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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

LES TOMBEAUX DE SAINT-DENIS. ABEL HUGO. 1825

L’Église de Saint-Denis a eu de grandes destinées : son histoire se trouve liée à toutes les grandes époques de la monarchie française. Cette basilique, fondée par Dagobert, réédifiée par Charlemagne, réparée par saint Louis, a été témoin de l’abjuration de Henri IV; elle a été longtemps et elle est encore aujourd’hui la sépulture de nos Rois; elle a vu les obsèques de Louis XIV et les funérailles de Louis XVIII.

Aucun livre, d’un usage commode, n’avait encore été consacré à l’histoire et à la description de cette église, qui intéresse les Français à tant de titres. Nous espérons que celui que nous offrons au public sera favorablement accueilli : nous n’avons rien négligé pour le rendre moins indigne de lui. L’histoire de l’abbaye de Saint-Denis est précédée de la description des cérémonies funèbres en usage aux obsèques des Rois de France, et de la relation détaillée des funérailles de  Louis XVIII. C’était l’introduction naturelle de notre ouvrage.

Après la description historique de l’église et celle de son riche trésor, le récit de la violation des tombes royales, et le tableau déplorable de la basilique pendant la révolution, occupent une place assez étendue. Pour mieux faire connaître ce que nous racontons, nous avons appelé la gravure à notre aide. Une vignette représentant Henri IV, au moment où il vient d’être enlevé du caveau royal, et la vue de ce tumulus de gazon qui recouvrit les ossemens de tous les Rois de France expliquent et complètent notre narration.

C’est aussi dans le dessein de donner plus de clarté aux descriptions, que nous offrons au lecteur, outre la vue du portail de Saint-Denis, celles du tombeau de Dagobert, fondateur de l’église et du caveau royal où sont renfermés les cercueils des Bourbons, ainsi que le plan de ce caveau. En décrivant et en énumérant les monumens élevés à la mémoire de nos Rois, et rétablis dans l’église souterraine et dans ‘l’église supérieure, nous avons donné une courte notice sur le monarque que chacun des tombeaux renfermait. Ces détails seront agréables à l’étranger et au citoyen qui visitera les sombres voûtes de Saint-Denis. Les tombeaux d’un Charlemagne, d’un Charles V, d’un Louis IX et d’un Louis XII, excitent des sentimens particuliers d’admiration et de respect. Le cœur reste muet en présence du mausolée élevé par Catherine de Médicis.

Enfin, nous avons cherché, dans le cadre un peu resserré que nous nous sommes imposé, à rendre notre ouvrage aussi complet qu’il était nécessaire. Nous faisons des vœux, dans l’intérêt du bonheur.

Cérémonies usitées dès l’origine de la Monarchie à l’avènement d’un nouveau Roi. - Le Roi est mort. Vive le Roi! - Chambre de deuil- Première exposition à visage découvert. - Embaumement. - Chapelle ardente. - Exposition de l’effigie. - Funérailles de Charlemagne. -- Description de l’effigie. - Repas servi à la pourtroicture du Roi mort. - Cérémonie de l'eau bénite._-- François II jette l'eau bénite sur le cercueil de son ère, le Roi Henri II. - Translation d'un Roi à Saint-Denis- Ordre de la marche. - Funérailles de Louis XIII à Saint-Denis. - Cérémonies observées pour l’inhumation de ce Monarque. - Obsèques de Louis XVIII. - Cérémonies observées à Paris. -Exposition sur son lit. - Embaumement. - Exposition dans la chapelle ardente. -Le Roi vient jeter l’eau bénite. - Translation du corps de Louis XVIII à Saint-Denis. -- Chapelle ardente à Saint-Denis. -Nouvelle exposition. - Funérailles.

«La religion chrétienne, dit l’immortel auteur du Génie du Christianisme, n’envisageait dans l’homme que ses fins divines, a multiplié les honneurs autour du tombeau; elle a varié les pompes funèbres selon le rang et les destinées de la victime. Par ce moyen, elle a rendu plus douce à chacun cette dure, mais salutaire pensée de la mort, dont elle s’est plu à nourrir notre âme. »

Les regrets et plus souvent encore la reconnaissance des peuples augmentèrent l’éclat des cérémonies religieuses, par la splendeur des pompes extérieures.  Le tableau qui va suivre des cérémonies usitées depuis les siècles reculés de notre vieille monarchie, donnera une idée de la magnificence avec laquelle les funérailles des Rois de France ont toujours été célébrées. Parmi les usages qui étaient observés, beaucoup sont tombés en désuétude; ceux qui ont été conservés paraissent encore à quelques personnes plus bizarres qu’imposans ; cependant aux uns comme aux autres se rattachent ou de grands souvenirs ou des leçons utiles. N’est-ce pas ennoblir le tombeau que d’y poser un casque et une épée ; n’est-ce pas donner un grand et saint avertissement que de dire au Roi qui va régner : Viens prendre la couronne sur le cercueil du Roi qui n'est plus ?

Aussitôt qu’un Roi de France avait rendu le dernier soupir, le chancelier était appelé et dressait l’acte de décès. Cette formalité remplie, un des grands officiers de la couronne (le premier maître-d’hôtel ou le premier chambellan) venait au balcon royal et y criait trois fois le Roi est mort,  puis après avoir brisé une baguette d’osier, il criait trois fois ainsi qu’il avait déjà crié : Vive le Roi. Alors les hérauts d’armes montaient à cheval et parcouraient les rues et les carrefours de la ville, répétant au peuple ces mêmes cris, expression tout à la fois de douleur et de joie : Le Roi est mort : Vive le Roi !

Pendant qu’ils accomplissaient le devoir de leur charge, le grand-maître de France, selon les droits de son office, prenait, dans le château, la direction des préparatifs du deuil et des funérailles; c’était à lui qu’était remise la garde du Roi défunt : il faisait entrer immédiatement  dans la chambre du monarque expiré , quarante-huit religieux des quatre ordres mendians (carmes, augustins, jacobins et cordeliers), afin de commencer sur-le-champ des prières, qui ne devaient finir qu’après l’inhumation; en outre deux évêques, quatre abbés, quatre aumoniers restaient auprès du corps, d’un côté du lit; et de l’autre côté , deux chevaliers de l’ordre, huit gentilshommes de la chambre, quatre gentilshommes servants et deux valets de chambre. Ce cortège funèbre, renouvelé de deux heures en deux heures, ne devait abandonner le Roi qu’après son entrée au tombeau.

Le jour du décès, le corps du roi restait sur le lit mortuaire, le visage découvert, exposé aux regards de la multitude. Le lendemain, les médecins et les chirurgiens procédaient à l'ouverture et à l’embaumement du cadavre, qui devait être ensuite enseveli par les chambellans et gentilshommes de la chambre. On le plaçait dans un cercueil de plomb couvert en bois dur et odorant, mastiqué ami jointures. Les entrailles étaient mises dans un vaisseau de plomb, soudé d’étain en forme de coffret carré. Le cercueil était ensuite porté par les archers du roi, (gardes-du-corps), et placé par eux sur une estrade élevée et suivant une vieille chronique, «ayant  soubastement de drap d’or, et dessus n ledit cercueil une grande couverture de drap d’or et de brocard, traînant en terre sur lesdits soubastemens.» On établissait autour du cercueil une chapelle ardente où, vis-à-vis le sarcophage, devant un autel, des prêtres devaient rester continuellement en prières.

Éginhard rapporte que Charlemagne fut enseveli avec tous les attributs de la puissance royale. On le plaça dans une chaise dorée  la couronne sur la tête et revêtu des ornemens impériaux. Il tenait dans ses mains le livre des évangiles écrit en lettres d’or ; sa fameuse épée (Joyeuse) était ceinte autour de son corps ; son sceptre et son écu qui avaient été consacrés par le pape Léon III étaient posés devant lui. Ces funérailles de Charlemagne donnèrent  sans doute, naissance à la coutume fut usitée plus tard de placer, pendant tout le temps des obsèques, sur le cercueil qui renfermait le cadavre royal, une effigie du roi revêtue de tous ses ornemens.

Voici comment Monstrelet raconte ce qui eut lieu aux funérailles de Charles VI, où cet usage fut mis en pratique.

« Le corps estait sus une litière moult notablement ornée, par-dessus laquelle avait ung pavillon de drap d’or  à ung champ vermeil d’azur, semé de  fleurs de lys d’or. Par-dessus le corps avait une pourtraicture faite à la semblance du Roi, portant couronne d’or et des pierres précieuses moult riches, en tenant en ses mains deux escus, l’un d’or, l’autre d’argent, et avait en ses mains gants blancs et anneaux moult bien garnis de pierres précieuses, et estait icelle figure vestue d’ung drap d’or à ung champ vermeil, à justes  manches et un mantel pareil fourré d’hermine, et si avait une chausse noire et un soulier veluel d’azur semé de fleurs de lys d’or. »

Lorsque cet usage s’établit en France, l’artiste, chargé de monter l’effigie en cire commençait son travail avant l’embaumement, afin que la ressemblance fût plus parfaite. La figure terminée, on la transportait dans une salle tendue en noir et décorée de riches étoffes d’argent ; et là, elle était exposée sur un lit de parade, garni d’une couverture de drap d’or frisé, entourée d’une bordure d’herminie mouchetée, large de deux pieds. La figure de cire qui représentait le Roi défunt était revêtue d’une chemise de toile de Hollande brodée avec de la soie noire au collet et aux manches. Par-dessus était une camisole de satin rouge ou cramoisi doublé de taffetas de la même couleur, et dépassée par une bordure en or ; mais on ne pouvait voir qu’une partie de cette camisole depuis les manches jusqu’au coude et quatre doigts environ au-dessus des jambes, parce qu’une tunique la recouvrait. Cette tunique, de satin bleu de ciel, semée de fleurs de lys d’or, avait une large broderie d’argent ; les manches étaient crevées au coude. Le manteau royal, grand et riche vêtement en velours violet semé de fleurs de lys d’or, couvrait l’effigie, parée, comme il vient d’être dit et ayant au cou les ordres nationaux et tous les ordres étrangers que le Roi avait acceptés pendant sa vie. La tête était couverte d’un bonnet de velours cramoisi, relevé par un diadème enrichi de pierreries. Les mains étaient croisées sur la poitrine. Aux deux côtés du chevet, on voyait deux oreillers de velours rouge,  brodés en or, sur lesquels étaient placés, à droite, un sceptre, et à gauche, une main de justice. Au-dessus du chevet, sur une chaise et sur un carreau, couverts de drap d'or, se déposaient tous les autres ornemens royaux, un évangile ouvert, une épée et un globe.

Pendant quarante jours l’effigie du Roi restait exposée sur le lit de parade : on continuait de le servir aux heures du repas comme s’il eût été encore vivant. «Etant la table dressée par les officiers de fourrière, le service apporté par les gentilshommes servans, a panetier, échanson, et écuyer tranchant.[1] L'huissier marchant devant eux, suivi par les officiers du retrait du gobelet, qui couvrent la table n avec les révérences et essais que l’on a accoutumé de faire ; puis après le pain défait et préparé, la viande et service conduits par un huissier , maître d’hôtel , panetier, pages de la chambre , écuyer de cuisine et garde vaisselle , la serviette Pour essuyer les mains présentée par ledit maître d’hôtel au seigneur le plus considérable qui se trouve là présent , pour qu’il la présente audit Seigneur-Roi ; la table bénite par un cardinal ou autre prélat; les bassins à eau à laver, présentés au fauteuil dudit Seigneur Roi, comme s’il était encore vivant et assis dedans; les trois services de ladite table continués avec les mêmes formes, cérémonies et essais , sans oublier la présentation de la coupe aux momens où ledit Seigneur-Roi avait accoutumé de boire en son vivant ; la fin du repas continuée par lui présenter à laver, et les grâces dites en la manière accoutumée, si non qu’on y ajoute le de Profundis. »

Pendant tout le temps de cette funèbre exposition, le peuple était admis à jeter l’eau bénite sur le cercueil, à la garde duquel deux hérauts-d’armes veillaient nuit et jour. Les préparatifs et toutes les cérémonies qui viennent d’être décrites, devaient être déjà exécutés lorsque le nouveau Roi venait rendre les derniers devoirs à son prédécesseur. François de Signac, seigneur de Laborde, roi d’armes de Dauphiné, nous a fait connaître ce qui fut observé aux obsèques du Roi Henri Il, en l'an 1559, lorsque le Roi François H vint jeter l’eau bénite sur le cercueil paternel.

«Le Roi étant parti de Saint-Germain-en-Laye le samedi précédent, et arrivé à Paris en l’hôtel de Guise, vint le dimanche en la maison de Lignery, près le parc des Tournelles, afin de prendre son grand manteau de deuil de couleur violet, qu’on lui avait préparé; pareillement les Princes portaient le grand deuil avec lui, et ceux portaient les queues de son manteau funèbre, et plusieurs autres Princes et Chevaliers de l’ordre de sa suite. S. M. s’étant revêtue de son manteau le chaperon en forme, semblablement les Princes du grand deuil étant vêtus de leurs grands manteaux et chaperons en forme, partit sadite Majesté de ladite maison, passant avec ceux l’accompagnaient au travers du parc des Tournelles, pour aller en la salle funèbre. Le Roi arrivant près de la grande porte, monseigneur le connétable, grand-maître de France, chef de convoi, accompagné d’aucuns Princes et Chevaliers de l’ordre, qui avaient toujours été auprès du corps du feu Roi, se trouva sous le portique pour recevoir S. M. et le conduire vers le corps du feu Roi. Il fit trois grandes révérences et se mit à genoux sur un carreau de drap violet qui lui fut présenté par M. le maréchal de Saint-André, comme premier gentilhomme de la chambre du feu Roi. Aussitôt le Roi se releva, et, conduit près du corps, il reçut l’asperges de la main de l’évêque de Meaux, Louis de Brezay, grand-aumonier dudit défunt Roi, et donna de l’eau bénite dessus le corps du feu Roi son père. Le Roi se mit de nouveau à genoux, sur un siège préparé, tous les princes derrière lui, fit son oraison durant laquelle les ducs d’Orléans et  d’Angoulême se levant, le roi d’armes de Dauphiné leur présenta l’asperges, et ils jetèrent de l’eau bénite sur "le corps du Roi leur père. Le Roi ayant terminé son oraison, il s’approcha du corps et jeta de nouveau de l’eau bénite : les assistans imitèrent l’exemple du Roi, excepté ceux portaient les queues du manteau du Roi »

Après la cérémonie de donner l’eau bénite, le cercueil du défunt était porté à Saint-Denis dans l’ordre suivant : Marchaient premièrement les capitaines, archers et arbalétriers de la ville de Paris, en deuil, portant des torches aux armoiries de ladite ville. Ensuite les minimes, cordeliers, jacobins, carmes et augustins, les vicaires et chapelains des paroisses avec leurs croix. Les vingt-quatre crieurs de la ville, ayant écusson aux armes du défunt, devant et derrière, sonnant leurs clochettes, et criant : Priez Dieu pour l’âme du Roi.

Messieurs de l’Université tous gradués, tant ès-arts, médecine, droit, théologie que autres facultés. Les étudians gradués de l’Université.

Les vingt-quatre porteurs de sel de la ville, qu’on appellait hannouars[2]

Venait ensuite le chariot d’armes, couvert d’un grand drap-poêle de velours noir, orné d’une croix de satin blanc de seize écussons de France ; ce chariot était mené par six coursiers couverts de velours noir jusqu’en terre, croisé de satin blanc, guidés par deux charretiers habillés de velours noir, la tête nue et le chaperon rabattu. Étaient autour dudit chariot d’armes les armuriers et sommeliers d’armes du Roi défunt.

Seize gentilshommes de la chambre portant la litière (ou lit de parade) sur laquelle était couchée l’effigie du Roi, en cire, et parée comme il est dit plus haut. Le cercueil qui renfermait ‘le corps était ordinairement sous le lit de parade et quelquefois dans le chariot d’armes.

Quatre présidens à mortier, vêtus de leurs habits royaux, portaient les quatre coins du drap mortuaire d’or du lit de parade, et tous les messieurs du parlement, vêtus d’écarlate, étaient à l’entour. Le dais était porté par le prévôt des marchands et par les échevins. Messieurs les ambassadeurs, à cheval, habillés en deuil, chaperon sur l’épaule, chacun d’eux conduit par un archevêque ou par un évêque aussi à cheval.

Devant le grand écuyer marchait le cheval d’honneur, avec une selle de velours violet, des étriers dorés, et un caparaçon du même velours semé de fleurs de lys d’or; deux écuyers à pied a vêtus de noir, tête nue, le menaient en main, et quatre valets de pied, aussi vêtus de noir et tête nue, soutenaient les quatre coins de son caparaçon. Pour terminer cette description et faire connaître les cérémonies qui avaient lieu à Saint-Denis, nous rapporterons ce qui fut observé aux funérailles de Louis XIII, qui mourut à Saint-Germain-en-Laye.

Voici comment se fit l’inhumation du corps de Louis XIII dans le caveau royal.

Lorsque la messe fut célébrée, le maître des cérémonies alla Prendre le premier président et les présidens de Novion, de Mesmes et de Bailleul pour tenir les quatre coins du drap mortuaire. Vingt-cinq gardes de la compagnie écossaise, commandés par un lieutenant et un exempt, ayant porté le corps dans le caveau, le roi d’armes s’approcha de l’ouverture, y jeta son chaperon et sa cotte-d’armes, et ensuite cria à haute voix : «Hérauts d'armes de France, venez faire vos offices.» Chacun d’eux ayant aussi jeté son chaperon et sa cotte-d’armes dans le caveau, le roi d’armes ordonna au héraut du titre d’Orléans d’y descendre pour ranger sur le cercueil toutes les pièces d’honneur qu’on allait apporter, et qu’il appela dans l’ordre suivant.

« M. de Bouillon, apportez l’enseigne des cent suisses de la garde dont vous avez la charge.

« M. de Bazoche, lieutenant des gardes du Roi, en l’absence de M. le comte de Charoste, apportez l’enseigne des cent archers de la garde dont il a la charge.

«  M. de Rebais, en l’absence de M. de Villequier, apportez lenseigne des cent archers de la garde dont il a la charge.

« M. d’Ivoy, en l’absence de M. le comte de Tresmes, apportez l’enseigne des cent archers de la garde dont il a la charge.

« M. Ceton, en l’absence de M. de Champdenier, apportez l’enseigne des cent archers de la garde écossaise dont il a la charge.

« M. l’écuyer de la Boulidière, apportez les éperons.

« M. Pécuyer de Poitrincour, apportez les gantelets.

« M. l’écuyer de Vautelet, apportez l’écu du Roi.

« M. l’écuyer de Belle-Ville, apportez la cotte-d'armes.

« M. le premier écuyer, apportez le heaume timbré à la royale.

« M. de Beaumont, premier tranchant, apportez le pennon du Roi.

« M. le grand-écuyer, apportez l’épée royale.

« M. le grand et premier chambellan, apportez la bannière de F rance.

« M. le grand-maître et chef du convoi, venez faire votre office.

« M. le duc de Luynes, apportez la main de justice.

« M. le duc de Ventadour, apportez le sceptre royal.

« M. le duc d’Uzès, apportez la couronne royale.

Ces trois ducs apportèrent la main de justice, le sceptre et la couronne sur des oreillers de velours noir ; le roi d’armes les reçut sur un grand morceau de taffetas; le héraut d’armes d’Orléans les mit sur le cercueil avec les autres pièces d'honneur ci-dessus spécifiées, excepté l‘épée royale, que le grand-écuyer tint toujours par la poignée, n’en mettant que la pointe dans le caveau; le grand-chambellan n’y mit aussi que le bout de la bannière de France.

Les maîtres-d’hôtel nommés, ayant jeté dans le caveau leurs bâtons couverts de crêpes, le grand-maître de la maison du Roi y mit le bout du sien et dit à voix basse : Le Roi est mort. Le roi d’armes, se tournant vers le peuple, répéta à haute voix : Le Roi est mort, le Roi est mort, le Roi est mort; prions tous pour le repos de son âme. Il se fit un moment de silence ; alors, le grand-maître, élevant la voix, dit : VIVE LE ROI ! VIVE LE ROI ! VIVE LE ROI ! Louis XIVe du nom, Roi de France et de Navarre.

Alors le grand-chambellan releva la bannière de France.

Le grand-écuyer, l’épée royale.
Le grand-maître, son bâton.

 Et toute l’église retentit du son des trompettes, des timbales, des fifres et des hautbois. Immédiatement après cette dernière cérémonie, le grand-maître, accompagné des prélats, se retirait dans la salle du festin. Le grand-aumônier bénissait les tables du parlement et du grand-maître, et faisait la prière avant et après le repas. Après les grâces et le laudate, le grand-maître faisait appeler tous les officiers de la maison du roi, et cassait, en présence du parlement, son bâton pour montrer que les fonctions de sa charge étaient finies par la mort et l’inhumation du Roi. Ensuite il reprenait un autre bâton, faisait crier Vive le Roi par un héraut-d’armes, et s’adressant aux officiers de la maison du roi, leur promettait ses bons offices auprès de leur nouveau maître, pour les faire rétablir dans leurs charges et fonctions.

Nous venons de décrire les usages et cérémonies étaient observées aux funérailles des Rois de notre ancienne monarchie. Nous allons maintenant jeter un coup-d’œil rapide sur ce qui a été fait à l’occasion de la mort de S. M. Louis XVIII, de ce prince si justement admiré et regretté, de ce prince de paternelle et pacifique mémoire que la reconnaissance, les pleurs, les regrets de la France et de l’Europe accompagnèrent au tombeau. Le Roi étant décédé le 16 septembre, à quatre heures, est resté sur son lit de mort pendant cette journée. Depuis dix du matin jusqu’à six du soir, le peuple a été admis dans la chambre funèbre. L’acte de décès a été dressé par M. le chancelier de France, remplissant, aux termes de l’ordonnance du Roi du 23 mars 1816, les fonctions d’officier de l’état civil de la maison royale. Les témoins désignés par S. M. Charles X étaient M. le duc d’Uzès, pair de France, et M. le maréchal Moncey, duc de Conégliano.

Dans la nuit du 17, les médecins procédèrent à l’embaumement du corps du Roi défunt ; il fut enseveli et mis ensuite dans un cercueil d’acajou recouvert en plomb. M. le prince de Talleyrand, grand-chambellan de France, tenait le linceul du côté de la tête, et M. le duc d’Aumont, premier gentilhomme de la chambre du Roi, le tenait du côté des pieds.[3]

Le corps de S. M. Louis XVIII a été ensuite placé dans la salle du Trône du château des Tuileries, où le public a été admis. L’avant-corps du pavillon de l’Horloge était orné de tentures noires ainsi que la façade de ce pavillon. Sur ces tentures  étaient des lés de velours chargés d’écussons aux armes de France et de Navarre. Le vestibule, l’escalier, la salle des Maréchaux, le salon bleu et le salon de la Paix étaient également tendus. Le lit d’honneur était établi à la place du trône sur une estrade de six degrés, décorés et ornés d’armoiries brodées, de chiffres, etc.

Le poêle de la couronne qui couvrait le lit était en étoffe d’or parsemée de fleurs de lis brodées en or. Au-dessus du lit, était un dais plafonné en étoffes d’or et d’argent, décoré d’écussons chiffrés et armoriés. En avant du lit, une crédence sur laquelle était placée la croix. Une autre petite crédence pour le bénitier et son goupillon. Deux autels. La salle du conseil entièrement tendue en noir avec armoiries et écussons. Sur le poêle de drap d’or et de la couronne étaient les insignes ainsi qu’il suit.

La couronne à l’endroit de la tête.

Le sceptre au milieu du corps.

La main de justice sur les pieds.

Sur une crédence, en avant du lit d’honneur, le manteau royal, au collet duquel étaient attachés le collier de l’ordre du Saint-Esprit, la plaque et le cordon de l’ordre de Saint-Louis, la plaque et le cordon de l’ordre de la légion d’honneur, la plaque et le cordon de l’ordre de Saint-Lazare. Aux quatre coins du lit d’honneur, se tenaient des hérauts-d’armes ; deux massiers étaient au pied du lit. A la gauche du lit d’honneur, MM. les grands-officiers de la couronne, le capitaine des gardes de S. M., plusieurs grands-dignitaires occupaient des banquettes. A droite, étaient MM. les aumôniers du Roi et plusieurs membres du clergé récitant des prières.

MM. les gardes-du-corps faisaient le service auprès du feu Roi.

Dès le 17 septembre, et jusqu’au jour de la translation de  la dépouille mortelle à Saint-Denis, le public fut admis à jeter de l’eau bénite sur le corps de S. M. ; et le même devoir_ fut successivement rempli par MM. Les ambassadeurs et ministres étrangers, le clergé de la capitale, les  cours et tribunaux, le corps municipal, les détachemens des différens corps militaires, la garde nationale, les corporations des forts des halles et des charbonniers, etc.

Le dimanche, 19 septembre, à deux heures et demie, le Roi, LL. AA. RR,  monseigneur le Dauphin, madame la Dauphine et madame duchesse de Berri, vinrent de Saint-Cloud aux Tuileries dans une voiture drapée de violet. S. M. fut reçue au bas de l’escalier du Pavillon de l’Horloge par LL. AA. SS. , monseigneur le duc d’Orléans, monseigneur le duc de Bourbon, les grands-dignitaires, les maréchaux de France et les grands-officiers de sa maison. Le Roi étant entré dans la salle du Trône, se mit à genoux, ainsi que LL. AA. RR. et SS. et tous les assistans, au pied de son auguste prédécesseur. S. M., après le miserere, jeta l’eau bénite sur le cercueil. Cet exemple fut suivi par LL. AA. RE. et SS. et toutes les personnes présentes, ainsi que par le corps diplomatique qui avait été invité à cette cérémonie.

