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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #PROPHETIES PAR A. PELADAN

DERNIER MOT DES PROPHÉTIES

ou

L'AVENIR PROCHAIN DÉVOILÉ

par plusieurs centaines de textes authentiques, dont beaucoup sont peu

connus ou inédits et de date récente

notamment les prédictions de l'extatique de Fontet,

de celle de Blain, etc., etc.,

PAR ADRIEN PELADAN

chevalier de Saint-Sylvestre,

IV.

LE PONTIFE-SAINT.

Avec le Grand-Monarque, devant apparaître providentiellement, voici le Pontife-Saint, qui sera également suscité pour accomplir avec lui tant de prodiges.

L'abbé Werdin, d'Otrante, XIIIe siècle :

« Lorsque sur la chaire de Pierre brillera une étoile éclatante, élue, contre l'attente des hommes, au sein d'une grande lutte électorale, étoile dont la splendeur illuminera l'Eglise universelle, le tombeau qui renfermera mon corps sera ouvert. Ce bon Pasteur, gardé par les anges, réparera bien des choses par son zèle et sa sollicitude. Par son zèle et sa sollicitude, des autels seront construits et les églises détruites seront relevées.»

Elisabeth Canari Mora :

« Je donnerai à mon Église, fut-il dit à la pieuse femme, un pasteur saint et rempli de mon

esprit, qui réformera mon troupeau par son grand zèle. »

Le Père Botin :

« Il conduira les peuples dans l'équité et les rois dans la justice, et sera honoré des princes et des peuples. »

Jean de Vatiguerro :

« Il reformera l'univers, principalement par la puissance de ses exemples et là vénération profonde qu'il saura inspirer. Il ramènera les ecclésiastiques à la manière de vivre des temps apostoliques, et il se montrera sans crainte comme sans condescendance envers les puissances temporelles. Il ramènera les schismatiques au giron de l’Église et convertira presque tous les infidèles, et surtout un grand nombre de Juifs. ».

Anna-Maria Taïgi :

« Il sera élu d'une manière extraordinaire. Son nom retentira sur les lèvres des enfants même, et sera connu dans tous les coins du monde. Il sera populaire et aimé des pauvres, mais en même temps sévère dans la justice.

Il est celui qui sera appelé la prédiction des peuples, le chéri de Die. Il fera la réforme de l’État et des moeurs des peuples. Il réformera l’Église et le clergé séculier et régulier, les rappelant à l'observance exacte. Il aura des lumières extraordinaires de Dieu et sera armé d'une foi vive et d'un zèle ardent. Il aura à souffrir, car il devra lutter contre des oppositions qu'il trouvera partout, dès le commencement, de sorte qu'il se trouvera isolé ; mais le bras tout-puissant de Dieu sera avec lui et le fera triompher.

« Le Seigneur lui donnera tant de force qu'il s'imposera même aux souverains. Malheur à ceux qui s'obstineront et formeront opposition à ses ordres : la main de Dieu sera sur eux dès ce monde même pendant son règne; beaucoup de mauvais chrétiens se convertiront, et des églises schismatiques rentreront dans le centre de l'unité catholique. Le Turc lui-même viendra à lui et lui rendra hommage, ainsi que les peuples éloignés. Il aura une vie longue et suffisante pour régler tout à la gloire de Dieu. Mais puisqu'il ne pourra pas tout faire lui-même, le bras puissant de Dieu remuera le monde. Enfin, après avoir fait triompher l’Église sur la terre et reçu la palmé du triomphe, il sera, plein de mérite, appelé par le Seigneur à une couronne d'une gloire immortelle en paradis ; il sera pleuré par tous les peuples ; son nom sera immortel et son souvenir gravé dans le coeur des générations futures. » Cette prophétie a été recueillie par le vénérable prêtre romain, Vincent Pallotti, et communiquée par lui, en 1847, au R. P. Fulgence de Carmagnola, provincial des capucins, à Turin.

Saint Malachie :

« Ignis ardens, feu ardent, semble désigner le Pontife-Saint dans cette prophétie.

Une ancienne religieuse (1816) :

« Elle refleurira cette religion sainte ; mais ce ne sera ni le Pape ni le Roi actuellement régnants qui la feront refleurir, mais un roi selon mon coeur. Il fera de grandes choses avec un Pape que je donnerai à mon Église dans ma miséricorde. Ce n'est qu'à eux qu'il sera donné de rétablir les affaires de l’Église. Le nouveau Pape sera un grand personnage et d'une grande sainteté. Par ses exemples, par ses soins et de concert avec le Grand-Monarque qui sera selon mon coeur, ils feront de grandes choses pour la religion, et plusieurs nations entreront dans le sein de l’Église. »

Prophétie de Prémol :

« Et je vis un homme, d'une figure resplendissante comme la face des anges, monter sur les ruines de Sion (Rome). Une lumière céleste descendit d’en haut sur sa tête, comme autrefois les langues de feu sur la tête des Apôtres. Et les enfants de Sion se prosternèrent à ses pieds, et il les bénit. Et il appela les Samaritains et les Gentils, et ils se convertirent tous à sa voix. »

Mirabilis liber, chapitre XXV :

Cet angélique Pasteur ne s'immiscera eu rien dans les affaires du siècle, mais la houlette à la main, il visitera les régions et les terres. C'est pourquoi, par les soins et la sollicitude dudit Pasteur, et sous le gouvernement d'un monarque temporel, il s'établira entre les Églises grecque et latine une union perpétuelle. Elles ne formeront qu'un centre unique à perpétuité.

Jean de Rochetaillée :

« Un ange, vicaire du Christ, sera transmis du ciel à la terre, parti du coeur même du Christ; il fera toutes ses volontés et ramènera les ecclésiastiques au mode de vivre de Notre Seigneur et de ses apôtres. Il condamnera et extirpera tous les vices, semant dans le monde toutes les vertus ; il convertira les Juifs et les Mahométans. Avant il opérera la soustraction de tous les rebelles à la loi de Dieu. L'univers entier sera pacifié. »

Amadée, évêque de Lausanne :

« Le Pasteur que Dieu aime et choisit entrera, au temps donné, dans le temple ; Rome sera renouvelée en ces jours et présidera au monde entier. Ce Pasteur sera assimilé au roi David, parce que, comme ce dernier avait réformé l'ancienne Jérusalem, celui-là réformera la Jérusalem nouvelle, c'est-à-dire Rome et l’Église. Et il sera le véritable Fils de l’Église, et le Pasteur accepté de tous, de Dieu et des hommes ; le Seigneur lui donnera la grâce et la prudence, et il délivrera ses lèvres et sa langue... Il joindra l'Eglise Occidentale avec l'Orientale dans une Union perpétuelle ; il créera dix cardinaux dans les pays orientaux et établira en Occident deux grands patriarcats. Parmi ceux qui l'assisteront, il y aura sept prélats très-dignes, semblables aux sept anges qui se tiennent devant Dieu. Il enverra des légats apostoliques dans l'univers, afin qu'ils prennent soin des brebis de Dieu; la paix universelle et la réformation reparaîtront.»

Prophéties du pape Benoît XII, XIVe siècle :

« Je me suis réjoui dans ces paroles où il m'a été dit : A cause de la longue tribulation des vrais chrétiens et l'effusion du sang innocent, la prospérité renaîtra au sein du peuple désolé. Un Pasteur choisi montera sur le trône de Pierre et il sera gardé par les anges. Il accomplira de grandes choses par l'inspiration divine. Plein de douceur et d'une vertu sans tache, il sera le pacificateur universel. Il rétablira les affaires de l’Église dont il recouvrera le domaine temporel. Prodige de mansuétude, aidé par ses envoyés, il rétablira l'unité religieuse. Soutenu par la constance divine, il opposera la force d'En-haut à toute puissance ennemie. Il réformera le siècle, et le trône de France sera rendu au souverain légitime. Une seule foi sera en vigueur. Les calamités passeront, et les hommes du Seigneur seront vénérés sous le Pasteur angélique. Il n'y aura plus de divisions dans la grande famille chrétienne, et l'admiration pour la sainteté du pontife sera universelle. Il humiliera l'orgueil des dissidents, et les prélats qui relèveront de son autorité dans le monde entier auront le coeur et les yeux tournés vers la ville éternelle. Ce pape auguste opérera toutes sortes de réformes, et soumettra à l’Église les nations les plus éloignées. Uni avec le Monarque Fort, toutes les résistances contre la vérité seront brisées, et une félicité incomparable règnera parmi les hommes. O Pasteur des pasteurs, tu élèveras à la face des nations deux couronnes, une d'or dans la main gauche, l'autre d'argent dans la droite, marques des promesses divines, comme le signe qui surmontait la baguette de Joseph et que Jacob salua avant de mourir. Le Christ, que représentent ces couronnes, est seul le souverain bien, et le vrai médecin qui répandra le baume sauveur sur nos blessures. Une seule foi sera donc en vigueur au milieu des chrétiens, et un Pasteur unique étendra son autorité sur l'Orient et sur l'Occident. Ta puissance s'étendra au-delà des océans, ô homme de bénédiction ! et ce n'est qu'après trois fois trois temps que tu rendras ton âme à Dieu ».

Le texte latin de cette vaticination nous a été communiqué par un érudit de la Savoie ; elle est extraite d'un très-vieux manuscrit des archives de Sallanches.

Marie Lataste, dans une double allégorie, représente à son tour le Grand Pape et le Grand Roi, l'un et l'autre s'avançant comme des envoyés divins, et pénétrés de la tâche qui leur incombe. Ils sont humbles selon la foi chrétienne, mais animés du courage des messagers providentiels, et ils accomplissent leur mission en prophètes, en héros. Ils sont précédés par les anges, et ils s'en montrent les émules.

B. Joachim. :

« Un pasteur glorieux, s'assiéra sur le trône pontifical sous la sauvegarde des anges. Pur et plein d'aménité, il conciliera toutes choses, rachètera par ses vertus aimables l'état de l'Eglise, les pouvoirs temporels dispersés».

Religieuses de Belley :

« Un saint lève les mains au ciel ; il apaise la colère divine. Il monte sur le trône de saint-Pierre ».

Prophétie du XVIe siècle. :

« Bienheureux l'esprit que la grâce des cieux pour iceux jours a voulu réserver, quand le Grand Pasteur tout à un ralliera pasteur et bestail. Lors seront les coeurs nettement esclairez d'une saincte ardeur, vérité dévolant... Et en ce temps qu'on verra tous les estats estre à gré, et justice à son degré. » (Lyon, Arnoullet, 1572).»

Merlin :

« L'Apostolle (le Pontife Saint) et la gent de Gaule feront tresbucher les desloyaux, qui trembleront de peur; et ceux qui devers l'Apostolle se tiendront, en trembleront de joye, qui les surmontera ; parce qu'il verra avaller ses ennemis. Dont perdra le lion ses ongles » (in-4° gothique, 1498).

Mirabilis liber XXXV :

« Un certain personnage sera consacré Pape, et en peu de temps il réformera l'Eglise...L'Eglise reprendra tout son éclat. »

A.-M. Taïgi :

« Une grande lumière, jaillissant de saint Pierre et de saint Paul descendus des cieux, ira se reposer sur le cardinal futur pape. »

Prophétie de Plaisance :

« Un homme juste et équitable, sorti de la Galatie ; sera Pape ; dans tout le monde renaîtra la concorde et la foi ».

Saint-Ange , martyr :

Un roi s'élèvera finalement de l'antique race des rois de France, d'une insigne piété envers Dieu ; il sera honoré par les princes chrétiens et dévoués à la foi orthodoxe ; il sera aimé d'eux, et sa puissance s'étendra au loin sur la terre et sur la mer. Alors, l’Église, comme retirée d'une certaine destruction, ce roi s'unira au Pontife romain et le soutiendra; l'erreur sera détruite parmi les chrétiens ; l’Église sera rendue à l'état que les bons ont chois pour elle. Il enverra une armée, à laquelle s'uniront spontanément de nombreux guerriers, s'élançant au combat pour la gloire de mon nom (c'est Jésus-Christ qui parle) ; et l'amour de la croix qui les transportera leur obtiendra des trophées dont l'éclat s'élèvera jusqu'au ciel. Le Monarque, équipant bientôt une flotte, passera les mers, rendra à l’Église les contrées qu'elle avait perdues. Il délivrera Jérusalem » (Vie de S. Ange, par Enoch, écrite en 1127).

Prophétie des Catacombes :

« Le Grand Pontife sera ramené par le Grand Monarque. Toutes les vertus refleuriront dans l’Église de Dieu, surtout dans le sacerdoce. Puis la secte de Mahomet sera détruite ».

Guillaume Postel :

« Par eux (le Pape et le Monarque) aura lieu « le rétablissement de toutes choses : le Pape sera en même temps roi, pontife et juge, tandis qu'il n'y aura sur la terre qu'un même culte ». Postel a vu venir un siècle d'or, la monarchie universelle sous un roi français.

 

 

PROPHETIES PAR ADRIEN PELADAN.

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Publié le par Rhonan de Bar
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DERNIER MOT DES PROPHÉTIES

ou

L'AVENIR PROCHAIN DÉVOILÉ

 

par plusieurs centaines de textes authentiques, dont beaucoup sont peu

connus ou inédits et de date récente

notamment les prédictions de l'extatique de Fontet,

de celle de Blain, etc., etc.,

 

PAR ADRIEN PELADAN

chevalier de Saint-Sylvestre,

III

LE GRAND MONARQUE.

Deux majestueuses figures apparaissent à l'horizon lumineux d'un avenir prochain ; c'est le Pontife Saint et le Grand Monarque ; le Pape qui ceindra si magnifiquement la tiare, et le roi qui fera splendidement refleurir les lys. Nous les avons, ailleurs, signalés dans la strophe suivante :

Il est écrit que deux grands hommes.

L'auguste bandeau sur le front,

Dans la nuit des temps où nous sommes.

En Occident apparaîtront:

L'un, d'une sainteté sublime,

Doit, dans la nouvelle Solyme,

Glorifier la vérité ;

Par son audace et sa prudence,

L'autre, sur le trône de France,

Etonnera l'humanité.

Voici une suite de prédictions sur le Grand Monarque, Prophéties de Prémol, écrite dans ce monastère avant 1789 :

« Et je vis venir de l'Orient un jeune homme remarquable, monté sur un lion. Et il tenait une épée flamboyante à la main. Et le coq chantait devant lui. Et le Lion mit le pied sur la tête du Dragon. Et sur son passage tous les peuples s'inclinaient , car l'Esprit de Dieu était en lui. Et il vint sur les ruines de Sion, et il mit sa main dans la main du pontife, et ils appelèrent tous les peuples qui accoururent. Et ils leur dirent : Vous ne serez heureux et forts qu'unis dans le même amour ! Et une voix sortit du ciel, au milieu des éclairs et du tonnerre, disant : Voici ceux que j'ai choisis pour mettre la paix contre l'archange et le dragon, et qui doivent renouveler la face de la terre ! ils sont mon verbe et mon bras ! et c'est mon Esprit qui les guide ».

Glose :

L'Archange, c'est la monarchie ; le dragon, c'est la révolution ; Sion , c'est Rome ; le jeune homme monté sur un lion, c'est le Grand Monarque ; le coq symbolise la faction orléaniste à la fois renversée et convertie.

Le P. Ricci :

« C'est alors que viendra le Duc Fort, sorti d'une des nobles races qui, pendant tant de siècles , demeura constamment fidèle à l'ancienne religion de ses pères, et dont la Maison a été très-affligée par la nécessité à une dure servitude. Les mains de ce Duc seront admirablement fortifiées, et son bras vengera la religion, la patrie et les lois. Dès ce moment on fera cause commune contre ce Monarque fort et contre les rois et les princes qui seront unis à lui. On emploiera tout l'argent et tous les moyens possibles pour lui faire la guerre ; mais il vaincra ses ennemis en pleine campagne, et les écrasera tant en Orient qu'en Occident».

Le prodige aérien de Vienne (Isère), observé le 3 mai 1848, est un de ces phénomènes prophétiques, comme il s'en rencontre dans l'histoire; exemples: les signes observés avant et lors du siège de Jérusalem, par Titus ; le Labarum apparu à Constantin ; la croix de Migné (1826); plusieurs batailles vues dans les airs, depuis 1870, en Pologne, etc. Le nuage symbolique a montré les diverses phases historiques, depuis 1848 jusqu'à la venue du Grand Monarque dont il est dit :

« Sur le nuage blanc et sur la bande supérieure de l'écharpe, se voyait un personnage richement vêtu, coiffé d'un chapeau de général et monté sur un cheval blanc orné d'une couverture brodée à franges d'or. Ce personnage est resté longtemps presque immobile à cette place. .. En même temps, un troisième lion blanc se forma sur le nuage blanc... On vit une grande dame sortir de la ville apparente ou château blanc. Elle était vêtue d'un manteau blanc, qui ne saurait être comparé qu'au manteau de la statue de Notre-Dame de Fourvière. Elle tenait en sa main une autre couronne qui paraissait sortir d'une ouverture faite sur le devant du manteau. Cette dame est venue déposer cette couronne sur la tête du lion blanc. Cette couronne était ronde, grande, blanche, et composée de fleurs dont il n'a pas été possible de reconnaître la nature... Aussitôt que le lion blanc a été couronné, le cavalier, jusque-là immobile, est venu sur le lion, après avoir quitté son cheval, qui a disparu dans les nuages... Au-dessus de cette tête, sur l'azur du ciel, se lisaient ces trois lettres grosses et violettes, dont la première était plus grosse que les deux autres : AVE».

La dame, dont il est ici question, est la Sainte Vierge, dont la protection a obtenu miséricorde au royaume de saint Louis, représenté par le Lion blanc. Elle couronne la France qui, par le culte qu'elle a rendu à la Mère de Dieu, a mérité sa protection toute-puissante. C'est la France qui, dans le mot mystérieux Ave, salue le souverain aimé du ciel, envoyé pour la délivrance du pays. Saint Augustin.— Les oracles sibyllins ont entrevu le prince immense promis à nos temps. Sans remonter si haut, nous reproduisons le fragment ci-après, attribué à Saint Augustin, et qui se trouve vers le milieu du traité de ce Père :

De Antichristo :

Nous savons, dit l'aigle d'Hippone, qu'après l'empire des Grecs, de même qu'après celui des Perses, qui fleurirent chacun dans leur temps avec une grande splendeur et une très-grande puissance, l'empire romain commença enfin à s'élever à son tour, devint le plus puissant de tous ceux qui l'avaient précédé, et tint sous sa domination tous les royaumes de la terre, de sorte que toutes les nations furent soumises aux Romains et leur payèrent tribut. C'est pourquoi l'apôtre Paul dit que l'Antechrist ne viendra point dans le monde avant que l'apostasie ne soit arrivée auparavant, c'est-à-dire que tous les royaumes qui étaient assujettis d'abord à l'empire romain en aient secoué le joug.— Or, ce temps n'est pas encore arrivé (nous en sommes de quatorze siècles et demi plus près que S. Augustin) ; car, quoique nous voyons l'empire romain en très-grande partie déjà détruit, cependant tant que dureront les rois de France, qui doivent posséder cet empire, la suprématie du nom romain ne périra pas tout entière, parce qu'elle se maintiendra dans ses rois. Quelques uns de nos docteurs disent même qu'un roi des Francs possédera l'empire romain tout entier, lequel roi viendra aux derniers temps...»

Dans cette puissance, il faut surtout considérer sans doute la mission providentielle de la France pour le protectorat du Saint-Siège, et l'ascendant moral que rendra le grand monarque à notre pays, en abaissant partout l'impiété et lu révolution conjurées contre l’Église et sa tille aînée. Quant à l'apostasie dont parle l'apôtre, elle s'est effectuée en Asie, en Afrique, en Amérique, dans la majeure partie de l'Europe : la France l'Italie et l'Espagne, longtemps préservées, sont persécutées à présent par le despotisme de la libre pensée ou aux prises avec cette fille de l'enfer.

David Paréus :

Ce savant Silésien, dont les oeuvres ont été publiées à Heidelberg, en 1647, rapporte la prophétie suivante, reproduite en 1665par le chanoine Comiers, dans son Traité des Comètes.

« Il surgira un roi de la nation très-illustre des lys ; il aura le front long, les sourcils élevés, les yeux longs et le nez aquilin. Celui-ci rassemblera une grande armée et détruira tous les tyrans de son royaume ; il frappera de mort tous ses ennemis, quoiqu'ils prennent la fuite sur les monts et se retirent dans les cavernes pour se cacher de sa face. Car comme l'époux est uni à l'épouse, ainsi la justice lui sera associée. Il poursuivra la guerre avec ses ennemis jusqu'à sa quarantième année, en subjuguant les Insulaires, les Espagnols et les Italiens1.

Il détruira et brûlera Rome et Florence, et l'on pourra semer le sel sur leur emplacement. Il fera mourir les membres du clergé qui auront envahi le siège de Pierre, et la même année il obtiendra une double couronne. Enfin, en passant la mer avec sa grande armée, il entrera en Grèce et sera roi des Grecs. Il subjuguera les Turcs et les Barbares en faisant cet édit : Quiconque n'adorera pas le Crucifix, qu'il meure de mort. Nul ne pourra lui résister, parce que le saint bras du Seigneur sera toujours avec lui, et il possédera l'empire de la terre. Ces choses étant faites, il sera nommé le Repos des saints chrétiens».

Prophétie de B. Holzhauser :

Ce pieux auteur, qui écrivait au milieu du XVIIesiècle, a laissé le meilleur commentaire sur l'Apocalyse. Prophète lui-même, voici en quels termes il parle de royal restaurateur : « Dieu enverra un Grand Monarque, appelé tantôt Auxilium Dei, secours de Dieu, tantôt Lilifer, porte-lys, tantôt Monarque Fort, etc. De concert avec une puissance du Nord, il exterminera la race des impies. Il rétablira l'ordre et rendra à chacun son bien. Dieu, dans ce même temps, suscitera un Pontife saint qui, soutenu par le Grand Monarque, fera briller plus que jamais la gloire de l'Eglise catholique par tout l'Univers. On croira la race du grand-duc éteinte : point du tout. Un duc (dux, chef) paraîtra contre toute attente, lorsque les amis de l'Eglise et des souverains seront dans la consternation et tellement persécutés qu'ils seront contraints de prendre les armes, auxquelles Dieu donnera le plus merveilleux et le plus brillant succès. Ce monarque puissant, qui viendra comme envoyé de Dieu, détruira les républiques de fond en comble ; il soumettra tout à son pouvoir, et emploiera son zèle en faveur de la vraie Eglise du Christ. Toutes les hérésies seront reléguées en enfer. L'empire des Turcs sera brisé, et ce monarque régnera en Orient et en Occident . »

La prophétie d'Olivarius, remarquée par François de Metz, en 1792, parmi les manuscrits apportés des couvents de Paris à la Commune, et reproduite dans les Mémoires de Joséphine, raconte les faits généraux du premier empire, ceux de 1848 et la suite, et s'exprime ainsi sur le Grand Monarque : « Il portera lion et coq sur son armure (force et vigilance)....Ainsi seront pourchassés (les communeux) du palais des rois par l'homme valeureux ; et par après les immenses Gaules déclarées par toutes les nations grande et mère nation. Et lui, sauvant les anciens restes échappés du vieux sang de la Cap, règle les destinées du monde, se fait conseil souverain de toute nation et de tout peuple ; pose base de fruit sans fin, et meurt ».

Le Solitaire d'Orval :

« Dieu aime la paix ; venez, jeune2 prince, quittez l'isle de la captivité. Oyez, joignez le lion à la Fleur Blanche, venez. Ce qui est prévu, Dieu le veut. Le vieux sang des siècles terminera encore de longues divisions ; lors un seul Pasteur sera vu dans la Celte-Gaule. L'homme puissant par Dieu s'asseyera bien, moult sages règlements appelleront la paix. Dieu sera cru guerroyer avec lui, tant prudent et sage sera le Rejeton de la Cap. Grâces au Père de la miséricorde, la sainte Sion rechante dans ses temples un seul Dieu grand ».

Le bienheureux Amadée, évêque de Lausanne, XIIe siècle :

« Avec le Grand Pasteur surgira le Grand Roi, qui obtiendra le royaume de la cité nouvelle ; et bientôt après il appesantira sa main sur les infidèles, en Afrique, et ensuite en Europe. Il fera fleurir la foi, et il sera aimé de tous parce que ses actes exciteront l'admiration. Alors la volonté de Dieu sera parfaitement accomplie. Il faudra que la concorde et une union parfaite soient complètement établies, avant qu'il n'y ait qu'un seul troupeau ».

Le B. Théolophre :

D'après le Livre merveilleux, où se trouve cette page du B. Théolophre, voici le discours que le Pontife saint doit prononcer au sacre du Grand Monarque :

« Reçois, Fils bien-aimé, la couronne d'épines, laquelle tu demandes instamment et très-humblement pour l'amour que tu portes à Celui qui a été suspendu en la croix et nous a rachetés

de son propre sang. Reçois aussi en ta main droite l'enseigne de sa très-sainte croix, par lequel signe tu seras vainqueur, parce que le Dieu des armées a dit : Je t'ai reçu aujourd'hui, et t'ai oint de mon huile sainte, mon serviteur, pour être le conducteur de mon peuple et comme mon signal.

Tu vaincras, non par la multitude de tes gens de guerre, ni par ta propre force, mais par la vertu de mon Esprit qui t'assistera. Réjouis-toi donc, et sois constant et ferme en tes résolutions. Et n'aie point peur, attendu que je serai toujours avec toi. Au reste, je te prendrai par ma droite, afin d'assujétir les nations devant toi, et je mettrai en fuite les rois, et j'ouvrirai devant toi les portes, et elles ne se fermeront plus.

Je marcherai devant toi et humilierai les superbes de la terre. Je romprai les portes d'airain et je briserai les gonds de fer. De plus, je te donnerai des trésors qui sont cachés et je te révèlerai les arcanes ou mystères des grands secrets. Et tout lieu sur lequel tu marcheras sera à toi. Hé ! qui est-ce qui pourra résister, puisque c'est le Dieu des armées, le Seigneur qui a dit ces choses ?»

Jean de Vatiguerro, XIIIe siècle :

« Ce pape (le Pontife Saint) aura avec lui un empereur, homme très-vertueux, qui sera des restes du sang très-saint des rois de France. Ce prince lui sera en aide et lui obéira en tout pour réformer l'univers, et sous ce pape et cet empereur, l'univers, sera réformé, parce que la colère de Dieu s'apaisera. Ainsi il n'y aura plus qu'une loi, une foi, un baptême, une manière de vivre. Tous les hommes auront les mêmes sentiments et s'aimeront les uns les autres, et la paix durera pendant de longues années ».

La Salette :

Une partie du secret de Mélanie et de Maximin a trait au sujet qui nous occupe. En voici les termes, d'après un homme de bien qui a reçu sur ce point d'intimes confidences: « Les deux tiers de la France perdront la foi ; l'autre tiers la conservera, mais mollement. La religion revivra cependant. Il paraîtra un Grand Monarque qui rétablira la foi et restaurera la Société. L'Eglise sera florissante».

Le Pape Benoit XII :

« Uni (le Pontife saint) avec le Monarque fort, toute les résistances contre la vérité seront brisées, et une félicité incomparable régnera parmi les hommes ».

Ancienne religieuse :

« J'ai encore des vues de miséricorde sur la France ; je lui donnerai un Roi selon mon coeur et ma volonté. Il aura en partage la douceur, la sagesse et là sévérité. Je lui rendrai tout facile, et tous se rendront à ses volontés. Il fera tout rentrer dans le devoir et dans l'ordre ».

L'abbé Souffrant :

«Il aura une grande puissance et fera des choses si extraordinaires et si miraculeuses que les plus incrédules seront forcés d'y reconnaître le doigt de Dieu. Le Seigneur se servira de lui pour exterminer toutes les sectes impies, hérétiques, et les superstitions des Gentils, et pour établir, de concert avec le Pontife saint, la religion catholique dans tout l'univers».

Saint François-de-Paul, XVe siècle :

«Le Dieu tout puissant exaltera un homme très-pauvre, mais noble, du sang de l'empereur Constantin, fils de sainte Hélène, et de la race de Pépin, qui descendait de Constantin. Celui-là aura sur la poitrine le signe de la croix. Par la vertu du Très-Haut, il détruira les hérétiques et les infidèles ; il aura une grande armée, et les anges combattront avec eux et ils tueront tous les rebelles au Très-Haut».

Saint-Ange, XIIIe siècle :

« Lorsque mon peuple se repentira (c'est Jésus-Christ qui parle), qu'il comprendra mes voies et qu'il acceptera et conservera la justice, alors enfin viendra l'homme qui le délivrera, qui apportera la paix parmi les peuples, et qui sera la consolation des justes. Car il s'élèvera enfin un Roi du peuple et de la race antique des Francs:

il excellera dans le service de Dieu. Il sera reçu des rois chrétiens qui professeront la vraie foi ; il sera aimé d'eux et sa puissance croîtra par terre et par mer. Il viendra en aide aux affaires de l'Eglise presque détruites. Après que les chrétiens seront privés de toute terreur et que l'Eglise aura été amenée à l'état désiré par les fidèles, ce roi, uni au Souverain-Pontife, enverra des armées suivies par un grand nombre de volontaires, et la multitude de ceux qui tomberont pour mon nom, dans le combat, recevra, par l'efficacité de la croix, la récompense, et montera glorieusement au ciel». Un homme juste et fort s'élève des eaux mortes et salées (l'Angleterre) comme un lion fort, comme un serpent prudent, et simple comme une colombe. Il recevra à la fin, pour la protéger, une colombe noircie par les impies ( l'Eglise, en ce moment si attaquée). Il régnera beaucoup d'années et remettra les lois en honneur, renouvellera la ville (Rome) ainsi que le monde, et il ne nuira pas au peu de rois qui régneront à cette époque». (Bibliothèque des Franciscains de Hinsbergen).

