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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #PRESENTATION LIVRES

 

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LE SACRE DES ROIS DE FRANCE.


FELIX LACOINTA. Editions Lacour-Ollé. 

 

 

Le lecteur, curieux de savoir comment se déroulait la Cérémonie du Sacre des Rois de France, trouvera dans cet ouvrage de Félix LACOINTA les données nécessaires à combler son envie. Il sera transporté, et ce dès les origines, aux fonds baptimaux de la Cathédrale de Reims, lieu où l'on procéda, pour la première fois, au couronnement de Clovis ouvrant ainsi le Cycle du Lys jalonnant 1296 ans de l'Histoire de France. A ne pas manquer.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #HISTORIQUE VILLE

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Rosace de l'église Saint-Jean. Bar-le-Duc.

REVENU PATRIMONIAL ET OCTROIS.

Pendant longtemps, sous le régime ducal, la ville de Bar demeura sans ressource propre. Entretenue, comme forteresse; sollicitude du souverain occupant une surface resserrée, la communauté put être dispensée des charges inhérentes à une constitution dégagée d'entraves, croyons-nous, dans les premiers siècles, de ce régime, en une quiétude qui n’exigeait la recherche d'aucun expédient pour parer aux dépenses locales.

Un jour, enfin, a sonné l'heure d'une toute autre existence : l'érection de la Ville-Neuve (1367), ayant doté les bourgeois de plus de franchises, de privilèges et de libertés qu'ils n'en possédaient, avec la charge pourtant de fermer cette ville neuve et d'entretenir à perpétuité toutes les défenses de la cité ; la nécessité suivit, pour la communauté, d’asseoir des tailles.

Quand deux siècles après, la ville fut envoyée en possession des plages qui avaient été reservées en dehors des murailles, alors et par suite des aliénations partielles de ces terrains, moyennant cens et redevance, cette même communauté a constitué ce qu'on appela le revenu patrimonial.

Ces plages et les terrains vagues s'étendaient en dehors de l'enceinte; au Nord : en cette partie que l'on nommait Clouyères et Couture des Gravières, actuellement rue de la Banque, Etienne et rues de la Landry-Gillon et le Lycée ; au Sud-Est : en cette autre partie nommée Pressoir, des Prés et Gravières, entre la rivière et le canal urbain : au Sud-Ouest : à ce point nommé Pilviteuil.

Néanmoins ce revenu était trop insuffisant quant on eût les charges de guerre. Assez longtemps on usa de la taille ; mais comme le chiffre des rôles allait croissant; pour se soustraire au paiement des cotes, les bourgeois prirent le parti de déserter. Un nombre notable courut à la recherche d'une autre patrie.

Les octrois succédèrent à la taille : ce fut le duc Charles IV, par ordonnance du 27 octobre 1661, qui accorda ce moyen secourable. Louis XIV, en avril 1673, le continua. Il affectait les entrées, la vente des vins en détail, les chairs et viandes, les moutures.

En 1693, l'apurement des comptes des deniers patrimoniaux et d'octrois fut évoqué au Parlement de Metz.

Il le fut au Conseil d'Etat de Lorraine, par décret du duc Léopold du 12 janvier 1700. Ainsi on y porta Je compte de l'année 1698.

En 1700, il fut édicté que les octrois, dont les hôtels-de-ville jugeraient la création indispensable, seraient autorisés par le souverain.

Dans le milieu du siècle, les concessions ou prorogations de ces octrois étaient renfermées dans une durée de neuf ans.

Le roi Louis XVI ordonna, le 20 juin 1777, que les droits d'octroi accordés précédemment aux villes des duchés de Lorraine et de Bar demeuraient maintenus à leur profit.

 FINANCES ET COMPTABILITÉS LOCALES.

Le régime, comparé aux règles du temps actuel, révèle bien une candeur patriarcale dans les applications qu'en faisait le corps dirigeant de la cité.

Dans ce temps, donc, où la ville était devenue propriétaire ou donataire des fortifications, et qu'elle en avait acquis les abords, et aussi des terres vagues et des friches de différentes parties du territoire, des charges incombèrent, qui la mirent dans l'impérieuse nécessité de créer certain genre de ressources pour en supporter le poids.

La ville imposa sur ses habitants une taille dite de fermeté, exclusivement affectée aux frais d'entretien des murailles et fossés, des tours, portes et guets.

Des quartiers nouveaux s'étant ajoutés autour de l'enceinte, la population accrut; comme les moyens pour la Caire subsister se trouvaient insuffisants, puisqu'alors rien n'était encore fondé soit en industrie, soit en commerce, la ville, disons-nous, eût beaucoup de pauvres, et, pour les nourrir, aussi bien que des mendiants de l'extérieur, qui vinrent nombreux les joindre, alors surgit une taille des pauvres.

Il arriva que la ville, encore, dût recevoir des garnisons comme jamais elle n'en avait logé, à qui tout dut être fourni, en vivres, fourrages, linges, literie, bois, chandelles; les besoins qu'il fallait servir engendrèrent une troisième sorte de taille : celle-ci de somme plus forte, toujours, que pour ce qui concernait les deux autres.

Pour ces trois tailles, et séparément, des rôles étaient dressés en mairie; puis les gouverneurs des carrefours, au nombre de huit, notez-le bien, comme était celui des carrefours, munis d'extraits, procédaient, chacun dans son ressort, au recouvrement des cotisations.

Nous avons vu que, de l'année 1550 jusqu'à 1629, ou soit jusqu'à l'établissement du Conseil de ville, un agent titré contrôleur-receveur, faisait la recette des revenus patrimoniaux, des droits, des rentes, des poules, des épaves, des bienvenues; il restait étranger au recouvrement des tailles.

Comme la comptabilité de celles-ci demeurait propre aux gouverneurs des carrefours, les opérations en furent compliquées. Ces gouverneurs y rencontraient toutes sortes d'entraves, comme des prétendus droits à franchise ou exemption; mais eux-mêmes n'apportaient pas à la mairie les comptes de leurs gestions, et on dut presque toujours les contraindre pour avoir ces comptes et les reliquats qu'ils

avaient retenus, pendant plusieurs années, après l'expiration de leurs fonctions triennales. C'est démontré qu'il a régné, pendant longtemps, en cette branche des services, un désordre, des abus, des préjudices insupportables; de longues années se passèrent avant que la trace même en fut effacée. D'autres comptabilités étaient également apportées à l'audition du Conseil de ville : 

Celle de l'hôtel-Dieu ou hôpital ;

Celle de la fabrique de l'église Notre-Dame;

Celle de la boite du purgatoire tenue en la même église ;

Celle de la direction de la chapelle de Notre-Dame de la Paix.

Les gestions paraissent avoir toujours été conduites avec régularité.

Les corporations religieuses réglaient leurs comptes chacun en droit soi.

L'usage de compter en francs-barrois, introduit vers le milieu du XVe siècle, fut d'ailleurs aboli dans Bar; et on l’ accepta qu'à partir du 1er janvier 1691, les recettes et les dépenses communales ne seraient plus relevées ou libellées qu'en sols et livres, monnaie de France.

Permettez une excursion qui vient naturellement se caser à la suite de ce qui précède. C'est encore en ce qui touche la taille, moyen dont on usa en premier lieu pour former une ressource à la communauté, en vue d'assurer l'acquittement des dépenses qui lui incombaient.

La taille, dès le XVIe siècle a été l'occasion de conflits et de disputes vives ; et, malheureusement, les luttes entreprises et soutenue dès lors, pour en vouloir une répartition raisonnable prolongèrent longtemps la discorde dans la cité.

La population, partagée en catégories, sous les distinctions des Ordres Ecclésiastique, de Noblesse et de Tiers, il émana, des premières, des aspirations de rejeter, sur le troisième Ordre, toutes les charges locales et publiques. Les Ecclésiastiques et les Nobles de cette époque, prétextant de condition ou de qualités pour se soustraire, refusaient clone de fournir la subsistance des pauvres et des mendiants ; de contribuer aux constructions, réparations et entretien des édifices, ponts et chemins de la ville ; au logement des gens guerre, aux frais des garnisons, à toutes les autres charges publiques…

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MARTYRS DE FRANCE

Capitaine Lefèvre.


Lieutenant Cambray.

 

Au début du combat de la Fourche, le 21 novembre, la 5ième compagnie du 1er bataillon des mobiles de l'Orne perdait son capitaine, M. Alexandre Lefèvre, ancien maire de Marche-Maisons. Ses jeunes soldats, qu'il appelait « ses enfants, » l'ont pleuré comme un père. Son pays

regrette en lui l'homme excellent au cœur loyal.

Un acte de foi, simplement, dignement accompli aux yeux de tous, a couronné sa vie toute exemplaire. Il venait de prendre position devant l'ennemi avec sa troupe, lorsque voyant approcher l'aumônier du bataillon, le R, P. Cabirol, il alla à sa rencontre, et, lui serrant la main :

« Mon Père, dans deux ou trois jours j'aurai quelques mots à vous dire. » — « Pourquoi pas tout de suite, capitaine? » répondit l'aumônier, « la journée va être chaude. » — « Vous avez raison... Eh bien! tout de suite…je suis à vous. »

Les soldats virent alors qu'ils s'éloignaient ensemble. Ils s'arrêtèrent à quelques pas de là, près d'un talus. Le capitaine s'agenouilla en faisant le signe de la croix, la main du prêtre se leva sur sa tête. Une demi-heure était à peine écoulée qu'il tombait foudroyé, atteint en pleine poitrine par un boulet.