Le Roi retourna immédiatement après à Saint-Cloud. Enfin le vendredi 24 septembre fut effectuée la translation du corps de Sa Majesté Louis XVIII à l’église royale de Saint-Denis. Monseigneur le Dauphin étant arrivé aux Tuileries à neuf heures trois-quarts, la levée du corps se fit immédiatement. A onze heures, cent un coups de canon, tirés à l’hôtel royal des Invalides, annoncèrent le départ du cortège. Le bourdon de Notre-Dame se fit entendre et toutes les cloches des églises de Paris répondirent à ce lugubre signal[4].

Les états-majors de tous les corps militaires ouvraient la marche. Venaient ensuite les voitures de deuil, drapées de noir bordé d’effilés blancs, portant sur le siège et à la portière l’écusson des armes de France ; elles étaient attelées de huit chevaux entièrement couverts de housses noires semées de larmes d’or et d’argent. Quatre cents pauvres, pour la plupart en cheveux blancs, les entouraient, vêtus d’une capote grise et tenant un cierge à la main. La voiture la plus apparente et la dernière de celles qui précédaient le char, était celle où se trouvait monseigneur le Dauphin avec les Princes du sang royal. Elle se distinguait par les panaches noirs placés sur la tête des chevaux, par le nombre des gens de service qui l’environnaient, mais surtout par ce précieux et magnifique écusson écartelé de fleurs de lis et de dauphins, qu’on n’avait pas vu en France depuis si long-temps.

Venait ensuite le char funèbre décoré avec la plus grande magnificence.

Ce char monté sur quatre belles roues à balustres, enrichies de rosaces en or sur fond noir, se faisait distinguer par la beauté de sa forme, ainsi que par le choix, le fini et le luxe de ses ornemens. Sur la partie inférieure on avait adapté de riches draperies en velours noir, semées de fleurs de lis, et chargées d’écussons et aux chiffres et aux armes du Roi défunt. Ces écussons étaient brodés en or et en argent. Quatre anges d'or entièrement en relief et tenant de grandes palmes, supportaient le dôme ou pavillon royal, entouré d’une riche galerie terminée aux angles par des panachés. Sur le sommet, on voyait la couronne de France supportée par quatre génies assis et tenant chacun un flambeau renversé. De belles consoles et des guirlandes de cyprès terminaient l’ensemble de ce royal appareil. Le cortège arriva à Saint - Denis à deux heures et demie. Le portail de la basilique était tendu de noir, et décoré des écussons de France et des chiffres du Roi. Au-dessus étaient deux génies, tenant l’un le flambeau de la vie renversé, l’autre une urne cinéraire. Dans l’intérieur, un spectacle plus imposant s’offrait à l’âme attristé. Des chants funèbres, une obscurité lugubre[5], la lumière vacillante des torches funéraires, les insignes de la royauté déployées sur le pavé du temple, les Princes prosternés au pied du tombeau qui renferme l’objet de leurs regrets, des regrets de la France entière, tel était le spectacle que présentait dans sa vaste enceinte l’antique basilique de Saint-Denis.

Le corps, présenté par M. le grand aumônier, fut reçu par M. le doyen du chapitre, assisté des chanoines et du clergé qui s’étaient avancés processionnellement vers la porte principale. Le cœur était porté par M. le grand-aumônier, et les entrailles par deux gardes-du-corps. Monseigneur le Dauphin était à la tête du deuil, et suivi de LL. AA. RR. Monseigneur le Duc d’Orléans et monseigneur le Duc de Bourbon; arrivés près du sarcophage, les Princes couverts de leurs longs manteaux de deuil se prosternèrent, et les vêpres des morts commencèrent. Au Magnificat, le corps fut retiré du sarcophage ainsi que l’urne qui contenait le cœur du Roi, et transporté par huit gardes-du-corps dans la chapelle Saint-Louis, disposée en chapelle ardente.  Monseigneur le Dauphin, suivi des Princes de la famille royale, des grands officiers de la couronne, des grands dignitaires, etc…, jeta de l’eau bénite sur le corps.

Après les cérémonies funèbres, les Princes retournèrent immédiatement à Saint-Cloud auprès du nouveau Roi. Aussitôt après le départ des Princes les portes furent ouvertes au peuple, la foule se dirigea en silence vers la chapelle ardente, par les passages obscurs qui y conduisaient. Le catafalque, éclairé par mille feux éblouissans, s'élevait recouvert d’un drap mortuaire étincelant d’or[6]. Douze drapeaux noirs placés par la garde nationale de Paris, servaient de trophées funèbres. Le sceptre, la couronne et ‘la main de justice, couverts d'un crêpe, reposaient sur le cercueil. A la tête et aux pieds du Roi défunt, se tenaient immobiles quatre hommes d'armes choisis parmi ses fidèles gardes-du-corps [7], chargés de veiller à la conservation de nos Rois , et dont tout le dévouement , hélas! ne peut les défendre de la maladie et de la mort. Des messes et des offices solennels étaient continuellement célébrés à deux autels [8], où venaient prier les prélats et les membres du chapitre royal. Tandis qu’à l’un des autels la maison du Prince en grand deuil assistait aux offices[9] , à l’autre autel les sujets de toutes les conditions lui rendaient leurs derniers hommages à ces prêtres qui se succédaient sans interruption, ces officiers du palais qui venaient ponctuellement faire leur service, ces gardes qui se relevaient d’heure en heure , ce peuple qui circulait en silence autour du catafalque, le bruit sourd des ouvriers qui travaillaient à la tenture de l’église, tout présentait un mouvement et une apparence de vie qu’ou n’a pas habitude de rencontrer auprès des tombeaux.

[1] Mémoires de l'état de France, t. 3, p. 374. [2]  Ces hommes, en vertu d'un ancien privilège, enlevaient le cercueil et l’effigie. Ils avaient porté le corps de Charles VI, de Charles VII, et portèrent celui de Henri IV. Velly rapporte, d'après Monstrelet, ce qui se passa à leur sujet aux funérailles de Charles VII. « Il ne se passa rien d’extraordinaire à cette cérémonie, sinon qu'entre la foire du lendit et la Chapelle, il survint une contestation entre les religieux de Saint-Denis et les hannouars, ou porteurs de sel. Ces derniers prétendaient que c'était aux religieux à porter le cercueil jusqu'à leur église, ou à leur payer la somme de dix livres. Sur leur refus, ils. abandonnèrent le corps, que quelques bourgeois de Saint-Denis se mettaient en devoir de transporter eux-mêmes, lorsque le n comte de Dunois, pour faire cesser cette dispute indécente , promit aux hannouars de les satisfaire. » [3] L’effigie du Roi n’a point, comme anciennement, été modelée en cire. [4] Pendant la translation, des batteries, placées sur plusieurs points de la route de Paris à Saint-Denis, faisaient des salves de deuil, c’est-à-dire un coup de canon par intervalle de cinq minutes. [5] La nef, le chœur et le sanctuaire de l'église royale de Saint-Denis étaient décorés de tentures noires, ornées d’armoiries peintes et brodées. A l’entrée du chœur s’élevaient deux colonnes d’ordre ionique, surmontées d’urnes argentées. Au milieu du chœur , entouré de stales drapées ; s’élevait un catafalque de forme antique , sur une estrade de six degrés, surmonté d’un obélisque de granit, recouvert d’un drap mortuaire , orné des armes du Roi, relevées en bosses d’ or et d’argent, du poêle royal, en drap d’or à crépines, de la couronne , et le tout enlacé d’un long crêpe. Sur les deux côtés de ce catafalque, on voyait des génies ailés tenant des flambeaux renversés, pleurant appuyés sur les armes de France. Au-dessus de ce monument funèbre, était suspendu, s’ la voûte, le pavillon royal. Aux quatre coins du catafalque, étaient quatre candélabres vert et or ; des lampes sépulcrales étaient suspendues dans la nef et dans le chœur. Le maître-autel, surmonté d'un dais, était surmonté de ses plus beaux omemens de deuil; à droite, près des marches, et sur la pierre qui devait se lever pour descendre le corps dans le caveau préparé, était tendu un velours noir, avec une croix en moiré blanc. La garde de cette pièce était confiée à deux gardes-du-corps. En avant du sarcophage étaient placés, sur des coussins, l’épée, le sceptre et la main de justice, recouverts d’un crêpe. Plus avant encore, on avait étendu et drapé le manteau royal, en velours violet, magnifiquement brodé et couvert de fleurs de lys. [6] Par suite d'un ancien usage, qui remonte au temps de Charlemagne, la ville d'Aix-la-Chapelle, quoique passée depuis long-temps sous une domination étrangère, a revendiqué l'honneur de placer dans son église le drap mortuaire du roi de France, aux ancêtres duquel elle se souvient encore avec orgueil d'avoir prêté jadis foi et hommage.[7] Il y a eu toujours de service un de messieurs les lieutenans et un de messieurs les sous-lieutenans des gardes-du-corps. Les postes ont été occupés par les gardes-du-corps-à-pied, la garde royale et le corps des pompiers de Saint-Denis. [8] Tous les jours on y disait des messes basses depuis six heures du matin jusqu’à midi. A dix heures on y célébrait une messe solennelle ; à deux heures on chantait les vêpres, et de cinq à six heures, les vigiles des morts avaient lieu. Dans tout le cours de la journée, messieurs les chanoines restaient en prières auprès du catafalque. Deux ecclésiastiques passaient la nuit auprès du corps, et les curés des villages environnans venaient dire des messes nocturnes. C’est monsieur l’abbé d'Espinassoux, l'un des chanoines du chapitre, qui dirigea tout le cérémonial : il y régna une dignité et une onction remarquables. [9] Il se trouvait tous les jours à Saint-Denis, pour assister aux grands offices de la journée, un de messieurs les premiers gentilshommes de la chambre, deux de messieurs les premiers chambellans maîtres de la garde-robe, plusieurs de messieurs les gentilshommes de la chambre et gentilshommes ordinaires, et une partie du service. Des ministres, des maréchaux de France, des généraux et officiers supérieurs, des personnes de la cour et des étrangers de distinction s'y rendaient aussi continuellement.

 

 

Gisants de la Nécropole Royale de Saint-Denis. Photos Rhonan de Bar. Gisants de la Nécropole Royale de Saint-Denis. Photos Rhonan de Bar.
Gisants de la Nécropole Royale de Saint-Denis. Photos Rhonan de Bar. Gisants de la Nécropole Royale de Saint-Denis. Photos Rhonan de Bar.
Gisants de la Nécropole Royale de Saint-Denis. Photos Rhonan de Bar. Gisants de la Nécropole Royale de Saint-Denis. Photos Rhonan de Bar.

Gisants de la Nécropole Royale de Saint-Denis. Photos Rhonan de Bar.

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LE BAPTÊME DE CLOVIS ET DE LA VOCATION DE LA FRANCE

Par F. LUNET, Chanoine.

D’APRÈS LE 12ième CHAPITRE DE L’APOCALYPSE.

CHAPITRE II : SOMMAIRE

Le baptême de Clovis rappelle celui du Sauveur. – 1° Les sept empires sataniques. – 2° Satan entraine dans l'hérésie arienne te tiers des évoques. –3° La pompe et les miracles qui l'environnent prouvent que l'on sacre le fondateur d'une illustre monarchie. 4° Satan vent le séduire et en faire le chef du septième empire qu'il va établir pour combattre l'Eglise. –5° Saint Michel protège le néophyte, repousse le tentateur, le chasse du ciel et le précipite sur fa terre. Saint Jean l'appelle le dragon, l'ancien serpent, le diable, Satan, le séducteur et l'accusateur. 6° Depuis la prédication de l'Evangile, sa puissance n'a cessé de diminuer elle est bien affaiblie au commencement du VIIème siècle, les idoles disparaissent, la foi s'étend dans les Gaules, il y a une vraie floraison de saints dans l'Occident, la grâce triomphe, les fidèles ont vaincu par te sang de l'Agneau. –7°Le pouvoir spirituel domine de jour en jour les institutions et les lois civiles se christianisent.–8° Michel invite les habitants des cieux à célébrer la victoire du Christ, et avertit la terre de la colère du dragon.

3. Et un autre prodige fut vu dans le ciel. Un grand dragon roux, ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses sept têtes, sept diadèmes.

4. Or sa queue entraînait la troisième partie des étoiles, et elle les jeta sur la terre et le dragon s'arrêta devant la femme qui allait enfanter, afin de décorer son fils aussitôt qu'elle serait délivrée.

I. Et un autre prodige fut vu dans le ciel. –Saint Jean a déjà vu un premier prodige, la femme revêtue du soleil il en voit un second, un dragon aux sept têtes. Au verset 9, il dit que ce dragon représente Satan : et ce grand dragon, l'ancien serpent, qui s'appelle le diable et Satan. L'emblème sous lequel on le montre indique ce qu'il est, ce qu'il veut faire, et ce qu'on lui permettra de faire. Le dragon est un lézard gigantesque qui a des ailes, des dents et des griffes puissantes. C'est un animal indomptable et cruel dont l'aspect seul glace d'effroi. Il symbolise très bien la rage et la haine du démon contre l'Eglise. Sa couleur rousse rappelle la jalousie, les ruses, les fourberies et la soif du sang qui dévore le monstre infernal. Malheur au présomptueux qui affronterait, sans le secours d'en haut, cette bête terrible malheur à l'imprudent qui se laisserait fasciner par la vivacité de son regard, et qui ne la fuirait pas de toutes ses forces !

Le dragon a des ailes, mais il vit dans les souterrains. C'est un animal terrestre, la vive image de l'ange déchu, qui cherche à entraîner l'homme dans sa chute et sa dégradation, à lui donner les sentiments, les instincts, les habitudes de la bête, à le faire vivre de la vie des bêtes.

La bête ignore l'existence de son créateur, ne lui rend aucun culte, ne le prie pas. Elle assouvit ses besoins, dévore sa proie, et dort tranquille.

Tel est l'idéal que poursuit le vieux serpent dans l'émancipation de l'homme. Il hait donc d'une manière implacable l'Eglise qui veut sanctifier l'homme, en faire un véritable Christ, le rendre parfait comme son Père céleste. II la persécute par les tyrans, la corrompt par les vices, la trouble et la divise par les schismes et la dévaste par les hérésies. Et voilà qu'il se dresse, avec sept têtes, devant la femme revêtue du soleil, prêt à dévorer l'enfant mâle qu'elle va baptiser. Avant de chercher la signification des sept têtes du dragon, nous énoncerons la conclusion qui découle des textes commentés dans cet article c'est qu'ils s'appliquent parfaitement à Clovis et à son époque, nouvelle preuve qu'il est l'enfant mâle. Afin d'abréger, plaçons-nous immédiatement dans cette hypothèse, et, peu à peu, elle paraîtra une réalité.

_ Et un autre prodige fut vu dans le ciel : un grand dragon roux, ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses sept têtes, sept diadèmes.

_L'Apocalypse[1] explique l'énigme des sept têtes couronnées du dragon Les sept têtes sont les sept montagnes ce sont aussi sept rois. Les empires ressemblent assez aux montagnes.

Comme elles, ils attirent les regards de loin leur orgueil s'élève jusqu'au ciel ils écrasent la terre du poids de leur puissance ils paraissent indestructibles, éternels. Mais ces colosses ont des pieds d'argile, un choc imprévu les brise ils s'affaissent et disparaissent comme une montagne qui s'effondre dans l'abime. Daniel[2] nous fait assister à leur formation : Voici que les quatre vents du ciel combattaient sur grande mer. Et quatre grandes bêtes, différentes entr’elles montaient de la mer… ces quatre grandes bêtes sont quatre royaumes qui s'élèveront de la ferre.

Les vents qui soulèvent ici les flots de la mer vers quatre directions différentes, et les amoncèlent comme des montagnes, figurent très bien les esprits qui poussent les multitudes vers un même but, leur inspirent le même désir, leur donnent le même esprit, la même tendance, les rangent sous le même étendard, et, en unissant leurs volontés, les rendent capables des plus grands efforts.

Les sept empires représentés par les sept têtes du dragon, lui sont intimement unis, font partie de son corps, vivent de la même vie, et lui obéissent, comme les membres obéissent à la tête. Ils ne font avec lui qu'une seule bête, tant ils sont dociles à ses inspirations ils n'agissent que pour lui, et lui donnent leur puissance; mais, à son tour, il leur donne la sienne : Et dedit illi draco virtutem suam et potestatem magnam[3].

Satan est le véritable chef de ces empires, princeps hujus mundi[4] ; plus que  cela, il est leur Dieu : Deus hujus soeculi[5]. C'est lui qui est leur véritable fondateur, car il a excité l'ambition des conquérants, et irrité leurs convoitises il a été leur conseiller, leur guide et leur soutien.

Aussi affirme-t il à Notre-Seigneur que ces royaumes lui appartiennent, et qu'il peut les donner à quiconque l'adore Il lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire, et lui dit : Je vous donnerai toutes ces choses, si, vous prosternant, vous m'adorez[6]. Il les a établis pour accroître sa domination sur l'homme déchu, satisfaire son orgueil, propager le culte idolâtrique, et surtout pour faire la guerre au peuple de Dieu, le chasser de la Terre Promise et empêcher le Christ de régner à Jérusalem[7]. Mais,  les passions détruisant ce que les passions ont élevé, le mensonge et l'erreur, l'injustice et la violence, l'ambition et l'orgueil ne pouvant rien fonder de durable, il a fallu les multiplier. Lorsque saint Jean écrivait, cinq de ces empires avaient déjà disparu le royaume d'Egypte, d'Assyrie, de Babylone, des Perses et des Grecs le sixième, l'empire romain, subsistait encore, et le septième, l'empire mahométan, ne devait commencer que cinq siècles plus tard Cinq sont tombés, un existe, et l’autre n’est pas encore venu[8].

Tous ces empires ont été sataniques ; ils ont eu la haine de Dieu et des hommes. Ils ont dominé le peuple juif, l'ont rendu tributaire et l'ont amené en captivité. L'empire romain, après avoir ruiné le temple et la ville de Jérusalem, et vendu comme esclaves tous les Israélites, tourna sa fureur contre les chrétiens, et, pendant trois cents ans, inonda la terre de leur sang. Mais le plus terrible de tous, celui qui fera le plus de mal à l'Eglise, c'est l'empire mahométan, sous le dernier de ses empereurs, l'Antéchrist. Ce monarque sera comme une incarnation de Satan, la tête la plus puissante et la plus cruelle de la bête. Il dominera la terre entière, et dix rois lui seront soumis ce sont les dix cornes de la septième tête[9].

Saint Jean voit et décrit ici cette septième tête, cinq siècles avant qu'elle surgisse, et il va en parler plus longuement dans les chapitres suivants, car il veut prémunir l'Eglise contre ses séductions. Qu'elle ne se scandalise donc point de l'étendue de sa puissance. Dieu tirera le bien du mal il s'en servira pour châtier les hommes coupables, maintenir son peuple dans le devoir, exercer sa patience, et l'empêcher de s'amollir au milieu des biens terrestres. C'est pour montrer que tout est soumis à sa providence, et que m l'homme ni l'enfer ne peuvent rien sans sa permission, qu'il a fait prédire, si longtemps à l'avance par ses prophètes, la succession des empires, leur caractère et leur durée.

Ils ne feront que ce qu'il leur a permis de faire, et leur orgueil ne dépassera pas les bornes qu'il leur a tracées. Au commencement du chapitre suivant, nous reparlerons des sept empires du dragon.

II. Or sa queue entrainait la troisième partie des étoiles, et elle, les jeta sur la terre.

Les étoiles désignent ici tous ceux qui brillent dans l'Eglise par leur science et leur autorité, ceux qui dirigent et instruisent les fidèles, les docteurs et les évêques.

Saint Jean lui-même donne cette interprétation au premier chapitre de l'Apocalypse. Les sept étoiles que tu as vues dans ma main, sont les sept anges, les sept évêques des sept églises[10].

Saint Paul[11] avertissait les fidèles de se revêtir de l'armure de Dieu, afin de pouvoir tenir contre les embûches du diable que ceux qui sont au premier rang se souviennent de cet avertissement, car ils seront les premiers attaqués. Le vieux serpent les enlacera dans les plis tortueux de ses sophismes, les séduira par ses flatteries et par l'appât des honneurs, des richesses et des plaisirs. Il les arrachera aux pures lumières de l'Evangile, et les précipitera dans les fausses lueurs de la raison et dans les ténèbres de l'erreur ils pataugeront dans le sensualisme, ils s'enfonceront dans la boue des passions.

Qu'ils sachent que le dragon aux sept têtes peut frapper à coups redoublés avec sa terrible queue, et abattre sur la terre le tiers des pasteurs et des églises, comme il l'a fait du temps d'Arius et de Luther, et comme il le renouvellera surtout du temps de l'Antéchrist[12] (1).

« Pro trahebat Groece est  συρει quod significant caudoe ictibus et voluminibus devolvere, indeque mittere in terram, ut casu elidantur et occidantur[13].

Il importe de remarquer que l'apôtre, dans la vision de Patmos, voit le grand dragon roux, non tel qu'il était au moment de la révélation, mais tel qu'il devait être dans la suite des âges.

A la fin du premier siècle, en effet, il n'avait pas encore fondé le septième empire, ni fait apostasier le tiers des pasteurs et des fidèles. Rome, alors, était maîtresse du monde entier ses empereurs étaient possédés de la haine des chrétiens. Satan pouvait bien croire que leur puissance triompherait de cette race détestée, et que bientôt il prévaudrait contre l'Eglise; il ne songe donc pas à susciter un nouveau royaume.

III. A la fin du cinquième siècle, les choses ont bien changé de face. L'empire romain s'est effondré dans la corruption et sous les coups des barbares, et l'Eglise est debout, pleine de jeunesse et de vigueur. Elle progresse de jour en jour elle civilise et sanctifie les hordes qui devaient la détruire. Elle est même en train de fonder une monarchie qui la protège contre tous ses ennemis, de sacrer un nouveau David qui la délivre des Philistins, de trouver une nouvelle tribu de Juda qui marche en tête des peuples chrétiens. Mille indices manifestent l'esprit qui l'anime. Les préoccupations du Pape et des évêques, l'émotion des églises des Gaules, les prières publiques qu'on adresse de tous côtés au ciel pour la conversion des Francs, leur victoire étonnante de Tolbiac, les miracles qui se multiplient autour d'eux, l'éclat des fêtes de Reims, le nombreux clergé qui y assiste, la pompe des cérémonies, les chants sacrés, la joie et l'espérance qui débordent de tous les coeurs, montrent clairement qu'il ne s'agit pas seulement de la régénération de quelques guerriers, mais qu'on baptise le peuple tant désiré, qu'on sacre le roi choisi d'en haut pour protéger les fidèles. On peut dire de Clovis ce que le Sauveur disait de lui-même : il y a ici plus que Salomon[14].

Qu'il y a loin, en effet, de l'intronisation du roi d'Israël au sacre du roi des Francs ? Sur l'ordre de David, le Grand-Prêtre Sadoc et le prophète Nathan conduisent Salomon à la fontaine de Gihon, hors de Jérusalem, pour l'oindre de l'huile bénite. Le souverain pontife est revêtu de l'éphod orné de pierreries qui représentent le soleil, la lune et les douze signes du zodiaque, ou les douze Patriarches. Au baptistère de Sainte-Marie de Reims, c'est plus beau et plus solennel il y a plus que des symboles ; il y a la réalité. Ce ne sont pas les brillantes et les riches broderies des habits pontificaux de saint Remi qu'on admire, c'est la lumière du soleil de justice qui le revêt ce sont ses promesses qu'on entend. C'est l'influence de la lune mystique, Marie, et des douze constellations apostoliques, qui se font sentir de tous côtés, qui attendrissent les coeurs et les remplissent d'une sainte allégresse. Le sacre du roi d'Israël n'est qu'une ombre de celui du roi des Francs. Il faut aller sur les rives du Jourdain, où Jean baptise, pour y retrouver les merveilles de Reims. Le Christ a voulu que le baptême du fils aîné de son Eglise, du roi très chrétien qui devait porter son sceptre de fer, rappela aux générations futures la gloire du sien. Rapprochez l'histoire des origines de notre monarchie du récit évangélique et vous serez étonné de cette harmonie.

Nôtre-Seigneur était nazaréen jamais le fer n'avait touché ses cheveux. A l'âge de trente ans, il inaugure son règne en recevant le baptême de Jean[15]. Clovis, le chevelu, est aussi âgé de trente ans, lorsqu'il est baptisé et sacré par Remi. Le saint Précurseur est un simple lévite, fils d'une femme stérile il n'administre qu'un baptême de pénitence. Le saint archevêque de Reims est aussi fils d'une mère stérile, il a reçu la plénitude du sacerdoce, il baptise dans l'eau et dans l'esprit.

Lorsque le Sauveur sortit du Jourdain, l'esprit de Dieu descendit sur lui, en forme d'une colombe, les cieux s'ouvrirent et on entendit une voix du ciel disant Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances[16].

De même, au baptême de Clovis, une grande lumière remplit l'édifice sacré, on entend une voix qui dit : La paix soit avec vous, c'est moi, ne craignez point ; persévérez dans mon amour, et une colombe apporte du ciel le saint chrême pour les saintes onctions.

Enfin le prince de ce monde tente Notre-Seigneur d'ambition veut lui donner tous les royaumes de la terre. Quand l'esprit mauvais s'est retiré, les anges s'approchent pour servir le bon maître. Nous allons voir, un peu plus bas, ces mêmes anges repousser le tentateur qui veut offrir à Clovis l'empire du monde.

Qui ne serait frappé de ces analogies entre les deux baptêmes ? Si le Christ fait de si grandes choses en faveur du chef des Francs, n'est-ce pas pour en faire un grand protecteur de son Eglise ? Satan ne s'y trompe pas. Il est clair pour lui que ce Prince est l'enfant mâle que doit enfanter la femme revêtue du soleil, qu'il recevra le sceptre de fer pour régir toutes les nations et qu'il fondera une puissante monarchie qui marchera en tête de la chrétienté il doit donc empêcher la formation de l'empire franc.

