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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MAISONS NOBLES DE LORRAINE

PIECES JUSTIFICATIVES 

CINQUIEME EXTRAIT.

 

Landrian

V. Damoiselle FRANÇOISE THEUENEL ou THOUVENEL veuve de feu sieur René de Landrian, vivant écuyer, justifie de la noblesse de son mari, et de son origine d'Italie.

 

« Du Vendredy, vingt-huitiesme janvier, mil six cent et cinq, pardeuant Mammes Collin, Licentiez ez-droitz, Lieutenant-Général au Bailliage de Bassigny » la qualité d'écuyer (c'est-à-dire, à cette époque, le titre d'Ancien chevalier), était contestée à sa veuve par les habitants de Bourmont, à ce qu'il paraît. Le Procureur général requérait que cette qualité d'écuyer « attribuée au sieur feu De Landrian fut rayée jusqu'à ce qu'on ayt fait paroistre qu'elle luy appartient. » D'autre part, noble Etienne De Roncourt, intimé aussi, demandait le renvoi de la cause, vu la production de pièces qu'il avait contre les habitants de Bourmont.

« Ladite Damoyselle, vefue dudit feu sieur De Landrian, a requis la mesme chose, pour nous monstrer selon qu'elle a dit trop passionné de leur part, empeschant que la qualité d'escuyer, laquelle appartient au feu sieur son marit, soit rayée ; puisqu'il est véritable que icêluy et tous ses feu père, ayeul, bisayeul et autres ancestres ont jouys de ladite mesme qualité, comme estant vrayment issus de Race noble et bien recogneue en Italie, d'où ledit feu sieur Jehan Francisque de Landrian, père du feu sieur son mari est venu, ayant iceulx tousiours esté tenus, asseurés en le pays, pour Gentilshommes et jotiy de la qualité d'escuyer, tant en jugement que dehors, sans qu'elle leur ayt esté jamais débattue, protestant de la vériffier sy besoing, fait aux despens de nous (le Procureur général) qu'elle a dit estre dénonciateur, et de tous autres qu'il appartiendra , et de se maintenir en ladite qualité. »

Le Procureur général répliquait que ladite Damoiselle était tenue de faire preuve de cette qualité, par titre de S. Altesse ou de Princes souverains, ajoutant prudemment : « Ne sommes denonciable, se non qu'ayant recogneu la qualité d'escuyer, nous auons desclaré que nous ne l'entendons jusqu'à ce que Son Altesse y auroit ordonné ; sur quoy ledit sieur Procureur reuiendra aux prochains jours. (Signé, Rlancheuoye.)

« Et le vingt-deuxiesme desdits mois et an, laquelle Damoiselle De Landrian, a représenté à nous susdit Procureur, certaines Lettres-Patentes obtenues de Son Altesse, par le défunt sieur JEHAN-FRANCISQUE DE LANDRIAN, père du feu RENÉ DE LANDRIAN son marit, par lesquelles sa dite Altesse le qualifie Escuyer et Gentilhomme, en diuers endroits, en date du vingt-quatriesme mars, mil cinq cens cinquante-huit, auec deux prouisions de Testât de Capitaine du chasteau de Beffroymont, fait au nom du feu sieur René de Landrian, marit d'icelle, fils dudit feu sieur Jehan Francisque.

L'une du feu sieur Comte de Tornuel; l'autre de Dame Isabelle, comtesse De Challand, desquelles ladite Damoiselle a dit ledit feu sieur son marit, auoir esté trez bien cognu comme estant tous originaires d'ung mesme pays. Lesdites prouisions datées des vingt-sixiesme juillet mil cinq cent quatre vingt et unze, et unziesme aoust mil cinq cent quatre vingt et sept, par lesquelles prouisions signées en placcart, ledit sieur son marit est qualifié escuyer, auec ses armes en escusson de ung aigle et deux tours, le tout pour faire paroistre de ladite qualité, dont son dit marit et ses ancestres ont jouys par tout acte en justice et dehors, depuis qu'ilz sont en ce pays, sans qu'ils ayent vescui autrement que noblement, lesquelles pièces veues, nous nous sommes déportés de nostre interuention, et de quoy ladite Damoiselle a requis act. » (Sentence du 28 janvier, comme il est énoncé ci-dessus).

Pour extrait du registre du Bailliage de La Mothe, signé, Rlancheuoye.

(Sur l'original du titre et sentences, dans le cartulaire de la Maison De Landrian.)

 

PIECES JUSTIFICATIVES 

SIXIEME EXTRAIT.

 

VI. Sépulture de CHARLES DE LANDRIAN dans l'abbaye ducale, puis royale de Clairlieu-lez-Nancy.

 

« Extrait de ce qui se trouue, et est escrit sur la lame de marbre de l'épitaphe de Charles De Landrian, qui est en l'église de l'abbaye de Clairlieu, Ordre de Cisteau, près de Nancy[1], attachée au quatrième pilier en entrant à main droite. Cet extrait se conforme de mot à mot, a esté collationné par le Tabellion général en Lorraine, notaire publique par l'autorité apostolique deùment immatriculé es archives de cour de Rome, résidant à Nancy, soubsigné, qui s'est exprès transporté en ladite abbaye, en présence de Dom Jean De Pouilly, Prieur, et de Dom Pierre Mouchenaire, religieux de ladite abbaye, tesmoins qui ont signé auec ledit notaire, cejourd'huy 24 aoust 1702.

 

F. De Pouilly. F. Mouchenaire. François, notaire apostolique.

 

Hic jacet

CAROLUS DE LANDRIAN

Eques, Landrianorum ab Stirpe Italis clarâ,

 

Natus est in Moltsein Bassiniaco, pueritiam mitiores litterae, adolescentiam Biturgum, famosae leges, legumque laurea ornarunt ; ab hinc Serenissimo Henrico secundo in summum atque intimum Consilium optatus ; in eo amplissimo munere, reliquam Nanceii aetatem peregit, at Mottam contendens, urbem natalem, unâ cum filio ac amicis itineribus infestis, in Àlano, cui cognomentum a bobus, dum nocte concubiâ hospitium urget ab hospite, quem in causa magni momenti proterrerat inhospitali claude traiectus, excessit a viuis aetatis suae anno 46, salutis verô 1635, mensis augusti die vigesima sexta. Fecit monumentum suo amantissimo palri, carissimus et obsequentissimus eius Filius Nicolaus De Landrian.

Requiescat in pace. »

 

En 1778, autre acte de reconnaissance de cette inscription funéraire fut dressé à la requête d'Etienne-Errard De Landrian, chevalier, seigneur d'Outremécourt et de Saint-Alarmont, et Jean-Baptiste De Landrian, chevalier , seigneur d'Angeville, qui exposèrent que Charles De Landrian, chevalier, conseiller d'Etat, leur quadrisayeul, avait été enterré en l'année 1655, dans l'église de l'abbaye royale de Clairlieu, où se voyait son épitaphe dont ils avaient besoin de posséder un extrait authentique «étant important pour eux de posséder tons les titres et documents qui intéressent leur filiation, » demandant, suivant l'usage réglementaire alors, l'assistance d'un commissaire ad hoc, pour procéder à ces fins.

En conséquence, le 4 mars 1778, à trois heures de relevée, François Noël, conseiller au Bailliage royal de Nancy, assisté de son greffier, et en présence de Jean-Baptiste De Landrian, étant à Clairlieu, Dom Théodore Habourg, docteur en Sorbonne, abbé régulier de ladite abbaye, leur indiqua près le cinquième pilier qui terminait l'arcade, du côté de l'épître, en entrant dans l'église, une lame de marbre noir, dont l'inscription en lettres d'or, est la même que celle rapportée ci-dessus. Le procès-verbal ajoute que cette épitaphe était surmontée des armes de la Maison de Landrian « qui sont : « d'or, au château de sinople, maçonné de sable, flanqué de deux tours crénelées au sommet, et en chef, une aigle de sable, éployée, becquée et diadêmée de gueules, tenant ses serres étendues sur l'une et l'autre tour. »

Au bas « se trouvaient également les armes de Dame Begnine Plumerel, son épouse, et qui sont : d'azur, au chevron d'or, accompagné de trois colombes d'argent, deux en chef, une en pointe. »

Du tout, il fut dressé acte, en présence de Dom Habourg, abbé; Dom Nouet, prieur; Dom Joseph Muguet, procureur; et Dom Monnier, curé; de messire Nicolas Marizien, conseiller-trésorier de S. A. R. Mgr le Prince Charles de Lorraine, etc. ; du sieur Philippe-Joseph-François-Xavier De Verdières, chevalier, capitaine d'infanterie, trouvés dans ladite abbaye, et le chevalier De Landrian, Noël et Beau, greffier; aux jour et an avant dits.



[1] Ce monastère avait été fondé par Mathieu 1er, duc de Lorraine, l’an 1159. Il y mourut parmi les religieux, et y élut sa sépulture. A son imitation, les Seigneurs les plus qualifiés l’adoptèrent pour leur dernier lieu de repos, aussi l’église de Clairlieu, une des plus magnifiques du pays, était-elle remplie de monuments funèbres, titres matériels qui servaient à l’histoire des nobles maisons du pays. Tout a disparu en 1790. La charrue et la bêche ont nivelé le sol depuis.

 

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MAISONS NOBLES DE LORRAINE

PIECES JUSTIFICATIVES 

TROISIEME EXTRAIT.

 

 

Landrian

III. Lettres de grâce par le sieur  JEAN-FRANCISQUE DE LANDRIAN  Escuyer, du feu duc Charles, du XXIII mars mil cinq cent cinquante-huit.

 

« CHARLES, par la grâce de Dieu, duc de Calabre, Lorraine, Bar, etc.. Reçu avons l'humble supplication et requeste de nostre cher et bien amé JEHAN FRANCISQUE DE LANDRIAN Escuyer, demeurant à Urville, terre et baronie de Beaufremont, Bailliage de Saint-Mihiel, contenant... » Ici sont narrées au long les circonstances qui avaient amené la mort de Me Symon Vouriot, curé du dit lieu d'Urville, « homme rioteux et haineux... qui vouloit picque et querelle à tout du dit village et avec lequel on ne pouvoit vivre et demeurer en paix. » Le dimanche 3 octobre 1557, Jean-Francisque passant près de la fontaine, vint un démêlé entre des habitants et Simon Vouriot, auquel, après s'être informé du motif, il avait dit : « Vous estes pour ung curé, fort quereleux, noysif et mutin, vous dussiez procurer la paix et vous mettez la noyse. » Me Symon s'échauffa de plus belle, dit à son interlocuteur « qu'il en avait menty » et tirant « un grand couteau qu'il portoit ordinairement avec luy » en porta un coup à Jean-Francisque, qui fut blessé à la main et déchiré « en plusieurs points jusqu’à la chair, à l’endroit de l’estomac. »

Le mardi suivant, Me Symon Vouriot lui rappela publiquement leur rencontre et l'injuria de nouveau « desquelles paroles irrité, le suppliant qui est gentilhomme, homme de bien, et qui a toujours suivi et pratiqué les armes, tant en Italie que ailleurs où les affaires se sont présentées pour le service des princes, mu de colère de se veoir ainsy villipender par ung qui

n'éstoit de sa qualité, consultant que s'il étoit sceu en bonne compagnie avoir enduré telles choses et outraiges, elles luy pourroient retourner en grande honte et deshonneur, et ne se ozeroit jamais trouver auec Gentilshommes ses semblables qui auroient été » tira un coup d'arquebuse, «pensant seulement l'éspouvanter et non le blesser, » qui atteignit son provocateur, et lui fit une blessure dont il mourut le lendemain.

Jean Francisque « attendu « qu'il ne fut jamais atteint d'aulcun vilain acte ou reproche, fut vivement appuyé dans sa demande en rémission « par la prière et très-instante requête » des princesses soeurs du Duc, lequel déclara : « Quittons, remettons et abolyssons audit Jehan-Francisque de Landrian le cas de meurtre et homicide cy-dessus... et le remettons en sa bonne fâme et renommée en nos pays... »

A Cateau Cambresis, le jour du grand vendredy, 24e jour de mars, l'an de grâce 1558, avant Pasques.

 

Signé : CHARLES.

 

Sur le repli :

Par Monseigneur le Duc,

Signé : C. Cuytot.                           Registrata : Fournier.

 

 

Ce diplôme, cité dans des notes de famille et dans cette généalogie indique clairement l'extraction de Jean-Francisque de Landrian, sa qualité de Gentilhomme, et sa profession des armes, tant en Italie qu'ailleurs.

 

 

PIECES JUSTIFICATIVES 

QUATRIEME EXTRAIT

 

IV. Le Pape PIE V reconnait qu'il est de la Maison de Landriani.

 

 

LANDRIANE NOSTRA  FAMILIA plerique nobilissimis in ciuitatibus tum Italioe presentimque Mediolani et Urbini cum Gallia proeclarissimis oppidus, sociisque ac proecipue in provincia Rurgundioe auclo et amplificato distinctas esse stirpe et gentilitate statuis nostra agnilione magnificentius el gloriosus nobis autem ipsius gratus multo ac jucundus pra3clariusque esse constet, eoque et omnibus nostris latitis ceteris quam vita nobis prsedicanda et preeferenda gloriendaque optigerum maxime letandum et gloriosissimum et magnificentissimum esse censendum duximus, quod nuper nobilem ac magnificum juris utriusque doctorem Dominum Claudium, nobilissimi Domini Ludouici De Landriano, Scutiferi ac Domine de Champagnolot et primarise nobilissimoeque Domicella foeminaî Claudia de Malpas, fidelissima3 coniugis filium, suauiari et amplecti licuit, quam sano et litterarum a nostris ad suas maiores scriptarum testimonio plané est expressum, ita gentilitatem esse nostrum et exodem génère prognatum tandemque vebeti post licencio reuersum, ac diuinitus ad nos delegatum agnouimus et probabimus, eiusque presentia vehementer sumus latatis, et nos loetilia elatos ab aliis videri, et nostrum hoc gaudium omnibus perspectum atque omnino cognitum esse mirifico optamus, ipsumque nobilem Claudium prositemur et gloriamur nostroe Familioe, non solum nomine atque imaginibus nobilitatem proeseferre ac suslinere, sed meritis eliam augere, ac planae voce ipsum prostram aggnotionemsonante, atque effigie ac simulacro rem prorsùs notandoe Gentis Landrianoe in gloriaacvirtutesextanda anno jamcentesimo, atque et amplius ex Burgundia, in Italiam retulisse, et veteres nostroe Stirpis inicolos quosdam et semina primo aspectu nobis omnibus excitasse quamobrem omnes oratos atque exoratos velimus, et ipsum Dominum Claudium ac proeclaros eius, parentes, fratres et agnatos nostroe gentilitate, et eius ac Fratres nobis omnibus clarissimos esse, sibi plané persuadèrent atque omnino judicent, omnique officio ac studio fouet, et dignitales atque honores accessionibus in dies magis ornare ne desinam, illud enim spondemus et in nobis ipsis recepimus foré, et cuiusque vel a summis quibuscumque Regibus, Principibus, vel magistratibus in nostros Landrianos profecturi officii nunquàm pénétrât, nobisque omnibus id totum sic erit gratum quamquod gratissimum, nostram autem tantum hanc voluntatem ceteris deferri nostra quoque causa studio suis vehementiusque optamus, cuius sane testifficamus gratia perpetuum ubique judicium et argumentum ac testimonium esse cupimus, nostrum hanc scripturam cuiusque nostram manuscriptam et obsignatam sigillo addita scilicet inuictissimorum ac potentissimorum Imperatorum Maximiliani, Caroli et aliorum ob multa in Italioe a nostris proesita in eorum majestales officia liberalitate data aquila variisque coloribus atque imaginibus auclo, quod sane sigillum Burgundis et nostris commune esse volumus, eoque librarios seu tabelliones publicos et quos vocant notarios quoscumque rogamus ut quod non potest nobis non summe esse jucundum nostra, huiusmodi voluntatis, unum vel plura et ampla atque instrumenta cumscribant, subsignent nostra Landrianoe Familiis Burgundis Clarissimi Domini Ludouici supra scripsi, Domini Claudii palris nobilibus agnatus in oppido De Pesmis morantibus et presentem exibeant. Datum RomseIbus aprilis M. D. LXX, pontificatus verô sanctissimi nostiù Pii, Papa? quinti, anno quinto.

Ego, Josephus-Franciscus Landrianus, cornes, consiliarius Régis Maiestatis Catholica, at straticos ciuitatis Messinoe,pro eadem Maiestate Regia, et suprà confirmando, attestando, approbando, et declarando mea manu scripsi et sigilli proprii appensioni muneri jussi in fidem, Il comte De Landriani;

Ego Marcilius Landrianus, Dominus ac Cornescastri Vidigulfi, et sanctissimi Domini Papa utriusque signature refendarius mea manu scripsi et sigilli appensione munere jussi ut suprà certificando et confirmando.

At ergo quarum quidem litlerarum scriptum est : Magnificus Dominus Lelius, Jordanus aduocatus Romanus medio juramento regnouit subcriptiônês et personas retrô scriptorum Comitis Josephi-Francisci Landriani, et Reverendissimi Domini Marcilii Landriani, ulriusque signature sanctissimi nostri Papse Refendaria medio juramento tacto et pectcre more proelatorum recognouit litteras subscriptiones et personas Illustrissimi Comitis Josephi-Francisci Landriani, et ipsius R. P. V. Marcilii, proprias ac eorum sigilla capsulis stameis in cera rubra in forma.

(Vidimé sur la requête présentée au Parlement de Dôle, le 27 août 1591, par Pierre De Landriano, Docteur ès-droits.)  

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MAISONS NOBLES DE LORRAINE

Les articles portant le titre « Pièces justificatives », au nombre de six extraits, sont un complément à ceux parus sur l’honorable Maison de Landrian.

 

Landrian

PIECES JUSTIFICATIVES

PREMIER EXTRAIT.

 

I.     DE LA MAISON DE LANDRIANO, EN ITALIE.

 

Au rapport unanime des généalogistes lombards, la Maison De Landrian figure avec distinction parmi les plus anciennes Familles d'Italie. Sansovino dit que son origine se perd dans la nuit des temps, ajoutant que son illustration et ses services la placent au premier rang de la noblesse du pays ; Crescenzi en parle de même en retraçant son histoire sommaire.

Cette Maison a été titrée de marquisat, et la qualité de comte a été encore octroyée à ses membres, dès le XIVe siècle. On en cite trois : Albert, Auguste et Bernard de Landriano, évêque de Côme, qui furent béatifiés en 1061.

Guillaume Landriani était Capitaine-général des armées de Milan, sous l'empereur Henri III [1]; N... De Landriano fut l'un des juges du différend élevé entre les Familles Pedraccia et Besozzia, au sujet des fiefs de Mendrino, en 1140 ; Guy et Henry De Landriano sont mentionnés parmi les principaux chefs que les Milanais perdirent dans les troubles, sous le pontificat d'Alexandre III, en 1160 et 1161[2].

Pinamont de Vimercat et Guy de Landriano vinrent traiter de diverses conditions au nom des Milanais, avec l'empereur Henri V, et lui décernèrent la souveraineté de l'empire, stipulant qu'on lui paierait les redevances ordinaires, que la présentation des officiers serait faite par l'empereur, (Crescenzi, liv. VI). Guido Henri et Hubert Landriani s'opposèrent aux tentatives de l'empereur Frédéric I, contre leur patrie. Guido fut gouverneur de Padoue en 1223, et gouverneur de Plaisance, en 1227. L'empereur Louis IV donna à Hubert Landriani, le fief de Benolo ; son fils, Giacomo, fut Podestat de Pavie. Antoine Landriani gouvernait Brescia, et d'autres membres de sa Famille avaient la même autorité sur Plaisance, Crémone, Vercelli, Cassano, etc., durant la guerre de Venise contre Milan, et même plusieurs périrent en combattant dans ces luttes. Raffael Landriani alla se fixer à Plaisance, devint gouverneur-capitaine du château, et ses descendants occupèrent les premières charges dans cette ville (Crescenzi).

Gérard Landriani, évêque de Lodi et de Côme, sous le Pape Eugène IV, fut par lui créé Cardinal. Il se trouva au concile de Bâle, et depuis député ambassadeur en Angleterre (Id. Moréri). Pierre Landriani était sénateur de Milan, sous Galeas Sforce, et François Landriani, chef de la faction Brasceca, tenant pour Alphonse, roi de Naples, vers 1400.

On cite Thomas Landriani comme l'un des meilleurs capitaines milanais du XVe siècle. Alexandre-Daniel et Albert Landriani, frères, sacrifièrent leur fortune pour soutenir le duc François Sforce, en 1525. Epaminondas, fils d'Albert Landriani, fixé à Parme, devint l'auteur d'une branche dont les membres se distinguèrent également à la tête des armées et dans les charges civiles, compta plusieurs chevaliers de Malte.

Jules Landriani, capitaine au service de Charles-Quint, enleva aux Français la ville de Mondovi, dont il eut le gouvernement. Ambroise était Lieutenant-général dans les troupes de François-Marie, Duc d'Urbin, eut pour fils les comtes Jean-Baptiste et Francisque Landriani, tous deux capitaines en Germanie. L'historien Gollut mentionne également le comte Francis, comme un des principaux chefs de l'armée de Charles-Quint, contre les Protestants d'Allemagne, en 1547.