Il était âgé de cinquante ans, il avait servi et comptait plusieurs campagnes faites en Afrique.

Courageux, instruit, capable comme il l'était, nul doute qu'il ne fût arrivé aux grades élevés de l'armée, s'il eût continué l'état militaire. Revenu au pays, il ne s'était pas marié ; il vivait heureux près d'une de ses soeurs plus jeune que lui, qui, toute dévouée à ce frère si parfait, était demeurée au foyer paternel.

Henry de Cambray, ce jeune homme plein de courage et de dévouement, succombait à Paris par suite de glorieuses blessures reçues sous les murs de la capitale, dans la sortie du 30 novembre. Jaloux de récompenser une intrépidité toujours infatigable, le général Trochu envoyait à l'héroïque lieutenant de la mobile du Loiret, la croix d'honneur, si noblement teinte de son sang.

Malgré une double et cruelle opération, subie avec un courage et une énergie toute chrétienne, Henry de Cambray ne put survivre à tant de blessures il mourut, comme il avait vécu, plein de foi et d'espérance. Son seul regret était de ne pouvoir embrasser ses chers parents ; c'était le plus dur des sacrifices, il a su noblement le faire : gloire à lui !

Agé de 23 ans, il a fourni une longue carrière.

Dieu, mieux que tout autre, saura le récompenser de son abnégation et de ses rares qualités.

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MARTYRS DE FRANCE

Sous-lieutenant Luiset.


Capitaine Albert Rouvière.

  

Le 76° de ligne combattait auprès du village de Stiring. C'est là que je vis tomber sous le feu de l'ennemi M. Luiset, de Lille, sous-lieutenant et porte-drapeau du régiment. Plus préoccupé du drapeau que de sa blessure, je l'entendis dans sa chute crier de toutes ses forces : « Mes amis ! au drapeau, au drapeau ! Sauvez le drapeau. » Je courus à lui, et, aidé du tambour major, je l'emportai dans la voiture de l'ambulance.

Sa blessure lui avait ouvert le ventre, et ses entrailles sorties traînaient dans la poussière et sur le marchepied de la voiture. Il perdait tout son sang et il devait être d'une faiblesse extrême. Mais rien ne paraissait, et, toujours occupé du drapeau, il criait par la portière de la voiture : « Mes amis, où est le drapeau? Le drapeau est-il sauvé?... » Arrivé à l'ambulance, je le remis aux mains de notre chirurgien en chef, et dès qu'il fut pansé, il m'appela et me dit : " M. l'aumônier, vous pouvez me confesser et me donner tous les sacrements, je les recevrai avec bonheur, J'appartiens à une famille chrétienne, et puis, j'ai eu de si bons maîtres au collège de Marcq; j'en ai reçu de si bons principes que je suis heureux de l'occasion de remplir mon devoir de chrétien après avoir rempli celui de soldat. » Je lui administrai donc les sacrements, et, après encore une heure de courage et de prières, il rendit le dernier soupir.

 

ABBÉ BARON.

 

On écrivait de Nîmes :

 

« Nous pleurons et nous sommes fiers. Un enfant de l'Assomption, mon élève et mon ami, le capitaine Albert Rouvière, est tombé glorieusement après s'être battu comme un lion. C'était un bel officier, fort instruit, d'un brillant avenir.

« Albert Rouvière était âgé de trente-deux ans. Ancien officier d'ordonnance de l'infortuné Maximilien, capitaine adjudant-major au 77e de ligne, il allait être promu au grade de chef de bataillon, dont il faisait les fonctions à Sarrebruck et à Forbach.

« A Saint-Avold, il avait reçu le pain du voyage, le pain des forts, ce pain qui donne la vie et le courage, et qui transforme les chrétiens en lions pour le combat, « après avoir fait la meilleure de ses confessions, » disait-il dans l'intimité domestique, avec cette délicatesse de piété qui était une des distinctions de son caractère.

Au soldat qui se penchait sur son corps pour recueillir son dernier souffle, il a pu dire dans un suprême effort : « Je vous prends à témoin, que je meurs en soldat et en chrétien. »

— Grandeur d'intention, noblesse de parole qui élèvent la mort sur le champ de bataille à la hauteur d'un véritable martyre. »

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MARTYRS DE FRANCE

Prince de Berghes.

 

Sorti l'un des premiers de l'école de Saint-Cyr, le jeune prince de Berghes-Saint-Vinock, était ainsi que son frère, lorsque la guerre éclata, officier au 9° chasseurs. Ses rares qualités le firent désigner par son colonel au général Lebrun, qui cherchait un officier d'ordonnance. Le 31 août,  il prit part à la bataille de Mouzon; le 1er septembre, il était auprès de son général, lorsqu'un obus vint lui fracasser la jambe droite. Il subit l'amputation sur le champ de bataille avec un courage qui lui permit d'en suivre toutes les phases ; le soir même, il fut transporté au village de Givonne. Les hommes généreux qui présidaient aux ambulances accoururent ; parmi eux se trouvait son cousin, le prince de Sagan, dont le dévouement pourvut à tout ce qu'exigeait l'état du jeune blessé. Le lendemain, le prince de Berghes traça de sa main une longue lettre au crayon pour rassurer sa mère. Tant de fermeté et de force d'âme excitaient l'admiration de ceux qui l'entouraient et firent quelque temps illusion à sa mère. Lorsque, au bout de cinq jours, elle parvint enfin près de lui, il fut transporté à Bruxelles, où la famille d'Ursel ne voulut céder à personne le droit de lui prodiguer la plus délicate hospitalité. Bientôt se manifestèrent les plus sinistres symptômes ; il fallut renouveler de douloureuses opérations; le courage du blessé, sa douceur envers ceux qui le soignaient, sa confiance en Dieu, étonnaient les docteurs et grandissaient avec la souffrance; douze jours avant de mourir, il voulut remplir ses devoirs religieux, mais sans éclat, sans témoins, demanda-t-il, « pour ne pas affliger ma mère ! »

Entre chaque crise, il renaissait avec toute sa lucidité, nommant son frère, son général, ses amis, et montrant à découvert sa belle jeune âme prête à s'envoler. Le 23 octobre vit la fin de ses longues tortures vers 10 heures du soir, « Mon Dieu, s'écria-t-il, ayez pitié de moi !» Et il expira dans les bras de sa mère.

Pendant trois jours, les officiers français et belges, des vieillards illustres, des jeunes gens, des jeunes filles s'agenouillèrent sans relâche autour du lit mortuaire ; des femmes pieuses reproduisirent ses traits ; des mains augustes voulurent tresser elles-mêmes les couronnes de roses blanches et d'immortelles qui ornèrent son cercueil. La ville semblait en deuil ; une foule émue se pressait dans l'église. Les blessés des ambulances se traînaient lentement à la suite du cortège, au milieu duquel le fils du maréchal Mac-Mahon représentait son père.

Ceux qui ont connu Pierre de Berghes, et surtout ceux qui l'ont assisté dans ses derniers jours, n'oublieront jamais ce jeune officier si bon, si doux, si brave dans la vie et devant la morte(1).

La noblesse catholique versait généreusement son sang sur tous les champs de bataille pendant que ses détracteurs péroraient et volaient.

 

 On écrivait à la Province de Bordeaux :

« Monsieur le Rédacteur,

» J'avais à l'armée huit cousins ou plus proches parents :

 

MM. Prince de Berghes (Pierre), mort.

Duc de Berghes (Guillaume), blessé.

Comte de Marcellus (Lodoïs), mort.

Comte de Lasteyrie (Robert), blessé.

Vicomte de Malet (Edouard), blesse.

 

MM. Comte de Viel-Castel (Edouard), pas de nouvelles.

Alexis d'Assailly, prisonnier.

Richard de Chassey, mort.

" Ils n'étaient point républicains, mais ils servaient leur pays, fidèles aux traditions patriotiques de leurs familles.

" Veuillez donc faire connaître à vos lecteurs que le sang de la vieille France n'est point tout-à-fait perdu, et que ses représentants ne sont pas tous des gandins dégénérés, quoi qu'en dise l' Emancipation.

" Mais encore une fois, où sont donc les républicains qui parlent d'enflammer nos courages?...

Dans les journaux, où ils calomnient; aux emplois lucratifs, où ils se chauffent, conspirent et

jugent les coups... qu'ils ne portent ni ne reçoivent pas !

" Le pays jugera bientôt.

"ED de L.

 

 

(1) L' Univers.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MARTYRS DE FRANCE

 

 

 

 

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Les canons à balles.

Les Martyrs de la France 1870-1871 par Jules Delmas.

