, sauf l'enseignement, tout va changer.

L'abbé Dubois s'asseoit sur le siège de Fénelon; la luxure en habit de velours et l'impiété en petit collet s'étalent partout ; trop souvent les revers militaires dénoncent l'incapacité du commandement, et le gémissement de la misère publique accuse les fautes du gouvernement. Le théâtre, à l'unisson, accélère la décadence sociale. Aux applaudissements du parterre, Voltaire (6), prête à Jocaste cette allusion transparente : Nos prêtres ne  sont pas ce qu'un vain peuple pense et, devançant la Révolution, il s'écrie : Je suis fils de Brutus et je porte en mon cœur La liberté gravée et les rois en horreur.

L'aristocratie n'était pas plus épargnée que la royauté ; on était à la veille du Mariage de Figaro.

Une grande voix cependant retentissait encore dans la chaire, et Massillon disait à un roi de neuf ans : « Sire, vous que la main de Dieu, protectrice de cette monarchie, a comme retiré du milieu des ruines et des débris de la maison royale pour vous placer sur nos têtes; vous, qu'il a rallumé comme une étincelle précieuse dans le sein même des ombres de la mort où il venait d'éteindre toute votre auguste race et où vous étiez sur le point de vous éteindre vous-même; vous êtes, vous et les grands, établis pour la perte comme pour le salut de plusieurs... N'oubliez jamais ces derniers moments où votre auguste bisaïeul, vous tenant entre ses bras, vous baignant de ses larmes paternelles, quitta la vie avec joie, puisque ses yeux voyaient l'enfant miraculeux que Dieu réservait encore pour être le salut de la nation et la gloire d'Israël !»

A ce royal enfant, l'orateur présentait courageusement le tableau qu'il avait sous les yeux : « les places occupées par des hommes corrompus!., l'autorité, établie pour maintenir l'ordre et la pudeur des lois, méritée par les excès qui les violent; les astres qui devaient marquer nos routes changées en des feux errants qui nous égarent!., le désordre débarrassé de la gêne même des ménagements; la modération dans le vice devenue presque aussi ridicule que la vertu (7). » Hélas! le prince que saluait ainsi Massillon s'appelait Louis XV! le tableau qu'il venait de tracer fut celui de la France durant soixante ans ! Grand avertissement pour ceux qui veulent mêler la superstition à la fidélité, pour ceux qui croient pouvoir s'affranchir de la sagesse humaine et laisser tout à faire à la Providence!

Louis XVI naissait et régnait trop tard. Qui voudrait soutenir aujourd'hui qu'un enseignement scolaire, quelque irréprochable qu'il fût, aurait suffi pour refouler le torrent et balancer l'indignation ? Il faut donc le répéter, l'éducation de l'enfant demeurera toujours le premier intérêt et le plus impérieux devoir de la famille, mais il ne s'agit point pour cela de préparer ou de combattre la république, de préparer ou de combattre la monarchie. La langue de Cicéron  et celle de Démosthènes, l'histoire grecque et l'histoire romaine, la rhétorique et la philosophie, ce programme classique enfin, toujours le même avec Rollin, avec les corporations religieuses, avec l'Université, tout cela est destiné à former des esprits justes, éclairés, et, s'il se peut, élevés. L'éducation a pour but de former avec soin la droiture et la pureté du coeur, non moins nécessaires à la République qu'à la monarchie; l'instruction et l'éducation ont une seule et même mission : neutraliser le mauvais levain qui fermente dans toutes les pâtes ; vaincre l'ennemi qui naît et grandit avec chacun de nous : le péché originel. Quand le gouvernement applique toutes ses forces à le combattre, il n'est pas toujours sûr de remporter la victoire ; mais si le gouvernement se met d'accord avec le péché originel et devient son complice, alors tout équilibre entre le bien et le mal est rompu ; toute vertu est écrasée dans son germe et la dissolution sociale est imminente. Ah ! n'ayez qu'une crainte en matière d'éducation religieuse, c'est que cette éducation aussi solide, aussi profonde qu'on puisse la donner, ne demeure encore impuissante contre les séductions, les ambitions et les orgueils de la vie! Vous trouvez que les Jésuites ne sont pas assez libéraux : c'est possible. Eh bien ! ramenez-les plus doucement au libéralisme et ne vous plaisez pas à justifier leurs griefs ou leur méfiance. Vous craignez que les catholiques n'aiment pas assez la république ? Condamnez-les à l'admirer ! Renouvelez le dix-septième siècle à votre façon ; offrez de nobles exemples et de beaux modèles aux générations qui vont passer de l'école dans le monde, et les adhésions de toute provenance ne vous manqueront pas. Peu de gens refuseront de rendre à la république ce qui est à la république, quand la république voudra bien rendre à Dieu ce qui est à Dieu (8). Si, au contraire, vous vous obstinez dans une voie différente, si vous voulez exiger la docilité sans gagner les convictions, imposer l'estime sans la mériter, vous faites fausse route, et ceux qui souhaitent le plus de mal à la république ne lui en feront jamais autant que les républicains exclusifs, démontrant que la république ne peut et ne veut vivre qu'à l'aide de la persécution…

 

(1)Voir les discours prononcés dans les réunions privées à Paris par MM. de Mun, Chesnelong, Depeyre et Baragnon

(2)Voir l'article de M. Jules Favre dans la République française du 14 octobre 1879.