Antoine, comte De Landriani, fils du comte Jean-Baptiste, épousa Camille, fille du Duc Guidobald, d'Urbin et soeur de François-Marie, Duc d'Urbin ; elle apporta en dot à son mari d'immenses possessions, entr'autres les fiefs d'Orciano, Urtterade, La Ripe, etc. Don Camille De Landriani, fils du comte Francisque, mourut en Espagne au service de S. M. C. Son frère, Ambroise, était à l'armée catholique en Flandre, parmi les principaux chefs qui restèrent près du duc Alexandre Farnèse.

Par une bulle, rapportée ci-après, le Pape Pie V reconnut les comtes Landriani pour ses parents, le 21 avril 1570.

Marsilio de Landriano, Légat de Sixte-Quint, fut député en France, vers Henri IV, et plusieurs de sa Maisonont été évêques de Milan, de Crémone, de Mantoue.

Joseph de Landriano produisit, le 12 mai 1756, ses preuves pour être agrégé, suivant les formes requises, dans l'Ordre de la Haute noblesse de Milan, ainsi que l'avaient été ses ancêtres. Il est dit dans le préambule :

«qu'il est superflu d'insister tant sur la grande illustration de la Maison De Landriano, qu'on sait remonter, par titres certains, à l'an 1061, que sur les dignités dont ses membres furent de tout temps revêtus, cela étant consigné dans l'Histoire et présent à la mémoire des contemporains ; qu'il est notoire que ces personnages, tour à tour Consuls de la Patrie, Favoris des Princes, Sénateurs, Gouverneurs de villes, Ambassadeurs, Généraux, Grands-Trésoriers, Magistrats supérieurs, très-célèbres, très-illustres, se sont transmis et cette gloire et cette renommée fameuses, sans tache aucune. » Effectivement, les épithètes de très-puissant, de très-illustre, ou magnifique, à la tête des plus grandes affaires, de noble par excellence, accompagnent partout leurs noms dans les actes.

A l'appui était joint un tableau généalogique sur lequel on aura à revenir, car il jette de vives lumières sur l'origine des membres de la Maison De Landriano, répandus en Italie, en France et en Lorraine. Joseph, dans ses preuves, jugea qu'il lui suffisait de remonter seulement, dans le cas dont il s'agissait, à « noble Jacobus De Landriano,» citoyen de Milan, et Commandant en chef des troupes, l'an 1515, investi par l'empereur Louis de Bavière, de la ville et du château « De Vidigulfo, » le 5 août 1529, fief que Joseph détenait encore en 1755.

Il est inutile de discourir davantage ici sur la généalogie proprement dite de la Maison De Landriano, en Italie, pour attester le rôle brillant qu'elle a rempli dans le monde. Ajoutons néanmoins qu'en 1856, l’almanach de la Cour impériale d'Autriche citait une noble Vénitienne, madame de Majneri, née Comtesse De Landriani, en qualité de Dame du palais de S. M. l'Impératrice, et Dame de la Croix étoilée.

La noblesse de Joseph, Glycère et Maria De Landriani fut ratifiée à Vienne, le 16 novembre 1816; ils sont éteints aujourd'hui. Il résulterait en outre d'un certificat de carence[3] que « noble seigneur Joseph Landriani » mort le 15 février 1858, était un des derniers descendants de sa race en Italie, laquelle, sans doute, n'avait plus après lui de représentants dans la contrée.

 

Charles-Quint, par diplôme daté de Gênes, le 17 octobre 1556, créa comte de Landriano, Francisque ou François Taberna[4], et il est déclaré qu'il jouira de ses droits comme ont accoutumé les comtes passés de cette

très-antique et très-illustre Maison : « antiquissima et dignissima prosapia » aucune armoirie n'est décrite, et nous ne savons si c'est un membre ou plutôt un allié à la Maison de Landriani qu'on honorait ainsi, ce qui est

probable, car Don Ambrosio et Don Camille De Landriano, servaient plus tard en Allemagne et en Espagne, le même souverain. La ligne directe des Landriano d'Italie était-elle dès lors éteinte?

Les armes de Jean-Baptiste De Landriani, peintes à la suite d'un diplôme de Joseph I, empereur d'Allemagne, bien qu'offrant de l'analogie, sont trop différentes de celles de la Maison des anciens comtes De Landriano, en Italie, en Bourgogne et en Lorraine, pour en induire une descendance, bien proche, s'il en existe. En effet, il porte : De gueules au château flanqué de deux tours d'argent, maçonnée de sable, sur un tertre de sinople et accostée de deux lions grimpants d'or, au chef d'or, chargé d'une aigle de sable, couronnée de même, les serres étendues sur les tours.

 

 

PIECES JUSTIFICATIVES 

DEUXIEME EXTRAIT.

 

II. DES COMTES DE LANDRYANO DE PESME,

SEIGNEURS DE CHAMPAGNOLOT, EN BOURGOGNE;

CONCORDANCES DES BRANCHES

D'ITALIE, DE FRANCE, ET DE LORRAINE.

 

Les révolutions, les suites de la guerre dispersèrent en divers pays des membres de la Maison De Landriano, dont les branches y prospérèrent, comme le prouvent tous les documents.

Claude I De Landryano fut la tige de celle dite de Pesme, en Bourgogne, deux générations avant l'établissement de Jean-Francisque De Landrian, en Lorraine. A cette dernière époque vivait Jehan De Landryano, petit-fils de Claude, susnommé, et père de « noble illustre » Loys De Landryano, mari de Dame Dame Claudine de Malpar. Lequel Loys «enuoya Claude II, son fils, à Rome et à Milan, pour renouueler par titre, comme a esté faict, la liance et nom de leur grand père, d'où ils sont descendus originellement, comme aussy subsécutivement Pierre De Landryano, son frère, vers le seigneur illustrissime Nonce[5], et aux Pays-Bas, vers le seigneur seigneur Don Ambrosio De Landryano, Lieutenant général audit pays, de la Chevalerie pour Sa Majesté, ce que de mesme a aussy esté par eulx confirmé. L'insinuasion duquel renouuellement de litres fut fait audit Milan, le treizième d'auril 1570; item, le mesme titre fut subsécutivement aussy insinué le vingt et uniesme dudit mois et an, audit Rome[6].» Don Ambrosio était frère de Don Camille Landriani, mort en Espagne, au service de cette puissance, et tous deux étaient fils du comte Francisque.

Le 22 septembre 1672, noble Claude De Landriano, seigneur de Chevigné-lès-Permès, reçut une attestation des Echevins-Jurés et Conseil de la ville de Pesmes, portant qu'il était fils unique de Claude De Landriano  « le vieux, » seigneur de Champagnolot, lesquels étaient reconnus pour vrais gentilshommes. Ils s'intitulaient De Landriano De Pesme, et prenaient la qualité de chevalier, des plus considérables alors.

Cette branche s'éteignit sûrement dans la ligne masculine, à la septième génération, en la personne de Claude IV, seigneur de Champagnolot, car il instituait, au commencement du dix-huitième siècle, Philippe De Maconnet, son héritier, à défaut d'hoirs, fils de Claude de Maconnet et d'Antoinette De Landriano De Pesme, sa soeur.

Les armes des Landriani se voyent encore sculptées à Vérone et ailleurs ; elles sont connues et décrites telles qu'on l'a énoncé en tête de la présente Généalogie, celles des Landriano De Pesme, seigneurs de Champagnolot, ont été reconnues identiques, et il en fut de même à l'égard des comtes De Landrian, en Lorraine. La conformité du nom et de l'origine est également hors de toute espèce de doute[7].

Une note de famille, en rapportant que Francisque, comte de Landriano, était l'un des officiers généraux de l'armée de Charles-Quint, en Allemagne, l'an 1547, mentionne qu'il devait être frère, neveu ou cousin de Jean-Francisque De Landrian, venu à la suite du duc Antoine. La précision de ce point, bien qu'intéressante, n'importe pas grandement au fond, attendu qu'on a les preuves les plus convaincantes en ce qui touche son extraction certaine de la Maison De Landriano d'Italie. Toutefois, ne négligeons pas de rapporter que dans le tableau généalogique produit par-devant l'Ordre de la Haute noblesse de Milan, en 1736, qu'un Jean-Francisque De Landriano, issu à la septième génération de Jacobus, feudataire de la ville et du château « De Vidigulphi, » en 1529, vivait avec postérité aux temps voisins, et du page[8] du duc Antoine, et des autres personnages cités tant dans la Bulle du Pape Pie V, que dans les titres de la branche De Landriano De Pesme. L'absence d'un arbre généalogique complet, le défaut de dates et d'indications suffisantes dans celui présenté en 1756, ne permettent pas d'affirmer si on doit trouver là le degré de fraternité qu'on serait fortement tenté de soupçonner non ailleurs.

Il n'est pas inutile de remarquer ici que la plupart des titres originaux et les plus importants, relatifs à la branche De Landriano De Pesme, sont devenus la possession de celle de Landrian, survivante, et cela naturellement, par la succession même des faits. On trouve que le 7 décembre 1657, noble Anthoine De Tricornot, seigneur du Tremblay, requit ouverture et lecture du testament, fait le 12 décembre 1656, par Claude de Landriano et damoiselle Claudine Guyemey, sa femme. Leur fils, n'ayant pas laissé d'héritier, ces pièces furent plus tard transmises à la branche qui continuait à en porter le nom, en Lorraine, et dans l'intérêt des alliances. Or, François Errard De Landrian épousa en 1802, Marie-Françoise-Alexandrine De Tricornot, sa cousine issue de germain.

Quoiqu'il en soit, on a cru pouvoir établir, non sans certitude, d'après les titres cités et les rapprochements historiques la concordance ci-contre (Voyez la planche) entre les branches de la Maison De Landrian, en Italie, en Bourgogne et en Lorraine.

 

 

 

 



[1] On suit ici et plus loin Crescenzi ; Historia d’ella nobilitata d’Italie, T II ; notice Landriani.

[2] Gollut, Mémoires historiques de la République Sequanoise, liv. VI, pag 360.

 

[3] Jugement du Tribunal de première instance ; prononcé le 9 août 1839, dont copie vidimée et légalisée en 1862.

[4] Copie collationnée aux archives ministérielle  à Vienne, suivant attestation du 22 janvier 1861, avec scel impérial.

[5] Marsolio Landriano, Légat en France sous Henri IV, comme il a été dit plus haut.

[6] Bulle du Pape Pie V.

[7] Bulle du Pape Pie V, en 1570, et production de titres, par Damoiselle Françoise Thouvenel, veuve de René de Landrian, en 1605.

[8] Ce titre de Page, de même que celui de d’Archer des Gardes de Mgr le duc étaient forts distingués. On lit au commencement des Commentaires du célèbre Blaise de Montluc, « ayant été nourri en la maison du duc de Lorraine, et mis hors de page, je fus pourvu d’une place d’archer de sa compagnie, étant Mr de Bayard, son lieutenant. » C’était dans ce temps que Jean Francisque de Landrian parut à la cour de Lorraine.

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D’ALMONT

De son vrai patronyme

CHEVALIER D’ALMONT. 

  La devise : HONOR ET FIDES

Sa traduction : HONNEUR ET FOI. 

D'ALMONT. Bretagne, Ile-de-France, Champagne, Lorraine, Normandie, Orléanais, etc. 

D’ALMONT porte : D'azur à la fasce d'or chargée d'une molette de gueules à huit rais et accompagnée de trois roses d'argent, posées 2 et 1.

Couronne : de comte.

Cimier : un buste de chevalier tenant de la dextre une épée. Supports : Deux lions ou deux licornes. 

Faits d’Armes : La maison de Chevalier est très-ancienne ; elle s'est divisée en plusieurs branches, dont voici les principales :

De Kerbaul, du Vignau, du Coudray, Malpierre, d'Aunay, de Saint-Hilaire, d'Almont, issu de la branche aînée de Kerbaul, etc.

Ces branches appartiennent à la Bretagne, à l'Ile-de-France, à la Champagne, à la Lorraine, à la Normandie, à l'Orléanais, etc.

La maison Chevalier ou Le chevallier paraît être originaire de Bretagne, où son nom primitif était Marec ou Marhec, ce qui veut dire chevalier. Elle descend de

Roland ou Raoul Marec, chevalier croisé, qui se trouvait en Chypre avec l'armée chrétienne et se disposait à passer en Egypte en 1249, comme l'atteste une charte datée de Limisso, au mois d'avril. Voir la collection Courtois et l'Ouest aux Croisades, par Fourmont, etc.

De ces différentes branches, l'aînée, celle des seigneurs de Kerbaul, en Bretagne, où elle était restée, a été déclarée noble, d'ancienne extraction chevaleresque, par arrêt du 4 mai 1669, ayant alors fourni les preuves de sept générations. — Voir d'Hozier, manuscrits de la bibliothèque de Nantes, tome II, folios 1625 et 1626.

Elle a produit d'illustres représentants : Geoffroy, évêque de Cornouailles, en 1383; Allain, sénéchal de Rennes, conseiller aux grands jours, signataire du traité de mariage d'Anne de Bretagne et de Louis en 1499.

Un président aux comptes, en 1524, un gouverneur de

Rennes, en 1583, etc.

Cette branche compte dans ses alliances : Rosmar, Taillart, Legallais, Bourgneuf, Davy, Legalloudec, Raffray, Leroux, Acigné, Bonay, Lachapelle, etc. D'Hozier, nobiliaire de Bretagne; Potier de Courcy, etc.,

lui donne pour armes : d'argent au lion de gueules, couronné d'or, à la fasce de sable chargé de trois molettes d'argent, brochant sur le tout.

I. Rolland Marc'hec, ou Chevalier, eut un petit-fils, Hubert, qui suit, III.

III. Hubert, chevalier, écuyer, seigneur de Donnay, généralité d'Alençon , commissaire et député du roi Philippe VI, pour la recherche des usurpateurs de la noblesse au comté du Maine, selon lettres patentes du roi, données à Fromont, près Corbeil, en mai 1334.

(Voir Waroquier, tome vi, folio 39.) Il eut un fils, Pierre, qui suit, IV.

IV. Pierre Chevalier, écuyer de Charles V, en 1373, ce qu'atteste l'Histoire de Charles VII, article Chevalier, par Godefroy, eut deux enfants, savoir :

A.  Jean, qui suit, V.

B. Robine Chevalier épousa Jacques de Lesbay, dont elle eut Nicole de Lesbay, qui épousa Jean de Brachet, dont descendent par les femmes les familles de Saint-Mesmin, Levassor, Lamirault, Jamet, de Contes, Haubert, Chevalier d'Almont, Beauharnais, etc. Voir les généalogies de ces familles dans Courcelles, Lachenaye-Desbois, les manuscrits d'Hubert, etc.

V. Jean Chevalier, seigneur de Donnay et d'Almont, procureur général du duc d'Orléans, puis secrétaire de Charles VII, en 1422 (Godefroy), eut deux fils, savoir :

A. Pierre, qui suit, VI.

B. Etienne, qui suit VI bis, après son frère Pierre.

VI. Pierre Chevalier, écuyer, seigneur de Donnay et d'Alemont, ou d'Allemont, lieutenant général au duché d'Orléans, en 1460, chef de la branche des vicomtes d'Almont et de Saint-Just Chambon, d'où sont issus :

Nicolas, secrétaire et procureur du roi, 1496; Claude, fourrier de la garde du roi, 1490; Jean, lieutenant particulier du duché d'Orléans, 1772 ; Jean, capitaine d'une compagnie de gens de pied, 1504; Charles, abbé de Landais,

chanoine de la Sainte-Chapelle de Bourges, 1554 ; Jean, commissaire général des guerres, 1637; Jérémie, commandant du château royal de Mehun-sur-Yèvre, 1592 ; Léon, capitaine en chef d'arquebusiers à cheval, 1615; Lancelot, capitaine des gardes et lieutenant du maréchal Louis de Lachâtre, 1622; Georges, capitaine d'arquebusiers, 1616; Hilaire, lieutenant du grand maître de l'artillerie de France, 1660; Charles, capitaine au régiment d'Humières, 1695 ; Claude-René commissaire provincial d'artillerie, directeur à l'armée de Flandres, rang de lieutenant colonel, 1702 ; Charles, garde de la porte du roi Louis XVI, chevalier de Saint-Louis, et plusieurs autres capitaines et officiers.

Nous donnons, d'après le 7e registre complémentaire de l'Armorial de d'Hozier, la situation actuelle de cette branche, l'aînée des Chevalier.

XIII. Louis-Théodore Chevalier, vicomte d'Almont.

Ancien garde d'honneur, né à Romorantin, le 29 décembre 1791. mort à son château de l'Echéneau, commune d'Ennordres, le 6 juin 1868, épousa à Ennordres, par contrat passé devant Joffart, notaire à Méry-ès-Bois, le 11 mai 1813, Ursule-Emilie Berton de Monnot, sa cousine, dont cinq enfants,  savoir

A. Joseph-Théodore, né à Vignoux. le 6 septembre mort au berceau.

B. Frédéric-Théodore, qui suit, XIV.

C. Rodolphe-Maximilien, qui suit XIV bis.

D. Eugène-Charles Chevalier d'Almont, né à Ennordres, le 24 avril 1821, mort le 20 août 1824.

E. Emilie-Appoline, née à Ennordres, le 5 septembre 1817, morte enfant.

XIV. Frédéric - Théodore Chevalier, vicomte d'Almont, maire d'Ennordres, né à Ennordres, le 16 novembre 1816, épousa à Issoudun, devant Rousseau, notaire à Issoudun, le 21 février 1865, Marie-Françoise-Emilie-Elisa Pénigault, fille de Joseph-Jules et de Marie-Joséphine Bonneau d'Alençon, dont la mère était Marie-Julie Baucheron de Lecherolles. De ce mariage sont nés deux enfants, savoir :

A. Alice-Marie-Marguerite-Ursule Chevalier d'Almont, née à Issoudun, le 25 janvier 1866.

B. Emile-Georges-Pierre-René Chevalier d'Almont, né à Issoudun, le 10 avril 1869.

XIV bis. Rodolphe-Maximilien Chevalier, baron d'Almont, né à Ennordres, le 14 novembre 1818, épousa à Quincy, par contrat passé devant Richard, notaire à Mehun-sur-Yèvre, le 30 août 1846, Marie-Madeleine Chenu de Corgy, fille de Louis-Augustin et de Marguerite-Julie Guérin d'Homéry, dont la mère, Marguerite de Lauverjat, était soeur de Joseph de Lauverjat, commandant d'artillerie, chevalier de Saint-Louis et de la Légion d'honneur. De ce mariage sont nés deux enfants, savoir :

A. Louis-Joseph -Michel-Rodolphe Chevalier d'Almont, né à Quincy, le 15 juin 1847.

B. Marie-Jeanne-Claire-Emilie Chevalier d’Almont, née à Quincy, le 20 août 1854.

Les principales alliances de la branche ont été prises : Pour les hommes, dans les maisons de Choart, Harville, Roillart, Viole, Mareau, Fesque, Sainxe, Riou, du Main, Lalande, Voisines, Westrebourg-d'Alguet, Sailly, Poullain, Hallot, Passac, Lelarge-de-Bois-Durand, Bouchault, Cosne, Lachapelle, Foucault, Berton de Monnot, Chenu de Corgy, Pennigault-Bonneau, etc.

Pour les femmes, dans les maisons de Guillemeau, de Contes, Chaludet, du Croiset, Arcemale, Musnier, Malivaud, Maussabré, Bonneval, Saint-Mesmin, Levasseur, Humery, Lefort de Cernoy, Potin, Louault, Marechal, Monnot, Tarragon, Leconte de la Dabinerie, Perilieux, etc.

Voir les auteurs cités au commencement de la Notice. VI bis. Etienne chevalier, seigneur de Vignau, conseiler et secrétaire des commandements des rois Charles VII et Louis XI, maître des comptes, trésorier général de France, ambassadeur en Angleterre et à Rome, exécuteur testamentaire d'Agnès Sorel avec Jacques Coeur et du roi Charles VII avec Dreux de Budé, prévôt des marchands de Paris et grand audiencier de France, son beau-père, etc,

Voir Godefroy ; Courcelles, article de Budé, etc.

Etienne prenait pour armes de fantaisie de gueules à la licorne d'argent couchée, la tête et le cou contournés, au chef d'azur chargé de trois annelets d'or et portant pour devise : Exaltabitur sicut unicornis cornu meam.

Il fut l'auteur de plusieurs branches : Champagne, Ile-de-France, Lorraine et Normandie, savoir :

Celle du Vignau, des barons de Crissé, éteinte, a donné : Jacques, secrétaire du roi, maître des comptes, 1470; Nicolas, conseiller au parlement de Paris, 1572; Jean, conseiller au parlement, 1587; Nicolas, page d'Henri IV, commandant de chevau-légers, colonel de Paris, premier président de la cour des aides, chevalier de la reine Anne d'Autriche, surintendant des finances de Navarre et de Béarn, chevalier de Saint-Michel et savant célèbre ; Antoine, conseiller et maître d'hôtel du roi et chevalier de son ordre, 1612; Jacques, auditeur des comptes, 1521 : Germain, officier, tué à la bataille de Senlis, 1589, etc.

Cette branche s'est alliée aux maisons de Budé, Picaid, Guillart, Turquant, Aurillot, Teste, Veau de la Bauchère, Crêvecoeur, par les hommes. Ses filles sont entrées dans les maisons de Leboulanger de Montigny, Arbalètre de Melun, de Cordes, des Jardins, Vion, Barreau, Sallo, Boullenc, etc. — Voir Godefroy: Histoire de Melun, par Rouillard; Histoire des Conseillers au Parlement, par Blanchard ; Histoire des conseillers à la Chambre des Comptes, par Denis, etc.

La branche d'Aunay de Saint-Hilaire, éteinte, dont proviennent les marquis de Chevry, vicomtes de Courtavant, barons d'Enfrenel, etc.