 

 

Monsieur Delmas expose dans cet ouvrage "Martyrs de la France -1870-1871- les noms de personnages qui sont tombés au combat durant la guerre contre les Prussiens. Nous livrons ici quelques extraits, pour simplement nous souvenir que le sang de ces hommes est venu alimenter la terre sacrée de France. Ces hommes étaient pieux, leur volonté de combattre se faisait à l'image du Christ, jusqu'à l'ultime sacrifice, celui de leur vie.

Voici son introduction, suivrons quelques noms sortis de l'oubli.

 

 

Qu'est-ce qu'un chrétien?

 

 

Les révolutionnaires à la recherche d'une bourse, et, comme Erostrate à la recherche d'un nom, se sont associés pour arriver à leurs fins.

La religion les gênait. ils ont juré sa ruine ; Dieu les inquiétait, ils l'ont supprimé. Par leurs journaux et par leurs pamphlets tristement autorisés, ils ont prêché la croisade au rebours, fidèles aux préceptes de leur maître. « Mentons, mentons, disait Voltaire le Prussien, il en restera toujours quelque chose.

Sous l'appât perfide de leur devise : « Liberté, Egalité, Fraternité, » ils ont pris à l'hameçon la sottise humaine. Et les peuples ont renié la foi de leurs ancêtres!... Ils n'ont plus songé qu'aux jouissances de la bête !...

Aussi quand la patrie expirait sous les étreintes de fer d'un ennemi brutal, les fils de la France, que nos rois chrétiens conduisaient toujours à l'honneur, ne savaient plus que se dérober à la bataille.

Il y a eu des exceptions nombreuses, mais ces glorieuses exceptions ne se sont trouvées que chez les combattants sincèrement chrétiens.

Ceux-là seuls savent mourir, parce que leur vie n'est qu'une longue suite d'actes de dévouement, de sacrifice.

Le chrétien est le disciple du Christ, l'imitateur du Christ. Toujours soumis à la volonté divine, toujours résigné, il voit avec la même sérénité la tempête et le calme, les tourments et les joies : la lutte est sa vie, la souffrance est son souffle. Il n'a d'autre devise que celle de sainte Thérèse : « Souffrir et mourir, » Et quand la mort vient, il sourit, sous quelque aspect qu'elle se présente.

Parmi mes lecteurs, quelques-uns, peut-être, sont imbus des préjugés de l'ignorance; à ceux-là, je dirai ces paroles d'un officier de marine à un de ses amis : « Hé quoi ! vous ne connaissez notre religion que par les attaques, les vacarmes dont elle est l'objet, et cela vous suffit pour la juger ! Un homme intelligent et loyal, qui ne désire que la vérité, peut-il procéder aussi légèrement et condamner ce qu'il n'a pas sérieusement examiné ?»

 

 

Mr Jules Delmas.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

NOTRE DAME DE REIMS.

 reims


CHAPITRE PREMIER.   DEUXIEME EXTRAIT.

 

Notre Dame de  Reims.

 

  Cathédrale des Ve et IXe siècles.


plan caté 

Nous trouvons dans Flodoard et dans Marlot, sur la seconde cathédrale, quelques détails plus dignes de confiance. L'intérieur de l'église d'Ebon était orné de riches sculptures ; l'or y brillait de toutes parts. Aux jours de fête, des tapisseries précieuses recouvraient ses murs, et des reliquaires, des vases sacrés, chefs d'œuvre de l'art, ornaient les autels. Des peintures à fresque enrichissaient les voûtes ; d'ingénieuses mosaïques formaient le pavé de l'église ; des figures d'anges, de saints et de martyrs s'y faisaient remarquer. Les carreaux de marbre de diverses couleurs tapissaient le sol de la basilique ; des verrières étincelantes éclairaient l'édifice ; une toiture de plomb l'abritait. Des statues nombreuses décoraient le dedans et le dehors de l'édifice. Hincmar, auteur d'un ouvrage écrit sur la manière d'honorer les images du Seigneur et des Saints, ne les avait pas ménagées.

 

Dessous l'église était creusée une chapelle souterraine ; c'était encore la crypte de Saint-Nicaise et de Saint-Remi, On y célébrait l'office divin sur Un autel renfermant de vénérables reliques ; il était placé sous l'invocation de saint Pierre et de tous les Saints. Au milieu du chœur de l'église supérieure s'élevait un autel dédié à la Sainte-Trinité. Vers le fond de l'abside se trouvait le siège de saint Rigobert, cette stalle de pierre où nos Archevêques allaient s'asseoir en cérémonie, lors de leur réception.

On lui donnait même une antiquité plus reculée encore : on prétendait que saint Remi l'avait occupé.

Le peuple admirait dans cette église l'horloge et les orgues qu'avait faites ou fait faire le savant Gerbert, archevêque de Reims, depuis souverain pontife.

En 970, sous le pontificat d'Adalbéron, on démolit une chapelle qui devait se trouvera l'entrée de l'église, à peu prés sur le point où s'élève la fontaine située entre la cathédrale et l'archevêché.

Elle était placée sous le titre de Saint-Sauveur. Ses ornements étaient notables : dans sa crypte jaillissait une source d'eau limpide.

En 1165, était à Notre-Dame un autel Sainte-Croix, devant lequel pendait une couronne d'argent massif.

Au portail de l'église était sculpté le sacre de Louis le Débonnaire et d'Hernien garde son épouse. On y voyait le pape Etienne IV, qui avait lui-même béni le fils de Charlemagne le 28 janvier 814.

Ebon avait composé et fait tracer au-dessous de ce bas-relief l'inscription

suivante :

 

Ludovicus caesar factus, coronante stephano

Hac in sede papa magno. Tunc et Ebo pontifex

Fondamenta renovacit cuncta loci istuis:

Urbis jura sibi subdens, praesul auxit omnia.

 

Dans l'édifice, l'épitaphe de la mère d'Ebon et la sépulture de quelques archevêques postérieurs à saint Nicaise et antérieurs au XIIIe siècle attirait l'attention du voyageur.

Les dehors du temple étaient protégés par de sévères ordonnances. Il était défendu d'y déposer des ordures, et le ciel punit sévèrement un malheureux qui n'avait pas respecté le règlement de police. Le miracle que racontait à cet égard la tradition, faisait sans doute plus d'impression du temps de nos pères que la crainte d'une amende ou d'un jour de prison.

Sous les voûtes de l'église romane furent sacrés les derniers carlovingiens, Charles le Simple, Lothaire, Louis d'Outremer, après eux le chef de la troisième race Hugues Capet, son petit fils le belliqueux Henri, l'inconstant Philippe Ier, Louis VII dit le Jeune, Philippe-Auguste, le héros des croisades, le rival de Richard Coeur-de-Lion.

Dans la même église se tint le concile de 1119. Calixte II, Louis le Gros s'y trouvèrent. Ils s'assirent à côté l'un de l'autre, sous le crucifix qui décorait l'entrée du choeur. Les archevêques, évoques et abbés étaient rangés des deux côtés de la nef. Les investitures, les simoniaques, les usurpations faites sur les biens de l'Eglise, les désordres du clergé, les querelles de la France et de l'Angleterre occupèrent la grave assemblée.

En 1131, Notre-Dame de Reims voyait encore dans son sein le concile tenu contre l'antipape Pierre de Léon. Saint Bernard, saint Norbert y assistèrent : ils y firent reconnaître les ordres qu'ils avaient fondés. Innocent III présidait.

 

En 1148, Eugène III convoqua dans notre vieille église un nouveau concile. Onze cents prélats s'y réunirent. On y combattit l'hérésie de Guillaume de la Porée et les abus des institutions religieuses.

L'église d'Hincmar, comme Celle de Saint-Nicaise, avait donc ses grands souvenirs. Mais elle n'était pas arrivée jusqu'au XIIIe siècle telle qu'on l'avait construite. Anquetil, d'après la chronique de Wansonn, raconta ce qui suit ! Le trop fameux Herbert, comte de Vermandois, avait un frère nommé Eilbert.

Celui-ci, vers 927, avait acheté un cheval à un chanoine de Reims : en attendant qu'il put en payer le prix, il avait remis en gage au vendeur un précieux collier. Plus tard le noble acheteur apporta la somme due, et réclama ses joyaux. Le chanoine protesta qu'il n'avait rien reçu. Le clergé, le peuple prennent fait et cause pour lui : Eilbert est forcé de se retirer.

Mais il rassemble ses parents, ses vassaux, rentre dans Reims l'épée à la main et livre la ville au pillage. Le chanoine se réfugie dans la cathédrale. On te cherche eu vain. Eilbert veut l'avoir mort ou vif. Il fait mettre le feu à l'édifice : une partie de la ville fut brûlée en cette circonstance. Cette anecdote n'est rien moins qu'authentique. Ce que nous admettons sans peine, ce sont les excès des comtes de Vermandois et la nécessité de les justifier, où s'est trouvé sans doute le chroniqueur cité par Anquetil. A cette époque la ville de Reims tenait encore pour les successeurs de Charlemagne. Elle luttait avec eux contre les grands vassaux qui reconnaissaient par des usurpations les bienfaits de la monarchie carlovingienne. Reims fut donc pillée et incendiée. La cathédrale fut elle-même en tout ou partie la proie des flammes. Il est un fait qui vient à cet égard justifier de la légende; c'est que plus tard on voit le comte Eilbert faire de riches fondations pour expier ses violences.

