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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MARTYRS DE FRANCE

LES SIX CENTS PRETRES MARTYRS

Des îles de la Charente (1793-1795) 

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La déportation en 1793-94.

 

C'est, parmi les horreurs sanglantes de cette crise d'hystérie sauvage qu'on nomme la Révolution française, une des pages les plus ignominieuses que l'histoire des déportés des pontons. Les beaux exploits de la guillotine, à Paris, avec les ruisseaux de sang dont la police finit par se plaindre au bourreau, les tueries des Carmes, les noyades de Nantes, les fusillades de Quiberon vous jettent aux moelles un frisson violent, mais rapide.

C'est la secousse brutale que vous donne en un drame d'épouvante le massacre d'un cinquième acte. Ici, c'est dans la cruauté lâche et fétide, c'est dans le fangeux, dans le vaseux qu'on s'enfonce. Taine a raison de comparer la Révolution au crocodile, idole sacrée derrière son voile, de près bête immonde et louche et rampante, qui, lentement, lourdement, béatement, écrase en se vautrant dans la boue ses victimes.

Donc, la Constituante a proclamé le faux dogme de la liberté religieuse, et, en même temps, clic a voulu tout de suite briser en le faussant l'organisme sacré de l'Eglise catholique, faire de la religion un service public, du clergé, séparé de Rome et soumis au pouvoir civil, un corps de fonctionnaires. Elle a volé en juillet 90 la Constitution civile du clergé, protestant, malgré les énergumènes qui la poussaient à changer jusqu'au dogme, qu'elle ne touchait pas au spirituel, qu'elle réglait seulement le temporel, mais soumettant à l'élection populaire les évêques et les curés, défendant aux nouveaux prélats de demander à Rome institution et confirmation, chargeant les tribunaux de forcer le métropolitain à consacrer les élus, etc…etc.

D'ailleurs, elle a commencé par faire main basse sur tous les biens de l'Eglise ; car il faut que ses ministres soient des salariés à la solde de la nation... et dans la main des gouvernants. Menacé de la misère s'il résiste, comment ce clergé, dont une littérature impie depuis cinquante ans dénonce la cupidité et les mœurs dissolues, pourrait-il ne pas se laisser prendre à la souricière ?...

Mais voilà qu'avant même que Rome ait parlé, le clergé, d'instinct chrétien, s'est levé et a déclaré, avec Mgr de. Donnai, Mgr de Boisgelin, l'abbé Maury et presque tous les évêques appartenant à la représentation nationale : « Nous périrons, s'il le faut, mais nous ne laisserons pas asservir l'Eglise et avilir son sacerdoce

Alors la Bête, contrariée dans sa digestion et dans sa haine, a, grincé des dents ; et par une loi nouvelle (27 novembre-27 décembre), préparée et accompagnée, suivant le rite, d'outrages, de discours comminatoires et des violences de la rue, elle a imposé dans les huit jours à tout ecclésiastique exerçant un ministère public le serment de fidélité à la Constitution civile, sous peine de perdre sa fonction d'abord, et puis d'être puni comme suspect, perturbateur de l'ordre et rebelle à la loi.

Et le tohu-bohu a commencé. En vain pour briser à tout prix l'admirable unité de l'Eglise et faire éclore le schisme qui la ruinerait, on a, mettant en jeu tout à la fois la méthode forte et la méthode douce, ici terrorisé, lancé des bandes d'apaches contre les églises, les presbytères, les couvents, ailleurs flatté, caressé, cherché à endormir les scrupules : il y a des circulaires exquises de procureurs de départements aux maires et officiers municipaux pour qu'ils expliquent que l'Assemblée « a mis Joutes les consciences à l'aisé en déclarant formellement qu'elle n'a pas entendu toucher à la spiritualité de la religion » ; et souvent les officiers municipaux, bonnes âmes ou magistrats très ennuyés, n'ont pas demandé mieux que de tricher, que de recevoir le serment en acceptant les réserves qu'y mettait le prêtre ou en feignant de ne pas les entendre C'est comme cela que par surprise ou a obtenu — ou enregistré — quelques adhésions dont beaucoup seront bientôt suivies, quand il fera plus clair, surtout quand le Pape aura prononcé, de rétractations publiques, officielles, notariées parfois ; ce qui est un scandale intolérable et un sujet de grande colère...

Or, depuis la loi de Séparation et les discours mielleux ou amers, et les campagnes de presse, et les menées de tout genre, qui en faisaient l'accompagnement, c'est une histoire que nous comprenons très aisément..

Mais en ce temps-là, comme on sait, la résistance du clergé français, commençant par le haut, fut tout de suite magnifique Sur 131 archevêques ou évêques, quatre seulement prêtèrent le serment, dont trois étaient incrédules et sans mœurs. Et du jour au lendemain, sur 70.000 prêtres, il y en eut 16.000 de destitués.

Alors, ce fut dans toutes les paroisses de France le gâchis violent de la guerre civile et religieuse Relisez la maîtresse page de Taine :

« Partout deux croyances, deux cultes... L' intrus, l'excommunié, qui voit le vide autour de lui, n'ayant pour auditeurs que des gens du club venus le sous tenir par politique, qui, furieux, dénonce le réfractaire » comme accaparant les fidèles, fanatisant les consciences, sapant la Constitution, et qui envole les  gendarmes contre lui. ».

Les gendarmes ou l'émeute. Car de ce moment contre le prêtre insoumis, donc révolté, toutes les violences sont légitimes, bannissement, internement, pillage, voies de fait, et meurtre compris.

« Voici venir la révolte des paysans, les insurrections de Nîmes, de la Franche-Comté, de la Vendée, de la Bretagne, l'émigration, la déportation, l'emprisonnement, la guillotine ou la noyade pour les deux tiers du clergé de France... A cela conduisent les lois de l'Assemblée constituante... Et les attentats qu'on commettra plus tard seront les suites inévitables de ceux qu'elle a commis. »

Ce n'est pas ici le lieu de rappeler tous ces attentats.

Et il n'est même pas nécessaire de rapporter la série de lois et décrets par lesquels la Bête, de plus en plus irritée contre celte résistance de l'Eglise qui brisait son effort, cherchait incessamment à lui asséner de nouveaux coups.

La Législative encore une fois essayait de surprendre son ennemi par la ruse du serment dit de liberté égalité (27 novembre 91). Celui-là était purement civique; aussi qui refuserait de le prêter s'avouait un séditieux irréductible ; le moins qu'il mériterait c'était, avec la dégradation civile et la spoliation, l'internement.

Cela demeurait inefficace ; et ce clergé maudit, tant qu'il restait là, empoisonnait les âmes, souillait la terre de la liberté, était coupable de tous les troubles.

Six mois après on décrétait (26 mai 92) l'exil hors du royaume pour tous les insermentés que dénonceraient au département les « citoyens actifs » du canton.

Et comme la chasse aux prêtres ainsi légalisée ne donnait pas encore assez, le 20 août l'exil était imposé à tous, sans autre forme de procès; quant à ceux qui n'auraient pas quitté te territoire dans les quinze jours, ils seraient arrêtés, conduits de brigade en brigade aux porta de mer les plus voisins pour être déportés à la Guyane On remplaçait pour les sexagénaires et les infirmes la déportation par la réclusion.

La Convention qui avait en mains de si bons textes n'eut plus qu'à les étendre des insermentés à tous les ecclésiastiques, séculiers et réguliers, frères convers et lais, qui seraient dénoncés pour cause d'incivisme, à ajouter comme lieu de déportation la côte Ouest d'Afrique à la Guyane, et à la déportation la confiscation de tous les biens ; puis, à punir de mort dans tes vingt-quatre heures tous ceux qui d'exil rentreraient sur le territoire de la République ; tous ceux qui, jetant dans le cas de la déportation, ne seraient pas venus dans la décade se livrer eux-mêmes aux autorités du département, et ceux qui les auraient recelés, etc (18 mars —21 avril —20 octobre 1793).

Cette fois, la machine à triple ressort : bannissement, déportation ou réclusion, et mort, semblait parfaite Seulement, l'émigration avait déjà emporté aux quatre vents de l'espace tous ceux qui avaient pensé que le meilleur était de fuir devant la tempête. Contre les irréductibles qui ne voulaient rien entendre que le Verbe de Dieu, et qui, se déguisant, se cachant dans les bois, s'obstinaient à ne pas laisser sans secours leur troupeau, la guillotine, tout en ne cessant pas de travailler, se montra vite insuffisante : ils étaient trop ! et trop populaires la plupart... C'est ainsi que la déportation devint le principal moyen « d'exécution » de centaines et de milliers de prêtres qui, sur tous les points du territoire, refusaient de lâcher prise, qui encombraient les prisons — et dont la masse chaque jour grossie par des arrestations nouvelles allait constituer la plus embarrassante cargaison à transporter au delà des mers...

Ceux-là étaient dans le vrai qui avaient opéré les grandes boucheries de septembre, ou qui proposaient, comme le citoyen Legendre, de charger les prêtres sur les bateaux à immondices qu'on appelle à Brest les Maries-Salopes, et d'aller les déverser en pleine mer! Une idée dont Carrier, à Nantes, sut bientôt profiter.

Car où prendre les bateaux, les équipages et l'argent pour faire faire la traversée d'Afrique ou d'Amérique à cette prêtraille inépuisable ? Le Comité de Salut public n'arriva jamais à trouver la solution pratique de ce problème. Il se contenta donc d'acheminer vers les ports, vers Nantes, Bordeaux et Rochefort, ces convois de chair humaine, en laissant aux autorités locales le soin de s'en défaire comme elles pourraient…

Voilà pourquoi, par la force des choses, bien plus que par la crainte des croisières anglaises, les déportés de la Terreur, tous des prêtres, et la plupart, on l'a compris, l'élite du clergé de France, les plus héroïques, les meilleurs, mais un certain nombre aussi à qui Dieu voulait faire racheter par la souffrance l'erreur de leurs serments constitutionnels, ont été amenés dans le cirque lumineux de celte belle rade saintongeaise, pour y endurer des tortures effroyables, et, sans qu'aucun ait dépassé la ligne bleue qui ferme l'horizon, pour tomber là en terre française... nous conservant à portée de la main, jusqu'à l'heure où nous saurons nous en faire un palladium, le trésor de leurs saintes reliques !