On cite parmi ses membres : Pierre, conseiller au Parlement, évêque de Senlis en 1563 et confesseur du roi; Thomas, lieutenant du roi, à Châtillon-sur-Marne, 1478 ; Jacques, bailli d'Epernay, 1495; Georges, bailli et gouverneur

de Reims, 1599; Claude, lieutenant criminel à Reims, 1600; Oudar, capitaine au régiment de Champagne, 1640; Joachim, capitaine au régiment de Rambures, 1660; Joachim, lieutenant de carabiniers, tué à la bataille de Nerwinde, 1693; Jacques, Claude, Louis et Philibert-Antoine, receveurs généraux des finances, à Metz, 1679, 1684, 1704 et 1711; Nicolas-Louis, enseigne françaises, 1720; Jacques-Amable-Claude, conseiller au parlement de Paris, et grand-maître des eaux et forêts, 1730 ; François, lieutenant aux gardes, 1709; Nicolas-Léonard, capitaine aux gardes du roi, rang de général, chevalier de Saint-Louis, tué au siège du Quesnoy, 1712; Pierre, commissaire général des guerres; Nicolas, capitaine au régiment de Saluces; Armand, maître d'hôtel du duc de Berry, 1715; Louis, président au parlement de Paris, 1701; Marc-René, brigadier des armées du roi (général) et chevalier de Saint-Louis, 1762, et plusieurs autres magistrats et officiers.

Alliances masculines : Budé, Luillier, Charlet, Beguin, Cauchon de Maupas, Godet, Linage, Bonnet, Ollier, Ailly-d'Annebault, Guyon, Etienne d'Ogny, Combault d'Auteuil, Daniau de Saint-Gilles, Leclerc, Fermé, Fourault, Boulleur, Lapersonne, etc.

Féminines : Malval, Mathé, Fouravet, Geoffroy, Dary de la Fautrière, Letellier de Marsan, Levieux, Tarteron, Leconte de Nonant, Bouillé, Aubeterre, Preissac,

des ducs d'Ésclignac et de Fimarçon, Cadot de Sebbeville, Ranchin, Masson, Larivière, Lecocq d'Assy, etc.

Cette branche portait d'azur, à la fasce d'or, accompagnée en chef d'une molette d'or. Le baron d'Enfrenel, grand-maître des eaux et forêts, y a ajouté deux glands d'or. — Voir d'Hozier, Armorial général de France; Lachesnaye-Desbois, le père Anselme, Blanchard, etc.

La branche des Chevalier de Malpierre et de Légeville, éteinte, dont proviennent les vicomtes d'Abbeville ou d'Abainville, barons de Malpierre, etc. Elle a donné : Guillaume, conseiller et maître à la cour des comptes, 1553; Joseph, commissaire général des armées et vivres de Sa Majesté, 1596; Jean, conseiller au parlement, 1580; François, gouverneur de Vaucouleurs, contrôleur général des fortifications de Champagne et de Brie, gentilhomme de la chambre du roi, chevalier de ses ordres, son ambassadeur aux Pays-Bas et à Parme, 1598; René, protonotaire du Saint-Siége, prélat romain, 1640; Pierre, écuyer de la princesse de Lorraine-Vaudemont, 1572 ; Guillaume, prévôt et capitaine de la ville de Dompierre, 1597; Louis, directeur des aides à Chaumont, 1699 ; Anne, dame d'honneur de la reine de France, Anne d'Autriche, femme de Louis XIV, etc.

Cette branche s'est alliée par les hommes aux maisons de Prévost, Ernecourt, Choiseul, Morlot, Friant de Favernay, Chambly, Miremont, du Pasquier, des Roberts du Houx-Vioménil, etc.

Par les femmes : aux maisons de Bruslard-Genlis, des Salles, Hennezel, Baillivy, Aigneville, Bonnardi, etc.

L'Armorial général de France lui donne pour armes : « D'azur au chevron d'or » (le chevron est souvent mis à la place de la fasce, somme brisure de cadet). Le père dom Calmet, dans son Histoire de la maison de Salles, les blasonne comme suit : « D'azur à une bande abaissée d'argent terminée d'un croissant du même, côtoyée de trois molettes à huit rais d'argent, posées 2 et 1. »

La branche des marquis du Coudray, comtes de Bouëlle, barons de Caunan, existante. Elle a donné entre autres hommes remarquables : Nicolas et Jacques., conseillers au parlement de Paris, 1635, 1638; Simon, maître des comptes, 1642 ; Antoine, contrôleur général de l'extraordinaire des guerres et de la cavalerie légère, 1640; François, écuyer du roi, 1680; Jacques, capitaine

de cavalerie au régiment de Laferronnaye, 1740 ; Antoine-Louis, lieutenant du roi en la ville de Donnemarie, gentilhomme de la chambre du roi et chevalier de Saint-Louis,1788 ; Jean-Baptiste, maréchal des camps et armées du roi (général), gouverneur du Bengale, chevalier de Saint-Louis, 1780; Louis, maître des requêtes, préfet, officier de la Légion d'honneur; Guillaume et Guillaume-Pierre, conseiller à la cour des comptes de Normandie, 1675, 1720 ; Guillaume Robert, président au parlement de Rouen, 1760; François-Robert, capitaine d'infanterie, 1788; Alexis-Guillaume, capitaine au bataillon des chasseurs cantabres, 1786, etc.

Cette branche s'est alliée par les hommes aux maisons de : Le Picart, Gaudart, Fraguier, Aguenin-le-Due, chevalier de Monthion, Villefeu, Nicaise, Lecamus,

Breteau , Robin d'Alligny -, Lempereur de Querny, Lucas de Boscourcelles, Lhermette, Blondet, Mesnage, Postel des Minières, Dufour de Longrue, Beurges, Oudinot de Reggio, des ducs de Reggio, etc.

Par les femmes, elle a contracté alliance avec les maisons Potier, des ducs de Gesvres et de Thrèsmes, Cremeaux d'Entragues, Laporte, Gordon, Ledain, Leignet, Marest de Richebourg, Lecavelier de Cuverville, Lebarbier de Grainville, Brévedent, Guyon d'Anfreville , Lecourtois de Minut - Castera, Saint – Gilles Broc, etc.

Des auteurs ont, par erreur, blasonné les armes de cette branche comme suit : « D'azur à trois chaudrons de sable, » ce qui était les armes du Chevalier de Morvillars, en Normandie (Armoriai général). Cette branche porte : « d'azur, à la tête de licorne d'argent, au chef d'argent chargé de trois demi-vols de sable. » Couronne : de marquis.

Devise : In concilio celeritare exequendo robur.

(Nobiliaire de Normandie, par Magny; Recherches sur la noblesse de Champagne, par Caumartin ; Lachesnaye-Desbois, Blanchard, etc.

La maison de Chevalier d'Istras, des Oches et de Saint-Martin, comtes de Sinard, existant encore, anciennement fixée en Auvergne, en Dauphiné, en Provence est, croit-on, une branche de la maison de Chevalier d'Almont.

Elle porte : d'azur au chevron d'or, chevron qui serait une brisure de cadet.

(Voir Armorial général : Histoire des Chevaliers de Saint-Louis, par Théodore Anne, Lachesnaye-Desbois, Charrier, Guy-Allard, Robert, de Briançon (Histoire de Provence, etc.)

Les principaux membres de sa race sont : Jean, capitaine en chef de gens de pied, 1635; Pierre et François, juges royaux de la ville de Seyne ; Georges et Louis, conseillers au parlement de Grenoble, 1699, 1789; un chanoine, comte de Vienne, 1785; Jean-Jacques, capitaine de cavalerie, qui reçut la croix de Saint-Louis du roi Louis XVIII, sous le titre de comte de Sinard ; Frédéric-Louis Maxime, officier à l'armée de Condé, capitaine dans la légion du Nord, en 1806, chevalier de Saint-Louis, vivant à Grenoble en 1868, et plusieurs autres magistrats et officiers.

Cette branche s'est alliée aux maisons de Lauzanne, L'Olivier, Forbin-Gardanne, Gueirot de la Brimaudière, du Vache, Joannis-Châteauneuf, Ferry, Abzac, Laugier, Bonfils, Plan de Sièyes, Vincent de Pannette, etc.

Indépendamment de celles dont la dénomination va suivre, on compte encore en France d'autres familles du nom de Chevalier, savoir : Chevalier de Chantepie, dans la Mayenne, dont le représentant a épousé une demoiselle de Quatrebarbes ; Chevalier de Boischevalier, dans la Loire-Inférieure, maintenu dans sa noblesse en 1669, dont le premier membre était échevin d'Angers, maire sous François Ier; Chevalier de la Petite-Rivière, dont le chef actuel de nom et d'armes est officier supérieur d'infanterie ; Chevalier de la Bigottière,

dont le représentant officier supérieur de cavalerie, fils de Jacques Rose, chevalier de Saint-Louis, ancien chef vendéen, puis colonel des dragons de la garde de Louis XVIII, a été anobli par lui; Chevalier ou Lechevallier, au Havre; Chevalier de Lourcières, fonctionnaire au ministère des finances, et enfin Chevalier de Saint-Robert, dont le chef est secrétaire de légation de France, à Copenhague.

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CINQUIEME EXTRAIT.

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  LES ROHAN ET LES HANNONG

 

Vers 1709, vint s'établir à Strasbourg Charles-François Hannong, de Moestricht. Il y établit une manufacture de faïence, qui ne tarda pas à prendre un grand développement.

En 1744, lorsque le roi Louis XV vint à Strasbourg, le monarque visita l'établissement du célèbre potier, qui avait acquis la considération et l'appui du cardinal-évêque Constantin de Rohan. C'est au point que le cardinal et son neveu Louis-René, son coadjuteur, puis son successeur, honorèrent, comme une marque singulière de leur haute bienveillance, de leur signature le contrat de mariage du faïencier Hannong.

Malgré tout, des décrets prohibitifs survenus en 1774, portèrent un préjudice immense à son industrie; ses réclamations étaient demeurées sans effet; en 1779, ses affaires étaient très embrouillées, son commerce était resté en souffrance, et pendant ces quatre ou cinq années, les embarras de sa situation n'avaient fait que s'accroître : une catastrophe était imminente.

« Sur ces entrefaites, dit M. Tainturier, le cardinal Constantin étant mort (11 Mars I779), ses héritiers ordonnent immédiatement la liquidation de sa succession. Le 2I Mai, le sieur Petmesser, receveur général de l'évêché de Strasbourg, procède a la vérification de la caisse du sieur Schmitt, receveur dudit évêché, et constate un déficit

de 445,859 livres. Schmitt déclare que les avances successives qu'il avait faites au sieur Hannong, entrepreneur de la manufacture de faïence de Strasbourg, étaient la cause de son embarras, et il remet les reconnaissances de ce dernier datées de 1777 et 1778, lesquels contiennent promesse de remboursement lorsque le gouvernement aura permis au sieur Hannong de faire librement le commerce de la

faïence dans l'intérieur du royaume.

cc Dès le 25 Mai, Hannong adresse au cardinal un mémoire dans lequel il lui offre la cession de ses usines, sur le pied de l'inventaire qui en sera dressé, et s'engage a rembourser, avant un an, les sommes qu'il doit a la succession, si Son Altesse veut bien lui faire obtenir la réduction des droits qu'il sollicite de la ferme royale. Il demande seulement qu'on lui accorde un intérêt quelconque dans les bénéfices de la fabrication ultérieure; la divulgation des secrets de la fabrication des porcelaines par son frère, nonobstant les réserves faites a son profit personnel, et les exigences des fermiers généraux, a partir de 1775, sont, dit-il, les seules causes de ses embarras.

« Avant même que cette lettre fut parvenue a sa destination, Schmitt et Hannong étaient arrêtés en vertu d'un ordre du prince de Montbarrey, et, sans autre forme de procès, conduits a la prison militaire du fort Blanc.

« La femme de Hannong se hâte d'adresser au cardinal une supplique dans laquelle elle lui représente les inconvénients de cette incarcération et le tort que leur fait la saisie de l'usine, qui doit entraîner leur perte et les mettre, par suite, dans l'impossibilité de se libérer. De son côté, le prisonnier offre caution pour sa personne, afin de pouvoir continuer ses travaux dont la cessation est préjudiciable aux intérêts du prince, à lui-même et à ses nombreux ouvriers.

« Ces supplications restent néanmoins sans effet; toute communication est interdite aux prisonniers; on ne leur permet même plus de voir leur famille. L'agent des princes, le sieur Hann, prend en leur nom les mesures les plus rigoureuses; il paraît cependant que l'opinion publique était favorable à Hannong, car l'Ammeister-régent de la ville de Strasbourg et le Grand Sénat refusèrent l'autorisation nécessaire pour procéder à une saisie des biens du fabricant. Il fallut s'adresser au Conseil souverain d'Alsace, et dans le courant du mois d'Août, les scellés furent apposés sur les deux manufactures.

« Hannong ne se décourage pas; il présente au Conseil une requête pour obtenir communication des ordres en vertu desquels il a été incarcéré et fait remettre au cardinal un mémoire renfermant vingt-et-un projets de liquidation.

Dans toutes ces pièces, il repousse avec énergie l'accusation de fraude portée contre lui et refuse de consentir, comme l'avait fait Schmitt, à l'abandon général de ses biens. La réponse à une consultation d'un sieur de J., sur cette affaire, est surtout d'une grande fermeté.

« Si la dette de M. Schmitt, dit-il, étoit extraordinaire, la nature de la mienne étoit civile et loyale. La gêne de « la ferme, ma situation, mon travail, tout rendoit mon emprunt licite. L'honnêteté demande que je pense a ma réputation, a mon honneur et au bien de ma famille, et non pas a justifier par des démarches ridicules la procédure des princes. Si j'ai commis un abus condamnable,  comme on le dit, pourquoi hésite-t-on a faire nommer un juge qui me condamne, et pourquoi m'a-t-on défendu toute communication avec les gens de loi?

« Toute remise, ai-je dit dans mes propositions, ne  peut convenir ni a mon honnêteté, ni a mon crédit; il faut que tout le monde soit payé et que je n'aie pas l'air d'un commerçant en faillite. Après le mal que la ville et  la province confessent que j'endure injustement, quelle confiance le prince pourroit-il avoir a ma sincérité?

« Quel intérêt aurois-je de travailler avec zèle pour lui? Toutes vos propositions tendent a dégrader mes sentiments : si j'étois capable d'y accéder, mériterois-je alors les bonnes grâces du prince?

« Si j'ai le malheur de lui déplaire par ma roideur, j'en serois au désespoir; mais au moins ai-je fait que mon honnêteté méritera mon estime. »

« Ce n'est point la, en tout cas, le langage d'un malhonnête homme; ct, malgré l'origine quelque peu équivoque de la dette dont il s'agit, on ne peut parcourir les nombreux mémoires, suppliques et documents justificatifs publiés par Hannong, sans éprouver une sympathie réelle pour le malheureux manufacturier; il reste du moins bien établi par les pièces mêmes du procès, que l'agent des princes n'a pas agi suivant l'intérêt bien entendu de ses clients, et, en tout cas, n'a pas toujours procédé avec les ménagements et la légalité que commandait la position des personnes engagées dans cette affaire.

« Le cardinal Louis n'avait, du reste, jamais paru disposé à continuer au potier strasbourgeois la protection dont son oncle l'avait honoré, et lorsque survinrent ces difficultés, il l'abandonna sans hésitation au zèle de ses agents: aussi, plus tard, Hannong ne se fit-il pas faute de lui reprocher, dans ses écrits, d'avoir abusé de son influence pour provoquer, contre lui, des mesures vexatoires et illégales; il l'accuse notamment d'avoir fait menacer sa femme d'une lettre de cachet, parce qu'elle s'était permise de présenter à la reine un de ses mémoires imprimés, et d'avoir fait saisir et détruire ces mêmes mémoires, sans aucun titre judiciaire.

« A partir de ce moment, Octobre 1779, la procédure suivit son cours, sinon régulier, du moins assez rapide; malgré les protestations et oppositions de Hannong, la saisie est maintenue; les chevaux et marchandises sont vendus à la requête des princes agissant sous le nom du sieur Schmitt, créancier; les ouvriers déliés de leurs engagements et serments envers le manufacturier; les livres de commerce, documents et papiers déposés au Grand Sénat de Strasbourg.

« Cependant, après une année de détention, Hannong avait consenti à signer une transaction par laquelle il lui était accordé dix années de terme et une remise de 200,000 livres. Rendu à la liberté par suite d'un arrêt de surséance du 4 Août 1780, il s'applique à remonter ses usines; après quatre mois, il travaillait avec Soixante-quinze ouvriers et avait payé 20,000 livres à ses créanciers.

Mais on lui avait imposé des commissaires gardiens qui, dit-il, gênaient ses opérations, lui refusaient les matériaux, traitaient tyranniquement ses ouvriers et les obligeaient au travail sous peine de prison, en leur refusant leurs salaires et la nourriture. De jour en jour, la situation devient plus difficile et plus embarrassée.

« Après avoir fait des efforts inimaginables pour conjurer sa ruine, et épuisé tous les moyens de conciliation, l'infortuné porte pour la seconde fois ses plaintes au pied du Trône; le 2 Avril 1781, il dépose un objet de porcelaine, décoré par sa fille, dans le cabinet de la reine, qui répond par des paroles encourageantes; puis toute la famille se jette aux pieds du roi, à la porte de la chapelle du château de la Muette, implorant justice et protection. Enfin, Hannong adresse mémoires sur mémoires au ministre, demandant la permission de présenter ses moyens de défense et se plaignant toujours de l'irrégularité de la procédure.

« Tout fut inutile; sur les renseignements défavorables donnés par M. de la Galaizière, Hannong fut éconduit.

Découragé cette fois, et à bout de ressources, il s'enfuit en Allemagne et, de là, adressa au roi de nouveaux mémoires justificatifs qu'il fit imprimer et répandre en Alsace. Mais déjà ses créanciers, profitant de son absence, l'avaient fait déclarer en état de faillite, et toutes ses protestations ne purent empêcher la vente de ses usines. » (1)

 

1 TAINTURIER. Manufacture de porcelaine et de faïence Anciennes Industries d'Alsace et de Lorraine - dans le Bibliographe alsacien, - Avril 1865.


 

  FIN DE L'OUVRAGE


LES QUATRE ROHAN


DE


LE ROY DE SAINTE-CROIX (1881).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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QUATRIEME EXTRAIT.

 

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L'EXCOMMUNICATION DE L'ÉVÊQUE BRENDEL

PAR LE CARDINAL DE ROHAN (1)

 

L'exécution du décret sur le clergé fut assurément une des causes les plus directes de l'agitation qui régna en Alsace et particulièrement à Strasbourg vers les journées de Septembre 1792 et pendant l'époque sanglante de la Terreur. Dans l'introduction d'un clergé constitutionnel, les fidèles catholiques durent voir une atteinte flagrante portée à la liberté de conscience et à des droits séculairement consacrés. «De ce moment, la position d'un maire de Strasbourg; chargé de faire exécuter les décrets contre les prêtres réfractaires, aimés de leurs ouailles, approuvés en Cour de Rome, devenait difficile; elle l'était d'autant plus que ce magistrat appartenait à un culte dissident.

« Les instructions et les mandements (23 et 28 Novembre) de l'évêque de Strasbourg appelaient ouvertement le clergé et les fidèles à résister au décret du 12 Juillet 1790; il n'y avait plus à hésiter; la municipalité, à moins de quitter la place, se vit obligée de défendre la lecture de la circulaire épiscopale dans les églises; le directoire du département, qui renfermait plus d'éléments aristocratiques, hésita un instant, puis il suivit cet exemple.

 

(1) L SPACH. Frédéric de Dietrich - Revue d'Alsace, 1856.

Une surveillance active fut exercée sur les bords du Rhin pour empêcher l'introduction des brochures qui venaient d'Ettenheim ; mais ces mesures ne prévinrent pas toute espèce de démonstration; lorsque dans les premiers jours de Janvier 179I on se préoccupait de transporter aux archives départementales les documents provenant du chapitre de Saint-Pierre-le-Vieux, une résistance assez vive fut opposée à cet acte dans l'église même; la garde nationale dut intervenir pour opérer ce transfèrement (sic). Quelques jours plus tard (le 10 Janvier) il y eut un mouvement dans la cathédrale à l'occasion de la clôture du choeur; un club catholique se réunit sous le patronage du professeur Dietrich dans le séminaire et protesta contre l'exécution des décrets. Il fallut en venir à la clôture de cette réunion.

Les paysans des villages catholiques aux environs de Strasbourg étaient vivement agités, tandis que les villages protestants des anciens bailliages de la ville offraient d'accourir au secours de la municipalité. Le 23 Janvier était fixé pour la prestation du serment du clergé; une petite minorité fit cet acte de soumission. La situation parut assez grave à l'Assemblée constituante de Paris, pour envoyer des commissaires royaux (Mathieu Dumas, Hérault de Seichelles et Foissey) qui approuvèrent, au surplus, la mesure adoptée par le maire et prononcèrent la révocation du directoire du département, dont le dévouement à la cause constitutionnelle n'était pas suffisamment avéré. M. de Dietrich fit des tentatives de conciliation auprès du cardinal de Rohan lui-même, mais cet échange de lettres devait ne pas aboutir à un résultat satisfaisant; le cardinal-évêque persévérait dans sa manière de voir et se félicita de ce que la majeure partie du clergé était restée fidèle à son devoir.

