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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

en faveur de la monarchie

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

IN MEMORIAM

21 JANVIER 1793/21 JANVIER 2014

    portrait_medaillon_louis_xvi.jpg

                                                      LOUIS XVI.

Nous prenons ici position et relevons volontairement le 221ième anniversaire de la décollation de Louis XVI, Roi martyr. Ce choix bien sûr n’est pas anodin. Au contraire et nous nous en expliquerons par la suite.  

          Nous notons que, rétroactivement à 221 ans, nous trouvons l’année fatidique de 1793. Relatons :

1793 

          Louis XVI est reconnu coupable de conspiration contre la Liberté (décision prise le 15 janvier en la Saint Remi, Baptiste de Clovis et de la France).

          Le Grand Roi martyr, Louis le XVIième monte avec honneur et bravoure là où l’impiété de la Révolution le conduit : l’échafaud. (Le 21 janvier dont on sait déjà que l’exacte opposition sur le Zodiaque est le 14 juillet).

        La France entre en guerre contre l‘Europe. En Vendée, les paysans s’arment. C’est le début d’une véritable guerre intestine.

       La Reine, dans sa grandeur et après un procès inique et honteusement faussé (tout comme celui de Louis XVI) par les Forces lucifériennes monte sur l’échafaud ; (Le 16 octobre ce qui, on peut se le demander ne serait pas volontaire. En effet cette date est identique à la dédicace de l’église du Mont Saint Michel !!!).

       Notons, en forme de plaidoirie, que le régicide n’avait nullement sa raison d’être. Pourquoi tuer le Roi sinon par faiblesse et c’est, semble-t-il, ce qui s’est produit. Le Roi aurait du perdurer en tant que symbole divin. Il aurait pu, il aurait du régner sans gouverner.

          Voilà pourquoi il y a lieu de présenter la Révolution et plus encore la Terreur comme une force luciférienne. Tuez le Roi et vous tuerez Dieu. Cette phrase pourrait résumer cet acte sacrilège mais il convient de développer ce sujet, dans les temps à venir, afin de mener les consciences vers un retour prévu à la Monarchie de droit divin.

     Le Sort de Louis XVI, tout comme celui de Marie-Antoinette, semblait scellé. Ils reposaient en effet l’un et l’autre sur un vaste complot dont les protagonistes se révélaient désireux d’annihiler tout symbole religieux. C’est en tout cas ce que semble relever le Pape Pie VI  en date du 17 juin 1793 : « Le Roi très chrétien Louis XVI a été condamné au dernier supplice par une conjuration impie, et ce jugement s’est exécuté. Nous vous rappellerons en peu de mots les dispositions et les motifs de cette sentence. La Convention nationale n’avait ni droit ni autorité pour le prononcer. En effet, après avoir aboli la Monarchie, le meilleur des gouvernements, elle avait transporté toute la puissance publique au peuple, qui ne se conduit ni par raison, ni par conseil, ne se forme sur aucun point des idées justes, apprécie peu de choses selon la Vérité, et en évalue un grand nombre d’après l’opinion ; qui est toujours inconstant, facile a être trompé, entraîné à tous les excès…

Et nous rajouterons pour conclure que le peuple est versatile, donc manipulable et de fait asservi pour la plus grande joie de ceux qui se frottent la panse en ce jour funeste.

En mémoire du Lieutenant du Christ : Louis XVI, Roi de France immolé en haine de la Foi le lundi 21 janvier 1793. En ce 21 janvier 2014, jour saint, An V (à compter du 21 janvier 2009) de la résurgence de la Monarchie de Droit divin voulu par le Christ, Roi de France. 

 

TESTAMENT DE LOUIS XVI.

 

« Au nom de la Très-Sainte Trinité, du Père, du Fils et du Saint—Esprit, aujourd'hui, vingt—cinquième jour de Décembre 1792, moi, Louis XVI du nom, roi de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toutes communications quelconques, même, depuis le dix du courant, avec ma famille ; de plus, impliqué dans un procès dont il est impossible de prévoir l'issue, à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyens dans aucune loi existante, n'ayant que Dieu peur témoin de mes pensées, et auquel je puis m'adresser.

Je déclare, ici en sa présence mes dernières volontés et sentimens.

Je laisse mon âme à Dieu, mon créateur ; je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d'après mes mérites, mais par ceux de notre Seigneur Jésus—Christ qui s’est offert à Dieu son père, pour nous autres hommes, quelqu'endurcîs que nous fussions et moi le premier.

Je meurs dans l'union de notre sainte mère l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs, par une succession non interrompue, de Saint—Pierre, auquel Jésus-Christ les a confiés : je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les Commandemens de Dieu et de l'Eglise , les Sacremens et les Mystères, tels que l'Eglise Catholique les enseigne et les a toujours enseignés ; je n'ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d'expliquer les dogmes qui déchirent l'Eglise de Jésus—Christ; mais je m'en suis rapporté, et je m'en rapporterai toujours, si Dieu m'accorde la vie, aux décisions que les Supérieurs Ecclésiastiques, unis à la sainte Eglise Catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l'Eglise suivie depuis Jésus-Christ.

Je plains de tout mon Cœur nos frères qui peuvent être flans l'erreur ; mais je ne prétends pas les juger et je ne les aime pas moins en Jésus-Christ, suivant ce que la charité chrétienne nous enseigne, et je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés ; j'ai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester et à m'humilier en sa présence ; ne pouvant me servir d'un Prêtre catholique, je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite , et surtout le repentir profond que j'ai d'avoir mis mou nom ( quoique cela fut contre ma volonté ) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l'Eglise Catholique , à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme, résolution où je suis, s'il m'accorde la vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du ministère d'un prêtre catholique pour m'accuser de tous mes péchés et recevoir le Sacrement de Pénitence.

Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensé par inadvertance, (car je ne me rappelle pas d'avoir fait sciemment aucune offense à personne) ou ceux à qui j'aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou de scandales, de me pardonner !e mal qu'ils croient que je peux leur avoir fait. Je prie tous ceux qui ont de la charité, d'unir leurs prières aux miennes pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.

Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis, sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui, par un faux zèle mal entendu, m'ont fait beaucoup de mal.

Je recommande à Dieu ma femme et mes enfans, ma sœur, mes tantes, mes frères et tous ceux qui me sont attachés parles liens du sang ou par quelqu'autre manière que ce puisse être; je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes entons et ma sœur, qui souffrent depuis long-temps avec moi; de les contenir par sa grâce, s'ils viennent à me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde périssable.

Je recommande mes enfans à ma femme, je n'ai jamais douté de sa tendresse maternelle peur eux ; je lui recommande surtout d'en faire de bon chrétiens et d'honnêtes hommes, de ne leur faire regarder les grandeurs de ce monde—ci ( s'ils sont condamnés à les éprouver ) que comme des biens dangereux et périssables', et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l'éternité ; je prie ma sœur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfans, et de leur tenir lieu derrière,' s'ils avaient lé malheur de perdre la leur.

Je prie ma femme; de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, les chagrins que je pourrais-lui avoir donné dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle, si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.

Je te recommande bien vivement à mes enfans, après ce qu'ils doivent à Dieu, qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entr'eux, soumis et obéissans à leur mère et reconnaissans de tous les soins et les peines qu'elle se donne pour eux en mémoire de moi. Je les prie de regarder ma sœur comme une seconde mère.

Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir roi, de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens ; il doit oublier toutes haines et tous ressentimens, et notamment tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve; qu'il ne peut faire le bonheur des peuples qu'en régnant suivant les lois mais en même temps qu'un roi ne peut se faire respecter et faire le bien qui est dans son cœur, qu'autant qu'il a l'autorité nécessaire, et qu'autrement étant lié dans ses opérations, et n'inspirant point de respect, il est plus nuisible qu'utile.

Je recommande à mon fils d'avoir soin de toutes les personnes qui m'étaient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés de songer que c'est une dette sacrée que j'ai contractée envers les enfans ou les pareils de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu'il y a plusieurs personnes de celles qui me sont attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont montré de l'ingratitude ; mais je leur pardonne, (souvent dans les momens de trouble et d'effervescence on n'est pas maître de soi) et je prie mon fils, s'il en trouve l'occasion, de ne songer qu'à leur malheur.

Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m'ont montré un véritable attachement et désintéressement; d'un côté, si j'étais sensiblement louché de l'ingratitude et de la -déloyauté de ceux à qui je n'avais jamais témoigné que des bontés, à eux, à leurs parens ou amis ; de l'autre, j'ai eu de la consolation à voir l'attachement et l'intérêt gratuit que beaucoup de personnes m'ont montrés. Je les prie de recevoir mes remercîmens.

Dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre, si je parlais plus explicitement ; mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître. Je croirais calomnier cependant les sentimens de la nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM.de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait porté à s'enfermer, avec moi dans ce triste séjour et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry, des soins duquel j'ai eu tout lieu de me louer depuis qu'il est avec moi ; comme c'est lui qui est resté avec moi jusqu'à la fin, je prie MM. de la commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse et les autres petits effets qui ont été déposés au conseil de la commune.

Je pardonne encore très-volontiers à ceux qui me gardaient, les mauvais traitemens et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J'ai trouvé, quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles—là jouissent dans leur coeur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.

Je prie M.M. de Malesherbes, Tronchet et de Sèze de recevoir mes remercîmens et l'expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu'ils se sont donnés pour moi.

Je finis en déclarant devant Dieu, et prêt à paraître devant lui que je ne  me reproche aucun des crimes qui sont avarices contre moi.

Fait double * à la Tour du Temple, le 25 décembre 1792»          

 

Signé LOUIS.

 

                                                  © Rhonan de Bar.     

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

TROIS MOIS D'HISTOIRE CONTEMPORAINE

LA VÉRITÉ SUR L’ESSAI DE RESTAURATION MONARCHIQUE.

 Lys

 

ERNEST DAUDET. 1875

 

 

LA VÉRITÉ SUR L'ESSAI

DE RESTAURATIOM NONARCHIQUE


 

CHAPITRE PREMIER. (5ième extrait)


Son passe-port était au nom du comte de Villiers. Durant le trajet, il ne fut reconnu nulle part. Mais, en arrivant à Vienne dans la soirée du samedi 2 août, il apprit par les dépêches des journaux que son voyage était ébruité, et que l'indiscrétion qu'il tenait à éviter avait été commise.

On a su depuis qu'elle venait de chez M. Thiers. La nouvelle du départ du comte de Paris avait été communiquée au National par M. Barthélémy Saint-Hilaire, publiée par ce journal d'abord, et ensuite par la Correspondance républicaine qui est adressée à un grand nombre de feuilles des départements. Les directeurs de la Presse et du Français ne crurent pas devoir taire l'événement, et dès ce moment, il appartint à la presse qui le commenta de mille manières, mêlant, ainsi qu'il arrive toujours en pareil cas, l'erreur à la vérité.

Le sentiment général fut la surprise, et chez les républicains le dépit. Ils essayèrent aussitôt de dénaturer la généreuse démarche du comte de Paris.

— Sachant bien qu'on ne saurait arriver à une entente, le prince est allé provoquer une rupture, dirent les uns.

— Il abandonne ses idées ; il ne tient aucun compte du sentiment personnel de ses amis; il va abdiquer entré les mains du comte de Chambord, dirent les autres. Il s'humiliera inutilement.

Son cousin ne consentira même pas à le recevoir.

Ce n'était pas là vérité; Non, le prince n'allait pas provoquer une rupture. Sans pouvoir deviner quelles seraient les conséquences de sa visite, il ne cherchait, ainsi qu'il l'avait dit, qu'à dégager sa parole. Il ne voulait pas laisser aux députés qui, deux ans avant, avaient voté l'abrogation des lois d'exil, le droit de lui rappeler sa promesse, en lui montrant les portes de la France, ouvertes sur la foi de cette promesse.

Il était arrivé à Vienne dans la soirée du samedi 2 août. Le dimanche matin, il envoyait à Frohrsdorf une dépêche au gentilhomme de service, afin de demander une audience au comte de Chambord. La réponse lui parvint par le télégraphe dans l'après-midi, lui annonçant qu'il recevrait le lendemain la visite de M. de Vanssay.

Ce dernier arrivait en effet, le lundi, dès neuf heures, porteur d'une note à laquelle le comte de Paris répondit sur-le-champ, de sa main :

« Vienne, 4 août 1873.

« M. le comte de Paris pense comme M. le comte de Chambord, qu'il faut que la visite projetée ne donne lieu à aucune interprétation erronée.

Il est prêt, en abordant M. le comte de Chambord, à lui déclarer que son intention n'est pas seulement de saluer le chef de la maison de Bourbon, mais bien de reconnaître le principe dont M. le comte de Chambord est le représentant. Il souhaite que la France cherche son salut dans le retour à ce principe et vient auprès de M. le comte de Chambord pour lui donner l'assurance qu'il ne rencontrera aucun compétiteur, parmi les membres de sa famille.»

Cet échange de notes avait pour but de régler les conditions et les termes de l'entrevue qui allait avoir lieu, et dont la signification se trouvait ainsi fixée. Le comte de Paris accepta tous les termes de celle du comte de Chambord, sauf un lambeau de phrase, et ajouta même dans sa réponse le dernier paragraphe, c'est-à-dire l'expression de son désir de voir la France chercher le salut, dans le principe que représente le chef de la maison de Bourbon. Depuis deux années, il avait maintes fois manifesté le même sentiment.

Il restait donc fidèle à soi-même en l'affirmant de nouveau.

Le comte de Chambord pouvait désirer qu'aucune question politique ne fût abordée. Le comte de Paris souhaitait de son côté qu'il en fût ainsi. Il n'estimait pas qu'il lui appartînt de traiter de certains problèmes politiques

dont la solution appartenait au pays, au nom duquel il n'avait point le droit de parler, encore moins de stipuler, et dont il entendait réserver les droits.

— J'ai des idées qui me sont personnelles, dit-il à M. de Vanssay ; mon cousin a les siennes. Ce n'est que par son accord avec la nation qu'il peut les faire prévaloir ou les modifier ; je n'ai pas plus à les examiner qu'il ne saurait me demander d'abdiquer les miennes.

M. de Vanssay se montra satisfait de ces paroles aussi bien que de la note rédigée par le comte de Paris. Il s'éloigna une demi-heure après être arrivé, chargé d'annoncer au comte de Chambord que son cousin partirait pour Frohrsdorf, le lendemain mardi, 5 août, à sept heures du matin.

Le lendemain, eu effet, vers neuf heures, le petit-fils du roi Louis-Philippe entrait dans le château du petit-fils du roi Charles X.

M. de Vanssay, qui était venu à sa rencontre, l'introduisit dans un salon où le comte de Chambord attendait, et les y laissa. Ce dernier reçut son cousin debout, et après avoir tendu la main, s'assit et le fit asseoir.

Le comte de Paris s'exprima alors en ces termes :

— Je viens vous rendre une visite que je souhaitais vous faire depuis longtemps. Je viens en mon nom, et au nom de tous les membres de ma famille, vous présenter nos respectueux hommages, non-seulement comme an chef de notre maison, mais encore, comme au seul représentant du principe monarchique en France. Je souhaite qu'un jour vienne où la nation française comprenne que son saint est dans ce principe. Si jamais elle exprime la volonté de recourir à la monarchie, nulle compétition au trône ne s'élèvera dans notre famille.

Tel est le langage que le comte de Chambord avait manifesté le désir d'entendre dans la bouche de son cousin, et qu'il entendit. Aussitôt après, il se leva les larmes aux yeux, et lui ouvrit les bras. Les deux princes s'embrassèrent.

La réconciliation était accomplie.

L'entretien prit un ton plus intime. La réception ne cessa pas d'être très-cordiale. Le comte de Chambord exprima à plusieurs reprises la joie qu'il éprouvait à recevoir son cousin. Aucune question délicate ne fut abordée, de part ni d'autre. On s'en tint à des généralités politiques. Elles firent les frais de l'entretien qui fut interrompu par l'entrée de la comtesse de Chambord. La princesse eut pour le comte de Paris le plus aimable accueil.

Le déjeuner eut lieu ensuite, et ce n'est qu'après être resté quatre heures à Frohrsdorf que le comte de .Paris repartit pour Vienne où le même jour sa visite lui fut rendue. C'est dans cette deuxième entrevue que le comte de Chambord exprima, dit-on, le regret de ne pas connaître les enfants de son cousin, et le pria de lui envoyer leurs photographies.

Dans la soirée, le comte de Paris, ayant dîné chez l'empereur François-Joseph, se rendit avec lui à l'Opéra, où une représentation de gala avait lieu en l'honneur du shah de Perse, à Vienne en ce moment, et qui parut très heureux de revoir le prince qu'il avait déjà rencontré à Paris.

Ainsi se passa cette entrevue depuis si longtemps désirée par le parti royaliste et par les princes eux-mêmes. C'eût été un tort de lui attribuer dès ce moment un caractère politique qu'elle n'avait pas eu. Les organes du comte de Chambord, aussi bien que ceux du comte de Paris, s'attachèrent à ne pas laisser d'erreurs se propager à cet égard. Elle n'en eut pas moins en France et en Europe, un immense retentissement.

Assurément, aucun des points litigieux n'avait été abordé; les princes placés en face l'un de l'autre, dans un entretien tout intime, n'avaient pas mission de les discuter. La question du drapeau restait entière; entier aussi le point de savoir si, dans le cas où une solution monarchique interviendrait, la constitution serait octroyée par le roi ou votée par la Chambre et imposée au roi. Mais la réconciliation de famille était consacrée ; le principe de, l'hérédité représenté par le comte de Chambord était reconnu, en même temps que le droit qu'a la France de revenir ou de ne pas revenir à ce principe; enfin, le comte de Chambord avait reçu l'assurance qu'il ne trouverait de compétiteur au trône, dans aucun des membres de sa famille.