(3) Le parti catholique. Ce qu'il a été, ce qu'il est devenu, p. 92

(4)Esprit des Lois, livre IV, chapitre IV.

(5)Histoire de Louvois. par M. Camille Rousset, de l'Académie française.

(6)OEdipe, acte IV, scène première.— Brutus, acte II, scène deuxième.

(7)  Petit Carême de Massillon : Sermon sur les exemples des Grands.

(8)  Voyez le discours du duc de Fitz-James à un comice agricole, Gazette de France du 28 septembre 1879.

 

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

DE L'UNITÉ NATIONALE


PAR


LE COMTE DE FALLOUX


250px-Fleur de lis of Florence.svg

I

 

Vous portez atteinte à l'unité nationale! Voilà l'un des reproches les plus fréquemment adressés aux catholiques, et, selon moi, le plus blessant. Je voudrais examiner ici la valeur de cette accusation; je voudrais, sans personnalités, sans amertume, rechercher comment notre unité s'est fondée, développée, et, à travers d'inévitables crises, perpétuée.

On a nommé l'histoire la sage conseillère des princes, il faut qu'elle devienne aussi la sage conseillère des peuples, et on peut lui demander aujourd'hui d'éclairer ce grave sujet.

« Nous sommes nés, tous tant que nous sommes, dans une puissante, inclination de faire ce qu'il nous plaît », a dit Bossuet (1). Il aurait pu ajouter : Faire ce qui nous plaît ne nous suffit pas; nous voulons aussi l'imposer à autrui, et, quand nous sommes les plus forts, nous aimons à nous assujettir jusqu'à la pensée du plus faible. La plupart des nations, à leur origine, comptent des vainqueurs et des vaincus, et l'unité se forme alors par les envahissements du vainqueur. Le vaincu disparaît, ou du moins s'efface devant le conquérant, et cela dure autant que dure l'empire de la force', mais souvent ce qu'on avait plié se redresse, ce qu'on croyait mort revit, et l'histoire du monde enregistre presque autant de représailles que de défaites. Ne point exagérer la victoire est donc la meilleure manière d'en user et la plus sûre garantie de sa durée. A la longue, les peuples l'ont compris, et les hommes d'État, dignes de ce nom, ont tenté d'imprimer à la puissance plus de retenue et de modération. Quand ils y ont réussi, ils ont été salués par le respect de la postérité, et c'est un des caractères de notre civilisation que d'avoir de mieux en mieux compris, de mieux en mieux pratiqué les conditions de l'unité moderne, en nous conduisant, d'étape en étape, de l'unité nationale dans la contrainte à l'unité nationale dans la liberté.

En cela, comme en tant d'autres choses, la France a été une grande initiatrice. Le royaume très chrétien fondé par une conversion, éclairé par des apôtres, gouverné, illustré par des évêques, eut d'abord le christianisme pour inspiration de ses progrès. Charlemagne et saint Louis en furent les législateurs et les héros. Jusqu'au seizième siècle, l'unité nationale se confondit avec l'unité catholique.

Quand éclata le protestantisme, l'unité ne se laissa point attaquer et briser sans résistance ; le sang coula ; la guerre religieuse, la plus douloureuse et la plus funeste de toutes, porta partout la désolation et ne recula point devant l'appel à l'étranger. La France huguenote invoqua l'aide des Anglais et des Allemands ; la France catholique invoqua le secours de l'Espagne et de l'Italie. Le meurtre prit toutes les formes, même les plus odieuses, et ce fut à bout d'efforts et de luttes que les deux partis commencèrent à écouter les hommes qui imploraient une trêve et qui parlaient de tolérance. Michel de l'Hospital fut à la tête de ceux-là (2). Secondé par des coeurs généreux, par des esprits élevés, le Chancelier fit entrevoir, à travers les passions déchaînées, les solutions pacifiques; mais, comme tous les précurseurs, il vit souvent ses conseils méconnus ; il mourut dans la disgrâce, et quand Henri III, chef d'une ligue qui était l'organisation régulière de la guerre civile, fut frappé d'un coup de poignard, le beau royaume de France se trouvait à la veille d'un démembrement. La loi même de la succession au trône était contestée; on proclamait un monarque in parti bus, et le légitime héritier mettait cinq ans à gagner de batailles en négociations, de traits de courage en traits d'esprit, de traits d'esprit en traits de bonté, l'incomparable et impérissable nom d'Henri IV.

Une fois maître de son royaume, assurément par droit de conquête autant que par droit de naissance, ce prince avait une belle occasion pour s'accorder à son tour les jouissances du despotisme ; il lui était bien aisé de prendre son épée pour sceptre, de tirer une éclatante revanche de la Saint-Barthélémy et d'humilier les catholiques devant les souvenirs du protestant; il lui était également aisé de renier le protestantisme qui lui avait coûté si cher et de se jeter dans la réaction catholique qui lui avait ouvert les portes de Paris ; mais ni l'une ni l'autre de ces extrémités ne pouvait tenter un prince modèle accompli du capitaine et du politique. Il repoussa toutes les suggestions de la colère ou de la rancune, considéra les deux camps comme les deux moitiés de la France, les unit d'abord dans son coeur de roi, puis, les forçant à vivre en paix, il promulgua l'Édit de Nantes.