« Le 6 Mars était le grand jour fixé pour l'élection de l'évêque constitutionnel; M. de Schwendt avait discuté, dans une correspondance confidentielle avec M. de Dietrich, le choix d'un candidat et conseillé de jeter les yeux sur l'abbé de Marmoutier ou Ebermunster. On ne tint point compte de cet avis. Quatre cents électeurs procédèrent à l'acte inusité qui devait produire au sein du corps clérical et des croyants une exaspération indicible.

« L'abbé Brendel, qui avait prêté le serment voulu par la loi, fut nommé évêque de Strasbourg. On assure, quelque incroyable que paraisse le fait, que des électeurs protestants furent trouvés au nombre des votants! C'était plus qu'il n'en fallait pour imprimer au nouveau prélat un stigmate indélébile; il était décrié, avant son entrée en fonctions, comme évêque luthérien et matériellement menacé.

Les commissaires du roi se virent obligés de le couvrir de leur protection et de l'abriter dans leur hôtel. Dans la cathédrale même, il fut gravement insulté par l'ancien curé de Saint-Laurent, lorsqu'il se préparait à officier pour la première fois. A Strasbourg, la vigilance du maire prévint de plus grands troubles; mais à la campagne, où l'action de l'autorité ne pouvait se multiplier, l'installation des curés constitutionnels donna lieu à des désordres qui dégénérèrent quelques mois plus tard à Obernai en véritable émeute, que la garde nationale de Strasbourg comprima violemment et non sans commettre des excès répréhensibles.

« Les esprits honnêtes et modérés gémirent de ces tristes incidents; ils devaient peut-être, dès ce moment, perdre confiance dans le succès absolu de l'Assemblée nationale, puisqu'elle ne reculait pas devant les moyens de rigueur sur le domaine inviolable de la conscience. Le maire de Strasbourg, qui avait inscrit sur sa bannière officielle et au fond de son coeur les principes de la tolérance, fut, sans aucun doute, profondément ému et affligé: mais il subissait ici la loi de sa position.

« Cependant, il ménage autant que possible de justes susceptibilités; il se retranche derrière les commissaires du roi qui, dans une proclamation adressée, le 18 Mars 179l, aux Français habitant le département du Bas-Rhin, font un peu de théologie déclamatoire pour défendre l'élection de l'évêque Brendel, « de ce pasteur digne des premiers siècles du christianisme par ses vertus et des beaux jours de l'Eglise par ses lumières; nouvel Ambroise qui, de mandé à la fois par deux religions, comme le citoyen le plus désirable pour la tranquillité commune, a paru confondre un instant tous les cultes dans des acclamations universelles ..... .

« Nourri par une longue étude de la saine et antique doctrine, il vous dira que, si l'on conteste au peuple le fait d'avoir jamais nommé les évêques, c'est une erreur contre laquelle déposent tous les monuments de l'histoire ...., il vous dira que l'excommunication ne peut être « lancée par un évêque· déchu de sa juridiction; il vous  dira enfin, que les censures civiques ne lient point devant Dieu et que, suivant la pensée des Pères de l'Eglise, celui-là se retranche lui-même de la communion qui en retranche injustement ses frères. (1)

Frédéric Dietrich dut se voiler la tête en face de maux auxquels il n'y avait pas de remède. (2)

 

LES CHANSONS ET LES CARICATURES

CONTRE LE CARDINAL ET CONSORTS

 

Au mois de Mars 179l, le poste de la garde nationale de Strasbourg détaché au pont du Rhin, fit une capture importante. La femme d'un des sacristains de la cathédrale, signalée pour faire les commissions du cardinal de Rohan, réfugié alors à Ettenheim, fut fouillée par le factionnaire, et on trouva sur elle un grand nombre d'exemplaires du Monitoire que le prélat lançait contre le soi-disant évêque élu du département du Bas-Rhin, le citoyen Brendel.

 

(1) Lettre 75 de saint Firmilien à saint Cyprien.

(2) L. SPACH. Frédéric de Dietrich, etc. - Revue d'Alsace, 1856, p. 541 et suiv.

 

La saisie du mandement épiscopal et la capture de la pauvre Strasbourgeoise causèrent en ville une joie profonde, et un rimailleur inconnu crut devoir chanter l'événement.

En 1791, le Conseil général de Strasbourg prit un arrêté déclarant rebelle à la loi 1 e sieur Jaeglé, curé ; et criminel de lèse-nation le cardinal de Rohan, au sujet de la publication clandestine d'un imprimé «séditieux » (Monition canonique et ordonnance) et d'un « attroupement scandaleux à l'encontre de M. l'évêque (Brendel) », etc.

A l'occasion de l'événement ci-dessus relaté, un libelle contre le prélat fut imprimé et distribué: «cette pièce libre et satyrique renferme des allusions historiques curieuses » et se compose de huit pages in-4°. Elle porte pour titre :

Lettre à Louis-René-Edouard de Rohan, etc., qui a été évêque de Strasbourg, qui enrage de ne l'être plus et qui ne le redeviendra jamais, quoi qu'il fasse, proviseur de Sorbonne, puisque la Sorbonne avilie y consent, etc. Avril I79I.

La Monition canonique du cardinal de Rohan provoqua différents libelles et satyres mordants et obscènes. L'une de ces pièces plutôt comiques que violentes, aujourd'hui très rares, porte pour titre: L'Excommunication trouvée sous la jupe d'une femme, anecdote strasbourgeoise. Poésie.

Un certain Engelbert Bosselmann fit paraître en 1792, a Paris, un volume in- 1-2 avec le titre de: La nouvelle Satyre Menippée sur la Révolution de France, où se trouve le fin morceau de l'EXCOMMUNICATION DÉCOUVERTE.

L'EXCOMMUNICATION TROUVEE

SOUS LES JUPES D'UNE FEMME

 

(Anecdote strasbourgeoise)

 

AIR : Du Mirliton, Mirliton, etc.

Dans ses goûts pleins de constance,

Notre galant cardinal

A, des foudres qu'il nous lance,

Placé le saint arsenal

Dans un mirliton, etc.

 

Admirons de sa sagesse

Cette heureuse invention l

On connait dès sa jeunesse

Sa tendre dévotion

Pour le mirliton, etc.

 

Mais dans sa douce espérance,

Il s'est encore vu trompé,

Hélas, son destin en France

Est d'être toujours dupé

Par un mirliton, etc.

 

Une dévote matrone,

Digne apôtre de Satan,

Portait, en fière amazone,

Les foudres du Vatican

Sur son mirliton, etc.

 

Notre garde vigilante

Fouilla ce réduit banal;

Car cette troupe vaillante,

Aussi bien qu’un cardinal,

Trousse un mirliton, etc.

 

Nous ajouterons ici quelques-unes des autres pièces dont nous avons parlé plus haut:

 

MARCHE DES TROUPES ARISTOCRATES

AIR : Des petits Savoyards - Une petite fillette, etc.

 

On dit que d'Artois arrive

Accompagné des prélats,

Cette troupe fugitive

Vers nous avance il grands pas

Bombes, canons et bataillons, boulets, canons

Rien ne les arrête.

Ces braves Césars calotins

Ont tous des crucifix en mains.

Ils ont juré par leurs rabats

De renverser le Tiers-Etat,

De reprendre l'Episcopat.

Sur le front de la colonne

Marche notre CARDINAL;

On dirait Mars en personne,

C'est un nouveau LOEWENDAL,

Frappant, taillant, battant, criant, jurant,

V'là comme il arrive

Oui, j'aurai mon Episcopat,

Car je suis sûr de mes soldats.

Allons; marchons, doublons le pas,

Frappant, coupons, taillons des bras

Oui, j'aurai mon Episcopat (bis).

 

CONDÉ semant l'épouvante

Marche à la tête des siens,

Qui sont, dit-on, cent quarante,

Mais lurons à toutes mains.

Héros Troyens, Grecs et Romains, François, Prussiens.

Rien ne les égale

Ils vont battre la Nation,

Et plus de Constitution,

Point de quartier, chers compagnons,

Allons, courage et massacrons,

Faisons trembler la Nation (bis).

 

Déjà de la Germanie

Ils atteignent les confins,

Toute la troupe ennemie

Campe sur les bords du Rhin.

Condé, d'Artois, abbés, prélats, chefs et soldats,

Tous perdent courage;

Aucun d'eux ne sait nager,

Et pas un ne veut s'exposer,

Jurant contre le Tiers-Etat.

Ils s'en retournent sur leurs pas,

En pleurant leur Episcopat (bis).

 

LA PRISE DE STRASBOURG PAR

L'EX-CHEVALIER DE BONNARD 

(Juin 1792)

 

Ecoutez, petits et grands!

Nous avons la guerre,

Près de trois mille Allemands

Viennent nous la faire.

Notre pieux cardinal

Est devenu général.

La bonne aventure, oh 'gué !

La bonne aventure.

 

Voyez-vous le beau prélat

Vêtu d'écarlate,

Près de lui le potentat

Mirabeau cravate

Et le pauvre d'Eymar

Portant le saint étendard.

La bonne aventure, etc

 

Vittersbach, Laserre et Mensk

Dirigent la troupe,

Monsieur Roth, plus fier que Trenk

A La Motte en croupe,

Et maître Zaiquelius

Dit le Fratres oremus.

La bonne aventure, etc.

 

En passant par Offenbourg

Ils vont à l'office;

Les grands comtes de Strasbourg

En font le service.

Au lutrin sont quatre enfants,

Trois gueulards et deux serpents.

La bonne aventure, etc.

 

Mais déjà vient s'avançant,

La fière cohorte.

A l'évêque conquérant,

Kehl ouvre la porte,

Et surtout monsieur Lautrec

Lui présente son respect.

La bonne aventure, etc.

 

Ils rencontrent sur le pont

Nos aristocrates,

Et déjà nos héros font

Peur aux démocrates.

Tout se soumet au prélat;

Rohan a sauvé l'Etat.

La bonne aventure, oh gué!

La bonne aventure! (1)

 

De Saverne, le 1er Octobre 1792, on écrit au Courrier de Strasbourg: « C'est un plaisir bien doux de voir, depuis la révolution du 10 Août, comment le patriotisme s'est propagé, dans les villes mêmes les plus aristocrates, ou plutôt comment le patriotisme, consterné jusqu'à cette époque sous le joug insolent du stupide feuillant, maintenant lève la tête avec la dignité qui lui convient.

Saverne, autrefois le repaire du druide Rohan et de ses vils complices en soutane, Saverne étoit aristocratique, parce que plusieurs familles de cette ville vivoient des débauches de cette horde de prêtres. A peine osoit-on y passer avec une cocarde patriotique; et deux ou trois excellens citoyens qui y avoient fondé une espèce de Société patriotique, n'osoient se trouver dans les rues après le coucher du soleil, sans risquer d'être assassinés. Aujourd'hui, cette société a pris de la consistance et de l'énergie, et quoique la moitié de la ville regrette encore le noble plaisir d'être gouvernée par les caprices d'un ivrogne, sous l'influence d'un prêtre escroc, les bons patriotes n'en vont pas moins leur train, et saisissent toutes les occasions de faire éclater leur zèle.

 

1 L'Express, de Mulhouse, 16 Avril 1880.

Le dimanche 28 Septembre, la fête civique pour le succès des armes francoises en Savoie a été célébrée avec pompe.

Les amis de la liberté et de l'égalité se sont réunis au commissaire, faisant les fonctions de maire, et au Conseil général de la commune, pour donner à cette fête tout l'intérêt d'une fête vraiment patriotique et républicaine.

Un grand nombre de citoyens ont assisté à une séance, tenue à cet effet, et ont demandé non seulement à prêter avec les membres le serment de défendre la République, mais même de signer le procès-verbal. Une citoyenne, Christine Thiebault, s'est écriée en signant: Non seulement je signe ce serment, mais je voudrais pouvoir le sceller de mon sang. Quelques aristocrates que la curiosité avoit attirés dans la salle, ont pâli de rage et de fureur; mais il a fallu se contenir, parce qu'on n'avoit plus là Monseigneur le cardinal, ni l'ancien Directoire du département du Bas-Rhin, qui ne valoit guère mieux. A l'issue de la séance, le commissaire et le Conseil général de la commune, accompagnés par la garnison et des gardes nationales et suivis des citoyennes, se sont rendus sur la place de la Révolution, où l'on a chanté l'hymne des Marseillois. Après la cérémonie, les Jacobins ont placé sur le fauteuil du cardinal l'effigie de Louis XVI, et l'ont promenée dans toutes les rues de la ville, au grand déplaisir des aristocrates, qui avoient soigneusement fermé leurs fenêtres et qui sans doute faisoient de ferventes prières pour la délivrance des prisonniers du Temple. Le soir, la ville a été illuminée, et il y a eu des danses et des festins. »

Il existe un gros petit livre en deux tomes avec ce titre singulier : « Contes et Poésies du C. Collier) commandant général des Croisades du Bas-Rhin. A Saverne, 1792. » Avec deux ravissantes vignettes. Ces Contes et Poésies du C. Collier ne sont pas, on le conçoit, de la première décence; on en peut juger par quelques intitulés: Le Mari désossé. - Le Lendemain, action de grâces à Vénus. - L'Amour, la liqueur vermeille. - La Culotte de Saint Raimond de Penna fort. - Le Mari pacifique. -

La Confession révélée. - L'Ane franciscain. J'en passe, et des meilleurs.

Le premier volume s'ouvre par un Avis de l'éditeur) qui promet énormément; le voici dans toute son intégrité:

« Nous offrons au public la collection de Contes du C. Collier, dont les expéditions variées de sa vie romanesque préparent les matériaux nécessaires pour l'histoire de ce prélat célèbre. Tout le monde connoît le talent politique de ce C., trop fameux pour manier les affaires les plus cachées en France et en Allemagne. Sa vie apostolique l'avoit élevé au siège, que la vertu et l'exemple de ses actions n'ont jamais occupé; la grâce de Louis XV (qui n'étoit pas divine) transforma le mousqueton en crosse, pour faire voir aux races futures que l'on sait faire des miracles à la Cour de France, quand le destiné à porter des pareils fardeaux est un nobilissime bandit. Le génie guerrier et militaire de notre C. le fit occuper un jour (moi présent) le siège éminemment élevé de sa voiture et courir en postillon plus ferme et adroit que ceux qui composoient la meute des grandes et petites écuries, amenant les Belles qu'il avoit amusé par ses contes; et entrant sans rougir dans son palais, m'ordonna de répéter la lecture de ses poésies, qui sont les suivantes.

« Je suis, Messieurs,

« Votre très dévoué serviteur.

« B. »

 

Ce n'est pas fort comme idées et comme littérature, j'en conviens: mais il faut juger l'intention qui est plus mauvaise encore que l'esprit et la prose, et c'est à ce titre que nous ne devions pas oublier de mentionner ce livre rarissime qui a été composé en l'honneur du fameux prélat.

Parmi les cent pièces qui composent ce recueil, la seule que nous puissions rapporter ici est la suivante :

 

SUR LE PLAISIR

 

Vous demandez qu'est-ce que le plaisir?

Vous qui le faites toujours naître!

Il est pénible à définir

Et doux à faire connaître :

Toujours sur les pas du désir

Il suit le tendre amour, son maître;

L'enjouement, la variété,

Captivent son humeur volage,

Il fuit la triste austérité

Et le tumulte et le tapage;

Il sourit à la liberté

Et se plaît au simple langage

De la naïve vérité.

On dit qu'il ne vit qu'au village;

C'est une insigne fausseté :

L'aimable et riant assemblage

Des grâces, de l'aménité

Auront en tout temps l'avantage

De fixer la légèreté,

Et toujours sur son passage

Volant avec rapidité,

Vif et décent, badin et sage,

Il fera briller la gaîté.

 

GRAVURES RÉVOLUTIONNAIRES

Défaite des Contre-Révolutionnaires comande par le petit Condé

 

(Pendant)

 

l. Le grand sabreur colonel de royal antropophage.

2. L'abbé d'Eymar traînant les débris de l'oriflamme épiscopale.

3. Le chevall de bois, ex-commandant du siège du pont neuf, aide major de l'armée.

4. Le nain des princes, porte étendart du général.

5. Deux capucins sauvage, sapeur de l'avant garde.

6. Le général d'Autichamp présentant au petit (Condé la cruche) à l'eau.

7. Necker, baron de la resource et autres lieux, entrepreneur des vivres.

8. Antoine Seguier, bruIe bon sens regréttan son requisitoire.

9. Le petit Condé acceptant de M. d'Antichamp la cruche.

10. Dernière chute de Mme de la Motte.

l l. L'ancien archevêque de Paris, aumônier de l'armée.

l2. Son impuissance l'évêque de Spire s'efforçant de relever Mme de la Motte.

 

La Contre-Révolution

(Pendant colorié)

 

1. Son Altesse contre Revolutionnaire. Le petit Condé venant de reconnoître le fort de la Constitution, commande halte.

2. Le général d'Antichamp proposant la retraite.

3. Antoine Scguier portant le requisitoire contre la nation.

4. Calonne portant le coffret du trésor de l'armée.

S. Le cardinal Collier, tambour major précédé de sa petite famille, la musique du grand chapitre.

6. L'abbé d'Eymar portant l'oriflamme épiscopale.

7. Mme de la Motte, aide de lit de camp du cardinal.

8. Mirabeau Tonneau armé en guerre. Lieutenant général, commandant l'avant garde.

9. Deux capucins sauvages Jappeurs de l'avant garde.

10. Grouppe de fuyards formant l'avant garde.

11. Son impuissance Mgr. l'évêque de Spire commandant général auxiliaire, coiffé du traité de Westphalie.

12. La pucelle de la contre Révolution.

13. Corps de bataille.

14. Le chevalier Va ten voir s'ils viennent, premier aide de camp du général.

 

L'Attaque de la Constitution

(Pendant)

 

1. Le cardinal pièce en campagne lâchant les aristocrates contre la Constitution.

2. La furie de l'orgueil et de l'avarice sourit de ses succès.

3. Résultat des chefs fanatiques contre la Constitution.

4. Le prince Condé se plaignant du mauvais succès de l'attaque à Mme de la Motte.

5. L'abbé d'Eymar suivant ses projets d'attaque pour la pucelle.

6. Mirabeau tonneau commandant l'asseault.

7. L'évêque de Spire avançant avec l'arrière garde.

8. Corps d'armée.

9. Drapeau de ralliement.

10. Un des plus enragés portant les boulet.

II. Musique de l'armée.

12. Un capucin sauvage qui fait rougir leurs boulet.

13. Corps de réserve.

14. Sac de munition.

 

 

A suivre...

Le Roy de Sainte-Croix. (Les Quatre Rohan).

 

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TROISIEME EXTRAIT.

545px-Blason fam fr Rohan-Soubise.guemene RELATION EXACTE

 

De la Réjouissance publique que la pille de Mutzig a faite au retour de Son Altesse Sérénissime et Eminentissime Monseigneur le cardinal de Rohan

 

Après l'acquittement du cardinal, la ville de Mutzig, ce désirant, à l'envi de celle de Saverne, de donner à son prince des preuves de respect, de fidélité et de tendresse, témoigna ces sentiments, dont elle fut sincèrement pénétrée, par l'allégresse et la réjouissance, qu'elle fit éclater le II Février, où elle eut le bonheur de revoir Son Altesse Sérénissime et Eminentissime.

« Le même jour, à 3 heures après midi, le greffier de la ville, à la tête d'un détachement de dragons, en bel uniforme, superbement équipé, composé de l'élite des bourgeois, porta sa troupe sur la route de Dorlisheim, en double haie et le sabre à la main. Deux dragons furent mis en vedette sur la hauteur de la route d'Obernée, avec la consigne de rejoindre ventre à terre leur corps dès qu'ils appercevroient de loin la voiture du prince. A 4 heures arriva Son Altesse. Aussitôt, le chef du détachement s'avança au-devant d'Elle; le prince fit arrêter, daigna entendre avec bonté le compliment qu'il eut l'honneur de lui faire au nom de la ville. Dès qu'il eut achevé, Son Altesse lui ordonna de prendre l'avance avec son détachement et d'aller au pas.

« Escortée ainsi, Elle passa par Dorlisheim, au milieu des cris de joie, poussés par une foule innombrable de peuple, accourue de plusieurs lieues d'alentour. Près du grand pont, environ à deux cents pas de la ville, les juifs, en habits noirs, se rangèrent en haie, ayant leur rabbin à leur tête. Le bon prince ne put pas s'empêcher de leur témoigner la satisfaction qu'ils lui donnoient par les démonstrations de la joie la plus vive et la plus sincère. Aux portes de la ville, il fut reçu avec croix et bannières, par un nombreux clergé composé des curés, définiteurs, l'archiprêtre du chapitre rural de Biblenheim, des curés de la vallée de Schirmeck et des environs, des RR. PP. récolets de Hermolsheim.

Après avoir été harangué par l'archiprêtre, il traversa la ville fort lentement, au milieu de mille souhaits d'un peuple pénétré de joie et versant des larmes de tendresse.

Tous les bourgeois de la ville, et un grand nombre du bailliage de Schirmeck furent sous les armes et portés en double haie depuis l'entrée de la ville jusqu'au château, dont le pont étoit bordé d'un détachement d'infanterie composé de jeunes gens de Moutzig, qui reçurent le prince au son du tambour et en présentant les armes.

« Arrivé au château au son des timbales et trompettes et au bruit redoublé des boîtes et de la mousqueterie, il fut complimenté par le chef du Magistrat et du bailliage de Schirmeck.

« Le mauvais temps, seul contraire à la joie universelle qui régnoit en cette ville, désola les habitans. L'illumination, par laquelle non-seulement les officiers du prince et les meilleurs bourgeois, mais les pauvres même cherchèrent à se distinguer, ne fut pas aussi brillante qu'elle avoit été projetée. Elle fut accompagnée d'un grand nombre d'emblèmes très bien imaginés.