C'était là un fait considérable dont le premier et heureux contre-coup devait se produire dans l'Assemblée nationale, en réunissant légitimistes et orléanistes en un seul et même faisceau. La monarchie n'était pas encore faite ; mais, elle pouvait se faire, car il ne restait plus à celui qui en était le seul représentant qu'à réconcilier la France avec sa personne et, avec son principe ; cette nouvelle allait causer en France une, émotion profonde et ranimer l'espérance des conservateurs.

M. le comte de Paris revint à Paris  peu de jours après. Il ne fit qu'y passer et rejoignit sa famille à Villers.

Il avait, selon son désir le plus vif, dégagé sa parole, tenu sa promesse, et accompli simplement, noblement un grand devoir.

Ce devoir, depuis longtemps, il désirait l'accomplir. Nature honnête et droite, intelligent, instruit, n'ignorant pas quelles espérances les conservateurs attachent au nom qu'il porte, il déploya dans ces circonstances le plus patriotique désintéressement, sans se laisser un seul instant détourner par une pensée d'ambition personnelle. On ne saurait trop le dire aujourd'hui.

Il l'a dit lui-même d'ailleurs dans une lettre qu'il écrivait au lendemain de l'entrevue de Vienne.

« Je vous remercie d'avoir si bien compris et apprécié ma récente démarche auprès de M. le comte de Chambord. J'ai été inspiré par une pensée d'union. J'ai voulu écarter tout ce qui pouvait faire obstacle à cette union des conservateurs, fondée sur des intérêts communs et sur un respect des opinions de chacun, partout où il peut y avoir divergence. Cette union peut seule nous sauver des ennemis sociaux. Le prince entendait par là le césarisme et le jacobinisme qui tous deux spéculent sur la lassitude publique pour infliger à la France leur odieux despotisme. »

Grâce à lui, et bien que la France eût seule le droit de prendre une décision, l'unité dans le parti royaliste était rétablie; là où il y avait eu deux monarchies, il n'en restait plus qu'une.

Le comte de Chambord fut profondément touché de cette démarche, surtout quand il put constater l'influence qu'elle exerça sur l'esprit public. Que ne s'inspirait-il d'un sentiment aussi généreux, et pourquoi l'exemple de son cousin ne le poussa-t-il pas à s'avancer jusqu'au bout dans la voie du sacrifice et à couronner son patriotique langage par un renoncement qui n'aurait pas atteint son honneur et qui, quoi qu'il en ait dit, loin de l'amoindrir, l'aurait fortifié ?

 

À paraître aux Éditions Lacour-Ollé.

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TROIS MOIS D'HISTOIRE CONTEMPORAINE

LA VÉRITÉ SUR L’ESSAI DE RESTAURATION MONARCHIQUE.

 

 

 

Lys

 

ERNEST DAUDET. 1875

 

LA VÉRITÉ SUR L'ESSAI

DE RESTAURATION MONARCHIQUE

 

CHAPITRE PREMIER. (4ième extrait)

 

 

 Cette idée faisait de tels progrès dans le public qu'elle touchait les esprits les plus modérés. Vers la fin de 1872, M. de Villemessant, rédacteur en chef du Figaro; se présenta un matin chez le comté de Paris qu'il ne connaissait pas, et lui tint ce langage :

— Monseigneur ; on dit que vous êtes l'empêchement à la restauration et que si M. le comte de Chambord ne cède pas aux prières de ses amis qui le supplient de consentir à des concessions nécessaires, c'est qu'il redoute un piége. Vous pouvez seul faire cesser ces défiances. A Votre place, je partirais avec madame la comtesse de Paris ; j'irais chez M. le comte de Chambord, en lui disant : " Mon cousin, nous voilà ! "

M. de Villemessant ne se doutait guère et ne put d'ailleurs deviner que ses paroles répondaient à l'une des plus vives préoccupations du prince» Mais l'heure n'était pas venue. Elle vint le 5 août, M. Thiers n'était plus là pour tirer parti contre les conservateurs de la démarche du prince. En outre, les vacances de l'Assemblée nationale et l'évacuation définitive du territoire rendaient cette heure propice.

Le comte de Paris avait pris depuis longtemps conseil de ses amis. Quelques-uns persistaient à se montrer antipathiques à son projet.

Soit par un attachement irréfléchi à un passé qu'il n'était pas en leur pouvoir de faire revivre, soit par crainte d'un accueil peu favorable à Frohrsdorf, ils cherchaient à faire ajourner le voyage « du chef de leur parti. »

M. le comte de Paris restait sourd à ces influences.

Il répondait :

— J'ignore si le parti orléaniste existe encore ce que je sais bien, c'est qu'il représente et doit représenter non des prétentions personnelles, mais la monarchie constitutionnelle et que c'est elle seule qu'il s'agit de restaurer.

Le duc de Chartres s'étonnait qu'on ne fût pas favorable au dessein de son frère. Il calmait les appréhensions, en disant :

— Je n'ai jamais été plus heureux qu'aujourd'hui.

Il en est tant qui réussissent à faire le bien, parfois même sans remplir leur devoir ! Pourquoi ne réussirions-nous pas, nous qui allons faire le nôtre ?

C'est ainsi que les princes parlaient à leurs amis. Les plus influents, les plus fidèles, se trouvant absents, le comte de Paris leur écrivit.

A l'un d'eux, il disait : « J'éprouve un grand soulagement à la pensée que je vais dégager jusqu'à la dernière syllabe, la parole que j'ai donnée il y a deux ans. »

Est-il nécessaire d'ajouter que la résolution du prince n'avait trouvé dans sa famille que des encouragements. Ses oncles, et notamment le duc de Nemours, étaient, dès longtemps, favorables à la démarche promise. Quant au  duc de Chartres, que la perspective de cette réconciliation de famille comblait de joie, il aurait bien voulu accompagner son frère. Mais,

retenu à Paris par les nécessités de son service, il dut ajourner sa visite. Il la fit ultérieurement, ainsi qu'on le verra plus loin. Le comte de Paris souhaitait que son projet, ne fût connu que lorsqu'il l'aurait réalisé. Il prit dans ce but quelques précautions. Le 31 juillet, afin de détourner la curiosité des malveillants et des indiscrets, il partait avec sa femme et ses enfants pour Villers-sur-Mer, petite station de bains, située près de Trouville et fort à la mode cette année. Il les y installa et revint le même soir à Paris, d'où il se mit en route pour Vienne, avec son oncle le prince de Joinville...

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TROIS MOIS D'HISTOIRE CONTEMPORAINE

LA VÉRITÉ SUR L’ESSAI DE RESTAURATION MONARCHIQUE.

Lys

ERNEST DAUDET. 1875

 

LA VÉRITÉ SUR L'ESSAI

DE RESTAURATION MONARCHIQUE.

 

CHAPITRE PREMIER (3ième extrait)

 

 

C'est à la suite de l'entrevue de Dreux, dans des circonstances qu'on n'a point oubliées et qu'il n'y a pas lieu de rappeler dans ce récit dont le but est autre, que les lois du 10 avril 1832 et 26 mai 1848, furent abrogées, grâce à l'union étroite de la Droite et du Centre Droit, union qui triompha des résistances et des répugnances de M. Thiers dont nous retrouvons les traces trop évidentes dans le discours qu'il prononça à cette occasion.

M. le comte de Paris était ainsi engagé, et la démarche du 5 août ne fut que la conséquence, de cet engagement. Durant ces deux années, il fut plus d'une fois tenté de partir, d'aller tenir sa parole. Mais alors que la France subissait encore l'occupation étrangère, le prince n'estimait pas que l'heure fût propice pour accomplir une démarche qui ne manquerait pas d'émouvoir le pays et d'où pouvaient sortir de graves agitations. Il ne voulait pas qu'on pût jamais reprocher à la monarchie d'avoir préparé son retour sous la protection des baïonnettes prussiennes.

C'est ainsi qu'il attendit. Le temps de son attente ne s'écoula pas sans lui apporter plus d'un mécompte. Les manifestes mémorables du 5 juillet 1874 et du 25 janvier 1872, affirmant avec énergie que le roi n'accepterait pas de conditions, et ne sacrifierait pas le drapeau blanc, la lettre du mois de février 1873, à l'évêque d'Orléans, enfin, les diverses paroles rapportées de Frohrsdorf, en creusant l'abîme qui séparait le comte de Chambord de la France, en rendant la restauration monarchique plus difficile, ne blessaient pas seulement les convictions les plus chères du comte de Paris ; il semblait encore qu'ils fussent dirigés contre ses amis et contre lui. Plus ceux-ci s'efforçaient de prouver leur abnégation pour faciliter la restauration et plus le chef de la maison royale, volontairement ou non, se

plaisait à frapper d'impuissance leur bonne volonté et leurs patriotiques efforts. Plus d'une fois, le comte de Paris fut le confident de leurs plaintes et de leur légitime ressentiment.

Par une singulière coïncidence, à mesure que s'approchait l'époque qu'il s'était assignée pour accomplir sa promesse, il devenait plus évident que le comte de Chambord ne voulait pas régner, et les événements se chargeaient de créer aux princes d'Orléans une situation qui précisément les désignait mieux chaque jour aux suffrages des conservateurs.

Certes, la tentation était grande. Se placer à la tête du parti constitutionnel, rallier autour de soi tous les libéraux, avec l'assurance d'enlever à la République conservatrice la plupart de ses adhérents, former contre les exagérés de tous les partis le parti national, et fonder avec lui la monarchie comme en Belgique, voilà une oeuvre qui n'était pas sans grandeur.

Le comte de Paris ne se demanda même pas si elle était possible. Il n'avait d'autre souci que celui de tenir l'engagement pris et de prouver qu'ainsi qu'il l'avait affirmé, il n'y aurait aucun compétiteur royal dans sa famille.

Pendant ce temps, les commentaires du public étaient variés et nombreux. Il ne connaissait pas les faits que nous venons de raconter et se figurait que si la fusion ne se faisait pas, c'est que les princes d'Orléans ne voulaient pas s'incliner devant le chef de leur maison. On persistait à les traiter comme les adversaires irréconciliables de la branche aînée. Les radicaux et les bonapartistes s'unissaient contre eux dans un concert d'éloges décernés tous les jours au comte de Chambord. Il n'était pas jusqu’aux ultras royalistes, qui ne les accusassent ouvertement d'être l'obstacle au rétablissement de la monarchie...

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TROIS MOIS D'HISTOIRE CONTEMPORAINE

LA VÉRITÉ SUR L’ESSAI DE RESTAURATION MONARCHIQUE.

  Lys


ERNEST DAUDET. 1875

 

LA VÉRITÉ SUR L'ESSAI

DE RESTAURATION MONARCHIQUE

 

CHAPITRE PREMIER.

(2ième extrait)

 

On sait aujourd'hui que le principe de M. le comte de Chambord n'est pas l'immuabilité, ni même ce retour en arrière dont on nous menaçait. La lettre écrite le 19 septembre 1873, au vicomte de Rodez-Benavent, a fait justice des appréciations que malheureusement des amis maladroits, et les imprudences de quelques membres du clergé avaient encouragées. Ce qui caractérise le principe du petit-fils de Charles X, c'est qu'il substitue en principe sinon en fait la souveraineté du roi à la souveraineté de la nation, et qu'il n'admet des règles du gouvernement constitutionnel que celles qui maintiennent le pouvoir royal dans une région idéale et supérieure d'où il dicte toujours des lois et n'en subit jamais. La doctrine parlementaire que représente plus spécialement le comte de Paris est tout autre.

Elle fait du roi le chef du pouvoir exécutif, c'est-à-dire le metteur en oeuvre des volontés de la nation, incarnée dans le parlement, volontés qui s'exercent régulièrement, grâce à un mécanisme ingénieux, et sans qu'il en coûte rien à la dignité du roi.

A Bordeaux, ces doctrines n'étaient pas encore nettement définies; par conséquent on n'avait pu encore mettre en relief les côtés par lesquels elles peuvent s'allier, se compléter, se fortifier, ni ceux par lesquels elles s'excluent. Aussi, les défiances tenaient-elles plus au passé qu'au présent, C'est en se rappelant Louis XV que les uns reprochaient au comte de Chambord de vouloir réédifier une monarchie sans contrôle; c'est en se rappelant Louis-Philippe que les autres redoutaient de voir le comte de Paris se poser un jour comme le candidat de la révolution.

Ces défiances qui n'ont pas encore entièrement disparu aujourd'hui et que les organes du parti, légitimiste avancé, n'ont jamais cessé d'exciter et de propager, sont un des malheurs du temps présent que nous devons au temps passé. La démarche du comte de Paris, la manière dont le comte de Chambord l'a maintefois appréciée, en ont fait justice, mais ne les ont pas pour toujours dissipées. Il y aura éternellement des catholiques plus catholiques que le Pape et des royalistes plus royalistes que le Roi.

Fort heureusement, le gros des partis se compose d'hommes modérés et non d'exagérés.

A Bordeaux, les modérés comprirent qu'avant d'entreprendre l'oeuvre de la restauration monarchique, il importait de déblayer le terrain de ces malentendus funestes, et que puisque le gros des royalistes souhaitait le rapprochement des princes, il fallait le préparer.

L'occasion propice et désirée ne tarda pas à se présenter.

De Bordeaux, l'Assemblée nationale était venue à Versailles et au milieu des difficultés de toute nature qui s'élevaient à chaque heure devant ses pas, elle procédait à la vérification des pouvoirs de ses membres. C'est ainsi qu'elle eut à se prononcer sur la validité des élections du duc d'Aumale et du prince de Joinville. Or, la situation faite aux princes par la loi du 26 mai 1848, interdisant aux membres de la famille de Bourbon l'accès du sol français, nécessitait que préalablement à leur admission dans l'Assemblée, on se prononçât sur cette loi.

Sans doute, à n'en considérer que la lettre, le bannissement n'impliquait pas la perte des droits civils ; les princes, dès lors, étaient éligibles et leur élection devait être validée.

Mais, comment admettre qu'on leur maintiendrait un mandat sans leur donner en même temps la possibilité de l'exercer ; qu'on leur ouvrirait l'Assemblée nationale sans leur ouvrir la France ? C'est cependant ce qui serait arrivé, si, conformément à l'opinion d'un certain nombre de représentants, on eût purement et simplement prononcé la validité des élections de l'Oise et de la Haute-Marne.

Raisonnablement, il fallait abroger les lois d'exil, et deux propositions furent déposées dans ce but, l'une par M. Jean Brunet tendant à rapporter toutes les décisions législatives entraînant le bannissement, l'autre par M. Giraud, spéciale aux princes de la maison de Bourbon. C'est à celle-ci que se rallia la majorité.

Mais la formation de cette majorité nécessita d'abord des négociations et des pourparlers entre les chefs de la Droite dont le vote était nécessaire au succès et ceux du Centre Droit. La résistance opiniâtre que M. Thiers avait manifestée, dès Bordeaux, contre la rentrée des princes, ne permettait pas de compter sur le concours du Centre Gauche dont le chef du Pouvoir Exécutif s'était dès lors emparé.

— Nous ne voulons pas, disaient les chefs de la Droite, ouvrir les portes de la France aux princes d'Orléans, si nous devons un jour les trouver sur le chemin du trône, en opposition au roi légitime.

- Vous ne les y trouverez jamais, répondirent les chefs du Centre Droit. Quel engagement souhaitez-vous?

- La parole des princes et l'assurance que M. le comte de Paris, au nom de tous, les siens, ira rendre à M. le comte de Chambord l'hommage qu'ils doivent au chef de leur maison et au seul représentant du principe monarchique.

A la suite de ces pourparlers, une entrevue fut décidée entre le duc d'Aumale et le prince de Joinville et les membres les plus influents de la Droite légitimiste. Elle eut lieu à Dreux, au mois de mars 1871. Là, les princes, déclarèrent qu'il n'existait aucun prétendant dans la famille d'Orléans, et que si la France souhaitait jamais de revenir à la monarchie, aucune compétition royale ne s'élèverait parmi les membres de leur maison. Puis, ils s’engagèrent à faire parvenir par le comte de Paris, en son nom et au nom des siens, cette assurance à M. le comte de Chambord, se réservant le droit de fixer l'époque où cette démarche devrait être faite...

 

À suivre...

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TROIS MOIS D'HISTOIRE CONTEMPORAINE

LA VÉRITÉ SUR L’ESSAI DE RESTAURATION MONARCHIQUE Lys


ERNEST DAUDET. 1875

 

 

LA VÉRITÉ SUR L'ESSAI

DE RESTAURATIOM NONARCHIQUE

 

CHAPITRE PREMIER. (1er extrait)

 

 

Ces idées commencèrent à se faire jour dès que les élus du 8 février se trouvèrent réunis à Bordeaux. On ne songeait point encore avec suite aux solutions définitives. Une oeuvre plus urgente, l'oeuvre de la paix, s'imposait au patriotisme de tous et absorbait leurs instants.

