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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

LA


SOLUTION


PAR


LA MONARCHIE


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LA SOLUTION 

 

…Voyons maintenant ce qu'ont fait les membres du gouvernement de la défense, après leur installation à l'Hôtel—de-Ville? Jusqu'aux deux ou trois jours qui ont précédé l'arrivée des Allemands sous Paris, ils ont savouré, dans une douce quiétude, leur avènement inespéré au pouvoir, ils ont comblé tous leurs favoris et tous les membres de leurs petites cours, qui chaque jour les encensaient, mais, des prussiens, il n'en était nullement question. Cependant, lorsque la présence de ces derniers fut signalée officiellement à quelques lieues de la capitale, il fallut sortir de cet état de somnolence dans lequel ils se complaisaient. On se décida à envoyer précipitamment une délégation gouvernementale en province, afin de surexciter la fibre nationale de ses habitants. Cette délégation, qui par sa jeunesse, sa vigueur, son entrain, devait faire sortir des armées de dessous terre, était composée de MM. Crémieux et Glais-Bizoin.

Sitôt après leur installation à Tours, les deux vétérans de la démocratie envoient dépêches sur dépêches, pour annoncer que l'enthousiasme qu'ils ont soulevé est indescriptible, que la France entière est debout, attendant, avec une impatience fiévreuse, l'heure de se mesurer avec l'ennemi. Vers le 8 ou le 10 octobre, c'est-à-dire vingt jours après que Paris était isolé du reste du monde, et 35 jours après le 4 septembre, le gouvernement de la capitale reçut une dépêche lui faisant connaître, d'une manière exacte, la situation de la province: Celle missive, arrivée par voie de pigeon, annonçait que pas un régiment n'était formé, que chaque ville organisait sa propre défense, mais que pas une mesure d'ensemble n'était prise.

Tous les bataillons de la mobile qui avaient un commencement d'organisation avaient été appelés dans Paris.

Les membres du gouvernement de la défense furent atterrés par cette communication à laquelle ils auraient dû s'attendre.

Après délibération, on décida que le fougueux Gambetta se dévouerait à rattraper par une activité dévorante, le temps peut être irréparable, qui avait été perdu. Il fallait affronter les périls d'un voyage en ballon. Après deux jours d'hésitation et de préparatifs, le jeune Ministre de l'Intérieur se décida à enjamber la nacelle d'un aréostat et à se confier aux caprices des vents.

Tout le monde connaît les péripéties du voyage et les dangers courus par M. Gambetta.

Il est incontestable que l'arrivée de cet homme descendant pour ainsi dire, des nues, produisit une grande impression sur les populations de la province. Ajoutez â cela, la mâle et puissante éloquence du jeune tribun et on comprendra que sa venue ait été saluée par un vif enthousiasme. On se rappelait Carnot organisant la victoire et on voyait en Gambetta un nouveau sauveur.

Les fautes commises le lendemain de la révolution du 4 septembre s'enracinèrent plus vivaces, encore, dans la conduite du nouveau dictateur. Il crut que son intelligence et son génie pouvaient tout embrasser et qu'il était de taille à sortir tout seul, la France de l'abîme dans lequel elle était plongée. Il inonda l'administration et l'armée d'une foule d'intrigants et d'incapables, les discours et les proclamations pleuvaient avec une intensité sans égale, il brisait, sans hésitation, le lendemain les généraux qu'il avait exaltés la veille. Il autorisa des emprunts, à des taux pouvant abaisser notre crédit au-dessous de celui du pays le moins favorisé de  la fortune. Il poussa même l'aberration jusqu'à concevoir des plans stratégiques et à imposer sa volonté à ses généraux.

Avec toute cette activité dévorante, le dictateur français parvint à mettre en ligne devant l'ennemi, environ trois cent cinquante mille hommes de troupes d'une valeur douteuse, (nous ne disons pas au point de vue du courage mais au point de vue de l'instruction militaire,) qui aboutirent aux désastres du Mans, de Saint-Quentin, d'Héricourt, et par contre coup à la capitulation de Paris.

Si, au lieu de fouler aux pieds, sans respect ce à quoi l'Empire autoritaire n'avait jamais osé toucher, le Dictateur de Bordeaux s'était servi des forces vives du pays.

Si au lieu de dissoudre les Conseils municipaux et les Conseils généraux issus du Suffrage universel, pour les remplacer par des Commissions formées avec ses créatures, il avait su inspirer une salutaire confiance à ces assemblées, il aurait pu, indubitablement, avec leur concours, obtenir une issue plus favorable pour nos armes.

Vers le 17 septembre, lorsque les têtes de colonnes allemandes font leur apparition aux environs de Paris, M. Jules Favre se rend mystérieusement à Ferrières, à la rencontre de M. de Bismark. Cette démarche faite le lendemain du désastre de Sedan, aurait eu sa raison d'être : elle était même indispensable. Mais que pouvait-on attendre d'un ennemi implacable, enivré de ses succès inespérés et qui se trouvait devant l'objet de toute sa convoitise ! Il était arrivé, sans coup férir, sous les murs de notre Capitale dans laquelle il espérait entrer en triomphateur et nous dicter notre arrêt de mort.

A quoi ont servi les larmes du membre du Gouvernement de la défense nationale ? pouvait-il avoir la pensée de loucher, par nos malheurs, l'homme qui depuis longues années, avait prémédité notre anéantissement!

Pouvait-il croire à une intervention des neutres qui nous étaient plus hostiles que sympathiques ? Lui était-il permis d'avoir l'espoir d'arrêter la marche triomphale des armées allemandes, sans donner à leur chef une compensation capable de satisfaire son puissant appétit et son immense orgueil? Evidemment non! Hé bien! Pourquoi avoir commis cette faute capitale de prononcer la fameuse phrase « pas un pouce de terrain, pas une pierre de nos forteresses ! »

Quelle doit être la mission des édiles d'une ville assiégée? Il nous semble que le premier travail auquel ils doivent se livrer, c'est de se rendre un compte exact, de concert avec l'autorité militaire, de la quantité de vivres qu'il y a en magasins, afin de savoir, pendant combien de temps la place pourra résister, si l'ennemi ne cherche pas ou ne peut pas s'en rendre maître de vive force.

Une administration sage et prévoyante doit, aussi, dès le premier jour de l'investissement, présider économiquement à la distribution des denrées alimentaires pour faire durer la résistance, le plus longtemps possible, et ne pas imposer aux habitants de trop cruelles privations.

Qu'a fait M. Ferry membre du Gouvernement, délégué auprès de la mairie de Paris ? Nous sommes encore à nous le demander. Tout ce que nous savons, c'est qu'il y a eu, pendant longtemps un gaspillage scandaleux des vivres eu réserve.

Ce désordre coupable nous a conduit à manger le pain dont tous ceux qui étaient enfermés dans la Capitale ont gardé le souvenir, et à nous mettre, à un moment donné, à la complète discrétion de notre vainqueur.

On devait réellement espérer d'avantage, de la part de l'auteur des comptes fantastiques d'Hausmann, On ne pouvait pas croire que cet administrateur ne parviendrait seulement pas à organiser, d'une manière convenable, à la distribution des denrées alimentaires.

Nous avons eu la douleur d'assister à l'affligeant spectacle des queux interminables à la porte des bouchers et des boulangers. C'était navrant de voir de malheureuses femmes et des enfants rester quatre et cinq heures les pieds dans la neige ou dans la boue pour obtenir leur part de cheval et de pain. Nous ne croyons pas que les souffrances matérielles endurées à l'Hôtel—de-Ville aient été bien vives !

M. Jules Ferry montait à cheval et allait, en compagnie de son collègue et ami Rochefort, passer en revue les fameux bataillons de Belleville, sur lesquels on comptait pour enfoncer les lignes prussiennes, mais, qui envoyés aux avant-postes prenaient la fuite à la première alerte. Ces mêmes bataillons faisaient les journées du 31 octobre et du 22 janvier, prologue de la grande pièce qu'ils devaient représenter le 48 mars.

Après l'issue malheureuse de la sortie du 19 janvier, le Gouvernement de la défense nationale à Paris, eut connaissance des échecs subis par nos armées de province.

Chanzy, après le désastre du Mans, avait été obligé de se retirer derrière la Mayenne, il était condamné, pour un certain temps au moins, à l'immobilité. Faidherbe, après sa défaite de Saint-Quentin, avait ses forces désorganisées.

La débâcle d'Héricour avait forcé l'armée de l'Est à se réfugier en Suisse pour ne pas tomber aux mains de l'ennemi.

Tout espoir de secours venant du dehors était perdu, de plus, le stock de farine restant en magasins, pouvait à peine suffire à l'alimentation de la population pendant quelques jours. Toute idée de lutte devant être abandonnée, il n'y avait que deux partis à prendre : exposer les habitants de la Capitale à mourir de faim, ou aller implorer la bienveillance du vainqueur. Le Gouvernement s'arrêta à cette dernière détermination, et ce fut M. Jules Favre qui, 4 mois auparavant, avait fièrement lancé la fameuse phrase « pas un pouce de terrain, pas une pierre de nos forteresses, » qui eut la triste mission d'aller se mettre à la discrétion du comte de Bismark.

Quelles cruelles souffrances a dû éprouver le Ministre des affaires étrangères, lorsqu' il lui a fallu subir et signer, au nom de la France, les lourdes conditions aux quelles le chancelier Allemand consentait à nous accorder l'armistice.

Ainsi, une fois les clauses de la convention acceptées de part et d'autre, Paris était entouré d'un cercle de fer, tous les forts étant au pouvoir de l'ennemi. Notre Capitale et l'armée qu'elle renfermait étaient lettres mortes pour la nation, nos trois armées de province étaient démoralisées, et en partie désorganisées. Que restait-il donc pour faire face aux masses ennemies, d'autant plus fortes, qu'elles étaient enivrées de leurs victoires ?

M. Gambetta, malgré notre situation précaire, voulait continuer la lutte à outrance, jusqu'au dernier homme et au dernier écu. On ne peut pas s'imaginer qu'une pareille folie ait pu germer dans un cerveau humain.

La résistance organisée par le Ministre de la Guerre de la délégation provinciale, avait produit de si beaux résultats, qu'il était tout naturel qu'il persistât à la continuer.

La France pouvait être dévastée et anéantie totalement, mais qu'est-ce que cela pouvait faire au fougueux Ministre! Il fallait, à tout prix, conserver le pouvoir et satisfaire son ambition sans bornes. Nous ne pouvons pas nous faire à l'idée qu'après l'accomplissement de tels actes, il se soit trouvé en France, des hommes assez peu soucieux de l'honneur et de l'existence de leur pays pour avoir nommé à l'Assemblée nationale le Dictateur de Bordeaux, Quelle devait être la conduite de M. Gambetta après s'être démis du pouvoir, et une fois l'Assemblée nationale installée à Bordeaux.

Nous croyons que le premier devoir que l'ex-dictateur avait à remplir, était de venir à la Barre de la Nation et de lui faire connaître d'une manière précise l'emploi qu'il avait fait du pouvoir, sans contrôle, qu'il avait volontairement assumé sur sa tête, et des ressources financières qu'il avait eues entre les mains.

M. Gambetta a été l'objet de violentes critiques. La France attend encore sa justification. Dans la négociation des conditions de l'armistice, M. Jules Favre a, incontestablement, commis une faute capitale en ne faisant pas insérer dans la convention du 28 janvier, un article relatif au désarmement de la Garde nationale, et en ne demandant pas au comte de Bismark d'en faire une condition sine qua non du traité, Il est évident que les bataillons de l'ordre auraient donné

une nouvelle preuve de leur patriotisme, en se soumettant sans récrimination, à celte mesure rigoureuse mais nécessaire. Quant aux bataillons fédérés, nous avons l'intime conviction que devant des menaces très-énergiques de la part de la Prusse, ils eussent considérablement rabattu de leur humeur belliqueuse.

M. Jules Favre a probablement craint qu'une clause de cette nature insérée dans la convention, ne compromit sa popularité.

Si, comme la chose a été dite, M. de Bismark, durant le cours des négociations, a fait ressortir le danger qu'il y aurait pour Paris, à laisser des armes à la Garde nationale, et qu'il ait offert au Ministre dos Affaires étrangères de faire du désarmement de celle force une des clauses du traité. Le refus de M. Jules Favre (prévu probablement d'avance par le chancelier allemand) est

inexcusable, et les événements qui se sont produits font peser sur lui une responsabilité terrible, devant sa conscience d'abord, et devant l'histoire ensuite dont le jugement sera peut-être un stigmate ineffaçable.

Il était indubitable qu'un mouvement révolutionnaire était imminent. L'insurrection était prêchée ouvertement, depuis six mois, dans tous les clubs où on professait les théories les plus criminelles. Il était impossible de fonder la moindre espérance sur des hommes dont le but avoué était le bouleversement de fond en comble de la société.

Ce n'était pas un désaccord de principes, c'était la question nettement posée : Être ou ne pas être.

Le 18 mars, jour de l'explosion du volcan, les premiers actes des insurgés qui consistent surtout, dans l'assassinat de deux généraux, prouvent les intentions bien arrêtées des chefs du mouvement, démontrent clairement que la lutte est sérieusement engagée et que la force seule tranchera la question.

Nous ne pouvons pas comprendre, que dans une situation pareille, des gens soient venus parler de conciliation et de concessions à faire de part et d'autre.

Ces démarches stériles ne pouvaient avoir qu'un but : servir la cause insurrectionnelle et entraver la défense opposée par le parti de l'ordre. Nous n'hésitons pas à dire que toutes les démarches conciliatrices faites par un certain nombre d'hommes de convictions douteuses ont été criminelles et doivent être flétries énergiquement par tous les gens de bien.

L'intention formelle des bandits formant le Comité central était de conserver le pouvoir dont ils s'étaient emparés, Aussi, toutes les déclarations de M. Thiers, tous les appels faits aux émeutiers pour les engager à rentrer dans l'ordre, sont-ils restés sans résultat ! Il a fallu entrer violemment dans Paris après un siège de près de deux mois, il a fallu s'emparer de chaque quartier, après des luttes sanglantes. Huit jours de combats terribles et incessants ont été nécessaires pour terrasser la sanglante Commune et ses hideux partisans. Leur cri d'agonie a été le massacre des otages et l'incendie de nos monuments nationaux ainsi que d'un grand nombre de propriétés particulières.

En résumant la synthèse historique, que nous venons de faire, des principaux événements politiques qui se  sont accomplis depuis la grande Révolution jusqu'à ce jour : Nous voyons que le 10 août 1792, le mouvement national auquel la convocation des États Généraux avait donné naissance, se trouve enrayé. A dater de ce jour néfaste, s'ouvre une vaste parenthèse pour notre histoire. Dans cette parenthèse, nous trouvons : Les massacres de septembre, la Terreur de 1793, la réaction thermidorienne, le Directoire et l'avènement de Bonaparte qui mit fin à la première phase républicaine, Arrive, maintenant, la première période impériale faisant toujours partie de la grande parenthèse. Napoléon rétablit le principe d'autorité dans toute sa vigueur, seulement le régime militaire absorbe tout.

L'Empereur récolte pour la France, une abondante moisson de lauriers. Quant au résultat final; c'est l'invasion étrangère, le pays épuisé d'hommes et d'argent, c'est-à-dire, dans un état au moins aussi précaire, que lorsqu'il s'était emparé du pouvoir.

En 1815, la nation eût le bonheur de voir monter sur le trône Louis XVIII. Ce souverain sut mettre à profit la grande influence qu'il exerçait sur le tzar Alexandre, pour sauver la France des griffes des vautours alliés. Tous les hommes qui ont le coeur, vraiment français, doivent avoir pour la mémoire de Louis XVIII un respect sans bornes.

Charles X commit la même faute que son aïeul Luis XVI, de ne pas acquiescer franchement au grand mouvement libéral pour en avoir la direction.

Charles X voulut s'opposer au torrent et le torrent l'emporta en 1830.