Depuis encore, en 989, Charles de Lorraine, le dernier descendant de Charlemagne, prit Reims d'assaut et saccagea le temple des sacres. Toutes ces dévastations durent être réparées avant la chute définitive de l'église.

La cathédrale actuelle présente encore de nos jours un fragment d'architecture des plus curieux, qui se rattache sans doute à l'édifice dont nous parlons. Prés de la grande sacristie est une autre salle plus petite, et qui, comme elle, a sa porte dans l'église. La boiserie ciselée qui la décore fait pendant à l'ancienne porte du Trésor. Pénétrez dans cette pièce; allez au fond, retournez-vous et vous apercevrez ce qui reste d'un petit portail qui jadis servait de voie de communication entre l'église et le Chapitre.

Les sculptures qui la décorent ont un caractère particulier : il frappe les personnes les plus étrangères à l'étude des monuments du moyen-âge. Elles n'ont rien de commun avec celles qui font la gloire de la grande église.

Commençons par les décrire : Le portail est encadré dans une arcade ogivale élancée et sans profondeur. La sommité de l'ogive présente une peinture à fresque : on y voit le Christ assis ; il tient un sceptre. De chaque coté se trouve un ange à genoux et portant un flambeau. Ce sujet a pour base une frise sculptée, et parallèle au sol. Dessous cette frise commence une arcade à plein cintre : elle a peu de saillie.

Les ornements qui la distinguent sont sculptés sur une surface plate. Sa ligne la plus éloignée du centre est dessinée par une guirlande de fleurs semblables à la partie supérieure du lys héraldique. Viennent ensuite des anges aux ailes déployées; il y en a quatre de chaque côté. Au sommet de cette décoration curviligne, deux anges à genoux portent une figure nue, les mains jointes sur une nappe. D'une main chacun d'eux lui montre le ciel : c'est sans doute l'Ame d'un bienheureux.

Le dessous de l'arcade est plat. Sur cette surface sont sculptés des rinceaux, qui viennent aboutir de chaque côté sur une frise d'ornement semblable à la guirlande dont nous avons parlé, et parallèle au sol.

L'arcade ogivale, est supportée par des colonnes aux chapiteaux corinthiens; au-dessus de ces chapiteaux se prolonge la frise fleurie.

Les piliers qui ont dû supporter l'arcade à plein-cintre n'existent plus; leurs chapiteaux seuls ont survécu: ils sont à deux faces droites. Sur celles qui sont extérieures sont représentes des rinceaux  dans lesquels s'entrelacent des figurines d'hommes, d'oiseaux et de quadrupèdes; dans la face intérieure sont creusées des niches où sont des statuettes d'un grand fini. Leurs draperies sont remarquables.

Au centre du plein-cintre est la Vierge assise, couronnée, tenant l'enfant Jésus sur ses genoux ; il porté une robe à manches ; la Vierge est vêtue d'un costume religieux, d'un voile passant sur la tête, sous le menton et cachant le cou. Les deux figurines sont entourées du limbe aux célestes rayons : il est plat et circulaire.

 Le tronc est placé entre deux colonnes auxquelles se rattachent des draperies qui y sont nouées ; elles semblent tomber de dessous une arcade à trois cintres surmontés de tours crénelées. Au sommet est un édifice dont le centre porte un dôme, et ressemble à l'abside d'une église; de chacun de ses côtés sont une petite coupole et une tour à créneaux.

L'origine, la date de ce portail méritent examen. Suivant quelques antiquaires, ce portail aurait été fait au XVe  siècle uniquement pour la commodité des chanoines; et ils font remarquer à l'appui de leur opinion que les figures d'anges qui le décorent ont une grande analogie avec celles que présentent les sculptures faites à Notre-Dame, et à Saint-Remi, au portail latéral, vers la fin du XVe siècle, Suivant d'autres, lorsqu'on rebâtit Notre-Dame dans la première partie du XIIIe siècle, l'architecte, Robert de Coucy, aurait d'abord préféré le vieux style-roman au style gothique, alors nouveau, puis l'aurait abandonné pour adopter sans réserve la mode du moment. Ce système a aussi son point d'appui : on fait remarquer au-dessous des rosaces qui ornent la façade des transepts du côté du Chapitre et du côté de l'archevêché, trois arcades à plein-cintre, renfermant des rosaces circulaires, et l'on rattache ces détails au petit portique dont il s'agit ; Nous n'admettons aucune de ces deux hypothèses y et nous pensons que ce débris de l'art ancien est une relique de la seconde cathédrale.

Le petit portail est encadré dans des lignes ogivales, il est vrai, mais simples, privées de sculptures, mais faites pour le contenir, et sans rapport avec les riches arcades qui l’avoisinent.

La pièce qui le renferme présente de toutes parts des lignes ogivales pures et allongées, qui lui donnent une existence antérieure au XVe siècle. Elle servait de passage entre l'église et le Chapitre. Les chanoines n'auraient pas fait sculpter à l'intérieur un portail que personne n'aurait vu : si on l'eût fait, on eût décoré la pièce dans le même style : il n'en est rien. Les piliers ne sont même pas dessinés jusqu'au bas. S'il est vrai que les figures d'anges aient dû l'analogie avec celles sculptées sous Robert de Lenoncourt, il faut remarquer aussi que cette similitude existe entre elles et les statues qui ont décoré la cathédrale dès le XIIIe siècle. Les monuments de l'architecture romane nous offrent des figures d'anges identiques pour la coupe des vêtements et la pose des ailes déployées. Ce genre de statues est même un des caractères de ce style. Ces sculptures ont été peintes; leurs couleurs sont encore bien conservées. Les pierres qui les entourent n'ont pas été peintes, et sont étrangères au monument d'art qu'elles encadrent, Celui-ci, revêtu de nuances brillantes, dut être illustré pour voir le grand jour : c'était l'usage dans les Ixe,  Xe et XIe siècles. Si ce portail datait du règne de Louis XII, on eût peint toute la pièce dans le même goût.

Les ornements qui enrichissent les chapiteaux des piliers supportant l'arcade à plein-cintre, ont de grands rapports avec les rinceaux d'un, candélabre donné, suivant- la tradition y à l'église Saint-Remi par Frédéronne, reine de France, dans le Xe siècle. Nous avons publié le dessin des fragments qui en restent, dans nos recherches sur les trésors dés églises rémoises. Ce sont les mêmes enlacements de branches et de figures de tous genres.

En étudiant les détails de cette curieuse porte, nous avons cherché une ligue, une idée spéciale au XVe siècle, une inspiration qui n'appartienne qu'à lui ; nous n'en avons pas trouvé.

Si notre curieux portail eût été élevé dans le XVe siècle, il aurait pris la place d'une troisième arcade qui nécessairement avait dû exister pour compléter la façade du nord : pourquoi le Chapitre aurait-il supprimé un magnifique morceau de sculpture, altéré un ensemble parfait ? Qu'y pouvait-il gagner? Si cependant il eût commis ce sacrilège artistique, ne trouverait-on pas les traces de l'ancienne arcade ? Au contraire le moindre examen (des lieux suffit pour convaincre qu'elle n'a jamais existé, La seconde opinion dont nous avons parlé ne nous parait pas plus admissible. L'artiste qui a fait Notre-Dame de Reims n'était pas un homme à l'esprit incertain. Il a travaillé d'une main ferme; il a su ce qu'il voulait et n'a pas choisi d'abord un plan pour l'abandonner ensuite. Nous ne connaissons pas de bâtiments d'architecture purement romane élevés à neuf dans le XIIIe siècle ; des réparations ont eu lieu sans doute dans ce style, mais non des créations. Los trois arcades à plein-cintre placées au-dessous de la grande rosace ne prouvent rien. Robert de Coucy n'a pas voulu reproduire la légère galerie qui décore le grand portail ; il a cherché du neuf, n'en a pas trouvé, et, comme tant d'autres, il a fait un emprunt au passé. Ces trois arcades sont hors de proportion avec le petit portail; il eût été plus grand, s'il eût été destiné à leur servir de support. Les ornements sculptés qui décorent les trois arcades, se reproduisent dans tout l'édifice, au dedans comme au dehors, et n'ont rien de commun avec ceux que nous avons signalés.

On le rencontre nulle part ceux du petit portail; de plus, en supposant que Robert de Coucy eût abandonné son premier plan après avoir fait poser quelques pierres, est-ce que les finies abandonnées auraient été déjà parfaites, sculptées et peintes ?

L'architecte ne perfectionne le monument que quand il est achevé : l'ensemble d'abord, les détails après.

Souvent, les architectes du moyen-âge, quand ils reconstruisaient une église, avaient soin de conserver un fragment du monument qu'ils détruisaient y et de l'enchâsser, pour ainsi dire, dans celui qu'ils élevaient. C'était un hommage rendu par eux à l'art ancien ; c'était une preuve, d'existence consacrée à l'édifice qu'ils renversaient. L'histoire les a maintes fois remerciés de cette pieuse et prévoyante coutume. Dans la cathédrale de Reims on cherche vainement ailleurs que dans la petite sacristie les reliques de l'église romane.