Mais dans les allusions qui furent faites à la  possibilité d'une restauration, on voyait percer le désir d'un rapprochement entre les princes, et lorsque M. Thiers, jaloux d'être le chef du pouvoir exécutif, désigné d'ailleurs pour ces hautes fonctions par son nom, ses opinions, — hélas ! trahies depuis ! — son rôle précédent, quémandait les suffrages de ses collègues, c'est encore sur la réconciliation de famille qu'il basait les espérances du rétablissement de la royauté, dont l'expression se trouvait dans sa bouche toutes les fois qu'il adressait la parole à un royaliste. L'histoire enregistrera

quelque jour les engagements qu'il prenait alors vis-à-vis de ses collègues de la Droite, auxquels il promettait la restauration par ses soins, acte qu'il appelait « la monarchie unie. »

Alors, comme à des époques précédentes, mais avec beaucoup plus d'énergie, la fusion apparaissait à tous, comme la condition indispensable

de la restauration. Il suffisait qu'elle eût été posée ainsi, pour devenir aussitôt le but commun de tous ceux qui n'ont pas foi dans l'efficacité de la forme républicaine et croyaient alors comme aujourd'hui, que la France vaincue, affaiblie, isolée en Europe, ne pouvait se relever que par un retour sincère au régime constitutionnel, sauvegardé par les sages institutions dont la monarchie héréditaire et nationale contient à la fois la formule la plus nette et l'instrument, le plus actif.

En d'autres temps, la même nécessité avait frappé et pénétré les esprits,, les plus sages; mais leur conviction et leurs efforts étaient demeurés stériles, parce que la possibilité d'agir leur faisait défaut. On ne met d'ardeur à l'étude des solutions décisives, alors même qu'on les souhaite passionnément, on ne s'attache à les réaliser qu'autant qu'elles sont réalisables.

Or, lorsque, pendant la durée de l'empire, légitimistes et orléanistes avaient tenté de rapprocher les princes, ils n'apportaient pas à leur oeuvre cet entraînement que peut seule donner l'urgence qui s'impose avec la probabilité du succès. Alors la fusion, quelque sincère qu'elle pût être, aurait conservé malgré tout, un caractère platonique; elle aurait été sans influence sur les destinées de la France, ceux qui la poursuivaient en demeuraient convaincus et cette conviction affaiblissait à leur insu la bonne volonté qu'ils déployaient pour, vaincre les difficultés élevées devant leurs pas.

Mais, en 1871, les circonstances étaient bien changées...

 

Les royalistes avaient en face d'eux, non un gouvernement établi, mais un pouvoir; sans consistance, qui n'allait trouver une force que dans le concours de l'Assemblée nationale et ne pouvait rien sans elle. Le pays, désorganisé, épuisé, énervé, semblait en proie à un vertigineux affolement, et si les embarras de l'heure présente, en nécessitant l'union de tous les partis qui seule les pouvait résoudre, rendait impossible un changement immédiat de gouvernement, il était raisonnable de penses que le jour n'était pas éloigné où le pays accepterait le pouvoir de ceux qui lui apporteraient le salut dans une combinaison basée sur un leurs tentatives, usant de ruse pour conquérir le droit, non de faire parler d'eux, mais de remplir obscurément leur devoir.

La légende de Robert-le-Fort faisait sa route à travers l'armée française. Les pérégrinations du prince de Joinville, errant comme un proscrit sur sa terre natale, poursuivant vainement l'honneur de combattre et de mourir

pour elle, quoiqu'encore imparfaitement connues, ajoutaient un charme mystérieux et quasi shakespearien à l'histoire militaire de ces princes si Français par l'esprit et le coeur, dont le souvenir n'avait pu disparaître du pays aux destinées duquel ils avaient été mêlés si  longtemps, au milieu de fortunes diverses.

Enfin, leur situation personnelle trouvait une force singulière dans l'effort aussi long que leur exil, qu'ils avaient tenté et réussi, afin de rester toujours en communication d'idées avec la France. Absents, ils étaient demeurés présents à la patrie, à laquelle ils parlaient sans cesse, tantôt poursuivant en des livres remplis d'observation et de science, l'étude des plus graves problèmes économiques, tantôt ressuscitant les souvenirs des guerres d'Afrique, tantôt enfin, racontant l'histoire de la maison de Condé.

Aussi, la France ne les avait pas oubliés.

Le 8 février 1871, M. le duc d'Aumale et M. le prince de Joinville étaient élus députés, l'un par le département de l'Oise, l'autre par les départements de la Haute-Marne et de la Manche. Leur nom mis spontanément par les conservateurs de ces contrées sur les listes électorales, sortit victorieux de l'urne, comme afin de prouver que la France n'est point aussi oublieuse, ni aussi ingrate qu'on l'a prétendu, et qu'elle sait,' à son moment, rendre à ceux qui l'ont mérité, par leur patriotisme et les services rendus, l'hommage de sa reconnaissance.

Mais, ce n'est pas tout. A cette heure où l'indécision, l'anxiété, le doute remplissaient la plupart des esprits, la maison d'Orléans, puissante par le nombre et la race, reprenait sa place parmi nous, comme une espérance poussée subitement du milieu de nos désastres.

On se plaisait à incarner dans la personne du premier d'entre les princes, ce noble gouvernement constitutionnel qui s'étend peu à peu par toute l'Europe, ainsi que les pousses vivaces d'un arbre vigoureux, et M. le comte de Paris apparaissait, aux yeux d'un grand nombre de Français, comme un jeune homme capable de relever la couronne nationale, et de réconcilier avec elle la France moderne. Si, comme on le prétendait déjà, M. le comte de Chambord n'avait pas le désir de régner ou s'il ne voulait régner qu'a des conditions qui rappelleraient un régime disparu et dont la nation ne veut plus, un autre prince nous restait avec lequel la  réorganisation serait facile, puisqu'il représentait à la fois le principe monarchique et le principe libéra Peu de gens, à vrai dire, souhaitaient que le comte de Chambord désertât volontairement la tâche qui l'appelait. Les plus avisés, les plus sages n'hésitaient pas à reconnaître que la monarchie serait d'autant plus solide qu'elle grouperait plus fortement autour de soi tous les royalistes sans exception. Or, le comte de Chambord reconnaissant le comte de Paris pour son héritier légitime et direct, pouvait seul reconstituer ce grand parti et fonder sur des bases inébranlables la monarchie constitutionnelle.

M. le comte de Paris lui-même ne voulait pas une autre solution. Instruit par les méditations de l'exil et l'histoire de sa propre maison, ce jeune prince possédait, à défaut de l'expérience consommée qui est le privilège de la vieillesse, une sagacité profonde. Il avait déjà compris que son avènement au trône, à l'exclusion du comte de Chambord, lui créerait, dès le début de son règne, une situation affaiblie et précaire.

Le parti monarchique ne pouvait être fort que par l'union de tous les conservateurs. Aussi, quoiqu'il se fit honneur d'être aux ordres de la France, il inclinait à croire que la fusion devait précéder toute tentative de restauration ; qu'à moins d'un acte d'abdication qui n'était point à espérer, qu'il se refusait formellement à désirer ou à provoquer et dont il suppliait

ses amis de ne jamais faire dépendre leurs résolutions, c'est avec le comte de Chambord, entouré de toute la maison de Bourbon, que la royauté devait se présenter au pays.

Ces pensées, qu'il avait sans doute méditées longtemps, le comte de Paris les communiquait fréquemment à son entourage. Aussitôt après le 4 septembre, il y puisait les mobiles de sa règle de conduite, et aux nombreuses lettres qui lui arrivaient dès ce moment, il répondait en exprimant les sentiments qui viennent d'être indiqués, et affirmait qu'il n'avait et ne se laisserait supposer aucune prétention, plaçant d'ailleurs au-dessus de toutes les volontés personnelles la volonté de la France.

Arrivés à Bordeaux, les députés légitimistes ne tardèrent pas à connaître ces sentiments. Leurs défiances ne tombèrent pas sur-le-champ.

Bien que l'Empire eût fait un sort commun aux vainqueurs et aux vaincus de 1830 et que l'identité du malheur les eût rapprochés, les vieilles haines n'étaient pas entièrement dissipées.

De part et d'autre, on nourrissait des appréhensions et des arrière-pensées.

Pour les uns, M. le comte de Chambord représentait obstinément la monarchie du droit préexistant, c'est-à-dire un principe immuable que ses partisans entendent faire respecter comme un dogme, et qui ne pouvait revivre parmi nous qu'en nous ramenant à un siècle en arrière, c'est-à-dire en deçà de 1789.

Pour les autres, M. le comte de Paris représentait une des formes les plus trompeuses, les plus perfides de la révolution, et son principe, subordonné toujours et partout aux accidents variables de la souveraineté nationale, ne pouvait accomplir qu'une oeuvre mauvaise et démoralisatrice.

Ces deux appréciations étaient également fausses...

 

 

À suivre...

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TROIS MOIS D'HISTOIRE CONTEMPORAINE.

LA VÉRITÉ SUR L’ESSAI DE RESTAURATION MONARCHIQUE.

 

Lys

ERNEST DAUDET. 1875


  INTRODUCTION

  Nous entreprenons le récit succinct, mais fidèle, des événements qui se sont accomplis depuis le 5 août, à la suite de la visite faite par M. le comte de Paris au chef de la maison de Bourbon, et des préliminaires de cette visite.

Cette époque est assurément une des plus curieuses, des plus émouvantes de notre histoire. Tandis que la France pouvait raisonnablement croire que l'effort tenté par quelques hommes de bien la ramenait à la monarchie, une fatalité plus haute que leur volonté l'éloignait brusquement de ce but.

Aucune émotion ne devait manquer à cette phase agitée. Elle a eu un dénoûment solennel autant qu'inattendu. Ce dénoûment, c'est le manifeste de Salzbourg, qui a porté aux espérances de certains royalistes un irréparable coup, et duquel on a pu dire justement que, pour son auteur, il équivalait à un suicide.

Il y a eu, depuis le 5 août, trois périodes diverses, rigoureusement déterminées.

La première est marquée par le voyage de M. le comte de Paris à Vienne. Après avoir paru n'être autre chose qu'une réconciliation de famille, ce voyage à marqué l'aurore des espérances, monarchiques ; la seconde par la démarche de MM. de Sugny et Merveilleux- Duvignaux, après laquelle l'enthousiasme du premier jour est tombé, quand on a pu croire que M. le comte de Chambord repoussait définitivement le drapeau tricolore et maintenait le drapeau blanc; la troisième enfin qui commence au moment

ou MM. Lucien Brun et Chesnelong reviennent de Salzbourg, rapportant des déclarations formelles destinées, hélas! A recevoir un démenti non moins formel.

La première période a trouvé le pays surpris autant que charmé, de voir surgir tout à coup une combinaison à laquelle il ne croyait plus. Il y a eu autant d'enthousiasme chez les conservateurs que de terreur chez les radicaux. La monarchie a paru faite, et si, dans cette heure solennelle, M. le comte de Chambord avait lancé un manifeste établissant la royauté légitime à l'ombre du drapeau tricolore, elle eût été accueillie, acclamée par la grande majorité du pays. Il eût été simple alors de convoquer sur-le-champ l'Assemblée nationale et, au moment où nous écrivons, Henri V résiderait à Versailles.

Malheureusement, — ici commence, la seconde période, — on s'aperçut vite que ces espérances n'étaient pas fondées et qu'il fallait en rabattre. La question du drapeau se posait à côté des difficultés nées sur le terrain constitutionnel. Il y eut une minute où la France cessa de croire, perdit confiance, prit ses espérances pour des illusions et les vit se dissiper.

Tout à coup, on apprend que le délégué du Comité des Neuf se rend à, Salzbourg où le comte de Chambord lui a donné rendez-vous. La France se reprend à croire, et quand M. Chesnelong revient rendre compte de sa mission à la Commission des Neuf, il n'y a qu'un cri ; ce cri-enthousiaste, exagéré même, est celui-ci : « La monarchie est faite! » C'est la troisième période.

Oui, la monarchie pouvait encore se faire. Mais, que de temps perdu ! que de délais funestes laissés à ses adversaires !

A cette heure assurément, elle était compromise. Quoique séparés par des abîmes, ses ennemis se coalisaient. Les radicaux et les bonapartistes, après avoir exprimé une violente indignation contre l'alliance Napoléon-Portalis, s'inspiraient de la même idée pour se rapprocher et s'unir.

Puis, fortifiés par l'adjonction du Centre Gauche dévoyé, ils s'organisaient en parti de résistance, sous la direction de M.Thiers, en rassurant les conservateurs par le projet de prorogation des pouvoirs du maréchal président, qu'ils ont essayé plus tard de faire avorter.

C'est alors que ce dernier prend la parole et déclare qu'il est résolu à quitter e gouvernement, si la majorité conservatrice devient minorité. « Si, comme soldat, dit-il, à ceux qui vont lui demander des explications, je suis toujours au service de mon pays, comme homme politique, je repousse absolument l'idée que je dois garder le pouvoir. J'ai été nommé par la majorité, je ne me séparerai pas d'elle. »

Ces paroles, diversement interprétées, laissent croire aux conservateurs que si la majorité ne parvient pas à fonder la monarchie, le pouvoir tombera aux mains des radicaux, et dès lors, la solution monarchique s'impose.

On a discuté avec ardeur la question de savoir si cette solution aurait eu la majorité. Oui, la majorité était faite et quoi qu'on ait dit avant, les hommes de bonne foi reconnaissent aujourd'hui que si la lettre de Salzbourg n'avait pas été écrite, l'Assemblée nationale eût nommé Henri V roi de France.

Qui peut dire quelles eussent été la grandeur et la prospérité d'un règne inauguré par l'accord de la souveraineté nationale avec la souveraineté du roi?

Un des ennemis les plus implacables de la monarchie s'écriait naguère : « Si elle se fonde, nous en avons pour cinquante ans.» Cinquante ans! c'est-à-dire plus de temps qu'il n'en faut pour réparer tous nos désastres et fonder par la réforme des institutions et des moeurs, le règne de la loi et de la liberté ! Dieu n'a pas voulu qu'il en fût ainsi et nous demeurons livrés

aux aventures, n'ayant d'autres conditions de salut que celles qui résulteront de l'union des conservateurs.

L'échec de la monarchie a ameuté contre ses partisans tous ses adversaires

qui les ont accusés d'avoir intrigué et conspiré ! Quoique nous n'ayons pas pour mission de les défendre, la justice nous oblige à dire qu'à la veille de discuter des solutions imposées, les efforts tentés pour restaurer par les voies légales une monarchie constitutionnelle, ne sauraient être comparés à une conspiration qui procède toujours par les voies illégales.

Les promoteurs de la Restauration n'ont caché ni leur plan, ni leurs desseins, ni leur but. C'est peut-être même la première fois qu'on voit un parti procéder ainsi et préparer ouvertement son oeuvre.

C'est que les chefs de ce parti n'ignoraient pas qu'en dépit des clameurs et

des résistances, le pays conservateur n'attendait que le succès pour se rallier à eux et pour accueillir, comme l'aurore de son salut, l'avènement d'un pouvoir qui devait être tout à la fois l'épouvantail des coalitions révolutionnaires et la clef de voûte de l'union des gouvernements européens.

On comprenait que l'heure approchait où toutes les forces conservatrices

seraient groupées dans le camp monarchique, contre la révolution, toujours redoutable, qu'elle porte le manteau césarien, ou le péplum démagogique. Il pouvait y avoir alors des grands jours pour la France, et la destinée qui nous semblait promise, si elle ne s'est pas réalisée, n'en reste pas moins assez enviable pour justifier les tentatives de ceux qui voulaient

en doter la France. Ce n'est pas leur faute après tout si ces tentatives ont échoué. C'est le manifeste de Salzbourg qui les a arrêtées.

L'échec de la monarchie oeuvre volontaire du roi ! voilà ce que nul n'avait le droit de prévoir.

Pour que le monde ait assisté à un tel spectacle, il fallait des temps aussi profondément troublés que les nôtres.

Il nous a paru que raconter ce qui s'est dit et fait à cette occasion, c'était accomplir une oeuvre utile au présent autant qu'à l'avenir. Les hommes et les faits vont se pressant et se précipitant avec une rapidité telle que le souvenir en disparaîtrait si l'écrivain ne les arrêtait au passage.

C'est à cela que se réduit notre tâche.

Les pages qui suivent ne sont que le résumé de notes recueillies au jour le jour, au fur et à mesure que les événements se produisaient. Ecrites dans un esprit de justice et de vérité, puisées aux sources les plus sûres, nous n'avons pas voulu qu'elles fussent perdues pour l'histoire.

Telle est l'origine de ce livre. Il sera lu avec autant d'intérêt que de fruit et restera nous en sommes certain, le guide le plus sûr de ceux qui voudraient, aujourd'hui ou plus tard, faire revivre cette émouvante phase qui a porté un coup fatal à la royauté de droit divin, incarnée dans la personne, les doctrines et le drapeau de M. le comte de Chambord, et ne laisse de place maintenant qu'à une monarchie fondée, il est vrai, sur l'hérédité, mais aussi sur l'accord de la souveraineté du roi avec la souveraineté de la nation, royauté en dehors de laquelle il n'y a que la révolution ou des expédients toujours précaires et souvent aussi dangereux...

 


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DE


LA MONARCHIE 

 

FRANCAISE

 

DEPUIS SON ETABLISSEMENT

 JUSQU'A NOS JOURS

 

OU

 

RECHERCHES

 

SUR LES ANCIENNES INSTITUTIONS FRANCAISES,

 LEUR PROGRES, LEUR DECADENCE,

 ET SUR LES CAUSES QUI ONT AMENE LA REVOLUTION

ET SES DIVERSES PHASES JUSQU'A LA DECLARATION D’EMPIRE

 

AVEC

 

UN SUPPLEMENT

 

SUR LE GOUVERNEMENT DE BUONAPARTE

DEPUIS SON COMMENCENS JUSQU'A SA CHUTE

 

ET SUR LE RETOUR DE LA MAISON DE BOURBON

 

PAR M.LE COMTE DE MONTLOSIER

DEPUTE DE LA NOBLESSE D’AUVERGNE AUX ETATS-GENERAUX.

 


 

VOLUME PREMIER.  1er EXTRAIT.


LIVRE PREMIER. SECTION PREMIERE.