Le roi Louis Philippe, comprit que l'ère nouvelle qui s'ouvrait pour la France, ne devait être que la continuation du réveil national, auquel le 10 août 1792 avait imposé un temps d'arrêt.

Le nouveau souverain appela à lui l'élite de la bourgeoisie ; cette dernière se trouvant la partie la plus éclairée de la population, devait nécessairement, en vertu des droits qu'elle avait conquis, devenir la classe dirigeante.

C'est en 1830, que les principes de 1789 reçoivent, pour la première fois, une application réelle et sérieuse. Le grand essor est donné, la liberté est la base de toutes nos institutions. Le souverain a franchement accepté le partage du Pouvoir avec le pays, représenté par les Chambres.

Les questions économiques sont à l'ordre du jour, le grand réseau ferré qui doit couvrir la France est accepté et il n'y a plus qu'à en assurer l'exécution. Des écoles s'ouvrent de tous côtés, pour donner au peuple l'instruction nécessaire à son émancipation, et pour permettre à la Bourgeoisie, de trouver, un jour, de puissantes recrues dans ses rangs.

Le commerce, l'industrie, les sciences, les lettres et les arts brillent avec éclat. La fortune publique est dans un grand état de prospérité...

 

A SUIVRE…

ANONYME.

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

LA


SOLUTION


PAR


LA MONARCHIE

 

Pairie

 

LA SOLUTION 

 

Après la catastrophe épouvantable que vient de subir la France, chacun est à se faire les demandes suivantes :

«que va-t'il sortir de ces désastres et quelle sera la forme gouvernementale assez puissante pour nous assurer l'ordre, la reprise du travail et la cicatrisation de nos plaies encore toutes saignantes ? »

Nous croyons que pour élucider ces questions ardues, il est indispensable de passer en revue tous les gouvernements qui se sont succédé, depuis la grande révolution française jusqu'à nos jours, et de tâcher de baser l'avenir sur les enseignements du passé.

Après la journée du 10 août 1792, le principe d'autorité était mort en France. Les excès révolutionnaires inaugurés par les massacres de septembre et suivis de la terreur de 93, en sont une preuve irrécusable.

La convention était, certes, composée, en majorité, d'hommes honnêtes et ennemis de la violence ; ils furent impuissants à arrêter les débordements du flot populaire et les membres les plus marquants de cette assemblée périrent, victimes de leur dévouaient à la patrie.

S'il était possible d'accorder la plus légère atténuation aux excès, sans nom, de la commune et de la Montagne de la Convention, ce serait en premier lieu, pour leur ardent amour pour la France et leur haine implacable pour leurs ennemis, ensuite, à cause de l'énergie avec laquelle elles soutinrent le principe de la République une et indivisible. (Contraste frappant avec les révolutionnaires de 1871.)

Le régime de la Terreur devait fatalement aboutir à une réaction violente. Elle fit explosion le 9 thermidor de L'AN II. La convention décréta d'accusation Robespierre et tous ses sanglants acolytes, qui expièrent, comme lui, les crimes sans nombre, qui avaient été commis, au nom de la raison d'Etat.

Sous le Directoire, la France était désorganisée administrativement, ses finances étaient épuisées et le gouvernement était impuissant à utiliser les ressources qui existaient dans le pays. La banqueroute était imminente.

Bonaparte, par son coup d'Etat du 18 brumaire, s'empara du pouvoir et se débarrassa, violemment, de tout ce qui pouvait faire échec à son autorité. La nation se trouvant dans la situation d'un navire, sans pilote, qui s'en va au caprice des vents, s'empressa d'accorder toute sa confiance à celui, en qui elle espérait trouver un sauveur.

Le 1er consul s'entoura de toutes les lumières du pays et présida à la réorganisation financière et administrative de la France. Il s'empressa, aussi, de rendre les églises et les temples à leurs cultes respectifs.

Napoléon 1er, sous son règne, porta la nation française à l'apogée de la gloire militaire. La vieille Europe trembla épouvantée mais, l'incomparable guerrier avait compté sans l'instabilité des choses humaines. La fortune qui l'avait comblé de toutes ses faveurs, l'abandonna un jour et l'épilogue du régime Impérial fut : l'invasion étrangère et l'exil, sur un rocher, du Grand Homme prisonnier des monarques européens.

Sous la restauration, la France épuisée d'hommes et d'argent, parvint cependant à cicatriser à peu près ses blessures profondes et à reprendre son rang dans le concert européen. Jusqu'en 1830, l'ordre matériel ne fut pas troublé, malgré l'existence de nombreuses conspirations dont la vigilance gouvernementale sut toujours saisir les fils.

La Révolution de 1830 est très explicable : Le Roi Charles X et ses Ministres, au lieu de marcher dans la voie du progrès et de la liberté, avaient à coeur de rétrograder et semblaient vouloir revenir aux institutions d'avant 1789; aussi, les journées de Juillet, au lieu de jeter la consternation dans le pays, furent elles accueillies comme un acte libérateur!

La chambre des députés, à ce moment là, eut la sagesse de comprendre qu'il y avait danger de tâtonner avec un gouvernement provisoire, c'est pourquoi elle s'empressa de décerner la couronne au Duc d'Orléans. La critique, toujours amère, qualifia cet acte de bonne et sage politique : d'escamotage des deux cent vingt deux.

Le règne de Louis-Philippe, fut pour la France, une époque de paix et de prospérité : Le commerce, l'industrie, les sciences, les lettres et les arts brillaient du plus vif éclat; on jouissait d'une bonne liberté, et l'avenir s'annonçait sous d'excellents auspices.

Le roi était entouré d'une belle et nombreuse famille dont la simplicité et la rigidité des moeurs, donnaient à la nation le plus salutaire exemple.

Paris, toujours capricieux et impatient, sous le prétexte de réforme électorale, et obéissant, comme d'ordinaire, à la voix d'un certain nombre d'intrigants, éprouva le besoin de s'offrir le luxe d'une nouvelle révolution.

Le trône de Louis-Philippe fut renversé et la République proclamée.

La France, moutonnière, n'ayant pas l'énergie de résister aux entraînements de sa capitale, subit le nouveau gouvernement qui venait de lui être imposé.

Une fois revenu de la première impression causée par ces événements subits, chacun acceptant le fait accompli, était décidé à faire abnégation de ses souvenirs et de ses préférences, pour se rallier sincèrement au gouvernement républicain.

Le ciel pur qui s'élevait au-dessus de la France, commença à s'assombrir le 15 mai ; la journée s'écoula, cependant, sans laisser une impression trop profonde à la population. Mais, l'orage s'amoncelait à l'horizon et devenait menaçant : en Juin, il éclata terrible, il fallut quatre jours de luttes sanglantes pour s'en rendre maître.

Le Gouvernement provisoire et l'Assemblée nationale avaient été impuissants à conjurer cette affreuse tourmente.

Le Général Cavaignac qui avait terrassé l'émeute, était appelé le sauveur de la France, comme récompense, on lui décerna la dictature.

Quelques mois plus tard, c'est à dire en décembre, les élections pour la nomination du Président; de la république, avait eu lieu, pour donner au monde qui nous suivait du regard, un exemple frappant de notre ingratitude et de la versatilité de notre caractère, nous nous gardâmes bien de jeter les yeux sur l'homme dont la grandeur d'âme, le courage et la loyauté étaient indiscutables.

Une imposante majorité de citoyens français déclara par son vote; que le fauteuil présidentiel serait bien mieux occupé par le héros de Strasbourg et de Boulogne que par l'illustre général qui avait sauvé la France de l'anarchie.

Après les journées de Juin, on croyait en avoir fini, pour longtemps au moins, avec l'émeute. On eut bientôt la preuve du contraire.

Une année ne s'était pas écoulée, qu'une nouvelle journée se produisait (1). Le mouvement fut arrêté ; mais, les socialistes qui avaient juré une haine implacable à la société, donnaient, comme date de la nouvelle levée de boucliers, l'expiration du mandat de Louis Napoléon Bonaparte dont la réélection était impossible, en vertu de la Constitution.

Le parti conservateur voyait arriver avec effroi cette date fatale s'avançant à grands pas, aussi, adressait-il pétitions sur pétitions à l'Assemblée législative, pour obtenir la révision de la Constitution.

La bonne harmonie était loin de régner entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, un conflit était imminent.

Le prince président encouragé par les craintes fondées des conservateurs et par les indécisions de l'Assemblée, déchira, une belle nuit, avec l'aide de l'armée dont il avait su s'attirer toutes les sympathies, celte Constitution dont le pays ne demandait que la révision.

Il éloigna tout ce qui pouvait être un obstacle à la réalisation des projets qu'il avait conçus, il terrorisa le parti d'action qui, cette fois, rentra complètement dans l'ombre, pour ne faire sa réapparition que de longues années après.

Le parti conservateur respirait à l'aise, il était débarrassé de l'échéance 1852 qui lui pesait si lourdement.

Lorsque le nouveau dictateur soumit au pays la ratification de l'acte qu'il venait d'accomplir, les 7,500,000 voix qui sortirent de l'urne électorale furent la meilleure expression des sentiments de la population à son égard.

Chaque conservateur pouvait être comparé à un commerçant chancelant dans ses affaires, couvant une faillite inévitable, et que tout à coup une main inespérée vient sauver du naufrage.

Tout ce monde affolé ne calculant pas les conséquences de l'acte qu'il accomplissait, allait déposer dans l'urne son vote approbateur qui donnait au nouveau souverain les pouvoirs les plus illimités.

Nous savons malheureusement, aujourd'hui, à quel prix, l'ordre a été obtenu pendant vingt ans !

Si l'honnêteté la plus rigoureuse avait présidé à tous les actes du gouvernement Impérial, l'empereur aurait pu faire atteindre au pays, le point culminant de la prospérité mais d'une prospérité vraie et non factice, comme celle qui existait et qui a amené des catastrophes aux premiers revers de fortune que nous avons eus à subir.

Pour obtenir ce résultat, il fallait s'entourer d'hommes intelligents, honorables, capables d'un dévouement désintéressé, n'ayant en vue que le bonheur de la nation et non leur intérêt personnel ; d'hommes qui au lieu de patronner les spéculations les plus hideuses qui ont amené la ruine et l'abaissement moral de la France, se fussent fait un devoir de dénoncer à l'indignation publique les spéculateurs éhontés s'appropriant scandaleusement l'épargne du travail, en faisant miroiter à ses yeux un lucre inaccoutumé.

Au lieu de chercher, par tous les moyens possibles, l'amélioration des classes laborieuses, surtout, en donnant soi-même l'exemple de la plus haute moralité.

Qu'ont fait les hommes de l'Empire ? Ils ont encouragé le luxe le plus effréné, ils ont développé, outre mesure, tous les appétits matériels au détriment des besoins intellectuels, et ils ont poussé la population vers une seule idée ; faire de rapides fortunes par tous les moyens échappant à la loi.

Tous les vices inhérents à la nature humaine, à tous les degrés de l'échelle sociale, s'étalaient sans vergogne, aux yeux de tous.

Cette dégénérescence du pays, devait fatalement nous conduire au désastre de Sedan et aux excès les plus criminels de la démagogie !

Nous ne chercherons pas à approfondir les causes qui ont pu amener le gouvernement impérial à déclarer la guerre à la Prusse. Surtout, après le plébiscite de mai dont la signification était : Progrès libéral, mais, avec l'ordre et la paix.

La guerre était difficile à éviter, nous étions un obstacle à l'unification allemande et tôt ou tard, devaient surgir des difficultés qui ne pourraient se régler que par la voie du canon. Ces cruelles nécessités étant données, il fallait se tenir prêt, attendre le moment favorable pour entrer en lice et ne pas, comme un Don Quichotte relever le gant que M. de Bismark a eu l'habileté de nous faire jeter nous mêmes.

Ce départ pour le Rhin est un acte de folie tellement indigne, qu'il est inexplicable.

Notre brave et vaillante armée a été engagée si niaisement que nous avons marché d'échecs en échecs jusqu'au désastre de Sedan.

Le 3 septembre, en effet, le bruit de notre défaite et de la capitulation acceptée par l'empereur, se répandaient dans Paris. L'émotion, l'indignation même, étaient à leur comble. Le chef de l'Etat prisonnier, il fallait prendre une résolution énergique. Le Corps législatif fut convoqué, en séance extraordinaire à minuit. Le Ministère et la majorité de l'Assemblée commirent la faute irréparable de se séparer sans avoir pris une détermination virile, et d'ajourner leur décision au lendemain.

L'opposition qui attendait, depuis longtemps, un événement qui lui permit de jeter à bas son ennemi, ne perdit pas une minute et profita du répit qui lui était donné jusqu'au lendemain midi, pour discipliner ses électeurs de la Villette et de Belleville.

Les bandes de l'émeute étaient à leurs postes à l'heure indiquée, n'attendant que le signal convenu, pour se ruer sur le palais Bourbon.

La cavalerie qui gardait l'entrée du pont de la Concorde, n'ayant pas d'ordres formels et énergiques, laissa à un moment donné, forcer ses lignes par la tourbe populaire qui. n'avait plus qu'une étape à accomplir pour atteindre son but.

Les députés s'étaient réunis dans leurs bureaux pour discuter les mesures qu'il y avait à prendre, en présence de la gravité excessive de la situation.

Sur ces entrefaites, plusieurs personnes se rendent sur le perron du Palais et font signe à la populace de les suivre. En un clin d'oeil, la salle des séances se trouva occupée par les Bellevillois.

M. Gambetta monta à la tribune et prononça la déchéance de l'Empire; il engagea, ensuite, ses coreligionnaires politiques à le suivre à l'Hôtel-de-Ville, ce que ceux-ci s'empressèrent de faire, sans se préoccuper nullement de leurs collègues, issus comme eux, cependant, du suffrage universel.

Arrivés au palais municipal, les citoyens députés de la Seine consommèrent leur coup d'Etat. Ils proclamèrent la République et décrétèrent la dissolution du Sénat et du Corps législatif.

Messieurs les chasseurs se sont rendu maîtres de la proie qu'ils convoitaient depuis longtemps, mais, la meute est frémissante; il faut sonner l'hallali et livrer la France à la curée.

On pourrait croire que les hommes qui en usurpant le pouvoir, se parent du titre pompeux de : «Membres du Gouvernement de la défense nationale,» se sont empressés, sitôt leur installation à l'Hôtel-de-Ville, de prendre des mesures énergiques pour la défense de Paris, objectif des armées allemandes.

On pourrait penser qu'ils se sont préoccupés de la formation de nombreux corps d'armée dans les provinces non encore envahies! Hé bien non! le 4 septembre au soir et les jours suivants le nouveau gouvernement ne s'occupa pas plus de la défense nationale que des agissements du céleste empire.

Quelle devait être l'attitude du Gouvernement de la défense, après avoir assumé, sur sa tête, la responsabilité  au salut de la patrie?

Il devait surtout, en s'inspirant de son titre, bien se pénétrer de la mission qu'il s'était donnée. Pour avoir toute la force morale nécessaire à l'accomplissement de son mandat, il devait grouper, autour de lui, tous les dévouements et accepter tous les concours de quelque part qu'ils vinssent.

Il est de toute évidence que le parti le plus sage qu'il y avait à prendre : c'était la convocation immédiate des électeurs pour nommer une Assemblée nationale qui aurait été l'expression de la France entière et qui constituée, en pouvoir régulier aurait été à même de mettre en mouvement tous les ressorts nécessaires à la défense.

Nous acceptons les faits accomplis : Le Gouvernement ne fera pas appel au Suffrage universel pour constituer un pouvoir régulier, ses membres préférant se réserver le pouvoir qu'ils ont violemment usurpé.

Le Corps législatif et le Sénat sont dissous. Mais, dans ces deux grands corps de l'Etat, il y a des hommes honnêtes qui jouissent, dans divers centres, d'une grande influence. Est-ce que le devoir du Gouvernement de la défense, n'était pas de faire appel au patriotisme de tous ces hommes en leur confiant la mission de faire vibrer la fibre nationale dans leurs départements? Qui sait, si à l'appel de ceux en qui elle avait confiance la province ne se serait pas levée spontanément!