Maître Antonin :

«Alors naîtra, au milieu des lys, le plus beau des princes, dont le nom sera grand parmi les rois, tant à cause de ses grâces corporelles que de la perfection de son esprit. L'univers entier lui, obéira, de l'Occident au Levant et du Nord au Midi. De toutes parts il terrassera et foulera aux pieds ses ennemis; ses années s'écouleront dans le bonheur. Ce monarque surgira de l'illustre lys ; il aura le front haut, les sourcils arqués, de grands yeux, le nez aquilin. Il rassemblera une grande armée et détruira tous les despotes (les radicaux sans doute) de son royaume, les frappant à mort ; ils fuiront à travers les monts pour éviter sa face. Il fera aux faux chrétiens la guerre la plus constante et dominera tour à tour les Anglais, les Espagnols, les Lombards, les Italiens. Les rois chrétiens lui feront leur soumission. La même année il gagnera une double couronne ; puis, traversant la mer à la tête d'une grande armée, il entrera en Grèce et sera nommé roi des Grecs. Il subjuguera les Turcs et les barbares ; nul ne pourra lui résister, parce qu'il aura toujours auprès de lui le bras du Seigneur qui lui donnera l'empire de l'univers entier. Cela fait, il sera appelé la paix des chrétiens.

Marie Lataste :

« Un jour, j'entendis une voix qui me disait : Regarde ! regarde ! Je ne voulais point regarder, de crainte d'être trompée. Cependant, entendant de nouveau cette voix, je me recommandai à Dieu, je levai les yeux et j'aperçus devant moi un personnage singulier. Il me paraissait d'un tempérament robuste et d'un caractère capable de résister à tout. Il portait une robe qui descendait jusqu'aux genoux, ses bras et ses pieds étaient nus. Je ne saurais dire de quelle

matière était cette robe. Elle n'était ni en or, ni en argent, ni en fer, mais forte comme le fer, l'argent et l'or. Le diadème qu'il portait sur le front était de la même matière que sa robe. La chair de ses membres n'était pas comme celle du reste des hommes ; elle paraissait être d'une dureté extrême. Il se plaça dans le sanctuaire, en face du tabernacle ; il se tint sur ses deux pieds et resta inébranlable. Je vis une multitude de personnes, vêtues de blanc, se ranger autour de lui, et il prononça un discours ou sermon qui était conforme aux enseignements de l'Eglise : je ne me rappelle point les paroles qu'il prononça, mais il exhorta, à peu près comme l'apôtre, à vivre selon l'esprit et non selon la chair. Parmi les vices que nous devons fuir, il fit mention de celui que l'apôtre défend de nommer. Il termina en engageant à éviter le mal et à pratiquer le bien. Après qu'il eut parlé, un homme tout noir (le radicalisme) se dirigea vers lui ; mais il lui donna sur la tête un coup si-vigoureux, que l'homme noir tomba mort à ses pieds. Aussitôt survint une multitude innombrable de corbeaux (des anarchistes) qui enlevèrent le cadavre hors de l'Eglise. Ils retournèrent bientôt près de celui qui se tenait toujours dans le sanctuaire.

Mais celui-ci se défendait sans se mouvoir ; il en saisit un avec ses mains, le coupa par le milieu du corps et le jeta loin de lui; tous les autres s'enfuirent immédiatement. Quelques instants après, j'aperçus un nombre considérable d'autres oiseaux (d'autres ennemis) voler autour de lui et l'importuner extrêmement. On lui apporta un filet avec lequel il les prit presque tous. Il jeta ce filet dans l'air avec une force extraordinaire, et les oiseaux qu'il n'avait pas pris s'enfuirent. Une voix se fit entendre dans le ciel, qui disait : Celui-là est vraiment un homme fort, il a vaincu ses ennemis. »

Ce passage est la figure des dernières guerres du Grand Monarque et des victoires qu'il doit remporter. La même voyante décrit, sous l'allégorie suivante (Let. LXI), le renversement de la révolution par le même Envoyé : « Alors on vit sur le pont un homme, monté sur un éléphant, s'avancer hardiment, tenant une épée à double tranchant. Il paraissait extrêmement vigoureux ; il était revêtu d'une robe qui n'était point en étoffe, mais elle paraissait très-dure, ainsi que le diadème que cet homme portait sur la tête. Il traversa la foule et s'avança jusque auprès de la bête, tenant d'une main son épée et de l'autre une croix. Te voilà, monstre infernal, dit-il, voyons qui des deux sera le plus fort! Regarde cette croix ? Oseras-tu t'élever contre elle ? Toute ta puissance sera réduite à néant ». Aussitôt il s'élance sur la bête, il lui enfonce dans la gueule son épée, dont la pointe ressortit sur le dos. La bête se retira dans le marais dont elle était sortie. Cet homme reçut toutes sortes de félicitations de la multitude , qui éclatait en transports de joie ».

Une ancienne religieuse :

«Je lui donnerai toute puissance sur la terre et il marchera à ma droite jusqu'à ce que je réduise ses ennemis à le servir. Et le sceptre lui sera donné pour défendre l'autel et le trône ; et ses ennemis trembleront au jour de sa force. Il sera le roi fort et marchera avec le Pape saint ».

Rosa Colomba :

«Grande révolution éclatera en Europe. La paix ne reparaîtra que lorsqu'on verra les lys, descendant de saint Louis, sur le trône de France. Ce qui arrivera ».

Religieuse de Belley :

« Il (le Grand Monarque) paraît au milieu de la confusion, de l'orage ».

Pirus :

« Jamais il ne s'est vu un monarque si puissant et si heureux ; il sera seul seigneur et empereur du monde, aimé et redouté de tous ».

« La République sera proclamée, mais elle durera peu ; ensuite nous serons gouvernés par un prince d'une grande sagesse et d'une grande piété, qui vivra très-vieux et fera le bonheur de la France. Il viendra au moment où on s'y attendra le moins ».

La petite Marie des Terreaux. :

C'était une simple fille du peuple qui eut, sous la Restauration, des songes prophétiques. Son souvenir est encore vivant à Lyon. Elle a confirmé la tradition qu'une formidable bataille sera livrée dans la plaine de Cinq-Fonds, entre Lyon et Vienne. Là, le Grand-Monarque doit déployer son génie. Il arrive un moment où ses troupes semblent plier. Il élève alors les mains aux ciel, et réclame un secours direct du Seigneur. Soudain, Jésus-Christ, arme d'une faulx tranchante, fond sur les rangs pressés de la révolution, et les abat comme le moissonneur qui couche sur les sillons les épis mûris par l'été.

Saint Thomas d'Aquin. :

« Cet homme doit venger véritablement le royaume des chrétiens; l'arracher au joug d'Ismaél, le conquérir sur les Sarrazins »

Prophéties des saints Pères :

« Les Turcs mêmes s'y attendent, qu'un roi de France lèvera main forte contre eux, et leur fera lâcher prise de tout ce qu'ils avaient conquis sur les terres des chrétiens et en Orient et en Occident. Ce roi réunira l'empire divisé en l'Orient et en Occident, et sera seul empereur du monde, aimé et redouté de tous les hommes».

Le Curé d'Ars :

« Après la destruction de Paris, doit paraître le Monarque qui rétablira toutes choses».

Desseins prophétiques du Mont-Saint-Michel :

« Le Grand Monarque, dit l'explication, après avoir détruit la démagogie et les factions, intermédiaires ou démagogie déguisée, relèvera les monarchies détruites ou avilies, et exercera sur le monde l'ascendant de Charlemagne au IXe siècle ».

Manuscrit prophétique inédit :

« Le lion couronné, dit l'interprétation, figure le Grand Monarque, l'envoyé providentiel qui relèvera de ses ruines le royaume de Saint-Louis, et le couvrira d'un éclat immense ».

L'abbé Petiot :

« Après une sanglante bataille, quand les triomphateurs croiront recueillir le fruit de la lutte, un homme nouveau s'élèvera pour rendre la paix à la société ébranlée.»

Le B. Joachim :

« Dans une figure prophétique, le Grand Monarque est enveloppé, des pieds à la tète, des replis d'un long serpent, le python révolutionnaire. La tète seule et une épaule sont libres, et pourtant Dieu soutient son Élu, qui se dégage des enroulements du reptile, pour ceindre le diadème, tenir la main de justice et vaincre les factions et les tyrannies. ».

De S..., prélat romain :

Ce personnage, parlant de la Vie d'Anna-Maria Taïgi, par le P. C., a dit de cette œuvre écrite sur des documents exacts : « Elle est très-bien faite ; j'ai beaucoup entendu parler de cette sainte femme, à Rome, où alors on travaillait au procès de sa béatification ; eh bien ! tout ce que vous voyez se passer a été annoncé par elle. Elle a prédit la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception, le Concile du Vatican, et dans ce Concile la question de l'infaillibilité du Pape ; les vives oppositions qu'y feraient certains évêques, et la décision du Concile ; qu'aussitôt après la proclamation de ce dogme, la France déclarerait la guerre à la Prusse, guerre désastreuse et qui, plus tard deviendrait générale ; la fin de Napoléon III ; une République en France, mais qui durerait peu ; qu'un moment viendrait où les partis, ne pouvant s'entendre sur le choix d'un gouvernement, finiraient par se décider à remettre la question à la décision du Souverain-Pontife ; que celui-ci enverrait un légat en France pour lui rendre compte de l'état des choses ; qu'ensuite le Pape donnerait à la France un monarque chrétien, et qu'à partir du moment où il monterait sur le trône, ce pays entrerait dans une ère de prospérité civile et religieuse ».

L'Apocalypse (Commentaire d'Holzhauzer) :

« Celui que saint Jean vit sur la nuée est le Grand monarque. Il est dit qu'il est assis sur une nuée blanche, parce que son règne, désigné par le mot assis, sera un règne stable et saint, appuyé sur la protection de Dieu tout-puissant. Il est appelé semblable au fils de l'homme, à cause de ses grandes vertus, par lesquelles il imitera le Sauveur Jésus-Christ ; car il sera humble, doux, aimant la vérité et la justice, puissant par ses armes, prudent, sage, zélé pour la gloire de Dieu. Il est représenté ayant sur la tête une couronne d'or, c'est-à-dire qu'il sera un grand monarque, riche et puissant, et le dominateur des dominateurs ; il vaincra les rois des nations. Et ayant dans sa main une faulx tranchante. Cette faulx, que le Grand Monarque tiendra en main, c'est sa grande et forte armée, avec laquelle il traversera les nations, les républiques et les places fortes. Il est dit que cette faulx est tranchante, parce qu'il ne livrera aucun combat sans qu'il en résulte la victoire pour ses armées, et un grand carnage pour ses ennemis. Il est dit qu'il tient sa faulx dans la main, parce que son armée n'entreprendra rien sans ses avis, et c'est lui-même qui la dirigera par ses conseils, et elle lui obéira à la perfection, et lui sera attachée, et l'aimera de telle sorte qu'il la maniera comme un bâton, et opérera par elle des choses admirables (Int. XIV,14)»

Dans la Bible, les prophètes Daniel, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, Osée,Joël, Amos, Abdias, Nahum, Michée, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie, ont annoncé le Grand Monarque. Le IVe livre d'Esdras, chapitre XIII, en contient une peinture pleine de majesté. Hommes qui n'avez pas sacrifié à l'idolâtrie générale de nos jours, contemplez cette figure qui est saluée dans tous les temps, et se manifeste dans toutes les traditions ; l'Inde, l'Asie entière, les livres byzantins, l'Occident, tout le connaît. Les livres saints en ont dessiné les traits. Ce concert des siècles proclame le Monarque promis à notre âge : le Secours de Dieu, le Victorieux, le Lys, le Juste, le Régénérateur, le Prince de la paix. Il est, disent encore ces voix, le Roi de la maison de David, le Juge équitable, le Bras de Dieu, le Premier d'entre les potentats, le Désiré des nations, le Lion de Juda. Et encore : il est le Bien-aimé, le Héros choisi, le Pasteur, le Père des habitants de Jérusalem et de la maison de Juda. Il est l'Orient, Celui qui dissipe les ténèbres. Seul Souverain et seul Seigneur, il est la postérité des patriarches, et c'est à lui qu'est promise la possession des saintes montagnes. Il se nomme encore Zorobabel ou Eloigné de la confusion. Il s'appelle enfin la Parole de Dieu, le Fort qui est assis sur le coursier blanc et sur le vêtement duquel est écrit : mystère. Consolateur des justes, Envoyé providentiel, Lys qui doit fleurir dans le royaume de la Vierge, Soleil de justice, Nuée qui porte la miséricorde et le courroux divin, qu'il vienne, qu'il paraisse, réparant les ruines, réchauffant les courages abattus, répandant les lumières célestes, foudroyant les sacrilèges et les criminels, et que la France, et par elle le monde, renaissent, après tant de deuil et de tempêtes, à la félicité et au repos !

1 Quels sont ces insulaires? Nous ne le recherchons pas, crainte de nous méprendre. 2 Le Grand Monarque est signalé tantôt avec l'épithète de jeune, tantôt avec le caractère de la maturité: il ne faut voir ici que la manière dont les Voyants ont aperçu ce personnage dans telle ou telle époque de son âge.

CHRIST EN GLOIRE. ADRIEN PELADAN.CHRIST EN GLOIRE. ADRIEN PELADAN.

CHRIST EN GLOIRE. ADRIEN PELADAN.

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DERNIER MOT DES PROPHÉTIES

ou

L'AVENIR PROCHAIN DÉVOILÉ

 

par plusieurs centaines de textes authentiques, dont beaucoup sont peu

connus ou inédits et de date récente

notamment les prédictions de l'extatique de Fontet,

de celle de Blain, etc., etc.,

 

PAR ADRIEN PELADAN

chevalier de Saint-Sylvestre,

 

 

II.

LE SURNATUREL AU XIX ième SIECLE.

 

Les vérités surnaturelles sont celles qui nous sont connues par la foi. Le surnaturel est donc la lumière de la révélation.

 

Un miracle est une opération surnaturelle, dérogeant aux lois du monde physique. Le secours de la grâce, pour accomplir de bonnes oeuvres, est dit surnaturel, parce qu'il vient de Dieu.

 

Le surnaturel n'existe ni par l'homme, ni selon l'homme. Le don de prophétie est essentiellement surnaturel. Le surnaturel, ou manifestation céleste par une créature, exista de tous les temps ; mais il est des moments dans l'histoire, où le Seigneur prodigue, en quelque sorte, ces communications augustes, parce que les générations ont été ou sont plus oublieuses des préceptes divins, et que la justice incréée est prête à punir les prévarications et les crimes des peuples.

 

Notre siècle, en proie à toutes les maladies doctrinales, gagné par le délire des passions honteuses, courbé sous d'innombrables dégradations de Bas-Empire, a dû provoquer la sollicitude de la miséricorde infinie. C'est pour cela que les faits surnaturels ont été si multipliés, et que leur ensemble forme ces imposantes manifestations de la grâce, propres à arracher nos temps a leur turpitude, à les prémunir contre les expiations appelées par une dégradation profonde, une hypocrisie savante, des sacrilèges ; l'immolation du droit ; des avidités qui font pâlir celles des âges païens, et cette licence qui éclate au loin et revêt audacieusement la livrée de l'athéisme, ou bien de l'abrutissement.

 

Il y a 42 ans, mourait à Rome, comme nous l'avons dit, A.-M. Taïgi, femme qui a joui d'un privilège unique dans l'hagiologie , celui de voir dans une sorte de soleil mystérieux, placé à quelques pieds d'elle, non-seulement ce qui se passait d'un bout du monde a l'autre, combats, navigations, complots, intrigue des cours, mouvements révolutionnaires, actions dignes d'éloges, mais encore l'état des âmes d'outretombe, dans la triple division de nos fins dernières, le ciel, le purgatoire, le noir abîme. Anna-Maria Taïgi a prophétisé sur les divers papes ses contemporains ; elle a particulièrement caractérisé à l'avance le long règne de Pie IX, et marqué en traits éclatants les évènements soit terribles, soit heureux vers lesquels nous nous acheminons.

 

Le laboureur Martin, à force d'instances de l'archange Raphaël, alla, en 1817, dire à Louis XVIII de ne pas se faire sacrer, parce que Dieu le frapperait de mort, s'il enfreignait la défense. Il avertit aussi le roi que la profanation du dimanche, le manque de respect des choses saintes, la tolérance et l'admission des révolutionnaires dans les affaires de l’État enflammaient le courroux divin, et que la France serait accablée de maux, si ces désordres continuaient. 1830 a été un de ces châtiments prédits, et nous savons quelles ont été les suites désastreuses de ce régime maudit. Martin nous rappelle ce maréchal de Salon, qui alla représenter de semblables choses à Louis XIV, poussé qu'il était aussi par une apparition d'en haut.

 

La croix miraculeuse de Migné, sur la fin de la Restauration, météore céleste, qui a des similaires dans l'histoire ecclésiastique, fut aussi un avertissement surnaturel, et des pénitences nécessaires pour apaiser le Seigneur, et des catastrophes qui nous menaçaient.

 

Louis-Philippe touchait presque à la chute honteuse qui lui était réservée, lorsque la Sainte Vierge apparut aux bergers de la Salette. On n'a pas oublié combien de doutes ont prétendu obscurcir cet évènement miraculeux ; combien d'efforts ont eu lieu pour accréditer la croyance que l'apparition était une supercherie. Cependant la prophétie de la Salette nous prévenait des rigueurs qui nous ont frappés dans le manque des récoltes, la mortalité des enfants, les révolutions successives qui ont éclaté. Dans la question des récoltes se trouvait implicitement la perte de la vigne, ruine d'opulentes provinces , la malédiction sur la sériciculture, la sécheresse, la paralysie des affaires. Là était prédit Sedan, puis la Commune.

 

A la Salette, ce n'est plus un ange venant parler à la terre coupable, mais la mère de Dieu elle-même, qui pleure sur notre pauvre état social, et qui déclare ne pouvoir plus retenir le bras de son Fils. Il y a, dans cette sollicitude de la Reine des Cieux pour la France, une poésie si majestueuse et si douce qu'elle égale les plus touchantes interventions du Ciel ici-bas, dans les récits de nos livres sacrés. Un siècle moins alourdi par l'indifférence que le nôtre, se fût converti à cet appel, et il eût trouvé à la fois des apôtres pour répandre le prodige, et des chantres pour le glorifier.

 

La Salette précède Lourdes, et la roche de Massabielle, dans les apparitions dont elle a été le siège, complète le mystère commencé sur la montagne dauphinoise. Ici la miséricorde grandit, et la suavité de ce mot : Je suis l'Immaculée Conception, porte à l'humanité une espérance nouvelle, gage du relèvement de la France et du salut de l'Eglise. Lourdes a reçu son historien, elle attend encore son poète.

 

Cependant, une basilique monumentale s'élève près de la grotte et de la source miraculeuses, et des confins de la France et du monde, les foules y accourent rendre leurs hommages à la Très-Sainte Vierge, et demander des grâces, des guérisons impossibles à la science, et qui, par leur nature divine, réduisent au silence les vaillants de l'impiété. Ces faits surnaturels ne sont pas isolés, mais pour ainsi dire de tous les jours.

 

Le nom de Pontmain se présente ici à toutes les mémoires : c'est en ce lieu que Marie se manifeste encore à des enfants, en un moment où le pays est envahi par l'étranger, où les armes sont tombées des mains de notre jeunesse, où nos troupes sont désorganisées ou captives, où la terreur, fille de la lâcheté des bons et du jacobinisme de 1830et de 1852, incendiait Paris et assassinait les Otages. Marie recommande la prière à Pontmain, et promet le retour de la paix.

 

La prière, c'est toujours et partout la recommandation de la Reine des Anges : la prière n'est-elle pas l'adoration, la réparation, la messagère qui monte au Seigneur pour en obtenir le pardon de l'humanité pécheresse, et redescendre, les mains pleines d'indulgences et de dons consolateurs. Ces instances de Marie sont les mêmes dans les manifestations solennelles comme dans les communications moins éclatantes.

 

Faut-il mentionner ici la voyante d'Oria, près Naples, qui, entre tant de particularités surnaturelles réunies en elle, est communiée fréquemment par la main des anges ? Faut-il nommer Louise Lateau, de Bois-d'Haine, qui, depuis des années, ne reçoit d'autre substance que le pain eucharistique, et qui, dans son extase hebdomadaire du vendredi, souffre les douleurs de la passion ? Faut-il rappeler Fontet, où, dans la personne de Berguille, continuent des manifestations que l'autorité ecclésiastique trouve bon de cacher au public ; où des contradicteurs voudraient voir une action du démon pour opposer une rivalité à Lourdes, mais où, en attendant la décision de l'Eglise, nul ne peut nier le surnaturel ? Faut-il parler de Nenbois, où l'autorité s'est, dit-on, déclarée contre le surnaturel divin, tandis que Berguille continue de suivre, chaque vendredi, dans son extase, la voie douloureuse, et prononce des paroles où la théologie ne semble pas avoir trouvé de rectification a faire. Rien du moins n'a été publié. Faut-il nous transporter à Blain, non loin de Nantes, où la voyante Marie-Julie, que Mgr Fournier, évêque défunt de Nantes, appelait une sainte, et y voir de plus grands prodiges qu'à Bois-d'Haine ?

 

Nous donnons plus loin une série inédite de prédictions de Marie-Julie ; ces documents sont du plus haut intérêt. Il y a un simple prêtre de village, le curé d'Ars, dont l'existence a présenté, en quelque sorte, une succession ininterrompue de faits surnaturels. Nous retrouvons dans l'abbé Vianney, en réservant la différence des cas, les merveilles de la vie d'Anna-Maria Taïgi. Ce ministre du Seigneur, dont la simplicité était extrême, a justement mérité de son vivant le titre de saint et de prophète. Les foules accouraient à son église comme autrefois les Israélites de bonne volonté auprès de Jean-Baptiste. Il fut le consolateur des âmes, et son tombeau a gardé une vertu miraculeuse. Les actes réunis pour servir à la béatification de l'abbé Vianney sont remplis de prodiges célestes.

 

Le monde n'a qu'une bien faible idée du commerce que certains serviteurs de Dieu entretiennent avec les anges, et des merveilles qui s'accomplissent sous le regard du Sejgneur, par l'efficacité de sa toute-puissance, dans les maisons de prière et souvent en des asiles dépourvus des biens de la terre, mais riches en pureté et en amour des choses saintes.

 

Nous donnerons plus loin une autre énumération de faits surnaturels, ayant reçu une moindre publicité peut-être que ceux qui précèdent, mais présentant toutefois les mêmes caractères. Ils forment un faisceau de preuves imposantes de l'intervention divine dans les évènements humains, et démontrent que l'abandon de la foi est la cause directe des calamités de nos temps, et que la corruption sociale appelle sur nous de nouveaux et grands malheurs. Dans chacun de ces faits, la prophétie, que nous pourrions nommer l'aile droite du surnaturel, a toujours ou presque toujours une part. Il en est où elle domine essentiellement.

 

Si donc le surnaturel resplendit à chaque pas dans l'histoire contemporaine, et si la prophétie y occupe une si large place, les prédictions sur les temps présents seront-elles traitées de chimère ? Pour n'aborder ici, du reste, qu'un chapitre de ces vaticinations, que l'on nom explique ce souffle qui, des sibylles à nos jours, excède les grands serviteurs de Dieu et les âmes contemplatives; que nous sachions comment, à travers les âges, cette haleine révélatrice nous présente, pour notre époque profondément troublée, ce Réparateur couronné qui renversera les factions, relèvera les Lys, écartera les parasites et les faméliques, fera surgir une pléiade de talents et de héros, prêts à redoter la France de ses splendeurs éclipsées. Nul souverain [dans l'histoire n'aura uni tant de vertu à tant de valeur, tant de sagesse à tant d'activité ; tant de lumière à tant d'héroïsme, tant de sublimité en un mot en toutes choses. Commençons le Dernier mot des prophéties par cette immense figure, prédite aussi bien dans les temps actuels que dans les temps anciens.

ADRIEN PELADAN.

ADRIEN PELADAN.

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DERNIER MOT DES PROPHÉTIES

ou

L'AVENIR PROCHAIN DÉVOILÉ

 

par plusieurs centaines de textes authentiques, dont beaucoup sont peu

connus ou inédits et de date récente

notamment les prédictions de l'extatique de Fontet,

de celle de Blain, etc., etc.,

 

PAR ADRIEN PELADAN

chevalier de Saint-Sylvestre,

I.

JUSTIFICATION DES PROPHÉTIES.

Tout chrétien confesse les prophéties canoniques, c'est-à-dire celles de l'Ancien et du Nouveau Testament. Mais il est encore des prophéties privées dignes de créances pourvu qu'elles se trouvent dans certaines conditions ne blessant point les lois de l'Eglise, et permettant de les soumettre aux règles sur la matière et à l'examen d'une saine critique.

Les prophéties modernes sont un puissant moyen, aujourd'hui, de remettre en honneur le surnaturel, cette clef divine de l'enseignement catholique, rejetée en quelque sorte par notre siècle, et sans le respect de laquelle nous ne saurions maîtriser les courants dévastateurs qui nous poussent, et combler les abîmes béants devant nous.

Saint Paul recommande aux chrétiens de ne point mépriser les prophéties, et par ce mot l'Apôtre indique les prophéties privées. Le don de prophétie fut commun dans la primitive Eglise, et les vies des Saints nous montrent en mille endroits que beaucoup de ces serviteurs de Dieu ont été inspirés par le Saint-Esprit. La chaîne d'or des miracles, qui resplendit dans la durée dix-neuf fois séculaire du catholicisme, peut-elle se séparer de cette autre traînée lumineuse, allant de la terre au ciel, et qui se nomme les prédictions, dont Dieu favorise quelques âmes privilégiées? Des auteurs pieux, comme aussi des écrivains profanes, ont affirmé qu'il n'y a jamais eu dans le monde de grand événement qui n'ait été prédit de quelque manière. Nous ne citerons sur cent autres que les témoignages suivants : « Dieu suscite d'âge en âge des hommes pleins de son Esprit et de ses lumières, devant qui il soulève le voile de l'avenir, et qu'il charge d'aller dire à leurs frères ce qu'ils ont vu et entendu ». (Frayssinous.)

« Chaque fois, dit sainte Hildegarde, que Dieu se propose de châtier le genre humain pour ses prévarications, il le fait prédire par des hommes ou le manifeste par les créatures, afin qu'ils n'aient point sujet de se plaindre de leurs maux » (Ep. XLIX). Les théologiens sont unanimes sur ce point.

Les homme-; instruits, qui repoussent systématiquement les prophéties privées, nous produisent l'effet de les redouter, parce que ces avertissements d'en-haut déconcertent leurs plans souvent égoïstes. Proposez leur une démonstration par les faits, par la science, par les affirmations de l'histoire, ils reculent.

Nous n'avons pas à nous occuper du scepticisme invétéré, non plus que de l'ignorance qui ne veut pas être éclairée. Certains délicats se réfugient, pour atteindre les prophéties, dans le surnaturel diabolique, essayant d'atteindre les véritables manifestations divines au moyeu d'apparitions, de vaticinations apocryphes; comme si les singeries du démon, sous ce rapport, ne sont pas la confirmation de; prédictions venues du Seigneur.

Ces prédictions se reconnaissent toujours à un critérium théologiquement déterminé.

L'étude ou tout au moins la connaissance des prophéties est utile, car les événements étant connus à l'avance, chacun peut s'y préparer, et rien ne nous parait plus propre à contenir le coupable dans ses excès, et à le solliciter à revenir au bien.

N'est-ce point dans ce but que l'Esprit-Saint a dicté l'Apocalypse, où sont marqués les événements, les époques les plus mémorables du monde et les grandes phases de la vie de l'Eglise, depuis l'Ascension jusqu'au jugement dernier, et aux joies inaltérables des élus dans la Jérusalem céleste . La philosophie de l'histoire, action de la Providence sur les sociétés humaines, est confirmée par les prophéties. Il est inutile de faire observer que les prophéties modernes, comme celles de la Bible, sont fréquemment conditionnelles, la réalisation de leurs menaces dépendant, comme à Ninive, du repentir ou de l'impénitence des peuples dévoyés. La prière, la pénitence de certaines âmes privilégiées peuvent retarder l'explosion des fléaux, même les conjurer. Cela se voit clairement dans la vie de la vénérable Anna-Maria Taïgi, dont les invocations et les souffrances ont sauvé à diverses reprises, dans la première moitié de notre siècle, la ville de Rome de rudes châtiments.

Le jour même où cette servante de Dieu mourut, en 1837, le choléra éclata dans la ville éternelle et y commença des ravages prolongés.