 

 

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AVERTISSEMENT.


Il m'est indispensable de faire connaître l'époque à laquelle cet ouvrage a été composé, ainsi que les circonstances qui ont déterminé sa composition.

 

Attaché au Ministère des Relations Extérieures, je reçus du ministre de ce département, quelques mois avant la déclaration d'empire, l'ordre du Premier Consul de travailler à un ouvrage dans lequel je rendrais compte : « 1° de l'ancien état de la France « et de ses institutions ; 2° de la manière dont la révolution était sortie de cet état de choses ; 3° des « tentatives faites pour la renverser ; 4° des succès « obtenus par le Premier Consul à cet égard ;et de « ses diverses restaurations. » Cet ouvrage devait être prêt et publié à l'époque prochaine de la déclaration d'empire. Quelque grande que fût cette tâche, sous beaucoup de rapports, j'y étais préparé. Dès ma première jeunesse, je me suis occupé de l'état de nos anciennes institutions : j'avais ainsi sur cette matière de grands travaux accumulés. En ce qui concerne la révolution, je n'avais de même qu'à rappeler à ma pensée ce que j'avais publié précédemment, soit comme membre de l'Assemblée Nationale, soit pendant le cours de mon émigration.

 

Avec toutes ces ressources, si je n'ai pu remettre, avant quatre ans, un ouvrage qui devait paraître dans quatre mois, ce n'est pas seulement, comme on l'a cru, par le dégoût d'attacher mon nom à un événement que je devais sans doute subir, mais que je n'avais probablement aucun penchant à consacrer ;c'est surtout à cause de la difficulté particulière attachée à un pareil travail. Cette difficulté consistait dans le dégoût de composer, comme destiné à la publicité, un travail que je ne pouvais faire que selon ma pensée, et que, par là même, je savais d'avance condamné à l'oubli et à l'obscurité.

 

En remplissant selon ma conscience la tâche qui m'était proposée, ma volonté sans doute a été de rendre des hommages à l'homme qui avait vaincu la révolution, et qui s'était mis ensuite à dessiner, dans des directions différentes, les commencemens d'un ordre social : je n'ai pas attendu, sur ce point, l'année 1804; mes sentimens à cet égard ont été prononcés en Angleterre dans plusieurs articles de mon Courrier de Londres. Cependant cette part une fois faite, cette dette acquittée, on sent que je ne pouvais aller au-delà.

 

En relisant les épreuves dans le cours de l'impression, j'ai cru reconnaître sur certains points des inexactitudes de touche qui me sont échappées. Je les ai accompagnées de notes ; je n'ai pas voulu les effacer. Mon intention a été de livrer au puhlic cet ouvrage, tel que je l'ai composé pour Napoléon.

 

Si jamais je puis croire que le reste de mes travaux soit, ou de quelque utilité, ou de quelque intérêt, qu'on soit sûr que je mettrai et la même fidélité et le même empressement à les publier ; le lecteur en verra du moins un extrait dans le tableau du règne de Napoléon, qui forme ma cinquième partie. Les temps de la révolution ont été bien divers, bien difficiles, bien embarrassés ; il n'en est aucun où je ne sois heureux de pouvoir faire connaître au public et ma conduite et ma pensée.

 

  PREMIÈRE PARTIE.

LIVRE PREMIER.


J’ai à décrire l'état de la France sous nos deux premières races. J'ai à faire connaître nos premières lois, nos premières institutions, nos premières mœurs. On trouvera que j'ai entrepris une grande tâche. Comment croire qu'il soit possible d'énoncer quelque chose de juste sur nos temps antiques, lorsque les hommes, qui ont le plus soigneusement recherché ces matières n'ont pu les éclaircir? Je ne me laisserai point intimider par cette difficulté. Nos premières institutions se rattachant à celles des âges subséquens, celles-ci à tout ce que nous avons vu établi dans ces derniers temps, cette longue série forme un enchaînement qu'il faut absolument apercevoir dans ses principes, pour l'apprécier ensuite dans ses résultats. On connaît les points qui ont divisé nos meilleurs écrivains. On connaît aussi ceux surlesquels ils se sont généralement réunis. Je me garderai bien de prendre un parti dans ces débats : car ils me paraissent mal engagés. Les études en ce genre ont été si mal faites, que souvent le véritable état de la question n'est pas même établi. J'affirmerai que tous ces prétendus envahissemens des seigneurs dont il est si souvent question dans les ouvrages modernes n'ont aucune réalité ; que les justices seigneuriales qu'on croit avoir été envahies sur le déclin de la seconde race, sont plus anciennes que la monarchie ; j'en dirai autant des censives, de la servitude, de la glèbe, et des guerres particulières ; enfin j'espère montrer que tout ce qui a été écrit jusqu'à présent sur les causes et l'origine du gouvernement féodal, est un amas de rêves, de futilités et de faussetés.

Je ne me dissimule point ce que doit m'attirer de défaveur un dissentiment aussi prononcé. Celui qui ne cherche que la vérité n'a pas besoin de faveur. Je traiterai d'abord de l'établissement des Francs. Je dirai comment s'est formé le rapprochement, et ensuite le mélange des divers peuples qui sont entrés dans les Gaules, et je décrirai le nouvel ordre social qui en est résulté. 

Je traiterai en second lieu de l'autorité royale, ainsi que de la succession au trône ; enfin je rendrai compte des causes qui ont amené la chute de nos deux premières races, et élevé la maison capétienne sur le trône.

Mon intention est de diriger d'abord ma marche comme les événemens, sans l'embarrasser ou l'arrêter par les discussions. Toutefois les points de controverse ne seront pas négligés. Arrivé au chef de la troisième race, je reviendrai un moment sur mes pas pour traiter toutes les grandes questions que ces temps anciens ont fait élever.

 

SECTION PREMIERE.

 

Un groupe de petits états plus ou moins liés  par les mêmes mœurs et par les mêmes intérêts : telle a été la forme primitive de toutes les grandes nations occidentales. Quelques domaines sous la protection des villes formaient ces états. Les gaules furent, à cet égard, constituées comme la Grèce ; l’Italie, comme les Gaules. Les Germains n’offrent d’exception qu’en un seul point : le territoire, chez eux, formait la cité ; ils ne connaissaient point la propriété, les terres. Ils n’avaient ni châteaux, ni villes, ni villages. 

Poussés par l’inquiétude de leurs dissensions intérieures, les Romains durent la conquête du monde aux arts de la guerre, et à cette espèce d’orgueil qu’ils appelèrent amour de la gloire. Animés par l’espoir du butin et par un profond mépris pour les autres nations, le courage brut et sauvage des Gaulois ravagea le monde. Les Germains défendus par leurs mœurs encore plus que par leurs forêts, résistèrent d’abord aux Romains qui avaient conquis les Gaules; ils ressuscitèrent  ensuite les Gaules et  soumirent le peuple romain.

Si on ne veut les considérer que relativement au fracas qu'elles ont fait dans l'histoire du monde ; chacune des ces nations a sa portion de gloire. On peut dire toutefois que les Gaulois, en ont plus que les Germains, les Romains plus que les Gaulois. Relativement aux mœurs et à l'énergie des institutions,  c'est l'inverse. Les Gaulois ont beaucoup de grandeur en ce genre que les Romains, les Germains que les Gaulois.

Ce n’est point du fracas des dévastations et des conquêtes que j’ai à occuper ici le lecteur : je dois ajouter que ce n’est pas non plus de tout ce vain bruit que font les lettres et les arts. En portant mes regards vers le berceau de la nation française, j’ai le bonheur de le voir entouré de beaux sentiemens plus que de belles lettres et de vertus encore plus que de gloire.

Les mœurs de trois grands peuples, voilà où j’ai principalement à tourner mon attention ; j’ai  à montrer comment ces peuples, étant venue se rapprocher,  leurs mœurs se sont rapprochés également, de cet amalgame on a vu se produire, avec l'apparence de quelques formes nouvelles, un peuple gouverné en réalité par des mœurs et des institutions antiques.

C’est ce qui distingue dès son commencens le peuple français des autres peuples du monde. Les autres nations ne sont dans leur origine qu’un germe qui s’accroît peu à peu, se fortifie et s’étend. La France, au contraire, en se présentant au milieu des autres nations avec l’apparence d’un pays et d’un peuple nouveau, se trouve en réalité, dès son berceau même, composée avec toute l’énergie d’un peuple mûr.

Cette circonstance qui rend raison de l’éclat immense du peuple français dès le premier moment qu’il paraît sur la scène du monde, rend également raison de quelques obscurités qui se trouvent répandues sur ces commencens. Dans ces obscurités, toutefois, il est essentiel de distinguer celles qui proviennent de la nature des temps, et celles que notre fausse science a faites. Des nuances appartenant à trois sources différentes peuvent offrir des contradictions et des vissicitudes : les obscurités de ce genre sont susceptibles de s’éclaircir. Il n’en est pas de même de celles que notre fausse science a composées.

Qui n’a pas lu dans nos livres les nombreuses recherches sur l’institution de la féodalité, sur celles des seigneuries, sur l’usage des guerres particulières, sur le droit de censive et celui de justice, sur l’origine de la pairie, de la noblesse et des anoblissemens, sur l’ancienne distinction des terres, des personnes et des rangs ? Chacun a assigné à cet égard des époques à sa manière. Celui-ci a vu dans nos institutions un résultat de guerre et de conquête : il a désigné pour époque l’envahissement des barbares ; celui-là a vu de préférence les effets de la tyrannie, ou des usurpations d’une caste : il a désigné l’état d’affaiblissement de l’autorité royale. Une autre se prévalant de ces contrariétés pour s’abandonner au pyrrhonisme, a vu dans les routes diverses un prétexte pour n’en tenir aucune. On l’a entendu citer, comme essentiellement propres à ces matières, les ténèbres que nos écrivains avaient créées...

Je ne sais si je parviendrai à éviter, comme il convient, tous ces écueils. Je me garderai au moins d’en assigner une origine aux grandes institutions de la France ; persuadé, comme je le suis, que cette origine appartient à l’origine même des trois grandes nations dont elle s’est formée.

Et d’abord, comme les Germains n’avaient ni domaine, ni village, ni ville, ce ne sera point chez eux que j’irai chercher celle de nos institutions qui sont relatives, soit à l’administration des cités, soit au gouvernement des domaines, soit, en général, à tout ce qui peut concerner la propriété des terres. D’un autre côté, les mœurs gauloises ayant été courbées pendant près de quatre siècles sous le fer des Romains, ce ne sera point dans les mœurs dégradées et avilies des Gaulois, non plus que dans les mauvaises mœurs et les mauvaises lois de Rome, que j’irai chercher ce lustre de grandeur, d’honneur et de générosité, qui, dès ses premiers âges, caractérise la France. L’objet de mes recherches peut se réduire à ce peu de mots. Comment les mœurs germaines sont-elles parvenues à s’associer à ce qui restait encore des mœurs gauloises ? Quel a été le mouvement de ces mœurs germaines tout énergiques, au milieu de ces mœurs gauloises tout avilies ? Mon but étant bien connu, je vais rechercher, 1° l’ordre social des Gaules avant la domination des Romains ; 2° l’ordre social des Gaules sous la domination des Romains.

Un premier point remarquable dans la Gaule antique, c’est la distinction des terres. Lorsque les Romains entrèrent dans les Gaules, les terres (choses singulières) avaient des conditions et des rangs. Soit qu’une partie des propriétaires eussent été amenés à livrer de gré à grè un tribut sur leur possession, à l’effet de s’assurer la protection de personnages considérables ; soit que les besoins de Etat eussent déterminés depuis longtemps un ordre régulier de rétributions, les propriétaires des Gaules présentent, dès la plus haute antiquité, deux ordres différens. Ici c’est la terre tributaire, assujettie, ainsi que le porte sa dénomination même, à un ordre régulier de tributs, qu’on a depuis appelé cens, là c’est la terre libre et indépendante appartenante en toute franchise à son maître,  et plus connue particulièrement par la suite sous le nom d’alleu.  Une double condition des personnes correspondant à cette double condition des terres. Le possesseur d’une terre libre est classé parmi les ingénus : c’est une espèce d’ordre de noblesse. D’un autre côté, le possesseur d’une terre assujettie au tribut est classé parmi les hommes tributaires : ce sont les roturiers de ce temps là. Au-delà de ces deux classes ; si l’on veut apercevoir aux deux extrémités, savoir, en haut les membres des sénats des villes en qui résidait la principale part de la souveraineté publique, et en bas les esclaves proprement dits, qu’on vendait, qu’on achetait, et qui n’avaient ni propriété, ni existence civile, on aura un aperçu complet de toute le population des Gaule.

Les justices seigneuriales, dont l’origine a donné lieu à tant de déclamations, appartiennent au même temps. On les trouve établies dans les Gaules avant l’arrivée des Romains, à peu près comme on les a vues dans ces derniers temps. César nous apprend que c’étaient les principaux personnages, qui dans chaque canton rendaient la justice à leurs subordonnés. Il en est de même des guerres particulières, du droit d’entretenir les corps armés. César nous apprend que chaque personnage, selon qu’il était plus considérable par son rang et ses richesses, s’entourait d’un plus ou moins grand nombre d’hommes armés, qui lui étaient dévoués et qui composaient sa garde. D’un autre côté chaque ville était indépendante d ‘une autre ville, et qu’elles avaient chacune leur milice particulière, on les voit négocier entr’elles des traités, et faire, ainsi qu’il leur convient, la paix ou la guerre

Tel était, sous ce rapport, l’état antique et immémorial des Gaules. Je passe à la domination des Romains. Cette domination ne changea dans aucun des points l’ordre établi. Il est à remarquer que, tout conquérans qu’ils étaient, les Romains évitèrent de s’en arroger le titre ; la Gaule ne fut point regardée dans le principe comme une conquête, mais seulement comme un pays confédéré. Dans la suite des temps, il n’est jamais question que des anciens traités, prisca foedera. Les Gaulois ne sont point appelés les sujets de Rome, mais seulement ses alliés ; socii. Les villes des Gaules se conservent ainsi avec leur sénat, leur milice, leurs lois municipales ; il n’y a de nouveaux que le corps de troupes romaines stationnés ça et là avec leurs commandemens militaires. Il faut ajouter, sous le nom d’indiction et de superindiction, le tribut qu’il fallu payer au vainqueur.

Non seulement les Romains ne prirent point d’ombrage de tout cet ancien régime des Gaules ; ils mirent même du zèle à le protéger. Ils tolérèrent les anciennes diètes générales ; ils allèrent quelquefois jusqu’à les convoquer.

L’ancienne hiérarchie des rangs et l’ancienne distinction des terres ne reçurent pas plus d’altération : on continua à distinguer dans les Gaules des terres libres et terres asservies ; des hommes ingénus et des hommes tributaires. Les justices seigneuriales se conservèrent de même. De grands jurisconsultes ont cru que Justinien, dans ses Novelles, avait consacré le droit de justice comme inhérent à la seigneurie. Les preuves qu’ils en rapportent ne me paraissent pas décisives ; mais j’ai lieu de croire que rien ne fut changé sur ce point dans l’ancien état des Gaules. 

Relativement aux guerres particulières, l’ancien ordre social ne fut pas changé : les cités des Gaules continuèrent à se battre les unes contre les autres, quand cela leur convint ; les Romains ne s’en embarrassèrent en aucune manière. L’établissement des Francs et des autres nations germaines : voilà où commencent les grandes difficultés.

Mais d’abord nous devons observer que les Francs suivirent presqu’en tout l’exemple des Romains. C’est un point qui a été très-bien éclairci par l’abbé Dubos.

Clovis continua à gouverner les Gaules selon les lois gauloises : il conserva le régime particulier des campagnes qui étaient distribués en seigneurs et en colons, il conserva de même le régime particulier des cités, leur sénat, leurs curies, leur milice. Ni le droit, ni le titre de conquérant ne se montrèrent. Celui qui fut roi des Francs ne fut pour les Gaules qu’un Patrice, ou un consul romain. Ce prince accepta avec beaucoup d’empressement ces deux titres, qui lui furent déférés par l’empereur Anastase : il parait qu’il y attacha plus de prix qu’à son titre de roi.

On ne peut douter de ces égards des Francs pour les Gaulois. Après la destitution de Childérich, la couronne fut donnée non à un Franc mais à un Gaulois. Un Gaulois est fait duc de Melun sous Clovis ; ce Gaulois est en même temps premier ministre de ce prince et son ambassadeur. Enfin les Gaulois sont appelés à toutes les charges du royaume ; on en trouve dans la loi salique faisant partie de la cour du monarque, et désignés sous le nom de convives du roi.

Le même respect est porté aux institutions ; et d’bord c’est la même hiérarchie des propriétés. La loi salique fait mention d’un ordre des terres assujetties au tribut, et appelées pour cette raison tributaires ; elle fait mention aussi d’un ordre des terres franches et allodiales, et appelées pour cette raison alleu. On y trouve le même ordre correspondant de personnes : le Gaulois possesseur, c'est-à-dire celui qui possède ses terres en propre, et le Gaulois tributaire, c'est-à-dire celui qui possède ses terres à la condition du tribut.

Les justices seigneuriales ne reçoivent pas plus d’altération ; il est fait mention de ces justices dans la loi des ripuaires ; elles sont rappelées expressément au concile de Paris, en 615. Il en est de même des guerres particulières. On voit sous la domination des rois mérovingiens, ainsi que sous celle des Romains, diverses cités gauloises se déclarer la guerre. On voit dans les Formules de Marcoule, de la même manière que dans les Commentaires de César, les grands seigneurs se faire accompagner d’une escorte guerrière. Il semble, d’après ce qui vient d’être dit, que les Francs conservèrent en s’établissant tout l’ancien régime des Gaules ; et néanmoins nous allons voir peu à peu ce régime se modifier en plusieurs points et s’altérer.