Robert de Coucy a fait comme tous ses contemporains: il a démoli l'église d'Hincmar; mais il en a réservé quelques pierres.

Il a sauvé peut-être le morceau le plus élégant, le plus intact. Il le destinait à la postérité comme un monument de l'histoire des arts et de celle des hommes. Grâces en soient rendues à Robert de Coucy laquelle date est notre petit portail? A-t-il été fait sous Ebon, sous Hincmar, dans le Xe, le XIe siècle ? Cette question est plus difficile à trancher que les précédentes. Nous n'osons pas affirmer qu'il remonte à la fondation de l'église. Il est peut-être trop riche d'ornements et de sculptures coquettes pour remonter aussi loin. Cependant, sous Louis le Débonnaire, l'Italie et Rome étaient encore soumises à là France : Ebon, protégé par l'empereur, a pu faire venir du Midi les artistes qui manquaient à nos contrées, ils pouvaient, ils devaient être plus habiles que les autres.

Dans le Xe siècle, Reims fut prise quatre fois d'assaut et la cathédrale dévastée. Le trésor, les archives devaient se trouver du côté du Chapitre, qui no fut pas lui-même toujours épargné ; des violences de toute espèce y furent commises. La grande église dut être réparée plusieurs fois : il serait possible que notre portail pût remonter à l'époque où les carlovingiens descendaient du trône sur lequel montaient les descendants de Robert le Fort.

Conservons pieusement ces pierres vénérables, derniers témoins de tant de faits déjà si loin. Qu'elles restent debout pour aider la science à renouer la chaîne des temps à retrouver l'histoire généalogique de l'architecture, pour attester que dans nos murs les arts furent toujours florissants, qu'ils furent toujours prêts à décorer les temples du Seigneur, à dire avec le peuple : Hosannah ! salut et gloire au plus haut des cieux!

 

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NOTRE DAME DE REIMS.

 

CHAPITRE PREMIER. PREMIER EXTRAIT.

Notre Dame de  Reims.—Cathédrale des Ve et IXe siècles.

 

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Dans le monde est-il un point où la cathédrale de Reims ne soit connue? Est-il un homme  éclairé qui n'ait voulu saluer le noble édifice?

Nos pères l'avaient appelé la grande église : il méritait ce nom. L'architecture moderne n'a rien produit qui puisse le lui faire perdre.

Maintes fois on l'a décrit : pinceaux et burins ont rivalisé pour le reproduire dans sort ensemble, dans ses détails. C’est facile de l'étudier dans des livres sur des gravures; mais pour le comprendre, il faut le visiter. À quiconque croit le posséder son aspect aura toujours des mystères à révéler; à qui l'aura vu chaque jour, sa splendeur saura sans fin imposer l'admiration ; qui se trouve pour la première fois à ses pieds, restera silencieux et profondément ému : c'est que la majesté de la grande église ne réside pas seulement dans là hauteur de ses lignes, dans la magnificence de son portail, dans la hardiesse de ses arcades : c'est que cette forêt de pierres, ces dalles aujourd'hui muettes, ces voûtes audacieuses ont une histoire, une âme, une vie : c'est qu'il est impossible à l'esprit de se soustraire aux plus touchants souvenirs de nôtre nationalité. De tous côtés ils assiègent le spectateur, le saisissent, le soumettent à leur magie. Autour de lui, pas un marbre, pas un mur qui n'ait son nom à dire, sa légende à raconter. Dans cette immense basilique, pas un écho qui ne crie : France et pairie!

De cet édifice, tant de fois dépeint, nous allons essayer d'esquisser l'histoire, de donner la description. Si nous échouons dans cette sérieuse tâche, d'autres, après nous, la reprendront et s’en acquitteront mieux.

Reims était la capitale d'un grand peuple quand César envahit la Gaule. Déjà païenne, elle accueillit sans étonnement les dieux du Capitale et dans son enceinte les divinités celtiques et romaines eurent des temples.

Au centre de la ville gallo-romaine s'élevait la citadelle. Dans toutes nos vieilles cités on retrouve l'usage des fortifications intérieures.

Là le pouvoir exécutif bravait l'émeute ; là se réfugiait la population quand l'ennemi parvenait à franchir les remparts.

Reims avait donc sa citadelle : la tradition y place un temple de Vénus, de Cybèle, ou de Jupiter ; elle devait contenir aussi un palais, peut-être le sénat, le prétoire ou le tribunal ; l'ensemble de l'édifice recevait le nom de Capitale.

On peut avoir une idée de nos anciennes villes en visitant la commune de Bazoches, située entre Fismes et Braisne, Au milieu du village s'asseoit aujourd'hui une ferme: c'était l'antique château seigneurial du pays. Il était flanqué de six ou sept tours encore debout: on lui a conservé le nom de citadelle. De larges fossés l'environnent : au-delà est Une première enceinte de murs assez forts et de bastions sans hauteur. Plus loin, dans l'intérieur de la commune, on voit les traces de deux autres enceintes jadis continues. Leurs tours et leurs portes ont laissé des vestiges faciles à reconnaître. On y remarque la disposition symétrique des pierres, et par suite le style des constructions gallo-romaines.

Ces ruines ont de l’importance. La tradition fait de Bazoches une ancienne ville gauloise; elle y met la résidence du roi Induciomare. Les Romains y avaient garnison. Là fut, dit-on, le palais d'un proconsul. Les champs qui touchent la commune contiennent des ruines qu'il serait intéressant d'explorer. Quiconque veut avoir une idée de ce qu'était Reims dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, doit visiter celte curieuse bourgade.

On fixe généralement au commencement du V ième siècle l'époque où saint Nicaise porta la statue de la Vierge sur l'autel des divinités païennes, au centre de la citadelle gallo-romaine. Deux autres cathédrales avaient précédé celle qu'il fonda dans le III ième siècle de l'ère chrétienne. On avait construit sous l'invocation de saint Sixte, premier évoque de Reims, une chapelle élevée sur ses restes et sur ceux de ses trois successeurs immédiats, Sinice, Armand et Bétause. Cette simple basilique, depuis réédifiée et détruite en 1726 a laissé son nom a l'une des rues qui sillonnent le quartier Saint-Nicaise; Cent ans après sa création, elle avait cessé d'être siège épiscopal. En 314, l'évêque Bétause avait bâti sur les ruines d'un temple de Bacchus une église dédiée aux apôtres ; il y transféra le siège métropolitain, et cinq évoques après lui y célébrèrent lés saints offices. Située dans la rue de Saint-Symphorien, cette église, reconstruite aux XII et XII ièmes siècles, périt en 1793. Cette seconde basilique fut sans doute bientôt insuffisante : saint Nicaise dut l'abandonner pour un édifice plus en harmonie avec l'importance conquise par le christianisme dans la Gaule Belgique. Fit-il élever au milieu des antiques fortifications une église chrétienne? Epargna-t-il le temple païen pour le consacrer au nouveau culte? C'est ce que nous ignorons.

La fondation de la cathédrale eut lieu vers 401. Saint Nicaise, parvenu au siège épiscopal à peu près en 400, mort en 407, a-t-il eu le temps et l'argent nécessaires pour créer en sept ans un vaste édifice? cela ne nous parait pas probable il dut utiliser en grande partie les constructions primitives. Ce qui semble plus certain c'est que la citadelle fut conservée et qu'elle protégea les murs de la sainte basilique.

C'est dans ses murs que se réfugia la population rémoise lorsqu'en 407 les Vandales mirent la ville à feu et à sang ; c'est là que saint Nicaise, sa sœur Eutrope, ses diacres Florent et Joconde furent massacrés en cherchant à défendre la cité contre la fureur des Barbares. C'est là que le digne évêque, revêtu de ses habits pontificaux, la crosse en main, à la tête de son clergé, implorant le Seigneur, s'avança jusqu'à la porte de son temple. C'est là que vieillards, femmes et enfants en larmes, agenouillés, attendant la mort, virent leur dernier défenseur lâchement égorgé par des barbares ivres de débauche et de carnage. La tradition indiquait autrefois par Un petit monument dont nous parlerons la place où furent immolés les saints martyrs. Une belle église s'élevait jadis dans le haut de notre cité : elle rappelait à tous le nom du saint et celui de sa généreuse soeur. Des châsses précieuses renfermaient leurs reliques; un tombeau de marbre conservait leur mémoire. De tous ces monuments élevés par la reconnaissance de nos pères il ne resta plus rien.

Les nations, les cités qui veulent être bien servies ne doivent pas oublier les services rendus, quelle que soit leur data. Honneur à l'homme qui meurt pour son pays! Honneur au chef qui succombe en défendant les siens ! A lui la gloire et ses insignes; pour lui le bronze et ses statues, le marbre et ses bas-reliefs. Les ossements de saint Nicaise sont en partie anéantis : qu'importe?