« Malgré le temps orageux, le prince, pour faire plaisir à ses sujets, prit la peine de faire à pied le tour de la ville, .toujours escorté par le détachement de dragons, précédé du chef et de son lieutenant. Il s'arrêta souvent, observant tout d'un coup d'oeil; il dit enfin: « Je vois ce que cela signifie. » N'étoit-ce point dire votre volonté me suffit?

Avant de finir sa tournée, il ne dédaigna pas d'entrer dans la synagogue, magnifiquement illuminée. Cette illumination, n'étant pas contrariée par le mauvais temps, attira toute l'attention du prince: pendant la demi-heure qu'il y resta, on chantoit en action de grâce un cantique hébraïque composé pour Son Altesse, qui lui fut si agréable, qu'Elle témoigna une seconde fois toute sa satisfaction aux habitans israélites de Moutzig. De là, le prince, retournant au château, passa sous un arc de triomphe, orné d'emblèmes et illuminé, de même que toute la façade du château.

« Le lendemain, à 10 heures du matin, le recteur de la paroisse, précédé du chapitre de Biblenheim, des prêtres et curés des environs et des RR. PP. récollets de Hermolsheim, sortirent de l'église paroissiale avec dais, croix et bannières, pour se rendre au château. Son Altesse prêta une grande attention à la harangue que lui fit le recteur de la paroisse. Ensuite, précédée du clergé, escortée du détachement de dragons à pied, marchant à pas lens sous le dais, Elle se rendit à l'église de la paroisse pour assister à la messe, dite par le recteur de la ville. Arrivée à l'église, le prince se prosterna devant l'autel. Sa dévotion, son recueillement, arrachèrent des larmes au peuple qui remplissoit l'église. Après la communion du prêtre, le prince entonna lui-même le Te Deum, chanta l'oraison en action de grâce; et après avoir donné sa bénédiction, s'en retourna au château, où tout le clergé, qui y soupa la veille, fut encore invité au dîné.

« Son Altesse ayant fixé le même jour son départ pour Saverne au lendemain à IO heures, le détachement de dragons se porta à l'heure marquée en double haie à l'entrée du château, d'où il escorta le prince jusqu'à Sultz.

« Le dimanche suivant, l'on distribua, par ordre du prince, dans la maison du receveur du bailliage, du pain, du vin et de la viande, non seulement aux pauvres de la ville et des environs, mais à qui en vouloit.

« Le même jour, pour compléter cette fête, les meilleurs bourgeois et habitans de la ville, au nombre de soixante-douze, le corps de dragons en uniforme, soupèrent ensemble à l'hôtel de ville; il y eut un bal qui dura jusqu'au lendemain.

Toute la bourgeoisie se livra à la joie; les juifs, au nombre de quarante, s'assemblèrent dans la maison de Daniel Lévy, et se divertirent aussi toute la nuit. En un mot, tout le monde, riches, pauvres, jeunes gens, vieillards, donnèrent l'essor aux sentimens de respect, de tendresse et de réjouissance. Tous, en général, chacun en son particulier, bénirent le retour heureux, et si longtemps désiré, de leur auguste prince-évêque. »

 

 

LE CARDINAL ET LA CONSTITUTION

 

Le cardinal de Rohan se distingua par son zèle à protester contre les décrets de l'Assemblée nationale relatifs au clergé. Nous n'avons ici qu'à constater les faits, bien entendu.

Dans le n° 12, année de la Feuille villageoise, I2e semaine, jeudi 16 Décembre 1790, on lit:

 

« STRASBOURG. - Nous ne blâmons le clergé que lorsqu'il nous force à le blâmer. Pour peu qu'il nous donne sujet de l'approuver, nous le comblons d'éloges; et lorsque dans ses erreurs il paroît excusable, nous jetons sur lui le manteau de la charité et de l'indulgence. C'est ainsi que nous nous étions pressé de célébrer la conversion apparente du cardinal de Rohan. Mais il s'est bientôt replongé dans ses illusions. Son retour dans son diocèse a été un scandale. Il a, dit-on, arraché les scellés posés par les officiers municipaux. Nous avons de la peine il croire un pareil excès. Mais ce qui est certain, c'est qu'il a protesté contre tous les décrets de l'Assemblée nationale, relatifs aux biens ecclésiastiques. M. le cardinal de Rohan avoit 700,000 livres de rente. Voilà 700,000 raisons pour protester. Mais nous doutons que les saints canons qu'il cite lui soient favorables.

Car l'évangile veut des pasteurs missionnaires et non des prélats millionnaires. »

 

Dans le n° 30, année de la Feuille villageoise, 30" semaine, jeudi 21 Avril 1791, on lit :

 

« STRASBOURG. - Le cardinal de Rohan est bien loin d'être paxicrate. Après avoir fait tant de folies et de dettes, après avoir donné tant de scènes et de scandales, il vient de lever une petite armée - cardinale. Elle ne sera pas vêtue de pourpre. Elle sera vêtue en noir avec une tête de mort pour drapeau. Cette armée funèbre est menacée de mourir de faim ou de rage. Le général a voulu en même temps jouer le rôle d'évêque. Il a jeté l'interdit sur la cathédrale de Strasbourg et défendu, sous peine de l'enfer, de communiquer avec le nouvel évêque. Mais les portes de l'enfer ne s'ouvrent pas ainsi à la voix d'un prêtre séditieux et insensé. L'Assemblée nationale a prié le roi de donner des ordres pour le faire arrêter, conduire aux prisons d'Orléans et juger comme rebelle et perturbateur. » 

 

 

A suivre...

Le Roy de Sainte-Croix (Les Quatre Rohan).

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DEUXIEME EXTRAIT.

545px-Blason fam fr Rohan-Soubise.guemene LE CARDINAL A LA BASTILLE

 

Les détails qui vont suivre ont été tirés d'un livre qui a paru en I789, par livraisons, à Paris, chez Desenne, au Palais-Royal, et qui porte pour titre: La Bastille dévoilée ou Recueil de pièces authentiques pour servir à son histoire.

Il y est dit à propos de Louis-René-Edouard de Rohan, cardinal-évêque de Strasbourg, etc., « qu'il n'est personne qui puisse se flatter de connaître l'affaire qui a été cause de sa détention, et qui a pendant longtems excité la curiosité de l'Europe entière: l'on n'a encore que des renseignemens vagues, que des romans, malgré tout ce qu'on a imprimé dans le tems. La postérité ne nous en apprendra pas davantage; il ya eu par cet événement trop de personnes compromises, trop d'intérêts divisés, pour qu'on puisse se flatter d'avoir jamais la clef de cette intrigue.

« Le prince Louis est accusé, il demande des juges, on lui en accorde; son procès est instruit, il est jugé, il est renvoyé absous, et après un pareil jugement, le despotisme le poursuit encore. Après un séjour de dix mois à la Bastille, où sa santé s'étoit altérée, où il avoit éprouvé des privations dans tous les genres, il est obligé de se rendre de l'ordre du roi dans les montagnes les plus affreuses de l’Auvergne, à la Chaise-Dieu; ce n'est qu'après bien des sollicitations qu'on lui a enfin accordé la permission de changer ce lieu d'exil dans celui de l'abbaye de Marmoutiers, près de Tours, d'où il ne pouvoit jamais découcher.

De Marmoutiers, il a la permission de se rendre dans son diocèse; les états-généraux sont convoqués, le clergé de son bailliage le nomme son député, l'Assemblée nationale le désire, mais la Révolution commencée n'étoit pas encore arrivée à ce point de maturité où il falloit qu'elle arrivât pour abattre le bras invisible qui le repoussoit et qui lui interdisoit l'exercice public de tous ses droits. Les obstacles sont enfin levés, et c'est alors qu'il a partagé avec toute la France l'exercice d'une liberté dont il n'auroit jamais dù être privé; il vient de paroître au milieu et aux acclamations de l'Assemblée nationale, à deux pas de ce château de Versailles, de cette Cour, séjour heureux de ses implacables ennemis; mais qui, déchus à leur tour, fuyent d'un lieu dans un autre, sans en avoir encore pu trouver un où leurs vexations soient ignorées et ils ne lisent pas sur tous les visages, dans tous les yeux, l'horreur et l'indignation qu'ils doivent nécessairement inspirer à ceux qui sentent l'étendue des priviléges des citoyens et des droits de l'humanité.

« Au moment où nous étions occupés de faire des recherches pour nous procurer le plus de pièces relatives à cette affaire, nous avons appris et nous avons même vu l'ordre (1) que M. de Breteuil avoit fait redemander toutes les diverses pièces de cette procédure; il n'en a fait laisser qu'un très petit nombre qui nous ont été communiquées.

Ce sont des lettres de ce même ministre et de M. Le Noir pour presser les interrogatoires, pour en demander copie sur-le-champ. Les plans de ces interrogatoires étoient fournis par eux. Il a été également laissé les interrogatoires du sieur Toussaint de Beausire, de la demoiselle d'Oliva, des lettres de Mme de la Motte, du comte de Cagliostro, que nous citerons au besoin.

 

(1) Cet ordre du roi est contresigné Breteuil et daté de Saint-Cloud le 5 Septembre 1785.

 

« Le traitement de M. le cardinal à la Bastille varioit et suivoit l'opinion que le public avoit de son affaire. Prenoit-elle une couleur favorable? Le gouverneur bas et rampant étoit aux petits soins; paraissoit-elle devenir plus mauvaise? Le sieur de Launey prenoit alors le ton insolent, et sa conduite étoit à ce sujet le meilleur des thennomètres.

Une sentinelle fut placée à la porte de son appartement; le ministre recommanda qu'on le surveillât avec attention; de Launey qui n'osoit pas agir ouvertement, dit qu'il feroit tout pour lé mieux. En conséquence, pour concilier ce qu'il devoit aux ordres suprêmes et à M. le cardinal, qu'il cherchoit cependant à ménager, il fait faire une porte très épaisse, recouverte de fer avec des serrures à l'avenant, il fait recouvrir de toile, matelasser cette porte comme une porte battante, et on l'en remercia lorsqu'il la fit placer, parce que l'on crut alors que c'étoit une attention de sa part pour garantir M. le cardinal des rigueurs de la saison. Ce ne fut que quelque tems après que ses valets de chambre, et c'est d'eux que nous le tenons, s'aperçurent de ce stratagème.

« Nous avons dit dans notre précédent numéro que le gouverneur, à la sollicitation de M. le cardinal, avoit suspendu l'exercice d'une cloche qui l'incommodoit; mais il nous est parvenu depuis que M. de Breteuil lui en avoit fait des reproches et avoit ordonné qu'on le continuât, en ajoutant qu'à la Bastille tous les prisonniers devoient être égaux, et qu'il ne falloit pas avoir, même pour un cardinal, des déférences contraires aux réglemens. Ce ministre a eu à la Bastille deux entretiens avec sa victime, qui, malgré ses infortunes, le traita avec cette noble fierté qui n'abandonne jamais une âme élevée, et avec un dédain fait pour tous les êtres vils et méprisables de l'espèce du baron de Breteuil.

«M. le cardinal a été longtems à la Bastille sans pouvoir sortir de son appartement avant 7 heures du soir, parce que les ouvriers qui construisoient alors la chapelle neuve ne sortoient qu'à cette heure et parce que, quoique tout Paris sùt qu'il y étoit, il étoit du réglement qu'il ne devoit pas y être vu.

Lorsque quelqu'un passoit dans la cour, il étoit sujet comme un autre à se réfugier dans le cabinet; cependant, quand il se promenoit, l'on avoit l'attention de ne laisser entrer que les personnes qu'on ne pouvoit pas indispensablement refuser ; il a eu dans la suite la promenade des tours et celle du bastion.

«Les entrevues avec le joaillier Boehmer se sont passées dans la maison du gouverneur même. L'on a remarqué que M. le cardinal s'y rendoit coiffé, habillé et décoré comme quand il alloit chez le roi.

«M. de Rohan est fait à tous égards pour présider l'Assemblée nationale, et nous osons assurer qu'il sera unanimement appelé à cette fonction honorable. Quand nous réfléchissons que dans le cours de sa présidence il sera peut-être chargé de présenter au roi, dans ces mêmes appartemens où, au scandale de tout le monde, revêtu de ses ornemens pontificaux, il a été arrêté et livré a la cabale

de ses ennemis, les adresses des représentans de la nation; quand nous pensons que M. le cardinal de Rohan, victime en 1785 d'une cabale ministérielle, peut en 1789 être chargé de présenter au roi, pour qu'il la fasse publier, une dénonciation, une flétrissure, un décret de l'Assemblée nationale qui livre à l'exécration présente, a l'exécration future, à l'exécration de tous les siècles, les attentats commis sur sa personne par des monstres que l'enfer vomit de tems a autre dans sa colère pour le tourment du genre humain: quelle vicissitude! ... »

Revenons à la fameuse cloche.

Les sentinelles de la cour, selon un imprimé trouvé à la Bastille et intitulé Consigne) sonnaient l'heure à chaque quart d'heure de la nuit, sur une cloche destinée a cet usage, et trois coups seulement a chaque heure du jour.

Ainsi, jusqu'à ce qu'un prisonnier fût habitué à ce bruit sinistre, il était éveillé trente fois dans la nuit par les tristes sons que l'on prenait pour l'empêcher de reprendre sa liberté; Mme de Staël s'en plaint dans ses Mémoires. Pendant le séjour de M. le cardinal de Rohan à la BastiIle, on eut la déférence d'interrompre l'exercice de cette cloche qui l'incommodait.

« La célébrité du jugement, dit l'abbé Georgel, où l'honneur de la reine était intéressé, où le roi, accusateur, avait traduit son grand-aumônier, prince, évêque, souverain et cardinal, comme prévenu du crime de lèse-majesté, avoit considérablement multiplié le nombre des juges.

Tous les conseillers honoraires et les maîtres des requêtes qui se trouvoient en droit de siéger à la Grande Chambre, s'y rendirent. Les séances furent longues et multipliées.

Il fallut y lire toute la procédure; puis le rapport étant fini, il fallut, selon l'usage, entendre à la barre les prisonniers décrétés de prise de corps. On fit paroître successivement la demoiselle d'Oliva, le comte de Cagliostro, Vilette et la dame de la Motte; le cardinal fut réservé pour le dernier. Mlle d'Oliva avoua avec ingénuité la faiblesse qu'elle avoit eue de céder aux instances de Mme de la Motte pour la scène du bosquet, croyant comme on le lui disoit, que c'étoit pour amuser la reine. Cagliostro soutint qu'il étoit étranger à tout. Vilette reconnut que la signature Marie-Antoinette de France étoit de sa main.

« Mme de la Motte parut devant ses juges avec une hardiesse et une effronterie qui les révoltèrent. Elle ne fit aucun aveu et nia les faits les plus avérés. Le cardinal, réunissant toutes les forces de son esprit à l'énergie de son âme pour une séance si décisive, se présenta dans l'attitude d'un homme profondément affecté, mais calme au milieu de ses peines: sa contenance faisoit voir un mélange intéressant de respect, de modestie et de dignité. Il se tenoit debout à la barre; la pâleur de son visage annonçoit les suites de la maladie qui avoit inquiété pour ses jours. Le premier président l'invita à s'asseoir; il n'obéit qu'à la troisième invitation.

« -J'ai été complétement aveuglé, s'écria-t-il, par le désir immense que j'avois de regagner les bonnes grâces de la reine. »

« Malgré cette scène touchante, le procureur général conclut contre le cardinal à la flétrissure. Les deux rapporteurs qui opinèrent les premiers, adoptèrent ses conclusions en entier. Quatorze conseillers suivirent. Le président d'Ormesson proposa de ne point dépouiller le cardinal de ses dignités, mais de l'obliger à demander pardon à la

reine; huit conseillers se rangèrent de cet avis. Le conseiller Fréteau, et après lui Robert de Saint-Vincent, opinèrent avec énergie pour l'absolution du cardinal; ils entraînèrent la majorité du Parlement.

« Enfin le 3I Mai I786, à 9 heures du soir, après une dernière séance de dix-huit heures, intervint l'arrêt solennel qui déchargeoit le cardinal de l'accusation intentée contre lui; condamnoit la dame de la Motte à avoir les deux épaules marquées par un fer rouge de la lettre V (voleuse), à être rasée par la main du bourreau et à rester ensuite renfermée pour le reste de ses jours à la Salpêtrière. Vilette fut banni à perpétuité, Cagliostro renvoyé du royaume, Mlle Oliva mise hors de cour.

« Quand on lut à la dame de la Motte son arrêt, elle entra dans un accès de rage qui, sans doute, la fit extravaguer. Elle se déchaîna contre la reine et le baron de Breteuil; elle prononça leurs noms avec des imputations atroces et des imprécations qui obligèrent le juge qui présidoit à l'exécution, de lui faire mettre un bâillon dans la bouche. L'exécution finie, elle fut conduite à la Salpêtrière, où, rasée et en habit de pénitente, elle fut enfermée dans une casemate isolée, sans communication qu'avec les personnes chargées de la nourrir et de réprimer, par des châtimens souvent répétés, le flux désordonné de sa langue envenimée. » (1)

«Aussitôt que j'eus connaissance du jugement du cardinal, dit Mme Campan, je me transportai chez la reine. Elle entendit ma voix dans la pièce qui précédait son cabinet. Elle m'appela; je la trouvai fort émue. Elle me dit avec une voix entrecoupée:

« -Faites-moi votre compliment de condoléance; l'intrigant qui a voulu me  perdre ou se procurer de l'argent en abusant de mon  nom et de ma signature, vient d'être complétement cc acquitté. Mais, ajouta-t-elle avec force, comme Française, recevez aussi mon compliment de condoléance.

«Un peuple est bien malheureux d'avoir pour tribunal suprême un ramas de gens qui ne consultent que leurs passions. » A ce moment, le roi entra, je voulus me retirer: « - Restez, me dit-il, vous êtes du nombre de celles qui partagent sincèrement la douleur de votre maîtresse. » Il s'approcha de la reine et la prit par la main :

 

(1) L'abbé G. Georgel- général du cardinal de Rohan. Mémoires.

 

 

 « - Cette affaire vient d'être outrageusement jugée, ajouta-t-il; elle s'explique cependant aisément. Le Parlement n'a vu dans le cardinal qu'un prince de l'Eglise, un prince de Rohan, le proche parent d'un prince du sang, et il eut dû voir en lui un homme indigne de son caractère ecclésiastique, un dissipateur, un grand seigneur dégradé par ses indignes liaisons, un enfant de famille aux ressources et faisant de la terre le fossé. »

«  M. Pierre de Laurencel, substitut du procureur général, fit parvenir à la reine une liste des noms des membres de la Grande Chambre, avec les moyens dont s'étaient servis les amis du cardinal pour gagner leurs voix pendant la durée du procès. Je me rappelle (c'est Mme Campau qui écrit) que les femmes y jouaient un rôle affligeant pour leurs moeurs. C'était par elles, et à raison de sommes considérables qu'elles avaient reçues, que les plus vieilles et les plus respectables têtes avaient été séduites. Je ne vis pas un seul nom du Parlement directement gagné. » (1)

Nous donnerons ici la liste des personnes qui, en même temps et pour le même fait que le cardinal, se trouvaient à la Bastille.

D'abord, ses trois domestiques. BRANDNER, SCHREIBER et LIÉGEOIS, valets de chambre de Son Excellence. - C'est toujours La Bastille dévoilée qui nous servira de guide.

 

(1) Mme CAMPAN. Mémoires.

 

Le premier des trois fut ensuite au service du prince de Luxembourg; le second à celui du prince de Montbazon, et Liégeois est toujours resté à celui du prince Louis de Rohan. Les deux premiers sont entrés avec lui à la Bastille; ils logeaient auprès de lui et étaient renfermés par la même porte, les mêmes verrous et les mêmes serrures. Liégeois logeait au-dessus, il n'est entré que quelques jours après; il en avait demandé la permission au baron de Breteuil, lorsqu'on vint apposer les scellés chez son maître.

Ces trois domestiques ont été fouillés, visités de la tête aux pieds lors de leur entrée. On les a prévenus que, suivant un article du réglement de la Bastille, ils ne pourraient sortir qu'avec leur maître. On les gardait a vue comme des prisonniers, ils n'avaient comme eux qu'une certaine heure pour se promener; ce ne fut qu'après un laps de temps assez considérable qu'il leur fut permis de recevoir des visites du dehors.

CLAUDE CERVAL, dit l'Italien, né a Parvis près Clermont-en- Argonne, diocèse de Verdun, domestique sans condition, logé rue des Poulies, hôtel de Beaujolais; arrêté comme suspect de négocier des bons de finances et même des bons de colonel en second, qu'il disait tenir de M. le cardinal. Compromis en même temps dans l'affaire du collier.

JEANNE DE SAINT-REMY DE VALOIS, épouse de MarieAntoine-Nicolas, comte de la Motte, née a Fontette, le 22 Juillet I756, demeurant a Paris, rue Neuve-Saint-Gilles.

Tout le monde connaît les aventures de cette femme trop célèbre, tout le monde a lu ses mémoires et les pamphlets calomnieux qui, clandestinement répandus par elle, avaient alors le mérite d'exciter la curiosité, mais qui sont tombés dans l'oubli depuis qu'ils sont devenus publics. Elle fut arrêtée le I8 Août a Bar-sur-Aube. Son mari, chargé dans les divers interrogatoires, a été condamné par contumace.

L'on nous a assuré qu'il était actuellement à Paris et qu'il y était revenu avec le projet de faire réviser son procès.