Dès 1792, à la Législative, un évèque apostat, Faucher, avait, d'un geste de haine dans lequel Dieu pourtant mettait quelque chose de prophétique, marqué pour devenir le champ du martyre ces parages. « Mieux vaudrait, disait-il, détenir les insermentés dans les îles de la Charente, parce qu'autrement, il faudrait 100 vaisseaux pour transporter 50-000 prêtres ! »

Par une prédestination émouvante, tous les diocèses de France et ceux de la Belgique, française par la conquête de 1792, ont fourni â cet holocauste des victimes, ont dans ce reliquaire des gloires à chercher. Car lorsque Nantes eut assez des noyades, elle reversa vers Bordeaux nombre de ses déportés. Mais quand Bordeaux et Blaye eurent, en lin de 1794, honte et embarras des leurs, c'est là encore, dans les eaux de l'île Madame et du Port-des-Barques, que les 6 à 700 qu'ils avaient chargés sur trois bateaux vinrent prendre leur mouillage à côté des 250 spectres qui étaient les seuls survivants de l'immense procession de confesseurs et de martyrs descendue à la mer par Rochefort.

Et les 1.700 du Directoire sont encore venus féconder ce pays de la forte semence de leurs morts; ceux-là même ont fait escale ici qui devaient s'en aller périr à Cayenne et à Sinnamary. Je le dis après Mgr de Saint-Flour, paraphrasant à ce sujet Victor Hugo:

 

O flots! que vous savez de lugubres histoires!

 

...et de sublimes ! Mais on demeure confondu à penser qu'ils sont les seuls à se les raconter en montant les marées, et que, pendant un siècle et presque un quart de siècle en plus, l'indifférence des hommes, l'oubli ou l'impuissance de l'Eglise de France, jusqu'ici liée aux gouvernements issus de la Révolution, avaient tissé à ces pauvres morts un autre suaire plus épais, plus lourd à soulever que le sable ou l'argile sous lesquels ils sont couchés !...

 

 

Gabriel AUBRAY.

 

A suivre…

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MARTYRS DE FRANCE

LES SIX CENTS PRETRES MARTYRS

Des iles de la Charente (1793-1795)

 

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L'Ile d'Aix.

 

Un peu plus loin et comme au milieu de cette mer intérieure que forme avec les bords de la rivière la ligne verte et blonde de Ré et d'Oléron se détache, avec ses deux phares blancs et la masse sombre d'un bois de pins, l’Île d'Aix.

Celle-ci, au moins, a un nom. De Rochefort et de Fouras, même de Royan et de tous les ports et de toutes les plages de la côte et des îles on va en excursion à l'île d'Aix.

Un grand souvenir a fait jusqu'ici l'unique attrait de ce pan de terre crayeuse, de 200 à 1.500 mètres de large et de son petit village de 230 habitants.

Lorsque, en effet, on a franchi la porte du rempart qui enserre toute l'extrémité sud de l'île, au bout de la chaussée battue du flot jaunâtre, on est, malgré les ormes sans grandeur et tes canards en liberté, sur la place d'Austerlitz ; et dans une des trois rues du village, parmi les maisons basses, il y en a une un peu plus haute, d'ailleurs banale et sans style, qui porte à son fronton une aigle et une plaque de marbre, et qui est la maison de Napoléon. Ici, entre l'île d'Elbe et le rocher de Sainte-Hélène, le grand oiseau de proie, qui de Corse avait fondu sur la France et tenu l'Europe un moment dans ses serres, est venu s'abattre un soir, l'aile cassée. C'est d'ici qu'après avoir pendant sept jours scruté la brume, pendant sept nuits interrogé son destin, le 15 juillet 1815, à trois heures et demie du matin, avant l'aube, il est parti se livrer, vaincu, prisonnier, au chasseur qui le traquait depuis quinze ans.  « Quelle est donc la magie de la gloire » disait Chateaubriand, s'arrêtant quand on lui dit que le Sousonghirli qu'il venait de traverser c était le Granique ; et comment se fait-il que le nom lointain d'un homme suffise à immortaliser un petit fleuve dans un désert? »

Ainsi de cette maison : Napoléon l'avait fait bâtir pour être l'hôtel de la place, à l'époque où il fortifiait l'île afin de protéger contre les Anglais sa rade; et elle fut, en face de l'Angleterre, lui fermant toute issue, son dernier asile d'une semaine avant de quitter pour jamais la France. Dans cette petite chambre du premier au papier à fleurs bleues, il a crispé de rage son front impuissant ; de ce balcon, il a regardé longuement, longuement la mer, guettant une échappée à travers la croisière ; sur ce lit de noyer à rideaux de reps grenat, son insomnie a rêvé la fuite en Amérique, une épopée nouvelle, ou peut-être, s'il était sincère en l'écrivant, une retraite à la Jean-Jacques « dans le sein de la nature et dans la solitude qui convenait à ses dernières pensées ». Sur cette table ronde d'acajou à dessus de drap vert, il a, toujours grandiloquent et soignant jusqu'au bout sa mise en scène, écrit la lettre fameuse au régent d'Angleterre. « Je viens, comme Thémislocle, m'asseoir au foyer du peuple britannique...» Et cet escalier de pierre aux murs nus a entrevu dans le sombre matin sa silhouette légendaire, suivie de cinq ou six ombres fidèles, Bertrand, Gourgaud, Montholon, Rovigo, Las-Cases, s'en aller par la porte basse de la rue et s'enfoncer dans la nuit pour toujours... Cela suffit pour que l'île d'Aix ait dans

l'histoire sa place, pour qu'à celte maison l'on vienne, qu'à ce balcon l'on rêve en écoutant gémir la vague et pleurer le vent…

Ah ! si de ce balcon l'on pensait, l'on savait quel ossuaire on domine ! Sur toutes les côtes de celte rade, dont on voit si bien du haut des remparts se dessiner le profil circulaire, si l'on savait tout ce qui dort enseveli, mais prêt sans nul doute à germer du sol sous la rosée des prières et à porter fleurs et fruits d'exemples émouvants, de grâces surnaturelles et de miracles !... Ici, un soldat de fortune, à qui quelques coups d'épée merveilleux ont taillé pour la parade des siècles un manteau de géant, mais qui n'était après tout qu'un petit homme gros et court, ce qui avait dû, tout comme un autre, grimper pour rembarquement sur les épaules d'un marin, a vu, jouet d'un pouvoir plus haut, se terminer lamentablement sa courte aventure : et cela est assez pour que la pitié vienne saluer sa trace... Mais là, dans ce champ clos, d'eau tantôt dormante, tantôt houleuse, l'Eglise catholique avait, vingt ans avant, dans sa lutte éternelle contre le monstre du mal et de la haine, livré une bataille grandiose, sacrifié pour la victoire des centaines de victimes, comme en l'arène du Colisée et au temps des Catacombes a chanté enfin sous le ciel de Dieu le poème de souffrance et de mort le plus beau qu'il y ait pour la France et le plus fécond : et jusqu'à hier encore, nul signe n'appelait le visiteur et ne marquait la place de l'hécatombe Regardez pourtant, si le temps est clair ; sur ce paysage aux nuances très fines, où rien de saillant ne se détache, où rien ne fait monter la pensée religieuse que la flèche des clochers épars sur le marais, Fouras, Moëze, Maternes, on peut vous montrer du doigt, comme en un chemin de croix, les stations douloureuses où sont tombés par phalanges les martyrs.

Au premier plan vient vers vous l'île Madame, centre de l'ossuaire, radeau flottant qui porte entre les deux mers son vaste cimetière et qui porterait admirablement un autel...

Par delà l'île Madame, apercevez-vous, se dressant dans la solitude de la plaine, les remparts en ruines d'une citadelle où parmi de rares maisons émergent de grands ormes : c'est brouage, la ville morte, dont le tourisme vient parfois traverser l'étrange solitude et regarder d'en bas la grave silhouette. Une cinquantaine de prêtres y sont morts après de longues souffrances et sont là ou là enterrés.

A l'Ouest, une autre petite forteresse est en éperon à l'avant de l'île d'Oléron : c'est Le Château, qui eut ses prisonniers aussi cl qui en garde quelques-uns dans son cimetière. Saint-Martin de Ré, au Nord, a reçu un millier de prêtres et de religieux lors de la seconde déportation, celle du Directoire, en 1797, après fructidor ; et comme celle-ci fut un peu moins sauvage que la première et moins meurtrière, il n'en a péri sur place qu'une soixantaine.

Mais, du côté de la terre, l'estuaire de la Charente fut comme la dévorante fosse commune, où, sous la Terreur, pendant onze mois de l'année 1791, furent jetés, sans cercueil et tout nus, les corps des prêtres morts au charnier des pontons. De même qu'on a repéré jusqu'à Rochefort la route des navires par des feux de nuit, on aurait pu, on aurait dû presque tout le long des rives planter des croix funéraires, puisque, charriés par les courants du fleuve ou hâtivement enfouis dans les vases les plus proches, les restes de ces saints —-des restes qui sont des reliques ! — reposent çà et là, partout répandus, et sanctifient obscurément toute cette côte saintongeaise.

Il y en a sans doute à la Cabane Carrée, près de la ville; il yen a certainement autour du fort Lupin, autour du fort de la Pointe, à côté du Port-des-Barques. Qui descendrait le fleuve, pour faire aux îles sacrées son pèlerinage eu suivant la même voie qu'ont suivie autrefois les déportés, devrait se tenir tête nue et la prière aux lèvres, ainsi qu'on va dans une allée de cimetière ; et la poésie, la tristesse poignante de ce marais herbeux qui s'étend à perte de vue, avec quelques arbres frissonnant au bord des canaux, rendrait plus pénétrante l'émotion pieuse dont on se sentirait envahi en défilant parmi ces morts...

En cette même île d'Aix, où le seul souvenir de Napoléon vous haute, vous ne pouvez faire un pas à travers tes sables fleuris d'immortelles sans fouler une place où des morts aient reposé... Comme le paysan phrygien qui, menant César dans la lande broussailleuse où jadis avait été Troie, l'arrêtait tout à coup : « Prends garde, tu vas ici marcher sur les cendres d'Hector », un monument devrait avertir l'étranger, clore les bouches et faire monter l'oraison : «Passant, recueille-toi et songe : deux cent dix corps sacrés dans ce pli de terre ont dormi. » Sous la vigne et le blé, sans doute, il en reste encore. Mais la charrue si longtemps a mis des ossements au jour. Et quand on a fait les terrassements des forts, la pelle des soldats en a tant remué ! Dans la crypte de la pauvre église où vous pouvez descendre, on a réuni, il y a vingt ans le plus de crânes et de tibias, qu'on a pu, prêtres et forçats, victimes et bourreaux confondus jusqu'au grand tri de la résurrection éternelle. Hélas ! que de poussière humaine est restée mêlée au sable de la dune ou s'est envolée dans le vent du large!...

Ainsi près de trois cents enterrés à l'île Madame, plus de deux cents à l'île d'Aix, quarante à Brouage, près de cent ça et là perdus dans les vases de l'estuaire, voilà bien pour s'en tenir à la persécution exclusivement sacerdotale de 1791 et aux déportés des pontons, un reliquaire national incomparable, le plus grand sans doute de France — les prêtres massacrés en septembre 92 dans le jardin des Carmes ne furent guère plus d'une soixantaine — le premier du monde peut-être, après les catacombes de Rome.

Ce reliquaire pourtant, auquel presque toute la France a fourni, est de presque toute la France ignoré ; et bien peu connaissent en ses détails l'histoire de cette épouvantable mais héroïque hécatombe.

 

 

Gabriel AUBRAY.

 

A suivre…

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Publié dans : #MARTYRS DE FRANCE

LES SIX CENTS PRETRES MARTYRS

Des îles de la Charente (1793-1795)

 

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 L'Ile Madame.

 

L'endroit où je vous mène d'abord est un des lieux les plus émouvants de France. Ni sur nos  ossuaires de l'Est, ni sur le Champ des Martyrs à Auray, il ne plane autant de pensées mêlées, ardentes, mettant l'âme en tumulte. Et, tout chargé qu'il soit de la tristesse du couchant impérial, le rocher lointain de Sainte-Hélène ne doit pas soulever dans l'intime de l'être une telle houle de sentiments violents...

Ici, comme là-bas, c'est un îlot perdu, presque désert

— un fort, une ferme au milieu des terres, voilà tout.

— c'est, pareillement, «un écueil battu par la vague plaintive...» Mais, bien que la Mort ait sacré ce sol plus qu'un autre, le tombeau n'y paraît pas, que le regard de «celui qui sait» y cherche, Aucune gloire n'a encore éclairé de son rayon ce pâle rivage maussade, dont quelques ormes rabougris comme des arbrisseaux sont la seule parure. Rien, rien qui arrête la vue et fixe la méditation. Et si vous n'apportiez avec vous, en vous, l'essaim bouillonnant des souvenirs, de la poésie, de la prière, peut-être, au lieu de la ferveur qui vous prend et vous exalte, n'éprouveriez vous devant cet isolement sans grandeur — qui est un méprisant abandon — qu'une stupeur morne ou une sécheresse dégoûtée.

Nous sommes à l'embouchure de la Charente, au centre de cette belle rade, dont les côtes basses et fuyantes de l’Aunis, les îles de Ré et d'Oléron, minces rideaux de verdure légère, qui se profilent en cercle sur l'horizon, font, aux jours clairs et calmes, comme un lac immense d'un bleu, léger, un paysage de mer d'une douceur incomparable. Or, la rive gauche du fleuve qui se prolonge en presqu'île autant qu'elle peut, finit, après le dernier village, Port-des-Barques, et sa grève, par une sorte de jetée naturelle d'un quart de lieue, formée, presque au ras de l'eau, de roches, de cailloux et de sable, qui rattache à la terre, comme ferait un câble, à moitié submergé, une motte calcaire, de deux à trois mille pas de tour, d'une vingtaine de pieds au-dessus du flot et sa partie la plus haute. Cette jetée, que l'eau, il n'y a pas encore- longtemps, couvrait sur une certaine longueur chaque marée, c'est la «Passe-aux-Bœufs » et cette motte de terre, c'est l'île Madame.

Plongeant sur tout un côté duis la mer par des marais qui se confondent avec elle, et de l'autre présentant à la vague la falaise rongée de son flanc droit, elle semble, il marée basse, quand l'eau s'est loin, très loin retirée, comme une épave prise dans les vases, ou un ponton échoué dans les lagunes, une manière de presqu'île aux contours vagues, cap désert de la fin des terres et morne écueil, où l'on n'aperçoit par-dessus une haie d'arbrisseaux que le faite crénelé de la blanche caserne-forteresse.

Elle fut cela, eu effet, le dernier ponton ou se consomma le supplice des prêtres marqués, par la Révolution pour la mort, puis l'épave funèbre qui durant plus d'un siècle, a gardé fidèlement sous le suaire immobile de sa lande les corps des héros que, pour la fin de leur martyre, elle avait, au mois d'août 1791, maternellement accueillis dans ses flancs.

Hic ceciderunt, hic jacent... Dans ces terrains vagues qui la bordent au sud et à l'ouest, anciens lais de mer qu'on ne cultive pas (res nullius) que pâturent les bêtes, et où l'on voit ou croit voir certaines ondulations, certaines rides, prés de trois cents prêtres français (on a les noms et les actes mortuaires de 275) sont couchés, oubliés, perdus, depuis cent dix-huit ans, sans tombe et sans croix, attendant le grand réveil des corps et l'entrée dans la gloire divine que leur foi héroïque, leurs souffrances sans nom, et leur mort, vraie Passion du Calvaire, leur ont assurée.

"Mes chairs sont consumées, dit Job, mes os se sont collés à ma peau, il ne me reste plus que les lèvres autour des dents… Et j’ai dit à la pourriture: tu es mon l'ère...

Mais Je ressusciterai au dernier jour. Je serai à nouveau revêtu di ma peau, je reprendrai ma chair et mes yeux pour contempler Dieu..."

Comment, en foulant ce sol, ne pas se rappeler ce texte violent, et en respirer l'odeur mêlée de pestilence et de suavité, tant il s'applique exactement aux pieuses victimes qui sont moites ici, rebut du monde, oints du Seigneur, de la mort la plus ignominieuse, ta mort par la pourriture et la vermine, dans ta sentine horrible des pontons, et sur le charnier que fut celle île...

Or, à marée haute, il semble que l'île monta avec la vague et qu'elle, flotte maintenant comme une arche d'un dessin très net sur le ciel et la mer bleue, à peine retenue a la terre par le ruban blanc de sa chaussée pierreuse à fleur d'eau. Et c'est une arche sainte, aussi, une châsse émouvante en sa pauvreté, le reliquaire très humble qui garde un trésor grandiose, qui le garde tout seul dans le cantique sans fin de la mer et sous la veillée des étoiles.

L'île Madame, est-ce bien son nom définitif ?

Elle fut l’Ile Citoyenne a l'heure où la Révolution lui a fait une histoire. Ses prisonniers de l'été de 1701 la baptisèrent, en la consacrant à la Vierge, l’Ile  Notre-Dame, «L’Ile des Prêtres», l'a longuement nommée le populaire d'à côté. Peut-être un jour ne l'appellera-t-on pas autrement que l’Ile des Saints ou l’Ile des Martyrs?...

 

 

Gabriel AUBRAY.

 

A suivre…

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ORDRES DE CHEVALERIE

CALATRAVA (Ordre de).

 

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Don Sanche III, dit le Grand, roi d'Aragon, conquit sur les Maures la ville de Calatrava, dont il confia la garde aux Templiers. Ces derniers, à la nouvelle qu'une puissante armée venait pour l'assiéger, l'abandonnèrent et la remirent

entre les mains du roi, qui la promit en toute propriété à quiconque se chargerait de la défendre. Deux moines de l'abbaye de Citeaux, don Raymon de Burever, abbé du monastère de Sainte-Marie de Hystéro, et don Diégo Velasquez, acceptèrent ces conditions et promirent d'en soutenir vaillamment le siège, aidés de quelques personnes de distinction. Leur courage ne leur fit pas défaut, et ils repoussèrent l'armée ennemie avec un plein succès.

Le roi, satisfait, ratifia la promesse qu'il avait faite et donna la ville à ses défenseurs, ceux-ci s'y établirent définitivement; et reçurent de don Sanche de nouvelles libéralités, qui furent approuvées plus tard par son petit-fils Alphonse IX.

Ce fut à l'aide de ces possessions que les combattants de Calatrava constituèrent régulièrement un ordre religieux et militaire, dont les statuts furent confirmés, le 16 septembre 1164, par le pape Alexandre III. A la mort de don Raymon, qui avait été élu grand maître, les chevaliers de l'ordre lui donnèrent pour successeur don Garces de Aca. En 1213, la ville d'Alcantara leur fut confiée par Alphonse IX; ils la défendirent contre les Maures jusqu'en 1217, et la remirent aux chevaliers de Saint-Julien du Poirier.

En reconnaissance, ces derniers s'unirent à l'ordre de Calatrava, qui s'adjoignit, quelques années plus tard, l'ordre d'Avis, à la suite d'une donation des biens de l'ordre, faite par le grand maître Garces de Aca aux chevaliers de l'ordre d'Avis; enfin, en 1221, l'ordre de Montjoie fut incorporé également à l'ordre de Calatrava, Cette association ne dura pas; des dissensions ·s'élevèrent, En 1385, Jean, roi de Portugal, fut élu grand maître de l'ordre d'Avis par une partie des chevaliers, qui se détachèrent de celui de Calatrava. Ceux d'Alcantara ne tardèrent pas à suivre cet exemple en se nommant un chef, qui reprit le titre de grand maître de l'ordre d'Alcantara; et, bientôt affaibli par ses luttes intestines, la décroissance de l'ordre arriva.

Pour mettre fin à cet état de choses, qui menaçait d'amener la disparition complète de l'ordre, en 1489, le pape Innocent VIII, profitant de la mort du dernier grand maître, en donna l'administration au roi Ferdinand le Catholique, et, peu de temps après, le pape Alexandre VI en adjugea à perpétuité la grande maîtrise à la couronne de Castille.

A la suite de cette mesure, l'ordre entra dans une nouvelle voie de prospérité; et, quoiqu'il ait subi de nouvelles modifications en raison des temps, il est encore considéré aujourd'hui comme -l'un des ordres importants d'Espagne.

 

CASQUE DE FER (Ordre du).


Cet ordre a été institué en Hesse-Cassel, le 18 mars 1814, afin de récompenser les fidèles services rendus à l'État pendant la guerre. Peu de temps après son institution, il cessa d'être conféré.

Les membres de l'ordre étaient divisés en trois classes : grands-croix, commandeurs et chevaliers.

 

CHAPELET DE NOTRE-DAME (Ordre du)


Cet ordre, peu important, fut institué à Valenciennes, vers 1520, par quelques bourgeois de ce pays, en l'honneur de la très-sainte Vierge et en mémoire du couronnement de Charles-Quint.

Cette institution est complètement disparue, son existence ayant été de très courte durée.

 

CHARDON (Ordre du),

ou Ordre de SAINT-ANDRE.

ou Ordre de la RUE.

 

Cet ordre fut créé en 1440 par Jacques II, roi d'Écosse. Le nom du Chardon ou de la Rue lui vient des armoiries des anciens Pictes ou Scots. Il cessa d'exister après la mort de Marie Stuart, et ne fut rétabli qu'en 1687, par Jacques II, lors de l'incorporation du royaume d'Écosse à celui d'Angleterre. Il ne tarda pas à disparaître de nouveau, mais la reine Anne le reconstitua en 1703, et, vingt ans plus tard, le roi Georges 1er le confirma solennellement et en modifia les statuts.

Cet ordre se compose aujourd'hui d'une seule classe de membres, portant tous le titre de chevaliers.

Il est destiné à récompenser le mérite et les services de la noblesse d'Écosse.

 

CHARITE CHRETIENNE (Ordre de la).


Henri III, roi de France, créa cet ordre à Paris, en 1589, dans le but de récompenser les officiers et soldats blessés au service de l'État. A cet effet, il leur donna dans cette ville une maison nommée Maison de la Charité chrétienne.

Cette institution, qui inspira plus tard à Louis XIV la fondation de l'Hôtel des Invalides, ne reçut jamais son entière exécution, par suite des troubles qui agitèrent la France à cette époque

 

CHIEN ET DU COQ (Ordre du).


Clovis 1er, roi de France, ayant reçu le-baptême à Reims, plusieurs seigneurs de la cour imitèrent son exemple, entre autres Lisoye de Montniorenoy, qui créa à cette occasion l'ordre du Chien, signe symbolique de la fidélité, afin de témoigner publiquement celle qu'il portait au roi. Clovis autorisa cette institution.

Quelque temps après cette première fondation, le même seigneur institua l'ordre du Coq, destiné à récompenser les gentilshommes qui l'avaient accompagné aux États généraux assemblés à Orléans. Ces deux ordres n'en formèrent bientôt plus qu'un, sous le nom d'ordre du Chien et du Coq, qui subsista peu de temps et disparut sans laisser de traces.

 

CHRIST (Ordre militaire du).

 

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Cet ordre est la continuation de celui du Temple, sur les ruines duquel il a été élevé. En 1317, Denis 1er, roi de Portugal, sollicita du pape Jean XXII la permission de rétablir l'ordre du Temple sous le nom d'ordre du Christ, et de le faire rentrer dans la possession des biens saisis. Jean XXII autorisa ce rétablissement, approuva les statuts qui lui furent soumis, et, en 1319, confirma cette institution, se réservant toutefois, tant pour lui que pour ses successeurs, le droit de créer des chevaliers. Cette faculté devint l'origine de la branche pontificale de l’ordre du Christ, qui se confère encore aujourd'hui dans les États romains.

Le chef-lieu de l'ordre, établi primitivement à Castro-Moréno, fut transféré plus tard à Thomar ; les chevaliers suivirent la règle de saint Benoit et se conformèrent en tous points aux statuts de l'ordre du Temple. Le pape Alexandre V les délia du voeu de chasteté. L'ordre du Christ, dès son origine, acquit une grande, célébrité par la conduite de ses chevaliers; ceux-ci possédèrent une puissance considérable et d'importantes richesses. C'est un des ordres qui se sont maintenus jusqu'à nous avec le moins de difficultés les changements survenus dans son organisation sont plutôt dus au progrès du temps, qui les a rendus indispensables, qu'aux divisions intestines des chevaliers, qu'on rencontre si souvent dans l'histoire de la plupart des ordres religieux et militaires. En 1550, le pape Jules III réunit la grande maîtrise de l'ordre du Christ à la couronne de Portugal, dont les rois prirent le titre d'administrateurs perpétuels de l'ordre.

Ainsi que les autres ordres portugais, l'ordre du Christ fut établi au Brésil; mais, depuis les changements survenus dans la situation politique de cette contrée, il y est considéré comme un ordre purement civil, et est devenu la récompense des services rendus à l'État par les nationaux ou les étrangers.

Sécularisé en Portugal depuis 1789, les membres sont aujourd'hui divisés en trois classes: grands - croix, commandeurs et chevaliers. Les membres de l'ordre du Christ délivré en Italie ne forment qu'une seule classe de chevaliers. Chez ces deux nations, il récompense le mérite civil ou militaire.

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BAIN (Ordre du)

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Henri IV, roi d'Angleterre, était au bain lorsqu'on lui annonça que deux veuves venaient implorer sa protection, Aussitôt, il sortit du bain afin d'écouter leur réclamation, et prononça ces paroles mémorables : a L'exercice de mes devoirs de roi doit passer avant mes plaisirs.

Bientôt après, ce prince fonda un ordre, dont les statuts sont datés de janvier 1399, et qu'il appela l’Ordre du Bain. On attribua le nom donné par lui à cet ordre à l'aventure qui précède.

Sous les règnes orageux de Jacques II, de Guillaume III et de la reine Anne, l'ordre du Bain demeura presque dans l'oubli. Il fut solennellement renouvelé par le roi Georges 1er, qui le destina à la récompense du mérite. Ainsi que tous les ordres anglais, il est conféré avec beaucoup d'économie.

A sa création, il se composait d'une seule classe de membres portant tous le titre de chevaliers; mais, en 1815, il fut divisé en trois classes: chevaliers-grands-croix, commandeurs et chevaliers ou knights companions.

 

 BANDE (Ordre de la). Voy, ÉCHARPE.

 

BETHLÉEM (Ordre de)

Cet ordre fut institué en 1549 par le pape Paul VI, dans le but d'opposer une vaillante milice aux Turcs.

La principale demeure des chevaliers était à Lemnos. Après la reprise de cette île par les mahométans, l'ordre fut aboli.

 

BOURBON (Ordre de),

ou Ordre de NOTRE-DAME DU CHARDON.

 

Cet ordre fut institué en France, dans la ville de Moulins, en l'année 1403, le jour de la Purification, par Louis II, duc de Bourbon, surnommé le Bon, à l'effet de perpétuer le souvenir du mariage de ce prince avec Anne Dauphine, fille unique de Béraut, comte d'Auvergne.

Il était composé de vingt-six chevaliers qui appartenaient à la noblesse, et devaient avoir donné des preuves de courage ou des marques de valeur.

Cet ordre s'éteignit complètement après une courte durée

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DICTIONNAIRE HISTORIQUE


DES ORDRES


DE CHEVALERIE

 

 

AGNEAU DE DIEU (Ordre de l’).

 

Le roide Suède, Jean, surnommé le Grand, créa cet ordre à Upsal, en l'année 1574, le jour même de son couronnement, afin de perpétuer le souvenir de son avènement au trône et dans le but de récompenser plusieurs seigneurs de sa cour de leur attachement à sa personne. Cette institution tomba bientôt en désuétude et finit par disparaître complètement après une courte durée.

 

AIGLE BLANC (Ordre impérial et royal de l').

 

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Wladislas le Bref créa cet ordre en ses États, vers l'année 1325, à l'occasion du mariage de son fils Casimir avec la princesse lithuanienne Anne, et le destina à récompenser la fidélité des seigneurs de sa cour. Il brilla d'un assez vif éclat et finit par tomber dans l'oubli à la suite des événements politiques. En 1697, l'électeur de Saxe, Auguste II, ayant été proclamé roi de Pologne, lutta longtemps afin d'obtenir la possession de cette couronne, qui lui était vivement disputée. Il ne fut pas toujours heureux dans les combats qu'il eut à soutenir contre le roi de Suède, et, afin de rallier à son parti les Polonais, dont la plupart commençaient à l'abandonner, lassés de ne point le voir victorieux, il renouvela, le 1 er novembre 1705, l'ordre de l'Aigle blanc. Après le partage de la Pologne, en 1795, l'ordre parut tout à fait aboli; mais Napoléon 1er, empereur des Français, ayant, par l'acte constitutionnel du 21 juillet 1807, établi le duché de Varsovie, le roi Frédéric-Auguste de Saxe, portant le titre de duc de Varsovie, rétablit l'ordre de l'Aigle blanc ainsi que les différents ordres polonais, et s'en déclara grand maître.

Depuis la réunion de la Pologne à l'empire russe, l'empereur continua à conférer cet ordre, qui prit le nom d'ordre impérial et royal de l'Aigle blanc à la suite de l'insurrection polonaise de 1832.

 

 

AIGLE DE BRANDEBOURG (Ordre de l') : Voy AIGLE ROUGE.

AIGLE DE PRUSSE (Ordre de l') :  Voy AIGLE NOIR.

 

AIGLE D'ITALIE (Ordre de l').

 

Cet ordre fut créé, le 15 février 941, par le roi d'Italie, Hugo II de Gonzaga, afin de perpétuer le souvenir de son mariage avec la princesse Élisabeth de Gonzaga et de Lombardie, fille du comte souverain de Milan. Walterius de Gonzaga, premier, marquis de Mantoue, vice-roi d'Italie, devenu grand maitre de l'ordre, renouvela ses statuts en 968 et lui donna de nombreux privilèges.

Après une assez longue durée, cet ordre finit par disparaitre complètement.

 

AIGLE D'OR (Ordre royal de l'),

ou Ordre de SAINT-HUBERT,

ou Ordre de la GRANDE CHASSE.

 

Éberhard-Louis, duc de Wurtemberg, institua cet ordre en 1702 dans ses États, et lui donna les noms de Saint-Hubert ou de la Grande Chasse. Il commençait à tomber en désuétude lorsque le roi de Wurtemberg, Frédéric 1er, le renouvela en 1806, lui donna de nouveaux statuts et le nom définitif d'ordre de l'Aigle d'or.

Le roi en était le chef suprême et le grand maître. Il ne se composait que d'une seule classe de membres, portant tous le titre de chevaliers.

Le 23 septembre 1818, le roi Guillaume 1er remplaça cet ordre par celui de la Couronne de Wurtemberg.

 

AIGLE NOIR (Ordre (très-noble de l’),

ou Ordre de l'AIGLE DE PRUSSE.

 

 

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Frédéric 1er, roi de Prusse, créa cet ordre en ses États, le 18 janvier 1701 afin de perpétuer le souvenir de son avènement au trône.

Il le destina à récompenser les personnes les plus éminentes de l'État, tant par le mérite que par les services rendus à leur patrie.

L'ordre de l’Aigle noir, qui devint le premier du royaume, ne se confère aujourd'hui qu'à des princes, à' des grands seigneurs étrangers, ou enfin à des personnages illustres. Il est considéré comme une haute marque d'estime et de distinction de la part du roi de Prusse.

Cet ordre n'est composé que d'une seule classe de membres, qui portent tous le titre de chevaliers ; le nom d'Aigle noir lui fut donné en mémoire de l'aigle qui entre dans les armoiries du royaume de Prusse.

 

AIGLE ROUGE (Ordre de l'),

ou Ordre de la SINCÉRITÉ,

ou Ordre de l'AIGLE DE BRANDEBOURG:

 

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Georges-Guillaume, prince héréditaire de Bayreuth, créa cet ordre en 1705, et lui donna le nom de l'Aigle rouge, qui figure dans les armes de la maison de Brandebourg. Il fut aussi appelé ordre de la Sincérité : cette institution ne fut complétée qu'en 1712, et subit différentes modifications dans ses statuts en 1734, 1759, 1777, 1791. Suivant lettres patentes, du 12 juin 1792, le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume II, s'en déclara grand maître et lui donna rang après celui de l'Aigle noir. •

Cet ordre ne se composait primitivement que d'une seule classe de membres, qui tous portaient le titre de chevalier; mais, en 1810, deux autres classes furent ajoutées, et une quatrième le 18 janvier 1830. Une dernière modification survint encore le 22 janvier 1832. II est aujourd'hui destiné à la récompense du mérite et des services rendus à l'État.

 

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NOTICE HISTORIQUE

SUR

L'ORDRE DE SAINT-HUBERT

DU DUCHÉ DE BAR

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 A la mort d'Edouard III, duc de Bar, et de Jean de Bar, son frère, seigneur de Puisaye, tués à Azincourt en défendant la France contre les Anglais, le 25 octobre 1415, fit tomber la succession de ces princes au pouvoir de Louis de Bar, le seul des fils de Robert, due de Bar et de Marie de France qui vécût alors.

Louis de Bar, trop âgé pour renoncer à l'état ecclésiastique qu'il avait embrassé dans sa jeunesse, accepta la couronne ducale du Barrois, tout en conservant le titre de cardinal, et la crosse épiscopale de Châlons, qu'il permuta depuis pour celle de Verdun, ville plus rapprochée que Châlons de son héritage. Ce prince que son Age, son état et sans doute aussi son caractère, éloignaient des habitudes guerrières, s'appliqua, dès le commencement de son règne, à cicatriser les plaies que les hostilités survenues entre la Lorraine et le Barrois, en guerre depuis plusieurs années, avaient faites au duché de Bar: il rechercha l'amitié du duc de Lorraine et la paix. Il ne tarda pas à obtenir l'une et l'autre. Let deux princes signèrent, le 4 décembre 1415, un traité qui mit fin aux événements désastreux dont les deux duchés avaient été le théâtre sur la fin du règne de Robert et sous celui d'Édouard III (1).

Après avoir assuré la paix au dehors de ses états, le cardinal de Bar s'occupa de rétablir le calme au dedans. C'est à son penchant pour la paix qu'est due l'association de l'Ordre du Levrier, ou de la Fidélité. Cette institution, créée évidemment pour maintenir dans Je duché de Bar et le marquisat du Pont, l'ordre et la tranquillité, se forma à Bar-le-Duc, sous la protection du Cardinal, et les Statuts eu furent arrêtés en sa présence, la 31 mai 1416. - Quarante-six gentilshommes(2),  l'élite de la noblesse du duché de Bar, entrèrent dans ce pacte solennel. Ils s'imposèrent entre autres obligations, celles de s'entr'aimer, de se secourir mutuellement et de recourir à l'autorité ducale pour la solution des différends qui s'élèveraient entre eux. Ceux qui avaient à se plaindre de torts ou dommages quelconques, étaient tenus, d'après les statuts, d'en donner avis au Roi, ou chef de la compagnie; sur la requête de celui-ci, et huit jours après, tous les membres de l'ordre devaient marcher au secours du plaignant, le banneret il trois hommes d'armes, le simple chevalier à deux, et l'écuyer à un. On devait fournir de plus grandes forces lorsque le cas l'exigeait, mais la nécessité de l'accomplissement de cette obligation était soumise à l'appréciation du Roi, et de six des membres de la compagnie.

Ces dernières conditions, et surtout celle qui était imposée aux associés par les statuts, de recourir aux règles du droit pour obtenir justice de celui d'entr'eux dont ils pouvaient avoir à se plaindre, prouvent avec évidence que la fondation de l'ordre avait principalement pour but de prévenir les voies de fait si communes dans le XIVe siècle, malgré les efforts des souverains pour les empêcher; désordres qui n'avaient pas manqué sans doute de se reproduire et de se multiplier dans le pays, pendant la durée de la dernière guerre.

Le Cardinal promit, sur parole de prince, de faire observer les conventions jurées par les gentilshommes alliés, et de les soutenir de tout son pouvoir el de toutes les forces dont il disposait.

On a vu plus haut, que le chef de l'association portait le titre de Roi. Il devait être élu pour un an. L'insigne distinctif de l'ordre, était un Lévrier blanc, ayant au cou un collier portant les mots : Tout ung ; tous les membres étaient tenus de le porter. La compagnie devait se réunir deux fois par an, la première le 11 novembre, jour de saint Martin, et la seconde le 23 avril, jour de saint Georges.

Chaque associé était tenu d'assister aux assemblées générales ; sous peine d'un marc d'argent. En cas d'excuse légitime, il devait s'y faire représenter et payer sa part des frais. On voit par les lettres de création de l'ordre que la première réunion dut avoir lieu à Saint-Mihiel.

Les membres devaient être élus par le Roi ou chef, assisté des gentilshommes les plus notables de la compagnie. Ils ne pouvaient être institués qu'en vertu d'une ordonnance du duc de Bar.

Telles sont les principales règles auxquelles étaient assujettis les associés. On voit qu'elles leur imposaient des obligations assez onéreuses, établies non-seulement dans leur intérêt, mais aussi dans l'intérêt du prince et du pays.

Cette institution chevaleresque avait été créée pour cinq ans. Il ne reste d'autres traces des premiers temps de son existence que celles qui nous sont transmises par les lettres de son établissement.

On sait cependant qu'il en résulta, pour le souverain et pour le pays, des avantages qui déterminèrent le cardinal de Bar et les chevaliers de l'Ordre, peu de mois après l'expiration des cinq années, à le maintenir à perpétuité. Cette mesure fut décidée dans une assemblée qui se tint à Bar-le-Duc, le jeudi 23 avril 1422, où treize des gentilshommes (3), qui avaient pris part à sa création en 1416 s'engagèrent tant en leur nom, qu'au nom de leurs associés absents, à observer les statuts adoptés en 1416.

Les seuls changements introduits dans les règlements existants portèrent sur la dénomination, la marque distinctive et les jours de réunion de l'ordre. Dans cette assemblée, les chevaliers choisirent pour patron saint Hubert, sous l'invocation duquel ils placèrent l'institution. Ils décidèrent qu'au lieu du lévrier, ils porteraient au bas du collier, vn imaige d’or du dict sainct, pendant sur la poitrine, et vng pareil imaige brodé sur leurs habillements. La journée ou réunion annuelle qui jusque-là s'était tenue à la Saint-Martin (11 novembre), fut fixée au jour de la fête de saint Hubert. Ces dispositions forent approuvées le même jour par Louis de Bar, qui, il la requête des chevaliers assemblés, fit apposer son sceau aux lettres contenant le résultat de leur délibération.

Malgré les graves événements qui suivirent la cession du duché de Bar, faite vers ce temps par le cardinal à René d'Anjou, son petit neveu et ceux qui résultèrent de la réunion du Barrois à la Lorraine, après la mort de Charles II,  l'Ordre de Saint-Hubert parait s'être perpétué sous le règne de René et sous ses successeurs. On manque toutefois de données sur sa composition et sur ses actes. Ses archives mêmes ne fournissent aujourd'hui aucune indication précise sur son existence de 1122 à 1597. A la fin de cette longue période, on retrouve l'institution dans les conditions d'une organisation régulière.

Elle était alors régie par un règlement révisé dans le cours de l'année 1597, et qui indique une existence plus ancienne de l'Ordre.

Depuis l'occupation de la Lorraine par les Français en 1552, la ville de Bar avait cessé d'être le lien ordinaire de la résidence de ses ducs, et Nancy était devenue de fait la capitale des deux duchés.

La plus grande partie des familles appartenant à la chevalerie du duché de Bar, qui avaient été attachées au service des ducs, étaient éteintes ou avaient suivi le Prince en Lorraine. Aucune de celles qui avaient pris part à la création de l'Ordre en 1416 et 1422 n'y comptait de membres en 1597. Les chevaliers en fonctions alors étaient des hommes notables du pays, mais qui ne se trouvaient pas en position de remplir les conditions imposées par les statuts de l416, pour la répression des voies de fait. Les désordres du reste étaient devenus, par suite des progrès de réorganisation judiciaire, beaucoup plus rares dans le pays.

Dans les nouveaux règlements arrêtés en 1597, on remarque des dispositions qui consacraient un privilège que l'Ordre parait avoir possédé dès ce temps, de se livrer à une chasse au lévrier, la veille elle jour de la fête de saint Hubert, son patron, et à laquelle tous les membres étaient appelés à se trouver sous peine d'ung escu d’amende. Ils étaient également obligés, sous la même peine, de nourrir au moins ung lévrier : ils avaient du reste la faculté d'en élever autant qu'ils le voulaient.

L'origine de ce privilège, que l'Ordre de Saint-Hubert devait tenir de l'autorité ducale du Barrois, était inconnue à cette compagnie, qui, en l'absence de titres réguliers, la faisaient remonter, avec apparence de raison, aux premiers temps de son organisation.

Charles III, due de Lorraine et de Bar, étant à Bar le jour de la Saint-Hubert 1605, les membres de l'Ordre le prièrent, au retour de la chasse, de leur confirmer ce privilège pour en jouir ainsi qu'eux et leurs prédécesseurs en avaient joui jusque-là. Le prince, sur l'avis de son conseil, permit par un décret expédié le lendemain, 4novembre, en bas de la requête, aux chevaliers de l'Ordre, de chasser aux lévriers, la veille et le jour de la fête de saint Hubert, à charge de respecter les lieux réservés pour son plaisir. La décision fut rendue en présence du seigneur de Vaubecourt, grand gruyer de Barrois, et de Bardin, maitre des requêtes ordinaires.

Les chevaliers de Saint-Hubert étaient aussi, dès ce temps, dans l'usage de faire chanter, le jour de la fête du patron de l'Ordre, une messe à laquelle ils étaient tenus d'assister sous peine d'amende (4) : à la suite de la messe, ils se livraient à la chasse au lévrier dans les environs de Bar-le-Duc, s'abstenant d'ailleurs d'aller dans les lieux réservés par le duc.

En 1623, tous les privilèges de chasse ayant été révoqués par un édit général, les chevaliers de Saint- Hubert firent, contre celte ordonnance, des protestations qui furent reçues par le bailliage de Bar; la sentence est du 24 février. L'Ordre fut maintenu dans la jouissance de son droit  (5).

En 1661, Charles IV, duc de Lorraine et de Bar, qui, à l'exemple de ses prédécesseurs, manquait rarement d'assister aux cérémonies de l'Ordre, s'étant rendu à Bar quelques jours avant la fête, confirma, par un décret expédié en conseille 27 octobre, celui de Charles III. Le même duc, accompagné des princes de Vaudemont et de Lislebonne, ses fils, assista, pour la dernière fois, à la messe solennelle célébrée le jour de Saint-Hubert, 3 novembre 1668 alla à l'offrande, et après la cérémonie, déjeuna avec les chevaliers qui eurent l'honneur de le suivre à la chasse.

Peu de temps après, ce prince se vit obligé de se retirer avec ses troupes en Allemagne, d'où- il ne revint pas Charles V, qui lui succéda, fut absent de ses états toute sa vie. Pendant celte espèce d'interrègne, l'Ordre de Saint-Hubert se ressentit des malheurs de la guerre. La plupart des titres furent dispersés ou enlevés, après avoir épuisé inutilement les autres moyens; mais on ne put en recouvrer qu'un très-petit nombre. Pour y parvenir, il fallut recourir à la voie du Monitoire.

Peu d'années après l'avènement de Léopold, MM. de Beauvau et de Martigny, grands veneurs de Lorraine et Barrois accordèrent à l'Ordre la permission de chasser. Leurs lettres sont des 3 novembre 1704 et 28 octobre 1705. Le duc lui accorda le 12 juin 1718, un décret confirmatif de celui de Charles III.

François III, fils et successeur de Léopold et depuis empereur d'Allemagne, sous le nom de François 1er, fut presque continuellement absent jusqu'à la cession de ses états.

Malgré l'édit de Meudon da 18 janvier 1737, qui, à l'avènement de Stanislas dans les duchés de Lorraine et de Bar, confirmait tous les droits et privilèges de ces états, les chevaliers de Saint-Hubert se pourvurent au Conseil du roi de Pologne pour obtenir la confirmation de leur privilège. Se croyant suffisamment autorisés par cet édit, ils continuèrent de chasser dans la banlieue de la ville de Bar, jusqu'en 1754, époque à laquelle ayant été rencontrés chassant dans le bois de Mensonge (6), le garde chasse fit un rapport contre eux. En vertu de cet acte ils furent assignés à la requête du procureur du Roi en la maîtrise des eaux et forêts, pour être condamnés à l'amende. Mais ils recoururent de nouveau au roi de Pologne, et sur leur recours en mars 17 55, M. de Lignéville, grand veneur de Stanislas, accorda à l'Ordre de Saint-Hubert, par une lettre du 23 octobre suivant la permission de chasser.

En 1766, après la mort du roi de Pologne, élue de Lorraine et de Bar, Louis XV roi de France, confirma les privilèges des deux duchés. L'Ordre de Saint-Hubert se trouvait compris dans celle confirmation; il se pourvut néanmoins près du prince de Lamballe, grand veneur de France, qui, par une lettre du 24 octobre 1767, lui continua ses anciens privilèges. Le duc de Penthièvre lui accorda la même faveur par une lettre du 20 octobre 1776.

Bien que l'Ordre de Saint-Hubert n'eût d'autres ressources que celles qui provenaient de l'exécution de ses règlements et des sommes données par ses membres, il n'en parvint pas moins à suffire à ses dépenses et même à réaliser quelques capitaux qui lui permirent de consacrer la mémoire de l'institution par des œuvres de bienfaisance. Au mois de septembre 1781, les grand veneur et chevaliers résolurent de donner une somme de 1,500 frs qu'ils avaient alors en caisse, soit à la maison de charité établie à Bar, soit à l’hôpital de cette ville. Sur leur requête le Roi, par un arrêt rendu en conseil d'Etat à Versailles, le 19 juillet 1782, autorisa l'Ordre à exécuter ce projet, mais le 21 août 1785, il se décida à fonder, à l'hôpital de Bar, un lit et pension pour l'entretien d'un pauvre au lieu de la donation de 1,500 frs, « qui devait être faite à  cette maison, et il chargea le même jour la secrétaire de régler  avec les commissaires, nommés par la Chambre des comptes, les  conditions de la fondation. Celle-ci fut consommée le 24 août,  moyennant 3,000 frs. » versés le même jour, et confirmée par de nouvelles lettres patentes du Roi, données à Versailles au mois de janvier 1786. La place fondée fut occupée, à partir du 14 novembre 1787, par un ancien orfèvre de Bar-le-Duc, septuagénaire, nommé Pierre Devaux, que la Chambre des Comptes y nomma sur la présentation de l'Ordre '.

Des circonstances imprévues mirent, en 1783, l'Ordre de Saint-Hubert dans la nécessité d'ajouter aux règlements de 1597, déjà révisés et modifiée en 1714 Les nouveaux statuts furent arrêtés le dimanche 2 novembre 1783, veille de la Saint-Hubert, dans une assemblée où se trouvèrent le grand maître, le grand veneur, les conseillers et chevaliers, réunis en chapitre, en vertu d'une convocation expresse. Un fait remarquable qui résulté du préambule du règlement de cette année, c'est que l'Ordre ignorait alors l'époque précise de se fondation, que l'on y fait remonter au temps des comtes de Bar. Cette circonstance prouve que les titres de 1416 et 1422, dont il existe aujourd'hui des copies dans les archives, ne s'y trouvaient point en 1783, et qu'ils n'y ont été réintégrés que depuis celte dernière époque.

On donna en 1619 aux chefs de l'Ordre le titre de grands maitres. Le grand maître devait présider toutes les assemblées. Il fallait, pour être appelé à ces fonctions, résider à Bar-le-Duc. Il y eut depuis 1597, un conseil dont les membres étaient élus. Le nombre des membres de l'Ordre paraît avoir varié. Du reste, il a été, à toutes les époques, généralement composé de personnes nobles. Aux termes de l'art. 25 des statuts de 1714, il ne pouvait y être admis que des personnes de condition noble, Ou de l'état ecclésiastique. Une délibération du 3 novembre 1775 exigea, pour être reçu, quatre degrés de noblesse. Cette délibération réduisit le nombre des chevaliers à 25, non compris le grand maître et l'aumônier. Il fallait pour être admis, professer la religion catholique, apostolique et romaine.

Aux termes de l'art 1er des statuts de 1714, les chevaliers étaient obligés, si le besoin l'exigeait, de prendre les armes pour la défense de la religion.

Malgré ces dispositions, l'Ordre avait perdu de fait, depuis longtemps, le caractère chevaleresque que lui avaient donné ses premiers statuts en 1416. Cette institution, pendant le XVème siècle et dans les derniers temps de son existence, n'était plus guère qu'une association composée de personnes choisies et dont l'existence avait principalement pour but et pour effet de resserrer les nœuds de l'amitié entre ses membres.

Bien qu'elle eût conservé l'usage de célébrer, par des cérémonies religieuses et des exercices de chasse, la fête de son patron, il paraît que les dispositions des statuts qui imposaient aux associés l'obligation d'y prendre part, n'étaient point observées avec rigueur. Il résulte en effet des documents contemporains qu'il y avait, en 1781, peu de chasseurs dans l'Ordre.

Outre les chevaliers titulaires, il y eut dans la seconde moitié du même siècle, des chevaliers d'honneur. Ce titre fut conféré en 1783 à Jacques de Choiseul, marquis de Stainville, maréchal de France, commandant en chef dans les duchés de Lorraine et de Bar, et en 1787, à Louis, prince de Nassau, comte de Saarbruck., et de Saarwerden.

L'admission de ces deux personnages dans l'Ordre de Saint-Hubert fut un hommage rendu aux représentants, alors existants, de deux familles qui avaient fleuri dans le Barrois pendant les XIVe et  XVIe siècles.

Le prince de Nassau-Saarbruck fut installé le 23 octobre 1787, au château de Jeegersberg, par les soins de M. de Crolebois, envoyé des cours de Trèves et  Nassau-Saarbruck, en vertu des pouvoirs donnés à ce dernier par l'Ordre de Saint-Hubert. D'après le désir exprimé par le prince, l'Ordre s'attacha aussi Jean-Frédéric d'Hommerer, écuyer, président en chef de son conseil, en qualité d'interprète, et Léonard de Furstenfecht, son grand écuyer, et grand veneur du pays, en qualité de hérault d'armes. Ces derniers figuraient l'un et l'autre parmi les officiers de l'Ordre Don chevaliers, admis en 1787.

Nous n'étendrons pas davantage les détails sur l'Ordre de Saint-Hubert du duché de Bar. Nous nous bornerons à rappeler que les événements de la première révolution s'opposèrent pendant les dernières années du XVIIIe siècle à l'exécution des statuts, et que son existence ne se prolongea guère au-delà de 1790. Cependant en 1817 quelques-uns de ses membres, encore existants alors, tentèrent de faire revivre cette institution : il fut question de la rétablir en France sur des bases moins restreintes que les limites de l'ancien duché de Bar, sous le titre général d'Ordre de Saint-Hubert. Des actes de ce temps prouvent que Louis XVIII voulut bien reconnaître l'Ordre et l'honorer de sa protection. Ce monarque lui donna même pour grand maître le duc d'Aumont, son premier gentilhomme.

On trouve dans les archives de l'Ordre plusieurs lettres de ce dernier qui constatent l'existence d'un projet de réorganisation de l'association ; mais l'Ordre cessa complètement d'exister depuis dans la circonscription de l'ancien duché de Bar, par suite de l'extinction de ses membres dont le dernier, M. le chevalier de Marne, est mort à Bar-le-Duc le 19 novembre 1853.

 

Insignes connus de l'Ordre de Saint-Hubert.

 

DECORATIONS.

 

Les membres de l'association du Lévrier durent porter d'abord un lévrier blanc ayant au cou un collier d'or sur lequel étaient écrits les mots TOUT VNG.

On ne retrouve aujourd'hui aucun monument métallique dont la forme et l'empreinte prouvent qu'il ait servi de marque distinctive de l'Ordre, à cette époque.

 

1422.

 

En arrêtant, le 23 avril de cette année, que l'Ordre serait maintenu à perpétuité sous l'invocation de saint Hubert, les membres décidèrent que, au lieu du lévrier, ils porteraient au bas du collier et pendant sur la poitrine, l'image d'or de saint Hubert. Ils devaient porter aussi une image du même saint brodée sur leurs vêtements.

 

1600 à 1790.

 

M. Monnier, propriétaire à Nancy, l'un des plus riches collectionneurs de nos monuments numismatiques lorrains, possédait deux pièces métalliques de modules différents, qui ont certainement appartenu, soit à l'Ordre de Saint-Hubert du Barrois, soit à des membres de cet Ordre. «Ces deux pièces, écrivait M. Monnier, dans une lettre du 12 septembre 1857, sont des empreintes de sceaux ou des médailles : elles sont en plomb et paraissent de la  même époque et du même graveur: je n'ai pu voir s'il y avait une bélière. La plus grande pèse 9 grammes et la petite 1 gramme 56. Diamètre: 22 millimètres pour la grande ; 13 pour la petite. Vous remarquerez, ajoute-t-il, la forme des croisettes qui accompagnent les barbeaux et qui ressemblent un peu aux croix de Lorraine. Les lettres sont modernes: c'est donc dans les derniers temps de l'Ordre que mes deux pièces ont été gravées. »

Ces deux pièces ne seraient-elles pas des empreintes, ou fac-simile en plomb, du revers des deux décorations connues et de grandeur différente, de l'Ordre de Saint-Hubert ?

 

1785.

 

La marque distinctive de l'Ordre consistait alors en une croix pattée, émaillée de blanc, brodée d'or, au centre de laquelle il y avait, dans un cor de chasse d'or, d'un côté, une médaille de sinople où l'on voit, en relief et en or, l'image de saint Hubert, prosterné devant un Christ fiché entre les bois d'un cerf, et de l'autre les armes du duché de Bar, sur un fond d'azur, avec cette inscription: ORDO NOBILIS S. HUBERTI BARRENSIS. Elle se portait suspendue à un ruban vert moiré, liseré de rouge (8).

 

SCEAUX DE L'ORDRE.

 

Le grand sceau qui s'apposait aux lettres de nomination des membres de l'Ordre, est en cire rouge; une empreinte représente les branches d'une croix pattée sur laquelle on remarque, dans un cercle formé par un cor de chasse, la figure de saint Hubert, prosterné devant un cerf portant un crucifix entre les bois. Derrière le saint on aperçoit la tête de son cheval. On lit en légende l'inscription suivante : SIGILLUM ORDINIS NOBILIS SANCTI HUBERTI BARRENSIS. Le tout dans un plus grand cercle perlé. Le contre-sceau représente l'écu du duché de Dar, sur un manteau ducal, surmonté de la couronne ducale. On lit autour les mots: DUCES BARRI INSTITUERUNT ET ORNAVERUNT.

 

TIMBRE SEC.

 

L'empreinte du timbre sec que nous avons trouvée sur un acte de 1785, est absolument identique, pour la forme, le type et l'inscription, au contre-sceau décrit ci-dessus.

 

DECORATION EN BRODERIE.

 

La décoration que les membres de l'Ordre portaient sur leurs vêtements suspendue à une chaine formée de chaînons et des lettres S. H. représentait une croix : pattée rayonnante, portant au centre un médaillon semblable à celui du sceau.

 

1787.

MEDAILLE COMMEMORATIVE DE LA FONDATION

D'UN LIT A L'HOSPICE DE BAR-LE-DUC.

 

Cette médaille, dont on a parlé plus haut dans la notice, devait être portée habituellement par les personnes en possession de la place fondée à l'hôpital de Bar, aux frais de l'Ordre de Saint-Hubert en 1787. Pierre Devaux, à qui elle dut être remise en suite de son admission à cette place, parait être le seul qui profita de cette fondation.

On ne remarque dans les archives de l'Ordre aucun acte qui prouve qu'il ait eu un successeur.

Dans l'énumération des dépenses de l'Ordre, de t 784 à 1789, on en trouve une de 14 sols 9 deniers, pour cuivre, laiton, façon et chaine de la médaille de Devaux, et 2 livres 8 sols, pour gravure de ladite médaille, par Maillard. La nature de ces dépenses porte à penser que la médaille donnée à Devaux, est la seule qui ait été fabriquée au compte de l'Ordre.

 

1816.

 

Le duc d’Aumont, premier gentilhomme du roi Louis XVIII, à qui les membres de l'Ordre encore vivants déférèrent le titre de grand maitre, nomma le duc de Saint-Ange commissaire général et secrétaire perpétuel de l'Ordre. Il reste de ce temps un timbre dont on remarque l’empreinte sur une lettre du duc d'Aumont du 12 mai 1816. Ce sceau ou timbre est celui du commissaire général, secrétaire perpétuel alors en fonctions de duc de Saint-Ange). Aucun des emblèmes particuliers à l'ancien Ordre de Saint-Hubert ne se trouve sur ce sceau. On y lit dans un écusson entouré de deux palmes, et surmonté de la couronne royale, l'inscription : ORDRE NOBLE DE S. HUBERT, et autour du sceau, les mots : LE COMISSAIRE GENÉRAL ET PERPÉTUEL.

 

(1) La guerre soutenue par Charles Il contre Édouard III a été fatale à plusieurs des villages des environ de Bar-le-Duc. Le 2 mai 1414, des maisons furent incendiées à Savonnières-devant-Bar, par le duc de Lorraine et ses  complices, qui brûlèrent aussi le même jour le village de Louppy-le-Château. Des quittances ou décharges d'impôt furent accordées pour 6 ans, à ceux des habitants de Savonnières dont les maisons avaient été arses.De semblables  décharges furent accordées, aussi vers le même temps,  aux villages de Rambercourt-sur-Orne, Tronville, Fains, les Marats, Condé, Belrain, Ville et Varney. On est fondé à penser que ces dernières exemptions eurent également pour motif les désastres de la guerre.

(2) Voici la date de ces personnages, d'après le titre de la fondation où ils sont dénommés : Thiébaut de Blamont; Philibert, Seigneur de Beffroimont ; Eustache de Conflans ; Richard de Hermoises ; Pierre de Beffroimont, Sire de Ruppt ; Regnault du Châtelet, et Erard du Châtelet, son fils ; Mansart d’Esne ; Jean, Seigneur d'Orne ; Gobert d'Apremont ; Joffroi d'Orne ; Jacques d'Orne ; Philippe de Norroy ; Oiry de Landre ; Jean de Laire ; Jean de Seroncourt ; Colard d'Ottenges ; Jean de Boiffroimont, Seigneur de Fontoia ; Jean de Malbeth ; Joffroi de Bassompierre, chevaliers : Jean. Seigneur de Rodemach ; Robert de Sarrebruck, Seigneur de Commercy ; Edouard de Grandpre ; Henri de Breux ; Wory de Lanua ; Joffroy d'Apremont ; Jean des Hermoises,  Robert des Hermoises ; Simon des Hermoises ; Franque de Houze ; Olry de Boulanges ; Henri d'Epinal; François de Sorbey ; Jean de St-Lou (Loup); Hugues de Mandres ; Huart de Mandres ; Philibert de Doncourt ; Jean de Sampigny ; Colin de Sampigny ; Alardin de Mouzay ; Hanse  de Nivelein ; Le Grand Richard d'Apremont ; Thiérry d'Autel ; Thomas d'Ottanges ; Jacquemin de Nicey et Jacquemin de Villers, Ecuyers.

(3) Ces treize gentilhommes sont :   Eustache de Conflant, Pierre de Beffroimont ; Regnault du Châtelet ; Erard du Châtelet; Jean d'Orne ; Philippe de Norroy ; Jean de Rodemach ; Robert de Sarrebruck ; Jean des Hermoises ; Simon des Hermoises ; François de Sorbey ; Jean de St-Loup et Arnould de Sampigny.

(4) Les chevaliers ont fait célébrer leurs messes solennelles dans différentes églises de Bar-le-Duc : dans celle des Augustins, dans l’église collégiale de Saint-Pierre, aujourd'hui Saint-Etienne, dans la chapelle de Notre-Dame-de-Paix, et enfin dans l'église de Saint-Antoine, ancienne chapelle des religieux Antonistes, détruite depuis 1790.

(5) La sentence du bailliage, dont il existe une copie dans les archives de l'Ordre de Saint-Hubert prouve que les habitants de la ville haute étaient alors, et de temps immémorial, en possession de l'usage d'aller à la chasse. Ils protestèrent dans la même audience contre l'édit du Duc, comme portant atteinte à leurs privilèges et franchises.  Ce fut messie Claude Bretel, les représenta dans cette cause; il était assisté de Collot, avocat au bailliage et syndic des habitants. L'Ordre de Saint-Hubert y fut représenté par noble homme François Pouppart, assisté de Crocq, avocat.

(6) Aujourd'hui Massonge, ancienne forêt domaniale, prêt de Bar-le_Duc.

(7) Dans l'acte de présentation en date du 28 octobre 1787, l'Ordre décida que Pierre Devaux, et ceux qui occuperaient après lui la place fondée à l'hôpital de Bar-le-Duc, seraient tenus de porter habituellement une médaille en cuivre, attachée à une chaine de même métal, représentant d'un côté l'effigie de saint Hubert prosterné davant la croix qui lui apparait dans les bois d'un cerf, et portant de l'autre côté cette inscription : Ex  pietate ordinis nobilis sancti Huberti Barrensis. Cette médaille devait être remise, par les soins de l'Ordre, à l'individu chargé de la porter.

(8) On voit, par une lettre du 8 novembre 1785, signée par un membre de l'Ordre, que la croix coûtait alors trois louis et demi, sans le ruban, à 32 sols l’aune.

 

 

V.SERVAIS : 1868. Voir aux Editions Lacour-Olle (Nîmes).

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FERRI 1er (1) 

-1205-1206-

 

Nous  sommes ici dans la nuit noire. Ferri a-t-il régné? On ne sait rien de certain. Dans tous les cas, ce comte de Bitche qui avait passé sa vie à guerroyer contre son frère et lui avait arraché par lambeaux une grande partie du duché, ne jouit pas longtemps de cette couronne qu'il avait tant ambitionnée.