Quelques inexactitudes dans le contexte des prophéties privées deviennent, pour ceux qui les combattent, un motif de les repousser. La sagesse suprême permet précisément ces imperfections, pour que les révélations privées ne puissent pas être mises sur le même pied que les prophéties canoniques, où il ne se trouve pas un iota à retrancher ou à ajouter. On se rabat aussi sur certaines particularités dont l'explication claire ne saurait être saisie. Mais les chapitres prophétiques de la Bible, avant Jésus-Christ, présentaient aussi des nébulosités dissipées, plus tard, par les événements. Ajoutons que les interprètes tatonnèrent alors plus d'une fois 'dans les éclaircissements qu'ils présentaient.

« Par rapport aux intérêts matériels eux-mêmes, les prophéties privées ont leur utilité. Si, en 1830, 1848, 1870, politiques, propriétaires, financiers, hommes d'industrie et de commerce, avaient connu et cru certaines de ces prophéties, il leur eût été possible d'éviter dans leur fortune particulière des désastres de plus d'une sorte. (Chabauty, Concordance des prophéties modernes),»

Les prophéties sur les temps actuels se rattachent aux faits généraux suivants :

1° Un roi de France, dont la piété égalera la valeur et le génie, sera donné d'en haut. Il couvrira notre pays d'une gloire immense et clora l'ère des révolutions.

2° Un pape, rempli de l'esprit de Dieu, sera étroitement uni au grand Monarque; ils renouvelleront de concert la face de la terre.

3° Paris, centre des abominations révolutionnaires, est menacé de destruction, s'il persiste a demeurer Babylone. D'autres villes subiront le même sort.

4° Les hérésies et les schismes prendront fin ; les nations hérétiques ou schismatiques reviendront à l'unité.

5° Les dynasties persécutrices de l'Eglise seront réprouvées ou se convertiront.

6° Les peuples subiront des expiations selon la mesure de leurs crimes.

7° Le souverain providentiel promis à la France sera le chef de la croisade qui mettra fin à l'islamisme.

8° La nationalité polonaise sera reconstituée.

9° La France relevée exercera une influence universelle.

10° L'Eglise rebrillera d'une splendeur incomparable ; il n'y aura qu'un troupeau et qu'un pasteur.

11° La révolution, les sociétés occultes, les factions seront écrasées par le Grand-Monarque et extirpées du sol européen.

12° Les bons seront providentiellement protégés dans la grande crise qui nous talonne ; les pervers seront foudroyés.

13° Toutes les injustices seront réparées par le Grand Monarque.

14° L'action divine sera visible dans la consommation des évènements qui se préparent.

15° L'Europe sera ébranlée ; elle sera le théâtre d'effrayantes batailles : l'Allemagne perdra sa puissance et subira un prodigieux abaissement. Rome passera par de terribles épreuves, mais recouvrera sa majesté et son indépendance par l'épée du Grand Monarque. La continuation du concile général du Vatican inaugurera et confirmera la paix universelle.

N'en déplaise aux esprits rebelles, les prophéties prudemment interrogées jettent seules quelques clartés sur l'avenir. Hors de leur domaine lumineux, tout demeure incertitude, confusion, épouvante. Les prophètes nous initient à la politique divine, à l'intervention de la Providence, qui constitue la triple action de la sagesse , de la bonté, de la justice de Dieu sur l'existence des nations.

 

ADRIEN PÉLADAN.

ADRIEN PÉLADAN.

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ARMURES ET ARMES OFFENSIVES

ET DÉFENSIVES DES

CHEVALIERS.

 

L'armure ne s'entendait que de ce qui servait à la défense du Chevalier ; elle était composée d'un casque ou heaume, d'un gorgerin ou haussecol, de la cuirasse, des gantelets, des tasettes, de la cotte-de-maille, des brassarts, des cuissarts, des grèves ou jambières, des genouillères, du bouclier, et detoutes pièces qui servaient à garantir les Chevaliers des attaques de leurs assaillans.

L'armure de tête d'un Ecuyer était un bonnet ou chapeau de fer, moins fort que le casque ou heaume du Chevalier, et qui ne pouvait être margé ou timbré d'un cimier, de lambrequins et autres ornemens extérieurs réservés aux Chevaliers seuls.

Dans la suite, les Français quittèrent l'armure et combattirent à découvert ; Louis XIV, cependant, obligea les officiers généraux et les officiers de cavalerie à reprendre la cuirasse et à porter une calotte de fer dans le chapeau, pour parer les coups de tranchant.

ARMET. C'était un chapeau de fer que les Chevaliers faisaient porter avec eux dans les batailles, et qu'ils se mettaient sur la tête lorsque, s'étant retiré de la mêlée pour se reposer et prendre haleine, ils quittaient leur heaume.

Dreux de Mello, dans l'escarmouche de Nantes, n'ayant que cette armure, fut attaqué par le seigneur de Préaux, vassal du roi d'Angleterre, qui, d'un coup de sabre, lui abattit son chapeau de fer et le blessa au front.

Froissart parle souvent de ces chapeaux de fer : c'était un casque léger, sans visière et sans gorgerin, comme ce qu'on a depuis appelé bacinet. Ces casques étaient dans ce temps l'armure de la cavalerie légère et des piétons.

ARRÊT DE LANCE, espèce de plastron rond dont se servaient les Chevaliers, pour maintenir leur lance ferme, dans les combats, joutes et tournois.

BAUDRIER, balteus, ceinture militaire (cingulum militare), à laquelle était attachée l'épée du Chevalier ; on portait parfois le baudrier en écharpe, surtout en temps de guerre.

En ceignant pour la première fois le Chevalier du baudrier, celui qui faisait la cérémonie, prononçait ces paroles : "Quando tu quidem, in re militari versatus es, hunc tibi baltheum dono." On était si bien persuadé que, par ce don du baudrier on recevait véritablement l'honneur de la chevalerie, qu'on se contentait de dire, en parlant d'un Chevalier nouvellement reçu, « on lui a ceint l'épée. »

Tous les officiers de guerre pouvaient porter la ceinture dorée; mais les Chevaliers avaient seuls le droit de ceindre le baudrier, qui était garni de grosses boules d'or et richement orné, pour les distinguer des autres nobles et des gens de guerre qui n'étaient pas chevaliers.

Grégoire de Tours dit, en parlant du comte Mâcon, Chevalier, qu'il portait un grand baudrier d'or, orné de pierres précieuses, où était attachée une très belle épée à poignée d'or et de pierreries : Baltheum magnum ex auro, lapidibusque pretiosis ornatum, gladiumque mirabile, cujus capulum ex gemmis hispanicis, auroque dispositum erat.

Les Français avaient pris cet usage des Romains, qui en portaient de semblables, suivant l'expression de Virgile :

.Humero cùm apparuit alto :

Baltheus et notis fulserunt cingula bellis.

 

Le baudrier devint, ainsi que l'épée, pour les rois et les princes, la marque caractéristique du pouvoir et du commandement. Le patrice Mumol, dit Grégoire de Tours, livre 7, chap. 38, voulant faire proclamer Roi Gondebaud, ôta son riche baudrier et en ceignit son nouveau maître ; mais, lorsque celui-ci fut sur le point d'être livré entre les mains des généraux de Gontran, il lui redemanda son baudrier, en lui faisant entendre par là que cet ornement ne convenait plus à sa fortune présente.

Dans l'assemblée, digne de l'horreur de tous les siècles, tenue à Compiègne, le Ier octobre 833, où

Louis-le-Débonnaire fut déposé, on le dépouilla de son épée et de son baudrier, comme étant les insignes du souverain commandement, et ils ne lui furent restitués que l'année d'ensuite, le 1er mars 834, lorsque ce prince reprit sa couronne et son empire.

BOUCLIER OU ÉCU, buccularium, buccula, clypeus, scutum. Le bouclier est la plus ancienne des armes défensives dont les guerriers se servaient pour se couvrir le corps contre les coups et les traits des ennemis. Il y avait, parmi les anciens, plusieurs sortes de boucliers ou d'écus, qui différaient entre eux, soit par les noms, la forme et la matière.

Boucliers des Grecs. Ils en avaient de cinq sortes : le premier et le plus ancien, qu'ils nommaient aspis, était un grand bouclier de figure ronde, et qui couvrait presque tout le corps ; il était fait tantôt d'osiers entrelacés, tantôt de cuivre, tantôt de bois léger, et le plus souvent de cuir ou de peau renforcée par quelques plaques de métal. Homère, qui décrit la plupart des boucliers de ses héros, dit que celui d'Ajax était de sept cuirs ou de sept plis de cuir couverts d'une lame de cuivre ; et que celui d'Achille était de dix cuirs ou plis, armés de deux plaques de cuivre, de deux d'étain et d'une d'or. C'était celui qui était en usage dans les temps qu'on nomme héroïques.

Le guerron ou guerra, était de la figure d'un carré-long, ou rhomboïde; et, selon Strabon, les Perses s'en servirent les premiers.

Le thureos était aussi un carré-long, courbé en dedans comme une faîtière, et ainsi nommé parce que, lorsqu'il était étendu, sa figure ressemblait à une porte, appelée en grec "thura".

Le laisèion était un écu fort léger, de la même figure que le thureos ; il était fait de peaux de bêtes avec le poil.

Le pelte ou pelta, était aussi un bouclier léger qui, selon Xénophon, ressemblait à une feuille de lierre.

Isidore de Séville dit pourtant qu'il approchait de la figure d'un croissant, et qu'il fut d'abord en usage parmi les Amazones, ce que Virgile confirme par ce vers : Ducit Amazonidum lunatis ogmina peltis.

Mais Suidas prétend, au contraire, que ce bouclier était carré. Les Grecs tenaient des Egyptiens l'usage des boucliers ; ils les firent d'abord d'une grandeur étonnante, c'est-à-dire, de toute la hauteur d'un homme ; et au temps de la guerre de Troie, ils ne les portaient point encore au bras : ils étaient attachés au cou par une courroie, et pendaient sur la poitrine ; lorsqu'il s'agissait de se battre, on les tournait sur l'épaule gauche et on les soutenait avec le bras ; pour marcher, on les rejetait derrière le dos, et alors ils battaient sur les talons. Les Cariens, peuple très-belliqueux, changèrent cet usage si peu naturel et si désavantageux : ils enseignèrent aux Grecs à porter le bouclier passé dans le bras par le moyen de courroies faites en formes d'anses.

C'était l'usage chez les Grecs de suspendre dans les temples les armes et principalement les boucliers des ennemis qu'ils avaient vaincus, tant pour laisser un souvenir de leurs victoires, que pour rendre grâces aux dieux, qui les leur avaient fait remporter. Ces boucliers, ainsi consacrés aux dieux, s'appelaient boucliers votifs, clypei votivi. Cette coutume de suspendre des boucliers dans les temples passa, comme la plupart des autres, de Grèce en Italie.

Chez les Grecs, on ne pouvait perdre ni abandonner son bouclier sans être entaché d'infamie ; c'était même, à Lacédémone, un crime qu'on punissait de mort.

Boucliers ou écus des Romains. C'étaient l'ancile, le scutum, le clypeus et le pelta ou cetra. L'ancile (ancilia) était un petit bouclier rond, ou plutôt ovale, que les anciens Romain croyaient descendu du ciel, et de la conservation duquel ils faisaient dépendre la sûreté de leur ville.

Numa Pompilius pour dompter l'humeur féroce de ce peuple guerrier, mais grossier, et par conséquent susceptible de superstition , fit croire, au rapport de Plutarque, que, dans une furieuse peste, qui ravagea presque toute l'Italie, et Rome en particulier, un bouclier de cuivre lui était tombé du ciel entre les mains et qu'en même temps une voix s'écria que Home serait la maîtresse du monde tant qu'elle conserverait ce bouclier, qui, par-là, devint le palladium et la sauve-garde de Rome. Pour conserver ce bouclier sacré, Numa, par le conseil de la nymphe Egérie et des muses, dont il feignait d'apprendre tous les mystères de sa religion, en fit faire onze autres tous semblables, afin que si quelqu'un voulait entreprendre de l'enlever, comme Ulysse enleva le palladium de Troie, il ne pût distinguer l'ancile véritable. La peste cessa, et Numa, qui ne put lui-même reconnaître le véritable bouclier parmi les autres, institua douze prêtres pour la garde des douze anciles, qu'ils devaient porter tous les ans, au mois de mars, en grande cérémonie autour de Rome. Tullus Hostilius augmenta ensuite leur nombre jusqu'à vingt-quatre. Il y a diverses opinions parmi les anciens et les modernes sur l'origine du mot ancile et sur la forme de ce bouclier; mais la plus vraisemblable et la plus accréditée est celle de Varron, qui dit que ces boucliers étaient appelés ancilia, ob ancisu, parce qu'ils étaient coupés ou arrondis des deux côtés, de même que les boucliers des Thraces, qu'on nommait peltoe. Quoi qu'il en soit, on voit au revers d'une médaille de l'Empereur Antonin-le-Pieux les figures de deux anciles qui sont de forme ovale. Le scutum était le bouclier le plus en usage chez les Romains ; il y en avait de deux sortes, savoir : le scutum ovatum, qui était ovale, et le scutum imbricatum, qui était un carré-long, courbé en dedans en forme de faîtière ou de tuile creuse, comme le thureos des Grecs. L'un et l'autre couvraient presque entièrement le corps, ayant environ quatre pieds et demi de hauteur et deux pieds et demi de largeur. Ce bouclier était ordinairement fait de petites planches de bois léger, assemblées par de petites lames de fer, et couvertes de cuir ou de peaux de divers animaux ; et pour le mieux conserver , il était bordé en dedans et en dehors d'une autre lame de fer.

Le clypeus, grand bouclier rond semblable à l'aspis des Grecs, fut en usage quelque temps parmi les Romains: voilà pourquoi la plupart de leurs écrivains le confondent avec le scutum.

Pline le jeune remarque qu'on dédiait autrefois à Rome aux particuliers illustres et aux empereurs des boucliers d'or, d'argent ou de cuivre, sur lesquels on gravait l'image ou les belles actions de ceux à qui ils étaient consacrés, et que l'on appendait, à leur honneur, dans un temple ou dans une chapelle, à peu près comme on fit chez nous des étendards et des drapeaux qu'on enlevait aux ennemis. Appius Claudras introduisit cette coutume chez les Romains l'an 259 de la fondation de Rome ; et l'on voit, par le Cantique des cantiques, qu'elle était aussi établie parmi les Hébreux d'où elle passa chez les Grecs, ainsi qu'on l'a dit plus haut.

Le parma était de figure ronde, d'environ trois pieds de diamètre. Il y en avait encore un plus petit nommé parmula : l'un et l'autre étaient de bois léger couvert de cuir.

Le cetra ou pelta était un «petit écu dont se servaient les Maures et les Espagnols, qui ressemblait au pelta des Thraces et des Grecs, et qui était couvert de la peau d'un onceau ou d'un buffle.

Au milieu de la plupart des boucliers, il y avait, en dehors, une bosse ou une élévation ronde armée d'une pointe de fer, qui servait à écarter et à rabattre les coups et les traits des ennemis, et même à pousser ceux-ci dans la mêlée. Les Grecs nommaient cette bosse omphalos, et les Latins umbo. Ce dernier mot est souvent pris pour tout le bouclier.

Ecus ou boucliers chez les Gaulois, les Francs, les Allemands et autres nations modernes. Selon César et Tacite, les boucliers des anciens Germains et Allemands étaient faits d'écorce d'arbre et de branches d'osier entrelacées, ou de bois léger et couvert de cuir de taureau ou même de peaux d'autres animaux. Quelques peuples d'Italie, au témoignage de Diodore de Sicile, empruntèrent cette sorte d'écus des Gaulois ; et les Carthaginois, comme Suidas le rapporte, se servaient de boucliers faits de courroies de cuir appliquées les unes sur les autres.

Les boucliers chez les différentes nations avaient divers noms, selon leurs différentes formes. Les Gaulois et les Germains, à l'instar des anciens peuples, regardaient comme infâmes ceux qui avaient perdu leur bouclier, et leur interdisaient les sacrifices, et les assemblées publiques; plusieurs, qui avaient eu ce malheur, échappèrent à cette ignominie en se donnant la mort.

Le pavois, qui était le plus grand écu des anciens Gaulois, avait cinq pieds de haut, et ressemblait au scutum imbricatum des Romains ; c'était un carré-long, courbé en faîtière, qui couvrait tout le corps. Les Gaulois, les Francs, les Goths et les Espagnols élisaient et proclamaient leurs rois et leurs princes en les élevant sur le pavois; ils les proclamaient ainsi à la vue de toute l'armée, en faisant trois fois le tour du camp. Pharamond fut proclamé roi des Francs de cette manière, en 419, par la colonie de cette nation qui avait passé le Rhin sous sa conduite. Les Espagnols appelaient cette cérémonie levantar por rey.

On prétend que le mot pavois vient du vieux gaulois pave, qui, selon Borel, signifiait couverture; et c'est peut-être pour cette raison, qu'en terme de de marine, on nomme pavois, paviers ou pavesade une grande bande de toile ou de drap qu'on étend le long du plat bort d'un vaisseau de guerre, quand on se prépare au combat, pour cacher aux ennemis ce qui se fait sur le pont.

La targe était aussi un grand bouclier qui couvrait tout le corps, et dont on se servait aux assauts ; il était de différentes formes : parmi les Africains et les Espagnols, c'était un carré-long comme le pavois ; et chez les Gaulois et les Bretons, ce bouclier était presque ovale, et échancré au côté droit, pour appuyer la lance dans l'échancrure.

La rondache ou la rondelle était une espèce de bouclier rond, à peu près comme le parma des Romains. La rondache était fort en usage chez les Espagnols, même en temps de paix : et ils s'en servent encore aujourd'hui quand ils courent de nuit.

L’écu des Français était un petit bouclier léger que la gendarmerie, qui combattait avec la lance, portait au bras gauche. Il y en avait aussi de grands qui couvraient non-seulement l'homme tout entier, mais encore ceux qui étaient derrière, les arbalétriers et archers ; ces écus étaient forts pesans et fort massifs, et avaient une pointe en bas pour les ficher en terre. Comme cette arme défensive était embarrassante, surtout à cheval, le Chevalier ne la portait pas, il la faisait porter par son écuyer, qui s'appelait scutifer et armiger.

Les Chevaliers ont aussi porté un écu couvert de lames d'écailles, d'ivoire ou d'or ; ils le suspendaient à leur cou par une courroie, et quand leur lance était rompue, ils l'attachaient à leur bras gauche. Diodore de Sicile dit, en parlant des Gaulois, que chacun ornait son écu à sa fantaisie; et selon Tacite, les Allemands ne les distinguaient que par les couleurs. Il y en avait qui mettaient diverses inscriptions sur leurs boucliers ; tantôt c'était le nom de leur chef, tantôt les hauts faits de leurs ancêtres, quelquefois les leurs ; et ceux qui ne s'étaient pas encore signalés ne portaient aucune marque sur leurs boucliers, qui restaient blancs et pour ainsi dire comme une table d'attente.

Dans les croisades, les gentilshommes français qui marchaient sous la bannière de leurs suzerains adoptèrent les couleurs de ces bannières et les firent peindre sur leurs écus, avec certaines distinctions qui ont donné origine aux partitions ou meubles qui ont depuis été introduits dans le blason, tels que les chefs, les filets, les champagnes, les flanchis, les chappés, les chaussés, les bordures et les francs-quartiers. Ces familles les ont conservé dans leurs armes, pour consacrer le souvenir de leurs voyages de la Terre-Sainte, et y ajoutèrent des devises, des chiffres, des emblêmes, et par suite, y firent peindre leurs armes régulières ; et si le suzerain avait, ou sur sa bannière ou sur son écu, la figure de quelque animal, soit oiseau, quadrupède ou poisson, chacun des vassaux faisait peindre sur son bouclier une partie ou membre de cette figure, tels que la tête, les pattes, les cornes ou la moitié du corps, ce qui a produit dans le blason les positions d'issant, naissant,passant, rampant, coupé, etc., etc.

Le bouclier est le symbole de la protection que les Princes doivent à leurs sujets ; et, depuis le règne de Constantin, sur la plupart des médailles impériales postérieures aux Antonins, on le représente orné de diverses figures et du monogramme de J.-C. Les princes le tenaient toujours de la main gauche. On le voit sur quelques sceaux de la seconde race ; il est ordinairement sur ceux des empereurs d'Allemagne depuis Conrad Ier jusqu'à Othon Ier, et sur ceux des seigneurs des grands fiefs de France.

Je traiterai de l'écu et de l'écusson des armoiries au chapitre spécial du blason, il n'est ici question de l'écu que comme arme défensive....

DE LA CHEVALERIE.DE LA CHEVALERIE.
DE LA CHEVALERIE.DE LA CHEVALERIE.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #CHEVALERIE

Avertissement : Que le lecteur ne voit pas de fautes là où il s'agit de vieux français.

DE LA CHEVALERIE SOCIALE.

Les grands vassaux de la couronne, ayant rendu héréditaires, dans leurs familles, les grands fiefs qu'ils n'avaient tenus auparavant qu'à titre de bénéfice militaire et de gouvernement, furent imités dans cette usurpation, vers le milieu du dixième siècle, par une infinité de Seigneurs et de châtelains particuliers, qui firent fortifier leurs châteaux, établir des tourelles et creuser des fossés, pour résister aux attaques de l'autorité, qui pouvait revendiquer ses droits. Ils formèrent, en outre, des alliances entre eux, afin de lui opposer une masse plus forte, et se consolidèrent ainsi dans leur nouvelle position. Mais comme de l'usurpation à la tyrannie il n'y a qu'un pas, ces nouveaux Seigneurs, ainsi fortifiés, se crurent en état d'exiger des impôts et des taxes de tous ceux qui traversaient leur territoire ou qui naissaient leurs vassaux. De là les courses qu'ils faisaient à main armée sur les grandes routes, pour ruiner et maltraiter les voyageurs; de là les vexations de tous genres qu'ils exerçaient sur tous les habitans de leur contrée.

Le remède à tant de maux et à tant de désastres se rencontra précisément dans la classe élevée, où ils avaient pris leur source, et d'autres gentilhommes, prenant en pitié les misères et les larmes du peuple, se liguèrent de leur côté, pour s'opposer par la voie des armes, aux excès de cette foule de tyrans, qui avaient usurpé tous les droits du pouvoir souverain pour augmenter leurs richesses.

Cette association honorable et tout-à-fait philanthropique est l'origine de cette Chevalerie sociale, dont les membres, en se touchant réciproquement dans la main[1], et en invoquant Dieu et Saint-Georges, se vouèrent à la défense des faibles, des opprimés, des pauvres, de la veuve et de l'orphelin, en les plaçant sous la protection de leur épée. Simples dans leurs habits, austères dans leurs mœurs, humbles après la victoire, fermes et stoïques dans l'infortune, ils se créèrent en peu de temps une immense renommée. La reconnaissance populaire, dans sa joie naïve et crédule, se nourrit des merveilleux récits de leurs faits d'armes ; elle exalta et unit, dans sa prière, ses généreux libérateurs avec les puissances du ciel. Il est si naturel au malheur de diviniser ceux qui le consolent !

Dans ces vieux temps, comme la force était un droit, il fallait bien que le courage fût une vertu. Ces hommes à qui l'on donna, dans la suite, le nom de chevaliers, le portèrent au plus haut degré. La lâcheté fut punie parmi eux comme un forfait impardonnable, et c'en est un en effet que de refuser un appui à l'opprimé ; ils eurent le mensonge en horreur ; ils flétrirent le manque de foi et la perfidie, et les législateurs les plus célèbres de l'antiquité n'ont rien de comparable à leurs statuts.

Cette ligue de guerriers se maintint pendant plus d'un siècle dans toute sa simplicité primitive, parce que les circonstances au milieu desquelles elle était née ne changèrent que lentement ; mais, lorsqu'un grand mouvement politique et religieux annonça les révolutions qui allaient s'opérer dans l'esprit humain, la Chevalerie prit une forme légale et un rang parmi les institutions. Les croisades et l'émancipation des communes qui marquèrent l'apogée du Gouvernement féodal, sont les deux évènemens qui ont le plus contribué à le détruire.

La Chevalerie en tira aussi son plus grand éclat ; elle se fortifia des moeurs publiques et des idées de la nation sur le courage et l'honneur. Elle devint une loi de l’État quand elle eut débordé les autres institutions ; et elle devint une loi, parce qu'il y avait en elle toutes les conditions de convenance et de nécessité qui donnent aux institutions un caractère légal. Nous ne connaissons rien dans les souvenirs de la France de plus essentiellement français.

La Chevalerie a laissé après elle des traces profondes de son existence. Elle ne pouvait vivre que dans l'état social où elle était née. La confusion des pouvoirs, l'absence de la justice, presque toujours remplacée par une sordide fiscalité, l'inflexibilité des coutumes féodales légitimèrent son apparition. C'est sous ce rapport qu'elle a eu une importance qui ne méritait pas la dédaigneuse ingratitude de notre âge. Ses fastes seront long-temps l'objet d'une poétique admiration. On y retrouve tout ce que la valeur a de plus héroïque, la vertu de plus pur, la fidélité de plus admirable, le dévouement de plus désintéressé.

Cependant, comme tout ce qui porte l'empreinte de la volonté des hommes, la Chevalerie eut ses âges de vertu, de splendeur, et de décadence. Pauvre, énergique,

et redoutable aux oppresseurs dans la première période, qui fut son temps fabuleux, on la vit s'asseoir bientôt sur les marches du trône, et planer sur les créneaux des tours féodales. Elle fut la tutrice des peuples et la conseillère des Rois. Les nations étonnées reconnurent en elle le lien social, et le pouvoir lui-même. Elle créa, dans cette seconde période, la politesse et la douceur des manières; et triompha de la résistance d'un siècle rude et sauvage, où la noblesse se vantait de son ignorance; mais dans la troisième, malgré qu'elle se soit grossie de tous les désordres du temps, on voit pourtant sortir de son sein les Bavard et les Crillon, et une infinité de héros qui firent l'honneur de la France.

Nos rois avaient senti les premiers tout le parti qu'ils pouvaient tirer d'une association armée, qui tenait le milieu entre la couronne et les puissans vassaux qui en usurpaient toutes les prérogatives. Dès lors, ils firent des Chevaliers et les lièrent à eux par toutes les formes usitées pour l'investiture féodale ; mais le caractère particulier de ces temps reculés, c'était l'orgueil des privilèges, et la couronne ne pouvait en créer aucun sans que la noblesse ne s'arrogeât la même faculté.

Les possesseurs des grands fiefs s'empressèrent d'imiter les rois : non-seulement ils s'attribuèrent le droit de faire des Chevaliers, mais ce titre, cher à la reconnaissance de la nation, devint pour eux une prérogative héréditaire. Cet envahissement ne s'arrêta pas là : les seigneurs imitèrent leurs souverains, et la Chevalerie, perdant son ancienne unité, ne fut plus qu'une distinction honorable dont les principes eurent longtemps encore une heureuse influence sur le sort des peuples.

Mais, outre la défense du faible et de l'opprimé, les Chevaliers prenaient encore celle de l'honneur des femmes : « Le désir naturel de plaire au sexe, dit le célèbre Montesquieu, produit la galanterie qui n'est point l'amour, mais le délicat, le léger, le perpétuel mensonge de l'amour. » Cet esprit de galanterie dut prendre des forces dans le temps de nos combats judiciaires. La loi des Lombards ordonne aux juges de ces combats de faire ôter aux champions les herbes enchantées qu'ils pouvaient avoir. Cette opinion des enchantemens était alors fort enracinée, et dut tourner la tête à bien des gens. De là, le système merveilleux de la Chevalerie; tous les romans se remplirent de magiciens, d’enchantemens, de héros enchantés; on faisait courir le monde à ces hommes extraordinaires pour défendre la vertu et la beauté opprimée; car ils n'avaient en effet rien de plus glorieux à faire. De là naquit la galanterie dont la lecture des romans avait rempli toutes les têtes; et cet esprit se perpétua encore par l'usage des tournois.

Les dames étaient assujetties à avoir les mœurs pures et honnêtes, et à s'observer scrupuleusement dans toutes les démarches de leur vie, si elles prétendaient à l'honneur d'être défendues par un Chevalier, lorsque leur réputation était attaquée ; c'était, dit Sainte-Palaye, un nouveau service que la Chevalerie rendait à la société.

Brantôme s'en explique ainsi : « Si une honnête dame veut se maintenir en sa fermeté et constance, il faut que son serviteur n'épargne nullement sa vie pour la maintenir et défendre, si elle court de moindre fortune au monde, soit ou de sa vie, ou de son honneur, ou de quelque méchante parole, ainsi que j'en ai vu en notre cour plusieurs qui ont fait taire les médisans tout court, quand ils sont venus à détracter leurs maîtresses et dames, auxquelles, par devoir de Chevalerie, et par ses lois, nous sommes tenus de servir de champions à leurs afflictions. »

Une demoiselle, dont Gérard de Nevers entreprit la défense, ayant vu l'empressement avec lequel il s'y porta, prit son gant senestre, le lui donna, en lui disant : «Sire, mon corps, ma vie, mes terres, mon honneur, je les mets en la garde de Dieu et de vous, auquel je prie Dieu qu'il doint à vous telle grace octroyer, que au-dessus en puissiez venir, et nous ôter au danger où nous sommes. »

Il n'y a point d'honneur que ces preux Chevaliers ne rendissent aux dames et demoiselles qui avaient bonne renommée. S'il s'en trouvait parmi elles dont la conduite fût équivoque, ces bons Chevaliers, sans égard à leur naissance, aux richesses, au rang des pères ou des époux, ne craignaient point de venir à elles, et de placer celles qui avaient une bonne réputation devant celles qui n'en jouissaient pas. Par cette distinction, les unes étaient honorées autant qu'elles devaient l'être et les autres humiliées comme elles le méritaient.