Il ne faut pas oublier qu’en arrivant dans les Gaules, les Francs y portèrent des lois, des mœurs, un langage même qui leur était propre : or ; tout en respectant l’ancien régime des Gaules, comme ils ne voulurent point abandonner le leur, il dut y avoir, pendant quelque temps, à plusieurs égards, comme deux régimes divers : l’un tenant à l’ancienne constitution des Gaules ; l’autre appartenant à la nouvelle nation qui s’était établie. Ces deux régimes mis en présence l’un de l’autre durent s’embarrasser quelquefois : peu à peu ils se mêlèrent ; ils finirent par se confondre.

C’est ce que nous attestent nos anciens monumens. Ils nous présentent trois âges distincts. Le premier, celui où les divers peuples sont en présence les uns des autres, et demeurent séparés ; le second, celui où les divers peuples commencent à se fondre ensemble et à s’amalgamer ; le troisième, celui où on voit de cette fusion même de cet amalgame se produire un nouvel état social

Lorsque Clovis, après s’être défait de ses compagnons d’armes, qui avaient voulu être ses rivaux, eut soumis successivement  les Armoriques et les Francs ripuaires, les Bourguignons et les Visigoths, comme les lois et les institutions de chacun de ces peuples leur furent religieusement conservées, les Gaules eurent beau se trouver réunies sous le même gouvernement, elles présentèrent moins une nation, qu’un agrégat de nations.

Cet état n’est susceptible d’aucun doute. Dans les anciennes chartres, les ordres sont adressés aux Francs, aux Bourguignons, aux Romains. On ajoutait : et à toutes les autres nations qui sont établies dans les Gaules. Je dois remarquer que ce langage s’est conservé dans les âges suivans. Jusque dans ces derniers temps, les rois dans leurs adresses, soit au parlement, soit aux autres grandes corporations, continuaient à employer l’expression nostras gentes ; nos gens.

On conçoit tout ce qu’a du produire de confusion le rapprochement habituel de plusieurs nations diverses, de mœurs diverses. Je citerai quelques exemples de cette confusion.

J’ai fait remarquer, comme existant de toute antiquité ; deux espèces de terres, l’une assujettie au tribut, et appelée tributaire, l’autre allodiale, et appelée alleu ; j’ai fait remarquer de même deux ordres de possesseurs correspondans, les uns ingénus, les autres aussi libres à plusieurs égards, mais assujettis cependant à des devoirs et à des tributs. Dès que les Francs sont arrivés, la première chose à observer, c’est que tout l’ordre social se compte à double : on a d’un côté le Gaulois libre, sous le nom d’ingénu ; d’un autre côté le vainqueur, sous le nom de Franc ou d’homme salique.

L’ordre des terres libres se compte de même à double, on a d’un côté l’alleu ou la terre libre, possédée par le Gaulois ingénu, d’un autre côté la terre originaire de la conquête, appelée la terre salique.

Les lois des deux peuples ne sont, par la même raison ; ni tout à fait communes, ni tout à fait égales. Le Franc vainqueur veut avoir dans les délits une composition double, de celle du Gaulois ingénu. D’un autre côté, comme selon l’antique loi des Germains, les femmes ne succèdent pas, et que, selon les lois gauloises, les femmes succèdent, il se trouve que tandis que les femmes sont admises à la succession des propriétés libres gauloises, appelées alleu, elles sont excluses de la succession des propriétés libres, appelées terres saliques.

 

 

A suivre....

 

 

 

 


 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

Pairie

 

DE LA NÉCESSITÉ

DE LA NOBLESSE EN FRANCE,

OU POINT DE NOBLESSE, POINT DE MONARCHIE.

 

« Toute monarchie où il n'y a point de noblesse est une pure tyrannie.

Dans un Etat monarchique  le pouvoir intermédiaire, subordonné le plus naturel, est celui de la noblesse ;

 Abolissez ses prérogatives, vous aurez bientôt un état populaire, on bien un état  despotique »

Axiomes politiques des philosophes dans l'ancienne  Encyclopédie, au mot Noblesse.

 

La noblesse, depuis l'institution de la monarchie, a été le plus ferme soutien du trône et le corps intermédiaire le plus utile que le prince ait pu placer entre lui et ses peuples. Une fidélité à tonte épreuve, une bravoure qui servait d'exemple aux armées, une intégrité qui assurait une justice exacte et impartiale dans les tribunaux et dans les conseils, une cordialité et une loyauté qui ont purifié les mœurs farouches de la nation tels sont les principaux caractères d'un corps illustre, dont l'existence date parmi nous de plus de dix siècles.

Les fauteurs d'une révolution qui a précipité la France et l'Europe dans les malheurs les plus funestes avaient bien songé qu'ils n'arriveraient jamais à l'exécution de leurs projets criminels, s'ils ne sapaient, jusque dans ses fondements, l'édifice redoutable qui devait garantir le trône qu'ils voulaient attaquer, et delà toutes les calomnies toutes les persécutions et toutes les lois révolutionnaires qui ont enfin amené l'anéantissement de la classe la plus respectable de la nation, et préparé la ruine de la monarchie la plus ancienne et la plus illustre de l'Europe. Car, dès que la noblesse fut frappée, le trône, demeuré sans appui, fut précipité par des mains sacrilèges et parricides dans l'abîme d'une république, dont le souvenir laissera éternellement des traces de réprobation et de repentir.

Mais l'action du crime n'a heureusement que peu de durée, et les hommes, protégés par une Providence qui met toujours un terme à ses châtiments, finissent par reconnaître leurs erreurs et par revenir naturellement aux principes régulateurs de l'ordre social qui seuls peuvent maintenir et assurer le bonheur et le salut de tous. Ainsi donc cette monarchie, momentanément méconnue, reparut bientôt avec un nouvel éclat, et le prince législateur, qui ressaisissait le sceptre de ses ancêtres, pensa qu'il était de toute nécessité,  de toute justice de comprendre parmi les institutions fondamentales dont il posait les bases, celle d'un corps qui avait tant de droits à sa bienveillance, et la noblesse vit de nouveau son existence consacrée dans l'acte constitutif de l'état politique du royaume. Ce premier effet de la justice et de la puissance du souverain finira très-certainement par être expliqué, appuyé et étendu par ses illustres successeurs : car puisque la noblesse est nommée dans la charte constitutionnelle, comme faisant partie essentielle des institutions qui forment les bases de la monarchie restaurée, elle peut donc et elle doit s'attendre obtenir un jour la force et l'action nécessaire à la vibration du mouvement qu'elle est appelée à exercer, conjointement avec les autres corps constitués du royaume, puisqu'il est de principe politique que jamais un corps constitué ne peut rester muet ou immobile, et qu'il lui faut une action, un mouvement quelconque, afin de remplir le vœu et le but du législateur qui a présidé à sa création.

S'il en était autrement, il y aurait dérision dans la création, et jamais il n'y a rien de dérisoire dans la formation d'une loi tout y est sérieux, respectable et décisif.

Quelques publicistes ont pensé que la noblesse, dans nos nouvelles institutions, était ou pouvait être représentée par la chambre des pairs : ils sont dans l'erreur. La chambre des pairs ne représente aucun corps de l'état elle exerce une action suprême sur la législation du pays, et là se borne l'objet de son institution. Elle forme bien le premier corps des autorités instituées par la charte, mais elle n'a aucune qualité spéciale pour représenter telle partie de la nation plutôt que telle autre.

Ses éléments, d'ailleurs, se composent de toutes les classes de la société, nobles anciens, et plébéiens méritants, qui ont été revêtus, à la vérité de titres nobles; mais comme cette qualité n'est point essentielle pour arriver à la pairie, et que le prince nomme exclusivement les pairs, et les choisit parmi tous les sujets de son Empire, ce n'est donc point un corps représentatif, attendu que l'élection libre ou limitée, ou conditionnelle, faite par ceux qui doivent se faire représenter, est l'essence constitutive et indispensable des représentants. Or, c'est une erreur grave que de penser que la chambre haute représente la noblesse, et ce serait encore une erreur plus grave de dire que cette chambre remplace la noblesse dans nos institutions modernes, parce que la charte veut impérativement une chambre des pairs, PLUS une noblesse, des ducs,  des marquis, des comtes, vicomtes barons, etc… et elle se garde bien de dire que toutes les catégories que je viens de nommer sont confondues, remplacées ou représentées par la chambre des pairs; elle établit au contraire leur institution distincte et bien ostensiblement hors de la chambre des pairs. Donc la noblesse forme à elle seule un corps constitué, sans l'intervention ou la représentation de tout autre corps.

Je rappellerai même, dans cette occasion, que plusieurs écrivains ont disputé à MM. les pairs plébéiens, quoiqu'élevés aux titres de ducs, marquis, comtes, ou barons, la qualité de nobles, attendu que n'étant pas nés dans l'ordre de la noblesse, ils devaient, pour en faire partie d'une manière légale et usitée jusqu'à nos jours, obtenir indispensablement de la part du souverain des lettres d’anoblissement. Mais je combattrai cette opinion comme erronée, en me reportant à l'article 71 de la charte, qui s'exprime ainsi La NOBLESSE ANCIENNE reprend ses titres; la NOUVELLE conserve les siens. Donc le législateur, par le seul effet de cet article 71, institue, proclame et reconnaît la nouvelle NOBLESSE et elle est dispensée par cette reconnaissance solennelle de toute autre formalité particulière; elle est et forme bien la nouvelle noblesse, et il y aurait de la mauvaise foi à méconnaître le sens et l'expression formels de la loi. Il est d'autant plus essentiel à la nouvelle noblesse, admise à la pairie, de voir mon opinion consacrée, qu'il résulterait un effet bien singulier de l'opinion contraire; c'est que le fils aîné d'un pair, qui, par droit d'hérédité, arriverait à la pairie et au titre de duc, marquis ou comte dévolu précédemment à son père, verrait, du haut de cette élévation, ses propres frères puînés plongés dans la roture, quoique fils comme lui d'un pair duc, marquis ou comte, tandis que si, par l'effet de l'article 71 leur père commun est reconnu faire partie intégrante de la nouvelle noblesse, tous ses fils et leurs descendants en ligne directe, masculine et légitime, sont nobles, sans discussion. Voilà, à mon avis, le véritable sens de la loi, et il y aurait injustice à penser autrement. Cette position est même commune, hors de la pairie, à tous ceux qui ont obtenu des titres sous le gouvernement impérial, et il est du plus grand intérêt, pour eux et pour leurs descendants, qu'on n'applique pas un sens inverse à la loi suprême, attendu qu'à la mort du père investi d'un titre quelconque, tous ses enfants seraient rejetés du sein de la noblesse, et perdraient ainsi le fruit des travaux et de  l'élévation de leur père. Je dois, en écrivain intègre et impartial, mentionner les droits de chacun, et émettre l'opinion que ma grande habitude de la matière m'a fait puiser dans ma conscience.

Mais revenons à ce qui concerne l'ancienne noblesse proprement dite, et pensons qu'il sera un jour nécessaire que, de son propre mouvement elle fasse entendre sa voix aux pieds du trône et dans les chambres législatives, pour solliciter une loi qui, en conséquence de la volonté de la charte, la mette en rapport avec les autres corps constitués de la monarchie, et lui assigne une hiérarchie effective, que ces mêmes corps ont obtenue par le seul fait de leur institution; car le roi législateur, qui a voulu reproduire parmi nous l'ancienne noblesse, et les anciens titres avait bien pesé, dans son extrême sagesse, que cette institution était utile à l'État, et qu'il ne pouvait réédifier l'antique monarchie, sans rétablir un corps qui en avait fait la gloire et l'appui pendant plus de dix siècles, et qui pouvait de nouveau lui rendre les services les plus éminents. Mais pour arriver à son système restaurateur, mais pour établir la parfaite égalité devant la loi, qui était le sentiment et le vœu universel des Français, le monarque a supprimé des droits et des exceptions qui l'auraient entravé dans l'ensemble de son plan, et la noblesse, comme les autres corps de l'État, a perdu des droits exclusifs qu'elle n'a pas même la pensée de revendiquer, et dont elle sent la nécessité de faire le sacrifice au bien-être général. Cependant, quoique, par l'effet de la charte constitutionnelle, la noblesse perde des droits et des privilèges qui étaient immenses, elle n'a pas pour cela perdu son existence politique elle est avérée, elle est reconnue par cette charte même, et elle s'y trouve essentiellement liée aux autres corps de l'État, tels que le clergé, la chambre des Pairs, celle des Députés, les tribunaux, etc, etc. A la vérité, chacune de ces institutions a ses attributions consacrées et marquées, et la noblesse seule n'y fait que l'action décisive et péremptoire de la reprise de ses titres, sans qu'il y soit stipulé; à son égard, un autre mouvement dans les rouages politiques du gouvernement.

Mais les temps imposaient au législateur de faire la création, seulement, bien convaincu que plus tard on développerait sa pensée, et qu'on donnerait une force d'action à un corps constitué qui ne peut rester un être de raison, parce que, comme je l'ai dit plus haut, toute institution légalement établie doit exercer un mouvement dans la rotation de la machine politique. Ainsi le clergé d'aujourd'hui qui, par l'effet de la charte, a perdu des droits et des prérogatives sans nombre, se trouve comme la noblesse dans le droit commun des autres citoyens, imposé par la loi commune, et jugé par la loi commune mais, pour cela, il ne reste pas sans action, sans mouvement dans l'État et ses membres y remplissent des fonctions marquées, et y jouissent d'une considération qui dérive nécessairement de leur position. Il en est de même de tous les autres corps constitués, qui, malgré la perte de leurs anciens droits, prérogatives, immunités et exemptions, ont une action réelle, une vie pleine de force, dans le cercle de leur institution; par conséquent les antagonistes déclarés de la noblesse, qui sont très-chauds partisans de la charte ne peuvent, sans une injustice marquée, vouloir proscrire un corps qui est reconnu et constitué par la charte même. Car quel est l'acte qui fait de la France une monarchie constitutionnelle? la charte par quels moyens les partisans d'un gouvernement plus libre que celui qui existait avant la révolution agissent-ils? par les moyens propres de la charte; c'est donc la charte, enfin, qui fixe tous les droits, tous les devoirs, toutes les espérances? Oui ; eh bien! n'est-ce pas cette même charte ce même acte constitutif de toutes les institutions du royaume qui institue et reconnaît aussi la noblesse, et qui lui fait faire, par le seul motif de son institution et de sa reconnaissance, une action péremptoire, un acte de vie et de force des plus décisifs, en la réintégrant dans le droit absolu de reprendre des titres de ducs, marquis, comtes, vicomtes, barons, gentilshommes, etc., titres qui la distinguent éminemment de droit et de fait des autres citoyens. Donc l'égalité devant la loi, à l'égard des impôts, et des délits et des peines, n'a pas lieu en ce qui concerne les citoyens les uns envers les autres, et la masse s'en trouve naturellement distincte par l'effet de la conservation des titres parce que la même loi qui a prononcé cette égalité s'est empressée d'établir une différence marquée en faveur du corps reconnu de la noblesse : or tout titre comporte fonctions, ou transmet des droits à l'exercice d'un privilège ou à l'obtention de ce que nous appelons honneurs et la loi suprême n'a pu vouloir une noblesse, des ducs, des marquis, des comtes, vicomtes et barons, sans qu'ils pussent retirer de leur institution autre chose que la possession froide sèche et stérile de ces propres titres. La pensée et la volonté du législateur demeureraient sans effet, si ses successeurs ne leur donnaient pas l'extension qui leur devient convenable. Ainsi, que les partisans des libertés publiques appellent sans cesse à leur secours les volontés de la charte, la noblesse peut et doit les invoquer à son tour, comme un acte commun de la création de tous les rouages de la monarchie restaurée, et comme un monument protecteur de son existence.

Il ne serait pas convenable que la noblesse élevât des prétentions contraires au droit commun établi; mais il serait opportun, nécessaire qu'elle réclamât de la sagesse du prince et des législateurs, une loi quelconque qui donnât de l'action à l'institution qui en a été faite par la charte elle-même.