Le vent a dispersé ses cendres : qu'importe? son nom vit et sa gloire est debout. A saint Nicaise, mort pour Reims, il faudra tôt ou tard dans Reims un monument. A notre vieux temple se rattache un de ces grands souvenirs qui bravent les révolutions, traversent les âges et survivent aux édifices, leurs périssables témoins. La première église de Notre-Dame de Reims vit un vainqueur sauvage, le chef d'une nation barbare et brutale, l'époux de la douce Clotilde, Clovis, roi des Francs, abaisser sa tête à la longue chevelure aux pieds du Dieu qui fit tous les hommes libres et égaux devant lui. En 496 eut lieu le baptême du fier Sicambre; en 496, au milieu de la citadelle romaine, sur les ruines du temple païen, la civilisation et le christianisme montèrent sur le trône de France. Là fut le berceau de notre vieille monarchie; là triomphèrent le spiritualisme, la charité, les lumières; là furent vaincues ta force matérielle, l'égoïste philosophie, l'ignorance superstitieuse. Salut et gloire au premier autel de Notre-Dame de Reims !

A cette époque, on ne baptisait que dans la cathédrale: seulement deux ou trois siècles après, les curés obtinrent la permission de donner le premier des sacrements institués par le christianisme.

Ce point est d'une grande importance; il répond aux traditions erronées qui veulent placer dans d'autres basiliques rémoises la grande cérémonie dont nous parlons. On ne pouvait baptiser le roi que dans la grande église : c'est là que se trouvait la cuve où descendaient les néophytes, la fontaine sacrée qui donna son onde limpide et pure à la main de saint Rémi.

La sacristie de la première cathédrale était célèbre par un miracle : le roi Sigebert y avait recouvré l'ouïe pendant qu'il causait devant quelques reliques du bienheureux saint Martin de Tours.

Saint Nicaise avait ménagé sous le grand autel du chœur une crypte ou oratoire souterrain. Il s'y retirait pour prier. Saint Rémi suivit son exemple et affectionna celte retraite : c'est là qu'un ange du ciel vint lui annoncer qu'il pouvait par donnera l'évoque Genebaud et le rétablir sur le siège de Laon.

Cette crypta fut conservée sous la deuxième église; l'archevêque Hervé lai fit réparer et mit son autel sous l'invocation de saint Rémi.

Dans l'église bâtie par saint Nicaise fut sacré Louis le Débonnaire.

Les glorieux souvenirs ne lui manquaient donc pas; Sous la première race, elle était l'objet de la vénération des rois et des peuples. Sous les carlovingiens, on n'avait plus, pour tout ce qui se rattachait à la famille de Clovis, le même respect que par le passé : notre cathédrale finit par menacer ruine.

Lorsqu'on 816 Ebon parvint au siège de Reims, il conçut le projet de reconstruire le vieux temple. La faveur royale et ses bienfaits lui étaient alors assurés ; il disposait des revenus de l'église, déjà considérables. La charité des fidèles ne devait pas faire défaut à leur chef. Il se mit à l'oeuvre. Louis le Débonnaire lui permit, en 818, de prendre dans, les rues et places voisines le terrain dont il aurait besoin pour élever le nouvel édifice. Il fut donc plus vaste que le premier. L'empereur autorisa de plus Ebon à employer à sa construction les matériaux des anciens remparts.

Les Rémois et les Romains, leurs alliés, les avaient élevés à grands frais en pierres de taille de grande dimension. On puisa dans ces riches carrières tout ce dont on avait besoin. Les habitants consentirent à cette démolition, qui ne fut d'ailleurs que partielle, et se placèrent sous la protection du ciel, sub custodia coeli. Ces mots furent depuis traduits  par la vieille devise rémoise : Dieu en soit garde.

La munificence royale fit aussi l'abandon des droits du fisc sur les terrains ainsi concédés, des redevances dues par l'église de Reims au palais impérial d'Aix-la-Chapelle.

Ce fut en 827 ou 829 que les travaux commencèrent activement.

Rumalde ou Romualde, architecte du roi, les dirigeait. Il était serf de Louis le Débonnaire; celui-ci le donna à Ebon pour te servir toute sa vie et lui consacrer les talents qu'il avait reçus du ciel. Sous ses ordres s'enrôlèrent de nombreux ouvriers.

Des artistes habiles avaient été appelés de toutes les contrées.

Ebon veillait à ce que rien ne manquât à ceux qu'il avait fait venir. Les vivres qui leur étaient nécessaires étaient réunis et distribués par ses ordres. Il leur assignait des logements. Rien n'interrompait le travail. Lorsqu’Ebon fut déposé, en 835, il fut contraint de laisser à d'autres  une entreprise dont il avait conçu le plan ; mais il s'occupait sans cesse, dans, l'exil, des constructions qu'il ne pouvait plus surveiller. De retour en 841, il bénit tout ce qui avait été fait en son absence; chassé de nouveau de son siège, il ne put mettre la dernière main à son oeuvre. Hincmar, son successeur, fit la dédicace de la nouvelle basilique, en présence des évêques de la province, de Charles le Chauve et de toute sa cour.

Il fallut près de quarante ans pour élever les grosses constructions de la secondé église. Après cent cinquante années de travaux, elle n'était pas achevée dans ses détails, et en 962 le sculpteur y travaillait encore. Malheureusement cet antique édifice n'a pas été décrit par ses contemporains; et, comme nous allons le voir, il ne fut pas de longue durée.

11 existe deux dessins qui ont tous deux la prétention de représenter la cathédrale du temps de saint Nicaise; les anachronismes matériels qu'on y remarque, ne permettant pas d'ajouter foi complète même à leurs détails vraisemblables. Ainsi les fleurs de lys sont placées au sommet des clochetons; ainsi cette basilique aurait eu des verrières de forme ogivale. Cependant, tous les souvenirs n'étaient peut-être pas encore éteints, quand on tenta de reproduire ce qui n'était plus; il ne faut donc pas dédaigner absolument ces deux reproductions ; nous allons en donner une idée.

Le lecteur est prévenu; il n'accueillera donc qu'avec défiance des descriptions dont l'exactitude est suspecte. L'une d'elles nous est fournie par une des sculptures qui ornent la façade de la cathédrale actuelle. Le temple, si nous croyons ce bas-relief, se composait d'une nef principale et de deux basses nefs.

Le portail était placé entre deux tours rondes et terminées par des toits coniques. Au-dessus de la porte d'entrée, qui était étroite et haute, s'élevaient trois verrières de forme longue. Le choeur se trouvait à l'extrémité de l'édifice, dans une rotonde dont la toiture était distincte de celle de l'église. Il était éclairé par un Cercle de fenêtres ; chacune d'elles était séparée en deux par une colonne. Dés créneaux couronnant l'édifice étaient percés d'embrasures et de meurtrières; une crête ornée de globes régnait sur le sommet du toit. Le monument devait être peu considérable; puisque le dessin ne représente qu'une verrière dans la basse-nef, et deux fenêtres dans le haut de la grande nef. Tous ces détails, il faut en convenir, peuvent s'appliquer aussi bien à la seconde église qu'à la première. Les créneaux même qui semblent rappeler l'ancienne citadelle, se retrouvent dans les temples bâtis sous les deux premières races, et même plus tard. Bidet, ce sceptique historien de Reims, qui vivait dans le siècle dernier, nous a conservé dans ses manuscrits le second dessin de la cathédrale bâtie par saint Nicaise; il diffère gravement de celui que nous venons de décrire : le portail se compose d'une porte à sommet triangulaire, de deux verrières à plein-cintre et d'une rose à quatre feuilles. Les deux tours, surmontées par des croix, sont éclairées, dans leur sommet seulement , par de petites ouvertures longues, étroites et faisant cerclée à l'extrémité du toit est un clocher aigu ; deux verrières sont ouvertes à la base. Quatre fenêtres sont indiquées dans la haute nef.

La basse-nef n'en a que deux. Une porte analogue à celle de la façade s'y montre. Au bout de l'église est une rotonde sans toit apparent, terminée par une plate-forme hérissée de créneaux et percée par des haies à plein-cintre.

Le dessin qu'on nous donne pour celui de la deuxième cathédrale, est plus riche de détails; il s'est conservé sur l'un des sceaux du Chapitre, et reproduit plusieurs points qui ne sont pas sans rapport avec les vues que nous venons d'esquisser.

Ainsi, le portail se dresse entre deux tours rondes ; ainsi le chœur est encore situé dans un bâtiment séparé de la nef, plus bas qu'elle. Mais cette fois l'église n'a plus de bas-côtés; une porte latérale est ouverte à gauche, en entrant du côté où devait se trouver le cloître du Chapitre. Les créneaux ont disparu. Le portail, à plein cintre, est couronné d'un fronton triangulaire, au sommet duquel s'élève la statue de la Vierge ; une rosace est percée au milieu du fronton. Au-dessus règne une galerie d'arcades à colonnes légères. Plus haut est ouverte une verrière ronde dans laquelle se dessine une rose à quatre feuilles. Le sommet de la façade est triangulaire ; un clocheton s'élance à son sommet; les deux lignes qui vont y aboutir sont sculptées et présentent une dentelure saillante. Les deux tours, qui, dans le premier dessin, avaient des fenêtres, les unes carrées, les autres longues et à plein cintre, n'ont plus de jour; elles sont semblables à des colonnes. Des statuettes en prière, les mains jointes, en décorent le sommet; elles reposent sur une sorte de bourrelet, et ne sont pas sans rapport avec celles du clocher actuellement connu sous le nom de clocher à l'ange. Au-dessus d'elles se retrouve un ornement du même genre. Les tours sont terminées par un toit pointu, conique, très élevé, orné de sculptures. A l'extrémité est posée la croix. Elle est assise sur un globe ; de petites boules terminent ses bras.