Au lieu de suivre cette ligne de conduite pleine de logique et de sagesse, qu'ont fait les hommes du 4 septembre ? Ils se sont empressés de révoquer, indistinctement, tous les préfets et sous-préfets pour les remplacer par leurs créatures, pour la plupart notoirement incapables et qui de plus étant complètement inconnues aux populations qu'elles étaient chargées d'administrer ne pouvaient exercer sur elles aucune influence salutaire.

Et certes, à ce moment là plus que jamais, il fallait inspirer aux habitants de la province, la plus grande confiance possible, puisqu'on allait leur demander leurs enfants et leur argent.

Les Membres du Gouvernement de la défense ont eu la bonhomie de croire que les départements allaient se lever, avec un enthousiasme indescriptible, à la seule vue de l'étendard républicain. Il fallait, réellement, n'avoir aucune connaissance de ces populations, pour avoir compté, un instant, sur ce résultat.

Pour la province, quelques grands centres exceptés, le mot République était synonyme : d'arbitraire, de désordre et de cahos. Les événements qui se sont accomplis ont, du reste, prouvé qu'elle ne s'était pas trompée dans son appréciation.

Ce qu'il nous faut déplorer amèrement, c'est que Messieurs les Membres du Gouvernement de la défense nationale, aient voulu sauver, à eux seuls, le pays et surtout la République ; car nous n'hésitons pas à dire qu'ils ont mis leur République au-dessus de la France.

A côté des hommes honnêtes et considérables, dont on a eu soin de dédaigner les services, il y avait un parti dangereux par ses exagérations, sa violence, ses menaces réitérées et dont les agissements avaient mis, depuis longues années, la province en suspicion contre Paris.

Le Gouvernement de la défense redoutait un conflit avec les meneurs de ce parti ; aussi, il n'y avait pas de complaisances que l'on eut pour eux. Les quartiers habités par les nombreux soldats du désordre, furent les premiers armés, on leur distribua les meilleures armas et on donna des situations à tous leurs chefs. Avec cette manière d'agir, le jour où il faudrait mettre un terme à leurs exigences toujours croissantes; on devait s'attendre à la revendication, par la force, de ce que jusqu'alors ils avaient obtenu de bonne grâce…

 

(1)    Journée des Arts-et-Métiers 13 juin 1849.

 

ANONYNE.

A SUIVRE… 

 

 

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Le " champ des martyrs" de l'île Madame. 

 

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L'OEuvre des Prêtres martyrs de la déportation.

 

 

Sans vouloir rêver trop beau, ni enfermer d'avance dans une formule une action qui doit se plier avec souplesse aux inspirations divines, aux suggestions providentielles des circonstances, el aux directions de l'autorité ecclésiastique, il ne parait ni illégitime ni inutile d'indiquer avec une certaine précision sous quelles formes diverses il semble que pourraient présentement s'exercer les bonnes volontés et se produire les concours.

Il y a pour tout chrétien un devoir à remplir, d'autant plus impérieux et plus urgent que le délaissement a été plus grand et plus long: sur ce principe on ne voit pas de contradiction possible Nous avons dit ailleurs, et tout le monde sait et sent que manquer aux morts est une faute de conséquence.

S'il y a des bénédictions à recevoir pour qui les honore, n'y a-Hl rien à craindre pour qui ferme l'oreille à leur appel ?...

Avant de les vénérer comme des saints et des martyre — ce qui serait prématuré — nous pensons qu'on leur doit les prières, les hommages, les visites qu'on doit à tous ceux qui sont morts dans le Seigneur Et c'est cela d'abord que nous demandons.

Rien de contraire à l'orthodoxie à ce qu'on «éprouve», si j'ose dire, l'efficacité de leur intervention, à ce qu'on les prie de se manifester par des grâces bien sensibles, à ce qu'on leur promette un peu de soi, de son temps, de sa peine ou de son argent en échange de leurs bienfaits.

L'Eglise, en son haut magistère de prudence, défend qu'on prononce avant elle ; mais elle a toujours respecté les dévotions populaires qui lui ont paru pures, et toujours tenu grand compte des mouvements de prières et des miracles qui en naissent Donc, que les âmes des vivants aillent vers ces âmes des morts, c'est sans doute l'essentiel ; et tout le reste que Dieu voudra viendra ensuite par surcroit. Les pèlerinages individuels ou en groupe, aux principaux lieux de sépulture, (j'ai dit comme ils étaient accessibles), les prières, les ex-votos, les messes, voilà, sans doute, ici comme ailleurs, les moyens les plus ordinaires de la piété qui invoque ou fait action de grâces.

Et puisque Dieu al voulu que le premier monument qui sortit de terre fût la Croix de Port-des-Barques, admirablement placée d'ailleurs pour dominer toute la rade où stationnèrent les pontons du martyre, et pour être comme la lanterne des morts au centre du vaste cimetière, puisque déjà il y a là, tout près du principal ossuaire de l'île Madame une chapelle et que le pèlerinage y est maintenant régulièrement institué, il n'est guère douteux que doive être là le premier rendez-vous.

Mais l'île d'Aix a droit aussi à une visite, et s'il plaît à Dieu, à une église plus digne d'elle et des reliques qu'elle a recueillies. Et à Brouage, et au cimetière de Rochefort, et à Saintes, et sur les roules de France partout où sont tombées ces saintes victimes, il y a aussi quelque chose à faire. Il y a à repérer le plus possible de ces sépultures, et, les ayant retrouvées, de les marquer au fur et à mesure d'un signe sacré : Sta, viator, heroem calcas.

Dans la plaine de Loigny, écrivait récemment François Laurentie, au retour des obsèques du général de Charetle, la croix se dresse partout, prière vivante, gage de résurrection. Au coin du petit bois voici celle de fer qui commémore Ferdinand de Troussure, mort, dit l'inscription, en chrétien et en brave.

Un peu plus loin, vers Villours, voici celle de pierre qui marque l'endroit où tomba Sonis... Voici en plein champ un haut calvaire, un vaste terre-plein sablé entouré d'une grille où repose Fernand de Perron...etc., etc.

A l'heure même où je complète ces lignes, je vois qu'un Comité du centenaire de 1812 a ouvert une souscription dans les journaux pour élever sur le champ de bataille de la Moskowa un monument aux morts de la Grande Armée. Pourquoi, répéterai-je après un jeune écrivain de la Revue Montalembert qui fit écho à mon premier appel, comme les champs de bataille d'hier ou ceux de jadis, les champs de carnage de la guerre "à l'Eglise ne seraient-ils pas plantés de croix où fraterniseraient dans la gloire du martyre commun tant de noms, nobles, bourgeois, ou roturiers, de l'ancienne France, qui sont encore vivants dans la France d'aujourd'hui ? »

Et ce que fait le Souvenir français qui, non seulement élève et entretient les tombes partout où nos soldats sont enterrés, mais qui, dans chaque province de France et presque en chaque ville bientôt aura érigé des monuments à la mémoire des enfants du pays morts à l'ennemi, ne le peut-on, ne le doit-on pas faire aussi pour les héros du sacerdoce? Il n'est pas bien difficile, ni bien coûteux, comme on t'a fait à la cathédrale de Saintes pour Mgr de La Rochefoucauld, et certainement en plusieurs endroits, d'inscrire ici ou là, dans la paroisse où il est né, dans la paroisse où le principal de sa vie s'est écoulé, dans celle d'où il est parti pour ne plus revenir, le nom du prêtre qui a donné sa vie pour son troupeau, et d'interrompre au moins ainsi la prescription de l'oubli.

Or, pour que se mette ainsi à l'oeuvre la piété partout où par ignorance elle dort encore, pour lui donner un aliment là où elle a commencé d'agir, et lui permettre de travailler à bon escient, il faut nécessairement tirer de la poussière les noms ignorés, faire connaître et répéter l'histoire, l'histoire générale de la persécution des pontons, l'histoire particulière de chacune des victimes à honorer.

Ce travail, qui, à première vue, paraît immense, n'est heureusement pas tout à faire. Pour ce qui est de l'histoire générale de la déportation de la Terreur et du supplice des pontons, en attendant le maître ouvrier qui consacrera dix ans de sa vie à en édifier avec les matériaux nouveaux mis au jour le monument définitif, il y a les mémoires et relations des survivants, qu'on pourrait rééditer à peu de frais, annoter, commenter el répandre. Leur collection constituerait la bibliothèque authentique du martyrologe. Pour les biographies individuelles et le détail des procès, exécutions, internements, et proscriptions en chaque endroit, dans un grand nombre de nos provinces on a déjà beaucoup travaillé, et on travaille de plus en plus. Des ecclésiastiques, des religieux, des érudits, des chercheurs ont déjà publié des documents, des listes, des pièces d'archives, des monographies. Je sais des diocèses où tout est fait, ou presque.  Ailleurs on manque d'initiative, ou de direction et de méthode, ou d'encouragement, ou d'organe… Ne serait-il pas excellent qu'un Comité central guidât les bonnes volontés qui ne sauraient manquer, fournit les indications pour les recherches et les références, mît eh relations les travailleurs dispersés qui s'ignorent, leur trouvât quand ils ne l'ont ;>as le moyen de publier leurs documents ou leurs études? Il y a un peu partout, en France, des gens intelligents et hélas ! désoeuvrés à cause de leur isolement; il y a aujourd'hui quantité de femmes instruites et qui, ayant le goût d'écrire, donnent dans la décevante vanité des romans et des vers. Combien trouveraient leur joie, tout en se gagnant devant Dieu des mérites, à faire pour une oeuvre aussi belle ces recherches d'histoire, toujours si passionnantes aussitôt qu'on les a seulement commencées... El si les bulletins et les revues qui existent venaient à ne pas suffire, la fonction sans doute ici encore créerait l'organe.

Il n'est pas fou de penser que ces messieurs ou ces dames trouveraient le moyen de faire vivre un petit bulletin.

Par bulletin, par collection de brochures ou par tracts, il faudrait que fussent tirés des gros livres de savants ou de sociétés savantes qu'on ne lit guère, ou des semaines religieuses et des revues locales, tant d'excellents morceaux qui se trouvent dispersés dans le temps et l'espace et souvent perdus qu'on les amenât au grand jour, qu'on triât, qu'on classât, qu'on fit peu à peu une sorte de musée historique et littéraire de cette persécution.

C'est l'avis des hommes compétents : comme nous partons de l'île Madame et de sa croix commémorative, il faut partir aussi d'un point solide et fixe : la déportation purement ecclésiastique de 1793-91 C'est déjà un millier de noms, un millier de marbres. Dieu fera sortir du grain de sénevé l'arbre qu'il voudra et qui durera plus qu'aucun de nous qui le semons et cultivons. El s'il lui plaît que de proche en proche il étende aussi ses branches sur les victimes de la déportation de fructidor, ou sur les massacrés de septembre, et les prêtres çà et là guillotinés pendant toute la Révolution, tous ceux dont on établira qu'ils sont vraiment morts en confesseurs de la foi sont également dignes de mémoire. Et la gloire des uns ne fait pas tort aux autres. Mais à chaque jour suffit sa peine, et à chaque marcheur son horizon.

Or, il va sans dire que le chanoine Lemonnier, qui est officiellement chargé de réunir le dossier de canonisation, que Mgr de Teil qui, après avoir mené à bien la canonisation des Carmélites de Compiègne, a été désigné par l'ordinaire de Paris pour s'occuper des martyrs parisiens des pontons, seraient les premiers bénéficiaires de ces travaux, comme ils ont promis d'en être les premiers guides. Mais l'œuvre de propagande et d'action que nous croyons s'imposer aux catholiques de France, prêtres et fidèles, comme un devoir qui ne souffre pas de retard, ne peut pas se confondre avec l'instruction d'un procès canonique aux prudentes lenteurs.

Tout en ne la concevant que faite d'après la bonne méthode et sur pièces authentiques, nous ne voulons, nous, celte histoire, qu'en vue d'éclairer, soutenir et répandre le culte dû à ces morts.

Et ce culte, qui n'a pas eu besoin, pour commencer, que fût établie toute cette histoire, n'a pas nécessairement besoin d'elle pour s'étendre. Dès qu'il y a un nom certain, ou une tombe certaine, la certitude d'une persécution et d'une mort, on peut, on doit tomber à genoux et prier. Encore une fois, ce qu'a fait le Souvenir français, avec ses tombes, ses monuments, ses pèlerinages aux ossuaires de l'Est, et aussi ses conférences,

ses messes et ses fêtes, trace aux catholiques français l'exemple à suivre.

Et dans le Comité central nécessaire, dont j'inscris ici le projet après avoir vu quelles hautes sympathies et quelles précieuses promesses de concours en recueillait partout l'idée, je prévois que, toutes les bonnes volontés, et tous les dévouements y trouvant leur place, il se formerait naturellement des groupements divers et des sections: ceux-ci ou celles-ci — puisque les femmes de France ne peuvent pas ne pas être les premières à cette oeuvre de piété envers les morts ;'— s'occupant de préférence des recherches ou publications historiques et littéraires, d'autres, de la propagande de parole et de plume, qui doit être large, populaire, étendue à toute la France; d'autres, suivant leurs goûts et leurs moyens, des ressources à créer pour aider ceux qui voudront élever aux lieux de sépulture des tombes ou des monuments, aux lieux d'origine des victimes poser un médaillon, une plaque commémorative ; — d'autres, encore, des pèlerinages à susciter, faciliter, organiser, des messes et offices à faire célébrer... Ama et fac quod vis... Bien des formes d'action sans doute sont légitimes et peuvent sous la direction de Comités, filialement soumis eux-mêmes aux autorités des évêques, devenir fécondes. En attendant toutes les idées peuvent se faire jour, et les adhésions de principe se produire ainsi que les offres de concours et de secours.

Dieu saura bien que faire de tous ces efforts et de toutes ces générosités. Comme dit le poète, s'il lui plaît de bénir l'oeuvre à nouveau tentée, la prendra du doigt pour la conduire au port !

 

 

FIN.

Gabriel AUBRAY.

 

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Le " champ des martyrs" de l'île Madame.

 

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 La croix et le pèlerinage de Port-des-Barques.

 

Voici, en effet, qu'à nouveau ils ont comme crié dans la nuit, et rappelé à quelques Ames qui en ont tressailli le devoir envers les morts auquel toujours et partout les hommes ont cru qu'on ne manquait pas impunément.

Est-ce une inspiration de Dieu à son  Eglise plus persécutée à la fois et plus libre aujourd'hui qu'hier ?... ou la levée, enfin, du grain semé ?... Mais depuis deux ans, sous une poussée si extraordinaire qu'elle en paraît bien surnaturelle, le sol et les hommes ont remué ensemble, et se sont soulevés...

Déjà, tandis que dans la Revue de Saintonge et d’Aunis, fondée par Louis Audiat, M le chanoine Lemonnier, de Rochefort, publiait d'excellents travaux sur la persécution religieuse en Saintonge, tandis que les prêtres du doyenné de Saint-Agnant-les-Marais, qui comprend Brouage et l'île Madame, faisaient admirablement réussir un bulletin cantonal, le Réveil, très judicieusement nourri d'histoire locale, deux paroisses, Marennes et Fouras, partaient en barque faire pèlerinage à l'île d'Aix. Puis Saint-Nazaire, Moëze, Echillais, les paroisses voisines de l'île Madame, ont tressailli presque en même temps. L'heure de Dieu apparemment était venue.