L'unité française en fut-elle compromise?

Cette magnanimité était-elle une imprudence ? Etait-ce un nouveau germe de discorde ou le terme de soixante ans d'anarchie? La réponse à cette question est écrite partout.

L'Édit de Nantes prit aussitôt et gardera le titre de grande pacification; il produisit un apaisement soudain et fécond. Il explique et résume tout le règne d'Henri IV, ce règne qui, dans sa plénitude, dura seize ans à peine et qui laissa dans l'âme des peuples un souvenir qui n'a pas d'égal. Son successeur politique fut le cardinal de Richelieu. Ce prince de l'Église proposa-t-il à Louis XIII de déchirer l'Edit de Nantes? Non, pas même en face d'exorbitantes prétentions et d'attentats à main armée. La Rochelle appela encore l'étranger à son aide. Le baron de Chantal, fils de sainte Jeanne de Chantal et père de Mme de Sévigné, fut tué de vingt-sept coups de pique en repoussant les Anglais descendus dans l'île de Ré. C'était bien là un péril pour l'unité nationale; cependant le cardinal de Richelieu, satisfait de la répression, répudia la vengeance. Il réduisit les protestants au devoir, non à la servitude ou à l'extermination.

Le maréchal de Gassion, élève de Gustave-Adolphe, vit accueillir ses services, et près du grand Condé décida de la victoire de Rocroi. Turenne, neveu du prince d'Orange, pouvait être tenté par une haute fortune en Hollande; la liberté religieuse lui fit préférer la France, et il avait atteint déjà le comble de la renommée, lorsque lentement, volontairement, il abjura le protestantisme pour devenir l'exemple du chrétien, comme il avait été l'exemple de l'homme de guerre. Fléchier, prononçant son oraison funèbre, put lui appliquer ce verset des Saintes Ecritures : « Tout le peuple le pleura amèrement, et, après avoir pleuré pendant plusieurs jours, ils s'écrièrent : Comment est mort cet homme puissant qui sauvait le peuple d'Israël? »

Le soleil de Louis XIV inclinait vers son couchant, lorsqu'on parvint à ramener ce prince à l'idée de l'Unité selon le despotisme ; l'édit de son glorieux aïeul fut révoqué. Grande faute, dans ce grand règne, trop inaperçue par les plus illustres contemporains, et, depuis, presque universellement déplorée. On n'avait voulu ni prévu la persécution ; on y fut conduit cependant. L'émigration protestante dépassa toutes les prévisions; elle porta au delà de nos frontières une science, une industrie, qui firent plus d'une fois défaut à la mère-patrie, des ressentiments qui lui causèrent plus d'un préjudice.

Les effets en ont survécu même à l'ancien régime, et, dans la première moitié de notre siècle, le descendant d'un des proscrits de 1685 présidait les conseils de la Prusse. Cent années de silence et d'apparent oubli ne cicatrisèrent point cette plaie. Louis XV n'y fut pas plus sensible qu'à tout autre grief de la justice et de l'opinion, mais Louis XVI s'en émut. Turgot et Malesherbes, ses premiers conseillers, qui, malgré l'inévitable influence de leur siècle sur leurs vues, auraient peut-être sauvé la monarchie si on leur en avait laissé le temps, cultivèrent dans le coeur du jeune monarque la pensée d'une équitable réconciliation entre tous ses sujets : l'état civil fut rendu aux protestants. Beaucoup, parmi les bannis, acceptèrent avec reconnaissance le bienfait et se hâtèrent de rentrer en France; mais le souvenir de la souffrance et de l'injure demeura dans l'âme de quelques-uns, et ce souvenir se retrouve en traces visibles dans l'histoire de la Révolution. Est-ce donc l'Édit de Nantes ou sa révocation qui avait compromis l'unité nationale?

Nos institutions sortirent du creuset de 89, les unes pures de rouille et d'alliage, les autres anéanties ou transformées dans des conditions sur lesquelles l'expérience n'a point encore prononcé. La Constituante, se jetant imprudemment dans une mission qui n'était pas la sienne, voulut donner au catholicisme une constitution civile qui plaçait le clergé français entre l'apostasie et la résistance. Le résultat de cette folle entreprise fut de conduire à l'échafaud les membres du clergé dont elle n'avait pas fait des renégats ou des émigrés. Les mécomptes de la Constituante devinrent les fureurs de la Convention. Que ne se préoccupait-on alors de l'unité nationale? Deux cents ans auparavant on versait le sang pour la religion, en 93 on versa le sang contre la religion ; les rôles furent renversés, mais la tyrannie qui change de drapeau ne change pas pour cela de caractère. Les massacres de Septembre et le long règne de la Terreur firent pâlir les horreurs du seizième siècle. La protestation ne pouvait se faire attendre : la Vendée en eut l'immortel honneur; elle fut vaincue, mais point domptée. L'occasion eût paru belle à un esprit vulgaire pour en finir avec le vieux culte, avec ce qu'on appelait, alors comme aujourd'hui, la vieille superstition; mais Bonaparte en savait plus long que les médiocres déclamateurs, et il ne s'arrêta même pas devant la répugnance opiniâtre de quelques-uns de ses compagnons d'armes. L'homme de génie qui allait tirer des ruines du passé la société de l'avenir, commença son œuvre réparatrice par la restauration religieuse.