Nous n'avons, pour juger Mme de la Motte, d'autres pièces que celles que tout le monde connaît, grâce à l'heureuse prévoyance de M. de Breteuil, qui a fait enlever toutes les lumières qu'aurait certainement procurées la prise de la Bastille.

Cependant, pour mettre nos lecteurs à portée de juger des talents de cette dame, nous allons leur donner une copie exacte et même figurée d'une de ses lettres à M. de Crosne, dont l'original, qui est entre nos mains, se trouve dans le nombre des pièces que M. de Breteuil n'a pas jugé à propos de faire enlever :

« Je suis desesperai Monsieur de vous tourmenter aussi souvent pour moi mais je me trouve forcée manqu'ent absolument du nécessaire comme j'ai dé’jà eut l'honneur de vous demander par deut foit differente que je soufres beaucout de froit etent toute nüé, je vous prie Monsieur davoir la bonté de vouloir donner des nouveaust ordres pour que jay tout ce dont jai de besoint, je vous en saurai le plus grand grée

« Et suis avec une parfaite estime, Monsieur,

 

«  Votre très-humble servante (signé) :

 

«  C. S. S. de Valois de la Motte de la Penicière.

 

« A Paris, ce 13 Octobre 1785. »

 

Le baron DE PLANTA, ancien capitaine au régiment de Diesback, actuellement en Suisse, son pays. Il avait connu le prince Louis à Vienne, où il vint après avoir été attaché quelque temps au service de la Prusse. Depuis cette époque il avait fort peu quitté M. le cardinal; aussi avait-il été chargé de plusieurs dépêches pour Mme de la Motte; aussi s'est-il trouvé à Versailles à la scène des jardins; aussi a-t-il été compromis dans l'affaire du collier et mis à la Bastille.

 

JEAN-BAPTISTE DE LA PORTE, rue de Verneuil, faubourg Saint-Germain, avocat, gendre du sieur Achet. Ce furent eux qui, les premiers, firent faire aux joailliers Boehmer et Bassange la connaissance fatale des sieur et dame de la Motte. De la Porte avait travaillé pour elle; c'est lui qui a fait les recherches sur la maison de Valois, que la dame de la Motte a fait insérer à la fin du sommaire publié pour sa défense.

 

NICOLAS - FRANÇOIS - PIERRE GRENIER, né en Picardie, demeurant rue Grenétat. C'est un simple bijoutier, qu'on a fait arrêter pour avoir des éclaircissements. On croyait que la dame de la Motte lui avait vendu des diamants ou du moins qu'il avait été employé à les dénaturer.

 

LOUIS-JOSEPH-ARNAUD DU CLUSEL, né à Bordeaux, secrétaire du cabinet de Madame et premier commis de la marine, demeurant Chaussée d'Antin, n° 90. Arrêté comme suspect de négocier des bons de finances dont il est question dans les mémoires relatifs à l'affaire du collier.

 

ALEXANDRE DE CAGLIOSTRO, demeurant à Paris, rue Saint-Claude. Nous ne parlerons ici ni de l'âge, ni du lieu de naissance de ce célèbre aventurier. Qu'est-ce qui n'a pas lu ses Mémoires romanesques? Il était chargé dans l'affaire du collier. L'arrêt du Parlement du 31 Mai 1786 l'a renvoyé absous.

Ci-joint quelques extraits d'une lettre de cet illuminé, qu'il écrivait de Londres, au mois de Juin 1786. On y verra qu'il avait quelquefois le talent de deviner. Nous ignorons comment cette lettre du comte de Cagliostro, écrite de Londres à un de ses amis, se trouve jointe au dossier de l'affaire du collier.

« ....... Les rois sont bien à plaindre d'avoir de tels ministres, j'entends parler du baron de Breteuil, mon persécuteur..... Mon courage ra, dit-on, irrité; il ne peut digérer qu'un homme dans les fers, qu'un étranger sous les verroux de la Bastille, sous sa puissance à lui, digne ministre de cette horrible prison, ait élevé la voix, comme je l'ai fait, pour le faire connoitre, lui, ses principes, ses agens, ses créatures, aux tribunaux français, à la nation, au roi, et à toute l'Europe. J'avoue que ma conduite a pu l'étonner, mais enfin j'ai pris le ton qui m'appartenait. Je suis persuadé que cet homme à la Bastille ne prendroit pas le même; au reste, mon ami, tirez-moi d'un doute.

Le roi m'a chassé de son royaume; mais il ne m'a pas entendu; est-ce ainsi que s'expédient en France toutes les lettres de cachet? Si cela est, je plains vos concitoyens, surtout aussi longtems que le baron de Breteuil aura ce département. Quoi! mon ami, vos personnes, vos biens sont à la merci de cet homme tout seul? Il peut impunément tromper le roi! il peut, sur ses exposés calomnieux et jamais contredits, surprendre, expédier et faire exécuter, par des hommes qui lui ressemblent, ou se donner l'affreux plaisir d'exécuter lui-même des ordres rigoureux, qui plongent l'innocent dans un cachot et livrent sa maison au pillage. J'ose dire que cet abus déplorable mérite toute l'attention du roi. - Me tromperois-je, et le sens commun des François, que j'aime tant, est-il autre que celui des autres hommes? Oublions ma propre cause, parlons-en général. Quand le roi signe une lettre d'exil et d'emprisonnement, il a jugé le malheureux sur qui va tomber sa rigueur toute puissante; mais sur quoi a-t-il jugé? sur le rapport de son ministre; sur quoi s'est-il fondé? sur des plaintes inconnues, sur des informations ténébreuses, qui ne sont jamais communiquées, quelquefois même sur de simples rumeurs, sur des bruits calomnieux, semés par la haine et recueillis par l'envie. La victime est frappée sans savoir d'où le coup part, heureux si le ministre qui l’immole n'est pas son ennemi! J'ose le demander, sont-ce là les caractères d'un jugement? Et si vos lettres de cachet ne sont pas au moins des jugements privés, que sont-elles donc? Je crois que ces réflexions préseptées au roi le toucheroient.

Que seroit-ce s'il entroit dans le détail des maux que sa rigueur occasionne? Toutes les prisons d'Etat ressemblent-elles à la Bastille? Vous n'avez pas d'idée des horreurs de celle-ci. La cynique impudence, l'odieux mensonge, la fausse pitié, l'ironie amère, la cruauté sans frein, l'injustice et la mort y tiennent leur empire, un silence barbare est le moindre des crimes qui s'y commettent. J'étois

pendant six mois à quinze pieds de ma femme, et je l'ignorois. D'autres y sont ensevelis depuis trente ans, réputés morts, malheureux de ne l'être pas, n'ayant, comme les damnés de Milton, du jour dans leur abyme que ce qu'il leur en faut, pour apercevoir l'impénétrable épaisseur des ténèbres qui les environnent et les enveloppent; ils seroient seuls dans l'Univers, si l'Éternel n'existoit pas, ce Dieu bon et vraiment puissant qui leur fera justice un jour, au défaut des hommes. Oui, mon ami, je l'ai dit captif, et, libre, je le répète, il n'est point de crime qui ne soit expié par six mois de Bastille. On prétend qu'il n'y manque ni de questionnaires ni de bourreaux. Je n'ai pas de peine à le croire.

Quelqu'un me demandoit si je retournerois en France dans le cas où les défenses qui m'en étoient faites seroient levées; assurément, ai-je répondu, pourvu que la Bastille soit devenue une promenade publique. Dieu le veuille! Vous avez tout ce qu'il faut pour être heureux, vous autres François, sol fécond, doux climat, bon coeur, gaieté charmante, du génie et des grâces propres à tout, sans égaux dans l'art de plaire, sans maîtres dans les autres, il ne vous manque, mes bons amis, qu'un petit point, c'est d'être sûrs de coucher dans vos lits quand vous êtes irréprochables : mais l'honneur! mais les familles! les lettres de cachet sont un mal nécessaire ..... Que vous êtes simples! on vous berce avec ces cartes; des gens instruits m'ont assuré que la réclamation d'une famille étoit souvent moins efficace pour obtenir un ordre, que la haine d'un commis ou le crédit d'une femme infidèle. L'honneur! les familles! quoi, vous pensez qu'une famille est déshonorée par le supplice d'Lm de ses membres? Quelle pitié! Mes nouveaux hôtes pensent un peu différemment; changez d'opinion enfin et méritez la liberté par la raison.

« Il est digne de vos parlemens de travailler a cette heureuse révolution; elle n'est difficile que pour les âmes faibles; qu'elle soit bien préparée, voila tout le secret : qu'ils ne brusquent rien. Ils ont pour eux l'intérêt bien entendu des peuples, du roi, de sa maison, qu'ils ayent aussi le tems, premier ministre de la vérité, le tems par qui s'étendent et s'affermissent les racines du bien comme du mal; du courage, de la patience, la force du lion, la prudence de l'éléphant, la simplicité de la colombe, et cette révolution si nécessaire sera pacifique, condition sans laquelle il ne faut pas y penser; vous devrez a vos magistrats un bonheur dont n'a joui aucun peuple; comme celui de recouvrer votre liberté sans coup férir, en la tenant de la main de vos rois. »

« Oui, mon ami, Je vous l'annonce; il régnera sur vous un prince qui mettra sa gloire a l'abolition des lettres de cachet, a la convocation des Etats-généraux et surtout au rétablissement de la vraie religion. Il sentira, ce prince aimé du ciel, que l'abus du pouvoir est destructif a la longue du pouvoir même; il ne se contentera pas d'être le premier de ses ministres, il voudra devenir le premier des François. Heureux le roi qui portera cet édit mémorable! heureux le chancelier qui le signera! heureux le parlement qui le vérifiera! Que dis-je, mon ami, les tems sont peut-être arrivés, il est certain du moins que votre souverain est propre à cette grande oeuvre. Je sais qu'il y travailleroit s'il n'écoutoit que son coeur: sa rigueur à mon égard ne m'aveugle pas sur ses vertus.

« Adieu, mon ami ....., demandez à Déprémesnil, s'il m'avoit donc oublié, je n'ai point de ses nouvelles .....

«De Londres, le 20 Juin 1786. »

 

SERAPHINA FELICHIANI, née à Rome, épouse du sieur comte de Cagliostro, arrêtée pour ses relations avec M. le cardinal et comme pouvant être instruite des faits qu'on cherchait à découvrir.

« Nous remarquons dans divers interrogatoires que nous avons sous les yeux; que les ministres qui en fournissaient le canevas, désiraient beaucoup savoir si elle avait des enfants, surtout si elle avait une fille. »

 

La dame DE LANCOTTE DE LA TOUR, soeur du sieur de la Motte, arrêtée comme la précédente sur de simples soupçons.

C'est la fille de cette dame qui était la jeune personne innocente dont Cagliostro se servait pour ses scènes mystérieuses.

Cette jeune personne était âgée de 12 ou 13 ans.

Elle avait d'abord été en pension à l'abbaye d'Y ères, près de Gros-Bois, et ensuite au couvent de Saint-Joseph, à Paris.

La demoiselle LAINÉ BRIFFAULT, dite Rosalie femme de chambre de la dame de la Motte, arrêtée comme suspecte d'intelligence avec sa maîtresse.

 

MARIE-NICOLE LE GUAY, dite d'Oliva ou Dessign, née à Paris, paroisse Saint-Laurent, le 1er Septembre 1761, mise hors de cour, attendu que, quoique innocente au fond, il a été regardé comme juste qu'il lui fût imprimé cette tache pour le crime purement matériel qu'elle avait commis. Elle fut arrêtée à Bruxelles.

C'est cette malheureuse fille qui, entraînée dans le crime par le besoin et les mauvais exemples, fut choisie par le sieur de la Motte pour jouer le rôle principal dans la scène des jardins de Versailles.

Elle est entrée grosse à la Bastille; elle y est accouchée d'un garçon, par les soins du chirurgien du château, de la dame Chopin, sage-femme, et du nommé Guyon, porte-clefs. L'enfant fut baptisé à Saint-Paul, sous le nom de Toussaint de Beausire, mais non pas sans difficulté, parce qu'on voulait avoir du sieur Toussaint de Beausire une déclaration signée de lui, par laquelle il se reconnaissait le père de l'enfant.

La mère le nourrit elle-même à la Bastille; il fut transféré avec elle à la Conciergerie. En 1789, l'enfant vivait, mais la mère mourut à Fontenay, près Paris, dans une extrême misère. Elle avait épousé son amant et s'en était séparée. Réfugiée dans un couvent, on lui conseilla de prendre l'air de la campagne; elle fut à Fontenay et y est morte.

On n'a jamais vu tant d'honnêteté et de dissolution réunies dans la même personne. Jamais on n’a vu plus de franchise, plus de candeur que Mlle d’ Oliva en a fait paraître dans son interrogatoire. C'est une justice que lui rendirent, ses juges, ses avocats et tous ceux qui ont eu avec elle des relations. Elle a plus contribué à la justification de M. le cardinal que son innocence même. D'elle a dépendu le sort du grand-aumônier .... et ce qui est triste à dire, c'est que la famille de Rohan ne lui en a jamais témoigné la moindre reconnaissance.

 

JEAN-BAPTISTE TOUSSAINT DE BEAUSIRE, âgé de 24 ans,

né à Paris, paroisse Saint-Cosme, amant et puis époux de la demoiselle d'Oliva, fut arrêté, comme elle, à Bruxelles, à cause de ses relations avec ladite d'Oliva.

 

MARC-ANTOINE RETAUX DE VILETTE, ancien gendarme, né à Lyon, au mois de Février I754. Son père était directeur-général des octrois de cette ville. Il fut arrêté à Genève par Quidor, inspecteur de police, qui le conduisit à la Bastille. C'est ce sieur Retaux de Vilette qui, séduit par les promesses perfides de la dame de la Motte, écrivit le serment approuvé et la fausse signature de la reine. C'est également lui qui avait écrit de sa main, sous la dictée de Mme de la Motte, toutes les lettres dont elle s'était servie pour subjuguer l'esprit de M. le cardinal.

Le sieur de Vilette a été condamné à un bannissement perpétuel, sans fouet ni marque, attendu qu'il a été regardé comme l'instrument passif et aveugle des sieur et dame de la Motte.

Il existe, à la date de I786, un Recueil curieux de pièces relatives à l'affaire du collier:

 

Sommaire pour la comtesse de Valois-Lamotte, accusée; contre .M le Procureur général, accusateur; en présence de M. le cardinal de Rohan et autres co-accusés. 64 pages

 

Mémoire pour le comte de Cagliostro, accusé contre M. le Procureur général, accusateur; en présence de M. le cardinal de Rohan, de la Comtesse de la Motte et autres co-accusés. 63 pages.

 

Avec une Requête à joindre au Mémoire du comte de Cagliostro à Nosseigneurs du Parlement, la Grande-Chambre assemblée. I3 pages.

 

Mémoire pour le sieur de Bette d'Etienville, servant de réponse à celui de M. de Fages. 38 pages.

 

Recueil de pièces authentiques et intéressantes pour servir d'éclaircissement à l'affaire concernant le cardinal prince de Rohan. 70 pages.

 

Dans ce dernier Memoire se trouve une Lettre contenant la déposition de la demoiselle d' Oliva, où nous lisons:

On a trouve dans le Recueil de la Calotte, ouvrage en trois volumes de Gallet, fameux chansonnier, l'amphigouri suivant fait du temps du cardinal Dubois, et l'on n'a pas manqué de le ressusciter:

 

Dans le jardin du Sérail

Un cardinal en camail

Feignait de jouer au mail:

Mais en détail

Tout son travail

Etait de voir le bétail

Qu'on enferme en ce bercail.

Un eunuque noir,

Près d'un réservoir,

Lui fit voir,

Vers le soir,

Dans un miroir

La tête d'un âne

Qu'il prit pour la sultane.

 

Pendant que le cardinal de Rohan était à la Bastille, attendant son jugement, il fut indisposé: il demanda un médecin; on lui dépêcha Portal, qui le guérit.

A ce propos, on fit cet Alleluia .'

 

L'intrigant médecin Portal

Nous a rendu le cardinal;

Il l'a bourré de quinquina

Alleluia!

 

Oliva dit qu'il est dindon,

La Motte dit qu'il est fripon,

Lui se confesse, un vrai bêta

Alleluia!

 

Notre Saint-Père l'a rougi,

Le roi, la reine l'ont noirci;

Le Parlement le blanchira

Alleluia!

 

A la Cour il est impuissant,

A la ville il est indécent

A Saverne il végétera

Alleluia!

 

Il est dit, à propos de la maladie du cardinal, dans la Lettre contenant la déposition de la demoiselle d'Oliva) datée de Paris, le 29 Décembre 1785 : « Des accès violents de la colique néphrétique, à laquelle il est sujet, et une tumeur qui s'est déclarée à leur suite, prouvent combien il a été sensible à la tournure que prend son affaire ; mais il montre d'ailleurs un abattement et un découragement qui affligent ses partisans. »

Voici d'autres couplets un peu postérieurs aux précédents: car on en ajoutait toujours de nouveaux. La verve des critiques versificateurs ou rimailleurs ne tarissait pas à l'endroit du cardinal :

 

Nous voici dans le temps pascal,

Que dites-vous du cardinal?

Apprenez-nous s'il chantera

Alleluia ! ....

 

Que Cagliostro ne soit rien,

Qu'il soit Maltois, juif ou chrétien,

A l'affaire que fait cela?

Alleluia !...

 

A Versailles comme à Paris,

Tous les grands et tous les petits

Voudraient élargir Oliva,

Alleluia !...

 

De Valois (Mme de la Motte) l'histoire insensée

Par un roman fut commencée,

Un collier le terminera

Alleluia ! ....

 

Voici l'histoire du procès

Qui met tout Paris en accès;

Nous dirons quand il finira

Alleluia !...

 

 

A suivre...

Le Roy de Sainte-Croix. (Les Quatre Rohan).

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MAISONS NOBLES DE LORRAINE

PREMIER EXTRAIT

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LE REVERS DE LA MÉDAILLE

DU CARDINAL DE ROHAN

Affaire du Collier

 

Tout le monde sait à quoi ce titre fait allusion; tout le monde connaît plus ou moins l'affaire fameuse du collier : ce n'est donc pas cette histoire, toujours restée embrouillée que nous voulons remettre au jour. Ce qui nous intéresse en ce moment, ce sont les suites de l'affaire du collier par rapport au cardinal de Rohan, qui sont beaucoup moins connues et qui ne manquent certes pas d'intérêt au point de vue satyrique et comico-tragique.

Reprenons le drame où le cardinal fut le malheureux héros. Le 15 Août 1785, le cardinal, étant déjà revêtu de ses habits pontificaux, fut appelé à midi dans le cabinet du roi, où se trouvait la reine. Le roi lui dit: « - Vous avez acheté des diamants à Boehmer? - Oui, sire. - Qu'en avez-vous fait? - Je croyais qu'ils avaient été remis à la

reine. - Qui vous avait chargé de cette commission? -

Une dame appelée Mille la comtesse de la Motte Valois, qui m'avait présenté une lettre de la reine, et j'ai cru faire ma cour à Sa Majesté en me chargeant de cette commission.

« Alors la reine l'interrompit et lui dit: « - Comment, Monsieur, avez-vous pu croire, vous à qui je n'ai pas adressé la parole depuis huit ans, que je vous choisissais pour conduire cette négociation et par l'entremise d'une pareille femme? - Je vois bien, reprit le cardinal, que j'ai été cruellement trompé; je payerai le collier; l'envie que j'avais de plaire à Votre Majesté m'a fasciné les yeux; je n'ai vu nulle supercherie, et j'en suis fâché. » Alors il sortit de sa poche un portefeuille dans lequel était la lettre de la reine à Mme de la Motte pour lui donner cette commission.

Le roi la prit, et la montrant au cardinal, lui dit:

 « - Ce n'est ni l'écriture de la reine ni sa signature: comment un prince de la maison de Rohan et un grand aumônier a-t-il pu croire que la reine signait Marie-A1ltoinette de France? Personne n'ignore que les reines ne signent leur nom de baptême. Mais, Monsieur, continua le roi, en lui présentant une copie de sa lettre à Boehmer, avez-vous écrit une lettre pareille à celle-ci? » Le cardinal, après l'avoir parcourue des yeux: « - Je ne me souviens pas, dit-il, de l'avoir écrite. - Et si l'on vous montrait l'original signé de vous? - Si la lettre est signée de moi, elle est vraie. - Expliquez-moi donc, continua le roi, toute cette énigme; je ne veux pas vous trouver coupable; je désire votre justification. Expliquez-moi ce que signifient toutes ces démarches auprès de Boehmer, ces assurances et ces billets? » Le cardinal pâlissait alors à vue d'oeil, et s'appuyant contre la table: « - Sire, je suis trop troublé pour répondre à votre Majesté d'une manière ....

« - Remettez-vous, Monsieur le cardinal, et passez dans mon cabinet; vous y trouverez du papier, des plumes et de l'encre; écrivez ce que vous avez à me dire.

« Le cardinal passa dans le cabinet du roi et revint un quart d’heure après, avec un écrit aussi peu clair que l'avaient été ses réponses verbales. Le roi prend le papier en disant au cardinal:

« - Je vous préviens que vous allez être arrêté.

« - Ah! sire, j'obéirai toujours aux ordres de Votre Majesté, mais qu'elle daigne m'épargner la douleur d'être arrêté dans mes habits pontificaux, aux yeux de toute la Cour! -

« - Il faut que cela soit »; et sur ce mot, le roi quitte brusquement le cardinal sans l'écouter davantage.