Sans bruit, tout naturellement, un laïque très humble, de Rochefort, qui n'avait probablement pas lu les gros livres ni les revues savantes, mais qui avait la vraie foi, celle qui agit, fit ce qu'encore personne depuis cent quinze ans n'avait su faire j en vingt-quatre heures, il acheta ce qui n'était pas à vendre, la ruine du petit bastion Louis XIV, qui est à l'entrée de la Passe-aux-Boeufs, avec l'ancienne poudrière et la maisonnette où logeait, en 1791, le pourvoyeur des déportés, et là, sur ce terre-plein qui lui fait un piédestal en saillie sur la mer, à frais communs, avec le curé de Saint-Nazaire et quelques-uns de ses paroissiens, on dressa une croix très simple, mais robuste, haute, blanche, et qui domine..

Pour faire le reste, le nouveau « pourvoyeur» d'aujourd'hui compte sur le grand Pourvoyeur de là-haut qui, déjà, voyant qu'on s'aidait, est venu à l'aide.

Comme, il y a dix-huit mois, eu effet, on réparait le bastion et construisait cette première croix du Calvaire, voici que, par un phénomène d'un à-propos saisissant un apport  « naturel » de sables et de galets a exhaussé la passe el en a fait un chemin viable et carrossable à toute heure. Ici, au pied du fort, les barques auparavant passaient à marée haute. A marée basse il restait une lagune vaseuse qu'on ne traversait point à pied bien sec ; et il ne fallait pas s'attarder dans l’ile jusqu'au flot montant: je sais deux personnes qui, revenant en voiture, ont failli être emportées par le courant A présent, la procession, partie de la croix, peut sans crainte s'en aller jusqu'au champ du martyre. L'hiver, sur lequel comptaient les incrédules pour détruire en un raz de marée ce que les marées avaient fait, a deux fois continué le même travail... Et voici que les gens du pays se remémorent un dicton de leurs anciens, d'après lequel les morts avaient dit «qu'ils feraient le chemin quand on voudrait venir à eux ». Les plus fervents de merveilleux ajoutent qu’« il doit se passer des choses extraordinaires pour la France, quand on honorera les saints de l'île... »

Mais, n'est-ce pas déjà un fait extraordinaire et  merveilleux, que cet éveil spontané, populaire, d'un culte qui s'organise soudain sur place et par en bas, quand toutes les tentatives d'eu haut s'étaient perdues en parades vaines ?

Non que rien se fasse, bien entendu, sans les conseils et le concours de l'évêque, trop heureux de ce réveil et tout dévoué à l'oeuvre. Il a lui-même présidé le premier pèlerinage, qui a eu lieu, il y a deux ans. Au 18 août 1910, à la date juste où commencèrent ensemble, en 1791, le débarquement et l'inhumation, sur un rendez-vous du curé de Saint-Nazaire, de tout le pays, qui n'est pas dévotieux, et par tous véhicules on vit une foule accourir pour la bénédiction de la croix, et la fêle s'instituer magnifiquement

En 1911, c'est Mgr de Saint-Flour qui, donnant un exemple que ses confrères de l'épiscopat ne pourront pas ne pas suivre, accourait à l'appel de ses martyrs d'Auvergne et présidait à côté de Mgr Eyssautier la fête.

Il avait déjà recommandé à ses prêtres la très belle prière qu'un des déportés de son diocèse avait composée pour suppléer d'intention au saint sacrifice de la messe.

Ici, devant la mer, il se fit, lui, l'évêque de la montagne, la voix éloquente des trois mille pèlerins qui, par un vrai soleil de Judée, se pressaient autour d'un pauvre figuier, seul ombrage poudreux de cette église en plein air. Sous l'ostensoir brûlant de midi, on chanta la grand'messe et, tandis que l'abbé Lemonnier officiait, intrépide, vêtu des ornements que les déportés de Saint-Martin, plus heureux, purent se fabriquer avec des lambeaux d'uniformes de soldats, la foule, pendant près d'une heure, défila pour baiser la relique du crucifix de bois taillé au couteau.

Puis, après le repas pittoresquement pris sous la tente ou dans l'ombre des charrettes par une foule pour qui Dieu dut multiplier encore les cinq pains de l'Evangile, on processionna, non sans quelque désordre, vers l'île ; on pria, on récita le Credo sur le terrain plein de morts où, le malin, j'avais vu des bœufs dormir.

 

Consurget templum: gens ad te confluet omnis...

 

J'y fus, moi aussi, moi qui avais eu mon enfance bercée de cette histoire mystérieuse de l'île Madame, et qui, depuis longtemps, longtemps, n'avais plus entendu parler de rien. J'y fus sans l'avoir prémédité, sans avoir su qu'un nouvel ordre de choses naissait ainsi en mon pays, amené la veille par un hasard — ou par autre chose — sur la côte d'en face. «Or, apprenez, comme dit Pascal, le chemin de ceux qui le savent Suivez la manière par où ils ont commencé. »

On m'avait traité de poète, quand je demandais si tous les bateaux de Fouras, de la Rochelle et ceux des ports de la côte et ceux des îles n'allaient pas, le lendemain malin, comme pour les régates, couvrir l'eau d'une flottille blanche et amener pour une messe en mer, que je comparais déjà à celles de la Révolution décrites par Brizeux, et tous les marins, et tous les baigneurs de tous pays en ce moment pullulant sur nos plages.

Pour prouver combien cela était pratique autant qu'aimable, je suis très délicieusement venu par un bateau qui m'a directement amené à la grève de l'ile.

Sans doute j'ai dû finir d'aborder presque à des d'homme pendant quelques pas, moi aussi, comme les pauvres prêtres il y a cent dix-sept ans à pareil jour, et comme Napoléon, quand il partit de Fouras, où je m'étais embarqué. Un beau troupeau de boeufs, descendu vers l'eau pour se rafraîchir, gardait la place, immobile, sous le soleil déjà chaud, et formant la plus inattendue pastorale marine, Je passai au milieu d'eux; je repassai plus tard, après avoir fait le tour de 'l'île, et ne vis point les cailloux dessinant vaguement une croix en quelque part de la lande. Je ne vis rien, rien qu'un peu d'herbe rare et jaunie, entre les deux plaines d'eau, miroitantes et bleues...

Et c'est durant cette promenade solitaire du matin que j'ai cru sentir dans le vent lourd du sud-ouest qui me venait au visage, le vent de honte qui souffle tait en moi l'indifférence dont nous avons tous jusqu'ici été coupables. Un flot d'indignation s'est mêlé h tous les sentiments qui roulaient en moi. Et foulant, sans les reconnaître, ces restes sacrés, j'ai entendu la voix d'outre-tombe qui parla jadis à mon père, qui parle à tous ceux qui viennent ici et je me suis promis de faire à mon tour quelque chose...

J'ai assisté à toute la fête, dans le flamboiement du soleil et la vibration de la foule. Puis, au déclin du jour, de Port-des-Barques, où il y a à toute heure un passeur, le bateau m'a, à cause de la marée contraire, déposé précisément au Fort Vaseux, si bien que j'ai ainsi fait complet le tour du cimetière des abandonnés...

Et, seul pèlerin, de ce genre, j'ai pu mieux, à l'aller et au retour, recueillir rocs souvenirs, mes émotions, et me demander, au soir tombant, si cette belle journée aurait un lendemain, si le clergé de France, enfin, n'allait pas se lever, et, par terre ou par mer, se mettre en marche pour rendre visite à ses morts, faire cesser une grande honte, et remplir un devoir très facile.

Or, j'y suis retourné au commencement de l'automne, entre deux rafales... Je convoyais un pèlerin de Lourdes qui avait donné à son diocèse l'exemple de faire en revenant celte pointe vers nos morts. Cette fois je suis venu à l'île par la terre et à bicyclette. La tempête la veille et toute la nuit avait démonté la mer et précipité des cataractes. Au matin, et juste à l'heure de se mettre en route, le temps s'éclaira. Le soleil restait pâle, mais le ciel bien lavé enveloppait le décor de ce pays de l'air limpide qui fait valoir ses tons délicats. De Rochefort, en roulant doucement, il faut trois quarts d'heure à peine pour être à Port-des-Barques. On passe le bac de la, Charente, on salue, en traversant le pittoresque bourg de Soubise, le souvenir des Rohan ; et l'on se rappelle que c'est ici que Victor Hugo, en prenant dans une auberge un journal, apprit la mort tragique de sa fille Léopoldine.

Les vers de Villequier vous bourdonnent autour des tempes. A Saint-Nazaire on prend comme guide le curé qui a les martyrs pour paroissiens, et qui vend au profit de leur mémoire des cartes postales. Un petit port plein de bonhomie, un semblant de falaise avec quelques villas, d'où l'on a une vue charmante sur le fleuve aussi blond que le Tibre, sur Fouras et les îles ; un peu de sable avec des pins que le veut soufflant ici de tous côtés, ne veut pas bien hauts ; et l'on voit devant soi la croix toute neuve qui se dresse, blanche et noble, sur son terre-plein planté de tamaris. Par derrière, au bout de la passe, se profile sur le ciel l'île Madame. On prie à la croix ; on va au champ des morts : on y médite en regardant la mer tout le temps qu'on veut ; ouest bien seul ; on voit l'île d'Aix, on devine La Rochelle : on peut penser à Richelieu, à Napoléon, à la Révolution, à l'Océan, à la Mort, à l'Infini...

Qui donc, revenant les yeux pleins de ces images, l'âme riche de ces rêves, et la conscience heureuse de se sentir en paix avec ces morts, aurait le sentiment d'avoir perdu sa journée? Qui donc ne voudrait, par plaisir ou devoir, faire au moins une fois en sa vie ce poétique et pieux pèlerinage ?...

Pour la troisième fois, je l'ai refait, au printemps suivant, par un clair et frais matin d'avril.

Nous étions six ensemble à genoux ce matin-là et c'est un signe : le signe d'un réveil de notre mémoire endormie j; mieux que cela peut-être, une espérance, et le symptôme que ces héros de la liberté de l'Eglise et du catholicisme romain intégral, sans compromission avec le siècle, sont les apôtres et les saints de l'heure, ceux qu'il convient d'évoquer  enfin et d'invoquer, pour qu'ils mettent dans l'âme de tous, prêtres et laïques, un peu de leur âme de foi pure, intransigeante et fière.

Plus tôt sans doute, c'était trop tôt, puisque avait échoué tout ce qu'on avait tenté jusqu'ici Huysmans n'eût pas manqué d'expliquer que le Diable sentant qu'il y avait là pour l'Eglise de France «une source de grâces... formidable, un trésor d'indépendance, de force et de vertu qu'à aucun prix il ne devait laisser déterrer, avait mis en oeuvre ses maléfices coutumiers pour brouiller les cartes et faire avorter lamentablement des projets trop magnifiques... »

Mais peut-être qu'enfin l'heure de Dieu est venue.

N'est-ce pas un signe de résurrection et de victoire que tout d'un coup, sans préméditation et sans bruit, au lendemain de la Séparation, qui a achevé de mettre en ruines nos deux pauvres diocèses de Saintonge et d'Aunis, une belle croix blanche se dresse, dominant d'aussi près qu'elle a pu ce vaste reliquaire national, attirant les regards de tous les marins qui passent en cette rade historique de la Charente, appelant à ses degrés les pèlerins qui ne craignent pas d'avoir à faire un voyage charmant pour venir prier dans un lieu unique.

Nous sommes six, ai-je dit, ce matin-là, et sans l'avoir combiné exprès, il se trouve que chacun de nous six représente sous une forme différente un acte de foi, un effort de bonne volonté, quelque chose de ce qui depuis quelques mois s'est fait par et pour les «martyrs ».

Par la route de voitures qui vient de Rochefort, coulante et facile, j'amène, en effet une maman qui a connu par ce que j'en ai déjà écrit cette sublime histoire. Récemment comme le père de ses sept enfants avait été déclaré en péril de mort, le soir même où en hâte on appelait pour les derniers sacrements le prêtre, d'une inspiration toute spontanée et singulière, elle a entrepris une neuvaine aux « martyrs » de l’île Madame ; et c'est le neuvième soir, à minuit, que la fièvre maudite enfin est tombée -—le graphique est là qui l'atteste — et pour ne plus revenir. Son malade bien guéri l'accompagne et hasarde en souriant cette remarque qu'on a tout profit à choisir des intercesseurs peu demandés, peu occupés, empressés à faire valoir leur crédit tout neuf et d'autant plus efficace. Use qui voudra de l'idée et de l'exemple.

Mais le cas n'est pas unique Sans parler de la chaussée de la Passe-aux-Boeufs qui continue son exhaussement, les uns et les autres citent des faits singuliers, des guérisons, des succès inespérés obtenus par leur intervention, des mouvements d'âmes merveilleux dont il semble bien qu'ils ont été les auteurs. Ainsi à la piété des humbles qui les appelle à son tour ils répondent par toutes sortes de grâces…

Un autre pèlerin est Georges Gourdon, le trouvère lauréat de nos vieilles Chansons de geste rajeunies, le poète héroïque de cette brillante Jeanne d'Arc qui est en train de faire son tour de France. Voilà trente ans qu'il habile Rochefort comme rédacteur des Tablettes : et c'est la première fois qu'il fait visite aux « saints » de l'île qui est à trois quarts d'heure de là, avec une voiture publique et une roule d'accès toujours libre à marée basse connue à Noirmoutiers.

Il représente ici le Saintongeais tardif, mais aussi le Français qui s'émeut et va se mettre en branle : mais il est tout acquis à l'oeuvre naissante : il en sera le premier secrétaire, et, je pense aussi, le poète Décidément quelque chose a bougé.

Ce « quelque chose », c'est le coeur du petit vieillard et grand chrétien, M. Daunas, qui le premier s'est avisé — comme j'ai dit — d'acheter un journal de terrain, de l'enclore, d'y dresser une croix et de dire : « Ceci est aux Martyrs ». Par lui, le scandale a cessé d'un péché où tout le monde eut sa part. Il est juste et il nous est très agréable qu'il nous fasse les honneurs de ce reliquaire national dont il est le premier ouvrier.

En route, nous prendrons le curé de la paroisse, qui fut avec lui l'instigateur de celte réparation. Il a travaillé de ses mains, déblayé, nivelé, planté. Il a ramassé quelque menue monnaie, organise les pèlerinages.

Encouragé par son évêque, qui n'a, qui ne peut avoir que des bénédictions pour cette belle oeuvre, il bâtit présentement un oratoire où l'on puisse en tout temps dire, faire dire, ou entendre la messe. Nous en posons en quelque sorte la première pierre : on va

l'inaugurer cet été.

L'argent, presque sans qu'on le sollicite, est venu de l'élan des uns, de la gratitude des autres, ou comme paiement des voeux accomplis. C'est la bonne méthode. Et l'oeuvre ainsi va par une étape nouvelle affirmer sa vitalité.

Le chanoine Lemonnier, lui, travaille et sollicite des pierres pour un autre monument Fouilleur habile des archives de la marine et écrivain de bon aloi, c'est lui que Mgr Eyssautier a chargé de réunir le dossier du procès de canonisation, de recueillir dans tous les diocèses, dans tous les ordres religieux, et, s'il se pouvait, dans toutes les paroisses et dans toutes les familles intéressées, leurs documents. Il s'est voué tout entier à sa tâche et a juré de ne pas mourir avant de l'avoir menée à terme Qui ne voudrait l'aider à tenir son serment ?

A son appel el à celui de son évêque, déjà des diocèses ont répondu. Des prêtres en divers endroits ont été officiellement désignés pour réunir les textes et pièces utiles au procès. Un postulateur a été choisi.

Une pieuse supplique est allée vers Rome : et il en est revenu une grande espérance. En mai dernier, Mgr de La Rochelle en rapportait la bénédiction de S.S. Pie X « pour tous ceux qui travaillent à préparer la béatification des prêtres-martyrs ». La marche sera peut-être longue: mais on marche et c'est l'essentiel.

Et que suis-je, moi, parmi ces bons ouvriers ? Avec le poète j'aurais pu dire : « Je ne suis, moi, qu'un sonneur de clairon. »

Mais j'ai plus d'une raison de «sonner» pour les martyrs de la déportation. Fervent pour eux par atavisme, héritier adouci des saintes indignations de mon père contre le crime d'oubli séculaire commis à leur égard, ému par leur histoire qu'il avait commencé d'écrire, ayant ma dette aussi, je leur ai voué sur ma parole et ma plume une hypothèque de premier rang.