Si, d'après les principes que j'émets dans cette circonstance, les partisans du système constitutionnel ne voulaient pas apaiser leurs craintes, (bien frivoles à la vérité) à l'égard d'une loi qui  céderait les moindres avantages honorifiques à la noblesse, j'invoquerais, pour les déterminer, les propres dogmes, les propres axiomes politiques des philosophes encyclopédistes qui sont les patriarches, les guides et les patrons de nos philosophes modernes. Ces dogmes et ces axiomes se trouvent consacrés ainsi dans l’Encyclopédie, au mot noblesse :

 « On peut considérer la noblesse, avec le chancelier Bacon en deux manières, ou comme faisant partie d'un état, ou comme faisant une condition de particuliers ; comme partie d'un état, toute monarchie où il n'y a point de noblesse est une pure tyrannie; la noblesse entre en quelque façon dans l'essence de la monarchie, dont la maxime fondamentale est point de noblesse point de monarque. La noblesse tempère la souveraineté, et, par sa propre splendeur, accoutume les yeux du peuple à fixer et à soutenir l'éclat de la royauté sans en être effrayé. Une noblesse grande et puissante augmente la splendeur d'un prince. Dans un état monarchique le pouvoir intermédiaire, subordonné le plus naturel, est celui de la noblesse abolissez ses prérogatives vous aurez bientôt un état populaire ou bien un état despotique. L'HONNEUR GOUVERNE la noblesse, en lui prescrivant l'obéissance aux volontés du prince; mais cet honneur lui dicte en même temps que le prince ne doit jamais lui commander une action déshonorante. Il n'y a rien que l'honneur prescrive plus à la noblesse que de servir le prince à la guerre; c'est la profession distinguée qui convient aux  nobles, parce que ses hasards, ses succès, ses  malheurs même, conduisent à la grandeur. IL FAUT que dans une monarchie les lois travaillent à SOUTENIR LA NOBLESSE et à la rendre héréditaire, non pas pour être le terme entre le pouvoir du prince et la faiblesse du peuple, mais pour être le lien de tous les deux.  A l'égard de la noblesse dans les particuliers,  on a une espèce de respect pour un vieux château ou pour un bâtiment qui a résisté au temps, ou même pour un bel et grand arbre' qui est  frais et entier malgré sa vieillesse, COMBIEN EN DOIT-ON PLUS AVOIR pour une noble et ancienne famille qui s'est maintenue malgré les orages des  temps. Les rois qui peuvent choisir dans leur noblesse des gens prudents et capables trouvent,  en les employant, beaucoup d'avantage et de facilité : le peuple se plie naturellement sous eux comme sous des gens qui sont nés pour commander. »

Voilà donc le langage des plus puissants et des plus illustres partisans du système philosophique, à l'égard de la noblesse il est tel qu'aucun écrivain monarchique n'oserait le tenir, sans craindre d'attirer sur lui tous les anathèmes des publicistes du jour mais en même temps il est l'hommage le plus éclatant qu'on puisse rendre à un corps qui n'a cessé de faire les plus grands sacrifices pour le prince et pour la patrie et envers lequel l'emploi de la vérité était le premier besoin de la part même de ceux qui devenaient ses adversaires.

Mais les partisans des libertés constitutionnelles, en jetant au néant les opinions de leurs prédécesseurs, nous objecteront peut-être que, dans la restauration de la monarchie, il eût été convenable de ne faire aucune mention ni de la noblesse ni des titres qui en établissent le caractère; oh! alors ce serait substituer leur pensée, leur volonté à celles du législateur; ce serait eux qui se placeraient au-dessus de la loi et prétendraient la donner ; et si, à leur instar, chaque corps dans l'Etat, qui se trouverait contrarié par l'institution d'un autre corps, tenait le même langage nous verrions les tribunaux inférieurs récuser les cours suprêmes qui sont instituées pour censurer ou réformer leurs jugements; nous verrions le protestant persécuter et anéantir le catholique, et les moindres sujets de l'État prétendre tous à devenir les coryphées du gouvernement.

C'est alors que l'anarchie, qui détériore les nations, et rend victimes les meilleurs et les plus illustres citoyens, remplacerait l'action de la loi; les passions seules domineraient les peuples et chacun ne voulant que ce qui lui semblerait utile ou profitable, sacrifierait sans rémission tout ce qui lui paraîtrait inutile ou importun. Tel serait l'état déplorable des affaires publiques, si la puissance d'un monarque régulateur n'avait imposé la loi suprême qui doit tôt ou tard calmer tous les maux et faire revivre toutes les institutions nécessaires au bonheur et à la gloire de la France. Ainsi il est bien plus sage d'admirer et de respecter l'œuvre restauratrice que de chercher à la censurer, à l'affaiblir, à l'éluder cette œuvre de restauration a voulu l'égalité devant la loi, la juste répartition des impôts; elle appelle tous les Français méritants à tous les bénéfices de l'État; eh bien! que tous les anciens privilégiés donnent sans murmurer l'exemple de l'obéissance, qu'ils s'identifient avec les principes de la loi et qu'ils voient, dans les plébéiens méritants, des hommes dignes de toutes les récompenses nationales et monarchiques; mais aussi il est nécessaire, indispensable, que ces mêmes plébéiens ne prétendent pas aux faveurs exclusives de l'Etat ce serait une erreur et une injustice de leur part, attendu que dans l'État il existe d'autres classes que la leur, classes voulues et instituées par la loi même qui leur accorde tant de concessions.

Et parmi ces classes se trouve celle de la noblesse qui est impérieusement placée au rang des corps constitués ainsi donc il faut qu'ils s'habituent à respecter, à honorer cette même faiblesse, dont les titres proclamés constitutionnellement, leur annonce la pensée et la ferme volonté du législateur, de distinguer honorablement les NOBLES des autres citoyens.

Cette habitude viendra avec lenteur et quelques difficultés, à raison des horribles calomnies et des clameurs vociférées contre un corps aussi respectable, pendant la révolution, et que certains esprits, toujours disposés à des bouleversements politiques, se plaisent à entretenir parmi le peuple, aux yeux duquel ils présentent la noblesse comme une institution surannée, inutile, et tombée dans une telle décrépitude qu'elle est hors d'état de rendre désormais aucuns services au prince et à la patrie; ils ajoutent à un tableau aussi dépourvu de vérité l'épouvantait des droits féodaux l'envahissement exclusif des honneurs et des emplois de la cour et du gouvernement et avec un tel système de diffamation, ils s'opposent au vœu de la charte, à l'égard de la noblesse, tandis qu'ils ne cessent à chaque instant d'invoquer pour eux-mêmes la protection et l'appui de cette même charte ils, signalent encore quelques vieillards qui ont conservé l'usage de la frisure et de la poudre, ou qui portent leur épée d'une manière inusitée de nos jours, comme les seuls éléments de la noblesse, afin d'ajouter le ridicule, qui exerce un si fort empire sur les Français, au poison de l'imposture et de la calomnie. Mais parmi toutes les classes du peuple même, n'existe-t-il pas aussi des vieillards qui ont conservé tous les anciens usages des règnes précédents et qui n'en sont pas moins pour cela dignes du respect et de la confiance publics?. Malheur aux nations qui ne fléchissent pas le genou devant la vieillesse, et qui portent l'irrévérence et l'audace jusqu'à l'insulter! elles seront livrées à la fougue, à la tourmente des passions, et ne jouiront jamais du bonheur réservé à une sage et pieuse maturité…

Mais, que le peuple français se détrompe; si la noblesse a l'honneur et l'avantage de compter des vieillards, elle a le double honneur et le double avantage de compter aussi une multitude de jeunes gentilshommes qui servent actuellement dans nos armées et qui certes portent et manient l'épée avec autant d'art, de dextérité et de bravoure quelque plébéien que ce soit; dans la dernière campagne, ils ont servi de manière à mériter les éloges du prince et l'estime de la nation, autant que les plus vieux soldats, et ils ont fait espérer que la France, en cas d'attaque des étrangers, pouvait encore, comme sous l'ancienne monarchie, attendre son salut de leur courage et de leur dévouement.

Pour ramener les détracteurs de la noblesse à de plus justes sentiments, demandons-leur de quelle époque ils peuvent dater sa décrépitude prétendue et son absorption politique et militaire?

Ils ne remonteront certainement pas au-delà du siècle de Louis XIV, ni ne s'arrêteront pas à cette époque qui est une période de gloire et d'illustration des plus avérées pour la noblesse, dont les faits ornent les plus belles pages de l'histoire de France. Ils n'oseront pas, non plus, citer les fastes militaires du règne de Louis XV, parce que les batailles de Fontenoy, de Rocoux et de Lacvfeltd, en 1745, 1746 et 1747 sont là pour constater les efforts inouïs et le dévouement patriotique de la noblesse française; se borneront-ils à la guerre maritime de 1756; ils s'en garderont bien; car c'est dans ce temps même où les escadres françaises, sous les ordres de M. de la Galisonnière, mirent dans le désordre le plus effrayant les vaisseaux anglais et forcèrent leur amiral Bing à se réfugier dans sa patrie où il paya de sa tête le malheur de sa défaite? Ils ne parleront pas non plus d'une autre victoire maritime, remportée au Canada en 1758, par le marquis de Montcalm, sur le général anglais Abercrombi, qui fait un honneur infini à la marine française, qui n'avait cependant que des officiers nobles à sa tête? Enfin ils cèleront de même le gain des batailles de Cassel et de Johannisberg, par nos armées sous les ordres des maréchaux d'Estrées et de Soubise et du prince de Coudé batailles qui amenèrent la paix de 1763.

Nous voici maintenant arrivés au règne de Louis XVI, et à la guerre que causa avec l'Angleterre la reconnaissance faite par la France des États-Unis de l'Amérique en 1778. Les succès brillants de notre marine, toujours commandée par des officiers pris dans le sein de la noblesse, et entre autres par MM. de Bouillé, de Kersaint, d'Orvilliers, de Vaudreuil, de Chauffant, d’Estaing, de Grasse, de la Mothe-Piquet, de Guichen, de la Touche-Tréville, de Pochambeau, et de Suffren sont tracés dans l'histoire d'une manière ineffaçable, et forcèrent les Anglais à signer le traité de 1783, par lequel ils reconnurent, à l'instar de la France, cette même indépendance de l'Amérique.

Or, jusques à une époque tout-à-fait rapprochée de nous, il n'y a ni vieillesse, ni décrépitude, dans l'ordre de la noblesse ; c'est au contraire cet ordre qui, dans les armées de terre et de mer, toutes commandées par des généraux et officiers nobles, soutint l'honneur, et la gloire de la nation française!...

De 1783 à 1789 et 1793, nous entrons dans la période fatale de notre révolution, et là il convient encore d'examiner si la noblesse n'a pas tenté les efforts les plus généreux pour en arrêter le cours, c'est-à-dire pour sauver le monarque et la monarchie ?

Le désastre de nos finances faisait présager  depuis long-temps quelque grande catastrophe pour l'État, et la voix patriotique d'hommes estimables mus par l'amour du bien public réclamait l'intervention du riche, dans les impôts que payait le pauvre; la noblesse ne fut point insensible au malheur de ses compatriotes, et elle annonça dès ce moment l'intention de partager le fardeau du peuple; nous en avons pour preuve ce célèbre arrêt du parlement de Paris du 5 décembre. 1788 les pairs y séant, dans lequel le roi fut supplié de supprimer tous impôts distinctifs des ordres, d'établir l'égalité des charges; d'imposer la responsabilité des ministres, de proclamer la liberté individuelle des citoyens et la liberté légitime de la presse.

Cet arrêt du parlement assisté des pairs du royaume se trouve encore corroboré par l'arrêté des ducs et pairs de France, assemblés au Louvre le 20 du même mois, signé par trente deux d'entre eux, et présenté au roi, lequel était en ces termes « Sire, les pairs de votre royaume « s'empressent de donner à VOTRE MAJESTÉ et à la nation des preuves de leur zèle pour la prospérité de l'État et de leur désir de cimenter l'union entre tous les ordres, en suppliant VOTRE MAJESTÉ de recevoir le vœu solennel qu'ils portent aux pieds du trône, de supporter tous les impôts et  charges publiques dans la juste proportion de leur fortune sans exemption pécuniaire quelconque ; ils ne doutent pas que ces sentiments « ne fussent unanimement exprimés par tous les autres gentilshommes de votre royaume, s'ils se trouvaient réunis pour en déposer l'hommage dans le sein de VOTRE MAJESTÉ. »

Quoi les pairs du royaume, généreux interprètes de la noblesse, expriment leur vif désir de cimenter l'union entre tous les ordres, de supporter tous les impôts et charges publiques, dans la juste proportion de leur fortune, sans exception pécuniaire quelconque ; ils ne doutent pas que ce sentiment ne soit unanimement exprimé par tous les gentilshommes du royaume, et voilà les hommes que l'on voudrait représenter comme ayant ambitionné de dévorer l'État, et de faire supporter au peuple tout le poids de ses charges il y a véritablement calomnie, intentions coupables et criminelles dans un système de diffamation aussi odieux!...

Mais ne bornons pas là notre examen de la conduite patriotique de la noblesse, et ouvrons les cahiers de doléance présentés par chaque bailliage de France aux États-Généraux de 1789 ce sont les actes les plus sacramentels, les plus avérés et les plus authentiques du temps nous y trouverons les mêmes sentiments, le même amour du bien public, et surtout l'expression bien prononcée de subvenir au soulagement du peuple par l'intervention de l'égale répartition de l'impôt; à ces actes patents des sentiments de la noblesse, ajoutons ce qui s'est passé dans la séance des États-Généraux du 23 mai 1789 ; une députation de cet ordre se rendit à l'assemblée du tiers ou des communes, et y fit connaître sa résolution de renoncer à tous ses privilèges et de supporter AVEC ÉGALITÉ les contributions et les charges générales, CONFORMEMEMT, y est-il dit, A LA TRÈS-GRANDE MAJORITE DES CAHIERS, rédigés dans les assemblées bailliagères de ses commettants.

Or donc, la noblesse a manifesté, de la manière la plus solennelle, l'envie, le besoin de s'identifier avec le peuple, et de supporter avec lui le fardeau des charges de l'État, avant que le peuple même ne le demandât, ne l'exigeât par une révolution que des malveillants voulaient à toute force lui faire opérer.

Convenons maintenant qu'il eût été bien plus sage de profiter, pour rasseoir l'édifice social, des bonnes intentions de la noblesse et même de celles du clergé, que de monter l'esprit de la populace, pour le lui faire renverser, et précipiter ainsi la nation dans l'abîme d'une révolution qui a dévoré dans son cours et les nobles et les ecclésiastiques et les plébéiens et le riche et le pauvre !...

Ce serait une obligation de plus que la nation aurait à la noblesse, et certes ce ne serait pas une des moindres.

 La révolution du 14 juillet 1789 était tout-à-fait inutile, parce que le clergé, la noblesse et toutes les autres classes privilégiées de la France avaient fait l'abandon de tous leurs droits, exemptions et immunités, et s'étaient confondus de coeur et d'esprit avec l'ensemble de la nation pour ne former qu'une même famille, sous l'égide et la protection d'un gouvernement paternel.

Si cette révolution a éclaté, et si elle a eu de si terribles effets, ce n'est point aux grands corps de l'État, ni à la masse saine du peuple, qu'il faut en adresser le reproche mais seulement à des enfants perdus de la France, qui espéraient, en bouleversant tout, envahir et posséder, par l'effet de la révolte ce qui leur était échappé par l'effet de leur inconduite et de leur dissipation. Ces hommes turbulents et ambitieux ne jouirent pas long-temps du fruit de leurs erreurs et de leurs fautes car des hommes plus méchants et plus atroces parurent sur la scène politique et y opérèrent l'odieuse révolution de 1793 en envoyant à l'échafaud et en précipitant dans l'horreur des prisons leurs propres prédécesseurs dans le système révolutionnaire, et, en outre, tout ce que la France possédait d'hommes de bien.

Dans des circonstances aussi douloureuses, que fit encore une grande portion de la noblesse? Elle se réunit dans la Vendée, y prit les armes, associa le peuple de ces contrées à son honneur et à son dévouement, et là, lorsque dans toutes les autres provinces du royaume l'hydre à cent têtes vomissait son venin fatal et destructeur, le nom et l'autorité du roi furent reconnus, consacrés et maintenus.

La Vendée fut la France, et offrit un asile à la monarchie; la noblesse prouva alors à l'Europe

et à la nation que le lien qu'elle forme entre le prince et le peuple, selon la propre expression des philosophes encyclopédistes, n'était point rompu, et qu'elle avait, au contraire, les moyens de le resserrer avec plus de force et plus d'éclat. Effectivement, la fureur et le désespoir des révolutionnaires aidés de nombreuses armées, ne purent jamais parvenir à briser l'oeuvre de la noblesse et de la fidélité et la Vendée, sous l'étendard royal, demeura l'épouvante et l'effroi des fauteurs de la révolution, qui y rencontrèrent constamment l'ancienne monarchie, ses attributs, son pouvoir et sa force. Tant de dévouement de la part de cette province devra lui mériter nécessairement d'être proclamée, au jour de justice, le premier département de la France, car ayant défendu le prince et le sol, les hommes et le sol ne peuvent manquer d'être honorés.

Je viens de parcourir avec la plus exacte vérité toutes les époques les plus sérieuses de notre histoire depuis près de trois siècles, et de toucher à notre propre période, sans avoir pu rien découvrir qui me fit croire à la décrépitude de la noblesse, à l'inutilité de son existence et même à l'incohérence de son institution avec nos institutions modernes; tout ce que j'ai vu, lu, ressassé et médité, me porte  au contraire à la considérer comme un des corps qui ont rendu les plus éclatants services au prince et à la nation, et qui peuvent encore désormais coopérer au bonheur et à la gloire de la France.

La seule chose qui ait frappé mon imagination dans le cours de mes recherches, c'est de m'être convaincu que l'esprit de haine et d'animadversion que les fauteurs de la révolution ont répandu contre ce corps respectable, en 1789 et en 1793, se prolonge encore de nos jours, et que le venin de ces calomnies odieuses continue ses ravages et sert vraiment d'épouvantail, pour inspirer au peuple la crainte même du mot noblesse. C'est une manœuvre qu'il importe singulièrement à la noblesse de combattre et de détruire, et je crois qu'il n'est pas impossible d'y parvenir. La tactique usitée par ses adversaires est non-seulement de déverser sur elle et la calomnie et le ridicule, mais encore d'employer les cent voix de la renommée pour proclamer, vanter et grossir les réputations civiles et militaires qui se sont faites pendant la révolution, de telle manière que ceux qui en sont  l'objet sont présentés comme de vrais géants, tandis que les anciens nobles ne sont considérés que comme des pygmées.