Au sortir de chez le roi, le cardinal de Rohan était arrêté et conduit à la Bastille. Deux jours· après, il en sortait pour assister, en présence du baron de Breteuil, à l'inventaire de ses papiers. Le 5 Septembre 1785, le jugement du cardinal était enlevé à la juridiction des tribunaux ecclésiastiques et déféré à la Grand' Chambre assemblée par lettres pétantes où la volonté du roi s'exprimait ainsi:

« LOUIS, par la grâce de Dieu, roi de France et de Nayarre; à nos amés et féaux conseillers, les gens tenans notre Cour de Parlement, à Paris, SALUT. Ayant été informé que les nommés Boehrner et Bassange auroient vendu un collier au cardinal de Rohan, à l'insu de la Reine, notre très-chère épouse et compagne, lequel leur auroit dit être autorisé par elle à en faire l'acquisition, moyennant le prix de seize cent l'nille livres, payables en différents termes, et leur auroit fait voir, à cet effet, de prétendues propositions qu'il leur auroit exhibées comme approuvées et signées par la Reine; que ledit collier, ayant été livré par lesdits Bcehmer et Bassange audit cardinal, et le premier payement convenu entre eux n'ayant pas été effectué, ils auroient eu recours à la Reine. Nous n'avons pu voir sans une juste indignation que l'on ait osé emprunter un nom auguste et qui nous est cher a tant de titres, et violer, avec une témérité aussi inouïe, le respect dû a la Majesté royale.

Nous avons pensé qu'il etoit de notre justice de mander devant nous ledit cardinal, et, sur la déclaration qu'il nous a faite, qu'il avoit été trompé par une femme nommée La Motte de Valois, nous avons jugé qu'il étoit indispensable de nous assurer de sa personne et de celle de ladite dame de Valois, et de prendre les mesures que notre sagesse nous a suggérées pour découvrir tous ceux qui auroient pu être auteurs ou complices d'lm attentat de cette nature, et nous avons jugé a propos de vous en attribuer la connoissance pour être le procès par vous instruit, jugé, la Grand'Chambre assemblée. »

Le cardinal de Rohan se défendait et se justifiait comme il suit. Au mois de Septembre I78I, Mme de Boulainvilliers lui présentait une femme dont elle était la bienfaitrice, qu'elle avait recueillie et élevée, Mme de la Motte-Valois.

La misère de la protégée de Mme de Boulainvilliers, son nom, son rang, sa figure, son esprit, touchaient le cardinal. Il aidait Mme de la Motte de quelques louis. Mais que pouvait l'aumône contre le désordre de Mille de la Motte? Au mois d'Avril I784, elle obtenait d'aliéner la pension de I,500 livres accordée par la Cour à la descendante des Valois. Tout donne à croire que, vers ce temps, des relations s'étaient établies entre le cardinal et Mme de la Motte. Mme de la Motte était entrée dans des secrets échappés au cardinal, a l'imprudence de sa parole et a la légèreté de son caractère. Elle le savait las de sa position à la Cour, impatient des amertumes de sa disgrâce et des froideurs méprisantes de la reine, ambitieux et bouillant d'effacer son passé, prêt à tout) avec l'ardeur de la faiblesse, pour rentrer en grâce. Peu à peu, par degrés, autour du cardinal et par tous ses familiers, Mme de la Motte ébruitait doucement, discrètement, une protection auguste, une grande faveur, dont elle était honorée; confirmant elle-même les propos qu'elle semait, disant qu'elle avait un accès secret auprès de la reine, que des terres du chef de sa famille lui allaient être restituées, qu'elle allait avoir part aux grâces. Le cardinal, il ne faut pas l'oublier, s'il n'était ni un niais ni un sot, s'il avait tout le vernis d'un homme du monde et tout l'esprit d'un salon, le cardinal manquait absolument de ce sang-froid de la raison et de ce contrôle du bon sens qui est la conscience et la règle des actes de la vie. Aveuglé par son désir de rentrer en grâce, il s'abandonnait à Mme de la Motte, qui travaillait sans relâche sa confiance, nourrissait ses désirs, enhardissait ses illusions par toutes les ressources et toutes les audaces de l'intrigue et du mensonge. Un jour Mme de la Motte disait au cardinal: « - Je suis autorisée par la reine à vous demander par écrit la justification des torts qu'on vous impute. »

Cette apologie remise par le cardinal à Mme de la Motte, Mme de la Motte apportait, quelques jours après, ces lignes où elle faisait ainsi parler la reine au cardinal: « J'ai lu votre lettre, je suis charmée de ne plus vous trouver coupable; je ne puis encore vous accorder l'audience que vous désirez. Quand les circonstances le permettront, je vous en ferai prévenir; soyez discret. »

Et quels soupçons, quelles inquiétudes pouvaient rester au cardinal après cette impudente comédie d'Août I784, imaginée par Mme de la Motte, où une femme ayant la figure, l'air, le costume et la voix de la reine, lui apparaissait dans les jardins de Versailles et lui donnait à croire que le passé était oublié? De ce jour, le cardinal appartenait tout entier à Mme de la Motte. Les espérances insolentes qu'il osait concevoir de cette entrevue le livraient et le liaient à une crédulité sans réflexion, sans remords, sans bornes. Mme de la Motte pouvait dès lors en abuser à son gré, en faire l'instrument de sa fortune, le complice de ses intrigues. Elle pouvait tout demander au cardinal au nom de cette reine qui lui avait pardonné, non avec la dignité d'une reine, mais avec la grâce d'une femme. Et c'est dès ce mois d'Août une somme de 60,000 livres que Mme de la Motte tire du cardinal, pour des infortunés, dit-elle, auxquels la reine s'intéresse; et c'est, au mois de Novembre, une autre somme de IOO,OOO écus qu'elle obtient encore de lui, au nom de la reine, pour le même objet. Mais de telles sommes étaient loin de suffire aux besoins, aux dettes, aux goûts, au luxe, à la maison de Mme de la Motte. Tentée par l'occasion, elle songea à faire sa fortune, une grande fortune, d'un seul coup.

Bassange et Boehmer, qui entretenaient tout Paris de leur collier, et battaient toutes les influences pour forcer la main au roi ou à la reine, étaient tombés sur un sieur Delaporte, de la société de Mme de la Motte, qui leur avait parlé de Mme de la Motte comme d'une dame honorée des bontés de la reine. Bassange et Boehmer sollicitent aussitôt de Mme de la Motte la permission de lui faire voir le collier.

Elle y consent, et le collier lui est présenté le 29 Décembre 1784. Mme de la Motte, habile à cacher son jeu, parle aux joailliers de sa répugnance à se mêler de cette affaire, sans les désespérer toutefois. Au sortir de l'entrevue, elle se hâte d'expédier, par le baron de Planta, une nouvelle lettre au cardinal, alors à Strasbourg. Mme de la Motte y faisait dire à la reine:

« Le moment que je désire n'est pas encore venu, mais je hâte votre retour pour une négociation secrète qui m'intéresse personnellement et que je ne veux confier qu'à vous; la comtesse de la Motte vous dira de ma part le mot de l'énigme. »

 

Le 20 Janvier 1785, Mme de la Motte fait dire aux joailliers de se rendre chez elle le lendemain 21 ; et là, en présence du sieur Hachette, beau-père du sieur Delaporte, elle leur annonce que la reine désire le collier, et qu'un grand seigneur sera chargé de traiter cette négociation pour Sa Majesté. Le 24 Janvier, le comte et la comtesse de la Motte rendent visite aux joailliers, leur disent que le collier sera acheté par la reine, que le négociateur ne tardera pas à paraître, et qu'ils avisent à prendre leurs sûretés. L'affaire avait été engagée pendant l'absence du cardinal. Mme de la Motte lui apprenait à son retour de Saverne, le 5 Janvier, que la reine désirait acheter le collier des sieurs Boehmer et Bassange, et entendait le charger de suivre les détails et de régler les conditions de l'achat; elle appuyait son dire de lettres qui ne permettaient au cardinal qu'une soumission respectueuse.

Le 24 Janvier, le cardinal, à la suite d'une visite des époux de la Motte, entre chez les joailliers, se fait montrer le collier, et ne cache pas qu'il achète non pour lui-même, mais pour une personne qu'il ne nomme pas, mais qu'il obtiendra peut-être la permission de nommer. Quelques jours après, le' cardinal revoit les joailliers. Il leur montre des conditions écrites de sa main:

1° le collier sera estimé si le prix de 1,600,000 livres paraît excessif;

2° les payements se feront en deux ans, de six mois en six mois;

3° on pourra consentir des délégations; 4° ces conditions agréées par l'acquéreur, le collier devra être livré le 1er Février au plus tard. Les joailliers acceptent ces conditions, et signent l'écrit sans que la reine soit nommée. Cet écrit, revêtu de l'acceptation des joailliers, est remis à Mme de la Motte qui, deux jours après, le rend au cardinal, avec des approbations à chaque article, et au bas la signature: Marie Antoinette de France.

Aussitôt le cardinal, étourdi du succès de sa négociation, de la faveur dont il croit jouir, du mystère même dont la reine entoure sa confiance, écrit aux joailliers que le traité est conclu, et les prie d'apporter l'objet vendu.

Les joailliers, assurés que c'est à la reine qu'ils vendent, se rendent aux ordres du cardinal. Le collier reçu, le cardinal se rend à Versailles, arrive chez Mme de la Motte, lui remet l'écrin: « - La reine attend, dit Mme de la Motte, ce collier lui sera remis ce soir. » En ce moment paraît un homme qui se fait annoncer comme envoyé par la reine. Le cardinal se retire dans une alcôve; l'homme remet un billet; Mme de la Motte le fait attendre quelques instants, va montrer au cardinal le billet, portant ordre de remettre le collier au porteur. L'homme est appelé. Il reçoit l'écrin. Il part.

Le cardinal, convaincu que le collier est remis à la reine, donne ce jour même la première preuve de l'acquisition faite par la reine par cette lettre: «  Monsieur Boehmer, S. M. la reine m'a fait connaître que ses intentions étoient que les intérêts de ce qui sera dû après le premier payement, fin Août, courent et vous soient payés successivement avec les capitaux jusqu'a parfait acquittement. »

Ainsi le cardinal, enfoncé dans la confiance, n'a pas un doute. Le lendemain, il charge son heiduque Schreiber de voir s'il n'y aurait rien de nouveau dans la parure de la reine au dîner de Sa Majesté. Le 3 Février, rencontrant a Versailles le sieur et la dame Rassange, il leur reproche de n'avoir point fait encore leurs très humbles remercîments a la reine de ce qu'elle a bien voulu acheter leur collier. Il les pousse à la voir, a en chercher l'occasion, à la provoquer. Toutefois, le cardinal s'étonnait de ne pas voir la reine porter le collier, et il partit pour Saverne, ne soupçonnant rien encore, mais déjà moins hardi dans ses rêves, presque déçu. Mme de la Motte venait le retrouver a Saverne, et relevait sa confiance en lui promettant une audience de la reine a son retour. Le cardinal, revenu de Saverne, l'audience tardant, la reine continuant a ne pas porter le collier, le cardinal s'inquiétait. Il pressait Mme de la Motte. La reine trouvait le prix excessif, répondait Mme de la Motte, qui voulait gagner du temps; la reine demandait ou l'estimation ou la diminution de 200,000 livres. Jusque-là, ajoutait Mme de la Motte, la reine ne portera pas le collier. Les joailliers se soumettaient à la réduction, et Mme de la Motte faisait voir au cardinal une nouvelle lettre de la reine, dans laquelle la reine disait qu'elle gardait le collier, et qu'elle ferait payer 700,000 livres au lieu de 400,000 à l'époque de la première échéance, fixée au 3 l Juillet.

C'est alors que le cardinal, les joailliers ayant négligé de se présenter devant la reine pour la remercier, exigeait d'eux qu'ils lui écrivissent leurs remercîments. Malheureusement cette lettre de Boehmer, reçue par la reine, lue par elle, tout haut, devant ses femmes présentes; cette lettre, qui eût pu être une révélation, était considérée par la reine comme un nouvel acte de folie de ce marchand qui l'avait menacée de se jeter à l'eau. La reine n'y comprenant rien et n'y voyant cc qu'une énigme du Mercure, la jetait au feu. Et qui pourrait essayer de nier l'ignorance de la reine? Ne faudrait-il pas nier cette note écrite au moment où la fraude va être découverte, et trouvée dans le peu de papiers du cardinal échappés au feu allumé par l'abbé Georgel?

« Envoyé chercher une seconde fois B. (Boehmer). La tête lui tourne depuis que A. (la reine) lui a dit: Que veulent dire ces gens-là? Je crois qu'ils perdent la tête. »

Ceci se passait le 12 Juillet. Quelques jours après, Mme de la Motte avertissait le cardinal que les 700,000 livres, payables au 3 l Juillet, ne seraient pas payées, que la reine en avait disposé; mais que les intérêts seraient acquittés.

La préoccupation de ce payement qui manque, le souci de faire attendre les joailliers, troublent le cardinal. Il s'alarme.

A ce moment, il lui tombe sous les yeux de l'écriture de la reine. Il soupçonne. Il mande Mme de la Motte. Elle arrive tranquille, et le rassure. Elle n'a pas vu, dit-elle, écrire la reine; mais les approbations sont de sa main, il n'y a pas le moindre doute à avoir. Elle jure que les ordres qu'elle a transmis au cardinal lui viennent de la reine.

D'ailleurs, pour lui ôter toute inquiétude, elle va lui apporter 30,000 livres de la part de la reine pour les intérêts.

Et ces 30,000 livres, Mme de la Motte les apporte au cardinal.

Le cardinal ignore que Mme de la Motte les a empruntées sur des bijoux mis en gage chez son notaire, et tous ses soupçons tombent devant une pareille somme apportée par une femme qu'il nourrit de ses charités.

Le 3 Août, Boehmer voyait Mme Campan à sa maison de campagne, et tout se découvrait. Mme de la Motte faisait appeler le cardinal, dont l'aveuglement continuait sans que cette phrase de Bassange, du 4 Août, l'eût éclairé:

« Votre intermédiaire ne nous trompe-t-il pas tous les deux? »

Mme de la Motte se plaignait au cardinal d'inimitiés redoutables conjurées contre elle, lui demandait un asile, le compromettait par cette hospitalité, puis le quittait le 5, et se retirait à Bar-sur-Aube. Elle espérait que l'affaire se dénouerait sans éclat; elle comptait que le cardinal avait trop à risquer pour appeler sur son imprudence et sa témérité le bruit, la lumière, la justice. Compromis avec elle, le cardinal payerait et se tairait, pensait Mme de la Motte.

Toute cette affaire n'était donc qu'une escroquerie.

Encore l'idée n'en était-elle pas bien neuve. Le scandale n'était pas oublié d'une Mme de Cahouet de Villiers, qui par deux fois, en 1777, imitant l'écriture et la signature de Marie-Antoinette, s'était fait livrer d'importantes fournitures par la demoiselle Bertin; puis, réprimandée pour toute punition et pardonnée par la reine, fabriquait une nouvelle lettre signée Marie-Antoinette, au moyen de laquelle elle enlevait 200,000 livres au fermier général Béranger.

Une autre intrigue, moins ébruitée, presque inconnue du public même alors, n'avait-elle pas, quelques années après, annoncé l'affaire du collier, et montré la voie à l'imagination de Mme de la Motte? Une femme, en I782, s'était vantée, elle aussi, d'être honorée de la confiance et de l'intimité de la reine. Elle montrait des lettres de Mme de Polignac, qui la priait de se rendre à Trianon. Elle usait du cachet de la reine, surpris par elle sur la table du duc de Polignac. A l'entendre, elle disposait de la faveur de Mme de Lamballe; à l'entendre, elle avait, par son crédit sur la reine, désarmé le ressentiment de la princesse de Guémenée et de Mme de Chimay contre une dame de Roquefeuille.

Mêmes mensonges et mêmes dupes, c'est la même comédie, et, chose inconcevable, c'est le même nom: l'intrigante de I782 s'appelait, elle aussi, de la Motte!

Marie-Josephe-Françoise Waldburg-Frohberg, épouse de Stanislas-Henri-Pierre du Pont de la Motte, ci-devant administrateur et inspecteur du collège royal de la Flèche.

A l'appui de sa bonne foi de dupe, le cardinal de Rohan apportait la subite fortune et le soudain étalage de Mme de la Motte, ce mobilier énorme dont Chevalier avait fourni les bronzes, Sikes les cristaux, Adam les marbres; tout ce train, monté d'un coup de baguette, chevaux, équipage, livrée; tant de dépenses, l'achat d'une maison, d'une argenterie magnifique, d'un écrin de IOOOOO livres, tant d'argent jeté de tous les côtés aux caprices les plus ruineux, par exemple à un oiseau automate de 1,500 livres! La défense du cardinal rapprochait de ces dépenses les ventes successives de diamants faites par la femme la Motte, à partir du 1er Février, pour 27,000 livres, 16,000 livres, 36,000 livres, etc. ; les ventes de montures de bijoux pour 40 ou 50,000 livres; les ventes opérées en Angleterre par le mari de Mme de la Motte de diamants semblables à ceux du collier, d'après le dessin envoyé de France, pour 400,000 livres en argent, ou échangés contre d'autres bijoux, tels qu'un médaillon de diamants de 230 louis, des perles à broder pour 1,890 louis, etc.; tous échanges ou ventes certifiés par les tabellions royaux de Londres.

L'éclat de cette fortune et de ces dépenses, ajoutait la défense, avait été soigneusement dérobé au cardinal par Mme de la Motte. Elle le recevait dans un grenier lorsqu'il venait chez elle; et le 5 Août, lorsqu'elle le quittait pour aller h'3biter la maison qu'elle avait achetée à Bar-sur-Aube, elle lui disait se retirer chez une de ses parentes.

Mme de la Motte niait tout. Elle niait ses rapports avec les joailliers, ce bruit de faveur auprès de la reine répandu par elle, le récit fait par le cardinal de la remise du collier.

Ne voyant son salut que dans la perte du cardinal, elle imaginait cette fable d'une influence magnétique de Cagliostro sur le cardinal. C'était à Cagliostro, suivant elle, que le cardinal avait remis le collier. C'était Cagliostro qui avait fait prendre au cardinal le comte et la comtesse de la Motte pour agents en France et en Angleterre du dépècement et du changement de nature du collier. Les deux grands faits à sa charge, la fausse signature de la reine sur le marché, et la comédie de l'apparition de la reine au cardinal dans le parc de Versailles, Mme de la Motte les repoussait d'un ton léger. Suivant elle, « le cardinal ayant toujours gardé le plus grand secret sur cette négociation qu'il a conduite lui-même, elle ne connaît la négociation que comme le public, par les lettres patentes du mois de Septembre dernier et le réquisitoire en forme de plaintes du procureur général. »

Quant à la scène du parc de Versailles, elle s'écrie ironiquement dans son mémoire: « C'est le baron de Planta qui apparemment aura fait voir à M. de Rohan, ou lui aura fait croire qu'il voyait on ne sait quel fantôme à travers l'une de ces bouteilles d'eau limpide avec laquelle Cagliostro a fait voir notre auguste reine à la jeune demoiselle de la Tour » ; et raillant agréablement le cardinal:

« Dans ce rêve extravagant, M. de Rohan a-t-il donc reconnu le port majestueux, ces attitudes de tête qui n'appartiennent qu'à une reine, fille et soeur d'empereur? »

Une déposition inattendue venait faire justice du persiflage de Mme de la Motte. Un religieux minime déclarait avoir désiré prêcher à la Cour, pour obtenir le titre de prédicateur du roi. Refusé pour un de ses sermons soumis au grand aumônier de France, il avait été engagé à se présenter chez Mme de la Motte, qui, lui dit-on, gouvernait le cardinal, et lui obtiendrait cette faveur. Il avait suivi le conseil, réussi auprès de Mme de la Motte, prêché devant le roi. De là une grande reconnaissance du religieux, qui devenait l'ami de Mme de la Motte et son commensal habituel.

Un jour qu'il y dînait, il avait été frappé de la beauté d'une jeune personne et de sa ressemblance avec la reine.

Il se rappelait l'avoir vue reparaître le soir, après une seconde toilette, avec la coiffure habituelle de la reine.

Sur cette déposition, sur les recherches de la police, la demoiselle Oliva était arrêtée, le 17 Octobre, à Bruxelles, et amenée à la Bastille. Interrogée, elle confirmait la déposition du Père Loth. Un homme qui l'avait rencontrée au Palais-Royal, lui avait rendu plusieurs visites. Il lui parlait de protections puissantes qu'il voulait lui faire obtenir, puis lui annonçait la visite d'une dame de grande distinction qui s'intéressait à elle. Cette dame était Mme de la Motte. Elle se disait à la d'Oliva chargée par la reine de trouver une personne qui pût faire quelque chose qu'on lui expliquerait lorsqu'il en sera temps, et lui offrait 15,000 livres. La d'Oliva acceptait. C'était dans les premiers jours d'Août. Le comte et la comtesse de la Motte amenèrent la d'Oliva à Versailles. Ils sortent, puis reviennent, et lui annoncent que la reine attend avec la plus vive impatience le lendemain, pour voir comment la chose se passera. Le lendemain, c'est la comtesse qui s'occupe elle-même de la toilette de la d'Oliva. Elle lui met une robe de linon, une robe à l'enfant, ou une gaule, appelée plus communément une chemise, et la coiffe en demi-bonnet.