Le toit de l'église est orné, au sommet et à la ligne inférieure, d'un feston dentelé. De petits globes se placent sur la pointe des dents.

A cheval sur ce toit, s'élève une flèche qui rappelle encore le clocher à l'ange : cependant l’ange n'y est pas, mais une croix le remplace. A sa base sont encore des figures les mains jointes (1).

La rotonde du chœur est entourée par une suite de verrières séparées par des colonnes de pierre. A l'extrémité du monument s'élève encore un clocher qui porte une fleur-de-lys; on en remarque une autre à l'extrémité du toit de la nef principale ; une troisième est posée sur le toit triangulaire qui abrita la porta ouverte du côté du Chapitre. La nef est éclairée par sept grandes verrières dont le sommet a la forme d'un trèfle évasé.

Entre chacune d'elles est une statue posée sur une colonne.

C’est probable que l'artiste aura joint ses propres inspirations à quelques réminiscences. Nous donnons ces trois succinctes descriptions pour servir à ceux qui, plus heureux que nous, arriveront à pouvoir préciser ce que nous laissons forcément dans le vague.

 

(1) Nous signalons ces points à l'attention du lecteur; nous y reviendront plus tard

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Publié le par Rhonan de Bar
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ÉTUDE SUR


LA SOUVERAINETÉ

LIVRE PREMIER


DES ORIGINES


DE LA SOUVERAINETÉ

CHAPITRE DEUXIEME


ORIGINE DE LA SOCIÉTÉ

 

De Maistre 17

 

 

C'est une manie étrange de l'homme de se créer des difficultés pour avoir le plaisir de les résoudre. Les mystères qui l'environnent de toute part ne lui suffisant pas, il repousse encore les idées claires, et réduit tout en problème par je ne sais quel détour de l'orgueil qui lui fait regarder comme au-dessous de lui de croire ce que tout le monde croit. Ainsi, par exemple, on a longuement disputé sur l'origine de la société ; et au lieu de la supposition toute simple qui se présente naturellement à l'esprit, on a prodigué la métaphysique pour bâtir des hypothèses aériennes réprouvées par le bon sens et par l'expérience.

Lorsqu'on met en problème les causes de l'origine de la société, on suppose manifestement qu'il a existé pour le genre humain un temps antérieur à la société ; mais c'est précisément ce qu'il faudrait prouver.
On ne niera pas sans doute que la terre en général ne soit destinée à l'habitation de l'homme ; or la multiplication de l'homme entrant dans les vues du Créateur, il s'ensuit que la nature de l'homme est d'être réuni en grandes sociétés sur toute la surface du globe : car la nature d'un être est d'exister tel que le Créateur a voulu qu'il existe. Et cette volonté est parfaitement déclarée par les faits.
L'homme isolé n'est donc point l'homme de la nature; l'espèce humaine même n'était point encore ce qu'elle devait être lorsqu'un petit nombre d'hommes était répandu sur une grande surface de terrain. Alors il n'y avait que des familles, et ces familles ainsi disséminées n'étaient encore, individuellement ou par leur réunion future, que des embryons de peuples.
Et si, longtemps après la formation des grandes sociétés, quelques peuplades perdues dans les déserts nous présentent encore les phénomènes de l'espèce humaine dans son enfance, ce sont toujours des peuples enfants, qui ne sont point encore ce qu'ils doivent être.
Que penserait-on d'un naturaliste qui dirait que l'homme est un animal de 30 à 35 pouces de long, sans force et sans intelligence, et ne poussant que des cris inarticulés? Cependant ce naturaliste, en ne donnant à la nature physique et morale de l'homme que les caractères de l'enfance, ne serait pas plus ridicule que le philosophe cherchant la nature politique de ce même être dans les rudiments de la société.
Toute question sur la nature de l'homme doit se résoudre par l'histoire. Le philosophe qui veut nous prouver, par des raisonnements à priori, ce que doit être l'homme, ne mérite pas d'être écouté : il substitue des raisons de convenance à l'expérience, et ses propres décisions à la volonté du Créateur.
Je suppose qu'on parvienne à prouver qu'un sauvage d'Amérique a plus de bonheur et moins de vices qu'un homme civilisé : pourrait-on en conclure que ce dernier est un être dégradé, ou, si l'on veut, plus loin de la nature que le premier? Point du tout. C'est précisément comme si l'on disait que la nature de l'homme individu A est de demeurer enfant, parce qu'à cette époque de la vie il est exempt des vices et des malheurs qui doivent l'assiéger dans sa virilité.
L'histoire nous montre constamment les hommes réunis en sociétés plus ou moins nombreuses, régies par différentes souverainetés. Dès qu'ils se sont multipliés jusqu'à un certain point, ils n'ont pu exister autrement.
Donc, à proprement parler, il n'y a jamais eu pour l’homme de temps antérieur à la société, parce qu'avant la formation des sociétés politiques, l'homme n'est point tout à fait homme, et qu'il est absurde de chercher les caractères d'un être quelconque dans le germe de cet être.
Donc la société n'est point l'ouvrage de l'homme, mais le résultat immédiat de la volonté du Créateur qui a voulu que l'homme fût ce qu'il a toujours et partout été.
Rousseau et tous les raisonneurs de sa trempe sa figurent ou tâchent de se figurer un peuple dans l'état de nature (c'est leur expression), délibérant en règle sur les avantages et les désavantages de l'état social et se déterminant enfin à passer de l'un à l'autre. Mais il n'y a pas l'ombre de bon sens dans cette supposition. Que faisaient ces hommes avant cette Convention nationale où ils résolurent enfin de se donner un souverain? Ils vivaient apparemment sans lois, sans gouvernement ; depuis quand?
C’est une erreur capitale de se représenter l'état social comme un état de choix fondé sur le consentement des hommes, sur une délibération et sur un contrat primitif qui est impossible. Quand on parle de l'état de nature par opposition à l’état social, on déraisonne volontairement. Le mot de nature est un de ces termes généraux dont on abuse comme de tous les termes abstraits. Ce mot, dans son acception la plus étendue, ne signifie réellement que l’ensemble de toutes les lois, de toutes les forces, de tous les ressorts qui constituent l'univers, et la nature particulière de tel ou tel être, l’ensemble des qualités qui le constituent ce qu'il est, et sans lesquelles il serait autre chose et ne pourrait pas remplir les vues de l'ouvrier. Ainsi la réunion de toutes les pièces qui composent la machine destinée à diviser le temps, forme la nature ou l'essence de la montre; et la nature ou l'essence du balancier est d'avoir telle forme, telles dimensions, tello position : autrement il ne serait plus un balancier, et ne pourrait en remplir les fonctions. La nature d'une vipère est de ramper, d'avoir une peau écailleuse, des dents creuses et mobiles qui distillent un venin mortel ; et la nature de l'homme est d'être un animal intelligent, religieux et sociable. Une expérience invariable nous l'enseigne ; et je ne vois pas qu'il y ait rien à opposer à cette expérience. Si quelqu'un entend prouver que la nature de la vipère est d'avoir des ailes et une voix mélodieuse, et que celle du castor est de vivre isolé sur le sommet des plus hautes montagnes, c'est à lui de prouver. En attendant, nous croirons que ce qui est doit être et a toujours été.
« L'ordre social », a dit Rousseau, « est un droit sacré qui sort de base à tous les autres. Cependant ce droit ne vient point de la nature il est donc fondé sur des conventions. » (Contrat social, ch. 1 er)
Qu'est-ce que la nature? Qu'est-ce qu'un droit? Et comment un ordre est-il un droit?... Mais passons sur ces difficultés : les questions ne finiraient pas avec un homme qui abuse de tous les termes et n'on définit aucun. On a droit au moins de lui demander la preuve de cette grande assertion : « L'ordre social ne vient point de la nature ». — « Je dois », dit-il lui-même, « établir ce que je viens d'avancer. » C'est en effet ce qu'il aurait fallu faire ; mais la manière dont il s'y prend est vraiment curieuse. Il emploie trois chapitres à prouver que l'ordre social ne vient ni de la société de famille, ni de la force ou de l'esclavage (chap. 2, 3, 4), et il en conclut (chap. 5) qu'il faut toujours remonter à une première convention. Cette manière de démontrer est commode ; il n'y manque que la formule majestueuse des géomètres : « ce qu'il fallait démontrer ».
Il est aussi singulier que Rousseau n'ait pas seulement essayé de prouver l'unique chose qu'il fallait prouver : car si l'ordre social vient de la nature, il n'y a point de pacte social.
« Avant que d'examiner », dit-il, « l'acte par lequel un peuple élit un roi (1), il serait bon d'examiner l'acte par lequel un peuple est un peuple : car cet acte, étant nécessairement antérieur à l'autre, est le vrai fondement de la société. » (Ibid., chap. v.)
— « C'est la manie éternelle des philosophes », dit ailleurs ce même Rousseau, « de nier ce qui est et d'expliquer ce qui n'est pas (2). » Ajoutons de notre côté. C'est la manie éternelle de Rousseau de se moquer des philosophes (3), sans se douter qu'il était aussi un philosophe dans toute la force du sens qu'il attribuait à ce mot : ainsi par exemple le Contrat social nie d'un bout à l'autre la nature de l'homme, qui est, — pour expliquer le pacte social, qui n'existe pas.
C'est ainsi qu'on raisonne quand on sépare l'homme de la Divinité. Au lieu de se fatiguer pour ne trouver que l'erreur, il en coûterait peu de tourner les yeux vers la source des êtres ; mais une manière de philosopher si simple, si sûre et si consolante n'est pas du goût dos écrivains de ce malheureux siècle dont la véritable maladie est l'horreur du bon sens.
Ne dirait-on pas que l'homme, cette propriété de la Divinité (4), est jeté sur la terre par une cause aveugle ; qu'il pouvait être ceci ou cela, et que c'est par un effet de son choix qu'il est ce qu'il est? Certainement, Dieu en créant l'homme se proposait une fin quelconque : la question se réduit donc à savoir si l'homme est devenu animal politique, comme disait Aristote, par ou contre la volonté divine. Quoique cette question énoncée ouvertement soit un véritable trait de folie, elle est faite cependant d'une manière indirecte, dans une foule d'écrits dont les autours décident même assez souvent pour la négative. Le mot de nature a fait prononcer une foule d'erreurs. Répétons que la nature d'un être n'est que l'assemblage des qualités attribuées à cet être par le Créateur. M. Burke a dit, avec une profondeur qu'il est impossible d'admirer assez que l'art est la nature de l'homme : oui, sans doute, l'homme avec toutes ses affections, toutes ses connaissances, tous ses arts, est véritablement l'homme de la nature, et la toile du tisserand est aussi naturelle que celle de l'araignée.
L'état de nature pour l'homme est donc d'être ce qu'il est aujourd'hui et ce qu'il a toujours été, c'est-à-dire sociable : toutes les annales de l'univers établissent cette vérité. Parce qu'on a trouvé dans les forêts de l'Amérique, pays nouveau sur lequel on n'a pas encore tout dit, des hordes vagabondes que nous appelons sauvages, il ne s'ensuit pas que l'homme ne soit naturellement sociable : le sauvage est une exception et par conséquent ne prouve rien ; il est déchu de l’état naturel, ou il n'y est point encore arrivé. Et remarquez bien que le sauvage même ne forme pas une exception à proprement parler : car cette espèce d'hommes vit en société et connaît la souveraineté tout comme nous. Sa Majesté le Cacique est couverte d'une peau de castor graisseuse, au lieu d'une pelisse de renard de Sibérie ; il mange royalement son ennemi prisonnier, au lieu de le renvoyer sur sa parole, comme dans notre Europe dégradée. Mais, enfin, il y a parmi les sauvages une société, une souveraineté, un gouvernement et des lois quelconques. Quant aux histoires vraies on fausses d'individus humains trouvés dans les bois et vivant absolument comme des animaux, on est dispensé, sans doute, d'examiner des théories fondées sur ces sortes de faits ou de contes.