La première chose qu'il voulut faire et qu'il fit; le grand acte qui, à l'égal de la victoire, lui rallia le plus de suffrages et lui donna le plus de prestige, fut la réouverture des églises.

Le Consulat est, de l'aveu de tous, la belle page de l'histoire de Bonaparte ; il eut vraiment alors la grandeur du coup d'oeil, de l'énergie et de l'impartialité ; il eut le mérite toujours rare de voir plus vite et plus loin que la plupart de ses contemporains; il ne sépara point sa propre grandeur de la grandeur de la France ; il ressaisit d'une main sûre les éléments dispersés de l'existence d'un grand peuple, et cette clairvoyance souveraine se traduisit en deux conceptions qui demeureront les plus justes titres de sa renommée : le Concordat et le Code civil.

Le Concordat, ce fut la vie morale rendue à la France ; le Code civil, ce fut la société moderne tirée du chaos révolutionnaire pour vivre et pour durer. Les articles organiques sont promptement tombés en désuétude; ils n'exprimaient pas la véritable pensée de leur auteur, un historien bonapartiste l'affirme aujourd'hui ; ils ne représentaient qu'une concession forcée et n'avaient pour but que de faire accepter le Concordat lui-même (3). Le Code civil a été amélioré dans quelques articles ; il peut l'être encore, mais cette double conception, promptement devenue presque aussi européenne que française, n'en a pas moins pénétré nos moeurs. La société catholique était calmée, parce qu'elle était rassurée sur sa foi. La Vendée avait eu deux pacificateurs, Hoche et le Concordat. La société  civile était satisfaite, non parce que chacun entrait en possession de ce qu'il avait préféré ou rêvé, mais parce que l'unité nationale avait rencontré un organisateur puissant. A partir de ce jour, la France reprit sa marche ascendante, et Napoléon put tomber sans emporter avec lui aucun des grands lambeaux de la vitalité française. Infidèle à sa première sagesse, il a plus que personne contribué à la destruction de sa propre grandeur; il n'a pu toutefois entamer le granit de ces deux principaux monuments : l'architecte a péri, l'œuvre a survécu.

Après l'Empire, la Restauration inaugura la liberté politique; le gouvernement de 1830 l'a développée après l'avoir compromise; mais ce qui s'est maintenu, ce qui s'est fortifié par les épreuves mêmes, c'est le sentiment de l'unité par la liberté. La patrie a fait comme la famille, elle n'a plus reconnu ni aîné ni cadet; elle a traité tous ses enfants sur le même pied ; elle a laissé à chacun le soin de sa vocation, le libre essor de ses aptitudes et une égale part dans l'héritage commun. Elle n'a plus cherché le lien social dans la subordination de tous à quelques-uns, mais dans le respect de la conscience de tous et dans la plus grande somme pour tous du bien-être général. Cela peut donner lieu d'un côté à des regrets inutiles, d'autre part à des convoitises exagérées, mais du moins cela ne fait plus de doute pour personne, et si l'unité française est aujourd'hui plus inattaquable que jamais, c'est par là.

Dans un grand pays protestant qu'on aime à citer, la tolérance a suivi une marche plus lente, mais elle n'en est pas moins arrivée au même terme. L'Angleterre nous avait devancés et nous a toujours surpassés dans la pratique du régime constitutionnel ; pour la liberté religieuse, nous lui avons donné une leçon dont elle a fini par profiter. Henri VIII et Marie Tudor voulurent imposer, par des supplices trop semblables, leur foi si différente.

Le dernier mot de la tyrannie restant au protestantisme, l'Irlande acheta par trois siècles de martyre l'honneur de se personnifier dans O'Connell, tribun qui devint libérateur parce qu'il portait en lui-même toute la modération et toute l'énergie du chrétien.

O'Connell émancipa son pays et sa religion ; par lui les catholiques prirent leur place dans le parlement anglais, non comme des ennemis, mais comme des frères loyalement réconciliés.

La proscription légale ne disparut pas seule, les préjugés mêmes s'évanouirent; les trois royaumes purent réellement et sincèrement s'appeler les Royaumes-Unis, et récemment un Irlandais catholique, sous-secrétaire d'État au ministère de la guerre, entrait, pour prix de ses services, à la Chambre des lords, sous le titre de lord Emly. L'unité anglaise, comme l'unité française, a été bien servie par la liberté religieuse s'alliant à la liberté politique; les mêmes exemples et les mêmes idées font leur chemin dans toute l'Europe. La Suisse y revient, la Prusse entrera forcément dans la même voie, si elle veut garder et fortifier sa prépondérance en Allemagne ; et si la Russie consent à faire pour la Pologne ce que l'Angleterre a tant hésité à faire pour l'Irlande, elle en recueillera les mêmes fruits.