La chose sera facile, car tous les rois de l'Occident marchent sous ses étendards, ils sont ariens ou idolâtres[17].

D'ailleurs, si pendant les deux derniers siècles, il a pu dévaster le ciel de l'église, précipiter sur la terre ses étoiles les plus brillantes, entraîner dans les erreurs de Pélage, d'Arius, de Nestorius, d'Eutychès, etc…le tiers de ses docteurs et de ses évêques, ne pourra-t-il troubler la foi du néophyte royal et lui inspirer quelques sentiments d'ambition et de cupidité? son plan d'attaque est arrêté, le succès n'est pas douteux. Enorgueilli de ses anciens triomphes et de ses récentes victoires sur les chrétiens, il va se montrer dans tout l'éclat de sa puissance et de sa force, il étalera devant le jeune barbare les séductions et les pompes du monde, lui fera sentir l'enivrement des sens, et lui offrira le sceptre de la monarchie universelle qu'il va établir en son honneur, il aura de grands rois pour sujets ; il les verra se prosterner a ses pieds pour recevoir ses ordres, lui faire hommage de leur couronne et lui apporter les trésors de la terre. L'histoire des siècles passés n'a rien de comparable avec les splendeurs et la magnificence du futur royaume les six empires qui ont successivement régi les peuples, ne peuvent en donner une idée, malgré leur étendue, leurs richesses et leur gloire…

[1] XVII, 9. [2]  VII.2. [3]  XIII.2. [4] JEAN XVI, 11 [5] I.COR.IV, 4 [6] (4) MATH IV, 8 et 9. [7] Dieu dit à Abraham : « En toi seront bénies toutes les nations, et ta postérité possédera à jamais la terre de Chanaan. » (Genèse XIII, 7.) L'Homme-Dieu, qui doit écraser la tête du serpent, rétablira l'ordre ici-bas l'héritier universel, le Roi des rois, qui doit régir tous les peuples, dressera son trône dans la Terre Promise.Satan veut t'empêcher de régner il excite l'ambition des Pharaons et tes pousse à s'emparer de la Palestine, et à subjuguer toutes les nations. Pendant neuf ans, Sésostris parcourt en vainqueur l'Asie et l'Europe orientale, et remplit Thèbes, aux cent portes, des dépouilles des peuples vaincus. Les siècles s’accumulent, la puissance des rois du Midi faiblit le dragon cherche successivement à Ninive, à Babylone, à Persepolis, en Grèce, à Rome des ministres de sa haine. Les nouveaux dominateurs suivent docilement les inspirations sataniques, ils envahissent la Judée, voûtent conquérir la terre entière, et, déjà s'en disent les maîtres et tes dieux ils ne permettront pas que le fils de David relève le trône de son père, ni qu'il introduise un nouveau culte qui les priverait des honneurs divins qu'on leur rend e tout lieux.Telles sont les vues des rois païens des six premiers royaumes sataniques. Ceux du septième partagent leur haine contre le Christ, mais ils n'osent, en pleine lumière évangélique, s'attribuer la nature divine ni exiger qu'on leur dresse des autels.  [8] XVII ,10. [9] Saint Jean, XVII, 12, dit que tes dix cornes de la septième tète, font dix rois qui feront la guerre à t'Agneau. « Les dix cornes que tu as vues sont dix rois qui n'ont pas reçu leur royaume mais ils recevront la puissance comme mis pour une heure avec la bête. Ceux-ci ont un même dessein, et ils donneront leur force et leur puissance à la bête l’antéchrist. Ceux-ci combattront contre t'Agneau, mais l'Agneau les vaincra, parce qui) est Seigneur des seigneurs, et Roi des Rois et ceux qui sont avec lui sont appelés élus et fidèles. »Daniel, VII ,7. 19-25, voit aussi l’Antéchrist combattant avec les dix cornes contre les saints du Très-Haut. C'est la synagogue satanique qui vent détruire l'Eglise chrétienne. Ces dix cornes qui sortent de la tête du dragon, sont dix rois mahométans, qui veulent substituer, par les armes et la violence, l'Alcoran à l'Evangile. Nous parlerons un peu plus bas du plan diabolique. [10] I. 20. [11] Ephés. VI, 11 et suiv. [12] VIII, 7-12 IX 18.σσ [13] CORN.[14] MATTH. XII, 42. [15] Au commencement l'Esprit-Saint planait sur les eaux !a .terre sortit des flots et produisit des fleurs et des fruits. Nous devons tous renaitre de l'eau et de l’esprit avant de fructifier pour Je ciel. C'est une loi universelle. [16] MATTH. III, 16 et 17. [17] Théodoric, roi d'Italie, Gondebaud, roi des Burgondes. Alaric, qui possède les trois quarts des Gaules et de l'Espagne et Thrasomond, roi des Vandales en Afrique, sont ariens et la majeure partie des peuples allemands, qui n'ont pas encore passé le Rhin, sont idolâtres.

 

LE BAPTÊME DE CLOVIS ET LA VOCATION DE LA FRANCE. CHANOINE F.LUNET
LE BAPTÊME DE CLOVIS ET LA VOCATION DE LA FRANCE. CHANOINE F.LUNET

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LE BAPTÊME DE CLOVIS ET DE VOCATION DE LA FRANCE

Par F. LUNET, Chanoine.

D’APRÈS LE 12ième CHAPITRE DE L’APOCALYPSE.

ARTICLE TROISIÈME

CLOVIS REÇOIT LE SCEPTRE DE FER DU CHRIST

§ 1~. Pour protéger l'Eglise.

5. Elle enfanta un enfant mâle qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer. Le saint archevêque de Reims baptise et sacre l'enfant mâle car il doit être un roi puissant il gouvernera tous les peuples avec un sceptre de fer.

L'inflexibilité du fer est l'image de la loi. La loi doit être juste elle doit protéger les bons et faire trembler les méchants. Elle ne doit jamais favoriser le mal ni laisser le crime impuni. Le pouvoir doit être fort et tenace comme le fer. Sa patience doit user toutes les résistances il doit triompher de tous les obstacles et repousser toutes les agressions injustes. Il faut qu'il inspire une crainte salutaire.

Un sceptre d'or n'exprimerait pas aussi bien que le sceptre de fer les qualités d'un pouvoir tutélaire. Lorsque le fer est aimanté, il se tourne vers le pole, et dirige le nautonnier à travers la vaste étendue des mers. Il attire les particules de même métal, leur communique son aimantation, et ne forme qu'un seul tout avec elles. Où trouver une plus belle image du bon roi, qui doit attirer tous ses sujets à lui, vivre de la même vie, veiller sur leurs intérêts, travaillera à leur bonheur et les diriger sans cesse vers leur fin suprême? Le sceptre de fer est donc le symbole du bon gouvernement.

Le Psalmiste nous apprend que Dieu le Père donna à son Fils, au jour de sa naissance, le sceptre de fer. Il fait ainsi parler le Christ : Pour moi, j'ai été établi roi par lui, sur sur Sion, sa montagne sainte, annoncant ses préceptes. Le Seigneur m'a dit Vous êtes mon fils, c'est moi qui aujourd'hui vous ai engendré. Demandez-moi et je vous donnerai les nations en héritage, et en possession les extrémités de la terre. Vous les gouvernerez avec une verge de fer [1].

Pendant sa vie mortelle, le Sauveur a porté cette verge avec fidélité il n'a pas cherché sa gloire, il a toujours lait la volonté de son Père. Il était plein de miséricorde et de bonté pour les petits et les humbles, mais il était sans pitié pour les hypocrites et les superbes. Quand il descendra du ciel pour relever le trône de David et régner à jamais sur la maison de Jacob, il tuera l'Antéchrist du souffle de sa bouche et exterminera tous les impies. En attendant son retour, il a confié à Pierre, et à ses successeurs, le glaive spirituel pour gouverner son Eglise, et saint Jean nous dit ici que l'enfant mâle doit recevoir le glaive matériel pour la protéger.

Elle enfanta un enfant mâle qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer. Puisqu'il reçoit le sceptre pour conduire les peuples dans le chemin du salut, il connaîtra donc le Christ qui est l'unique voie qui mène au Père, et marchera à sa suite avec ses sujets le bon pasteur doit précéder son troupeau et lui indiquer la route.

L'enfant mâle ne sera donc pas hérétique car l'hérétique ne connaît pas le bon chemin, il n'y marche pas il pourrait faire dévier ceux qui le suivent et les entraîner dans l'erreur. Il ne sera pas un libre-penseur car le libre-penseur nie la divinité du Fils et du Père, méprise leur loi, proclame l'indépendance absolue de l'homme, et, comme l'âne du désert, il veut assouvir ses passions et ses instincts le libre-penseur peut corrompre les peuples, il ne saurait les guider dans le chemin de la vertu et de la sainteté. Il ne peut être non plus un libéral. Le roi libéral doit dissimuler sa foi dans la direction de l'état. Il ne s'occupe pas des vérités religieuses et de la fin suprême de ses sujets il ne prend soin que de leurs intérêts matériels. Il sera un prince modèle, digne de toute louange, s'il tient la balance égale entre la vérité et l'erreur, s'il décore avec le même empressement l'écrivain qui blasphème la divinité de Jésus-Christ et l'apôtre qui propage son culte, si aujourd'hui il place la première pierre d'une mosquée et demain celle d'une église catholique. Le sceptre de fer est trop lourd pour ses mains indifférentes et sceptiques; un roseau flexible, pliant au moindre souffle de l'opinion populaire, symbolise mieux son action. Le libéral ne peut porter le glaive du Christ, être son mandataire et faire progresser les fidèles dans la piété. Il ne peut qu'assister officiellement à leur démoralisation et à l'anéantissement de leur foi. L'enfant mâle sera tout autre il conduira son peuple dans le bon chemin il sera donc catholique. L'Evangile réglera sa vie privée et sa vie publique, et ses lois seront en parfaite harmonie avec celles de Dieu et de l'Eglise. Il recevra avec docilité les enseignements du Vicaire de Jésus-Christ, et unira ses efforts aux siens pour moraliser et sanctifier ses peuples. Soumis au pouvoir spirituel dans les choses religieuses, il sera indépendant dans les choses purement temporelles. Il ne sera ni un roi constitutionnel, qui règne et ne gouverne pas, ni un roi parlementaire, qui ne fait qu'exécuter la volonté de la majorité. Usera véritablement le chef de son peuple il fera les lois et les fera exécuter. Il aura égard à la faiblesse humaine, et n'exigera que ce qu'on peut raisonnablement lui demander. Diriger un peuple, ce n'est ni le pressurer ni l'opprimer c'est le conduire avec douceur et avec sagesse. C'est veiller sur lui comme sur un dépôt confié par la Providence c'est se préoccuper avant tout de ses intérêts, c'est chercher le Lien public. Le bon roi doit surtout se prémunir contre les abus du pouvoir, en créant des institutions qui le limitent et le contiennent, et qui ne lui laissent que la liberté du bien en lui ôtant la puissance de mal faire.

Tels sont les principaux devoirs qui incombent à l'enfant mâle, en sa qualité de chef d'une nation catholique et de vicaire civil du Christ, qui recturus erat omnes gentes virga ferrea. Clovis les a connus, et s'est appliqué à les remplir. Il a fondé une monarchie héréditaire, modérée et sincèrement catholique. Comme Pierre, il aimait tendrement le Sauveur, et ses bourreaux n'auraient pas eu beau jeu, s'il eût assisté à la Passion. Le premier, parmi les Francs, il confesse sa divinité, comme Pierre parmi les Apôtres Pierre reçoit les clefs du royaume du ciel pour gouverner l'Eglise, et lui le sceptre de fer, pour la protéger.

Les Papes héritent des clefs, et les rois de France du sceptre de fer, et ils continuent à travers les siècles à être les deux principaux ministres de la Providence pour sanctifier et civiliser les hommes. L'action de l'Eglise est manifeste pour tous et quoique celle de la France n'ait ni la même importance, ni le même éclat, toutefois on ne peut nier que cette nation n'ait constamment marché en tête des peuples chrétiens. L'histoire a reconnu sa mission et sa fidélité à la remplir, par le titre de Fille aînée de l'Eglise qu eue lui a toujours nonne, et par les deux adages qui lui sont familiers de Gesta Dei per Francos et de Regnum Galliae, regnum Mariae. Ces appellations ne sont qu'un écho des jugements de la Papauté, qui s'est plue, dans tous les âges, louer la piété et le dévouement de nos rois, et qui n'a cessé de faire appel à leur puissance pour défendre la chrétienté contre toutes sortes d'ennemis. Nous avons cité plus haut la lettre que le pape Anastase écrivit à Clovis après son baptême, et où il disait « Consolez l'Eglise, votre mère, glorieux et illustre fils soyez pour elle une colonne de fer. Nous louons Dieu, qui a tiré de la puissance des ténèbres un si grand prince, afin de pourvoir l’Eglise d'un défenseur, et l'a orné du conçue du salut pour combattre ses pernicieux adversaires.» « La France, dit Alexandre III, est un royaume béni de Dieu, dont l'exaltation est inséparable de celle du Saint-Siège. » – « Les triomphes de la France, ajoutait Innocent III, sont les triomphes du siège apostolique. » Cette bénédiction a porté ses fruits.

« Il a été donné aux Francs, dit Baronius, grâce refusée aux autres nations, de combattre avec plus d'ardeur pour la défense de l'Eglise que pour la garde de leurs propres frontières.

En récompense des services assidus qu'ils ont rendus à la religion, ils sont devenus dignes de cette bénédiction céleste que saint Remi, inspiré de l'Esprit Saint à la façon des anciens Patriarches, a consignée dans son testament, confirmé par la signature des évêques Saint Vaast, saint Médard, saint Loup, et autres mais aussi il appela la malédiction sur les rois francs qui oseraient violer ce qu'il leur prescrivait par ses dernières volontés. »

Ecoutez, ajoute Baronius, les trésors de bénédictions qu'il fait descendre sur les pieux rois de France «Si mon Seigneur Jésus-Christ daigne écouter la prière que je fais chaque jour pour la maison royale, afin qu'elle persévère dans la voie où j'ai dirigé Clovis pour l’accroissement de la sainte Eglise de Dieu, puissent les bénédictions que l'Esprit Saint a versées sur sa tête par ma main pécheresse s'accroître par ce même Esprit sur la tête de ses successeurs que de lui sortent des rois et des empereurs qui feront la volonté du Seigneur, pour l'accroissement de la sainte Eglise, et qui seront, par sa puissance, confirmés et fortifiés dans la justice ! Puissent-ils chaque jour augmenter leur royaume, le conserver, et mériter de régner éternellement avec le Seigneur dans la céleste Jérusalem»

Saint Vaast, en signant ce testament, ajoute « Je maudis celui que maudit Remi, mon père, et je bénis celui qu il bénit. » Ce que firent également les autres évoques et les prêtres qui signèrent[2].

Le cardinal Pitra, dans la préface de la Vie de saint Léger, cite une oraison du VIIIième siècle qui résume toutes nos traditions « Dieu éternel et tout-puissant, qui avez établi la France comme l'instrument de votre divine volonté dans l'univers, et pour être l'épée et le bouclier de l'Eglise, écoutez les supplications des fils des Francs. » Voila un commentaire très clair de notre texte.

Etienne III, dans la lettre qu'il adresse a Pépin, à Charlemagne, aux évêques, à toutes les armées et à tous les peuples de France, dit « Moi, Pierre, ordonné de Dieu pour éclairer le monde, je vous ai choisis pour mes fils adoptifs, afin de détendre contre leurs ennemis la cité de Rome, le peuple que Dieu m'a confié, et le lieu où je repose selon la chair. D'après la promesse reçue de Notre Seigneur et Rédempteur, je distingue le peuple des Francs entre toutes les nations. Prêtez aux Romains, prêtez à vos frères tout l'appui de vos forces, afin que moi, Pierre, je vous couvre de mon patronage dans ce monde et dans l'autre. »

Grégoire IX, dans sa lettre à saint Louis, répète les mêmes paroles. Après avoir rappelé que la France a été distinguée entre tous les peuples, par une prérogative d'honneur et de gloire, ajoute « Il est manifeste que ce royaume béni de Dieu a été choisi par notre Rédempteur pour être l'exécuteur spécial de ses divines volontés. Jésus-Christ le prit en sa possession, comme un carquois d'où il tire fréquemment des Mèches choisies qu'il lance, avec la force irrésistible de son bras, pour la protection de la liberté et de la foi de l’Eglise, le châtiment des impies et la défense de la justice »

Bossuet dit, dans le discours sur l'Unité de l'Eglise, que Dieu donna Clovis à la France et à tout l'Occident, pour défendre l'Eglise. « Saint Remi vit en esprit qu'en engendrant en Jésus-Christ les rois de France, il donnait à l'Eglise d'invincibles protecteurs. Ce grand saint, et ce nouveau Samuel [3] appelé pour sacrer les rois, sacra ceux-ci, comme il le dit lui-même, pour être les perpétuels défenseurs de l'Eglise et des pauvres. »

Pour justifier ces éloges, il faudrait parcourir l'histoire de France, règne par règne, et noter ce que chaque successeur de l'enfant mâle a fait dans les intérêts de la religion. Mais ce travail nous entraînerait trop loin contentons-nous de rappeler que Clovis, en écrasant les Visigoths ariens à Veuille, et Charles Martel, les Sarrasins dans les plaines de la Touraine, que Pépin et Charlemagne en réprimant l'audace des Lombards et en agrandissant les états du Pape, que saint Louis en marchant à la tête des Croisés, ont bien mérité de la chrétienté. C'est par ces faits et d'autres semblables que la France a acquis le beau titre de Fille ainée de l'Eglise, et le premier rang parmi les nations chrétiennes.

Donc l'histoire, la liturgie, les Papes redisent, chacun à sa manière, que Clovis a reçu le sceptre de fer pour protéger l'Eglise et les pauvres, et qu'il s'est acquis une grande gloire, ainsi que ses successeurs, en remplissant cette mission. Donc il est l'enfant mâle engendré par la femme revêtue du soleil.

§ 2ième. Clovis reçoit le sceptre de fer

pour régir les peuples.

Mais ce n'est pas seulement une primauté d'honneur que doit posséder l'enfant mâle. Saint Jean annonce qu'il régira réellement les peuples : elle enfanta un enfant mâle qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer. Clovis a encore réalisé cette partie de la prophétie.

Quand il fut élevé sur le pavois, après la mort de Childéric, son père, i! ne possédait qu'un petit territoire aux environs de Tournai, et il pouvait à peine mettre en ligne six mille hommes. Quelque temps après, il vainquit Syagrius et s'empara du Soissonnais mais ce ne fut qu'après son baptême qu'il conquit toute la Gaule. En possédant ce beau pays, le roi des Francs peut dire en toute vérité qu'il règne sur toutes les races humaines παυτα τα εθγη ; car les peuples qui s y sont déjà fixés ou qui y ont laissé quelques-unes de leurs familles, sont innombrables il y a des descendants de Sem, de Cham et de Japhet.

Parties des plaines de Sennaar, pour peupler le globe, selon l'ordre de Dieu, les tribus qui s'acheminèrent vers l'Occident, arrivèrent dans la suite des siècles jusqu'à l'extrémité de l'ancien continent, et durent s'arrêter dans les Gaules, sur les bords de l'océan Atlantique qu'elles ne pouvaient franchir. Les peuplades du nord de l'Afrique traversèrent le détroit de Gibraltar, l'Espagne et les Pyrénées les Phéniciens et les Phocéens nous arrivèrent par tous les ports de la Méditerranée les Alpes laissèrent passer les Romains, les Visigoths. Mais c'est du côté de l'Est qu'entrèrent les nombreuses tribus des Gals et des Celtes, des Aquitains et des Ligures, des Basques et des Ibères, des Kimris, des Armoriques, des Teuctosages, des Belges, des Allemands, des Huns, des Suèves, des Bourguignons, des Alains, des Vandales, des Germains et des Francs.

Le Prophète a donc pu dire que l'enfant mâle régirait toutes les races. Clovis qui est si fier de les dominer, qui les a soumises en si peu de temps et qui sait tous les dangers qu'il a courus à Veuille, a une pleine confiance en la promesse que lui fit le Sauveur, la veille de son baptême

Ne craignez rien, mon amour vous garde Nolite timere, manete in dilectione mea. Il s'empresse de faire graver sur sa monnaie la croix accompagnée de l'Alpha et de l'Oméga, symbolisant ainsi la royauté du Christ sur la France, fait déposer en même temps sa couronne sur le tombeau sacré de Pierre, en signe de dévouement, et pose la première pierre de l'église qu'il veut élever dans sa capitale, en l'honneur du Prince des Apôtres, pour cimenter l'union de Rome et de la France.

Il est bon de citer les réflexions que Baronius fait sur l'offrande de Clovis « Nous savons par l'Evangile que les dons des rois sont non seulement précieux, mais pleins de mystères. L'histoire prouve qu'il en fut ainsi de l'offrande que Clovis fit de sa couronne à la confession du Prince des Apôtres. Par cet hommage, Clovis consacrait son royaume à Dieu et lui assurait une perpétuelle durée. En déposant sa couronne sur la pierre et sur la Confession de Pierre, il établissait son royaume sur un solide fondement, comme l'a prouvé la longue suite des événements.

Tous les barbares qui ont envahi l'empire romain, Goths, Vandales, Suèves, Alains, Hérules, Huns, Lombards, ont été détruits la seule couronne de France, en sûreté sous la protection apostolique, est demeurée constamment stable, elle a crû de jour en jour, en territoire et en gloire, comme aussi sa gloire s'est obscurcie et elle a été jetée en des périls extrêmes, quand, ruinée par la perfidie hérétique, elle a été privée du rempart apostolique[4]. (1) »

On voit que les conclusions de l'histoire concordent avec les données de l'Apocalypse : Elle enfanta un enfant mâle qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer.

D'après ce qui précède, ces paroles s'appliquent assez bien à Clovis elles conviennent encore mieux à Charlemagne, qui subjuguait les Saxons, réprimait les Sarrasins, détruisait les hérésies, protégeait les Papes, attirait au christianisme les nations infidèles, rétablissait les sciences et la discipline ecclésiastique, assemblait de fameux conciles où sa profonde doctrine était admirée, et faisait ressentir non seulement à la France et à l'Italie, mais encore à l'Espagne, à l'Angleterre, à la Germanie et partout, les effets de sa piété et de sa justice. Enfin, ce grand protecteur de Rome et de l'Italie, ou, pour mieux dire, de toute l'Eglise et de toute la chrétienté, élu empereur par les Romains, sans qu'il y pensât, et couronné par le Pape Léon III, qui avait porté le peuple romain à ce choix, devint le fondateur du nouvel empire et de la grandeur temporelle du Saint-Siège[5]. On peut bien dire qu'il régissait toutes les nations, puisque ses états comprenaient, outre la Gaule, une partie de l'Espagne, les Pays-Bas, toute l'Allemagne, une partie de la Hongrie, et l'Italie jusqu'à Bénévent. II mit sa gloire à être le père de ses peuples, et il eut la joie d'en être aimé autant qu'il en était craint. Plus redoutable aux ennemis de la religion qu'à ceux de l'Etat, il fut toujours le fléau de l'hérésie et du vice, le protecteur le plus zélé, aussi bien que l'enfant le plus soumis et le bienfaiteur le plus libéral, de l'Eglise. Ses victoires furent pour elle des conquêtes, et le fruit le plus doux qu'il recueillit de tant de combats, ce fut d'étendre le royaume de Jésus-Christ à proportion qu'il étendait le sien. Il fit graver sur sa monnaie l'image de Pierre portant dans ses mains le sceptre royal, mit en tête de ses capitulaires la formule : Sous le règne de Notre Seigneur Jésus-Christ et recommanda, par testament, par dessus tout, à ses fils la défense de l'Eglise. S'ils se fussent souvenus des recommandations de leur père, leur puissance eût été égale ou supérieure à celle du grand empereur.

Si la France eût été toujours fidèle à Dieu, si elle avait toujours marché dans les sentiers de la justice et de la piété, son ascendant n'eût pas eu de bornes la promesse de saint Jean se fût réalisée à la lettre, elle aurait dominé les peuples et aurait répandu la vraie civilisation sur la terre avec la lumière évangélique.

Si son étoile a pâli, si sa gloire s'est éclipsée tant de fois, si elle a éprouvé tant de revers et de malheurs, ce sont ses crimes qui en sont la cause. Dieu la châtie sévèrement pour l'empêcher de se corrompre et la ramener dans la bonne voie. Il la traite comme il traita autrefois son peuple élu. II a introduit Israël dans une terre de froment où coule le lait et le miel, pour qu'il conserve parmi les nations la vérité religieuse et la promesse d'un Rédempteur. Tant qu'il observe la loi, il vit dans l'abondance et la paix. S'il l'oublie, s'il la méprise, s'il se tourne vers les idoles, le châtiment ne se fait pas attendre.

Dieu lâche la bride aux peuples voisins, qui le dominent, le pillent et le rançonnent jusqu'à ce qu'il reconnaisse sa faute et qu'il crie miséricorde. Et le Seigneur lui pardonne et suscite des hommes remplis de son esprit qui le ramènent au devoir et le délivrent de ses ennemis. Telle est la conduite de la Providence à notre égard. « Le châtiment des Français, dit de Maistre, sort des règles ordinaires, et la protection accordée à la France en sort aussi. Ces deux prodiges présentent un des plus étonnants spectacles que l'œil humain ait jamais contemplé.» A l'exemple de l'Eglise, la France se relève plus forte après ses malheurs, quand elle revient au Christ, son roi.

« Bien que sa fortune, dit Lebret, ait été souvent agitée par de furieuses tempêtes, suscitées soit par l'envie de ses voisins, soit par la malice de ses peuples, toutefois Dieu l'a toujours relevée au-dessus de l'orage ! Magna regni Gallorum forfuna semper in malis major resurrexit [6](1).»