En temps de paix, les Chevaliers donnaient aux dames des fêtes, des joutes, des tournois, et ils leur présentaient les champions qu'ils avaient vaincus et renversés, ainsi que les chevaux dont ils avaient fait vider les garçons ; et, lorsque les Chevaliers, dans le combat, avaient leurs vêtemens déchirés, de telle manière qu'on ne pouvait plus les reconnaître à leurs blasons, les dames spectatrices, pour les distinguer dans la mêlée, leur envoyaient des bannières ou timbres pour leurs heaumes, des écus chargés de parures, et leurs propres mantelets fourrés.

Un baiser respectueux était parfois le prix d'un tournois celui de l'Isle, en 1433, fut remporté par M. le Prince de Charolais. Les officiers d'armes lui amenèrent deux demoiselles, qui étaient les princesses de Bourbon et d'Estampes, qu'il embrassa.

Dans cette Chevalerie, tout Chevalier avait droit de créer d'autres Chevaliers, mais on choisissait toujours celui qui était le plus ancien et le plus illustre pour recevoir les autres.

Cette Chevalerie avait ses lois, ses statuts, ses usages; je vais en rapporter quelques fragmens.

Dès qu'un jeune gentilhomme avait atteint l'âge de sept ans, on le retirait des mains des femmes pour le confier aux hommes. Une éducation mâle et robuste le préparait de bonne heure aux travaux de la guerre, dont la profession était la même que celle de la Chevalerie.

Au défaut des secours paternels, une infinité de cours de princes et de châteaux offraient des écoles toujours ouvertes, où la jeune noblesse recevait les premières leçons du métier qu'elle devait embrasser, et où la générosité des seigneurs fournissaient abondamment à tous ses besoins. Cette ressource était la seule dans ces siècles malheureux, où la puissance et la libéralité des Souverains, également restreintes, n'avaient point encore ouvert une route plus noble et plus utile pour quiconque voulait se dévouer à la défense et à la gloire de leur État et de leur couronne. S'attacher à quelque illustre Chevalier n'avait rien, dans ce temps-là, qui pût avilir, ni dégrader ; car chaque grand Seigneur avait une maison composée des mêmes officiers que celle du Roi, et une cour qui parfois ne cédait en rien à celle du monarque. D'autres Seigneurs subalternes, par une espèce de contagion trop ordinaire dans tous les siècles, en cherchant de plus en plus à se rapprocher de ceux-ci, s'efforçaient également d'élever l'état de leurs maisons, et d'y recevoir des jeunes gens à qui ils donnaient des titres de Pages et de Valets.

Les fonctions de ces pages étaient les services ordinaires des domestiques auprès de la personne de leur maître et de leur maîtresse; ils les accompagnaient à la chasse, dans leurs voyages, dans leurs visites ou promenades, faisaient leurs messages, et même les servaient à table, et leur versaient à boire.

Cette coutume subsistait encore du temps de Montaigne; il en fait l'éloge en ces termes : « C'est un bel « usage de notre nation, qu'aux bonnes maisons, nos enfans soient reçeus pour y être nourris et élevés pages comme en une eschole de noblesse, et est discourtoisie, dit-on, et injure d'en refuser un gentilhomme.»

Le jeune Bayard, ayant été place par ses parens dans la maison de l'évêque de Grenoble, son oncle, accompagna celui-ci à la cour de Savoie, où le prélat fut invité à la table du Duc. « Durant le dîner, dit l'historien de Bayard, estoit son nepveu le bon Chevalier (Bayard), qui le servoit de boire très-bien en ordre, et très-mignonnement se contenoit. »

Les premières leçons que les jeunes gentilshommes recevaient ordinairement, dans les châteaux des Seigneurs qui se chargeaient de leur éducation, étaient basées sur l'amour de Dieu et des Dames, c'est-à-dire, sur la religion, la politesse, et la courtoisie. Les préceptes de religion laissaient au fond de leur coeur une sorte de vénération pour les choses saintes, qui tôt ou tard y reprenait le dessus. Les préceptes de politesse et de courtoisie répandaient dans le commerce des Dames ces considérations et ces égards respectueux, qui, n'ayant jamais été effacés de l'esprit des Français, ont toujours fait un des caractères distinctifs de notre nation. Les instructions que ces jeunes gens recevaient, par rapport à la décence, aux moeurs, à la vertu, étaient continuellement soutenues par les exemples des Dames et des Chevaliers qu'ils servaient. Ils en tiraient des modèles pour les grâces extérieures, si nécessaires dans le commerce du monde, et dont le monde seul peut donner des leçons. Les soins généreux des Seigneurs, pour élever cette multitude de jeunes gens nés dans l'indigence, tournaient à l'avantage des premiers, parce qu'ils employaient utilement la jeune noblesse au service de leur personne, et qu'en outre leurs propres enfans y trouvaient des émules pour les exciter à l'amour de leurs devoirs, et des maîtres pour leur rendre l'éducation qu'ils avaient reçue. Les liaisons qu'une longue et ancienne habitude de vivre ensemble ne pouvait manquer de former entre les uns et les autres, étant resserrées par le double noeud du bienfait et de la reconnaissance, devenaient indissolubles. Les enfans étaient toujours dans la disposition d'ajouter de nouveaux bienfaits à ceux de leur père; et les autres, toujours prêts à les reconnaître par des services plus importans, secondaient dans toutes ses entreprises leur bienfaiteur, ou celui qui le représentait; et, se sacrifiant pour lui dans tout le cours de leur vie, ils croyaient ne pouvoir jamais s'acquitter. Mais ce qui était le plus important d'apprendre au jeune élève, et ce qu'en effet on lui apprenait le mieux, c'était à respecter le caractère auguste de la Chevalerie; à révérer dans les Chevaliers les vertus qui les avaient élevés à ce rang. Par-là, le service qu'il leur rendait était encore ennobli à ses yeux : les servir était servir tout le corps de la Chevalerie.

Les cours des Seigneurs étaient encore des écoles pour les jeunes demoiselles; elles y étaient instruites de bonne heure des devoirs les plus essentiels qu'elles auraient à remplir. On y cultivait, on y perfectionnait ces grâces naïves et ces sentimens tendres pour lesquels la nature semble les avoir formées. Elles prévenaient de civilité les Chevaliers qui arrivaient dans les châteaux. Suivant nos romanciers, elles les désarmaient au retour des tournois et des expéditions de guerre, leur donnaient de nouveaux habits, et les servaient à table. Les exemples en sont trop souvent et trop uniformément répétés, pour nous permettre de révoquer en doute la réalité de cet usage : nous n'y voyons rien d'ailleurs qui ne soit conforme à l'esprit et aux sentimens alors presque universellement répandus parmi les Dames ; et l'on ne peut y méconnaître le caractère d'utilité qui fut en tout le sceau de notre Chevalerie. Ces demoiselles, destinées à avoir pour maris ces mêmes Chevaliers qui abordaient dans ces maisons où elles étaient élevées, ne pouvaient manquer de se les attacher par les prévenances, les soins et les services qu'elles leur prodiguaient. Quelle union ne devaient point former des alliances établies sur de pareils fondemens ! Les jeunes personnes apprenaient à rendre un jour à leur mari tous les services qu'un guerrier distingué par sa valeur peut attendre d'une femme tendre et généreuse; et leur préparaient la plus sensible récompense et le plus doux délassement de leurs travaux. L'affection leur inspirait le désir d'être les premières à laver la poussière et le sang dont ils étaient couverts, pour une gloire qui leur appartenait à elles-mêmes. J'en crois donc volontiers nos romanciers, lorsqu'ils disent que les demoiselles et les dames savaient donner, même aux blessés, les secours ordinaires, habituels et assidus que le malheur peut attendre d'un sexe sensible et compatissant.

Quant aux jeunes gens, les jeux mêmes qui faisaient partie de leurs amusemens, contribuaient encore à leur instruction. Le goût naturel à leur âge d'imiter tout ce qu'ils voyaient faire aux personnes d'un âge plus avancé, les portait à lancer comme eux la pierre ou le dard; à défendre un passage que d'autres essayaient de forcer; et, faisant de leurs chaperons des casques ou des bassinets, ils se disputaient la prise de quelque place; ils prenaient un avant-goût des différentes espèces de tournois, et commençaient à se former aux nobles exercices des écuyers et des Chevaliers. Enfin, l'émulation, si nécessaire dans tous les âges et dans tous les états, s'accroissait de jour en jour, soit par l'ambition de passer au service de quelque autre Seigneur d'une plus éminente dignité, ou d'une plus grande réputation; soit par le désir de s'élever au grade d'écuyer dans la maison de la Dame ou du Seigneur qu'ils servaient; car c'était souvent le dernier pas qui conduisait à la Chevalerie.

Mais avant que de passer de l'état de page à celui d'écuyer, la religion avait introduit une espèce de cérémonie, dont le but était d'apprendre aux jeunes gens l'usage qu'ils devaient faire de l'épée, qui, pour la première fois, leur était remise entre les mains. Le jeune gentilhomme, nouvellement sorti hors de page, était présenté à l'autel par son père et sa mère, qui, chacun un cierge à la main, allaient à l'offrande. Le prêtre célébrant prenait de dessus l'autel une épée et une ceinture, sur laquelle il faisait plusieurs bénédictions, et l'attachait au côté du jeune gentilhomme, qui alors commençait à la porter.

Les écuyers se divisaient en plusieurs classes différentes, suivant les emplois auxquels ils étaient appliqués; savoir, l'écuyer du corps, c'est-à-dire, de la personne, soit de la dame, soit du Seigneur (le premier de ces services était un degré pour parvenir au second); l'écuyer de la chambre, ou le chambellan; l'écuyer d'écurie, d'échansonnerie, l'écuyer de panneterie, etc. Le plus honorable de tous ces emplois était celui d'écuyer du corps, par cette raison appelé aussi écuyer d'honneur. Dans ce nouvel état d'écuyer, où l'on parvenait d'ordinaire à l'âge de quatorze ans, les jeunes élèves, approchant de plus près la personne de leurs Seigneurs et de leurs dames, admis avec plus de confiance et de familiarité dans leurs entretiens et dans leurs assemblées, pouvaient encore mieux profiter des modèles sur lesquels ils devaient se former; ils apportaient plus d'application à les étudier, à cultiver l'affection de leurs maîtres, à chercher les moyens de plaire aux nobles étrangers, et autres personnes dont était composée la cour qu'ils servaient; à faire, aux Chevaliers et écuyers de tous les pays qui la venaient visiter, ce qu'on appelait proprement les honneurs.

Lorsque le Seigneur montait à cheval, les écuyers s'empressaient à l'aider, en lui tenant l'étrier ; d'autres portaient les différentes pièces de son armure, ses brassards, ses gantelets, son heaume, et son écu. A l'égard de la cuirasse, nommée aussi haubergeon ou plastron, le chevalier devait la quitter encore moins que les soldats grecs ou romains ne quittaient leurs boucliers. D'autres portaient son pennon, sa lance, et son épée; mais, lorsqu'il était seulement en route, il ne montait qu'un cheval d'une allure aisée et commode, roussin, courtaut, cheval ambiant ou d'amble, coursier, palefroi, haquenée; car les jumens étaient une monture dérogeante, affectée aux roturiers et aux Chevaliers dégradés; et, peut-être, par un usage prudent, on les avait réservées pour la culture des terres, et pour multiplier leur espèce.

Lorsqu'une fois les Chevaliers étaient montés sur leurs grands chevaux, et qu'ils en venaient aux mains, chaque écuyer, rangé derrière son maître, à qui il avait remis l'épée, demeurait spectateur du combat. Mais dans le choc terrible des deux haies de Chevaliers qui fondaient les uns sur les autres, les lances baissées, les uns blessés ou renversés se relevaient, saisissaient leurs épées, leurs haches, leurs masses, ou ce qu'on appelait leurs plommées ou plombées, pour se défendre et se venger; et les autres cherchaient à profiter de leur avantage sur des ennemis abattus. Chaque écuyer était attentif à tous les mouvemens de son maître, pour lui donner, en cas d'accident, de nouvelles armes; parer les coups qu'on lui portait; le relever et lui donner un cheval frais, tandis que l'écuyer de celui qui avait le dessus secondait son maître par tous les moyens que lui suggéraient son adresse, sa valeur et son zèle; et se tenant toujours dans les bornes étroites de la défensive, l'aidait à profiter de ses avantages, et à remporter une victoire complète. C'était aussi aux écuyers que les Chevaliers confiaient, dans la chaleur du combat, les prisonniers qu'ils faisaient.

Ce spectacle était une leçon vivante d'adresse et de courage, qui, montrant sans cesse au jeune guerrier de nouveaux moyens de se défendre, et de se rendre supérieur à son ennemi, lui donnait lieu en même temps d'éprouver sa propre valeur, et de connaître s'il était capable de soutenir tant de travaux et tant de périls. On jugera par le récit de l'historien du maréchal de Boucicaut, des exercices par lesquels les jeunes gentilshommes préparaient leurs corps au métier de la guerre : « Dans sa jeunesse, dit-il, il s'essayoit à saillir sur un coursier, tout armé; puis autrefois couroit et alloit longuement à pied pour s'accoutumer à avoir longue haleine, et souffrir longuement travail; autrefois férissoit d'une coignée ou d'un mail, grande pièce et grandement. Pour bien se conduir au harnois, et endurcir ses bras et ses mains à longuement férir, et pour qu'il s'accoutumast à légèrement lever ses bras, il faisoit le soubresaut armé de toutes pièces, fors le bacinet, et en dansant se faisoit armé d'une cotte d'acier; sailloit, sans mettre le pied à l'estrier, sur un coursier, armé de toutes pièces. A un grand homme monté sur«un grand cheval, sailloit derrière à chevauchon sur ses épaules, en prenant ledit homme par la manche à une main, sans autre avantage... en mettant une main sur l'arçon de la selle d'un grand coursier, et l'autre emprès les oreilles, le prenoit par les creins en pleine terre, et sailloit par entre ses bras de l'autre part du coursier... Si deux parois de piastre fussent à une brasse l'une près de l'autre, qui fussent de la hauteur d'une tour, à force de bras et de jambes, sans autre aide, montoit tout au plus haut sans cheoir au monter ne au devaloir. Item ; il montoit au revers d'une grande échelle dressée contre un mur, tout au plus haut sans toucher des pieds, mais seulement sautant des deux mains ensemble d'échelon en échelon, armé d'une cotte d'acier, et ôté la cotte, à une main sans plus, montoit plusieurs échelons... Quant il estoit au logis, s'essayoit avec les autres écuyers à jeter la lance ou autres essais de guerre; celà ne cessoit.»

L'âge de vingt-un ans était celui auquel les jeunes gens, après tant d'épreuves, pouvaient enfin être admis à la Chevalerie; mais cette règle ne fut pas toujours constamment observée. La naissance donnait à nos Princes du sang, et à tous les Souverains, des privilèges qui marquaient leur supériorité.

Les fils des rois de France reçurent, dans la suite, dès leur berceau, l'épée, qui était la marque distinctive de la chevalerie.

D'autres aspirans à la Chevalerie l'obtinrent aussi parfois, avant l'âge prescrit, lorsqu'ils avaient fait quelque action d'éclat susceptible de leur mériter cette noble récompense.

Des jeûnes austères, des nuits passées en prières avec un prêtre et des parrains, dans des églises ou des chapelles (ce qu'on appelait la veille des armes), les sacremens de la pénitence et de l'eucharistie reçus avec dévotion; des bains qui figuraient la pureté nécessaire dans l'état de la Chevalerie ; des habits blancs pris à l'imitation des néophytes, comme le symbole de cette même pureté; un aveu sincère de toutes les fautes de sa vie; une attention sérieuse à des sermons où l'on expliquait les principaux articles de la foi et de la morale chrétienne, étaient les préliminaires de la cérémonie par laquelle le novice allait être ceint de l'épée de Chevalier.

Après avoir rempli tous ces devoirs, il entrait dans une église, et s'avançait vers l'autel avec cette épée en écharpe au col ; il la présentait au prêtre célébrant, qui la bénissait. Le prêtre la remettait ensuite au col du novice : celui-ci, dans un habillement très simple, allait ensuite, les mains jointes, se mettre à genoux aux pieds de celui qui devait l'armer. Cette scène auguste se passait aussi dans la salle ou dans la cour d'un palais ou d'un château, et même en pleine campagne. Le Seigneur à qui le novice présentait l'épée lui demandait à quel dessein il désirait entrer dans l'ordre, et si ses voeux ne tendaient qu'au maintien et à l'honneur de la Chevalerie. Le novice faisait les réponses convenables; et le Seigneur, après avoir reçu son serment, consentait à lui accorder sa demande. Aussitôt le novice était revêtu par un ou par plusieurs Chevaliers, quelquefois par des dames ou des demoiselles, de toutes les marques extérieures de la Chevalerie. On lui donnait successivement les éperons, en commençant par la gauche, le haubert ou la cotte de maille, la cuirasse, les brassards et les gantelets; puis on lui ceignait l'épée. Quand il avait été ainsi adoubé (c'est le terme dont on se sert pour marquer qu'il était reçu), il restait à genoux avec la contenance la plus modeste. Alors le Seigneur qui devait lui conférer l'ordre se levait de son siège du de son trône, et lui donnait l'accolade ou l'accolée, en prononçant ces paroles : « Au nom de Dieu, de saint Michel et de saint Georges, je te fais Chevalier ; » auxquelles on ajoutait quelquefois ces mots : « Soyez preux, hardi et loyal, » il le baisait ensuite sur la joue gauche (osculum pacis), et lui donnait la paumée, ainsi qu'il a déjà été dit.

La cérémonie de réception était des plus brillantes, et occasionnait des fêtes magnifiques, des festins somptueux, où l'on distribuait aux Chevaliers des robes, et des manteaux de riches étoffes, des fourrures précieuses, des armes, des chevaux, des présens de toute espèce : l'or et l'argent s'y répandaient avec profusion.

Le nouveau Chevalier, à cette réception, faisait serment de servir la religion et de la défendre jusqu'à la mort; de servir le Roi et de défendre le pays au péril de sa vie; de soutenir les droits des plus faibles, des opprimés et ceux de la veuve et de l'orphelin ; de soutenir l'honneur des dames et de combattre pour elles; d'aimer et honorer les autres Chevaliers, et de garder la foi à ses compagnons ; de ne prendre jamais gages ou pensions de Princes étrangers; de maintenir une discipline exacte et sévère à la guerre, et de mener une vie privée exempte de tout reproche ; de ne jamais manquer à sa parole, etc.

Si le Chevalier violait ses sermens, on le dégradait de la manière la plus rigoureuse et la plus humiliante ; parfois même il était condamné à mort, lorsque la justice du Prince intervenait dans le procès, et que la trahison concernait l'intérêt de l’État.

Palliot dit que, pour la cérémonie de la dégradation : « on assembloit vingt ou trente anciens Chevaliers sans reproche, devant lesquels le Gentilhomme ou Chevalier traistre estoit accusé de trahison et foy mentie par un Roy ou Héraut d'armes qui déclaroit le fait tout au long, et nommoit ses tesmoins, les tenants et aboutissants. L'accusé estoit par lesdits Chevaliers ou anciens nobles, condamné à la mort, et qu'auparavant icelle il seroit dégradé de l'honneur de Chevalerie, et ses armes renverseez et briseez. Pour l'exécution de ce iugement estoient dressez deux théâtres ou eschaffaux, sur l'un desquels estoient assis les nobles et Chevaliers iuges, assistez des Rovs, Hérauts et poursuivants d'armes avec leurs cottes d'armes et esinaux ; sur l'autre estoit le Chevalier accusé, armé de toutes pièces, et son écu blasonné et peint de ses armes, planté sur un pal devant luy, renversé et la pointe en haut : d'un costé et d'autre à l'entour du Chevalier estoient assis douze prestres revestus de leurs surplis, et le Chevalier es toit tourné du costé de ses iuges. En cet estat lesdits prestres commençoient les Vigiles des morts, depuis Dilexi iusques à Miserere, et les chantaient à haute voix après que les Hérauts avaient publié la sentence des iuges. A la fin de chacun pseaume, les prestres faisaient une pause, durant laquelle les officiers d'armes dépoüilloient le condamné de quelque pièce de ses armes, commençans par le heaume, continuans iusques à ce qu'ils eussent parachevé de le désarmer pièce à pièce, et à mesure qu'ils en ostoient quelqu'une, les Hérauts crioient à haute voix : Cecy est le bascinet du traistre Chevalier! » et faisoient et disoient tout de mesme du collier ou chaisne d'or, de la cotte d'armes, des gantelets, du baudrier, de la ceinture, de l'espée, des esperons, bref de toutes les pièces de son harnois, et finalement de l'escu de ses armes, qu'ils brisoient en trois pièces avec un marteau. Après le dernier pseaume, les prestres se levoient et chantaient sur la teste du pauvre Chevalier le cent neufviesme pseaume de David : Deus laudem meam ne tacueris, auquel sont contenues les imprécations et malédictions fulmineez contre le traistre et détestable IUDAS et ses semblables. Et comme anciennement ceux qui devoient estre reçeus Chevaliers, devoient le soir auparavant entrer dans un bain, et estre lavez pour estre plus nets, passer la nuict entière en prières dans l'église, et se préparer l'ame et le corps à recevoir l'honneur de la Chevalerie, ainsi le pseaume des malédictions estant parachevé, un Poursuivant d'armes tenoit un bassin doré plein d'eau chaude, et le Roy ou Héraut d'armes demandoit par trois fois le nom du Chevalier dépouillé, que le Poursuivant nommoit par nom, surnom et seigneurie ; auquel le Roy ou Héraut d'armes demandoit qu'il se trompoit, et que celuy qu'il venoit de nommer estoit un traistre, desloyal et foy-mentie ; et pour monstrer au peuple qu'il disoit la vérité, il demandoit tout haut l'opinion des iuges; le plus ancien desquels respondoit à haute voix, que par sentence des Chevaliers présents, il estoit ordonné que ce desloyal, que le Poursuivant venoit de nommer, estoit indigne du tiltre de noble, et de Chevalier, et pour ses forfaits dégradé de noblesse, et condamné à mort. Ce qu'ayant prononcé, le Roy d'armes renversoit sur la teste du condamné ce bassin plein d'eau chaude, aprez quoy les Chevaliers iuges descendoient de l'eschaffaut, et se revestoient de robes et chapperons de deuil, et s'en alloient à l'église. Le dégradé estoit aussi descendu de son eschaffaut, non par le degré, mais par une corde qui estoit attachée sous ses aisselles, et puis on le mettoit sur une civière, et on le couvroit d'un drap mortuaire, et estoit ainsi porté à l'église, les prestres chantant dessus luy les Vigiles et les Orémus pour les trépassez : ce que estant parachevé, le dégradé estoit livré au iuge royal, et à l'exécuteur de la haute justice, qui l'exécutoit à mort suivant ce qui a voit esté ordonné; que si le Roy luy donnoit grace de la vie, on le bannissoit à perpétuité ou pour un certain temps hors du royaume. Après cette exécution, les Roys d'armes déclaroient les enfans et descendans du dégradé ignobles et roturiers, indignes de porter les armes, et de se trouver et paroistre ès iouste, tournois, armeez, cours et assembleez du Roy, des Princes, Seigneurs et Gentilshommes, sur peine d'estre despoüillez nuds et estre battus de verges, comme vilains et infames qu'ils estoient. »

Le même Palliot dit encore :

« qu'au temps du roy François Ier les mesmes cérémonies furent pratiqueez contre le capitaine Franget, vieil gentilhomme, qui ayant esté estably gouverneur de Fontarabie par le mareschal de Chabannes, et honoré par le Roy de la charge de capitaine de cinquante hommes d'armes pour la garde de cette place importante, très-bien munie de gens et de vivres, et de toutes choses nécessaires à soubstenir un long siége, la rendit au connestable de Castille, sans avoir soubstenu aucun assaut, ny fait aucune résistance, par une lasche et honteuse capitulation ; de laquelle s'eslant voulu venir excuser à Lyon ou le Roy estoit, n'ayant pû iustifier son dire; au contraire, estant convaincu de trahison, il fut sur l'eschaffaud désarmé de toutes pièces, son escu portant ses armes, cassé, brisé en pièces par les Hérauts d'armes, baptisé du nom de traistre et de perfide , et ietté du haut de l'eschaffaud, la vie sauve à cause de sa vieillesse, mais dégradé de noblesse, déclaré roturier, luy et tous ses descendants taillables et incapables de porter les armes. »

Il y avait des délits qui n'entraînaient pas de peines capitales, et qui étaient punis moins sévèrement, ainsi qu'il sera expliqué dans ce chapitre.

Avant que les Chevaliers tenans et assaillans, convoqués pour les tournois, ou autres fêtes, pussent s'y rendre, ils portaient au cloître de la principale église, leurs armes ornées de leurs casques, bourlets, mantelets, lambrequins et cimiers, avec leurs noms et devises. Les juges du camp, les Rois d'armes, ou les Hérauts, conduisaient ensuite les dames dans ce cloître; et si une d'elles reconnaissait le nom, la devise ou les armes de quelque Chevalier qui se fût mal expliqué sur son compte, ou qui lui eût manqué de respect et de fidélité, les juges ou Hérauts d'armes renversaient son écu, et excluaient le Chevalier du nombre des combattans.

Lorsqu'un Chevalier se présentait pour combattre, sans avoir l'honneur d'être gentilhomme, ou avec des armes fabriquées ou usurpées, on le condamnait à faire le tour du camp, la tête découverte, le casque et l'écu renversés; quelquefois on suspendait son écu, son casque et ses armes renversées à un pilier, qu'on appela aussi pilori : ses armes y étaient exposées à la risée de tous les spectateurs, tandis que les autres combattans étaient couverts d'applaudissemens. Les Hérauts d'armes tranchaient quelque partie de l'écu, ou y ajoutaient quelque pièce infamante. On taillait ordinairement la pointe droite du chef de l'écu.

Lorsque quelque Chevalier était convaincu d'avoir tué un prisonnier de guerre, on raccourcissait et arrondissait son écu par le bas de la pointe.

Celui que l'on convainquait de mensonge et de flatterie voyait couvrir la pointe de son écu de gueules (rouge), et effacer les figures qui étaient peintes. Un Chevalier qui s'était exposé témérairement, et avait causé, par cette imprudence, quelque perte dans son parti, avait le bas de son écu marqué d'une pointe échancrée.

On peignait deux goussets de sable (noir) sur les flancs de l'écu d'un chevalier qui avait rendu un faux témoignage, ou commis un adultère.

On couvrait d'un gousset échancré et arrondi en dedans le flanc de l'écu de celui qui était convaincu de lâcheté.

Quand un Chevalier avait manqué à sa parole, on peignait une tablette ou quarrée de gueules (rouge), sur le coeur (milieu) de son écu.

L'écu de celui qui avait violé ou ravi une fille, était peint renversé sur un drapeau noir.

Dans d'autres circonstances, on retranchait quelques pièces des armes du coupable, ainsi que le fit pratiquer saint Louis, dans les armes de Jean d'Avesnes.

Les Chevaliers étaient toujours richement habillés, et leurs chevaux magnifiquement harnachés. Dans les tournois et autres fêtes publiques, l'or, travaillé en étoffe, enrichissait leurs robes, leurs manteaux, et toutes les parties de leurs vêtemens et de leurs équipages. Mais à la guerre, une lance forte et difficile à rompre; un haubert ou haubergeon, c’est-à-dire, une double cotte de mailles tissue de fer, à l'épreuve de l'épée, étaient les armes assignées aux Chevaliers exclusivement. La cotte d'armes, faite d'une simple étoffe armoriée, était l'insigne de leur prééminence.

DES VOEUX DE CHEVALERIE.

C'étaient des engagemens que prenaient les Chevaliers de former quelque entreprise d'honneur ou de témérité, soit pour l'attaque ou la défense d'une place de guerre; soit de se trouver en pleine campagne, en face de l'ennemi; soit encore de visiter les lieux saints; de faire quelque pèlerinage ; de déposer leurs armes ou celles des ennemis qu'ils avaient vaincus, dans le sanctuaire de quelque église; de planter les premiers leurs pennons ou bannières sur les murs ou sur la plus haute tour d'une place assiégée; de se jeter au milieu des ennemis, et de leur porter le premier coup, etc.

Bertrand Duguesclin, avant de partir pour soutenir un défi d'armes proposé par un Anglais, entendit la messe; et, lorsqu'on fut à l'offrande, il fit à Dieu celle de son corps et de ses armes, qu'il promit d'employer contre les Infidèles s'il sortait vainqueur de ce combat. Bientôt après il en eut encore un autre à soutenir contre un Anglais, qui, en jetant son gage de bataille, avait juré de ne point dormir au lit sans l'avoir accompli; et Bertrand, en relevant le gage, fit voeu de ne manger que trois soupes au vin, au nom de la Sainte- Trinité, jusqu'à ce qu'il eût combattu ce même Chevalier.