Quant à la France, l'éducation publique était restée en dehors des évènements de 1814 et de 1830. Un malaise latent existait à cet égard sans s'accuser hautement. Le monopole subsistait; mais faire, comme l'avait imaginé le fondateur de l'Université, des moines ou même d'honnêtes célibataires sans la religion, est une entreprise au-dessus des forces humaines. L'esprit et les bonnes intentions

de M. de Fontanes y échouèrent.

L'évêque d'Hermopolis, l'évêque de Beauvais, M. de Vatimesnil, tentèrent de nouveaux efforts ; aucun ne réussit complètement. C'est alors que se produisirent les premières réclamations en faveur du droit des pères de famille.

La liberté d'enseignement avait été inscrite dans la Charte de 1830 sans beaucoup de réflexion et plutôt comme figurant avec bonne grâce dans une nomenclature générale de toutes les libertés; mais ce point de départ constitutionnel servit bientôt à d'ardentes revendications et devint promptement une sérieuse préoccupation de l'opinion publique.

La Révolution de Février trouva les choses en cet état. Avec son habituelle sagacité, M. Thiers ne tarda pas à comprendre la portée de cet évènement soudain ; il sentit que la notion du pouvoir avait subi un rude échec et que, si l'on n'y cherchait pas un contrepoids moral, la France pouvait être rapidement précipitée dans les abîmes ; il ne craignit pas de se l'avouer à lui-même et de professer franchement que l'état démocratique en général, que l'état républicain en particulier, a besoin du frein religieux et qu'aucune pénalité, qu'aucune mesure répressive, allât-elle jusqu'à la déportation, ne peut remplacer, chez un peuple maître de lui-même, l'intime discipline du coeur et de la volonté.

Les radicaux affectent de dire qu'à cette époque l'esprit de M. Thiers fut étrangement troublé et que son éminent bon sens lui fit alors défaut. Rien n'est moins vrai; jamais M. Thiers ne se montra plus manifestement homme d'État; ses discours, durant cette période agitée et périlleuse, furent ceux d'un véritable ami de son pays, et sa fermeté égala sa clairvoyance. Ceux qui ont le droit de critiquer son oeuvre, n'ont pas le droit d'en méconnaître le caractère et le succès. La loi de 1850 fut son ouvrage le plus durable, le seul durable peut-être. Il s'est trompé dans e rêve caressé de sa jeunesse, la Révolution de 1688 transportée d'Angleterre en France; il s'est trompé sur l'Egypte; il s'est trompé sur la coalition qu'à coup sûr il n'avait point formée pour M. Guizot et qui ne profita qu'à M. Guizot ; il s'est trompé sur la campagne des banquets qui, dans sa pensée, devait aller à peine jusqu'à M. Odilon Barrot et qui ne s'arrêta qu'à M. Ledru-Rollin. Sur tous ces points, l'évènement lui infligea un douloureux démenti.

La leçon de 1848, du moins, ne fut pas perdue pour lui comme pour quelques autres; il ne voulut pas non plus qu'elle fût perdue pour la France. Non, M. Thiers ne s'est point laissé entraîner par une passagère frayeur. Non, il ne s'est pas trompé sur la nécessité de résoudre enfin par la liberté les questions d'éducation laissées depuis quarante ans dans le faux ou dans le vide : il ne s'est point trompé sur la nécessité d'armer, autant qu'on le peut, d'une forte conviction religieuse, les générations appelées à se mesurer désormais avec toutes les épreuves, toutes les tentations de la liberté. Il ne s'est pas plus trompé sur la loi de 1850 qu'Henri IV sur l'Édit de Nantes, que Napoléon sur le Concordat (4). La gloire est moins grande parce que les difficultés furent moindres, mais le service rendu n'en est pas moins digne de la reconnaissance nationale. M. Thiers n'eut point, comme Henri IV, à faire plier des hommes encore haletants des ardeurs du champ de bataille et qui ne connaissaient, ainsi que leur siècle, d'autre noblesse et d'autre ambition que celles du soldat. M. Thiers n'eut pas non plus, comme le premier Consul, à dompter des révolutionnaires encore sanglants des meurtres de 93 ; il n'eut point à faire ouvrir les portes de Notre-Dame par des jacobins encore amoureux de la déesse Raison. Il ne trouva devant lui qu'une révolution effrayée d'elle-même, un parti conservateur mûri par ses propres revers, un épiscopat exemplaire, pacifique et calme, un pape que n'alarmait aucun esprit libéral. Cependant, pour rapprocher ces éléments, pour les coordonner, pour les fondre dans une loi, il fallait une sûreté d'intuition et une autorité qui s'imposât. On peut donc affirmer, malgré le tumulte actuel, que ce fut là le point culminant de la carrière de M. Thiers, parce que ce fut son acte le plus désintéressé. Jusque-là il avait involontairement confondu l'esprit d'opposition et l'esprit de gouvernement; il avait cédé à des irritations jalouses qui lui avaient fait dépasser le but ou méconnaître le péril; souvent il avait gâté par l'impatience ce qu'il eût pu mener à bonne fin par le sang-froid. En 1849, en 1820, il fut, sinon supérieur à lui-même, du moins véritablement lui-même; aucune brigue personnelle, aucune compétition de pouvoir n'étant en jeu, il ne consulta plus que son patriotisme et le patriotisme étincelait en lui quand il n'était pas voilé par l'égoïsme.