Si Débora, dans son cantique, attribue au Seigneur sa victoire sur Sisara si Judith fait lever le siège de Béthulie et met en fuite la puissante armée des Assyriens, Jeanne d'Arc écrit au duc de Bourgogne « Que tous ceux qui guerroyent contre le saint royaume de France, guerroyent contre le roi Jésus », délivre Orléans, et conduit Charles VII, de victoire en victoire, jusqu'à Reims et l'y fait sacrer.

Nos rois, il est vrai, n'ont pas été toujours des modèles de vertu ils ont voulu s'affranchir de la tutelle du pouvoir spirituel, parfois ils ont soutenu les ennemis acharnés de l'Eglise, les Protestants et les Turcs. Mais les rois de Juda ont-ils été plus zélés pour l'observance de la loi ? n'ont-ils pas favorisé le culte des idoles, malgré les avertissements et les menaces des prophètes? Dieu dit à David : Si tes enfants gardent leurs voies, et qu'ils marchent devant moi dans la vérité, en tout leur coeur et toute leur âme, un homme ne te sera pas enlevé du trône d'Israël [7]. Les enfants de David n'ayant pas été fidèles, le Seigneur a brisé leur trône, a renversé leur ville et les a envoyés en captivité à Babylone. Le Christ a dit pareillement au fondateur de la monarchie française restez dans mon amour, et ne craignez rien et lui remit son sceptre de fer, pour régir toutes les nations. C'était une promesse conditionnelle, la condition n'ayant pas été bien remplie, ne nous étonnons pas que la puissance de nos rois ait subi tant d'éclipsés.

S'ils eussent répondu aux désirs du Sauveur, la gloire de la France eût été incomparable. Après douze siècles de défaillances et de fautes, elle est toujours la nation élue et elle peut encore dominer la terre, si son roi, Louis XIV, écoute les appels du Sacré-Coeur. Les derniers temps approchent; Satan, après mille ans de réclusion, va être lâché. Il attaquera la Fille aînée de l'Eglise avec une rage inouïe et une haine implacable, pour se venger des humiliations que lui a infligées saint Michel, à Reims, au baptême de Clovis. Le luxe de la cour et de la noblesse, la richesse des palais, la pompe des fêtes publiques, l'éclat de l'éloquence, de la poésie, des lettres et des sciences, les victoires de généraux illustres, et la pléiade des hommes de génie en tout genre qui entourent le trône et sont le plus bel ornement du grand siècle, ne la mettront pas à couvert des terribles assauts du dragon infernal.

Le Christ, qui aime les Francs, vient lui offrir son Sacré Coeur pour lui servir de lieu de refuge, et renouveler, avec Louis XIV, l'alliance qu'il fit au commencement avec le fondateur de la monarchie, il fait connaître ses volontés à ce roi qui porte le titre de Très chrétien et de Fils aine de l'Eglise, par l'intermédiaire d'une religieuse de Paray-le-Monial, Marguerite-Marie, comme autrefois il s'était servi de sainte Clotilde et de saint Remi. Le 17 juin 1689, elle écrivit une lettre qui devait être communiquée auro; où l'on lisait les paroles suivantes. « Fais savoir au fils aîné de mon Sacré-Coeur[8] que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte enfance, de même il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle, par la consécration qu'il fera de lui-même à mon Coeur adorable, qui veut triompher du sien, et, par son entremise, de celui des grands de la terre. Il veut régner dans son palais, être peint dans ses étendards, et gravé dans ses armes, pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis, en abattant à ses pieds ces têtes orgueilleuses et superbes, pour le rendre triomphant de tous les ennemis de la sainte Eglise. »

Une autre lettre du 25 août de la même année est plus explicite encore quant au désir qu'avait Notre-Seigneur de se servir de ce prince, pour ses

desseins miséricordieux. Mais Louis XIV, soit faiblesse, soit respect humain ou tout autre motif, repousse les avances du Sauveur. Le roi, alors âgé de 50 ans, était à l'apogée de sa puissance l'Europe était à ses pieds, il allait avoir un empire aussi grand que celui de Charles-Quint, il était héritier du trône d'Espagne, et il semblait que nul n'oserait lui résister on venait de donner son nom à la nouvelle et riche colonie de la Louisiane, en Amérique la France avait fondé la Nouvelle Orléans, et, de cette ville, en remontant le Mississipi et au delà, jusqu'au Canada,tout appartenait à la France; c'était l'empire presque entier de l'Amérique du Nord, complète par les possessions de l'Espagne dans l'Amérique du Sud. La puissance de Charlemagne allait être de beaucoup dépassée, et il eût été manifeste pour tous que nos rois avaient reçu le sceptre de fer du Christ pour régir toutes les nations. Mais, peu à peu, la puissance diminue et la gloire s'éclipse. Les guerres sont malheureuses, le Dauphin est enlevé à la fleur de l'âge, et Louis XIV, a sa mort, laisse le sceptre de fer entre les mains de son arrière petit-fils, Louis XV, âgé de cinq ans, sous la tutelle d'un régent débauché, le duc d'Orléans. Sous ce règne corrompu, Satan aura beau jeu, et Louis XVI expiera sur l'échafaud les crimes et les faiblesses de ses pères.

ARTICLE QUATRIÈME :

CLOVIS ET LES ROIS DE FRANCE SONT CATHOLIQUES

Et son fils enlevé vers Dieu et vers son trône.

― L'enfant mâle, après avoir vécu chrétiennement et régi les nations avec le sceptre du Christ, va recevoir dans le ciel la récompense de ses travaux. Si Clovis est l'enfant mâle, il doit avoir eu la foi et y avoir conformé sa conduite.

« Clovis avait trente ans, lorsqu'il se releva chrétien des fonts du baptême. La fougue de son caractère, l'ardeur de son naturel barbare, ne disparurent sans doute point, comme par enchantement, sous l'action de la grâce régénératrice, mais elles furent considérablement affaiblies et l'on peut dire qu'il était vraiment un homme nouveau, quand, revêtu de la robe des néophytes, il sortit de la basilique de Reims. Les écrivains rationalistes, qui rejettent à priori le miracle, trouvent ici que le miracle ne fut point assez complet. Ils se montrent sérieusement scandalises de rencontrer encore, dans l'histoire du nouveau roi chrétien, des actes politiques qui ne réalisent pas l'idéal d'un prince constitutionnel, patient, débonnaire, inoffensif, tel qu'on le rêve de nos jours. Ces scrupules du rationalisme moderne, outre qu'ils sont souverainement ridicules, accusent une prodigieuse ignorance de la nature humaine. Les hommes, de même que les sociétés, diffèrent à tous les âges. L'éducation chrétienne des Francs ne fut pas l'oeuvre d'un jour. Il fallut à l'Eglise près de trois siècles pour faire pénétrer dans les moeurs des races nouvelles la loi de l'indissolubilité du mariage et celle de la douceur évangélique. Encore aujourd'hui, l'Eglise lutte contre le préjugé national du duel, et n'a pu triompher de ce reste de barbarie transmis avec le sang de génération en génération. Ce qui étonne l'historien impartial, ce n'est point ce que la grâce du sacrement n'a pas produit en un jour, c'est ce qu'elle a fait réellement [9]. »

Les reproches de cruauté envers ses proches, que les auteurs modernes adressent à Clovis, ne paraissent pas suffisamment démontrés. L'abbé Gorini, dans sa Défense de l'Eglise[10], assez bien prouve qu'il ne faisait que se défendre contre des parents criminels, qui voulaient attenter à sa vie et le dépouiller de son empire.

Cette explication est en parfait accord avec la vie de ce prince, après son baptême, et avec les paroles de saint Grégoire de Tours, qui dit que Dieu le bénissait, parce qu'il marchait le cœur droit Prosternebat enim quotidie hostes ejus, eo quod ambularet recto corde coram eo, et faceret quoe placita erant in oculis ejus [11].

Clovis vécut quinze ans après sa conversion, et, jusqu'à sa mort, il donna des preuves non équivoques de sa foi, et se montra sans cesse, dit Aimon [12](2), l'appui de la religion et le soutien de la justice. Il distribua aux pauvres d'abondantes aumônes, fonda plusieurs monastères pour attirer sur sa famille et son royaume les miséricordes du ciel, dota plusieurs évêchés, et donna de nombreuses terres aux églises de Saint-Martin de Tours, de Saint-Hilaire de Poitiers, et de Sainte-Marie de Reims. C'est au nom de la sainte, indivisible, égale et consubstantielle Trinité, qu'il fait ses donations. Il pardonna aux habitants de Verdun qui suaient révoltés contre lui, et mit en liberté les prisonniers faits à Tolbiac. Les catholiques pris à Vouillé turent également rendus aux évêques qui les réclamèrent. Lorsqu'il marche contre Alaric, il défend à ses soldats de commettre la plus petite déprédation dans le territoire de Saint-Hilaire et de Saint-Martin; car comment pourrons-nous vaincre, dit-il, si nous avons ces saints contre nous. Il promet de bâtir, dans Paris, une église en l'honneur de Saint-Pierre et de Saint-Paul, s'il revient vainqueur de son expédition il recommande le succès de ses armes à toutes les personnes pieuses, passe lui-même plusieurs nuits en prières, et au moment du combat, après avoir invoqué les bienheureux Pierre et Martin, appuyé sur sa lance, il fait le signe de la croix sur l'armée et s'écrie En avant, au nom du Seigneur.

Très zélé pour la conversion de ses guerriers païens, il demanda au saint abbé Fridolin qu'il obtienne de Dieu par ses prières un miracle pour dissiper leurs erreurs il fut plein de respect et de déférence pour les évêques et écouta avec docilité leurs conseils. Quelques mois avant sa mort, trente prélats des Gaules, réunis à Orléans, lui adressent la lettre synodale suivante « A leur seigneur, fils de la catholique Eglise, à Clovis très glorieux roi, tous les évêques réunis par ses ordres en concile. L'ardeur de votre zèle pour la religion chrétienne vous a porté à nous rassembler pour répondre aux diverses questions qu'il vous a plu de nous soumettre.

Voici donc les définitions qui ont été prises d'un concert unanime. Nous vous les transmettons dans l'espoir qu'elles obtiendront votre sanction royale. Elles se présenteront ainsi au peuple chrétien, revêtues de la double majesté du sacerdoce et de l'empire. » Suivent trente et un canons auxquels il donna force de loi.

Ce court sommaire de la vie de Clovis suffit pour montrer qu'il a été un prince sincèrement chrétien. Il mourut comme il avait vécu à Paris, sa capitale, à l'âge de quarante-cinq ans, et il fut enterré dans l'église des saints apôtres qui n'était pas encore terminée : Et l’enfant mâle fut enlevé vers Dieu et vers son trône. Quelques mois après, on déposa à côté de son tombeau les restes mortels de l'illustre patronne de Paris, et, quelques années plus tard, ceux de sainte Clotilde, son épouse.

Clovis, ayant vécu et étant mort chrétiennement, n'a pas été dévoré par le dragon aux sept têtes il est donc l'enfant mâle. On voit paraître, en effet, dans les versets 3 et 4, que nous commenterons dans l'article suivant, un dragon prêt à dévorer l'enfant mâle. C'est-à-dire que Satan veut ramener le nouveau baptisé à l'idolâtrie, ou l'entraîner dans le schisme et l'hérésie ou, tout au moins, en faire un spoliateur et persécuteur de l'Eglise. Mais l'enfant mâle échappe à ses dents et à ses griffes, puisqu'il est enlevé vers Dieu.

C'est ce qu'a mérité Clovis par sa vie et sa mort chrétiennes et ce qui est vrai du premier enfant mâle, l'est aussi de ses successeurs, tous les rois de France ont fait profession de la foi catholique. C'est le devoir principal de nos rois. On a souvent toléré leurs faiblesses, jamais leur incrédulité on p plusieurs fois dérogé à la loi salique dans son objet le plus important, jamais a la loi nationale de la catholicité.

Quand Henri III use dans la débauche le peu d'énergie qui lui reste, semble pactiser avec les huguenots et oublie un peu trop de défendre les intérêts de la religion, les catholiques se liguent pour lui rappeler ses devoirs et pour empêcher Henri IV de monter sur le trône, tant qu'il restera protestant.

La formule des fédérations catholiques ne manque ni de dignité ni d'inspiration patriotique. On y expose que le roi de France ne possède plus les moyens de protéger ses sujets, ni de maintenir la religion et la dignité royale le devoir des catholiques est de ne pas faire moins pour la vraie religion que les huguenots pour l'hérésie. Ils demandent en conséquence qu'on convoque les Etats généraux pour remédier à tous les maux et ramener l'unité religieuse [13].

L'un des inspirateurs de ces résolutions, Sébastien de l'Aubespine, évêque de Limoges, dit que « la Ligue, étant embrassée du roi – Henri III s'y enrôla en 1577, assistée de beaucoup de gens de bien, de vertu et d'honneur, non seulement tend à la gloire de Dieu et de son Eglise, mais aussi à la défense et protection du roi et du royaume. »

Si la ligue désire ardemment le retour à l'unité religieuse et la conversion d'Henri IV, la Papauté ne !e désire pas moins. Voici un passage très remarquable du Cardinal Baronius, ami et confesseur de Clément VIII, qui montre clairement quels sont tes sentiments du Pontife par rapport à la France.

« La couronne des Francs est demeurée constamment stable sous la protection apostolique.

Elle a crû, de jour en jour, en territoire et en gloire, comme aussi sa gloire s'est obscurcie et elle a été jetée en périls extrêmes, quand, ruinée par la perfidie des hérétiques, elle a été privée du rempart apostolique. Elle trouvera le remède à ses maux, si elle retourne à la Pierre immobile, à la confession apostolique, et si elle est replacée honorablement sur les hauteurs où, posée par le premier roi très chrétien des Francs, elle a toujours brillé d'un admirable éclat dans tout l'univers. C'est là ce que désirent tous les catholiques, c'est ce que demandent tous les fidèles, et sur quoi gémit l'église des Gaules, anxieuse et triste, privée de toute consolation.

« Mais vous Bienheureux Père, vous le demandez avec ardeur à Dieu par vos constantes prières et, vous le redemandez avec des larmes incessantes. Enfantez de nouveau les Francs dans une immense douleur, afin que, avant tout, le Christ soit formé en eux. Que Dieu écoute vos voeux et que vos désirs s'apaisent qu'il vous suscite un autre Clovis que tous désirent, afin que, par son secours, le royaume longtemps abaissé des Francs se relève et reparaisse dans sa splendeur antique...[14] » Les prières de Clément VIII, les voeux de l'Eglise, les efforts et les sacrifices de la Ligue obtinrent la conversion du nouveau Clovis Henri IV abjura ses erreurs et reçut le sceptre de fer pour protéger la religion et gouverner le peuple élu du Christ. « Mon royaume, disait-il, est incontestablement le royaume de Dieu. Il lui appartient en propre, il n'a fait que me le confier.

"Je dois donc faire tous mes efforts pour que Dieu y règne, pour que mes commandements soient subordonnés aux siens, pour que mes lois fassent respecter ses lois. » Ses moeurs privées ne furent pas toujours exemptes de reproche mais son respect pour la foi fut sincère et ferme aussi Paul V, à sa mort, disait douloureusement j'ai perdu mon bras droit.

Concluons Les rois de France ont tous été catholiques ils ont régi les peuples avec le sceptre de fer ils sont donc les successeurs de l'enfant mâle que la femme revêtue du soleil enfanta pour la défense de l'Eglise et la protection des pauvres. Dans l'article suivant, nous allons voir, qu'avec le secours de saint Michel, cet enfant mâle échappe aux griffes du dragon aux sept têtes.

 

[1] Ps. II, 6-9. [2] BAKOU.Anal. an 514,24-26.[3] Remi était né d'une mère stérile, comme Samuel, d'après Grégoire de Tours. [4] Annales, t, VI. Lettre dédicace à Clément VIII. [5] Boss. Hist. Uni. [6] La Souveraineté du Roi. [7] (1) III rois II, 4. [8] Louis XIV. [9] DARRAS. Hist. [10] C, VIII, n°19. [11] Hist. Fran. L. I, n°40. [12] Hist. Fran. L. I, n°16. [13] Voir l'hist. de Kérvyn de Lettenhove, public à Bruges. [14] Annales, t, VI, Lettre dédicace à Clément VIII.

 

LE BAPTÊME DE CLOVIS ET LA VOCATION DE LA FRANCE. CHANOINE F.LUNET
LE BAPTÊME DE CLOVIS ET LA VOCATION DE LA FRANCE. CHANOINE F.LUNET

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #FRANCE SECRETE-HERMETIQUE

LE BAPTÊME DE CLOVIS ET DE VOCATION DE LA FRANCE

Par F. LUNET, Chanoine.

D’APRÈS LE 12ième CHAPITRE DE L’APOCALYPSE.

PRÉFACE

Dans le courant de l'année prochaine, nous publierons l'interprétation de l'Apocalypse. Aujourd'hui, afin de coopérer selon nos forces au glorieux centenaire de Reims, nous détachons de notre manuscrit, et nous faisons imprimer à part, le commentaire du XIIe chapitre qui parle du baptême de Clovis et de la vocation providentielle de la France.

Après la chute de l'empire romain, Satan veut établir dans le beau pays des Gaules, le centre de l'empire universel qu'il veut opposer a l'Eglise.

II a jeté les yeux sur le vainqueur de Tolbiac pour en être le premier monarque.

Il descend avec une grande pompe, à la tête des légions infernales, pour le tenter après son baptême, comme il tenta le Sauveur, et lui offrir le sceptre du monde.

Michel veille sur le néophyte de Reims, repousse l'orgueilleux dragon et le précipite sur la terre avec toute son armée. Clovis reçoit le baptême des mains de saint Remi et devient le fondateur de la monarchie très chrétienne, qui reçoit pour mission de défendre l'Eglise contre tous ses ennemis. Elle remplira, sous l'Evangile, le rôle de la tribu de Juda, sous la Loi. Le Prince de la milice céleste la protège, comme il protégeait Israël. Si elle est docile aux inspirations de son ange tutélaire, sa gloire sera incomparable, elle marchera en tête des nations et dominera la terre.

Saint Jean raconte sa vocation et le baptême de son premier roi.

Dans le XIIe chapitre de l'Apocalypse, il interrompt la description de l'empire mahométan et des guerres et des massacres qui auront lieu sous son dernier empereur, l'Antéchrist, pour offrir aux fidèles le tableau consolant de l'enfant mâle qui repoussera le croissant.

A l'occasion du XIVe centenaire de ce glorieux événement, les catholiques français seront heureux de lire ces pages palpitantes d'actualité, bien propres, croyons-nous, à ranimer leur foi et leurs espérances.

C'est un commentaire littéral que nous leur offrons. Du premier verset jusqu'au dernier, nous avons suivi le sens naturel et obvie. Afin de le mieux saisir, nous avons constamment rapproché les paroles de l'Apôtre des termes analogues des livres sacrés, interprétant ainsi l'Ecriture par l'Ecriture. Nous avons surtout profité des leçons du plus sûr des interprètes des prophéties, l'événement et l'expérience. A la lumière des faits accomplis, nous avons pu, sans trop de difficulté, expliquer ce chapitre demeuré indéchiffrable pour les anciens commentateurs.

Nous osons espérer que le lecteur sera satisfait de notre interprétation elle est claire et basée sur les faits. Dans ce but, nous avons accumulé les citations des historiens relatant simplement les principaux événements de notre vie nationale. Ce rapprochement des faits et du texte sacré éclaire d'une vive lumière nos adages nationaux : Noël, Noël– Gesta Dei per Francos – Regnum Galliae, Regnum Mariae. Vive le Christ qui aime les Francs ! et explique la rage de Satan contre la Fille aînée de l'Eglise. Ne pouvant la détruire, il s'efforce de la révolutionner, de la laïciser, et au milieu des fêtes du centenaire, il pousse la Franc-maçonnerie à élever dans Paris une mosquée en face du Sacré-Cœur, pour insinuer que l'alcoran vaut mieux que l'Evangile.

Jusqu'ici il n'a que trop réussi dans sa haine homicide. Beaucoup de Français, oubliant qu'ils sont chrétiens, suivent de plus en plus les inspirations du plus cruel de nos ennemis, et ne craignent pas d'attirer sur notre noble patrie les vengeances du ciel.

Catholiques, secouez votre torpeur écoutez la voix du Souverain Pontife qui vous invite, en cette année mémorable, à renouveler les promesses de votre baptême et à vous unir pour repousser les sectaires qui pervertissent et déshonorent la France. Prenez la croix, comme vos pères, et repoussez les nouveaux Musulmans Dieu le veut !

TEXTE

1. Et un grand prodige parut dans le ciel Une femme revêtue du soleil, ayant la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles.

2. Elle était enceinte, et elle criait, se sentant en travail, et elle était tourmentée des douleurs de l'enfantement.

3. Et un autre prodige fut vu dans le ciel Un grand dragon roux, ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses sept têtes, sept diadèmes.

4. Or sa queue entraînait la troisième partie des étoiles, et elle les jeta sur la terre et le dragon s'arrêta devant la femme qui allait enfanter, afin ~de dévorer son fils aussitôt qu’elle serait délivrée.

5. Elle enfanta un enfant mâle qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer et son fils fut enlevé vers Dieu et vers son trône.

6. Et la femme s'enfuit dans le désert où elle avait un lieu préparé par Dieu, pour y être nourrie mille deux cent soixante jours.

7. Et il se fit un grand combat dans le ciel Michel et ses anges combattaient contre le dragon, et le dragon combattait, et ses anges aussi

8. Mais ils ne prévalurent pas aussi leur place ne se trou va plus dans le ciel.

9. Et ce grand dragon, l'ancien serpent, qui s'appelle le diable et satan, fut précipité sur la terre, et ses anges furent jetés avec lui.

10. Et j'entendis une voix forte dans le ciel disant C'est maintenant qu'est accompli le salut de notre Dieu, et sa puissance et son règne, et la puissance de son Christ, parce qu'il a été précipité, l'accusateur de nos frères, qui les accusait devant notre Dieu jour et nuit.

11. Et eux sont vaincus par le sang de l'Agneau et par la parole de leur témoignage et ils ont méprisé leurs vies jusqu'à souffrir la mort.

12. C'est pourquoi, cieux, réjouissez-vous, et vous qui y habitez. Malheur à la terre et à la mer, parce que le diable est descendu vers vous, plein d'une grande colère, sachant qu'il n'a que peu de temps.

13. Or après que le dragon eut vu qu'il avait été précipité sur la terre, il poursuivit la femme qui avait enfanté l'enfant mâle.

14. Mais les deux ailes du grand aigle furent données à la femme, afin qu'elle s'envolât dans le désert en son lieu, où elle est nourrie un temps et des temps, et la moitié d'un temps, hors de la présence du serpent.

15. Alors le serpent vomit de sa bouche, derrière la femme, de l'eau comme un fleuve, pour la faire entraîner par le fleuve.

16. Mais la terre aida la femme elle ouvrit son sein, et elle engloutit le fleuve que le dragon avait vomi de sa bouche.

17. Et le dragon s'irrita contre la femme, et il alla faire la guerre à ses autres enfants qui gardent les commandements de Dieu, et qui ont le témoignage de Jésus-Christ.

18. Et il s'arrêta sur le sable de la mer.

COMMENTAIRE CHAPITRE 1er

SOMMAIRE

Article I. L'Arche d'alliance, ce qu'elle figurait. Les merveilles qu'elle opéra pour introduire les Israélites dans la Terre promise, font prévoir celles que Jésus et Marie renouvelleront pour introduire les Chrétiens et les Juifs convertis dans la nouvelle Jérusalem.

Article II. Saint Remi, tout éclatant de la lumière du Christ. de Marie et des Apôtres, désire la conversion de Clovis, l'instruit, te baptise et le sacre au milieu des prodiges. Cet événement réjouit l'Eglise les papes et les évêques félicitent Remi.

-La qualité d'enfant mâle est un caractère de nos rois qui se transmettent le pouvoir de mâle en mâle.

Article III. Clovis reçoit le sceptre de fer : 1° Pour régner sur son peuple fidèle, protéger l'Eglise et marcher en tête de la chrétienté. 2° Pour régir les nations il en soumet plusieurs, et Charlemagne un plus grand nombre. Si la France eût été fidèle à sa mission, sa gloire aurait tout éclipsé. Si Louis XIV eût entendu l'appel du Sacré-Coeur, son empire eût été immense.

Article IV. Clovis et tous les rois de France, ses successeurs sont catholiques ils meurent dans la communion de l'Eglise.

ARTICLE PREMIER : L'ARCHE D'ALLIANCE

Et le temple de Dieu fut ouvert dans le ciel, et l'arche de son alliance y parut, et il se fit des éclairs, des voix, un tremblement de terre et une grêle très forte (Chap XI. Verset 19)

Ce verset doit être placé en tête de ce chapitre : c'est à tort que les éditeurs l'ont mis à la fin du précédent. Il n'a aucun rapport avec les tempêtes, tandis qu'il sert de préface aux coupes et à toute la quatrième partie qui n'en est que le développement.

Le temple est ouvert dans le ciel est le tabernacle qui n'a pas été fait de la main des hommes, le Saint des saints, le véritable sanctuaire qui servit de modèle à celui de Moïse, la Jérusalem céleste où le Sauveur est entré au jour de l'Ascension avec les justes qui l'accompagnaient dans son triomphe, où sa sainte Mère fut transportée en corps et en âme, au jour de l'Assomption.

Et l’arche de son alliance y parut. L'Arche d'alliance était un ciste ou ciste de deux coudées et demie de long, d'une coudée et demie de haut. Elle ressemblait à un autel, à un tombeau, elle était faite de bois incorruptible et recouverte intérieurement et extérieurement de lames d'or. Une couronne d'or environnait sa partie supérieure. Le Propitiatoire, d'or pur, lui servait de couvercle. Son nom d'Arche d'alliance lui venait des deux tables de la loi qu'elle renfermait. Les dix préceptes étaient la condition de l'alliance de Dieu avec son peuple.