De gré ou de force, il avait abdiqué en faveur de son fils dès le mois de septembre 1206. Il alla s'endormir à côté de son frère à l'abbaye de Stürzelbronn. On prétend que ce fut Ferri II -voir ci-après- qui introduisit les alérions dans les armes des ducs de Lorraine.

 

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FERRI II (2)

-1206-1213-

 

Ferri II régna peu et ne fit rien d'important. Il avait épousé Agnès, fille de Thiébault, comte de Bar.

Le beau-père était fort impérieux et prétendait tenir son gendre en tutelle. Ferri se dégagea le plus tôt qu'il put et fut soutenu par Bertram, évêque de Metz. Alors Thiébault s'en prit au prélat et envahit ses terres avec une armée de mercenaires bourguignons, français et gascons. Il détruisit en partie la place de Vie, puis tourna sur Prény, une des principales forteresses des ducs de Lorraine (3) et en démolit les murailles.

Ferri, par représailles, ravagea les terres de l'abbaye de Gorze, située dans le temporel de Metz, mais dont Thiébault était le voué. Celui-ci garda l'avantage et le 3 février 1208 battit son gendre en rase campagne et le fit prisonnier avec ses deux frères, Thierry d'Enfer et Philippe de Gerbéviller. Enfermé au château de Bar, Ferri y resta plus de sept mois et n'en sortit qu'au prix d'un traité onéreux (2 novembre 1208) : remise à Thiébault pour toute sa vie des villes de Longwy, Stenay, Amance, qui avaient formé la dot de la duchesse Agnès et paiement d'une rançon de 2000 marcs d'argent. Trente seigneurs lorrains garantirent le traité. Le duc parvint assez vite à verser les 2000 marcs et à dégager ainsi la parole de ses féaux.

Heureusement que Thiébault, d'humeur fort remuante, s'éloigna peu après de son comté pour aller prendre part à la croisade contre les Albigeois.

Ferri II vit renaître, sous des noms nouveaux, la lutte du sacerdoce et de l'empire. Frédéric Barberousse mort en 1190 avait eu pour successeur son fils Henri VI qui avait épousé Constance de Sicile, l'héritière des rois normands. Les Allemands se trouvaient ainsi maîtres du nord et du sud de l'Italie.

Henri VI mourut en 1197, laissant un fils âgé de deux ans, qui devint célèbre sous le nom de Frédéric

Un an avant, était monté sur le trône pontifical Innocent III, un nouveau Grégoire VII et plus grand que lui par son génie comme par ses vues politiques.

On put croire un moment qu'il réaliserait la monarchie universelle de la papauté. Son impérieuse hégémonie se fit sentir dans toute l'Europe et surtout en France sous Philippe-Auguste et en Angleterre sous Jean sans Terre. Il fut le promoteur de la quatrième croisade qui aboutit à la fondation de l'empire latin de Constantinople (1204) et de la croisade contre les hérétiques albigeois, qui eut pour conséquence l'extermination de la Langue d'oc.

En Allemagne, Innocent III intervint entre les deux grandes maisons qui se disputaient l'héritage de Barberousse, les Gibelins qui avaient pour chef Philippe de Souabe, frère d'Henri VI, et les Guelfes dont le chef était Othon de Brunswick. Il se déclara pour les Guelfes sur qui il comptait pour sauver l'indépendance du Saint-Siège et de l'Italie. Il fit proclamer et couronna lui-même à Rome l'empereur Othon IV. La mort de Philippe de Souabe en 1208 consolida le triomphe du candidat du pape.

Mais les deux puissances cessèrent bientôt de s'entendre. Le pape avait pris la tutelle du jeune Frédéric de Souabe dans la pensée qu'en lui attribuant, pour sa part séparée, le royaume de Sicile, il romprait l'étouffante domination des Allemands en Italie. Or, de son côté, Othon prétendait tout prendre et tout garder. La rupture fut éclatante. Par un revirement inattendu, Innocent III frappa de ses anathèmes son empereur guelfe et fit couronner roi des Romains, son pupille le gibelin Frédéric, et l'envoya en Allemagne où les partisans de sa maison le reçurent avec enthousiasme.

Le duc de Lorraine Ferri II était cousin de Frédéric.

Il alla au-devant de lui en Alsace, lui promit son alliance et, tout de suite, alla faire le siège de l'importante place de Haguenau dont il s'empara pour le compte du prétendant. Celui-ci de son côté s'engagea, pour le couvrir des frais de guerre à lui verser une somme de trois mille marcs d'argent et lui remit à titre de gage la ville de Rosheim (1212) (4).

Ferri II mourut pou après (octobre 1213) sans laisser grand renom.

 

(1) Né vers 1143. Second Fils de Mathieu 1er et de Judith de Hohenstaufen.

(2) Fils de Ferri 1er de Lorraine et de Ludmilla de Pologne.

(3)Prény était le boulevard de la Lorraine contre le pays messin. On le trouvait dans une euclave au-dessus de Pont-à-Mousson, possession du comte de Bar. Les Lorrains avaient adopté son nom comme cri de guerre: Prény! Prény! —C'est aujourd'hui un petit village qui conserve les ruines du château-fort.

(4)Suivant un autre récit, ces trois mille marcs étaient un prêt par Ferri à Frédéric. Voir Pfister, Histoire de Nancy, p. 35, d'après Hicher de Sonones.

 

Ernest MOURIN. 1895.

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HISTOIRE DE ROYAUMONT.


ABBE H.L DUCLOS.


Editions LACOUR-OLLE.

 

 

Il manquait, à ce formidable édifice, la réédition des non moins formidables ouvrages, écrits en deux volumes, de l’Abbé Henri-Louis Duclos. Ces deux tomes, comblants bien des lacunes au sujet de Royaumont, parurent pour la première fois en 1867.

La somme est considérable et l’œuvre riche de nombreux renseignements. Tout ceci ne pouvant laisser indifférents les passionnés d’histoire.

Réuni dans ces deux ouvrages, ce ne se sont pas moins de 600 ans d’histoire, de la fondation de l’Abbaye de Royaumont –Fille de Citeaux- par Saint-Louis et Blanche de Castille, jusqu’à sa déchéance en 1865.

Royaumont est une abbaye Royale, d’une part parce qu’elle dépend directement de l’Abbaye Mère de Citeaux et, d’autre part,  parce que la pierre angulaire de l’édifice repose sur un vœu pieux de Louis IX.

En effet, la construction fut entamée à la mort du Roi Louis VIII dit le Lion pacifique, fils de Philippe-Auguste.


A découvrir impérativement, tant l’œuvre reflète la dimension de l’édifice. A lire pour les passionnés d’histoire de lieux saints. Gigantesque. Plus de 1500 pages pour ces deux volumes avec dessins, vues et portraits.

 

En vente chez : www.editions-lacour.com

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SIMON II dit le Simple(1)

 -1176-1205-

 

A la mort de Mathieu 1er sa veuve, l'altière Berthe de Souabe, soeur de Barberousse, prétendit gouverner.

Elle avait reçu comme douaire la ville de Nancy et y fit frapper des monnaies à son effigie. Mais la noblesse s'étant réunie à Gondreville, déclara que le fils aîné, Simon, était en âge de gouverner. Il fallut arracher le pouvoir à la princesse (2).

Simon II aurait bien voulu vivre en paix, mais ce n'était guère possible en ces temps tourmentés. Les difficultés lui vinrent de son frère Ferri, qui avait reçu en apanage le comté de Bitche et ne s'en contentait point. L'ambitieux, comme il arrivait souvent, se fit chef do bandits. A la tête d'une troupe d'aventuriers à sa solde, il pilla tout le pays et s'avança jusqu'à Lay-Saint-Christophe, à une lieue de Nancy. Le pacifique Simon fut obligé de se mettre en campagne, joignit son frère, extermina ses routiers, et le força de s'enfuir en Allemagne. Frédéric Barberousse intervint entre ses deux neveux et Ferri non seulement reçut son pardon, niais obtint un agrandissement.

Peu après, les deux frères réconciliés en apparence curent à combattre de nouveaux cottereaux venus de France, mais commandés par des seigneurs allemands qui passaient le Rhin pour prendre leur part du pillage de la Lorraine. La noblesse inquiète accorda au Duc des secours sérieux. Les cottereaux et les Allemands furent battus dans les environs de Thionville et se dispersèrent (1177).

Ferri s'était bien conduit. Mais il s'attribua tout le succès et s'en prévalut pour réclamer de nouvelles concessions. Sur le refus de Simon, il alla chercher des troupes dans les terres de son cousin le comte de Flandre. La guerre allait recommencer, mais Simon céda et pour rassasier le mécontent lui abandonna tonte la Lorraine allemande. Il fit plus encore : comme il n'avait pas d'enfants, il reconnut Ferri pour son héritier et, quelque temps après, il renouvela sa déclaration dans une assemblée de la noblesse.

Ferri n'osant plus s'attaquer à son frère, se tourna contre son voisin, l'archevêque de Trêves, et se saisit de plusieurs domaines à sa convenance. Le prélat était aussi un pacifique, chose rare. Il prit les armes à regret et ayant reçu des renforts du comté de Bar, il battit Ferri et son fils et les força dans le château de Siersberg, au confluent de la Sarre et de la Nied.

H les retint -prisonniers jusqu'à restitution des biens usurpés.

Simon II s'efforça de rétablir la paix publique, le bon ordre et les moeurs. Il entreprit même, dit-on, de « faire agglober en un seul et même cahier les us et coutumes des siens états ». Mais des gens «mal voullans » empêchèrent cette tentative d'aboutir. Ces gens « mal voullans » étaient les nobles qui regardaient comme empiétement tout effort tenté pour refréner les abus de la force.

Le débonnaire Simon fut naturellement grand ami des religieux qu'il appelait ses confrères. Il se plut à enrichir leurs maisons. Vers la fin de sa vie, se sentant hors d'état de supporter les fatigues du gouvernement, il se retira dans l'abbaye de Sturzelbronn, y prit l'habit de moine et y vécut ses deux dernières années (1205).

 

(1) Né en 1140 Fils de Mathieu 1er le Débonnaire et de Judith de Hohenstaufen.

(2)Voir dans Digolt.J, p. 34, les singulières machinations auxquelles elle eut recours pour s'imposer à son fils

 

Ernest MOURIN 1895.

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