Des biographies multipliées, des ouvrages qui relatent les événements militaires et les résultats de l'administration publique, des journaux quotidiens, qui forment un écho perpétuel de tous les  hauts faits des campagnes de la révolution, voilà ce qu'on présente au peuple pour nourrir son imagination, et la fixer absolument sur l'état actuel des choses, sans qu'il soit jamais question des événements et des traits héroïques et sublimes qui ont fait de la France la plus belle et la plus illustre des monarchies de l'Europe, avant nos troubles civils. Le présent est tout et le passé ne compte pour rien ; cependant le présent nous a occasionné des maux infinis, il a porté dans toutes les familles la désolation et la mort, il a attiré dans notre propre pays les armées étrangères qui pouvaient nous imposer le joug le plus affreux, il a fait naître des passions qui forcent chaque jour nos tribunaux à multiplier les condamnations aux peines capitales, et le passé, qui nous laisse les traces les plus caractéristiques de toutes les vertus publiques et privées, est à peine cité; tout date de la révolution et il semble qu'on veuille inculquer au peuple de ne pas aller au-delà. La France moderne est la seule France, et la France ancienne doit être effacée de tous les souvenirs!... Telle est la marche qu'on veut imprimer à l'esprit du siècle, il s'agit de savoir si la noblesse, par un silence qui lui devient fatal, autorisera plus long-temps une semblable déception ? Des écrivains, sans nombre, servent le parti de ses adversaires, et pas un n'est entré dans l'arène pour renouveler à la génération présente, et transmettre à la postérité tous les faits importants, tous les traits d'héroïsme qui font, de ce corps illustre, les ainés et les vétérans de nos héros modernes !...

D'où peut provenir une semblable crainte et un pareil abandon? ce n'est pas certes la matière qui manque, car il n'est aucun sujet qui offre plus de ressource et d'abondance, et qui présente plus de type à la pratique de toutes les vertus, à l'exercice de tous les talents. Dans l'art militaire, dans la conduite des armées, dans l'action des batailles, on pourrait citer avec éclat toutes les familles nobles de France ; il n'est pas une d'elles qui n'ait fourni, au moins, dix personnages qui n'aient fait autant, et peut-être plus, que tous les modernes dont nos écrivains portent si haut la réputation ; dans l’administration de la justice le souvenir seul des vertus et de l'intégrité des membres des anciens parlements nous impose encore un respect qui se prolongera autant que l'existence de

la monarchie, et nos tribunaux modernes ne peuvent choisir de plus parfaits modèles; dans les sciences, les arts et la littérature, c'est encore la noblesse qui a fourni tous les patriarches, tous les patrons de nos savants modernes; la philosophie même lui doit ses plus illustres et ses plus sages zélateurs.

C'est encore la classe de la nation qui a le plus exercé la bienfaisance et fait le meilleur emploi de ses richesses; les fondations d'hôpitaux, de collèges, d'académies, et de toutes autres associations de charité et de philanthropie, lui sont dues dans la plus grande majorité ; le château était le véritable asile du pauvre, jamais il ne s'y présentait en vain ; les châteaux sont tombés, et l'infortune reste sans appui! la noblesse est donc, sans contredit, celui de tous les corps de l'état qui présente le plus grand nombre d'hommes utiles, sous tous les rapports de l'ordre social; depuis dix siècles jusqu'à nos jours inclusivement, ces hommes ont pratiqué et propagé toutes les vertus, toutes les sciences dont la nation se fait un si grand avantage aujourd'hui, et il y aurait de l'ingratitude et une injustice criante à méconnaître cette éclatante vérité.

Mais ce qui prive la noblesse de tirer parti de sa position, quoique des plus imposantes, c'est qu'elle a négligé et qu'elle néglige encore de faire constater tous les faits qui peuvent l'honorer, et qui lui donneraient une supériorité marquée, dans notre histoire nationale, sur tout ce que nos écrivains peuvent mentionner à l'égard des modernes. Elle a pensé, sans doute, qu'il lui suffisait d'avoir agi, et d'avoir rempli ses devoirs, sans recourir à la publicité, qui est aujourd'hui le seul moyen d'acquérir de la célébrité et d'obtenir la reconnaissance et l'admiration des peuples.

Les seuls écrivains qui aient prétendu lui consacrer leurs travaux sont les généalogistes, et c'est ce dévouement qui ne prenait et qui ne prend encore origine que dans la cupidité la plus répréhensible, qui lui est devenu beaucoup plus nuisible qu'utile. « A quoi bon, disent les adversaires de la noblesse, que nous sachions que telle ou telle famille perde son origine dans la nuit des temps, ou qu'elle ait l'avantage d'être noble depuis quatre ou cinq cents ans, si c'est en cela qu'elle fait consister toute sa gloire, toute son importance? ne sait-on pas que ces généalogistes à gages sont toujours prêts à vendre plus ou moins de siècles, selon qu'on leur offre plus ou moins d'argent, et qu'en conséquence leurs ouvrages ne peuvent inspirer la moindre confiance, le moindre crédit?»

En effet, dans les circonstances actuelles, quel fruit la noblesse peut-elle retirer de l'impression de ses généalogies dans des ouvrages que personne ne lit, et qui sont composés et imprimés par des hommes qui n'ont aucun mandat, aucun caractère légal, pour ces sortes de travaux? toute la nation ne sait-elle pas que la commission du sceau des titres est la seule autorité constituée pour le fait de la noblesse, et pour la reconnaissance des anciennes généalogies et des anciens titres, ou pour l'obtention de nouveaux anoblissements ou de nouveaux titres? hors de là, tout l'argent que la noblesse dépense pour faire parler de son origine est absolument en pure perte et ne fait 'que lui nuire, par l'action de la critique qui a lieu sur ces sortes d'ouvrages qu'on sait ne paraître jamais que quand on en a largement payé la composition entre les mains de l'auteur.

D'ailleurs ces vendeurs de généalogies imprimées sont absolument hors de la ligne dans laquelle ils voudraient qu'on les supposât, qui est celle des anciens généalogistes des ordres du roi, tels que les Clérembault les Beaujon les Chérin et les Berthier; mais pour atteindre leur but et pour confirmer le public dans cette opinion, il serait indispensable qu'à l'instar de ces anciens généalogistes nos modernes n'exigeassent rien du public, et ne reçussent aucune indemnité, ni ce qu'ils appellent généralement droit d'insertion; alors, en ne recevant aucun denier pour rendre leurs oracles, on pourrait les supposer plus rapprochés de la vérité ; les anciens généalogistes que nous venons de nommer se respectaient encore au point de ne jamais faire imprimer leurs travaux, attendu qu'ils étaient exclusivement réservés pour fixer l'esprit du roi à l'égard des familles qu'il voulait admettre aux honneurs de sa cour, et non pour livrer le sort ou la position de ces mêmes familles à l'action d'une critique, qui par fois peut être dirigée par la méchanceté, l'envie ou la vengeance.

C'est ainsi que par un désintéressement imposé d'abord par le gouvernement, puis religieusement observé par ces anciens généalogistes, ceux-ci acquéraient, ainsi que leurs travaux, ce degré d'estime, de considération et de confiance qui devenait nécessaire pour l'illustration et la consolidation de la noblesse. Mais la cupidité de nos généalogistes, on plutôt de nos auteurs modernes de généalogies, les portant sans cesse à pressurer leurs clients, excite d'une part l'animadversion du public pour des ouvrages de ce genre, et de l'autre fait déverser une espèce de dérision sur les familles qui ont la faiblesse de se rendre ainsi tributaires d'écrivains qui n'ont aucun mandat légal à cet effet, et qui n'obtiennent par conséquent aucun crédit dans la foi publique.

Il serait donc nécessaire pour l'intérêt propre de la noblesse qu'elle cessât par des largesses aussi mal placées, d'entretenir ces sortes d'ouvrages, qui lui sont véritablement plus préjudiciables

qu'utiles et qu'à l'instar des plébéiens elle soutînt et protégeât des ouvrages convenables à sa sphère, utiles à sa propre instruction et capables d'inspirer à la nation ce sentiment d'estime et d'admiration qu'elle doit naturellement lui inspirer par l'étendue et le mérite de ses nombreux services; alors les plébéiens n'auraient plus à lui reprocher de faire consister sa seule importance dans l'orgueil, l'inutilité et l'invraisemblance de ses généalogies. Car la nation française éclairée aujourd'hui sur toutes les parties de l'administration publique, imbue d'une instruction profonde dans les sciences, les arts et la littérature, veut qu'on lui rende compte, qu'on lui fasse connaître, ceux qui, sortis de son sein, ont bien mérité d'elle; les rois eux-mêmes ne sont point exempts d'être jugés à ce nombreux tribunal, et c'est la postérité qui confirme ou rejette le jugement qui en est émané; la noblesse peut donc comparaître avec confiance et y produire les puissants motifs de sa cause; c'est alors que cette nation, toujours juste dans la dispensation de son estime et de son admiration, ne balancera pas à reconnaître; dans la noblesse même, tous les principes de sa gloire et de son illustration, et à lui en témoigner sa reconnaissance par le tribut de respect qu'elle ne cessera de payer à un corps aussi méritant.

Mais il faut pour cela que la noblesse se pénètre du sentiment de sa dignité, de la hauteur et de l'avantage de sa position, et qu'elle ne songe plus qu'aux moyens de les faire valoir. Elle ne pourra obtenir, cependant, ce succès si désirable, qu'en se livrant elle-même à la connaissance et à l'étude de ce qu'il lui importe d'apprendre et de savoir, sur son ancienne législation, son ancienne jurisprudence, et en déployant aux yeux de la nation la série imposante de tous les services qu'elle a rendus.

La révolution a dévoré anéanti tous les ouvrages qui lui sont nécessaires pour son instruction personnelle, et s'il est bien que le gentilhomme adopte le système commun de l'éducation élevée qui honore aujourd'hui la jeunesse française, et qui l'environne de toutes les lumières qui en forment véritablement des hommes accomplis, il est encore pour la noblesse une autre carrière de sciences à parcourir, ce sont celles qui lui sont propres, c'est-à-dire qui sont absolument inhérentes à sa caste.

Les plébéiens ne négligent rien de ce qui doit les instruire sur le droit public et privé des nations; ils sont pénétrés de tous les éléments des libertés publiques, et se montrent très jaloux de leur conservation. Toutes les anciennes lois, toutes les anciennes ordonnances, tous les anciens usages, seraient-ils empruntés des Grecs, des Romains, des Gaulois et des Francs, tout est rappelé par eux pour en invoquer la force et l'assistance, si elles sont nécessaires à l'appui de leurs espérances et de leurs prétentions; la noblesse, au contraire, dans une insouciance qui lui devient fatale oublie et semble vouloir oublier tout-à -fait les principes, les éléments, les lois qui avaient fondé établi son honorable institution; elle ne veut rien savoir à ce sujet, apparemment pour ne rien avoir à regretter !... Une telle déception finirait par causer les effets déplorables de sa ruine, si elle ne s'empressait d'y remédier.

Je pense donc que le seul moyen à employer pour faire renaître en elle un sentiment d'espoir qui n'aurait jamais dû s'éteindre, est de replacer sous ses yeux tous les éléments de son ancienne constitution, parce qu'il est toujours utile qu'une caste honorable connaisse la législation qui a pu l'investir, et qu'ainsi les pères puissent transmettre à leurs enfants le souvenir de leur ancienne existence; on me dira peut-être que des souvenirs sont peu de chose; je répondrai que lorsqu'ils sont fondés sur l'honneur, le salut public, l'amour du prince et de la patrie, ils sont toujours capables de produire l'effet le plus salutaire sur l'esprit d'un homme bien né; d'ailleurs les plébéiens n'ont-ils pas leurs propres souvenirs, qu'ils reproduisent sans cesse, en les décorant de tout ce qui est susceptible de monter l'imagination de ceux de leur parti?

Je pense donc qu'il serait de la plus haute importance pour la noblesse de faire établir un ouvrage qui, sous le titre de Bibliothèque du vrai Gentilhomme contiendrait LA LEGISLATION ET LA JURISPRUDENCE DE L'ANCIENNE NOBLESSE DE FRANCE, et serait divisé ainsi qu'il suit :

1° Les lois, arrêts, ordonnances et règlements rendus sous les divers règnes de nos rois sur le fait de la noblesse et des anoblissements ;

2° L'institution des droits, prérogatives et fonctions des grands-officiers de la couronne et de là maison du roi ;

3° L'institution des droits et privilèges des autres charges, offices 'ou emplois civils et militaires qui donnaient la noblesse; tels que ceux d'officiers de la maison du roi, d'officiers-généraux des armées, d'officiers des parlements et cours supérieures du royaume, secrétaires du roi, trésoriers de France, maires et échevins de certaines villes, etc., etc.;

4° Les cas de dérogeance, de déchéance et de réhabilitation ;

5° Les différentes sortes de noblesse et d'anoblissements ;

6° Les érections de terres en duchés, marquisats, comtés, vicomtés et baronnies qui assurent aux familles qui les ont obtenues le droit légal de porter ces titres ;

Enfin une infinité d'autres matières qu'il importe à la noblesse de connaître, sur les éléments de son institution; et, pour en faciliter la recherche, le travail serait fait par ordre alphabétique, et dans le système d'un dictionnaire cette partie formerait quatre volumes in-8° de cinq cents pages chacun.

C'est un monument qu'il appartient à la noblesse de faire réédifier, dans un moment, surtout, où l'on semble, par des écrits qui se multiplient d'une manière inconcevable, vouloir faire oublier  tout le mérite, tous les services d'une classe aussi respectable, et où l'on recueille avec le plus vif empressement tous les éléments, tous les principes de la législation ancienne et moderne à l'égard de la classe plébéienne.

J'ai réuni tous les matériaux nécessaires pour un semblable ouvrage, mais je ne me déterminerai à le publier qu'autant que la noblesse me témoignerait le désir de le voir paraître; et que d'un  mouvement spontané il se présenterait au moins mille souscripteurs. C'est aux chefs de famille à  se prononcer à cet égard, et dès que leur sentiment me sera connu, je ferai l'utile emploi de mes matériaux, et lorsque cette partie si essentielle de la législation nobiliaire sera terminée je pourrai, selon le voeu qui me sera exprimé par les familles, me livrer à un travail spécial sur le personnel de l'ancienne noblesse de France.

Cette partie offrirait l'historique de chaque famille dans les catégories suivantes

1° Les services rendus dans l'état ecclésiastique, dans la magistrature, les conseils du roi, la diplomatie et l'administration publique ;

2° Les services militaires dans tous les grades ;

3° Les fondations pieuses d'hôpitaux, monastères et communautés religieuses; ce sont autant de souvenirs honorables qu'il est bon de consacrer,  pour l'histoire des localités ;

4° Les connaissances développées dans les sciences, les arts, la littérature et les voyages; avec la nomenclature des œuvres qui auront pu en être publiées ;

5° Les divers titres ou décorations obtenus en récompense des services civils ou militaires;

6° Le tableau général des familles nobles qui ont obtenu avant la révolution les honneurs de la cour, d'après les preuves régulières et incontestables, faites au cabinet des ordres du roi ;

7° Enfin tout ce qui serait susceptible d'établir l'état historique et honorifique de chaque maison.

De cette manière la Bibliothèque du vrai Gentilhomme se trouverait complète, et porterait à la connaissance de la nation et des nations étrangères tout ce qui constituait la législation de l'ancienne noblesse française, et tout ce qui est susceptible de rappeler les services qu'elle a rendus à l'État, et qui doivent lui mériter la considération et le respect des peuples.

Cet ouvrage formera, non-seulement, un code qu'il sera très-utile de consulter, dans bien des circonstances, mais il offrira encore des articles biographiques qui pourront rivaliser avec avantage avec ceux qu'on ne cesse de nous reproduire concernant les plébéiens.

Je terminerai ce discours en disant à la noblesse française qu'elle peut tout espérer d'une nation qui a toute la capacité nécessaire pour juger avec la plus saine raison, avec la plus grande impartialité, tout ce qui est soumis à son extrême justice, et que cette nation est gouvernée par un prince dont le cœur peut servir de modèle aux autres souverains du monde; le roi Charles X ne laissera jamais sortir de sa mémoire les paroles du comte d'Artois, prononcées dans la chambre de la noblesse aux États-Généraux de 1789, séance du 23 mai « Je donne à la chambre la ferme et certaine assurance que le sang de mon aïeul, Henri IV, a été transmis à mon coeur dans toute sa pureté, et que tant qu'il m'en restera une goutte dans les veines, je saurai prouver à l’univers entier que je suis digne d' être né gentilhomme français »

Ce prince si pénétré, dans l'instant où il parlait, de l'importance et de l'utilité du corps ; de la noblesse, ne prévoyait pas qu'il lui donnerait, sous peu, à lui et à tous les personnages augustes de sa maison, de nouvelles preuves de sa fidélité, et de son dévouement, et qu'il sacrifierait, sans balancer, et ses biens et sa vie pour la défense du trône auquel il devait être appelé un jour. Ce trône est rétabli, la monarchie existe dans toute sa vigueur; donc ces familles monarchiques ont des droits réels à la reconnaissance du prince et leur réinstitution dans certains avantages honorifiques qui ne sont susceptibles de froisser en rien les principes constitutionnels, devient indispensable. Le souverain d'ailleurs qui prétend prolonger sa dynastie doit penser sérieusement à la conservation  de ces mêmes familles, attendu qu'elles forment les éléments de sa propre conservation, et que ce sera toujours dans leur sein que se trouvera ce germe de fidélité inaltérable, qui, dans ses développements, vivifie et utilise les principes monarchiques, et donne une garantie irréfragable à toute stabilité politique.

 

 

 

FIN.

 

ANONYME. 1826

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

PAR M. DE SAINT-ALLAIS.

 Pairie

 

DE

 L'ANCIENNE FRANCE.

 CHAPITRE PREMIER.

(Troisième extrait)

 DES MINISTRES D'ETAT

 ET DU CONSEIL DE NOS ROIS. 