Duguesclin, étant devant la place de Moncontour, que Clisson assiégeait depuis longtemps sans pouvoir la forcer, jura de ne manger de viande, et de ne se déshabiller qu'il ne l'eût prise : « Jamais ne mangerai chair, « ne me dépouillerai ne de jour ne de nuict. »

Une autre fois il fit voeu de ne prendre aucune nourriture après le souper qu'il prenait, jusqu'à ce qu'il eût vu les Anglais pour les combattre. Son écuyer d'honneur, au siège de Bressuire, en Poitou, promit à Dieu de planter, dans la journée, sur la tour de cette ville, la bannière de son maître, qu'il portait en criant : Duguesclin , ou de mourir plutôt que d'y manquer.

On connaît plusieurs autres voeux faits par des Chevaliers assiégés, comme de manger tous les animaux qui se trouvaient dans la place; et, pour dernière ressource, de se manger eux-mêmes, par rage de faim, plutôt que de se rendre. On jurait, de la part des assiégeans, de tenir le siége toute sa vie, ou de mourir en bataille, si l'on venait la présenter, ou de donner tant d'assauts qu'on emporterait la place de vive force. «J'ai fait voeu à Dieu et à saint Yves, dit Duguesclin aux habitans de Tarascon, que par force d'assauts vous au roi. »

L'institution de la Chevalerie reposait donc sur des principes d'honneur, de bravoure, de gloire militaire, d'humanité, et de politesse, qui ne pouvaient tendre qu'à l'amélioration de l'ordre social, à une époque surtout ou nos moeurs et nos coutumes avaient encore quelque chose de barbare et de grossier. Et si l'imagination de nos romanciers a transformé ces anciens Preux en Chevaliers errans, courant des aventures, ou ridicules ou peu morales, il faut leur abandonner le fruit de leurs fictions, et ne conserver de cette institution que le souvenir des services signalés qu'elle a rendus à la France, et à l'Europe entière, et dans l'art militaire et dans l'ordre social, soit par la pratique de toutes les vertus civiles, soit par les actes de la bravoure la plus héroïque.

[1]Mémoires sur l'ancienne Chevalerie, par La Curne de Sainte-Palaye, édition de M. Ch. Nodier.

DE LA CHEVALERIE.DE LA CHEVALERIE.
DE LA CHEVALERIE.DE LA CHEVALERIE.

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Publié le par Rhonan de Bar
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LES CHEVALIERS-BANNERETS.

L'étymologie du mot banneret vient de Banner-Herren, qui signifiait, en langue celtique, un Seigneur à bannière : d'autres le font dériver du mot ban, qui veut dire Proclamation publique d'aller à la guerre , ou de celui de bandière, dont on a fait depuis celui de bannière, bandum signum dicitur militare, parce que les bannerets étaient ceux qui possédaient des fiefs qui donnaient le droit de lever bannière, et dont les propriétaires pouvaient mettre sur pieds, à leurs dépens, des troupes qu'ils conduisaient, sous leur bannière, au service du Roi.

L'origine des bannerets remonte à l'an 383, ou Conan, commandant les légions romaines en Angleterre, se révolta, sous l'empire de Gratien, et se rendit maître de ce royaume et de la Bretagne, qu'il distribua à plusieurs bannerets. C'est de cette dernière province que cette dignité passa depuis en France, lorsque l'introduction du gouvernement féodal fit aussi transporter aux fiefs et aux domaines, les titres qui auparavant n'avaient été décernés qu'aux personnes. Ainsi, les Ducs, les Marquis, les Comtes firent ériger leurs terres en Duchés, Marquisats et Comtés, et les Chevaliers firent ériger les leurs en fiefs de bannière, lorsqu'elles fournissaient le nombre de vassaux voulu par les coutumes.

Le titre de Chevalier-Banneret était le plus considérable et le plus élevé de l'ordre de la Chevalerie; il n'appartenait qu'à des gentilshommes qui avaient d'assez grands fiefs pour leur donner le droit de porter la bannière dans les armées royales. Il fallait, pour obtenir ce titre, être gentilhomme de nom et d'armes, c'est-à-dire, de quatre quartiers, ou lignes paternelles et maternelles.

Ducange cite un ancien cérémonial manuscrit qui indique la manière dont se faisait le Chevalier-Banneret et le nombre d'hommes qu'il devait avoir à sa suite. « Quand un bachelier, dit ce Cérémonial, a grandement servi et suivi la guerre, et que il a terre assez, et qu'il puisse avoir gentilshommes ses hommes et pour accompagner sa bannière, il peut licitement lever bannière en bataille, et non autrement; car nul homme ne doit lever bannière en bataille s'il n'a du moins cinquante hommes d'armes, tous ses hommes, et les archiers et les arbalestriers qui y appartiennent ; et, s'il les a, il doit, à la première bataille où il se trouvera, apporter un pennon de ses armes, et doit venir au connétable ou aux maréchaux, ou à celui qui sera lieutenant de l'ost pour le Prince, requérir qu'il porte bannière; et s'ils lui octroyent, doit sommer les héraults pour témoignage, et doivent couper la queue du pennon, etc. »

Effectivement, lorsqu'un gentilhomme aspirait à l'honneur d'être banneret, il choisissait l'occasion d'un combat, d'une bataille ou d'un tournois, pour présenter son pennon roulé au Roi ou au chef de l'armée l'un ou l'autre le développait, en coupait la queue, le rendait carré, puis le remettait entre les mains du Chevalier, en lui disant : « Voici votre bannière; Dieu vous en laisse votre preux faire. »

Mais, avant que le gentilhomme pût se présenter au Roi ou au chef de l'armée, pour demander la bannière de banneret, on commettait les héraults d'armes, qui devaient s'assurer s'il avait assez de biens pour  fournir à la dépense à laquelle cette dignité l'exposait; s'il avait le nombre suffisant de vassaux pour le suivre à la guerre et garder la bannière. On sait que ce nombre était au moins de vingt-quatre gentilshommes bien montés, avec chacun leurs sergens, lesquels en épée et en jacque de maille, portaient la masse d'armes, l'écu et la lance de leur maître : ce qui les fit nommer écuyers.

Si les héraults rendaient témoignage que ce Chevalier était en état de fournir à cette dépense, ils développaient son pennon, et en coupaient les deux bouts pour le rendre carré, et le repliaient, jusqu'à ce que le Prince ou le Général lui eût permis de le déployer et ficher à terre.

Les Chevaliers - Bannerets de cavalerie devaient un marc d'or aux héraults, et ceux d'infanterie un marc d'argent.

La bannière carrée, portée au haut d'une lance, était la véritable enseigne du banneret ; celle des simples Chevaliers se prolongeait en deux cornettes ou pointes, telles que les banderolles qu'on portait dans les cérémonies des églises. Le Chevalier-Banneret devait avoir sous ses ordres quatre Chevaliers-Bacheliers, et toujours il prenait le pas, avec sa troupe, sur celle d'un banneret qui n'était pas Chevalier, et celui-ci obéissait au premier; car le titre de Banneret ne donnait pas celui de Chevalier : ce dernier était personnel, et celui qui en était décoré ne tenait cet honneur que de son épée et de sa valeur. Il y avait donc deux sortes de bannerets, celui qui était Chevalier et celui qui ne l'était pas.

A la vérité, dans la suite, ce titre devint héréditaire, et passa à ceux qui possédaient la terre ou le fief d'un banneret, bien qu'ils n'eussent pas l'âge qui était nécessaire, et qu'ils n'eussent pas encore donné des preuves de leur courage pour mériter cette qualité.

Le banneret devait avoir un château avec vingt-cinq feux au moins, c'est-à-dire, vinqt-cinq chefs de famille qui lui prêtassent hommage. Cependant, il y en avait quelquefois moins, quelquefois plus, selon la condition des fiefs.

Le banneret avait souvent des supérieurs bannerets ; nous en trouvons la preuve dans un arrêt de l'an 1442, qui porte que le Vicomte de Thouars, le plus grand et le premier vassal du Comte de Poitou, avait sous lui trente-deux bannières; par conséquent, ce Vicomte, qui était banneret, avait sous son obéissance, ainsi que beaucoup d'autres de même qualité, plusieurs bannerets ses vassaux.

Dans les arrêts des Parlemens, les bannerets étaient toujours qualifiés de ce titre. On cite celui du 23 février 1385, en faveur de Jeanne de Ponthieu, dans lequel il est dit que Dreux de Crevecoeur, son mari, était Chevalier-Banneret.

Les Chevaliers - Bannerets étaient souvent compris au rang des Hauts-Barons, et jugeaient avec eux : Barones vocati solent ii proceres, qui vexillum in bellum efferunt ; mais ils n'étaient pas tous décorés du titre de Baron. Deux arrêts, des 2 et 7 juin 1401, justifient que Guy, Baron de Laval, disputait à Raoul de Coetquen son titre de Baron : celui-ci cependant fut maintenu dans cette qualité, en prouvant qu'il avait plus de cinq cents vassaux et une fortune considérable.

En Bretagne, les Barons étaient distingués des bannerets, et les bannerets de cette province étaient créés en pleins Etats.

Bertrand d'Argentré dit aussi qu'en l'an 1462 il se convoqua une assemblée, sous François II, Duc de Bretagne, dans laquelle il y avait divers degrés pour l'écuyer, le bachelier, le Chevalier-Banneret et le Baron.

Un arrêt du Parlement de Paris, du 23 février 1585, donne la qualité de Miles vexillatus à un Chevalier-Banneret.

Les chroniques de France nous apprennent que les bannerets n'étaient pas seulement employés aux occasions de la guerre, mais encore aux cérémonies de la paix ; car elles contiennent que Monseigneur Charles, régent du royaume, Duc de Normandie et Dauphin de Viennois, envoya trois Chevaliers - Bannerets et trois Chevaliers-Bacheliers, pour voir faire au Prince de Galles le serment de la paix de Bretigny, le 7 mai 1360.

Et il fut ordonné dans le conseil de Charles VI, l'an 1396, que madame Isabeau de France, fille du Roi, allant en Angleterre épouser le roi Richard II, son état et sa suite seraient composés de deux Chevaliers-Bannerets et de cinq Chevaliers-Bacheliers ; savoir : des Seigneurs d'Aumont et de Garancières, bannerets ; de Messires Renault et Jean de Trie, de Galois d'Aunoy, de Charles de Chambly, et du Seigneur de Saint-Clair, bacheliers.

Quand un noble était vassal d'un Duc ou d'un autre grand Seigneur, et qu'il avait lui-même des vassaux qui marchaient sous sa bannière, il était banneret du Duché, du Marquisat ou du Comté de son suzerain.

Les anciens officiers de la couronne et leurs lieutenans avaient droit de porter bannière, quoique d'ailleurs ils ne fussent pas bannerets. « Tous royaux et tous «leurs lieutenans, connétables, amiraux, maîtres des arbalestriers, et tous les Maréchaux de France, sans être Barons ni bannerets, disant qu'ils sont officiers par dignité de leurs offices, peuvent porter bannière et non autrement. En guerre, pour ôter les débats des envies, le droit ordonne que les bannières plus anciennes soient les plus prochaines de celle du Roi (Menetrier, Origines, 194, 190). »

On énumérait autrefois les armées par le nombre des bannières, comme on le fait aujourd'hui par le nombre de régimens.

Les Chevaliers bannerets, suivant le père Daniel, ne paraissent dans notre histoire que sous Philippe-Auguste. Ils subsistèrent jusqu'à la création des compagnies d'ordonnances par Charles VII. Alors il n'y eut. plus de bannières ni de Chevaliers-Bannerets : toute la gendarmerie fut mise en compagnie réglée.

Les Chevaliers-Bannerets avaient le privilége du cri de guerre, ou cri d'armes, qui leur était particulier, et qui leur appartenait privativement à tous les Bacheliers et à tous les écuyers, comme chefs des vassaux qu'ils conduisaient à la guerre sous leur bannière. Ils se servaient de ce cri, lorsqu'ils se trouvaient en péril, pour animer leurs troupes à défendre courageusement l'honneur de leurs bannières, ou pour leur servir de ralliement.

L'investiture était donnée au Chevalier-Banneret par la bannière carrée. Il se présentait devant le Prince ou son délégué, tenant en main sa bannière, se mettait à genoux, la remettait au Prince, qui la lui rendait après l'avoir agitée, et lui donnait l'accolade.

Les Chevaliers de Bretagne portaient leurs armoiries dans des écussons carrés, pour désigner qu'ils étaient descendus de Chevaliers-Bannerets.

Les armoiries de ces Chevaliers étaient décorées dans leurs ornemens extérieurs d'un vol banneret, qu'on plaçait en bannière de chaque côté du cimier, et qui était coupé en carré, comme l'écu des anciens Chevaliers bannerets l'était par le bas. Cet écu était aussi décoré, autrefois, d'un cercle d'or, sans être émaillé, mais orné de trois grosses perles.

Ils jouissaient de tous les honneurs, droits, prérogatives et prééminences mentionnés au chapitre des Chevaliers militaires, parmi lesquels ils tenaient souvent le premier rang.

La paie d'un Chevalier banneret était de 50 sous par jour.

Il y avait aussi des Ecuyers-Bannerets qui possédaient des fiefs avec le droit de bannière ; mais qui, n'ayant pas encore reçu l'honneur de la Chevalerie, n'osaient s'en attribuer le titre. Ils ne prenaient point non plus la qualité de Messire, de Monseigneur ou de Monsieur, et portaient des éperons d'argent. Quoiqu'ils marchassent après les Bacheliers qui étaient Chevaliers, il y a eu des circonstances, néanmoins, où l'écuyer banneret commandait au Chevalier, même banneret, lorsque le commandement était donné spécialement par le Roi à ces écuyers.

LES CHEVALIERS-BACHELIERS.

Le nom de Bachelier, selon quelques auteurs, dérive de celui de buccelarii, sorte de cavaliers, qui étaient très-estimés dans les armées romaines. Ducange le fait venir de baccalaria, bachellerie, bacelle, nom donné à un fief, un domaine, qui se composait de plusieurs pièces de terre nommées mas ou meux, formant douze acres chacune, et ayant plusieurs manoirs, mais toujours moins de douze vassaux. D'autres disent que la Bacelle ou Bachellerie se formait de dix mas ou meix, et qu'elle contenait le labourage de deux charrues à deux boeufs. Ces noms de Bacelle et Bachellerie étaient connus dès l'an 881 ; d'autres auteurs font venir le nom de Bacheliers de celui de Bas-Chevaliers, parce qu'ils formaient le second ordre de la Chevalerie, et tenaient le milieu entre le banneret et l'écuyer, milites medioe nobilitatis.

Le Bachelier, n'étant pas assez riche pour avoir un grand nombre de vassaux, servait avec eux sous la bannière d'un banneret; mais il avait pour étendard un pennon ou cornette à deux pointes, en forme de banderolle, sous lequel il réunissait ses hommes de guerre.

Un ancien cérémonial dit : « Quand un Bachelier a la terre de quatre Bachelles, le Roi lui peut bailler bannière à la première bataille où il se trouve, à la deuxième, il est banneret ; à la troisième, il est Baron. Tout Bachelier n'était mie riche : de plus, il fallait « avoir servi quelque temps à la guerre en qualité d'écuyer et de Bachelier sous un Chevalier-Banneret,  pour devenir Banneret ou Baron.»

On donnait aussi le nom de Bacheliers à ceux même de l'ordre des bannerets, qui, n'ayant pas encore atteint l'âge requis pour déployer leur propre bannière, étaient obligés de marcher sous la bannière d'un autre.

L'investiture du Chevalier-Bachelier se donnait par son pennon, tandis que le banneret la recevait par la bannière carrée.

Dans les anciennes montres des gens d'armes, les Bacheliers se trouvent compris, sans aucune différence, sur le même pied que les Chevaliers-Bannerets. Ils recevaient le double de la paie des écuyers, et la moitié de celle des bannerets.

A l'instar des bannerets, ils étaient honorés des titres de Messire et de Monseigneur, et jouissaient des privilèges de la Chevalerie,

Les Bacheliers cessèrent d'exister, ainsi que les bannerets, lorsque Charles VII créa les compagnies d'ordonnance et forma son armée sur un nouveau pied ; et, depuis, le titre de Bachelier, qui ne se donnait auparavant qu'à des nobles servant à la guerre, passa aux particuliers qui se livraient à l'étude des lois, des sciences, de la théologie et à la pratique des arts.

LES CHEVALIERS D'HONNEUR.

Une autre Chevalerie fut instituée par les souverains, ce fut celle des Chevaliers d'honneur, qui ne quittaient pas leur personne et leur appartenaient ; elle remonte au-delà du treizième siècle. Amaury de Meudon, Jean de Voyse, Rodolphe Bonel, Guillaume de Pavay, Guillaume de Flavencourt, Jean de Soisy et Hugues de la Celle, sont qualifiés Milites regis (Chevaliers du Roi), dans les anciennes Chartes.

On les appelait quelquefois Chevaliers de l'hôtel du Roi, ce qui se rencontre dans un statut fait au bois de Vincennes en 1285, où ils sont ainsi qualifiés.

Dans un arrêt du 10 février 1384, Etienne de Flavigny est qualifié Chevalier d'honneur du roi Charles VI.

Froissard fait mention de plusieurs autres Chevaliers l'honneur, parmi lesquels il nomme : messire Renaud le Rove, messire Renaud de Trie, le sire de Garancières, messire Guillaume Martel, messire Guillaume les Bordes, et messire Guillaume Martel, Seigneur de Bacqueville, tous deux Chevaliers de la Chambre du Roi.

Les Reines, les Princesses et les Grands-Seigneurs avaient aussi leurs Chevaliers d'honneur. Dans l'histoire le Long-Pont, il est fait mention de Théobalde de Mauny et de Ferdinand, Chevaliers de la Reine : Théobaldus de Maulny et Ferdinandus, milites Reginae. Dans le testament d'Yolande, comtesse d'Angoulême, le l'an 1314, on y lit ces paroles : « De plus, je lègue à Raoul Bruni, mon Chevalier, pour les bons services qu'il m'a rendus, 200 livres une fois payées ; et à Foucaut de la Roche, mon Chevalier, 50 livres. »

Il était d'usage d'ailleurs qu'un Chevalier, qui s'était fait un nom par ses exploits militaires, se voyait bientôt prévenu par les plus grands seigneurs et par les plus grandes dames : les Princes, les Princesses, les Rois et les Reines s'empressaient de l'enrôler, pour ainsi dire, dans l'état de leur maison, de l'inscrire dans la liste des héros qui en faisaient l'ornement et le soutien, sous le titre de Chevalier d'honneur. Le même pouvait être tout à la fois attaché à plusieurs cours différentes, en toucher les appointemens, avoir part aux distributions des robes, livrées ou fourrures, et des bourses d'or et d'argent que les Seigneurs répandaient avec profusion, surtout aux grandes fêtes, et clans d'autres occasions qui les obligeaient de faire éclater leur magnificence.

Cette magnificence des Princes et des Seigneurs éclatait surtout dans la multitude des Chevaliers qui étaient continuellement autour de leur personne. La générosité qui les y retenait rendait la maison du Seigneur plus noble et plus chère aux yeux de ses amis et de ses vassaux. L'attachement et le zèle de tant de braves guerriers, qu'un même esprit réunissait, la rendaient plus importante et plus redoutable aux étrangers et aux ennemis qui auraient eu dessein de l'attaquer.

Les Chevaliers qu'on nommait Chevaliers du corps, ou Chevaliers d'honneur, accompagnaient ordinairement le maître dans son palais ou dans son château. Chez nos Rois, ils étaient leurs chambellans ou Chevaliers de leur chambre. Leur assiduité au service intérieur du palais répondait de l'empressement qu'ils auraient à se tenir toujours à la guerre près de leur Seigneur, pour l'armer et pour le défendre.

Le mot honneur signifiait proprement le cérémonial d'une cour ; l'épée d'honneur était celle qui se portait dans les cérémonies ; le trône d'honneur, le heaume d'honneur, le cheval d'honneur, le manteau d'honneur, la table d'honneur, étaient les objets qui se déployaient à la vue, lors des grandes réceptions ou solennités, dans les cours des Princes et des Grands, et c'étaient les Chevaliers d'honneur qui en ordonnaient tout le cérémonial.

L'usage d'avoir des Chevaliers d'honneur s'est perpétué jusqu'à nos jours dans la maison des Reines et des Princesses du sang.

On donna aussi le titre de Chevalier d'honneur, par l'édit du mois de mars 1691, à des magistrats qui furent institués près de chacun des présidiaux de France, avec titre de conseillers. Il en sera question au chapitre suivant.

LES CHEVALIERS DU GUET.

Les Chevaliers du Guet étaient également compris au nombre des Chevaliers militaires : Officium militis gueli. Ils étaient établis pour la garde et la sûreté des grandes villes du royaume, surtout pendant la nuit : Proefectus vigilum.

Il y avait un Chevalier du guet établi à Paris dès le règne de Saint Louis; on en créa depuis à Orléans, Lyon, Bordeaux, Sens, etc.

Ils commandaient des compagnies à pied et à cheval. Par l'ordonnance du 27 novembre 1643, le Chevalier du guet à Paris avait voix délibérative au jugement des criminels qui avaient été arrêtés par sa troupe.

Un arrêt du Parlement de Paris, du 13 janvier 1457, porte qu'aucun ne peut être Chevalier du guet s'il n'est Chevalier, à moins qu'il en soit dispensé : Nullus habeat vel detineat proedictum officium, nisi fuerit miles, velper nos in hoc dispensatus. Dans les registres de la Chambre des comptes de Paris, on trouve qu'Henri de Villeblanche fut fait Chevalier du guet, quoique, suivant la coutume, il ne fût pas de race de Chevalerie, mais qu'il en reçut dispense du connétable.

LES CHEVALIERS ES-LOIS.

L'étude des lois et des lettres conduisit à la Chevalerie, tout aussi bien que la pratique des armes : cet usage avait déjà eu lieu chez les Romains, où l'on distinguait les Chevaliers de lettres qui s'appliquaient à la jurisprudence et administraient la justice, des Chevaliers d'armes, qui ne se livraient qu'à l'exercice de la guerre.

Lorsque la Chevalerie commença à fleurir, la plupart des villes qui avaient obtenu leur affranchissement, voulurent que leurs magistrats fussent élevés à la Chevalerie.

Les gens de lettres, et particulièrement les jurisconsultes, fondèrent leurs prétentions sur ce passage des Institutes de l'empereur Justinien : Imperatoriam majestatem non solùm armis decoratam, sed etiam legibus oportet esse armatam, ut utrumque tempus et bellorum et pacis rectè possit gubernari : et Princeps romanus non solùm in hostibus proeliis victor existat sed etiam per legimitos tramites calumniantium iniquitates expellat, et fiat tàm juris religiosissimus, quàm victis hostibus triumphator magnificus.

Mathieu Pâris, sous la date de 1251, parle de Henri de Bathonia, Chevalier des lettres : Henricus de Bathoniâ, miles litteratus legum terroe peritissimus ; et, sous celle de l'an 1252, il appelle Robert de la Ho : Miles litteratus.

Froissard distingue aussi les Chevaliers es-lois des Chevaliers ès-armes : «Et si convient, dit-il, qu'il pardonnât la mort de ces trois Chevaliers, les deux d'armes, c'étaient M. Robert de Clermont, gentilhomme noble grandement, et l'autre le seigneur de Conflans ; et le Chevalier ès-lois était M. Simon de « Bucy. »

Le même auteur remarque qu'on pouvait être honoré en même temps de la Chevalerie ès-lois et de la Chevalerie ès-armes, et il en rapporte cet exemple : « Or, était advenu qu'un vaillant homme de grande prudence, Chevalier en lois et en armes, Bailly de Blois, lequel se nommait Messire Renaud de Sens. »

Philibert d'Arces, gentilhomme dauphinois, sieur de la Bastie, Chevalier et docteur ès-lois, est qualifié, dans son épitaphe, de Chevalier en armes et en lois. Il y avait des jurisconsultes qui étaient Chevaliers, à raison de leur doctorat : Juris utriusque prof essor et miles. D'autres ajoutaient au titre de docteur en jurisprudence, le titre de Chevalier. Jean de Saint-Clair, qui vivait vers le milieu du quinzième siècle, se qualifiait Messire Jean de Saint-Clair, noble Chevalier et bon, licencié ès-lois. C'est qu'il était Chevalier par droit de noblesse militaire ; et il l'explique par ces termes : Noble Chevalier et bon ; et, joignant à cette qualité celle de licencié en lois, il fait voir qu'il était aussi docteur.

En Allemagne et en Italie, tous les hommes qui honoraient les lettres et les arts, par leur génie et leur talent, étaient admis à la Chevalerie. L'empereur Sigismond ne craignit pas même d'adjuger, en 1431, la préséance aux docteurs faits Chevaliers ès-lois, sur les Chevaliers d'armes, parce que, disait-il, il pouvait en un jour faire cent Chevaliers d'armes, tandis qu'il ne pouvait pas, en mille ans, s'il vivait, faire un bon docteur. L'empereur Charles IV avait également donné l'accolade de Chevalerie au jurisconsulte Barthole, auquel il accorda le droit de prendre les armes du royaume de Bohême.

Le Parlement de Paris, dès son institution, fut. Toujours composé de personnes considérables ou par la noblesse de leur sang, tels que les hauts-barons et les prélats, ou par l'étendue de leur science et le mérite de leur intégrité. Ceux qui étaient appelés à le présider portèrent long-temps le titre de Maîtres du Parlement, au lieu de celui de Présidens. Ce ne fut qu'en 1343 que ce titre fut créé par l'édit de Philippe de Valois, qui nomma trois Présidens de cet illustre corps ; et ce même Prince, dans sa déclaration du 21 mars de l'an 1345, pour les priviléges de l'Université de Paris, qualifie de Chevaliers ès-lois Guillaume Flotte, chancelier de France; Guillaume Bertrand, Jean du Chastellier, Simon de Bucy et Pierre de Senneville, tous Maîtres du Parlement, et plusieurs conseillers-laïcs.

Guillaume Juvénal des Ursins reçut la Chevalerie avant que d'être chancelier de France, en 1445; et Jacques de Beauquemare, premier président du Parlement de Rouen, fut fait Chevalier par Charles IX, le 27 septembre 1566.

Si quelques-uns des officiers du Parlement n'étaient pas nobles de race, ils se trouvaient anoblis par leur Chevalerie ès-lois, aussi bien que la Chevalerie d'armes anoblissait ceux qui ne l'étaient pas avant de la recevoir; c'est pourquoi les chanceliers de France, les présidens au conseil et aux Parlemens ; les présidens à mortier, et quelques autres officiers de justice, recherchèrent cet honneur, que certains auteurs pensèrent être resté attaché à ces charges.

Le premier président du Parlement de Toulouse, honoré du titre de Chevalier, fut Jean Daffis , fait Chevalier par le roi Charles IX, en 1565. A l'exemple de ce premier président, M. de Paulo, second président, peu d'années après, obtint provision du même Roi pour la qualité de Chevalier. Depuis ce temps, tous les présidens à mortier, sans autre provision que celle de leur charge, prirent le titre de Messire et la qualité de Chevalier. A leur sépulture, outre la robe, le chaperon rouge et le mortier, on mettait sur le cercueil l'épée dorée et les bottines blanches avec  les éperons dorés.

Quelques auteurs prétendent même que les titres de Messire et de Chevalier étaient en usage parmi les maîtres du Parlement, et ensuite parmi les premiers présidens et les présidens à mortier, depuis l'an 1331 ; et que l'édit de Philippe de Valois, de 1343, ne fit que les confirmer. Ceci prouverait encore l'erreur de ceux qui disent que , jusqu'au règne de François Ier, on ne distinguait que deux classes de Chevaliers, les bannerets et les bacheliers; et que ce fut ce Prince qui créa un troisième ordre de Chevaliers, composé de magistrats et de gens de lettres, qu'on appela Chevaliers ès-lois et chevaliers ès-lettres. Mais l'édit de Philippe de Valois, de l'an 1343, réfute victorieusement cette erreur. A la vérité, François Ier, voulant honorer tous les genres de sciences et de talens, accorda des lettres de Chevalerie à tous ceux qui attirèrent son attention, et lui parurent mériter cet honneur.

Anciennement, un des priviléges de la Chevalerie était d'avoir la préséance dans les assemblées publiques; et au Parlement de Paris, les officiers qui étaient Chevaliers, avaient rang avant ceux qui ne l'étaient pas; ce qui est constaté par un arrêt du 10 octobre 1322, où les Conseillers-Chevaliers sont énoncés les premiers; mais dans la suite cette prérogative s'éteignit, et toutes les conditions devinrent égales. La date de la réception seule décidait de la préséance entre les conseillers; ce qui se justifie par l'arrêt du mercredi, 24 janvier 1430, qui porte : « Sur ce que Messire Pierre de Tullières, « CHEVALIER, conseiller du Roi en la cour de céans, avoit dit qu'il avoit entendu qu'à cause de Chevalerie, il devoit avoir prérogative en siége, entre lui et les autres conseilliers laïcs non Chevaliers, combien que premiers eussent été reçus; et avoit requis qu'icelle  prérogative se aucune y avoit, donc il se rapportoit à la cour, lui fût gardée ; la cour ouis les autres conseilliers laïcs, et sur ce, délibérant, a dit qu'il n'y a en ce aucune prérogative, que seoir doient  Chevaliers , et non Chevaliers , selon l'ordre de réception. »

Il n'y avait pas, non plus, de distinction au Parlement entre les Chevaliers d'armes et les Chevaliers ès lois. La date seule de la réception à la Chevalerie donnait la supériorité du rang.