Le ciste de bois incorruptible et revêtu d'or, était la figure de la Vierge Immaculée pleine de grâces et de mérites.

Le Propitiatoire, avec sa couronne d'or, représentait l'Homme-Dieu porté par sa mère, le Christ Roi, le Pasteur d'Israël, veillant sur son peuple, répondant à toutes ses consultations et le protégeant contre ses ennemis.

L'Arche était son trône, son char de victoire et de triomphe. Elle reposait dans le Saint des saints et n'en sortait que pour guider Israël dans ses marches, et le précéder dans ses combats. Elle opéra les plus grandes merveilles en sa faveur, refoula le Jourdain pour le laisser passer, renversa les murs de Jéricho et l'introduisit dans la Terre promise.

Voici que le temple de Dieu s'ouvre dans le ciel et l'arche sort de son repos. Aussitôt qu'elle paraît, le tonnerre gronde, la foudre éclate, la terre tremble, et une grêle épouvantable tombe avec fracas.

L'Arche va-t-elle donc recommencer ses exploits ? Certainement non  son rôle est fini, elle ne reparaîtra pas[1].

Mais, sous l'illustre symbole, voyez la réalité, Jésus et Marie, et vous pourrez prévoir ce qui va arriver, le passé éclaire l'avenir.

Le Sauveur du monde va quitter la droite de son Père pour venger son Eglise et ramener les douze tribus converties dans l'héritage de leurs pères. Un feu sorti de sa bouche consumera les impies, comme le feu sorti de l'arche consuma Coré et tous ses partisans.

Une grêle très forte écrasera les armées de Gog et Magog, comme une pluie de pierres écrasa les Amorrhéens à la descente de Bethoron[2] ; les tremblements de terre renverseront les villes des nations, comme les murs de Jéricho la terre s'entr'ouvrira et engloutira l'Antéchrist et son prophète, comme elle engloutit Dathan et Abiron et les justes, délivrés de leurs persécuteurs, acclameront avec une grande joie leur libérateur et chanteront le cantique nouveau, comme les Hébreux, échappés aux flots de la mer Rouge, chantèrent le cantique de Moïse. Et le temple de Dieu fut ouvert  dans le ciel, et l’arche de son alliance y parut, et il se fit des éclairs, des voix, un tremblement de terre et une grêle très forte.

Ici le Christ, roi des Juifs, vient au secours de son peuple sous l'emblême de l'arche ailleurs[3], saint Jean le voit monté sur un cheval blanc et portant de nombreuses couronnes, parce qu'il est aussi le roi des autres peuples, le dominateur de la terre.

Sur le Propitiatoire il y avait deux chérubins nous pouvons inférer de là que le Sauveur ne viendra pas seul, mais qu'il sera suivi des armées célestes, comme l'annoncent clairement, du reste, d'autres textes.

Nous pouvons inférer, en second lieu, que sa sainte Mère se joindrait au Fils pour écraser la tête du serpent, selon la promesse faite à nos premiers parents. Le 19e verset ne serait donc qu'une nouvelle édition de l'antique promesse. Remarquons encore que ce verset et le suivant sont les seuls textes de l'Apocalypse qui fassent allusion à la sainte Vierge.

D'après ce qui précède, on voit que le symbolisme du 19e verset est très riche, qu'il en est peu qui disent autant de choses en si peu de mots, et qui rappellent un passé plus glorieux et annoncent un plus brillant avenir. Il peut servir de préface et d'épilogue à la quatrième partie de l'Apocalypse les chapitres qui vont suivre partir du XIIIe jusqu'à la fin, n'en seront que le développement. Toutefois, avant de parler des derniers combats du Christ pour son Eglise, saint Jean va dire quelques mots de l'empire mahométan dont l'Antéchrist sera le dernier empereur, et nous faire connaître la vocation et la mission de la France destinée à protéger la chrétienté contre les infidèles. Elle jouera, dans les temps modernes, le rôle de la tribu de Juda dans les temps anciens sous l'inspiration de Marie, elle marchera en tête des peuples chrétiens, comme Juda à la suite de l'arche, précédait les tribus d'Israël. Voilà pourquoi l'arche paraît au moment où l'on va baptiser et sacrer le fondateur de la monarchie française que ceux qui veulent s'y opposer, redoutent le bras puissant de la reine du ciel !

ARTICLE SECOND : SAINT REMI BAPTISE CLOVIS

Les différents caractères, assignés ici à la femme qui enfante et à l'enfant mâle, conviennent assez à l'Eglise des Gaules et à Clovis. Rapprochons le texte de l'histoire et nous nous convaincrons, en effet, que saint Jean parle dans ce chapitre de la mission de la monarchie française.

1. Et un grand prodige parut dans le ciel une femme revêtue du soleil, ayant la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles. Cette femme c'est l'Eglise, éclatante de la lumière de Jésus-Christ, soleil de justice, portée par la Vierge Marie, miroir de justice, et ayant les douze Apôtres pour couronne.

L'Eglise est l'aide, l'épouse du Christ Pro Christo legatione fungimur[4] . C'est en son nom qu'elle distribue ses grâces, applique ses mérites, sanctifie les hommes, et les fait enfants de Dieu. Sans lui, elle ne peut rien faire Sine me nihil potestis facere[5] . Aussi a-t-il promis de l'assister jusqu'à la consommation des siècles[6]. Dans plusieurs endroits de l'Apocalypse, saint Jean nous le montre fidèle à sa promesse il l'avertit, il l'excite, il la menace, il la défend, il combat pour elle et envoie son ange pour lui révéler ses secrets. Dans le premier chapitre, il marche au milieu de sept candélabres, emblême des sept églises de l'Asie, et il tient en sa main droite sept étoiles qui sont leurs sept évêques. Ici, il lui est intimement uni, la revêt de sa lumière, la remplit de son amour et de son zèle, pour la conversion des âmes.

Mulier amicta sole : «Arabicus, induta sole, hoc est Ecclesia circumdata Christo sponso suo Christus enim est sol justicae[7], uti apostoli sunt stellae, quae suam lucem a sole, id est, Christo, mutuantur. Rursum, Christus instar amictus et vestit circumdat, amicit et ornat Ecclesiam : unde toties hortatur fideles apostolus, dicens: induimini Jesum Christum[8].

La lune sous ses pieds. La lune soutient la femme, Marie soutient l'Eglise. Par ses mérites et ses prières, elle la conserve et la défend contre  toutes les attaques de l'ennemi par sa douce influence elle attire les pécheurs et les convertit par les grâces qu'elle leur obtient. Elle aime tendrement tous les chrétiens, les porte entre ses bras, et les presse sur son coeur maternel, comme autrefois son divin Fils.

« Mulier hic proponitur quasi parturiens, ideo que exprimutur quasi mysticae lunae ope adjuta. Nam gentes lunam in partubus implorabant et quasi obstetricem credentes, illam Junonem Lucinam appellabant…. Unde Virgiliuus ait :

Casta, fave, Lucina, tuus jam regnat Apollo[9].

« Mulier amictd sole ab omnibus pene exponitur sancta Ecclesia[10]. »

«Dico cum Ambrosio, Ticonio, Primasio, Haymone, Andrea Caesariensi,  Richardo, Beda, Methodio…per hanc mulierem intelligi Ecclesiam. Apparuit in coelo, non empyreo, nec sidereo, sed areo : inde enim mulier hoec volavit in desertum.[11]

Une femme revêtue du soleil. C'est l'Eglise toute éclatante de la lumière de Jésus-Christ [12]. » Il importe de remarquer ici que le monde matériel a été créé sur le type du monde spirituel. Ce qu'est le Christ, sa mère, ses apôtres et ses saints, par rapporta l'Eglise, le soleil, la lune et les étoiles le sont par rapport à la terre. Sous leur influence, l'une multiplie les enfants de Dieu et l'autre se couvre de plantes et nourrit de nombreux animaux[13].

Une femme revêtue du soleil. Cette femme, avons-nous dit, représente l'Eglise. Mais sous quelle forme paraît-elle dans la vision? Vraisemblablement sous les traits de l'évêque qui doit baptiser l'enfant mâle ; c'est-à-dire d’après notre hypothèse,  sous les traits de saint Remi, archevêque de Reims.

2. Elle était enceinte, et elle criait, se sentant en travail, et elle était tourmentée des douleurs de l’enfantement. – Ces paroles marquent le grand désir qu'a le saint archevêque de donner un roi catholique à l'Eglise qui la défende des incursions des barbares et des persécutions des hérétiques. Vers la fin du Ve siècle, en effet, nul prince ne la protège. L'empereur de Constantinople, Zénon, est eutychéen, et veut forcer ses sujets à souscrire une formule de foi hérétique.

L'empire d'Occident s'est éteint avec Augustule, en 475 les Vandales ravagent l'église d'Afrique et envoient en exil, ou font mourir dans les tourments, les catholiques qui ne veulent pas embrasser l'arianisme Théodoric, maitre de l'Italie, Alaric de l'Espagne et du midi des Gaules, et Gondebaud, roi des Burgondes, sont également ariens. Les Francs qui occupent la Belgique, et les autres peuples allemands, qui n'ont pas encore passé le Rhin, sont idolâtres. Tel était l'état de l'Eglise lorsque, en 481, Clovis, âgé de seize ans, succède à son père Childéric, mort à Tournon. Saint Remi conçoit les plus heureuses espérances de  l’avènement de ce jeune prince mais ce ne fut que quinze ans plus tard, en 496, qu'il a le bonheur de le voir embrasser la foi catholique et de le baptiser.

Pendant quinze ans, les prières et les exhortations du saint archevêque sont inutiles Clovis ne peut se résoudre à abandonner le culte de ses pères. Il est plein d'estime pour Remi, admire ses vertus et suit avec docilité ses conseils mais il reste idolâtre. Son épouse, sainte Clotilde, n'est pas plus heureuse ses larmes et ses supplications ne peuvent vaincre son obstination.

Toutefois, saint Remi ne se décourage pas il espère que la grâce triomphera de sa résistance, et que Dieu illuminera son âme des clartés de la foi il redouble donc de prières et de bonnes oeuvres pour obtenir sa conversion. Et in utero habens, clamabat partiriens, criciabatur ut pariat .

« Une guerre éclata entre les Alamans et les Francs. Clovis fut alors contraint par les événements à faire ce qu'il avait toujours refusé jusque-

là. Au moment où les deux armées étaient aux prises, les troupes franques furent repoussées en tel désordre que les bataillons, refoulés les uns sur les autres, se donnaient mutuellement la mort. A ce spectacle Clovis, ne put retenir ses larmes. Le coeur brisé, il leva les yeux au ciel, en s'écriant « Jésus-Christ, vous que Clotilde appelle le Fils de Dieu vivant, s'il est vrai que vous protégez ceux qui vous invoquent et donnez la victoire à vos serviteurs, j'implore votre assistance'; si vous me faites  triompher de mes ennemis, si vous étendez sur moi cette puissance dont votre peuple reconnaît l'efficacité, je jure de croire en vous et de me faire baptiser en votre nom. J'ai prié mes dieux, ils ne m'ont point écouté. J'en ai la preuve. A vous de m'arracher au périt. » A peine eut-il parlé ainsi que le combat changea de lace les Alamans furent culbutés, les Francs remportèrent une victoire signalée, et Clovis ramena ses troupes sous la tente. A son retour, il raconta à la reine comment il devait la victoire à l'invocation du nom de Jésus-Christ [14]. »

« Comme il revenait plein de joie de son expédition, dit Alcuin, Clovis traversa la cité de Toul, et y rencontra Vedastus t2~, vénérable prêtre, qui s'était consacré à la vie contemplative, et habitait un ermitage sur les bords de ta Meuse. Il voulut s'en faire accompagner jusqu'à Reims, et profita de ses instructions pour se préparer à l'acte religieux qu'il  méditait.

Au passage d'un pont, un aveugle apprenant que le saint prêtre se trouvait dans le cortège du roi, s'écria « Elu de Dieu, bienheureux Vedastus[15], ayez pitié de moi je ne vous demande ni or ni argent, invoquez le Seigneur et rendez-moi la vue. »

Le solitaire comprit que Dieu lui accorderait cette grâce, non point seulement pour récompenser la foi de l'aveugle, mais surtout pour illuminer l'intelligence d'un peuple entier. Il se mit en prières, puis, traçant un signe de croix sur le front de l'infirme, il dit « Seigneur Jésus, vous qui êtes la véritable lumière, vous qui avez guéri l'aveugle-né de l'Evangile, ouvrez les yeux de cet homme, et que toute la multitude qui m'entoure comprenne que seul vous êtes Dieu, que le ciel et la terre vous obéissent. En ce moment, l'aveugle recouvra subitement la vue et se joignit à la foule en bénissant le Seigneur[16]. Vedastus accompagna Clovis jusqu'à Reims.

« Cependant, dit Grégoire de Tours, Remi, exactement informé par Clotilde des dispositions du roi, achevait de l'instruire de toutes les vérités du christianisme et le pressait enfin de déclarer sa conversion. Père très saint, lui répondit Clovis, je suis prêt. Pourtant une considération me retient encore le peuple qui me suit ne veut pas qu'on abandonne ses dieux. Je vais convoquer les Francs, et je leur parlerai dans le sens de vos instructions. » L'assemblée eut lieu.

Sans doute le projet royal était connu de tous, car avant même que Clovis eut pris la parole, aussitôt qu'on le vit paraître, une acclamation générale se fit entendre. Pieux roi, dirent les Francs, nous abjurons le culte des dieux mortels, nous voulons servir le Dieu immortel que Remi adore. Ce bienheureux évêque, en apprenant cette décision nationale, fut rempli d'une grande joie; il prépara tout pour le baptême solennel[17]. »

Plusieurs évêques, entre autres Solemnis de Chartres, et Principius, de Soissons, joignirent leurs efforts aux siens et lui amenèrent des prêtres pour suffire à l'apostolat d'une armée tout entière. Vedastus continuait illuminer par ses enseignements le coeur et l'intelligence de cette foule de catéchumènes. Clovis écoutait un jour le récit évangélique de la Passion du Sauveur il interrompit la lecture et s'écria : Si j'eusse été là avec mes Francs, j'aurais vengé les injures de mon Dieu.

«Dans la soirée qui précéda la cérémonie du baptême, dit Hincmar, le saint et vénérable Remi passa quelques heures en prière devant l'autel de l'église de sainte Marie, pendant que la reine Clotilde priait elle-même dans l'oratoire de saint lierre, a proximité de la demeure royale. Après son oraison, le pontife se rendit près du roi, voulant profiter du silence de la nuit pour donner ses dernières instructions au néophyte couronné. Les cubucularii lui ouvrirent les portes et l'introduisirent près de leur maître. Clovis s'avança à sa rencontre, l'embrassa et le conduisit près de la reine, dans l'oratoire du très bienheureux Pierre, prince des Apôtres. On dispose des sièges pour le roi, la reine, les clercs, qui avaient accompagné le pontife, et un certain nombre de serviteurs du palais, seuls témoins de cette scène imposante.

Remi, dans une allocution paternelle, résuma pour la dernière fois les instructions évangéliques des jours précédents. Pendant qu'il parlait, une lumière céleste éclata soudain dans l'église, effaçant la lueur des cierges allumés, et une vox se fit entendre qui disait « La paix soit avec vous. C'est moi, ne craignez point persévérez dans mon amour. » Après ces paroles, la lumière surnaturelle disparut et un parfum d'une suavité céleste se répandit dans l'enceinte.

Le roi et la reine se précipitèrent aux genoux du saint pontife, en versant des larmes d'émotion et de joie. Un grand prodige parut dans le ciel; une femme revêtue d soleil, ayant la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles… elle  criait, et elle était tourmentée des douleurs de l'enfantement.

L'homme de Dieu illuminé lui-même de l'esprit prophétique, leur tint ce langage « Votre postérité gouvernera noblement ce royaume elle glorifiera la sainte Eglise et héritera de l'empire des Romains elle ne cessera de prospérer, tant qu'elle suivra la voie de la vérité et de la vertu. Mais la décadence viendra par l'invasion des vices et des mauvaises moeurs. » C'est là, en effet, ce qui précipite la ruine des royaumes et des nations. En parlant ainsi, le visage de l'évêque resplendissait de gloire, comme autrefois celui de Moïse. Le législateur évangélique des Francs avait une auréole semblable à celle du chef des Hébreux[18]. »

La prière de saint Remi à l'autel de Marie -luna sub pedibus ejus- la veille du baptême des Francs, est restée dans la mémoire nationale, et s'est traduite par l'adage chevaleresque et chrétien : Regnum Galliae, regnum Mariae. La prophétie de l'évêque de Reims, au berceau de la monarchie française, s'est également réalisée au pied de la lettre. Plus la France s'écartera des voies de la vérité et de la vertu, plus elle précipitera sa propre ruine[19] .

« Nouveau Constantin, Clovis s'approcha de la piscine baptismale, non pour y être purifié de la lèpre matérielle, mais de la lèpre du péché il demanda au pontife le sacrement de la régénération. Remi, avec cet à-propos et cette divine éloquence qui le caractérisait, lui dit Courbe doucement ta tête, fier sicambre, adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré. Cette expressive parole frappa tous les cœurs on eut dit la majesté du pape Sylvestre commandant au fils de sainte Hélène[20]. »

« Or, reprend Hincmar, il advint que le clerc chargé de porter le saint chrême, avait été séparé par la foule, sans pouvoir arriver près de la piscine sacrée. Le pontife, après avoir béni l'eau régénératrice, demanda le chrême pour l'y mêler, suivant l'usage il ne s'en trouva point. Remi, les yeux et les mains levées vers le ciel, se mit en prières on vit des larmes

inonder son visage. Soudain une colombe, au plumage blanc comme la neige, s'approcha de lui. Elle tenait dans son bec, une petite ampoule, pleine de saint chrême. Le pontife l'ouvrit, et il s'en exhala une odeur délicieuse. La colombe disparut au même instant, et le vénérable évoque répandit l'huile sainte dans la piscine baptismale[21]. »

Après avoir confessé sa foi à la Trinité, Clovis fut baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et reçut l'onction du chrême en forme de croix. Albollède, l'une de ses soeurs, reçut aussi le baptême et Lanthilde, autre soeur de Clovis, abjura aussi l'arianisme. Enfin, trois mille guerriers Francs sortirent chrétiens du baptistère de l'église de Sainte-Marie de Reims c'était le 25 décembre 496.

Les évoques des Gaules prirent part en esprit au baptême de Clovis, ne pouvant tous être présents de corps, comme le lui écrivit saint Avit, évêque de Vienne, et, comme tel, sujet de Gondebaud : « … Il ne me fut pas donné d'en être le témoin, et d'y apporter le concours de mon ministère, mais j'y assistais en esprit dans la communion de la joie. Tout retentit de vos triomphes.

Vos sujets ne sont pas les seuls à y prendre part. Votre prospérité nous touche nous-mêmes, et nous sommes réellement vainqueurs, toutes les fois que vous combattez. »

Le monde chrétien tressaillit de joie, a la nouvelle de la conversion de Clovis. Le pape saint Anastase II écrivit au roi des Francs en  ces termes « Glorieux fils, votre avènement à la foi chrétienne coïncide avec le début de notre pontificat et nous apporte une joie immense. Le siège de Pierre tressaille d'allégresse, en voyant la multitude des nations remplir le filet que le pêcheur d'hommes, le porte-clefs de la Jérusalem céleste, a reçu mission de jeter dans le monde. Nous adressons à votre sérénité le prêtre Eumérius qui vous transmettra nos félicitations, afin que, connaissant la joie du père, vous la confirmiez par vos oeuvres, que vous deveniez notre couronne et que l'Eglise, votre mère, s'applaudisse des progrès du grand roi  qu'elle vient d'enfanter à Dieu. Soyez donc, glorieux et illustre fils soyez la joie de votre mère et son rempart inexpugnable. Nos malheureux temps ont vu bien des défections. Notre barque est assaillie, comme dans une tempête, par la malice et la perfidie des hommes. Mais nous espérons contre toute espérance, et nous adressons nos hymnes d'actions de grâce au Seigneur Jésus, qui vous a arraché à la puissance des ténèbres. En donnant à l'Eglise un roi tel que vous, il lui assure un protecteur capable de la soutenir et de la défendre. Courage donc, glorieux et bien aimé fils que le Dieu tout puissant daigne étendre le secours de son bras sur votre sérénité et sur votre royaume, qu'il ordonne à ses anges de vous garder dans toutes vos voies, et vous accorde la victoire sur vos ennemis[22]. »

Saint Anastase vient de féliciter Clovis de sa conversion. Quelques années après, son second successeur, saint Hormisdas établit vicaire apostolique des Gaules, Remi, qui l'a converti et baptisé.

Des premières années de son pontificat, il lui écrit la lettre suivante :

« Nous avons reçu avec joie les félicitations que votre fraternité nous a transmises, et c'est pour nous un bonheur de vous exprimer nos sentiments à votre égard. II vous appartiendra désormais de veiller à l'exécution des décrets du siège apostolique et des saints canons dans les Gaules. Nous vous confions la charge de nous représenter dans toute l'étendue des états conquis par notre fils spirituel et bien-aimé, le roi Clovis, que vous avez récemment régénéré avec la grâce de Dieu par l'eau du baptême, en des circonstances qui ont rappelé la série des prodiges accomplis autrefois par les Apôtres. Le privilège que nous vous conférons ici ne devra préjudicier en rien aux droits ordinaires des métropolitains. Nous voulons augmenter votre dignité personnelle en vous associant d'une manière plus éminente à notre sollicitude pastorale, et nous reposer sur votre vigilance du soin de pourvoir plus efficacement aux besoins généraux des églises des Gaules[23]. »

Ces lettres des papes et des évêques montrent la joie universelle qu'éprouva l'Eglise de la conversion du roi des Francs, l'importance qu'on attribuait à son baptême et l'estime singulière qu'on avait pour t'archevêque de Reims que la Providence avait choisi pour coopérer à ce grand événement. Non seulement le Christ illumine de ses clartés son ministre, le remplit de prudence et de sagesse, le doue d'une éloquence persuasive, stimule intérieurement son zèle et sa charité il l'assiste encore extérieurement d'une manière visible pour tous les spectateurs. Il l'environne d'une lumière éclatante, orne son front d'une auréole, comme autrefois le législateur des Hébreux il parle pour confirmer ses paroles, lui fait apporter du ciel par une colombe le chrême dont il a besoin, et remplit le lieu saint d'un parfum délicieux. Il complète l'oeuvre qu'il a commencée à Tolbiac à force de miracles et de bonté il veut convaincre Clovis et ses Francs de sa divinité, afin d'en faire des instruments dociles de sa gloire Gesta Dei per Francos. Notre Seigneur, soleil de justice, revêt donc de sa lumière Remi, représentant de l'Eglise, la femme qui doit enfanter. Sans nul doute, la lune, la sainte Vierge Marie, qui va choisir la

France pour son royaume de prédilection, regnum Galliae, regnuin Mariae, ne peut manquer  d'assister l'archevêque de Reims et lui obtenir les grâces dont il a besoin pour convertir son premier roi et si elle ne manifesta pas d'une manière sensible son action, elle est présente d'une certaine façon, car elle reçoit dans ses bras les nouveaux enfants de Dieu, puisqu'ils sont baptisés dans l'église de Sainte-Marie. Les Apôtres sont aussi présents dans leurs successeurs, les évêques, qui forment une brillante couronne autour de Remi et l'aident à administrer le sacrement de la régénération aux trois mille compagnons de Clovis.

De tout ce qui précède, nous pouvons déjà conclure, sans trop de témérité, que le texte que nous commentons ici, fait allusion aux grands événements qui eurent lieu à Reims, le 25 décembre 496, et dont nos pères nous ont transmis le souvenir dans leur cri de joie et dans leur acclamation monarchique : Noël Noël Et un prodige parut dans le ciel une femme revêtue du soleil, ayant la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles. Elle était enceinte, et elle criait, se sentant en travail, et elle était tourmentée par les douleurs de l’enfantement.

5. Elle enfanta un enfant mâle qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer : et son fils fut élevé vers Dieu et vers son trône.

La qualité d'enfant mâle convient parfaitement au fondateur de la monarchie française. Clovis, en effet, était plein de courage et d'énergie, il avait trente ans, quand il abandonna le culte de ses pères pour embrasser la foi catholique. Il résista longtemps aux sollicitations de son épouse et aux exhortations de Remi, et ce ne fut qu'après une mure réflexion, et vaincu en quelque sorte par l'évidence et par une intervention divine, qu'il consentit à recevoir le baptême.

Les expressions d'enfant mâle peuvent désigner la male énergie et la haute raison de Clovis; mais ils signifient antre chose. Ne nous arrêtons pas a l'écorce du texte pénétrons jusqu'à la moelle, et nous en verrons jaillir une lumière caractéristique qui frappera les esprits les moins attentifs. Pour cela rappelons-nous simplement la maxime de notre vieux droit monarchique Le royaume de France ne tombe pas de lance en quenouille, et nous comprendrons que l'enfant mâle n'est autre chose que le fondateur de la monarchie française, qui transmettra le pouvoir royal de mâle en mâle, à l'exclusion des femmes.

Ainsi la loi salique fixe le vrai sens du verset du XIIième chapitre de l'Apocalypse. L'auteur du prologue de cette loi corrobore singulièrement cette interprétation, lorsqu'il affirme que Dieu inspira la loi salique à ses Pères. Les deux textes viendraient donc de la même source le même Esprit aurait éclairé le Prophète et le Législateur.

Voici ce monument de la foi de nos ancêtres après l'avoir lu, nous serons moins étonnés des faveurs que le Christ leur accorde et du rôle qu'il leur réserve.