(1) Pourquoi un roi? Il fallait dire un souverain.
(2) Nouvelle Héloïse, t. IV.
(3) Voir dans l’Emile, t. III, le portrait d'une vérité si frappante que Rousseau fait de ces Messieurs. Il oublie seulement d'ajouter : Et quorum pars magna fui.
(4) Cette belle expression de Platon. (Voir le Phédon.)

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

ÉTUDE  SUR


LA SOUVERAINETÉ

LIVRE PREMIER


DES ORIGINES

 

DE LA SOUVERAINETÉ

CHAPITRE PREMIER


DE LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE (1)
Non illi imperium. Virg.

 

De Maistre 17

 

Le peuple est souverain, dit-on ; et de qui ?— De lui-même apparemment. Le peuple est donc sujet.
Il y a sûrement ici quelque équivoque s'il n'y a pas une erreur, car le peuple qui commande n'est pas le peuple qui obéit. Il suffit donc d'énoncer la proposition générale  « Le peuple est souverain », pour sentir qu'elle a besoin d'un commentaire.
Ce commentaire ne se fera pas attendre, du moins dans le système français. Le peuple, dira-t-on, exerce sa souveraineté par le moyen de ses Représentants.
Cela commence à s'entendre. Le peuple est un souverain qui ne peut exercer la souveraineté. Seulement chaque individu mâle de ce peuple a le droit de commander à son tour pendant un certain temps : par exemple, si l'on suppose 25 millions d'hommes en France et 700 députés éligibles chaque deux ans, on comprend que si ces 25 millions d'hommes étaient immortels, et que les députés fussent nommés par tour, chaque Français se trouverait roi périodiquement chaque trois mille cinq cents ans environ.
Mais comme, dans cet espace de temps, on ne laisse pas que de mourir de temps en temps, et que d'ailleurs les électeurs sont maîtres de choisir comme il leur plaît, l'imagination est effrayée du nombre épouvantable de rois condamnés à mourir sans avoir régné.
Mais puisqu'il faut examiner plus sérieusement cette question, observons d'abord que, sur ce point comme sur tant d'autres, il pourrait bien se faire qu'on ne se fût pas entendu. Commençons donc à bien poser la question.
On a disputé avec chaleur pour savoir si la souveraineté venait de Dieu ou des hommes ; mais je ne sais si l'on a observé que les deux propositions peuvent être vraies.
Il est très vrai, dans un sens inférieur et grossier, que la souveraineté est fondée sur le consentement humain : car si un peuple quelconque s'accordait tout à coup pour ne pas obéir, la souveraineté disparaîtrait, et il est impossible d'imaginer rétablissement d'une souveraineté sans imaginer un peuple qui consent à obéir. Si donc les adversaires de l'origine divine de la souveraineté ne veulent dire que cela, ils ont raison, et il serait fort inutile de disputer. Dieu n'ayant pas jugé à propos d'employer des instruments surnaturels pour l'établissement des empires, il est sûr que tout a dû se faire par des hommes. Mais dire que la souveraineté ne vient pas de Dieu parce qu'il se sert des hommes pour, l'établir, c'est dire qu'il n'est pas le créateur de l'homme parce que nous avons tous un père et une mère.
Tous les théistes (2) de l'univers conviendront sans doute que celui qui viole les lois s'oppose à la volonté divine et se rend coupable devant Dieu quoiqu'il ne viole que des ordonnances humaines, car c'est Dieu qui a créé l'homme sociable ; et puisqu'il a voulu la société, il a voulu aussi la souveraineté et les lois sans lesquelles il n'y a point de société.
Les lois viennent donc de Dieu dans le sens qu'il veut qu'il y ait des lois et qu'on leur obéisse ; et cependant ces lois viennent aussi dos hommes puisqu'elles sont faites par des hommes.
De même la souveraineté vient de Dieu, puisqu'il est l'autour de tout, excepté du mal, et qu'il est en particulier l'auteur de la société qui ne peut subsister sans la souveraineté.
Et cependant cette même souveraineté vient aussi des hommes dans un certain sens, c'est-à-dire en tant que tel ou tel mode de gouvernement est établi et déclaré par le consentement humain.
Les partisans de l'autorité divine ne peuvent donc nier que la volonté humaine ne joue un rôle quelconque dans l'établissement des gouvernements ; et les partisans du système contraire ne peuvent nier à leur tour que Dieu ne soit, par excellence et d'une manière éminente, l'auteur de ces mêmes gouvernements.
Il paraît donc que ces deux propositions : la souveraineté vient de Dieu, et la souveraineté vient des hommes, ne se contredisent pas absolument ; pas plus que ces deux autres : les lois viennent de Dieu, et les lois viennent des hommes.
Il suffit donc de s'entendre, de mettre les idées à leur place, et de ne les point confondre. Avec ces précautions nous sommes sûrs de ne pas nous égarer, et il semble qu'on doit écouter avec faveur l'écrivain qui dit : « Je ne viens point pour vous dire que la souveraineté vient de Dieu ou des hommes ; examinons seulement ensemble ce qu'il y a de divin et ce qu'il y a d'humain dans la souveraineté. »


(1) Le manuscrit de cette étude porte les dates de Lausanne, 1794,1795,1796. (Note de l'éditeur.)— Cet ouvrage a été écrit à la hâte et jamais relu. Quelques morceaux ont passé dans d'autres écrits. Saint-Pétersbourg, 16 (28)janvier 1815.(Note de l'auteur.)
(2) Quoique ce mot dans son acception primitive soit synonyme de celui de déiste, l'usage cependant en a fait l'opposé d'athée, et c'est dans ce sens que je l'emploie. C'est un mot nécessaire, celui de déiste excluant la croyance de toute révélation.

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