Nos Rois accordaient des pensions aux Chevaliers ès-lois pour les mettre à même de soutenir leur dignité, comme ils en accordaient aux Chevaliers d'armes. Charles V en accorda une, en 1396, de la somme de 500 livres tournois, à Arnaud de Corbie, chancelier de France., qu'il venait de créer Chevalier.

La création des Chevaliers ès-lois excita la jalousie des anciens Chevaliers d'armes, qui, ne connaissant que le maniement de leur épée et de leur lance, se souciaient fort peu d'acquérir l'instruction nécessaire  pour connaître et terminer les procès dans lesquels ils devaient exercer la noble fonction de juges. Cette jalousie les porta à ne pas vouloir juger avec les gens de robe, et par conséquent à leur abandonner l'honneur de rendre seuls la justice, qui était auparavant le plus beau des priviléges de la Chevalerie.

Dans la suite, il fut créé des Chevaliers d'honneur, qui étaient des officiers d'épée, avec rang, séance, et voix délibérative dans les cours supérieures, présidiaux, et bureaux des finances.

Ledit du roi Louis XIV, du mois de mars 1691, porte : « Création d'un Chevalier d'honneur dans chacun des présidiaux du royaume, lequel sera tenu de faire preuve de noblesse par-devant les officiers du présidial, dans lequel il aura séance immédiatement après les lieutenans-généraux, présidens et autres chefs desdites compagnies, et avant les conseillers titulaires et honoraires; et même avant les prévôts royaux qui pourraient avoir séance dans lesdits présidiaux. »

Un autre édit du même Prince, du mois de juillet 1702 : «Crée en titre d'offices formés et héréditaires, deux Chevaliers d'honneur au grand conseil ; deux dans la cour des monnaies; deux eu chacun des parlemens, chambre des comptes et cours des Aydes du royaume, où il n'en a point encore été établi, à l'exception seulement du Parlement de Paris; et un dans chacun des bureaux des finances, lesquels auront rang et séance dans les dits cours et bureaux des finances, tant aux audiences qu'aux chambres du conseil, en habit noir, avec le manteau, le collet, et l'épée au côté, sur le banc des conseillers, et avant le doyen d'iceux. Veut qu'ils jouissent de tous les priviléges, honneurs, prérogatives, droit de committimus et franc-salé dont jouissent les officiers desdites cours, ensemble des gages qui seront réglés par les rôles qui seront arrêtés au conseil. Veut que les acquéreurs desdits offices n'en puissent être pourvus qu'après avoir obtenu son agrément et fait preuve de noblesse. »

Par une déclaration du Roi, du 8 décembre 1703, ces offices purent être acquis par des personnes non nobles ; et, pour les mettre en état de les posséder, Sa Majesté les « anoblit, ensemble leurs enfans et postérité, nés en loyal mariage, pourvu qu'ils meurent revêtus desdits offices, ou les ayant possédés pendant vingt années accomplies. Veut qu'ils jouissent de tous les avantages dont jouissent les autres nobles du royaume, sans aucune distinction ni différence. »

DE LA CHEVALERIE.DE LA CHEVALERIE.
DE LA CHEVALERIE.DE LA CHEVALERIE.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #CHÂTEAUX DE FRANCE.

ACHILLE DEVILLE.

NOTICE SUR LE CHATEAU D'ARQUES LA BATAILLE.

 

Le château d'Arques, malgré les outrages que lui a fait subir le temps, et plus encore la main des hommes, est resté un des monuments les plus importants de la Normandie, comme il en est un des plus célèbres. Ses ruines, encore si imposantes, si majestueuses, attestent sa grandeur passée. Les événements historiques dont il fut le théâtre ou le témoin, et le combat à jamais mémorable livré sous ses murs par Henri IV, lui assurent une renommée qui ne périra pas.

On sait, par les historiens normands, que le château d'Arques fut construit vers le milieu du XIe siècle, sous le duc Guillaume, nommé depuis le Conquérant, par Guillaume d'Arques, oncle paternel de ce prince.

Guillaume d'Arques avait reçu de son neveu, à titre féodal, le pays de Talou, dont la ville d'Arques était le chef-lieu. Ce seigneur, plein d'ambition, et qui, soutenu par son frère Mauger , archevêque de Rouen, rêvait, pour usurper sa place, la déchéance du duc Guillaume, qu'il ne nommait que le Bâtard, fit élever à grands frais , comme place d'armes et de sûreté, sur la colline qui domine Arques, le château dont les ruines la couronnent encore.

En considérant leur étendue, en relevant par la pensée ces murailles, ces tours, en plongeant dans ces immenses fossés, on se fait une juste idée de la puissance et de la richesse du comte d'Arqués. On assure qu'il exécuta, en un très petit nombre d'années, cet ouvrage immense.

A peine était-il terminé, que Guillaume d'Arques commença à lever la tête et à ourdir des trames contre le duc Guillaume. Celui-ci, pour en prévenir l'explosion, mit la main sur le château d'Arqués ; mais la garnison qu'il y avait placée se laissa séduire ; le comte d'Arques ne tarda pas à rentrer dans sa forteresse, fier et triomphant. Guillaume-le-Bâtard, avec son impétuosité ordinaire, l'y suivit ; mais, n'osant l'y attaquer de vive force, tant cette citadelle lui parut redoutable, il se contenta d'en former le blocus.

Le roi de France Henri Ier, qui voyait d'un œil jaloux la renommée naissante du duc Guillaume, excité d'ailleurs par l'archevêque de Rouen, frère de Guillaume d'Arques, et par quelques seigneurs normands, mit une armée en campagne, pénétra jusqu'au château d'Arques, et y fit entrer des secours en hommes et en munitions. Enguerrand, comte de Ponthieu, qui commandait l'avant-garde du roi de France, avait trouvé la mort sous les lances normandes, au pied des remparts d'Arqués.

Après que le roi de France se fut retiré, le duc Guillaume resserra les lignes du blocus, et s'y établit en personne. Guillaume d'Arques, réduit par la famine, se vit bientôt contraint d'ouvrir les portes de son château et de se rendre à discrétion. Le duc Guillaume lui laissa la vie sauve, mais le chassa de la Normandie (année 1053.) Le frère du comte d'Arques, Mauger, fut peu après expulsé de son siège archiépiscopal, et alla mourir, comme celui-ci, en exil.

Le château resta dans les mains du duc Guillaume t qui ne cessa d'y entretenir une forte garnison. Son fils, Robert n'appréciant pas l'importance de cette citadelle, l'abandonna avec le comté d'Arques, à Hélie de Saint-Saëns, en lui faisant épouser une fille qu'il avait eue d'une courtisane.

Hélie de Saint-Saëns en fut, peu de temps après, chassé, ainsi que son pupille Guillaume Cliton, fils du duc Robert, par Henri Ier, dernier des fils de Guillaume-le-Conquérant, qui venait de réunir la Normandie à la couronne d'Angleterre.

Le comte de Flandre, Baudouin, qui avait épousé la querelle du jeune Guillaume Cliton à l'instigation d'Hélie de Saint-Saëns, voulut s'emparer du château d'Arques ; il rencontra la mort sous ses murs (année 1118).

Débarrassé de son ennemi, Henri 1er ajouta de nouvelles fortifications au château.

La trahison devait en ouvrir les portes au roi Étienne, qui disputait le duché de Normandie à Geoffroy Plantagenet, gendre et successeur de Henri Ier. La province tout entière ne tarda pas à reconnaître la loi de l'heureux Geoffroy. De tous les châteaux normands, Arques se rendit le dernier (1145).

A près de trente années de là, en 1173, le comte de Boulogne, qui avait pris le parti de Henri-le-Jeune, révolté contre son père Henri II, fut blessé à mort devant le château d'Arques. Cette citadelle était fatale aux ennemis de la Normandie.

Richard Cœur-de-Lion venait de monter sur le trône.

Après avoir rempli l'Orient du bruit de sa valeur, il languissait dans les fers. Son rival, Philippe-Auguste, profilant de sa captivité, s'était fait livrer le château d’Arques. Richard Cœur-de-Lion, ayant brisé ses chaînes, voulut le reprendre il échoua, malgré ses efforts et son bouillant courage.

Un traité de paix, conclu avec le monarque français, l'année suivante (1196), remit le château d'Arques dans les mains de Richard Cœur-de-Lion. Tant qu'il vécut, la bannière de Normandie y flotta droite et fière.

Son frère, Jean-Sans-Terre, ne sut pas le défendre.

Si Philippe-Auguste, qui avait investi la place, s'en éloigna après un siège meurtrier (1202), Jean Sans Terre ne peut en revendiquer l'honneur : Philippe-Auguste courait au secours du jeune Arthur de Bretagne, neveu et héritier déchu de Richard Cœur-de-Lion.

La sœur d'Arthur languissait, de son côté, prisonnière dans le château d'Arques r elle ne devait en sortir que pour aller mourir dans un château fort d'Angleterre.

Jean-Sans-Terre, au lieu de prendre les armes, s'enfuit lâchement. La Normandie est conquise par Philippe-Auguste, et rentre, après une séparation de trois siècles-, dans le domaine de la monarchie française. Les historiens normands ont noté avec orgueil que le château d'Arques ouvrit le dernier ses portes aux Français (1204).

Le château d'Arques ne joue qu'un faible rôle sous la domination française ; il s'efface avec la Normandie, désormais muette et sans gloire. En 1273, Philippe-le-Hardi le visite. Philippe de Valois, le roi Jean, Charles V, y font faire quelques travaux.

Le sol normand allait de nouveau porter des bataillons armés. En 1419, les Anglais descendent en Normandie, et rangent cette province sous leur obéissance; ils devaient la garder trente années consécutives. Le château d'Arques subit la loi commune, En 1449, les Anglais sont chassés par Charles VII, aidé de ses preux capitaines, les Dunois, les Lahire, les Brézé. Le duc de Sommerset, qui venait de capituler dans Rouen, s'engage à remettre entre les mains du roi de France la forteresse d'Arqués, que la garnison de Dieppe serrait de près pour Charles VII. Arques redevint français.

Il faut franchir près d'un siècle et demi pour retrouver le nom d'Arques dans nos annales. Il y va briller d'un nouvel éclat.

Le parti de la Ligue était en possession du château d'Arques. Le gouverneur de Dieppe, Aymar de Chattes, qui tenait pour le parti royal, désespérant de le reprendre par force, eut recours à la ruse. Des soldats, déguisés en matelots dieppois ; et cachant leurs armes sous leurs amples vêtements, se présentent au château pour y vendre du poisson ; ils sont introduits. Égorger les sentinelles, désarmer la garnison surprise, fut l'affaire de quelques instants : le château d'Arqués avait changé de maître.

Henri III venait d'être assassiné dans Saint-Cloud (1589) ; Henri IV lève le siège de Paris, et, suivi d'un petit nombre de soldats, se retire en Normandie.

Il entre dans Dieppe, pour y attendre les secours que la reine d'Angleterre, Elisabeth, lui avait promis. Le duc de Mayenne, à la tête d'une armée de trente mille hommes, se mit à sa poursuite. Parti de la ville d'Eu, dont il s'était emparé, il se porte sur Arques, de l'autre côté de la vallée, résolu de forcer ce passage et de marcher sur Henri IV, pour l'acculer dans Dieppe et s'emparer de sa personne.

Henri IV, qui sentait l'importance du château d'Arques dans les événements qui allaient se passer, l'avait armé de plusieurs pièces d'artillerie, et y avait placé des canonniers dieppois. Ils y firent bon service.

On était au 21 septembre de l'année 1589. L'armée de Henri IV, qui se composait de 7500 hommes, occupait le terrain qui s'étend du bourg d'Archelles à Martin-Église, ayant à sa droite la forêt d'Arques, à sa gauche la rivière.

C'est dans cet étroit espace que se livra ce combat à jamais mémorable où Henri IV gagna sa couronne et une gloire immortelle. Les trente mille hommes de Mayenne furent mis en fuite.

Le château avait décidé le gain de la bataille, en envoyant, vers la fin de la journée, dans les rangs pressés de l'ennemi, plusieurs volées de canon, qui produisirent un merveilleux effet, dit Sully, qui combattait aux côtés de Henri IV.

Le soir même de la bataille, Henri IV, dit l'historien du château d'Arques, écrivit, du château, à Grillon, ce billet devenu fameux : « Pends-toi, brave Grillon, nous avons combattu à Arques, et tu n'y étais pas. »

C'est en mémoire de ce brillant fait d'armes, de ce grand événement historique, que le propriétaire actuel du château d'Arques a fait placer, sur une de ses murailles, aux yeux de tous, l'image de Henri IV, monté sur son cheval de combat, l'épée en main, le panache blanc en tête, tel que, le jour de la bataille, il chargeait glorieusement l'ennemi. La France et la Victoire lui jettent une palme immortelle. Ce beau bas-relief est dû au ciseau de M. Gayrard.

La bataille d'Arques marque les derniers jours de gloire du château qui lui donna son nom. A peine s'il reparaît, depuis lors, dans notre histoire. En 1648, Anne d'Autriche y conduit son jeune fils Louis XIV.

Sous la Restauration, une autre femme, la duchesse de Berry, vient visiter ses ruines avec amour. Long-temps auparavant, délaissé, oublié même, le château d'Arques, quoiqu'ayant encore un gouverneur en titre, mais plus de soldats, allait dépérissant, tombant de toutes parts. En 1753, on commence à en arracher les pierres ; c'est une vaste carrière à laquelle tout le monde vient puiser.

Notre première révolution fit plus. Les ruines du château d'Arques sont mises à l'encan, par l'Etat, en 1793. Un habitant du pays se les fait adjuger pour la somme de 8300 livres. Revendues par lui, elles allaient être adjugées de nouveau, en 1836, et livrées à la Bande Noire, lorsque madame Reiset, veuve de M. J. Reiset, ancien receveur général du département de la Seine-Inférieure, voulant conserver ce monument historique à la France, en fit l'acquisition, et le mit sous la sauvegarde d'un de ses fils, qui se fait un devoir religieux de conserver pur et intact ce noble dépôt. Pour compléter les notions historiques qui se rattachent au château d'Arques, explorons ses ruines.

Sachons les interroger ; elles nous révèleront la pensée qui présida à leur construction.

Celui qui fut chargé, dans le XIème siècle, par Guillaume d'Arques, de l'érection de son château (l'histoire ne nous a pas conservé son nom), était un homme très habile et très versé dans son art. Il suffit, pour s'en convaincre, d'examiner l'assiette de cette forteresse.

C'est sur une langue de terre escarpée de trois côtés et dominant au loin la ville et la vallée d'Arques, qu'il la plaça. Non content de cette disposition, il creusa, en avant des murailles, dans tout le périmètre de l'enceinte fortifiée, un large et profond fossé; de sorte que l'assiégeant, après avoir péniblement gravi la colline, ne trouvait aucun espace pour asseoir son attaque, et pour s'abriter lui-même contre les traits des assiégés.

Le château, à cette époque; n'embrassait pas tout le terrain qui est circonscrit par les ruines. La portion qui fait corps avec les deux tours de l'entrée actuelle, et ces tours elles-mêmes, appartiennent à une construction postérieure de plusieurs siècles, et rentrent dans tout un autre système de fortification. On les attribue à François Ier. Le château du XIe siècle ne se prolongeait pas jusque-là; il se composait d'une seule enceinte, encore de nos jours parfaitement visible et distincte, qui affecte la forme elliptique, avec ses tours, son donjon et sa porte, autrement dite poterne, qu'on rencontre après avoir franchi la première entrée.

Dans la partie la plus reculée, et en même temps la plus élevée de cette enceinte, se dressait le donjon, accompagnement obligé des forteresses normandes. Il n'était pas, à l'exemple des citadelles de nos villes de guerre modernes, en dehors de la place, mais à l'intérieur, de sorte qu'il fallait de toute nécessité s'emparer de tous les autres ouvrages avant de pouvoir même attaquer ce dernier refuge, ce palladium de la défense.

Le donjon du château d'Arques, bien qu'entièrement dépouillé de ses pierres de revêtement, conserve un aspect imposant et grandiose, qu'il doit à la masse et à la force de ses murailles. Il était divisé en deux parties. Les deux salles intérieures servaient de magasins d'armes et de provisions ; celles des étages supérieurs, de logement pour les hommes d'armes, pour le capitaine du château, et pour le souverain lorsqu'il venait visiter Arques. Un escalier étroit, déguisé avec art, y donnait accès ; un seul homme pouvait défendre cette entrée sombre et mystérieuse.

Un puits creusé à une énorme profondeur, qui subsiste encore, était destiné au service des défenseurs du donjon. Il existait, dans l'enceinte, un second puits pour la garnison du château.

La masse entière du donjon remonte au XIe siècle ; quelques divisions intérieures furent seules remaniées plus tard.

Après le donjon, la portion encore subsistante du château de Guillaume d'Arques, la plus remarquable, est la porte, ou poterne, dont nous avons parlé plus haut. Elle se compose d'un massif percé de trois arcades successives, qui, jadis, étaient garnies de herses en fer. Au-dessus était le logement des chevaliers chargés de la défense de la porte.

C'est au-dessus d'une de ces arcades, celle qui regarde le donjon, que le propriétaire actuel du château a fait placer le bas-relief représentant Henri IV à cheval. Au bas, il a fait graver ces mots :

HENRI IV VAINQUEUR AU COMBAT D'ARQUES,

LE 21 SEPTEMBRE 1589.

Au pied de la poterne se dessine l'entrée d'une galerie souterraine creusée dans la marne, qui se prolongeait, originairement, sous le château du XIe siècle, et en suivait le tracé. Elle se trouve aujourd'hui interrompue et obstruée sur plusieurs points. D'après une vieille tradition, qui ne mérite aucune croyance, ce souterrain établissait une communication entre le château d’Arques et la ville de Dieppe. La portion du château faisant corps avancé, due à François 1er, que nous avons traversée pour arriver à l'enceinte du XIe siècle, est flanquée, à ses quatre angles, d'énormes tours construites en brique et en pierre. Les deux premières défendaient la porte d'entrée les deux plus en arrière, qui se rattachent à l'enceinte primitive, ont des formes plus colossales encore.

Celle qui regarde la vallée a reçu le nom de Tour du Boulet, du projectile en pierre qui est engagé dans sa muraille.

Dans les temps anciens, une très vaste enceinte entourée de murs, dont on suit le tracé, et qui descend vers la vallée, se reliait au château, et lui servait comme de camp retranché. On la connaissait alors sous le nom de Baile du château, que les gens du pays ont traduit depuis par celui de Bel, de ville du Bel. Trois portes en pierre y donnaient accès.

Il ne faut pas quitter le château d'Arques sans en faire le tour extérieurement; celui qui n'aura pas fait cette excursion, en suivant la crête des fossés, n'emportera qu'une idée incomplète de la vieille citadelle normande, il ne la connaitra pas. Que le visiteur, après avoir mesuré de l’œil cette immense excavation qui l'enveloppe de toutes parts, après avoir contemplé ces longues courtines, ces tours ébréchées et couvertes de lierre attachées à leurs flancs, ces piles gigantesques du pont de secours, fendues et déversées, reporte ses regards sur cette large et riante vallée d'Arques, sur cette forêt lointaine, sur cette ville de Dieppe qui se dessine à l'horizon ayant l'Océan pour rideau, et qu'il dise si jamais plus beau spectacle a frappé ses regards !

 

CHÂTEAU D'ARQUES LA BATAILLE. ACHILLE DEVILLE.
CHÂTEAU D'ARQUES LA BATAILLE. ACHILLE DEVILLE.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

OEUVRES COMPLETES DE JOSEPH DE MAISTRE

Contenant ses Œuvres posthumes et toute sa Correspondance inédite

TOME PREMIER

Considérations sur la France. — Fragments sur la France. — Essai sur le Principe générateur des Constitutions politiques. — Étude sur la Souveraineté.

NOTICE BIOGRAPHIQUE DE JOSEPH DE MAISTRE.

Le comte Joseph-Marie de Maîstre naquit à Chambéry en 1754 : son père, le comte François-Xavier, était président du sénat de Savoie et conservateur des apanages des princes1. Le comte de Maîstre était l'aîné de dix enfants : cinq filles et cinq garçons, dont trois ont suivi la carrière des armes ; un entra dans les ordres, tandis que celui dont nous écrivons la notice biographique suivit l'état de son père dans la magistrature ; il s'adonna à l'étude dès sa plus tendre enfance, avec un goût marqué, sous la direction des révérends pères jésuites, pour lesquels il a toujours conservé la plus reconnaissante affection et la plus haute estime.

Son père jouissait d'une réputation très-grande dans la magistrature de Savoie; à sa mort le sénat crut devoir annoncer au roi la perte qu'il venait de faire par un message solennel, auquel Sa Majesté répondit par un billet royal de condoléance, comme dans une calamité publique. Le comte Joseph parcourut successivement les différents degrés de la magistrature : étant substitut de l'avocat général, il prononça le discours ,de rentrée sur le Caractère extérieur du magistrat, qui fut le premier jet de son talent comme écrivain et commença sa réputation. Il siégea comme sénateur sous la présidence de son père.

Le trait principal de l'enfance du comte de Maistre fut une soumission amoureuse pour ses parents. Présents ou absents, leur moindre désir était pour lui une loi imprescriptible. Lorsque l'heure de l'étude marquait la fin de la récréation, son père paraissait sur le pas de la porte du jardin sans dire un mot, et il se plaisait à voir tomber, les jouets des mains de son fils, sans qu'il se permit même de lancer une dernière fois la boule ou le volant. Pendant tout le temps que le jeune Joseph passa à Turin pour suivre le cours de droit à l'Université, il ne se permit jamais la lecture d'un livre sans avoir écrit à son père ou à sa mère à Chambéry pour en obtenir l'autorisation. Sa mère, Christine de Motz, femme d'une haute distinction, avait su gagner de bonne heure le coeur et l'esprit de son fils, et exercer sur lui la sainte influence maternelle. Rien n'égalait la vénération cl l'amour du comte de Maistre pour sa mère. Il avait coutume de dire : « Ma mère était un ange à qui Dieu avait prêté un corps ; mon bonheur était de deviner ce qu'elle désirait de moi, et j'étais dans ses mains autant que la plus jeune de mes soeurs. » Il avait neuf ans lorsque parut le funeste édit du parlement de Paris (1763); il jouait un peu bruyamment dans la chambre de sa mère, qui lui dit : « Joseph, ne soyez pas si gai il est arrivé un grand malheur ! » Le ton solennel dont ces paroles furent prononcées frappa le jeune enfant, qui s'en souvenait encore à la fin de sa vie.

Le comte de Maistre épousa en 1786 mademoiselle de Morand, dont il eut un fils, le comte Rodolphe, qui suivit la carrière des armes, et deux filles. Adèle, mariée à M. Terray, et Constance, qui épousa le duc, de Laval-Montmorency.

Il vivait à Chambéry, paisiblement occupé de ses devoirs, dont il se délassait par l'étude; et il était déjà père de deux enfants lorsque la révolution éclata.

Les opinions du comte de Maistre étaient pour ces libertés justes et honnêtes qui empêchent les peuples d'en convoiter de coupables. Celle manière de voir, qu'il ne cachait nullement, ne lui fut pas favorable dans un temps où les esprits échauffés et portés aux extrêmes regardaient la modération comme un crime. M. de Maistre fut soupçonné de jacobinisme et représenté à la cour comme un esprit enclin aux nouveautés, et dont il fallait se garder. Il était membre de la Loge réformée de Chambéry, simple loge blanche parfaitement insignifiante : cependant, lorsque l'orage révolutionnaire commença à gronder en France et à remuer sourdement les pays limitrophes, les membres de la loge s'assemblèrent et, jugeant que toutes réunions pourraient à celte époque devenir dangereuses ou inquiéter le gouvernement, ils députèrent M. de Maistre pour porter au roi la parole d'honneur de tous les membres qu'ils ne s'assembleraient plus, et la loge fut dissoute de fait.

L'invasion de la Savoie arriva : les frères de M. de Maistre rejoignirent leurs drapeaux, et lui-même partit pour la cité d'Aoste avec sa femme et ses enfants dans l'hiver de 1793. Alors parut ce qu'on appelait la loi des Allobroges, laquelle enjoignait à tous les émigrés de rentrer avant le 25 janvier, sans distinction d'âge ni de sexe, et sous la peine ordinaire de la confiscation de tous leurs biens. Madame de Maistre se trouvait dans le neuvième mois de sa grossesse : connaissant la manière de penser et les sentiments de son mari, elle savait fort bien qu'il s'exposerait à tout plutôt que de l'exposer elle-même dans celle saison et dans ce pays : mais, poussée par l'espoir de sauver quelques débris de fortune en demandant ses droits, elle profila d'un voyage que le comte de Maistre fit à Turin, et partit sans l'avertir. Elle traversa le grand Saint-Bernard le 5 Janvier, à dos de mulet, accompagnée de ses deux petits enfants, qu'on portait enveloppés dans des couvertures. Le comte de Maistre, de retour à la cité d'Aoste deux ou trois jours après, courut sans retard sur les pas de cette femme courageuse, tremblant de la trouver morte ou mourante dans quelque chétive cabane des Alpes. Elle arriva cependant à Chambéry, où le comte de Maistre la suivit de près. Il fut obligé de se présenter à la municipalité, mais il refusa toute espèce de serment, toute promesse même ; le procureur syndic lui présenta le livre où s'inscrivaient tous les citoyens actifs, il refusa d'écrire son nom ; et, lorsqu'on lui demanda la contribution volontaire qui se payait alors pour la guerre, il répondit franchement : « Je « ne donne point d'argent pour faire tuer mes frères « qui servent le roi de Sardaigne. » Bientôt on vint faire chez lui une visite domiciliaire; quinze soldats entrèrent, les armes hautes, accompagnant cette invasion de la brutale phraséologie révolutionnaire, de coups de crosse sur les parquets, et de jurons patriotiques. Madame de Maistre accourt au bruit, elle s'effraye : sur-le-champ les douleurs la saisissent, et le lendemain, après un travail alarmant, M. de Maistre vit naître son troisième enfant, qu'il ne devait connaître qu'en 1814. Il n'attendait que cet événement : il partit, l'âme pénétrée d'indignation, après avoir pourvu le mieux qu'il put à la sûreté de sa famille. Il s'en sépara, abandonna ses biens et sa patrie, et se retira à Lausanne. Il y fut bientôt chargé d'une mission confidentielle auprès des autorités locales, pour la protection des sujets du roi, et surtout d'une quantité de jeunes gens du duché de Savoie qui allaient en Piémont s'enrôler dans les régiments provinciaux. Ce passage leur fut bientôt fermé par la Suisse; mais les sentiers des Alpes étaient connus de ces braves gens, et leurs drapeaux furent toujours bien entourés. Ces corps furent ainsi maintenus au complet pendant la guerre par des enrôlements volontaires, malgré l'occupation du duché par les Français, et malgré la création de la république des Allobroges.

Madame de Maistre, son fils et sa fille aînée vinrent successivement rejoindre le comte à Lausanne; mais sa fille cadette, trop enfant pour être exposée aux dangers d'une fuite clandestine, demeura chez sa grand'mère.

Pendant son séjour à Lausanne, le comte de Maistre eut une correspondance amicale et suivie avec un bon serviteur de son maître qui résidait à Berne en qualité de ministre du roi, M. le baron Vignet des Étoles. Cette correspondance n'ayant trait qu'aux événements d'alors, à la guerre, aux difficultés de sa position, à la protection des sujets du roi, nous n'en avons que deux ou trois lettres d'un intérêt plus général, où l'on retrouve l'auteur des Considérations. Parmi celles que le temps a dépourvues d'intérêt, il en est une où il apprend à son ami que « ses biens sont confisqués, mais qu'il n'en dor mira pas moins, » Dans une autre, tout aussi simplement laconique, il s'exprime ainsi : « Tous « mes biens sont vendus, je n'ai plus rien. » Cette légère nouvelle n'occupe qu'une ligne au milieu des affaires générales, et n'est accompagnée d'aucune réflexion.

Le même oeil qui avait considéré la révolution française pénétra de bonne heure la politique de l'Autriche à l'égard du Piémont, et les fatales maximes qui dirigeaient à cette époque le cabinet de Vienne.

Ces maximes étaient :

1° De ne jamais prendre sur l'ennemi ce que l'Autriche ne pouvait pas garder ;

2° De ne jamais défendre pour l'ami ce qu'elle espérait reprendre sur l'ennemi.

C'est par une suite de la première de ces maximes que les Autrichiens ne voulurent jamais tirer un coup de fusil au delà des Alpes. Lorsque les troupes du roi entrèrent en Savoie dans l'été de 1793. les Autrichiens, qui avaient des troupes en Piémont, ne donnèrent pas un soldat, mais seulement le général d'Argentau, dont les instructions secrètes ne le furent pas longtemps. On trouvera dans deux lettres que nous citons le jugement de M. de Maistre sur la coalition en général, et sur l'Autriche en particulier. (Voyez les lettres des 6 et 15 août et du 28 octobre 1794 à M. le baron Vignet des Étoles. — Berne.)