Prologue de la loi salique. « La nation des Francs, illustre, fondée par Dieu, son auteur, forte sous les armes, profonde en conseil, ferme dans les traités de la paix, noble dans sa taille élancée, d'une blancheur et d'une beauté singulières, hardie, agile et rude au combat, depuis peu convertie à la foi catholique, pure de toute hérésie, lorsqu'elle était encore sous une croyance barbare, avec l'inspiration de Dieu, recherchant déjà la clef de la science, aspirant a la piété, adopta la loi salique dictée par les chefs qui étaient alors les juges des peuples.

Puis, lorsque avec l'aide de Dieu, Clovis le chevelu, le beau, l'illustre roi des Francs, eut, le premier de sa race, reçu le baptême catholique, tout ce qui, dans le pacte primitif, était juge peu convenable fut amendé avec clarté, et ainsi fut dressée cette constitution sainte. Vive quiconque aime les Francs ! Que le  Christ garde leur royaume et remplisse les chefs de la lumière de sa grâce qu'il protège l'armée, qu'il munisse le peuple du rempart de la foi, et leur accorde les joies de la paix et les jours de la félicité, lui qui est le Seigneur des conquérants et le maître des rois. Car cette nation, petite par le nombre, mais grande par le courage, a brisé par la force des armes le joug que les Romains faisaient peser sur sa tête. Ce sont les Francs qui, après avoir reconnu la sainteté du baptême, ont recueilli précieusement enchâssé dans l'or et les pierreries le corps des saints martyrs que jadis les Romains avaient brûlés par le feu, massacrés par le fer et jetés à la dent des bêtes féroces. » Peperit masculum.

Avec Clovis, Remi baptise ses soldats et leurs familles. Il a semé dans la tristesse et les larmes il moissonne dans la joie. Il a le bonheur de voir sortir de l'onde régénératrice la nation des Francs, l'âme plus pure que les habits blancs qu'elle a revêtus. Hier esclaves du démon, aujourd'hui enfants de Dieu et frères du Christ. Hier, impurs, rapaces, cruels, vindicatifs, sans miséricorde, offrant des victimes à de vaines idoles, aujourd'hui se nourrissant du pain des anges et s'efforçant de mettre en pratique la morale évangélique. La terre, aux premiers jours du monde, émergeant des flots à la voix du Créateur, et se couvrant à l'instant de plantes verdoyantes, de fleurs et de fruits, ne présenta pas un spectacle aussi beau, aussi étonnant, que celui du peuple franc sortant des fonts baptismaux, animé d'une nouvelle vie et orné de tous les dons du Saint-Esprit. Il a cherché d'abord la justice et le règne de Dieu et le Seigneur lui donne par surcroît la belle terre des Gaules en héritage perpétuel[24].

Déjà il tend son arc et remplit son carquois de flèches pour la délivrer des Visigoths-Ariens qui l'oppriment. On dirait Israël sortant de la servitude d'Egypte et traversant, à pied sec, la mer rouge et le Jourdain, pour aller chasser l'impur Chananéen de la Terre-Promise [25]. Mais qu'il y a loin du baptême figuratif qu'il reçut alors sous la conduite de Moïse, à celui que Remi administra à nos pères En une seule nuit, il les régénère ils passent de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, et, le coeur plein d'espérance et de joie, ils entrent dans leur nouvelle et glorieuse carrière. Les merveilles que le Christ opère ici en leur faveur par le ministère du saint archevêque de Reims, il les renouvellera à Jérusalem pour les Juifs, quand il viendra inaugurer son règne temporel. Est-ce que moi, qui fais enfanter les autres, je n'enfanterai pas moi-même? dit-il, par le prophète. Est-ce que moi, qui donne la génération aux autres, je demeurerai stérile? dit le Seigneur à son peuple. Livrez-vous à la joie avec Jérusalem, exultez en elle, vous tous qui l'aimez réjouissez-vous avec elle, vous tous qui pleurez sur elle. De même qu’une mère caresse son enfant, de même moi je vous consolerai, et c'est dans Jérusalem que vous serez consolés. Vous verrez et votre coeur se réjouira, et vos os comme l'herbe germeront et l'on connaîtra que la main du Seigneur est pour ses serviteurs, et il sera indigné contre ses ennemis.

Avant qu’elle fût en travail, elle a enfanté avant que vint le temps de son enfantement, elle a enfanté un enfant mâle. Qui a jamais ouï une telle chose ? Et qui a vu rien à cela de semblable ? Est-ce que la terre engendrera en un seul jour ? Ou une nation sera enfantée en même temps, parce que Sion a été en travail et qu'elle a enfanté ses fils[26]. Le prophète veut que nous nous réjouissions d'avance de la plus prompte régénération des Juifs, n'oublions pas celle des Francs qui nous touche de plus près, et témoignons-en notre reconnaissance au Seigneur.

[1] JEREMIE III.16 [2] JOSUE X.10 [3] XIX.10 et 11. [4] 2. COR. v  20 [5]  SAINT JEAN. XV. [6] MAT. XXVIII, 20. [7]  MALACH.IV.2 [8] CORNEL. A.L  [9] CORNEL [10] GAGNAEUS. [11] CORNEL. [12] ROSS. [13] Voir sur ces analogies le règneMillénaire.  [14]  GHEG. TURON. Hist.Franc. t. II. chap. 30. [15] Vast, Veaast.24 [16] ALCUIN, Vif. S. Vedasti. Boll. [17] GREC. Hist. c. 31. [18] HINCMAR, Vit. Rem. c. 37. [19] DARDAS, Hist. de l'Egl t.14, p. 36. [20] GREG.H.II,31. [21] HINCMAE, Vit. Remige. 38. [22]  SAINT ANASTASE II. Epist. ad Clod. LABB. Cons. t. IV, col. 1282. [23] SAINT HORMISD.. epis. I ; Patr. Lat. t. LXIII col. 568.– Voir DARRAS. Hist. sur cette lettre, t. XIV p. 200. [24] Locum praeparatum a Deo. v. G. [25] I.CORIN. x. 1 et 2. [26] 2) ISAIE, LXVt; 7-14.

 

LE BAPTÊME DE CLOVIS ET LA VOCATION DE LA FRANCE. CHANOINE F.LUNET
LE BAPTÊME DE CLOVIS ET LA VOCATION DE LA FRANCE. CHANOINE F.LUNET

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Publié le par Rhonan de Bar

Peut-être qu'un jour, jeune république, oui un jour peut-être, le  sang qui bat dans tes veines viendra-t-il alimenter ton cerveau!

Rhonan de Bar.

 
Un jour.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

À vous ma Reine, à vous Madame, que la cupidité mais plus encore la folie humaine a menée à l'échafaud. Vous Madame, sur qui l'on a beaucoup menti, j'adresse, en  ce jour de commération de votre martyre, mes pensées les plus élogieuses et les plus affectueuses d'un fils, non de sang, mais d'âme!

Rhonan de Bar.

"C’est à vous ma sœur, que j’écris pour la dernière fois. Je viens d’être condamnée, non pas à une mort honteuse, elle ne l’est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j’espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments. Je suis calme comme on l’est quand la conscience ne reproche rien. J’ai un profond regret d’abandonner mes pauvres enfants ; vous savez que je n’existais que pour eux et vous, ma bonne et tendre sœur. Vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse !

J’ai appris, par le plaidoyer même du procès, que ma fille était séparée de vous. Hélas ! La pauvre enfant, je n’ose pas lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre. Je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra. Recevez pour eux deux ici ma bénédiction. J’espère qu’un jour, lorsqu’ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous, et jouir en entier de vos tendres soins. Qu’ils pensent tous deux à ce que je n’ai cessé de leur inspirer, que les principes et l’exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle, en feront le bonheur.

Que ma fille sente qu’à l’âge qu’elle a, elle doit toujours aider son frère par les conseils que l’expérience qu’elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer ; que mon fils, à son tour, rende à sa sœur tous les soins, les services, que l’amitié peut inspirer ; qu’ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union. Qu’ils prennent exemple de nous. Combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolations, et, dans le bonheur, on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami ; et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille ?

Que mon fils n’oublie jamais les derniers mots de son père, que je lui répète expressément : qu’il ne cherche jamais à venger notre mort ! J’ai à vous parler d’une chose bien pénible en mon cœur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine ; pardonnez-lui, ma chère sœur ; pensez à l’âge qu’il a, et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu’on veut, et même ce qu’il ne comprend pas. Un jour viendra, j’espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux. Il me reste à vous confier encore quelques pensées. J’aurai voulu les écrire dès le commencement du procès ; mais, outre qu’on ne me laissait pas écrire, la marche en a été si rapide que je n’en aurais réellement pas eu le temps.

Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j’ai été élevée, et que j’ai toujours professée. N’ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas si il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait trop s’il y entrait une fois, je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j’ai pu commettre depuis que j’existe.J’espère que dans sa bonté Il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu’Il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tous ceux que je connais, et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j’aurai pu vous causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu’ils m’ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes et à tous mes frères et sœurs. J’avais des amis ; l’idée d’en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j’emporte en mourant ; qu’ils sachent, du moins, que jusqu’à mon dernier moment, j’ai pensé à eux.

Adieu ma bonne et tendre sœur ; puisse cette lettre vous arriver ! Pensez toujours à moi : je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu ! Qu’il est déchirant de les quitter pour toujours. Adieu, adieu ! Je ne vais plus m’occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre dans mes actions, on m’amènera peut-être un prêtre ; mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et que je le traiterai comme un être absolument étranger."

Marie-Antoinette. 16 octobre 1793.

Marie-Antoinette. Gardienne de la Rose.

Marie-Antoinette. Gardienne de la Rose.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

CATHÉDRALE NOTRE DAME DE SENLIS.

F.T. JOLIMONT. 1831.

Il y a peu de cathédrales dont les historiens se soient moins occupés que de celle de Senlis et malgré nos actives recherches, notre notice sur ce monument se ressent de cette complète stérilité de documens. La tradition, plutôt que l'histoire écrite, nous a transmis seulement comme fait à-peu-près constant, qu'un certain Régulus plus connu dans l'histoire ecclésiastique sous le nom de St-Rieul, venu dans les Gaules avec St-Denis dans le 3ième siècle, y prêcha la foi catholique aux Sylvanectes , peuples du pays dont la conversion fut en grande partie son ouvrage, et fonda dans leur ville principale, depuis nommée Senlis, la première église dont il fut le premier évêque : il est vrai que la mission de ce saint était réclamée par deux églises, celle d'Arles et de Senlis , qui, chose plus surprenante, prétendaient toutes deux conserver et posséder son corps bien entier, ce qui démontre seulement ou qu'il y a eu deux saints du même nom ou qu'une des deux reliques était apocryphe[1]; quoiqu'il en soit nous regardons jusqu'au contredit St-Rieul comme le fondateur de l'église de Senlis. Ce saint prélat parcourait avec la même ardeur les villes, les campagnes, les bourgs, les chaumières et les châteaux, il sermonait souvent eu pleine campagne à cause de la foule qui se pressait pour l'entendre et au nombre des miracles dont il appuyait ses discours et que rapportent les légendes, nous citerons celui de la grenouille, parce que la croyance s'en est conservée dans le peuple du pays, et qu'il a été l'objet d'un monument de peinture dont on a constamment depuis décoré l'autel de la chapelle dédiée à ce saint. Un jour qu'il prêchait à Reulli, près d'une grande mare, il imposa tout à coup silence aux grenouilles, dont les croassemens interrompaient son saint ministère, et lorsqu'il eût fini il ne permit qu'à une seule de recommencer, en sorte que depuis ce tems ou n'a jamais entendu qu'une grenouille croasser dans la Mare de Reulli.

Depuis l'apostolat de ce saint Evêque, en grande vénération à Senlis, nous n'avons aucune connaissance exacte ni des faits ni des édifices qui se sont succédés. L'église actuelle qui, à ce que l'on croit, existait déjà en 13o4, fut incendiée par le feu du ciel, et restaurée par parties depuis , à différentes époques : ce qui paraît confirmé par l'examen même du monument, où il est facile de reconnaître un mélange des styles de cinq à six siècles différens depuis le i2rae et peut-être avant, jusqu'au 16ième.

La Cathédrale de Senlis consacrée sous le vocable de Notre-Dame, était suffragante de celle de Reims : elle est placée dans la partie la plus ancienne de la ville, dite la Cité qui existait du tems des Romains, sous le nom de Sylvanectum, et dont on voit encore beaucoup de vestiges. Ce n'est plus aujourd'hui qu'une église paroissiale.

EXTÉRIEUR.

Quelques voyageurs, quelques auteurs de dictionnaires géographiques, et en particulier l'auteur du Guide du Voyageur en France, (M. Richard) citent la Cathédrale de Senlis, comme fort peu remarquable et d'un gothique de fort mauvais goût. Nous ne pouvons être de leur avis; si la Cathédrale de Senlis est moins importante en général, moins somptueuse, d'une structure moins homogène ou moins régulière que quelqu'autre de nos monumens de ce genre, elle n'offre pas moins des parties extrêmement curieuses, riches de charmans détails et plusieurs aspects très-pittoresques.

La façade principale qui nous paraît être de la fin du XII" siècle ou de ce que nous appelons la seconde transition de style, est peut-être un peu étroite, mais d'une parfaite régularité de lignes et de distribution de vide et de plain, sauf les deux tours, qui comme celles d'une église suffragante, ne pouvaient pas être égales de forme ni de dimension, et ce portail offre dans la disposition des portes, dont la principale est comme à l'ordinaire ornée de statues et de groupes de figures sculptées sur les parois, le tympan el les .voussures; dans celle du vitrail qui la surmonte, des trois petites roses placées contre l'ordinaire au dernier étage , et de la jolie balustrade élégamment décorée de quatre figures d'anges et qui termine la partie centrale à la naissance de la portion triangulaire du pignon de la nef, ce portail disons-nous, offre une variété de style qu'il est bon d'observer, et qui peut comme plusieurs autres servir à prouver que l'architecture gothique présente beaucoup moins de monotonie qu'on ne le prétend, même dans les édifices de la même époque; mais ce qui rend le principal portail de l'église de Senlis, particulièrement digne d'attention c'est l'élévation, la légèreté et l'élégance étonnante du clocher méridional regardé comme un des plus beaux de France, et digne d'être comparé dans son genre au clocher neuf de l'église de Chartres , qui beaucoup plus moderne, plus compliqué et plus riche de détails, est peut-être moins sévère de forme et moins strictement beau. Celui de Senlis qui a deux cent onze pieds du sol à l'extrémité de la croix qui le surmonte, surpasse en hauteur les coteaux les plus élevés d'alentour, et est aperçu à plus de sept lieues de distance. On lui reproche avec raison sans doute comme au reste de la façade d'être trop étroit, ce qui nuit à sa perfection réelle, et laisse trop peu d'espace au mouvement des cloches qu'il renferme, inconvénient qui a causé deux fois en 1817, la rupture de celles que la piété des habitans y avait replacées récemment.

Les autres façades et le reste du monument en partie environnées de constructions accessoires ne peuvent être aperçues que partiellement, cependant elles présentent non-seulement plusieurs points de vue pittoresques, mais aussi quelques objets d'observation. Tels sont des vestiges d'architecture à plein cintre, vers le chevet et dans la portion inférieure du chevet lui-même, des restes de vieux bâtimens de difierens siècles, probablement faisant partie de l'ancien Cloitre, du Chapitre ou de l'Évêché, et enfin les deux portails latéraux reconstruits vers la fin du XVIIIième siècle, et terminés probablement sous le règne de François Ier dont on voit la Salamandre en plusieurs endroits; portails qui se font remarquer principalement celui du midi, par une prodigalité de détails , une richesse de structure, une coquetterie de formes qui contrastent singulièrement avec la simplicité du reste de l'édifice. On y remarque peu de figures, mais seulement sur le portail méridional, un groupe que le peuple appelle Dieu le Père, et qui représente la Trinité figurée par le Père Éternel sur sa poitrine repose le Saint Esprit sous la forme accoutumée d'une colombe, il tient la Croix sur laquelle est étendu le corps de Jésus-Christ; sur le portail du nord , une autre figure désignée sous le nom de Dieu le Fils, représente le Sauveur debout, les deux mains élevées vers le Ciel, dans l'altitude que prenaient les premiers Chrétiens pour prier. Enfin l'extrémité des deux pignons est également surmontée d'une figure assise.

INTÉRIEUR.

Presque toute la partie inférieure de l'intérieur de l'église de Senlis jusqu'aux grandes fenêtres, excepté les extrémités du transept, nous paraissent être de la primitive construction de l'édifice, c'est-à-dire de celle qui appartient aux XIIme et XIIIme siècles, ce qu'il est facile de reconnaître à la forme générale des piliers, particulièrement de ceux du chœur et à celle de leurs bases et de leurs chapiteaux, mais les grandes fenêtres et les voûtes sont évidemment beaucoup plus récentes ainsi que la plupart des chapelles dont quelques-unes sont ornées de jolis pendentifs, et qui furent très-certainement reconstruites à différentes époques après l'incendie qui réduisît en cendres presque tout cet édifice en 13o4, comme nous l'avons dit ci-dessus.

L'intérieur de l'église de Senlis est du reste d'un bel aspect bien proportionné et est remarquable par une suite de tribunes assez vastes et peu ordinaires ailleurs, qui comme à la Cathédrale de Paris, sont ménagées au-dessus des bas-côtés, et règnent tout autour de l'édifice. On y trouve çà et là de jolis détails de sculpture, particulièrement sur les murs des extrémités du transept moins riches que les portails extérieurs, mais embellis par l'effet des grandes roses et du vitrail inférieur, nous regrettons seulement que le chœur qui aurait du conserver sa simplicité primitive, ait été défiguré dans le siècle dernier par des ornemens et des peintures de mauvais goût et peu en harmonie avec le style général de l'édifice qu'il eût été mieux de respecter.

Il a été assemblé à Senlis, quinze conciles dont les plus célèbres sont: celui de 873, dans lequel Carloman, fils du Roi Charles, fut déposé du diaconat et de tout degré ecclésiastique, dans lequel on l'avait engagé de force pour lui interdire l'accès au trône : on le retint prisonnier et comme ses partisans disaient qu'étant rendu à la vie civile, rien ne pouvait plus l'empêcher de régner et prétendaient le délivrer à la première occasion, son père le fit juger de nouveau pour les crimes que les évêques n'avaient pu connaître et le fit condamner à mort, mais pour lui donner le tems de faire pénitence, on lui fit crever les yeux, supplice fort ordinaire dans ce tems-là.

Le Concile tenu en i3io, par Philippe de Marigni, archevêque de Sens, dans lequel neuf Templiers furent condamnés à être brulés par l'autorité du juge séculier.

Celui de 1318, qui avait pour objet de remédier aux usurpations des biens de l'église que l'on punit de l'interdiction ou de la cessation de l'office divin dans toute la juridiction de celui qui en était l'auteur.

Enfin celui de 1326, tenu par Guillaume de Trie, archevêque de Reims, où il fut fait plusieurs statuts sur la tenue et la forme même des conciles, sur les bénéficiaires, l'immunité des églises et l'inviolabilité de ceux qui s'y réfugiaient, et le maintien de la juridiction ecclésiastique contre les violences des laïques.

Au nombre des évêques de Senlis, trois surtout sont célèbres par les dignités dont ils ont été revêtus, tels sent Ursius ou Ursion, chancelier de France en 1o9o, sous le règne de Philippe Ier, Guérin, natif de Pont Saint-Maxance et Chevalier de l'Ordre de Jérusalem, fut aussi Chancelier sous Philippe-Auguste. Les histoires de son siècle lui donnent la principale gloire de la journée de Bouvines où ce prélat rangea lui-même l'armée du Roi en bataille, en qualité de lieutenant général, mais alors nommé à l'évêché de Senlis, il se retira dans l'oratoire du Roi et resta en prières tout le tems du combat. Il conserva la dignité de Chancelier, jusqu'au règne de Saint Louis. Enfin le cardinal de La Rochefoucault, grand Aumônier de France et chef du Conseil du Roi Louis XIII. On compte encore Armand de Roquelaure, conseiller d'état ecclésiastique, et M. de Trudaine, son prédécesseur, dont la mémoire sera longtems en vénération par sa piété, son zèle et sa charité.

[1] D'après le Martyrologe romain St-Rieul fut évêque d'Arles et mourut à Senlis.

 

Photos Cathédrale Notre-Dame de Senlis. Source net.
Photos Cathédrale Notre-Dame de Senlis. Source net.
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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

En raison d'une maintenance du site, nous n'avons pu placer hier, comme nous l'aurions souhaité, cet hommage au Baptiste des Francs.

Rhonan de Bar

SAINT-DENYS.

(Source Nominis.cef.fr)

"Le Patron de Paris et de la Seine-St Denis fut le premier évêque de la capitale de la France. Il meurt martyr vers 250 ou 270 et est enseveli là où s'élève la basilique de Saint Denis. C'est tout ce qu'on sait de lui avant le IXe siècle. Le récit parle également de ses deux compagnons Eleuthère, le prêtre, et Rustique, le diacre, ainsi que du portement de tête du saint après sa décapitation depuis Montmartre jusqu'à St Denis. Les faits sont les suivants: Le nom de saint Denis apparaît vers 520 dans "la Vie de Sainte Geneviève" qui témoigne de la dévotion de la sainte envers l'évêque martyr, son père dans la foi. Elle obtint du clergé parisien l'érection d'une église sur sa tombe au "vicus Catulliacus" situé à huit kilomètres au nord de la Seine, l'actuelle basilique Saint Denys, rue Catullienne. Elle se rendait également et souvent dans une église de la Cité dont il était le titulaire. Un demi-siècle plus tard, le martyrologe hieronymien mentionne la déposition de saint Denis et de ses compagnons au 9 octobre et saint Venance Fortunat atteste la diffusion de son culte jusqu'à Bordeaux. Dans les mêmes années, l'historien Grégoire de Tours raconte que vers 250, le pape de Rome avait envoyé Denis en Gaule avec six autres évêques pour y porter l'Évangile. Celui-ci se fixa à Lutèce où il ne tarda pas à être mis à mort. On pense en effet qu'il subit le martyre sous la persécution de Dèce (250) ou de Valérien (258). Près de la basilique où reposait le premier évêque de Paris, une abbaye fut fondée au VIIe siècle et elle devint prestigieuse grâce aux largesses royales depuis Dagobert.  Elle contribua au rayonnement de son saint patron en le dotant d'une merveilleuse légende. A partir de 835, Hilduin, abbé du monastère, se mit en effet à propager en Occident un récit selon lequel Denis de Paris ne ferait qu'un même personnage avec Denys l'Aréopagite, converti par saint Paul. Ce Denys l'Aréopagite serait lui-même l'auteur des célèbres ouvrages de théologie attribués à Denys le Mystique. L'obscur et courageux fondateur de l'Église de Paris devenait, ainsi et pour des siècles, un grand de la sainteté."

Pour notre part, nous recommandons vivement à nos abonnés de se procurer les deux ouvrages de Anne Lombard-Jourdan qui méritent une attention particulière et dont, pour l'un et l'autre, les premières de couvertures suivent les enluminures qui, il faut en convenir, nous projètent en des temps immémoriaux.

Rhonan de Bar.

 

 

Enluminures extraires de la "VITA BEATI DIONYSII" du Frère Yves. Moine de l'Abbaye de Saint-Denis.
Enluminures extraires de la "VITA BEATI DIONYSII" du Frère Yves. Moine de l'Abbaye de Saint-Denis.
Enluminures extraires de la "VITA BEATI DIONYSII" du Frère Yves. Moine de l'Abbaye de Saint-Denis.
Enluminures extraires de la "VITA BEATI DIONYSII" du Frère Yves. Moine de l'Abbaye de Saint-Denis.
Enluminures extraires de la "VITA BEATI DIONYSII" du Frère Yves. Moine de l'Abbaye de Saint-Denis.
Enluminures extraires de la "VITA BEATI DIONYSII" du Frère Yves. Moine de l'Abbaye de Saint-Denis.
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Enluminures extraires de la "VITA BEATI DIONYSII" du Frère Yves. Moine de l'Abbaye de Saint-Denis.
Enluminures extraires de la "VITA BEATI DIONYSII" du Frère Yves. Moine de l'Abbaye de Saint-Denis.
Enluminures extraires de la "VITA BEATI DIONYSII" du Frère Yves. Moine de l'Abbaye de Saint-Denis.
Enluminures extraires de la "VITA BEATI DIONYSII" du Frère Yves. Moine de l'Abbaye de Saint-Denis.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

LA CATHÉDRALE SAINTE-CÉCILE D'ALBI.

F.T.JOLIMONT. 1829

L'ancienne Albiga ou Albia était peu connue pendant la domination romaine : éloignée des grandes voies qui traversaient les provinces de l'empire[1], cette ville fut rarement visitée par les étrangers ; mais lorsque le Christianisme étendit ses conquêtes dans les Gaules, les Albienses l'embrassèrent avec enthousiasme, et un siége épiscopal, érigé dans leurs murs, devint en peu de temps très-célèbre. L'église cathédrale que l'on construisit dans la suite, fut dédiée à la Sainte Croix. Les restes de cet édifice paraissent encore entre le palais des Comtes[2] et la métropole actuelle. Selon le plan que nous en avons levé, sa longueur était de 57 mètres ou de 175 pieds; une porte latérale s'ouvrait au Nord Est. On retrouve quelques arcs de l'ancien cloître dans une maison voisine[3] ; ces arcs sont à plein ceintre. Des inscriptions sépulcrales encastrées en grand nombre dans les murs qui environnaient ce cloître, formaient autrefois un immense nécrologe. Le chevet de l'église est encore élevé d'environ 4 mètres. Des colonnes placées extérieurement, servaient à la décoration des contreforts.