 

             Ce déchirement du territoire de l'Etat, qui avait été consacré même par la faiblesse de nos Princes, qui s'étaient trouvés réduits à donner l'investiture de toutes ces parcelles aux occupans, réduisit ces Monarques à n'avoir, pour tout domaine, que les villes de Compiègne, de Laon et de Soissons, et entraîna la chute de ces Princes en 987, époque à laquelle Hugues-Capet, le plus puissant des grands vassaux, fut proclamé Roi, et fonda la troisième dynastie de France.

Sous cette troisième dynastie, le Conseil du Roi, d' abord appelé l'Etroit Conseil, ensuite le Conseil secret ou privé, et enfin le Conseil d'Etat et privé, était composé des cinq grands-officiers de la Couronne : le Sénéchal ou Grand-Maître, le Connétable, le Bouteiller, le Chambrier et le Chancelier, lesquels étaient proprement les Ministres du Roi ; on les nommait aussi Regni Administri. Ils signaient toutes les chartes. Il leur adjoignait, quand il le jugeait à propos, quelques autres personnes distinguées, comme Evêques, Barons ou principaux officiers : ce Conseil était pour les affaires journalières ou les plus pressantes.

Le Sénéchal ou Grand-Sénéchal de France, qui était le premier officier de la Couronne, était aussi le premier Ministre du Roi : il avait l'entière surintendance de sa maison ; et jusqu'au temps de Philippe-Auguste, il faisait lui-même toutes les expéditions du Conseil, avec les Notaires, ou Secrétaires du Roi. Frère Guérin, Evêque de Senlis,: Ministre de Philippe-Auguste, étant devenu Chancelier, abandonna aux Notaires du Roi toutes les expéditions du secrétariat ; et, depuis ce temps, les Notaires du Roi faisaient tous concurremment ces expéditions.

Ce même Prince, et Saint Louis, son petit-fils, établirent des formes d'administration plus étendues et plus régulières, surtout quant aux finances. Ils créèrent un Trésorier-général, dont les comptes devaient être vérifiés au Conseil-Étroit du Roi. Ce Conseil était toujours à la suite du Prince, comme traitant de tous les objets d'administration civile, politique et financière.

Philippe-le-Bel, en 1302, voyant que le Conseil commun était surchargé d'affaires, commit toutes les causes de la justice et des procès au Parlement, qu'il rendit sédentaire, et qui n'était qu'une émanation du Conseil du Roi, et il constitua un Conseil privé, qui était toujours auprès de sa personne, et ne formait, pour ainsi dire, qu'un même individu avec lui (adnon vel Consiliuni nostrum) ; et il créa la Chambre des comptes de Paris, pour régler le plus grand nombre des provinces de France.

En 1309, Philippe-le-Bel ordonna qu'il y aurait constamment près de lui trois Clercs du Secret, pour les expéditions du Conseil secret, qu'on appela depuis Conseil des dépêches. On les nomma Clercs du Secret, sans doute parce qu'ils expédiaient les lettres qui étaient scellées du scel du secret, qui était celui que portait le Chambellan.

Ces Clercs du Secret prirent, dans la suite, le titre de Secrétaires des finances, et, en 1559 et 1588, ils furent créés en titre d'office, au nombre, de quatre, sous le titre de Secrétaires d'État, qu'ils ont toujours conservé depuis.  Voyez le chapitre des SECRÉTAIRES D'ETAT.

Sous Louis X, dit Hutin, ce fut Charles de Valois, oncle de ce Prince, qui devint son Ministre (1314 -1315), et qui dirigea toutes les affaires de ce règne, qui fut de courte durée.

Le Conseil du Roi Philippe-le-Long, frère de Louis Hutin, était composé, en 1316 de la manière suivante :

 Charles de France, Comte de Valois, oncle de Philippe-le-Long ;

Louis-de-France, Comte d'Evreux, Prince du sang, frère du précédent;

Charles de France, Comte de la Marche, Prince du sang, et depuis Roi, sous le nom de Charles IV, dit le Bel ;

Louis de France, Comte de Clermont, et Duc de Bourbon, Prince du sang ;

Jean de France, Baron de Charolais, Prince du sang, frère du précédent ;

Robert de France, Comte d'Artois, troisième du nom, Prince du sang ;

Guy IV de Châtillon, Comte de Saint-Paul ;

Amédée-le-Grand, Comte de Savoie ;

Jean II, Dauphin de Viennois ;

Robert VII, dit le Grand, Comte d'Auvergne et de Boulogne ;

Jean Ier, Comte du Forez ;

Beraud X, Sire de Mercoeur ;

Gaucher de Châtillon, Connétable de France;

Miles de Noyers, Sire de Vandoeuvre ;

Le Sire de Sully;

Guillaume d'Harcourt, Seigneur d'Elboeuf, queux de France ;

Le Sieur de Reynel ;

Le Sieur de Trie père ;

Messire de Machy ;

Jean de Beaumont, Maréchal de France ;

Jean de Corbeil, Maréchal de France ;

Le Sieur Herpin d'Erquéry ;

L'Archevêque de Rouen ;

L'Évêque de Saint-Malo ;

Gilles Aycelin de Montagu, Chancelier de France ;

 Ce qui faisait en tout vingt-cinq Conseillers. Cependant, Guillard, dans son histoire du Conseil du Roi, dit qu'un grand nombre de personnes considérables, dont il ne peut rapporter les noms, étaient admises dans ce Conseil.

Mais ce Prince, par son réglement de l'an 1319, ordonne que son Conseil s'assemblera une fois le mois pour délibérer sur toutes les grâces et les requêtes qui lui auront été présentées pendant le mois précédent; qu'il sera fait un registre dans lequel on écrira journellement ce qui sera arrêté de plus remarquable ; que Maître Pierre Barrière, son clerc et son secrétaire, gardera ce journal, et que quand S. M. n'aura pas eu le temps d'assister en personne à son Conseil, ceux qui y auront été présens, ou l'un des poursuivans (c'étaient les Maîtres des requêtes de ce temps), l'avertiront chaque jour de ce qui aura été arrêté.

En 1320 et 1321, parurent deux autres réglemens, par lesquels le même Roi ordonna que les deux Maîtres des requêtes suivant la Cour, seraient tenus de seoir chaque jour en lieu commun, pour ouïr les requêtes; qu'ils n'en recevraient aucune concernant le Parlement, la Chambre des Comptes, ou le Trésor, mais les leur renverraient; que s'il s'en présentait d'importantes, soit pour des récompenses de services, soit pour des grâces particulières , soit même contre les arrêts donnés au Parlement, ils seraient obligés d'en avertir le Roi.

Il paraît qu'en 1350, le Conseil du Roi était réduit, suivant le registre C de la Chambre des Comptes, à cinq personnes ; le Chancelier, les sieurs de Trie et de Beaucourt, Chevalier, Enguerrand du Petit-Collier, et Bernard Fermant, trésorier ; chacun de ces Conseillers d'Etat avait 1000 liv. de gages, et le Roi ne faisait rien que par leur avis.

L'ordonnance de Charles VI, de l'an 1413, en son article 207, établit qu'il ne sera plus admis au Conseil que le Connétable, le Chancelier, les Princes et les Grands-Officiers de la Couronne qui étaient en possession d'y entrer, et les Conseillers d'Etat, dont le nombre sera réduit à quinze.

Par l'article 209, le Roi veut que ces quinze Conseillers soient à lui et non à autres. Il défend au Chancelier, sur la foi et loyauté qu'il doit à Sa Majesté, d'en recevoir un plus grand nombre, et il ordonne d'emprisonner tous les autres qui se présenteront pour entrer en son Conseil.

Par l'article 210, il réduit les Maîtres des requêtes à huit, quatre clercs et quatre laïques, et veut que les requêtes concernant sa conscience soient remises à ses aumôniers et à son confesseur. Il ordonne ensuite que le Grand-Chambellan et les Chambellans ordinaires feront le rapport des requêtes qui toucheront les gens et les affaires de sa chambre, et que celles qui toucheront les autres officiers de sa maison, seront: rapportées par le Grand-Maître et les Maîtres ordinaires d'hôtel. Il ajoute que toutes les autres requêtes seront rapportées par les Maîtres des requêtes; que ceux-ci signeront les lettres-patentes qui seront accordées en conséquence, et cela avant que le secrétaire qui en aura reçu le commandement les puisse signer, et il fait défense au Chancelier de les sceller, qu'elles ne soient effectivement signées du Maître des requêtes qui aura rapporté.

L'article 212 porte qu'il ne sera rien rapporté, au Conseil, que le Roi ne soit assis, et après lui les Princes du sang, le Chancelier et les Conseillers d'État; et qu'après qu'ils seront tous assis, les affaires seront proposées et mises en délibération par le Connétable ou le Chancelier, suivant qu'elles les concerneront, et qu'en rapportant, ni l'un ni l'autre n'approcheront du Roi plus près que leur siège.

L'article 222 ordonne qu'il sera tenu un registre de tout ce qui s'expédiera , soit par Sa Majesté, soit par le Chancelier, soit par le Conseil, et que ce registre sera à la garde du Chancelier qui le fera apporter chaque jour au Conseil, et reporter en son hôtel.

Jusque-là, on ne voit pas que le Conseil du Roi ait été divisé en plusieurs départemens. Louis XI paraît être le premier qui ait imaginé cette division. Il avait, en effet, trois Conseils, le premier pour la guerre et les affaires d'Etat, le second pour les finances, et le troisième pour la justice. Son exemple fut suivi par Chartes VIII, Louis XII, et François Ier, jusqu'à son retour d'Espagne.

Mais cet ordre fut changé par ce dernier Prince, en 1526; les trois Conseils furent alors réunis en un, et cela produisit une confusion et un désordre dont les historiens se plaignent beaucoup. Le grand nombre d'officiers qui se trouvaient ainsi rassemblés empêchait qu'on ne pût demander à chacun son avis raisonné sur les matières qu'il y avait à traiter  ceux qui avaient le plus de crédit ou de pouvoir parlaient les premiers, personne n'osait les contredire, et par là ils donnaient seuls la loi.

Henri II chercha à remédier à cet abus. Le 3 avril 1547 , il fit un réglement par lequel il ordonna que son Conseil s'assemblerait deux fois le jour; la première, pour délibérer sur les affaires d'Etat et de finance, et la seconde, pour traiter les autres matières et entendre les requêtes des parties; que la première séance se tiendrait le matin, et qu'il n'y entrerait dorénavant que le Roi de Navarre, le Cardinal de Lorraine, le Duc de Vendôme, l'Archevêque Duc de Reims, le Connétable de Montmorency, le Chancelier, les Comtes d'Aumale, d'Harcourt et de Saint-André père et fils, Messire Jean Bertrand, Président au Parlement de Paris, le sieur de Villeroy, et les quatre Secrétaires des finances, qui tous se borneraient à arrêter ce qu'ils jugeraient le plus convenable , et le feraient ensuite entendre au Roi, pour en ordonner à son bon plaisir; que la deuxième séance se tiendrait l'après-dînée, et que l'on y admettrait, outre ceux qui viennent d'être nommés, les Cardinaux de Bourbon, de Ferrare, du Bellay et de Châtillon, les Ducs de Nevers, de Guise et d'Estampes, les évêques de Soissons et de Coutances, Messire Pierre Raimont, premier Président du Parlement de Rouen, et les gens des finances, et que dans cette assemblée, on ferait et conclurait sur le rapport des Maîtres des requêtes qui y seraient appelés, les dépêches et provisions que l'on verrait être requises et nécessaires pour le bien et service du Roi, de ses sujets et du royaume.

Ce réglement ne fut pas longtemps exécuté. Le nombre et la qualité de ceux qui composaient le Conseil, changeaient suivant les différentes occurrences des temps. On remarque, par exemple, qu'en 1560, Charles IX, par un règlement fort étendu, fit passer la plupart des affaires par les mains de la reine mère et du Roi de Navarre, et donnait l'entrée au Conseil à ceux qui le composaient précédemment, aux Secrétaires  d'Etat, aux Surintendans, aux deux Secrétaires ordonnés pour le fait des finances, et aux Trésoriers de l'épargne et des revenus casuels.

Ce Monarque s'aperçut bientôt des inconvéniens que produisait sa trop grande facilité à multiplier les gens de son Conseil. Par une ordonnance du 28 juin 1564, il défendit d'y recevoir personne, que le nombre de ceux qui y avaient entrée, et qui était immense, ne fût réduit à vingt.

Par un autre réglement du 18 février 1566, le même Roi ordonna que les gens de son Conseil s'assembleraient tous les mercredi et les vendredi de chaque semaine, pour ouïr toutes les plaintes et requêtes de justice, et pourvoir aux parties, sans vaquer à autre chose, et qu'ils n'admettraient dans leur assemblée que les Maîtres des requêtes, les Secrétaires ordinaires, les gens des finances, et le sieur de Saint-Bonnet, pour tenir le registre du Conseil.

Ce réglement ajoute que, quand le Roi assistera en personne à son Conseil, il n'y pourra demeurer que les Conseillers et Secrétaires d'Etat, le Comte de Retz, et, en son absence, le sieur de Rostaing, pour le service de Sa Majesté, et le sieur de Rennevenry, pour celui de MONSIEUR.

Charles IX ne se borna point à ce réglement sur la discipline de son Conseil; il en fit encore trois autres, les 11 janvier 1570, 28 juillet et 24 octobre 1572 : tout ce qu'ils contiennent de plus remarquable, c'est que le Conseil devait se tenir près de la chambre du Roi, afin qu'il pût s'y rendre et en sortir sans être vu; que le Conseil privé des parties ne se tiendrait point sans qu'il s'y trouvât soit un de Messieurs ses frères, soit un des Princes, Ducs ou Maréchaux, soit l'Amiral, soit le Grand-Ecuyer ; que tous les gens de robe longue, qui auraient été appelés à ce Conseil depuis deux ans, seraient distribués par quartiers, pour y assister au nombre de quatre, et non plus pendant chaque quartier.

Henri III commença son règne par régler son Conseil; il en réduisit les membres à un certain nombre, et donna des lettres-patentes en commandement, et sous le grand sceau, à ceux qu'il retint pour y servir.

Le 11 août 1578, il porta, sur le même objet, un réglement très-détaillé, dont on ne croit devoir rapporter que les principales dispositions :

Par l'article Ier, le Roi veut que dorénavant il se tienne tous les lundi, mardi, jeudi et samedi, tant le matin que l'après-dînée, un Conseil que l'on appellera Conseil-d'État, et qui s'assemblera en un lieu choisi exprès, partout où sera logée Sa Majesté.

L'article II détaille fort au long les matières qui devront se traiter en ce Conseil, et résume toutes ses dispositions en ces termes : « Bref, Sa Majesté entend qu'audit Conseil, et non ailleurs, se traitent dorénavant toutes matières concernant ses finances, le repos, soulagement et conservation de ses provinces. »

L'article VI porte qu'il n'entrera dans ce Conseil que les Princes, les Maréchaux de France, les Grands-Officiers de la Couronne, le Grand-Maître de l'artillerie, les gens d'affaires de Sa Majesté, les Gouverneurs et Lieutenans-Généraux des provinces, le Colonel de l'infanterie française, les Capitaines des gardes , les sieurs que Sa Majesté a retenus dudit Conseil, les quatre Secrétaires d'Etat, deux des six Intendans des finances, le Trésorier de l'épargne et le Secrétaire des finances qui sera de quartier.

Par l'article VII, le Roi déclare qu'il se rendra à ce Conseil tous les samedis, après dîner, pour se faire rendre compte de tout ce qui aura été fait pendant la semaine.

Henri IV, par son réglement, du mois de mai 1595, veut que le Conseil des dépêches se tienne en présence du Roi et de la Reine, avec les Princes et autres Seigneurs de son Conseil qu'il plaira à Sa Majesté y appeler, aux lieux et heures qui seront ordonnés.

A l'égard du Conseil-d'État et finances et du Conseil privé, le Roi déclare qu'ils seront composés de personnages choisis, de qualité, de prud'homie, expérience et capacité, qui serviront quatre mois seulement, comme il a été autrefois pratiqué. Il ajoute : que les Princes du sang, les Cardinaux, les autres Princes, les Ducs et Pairs, les Officiers de la Couronne, les Secrétaires d'Etat, les membres du Conseil de la direction, les Contrôleurs et les Intendans des finances et le Chevalier-d'Honneur de la Reine, y auront également entrée, séance et voie délibérative ; et il veut qu'il en soit de même des Gouverneurs et Lieutenans-Généraux des provinces, pour tous les cas où il s'agira de faits de leurs charges.

Le Roi Louis XIII, voulant réduire le trop grand nombre de ses Conseillers d'Etat, qui diminuait beaucoup la dignité de cette charge, au préjudice de l'autorité que Sa Majesté devait avoir dans ses Conseils, et du fruit qui en devait revenir pour le bon gouvernement de ses affaires et de celles de ses sujets, a ordonné qu'il ne serait expédié aucun brevet de Conseiller en ses Conseils qu'il ne fût signé de la propre main de Sa Majesté, avec addition de la même main des mots : Pour un tel.

Ce même Prince divisa son Conseil en cinq parties, savoir :

1° Le Conseil des affaires étrangères, ou Conseil d'État proprement dit ;

2° Le Conseil des dépêches ;

3° Le Conseil royal des finances ;

49 Le Conseil royal de commerce ;

5° Le Conseil-d'État privé ou des parties.

 Cependant, cette organisation subit parfois certains changemens, tant par rapport à l'objet de chaque séance que pour la dénomination des Conseils.

Louis XIV introduisit aussi quelques nouveaux changemens, et sous Louis XV et Louis XVI, on ajouta, aux sections précédentes, un Conseil pour la Chancellerie et un autre pour la direction des finances...

A suivre...

 

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