Ce fut pendant son séjour en Suisse que le comte de Maistre publia les Considérations sur la France, les Lettres d'un royaliste savoisien, l'Adresse des émigrés à la Convention nationale, le Discours à la marquise de Costa, et Jean-Claude Têtu. Il travaillait aussi à deux autres ouvrages : l'un sur la Souveraineté, et l'autre intitulé Bienfaits de la Révolution ou la République peinte par elle-même. Ces deux ouvrages n'ont pas été achevés et sont restés à l'état de fragments. Les cinq Paradoxes, à madame la marquise N., datent aussi de cette époque.

En 1797, le comte de Maistre passa à Turin avec sa famille. Le roi, réduit à ses faibles forces, après' avoir soutenu pendant quatre ans l'effort de la France, succomba, et fut obligé de quitter ses Etats de terre ferme. Les Français occupèrent Turin : M. de Maistre était émigré, il fallait fuir. Muni d'un passe-port prussien comme Neufchâtelois, le 28 décembre 1798, il s'embarqua sur un petit bateau pour descendre le Pô et rejoindre à Casal la grande barque du capitaine Gobbi, qui transportait du sel à Venise. Le patron Gobbi avait sa barque remplie d'émigrés: français de haute distinction : il y avait des dames, des prêtres, des moines, des militaires, un évêque (Mgr l’évêque de Nancy); toutes ces personnes occupaient l'intérieur du navire, ayant pour leur domicile légal l'espace enfermé entre deux ou trois membrures du bâtiment, suivant le nombre des personnes dont se composait le ménage : cet espace suffisait strictement pour y coucher; la nuit, des toiles suspendues à des cordes transversales marquaient les limites des habitations. Au milieu régnait une coursive de jouissance commune, avec un brasier en terre où tous les passagers venaient se chauffer et faire la cuisine ; le froid était excessif. Un peu au-dessous de Casal Maggiore, le Pô prit pendant la nuit ; et, quoiqu'il fût libre encore vers le milieu, la barque se trouva enfermée d'une ceinture de glace. Le comte Karpoff, ministre de Russie, descendait aussi le Pô dans une barque plus légère; il accueillit à son bord le comte de Maistre, qui put ainsi continuer son voyage. Les deux rives étaient bordées de postes militaires.

Depuis la Polisela, la rive gauche du Pô était occupée par les Autrichiens, et la rive droite par les Français. A chaque instant la barque était appelée à obéissance, tantôt sur une rive, tantôt sur l'autre. Les glaçons empêchaient d'arriver, et les menaces de faire feu qui partaient des deux bords alternativement ne facilitaient pas la manœuvre. La voiture de M. Karpoff était sur le pont, et les deux enfants de M. de Maistre s'y étaient juchés. Tout à coup un poste français appelle, et l'équipage s'efforce d'obéir ; mais les courants et les glaçons retardent la manoeuvre : le poste prend les armes, et, à l'ordinaire, couche en joue les matelots. Enfin on aborde avec peine — Vos passe-ports? — On les présente; personne ne savait lire. Le chef de poste propose de retenir la barque, et d'envoyer les passe-ports à l'officier commandant à la prochaine ville; mais le caporal s'approche du sergent et lui dit : « A quoi cela sert-il? « on dira que lu es une... bêle, et voilà tout. » Sur celte observation, on laissa partir la barque ; mais un des soldats apostrophant le comte de Maistre : « Citoyen, vous dites que vous êtes sujet du roi de « Prusse; cependant vous m'avez un accent... Je « suis fâché de n'avoir pas envoyé une balle dans « cette voiture d'aristocrate. » — « Vous auriez fait « une belle action, » lui répondit M. de Maistre, « vous auriez blessé ou tué deux jeunes enfants,.et « je suis sûr que cela vous aurait causé du chagrin. »

— « Vous avez bien raison, citoyen, » répliqua le fusilier ; « j'en aurais été plus fâché que la mère. »

Arrivés au Papozze, les voyageurs se séparèrent. M. de Maistre, sur un chariot de village avec sa famille, traversa l'Adigetto sur la glace, et vint s'embarquer à Chioggia pour Venise.

Le séjour de Venise fut, sous le rapport des angoisses physiques, le temps le plus dur de son émigration. Réduit pour tout moyen d'existence à quelques débris d'argenterie échappés au grand naufrage, sans relations avec sa cour, sans relations avec ses parents, sans amis, il voyait jour par jour diminuer ses dernières ressources, et au delà plus rien. Parmi les nombreux émigrés français qui étaient à Venise, se trouvait le cardinal Maury. M. de Maistre a laissé par écrit quelques souvenirs de ses conversations avec ce personnage, dont les idées et la portée d'esprit l'avaient singulièrement étonné. (Voy. t. VIL S. E. le cardinal Maury ; Venise, 1799.)

Avant de partir pour Venise, le comte de Maistre avait écrit à M. le comte de Chalembert, ministre d’État, pour le prier de faire savoir à S. M. qu'il ne la suivait pas eu Sardaigne, de crainte d'être à charge dans ces tristes circonstances; mais qu'il mettait sa personne comme toujours aux pieds du roi, prêt, au premier appel, à se rendre partout où il pourrait lui consacrer sa vie et ses services.

Après la brillante campagne de Souwaroff, le roi de Sardaigne, rappelé dans ses États par la Russie et l'Angleterre, s'embarqua à Cagliari sur la foi de ces deux puissances, et revint sur le continent. Le comte de Maisire quitta alors Venise ; mais, en arrivant à Turin, il n'y trouva pas le roi. Le grand maréchal, par ses manifestes multipliés, rétablissait solennellement l'autorité du roi, énonçant même les ordres précis de l'empereur son maître sur ce point; mais l'Autriche s'y opposa avec tant d'ardeur et d’obstination, qu'elle fit plier ses deux grands alliés, et qu'elle arrêta le roi à Florence. C'est de là que le comte de Maistre reçut sa nomination au poste de régent de la chancellerie royale en Sardaigne (première place de la magistrature dans l'île). Cette nomination, en faisant cesser ses tortures physiques, lui préparait des peines d'un autre genre. Pendant les malheureuses années de la guerre, l'administration de la justice s'était affaiblie dans l'île de Sardaigne ; les vengeances s'étant multipliées, les impôts rentraient difficilement, et il régnait dans la haute classe une répugnance extrême à payer ses dettes. Le comte de Maistre eut à lutter contre de grandes difficultés, qu'il ne fut pas toujours à môme de vaincre; malgré cela, son départ fut accompagné des regrets publics d'un pays où sa mémoire fut encore longtemps en vénération.

Etant en Sardaigne, le comte de Maistre eut connaissance par les journaux du décret de 1802 sur les émigrés, qui enjoignait à tous les individus natifs des pays réunis à la France de rentrer dans un délai déterminé, et, en attendant, de se présenter au résident français le plus rapproché de leur domicile, pour y faire la déclaration prescrite et prêter serment de fidélité à la république. M. de Maistre adressa alors à M. Alquier, ambassadeur de la république française à Naples, un mémoire dans lequel il exposait « qu'il n'était pas né Français, qu'il ne voulait « pas l'être, et que, n'ayant jamais mis le pied dans « les pays conquis par la France, il n'avait pu le « devenir; que puisque, aux termes du décret du « 6 floréal, c'était dans ses mains qu'il devait prêter le serment requis, c'était aussi à lui qu'il croyait « déclarer qu'il ne voulait pas le prêter; qu'ayant a suivi constamment le roi son maître dans tous ses « malheurs, son intention était de mourir à son service ; que si par suite de cette déclaration il pouvait être rayé de la liste des émigrés comme étranger, et obtenir éventuellement la liberté de revoir ses amis, ses parents et le lieu de sa naissance, cette faveur ou plutôt cet acte de justice lui serait précieux. »

Dans cette même année 1802, il reçut du roi l'ordre de se rendre à Pétersbourg, en qualité d'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire. Ce fut une nouvelle douleur, un nouveau sacrifice, le plus pénible sans doute que son dévouement à son maître put lui imposer. Il fallait se séparer de sa femme et de ses enfants sans prévoir un terme à ce cruel veuvage, entreprendre une nouvelle carrière et des fonctions que le malheur des temps rendait difficiles et dépouillées de tout éclat consolateur. Il partit pour Pétersbourg; c'était au commencement du règne d'Alexandre , jeune prince plein de douceur, de sentiments généreux et d'amour du bien. Il conservait au fond du coeur des principes sincèrement religieux, que son précepteur La Harpe n'avait pu étouffer. M. de Maistre parut dans la société avec l'humble fierté d'un haut caractère; son amabilité enjouée, son esprit naturel, ses connaissances profondes et variées, l'intérêt qui s'attache toujours à un dévouement sans bornes, lui attirèrent Cette considération personnelle, apanage du vrai mérite. Il eut, dans les hautes classes de la société, de nombreux cl de véritables amis. Connu bientôt et distingué par l'auguste souverain auprès duquel il était accrédité, l'empereur lui-même daigna lui donner de nombreuses preuves de son estime. Les officiers piémontais qui se rendirent en Russie pour continuer à Servir la cause de leur maître sous les drapeaux de son auguste allié, ressentirent les effets de la faveur personnelle dont le comte de Maistre jouissait : ils furent reçus avec leurs grades et leur ancienneté, et placés honorablement. L'un d'eux, le chevalier Vayra, étant malheureusement mort en route, et par conséquent avant d'être entré au service de Russie, sa veuve reçut cependant une pension qu'elle conserva toute sa vie. Parmi ces officiers, il en était un qui, après avoir servi en Italie comme officier d’état major dans l'armée de Souwaroff, avait accompagné le maréchal dans sa malheureuse retraite : c'était le frère du comte de Maistre ; il avait quitté le service et s'était relire à Moscou, charmant son exil par la société d'excellents amis, par la société tout aussi fidèle des sciences et des beaux-arts. Par une faveur souveraine, souverainement délicate, Alexandre réunit les deux frères en nommant le comte Xavier lieutenant-colonel directeur de la bibliothèque et du musée de l'Amirauté. Ce fut une joie sensible pour le comte de Maistre ; nous en trouvons l'expression dans la lettre qu'il adressa alors à l'empereur Alexandre, et que nous insérons ici avec la réponse de Sa Majesté Impériale :

A SA MAJESTÉ IMPÉRIALE L'EMPEREUR

DE TOUTES LES RUSSIES.

« Sire,

« Son Excellence monsieur le Ministre de la marine vient de me faire connaître que Votre Majesté avait daigné attacher mon frère à son service, en lui confiant la place de directeur de la bibliothèque et du musée de l'Amirauté.

« Votre Majesté Impériale, en me le rendant, me rend la vie moins amère. C'est un bienfait accordé à moi autant qu'à lui. J'espère donc qu'elle me permettra de mettre à ses pieds les sentiments dont cette faveur m'a pénétré. Si je pouvais oublier les fonctions que j'ai l'honneur d'exercer auprès de Votre Majesté Impériale, j'envierais à mon frère le bonheur qu'il aura de lui consacrer toutes ses fa cultés. Jamais au moins il ne me surpassera dans la reconnaissance, le dévouement sans bornes, et le très-profond respect avec lequel, etc.

« Saint-Pétersbourg, ce 18 avril 1805. « DE MAISTRE. »

RÉPONSE DE SA MAJESTÉ IMPERIALE.

« Monsieur le comte de Maistre,

« J'ai lu avec plaisir la lettre que vous m'avez écrite, à la suite de l'emploi que j'ai confié à votre frère. Il m'a été agréable d'avoir pu, par ce que j'ai fait pour lui, vous donner aussi une preuve de mes dispositions à votre égard. Le dévouement sans bornes avec lequel vous servez Sa Majesté Sarde est un litre à mon estime particulière, dont j'aime à vous réitérer ici le témoignage certain.

« Signé, ALEXANDRE.

« Saint-Pétersbourg, ce 19 avril 1805. »

M. de Maistre avait oublié tout à fait la déclaration envoyée à M. Alquier avant son départ de Sardaigne, lorsqu'il reçut une dépêche ministérielle avec un décret dont M. Cacault, consul de France à Naples, venait de donner communication officielle au premier secrétaire d’État de Sa Majesté. Ce décret portait, sans aucun considérant, que M. de Maistre était rayé de la liste des émigrés, et autorisé à rentrer en France sans obligation de prêter serment, avec liberté entière de rester au service du roi de Sardaigne, et de garder les emplois et décorations qu'il tenait de Sa Majesté, en conservant tous ses droits de citoyen français. Ce décret, transmis avec la solennité d'une note ministérielle, émut le ministère du roi, qui cherchait à se rendre compte des motifs qui pouvaient avoir amené une telle faveur d'exception. Le comte de Maistre fut formellement invité à donner des explications. — Il envoya copie du mémoire que nous avons cité plus haut.

En 1806, le comte de Maistre reçut une nouvelle preuve de la faveur impériale, bien plus précieuse encore que les précédentes. Il avait appelé auprès de lui son fils âgé de seize ans, et qu'il ne pouvait pas laisser à Turin, exposé par la conscription à servir contre son roi, sa famille et ses parents. Au mois de décembre 1806, Sa Majesté Impériale recevait, le comte Rodolphe à son service, comme officier dans le régiment des chevaliers-gardes. Quelques jours après il partait avec son corps pour la campagne de 1807, suivie de celle de 1808 en Finlande, et plus tard de celles de 1812, 13 et 14. On lira dans la correspondance quelques-unes des lettres que le comte de Maistre écrivait à son fils, dans ces absences aussi cruelles, pour un père que pour une mère. — Mais le comte de Maistre se soutenait en pensant que son fils faisait son devoir, et qu'il était à la place où l'appelaient l'honneur et la conscience.

Il paraît que, pendant son séjour en Russie, M. de Maistre avait conservé des relations amicales avec un fidèle serviteur de Louis XVIII, courtisan de l'exil: c'est au moins ce qu'indiquerait une lettre autographe de ce prince, ainsi que la réponse du comte de Maistre. Le comte de Blacas, représentant confidentiel du roi à Saint-Pétersbourg, était aussi très-lié avec M. de Maistre. Une similitude de position, d'infortune et de dévouement avait cimenté ces liens.

Le comte de Maistre, inflexible sur les principes, était, dans les relations sociales, bienveillant, facile, et d'une grande tolérance : il écoutait avec calme les opinions les plus opposées aux siennes, et les combattait avec sang-froid, courtoisie, et sans la moindre aigreur. Partout où il demeura quelque temps, il laissa des amis : a Lausanne, à Pétersbourg, aussi bien qu'à Rome et à Florence. Il se plaisait à considérer les hommes par leur côté louable.

On voit dans ses lettres de quel œil le sujet, le ministre du roi de Sardaigne considérait les succès de Bonaparte, qu'il appelle quelquefois Doemonium meridianum ; mais le génie et le capitaine furent toujours appréciés par lui à leur haute valeur. Il s'étonnait que l'on pût s'étonner de l'attachement du soldat français pour celui qui le menait à la victoire.

En passant à Naples en 1802, il s'entretint un jour longuement avec M, Alquier, ambassadeur de la république française : « Après avoir entendu très-attentivement ce que je lui dis sur les affaires en général et sur le roi de Sardaigne en particulier, M. Alquier me dit avec beaucoup de vivacité : — « Monsieur le comte, qu'allez-vous faire à Pétersbourg ? Allez à Paris dire ces raisons au premier consul, qui ne les a jamais entendues. » (Extrait d'une lettre confidentielle.)

Cette idée avait fait impression sur le comte de Maistre ; car, après la bataille de Friedland et la paix qui la suivit, il demanda une audience à Bonaparte comme simple particulier. Le mémoire qu'il écrivit à cette occasion exprimait en substance le désir de communiquer à l'empereur des Français quelques idées relatives aux intérêts de son souverain (voyez la lettre au chevalier de ...., 28 décembre 1807, et l'autre au même, mai 1808), et que, s'il voulait l'entendre personnellement sans l'entremise d'aucun ministre, il irait à Paris sans titre et par conséquent sans défense, se remettant absolument entre ses mains pour faire de lui tout ce qui lui plairait. Le comte de Maistre donnait de plus sa parole d'honneur que le roi son maître n'avait pas la moindre idée de sa détermination, et qu'il n'avait pour faire ce voyage aucune autorisation. Ce mémoire fut transmis et appuyé par le général Savary, dont la franchise et la fougue militaire étaient cependant très-accessibles au raisonnement calme, et très-susceptibles de sentir et d'apprécier l'honneur et le dévouement. Laissons parler le comte de Maistre : « Le général Savary envoie mon « mémoire à Paris, et l'appuie de toutes ses forces. « Vous me demanderez comment un homme tel que je vous l'ai dépeint est capable d'un procédé de telle nature? Cela arrive, comme dit Cicéron, « propter multiplicem hominis voluntatem. L'homme est un amas de contradictions et de volontés discordantes. Tout l'art est de savoir et de vouloir saisir celles qui peuvent vous être utiles.—Qu'arriverait t-il? Je n'en sais rien ! Si Bonaparte dit que non, tout est dit. S'il m'appelle, je ne sais en vérité, vu le caractère de l'homme et ce que je veux lui dire (ce que personne ne saura jamais), je ne sais, dis-je, s'il y a plus d'espérance que de crainte... Mais deux raisons me décident à prendre ce parti : 1° la certitude où je crois être que S. M. n'a pas seulement été nommée à Tilsitt. Le traité présenté par la victoire a été signé par l'effroi : voilà tout; 2° la certitude encore plus évidente où je suis que je puis être utile à S. M., et que je ne puis lui nuire, puisque j'ai donné ma parole d'honneur écrite qu'elle n'avait pas seulement le plus léger soupçon de ma détermination. S'il m'arrivait malheur, veuillez prier S. M. de faire arriver ici ma femme et mes deux filles; elles vivront bien ou mal avec mon fils et mon frère. Jacta est alea! rien ne peut être utile au roi qu'une sage témérité, jamais on n'a joué plus sagement une plus terrible carte. Bonaparte ne fit aucune réponse ; mais les égards singuliers dont le comte de Maistre fut l'objet à Pétersbourg, de la part de l'ambassade française, firent voir que sa démarche n'avait pas déplu.

En suivant pas à pas le comte de Maistre, on remarque deux traits caractéristiques qui ont dirigé toute sa carrière politique : un dévouement à toute épreuve à son souverain, et une espérance, ou plutôt une foi constante dans une restauration inévitable, dont il faisait profession de n'ignorer que la date. Ni l'exil loin de sa patrie, ni une longue et douloureuse séparation d'avec sa femme et ses enfants, ni la perte de sa fortune, ne lui semblèrent des obstacles; l'assurance d'une position brillante qui lui fut plusieurs fois offerte ne lui parut pas digne d'attention. La reconnaissance ne put l'attirer, ni l'ingratitude le repousser. La presque certitude d'un avenir amer pour lui et pour sa famille entière était sans doute un long et continuel tourment pour son cœur ; mais rien ne put le détacher du service de son roi, ni amortir un instant son zèle. Après les conférences de Tilsitt et d'Erfurt, un ministre de l'empereur Alexandre lui demanda : « A présent, qu'allez-vous faire? » — « Tant qu'il y aura une maison de Savoie et qu'elle « voudra agréer mes services, je resterai tel que « vous me voyez. » Ce fut sa réponse.

Le comte de Maistre ne réservait pas ces maximes de fidélité pour son usage personnel. Voici en quels termes il expliquait à ses compatriotes la doctrine du dévouement au roi dans une des lettres qu'il leur adressait, en 1793, de son exil de Lausanne :

« Sujets fidèles de toutes les classes et de toutes les provinces, sachez être royalistes. Autrefois c'était un instinct, aujourd'hui c'est une science.Serrez-vous autour du tronc, et ne pensez qu'à le soutenir : si vous n'aimez le roi qu'à titre de bienfaiteur, et si vous n'avez d'autres vertus que celles qu'on veut bien vous payer, vous êtes les derniers des hommes. Élevez-vous à des idées plus sublimes, et faites tout pour l'ordre général. La majesté des souverains se compose des respects de chaque sujet. Des crimes et des imprudences pro longées ayant porté un coup à ce caractère auguste, c'est à nous à rétablir l'opinion, en nous rapprochant de cette loyauté exaltée de nos ancêtres : la philosophie a tout glacé, tout rétréci ; elle a diminué les dimensions morales de l'homme, et si nos pères renaissaient parmi nous, ces géants auraient peine à nous croire de la même nature. Ranimez dans vos coeurs l'enthousiasme de la fidélité antique, et cette flamme divine qui faisait les grands hommes. Aujourd'hui on dirait que nous craignons d'aimer, et que l'affection solennelle pour le souverain a quelque chose de romanesque qui n'est plus de saison : si l'homme distingué par ces sentiments vient à souffrir quelque injustice de ce souverain qu'il défend, vous verrez l'homme au coeur desséché jeter le ridicule sur le sujet loyal, et quelquefois même celui-ci aura la faiblesse de rougir : voilà comment la fidélité n'est plus qu'une affaire de calcul. Croyez-vous que, du temps de nos pères, les gouvernements ne commissent point de fautes? Vous ne devez point aimer votre souverain parce qu'il est infaillible, car il ne l'est pas ; ni parce qu'il aura pu répandre sur vous des bienfaits, car s'il vous avait oubliés, vos devoirs seraient les mêmes. Il est heureux, sans doute, de pouvoir joindre la reconnaissance individuelle à des sentiments plus élevés et plus désintéressés : mais quand vous n'auriez pas cet avantage, n'allez pas vous laisser corrompre par un vil dépit qu'on appelle NOBLE ORGUEIL. Aimez le souverain comme vous devez aimer l'ordre, avec toutes les forces de votre intelligence ; s'il vient à se tromper à votre égard, vengez-vous par de nouveaux services : est-ce que vous avez besoin de lui pour être honnêtes ? ou ne l'êtes-vous que pour lui plaire?

Le roi n'est pas seulement le souverain, il est l'ami de la Savoie ; servons-le donc comme ses « pères furent servis par les nôtres. Vous surtout, « membres du premier ordre de l’État, souvenez-vous de vos hautes destinées. Que vous dirai-je? Si l'on vous avait demandé « votre vie, vous l'auriez offerte sans balancer : eh « bien, la patrie demande quelquefois des sacrifices d'un autre genre et non moins héroïques, peut être précisément parce qu'ils n'ont rien de solennel, et qu'ils ne sont pas rendus faciles par les jouissances de l'orgueil. Aimer et servir, voilà votre rôle. Souvenez-vous-en, et oubliez tout le reste. Comment pourriez-vous balancer? vos ancêtres ont promis pour vous 2. »

Quant à la chute de Bonaparte et à la restauration des maisons souveraines de France et de Savoie, il y a peu de ses lettres particulières ou officielles où il ne les annonce avec assurance ; seulement, il n'espérait pas en être témoin. Nombre des compatriotes du comte de Maistre, sans faire des conjectures aussi raisonnées, partageaient cet espoir d'une manière instinctive. On leur donnait en Piémont le sobriquet de coui d' la semana ch' ven (messieurs de la semaine prochaine). Enfin la semaine arriva. Aussi la chute de Bonaparte ne surprit qu'à demi M. de Maistre. Cet événement rétablissait le souverain auquel il avait consacré tous les instants de sa vie; il ramenait dans ses bras sa famille, après une absence, de douze ans, et lui permettait de voir et d'embrasser pour la première fois une fille de vingt ans, qu'il ne connaissait pas encore. Cet événement, dis-je, dans le premier moment dut le remplir de joie et combler ses longues espérances; mais la publication du traité de Paris vint détruire en grande partie son bonheur. Nous croyons qu'on lira avec plaisir un discours que le comte de Maistre composa dans ce premier moment d'exaltation, mais qui ne fut pas prononcé, comme il nous l'apprend lui-même, dans la notice dont il a fait précéder le manuscrit de ce discours. ( Voyez t. VIII,).

Comme tout homme éminent, M. de Maistre ne pouvait manquer d'avoir à la cour d'officieux amis occupés à le desservir auprès du roi, et à saisir les moindres bagatelles pour en faire des défauts et des torts. Les occupations, les préoccupations, les chagrins l'avaient rendu sujet, pendant les dernières années de son séjour en Russie, à de cruelles insomnies, et à la suite de ces nuits fatigantes il lui arrivait fréquemment de s'endormir en société. C'était un sommeil subit et de quelques instants. Cette légère indisposition fut représentée à la cour comme un affaiblissement des facultés intellectuelles. Voici comment le comte de Maistre s'expliquait à ce sujet avec le ministère du roi :

« On m'a mandé plus d'une fois qu'à Turin et même à Paris il a été dit qu'à la suite d'une grande maladie que j'avais faite, l'esprit m'avait totalement baissé. Voici la base de cette narration. Depuis une demi-douzaine d'années, plus ou moins, j'ai été sujet à des accidents de sommeil entièrement inexplicables, qui me surprenaient souvent dans le monde et dont je riais le premier : ce n'était qu'un éclair, et, ce qu'il y a d'étrange, c'est que ce sommeil n'avait rien de commun avec celui de la nuit. Par nature, je dors très-peu ; trois heures sur les vingt-quatre, et même moins, me suffisent, et la moindre inquiétude m'en prive. Dans l'état douloureux où m'ont jeté les déterminations prises à mon égard, il m'est arrivé de passer deux et même trois nuits sans dormir. D'où venait donc ce sommeil subit et passager d'une minute ou deux ? c'est ce que je n'ai jamais compris. Depuis plusieurs mois, ces coups de sommeil (car je ne sais pas dire autrement) ont fort diminué, et j'ai tout lieu d'espérer que bientôt j'en serai entièrement délivré. Souvent je disais en riant : Bientôt on écrira au roi que je suis apoplectique. Mais je vois que mes protecteurs ont mieux aimé dire radoteur. Si jamais je le suis, V. E., qui lit mes « lettres, en sera avertie la première; et S. M. en attendant me rendra le sommeil, si elle le juge convenable.» Le comte de Maistre écrivait alors les Soirées.

Pendant son long séjour à Pétersbourg, dans les intervalles que la politique lui laissait, M. de Maistre se livra de nouveau aux éludes philosophiques et religieuses, pour lesquelles il avait toujours eu du penchant. Il est probable que les conversations sur les articles controversés, qui sont fort communes dans tous les pays catholiques, eurent une influence directe sur les travaux du comte de Maistre, qui se trouva ainsi porté à réunir et coordonner dans un but déterminé le fruit de ses longues études et le résultat de ses entretiens journaliers. Ce fut à Pétersbourg qu'il composa : Des délais de la justice divine; — Essai sur le principe générateur des. institutions humaines;— Du Pape; — De l’Église gallicane; — les Soirées de Saint-Pétersbourg ; — Examen de la philosophie de Bacon (posthume). Cependant ces quatre derniers ouvrages ne reçurent les derniers coups de lime qu'après le retour de l'auteur à Turin. Plusieurs autres opuscules sortirent aussi de sa plume dans le même espace de temps : Les deux lettres à une dame protestante et à une dame russe; — Les lettres sur l’Éducation publique en Russie ; — Lettres sur l'Inquisition espagnole; —l'Examen d'une édition des lettres de madame de Sévigné. Ces ouvrages ont été en partie provoqués par des personnes dé la société, qui s'adressaient au comte de Maistre pour éclaircir une question, pour avoir son avis, pour résumer des conversations intéressantes et fixer l'enchaînement des idées. Il lisait beaucoup, et il lisait systématiquement, la plume à la main, écrivant, dans un volume relié posé à côté de lui, les passages qui lui paraissaient remarquables, et les courtes réflexions que ces passages faisaient naître; lorsque le volume était à sa fin, il le terminait par une table des matières par ordre alphabétique, et il en commençait un autre. Le premier de ces recueils est de 1774, le dernier de 1818. Celait.un arsenal où il puisait les souvenirs les plus variés, les citations les plus heureuses, et qui lui fournissait un moyen prompt de retrouver l'auteur, le chapitre et la page, sans perdre de temps en recherches inutiles.