Une grande injustice est à réparer ; cela est certain.

Tombés victimes de la persécution et soldats du catholicisme indépendant il semble qu'ils sont les patrons nécessaires de l'Eglise de France affranchie et du clergé meurtri. Pourtant, nous ne demandons pas pour eux des basiliques, Humbles et libres quêteurs, nous ne demandons à chacun qui craint le Diable et croit eu eux que ce qu'il peut donner, de la curiosité, de la sympathie, des prières, des documents pour leur histoire et leur procès de canonisation, s'il en a, des neuvaines pour leur acheter des grâces —- et surtout qu'on songe, la belle saison étant venue, à prendre le bâton et à faire comme nous le pieux pèlerinage.

 

Gabriel AUBRAY.

 

A suivre…

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AUGUSTIN FAVRE

 

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"Il est a observer que le sysytème prédominant des républiques est de se maintenir en paix et qu'elles répugnent infiniment à tout ce qui pourrait les embarquer dans des guerres qui ne seraient pas motivées par leur intérêt le plus direct". Louis XVI.

 

Il n'y a pas grand chose à en dire, si ce n'est qu'il faut s'en plaindre.

 

 

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HENRI DE MONTALBAN

 

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Présentation 4ième de couverture du roman de Henri de Montalban : En 2012, la France a célébré le 600ième anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc qui fit sacrer le Roi de France Charles VII à Reims. La même année, le Portail Royal de la cathédrale Saint André de Bordeax a été restauré ainsi que son contrefort de Gramont. Mais en 2012 la Restauration Monarchique semble avoir échoué.

Cent ans plus tard la situation de la France n'est ni pire, ni meilleure qu'en ....2012. C'est alors qu'un terrible tremblement de terre, à l'autre bout du monde, va changer le cours de l'Histoire de France...

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Le " champ des martyrs" de l'île Madame. 

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Les morts qui appellent.

 

 Ils n'ont pas cependant cessé d'appeler à eux, les pauvres prêtres qui ont dormi si longtemps sans tombe et sans croix dans les vases ou les sables de nos îles.

Ils appelèrent d'abord par la voix et la plume de quelques survivants. En dépit du beau serment de silence — que d'ailleurs tous n'avaient pas prêté, mais seulement ceux d'un groupe —- Dieu voulut que pour l'avenir il restât des témoignages certains de cette sombre histoire ; et c'est pour cela sans doute que quelques-uns écrivirent et publièrent ce qu'ils avaient vu. Tel Labiche de Reignefort, officiai de Limoges, dont un frère et un cousin étaient morts là-bas, et qui, sept mois après qu'il avait repris son ministère, ayant reperdu la liberté, crut devoir céder à l'idée « jusqu'alors écartée » d'écrire, pendant les loisirs de sa retraite, « la relation exacte de ce qu'avaient souffert tant de généreux confesseurs de la foi ». C'était, avec la prière, « le seul moyen qu'il eût de travailler au salut de ses frères » : et il avertissait, dans la préface de la seconde édition, en 1801, qu'il s'était efforcé de faire disparaître jusqu'aux moindres vestiges d'animosité contre les auteurs de ses souffrances.

C'est en pleine arène, comme j'ai dit et sur le ponton même d'où il voyait chaque jour descendre de nouveaux cadavres, que l'abbé Dumonet composa la relation en vers latins que devait achever à Saintes, en 1795, et publier Lequin. Un autre, le chanoine Texandier, de Limoges, un aimable et fin lettré d'ancien régime, que la mort surprit comme Dumonet dans son pieux travail, s'était mis, au fur el à mesure que tombaient autour de lui les victimes, à rédiger sur  elles les notices dont il sentait bien que le martyrologe de France un jour aurait besoin.

Il y a, parus dès 1796, le Récif abrégé des souffrances de près de huit cents ecclésiastiques par un curé de Paris (Philippe Bottim, que Dieu a daigné associer à ces ecclésiastiques persécutés; et le Journal de la déportation des ecclésiastiques du département de la Meurthe, par l'un des déportés (l'abbé Michel., curé de la cathédrale de Nancy. Il y a les Mémoires de l'abbé Michel Soudais, de Sens ; de l'abbé Rousseau, d'Amiens ; du curé Guilloreau, du Mans ; les lettres de l'abbé Rollet, de Saint-Dié ; celles des frères Massainguirat, de Tulle; celle du Lazariste Parisot, de Metz, etc., etc... tous des revenants — ou des morts — de là-bas. On m'en signale qu'on vient de découvrir et de publier à Tours et à Guingamp.

Toute cette histoire existe Les feuillets seulement en sont épars et perdus dans la poussière comme les morts eux-mêmes.

Il y a, dans ces mines obscures et méconnues que sont les revues des Sociétés savantes de province, et les bons gros livres, mal faits quelquefois, mal imprimés et mal vendus, des érudits locaux, quantité de précieux documents tirés peu à peu des archives officielles ou es papiers de familles — et qui n'ont trop souvent fait que passer d'une cave dans une autre. Il ne faudrait que les remettre au vrai jour pour émouvoir les âmes; que les mettre méthodiquement en oeuvre pour que soit établie de façon à peu près définitive la figure de ce lâche et ignominieux carnage ; pour que soit faite à chacun de ces héros son histoire; pour qu'on puisse au moins dresser enfin complète et graver sans mutilation la liste de leurs noms !

Quelques-uns ont essayé de vulgariser cela - l'abbé Guidon avec ses quatre volumes des Martyrs de la foi l'abbé Boudart, avec son petit dictionnaire du Martyrologe du clergé français pendant la Révolution, l'abbé Manseau, avec ses deux in-octavos sur les Prêtres et les religieux déportés, l'abbé Dubois, avec son volume plus maniable Rochefort et les pontons de l’ile d'Aix... Mais les âmes pieuses ne lisent guère plus les gros livres que les dictionnaires aux notices monotones et sèches. De ces ouvrages, qui fournissent de bonnes pierres d'attente, aucun qui soit ni un livre de large propagande, ni un monument de haute histoire définitif. Les fusillés de Quiberon, les noyés de Nantes ont le leur : il manque encore aux prêtres victimes de la déportation.

Cependant, tandis qu'en ordre dispersé les érudits travaillent pour l'avenir, là-bas, dans le coin de terre même où dorment nos prêtres, des mouvements de loin en loin se produisent et font croire que va enfin s'ouvrir l'ère des réparations décisives.

Le petit peuple, il y a cinquante ans, n'a pas encore cessé de penser à eux et de les invoquer comme des saints. A Saintes on cultive dans quelques familles leur souvenir, on garde pieusement comme reliques certains objets qui viennent d'eux, on cite des traits édifiants de leur martyre. Mon père a vu, à Port-de-Barques, pleurer un vieillard en lui racontant les souffrances dont il avait été témoin. Un autre, dont le père a hospitalisé quelques-uns de ces malheureux, attribue à leur protection la belle santé de son grand âge.

C'est d'un paysan anonyme et étranger à sa paroisse, que le tout jeune petit curé de Saint-Nazaire (d'où dépend l'ite Madame), reçut, en. 1863, le coup au cœur, et l'ordre d'en haut : duc in allum. Comme sa promenade, par hasard, l'avait conduit tout le long de la Passe jusqu'au bas de l'île, il fut tout étonné de voir ce paysan à genoux qui priait. Et le bonhomme, interrogé, apprit à M. le Curé: « Vous ne savez donc pas que c'est ici que sont enterrés les saints ? » et que son grand-père l'avait mené là dix-huit ans avant et lui avait recommandé de les invoquer dans ses peines. Vox populi... Le culte des « saints de l'île Madame » a sa racine dans le coeur du peuple certainement; et quelques traits de ce genre composent à peu près toute sa préhistoire.

L'abbé Manseau donc se mit à l'oeuvre, commença de fouiller les archives, de recueillir des documents, des souvenirs, de publier des récits. En même temps et ce fut le mieux, il amena sur la lande sacrée son évêque, alors Mgr Landriot; et comme tout chrétien qui vient là est saisi et soulevé par le vol montant de ces belles âmes, on décida d'enthousiasme d'élever un monument. On constitua, suivant le rite, une commission avec son trésorier. On eut la bénédiction de Pie IX, d'éloquentes lettres de plus de trente évêques, et même des souscriptions. Seulement on négligea de planter en attendant, sur les pauvres morts, la moindre croix de bois et de commencer vers le saint lieu les pèlerinages...

Après dix ans, après vingt ans, rien n'était fait Le petit curé était devenu curé-doyen de Saint-Martin-de-Ré. Il avait trouvé là les traces d'autres déportés, ceux de fructidor, qui avaient été détenus à la citadelle et au château d'Oléron. Il voulut joindre malencontreusement leur histoire, qui est toute différente, à la première, au lieu de mettre au point celle-ci et de lui faire voir le jour. Si bien qu'il mit vingt-trois ans à publier son ouvrage.

Pendant Ce temps el la guerre, et l'expulsion des congrégations, et la laïcisation des écoles avaient tourné à d'autres soucis les âmes; et l'Oeuvre de l’ile Madame devait en demeurer là pendant quarante ans...

Son successeur à Saint-Nazaire, l'abbé Hervoire, avait seulement profité, en 1871, des bonnes dispositions du commandant de la citadelle pour faire taire, par une escouade de soldats, une fouille dans l'endroit appelé communément le Cimetière des prêtres.

En effet, à un mètre du sol, on trouva un squelette d'homme sans cercueil et sans trace de vêlements — la loi de confiscation était appliquée aux déportés jusqu'à dépouiller leurs cadavres des moindres haillons — mais les bras chrétiennement pliés en croix sur la poitrine. De quoi on dressa un procès- verbal bien ' en forme, et puis on recoucha les ossements dans le sable sans marquer seulement la place.

S'il y a aujourd'hui en un point de la lande quelques gros galets enfoncés dans le sol et dessinant à peu près une croix, c'est beaucoup plus tard qu'on eut l'idée de ce signe funéraire — le seul en toute l'île! —- lorsque un habitant de Port-des-Barques ou de Rochefort, en voulant « enrocher un cheval crevé dans ce terrain désert,» eut mis à nu quatre nouveaux squelettes qu'il enferma généreusement dans un sac avant de les inhumer à nouveau...

A Mgr Landriot devenu archevêque de Reims, avait succédé Mgr Thomas. Et celui-ci, ardent et généreux, s'était épris de la cause. Il voulait un monument pour Mgr de La Rochefoucauld, dernier évêque de Saintes, massacré aux Carmes, et un autre à l'île Madame, pour les martyrs dont il avait le dépôt et la garde.

Mais à son tour il devait s'en aller porter la pourpre à Rouen sans avoir commencé seulement de réaliser son rêve.

En 1890, de nouveau sans doute, la voix des morts abandonnés parla et quelques âmes en tressaillirent En faisant à l'île d'Aix depuis dix ans des terrassements pour de nouvelles batterie*;, on avait découvert des quantités d'ossements qui, d'abord charriés dans les tombereaux avec la terre, formèrent les remblais de défense. Et les soldats du fort jouaient aux boules avec les crânes... Cela donna à l'amiral Maudet, maire de l'île, l'idée de les recueillir et de les abriter dans l'église.

Puis il fit, avec son curé, le projet de remplacer la masure de son église par une grande basilique dédiée à Notre-Dame des Martyrs, dont le clocher et la statue domineraient toute la rade. Mgr Ardin y alla d'une lettre pastorale catégorique, et qui ordonnait des quêtes dans tout le diocèse. On créa un comité, deux comités avec, en tête, l'archevêque de Paris et l'archevêque

de Malines (à cause des prêtres belges de la seconde déportation), et le comte de Mun, et M. Harmel, et le général de Charette, et des amiraux, tout un état-major dont personne, sans doute, n'a jamais fait le pèlerinage Et l'on fit encore appel à la charité et à la vanité du monde, promettant aux donateurs à la fois des messes et, suivant le chiffre de la souscription, armoiries, plaque de cuivre, ou simples initiales : apparentes dans l'église ». Et un autre curé d'une toute petite paroisse voisine publia un livre et partit porter la bonne parole, comme au quinzième siècle les envoyés du chapitre de Saintes étaient allés prêcher jusqu'en Allemagne pour la reconstruction de la cathédrale Saint-Pierre. On ramassa encore de l'argent, et l'on commença par acheter un champ pour la future église...

Ce champ, un indigène, depuis vingt ans, y cultive, paraît-il, du maïs et des pommes de terre Dans quelles brumes de l'Océan s'est fondue cette basilique de rêve ?

Peut-être le projet fut-il trop ambitieux, ou prématuré, ou mal conduit ?... Peut-être, tout légitime et bien intentionné qu'il était, fut-il le tort devant Dieu, qui donne le succès à qui il lui plaît de se dresser comme en concurrence au projet de monument à l'île Madame, qui avait la priorité et la bénédiction du Pape?...

Toujours est-il que le pèlerinage qui s'était ébauché dans l'été de 1890, tomba vite Et si, du moins, les morts de l'île d'Aix avaient désormais une cloche et des prières bourdonnant au-dessus d'eux, ceux de l'île Madame attendaient toujours, dans leur champ solitaire et piétiné par les boeufs qu'on vint planter sur eux le signe sacré et dire l'office des morts.

Quelqu'un, cependant, sans se lasser, sonnait pour eux — et pour tous — cet appel funèbre qu'on nomme, en quelque part de la Saintonge, « la chante-pleure ».

C'était un laïque, un bibliothécaire de Saintes, mais de quelle foi ! de quel labeur ! et de quelle vaillantise ! Pendant quarante ans exactement, Louis Audiat — je lui dois trop pour ne pas avoir fierté à le nommer ici — a remué tout le vieux sol de Saintonge, en a déchiffré toutes les pierres, dépouillé toutes les archives et a publié quarante volumes d'inédit, et par la parole, la plume et l'action, s'est efforcé d'en faire surgir aux yeux toute l'histoire. Quel destin l'avait amené du Bourbonnais ici, et, lui faisant un jour refaire exactement le trajet qu'avaient suivi les soixante-seize ecclésiastiques de son pays, l'avait, de la chapelle des Clarisses, de Moulins, où il s'était entretenu avec Mgr de Dreux-Brézé de la plaque de marbre à rappeler leur incarcération, conduit, par Limoges, La Rochefoucauld, Cognac, douloureuses étapes, par Saintes — la bonne ville qui était toute riche encore de leurs souvenirs —jusqu'à l'île Madame et à son ossuaire invisible, puis jusqu'à La Rochelle et au grand coeur de Mgr Thomas qui lui fut du premier coup et pour toujours ouvert ?

Homme d'étude et homme d'action à la fois, tout de suite pour l'enquête historique à instruire comme pour la propagande du culte dû à ces oubliés, il avait offert son concours et s'était mis à l'oeuvre.

Pour l'enquête historique, il se mit à éditer des relations, des documents, à écrire des biographies de déportés, à retrouver et redresser les noms de la funèbre liste, S'il n'a pas fait l'ouvrage d'ensemble qu'il eût pu mener à bien, c'est qu'un autre s'en était chargé.

Lui se donna donc à d'autres tâches, comme d'écrire la vie et la mort des deux La Rochefoucauld, l'évoque de Saintes et l'évêque de Beauvais, massacrés par les septembriseurs, et à présent en instance de canonisation...

Mais s'il y avait pour les érudits, pour les chercheurs une lâche primordiale qui était d'établir par une documentation scrupuleuse l'état-civil et l'histoire exacte des prêtres victimes de la Teneur afin qu'on les connût bien d'abord et que l'Eglise pût un jour les mettre sur .ses autels, il n'admettait pas que le peuple chrétien tout entier manquât pour ceux-ci à la piété due aux morts et no vint pas aux lieux de leur sépulture ériger quoi que ce fût qui rendit hommage à leur souvenir, et provoquât les âmes à la prière.

En 1870, dans sa vibrante brochure, les Pontons de Rochefort, il dressa d'un geste vigoureux ce qui devait être « ce qui serait ici un monument funéraire et triomphal portant la croix dans les airs au-dessus des houles de l'Atlantique... » Un peu plus tard, il donnait à la Société bibliographique un tract sur les Déportés de 1793 ; et à chaque occasion, en des articles véhéments, qui encourageaient ici ou là, à l'île d'Aix comme à l'île Madame et partout, ceux qui tentaient quelque chose mais qui s'enfonçaient comme des coups de fourche dans l'apathie générale, il agitait ce scandale obstiné de centaines de prêtres, après de telles tortures, une telle mort, n'ayant pas encore au bout d'un siècle reçu de leurs confrères, de ceux qui leur ont succédé dans leurs paroisses, ni de personne, le moindre témoignage de respect ni ce signe delà croix qui les a fait prêtres d'abord et martyrs ensuite !

Je connais sa manière modeste, prudente, tenace, je sais ce qu'il eût fait s'il eût été le maître d'agir, ayant vu comme il éleva une statue à Bernard Palissy, comme il plaça des plaques de marbre pour commémorer à la tour de Broue Duguesclin, à la chaussée Saint-James la victoire de Taillebourg, à la cathédrale de Saintes saint Louis et Mgr de La Rochefoucauld.

Non seulement à l'île Madame, à l'île d'Aix, à Brouage, à toutes les stations du calvaire de la déportation il eût fait, en attendant mieux, quelque chose, posé une pierre, planté une croix. Mais il eût voulu que par toute la France, les fidèles apprissent à se souvenir des prêtres qui étaient morts là-bas pour garder le serment de leur ordination et sauver l'Eglise de France : «  Comment n'y a-t-il pas, écrivait-il, dans la paroisse de chacun de nos modernes martyrs, dans la paroisse qu'il évangélisait lorsqu'il en fut violemment arraché pour être conduit au trépas, une plaque commémorative, un mot, un signe qui te rappelle à ses parents, à ses successeurs, aux fidèles ?... »

Et voilà, je pense, tracé le programme aussi précis qu'il peut l'être à l'action pratique de ceux qui entendront cette fois la voix des morts et qui se prendront de ferveur pour une si sainte cause…

 

Gabriel AUBRAY.

 

A suivre…

 

 

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Le " champ des martyrs" de l'île Madame.

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Un siècle d'abandon.

 

C'est un troublant mystère, et qui irrite d'abord et puis confond, que le délaissement presque complet de ces pauvres morts pendant plus de cent ans.

Comment se fait-il que pendant plus d'un siècle l'Eglise de France a négligé les restes et la mémoire de tels héros, qui devaient être sa gloire, dont elle pouvait faire des saints et des martyrs ?

Comment le clergé de Saintonge et d'Aunis, dépositaire de telles reliques, les a-t-il méconnues, délaissées, tandis qu'il eût dû, dès la première heure, y porter ses prières, y mener ses processions du 2 novembre ?

Il y a là des abbés, des prieurs, des vicaires généraux, des chanoines, des curés, des religieux de tous les ordres. Comment leurs successeurs, leurs frères en Dieu, ne sont-ils pas venus, eûssent-ils dû user leurs pieds à faire le chemin, chercher leurs traces et baiser la terre où dorment ces reliques ?

Et six cents familles de France, de toutes conditions sociales, et des plus hautes, ont là quelqu'un des leurs. Je vois, parmi de vieux noms de bonne bourgeoisie et de bonne roture françaises, des d'Aligre, des d'Aurelle, des d'Aubigny, des la Borderie, des du Barry, des Blot de Chauvigny, des Foucart d'Hautefayc, des Poujol de l'Isle, des Luchct de la Motte, des Doudinot de la Boissière, des Cuny, des de la Haye, des de la Gravière, des Chazeray, des Vassirnont, été, etc... En quel pays sommes-nous donc où, alors qu'ils sont là, à portée des genoux, on laisse ses morts enfouis comme des chiens, sans la croix de bols de la fosse commune, sans les couronnes du mur des fédérés, sans |e bouquet de fleurs qu'on trouve jusque sur le tertre des condamnés à mort !... Et d'abord et surtout comment les survivants que devait ramener vers des lieux cor aérés par de tels souvenirs le plus banal sentiment de pitié pour eux-mêmes, de piété envers ces défunts dont ils avaient vu les fins émouvantes, dont ils avaient recueilli les derniers soupirs, qu'ils avaient soignés, soutenus, confessés, et enterrés de leurs mains, ne sont-ils jamais venus marquer les places, poser des tombes, planter au moins des croix ?...

J'ai demandé, je demande encore à tous les points de l'horizon un document, la confidence d'un écrit ou d'une lettre, qui donne le mot de cette irritante énigme, ou qui signale dans les lointains de la Restauration ou de la « lune de miel » du Concordat, qui furent le lendemain de cette tragique histoire, un essai de réparation, quelques visites de parents, quelques retours d'échappés du naufrage au pays où ils avaient cru mourir, quelques signes funéraires plantés ici ou là, que les marées auront fait disparaître... Mais quelle vague d'oubli fut donc assez grosse pour tout effacer dans la mémoire des hommes et leur faire perdre jusqu'au chemin de ce champ des martyrs ?...

Je suis tenté parfois de chercher quelque raison mystique cet abandon en quelque sorte universel.

Un document extraordinaire, d'une authenticité incontestable, et qui prouve la hauteur d'âme de ces proscrits, donnerait à penser, que ce fut leur sainte volonté, mourant pour Dieu seul, de ne recevoir du monde  aucun hommage de gloire.

Lorsque, en effet, à la fin de décembre 1794, la nouvelle vint aux survivants des pontons qu'ils allaient sans doute être mis à terre, réagissant pieusement contre leur joie, et s'unissant dans un merveilleux effort de vertu et de renoncement sacerdotal, ils rédigèrent et signèrent des résolutions pratiques en neuf articles, par lesquelles, s'engageant à ne faire, désormais, qu'un cœur et qu'une âme et à devenir tin modèle d'édification pour les peuples, ifs promettent de ne se livrer à aucune inquiétude sur leur délivrance, ni à aucune joie immodérée s'ils recouvraient la liberté, à ne montrer aucun regret de la perte de leurs biens, à ne point s'autoriser de leurs privations pour manquer à la sobriété ; à ne point répondre aux vaines questions que les curieux de la route leur feraient sur leur état passé. « à ne faire pari de leurs peines qu'à leurs parents et amis, et encore avec beaucoup de prudence et de modération, à n'en jamais parler en public, laissant entre voir qu'ils les ont supportées  avec patience et sans aucun ressentiment contre ceux qui en  ont été les auteurs ou les instruments ».

Admirable connaissance du coeur humain que cette défiant? .outre ses orgueilleuses faiblesses! Et comme il apparaît que la sainteté des morts s'était communiquée aux vivants et les faisait se dicter à eux-mêmes celte loi d'humilité, de silence et de pardon !...

Les survivants pourtant n'avaient pas douté qu'ils reviendraient bientôt eux-mêmes chercher, pour la revanche d'un hommage triomphal, les dépouilles sacrées dont ils savaient, eux, pour les avoir ensevelies, exactement la place.

Il faut entendre le cri du chanoine Labiche de Reignefort, ne se consolant que par cet espoir de la douleur de n'avoir pu, tandis qu'il luttait lui-même contre la mort à l'île Madame, connaître et assister l'agonie de son aîné, le missionnaire, qui mourait du scorbut à un quart de lieue de là, à Port-des-Barques; cet aîné si doux, si candide et si pieux, qui, douloureusement malade presque toute sa vie, aurait pu, de par la loi même, alléguer quand il avait été arrêté de légitimes moyens de dispense, mais qui, par une sainte émulation, s'était sans rien dire laissé embarquer avec ses confrères !

« O mon frère, mon tendre frère, puisque le ciel a voulu que je restasse après vous, qui me donnera du moins de voir le Seigneur rendre à ma chère patrie son antique religion avec la douce paix, afin que l'Eglise puisse un jour décerner aux restes de tant de généreux athlètes les honneurs c légitime; qu'on rend à la dépouille mortelle des saints, et que moi-même je puisse, parmi les cendres vénérables de tant de ministres de Jésus-Christ, démêler la cendre à jamais chère à mon coeur du meilleur et du plus c tendre des frères ?... »

Ainsi dut soupirer, au cours d'une vie très longue, ce Mathias de la Romagère, qui avait vu son aîné, Pierre-Joseph, mourir saintement dans ses bras, et qu'un joug mystérieux empêche pendant quarante-cinq ans d'aller rechercher ses restes !

Leur histoire est à la fois typique et bien suggestive.

Ils sont d'une grande famille d'Auvergne et Bourbonnais, alliée aux Damas, aux Duplessis de Richelieu, aux Noailles, et qui est toute faite de chevaliers de Malte, de chevaliers de Saint-Louis, de gouverneurs du Lyonnais ou du Forez, de gentilshommes de la Chambre, d'ambassadeurs du Roi. Comme en ce temps entrer dans le sacerdoce n'est point déroger, et que chaque famille de France, au contraire, a de quoi faire sur ses enfants « la part de Dieu », ils ont, l'un après l'autre, du collège des Oratoriens de Vendôme passé à Saint-Sulpice ; ils ont pris des grades, et sont devenus, Joseph, vicaire général et archidiacre de Bourges ; Mathias, vicaire général de Mgr de Clermont-Tonnerre, à Châlons-sur-Marne, et chanoine théologal de la cathédrale. L'un et l'autre ont refusé le serment ; et, traqués par les gendarmes, ils ont autour

de leur paroisse natale des Saint-Sauvier, dans l'Allier, par les bois et les landes de la Creuse, mené longtemps une vie misérable, gîtant parfois dans le creux des vieux chênes, mais disant çà et là la messe, et donnant les sacrements aux fidèles qui ne veulent pas des curés jureurs. Ils sont pris enfin en 93 : Joseph, sur le territoire de l'Allier ; Mathias, à l'abbaye des Pierres, dans un sauvage vallon du Cher ; enfermés donc, l'un aux Clarisses de Moulins, d'où, en novembre, il sera, de brigade en brigade, emmené à Rochefort avec soixante-quinze prêtres du département et embarqué sur un ponton ; l'autre, aux Clarisses de Bourges, d'où, jeté sur une mauvaise charrette avec huit autres, il vient, en mars 91, par le même chemin, retrouver son frère sur le même navire.

Tous deux endurent là les tortures communes. Mais Joseph, qui a dans le martyre quatre mois d'avance, et qui est rongé du scorbut, meurt, ferme, résigné, s'étant, par de profondes rêveries devant la mer, préparé à son suprême sacrifice. Mathias, qui est un courageux, un fort, un gai, réchappe lui seul, avec un autre des neuf de Bourges, des souffrances et de la maladie Mais toute sa vie il gardera au-dessus des chevilles le large sillon rouge des fers auxquels il a été rivé pour avoir signé une lettre aux autorités de Rochefort demandant en faveur des malades un peu d'humanité.

Or, libéré en février ou mars 1795, quand la persécution a un moment fait relâche, il est rentré en son pays, est devenu, à la réouverture des églises, chanoine de Clermont ; puis, en 1817, il est le seul, ou peu s'en faut, des déportés que la Restauration, oublieuse la première, ayant elle-même les mains entravées par le Concordat, a pu faire monter de la peine à l'honneur, et il est devenu évêque de Saint-Brieuc. Zèle, vertus admirables, apostolat de toutes sortes, et du dévouement tant qu'on en veut pendant le choléra de 1832... Quand il meurt en 1811, on lui élève un tombeau dans la cathédrale, et l'on va y brûler des cierges ; on l'honore comme un saint, comme un confesseur de la foi et qui a porté les stigmates de Dieu sur son corps, Vinctus in Domino stigmata Dei, in corpore suo portavit... C'est très bien. Cependant l'autre, celui qui est mort là-bas, sans honneurs et sans oraison funèbre, gît toujours dans la lande; et sur ce corps, qui doit un jour ressusciter glorieux, piétinent les troupeaux !...

Dumonet  en exaltant dans son poème latin ces martyrs nouveaux qu'on livrait non plus aux lions et aux flammes, mais à la mer, à la famine, à l'ordure et aux poux, n'avait pas manqué de leur promettre comme à ceux de jadis des palmes des chants de gloire, un peuple entier venant dans le péril invoquer leur secours.

Oui, il annonçait que celte petite île (Aix ou Madame? à chacune des deux soeurs jumelles la prophétie peut aussi bien s'appliquer), serait célèbre un jour, que toute la nation y viendrait honorer et prier ces saints et qu'une église s'y dresserait sur leurs corps sacrés :

 

Insula felix ;

 

Ingenti, sis parva licet, donabere fama.

Quorum nempe tenes sacra pignora quisque triumphos

Cantibus extollet. Gens ad te confluet omnis,

Tam certos rébus dubiis orare patronos.

Quin,ibi consurget templun (faxit Deus) in quo

Cultor non deerit verum qui nomen adoret.....

 

Devant cet oracle, que l'auteur a signé de son sang, le frisson du merveilleux déjà tourne autour de vous.

Mais en 1796, ni en 1801, les temps n'étaient pas encore accomplis, sans doute. Il fallait l'oubli des morts pour laisser aux survivants l'ombre à laquelle ils s'étaient voués... Et c'est pourquoi, dans le tohu-bohu du siècle nouveau et le fracas des ruines de l'ancien, ces discrètes voix d'outre-tombe semblent n'avoir produit aucune ondulation qui amenât les curiosités et les cœurs vers le champ des martyrs de l'ile Madame.

Et puis, qui sait, peut-être un dessein providentiel voulait que ces héros, qui étaient morts pour la liberté, pour l'intégrité de l'île de France, n'eussent leur jour que quand viendrait pour cette Eglise une crise nouvelle où il s'agirait encore de son indépendance et de son indestructible union avec Rome. Le Concordat n'était qu'une trêve entre la Révolution et le Saint-Siège, qu'un accord provisoire, plutôt subi qu'accepté et par lequel Rome avait fait en vue de l'apaisement les extrêmes concessions. De même que, pour obéir à ce mot d'ordre de paix, beaucoup d'évêques et de curés « réfractaires » durent résigner leurs charges, peut-être les morts aussi reçurent-ils de Dieu l'ordre d'ajouter à leur sacrifice celui-là encore de voir leurs restes continuant à pourrir dans la terre, et leurs noms oubliés de leurs frères... jusqu'à l'heure où pour la guerre d'indépendance recommençante leur aide deviendrait nécessaire.

Humainement parlant, il était naturel que l'Empire tint à ne pas laisser sortir de terre les souvenirs d'un des plus exécrables forfaits de la Révolution, d'une des plus fières victoires de l'Eglise invincible Et ce furent vingt ans, lourde pelletée de sable, qui ensevelirent un peu plus profond cette histoire.

Pas plus qu'aux vrais fidèles du trône, la Restauration ne se pressa de rendre justice aux fidèles vrais de l'autel...Or, qui sait si 1830 n'a pas été pour une part le châtiment de celte injustice ?...

Et sans doute ce n'est pas les gouvernements suivants tous pactisant plus ou moins avec la Révolution persécutrice de l'Eglise qui allaient vouloir déterrer ce passé formidable.

Mais qui sait encore si les malheurs de l'Eglise de France n'ont pas pour une de leurs causes qu'elle s'est laissée gagnera cet oubli systématique, et qu'en laissant s'effacer le souvenir de tels héros du sacerdoce, en ne leur accordant même pas le tribut d'hommages et de prières auquel tout chrétien a droit, elle a gravement péché contre les morts et contre elle-même ?...

Car je ne suis pas le premier à rappeler, je me couvre pour le faire de l'autorité d'un prêtre, la terrible sentence du pape saint Damase.

Haec ecclesia moritur quae martyrum suorum obliviscitur… « Une église est condamnée à mort qui oublie ses martyrs... » 

 

 

Gabriel AUBRAY.

 

A suivre…

 

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MARTYRS DE FRANCE

Le " champ des martyrs" de l'île Madame.


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Le cimetière de Brouage.

 

Or, la mort, comme on l'avait prévu, comme il le fallait pour faire place à d'autres, et hâter pour les matelots le pillage des derniers effets, fauchait dans le tas, et allait d'une vitesse toujours s'accélérant «Bah ! si le scélérat meurt, disait au début un médecin en ordonnant une dose d'émétique à tuer un cheval, ce posera un ennemi de moins pour la République !» On jeta

d'abord tout simplement les cadavres à l'eau. Mais les courants très forts de flux et de jusant charrièrent ces épaves affreuses sur les bords du fleuve et jusque dans Rochefort Les riverains empestés jetèrent les hauts cris. Alors on les enfouit, çà et là, dans les hautes boues, autour du Fort-Lupin, du Fort-Vaseux, du Port-des-Barques ou dans le sable des Iles, surtout de l'ile d'Aix où l'on peut plus facilement accoster. Les confrères étaient là pour la corvée, qui de la barque jusqu'à terre, enfonçant sous leur fardeau, dans l'eau ou la vase, trébuchant dans les galets et sur la «hanche», obtenaient quelquefois de la pitié des voisins une brouette pour finir le trajet

Mais l'été venu, c'est la pestilence que portent en leurs flancs les deux navires et qu'ils répandent avec leurs morts sur toute la côte. Le conseil de santé de Rochefort s'alarma. A la visite d'un chirurgien, il y a déjà eu cent douze morts sur les Deux Associés depuis trois mois; il y en a deux cent quarante-trois en août, et cent quarante-quatre malades. Et maintenant, chaque matin, c'est dix, douze et jusqu'à quatorze cadavres qu'il faut remonter du charnier par l'écoutille...

Sans doute, dit le rapport d'un major, si ce système n'avait d'autres inconvénients que de débarrasser la société de grands coupables, on pourrait fermer les yeux sur ce fléau destructeur, mais on ne peut favoriser le développement d'une maladie contagieuse sans compromettre le reste de la société qu'elle peut atteindre...

On n'a pas osé, comme quelques-uns en ont émis l'idée, supposer une révolte et mitrailler toute cette prêtraille, ou empoisonner ses aliments. Alors, après qu'on a essayé de se débarrasser des malades en les versant par cinquante et soixante sur deux chaloupes non pontées, où, ballottés sans relâche, baignant dans l'ordure et l'eau, ils périssaient encore plus vite, au 18 août on prit le parti de tout jeter, moribonds et morts, avec leurs infirmiers fossoyeurs sur ce rocher de l'ile Madame, autre ponton à peu près détaché du continent et presque aussi flottant que les autres.

Et voilà comme elle fut, la pauvre île déserte et sans gloire, l'autel, où pendant deux mois d'un été torride, toute celte souffrance brûla pour Dieu, comme elle devint la tombe solitaire et muette où trois cents de ces martyrs trouvèrent le sommeil de la terre en attendant le grand réveil...

Descendus par des palans dans des barques, portés pour finir d'atterrir sur les épaules des confrères qui se sont faits leurs infirmiers, près de deux cents moribonds, dont trente-six rendirent le dernier soupir dans ce débarquement, el que d'autres devaient suivre, vinrent donc échouer là, et nus sur la terre nue, finir leur vie de souffrance comme l'Enfant Dieu avait commencé la sienne !

On leur donna pourtant de quoi se bâtir quelques baraques et quelques tentes. Et puis, l'île était à peu près déserte, séparée de la terre habitée par toute la longueur de la Passe-aux-Boeufs. Ce n'était qu'un radeau de misère, mais le radeau était pour ainsi dire à eux... Aussi ceux qui réchappèrent de ce naufrage devaient en garder à tout jamais quelque douceur dans le souvenir el un attendrissement de gratitude.

Ici, sous le plein ciel du bon Dieu, devant la pleine mer que la plupart n'avaient jamais connue, dans celte lumière limpide où ils revoyaient, après leur ténébreux cauchemar, de la verdure, des papillons, des oiseaux, de la vie, l'âme enfin renaissait, devenait plus capable de sentir la souffrance et de l'offrir à Dieu.

Ici on pouvait, un peu plus libres sous la surveillance moins impitoyable, faire quelques pas dans le champ devenu depuis « le Jardin des Prêtres », cueillir des mûres aux haies, de l'oseille sauvage et du fenouil, vrai régal, à marée basse ramasser, parmi les roches, des crabes, des moules, des escargots de mer...

Ici, malgré les sentinelles, un peu d'humanité pénétrait par les pêcheurs allant et venant, avec lesquels on échangeait quelques propos, et, du côté de la terre, par le pourvoyeur installé au fortin ruiné de Port-des-Barques.

Ici, dans l'île aussitôt consacrée à la Vierge du 15 août, on pouvait prier, chanter, se soutenir, s'édifier les uns les autres, tirer les quelques bréviaires échappés aux perquisitions, se donner autrement que dans le noir du cachot les hosties qu'un prêtre avait réussi à garder sur sa poitrine, les gouttes des saintes huiles miraculeusement conservées par un autre.

Ici surtout après avoir enduré sous le frêle abri des terres la bonne souffrance, et baisé le petit crucifix que (…) d'eux tailla dans un morceau de buisson au couteau on pouvait mourir en paix...

On ne s'en fit pas faute, de bien souffrir, ni de bien mourir, puisque près de trois cents, comme j'ai dit, ont été mis en terre là. Mais des traits d'héroïsme et de sainteté, des mots de piété sublime ont fleuri sur cette pauvre lande, qui fut à la fois champ du martyre et champ du repos.

Dans ce cadre de solitude presque aimable, cette sombre tragédie eut son horreur adoucie et atteignit la suprême beauté. Ici la nature, connue Véronique au Calvaire, essuya, lava de leur sang ces crucifiés. C'est ici que la pensée supporte b mieux d'évoquer leur image et de méditer sur tout le poème de leur martyre.

L'éclaircie fut courte d'ailleurs, et de quelques semaines seulement, car l'automne vint, avec les bourrasques d'équinoxe, et les coups de vent, d'une violence, sur celte fin de la terre, à tout emporter. Les rafales crevant la toile des tentes et les paquets d'eau ruisselant sur les grabats forcèrent, en octobre, à rembarquer sur les pontons ceux qui restaient de ce massacre.

On se trouvait, il est vrai, plus au large puisque, des huit à neuf cents de cette fournée, il restait à peine un tiers.

Mais l'hiver fut cette année-là terrible et pendant trois mois, sur te pont couvert de neige ou de verglas, les pieds mouillés, grelottants sous les haillons trempés par la pluie, et cinglés par la bise, comme ils durent envier leur repos à fous ces morts dont ils avaient, à quelques encablures, le lieu de sépulture sous les yeux!

C'est à la fin de décembre que la tempête qui les avait assaillis au large rejeta près d'eux dans cette même rade de la Charente, en face Port-des-Barques, les trois navires qui étaient allés le mois précédent charger à Blaye et à Bordeaux les sept cents prêtres enfermés au fort Pâté et au fort du lia, Or, ceux-là aussi, en leurs prisons de terre, avaient durement souffert ; ceux-là aussi avaient payé, à la mort le lourd tribut de plus de deux cents victimes.

Pourtant, voici qu'après s'être crus les plus malheureux des hommes en revoyant, sans pouvoir reconnaître leurs parents, leurs amis, ce troupeau hâve d'ombres en guenilles, avec les visages terreux, aux yeux hagards ou éteints, et dont la misère comme une lèpre avait fait tomber les cheveux et la barbe, ils éclatèrent en sanglots. Ce furent eux qui, se faisant les pourvoyeurs de leurs confrères, les ravitaillèrent eu partageant avec eux leur linge, leurs vêtements, leurs souliers, leur argent. Et c'est encore avec les témoignages des uns et des autres une émouvante histoire à écrire.

Mais de terre commençait à venir un souffle moins dur qui faisait les bourreaux tremblants de peur et complaisants par lâcheté, qui mettait dans le coeur des victimes l'espoir de la délivrance.

La délivrance vint lentement et ne vint pas pour tous. C'est grâce à des libérations presque individuelles qu'un certain nombre, à partir de février jusqu'en avril, furent acheminés sur Saintes, la bonne ville qui leur fut hospitalière et vraiment maternelle, et puis obtinrent peu à peu d'être rapatriés en leur pays. Mais ils en laissaient derrière eux cent-cinquante qui furent, pendant quatre longs mois, emprisonnés, oubliés à Brouage.

Brouage, la ville de Richelieu, la ville morte qui, sur la plaine de Broue morne comme une steppe, dresse ses bastions en ruines et ses tourelles en encorbellement où poussent les arbres entre les pierres, fut le terme dernier de ce douloureux calvaire et elle est une station marquée des futurs pèlerinages.

Soit, en effet, dit M. le chanoine Lemonnier, que certains ecclésiastiques fussent plus compromis que leurs confrères, soit que les listes eussent été faites avec précipitation, il en restait, après l'appel des libérés et les ravages des épidémies, encore cent quarante-sept, presque tous appartenant aux diocèses du Midi et venus par les négriers de Bordeaux.

Comme ils étaient pour la plupart rongés du scorbut et qu'on craignait la contagion, sauf sept moribonds qu'on porta à l'hôpital de la marine à Rochefort, on poussa le lamentable troupeau vers la vieille citadelle abandonnée où il n'y avait rien de prêt pour les recevoir, ni médecins, ni remèdes, ni lits, ni paille. On les enferma dans l'ancien couvent des Récollets et dans l'église paroissiale. Six mois après on en était encore à demander pour eux un officier de santé, des matelas et des couvertures !

Et les lettres du juge de paix de Maronnes, celles de deux officiers de santé de passage à Brouage, les montrent « presque nus, couchant dans des locaux immondes, souvent sur des planches, n'ayant pas seulement de paille (et l'on est en novembre), atteints de fièvres tenaces, ou de dysenterie violente.. Depuis quinze jours, huit ont succombé et dans ce moment le nombre de ceux qui se portent passablement suffit à peine pour porter les défunts en terre... » Un peu plus tard, en février 1796, c'est l'ordonnateur du port qui informe la marine qu'il ne peut plus fournir de vivres aux détenus de Brouage, car « le port et la ville sont à la veille de manquer de pain! »

Mais ceux-là aussi, sans doute, au milieu de leurs misères, avaient peu à peu joui de quelque liberté. Car une tradition affirme que, dans une ancienne casemate qu'on montre formant grotte au fond du jardin du commandant de la place, sur une pierre d'autel en débris, ils auraient, à un certain moment, célébré la messe. Et sur les voûtes de la porte nord de l'église, et dans les guérites des remparts, on trouve, gravés dans la pierre, comme les graffites des catacombes, laides croix, des monogrammes du Christ, et quelques inscriptions qui sont sans doute la marque de leur passage.

Or, voici qu'en 1910, la pauvre église de cette petite cité déchue et morte, qu'habitent seuls, au milieu des fièvres de marais, quelques pêcheurs, s'en allait en ruines, comme les remparts. Mais Brouage est la patrie de Champlain, le fondateur de Québec ; il y a son petit monument Pour sauver le sanctuaire où il avait, il y a deux siècles et demi, reçu le baptême, on s'adressa — la France est si loin ! — au maire de Québec, on implora son secours. Et tout de suite la Société Saint-Jean-Baptiste, fondée là-bas pour la conservation de la langue et de la foi française, forma un Comité spécial, ouvrit une souscription et envoya six mille francs pour réparer l'église.

Trait touchant, bel exemple, et toutefois un peu humiliant.

Faudra-t-il aussi tendre la main par delà les mers pour qu'au cimetière on relève les sépultures des prêtres qui sont morts là et qu'un monument, élevant au-dessus de terre leurs noms, apprenne à saluer en Brouage non plus seulement une grande ruine mélancolique, mais un tombeau sacré ?...

Le registre de l'état civil de la commune énumère, en effet, quarante-deux décès ecclésiastiques. Et lorsqu’en mars 1796 on se décida à fréter une barque pour transporter ce qui restait à Saintes, ils n'étaient plus que soixante-treize !

Hélas, de ces survivants de Brouage, de l'île Madame et des pontons, que la faim et la maladie avaient faits spectres, combien en réapparut-il en leur pays, après qu'ils eurent encore jalonné de leurs cadavres les routes du retour ?...

On le saura au juste quand charpie diocèse aura dressé son bilan et de chacun de ses « martyrs » établi le dossier. Rouen, par exemple, qui en avait vu partir quatre-vingt?, n'en vil revenir que huit.

J'ai dans les mains la brochure de deux prêtres bourbonnais qui donne pour leur diocèse à peu près les mêmes chiffres.

C'est le poème en vers latins d'un de ces vieux humanistes comme il y eu avait beaucoup dans le clergé de l'ancien régime, Dumonet, principal du collège de Mâcon, qui, témoin de tant de choses affreuses et de traits admirables, mais croyant la persécution à sa fin et se croyant près d'être sauvé, se mil sur place, et sans plus attendre, à célébrer le martyre de ses confrères en hexamètres, comme avait fait Prudence au IVe siècle,

 

Quod fidei patuere oculis miracula nostris !

 

A peine l'avait-il achevé qu'il le signa de son sang, étant décédé, comme dit l'acte dressé à bord, le 27 fructidor, an IIe de la République, une et indivisible (29 janvier 1793), sur l'île Citoyenne, d'une fièvre putride.

L’autre, Antoine Lequin, prieur-curé de Loriges eu Bourbonnais, recueillit le poème, et durant les quelques semaines où, avant de le libérer, on le détint à Saintes, dans le couvent des Filles Notre-Dame, il le retoucha, le compléta, le traduisit, y ajouta des notes, un catalogue, et data le tout de Saintes, le 30 mars 1795.

Rien de plus sinistre que les tableaux qu'il a dressés des soixante-seize ecclésiastiques séculiers et réguliers partis comme lui-même pour la déportation de la maison de Sainte-Claire de Moulins. Il y en a un où ils sont inscrits par rang d'âge : Le P. Loir, capucin,

77 ans : mort; — Charles Godin, curé, 75 ans: — mort; le P. Imbert, ex-jésuite, 75 ans : mort... Vous entendez sonner vingt-neuf fois ce glas avant d'arriver à Lequin lui-même, 60 ans, qui est le seul échappé do sa génération ; car le glas après lui recommence à tinter et je compte encore douze coups, douze victimes, avant de trouver un autre survivant, Jean Dhérat, chanoine de la sainte-chapelle d'Aigueperse, qui n'a que 50 ans !

Un autre tableau les classe d'après leurs titres : et je vois treize chanoines, trente-trois curés, desservants ou vicaires, dont il est mort trente ; treize religieux, capucins, récollets, bénédictins, jésuites, cordeliers, minimes, trappistes de Septfonts, sur lesquels il en a survécu deux ; et des prêtres non bénéficier, et deux frères de la Doctrine chrétienne, morts aussi tous les deux. En dehors de l'épiscopat — qui a eu ses martyrs aux Carmes — tous les degrés de la hiérarchie, et tous les ordres religieux, ont fourni des victimes au sacrifice, et toutes les classes sociales, races de patriciens, familles d'artisans, ont de leurs enfants, leurs saints, ensevelis là... et depuis plus d'un siècle ignominieusement abandonnés...

 

 

Gabriel AUBRAY.

 

A suivre…

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LES SIX CENTS PRETRES MARTYRS

Des iles de la Charente (1793-1795) 

 

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Le supplice des pontons.

 

Donc, à la fin de 93, et au commencement de 91, après que la Convention a hurlé à la mort, les directoires de département se sont mis en mesure de purger au plus vite la terre de la liberté de ces ennemis du bien public, qui encombrent depuis des mois plus ou moins longs tes couvents changés en prisons. De partout, de Metz, de Nancy, de Verdun, de Lille, d'Amiens, de Reims, de Troyes, de Sens, de Chartres, de Rouen, de Coulances, de Saint-Brieuc, de Quimper, de Moulins, de Bourges, de Tulle, de Saint-Flour, aussi bien que de Périgueux, d'Angoulême, de Limoges et de La Rochelle, toutes les routes de France qui vont vers le Sud-Ouest charrient sous l'hiver les lamentables convois.

De Limoges, il est parti pour Rochefort, le 25 février, 40 prêtres ; le 29 mars, 39 autres ; avec ceux qu'on enverra un peu plus tard et ceux de la Creuse, c'est 122 environ que le diocèse fournit au sacrifice : et pas de 80 succomberont telle est la proportion.

La Meuse aura presque exactement les mêmes chiffres.

L'Allier compte 62 morts sur 76 déportés, et Rouen 73 sur 81.

Et ils s'en vont, les pauvres prêtres et religieux, de tous Ordres, et à peu près de tous âges, malgré la loi, qu'on interprète largement, escortés de gardes qui ont la consigne de « fusiller le premier qui bronchera », qui les outragent, les maltraitent, excitent contre eux la foute : « Si vous étiez des animaux, on pourrait avoir pitié de vous  mais, étant des monstres, vous ne méritez aucune compassion... » Huées : «A l'eau!» « A la guillotine ! » blasphèmes, coups de pierres, menaces de mort A La Rochelle, il y en a six qui, livrés à la populace en attendant leur embarquement, ont été massacrés; et l'on a promené leurs têtes sur des piques et traîné leurs corps en lambeaux par la ville. A Limoges, on a servi à la caravane du Bourbonnais la réédition d'une mascarade infâme, déjà offerte un mois auparavant à des détenus de la Corrèze; la « piquante singularité, » dit le Journal du département, d'un cortège où, précédés de la garde nationale, les sans-culottes, ayant revêtu chapes, chasubles, costumes de Carmes et de nonnes, accompagnaient un une mitre monté à rebours par un prêtre, et un cochon en habits pontificaux avec une triple couronne et celte inscription : Ego sum papa. Et quand on les a eus traînés en chantant par toute la ville, on les a rangés autour de la guillotine, et le bourreau a exécuté devant eux, en feignant de les devoir passer tous à leur tour au couperet, un bandit de curé, l'abbé Gaston, qui depuis deux ans se cachait dans des champs de genêts, autour de sa paroisse, pour continuer ses secours à ses ouailles, et que des patriotes avaient enfin arrêté.

Il est vrai qu'en de certains endroits les populations, au contraire, leur sont sympathiques, voudraient les délivrer ; que de braves gens les ravitaillent, que des femmes sanglotent, que des geôliers même ont pour eux des délicatesses. Et il est vrai aussi qu'ils sont pleins de courage. Le P. Imbert, un Jésuite, a même composé un chant du départ pour l'Afrique qui a le lyrisme ardent et l'air... de la Marseillaise.

Enfin, d'étape en étape, de prison  en église désaffectée et profanée, et de grenier en écurie, ils arrivent à Rochefort.

Au nom  de la loi de confiscation, on tes a fouillés tout le long de la roule. On les fouille encore. On les fouillera toujours et partout, parce qu'il reste toujours quelque chose aux doigts de ceux qui font la fouille. On leur prend d'abord tout leur argent, —et il y en avait de riches, et les plus pauvres avaient ramassé sur eux tout ce qu'ils avaient pu — leurs montres, leurs tabatières, leurs boucles de souliers et de jarretières, leurs boutons de manches. (On a les procès verbaux de dépôt) Mais on leur vole aussi leurs livres, leurs bréviaires, leurs manteaux, leurs vêtements, leurs couteaux et fourchettes, leurs valises. On se donne le plaisir obscène de les mettre nus pour les mieux visiter. On leur laisse juste les quelques nippes qui les couvrent et sur lesquelles, quand ils mourront, l'on s'empressera de faire — toujours très légalement — main basse. Puis on les entasse avec des forçats au réfectoire des Capucins et à la prison Saint-Maurice, sans paille, couchant sur des banquettes ou par terre, sans feu, sans lumière, sans air, sans exercice, au pain et à l'eau, incertains de leur sort, en proie aux rats, à la vermine, aux propos violents et aux rixes sanglantes de leurs compagnons...

Et s'il y a déjà des maladies cl des morts, tout cela n'est que le mal ordinaire des prisons trop chargées, le mal qu'ont enduré les déportes de Bordeaux à la prison du Hà et au fort Pâté de Blaye. Aussi, sur onze cents que furent à peu près ceux-ci au cours de 1791, n'en a-t-il péri que deux-cent-cinquante : mince tribut à côté de l'autre. Mais voici que déjà les prisons de terre n'ayant plus suffi, on a jeté le trop-plein de la charge dans la cale d'un vieux vaisseau à trois ponts, le bonhomme Richard, qui sert d'hôpital aux soldats galeux, et dans celle d'un autre vaisseau du port, le Borée. Puis, dès le mois de mars, les prisonniers atteignant le nombre de huit cents, et les arrivages, qui ne devaient cesser qu'en août, continuant toujours, il fallut bien que, harcelé par la Majorité maritime de Rochefort, le ministre donnât des ordres pour rembarquement. Il affecta à la déportation des prêtres deux anciens vaisseaux à nègres et à charbon, les Deux-Associés et le Washington ; et le supplice des pontons aussitôt commença.

Supplice sans nom, et dont la pudeur littéraire de jadis en même temps que la dignité humaine force les témoins qui le racontent d'en voiler en partie la hideuse réalité. Mais, les sobres récits des — survivants, des revenants !— écrits et publiés au lendemain même de la tourmente, se trouvent aujourd'hui confirmés par les papiers officiels, rapports de médecins, arrêtés des conseils publics, journaux de bord, registres d'écrou; et l'on y peut entrevoir toute l'horreur, toute l'épouvante, toute la pitié, mais aussi tout l'attendrissant, le beau et le sublime que portèrent dans leurs flancs pendant onze mois et balancèrent aux roulis de la vague ces cachots mouvants qu'on appelle les pontons de Rochefort.

Dans l'entrepont des Deux-Associés, où il y a quarante places, on en a le sabre en main, précipité quatre cents.

Entrez, scélérats que vous êtes, ou je vous hache ; qu'il y ait de la place ou non, il faut vous f... là.

Bah! 400 nègres ont loge à ce même bord, et ils y étaient au — large! Vous en verrez bien d'autres! S'il en meurt 20, nous en ferons venir 10!....

Chaque nuit, on les précipite dans l'entrepont tout noir où quatre cents chiens, dit un médecin dans un rapport, s'ils y passaient une seule nuit, seraient tous morts ou enragés et où l'on a, pour qu'ils y puissent tenir, cloué en rayons le long des parois des planches sur lesquelles ils s'entassent. Fermés sous verrous pendant onze ou douze heures, ils doivent croupir, malades, agonisants ou morts, littéralement emmêlés les uns dans les autres, se marchant dessus, s'écrasant pour aller aux deux baquets qui servent de latrines. Et tout cela que travaillent et vont dévorer très vite la gale, le scorbut, la gangrène, la dysenterie, le typhus et les fièvres putrides ; tout cela sue, saigne, vomit, fiente, gémit, crie, délire et expire dans une atmosphère de cauchemar. On étouffe sans pouvoir se retourner, on se heurte aux poutres et aux planches ; on se blesse mutuellement Qui est là ? El c'est un égaré qui tombe sur vous, qui râle, et dont on va jusqu'au jour porter le corps sur ses jambes et soutenir la tête sur sa poitrine.

C'est un dément qui vous étreint, qui vous frappe, vous mord en hurlant. L'abbé Théobald Petit, un jeune curé de grande valeur, a pris la mort en dormant sur un cadavre, figure contre figure, et humant son haleine empestée...

Sylvain Maréchal, l'abominable auteur de la parade dramatique le Jugement dernier des rois, qui s'est jouée au théâtre de la République, le lendemain même de la mort de la reine, devant une élégante gâterie d'impures en fourreau de satin, devant Lucile Desmoulins, jeune mariée à robe rose, n'a guère imaginé pire, quand il a mis en scène le Pape et tous les rois d'Europe jetés sur une île déserte et se battant comme des chiens autour d'une barrique de biscuit « La guillotine, disait le sans-culotte qui les montrait, c'eût été trop doux et trop court. Il a paru plus convenable d'offrir à l'Europe le spectacle de ses  tyrans détenus dans une ménagerie et se dévorant les uns les autres... »

Il semblerait crue c'est ce programme d'une haine diabolique qui a évacué de tout le pays et poussé à cette sentine immonde pour l'y faire pourrir ce qui fut la fleur du clergé de l'ancienne France.

Au jour, quand, avant de les faire sortir de leur cachot empuanti, on a, pour désinfecter ensemble l'étable et le bétail, plongé dans des barriques de goudron des boulets rouges, dont la fumée les asphyxie et leur fait cracher le sang, on les parque sur une moitié du pont, que ferme une barrière hérissée de pointes de fer et que troue la gueule de quatre canons menaçants.

Ils sont là sous les frimas et les rafales de mars et avril 1791, sous les chaleurs d'un été qui fut torride, sous les pluies torrentielles de l'hiver 1795 où la Charente elle-même fut prise et bloqués les navires. Ils mangent, dix par dix, à la gamelle, souvent sans cuillers, fourchettes, ni couteaux, et debout, l'infecte pitance que leur laissent l'inhumanité et les malversations de l'équipage : soupe de fèves noire de charançons, débris de morue. «chanvreuse » ou de viande avariée ; rongeant de leurs gencives, amollies et ulcérées par le scorbut, le biscuit plein de vers, si affamés, si misérables qu'ils se battent presque à la distribution du pain et qu'on en surprit, malgré la défense, à dérober quelques morceaux de pain dans l'auge des pourceaux du capitaine ; buvant — quand ils en ont — l'eau «de cale » noire et pourrie ; passant leur temps, en dehors des rudes et  répugnantes corvées qu'on leur impose, à rapiécer leurs vêtements en guenilles, à laver leur unique chemise, à gratter leurs plaies, à tuer interminablement les armées de poux qui les dévorent Car les effets des morts n'appartiennent même pas aux vivants qui les ont aidés à mourir. Et le P. Retouret, des Grands Carmes, qui avait été un professeur de rhétorique, un prédicateur en renom de grandes stations, embarqué malgré ses joues creuses et sa maladie de foie, et dont la sciatique grelotte sous un frêle habit de camelot, mourra sans avoir obtenu du capitaine le vêtement d'un confrère disparu.

Tant de misère et de si affreux traitements les ont exténués, hébétés, abrutis. Et comme, fouillés et refouillés sans cesse, ils n'ont plus ni chapelets, ni livres, ni rien, comme le moindre geste de piété, le moindre mot latin les fait châtier ainsi que des conspirateurs, il en est qui perdant par une étrange névrose toute mémoire, et presque toute pensée, ne peuvent même plus prier, ni même réciter le Pater, et qui se désespèrent dans la peur d'oublier jusqu'aux paroles sacramentelles de la pénitence et de l'extrême-onction!... C'est qu'on voit, qu'on entend et qu'on souffre de si horribles choses que les cerveaux se vident ou que la folie les envahit par brusques éclats. Il y a un arrêt de la Majorité de Rochefort qui ordonne de « fusiller sur l'heure les déportés qui seraient convaincus de complot ». Donc, parce que le chanoine Roulhac, un doux et qui va mourir très calme en pardonnant aux hommes et demandant à Dieu pardon pour lui-même, est accusé d'un propos imprudent, au mât de misaine, devant la moitié des déportés sur lesquels on a peureusement braqué les canons, on le fusille de vingt balles à bout portant. Ou, parce que le P. Coudert, un Carme déchaussé d'Angoulême, qui devait finir très paisiblement, très pieusement, et expirer sans qu'on s'en aperçût, se démène dans un accès de fièvre chaude au milieu de ses confrères en émoi, l'équipage affolé s'arme en hâte, allume la mèche des canons ; sur le champ, le jury déclare coupable de révolte tout le groupe, et le condamne à être mitraillé. La fatalité fit qu'un chirurgien de l'état-major voulût bien reconnaître le cas et empêchât l'exécution de ceux qui l'avaient attendue toute une nuit comme une délivrance. Et aux fers celui qui n'exécute pas assez vite une répugnante ou dure corvée !

Aux fers pour quinze jours celui qui a osé demander aux matelots de lui apporter quelque fruit pour le rafraîchir... Aux fers celui qui s'est plaint que le biscuit était plein de vers, et avec lui les quatre prêtres qui mangeaient au même plat… Aux fers celui qui a inséré dans une lettre à ses parents un passage des psaumes...

Aux fers tes dix-sept prêtres qui ont adressé une pétition au district de Rochefort: et le supplice est si dur que la moitié y succombe...

Cependant, au milieu de cet enfer et sur ce fumier de Job, la sainteté fait pousser ses fleurs merveilleuses.

Aux prisons de Rochefort, on observait l'abstinence du Carême. Qui croirait que sur les pontons, où une guerre terrible est faite à tous objets de superstition, non seulement l'un a pu sauver un bréviaire, un autre un Evangile, une croix d'argent remplie de reliques, une boîte des saintes Huiles, mais qu'il y en a qui ont encore conservé leur ciliée et leur discipline ? Et l'on se confesse, on s'absout, on se donne dans l'ombre les derniers sacrements, on reçoit le repentir des renégats, on se réconforte, on s'édifie mutuellement. Il y a un règlement qu'on s'est fait à bord des Deux-Associés, un corps de résolutions pour ne rien tirer de ces terribles épreuves qu'un effort de perfection, qui est proprement un chef-d'oeuvre de sainteté.

Il y a des traits charmants et il y en a de sublimes.

Le chanoine Doudinot de la Boissière, qui avait été conseiller au Parlement de Bordeaux, se fait pour s'occuper, et gagner quelques morceaux de pain de supplément, le tailleur d'habits des gens de l'équipage. L'abbé de Cardaillac, est le fils d'un marquis, il a été aumônier de Madame, comtesse de Provence, et possédant, comme tant d'autres, avec les vertus sacerdotales, l'esprit enjoué cl les manières pleines de grâce du grand monde, il a un entrain, une affabilité, une complaisance, un zèle apostolique « qui électrise tout le monde ». En attendant qu'il meure lui-même victime de sa charité d'infirmier, incomparable est son adresse à se procurer quelques remèdes et à les présenter aux malades ; cl ses discours, pleins de l'onction du Saint-Esprit, fortifient merveilleusement les âmes.., Quand il faut faire sourire ceux qui ont l'humeur noire, il a pour lui donner la réplique l'abbé de Féletz, le jeune et lin lettré, qui, s'étant, lui, échappé du naufrage, sera le brillant journaliste des Débats, l'académicien qu'aimait Chateaubriand et que redoutait Sainte-Beuve.

Mais c'est la mort qui, réveillant les âmes, les dégageant de la fange des chairs ulcérées, leur fait jeter de merveilleux rayons. Le vicaire général de Limoges, Pétiniaud de Jourgnac, qui, par son aménité, sa piété tendre, sa charité, son talent et sa figure extérieure elle-même évoquait saint François de Sales, tout couvert de plaies, tout mangé des vers, souriait à la douleur, et, les lèvres toutes pleines des paroles de l'Ecriture, versait un peu de sa générosité et de sa joie à ceux qui mouraient eu même temps que lut. Et un ancien docteur de l'Université d'Angers, Pierre de la Morelie de Puyredon, qui avait, comme doyen du Chapitre de Saint-Yrieix, rédige contre la Constitution civile une protestation énergique et déposée chez un notaire, tenait en agonisant des propos si pleins d'une force surnaturelle que le capitaine lui-même vint par curiosité les entendre.

 

 

Gabriel AUBRAY.

 

A suivre…

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