C'est d'ailleurs par l'irrécusable témoignage des faits que la loi de 1850 peut se défendre. Elle fonctionne depuis vingt-neuf ans ; quelle plainte a-t-elle soulevée parmi les hommes spéciaux et les juges compétents ? Quel conflit s'est élevé entre l'Université et le clergé, soit à Paris, soit en province, soit dans le Conseil supérieur de l'instruction publique, soit dans les conseils départementaux? Tout au contraire, les liens d'estime et de confiance réciproques se sont de jour en jour resserrés, et les deux émules ne se sont jamais rendu plus de justice qu'en se voyant de près dans une action commune.

Et voilà ce qu'en pleine paix des esprits et des consciences, vous venez attaquer brusquement, violemment, outrageusement! Quoi! l'unité nationale s'est, depuis trois siècles consolidée par la liberté : elle n'a été passagèrement troublée que par le despotisme, et vous, vous, la République d'apaisement et d'avenir, vous reniez les traditions de la liberté pour recommencer le néfaste travail de tous les depostes ! Quoi ! le seizième siècle a pu faire vivre en bonne harmonie Sully et le

P. Cotton, et le dix-neuvième ne pourrait souffrir, côte à côte, sous le même ciel, le Rationalisme et la Foi ! Malesherbes a su devancer son temps, et vous voulez faire rétrograder le nôtre ! Le premier Consul a signé le traité de paix de la République française avec Pie VII, et vous ne pouvez pas le pratiquer avec Léon XIII ! Le duc de Wellington a mis sa main dans la main d'O'Connell, et vous ne pouvez pas laisser la vôtre dans celle de M. Thiers! M. Guizot tenait à honneur de recevoir le P. Lacordaire à l'Académie, et vous, à deux pas de la Roquette et d'Arcueil, vous poursuivriez à outrance tout ce qui porte un nom ou un habit religieux !

 

(1)Sermon pour une vêture.

(2)Voy. Des Luttes religieuses au seizième siècle, par le vicomte de Meaux.

(3)L'Église et l'État au concile du Vatican, par M. Emile Ollivier.

(4)Dans la République française du 14octobre 1879, M. Jules Favre attribue aux champions de la Société de Jésus l'assimilation de la loi de 1850 à l'Édit de Nantes. M. Jules Favre se trompe : ce rapprochement est d'un champion déclaré de la société moderne, le P. Lacordaire.

 

A suivre.

Comte de Falloux.

Voir les commentaires

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

En l'année 1715, à l'heure où le Soleil de France se meurt, le Marquis de Dangeau, l'un des fidèles du Roi Louis XIV note avec beaucoup d’émotion les instants qui sont comptés. Je ne donne ici qu’un bref aperçu de ceux-ci.

Les Editions Lacour se chargeant bientôt de les faire renaîtrent. Le Roi, fatigué des affres de la Cour de Versailles, s’est retiré au Château de Marly-le-Roy, une monographie est aussi à paraître aux mêmes Editions courant d’année 2012.

Louis XIV fut à la foi courtisan, courtisé, batailleur et dévot...sur son déclin. Louis XIV fut à la hauteur de la France, Louis XIV fut La Lumière parmi les ombres qui déjà, sournoisement, couvraient de leurs ailes impudiques le Royaume.   

 

 

MÉMOIRE


DU MARQUIS DE DANGEAU


SUR


CE QUI S'EST PASSÉ DANS LA CHAMBRE


 

DU ROI  PENDANT SA MALADIE (1).

 

 

rosace-chambre-louis-xiv-BNF-gallica.jpg

 


 Rosace de la Chambre du Roi louis xiv.

chateau de marly-le-roy (source bnf).

 

 

Dimanche 25 août 1715, à minuit, dans mon appartement dit château de Versailles. Je sors du plus grand, du plus touchant et du plus héroïque spectacle que les hommes puissent jamais voir.

Il y a plus de deux mois que la santé du roi commençoit à s'affoiblir et qu'on s'en apercevoit, mais comme il agissoit à son ordinaire, qu'il se promenoit, alloit à la chasse et faisoit des revues de ses troupes, je n'en mets le commencement qu'au mercredi 1 d'août, parce que la veille il donna audience de congé à l'ambassadeur de Perse et se tint debout pendant toute l’audience et quoique dès le soir il avancé d'une heure celle de son souper, qui n'étoit jamais qu'à dix heures, il me paroissoit pas assez malade pour qu'on dû craindre pour sa vie.