Depuis que les guerres, les voyages, les négociations, avaient mis les Russes plus en contact avec les autres peuples européens, le goût des études sérieuses et de la haute littérature s'infiltrait peu à peu dans les classes élevées. Dès que la science paraît dans un pays non catholique, tout de suite la société se divise, la masse roule au déisme, tandis qu'une certaine tribu s'approche de nous. Il ne pouvait en arriver autrement en Russie ; la science, injectée dans le grand corps de l’Église nationale, en avait commencé la désorganisation ; et, tandis que les systèmes philosophiques de la nébuleuse Allemagne dissolvaient sans bruit les dogmes dans les cloîtres et les universités, la logique limpide et serrée de l’Église catholique entraînait quelques cœurs droits, fatigués de chercher inutilement cette vie spirituelle dont leur âme sentait le besoin. Toutes les Églises séparées ayant pour dogme commun la haine de Rome, ce retour de quelques personnes à la vérité excita une fermentation dont on pouvait déjà prévoir les suites funestes à l'époque du célèbre traité de la Sainte-Alliance; et cet acte, dont la tendance mystique, d'après l'esprit qui le dicta, devait être favorable à la liberté de conscience, fut immédiatement suivi, dans l'empire du rédacteur, de mesures violentes d'intolérance et de spoliation. Le comte de Maistre, reçu partout avec plaisir parce qu'il ne choquait personne et louait avec franchise tout ce qui était bon, avait pourtant contracté des liaisons plus amicales avec les personnes qui partageaient plus ou moins ses doctrines. Sa supériorité d'ailleurs dans toutes les branches de la philosophie rationnelle et dans l'art de la parole n'était pas contestable, et, de plus, on lui accordait assez généralement des connaissances particulières dans le genre qui faisait peur à cette époque. Il n'est donc point surprenant que le comte de Maistre se soit trouvé alors en butte à quelques soupçons, et que les ennemis du catholicisme, et surtout le prince Galitzin, ministre des cultes, se soient imaginé qu'il exerçait une sorte de prosélytisme, attribuant à lui, autant qu'aux jésuites, les nombreuses conversions qui s'opéraient chaque jour. Ils s'arrêtaient à une cause locale et imaginaire pour expliquer un mouvement européen auquel la Russie participait à son insu. Le fait est que le comte de Maistre, comme il eut l'honneur de l'assurer de vive voix à l'empereur lui-même, « ne se permit jamais d'attaquer la foi d'aucun de ses sujets ; maïs que, si par hasard quelqu'un d'eux lui avait fait certaines confidences, la probité et la conscience lui auraient défendu de dire qu'il avait tort. » L'empereur parut convaincu, mais la situation du comte de Maistre était changée : « Le simple soupçon pro duit une inquiétude, un malaise qui gâte la vie. Dans tous les pays du monde et surtout en Russie, il ne faut pas qu'il y ait le moindre nuage entre le maître et un ministre étranger. Les catholiques, du moins ceux de cette époque, étaient devenus aux yeux de l'empereur une espèce de caste suspecte. Toutes les choses de ce monde ont leurs inconvénients ; la souveraineté, qui est la plus précieuse de toutes, doit subir les siens. La lutte des conversations est au-dessous d'elle : d'un côté, sa grandeur défend à son égard non-seulement la dispute, « mais la discussion même; de l'autre, elle ne peut, elle ne doit pas même lire, puisque tout son temps appartient aux peuples. Qui donc la détromperait sur des matières que les passions et l'erreur ont embrouillées à l'envi ? » Le comte de Maistre, attaché personnellement à l'empereur par les liens d'une sincère reconnaissance, tout à fait habitué à ce pays où le retenaient des liens multipliés, et où il avait souvent formé le voeu de finir ses jours..., demanda son rappel. Le roi daigna le lui accorder avec le litre et le grade de premier président dans ses cours suprêmes. Au mois de mai 1817, Sa Majesté Impériale envoyait dans la Manche une escadre de bâtiments de guerre pour ramener les soldais dont elle déchargeait la France. Ces vaisseaux partaient dans la plus belle saison pour la navigation. Sa Majesté Impériale permit au comte de Maistre de s'embarquer sur celle escadre avec touie sa famille. Ce fut le 27 mai qu'il monta à bord du vaisseau dé 74 le Hambourg, pour revenir dans sa patrie, après vingt-cinq ans d'absence, en passant par, Paris. Il arriva à Calais le 20 juin, et le 24 à Paris.

Le comte de Maistre se trouvait alors le chef d'une famille, l'une des plus nombreuses de l'ancien duché de Savoie, qui était demeurée tout entière au service du roi pendant tout le cours de la révolution, qui avait suivi sa cause, et toujours, et sans intérêt, et contre ses intérêts, sans qu'un seul de ses membres fût entré au service du vainqueur. A l'époque du traité de 1814, le chevalier Nicolas, son frère, qui, après avoir fait brillamment la guerre, était rentré en Savoie lorsque ses services ne pouvaient plus être utiles à son maître, se dévoua de nouveau, et partit pour Paris avec MM. d'Oncieux et le comte Costa, comme députés de la Savoie, pour demander aux souverains alliés la restitution de leur patrie à ses anciens maîtres. Heureusement la demande fut accueillie, sans quoi il aurait dû, avec ses deux compagnons, émigrer de nouveau et s'exiler volontairement.

Arrivé à Turin, M. de Maistre s'occupa à donner la dernière main aux ouvrages qu'il avait apportés en portefeuille de Pétersbourg. Il fit paraître successivement le Pape, l'Eglise gallicane, et les Soirées de Saint-Pétersbourg, ouvrages qui ont produit une véritable explosion dans le monde littéraire. Malgré les nombreuses éditions, ces livres sont toujours recherchés, et l'auditoire de M. de Maistre grandit encore de jour en jour : c'est un fait remarquable qu'à la tribune, comme dans la chaire ou dans les livres, dès qu'on aborde les matières théologiques ou philosophiques traitées par le comte de Maistre, on est forcé de le citer, ou pour.le combattre, ou pour s'appuyer de son autorité. Parmi les nombreuses lettres d'admiration et d'approbation sur le livre du Pape, nous en avons trouvé une d'un style badin, écrite par un saint prélat bien connu en France par ses talents autant que par ses travaux apostoliques, Mgr Rey, évêque d'Annecy, qui honorait la famille de Maistre d'une amitié particulière. Nous croyons qu'elle intéressera par son esprit et par son originalité. (Voyez aux Annexes, t.XII, la lettre du 5 février 1820 de M. le vicaire général Rey.)

Le comte de Maistre, nommé chef de la grande chancellerie du royaume avec le titre de ministre de l'Etat, fut arrêté dans sa carrière littéraire par les affaires publiques, dont il s'occupait avec ardeur. Il avait esquissé l'épilogue des Soirées de Saint-Pétersbourg dans les derniers jours de sa vie. On trouve encore, dans celte première ébauche, la verve de son style. Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en publiant ce fragment.

Le comte de Maistre était d'un abord facile, d'une conversation enjouée, constant dans sa conduite comme dans ses principes, étranger à toute espèce de finesse, ferme dans l'expression de ses opinions ; du reste méfiant de lui-même, docile à la critique, sans autre ambition que celle d'un accomplissement irréprochable de tous ses devoirs. Il refusa longtemps de se charger de la mission de Pétersbourg, et voilà comment il racontait à un de ses amis sa promotion inattendue :

« Élevé dans le fond d'une petite province, livré de bonne heure à des études graves et épineuses, vivant au milieu de ma famille, de mes livres et de mes amis, peut-être n'étais-je bon que pour la vie patriarcale, où j'ai trouvé autant de bonheur qu'un homme en peut goûter sur la terre : la révolution en a ordonné autrement! Après quelques expériences malheureuses, je m'étais arrangé pour terminer paisiblement ma carrière en Sardaigne : « me tenant pour mort, ce pays me plaisait assez comme tombeau. Point du tout, il a fallu venir représenter sur ce grand théâtre. »

Cependant les fatigues de l'âme, les travaux de l'esprit, les peines de coeur avaient usé peu à peu une constitution des plus robustes. Le comte de Maistre perdit, dans l'année 1818, son frère André (évèque nommé d'Aoste), ecclésiastique d'une haute distinction par ses talents et son caractère ; ce fut une immense douleur. Depuis lors sa santé, qui avait résisté au climat de Pétersbourg comme à celui de Sardaigne, devint chancelante, sa démarche incertaine : sa tête conservait seule toute sa force et sa fraîcheur, et il continuait l'expédition des affaires avec la même assiduité. Au commencement de 1821, lorsque de sourdes rumeurs annonçaient déjà l'ignoble échauffourée révolutionnaire du Piémont, le comte de Maistre assistait au conseil des ministres, où l'on agitait d'importants changements dans la législation. Son avis était que la chose était bonne, peut-être même nécessaire, mais que le moment; n'était pas opportun. Il s'échauffa peu à peu, et improvisa un véritable discours. Ses derniers mots furent : « Messieurs, la terre tremble, et vous voulez bâtir! »

Le 26 février, le comte de Maistre s'endormit dans le Seigneur, et le 9 mars la révolution éclatait. Le comte de Maistre succomba à une paralysie lente, après une vie de soixante-sept ans de travaux, de souffrance et de dévouement ; il pouvait dire avec confiance : Bonum certatem certavi, fidem servavi. Son corps repose dans l'église des Jésuites, à Turin. Sa femme et un de ses petits-fils ont déjà été le rejoindre dans le froid caveau, ou plutôt dans le séjour bienheureux.

Le comte de Maistre, en entrant au service à l'âge de dix-huit ans, avait une fortune suffisante pour jouir d'une honnête aisance dans sa ville natale. Après avoir servi son roi pendant cinquante ans, il rentra en Piémont dans une honorable et complète pauvreté. Tous ses biens ayant été vendus, il eut part à l'indemnité des émigrés ; mais une bonne partie des terres qu'il avait possédées, étant situées en France, ne fut point portée en compte. Avec la modeste compensation qui lui fut allouée, et un millier de louis que lui prêta le comte de Blacas, il acheta une terre de cent mille francs environ, seul héritage matériel qu'il légua à ses enfants.

Deux motifs puissants m'ont engagé à la publication des lettres du comte de Maistre : d'abord l'utilité dont elles peuvent être par les vérités qu'elles défendent, par les saines doctrines qu'elles contiennent; ensuite le désir de tracer du comte de Maistre un portrait vivant et animé qui le fasse aimer de ceux qui ne l'ont qu'admiré. Rien, sans doute, ne fait mieux connaître un homme que de se trouver ainsi introduit dans son intimité, de l'observer librement et sans témoins, d'entendre le père parler de ses enfants, l'époux de la douce compagne de sa vie; d'écouter l'homme d'Etat, le sujet fidèle s'adressant à son roi, l'ami s'entretenant avec ses amis. Il m'a paru que c'était élever un simple et noble monument à la mémoire d'un père vénéré, que c'était mettre en lumière l'élévation de son génie, l'étendue de ses connaissances, l'ingénuité de ses vertus.

Le comte Rodolphe DE MAISTRE.

1 La famille de Maistre est originaire du Languedoc, on trouve son nom répété plusieurs fois dans la liste des anciens capitouls de Toulouse; au commencement du dix-septième siècle, elle se divisa en deux branches, dont l'une vint s'établir en Piémont : c'est celle dont le comte Joseph descend; l'autre demeura en France. Le comte Joseph de Maistre attachait beaucoup de prix à ses relations de parenté avec la branche française : il eut soin de les cultiver constamment, et aujourd'hui même les descendants actuels des deux branches sont unis par les liens d'affection autant que par leur communauté de principes et d'origine. 

2 Lettres d'un royaliste savoisien à ses compatriotes; Lausanne-, 1793-94.

JOSEPH DE MAISTRE.

JOSEPH DE MAISTRE.

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

LE BON ROI STANISLAS. VICTOR DELCROIX.

Trente Ans de paix et de bonheur. — Bienfaits de Stanislas. — Ses Vertus. — Sa Mort.

Stanislas avait pris pour maxime qu'un roi doit aimer sa famille et vivre pour ses peuples; aussi, quoique sa fille aimât à le posséder auprès d'elle, que Louis XV joignit ses instances à celles de la reine pour le retenir à la cour de France, qu'il fût chéri des princesses ses petites-filles, et qu'il eût pour le dauphin la plus tendre affection, jamais il ne restait plus de trois semaines éloigné de ses États, où il trouvait sans cesse quelque chose à faire. La religion, les lois, les mœurs, l'instruction publique, le commerce, l'industrie, les sciences, les arts, l'agriculture, rien n'échappait à sa sollicitude; car, s'il se proposait de rendre ses peuples riches et heureux, il tenait aussi à leur inspirer l'amour de la vertu, sans laquelle il n'y a ni paix ni bonheur véritable.

Il fonda des écoles gratuites dans les communes et les plaça sous la direction des Frères de la Doctrine chrétienne ; il fit bâtir des églises dans les villages qui en manquaient, restaura celles qui tombaient en ruines, et voulut que partout les saints mystères fussent célébrés, sinon avec magnificence, du moins avec tout ce qui peut exciter le respect et la piété des fidèles. Il employa ses loisirs à défendre dans ses écrits la religion et la morale, et à donner aux rois d'utiles leçons. Il créa la société royale de Nancy, s'inscrivit nu nombre des membres travailleurs, et y institua deux prix annuels, l'un pour les sciences, l'autre pour les lettres. Il dota en outre cette capitale d'un jardin botanique, d'une bibliothèque publique, d'un collège de médecine, d'une pharmacie gratuite, de palais, de place?, de monuments et de promenades qui en font la plus belle ville de toute ta France. Il y fit reconstruire et richement décorer l'église de Notre-Dame de Bon-Secours, et' la choisit pour sa sépulture; car il avait pour la mère de Dieu la plus tendre dévotion. Il aimait à venir prier dans ce saint temple, où, disait-il, on prierait pour lui après sa mort; il s'était engagé, par un vœu, à s'y rendre chaque fois qu'on y célébrait une des fêtes de la Vierge, et il resta fidèle à ce vœu jusqu'à la fin de sa vie.

Lunéville, où il avait fixé sa résidence, devint une cité brillante; Bar, Commercy, Pont-à-Mous3on s'embellirent; Saint-Dié, détruit par un incendie, sortit de ses ruines, grâce aux bienfaits du roi. De bonnes roules relièrent entre elles les villes de ses États; des greniers d'abondance furent établis, et des sommes considérables consacrées à soutenir le commerce et à encourager l'agriculture. Il réforma la législation, créa des règlements pour les arts et métiers, tes forges, les fonderies, les salines, les manufactures ; fonda des pensions pour douze gentilshommes lorrains à l'école militaire de Paris, pour douze jeunes filles dans un couvent de Nancy, et des bourses à l'université de Pont-à-Mousson. Il se fit rendre compte des ressources des hôpitaux, veilla à ce qu'ils fussent administrés avec intelligence et probité, suppléa à leur insuffisance et fonda des lits pour les indigents aux eaux de Plombières, en disant :

— Je ne veux pas qu'il y ait un genre de maladie dont mes sujets pauvres ne puissent se faire traiter gratuitement.

Il établit des chambres où cinq avocats donnaient des consultations sans rien recevoir de leurs clients et s'efforçaient de terminer leurs différends à l'amiable. Il fit travailler à l'assainissement des prisons et en réforma le régime, persuadé que les rigueurs inutiles irritent le coupable et l'endurcissent dans le crime, tandis que de bons traitements le disposent au repentir. Il appela dans ses États les prêtres de la Mission, les fit accompagner dans les villes et les campagnes par des frères de la Charité, qui soignaient les malades et distribuaient une somme annuelle do 12,000 fr. aux plus pauvres habitants des paroisses que les missionnaires évangélisaient. L'amour qu'il conservait pour sa patrie lui inspira la généreuse pensée de faite jouir la Pologne du bienfait de ces missions, et il y consacra une somme de 420,000 fr.

Le roi répandait aussi d'abondantes aumônes partout où il passait, et jamais ceux qui réclamaient sa pitié n'avaient à craindre un refus. Sa charité n'oubliait pas plus les morts que les vivants; il fonda des prières publiques et des messes non-seulement pour ses parents et ses amis, mais aussi pour tous ceux qui avaient péri dans les guerres, soit en le servant, soit en combattant contre lui; il ordonna qu'un certain nombre de pauvres vieillards y assistassent et reçussent, après l'office, « chacun 20 sous, deux livres de pain blanc et une chopine de bon vin vieux. > Enfin, après avoir pourvu au soulagement de toutes les misères, après avoir assuré gratuitement aux pauvres l'instruction et la justice, il réserva des fonds pour les cas imprévus, afin que les pertes du laboureur et de l'honnête marchand fussent réparées, et que la faim ne pût entrer sous le toit de l'artisan malade, auquel les portes de l'hospice étaient ouvertes.

Le Recueil des Fondation et Établissements de Stanislas fut imprimé à Lunéville en 1751; il en adressa un exemplaire au roi de Prusse. Frédéric s'empressa de l'en remercier par une lettre dans laquelle on remarque ces phrases :

L'estime que j'ai conçue pour votre personne, lorsque j'ai eu la satisfaction de vous voir à Koenigsberg et à Berlin, ne finira qu'avec ma vie, et il m'est bien doux de voir que Votre Majesté ne m'a point oublié. Je la remercie de tout mon cœur du livre de plans qu'elle a bien voulu m'envoyer. tas grandes choses qu'elle exécute avec peu de moyens doivent faire regretter à jamais à tous les bons Polonais la perte d'un prince qui aurait fait leur bonheur. Votre Majesté donne en Lorraine à tous les rois l'exemple de ce qu'ils devraient faire; elle rend les Lorrains heureux , et c'est là le seul métier des souverains. Je la prie d'être persuadée que je l'aime autant que je l'admire. »

Cette admiration sera partagée par tous ceux qui sauront que Stanislas n'avait, pour faire tant de bien, créer tant d'établissements Utiles, soutenir sa maison civile et militaire, faire administrer ses États et tenir royalement sa cour, que ses biens patrimoniaux, plus une pension de 2 millions que la France lui faisait en échange des revenus de ses duchés de Lorraine et de Bar.

Stanislas ne vit qu'une fois dans Ses États Louis XV et la reine, sa fille bien-aimée; ce fut en 1741, après la maladie que le roi fit à Bletz et pendant laquelle le peuple décerna au prince, qu'il tremblait de perdre, le surnom de Bien-Aimé, ta dauphin, Madame Adélaïde et Madame Henriette accompagnaient Leurs Majestés. Ce fut une grande joie pour Stanislas et pour toute la famille royale, mais surtout pour le dauphin. Né avec des instincts égoïstes, avec un orgueil que le séjour d'une cour adulatrice devait encore développer, ce jeune prince avait beaucoup changé dès que sa raison avait commencé de mûrir. Doué d'un esprit réfléchi, courageux et résolu, il avait été frappé du respect de l'admiration qu'excitaient les vertus de son aïeul, cl louché de l'affection que sa bonté inspirait à ses peuples; il s'était promis de le prendre pour modèle, et ne se trouvait jamais si heureux que lorsqu'il pouvait recevoir ses sages leçons.

Un jour qu'il l'interrogeait sur les moyens de (aire le bonheur du peuple, Stanislas répondit :

— Il suffit de l'aimer, mon cher fils. Si vous l'aimer, cet amour vous en dira bien plus que moi et tous les docteurs de la politique ne pourrions TOUS en apprend! »

Grâce aux leçons et aux exemples de son auguste aïeul, le dauphin se corrigea des défauts qu'on lui reprochait; il devint juste, bon, généreux, modeste, appliqué aux affaires, ennemi de la flatterie et du faste; la France mit en lui toutes ses espérances, et Stanislas se réjouit à la pensée de tout le bien que ferait ce prince, lorsqu'il serait assis sur le premier trône du monde. Les espérances de la France ne devaient point se réaliser, et le roi de Pologne ne devait pas se survivre & lui-même dans un monarque, son admirateur et son élevé : le dauphin mourut avant son père et avant son aïeul. Cette mort fut pour Stanislas un cruel chagrin, le plus grand qu'il eût encore éprouvé; car il s'écria en l'apprenant :

— La perte réitérée d'une couronne n'a fait qu'effleurer mon cœur; celle de mon cher dauphin l'anéantit. Il ordonna qu'on lui fit des obsèques magnifiques et chargea le père Coster de prononcer son oraison funèbre. Le frère de cet orateur vint en donner d'avance lecture au roi, et celui-ci, entendant son propre éloge, interrompit Coster et lui dit :

— Il faut que le révérend père supprime ce passage; dites-lui de le garder pour mon oraison funèbre.

Stanislas avait quatre-vingt-neuf ans, et, malgré toutes les épreuves par lesquelles il avait passé, il jouissait encore d'une excellente santé. Son esprit n'avait rien perdu de sa vivacité, ni son caractère de sa parfaite amabilité. Ses sujets se flattaient de le conserver encore longtemps, et tous ceux qui l'approchaient se plaisaient à reconnaître qu'il ne vieillissait point. Mais lui songeait à la mort et s'y préparait depuis longtemps. Un de ses officiers, inquiet de ce que deviendraient les serviteurs du bon roi, lorsqu'il aurait cessé de vivre, osa l'instruire adroitement de cette inquiétude.

— Sire, loi dit-il, nous veillons à votre conservation par amour et par reconnaissance; mais notre intérêt suffirait pour nous y obliger.

— Pourquoi donc, mon ami? demanda Stanislas.

— Parce que nous mourrons tous le même jour que Votre Majesté.

— Voilà qui est bien parler ; mais avouez pourtant que je fais mieux encore : mes arrangements sont pris avec le roi mon gendre, et, dussent mes gardes se réjouir de ma mort, je veux que, lorsqu'elle arrivera, ils passent au service d'un plus grand maître que moi.

— Ah! sire, dit l'officier, Us n'en auront jamais de meilleur ni de plus généreux.

— Hélas! mon ami, reprit le roi, je ne fais pas la centième partie de ce que je voudrais faire pour mon pauvre peuple; il y a encore de la misère, je le sais, et je ne puis la soulager.

L'officier ne put retenir ses larmes, et Stanislas, attendri lui-même, continua de lui exprimer la peine qu'il ressentait de ne pouvoir porter remède à tous les maux qu'il connaissait.

La mort du dauphin lui porta un coup si terrible, qu'elle lui rendit plus présente encore la pensée de sa fin prochaine; il pourvut au sort de tous ses serviteurs en leur assurant des legs et des pensions, et se tint prêt à paraître devant Dieu, quand sonnerait l'heure de lui rendre son âme.

Le !" février 17GG, il se rendit à Nancy, pour assister, suivant sa coutume, aux offices de la fête du lendemain (la Purification de la Vierge), dans l'église de Notre-Dame de Bon-Secours. Il pria et médita plusieurs heures, agenouillé au-dessus du caveau où reposait déjà Catherine Opalinska, son épouse. Au sortir du temple, il dit à ceux qui l'entouraient :

— Savez-vous ce qui m'a retenu si longtemps? Je pensais qu'avant peu, je serais trois pieds plus bas.

— Comment Votre Majesté peut-elle avoir de si tristes idées, lorsqu'elle est en parfaite santé? lui dirent ses officiers.

— Il est vrai, reprit Stanislas; mais je sois le doyen des rois de l'Europe, et parce que j'ai échappe à mille dangers, il ne s'ensuit pas que je sois immortel. Dieu m'a protégé; car, pour avoir essuyé tous les périls qui menacent la vie des hommes, il ne me manquerait que d'être brûlé.

Le 3 février, il fit faire pour le repos de l'âme du dauphin un service solennel dans cette même église de Notre-Dame de Bon-Secours, et il voulut y assister. I.e 4, il retourna à Lunéville, où il n'arriva que le soir. La fatigue de ce voyage ne l'empêcha pas de se lever le lendemain de grand matin. Il s'enveloppa d'une robe de chambre ouatée que la reine sa fille lui avait envoyée, et fit pieusement sa prière. Avant de se mettre au travail, il s'approcha de la cheminée pour voir l'heure à la pendule. Sa robe de chambre, attirée parla flamme, prit feu sans qu'il aperçût autre chose qu'une légère fumée, qu'il crut sortir du foyer; mais bientôt l'odeur de l'étoffe brûlée attira son attention.

Le roi voit le danger, il sonne; ses valets de chambre ne sont pas à leur poste ; il cherche à éteindre lui-même la flamme qui le menace; mais, en se baissant , il perd l'équilibre, se blesse dans sa chute sur la pointe d'un chenet, et sa main gaucho s'appuie sur les charbons ardents. L'excès de la douleur lui fait perdre connaissance sans qu'il ait pu appeler au secours. Le garde qui veille à la porte de son appartement est frappé de l'odeur extraordinaire qui s'y répand; sa consigne lui défend d'entrer chez le roi ; il court vers la pièce où se tiennent ordinairement les valets de chambre ; il ne les trouve point ; il crie, il se désespère, car il devine un terrible accident. Un valet arrive enfin, se précipite dans la chambre du roi, jette à son tour des cris d'effroi et ne peut, dans son trouble, faire que des efforts inutiles pour retirer son maître du feu; un second valet lui vient en aide; ils relèvent le roi, maïs en quel état! Les doigts de sa main gauche sont calcinés, et, du même côté, son corps n'est qu'une plaie depuis le dessous de l'oeil jusqu'au genou. Cependant il reprend ses sens et s'efforce, avec ses gens, d'étouffer les flammes qui l'entourent encore.

On parvient enfin à le débarrasser de cette enveloppe dévorante; les médecins arrivent, le premier appareil est posé; mais le roi souffre des douleurs inouïes. Ses valets, au désespoir, s'accusent de cet affreux malheur, qui n'eût été qu'un léger accident, s'ils fussent arrivés assez tôt pour le secourir. Stanislas oublie ses souffrances pour les consoler et les remercier des soins qu'ils lui donnent. Il rassure ceux qui l'entourent, et, sachant avec quelle rapidité se répandent les mauvaises nouvelles, il pense à la reine, qui l'aime si tendrement, et qui, sous le poids du chagrin que lui a causé la perle du dauphin. Ta apprendre par le bruit public le malheur arrivé à son père. Il ordonne à son secrétaire de prendre la plume pour rassurer sa chère fille, lui dicte ce qu'il doit écrire, et, prenant encore le ton de la plaisanterie, il dit, en faisant allusion aux précautions que Marie Leczinska l'avait supplie de prendre pour éviter le froid dans son voyage de Nancy : « Vous auriez bien dû, Madame, me recommander plutôt de n'avoir pas si chaud.

Dès que ce funeste accident fut connu, la consternation fut extrême dans les villes et dans les campagnes. Les églises, ouvertes jour et nuit, étaient remplies d'une foule inquiète et suppliante; et les routes qui conduisaient à Lunéville étaient couvertes de voyageurs de tous rangs, qui venaient savoir par eux-mêmes des nouvelles du bon roi. Les paysans accouraient par troupes, et, ne trouvant point à se loger dans les hôtelleries, pleines de gens do distinction, ils se réunissaient autour du château et y restaient, malgré la rigueur de la saison, jusqu'à ce qu'ils fussent obligés de reprendre le chemin de leur village. Ils interrogeaient tous les officiers qui sortaient du palais et se transmettaient le bulletin de la santé du roi, tantôt avec des exclamations de joie, tantôt avec des plaintes et des sanglots.

Le roi demanda un jour ce que c'était que ce bruit qu'il entendait; et, l'ayant appris, il ordonna qu'on distribuât à ces braves gens du pain, du vin, qu'on donnât aux nécessiteux l'argent nécessaire pour regagner leur pays et qu'on les engageât à ne pas s'alarmer de son état.

— Le bon peuple, dit-il, profondément attendri de ces preuves d'affection, comme il m'est attaché, quoiqu'il n'ait plus rien & attendre de moi! Je veux du moins lui assurer le peu que j'ai pu faire pour lui.

Il fit donc rassembler les titres de ses fondations, ordonna qu'ils fussent déposés en lieu sûr, et y ajouta de nouvelles dispositions. Les médecins espéraient le sauver; mais il ne partageait pas leur confiance. Jusqu'au 17, sa position ne parut pas s'aggraver; ce jour là la fièvre se déclara, et les amis de Stanislas conçurent des craintes sérieuses. « Il cherchait lui-même, dit le père Élisée, à tromper notre douleur. Il nous cachait ses maux, pour adoucir nos inquiétudes. Presque entre les bras de la mort et placé sous ses froides mains, il entretenait sa cour attendrie avec une tranquillité qui rassurait nos craintes : c'était le même esprit, la même bonté; le dirai-je? c'étaient les mêmes charmes. On voyait encore le doux sourire sur ses lèvres, et la tendresse semblait lui donner de nouvelles forces, lorsque ses amis venaient baiser ses mains défaillantes. »

Ils eussent voulu veiller sans cesse auprès de lui; il les en empêcha et régla le service de chacun, afin de leur épargner la fatigue. Lorsqu'il souffrait le plus cruellement, il ne voulait pas qu'on réveillât ses médecins.

— Ils ne pourraient que m'exhorter à la patience, disait-il; je tâcherai de m'y exciter moi-même.

Il recevait ses souffrances de la main de Dieu, et il se rappelait avec une sainte confiance en la miséricorde divine toutes les épreuves qu'il avait endurées.

—J'ai passé par l'eau des marais de Dantzick ; je passe maintenant par le feu ; j'espère que Dieu me recevra bientôt dans le séjour du rafraîchissement.

Il vit approcher la mort avec le plus grand calme, régla lui-même tout ce qui concernait ses funérailles, et pendant un martyre de dix-huit jours, son courage, sa douceur, sa résignation ne se démentirent pas un instant. Le 21, il tomba dans un assoupissement léthargique dont on eut peine à le tirer, et qui fut presque aussitôt suivi d'une cruelle agonie.

Tout espoir de le sauver étant perdu, le cardinal de Choiseul l'administra. Au premier coup de cloche qui invita le peuple à prier pour le roi mourant, chacun quitta son travail pour courir à l'église, et l'on n'entendit partout que des sanglots et des gémissements. Le 22, vers le soir, Stanislas retomba dans le sommeil qui l'avait déjà abattu la veille, et le 23, à quatre heures après midi, il rendit paisiblement le dernier soupir.

A celte nouvelle, l'inquiétude du peuple se changea en une consternation profonde. On eût dit, à voir les habitants de Lunéville, que chacun d'eux avait perdu un père, un bienfaiteur, un ami. Ils sortaient tout en larmes de leurs maisons, se rencontraient sans se parler ou ne s'abordaient que pour se dire : « C'est donc vrai? Le bon roi est mort. »

La douleur ne fut pas moins vive à Nancy, à Bar, dans toutes les villes, les villages et les hameaux de la Lorraine. Les pleurs et les regrets furent unanimes; car la Lorraine était, selon l'expression de l'abbé Bellet, remplie de ses monuments, et l'on y marchait, pour ainsi dire, sur les bienfaits du prince que Frédéric II appelait le meilleur des rois et le plus vertueux des citoyens.

 

Photos. Source inrenet.
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