Le désir de mériter une grande illustration en construisant un temple plus vaste, engagea l'évêque Bernard de Castanet à jeter les fondemens de la cathédrale actuelle. Ce fut en 1282 que ce prélat en  posa la première assise Pour accélérer les travaux et fournir aux dépenses, il assigna le vingtième de ses revenus pendant vingt années, et le chapitre fit la même chose. Il donna aussi les rentes de toutes les églises qui étaient à sa collation ou à celle de son chapitre. Ces sages mesures ne produisirent pas néanmoins tout l'effet qu'on devait en attendre, et la cathédrale ne fut entièrement bâtie qu'en 1512, c'est-à-dire, deux cent trente ans après sa fondation. Cependant Bernard de Fargis et Jean de Saya, successeurs de Castanet, ne négligèrent point cet important ouvrage. Dominique de Florence fit construire le premier portail, au bas des marches qui conduisent vers la grande entrée. On doit à Guillaume de la Volta la dernière arcade de l'église du côté du couchant, et, durant son épiscopat, le clocher s'éleva jusqu'au niveau de la toiture. Jofredi, ou Jofroi, bien connu dans l'histoire sous le nom de Cardinal d'Arras, dédia l'église à sainte Cécile et en fit peindre les murs. D'Amboise termina les constructions intérieures et particulièrement le chœur et le jubé. Par ses soins, la tour atteignit à 94 mètres ou à 290 pieds de hauteur. Il consacra son église le 23 avril 1476, étant assisté des évêques de Vabres et de Lavaur. Louis d'Amboise, son neveu et son successeur, appela, en 15o2, des artistes italiens qui avaient vu les Loges du Vatican, et il leur fit commencer les peintures de la voûte ; cette magnifique décoration ne fut achevée qu'en 1512. La longueur de l'édifiée, dans œuvre, en n'y comprenant pas la profondeur des deux chapelles situées aux extrémités, est de 92 mètres 5 centimètres, ou de 283 pieds 10 pouces, et en y ajoutant cette profondeur, de 105 mètres a5 centimètres, ou d'un peu plus de 323 pieds; la largeur totale, en y comprenant l'enfoncement des chapelles qui existent des deux côtés, est de 27 mètres 28 centimètres, ou de 84 pieds; elle ne serait que de 17 mètres 50 centimètres, ou de plus de 52 pieds, si on ne tenait pas compte de cette profondeur. Dans ces temps désastreux où la France était courbée sous le joug imposé par le Comité de Salut Public, la cathédrale d'Albi fut mise au, nombre des domaines nationaux dont la propriété devait être aliénée. L'administration parut même pressée d'indiquer le jour de la vente de cet édifice, et annonça que les acquéreurs devraient, dans un délai qui fut déterminé, en renverser les voûtes et les murs. Mais un savant, recommandable par ses talens et par ses travaux[4], veillait en quelque sorte sur ce beau monument. Effrayé de la résolution prise par le Directoire du département du Tarn, il écrivit à ceux qui le composaient; il montra toute l'inconvenance de la vente projetée; il parla, en architecte habile, de la beauté de ce temple, et il prouva que la gloire nationale allait être compromise par des hommes ignorans ou mal intentionnés. Cette démarche si généreuse, et qui, dans ces jours de deuil et d'effroi, pouvait désigner aux bourreaux une nouvelle victime, obtint cependant un succès inespéré. On ne dépouilla point l'état de la possession de l'église de Sainte-Cécile, et cet édifice sacré fut conservé pour les arts et pour les pompes de la religion.

EXTÉRIEUR.

La cathédrale d'Albi n'offre, en général, dans sa partie extérieure, qu'une masse régulière et que domine une tour, dont la forme est élégante et colossale. Le sommet de cette tour est à 130 mètres ou plus de 400 pieds au-dessus du niveau du Tarn, dont les flots viennent baigner le pied du tertre sur lequel l'église est bâtie. Les contreforts sont demi elliptiques, et la hauteur des murs de l'église est de 115 pieds. Ces murs sont lisses : on n'y voit point les ornemens délicats qui recouvrent avec tant de grâce les monumens des 13e et 14e siècles. Il semble qu'on n'a voulu présenter aux regards que l'image de la solidité. Mais sur le côté droit de l'édifice paraît un perron au-desssus duquel est le portail construit par Dominique de Florence. Avant la révolution, les niches de ce monument contenaient les statues de saint Thomas, de sainte Martiane, de saint Clair et de saint Amarant. Au-delà on aperçoit un escalier de quarante-deux marches[5] qui conduit sur la plate-forme située en face de la grande porte de l'église. Des piliers, terminés en pyramides, supportent des arcs chargés de toutes ces décorations, si heureusement inventées pendant le moyen âge, et qui, en enrichissant l'architecture, paraissent lui donner plus de légèreté. Les pierres qui forment ce portique, sont découpées avec une rare perfection; le dessin est du meilleur goût, et le ciseau a triomphé de toutes les difficultés; les matériaux les plus durs, les plus rebelles, ont été transformés en feuillages, en trèfles, en rinceaux. Il ne manque à ce beau péristyle, pour être considéré comme l'une des plus importantes créations de l'art, que d'être dégagé des constructions qui l'environnent en partie, et qui empêchent d'en saisir, à-la-fois, l'ensemble et les détails. C'est à l'extrémité de l'église, au point même où le portail aurait été placé, s'il avait pu l'être dans l'axe de l'édifice[6], que s'élève la tour ou le clocher de Sainte-Cécile, bâtiment construit avec beaucoup d'art et de soin, et que l'on aperçoit en entier du plateau où l'on retrouve encore quelques substructions de la forteresse du Castelviel[7]. Cette tour était massive jusqu'à une assez grande hauteur. L'archevêque Charles Legoux de la Berchère fit tailler dans la maçonnerie une chapelle qu'il dédia à saint Clair, premier évêque d'Albi, et cette forte excavation, tentée avec audace, ne paraît pas avoir porté atteinte à la solidité du monument.

INTÉRIEUR.

On ne peut voir sans admiration, l'intérieur de la cathédrale d'Albi. La régularité de l'édifice, l'aspect imposant du jubé, la vaste étendue de la nef, l'élévation des voûtes[8] sur lesquelles la main de l'art a semé des arabesques du dessin le plus correct, les restes des anciens vitraux, recouvrant de longues ouvertures qui ne laissent pénétrer qu'une clarté mystérieuse et affaiblie, le pavé même, formé de pierres sépulcrales, et où des signes héraldiques, à demi-effacés, indiquent à-la-fois et la vanité de l'homme et le néant de ses grandeurs; tels sont les principaux objets qui, d'une manière simultanée, y captivent l'attention, mais sans la fatiguer. Bientôt on cherche à connaître en détail toutes les parties de l'édifice, tous les objets qui servent à son embellissement, et cet examen minutieux, auquel l'observateur se livre avec délices, ajoute encore à l'enthousiasme qu'a fait naître d'abord la vue générale de cette enceinte religieuse. L'église est divisée par le jubé en deux parties presqu'égales; neuf chapelles sont ouvertes autour de la nef. Dans l'une, on voit une bonne copie du tableau de sainte Cécile par le Dominiquin. La chapelle du Baptistère renferme un groupe en stuc qui représente J.-C. et saint Jean : cet ouvrage est de ce temps, encore peu éloigné, où les artistes avaient abandonné les vrais principes et substitué à l'étude des grands modèles et à l'imitation de la nature et de l'antique, une manière expéditive et des formes mesquines et tourmentées. La chaire est aussi en stuc : c'est un don de l'archevêque Lacroix de Castries, qui fit de même présent à sa cathédrale de l'orgue qu'on voit encore au fond de la nef, au-dessus de l'entrée de la chapelle de Saint-Clair.

Pour placer cet orgue, il a fallu couvrir ou détruire une grande partie des peintures exécutées dans cette portion de l'église par l'ordre du cardinal Jofredi, et qui ne formaient qu'un immense tableau. Au centre de la composition, paraissait l'Éternel appelant à lui les justes et abandonnant les réprouvés aux peines de l'enfer; mais on ne voit plus que les anges qui environnaient son trône. A droite, sont assis les prêtres, les princes, les pauvres même, qui ont mérité par leurs vertus les faveurs du Tout-Puissant; tous ces êtres, en possession d'une félicité qui ne doit point avoir de fin, forment deux lignes distinctes. L'artiste a ensuite divisé, par des banderolles et des nuages, la grande scène qu'il a représentée; il a mis d'un côté les femmes qui viennent de ressusciter, et de l'autre les hommes. Tous ces personnages sont nus, et le pinceau n'a déguisé aucune forme, n'a même négligé aucun détail. Les femmes ont, ainsi que les hommes, un livre ouvert sur leur poitrine. Toutes ces figures représentent des réprouvés. Dans la partie inférieure du tableau, sept compartimens offrent l'image des tourmens des damnés : une inscription, en vieux français, indique et la faute et la punition. Ainsi, au-dessus de l'une de ces peintures, on lit :

LA PEINE DES ENVIEUX ET DES ENVIEUSES.

LES ENVIEUX ET LES ENVIEUSES SONT EN UNG FLEUVE CONGELÉ PLONGÉS JUSQU'AU NOMRRIL, ET PAR DESSUS LES FRAPE UNG VENT MOULT FROIT, ET QUAND VEULENT ICELUY VENT ÉVITER SE PLONGENT DANS LADITE GLACE.

Près d'une autre on voit ces mots:

LA PEINE DES GLOTONS ET GLOTES.

LES GLOTONS ET GLOTES SONT EN UNE VALLÉE OU A UNG FLEUVE ORT ET PUANT, AU RIVAIGE DUQUIELS A TABLES GARNIES DE TOUALLES TRÈS ORDES ET DESHONNETES OU LES GLOTONS ET GLOTES SONT REPEULZ DE CRAPAULZ ET ARREUVÉS DE L'EAU PUANTE DUDIT FLEUVE.

Au-dessous d'une troisième, où des malheureux paraissent attachés à une roue, l'inscription suivante a été tracée:

LA PEINE DES ORGEILLEUX ET DES ORGUEILLEUSES.

LES ORGUEILLEUX ET ORGUEILLEUSES SONT PENDUS ET ATTACHÉS SUS DES ROUES SITUÉES EN UNE MONTAIGNE EN MANIERE DE MOLINS, CONTINUELLEMENT EN GRANDE IMPÉTUOSITÉ TOURNANS.

Le jubé coupe, comme nous l'avons dit, l'église en deux parties presqu'égales : il est en pierre et a trois portes. Un vaste et beau péristyle existe en avant de celle du milieu; c'est par elle que l'on parvient dans le chœur. Les deux autres s'ouvrent sur les bas-côtés; elles sont surmontées de clochetons percés de toutes parts, de pyramides couvertes des ornemens les mieux entendus, les plus délicats. Des niches sont creusées dans les montans et sous les clochetons; mais les statues qu'elles renfermaient n'existent plus: elles ont été brisées par la massue révolutionnaire. Tous les ornemens des portes sont sculptés avec une délicatesse, une perfection admirables. Au sommet du jubé est le Christ en croix: plus bas paraissent les statues de la sainte Vierge et de saint Jean. Ces figures sont peut-être un peu courtes, défaut qu'ont en général les monumens du même genre que  l'on voit autour du chœur de cette cathédrale. Les statues d'Adam et d'Ève sont d'un meilleur style. On sent qu'elles furent faites vers ces temps, voisins de la renaissance des arts, et où, en cherchant à imiter la nature avec fidélité, on est quelquefois parvenu à donner aux figures une expression vraie, touchante et naïve. Le chœur est extrêmement vaste; on y compte 120 stales. Il est décoré, dans tout son pourtour, de pieds-droits, qui supportent des arcs, et dans la masse desquels on a creusé des niches, couronnées par des clochetons, et qui renferment de petites statues représentant les Anges chantant des hymnes devant le trône du Seigneur. Ces figures, très nombreuses, sont sculptées avec délicatesse et contrastées avec intelligence. La boiserie est simple. Le sanctuaire renferme les statues des douze Apôtres. Au-dessus des portes latérales, on voit deux empereurs chrétiens, Constantin et Charlemagne, dont les images sont encore placées dans presque toutes nos anciennes basiliques.

Considéré extérieurement, le chœur de l'église de Sainte-Cécile est l'une des parties les plus remarquables de cette magnifique cathédrale. Les quinze chapelles qui y subsistent encore, sont toutes décorées par des peintures dont l'étude peut intéresser et servir à l'histoire de l'art. Les plus anciennes datent du 15e siècle; les autres, faites à l'époque de la renaissance, sont d'un style pur, d'un ton de couleur quelquefois brillant, presque toujours harmonieux. On a retouché, malheureusement, une partie de ces tableaux, et il n'en subsisterait peut-être plus une seule portion intacte, si nous n'avions eu, momentanément, le pouvoir d'en empêcher ce que l'on osait appeler la restauration. Des légendes, des inscriptions, accompagnent souvent ces peintures précieuses; elles étaient nécessaires pour expliquer les sujets des fresques que fit exécuter le cardinal Jofredi pendant son épiscopat.

Les deux grands tableaux qui représentent le Portement de croix et la Résurrection ne peuvent arrêter un instant les regards que par leur singularité, par quelques expressions vraies et par la bizarrerie des costumes. Des idées triviales, exprimées dans la première de ces compositions, montrent que l'auteur n'avait pas des conceptions très-élevées: mais beaucoup de peintres flamands et italiens ont aussi, dans des temps bien plus rapprochés de nous, manqué dans leurs tableaux à toutes les règles du goût et des convenances ; ne soyons donc pas surpris que, dans le i5e siècle, on ait figuré à Albi, avec simplicité des traditions populaires, et que l'Eglise n'avait pas ouvertement condamnées. Ayant contribué de la manière la plus distinguée à l'embellissement de sa cathédrale, l'évêque Jean Jofredi voulut que son image y fut conservée: pour accomplir ses ordres, les artistes qu'il avait employés firent son portrait et celui de chacun de ses frères. On voit encore ces peintures dans l'une des chapelles du chœur. Jofredi est représenté à genoux et les mains jointes; derrière lui est l'évangéliste saint Marc. A gauche et au-dessus de sa tête, on lit cette inscription:

REVERENDISSIMVS DNS

JOANNES JOFREDVS
CARDINALÎS ATRABEN
SIS PRIMVM, IDEM ALBIE
NSIS EPISCOPUS, ABBAS
SANCTI DIONISII IN FRANCIA

Derrière le cardinal, on a représenté Hélie Jofroi ou Jofredi, docteur ès-lois, prévôt de l'église d'Albi, chantre et chanoine de Rodez; une autre inscription fait connaître ce personnage, près duquel on voit sainte Catherine.

DOMINUS HELIUNDUS

JOFREDVS, LEGUM
DOCTOR, PREPOSITUS
ALBIENSIS, CANTOR ET
CANONICVS RUTHENENSIS

Enfin, à l'extrémité du tableau, paraît, accompagné de saint Jean et de saint Clair, Henri Jofredi, autre frère du cardinal. Il fut licencié en droit civil et canon et archidiacre d'Albi. Une inscription est aussi placée au-dessus du portrait de cet ecclésiastique:

HENRICVS JOFRE
DUS UTRIVSQUE JURIS
LICENCIATUS CANONI
CUS ET ARCHIDIACO
NUS ALBIENSIS

Jean Jofroi, ou Jofredi, fut l'un des hommes les plus illustres de son siècle. Il eut les titres d'abbé de Saint-Denis, d'évêque d'Arras et d'Albi et de cardinal. Ce prélat ayant vu à Rome le nom de sainte Cécile en vénération, apporta en France quelques reliques de cette vierge. La nouvelle cathédrale était en grande partie construite; il y plaça les restes précieux de la sainte et il lui dédia cet édifice; mais, pour conserver le souvenir de l'ancienne métropole, il consacra l'une des chapelles à la sainte Croix, et il y marqua d'avance sa sépulture. Il avait d'abord été chargé par Philippe, duc de Bourgogne, de quelques ambassades; dans la suite, ayant assisté au sacre de Louis XI, il fit des efforts pour engager ce monarque à renoncer à la pragmatique sanction; il ne réussit pas dans cette entreprise, mais il eut l'avantage d'obtenir la confiance du monarque, qui l'envoya à Bordeaux pour installer le Parlement. Jofredi dut s'acquitter ensuite de la mission, plus difficile, d'assurer la ruine du comte d'Armagnac. Jean V résista; mais en déployant une valeur inutile, il ne retarda sa chute que pour l'ensanglanter, et Lectoure, assiégée et conquise, cessa d'être l'asile de cette maison puissante qui avait si souvent troublé la tranquillité du royaume. Plus guerrier que pontife, Jofredi fut rejoindre, à la tête d'un corps de troupes, levé dans sa ville épiscopale, l'armée qui assiégeait Perpignan. Après la prise de cette place, il mourut dans son prieuré de Breuil; son corps fut porté à Albi et enseveli dans la chapelle de la Sainte-Croix. Les murs de ce sacellum étant recouverts presqu'en entier, de peintures qui représentent les faits que fournit l'histoire de Constantin et de sainte Hélène, relativement au culte de la Croix, nous serons dans la nécessité de rapporter une partie de ceux-ci. L'empire était déchiré par l'ambition et par les guerres civiles. Ces Romains, autrefois si grands dans les combats, si grands dans la tribune, et qui, par leur courage et leur sagesse, avaient donné des lois au monde, ne connaissaient plus les sentimens généreux qui avaient animé leurs ancêtres. Us ne prenaient plus les armes pour l'agrandissement ou pour l'illustration de la patrie, mais seulement pour le choix des tyrans. Constantin, fils de Constance Chlore, avait été proclamé Auguste par l'armée, mais Galerius ne lui donnait que le titre de César; en Italie, Maxence avait pris la pourpre, et, sous le spécieux prétexte de venger son père, immolé par les ordres de Constantin, il montait sur le trône et déclarait la guerre à son rival; celui-ci s'avança bientôt vers la capitale du monde.

Les historiens ecclésiastiques ont raconté les prodiges qui assurèrent la victoire à Constantin. Son camp était placé non loin du Pont Milvius, et ses troupes paraissaient moins nombreuses que celles de son adversaire; mais il implora le pouvoir du Dieu des chrétiens, et une Croix lumineuse se montra à ses yeux, au-dessus du soleil; il lut autour de ce signe du salut, les mots : In hoc signo vinces. La nuit suivante, le Fils de Dieu lui apparut, tenant dans ses mains cette croix, dont la figure avait brillé dans le ciel, et Constantin reçut l'ordre de s'en servir dans les combats comme d'une défense assurée. A son réveil, le prince assemble les chefs des légions; il leur raconte ce qu'il a vu, il dépeint avec exactitude le symbole de la Rédemption, et ordonne d'en construire un pareil; sa volonté est exécutée. Le monograme de Christ est uni à la croix; le Labarum en est orné, et cette image, naguères méprisée par les partisans du Polythéisme, devient l'enseigne impériale et le gage de la victoire. La nuit qui précèda la bataille, Constantin fut encore averti en songe de faire inscrire sur les boucliers de ses soldats le nom abrégé de J.-C. Il obéit, et dès la pointe du jour, les caractères grecs X chi et P rho, qui commencent ce nom sacré, brillèrent sur toutes les armures. Le peintre employé par le cardinal Jofredi a représenté, dans les deux premiers tableaux de la chapelle de la Sainte-Croix, les événemen6 dont nous venons de retracer le souvenir. Dans l'un on voit Constantin portant une couronne rayonnée, et vêtu, ainsi que les personnages de sa suite, à l'exception d'un seul, à peu près comme on l'était pendant la seconde moitié du i5c siècle. L'empereur lève les yeux et voit dans les airs une croix resplendissante de célestes clartés; des Anges voltigent à l'entour, et on lit au-dessus ces mots : IN HOC SIGNO VINCES.

Le second tableau montre Constantin endormi; le Christ lui apparaît. Des soldats sont couchés près du lit de l'empereur ; leurs boucliers sont chargés d'aigles à double tête, et, malgré cette erreur dans le dessin, on s'aperçoit que l'artiste a voulu faire comprendre que ces boucliers, encore ornés des signes caractéristiques de l'empire , seront bientôt décorés du monogramme sacré, puisqu'en cet instant même le Christ prescrit à Constantin de le faire graver sur les armes de ses guerriers. Maxence, au milieu de ses troupes et prêt à passer le Tibre pour atteindre son ennemi, est représenté dans un autre tableau de la chapelle de la Croix; une louve est peinte sur ses drapeaux; il est à cheval et tient un sceptre. Son costume s'éloigne entièrement de la vérité historique ; ses soldats sont de même vêtus d'une manière bizarre. Une autre composition montre l'ennemi de Maxence s'avançant pour combattre. On porte devant lui un étendard sur lequel brille la croix. Les habits de ses soldats ressemblent en entier à ceux en usage vers la fin du 15e siècle. Le cheval qui le porte est caparaçonné et sur la draperie on voit l'aigle à deux têtes et la couronne impériale.

Dans le cinquième tableau, les armées sont en présence. Animés d'une haine qui ne peut s'éteindre que dans le sang ennemi, Maxence et Constantin sortent des rangs. Chacun porte une armure complète, pareille à celle des chevaliers qui vivaient sous le règne de Louis XI, mais cette armure est en or. Les visières des casques sont baissées, et une couronne brille sur chaque cimier. Les lances des deux adversaires se sont croisées; Constantin, protégé par le signe sacré empreint sur l'étendard qui flotte près de lui, a frappé mortellement son compétiteur à l'empire ; Maxence tombe et ses légions vont prendre la fuite. Les autres peintures qui ornent la chapelle de la Croix, forment deux tableaux particuliers où l'on voit sainte Hélène, mère de Constantin. La conversion de cette femme fut si parfaite, dit un écrivain, qu'elle pratiqua toujours depuis les plus héroïques vertus. Elle se distinguait surtout par son amour pour les pauvres. Rufin dit, en parlant du zèle et de la foi d'Hélène, que rien ne pouvait leur être comparé. Saint Grégoire le Grand, assure qu'elle allumait dans le cœur des Romains, le feu dont elle était embrasée. En 326, Constantin ayant résolu de faire bâtir une église sur le Calvaire, sainte Hélène, quoique âgée de près de quatre-vingts ans, se chargea de ce pieux ouvrage; elle avait d'ailleurs résolu de rechercher avec soin la Croix sur laquelle le Sauveur avait cessé de vivre. Elle fut donc à Jérusalem et consulta les habitans de cette ville pour retrouver le lieu où gissait ce monument teint du sang de J.-C. Le reste de cette histoire est trop connu pour être rapporté. Pénétrée d'une sainte joie, Hélène fonda une église sur la place même où elle avait découvert la Croix; elle revint ensuite à Rome et mourut peu de temps après. L'entrée de sainte Hélène dans Jérusalem, forme le sujet de l'un des plus curieux tableaux de la chapelle de la Croix. Les vêtemens de la mère de Constantin ressemblent en entier à ceux que portaient les femmes de la plus haute distinction, à l'époque où cette peinture a été terminée. Montée sur une haquenée, Hélène a près d'elle ses Dames, ses Gentilshommes ses Pages; l'un de ces derniers porte même un épervier sur le poing. On croit assister à une scène du moyen âge, et néanmoins l’action a lieu en 326.

On lit, au-dessus du tableau, cette inscription:

HELENA CONSTANT. MATER HIEROSOLIMA
PETIIT CRUCIS INVENIEND. CAUSA.

Dans un autre tableau, peint à côté du précédent, sainte Hélène est représentée assise sur un trône, interrogeant les vieillards et les autres habitans de Jérusalem, pour apprendre en quel lieu elle peut espérer de retrouver la croix de J.-C. Une inscription explique cette scène  :

PRECIPIT SENIORIBUS POPULI SIBI DEMONS-
TRARE LOCUM UBI ERAT CRUX SANCTA.

La nature et les bornes de cet ouvrage nous empêchent de parler ici d'une foule d'autres tableaux à fresque, que contiennent encore les chapelles du chœur de la métropole d'Albi. Ces objets ne sont pas d'ailleurs les seuls que l'on considère avec intérêt dans cette partie de l'église. Trente statues placées dans les niches des piliers pyramidaux de l'enceinte de ce chœur, méritent aussi toute l'attention. Sculptées en pierre, peintes et dorées, elles sont d'une conservation parfaite. Les noms, tracés, en caractères du 15e siècle, sur les rouleaux qu'elles tiennent, nous apprennent que ces figures représentent des Prophètes et des Saints; les têtes ont de l'expression; quelques draperies sont bien jetées ; le travail est facile, mais les proportions n'ont pas toujours été observées et ces statues sont trop courtes. On a dit, il y a long-temps, qu'en ne leur donnant point la hauteur qu'elles devaient avoir, l'artiste avait voulu flatter l'archevêque Louis d'Amboise, dont la taille était peu élevée; mais il est plus naturel de n'attribuer ce défaut qu'au style propre à ce sculpteur. On doit considérer comme un ouvrage immense et qui honorera toujours les arts, les peintures des voûtes de cette église, ornemens de la plus grande richesse, du plus étonnant effet, et où le goût du 16e siècle paraît avec tant d'avantages[9]. Pour en faire sentir tout le mérite, il faudrait les décrire en détail, et nous ne pouvons leur consacrer ici que quelques lignes[10]. Mais que l'on se représente les voûtes en ogives d'un temple qui a plus de 323 pieds de longueur; qu'on en calcule les courbes et leurs développemens ; qu'on étende sur le tout une teinte d'azur; que sur ce fonds , dont la couleur éthérée paraît doubler la hauteur de l'édifice , on retrace, par la pensée , ces tortueux rinceaux de l'Acanthe , ces enroulemens gracieux que l'on a admirés dans les palais de la belle Italie; que ces arabesques délicats empruntent à l'albâtre sa blancheur, et que l'or seul en rehausse les élégans contours ; que des êtres célestes se jouent dans les feuillages; que les Prophètes, les Vierges , les Saints, les Martyrs y soient représentés ; que la pureté du dessin, la simplicité des poses, annoncent l'école de Raphaël et rappellent les fresques du Vatican; que l'or brille partout; qu'il étincelle sur l'azur; qu'il forme les nervures des voûtes et les principales lignes architecturales, et l'on aura une idée, imparfaite encore , de l'ensemble magique que présentent les somptueuse» voûtes de Sainte-Cécile.