Des le samedi 10, qu'il revint de Marly, il était si abattu et si foible, qu'il eut peine à aller, le soir, de son cabinet à son 1-prie-Dieu; et le lundi qu'il prit médecine et voulut souper à son grand couvert, à dix heures, suivant sa coutume, et ne se coucher qu'à minuit, il me parut en se déshabillant un homme mort. Jamais le dépérissement d'un corps vigoureux n'est venu avec une précipitation semblable à la maigreur dont il étoit devenu en peu de temps; il sembloit, à voir son corps nu, qu'on en avoit fait fondre les chairs.

Hier samedi 24 août, qui étoit le onzième jour de la maladie du roi, S. M. soupant en public dans sa chambré à coucher, comme elle avoit fait depuis le mardi, 13 du môme mois, elle se trouva plus mal, et ayant eu une assez grande foiblesse âpres souper, S. M. demanda à se confesser, et le fut sur les onze heures du soir mais ayant un peu dormi ce matin. S M. s'est trouvé encore assez de force et de courage pour faire entrer le public à son dîner. Comme c'est aujourd'hui là Saint-Louis, qui est le jour de sa fête les tambours sont venus lui donner des aubades. Elle les a fait avancer sous son balcon pour les entendre mieux, parce que son lit en est assez reculé et les vingt-quatre violons et les hautbois ont joué pendant son dîner, dans son antichambre (2), dont il a fait ouvrir la porte pour les entendre mieux. La petite musique, qu'il avoit accoutumé depuis quelque temps d'entendre sur le soir chez madame de Maintenon et depuis très-peu de jours dans sa chambre, étoit prête à y entrer sur les sept heures du soir, quand S. M., qui s'etoit endormie, se réveilla avec un pouls fort mauvais et une absence d'esprit qui effraya les médecins et qui fit résoudre à lui donner sur-le-champ le viatique, au lieu que S. M. avoit la veille, en se confessant, déterminé d'entendre la messe à minuit et d'y communier.

Le roi, revenu de l'embarras qu'il eut dans l'esprit près d'un quart d'heure après son réveil et craignant de retomber dans un pareil état, pensa lui-même qu'il devoit recevoir le viatique sans attendre plus longtemps, et comptant de ce moment qu'il lui restoit peu d'heures a vivre, il agit et donna ordre à tout comme un homme qui va mourir, mais avec une fermeté, une présence d'esprit et une grandeur d'âme dont il n'y a jamais eu d'exemple. Le cardinal de Rohan, grand aumônier de France, accompagné de deux aumôniers de quartier et du curé de la paroisse de Versailles (3), ont apporté le viatique et les saintes huiles, un peu avant huit heures, par le degré dérobé par lequel on entre dans les  cabinets de S. M. (4); et cela s'est fait avec tant de précipitation que cette pieuse et triste fonction devoit être faite avec plus de décoration pour le moindre citoyen.

Il n'y avoit que sept ou huit flambeaux, portés par les frotteurs du château et par deux laquais du premier médecin et un laquais de madame de Maintenon. Le cardinal de Rohan portoit Notre-Seigneur, et le curé les saintes huiles. M. le duc d'Orléans et ceux des princes du sang (5) qui ont été assez tôt avertis ont accompagné Notre-Seigneur et, pendant qu'on l'alla querir, toutes les princesses et leurs dames d'honneur sont venues par les derrières dans l'appartement du roi, où les grands officiers de sa maison se sont rendus aussi. Il n'y est point entré d'autres personnes. Les prières pour le viatique et les cérémonies de l'extrême-onction ont duré plus d'une demi heure.

Les princes et les officiers de la maison qui se sont trouvés les plus proches de la chambre du roi y sont entres pendant tout ce temps-là j mais les princesses sont demeurées dans le cabinet du Conseil (6).

 

Les princes et plusieurs des grands officiers ont reconduit Nôtre-Seigneur, Dès qu'il a été hors de l'appartement, madame de Maintenon qui avoit été toute l'après-dînée dans la chambre du roi est sortie de l'appartement, conduite par le duc de Noailles, et S. M. a en môme temps fait apporter sur son lit une petite table et a écrit de sa main quatre ou cinq lignes sur la quatrième page d'un codicille qu'il avoit fait et dont les trois premières étoient remplies; et il n'y eut pendant ce temps-là, dans sa chambre que M. le chancelier (7), la porte qui donne dans le cabinet dit conseil étant demeurée ouverte et les courtisans auprès de la porte en dedans du cabinet. Pendant que le roi écrivoit, Madame de Maintenon est rentrée et s'est mise à la ruelle la plus éloignée de la porte du cabinet (8), en sorte qu'on ne la voyoit point. Dès que le roi a eu fini d'écrire, il a demandé à boire, et les courtisans les plus près de la porte ont avancé deux ou trois pas dans la chambre, à la vue du roi, dont le rideau du lit, du côté de la cheminée et de la porte du cabinet, étoit ouvert. S. M., ayant jeté les yeux sur le maréchal de Villeroy, l'a appelé avec une voix si forte qu'elle n'avoit rien d'un mourant, et lui a parlé pendant un demi-quart d'heure; le maréchal est rentré dans le cabinet tout baigné de larmes. Après le maréchal de Villeroy, le roi a appelé M.Desmaretz (9), et lui a parlé pendant une ou deux minutes. S.M a pris ensuite un bouillon, et après elle a appelé M. le duc d'Orléans, et lui a parlé pendant près d'un quart d'heure. Le duc du Maine, qu'elle avoit aussi demandé en même temps, étant retourné dans son appartement, il n'est venu qu'après que le discours que le roi a fait au duc d'Orléans a été fini.