Quand elle est habillée, la comtesse lui dit: « - Je vous conduirai ce soir dans le parc, et vous remettrez cette lettre à un très grand seigneur que vous y rencontrerez. » Entre 11 heures et minuit, Mme de la Motte lui jetait un mantelet blanc sur les épaules, une thérèse sur la tête, et la conduisait au parc. En chemin, elle lui remettait une rose: « - Vous remettrez cette rose avec la lettre à la personne qui se présentera devant vous et vous lui direz seulement: Vous savez ce que cela veut dire. » Arrivée au parc, Mme de la Motte fait placer la d'Oliva dans une charmille, puis va chercher le grand seigneur, qui s'approche en s'inclinant.

La d'Oliva dit la phrase, remet la rose ..... « -Vite! vite! venez! » C'est Mme de la Motte qui accourt et l'entraîne.

Ce démenti, donné à toute la défense de Mme de la Motte, n'abattit point son impudence. Mais bientôt un autre démenti confondait ses mensonges. Rétaux de Villette, son confident, son secrétaire, arrêté à Genève, avouait qu'abusé par l'influence de Mme de la Motte, par l'espérance d'une fortune auprès du cardinal, il avait écrit, sous la dictée de Mme de la Motte, toutes les fausses lettres qui avaient trompé M. de Rohan. Il avouait qu'il avait tracé, sous ses ordres, les mots Approuvé en marge du traité de vente du collier, tracé au bas la signature Marie-Antoinette de France. (1)

Ainsi, « une intrigante, dit Mme Campan, avait tout ourdi. Elle avait trompé le cardinal et le joaillier, contrefait (ou fait contrefaire) la signature de la reine, et imaginé une rencontre entre la reine et le cardinal, le soir, dans les jardins de Versailles, où une fille nommée Oliva, qui ressemblait étrangement à Marie-Antoinette, se montra un instant et disparut dans les bosquets. Le cardinal fut dupe de cette ressemblance comme il l'avait été de tout le reste.

« Madame, belle-soeur du roi, avait été la seule protectrice de Mme de la Motte, qui se disait descendante de la maison de Valois, et cette protection s'était bornée à lui faire accorder une mince pension de 1200 ou 1500 francs. Son frère avait été placé dans la marine royale, où le marquis de Chabert, auquel il avait été recommandé, ne put jamais en faire un officier estimable.

« La reine chercha vainement à se rappeler les traits de cette femme, dont elle avait souvent entendu parler comme d'une intrigante qui venait souvent le dimanche dans la galerie de Versailles, où le public était admis comme dans le parc; et lorsqu'à l'approche où le procès du cardinal occupait toute la France, on mit en vente le portrait de la comtesse de la Motte-Valois, Sa Majesté me dit, un jour où j'allais à Paris, de lui acheter cette gravure que l'on disait assez ressemblante pour qu'elle vît si elle lui retrouvait une personne qu'elle devait avoir aperçue dans la galerie.

« Non seulement la reine, mais tout ce qui approchait Sa Majesté n'avait jamais eu la moindre relation avec cette intrigante; et, dans son procès, elle ne put indiquer qu'un nommé Duclos, garçon de la chambre de la reine, auquel elle prétendait avoir remis le collier de Bcehmer.

Ce Duclos était un fort honnête homme. Confronté avec la femme de la Motte, il fut prouvé qu'elle ne l'avait jamais vue accoucheur qu'une fois, chez la femme d'un chirurgien de Versailles, qui était la seule personne chez qui elle allait à la Cour, et qu'elle ne lui avait point remis le collier.

Mme de la Motte avait épousé un simple garde du corps de Monsieur; elle logeait à Versailles, dans un très médiocre hôtel garni, A la Belle-Image' et l'on ne peut concevoir comment une personne aussi obscure était parvenue à se faire croire amie de la reine, qui, malgré son extrême bonté, n'accordait d'audience que très rarement seulement aux personnes titrées.» (1)

 

(1) Histoire de Marie-Antoinette, par E. et J. DE GONCOURT

Il fut prouvé au procès :

 

1° Que le cardinal avait été persuadé qu'il achetait le collier pour la reine;

2° Que l'autorisation signée : Marie-Antoinette de France, était écrite de la main de Vilette, à l'instigation de la dame de la Motte;

3° Que le collier avait été livré à Mme de la Motte pour le faire remettre à la reine;

4° Que son mari l'avait porté dépecé Londres; qu'il en avait vendu pour son compte les pierres les plus précieuses.

 

1 Mme CAMPAN. Mémoires.

 

A suivre...

Le Roy de Sainte-Croix (Les Quatre Rohan).

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MAISONS NOBLES DE LORRAINE

TROISIEME EXTRAIT

 

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LE CARDINAL AU BAPTÊME DU DAUPHIN

 

En 1781, la reine accoucha de celui qui devait mourir chez le cordonnier Simon. Voici cc que raconte Mme d'Oberkirch à l'occasion de cc pauvre dauphin:

« Pendant ma maladie, un grand événement eut lieu à Versailles: la reine était accouchée de M. le dauphin.

Il fut baptisé le lendemain de sa naissance par M. le cardinal-prince de Rohan, grand-aumônier, évêque de Strasbourg, et tenu sur les fonts au nom de l'empereur et de Mme de Piémont, par Monsieur frère du roi, et par Madame comtesse de Provence. La mode vint de porter des dauphins en or, ornés de brillants, comme on portait des jeannettes. » (1)

 

1 Mémoires de la baronne d'Oberkirch. T. Ier, p. 157

 

CAGLIOSTRO EN ALSACE

CHEZ LE CARDINAL DE ROHAN

 

« En arrivant à Strasbourg, à la fin de Novembre 1780, dit encore la baronne d'Oberkirch, nous trouvâmes toutes les têtes occupées d'un charlatan devenu célèbre, qui commençait alors, avec une rare adresse, les jongleries qui lui ont fait jouer un rôle si étrange. Je vais en dire ce que j'en ai vu, avec sincérité, laissant à mes lecteurs à juger ce que je n'ai pu comprendre ...... Un huissier, ouvrant les deux battants de la porte, annonça tout à coup: -

« S. Exc. M. le comte de cc Cagliostro! Je tournai promptement la tête. J'avais entendu parler de cet aventurier depuis mon arrivée à Strasbourg, n).ais je ne l'avais pas encore rencontré. Je restai stupéfaite de le voir entrer ainsi chez l'évêque, de l'entendre annoncer avec cette pompe, et plus stupéfaite encore de l'accueil qu'il reçut. Il était en Alsace depuis le mois de Septembre, et il y faisait un bruit incroyable, prétendant guérir toutes sortes de maladies. Comme il ne recevait pas d'argent, et qu'au contraire il en répandait beaucoup parmi les pauvres, il attirait la foule chez lui, malgré la non-réussite de sa panacée. Il ne guérissait que ceux qui se portaient bien, ou du moins ceux chez lesquels l'imagination était assez forte pour aider le remède. La police avait les yeux sur lui, elle le faisait épier d'assez près, et il affectait de la braver. On le disait Arabe; cependant, son accent était plutôt italien ou piémontais. J'ai su depuis qu'en effet il était de Naples. A cette époque, pour frapper l'esprit du vulgaire, il affectait des bizarreries. Il ne dormait que dans un fauteuil et ne mangeait que du fromage.

« Il n'était pas absolument beau, mais jamais physionomie plus remarquable ne s'était offerte à mon observation.

Il avait surtout un regard d'une profondeur presque surnaturelle; je ne saurais rendre l'expression de ses yeux; c'était en même temps de la flamme et de la glace, il attirait et il repoussait; il faisait peur et il inspirait une curiosité insurmontable. On traçait de lui deux portraits différents, ressemblants tous les deux et aussi dissemblables que possible. Il portait à sa chemise, aux chaînes de ses montres, à ses doigts, des diamants d'une grosseur et d'une eau admirables; si ce n'était pas du strass, cela valait la rançon d'un roi. Il prétendait les fabriquer lui-même.

Toute cette friperie sentait le charlatan d'une lieue.

« A peine le cardinal l'aperçut-il, qu'il courut au-devant de lui, et pendant qu'il saluait à la porte, il lui dit quelques mots que je ne cherchai pas à entendre. Tous les deux vinrent vers nous; je m'étais levée en même temps que l'évêque, mais je me hâtai de me rasseoir, ne voulant pas laisser croire à cet aventurier que je lui accordais quelque attention. Je fus bientôt contrainte à m'en occuper néanmoins, et j'avoue en toute humilité, aujourd'hui, que je n'eus pas à m'en repentir, ayant toujours beaucoup aimé l'extraordinaire.

« Son Éminence trouva le moyen, au bout de quelque cinq minutes, et quelque résistance que j'y fisse, ainsi que M. d'Oberkirch de nous mettre en conversation directe; elle eut le tact de ne je serais partie sur-le-champ, pas me nommer, sans quoi mais elle le mêla dans nos propos et nous dans les siens; il fallut bien se répondre.

Cagliostro ne cessait de me regarder; mon mari me fit signe de partir; je ne vis pas ce signe; mais je sentis ce regard entrant dans mon sein comme une vrille, je ne trouve pas d'autre expression. Tout à coup, il interrompit M. de Rohan, lequel, par parenthèse, s'en pâmait de joie, et me dit brusquement:

« - Madame, vous n'avez pas de mère, vous avez à cc peine connu la vôtre, et vous avez une fille. Vous êtes la « seule fille de votre famille et vous n'aurez pas d'autre cc enfant que celle que vous avez déjà.

« Je regardai autour de moi, si surprise, que je ne suis pas revenue encore d'une telle audace s'adressant à une femme de ma qualité. Je crus qu'il parlait à une autre, et je ne répondis pas.

« -.Répondez, Madame, reprit le cardinal d'un air suppliant.

« -. Monseigneur, Mme d'Oberkirch ne répond qu'à ceux qu'elle a l'honneur de connaître sur pareilles matières, répliqua mon mari d'un ton presque impertinent; je craignis qu'il ne manquât de respect à l'évêque.

« Il se leva et salua d'un air hautain; j'en fis de même.

Le cardinal, embarrassé, accoutumé à trouver partout des courtisans, ne sut quelle contenance tenir. Cependant, il s'approcha de M. d'Oberkirch, Cagliostro me regardait toujours) et lui adressa quelques mots d'une si excessive prévenance, qu'il n'y eut pas moyen de se montrer rebelle.

« - M. de Cagliostro est un savant qu'il ne faut pas traiter comme un homme ordinaire, ajouta-t-il;  demeurez quelques instants, mon cher baron; permettez à Mme d'Oberkirch de répondre; il n'y a là ni péché ni  inconvenance, je vous le promets, et d'ailleurs, n'ai-je  pas des absolutions toutes prêtes pour les cas réservés?

« - Je n'ai pas l'honneur d'être de vos ouailles, Mon seigneur, interrompit M. d'Oberkirch, avec un reste de mauvaise humeur.

« - Je ne le sais que trop, Monsieur, et j'en suis marri; vous feriez honneur à notre église. Mme la baronne, dites-nous si M. de Cagliostro s'est trompé, dites-nous le, je vous en supplie.

«- Il ne s'est point trompé dans ce qui concerne le passé, répliquai-je, entraînée par la vérité.

« - Et je ne me trompe pas davantage en ce qui concerne l'avenir répondit-il d'une voix si cuivrée, qu'elle retentissait comme une trompette voilée de crêpe.

« - Il faut bien que je l'avoue, j'eus en ce moment un irrésistible désir de consulter cet homme; et la crainte de contrarier M. d'Oberkirch, dont je savais l'éloignement pour ces sortes de mômeries, put seule m'en empêcher.

Le cardinal restait· bouche béante; il était visiblement subjugué par cet habile jongleur et ne ra que trop prouvé depuis. Ce jour-là restera irrévocablement gravé dans ma mémoire. J'eus de la peine à m'arracher à une fascination que je comprends difficilement aujourd'hui, bien que je ne puisse la nier.

« Je n'en ai pas : fini avec Cagliostro, et ce qui me reste à dire de lui est au moins aussi singulier et plus inconnu encore. Il prédit d'une manière certaine la mort de l'impératrice Marie-Thérèse, à l'heure même où elle rendait le dernier soupir. M. de Rohan me le dit le soir même, et la nouvelle n'arriva que cinq jours après.» (1)

L'année suivante, Mme d'Oberkirch était de nouveau établie à Strasbourg; un jour, on lui remet cc une lettre cachetée d'un sceau immense, par laquelle Mgr. le cardinal de Rohan l'invitait à dîner, ainsi que M. d'Oberkirch, trois jours après. Je ne compris rien à cette politesse, dit-elle, à laquelle nous n'étions point accoutumés.

« - Je gage, dit mon mari, qu'il veut nous mettre en face de son maudit sorcier, auquel je ferais volontiers un  mauvais parti.

 

1 Mémoires de la baronne d'Oberkirch, t. 1er, p. 135.

 

 

« - Il est à Paris, répliquai-je.

« - Il est ici depuis un mois, suivi par une douzaine de folles, auxquelles il a persuadé qu'il allait les guérir.

« C'est une frénésie, une rage; et des femmes de qualité, encore! voilà le plus triste. Elles ont abandonné Paris à  sa suite, elles sont ici parquées dans des cellules; tout leur est égal, pourvu qu'elles soient sous le regard du grand cophte, leur maître et leur médecin. Vit-on jamais pareille démence ?

« - Je croyais qu'il était allé soigner le prince de « Soubise?

« - Sans doute, mais il est revenu, et avec le cortège.

« Depuis son retour, il a guéri ici, d'une fièvre imaginaire, un officier de dragons qui passait pour gravement malade. C'est à qui, depuis lors, réclamera ses conseils.

« Il fait grandement les choses, je l'avoue, et c'est un philanthrope de la meilleure espèce. Ce mot, inventé depuis peu par le reste des encyclopédistes, me sembla au moins aussi étrange que ce qui précédait.  Nous hésitâmes assez longtemps avant de répondre au prince. M. d'Oberkirch avait grande envie de refuser, et moi, toujours au contraire, ce désir inconcevable de revoir le sorcier, ainsi que l'appelait mon mari. La crainte d'être impolis envers Son Eminence nous décida à accepter.

J'avoue que le coeur me battait au moment où j'entrai chez le cardinal; c'était une crainte indéfinissable et qui n'était pourtant pas sans charme. Nous ne nous étions pas trompés: Cagliostro était là.

« Jamais on ne se fera une idée de la fureur, de la passion avec laquelle tout le monde se jetait à sa tête; il faut l'avoir vu. On l'entourait, on l'obsédait; c'était à qui obtiendrait de lui un regard, une parole. Et ce n'était pas seulement dans notre province: à Paris, l'engouement était le même. M. d'Oberkirch n'avait rien exagéré. Une douzaine de femmes de qualité, plus deux comédiennes, l'avaient suivi pour ne pas interrompre leur traitement, et la cure de l'officier de dragons, feinte ou véritable, acheva de le diviniser. Je m'étais promise de ne me singulariser en rien, d'accepter comme les autres la science merveilleuse de l'adepte, ou du moins d'en avoir l'air, mais de ne jamais me livrer avec lui, ni de lui donner l'occasion d'étaler sa fatuité pédante, et surtout de ne point permettre qu'il franchît le seuil de notre porte.

« Dès qu'il m'aperçut, il me salua très respectueusement; je lui rendis son salut sans affectation de hauteur ni de bonne grâce. Je ne savais pourquoi le cardinal tenait à me gagner plus qu'une autre. Nous étions une quinzaine de personnes, et lui ne s'occupa que de moi. Il mit une coquetterie raffinée à m'amener à sa manière de voir. Il me plaça à sa droite, ne causa presque qu'avec moi, et tâcha, par tous les moyens possibles, de m'inculquer ses convictions. Je résistai doucement, mais fermement; il s'impatienta et en vint aux confidences en sortant de table.

Si je ne l'avais pas entendu, je ne supposerais jamais qu'un prince de l'Eglise romaine, un Rohan, un homme intelligent et honorable sous tant d'autres rapports, puisse se laisser subjuguer au point d'abjurer sa dignité, son libre arbitre, devant un chevalier d'industrie.

« - En vérité, Madame la baronne, vous êtes trop «difficile à convaincre. Quoi! ce qu'il vous a dit à vous « même, ce que je viens de vous raconter, ne vous a pas « persuadée! Il vous faut donc tout avouer; souvenez « vous au moins que je vais vous confier un secret d'importance. »

 « Je me trouvai fort embarrassée; je ne me souciais pas de son secret, et son inconséquence très connue dont il me donnait du reste une si grande preuve, me faisait craindre de partager l'honneur de sa confiance avec trop de gens, et avec des gens indignes de lui. J'allais me récuser, il le devina.

« - Ne dites pas non, interrompit-il, et écoutez-moi.

« Vous voyez bien ceci? »

« Il me montrait un gros solitaire qu'il portait au petit doigt et sur lequel étaient gravées les armes de la maison de Rohan; c'était une bague de 20,000 livres au moins.

« - C'est une belle pierre, Monseigneur, et je l'avais déjà admirée.

« - Eh bien! c'est lui qui l'a faite, entendez-vous; il « l'a créée avec rien; je l'ai vu, j'étais là, les yeux fixés « sur le creuset, et j'ai assisté à l'opération. Est-ce de la « science? Qu'en pensez-vous, Madame la baronne? On « ne dira pas qu'il me leurre, qu'il m'exploite; le joaillier et le graveur ont estimé le brillant à 25,000 livres. Vous  conviendrez au moins que c'est un étrange filou que celui qui fait de pareils cadeaux. »

« Je restai stupéfaite, je l'avoue; M. de Rohan s'en aperçut et continua, se croyant sûr de sa victoire:

« - Ce n'est pas tout: il fait de l'or; il m'en a composé devant moi, pour 5 ou 6,000 livres, là-haut, dans les combles du palais. J'en aurai davantage, j'en aurai beaucoup; il me rendra le prince le plus riche de l'Europe. Ce ne sont point des rêves, Madame, ce sont des preuves. Et ses prophéties toutes réalisées, et toutes les guérisons miraculeuses qu'il a opérées! Je vous dis que c'est l'homme le plus extraordinaire, le plus sublime et  dont le savoir n'a d'égal au monde que sa bonté. Que (c d'aumônes il répand que de bien il fait! cela passe toute imagination.

« - Quoi! Monseigneur, Votre Excellence ne lui a rien donné pour tout cela, pas la moindre avance, pas de  promesses, pas d'écrit qui vous compromette. Pardonnez  ma curiosité, puisque vous voulez bien me confier ces mystères, je ....

«- Vous avez raison, Madame, et je puis vous  assurer un fait, c'est qu'il n'a absolument rien demandé, qu'il n'a rien reçu de moi.

«  - Ah! Monseigneur! m'écriai-je, il faut que cet homme compte exiger de vous de bien dangereux sacrifices, pour acheter aussi cher votre confiance illimitée!

« A votre place, j'y prendrais garde; il vous conduira loin. Le cardinal ne me répondit que par un sourire d'incrédulité; mais je suis sûre que plus tard, dans l'affaire du collier, lorsque Cagliostro et Mme de la Motte l'eurent jeté au fond de l'abîme, il se rappela mes paroles.

« Nous causâmes ainsi presque toute la soirée; et je finis par découvrir le but de ses cajoleries; le pauvre prince n'agissait pas de lui-même. Cagliostro savait mon amitié intime avec la grande-duchesse, et il avait insisté auprès de son protecteur, pour qu'il me persuadât de son pouvoir occulte, afin d'arriver par moi à Son Altesse Impériale. Le plan n'était pas mal conçu, mais il échoua devant ma volonté; je ne dis pas ma raison, elle eût été insuffisante; je ne dis pas ma conviction, je la sentais ébranlée. Il est certain que si je n'avais pas dominé le penchant qui m'entraînait vers le merveilleux, je fusse devenue, moi aussi peut-être, la dupe de cet intrigant.

L'inconnu est si séduisant! Le prisme des découvertes et des sciences astrologiques a tant d'éclat! Ce que je ne puis dissimuler, c'est qu'il y avait en Cagliostro une puissance démoniaque; c'est qu'il fascinait l'esprit, c'est qu'il domptait la réflexion. Je ne me charge pas d'expliquer ce phénomène, je le raconte, laissant à de plus instruits que moi le soin d'en percer le mystère.

« Le cardinal de Rohan perdit plus tard des sommes immenses, prodigieuses, avec ce désintéressé. On assure pourtant qu'il est encore complètement aveuglé et qu'il n'en parle que les larmes aux yeux. Quelle tête que celle de ce prélat! Quelle position il a gâtée! Que de mal il a fait par sa faiblesse et son inconséquence! Il l'expie cruellement; mais il a été bien coupable!»

M. Ch. Asselineau publia en 1862, sous le titre de : Mélanges curieux et anecdotiques) chez Téchener, à Paris, une collection des autographes et des documents historiques appartenant à M. Fossé-Darcosse, un fort volume in-8°.

Dans le nombre des pièces se trouvait une lettre autographe signée par le prince-évêque de Strasbourg, Louis-René de Rohan. C'était pour recommander Cagliostro à Strasbourg.

Cette lettre de trois pages in-4°, datée de Versailles, le 13 Janvier 1783, et adressée au comte de .... , a pour objet de recommander la personne de M. de Cagliostro, qu'il seroit advantageux de fixer dans la ville de Strasbourg, en le détournant de l'idée de retourner à Bastia. Il a droit: « A toutes les nuances de votre bienfaisance sous le rapport de son honnesteté et de son attachement singulier à tout ce qui prend dans son esprit le caractère d'utilité pour l'homme souffrant. ... »!

 

1 Le Bibliographe alsacien. N° 7, 1863, p. 189.

 

A suivre...

Le Roy de Sainte-Croix (Les Quatre Rohan).

 

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