L'un des objets qui attire aussi les regards du voyageur dans l'église métropolitaine d'Albi, c'est le pavé, formé de larges dalles couvertes d'inscriptions. Semblable au rouleau d'Ezechiel, qui était écrit d'un bout à l'autre, il offre de toutes parts des caractères gravés avec soin. Au milieu du Chœur est une tombe plate sur laquelle on a représenté Bernard de Camiat, évêque, mort le 4 des calendes de décembre de l'an i33y. Ce prélat porte une mitre enrichie de pierreries; ses mains sont jointes; la pointe de sa crosse entre dans la gueule du lion placé sous ses pieds; l'inscription suivante occupe le pourtour de la pierre sépulcrale.

ANNO AB IINCARNATIONÆ DOMINI NOSTRI IIIV XP. M. CCC. XXX. VII. QUARTO EL MENSIS DECEMBRIS RIIT R.EVENDISSIMUS PATER DSP. BERNARDUS DE CAMIATIO, DIVINA CLEMENTIA EPS. ALBIENSIS. CUIUS ANIMA ET OOMNIUM FIDELIUM DEFUNCTORUM MIAM. DEI SINE FINE REQUIESCAT IN PACE. AMEN.

Des lames de bronze, mises dans le pavé du chœur, couvraient les sépulcres de quelques prélats qui avaient aussi gouverné l'église d'Albi; mais, pendant les premières années de la révolution, rien ne fut respecté par les agens de l'autorité. Ces lames de bronze sur lesquelles on avait inscrit les noms et les éloges de ceux dont elles ornaient les tombeaux, ont été brisées et vendues. Des mains, déjà exercées à mutiler tout ce qui consacrait les souvenirs des temps passés et des actions des hommes célèbres, ont détruit ces monumens funéraires.

Jean Jofredi qui seconda si bien la sombre politique de Louis XI et qui, tour à tour prêtre et soldat, servit également l'église et le trône, fut chassé du mausolée où il reposait près de son frère Hélie. Les statues qui faisaient partie de ce monument placé dans la chapelle de la Croix, n'existent plus et la fureur des iconoclastes modernes s'est assouvie sur des marbres insensibles. Le corps de d'Amboise, le premier de ce nom qui ait occupé le siége d'Albi, gît, mais sans monument, dans la chapelle de Sainte Marie-Majeure, derrière le maître-autel. Le cardinal Louis d'Amboise, neveu du précédent, étant appelé à Rome, mourut en chemin ; son cœur seul fut porté à Albi et déposé dans le tombeau de son oncle. Gaspard de Lude, dernier évêque de cette ville, y mourut en 1628 et fut inhumé près du sanctuaire. Hyacinthe de Sarroni, qui ouvre la liste des archevêques, cessa de vivre à Paris, le 7 de janvier 1687; son cœur a été mis dans la chapelle de Saint-Amant. On voit, dans une autre, un obélisque, en marbre noir, élevé à la mémoire de l'évêque Charles-Joseph de Quiqueran de Beaujeu, par l'archevêque Armand-Pierre de Lacroix de Castries[11]. Les plus anciennes inscriptions sépulcrales qui existent dans la nef et dans les chapelles, ne remontent qu'au 15e siècle ; elles appartiennent presque toutes à des membres du chapitre diocésain. Des encadremens, des écussons en forment les ornemens. Le style de ces épitaphes est pur, les idées sont religieuses et touchantes, mais elles ne peuvent en général inspirer qu'un médiocre intérêt. On y retrouve cependant celles de quelques ecclésiastiques qui appartenaient à des familles honorablement connues : le monument du chanoine Jean-Baptiste Galaup, rappelle le célèbre navigateur Galaup de Lapérouse, né à Albi, en 1741. On lit encore, parmi ces nombreux moniteurs funéraires, l'inscription, trop laconique, d'Etienne Trapas, qui, amateur éclairé des sciences et des lettres, et profond érudit, avait formé à Albi, pendant le 17e siècle, une bibliothèque nombreuse et choisie qui renfermait des manuscrits précieux. A l'époque où nous avons visité pour la première fois l'église métropolitaine d'Albi , des murs noircis par le temps et qui renferment un ancien cimetière , en dérobaient d'un côté l'aspect, tandis que, près des marches qui conduisent sur la plate-forme, un étroit et obscur édifice servant de prison , empêchait d'apercevoir le majestueux péristile que nous avons décrit: mais suivant un projet présenté à M. le vicomte de Cazes, préfet du département du Tarn , et adopté en partie, cette enceinte doit être abattue, et une place sera tracée sur l'espace qu'elle environne. Une rampe demi-circulaire entourera la plate-forme, qui conservera toujours une grande élévation. Le portail, bâti par Dominique de Florence, mis en monument au pied de la tour, formera l'entrée d'un ossuaire où seront déposés les tristes restes de ceux qui furent ensevelis dans l'enceinte qu'il faut renverser. Ainsi, en dégageant du côté du midi, la belle église de Sainte-Cécile, des vieilles constructions qui pressent ses murs, en créant près d'elle une place remarquable, les habitans d'Albi prouveront qu'ils connaissent toute l'importance, toute la majesté de leur cathérale. Dejà les prisons n'existent plus et, du côté de la tour, les masures qui formaient une ceinture de ruines, ont été abattues; on a nivelé les terrains, et une promenade agréable remplace les inutiles remparts et les fossés qui séparaient la ville d'Albi de l'ancien Bourg de Castelviel. Ainsi on peut espérer que bientôt l'énorme masse de l'église de Sainte-Cécile sera vue de toutes parts, et que l'on ne sera plus obligé de chercher en quelque sorte son élégant portail, au milieu des bâtimens informes et hideux dont on l'avait environnée.

[1] Nous avons cependant découvert, de loin en loin, dans le Département du Tarn, les restes de quelques routes antiques. [2] Cette habitation, nommée autrefois La Verbie, compose la plus grande partie du palais archiépiscopal. [3]  Cette maison appartient à M. le docteur Compayre, notre honorable ami. [4] M. Maries, depuis ingénieur en chef des départemens de la Doire et de l'Aude. [5] Les marches ont plus de 8 mètres de longueur. [6] On ne pouvait placer ce portail au-dessous de la tour, ou dans l'axe de l'église, parce qu'il aurait été positivement sur la ligne du rempart et seulement à quelques pas de la limite des deux communes d'Albi et du Castelviel, qui avaient chacune une juridiction particulière. D'ailleurs le terrain, étroit et en pente rapide, qui forme le Bourg de Castelviel ne communiquant avec la ville que par le passage qui en longeait le mur, ou par un ravin profond, il était inutile d'ouvrir une porte de ce côté.[7] Azemar lo negre, célèbre troubadour, était né au Castelviel. On voit dans l'église de Sainte-Cécile une pierre sépulcrale sur laquelle on lit ces mots : Tombeau du sieur Jean Niel, directeur de l'adoration perpetuelle du St.-Sacrement, et premier consul du Casteviel-les-Ailby : R. I. P. A.[8] Elles sont à 30 mètres, ou 92 pieds 6 pouces du pavé de l'église.[9] Ces peintures portent les dates de 1502, 1505 ; 1510, 1511 et 1512.10] L'auteur de cette notice termine un ouvrage complet sur la cathédrale d'Albi. Les planches représentant les peintures des voûtes, et les plus curieux tableaux des chapelles seront coloriées et dorées.[11] Voici l'inscription gravée sur ce monument:

D. O. M.

Hic Quiescit, expectans resurectionem .
Illus.. æ rev… in Christo pater,

Carolus Josephus de Quinqueran de Beaujeu,
Episcopus Elusinus Mirapicensis designatus,
Genere clarus, pietate, doctrina, cœterisque clarior.
Virtulilius. Obiil VIII calendas Augusti anno Dei
M. DCC.XXXVII, œtatis suce, XXXVII, post acceptant
Hoc in templo consecrationem mense XXIII.
Viator,
Sic transit gloria mundi.
Ad œternam sua; in defunctum benevolent
Memoriam hune lapident ponere jussit
Consecrator pientissimus Armandtis Petrus
De lacroix de Castries, Archepiscopus Albiensis,
Begn. ordinis S Spiritu commendutor R. I. P. A. 

Quiescit, expectans resurectionem .
Illus.. æ rev… in Christo pater,

 

Cathédrale Sainte-Cécile. Albi. Source internet.
Cathédrale Sainte-Cécile. Albi. Source internet.
Cathédrale Sainte-Cécile. Albi. Source internet.
Cathédrale Sainte-Cécile. Albi. Source internet.
Cathédrale Sainte-Cécile. Albi. Source internet.
Cathédrale Sainte-Cécile. Albi. Source internet.

Cathédrale Sainte-Cécile. Albi. Source internet.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE D'AUXERRE.

F.T.JOLIMONT.

Ce fut dans le 3ième siècle, sous le règne de l'empereur Aurélien, que les apôtres des Gaules commencèrent à prêcher la foi dans Auxerre, et au rapport de l'historien Etienne qui écrivait du temps de saint Aunaire, la construction de la première église connue dans cette ville est attribuée à Saint-Amatre vers la fin du 4e siècle. Depuis cette époque l'église d'Auxerre fut plusieurs fois réédifiée, augmentée et enrichie de présens considérables par divers évêques jusqu'au 9e siècle où elle fut brûlée. D'abord rétablie par Hérifrid et plus tard presqu'entièrement reconstruite sur un nouveau plan par Guy évêque en 932, qui, le premier, lui donna la forme d'une croix et y fut inhumé le premier après l'avoir comblée des plus riches présens, cette église fut de nouveau entièrement réduite en cendres en 1030 sous le pontificat de Hugues de Challon qui la fit rebâtir en pierres de taille et construisit les belles chryptes qui existent encore.

Ce monument plus solide et plus durable ne fut cependant point exempt d'évènemens, qui depuis encore à différentes époques en détruisirent quelques parties, et amenèrent avec les réparations nécessaires, de nouvelles dispositions et de nouveaux agrandissemens ou embellissemens jusqu'en 1213, époque à laquelle l'évêque Guillaume de Seignelay entreprit la construction de l'église actuelle que l'on peut regarder comme la cinquième élevée en ce lieu depuis l'établissement de la religion catholique à Auxerre. Comme tant d'autres, cet édifice remarquable d'ailleurs, dont la construction a duré plusieurs siècles, n'a point reçu son entier achèvement; le grand portail est incomplet, une des deux tours seulement est terminée et son aspect élégant fait regretter d'avantage l'absence de la seconde, et l'irrégularité qu'elle produit.

Les dévastations révolutionnaires de 1793, et le manque presqu'absolu d'entretien pendant plusieurs années, ont nécessité d'assez nombreuses et urgentes réparations; elles viennent d'être confiées à M. Heinz , architecte de la ville qui mérite les éloges des amis des arts pour les soins qu'il prend à conserver le caractère primitif des parties qu'il restaure avec autant de zèle que de talent; exemple trop peu suivi, du moins jusqu'à présent, par tant d'architectes inhabiles qui n'ont que trop souvent complété la mutilation de nos plus beaux monumens. Il est à regretter que les fonds destinés à ces utiles travaux ne suffisent pas pour une restauration entièrement complète.

EXTÉRIEUR.

Le grand portail ou façade principale de la cathédrale d'Auxerre serait assurément au nombre des plus remarquables de France, si la tour méridionale était achevée et si la partie centrale avait plus de largeur. Ce portail offre en effet, dans son ensemble, de belles proportions : la tour septentrionale est majestueuse, imposante et a de l'élévation sans maigreur; les portes sont élégantes, et les ornemens distribués avec régularité sur toute cette façade, sont riches et nombreux sans profusion. Quelle fatalité donc attachée à tant de nos principaux édifices du moyen âge a encore suspendu l'exécution de celui-ci, qui fut interrompue vers l'an 1550, et depuis lors est restée imparfaite? Sans doute des guerres[1], des malheurs politiques, les finances épuisées, des nécessités plus pressantes ont empêché d'ajouter quelques nouvelles assises de pierres qui, sans de trop grands sacrifices, auraient complété ce beau portail dont malgré son imperfection plusieurs antiquaires et architectes célèbres[2] ont fait un pompeux éloge. La partie inférieure est des 13ième et 14ième siècles, elle comprend les trois portes au-dessus desquelles le style de cette époque s'allie insensiblement avec la partie supérieure, qui surtout, à prendre du point où la grande tour s'isole, est beaucoup plus récente.

La 1ère porte à gauche, sous la tour terminée, est formée d'une voussure peu profonde, ornée de trois rangs de groupes de figures très-mutilées, offrant à ce qu'il nous a paru, des sujets de l'ancien testament. Dans le tympan , seulement vers la base , deux figures de femmes et une d'homme couronnées, sont assises accompagnées d'anges à genoux tenant des candélabres; sur les parois latérales , existaient dans des niches,  trois statues de chaque côté, qui ont été enlevées; les soubassemens présentent encore seize caissons où sont représentés en relief la création du monde, la désobéissance et la chute du premier homme , le déluge, etc. Le reste de la tour est divisé en quatre étages plus ou moins décorés , dont le troisième a pour principal ornement une suite de petites consoles surmontées d'arcades à clochetons sans doute destinées à recevoir des statues, mais où il ne parait point qu'il y en ait eu; enfin le quatrième étage, entièrement isolé, est seul percé sur chacune des quatre faces de deux grandes ouvertures longues et étroites garnies d'abats-vents et terminé en plate-forme à balustrade, flanqué aux encoignures de quatre petits massifs formés par le prolongement des contreforts angulaires. Cette tour a 183 pieds d'élévation.

La porte à droite, sous la tour non finie offre les mêmes dispositions que celle opposée, les trois rangs de groupes des voussures représentent divers sujets sacrés et les sculptures du tympan la vie de J.-C. divisée en neuf tableaux, les six statues des parois latérales n'existent plus et les soubassemens ne présentent aujourd'hui que des restes de compartimens et de figures tellement mutilées qu'il est presqu'impossible d'en reconnaître les sujets, à l'exception d'un bas-relief dans un encadrement d'architecture sur le mur à droite, qui nous a paru être le jugement de Salomon. Le reste de la tour élevé à un peu plus du tiers de la hauteur qu'elle devait avoir, est d'un style analogue à l'autre tour, et fait présumer que celle-ci aurait complété régulièrement le portail dont il nous reste à décrire la partie la plus riche, celle du centre.

Elle se compose de trois divisions bien distinctes. La grande porte occupe toute la partie inférieure. Plus de deux cents figures distribuées en six rangs de groupes formant au moins cinquante sujets, pris dans l'histoire ou les légendes sacrées, remplissent tout l'intérieur de sa profonde voussure ogive, dont l'ouverture est ornée d'une dentelle délicate en pierre. Ces groupes sont portés sur des ornemens d'architecture artistement travaillés, servant à la fois de couronnement et de support. Les grandes statues des parois latérales qui représentaient les douze apôtres ont disparu comme celles des deux autres portes en 1793. Dans les soubassemens on trouve encore malgré leur dégradation d'abord un rang de quatre reliefs de chaque côté, représentant des saints personnages de l'un et de l'autre sexe distribués deux à deux dans de petites arcades ornées, et au-dessous une grande quantité de petits caissons et de compartimens offrant pour chaque côté une distribution et des formes différentes, on y distingue encore à gauche l'histoire de Joseph de la genèse; la droite est méconnaissable. Cette belle porte est surmontée d'un fronton pyramidal percé à jour et dont les arestiers supportent sept petites statues de diacres au nombre desquels St Etienne, patron de l'église, est placé au sommet de l'angle ; la seconde division construite en arrière corps est entièrement formée d'un beau vitrail en rose enfermé dans un grand arc ogive dont l'extrados, très orné, supporte une petite galerie découverte. Enfin le pignon triangulaire de la nef, également riche d'ornemens et dont le côté gauche se rattache à la grande tour par une sorte d'arc-boutant, qui sans doute aurait été répété du côté opposé, complète et termine agréablement cette partie principale du portail de la cathédrale d'Auxerre, vis-à-vis lequel une place assez régulière et assez vaste permet d'en embrasser le coup-d'œil d'un point de vue favorable: mais cette place mal bâtie et dont le sol n'est point nivelé est peu en harmonie avec l'élévation et l'importance de l'édifice.

Les autres façades de l'église d'Auxerre au nord et au sud et le rond-point du chœur, offrent, à très peu de chose près, un style uniforme de construction et rien de remarquable; plus de pesanteur que de légèreté, des ornemens rares , mais un ensemble sévère et régulier, il faut en excepter les deux portails aux deux extrémités du transept qui sont d'un bel aspect et d'un goût de composition qui a beaucoup d'analogie pour la disposition et les ornemens du pignon, du vitrail à rosace et du porche, (dont le temps et des mains ennemies ont détruit la plus grande partie des sculptures), avec la partie centrale du grand portail. On peut considérer ceux-ci comme semblables entr'eux, n'offrant que quelques légères différences dans les ornemens de détail.

INTÉRIEUR.

L'intérieur de l'église d'Auxerre, d'une étendue moyenne, est régulier, et présente des proportions élégantes et sveltes. Ses dimensions sont de 300 pieds de long, sur 71 de large non compris les chapelles, et 1oo d'élévation. Cet édifice étant bâti sur la pente d'un coteau rapidement incliné, il faut descendre six marches pour entrer dans la nef, et deux marches pour passer de la nef autour du chœur. Il paraît que l'architecte n'a pu entièrement corriger ce défaut de nivellement, malgré l'élévation des cryptes sur lesquelles le chœur est considérablement exhaussé au-dessus du point le plus incliné du sol naturel. Quelques nuances de style, qu'il est facile d'observer en examinant attentivement chaque partie de cet intérieur, caractérisent le passage des différentes époques dans l'intervalle desquelles cet édifice a été bâti. C'est ainsi que dans le rond-point, une partie du chœur, et dans les bas côtés qui l'entourent, on reconnaît, à la forme des piliers, des galeries et des fenêtres, la portion de construction la plus ancienne, c'est-à-dire celle du commencement du treizième siècle. La nef et la croisée sont de la fin de ce siècle ou du commencement du quatorzième; les premières travées vers le grand portail, sont surtout évidemment de ce dernier siècle. Les fenêtres, les galeries et les portes du transept sont beaucoup plus ornées que toutes les autres parties de l'édifice, et sont du temps où l'art commençait à perdre de sa rudesse et de sa simplicité. Quelques critiques ont trouvé que les bas côtés de la nef et les ouvertures des travées sont un peu étroits : ils sont accompagnés de cinq chapelles de chaque côté, y compris celles qui sont sous les tours; plus deux autres sous la transept; toutes sont fermées de grilles fort simples, et ne présentent rien de particulier que quelques vestiges de médiocres peintures à fresque. La chapelle de la Vierge, derrière le chœur, est seule remarquable par sa forme carrée, la disposition de sa voûte et des trois arcades qui en forment l'entrée, soutenues sur deux colonnes fuselées et d'une grande délicatesse pour leur élévation[3]. Le chœur, jadis fermé par un beau jubé, qui fut détruit par les calvinistes, est vaste; le sanctuaire surtout, pavé en marbre blanc et noir, est fort beau; mais l'un et l'autre sans ornemens d'architecture. Enfin, toutes les voûtes sont en briques, chose peu ordinaire, les nervures seulement sont en pierres.

Les vitraux peints sont la décoration la plus importante que la cathédrale d'Auxerre ait en grande partie conservée; les trois roses surtout brillent en même temps des couleurs les plus vives et des formes les plus agréables. Celle de la nef à l'ouest représente le Ciel, ou la Divinité dans toute sa gloire, figurée au centre sous l'emblème du soleil; autour sont rangés une grande quantité d'anges, de chérubins et de bienheureux, au nombre desquels on remarque les portraits des donataires. La rose du transept à droite au sud, et le vitrail en huit panneaux placé au-dessous, sont en assez mauvais état, et représentent des sujets tirés de la Bible; on y reconnaît le serpent d'airain, le frappement du rocher, le passage de la mer Rouge, etc.; mais beaucoup de parties endommagées, d'autres déplacées ou mises à contresens par quelque ouvrier maladroit, en défigurent l'ensemble. Du côté opposé, à gauche, la rose du nord, beaucoup mieux conservée, représente les litanies de la Vierge, en une quantité considérable de figures emblématiques, et dans le "vitrail au-dessous, divisé en huit panneaux, divers sujets de la vie des saints. Les vitraux de la nef et de ses chapelles sont moins remarquables et moins bien conservés; ceux du chœur sont assez importans, mais grossièrement exécutés, peut-être pour produire plus d'effet, à cause de leur élévation; ils portent la date de 1573, époque de leur restauration par les soins de l'évêque Amyot, et représentent des évêques, des docteurs et des saints pères. Au milieu, dans le fond, Notre-Seigneur mort en croix et Notre-Seigneur glorieux et ressuscité; au-dessous les donataires et leurs armes; toutes ces figures sont entourées de riches bordures. Les fenêtres des bas-côtés du rond-point offrent aussi d'assez belles verrières du treizième siècle bien conservées. On y reconnaît divers sujets mystiques tirés des légendes et de l'Apocalypse. Enfin, la chapelle de la Vierge est encore éclairée par sept verrières non moins belles; trois dans le fond, qui représentent la vie de la Vierge, l'histoire de Job et celle des Machabées, sont d'un excellent style, et sont pleines de charmans détails, et quatre, pour les côtés, peintes en grisailles, d'un travail moins excellent, dans lesquelles on voit les figures en pied des deux chanoines qui ont fait don de ces vitres, dont on reconnaît le modèle dans leurs mains. Au-dessus de l'une de ces figures; on lit : Henricus, presbiter; le nom de l'autre est effacé; tous deux semblent sous la protection de leurs saints patrons, qui sont également représentés au-dessus de leurs têtes.

Quelques monumens d'un assez grand intérêt, échappés seuls aux dévastations des différentes époques malheureuses de notre histoire, ornent encore l'intérieur de la cathédrale d'Auxerre. Tels sont le maître-autel tout en marbre et en bronze, décoré d'un très-beau bas relief du martyr de saint Etienne, et de la statue en marbre blanc représentant ce saint, grandeur de nature, expirant sous les coups de ses bourreaux, morceau d'une très-belle exécution et d'un excellent goût; le tout est surmonté d'un riche baldaquin, soutenu par des anges. L'aigle ou pupitre du chœur en cuivre jaune, du quatorzième siècle[4], et les deux bénitiers en fer fondu, du treizième siècle, objets curieux pour l'histoire des arts. Les mausolées des évêques Amyot et Colbert, érigés, le premier en 1610 et le second en 1713, aux deux côtés du sanctuaire, par leurs neveux ; enfin, dans la chapelle de la Vierge, le mausolée en marbre de Claude de Beauvoir de Chastellux, maréchal de France, et de Jean de Chastellux, vicomte d'Avallon, amiral de France, qui s'illustrèrent, en 1423, au fameux siège de Cravan contre les Écossais, et conservèrent, par leur valeur et leur générosité, cette ville au chapitre d'Auxerre, qui, en reconnaissance, décerna aux aînés de la famille le titre de chanoine avec toutes ses prérogatives[5] ; monument nouvellement rétabli aux frais de la famille, en place de l'ancien, détruit en 1793. On y voit les deux héros couchés, les mains jointes, sur un lit ombragé de drapeaux; au-dessus, l'artiste a trouvé le moyen d'ajuster un ancien bas-relief provenant peut-être du tombeau primitif, représentant la bataille de Cravan; mais on est étonné de trouver reléguée sur un pilier du bas-côté, à droite, hors la chapelle, l'ancienne inscription, gravée sur une table d'airain, qu'on aurait dû rétablir sur le nouveau monument.

Le siège épiscopal d'Auxerre, illustré par une longue suite d'évêques, dont un grand nombre ont brillé par leur mérite et leurs éminentes vertus, a été supprimé dans la dernière organisation des évêchés de France, et réuni à celui de Sens dont il était suffragant.

 

[1] C'était en effet à l'époque désastreuse des guerres de religion et des troubles de la Ligue. [2]Le comte de Caylus, Vauban, Servandoni, l'abbé le Bœuf et quelques autres en parlent avec une sorte d'enthousiasme qui pourrait peut-être paraître exagéré à ceux qui aujourd'hui voient et jugent ces monnumens avec des connaissances plus positives. [3] Dans la planche 4 on a représenté cette chapelle débarrassée des boiseries et tableaux de mauvais goût qui l'obstruent. Et sa grille remplacée par la clôture de pierre à jour qui paraît avoir existé primitivement. [4] Cet aigle rapporté depuis peu dans la cathédrale, appartenait à une autre église et remplace ici l'ancien aigle détruit dans la révolution, qui était du même temps et plus curieux. [5] Le titulaire de ce canonicat quoique laïque en prenait possession botté, éperonné, cuirassé, un oiseau sur le poings, revêtu d'un surplis, le baudrier et l'épée par-dessus, ganté des deux mains, l'aumuce sur le bras, coiffé d'un bonnet bordé d'une plume blanche. Quand Cézar de Chastellux, qui en avait pris possession en 1648 parut au chœur en présence de Louis XIV, à son passage à Auxerre pour aller visiter le camp de la Saône en 1683 ; les seigueurs de la suite du roi plaisantaient sur la bigarrure de cet habillement : le prince leur dit ne badinez pas, il n'est aucun de vous qui ne dût se faire honneur d'un pareil titre. Guillaume Antoine comte de Chastellux, brigadier des armées du roi est le huitième de son nom qui ait pris possession de ce canonicat en 1752, sous M. de Caylus.

 

Photos Cathédrale Saint-Étienne (Sources internet.).Photos Cathédrale Saint-Étienne (Sources internet.).
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