 

  (1) Le manuscrit de ce Mémoire est indique dans la «Bibliotheca Hohendorfiana, ou Catalogue de la bibliothèque de feu M. Georges-Guillaume, baron de Hohendorf, dans son vivant colonel des cuirassiers an service de S. M. Impériale et Catholique, gouverneur de la ville et de la châtellenie de Courtrai, et commandant des  gardes à cheval de S. A. S. le prince Eugène de Savoie, etc. » (La Haye, 1720, 3e partie, page 268). La Bibliothèque historique de la France, par le P. Lelong (tome II, page 609,de l'édition de 1769), «lit que ce Mémoire est aujourd'hui dans la Bibliothèque impériale » et c'est en effet à la Bibliothèque Impériale de Vienne que se trouve encore sous le n° 6861 ce manuscrit. Nous en devons la copie que nous reproduisons à M. le comte de Monti de Rezé.

Pour qui voudra comparer ce récit éloquent et plein de coeur, dans lequel la vérité éclate à chaque mot aux pages romanesques de Saint-Simon, composées vingt-cinq ans après la mort de Louis XIV, le document que nous publions aura une véritable valeur historique et littéraire! Saint-Simon s'est servi du Journal de Dangeau et lui a emprunté des passages entiers ; mais il n'a pas connu ce Mémoire, dont le manuscrit se trouvait déjà hors de France à l'époque où il rédigea ses additions, puis ses Mémoires.

Lefebvre de Fontenay, l'un des continuateurs du Mercure galant3 a donné en supplément au Mercure d'octobre 1715 un Journal historique de tout ce qui s'est passe depuis les premiers jours de la maladie de Louis XIV jusqu'au jour de son service à Saint-Denis. Toute la partie relative à la maladie de Louis XIV a été prise par Lefebvre dans le Mémoire de Dangeau,

qui lui avait été communiqué probablement par l'auteur. Nous avons déjà eu occasion de signaler les relations de Dangeau avec les auteurs de la Gazette et du Mercure. Mais Lefebvre a profondément modifié dans la forme et dans le fond le récit de Dangeau, et l'on jugera de sa manière par le préambule de son Journal « Voici pour les lecteurs le plus grand le plus touchant et le plus héroïque spectacle, etc. » En outre, Lefebvre a supprimé tout ce qui pouvait, dans le manuscrit de Dangeau, déplaire au nouveau gouvernement du régent. Nous noterons seulement quelques-unes des différences qui existent entre les deux récits de Dangeau et de Lefebvre. L'appartement de Dangeau a Versailles se trouvait au deuxième  étage de l'aile du Midi ou des Princes, sur l'emplacement occupé aujourd'hui par l'extrémité de. la galerie des Portraits (n" 167 de la notice des peintures et sculptures composant le Musée impérial de Versailles par Fini. Soulé. –2e partie, 1855), par la salle n° 168(portraits anglais) et par la voussure delà galerie des batailles, du côté de l'escalier des Princes.

(2)C'est le salon de l’œil-de-bœuf auquel on ne donna ce nom que sous Louis XV.

(3) Claude Huchon. 

(4) Ce degré dérobé a été remplace sous Louis XV par la pièce qui porte au premier étage le nom de cabinet des Chasses. Le salon des pendules et la pièce qui devint plus tard la chambre à coucher de Louis XV formaient sous Louis XIV ce qu'on nommait les cabinets du roi. Ces pièces se trouvant derrière l'appartement du roi, on disait des personnes qui y étaient admises qu'elles entraient par les derrières dans sa chambre au lieu de passer par les devants, c'est-à-dire par la salle des gardes et l'antichambre.

(5)Les princes du sang autres que le duc d'Orléans étaient Louis-Henri de Bourbon (Monsieur le Duc), duc de Bourbon, prince de Condé, né en 1092.

Charles de Bourbon-Condé, comte de Charolais né en 1 760.

Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, né en 1095.

Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, né en 1670.

Louis- Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, né en 1678.

Nous né mentionnons pas les jeunes princes des maisons d'Orléans, de Condé, de Conti et du Maine, qui, comme on le verra plus loin, ne furent pas appelés, à cause de leur âge.

(6)Le cabinet du Conseil se trouvait à la place qu'occupe encore aujourd’hui la salle dite du Conseil, mais cette pièce était alors séparée en deux parties la partie la plus' rapprochée de la chambre du roi était le cab.net du Conseil ; l'autre partie, donnant sur une petite cour, se nommait le cabinet des Perruques.

 

(7) Daniel-François Voisin.

(8) C'est-à-dire dans la ruelle du côté de l'Oeil de Bœuf ; les courtisans étant dans la salle du Conseil ne pouvait voir Madame de Maintenon.

(9) Nicolas Desmaretz, Marquis de Maillebois, contrôleur général des finances.

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog