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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE N.-D. DU CHÂTEAU DE LOCHES

PREMIÈRE PARTIE

HISTOIRE DE LA COLLÉGIALE (EXTRAIT)

CHAPITRE IV

Dévastation et pillage de la collégiale pendant la Révolution. — Réouverture de l'église de Notre-Dame sous le vocable de saint Ours.

1792 - 1862

Le temps était venu où cette église vénérable, qui comptait plus de huit cents ans d'existence, allait être indignement profanée; son glorieux passé ne devait pas la préserver des outrages des révolutionnaires! L'église Notre-Dame du château de Loches était un temple consacré au vrai Dieu, un temple fondé, enrichi, visité par des princes et des rois; elle devait, pour ces raisons, porter les marques de la haine que les hommes de la Révolution avaient pour Dieu et son culte, pour les rois et les grands.

Après avoir exigé de tous les prêtres catholiques un serment que leur conscience leur interdisait de prêter et qui devint le signal de sanglantes persécutions, les chefs avancés de la Révolution conçurent le projet d'anéantir en France la religion catholique. Des ordres furent donnés pour le pillage de toutes les églises, et les comités révolutionnaires, établis dans les quatorze mille communes de la république, s'acquittèrent en impies de cette impie commission.

Partout on ne rencontrait que bûchers où brûlaient les livres d'église, les chaires, les confessionnaux, les ornements sacrés: les tableaux, les reliques des saints, et l'on voyait autour de ce feu la populace ivre de vin et d'impiété danser en blasphémant le Dieu de ses pères! On mutila les statues des saints, on brisa les croix, on enleva le fer des grilles, on fondit les cloches, on abattit même quelques clochers, sous le ridicule prétexte que par leur élévation ils blessaient l'égalité républicaine.

Qui pourrait énumérer les églises qui furent détruites en ces temps malheureux? Parmi celles qui restèrent debout après leur profanation, les unes furent converties en magasins ou en écuries, les autres servirent au culte nouveau que les hommes du jour voulurent substituer au culte du vrai Dieu, et devinrent les temples de la Raison.

Cette nouvelle Divinité eut des statues vivantes, et ce fut sous les traits d'infâmes prostituées, qui se plaçaient sur l'autel, qu'elle reçut l'encens et les hommages d'un peuple en délire!

Dans ces jours de funeste mémoire, les chants sacrés, qui depuis huit siècles retentissaient quotidiennement sous les voûtes de Notre-Dame de Loches, vinrent à cesser ; le divin Sacrifice ne fut plus offert sur ses autels dépouillés ; les prêtres fidèles qui la desservaient furent obligés de fuir la persécution et la mort.

Enfin, une horde sauvage et impie fit irruption dans cette église autrefois si respectée; elle venait, le blasphème à la bouche, piller l'antique sanctuaire de Marie. En un instant les croix furent renversées et foulées aux pieds, les images et les statues des saints furent déchirées et brisées, les orgues elles-mêmes furent mises en pièces ; les vases sacrés et les ornements précieux que possédait la collégiale furent enlevés.

C'est alors que disparurent pour toujours le très-beau reliquaire d'argent doré, en forme d'église, renfermant un autre reliquaire composé d'une agathe précieuse montée sur vermeil et qui contenait la ceinture de la sainte Vierge ; Les châsses des corps de saint Hermeland et de saint Baud couvertes d'argent, avec figures relevées en bosse et dorées pour la plupart ; Une colombe d'argent doré suspendue autrefois au-dessus du grand autel et dans laquelle avait reposé le très saint Sacrement;

Une belle croix d'or, ornée de pierres et de perles précieuses, qui contenait des reliques de la vraie Croix ;

Une statue d'argent doré de la sainte Vierge tenant J'enfant Jésus entre ses bras;

Une petite statue d'argent doré de sainte Marie Madeleine, contenant quelques reliques de cette illustre pénitente ;

Plusieurs autres reliquaires en argent, de différentes formes, dans lesquels étaient renfermées des reliques de saint Paul, de saint Matthieu, de saint Barthélemi, de saint Martin, de saint Grégoire, de saint Gilles, de saint Biaise et de saint Malo ;

Un superbe livre des saints Évangiles[1] recouvert d'argent doré, enrichi d'un très-beau crucifix au pied duquel se trouvaient représentés la sainte Vierge et saint Jean, en argent doré relevé en bosse.

Enfin, une grande croix de procession en argent massif, des chandeliers, des encensoirs, des burettes, un bénitier, des lampes, des calices en argent, deux très-beaux calices en vermeil, devinrent la proie des patriotes sacrilèges et voleurs.

Ils n'oublièrent pas non plus de mettre la main sur les belles cloches de l'église Notre-Dame; ils descendirent, pour les briser, les deux grosses cloches placées dans le clocher qui surmonte la tribune, et les quatre moyennes que renfermait l'autre clocher.

Après avoir tout pillé, tout dévasté, les révolutionnaires se retirèrent chargés de leur riche butin. Ils épargnèrent le monument, qu'ils voulaient transformer en un temple de la Raison, mais ils eurent soin d'en faire disparaître tout ce qui pouvait rappeler sa destination primitive.

Que de mutilations ils lui firent subir!

Quand vous entrez dans cette antique église du château de Loches, vous trouvez sous le porche magnifique qui la précède des traces ineffaçables de la fureur révolutionnaire.

Le portail qui met le porche en communication avec l'église vous apparait affreusement mutilé. Les statues des saints, des anges, de la Vierge Marie, qui le décoraient, ont été frappées par le marteau de ces nouveaux vandales. Tout ce qui faisait saillie, les têtes, les bras, ont été abattus ; des nombreuses statues qui décoraient le portail et le porche, il ne reste plus que d'informes débris!

Dieu permit que cette oeuvre de destruction restât inachevée pour montrer aux générations futures combien sont tristes les fruits que produit l'impiété.

Quand les églises furent rendues au culte catholique, ce dut être pour les démolisseurs un châtiment terrible que ces restes mutilés échappés à leur fureur et disant éloquemment à tous ceux qui s'arrêtaient devant eux : « Voilà l'ouvrage de ces fiers révolutionnaires qui, ne pouvant s'attaquer à Dieu lui-même, dont ils voulaient détruire le culte ici-bas, déversèrent leur haine sacrilège sur ses temples et ses images, sur celles de la Vierge et des saints. »

Jusqu'à l'époque du Concordat de 1802, l'église collégiale servit de lieu de réunion pour les fêtes décadaires.

Enfin, à ce moment Dieu mit un terme aux épreuves du catholicisme en France. Le général Bonaparte, étant devenu premier consul, et par la même chef de l'État, rétablit dans notre pays l'exercice du culte catholique, de concert avec le souverain Pontife Pie VII. La France entière accueillit avec des transports de joie cette restauration religieuse ; les efforts que l'impiété avait faits pour étouffer en France la religion n'avaient servi qu'à procurer à cette religion divine un éclatant triomphe.

Quoique rendue au culte, l'église collégiale et royale du château de Loches ne devait pas revoir son brillant passé ; elle était pour jamais privée de son nombreux clergé, de ses douze chanoines, de ses chapelains, de ses clercs, de ses riches possessions; elle devait cependant avoir encore un bel avenir, car l'église de Saint-Ours ayant été détruite pendant la tourmente révolutionnaire, la collégiale devint l'église paroissiale de Loches, sous le vocable de saint Ours, le glorieux patron de la ville.

On n'oublia pas toutefois à Loches que la nouvelle église paroissiale avait été primitivement dédiée à la sainte Mère de Dieu. Il semble même que la divine Providence ait voulu que la sainte Vierge fût, à partir de cette époque, honorée plus encore qu'autrefois dans l'église du château. En effet, avec la ceinture de la Vierge sauvée comme par miracle, lors du pillage de 1793, on y vénère une statue antique de Marie, connue sous le nom de Notre-Dame de Beautertre.

Aussi le peuple de la ville et des campagnes vient-il avec empressement, à différentes époques de l'année, rendre ses hommages à la Reine des cieux, dans son antique sanctuaire du château, attiré qu'il y est par le désir de vénérer la ceinture de l'auguste Vierge et la statue de Notre-Dame de Beautertre.

Après avoir esquissé à grands traits l'histoire de l'antique église du château de Loches, nous allons, dans le chapitre suivant, en donner une description scientifique détaillée. Nous essaierons de faire connaître quelle était la forme de l'église construite par Geoffroy Grisegonelle, ce qui a pu en être conservé quand Thomas Pactius entreprit de la reconstruire; nous étudierons ensuite dans tous ses détails ce magnifique monument élevé à la gloire de la Reine des cieux par le généreux prieur du chapitre collégial et royal; enfin nous dirons les importants travaux que l'on a entrepris depuis une vingtaine d'années pour rendre à la vieille collégiale son cachet primitif et pour l'embellir en la restaurant selon les règles de l'art chrétien.

 

[1] C'était peut-être le même évangéliaire que Thomas Pactius avait donné à la collégiale avec d'autres manuscrits précieux. —chron. ecclesiae B.M. de Lochis.

L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE N.-D. DU CHÂTEAU DE LOCHES

PREMIÈRE PARTIE

HISTOIRE DE LA COLLÉGIALE (EXTRAIT)

CHAPITRE V

Description de l'église du château de Loches.- Différentes transformations de ce monument. — Inscriptions tumulaires. — Restauration de M. l'abbé Nogret.

L'église du château de Loches, telle que nous la voyons actuellement, présente deux styles principaux : l'un qui appartient à l'architecture romane primordiale, et qui ne s'observe que dans les parties de l'église de Geoffroy Grisegonelle conservées par Thomas Pactius ; l'autre qui appartient à l'architecture romane tertiaire ou de transition, et qui consiste dans un mélange des formes romanes et des formes byzantines. C'est ce style de transition entre l'architecture romane et l'architecture ogivale que Thomas Pactius voulut appliquer dans la reconstruction de sa collégiale; il le fit avec le plus grand succès.

« Ainsi le temple est précédé d'un vestibule ou pronaos ; la toiture est en pierres plates, comme dans l'Orient; les anciennes voûtes romanes qui pesaient sur la prière, font place à des pyramides évidées comme des coupoles; les arceaux sont plus hardis, les colonnes plus hautes; partout enfin se trouve un élancement inconnu jusqu'alors à l'architecture et qui prend l'art byzantin comme expression, avant d'adopter définitivement l'ogive.

A l'extérieur, Notre-Dame de Loches frappe surtout par un caractère étrange et original. Deux clochers pyramidaux, de forme octogone, couronnent la façade et le transept; autour d'eux s'élèvent des clochetons, des tourelles, et dans l'espace qui les sépare vous apercevez les deux cônes des douves (dômes ou voûtes) semblables à deux autres pyramides.

Sans doute ces coupoles, ces campaniles, sont loin d'avoir (malgré leur hauteur, qui atteint pour les plus élevées à 40 mètres) la légèreté et l'élégance des flèches de l'art ogival, mais elles sont plus loin encore de la pesanteur massive des tours carrées de l'art roman. Ce qui agrandit surtout l'impression, c'est leur nombre, c'est cette suite non interrompue d'élévations qui nulle part ne laissent place à la ligne horizontale, dans la disposition des combles, et qui montent, comme les nuées de l'encens, vers le ciel [2]

Dans une intéressante étude sur l'ancienne collégiale du château de Loches, M. l'abbé Baunier a parfaitement indiqué, selon nous, ce qui doit être regardé comme ayant fait partie de l'ancienne construction du comte d'Anjou et ce qui doit être regardé comme l'oeuvre de Thomas Pactius.

Nous allons faire de nombreuses citations de son beau travail.

Quelle était d'abord la forme de l'église de Geoffroy Grisegonelle?

Celle à peu près de l'église actuelle, moins les bas-côtés, qui furent ajoutés plus tard. Elle se composait d'une nef terminée par un rond-point et de deux transepts formant, avec la nef et son rond-point, une croix latine.

Deux chapelles s'ouvraient sur le côté Est de ces deux transepts.

Les deux clochers terminaient, comme aujourd'hui, la nef de l'église à ses deux extrémités.

Quoiqu'il soit assez difficile de désigner d'une manière précise ce qui peut être resté de l'église de Geoffroy, voici, dit M. Baunier, les parties que nous croyons lui appartenir : « Les deux arceaux sous lesquels on passe en entrant dans l'église, soutenus par quatre demi-colonnes cylindriques, courtes et basses, sans renflement au milieu, au chapiteau orné d'animaux et de feuillages; « La tribune formée par le sommet de la tour quadrangulaire qui la domine et qui devait se terminer par une plate-forme, car à cette époque on ne savait pas encore marier le toit octogone aux tours quadrangulaires ; « La partie basse des murs de la grande nef et plusieurs autres parties de mur répandues çà et là; La pesanteur des colonnes d'entrée, l'appareil formé de pierres irrégulières séparées les unes des autres par une couche de ciment ou mortier assez épaisse et saillante, tout cela semble retracer la grossière construction de cette époque. »

L'oeuvre de Thomas Pactius comprend une grande partie de ce que nous voyons maintenant. Les trois chapelles circulaires de l'abside et leurs trois fenêtres à doubles colonnes cylindriques, les arcades ogivales de la grande nef, les colonnes et les contreforts qui leur servent d'appui et qui s'élèvent jusqu'au comble de l'édifice, les voûtes pyramidales soutenues par ces arcades et ces colonnes dont nous venons de parler, les grosses colonnes cylindriques qui mettent le choeur en communication avec la nef et les transepts, un cordon en dentelures qui circule autour de la nef, paraissent avoir été construits, sinon en entier, du moins en très-grande partie par le prieur du chapitre.

Les deux colonnes de l'entrée du choeur sont coupées au milieu de leur hauteur et terminées en cul-de-lampe par un groupe qui présente quelque particularité. Il offre des personnages grotesques que leur attitude pénible et leur face grimaçante, leur tunique serrée et leurs formes hideuses semblent faire reconnaître pour des serfs. Ces corps paraissent soutenir avec d'horribles grimaces le poids du saint édifice.

La tour quadrangulaire avec ses quatre clochetons, placée sur le milieu des deux transepts, ainsi que le toit octogone qui la surmonte; les deux tourelles rondes réunies par une saillie et qui, placées à l'un des angles de la tour, renferment l'escalier qui y conduit; le toit octogone, appuyé sur une base de même forme, qui repose sur la tour de l'ouest, semblent par leur forme et leur construction avoir pris naissance au 11ième siècle.

Mais l'ouvrage le plus intéressant de cette époque, c'est le portique de la collégiale. Il est carré et comprend la largeur de l'église. L'on avait coutume d'installer sous ce porche le doyen du chapitre, qui prenait le nom de prieur.

Voici, d'après les archives de l'ancienne collégiale, comment les chanoines procédaient à l'installation du prieur.

Celui que le roi avait élevé à la dignité de prieur du chapitre de la collégiale Notre-Dame de Loches venait d'abord à la salle capitulaire présenter aux chanoines ses lettres de nomination; il se rendait ensuite sous le porche de l'église.

Les chanoines, revêtus de chapes de soie, allaient processionnellement rejoindre le nouveau prieur à l'entrée de la collégiale et recevaient le serment qu'il prêtait debout. Le prieur prenait ensuite un surplis et une chape de soie, puis le chantre entonnait une antienne à la sainte Vierge, et la procession revenait à l'église au son de toutes les cloches.

Le chantre, à l'arrivée au choeur, faisait asseoir le nouveau prieur dans la stalle qui lui était destinée, et quand l'antienne était terminée et l'oraison chantée, tous se rendaient à la salle du chapitre. Là encore, le chantre donnait la première place au prieur, et tous les chanoines l'admettaient au baiser de paix.

On voit sur les voussures de la porte qui introduit dans l'église deux rangs en relief de figures grotesques et monstrueuses, corps humains surmontés de têtes d'animaux, têtes d'hommes égarées sur des corps de bêtes, figures tantôt grimaçantes, tantôt ouvrant une gueule immense, etc. Au-dessus de ces figures grotesques, sont les statues des bienheureux qui ont combattu pour le Christ.

Elles sont placées circulairement le long du cintre de la porte de l'église. Des deux côtés sont d'autres statues de saints de grandeur naturelle, tenant au mur, offrant de longs bustes, une sorte de roideur et d'absence de mouvement; à leurs pieds, on voit une tète ouverte d'une manière horrible.

Le vandalisme révolutionnaire a détruit en partie ce précieux travail.

Dans tous ces monstres et ces grotesques, nous voyons une personnification des esprits de ténèbres, car le démon joue un grand rôle dans les créations du moyen-âge. « Les artistes, dit M. Paul Lamarche, protestèrent de leur haine contre lui en accumulant dans sa personne tous les types de la méchanceté et de la bassesse; ils empruntèrent au règne animal les formes les plus hideuses; la nature ne leur suffisant pas, ils inventèrent de monstrueuses combinaisons; chaque trait ajouté à l'opprobre du maudit fut de leur part un acte de piété. »

Aux angles du portique, le long des corniches, en regard des statues des bienheureux, on voit des animaux hideux : une tête qui grince des dents, image de ceux qui ne connaissent ni espérance ni repentir; plus loin, deux lions en fureur, symbole de la colère; deux hiboux, l'un à tète d'homme, l'autre à tête de femme, figure de la volupté. Un cavalier à la physionomie inquiète semble personnifier l'avarice. Chacune de ces créations traduit énergiquement le dicton populaire et chrétien: « Laid comme le péché mortel. »

A un autre angle du même portique, on distingue plusieurs colombes, symbole de la vertu; deux d'entre elles boivent dans un vase à deux anses, élevé à la hauteur de leurs têtes; deux autres semblent becqueter des feuilles d'arbre.

Au-dessus des corniches, aux angles les plus rapprochés de l'entrée de l'église, étaient autrefois des anges gardiens sculptés en relief; on voit encore la forme de leurs ailes; ils ont entièrement disparu sous le marteau des révolutionnaires.

Aux deux autres angles, du côté de la porte principale de sortie, on voit qu'il y avait des statues; on ne peut savoir ce qu'elles représentaient, car elles ont été enlevées à  l'époque de la Révolution.

Il est des personnes qui, ne voyant dans les grotesques de la porte de l'ancienne collégiale de Notre-Dame de Loches qu'un sujet de scandale pour la piété chrétienne, voudraient précipiter des murs tant de figures monstrueuses, si mal placées, leur paraît-il, à l'entrée du saint lieu. Quant à nous, nous voyons ici une idée spirituelle et religieuse rappelant bien les siècles de foi qui ont produit toutes ces créations.

En contemplant tour à tour l'image du péché et de la vertu, ne se rappelle-t-on pas cette leçon que nous donne l'Esprit-Saint par la bouche du roi-prophète: Declina a malo et fac bonum, détournez-vous du mal et faites le bien.

Ce lion rugissant rappelle au chrétien qu'il doit joindre la prière à la vigilance, s'il ne veut pas devenir la proie d'un ennemi cruel et terrible. L'union de ces deux colombes dit qu'il faut que les bons s'unissent par les liens d'une étroite charité pour lutter plus victorieusement contre les efforts des méchants.

La figure du Christ et celles de la Vierge, des saints et des anges qui s'offrent aux regards des fidèles quand ils pénètrent dans l'église, leur donnent ce consolant enseignement : Si la vie de tout homme, mais surtout du chrétien, istun combat continuel, si à chaque instant, pour ainsi dire, il faut qu'il lutte contre le démon et contre ses passions, représentés par ces monstres hideux qui entourent la porte de l'église, il doit se sentir grandement encouragé à la pensée qu'il a pour témoins de ses combats Jésus-Christ, le Saint des saints, les bienheureux déjà en possession de la gloire céleste, et les anges, ministres des volontés du Très-Haut, gardiens et protecteurs de l'homme.

On ignore qui a fait construire les deux parties de l'église ajoutées au nord et au midi. La chapelle de gothique flamboyant, qui est dans l'épaisseur du mur de la nef du côté gauche, a été fondée en 1442 par Georges, seigneur de Préaux, en Touraine, et de la Charprais. Un mausolée était autrefois élevé dans cette chapelle; tout autour étaient représentés douze chanoines, l'aumusse sur la tête; le doyen était coiffé d'une mitre, ainsi que le chantre, dont le bâton, fait presque comme une canne, se terminait par une petite pomme [3].

On voyait, avant la Révolution, dans l'église collégiale plusieurs chapelles et un grand nombre d'autels qui nuisaient peut-être à la régularité du saint édifice, mais qui étaient nécessaires, à cette époque, aux chanoines et chapelains pour la célébration quotidienne du saint sacrifice de la Messe.

Dans le transept du côté sud de l'église se trouvait la chapelle de saint Pierre, devenue plus tard chapelle de Notre-Dame de Délivrance; plus bas, s'ouvraient les chapelles réunies de Saint-Nicolas et de Sainte-Marguerite, entièrement isolées du reste de l'église; la salle du Chapitre venait du même côté, après ces deux chapelles.

Dans le transept du côté nord, se trouvait la chapelle de la Communion, actuellement chapelle de Notre-Dame de Beautertre; puis venait la chapelle de Saint-René, chapelle gothique, que l'on voit encore, mais qui n'a plus d'autel. De ce même côté, parallèlement à la salle du Chapitre, se trouvait la chapelle de Saint-Jean, grande et belle chapelle gothique, dont on ne sait plus l'origine et qui forme actuellement la majeure partie de la nef latérale de ce côté.

Dans la nef principale de l'église il y avait quatre autels; deux étaient situés au bas et à l'entrée du choeur: c'étaient à droite l'autel de la sainte Vierge et à gauche celui du Crucifix. Le chapelain de l'autel du Crucifix, devant lequel se faisaient les services funèbres des employés de l'église et les autres fonctions curiales, portait le nom de curé du Chapitre.

Les deux autres autels placés presque au milieu de la nef, mais adossés aux murs, étaient celui de Saint-Louis, à droite, et à gauche celui de Saint-Hermeland.

Voici quelques-unes des inscriptions que l'on voyait

autrefois dans l'église collégiale, et dont plusieurs ont été conservées ou replacées :

1° En mil quatre-cent soixante-sept, funda maistre Loys Furet, chanoine en l'église de céans, une anniversaire pour luy et des sians, au jour et feste de saint Loys. Dieu leur octroyé paradis.

2° Cy d'avant git le corps de vénérable discret maitre François Marcadet, en son vivant pbr. chantre et chapelain ordinaire du roy, chantre et chanoine de l'église de céans, curé de Notre-Dame de Courgon, qui décedda le 16e jour de jueillet 1556. Priez Dieu pour son âme.

3° Au bas de la porte du choeur, il y avait une tombe garnie de lames de cuivre et de larmes de bronze; elle était à fleur de terre et on y lisait l'inscription suivante :

Sous ce pieux édifice dolent

Si gist le corps de messire Roland

De Lescouët, trez liai chevalier

En son vivant, chambellan, conseiller

Du roi des Francs, et grand veneur de France;

De Montargis baillifde grand'prudence,

Maître des eaux et forêts de Touraine;

De Loches fust général capitaine

Et de Bourgoin; moult vaillant et expert.

Seigneur aussi estoit de Héripert

Et de Kemblec, voire de Grillemont,

Qui trespassa, comme tous vivants font,

Le jour mortelle dixiesme de décembre

Mil et cinq cents, de ce suis je remembre;

Et puis luy mort fust mis soubs cette lame.

Priez Dieu qu'il daigne avoir son âme.

4° Près de la chapelle de Sainte-Barbe dans la nef, on lisait l'épitaphe suivante, surmontée des armes de Polastron de la Hillière, d'argent, au lion de sable, armé, lampassé de gueules[4] :

Cy gist le coeur de hault et

puissant seignr Messire Jean

Gabriel de la Hylliere, chevallier

seigneur de Grillemont, sergent

major au régiment des gardes

et commandant pour sa Majesté

es villes et chasteau de Loches

et Beaulieu : le corps duquel

repose en l'eglise des Perres

Minimes de Mongogé : il deceda

le dernier iour d'aoust 1630,

soubz le regne de Louis xiii.

Priez Dieu pour son âme.

Cy gist le coeur de la Hylliere,

Non: il est logé dans le ciel,

Qui rempli d'une humeur guerriere,

N'eut onques de peur ny de fiel.

Lorsque M. Nogret prit possession de son église paroissiale, il la trouva dans un état qui laissait fort à désirer.

.[2]  La Touraine, article Loches.[3] On peut voir le dessin de ce magnifique mausolée, à jamais regrettable, dans le tome 1er, fol. 186, des Tombeaux et Épitaphes des Églises de France, coll. Gaignières, à la biblioth. Bodléienne d'Oxford.[4] Biblioth. Bodlèienne d'Oxford, Tombeaux et Épitaphes des Églises de France, tome Ier, fol. 46. — Nous devons la communication de cette note à l'obligeance de M. l'abbé C. Chevalier.

L'oeuvre de Thomas Pactius était en effet fort dégradée; les voûtes et les clochers ne présentaient plus assez de solidité; les murs étaient minés par l'humidité dans leur partie inférieure; puis, des réparations anciennes faites sans aucun goût, avaient ôté à l'église son cachet monumental, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Ainsi, par exemple, les voûtes pyramidales avaient été extérieurement recouvertes d'ardoises, la belle fenêtre du milieu du sanctuaire avait été masquée par des décorations d'un malheureux effet. M. le curé Nogret voulut rendre à l'ancienne collégiale son cachet primitif et faire disparaître les ravages de toute sorte qu'elle avait dû subir. Grâce au bienveillant concours d'une amitié puissante qui intéressa le Gouvernement à son oeuvre de restauration, M. le Curé put se féliciter d'un succès complet. La restauration du monument sacré fut faite avec beaucoup d'habileté, sous la direction de l'architecte M. Verdier, et sous l'inspection de M. Baillargé. On peut dire que l'église a été reprise en sous-oeuvre presque en son entier, depuis la partie inférieure des murs jusqu'au sommet des clochers.

L'oeil n'est plus choqué à l'extérieur par cette couverture d'ardoise qui ôtait toute grâce aux pyramides et les rendait si pesantes. A l'intérieur tout est remis à neuf: on ne pourrait croire que ce monument sacré a vu passer près de neuf siècles; le sanctuaire étincelle de clarté depuis que les trois fenêtres, qui en sont le plus bel ornement, ont été entièrement dégagées. La lumière, se jouant à travers les vitraux peints qui décorent les fenêtres, se répand dans tout l'édifice, après avoir emprunté aux verrières leurs teintes d'or et d'azur.

La fenêtre du milieu a été ornée d'un beau vitrail qui représente la Reine du ciel, couronne en tête, sceptre en main, tenant son divin Fils entre ses bras. (Cette verrière provient de la manufacture de vitraux peints de Tours, dirigée par l'habile M. Lobin.) Les deux autres fenêtres sont garnies de mosaïques d'un bel effet, dues au goût intelligent de M. le marquis de Bridieu.

On a su tirer un très-bon parti des chapelles latérales qui s'étaient trouvées annexées à différentes époques à l'église collégiale. Primitivement, comme nous l'avons déjà dit, cette église n'avait qu'une nef terminée par le sanctuaire, et deux transepts formant avec la nef une croix latine. Les chapelles que l'on éleva plus tard de chaque côté de la nef furent pendant longtemps tout à fait isolées de l'église. Celles du nord furent converties en nef latérale, à une époque déjà reculée. Des arcades percées dans l'épaisseur du mur les ont mises en communication avec l'église proprement dite ; cependant elles n'ont été complètement restaurées que depuis l'année 1857.

La nef latérale du midi existe depuis fort peu de temps.

Elle a été faite presque en son entier; elle sert pour les catéchismes des enfants de la paroisse.

En l'année 1839, on a découvert sous l'église une crypte ou chapelle souterraine, dédiée à saint Martin, évêque de Tours et patron du diocèse. Cette chapelle avait été entièrement comblée de terre, en 1793, lorsque les hommes de  la Révolution transformèrent Notre-Dame en temple décadaire.

Voici la description qu'en a donnée M. de Pierres, qui en fit la découverte avec M. le curé Nogret :

« Après un long travail, nous pûmes descendre sous la voûte très-bien conservée de cette crypte assez moderne, car nous remarquâmes aux deux extrémités des voussures, à droite et à gauche de l'autel, les armes de France, à fleurs de lis oblongues, écartelées avec deux dauphins, ce qui nous fit penser que Louis XI avait dû en être le fondateur.

« Nous trouvâmes un modeste autel de pierre, en forme de tombeau; une seule marche le mettait au-dessus du niveau des dalles de la chapelle; la place de la pierre sacrée était parfaitement marquée. Des peintures à fresque, dans un état de destruction presque complet, ornaient la voûte entière, les parois de la chapelle, et nous ont paru représenter les guerres de saint Martin. Au bas de l'escalier, à gauche, en face de l'autel, le saint évêque de Tours était figuré en costume épiscopal, et au-dessus de sa tête étaient écrits ces mots, très-lisibles encore, Sanctus Murtinus. »

Cette chapelle fut restaurée aux frais de M. le curé Nogret ; on y a déposé les ossements de quelques prêtres attachés au service de la collégiale avant la Révolution. Ces ossements avaient été trouvés dans les fouilles que l'on fit autour de l'église, lorsqu'on entreprit sa restauration. On descend à la crypte par un escalier auprès de la sacristie, et qui conduit également au clocher assis sur le choeur.

Le clocher qui surmonte la tribune à l'entrée de l'église a été garni, par les soins de M. le curé Nogret, de trois cloches qui produisent un magnifique effet lorsqu'elles sont mises en branle aux jours des grandes solennités.

On trouve dans l'église du château de Loches quelques tableaux remarquables, entre autres:

1° Un tableau représentant l'Assomption de la sainte Vierge; il est signé de David Téniers Junior, et il porte le millésime de 1663. Les personnages qui entourent le tombeau, qu'abandonne la sainte Mère de Dieu pour s'élever vers les cieux, sont historiques; on reconnaît parfaitement en eux les principaux seigneurs de la cour de France, de l'époque de la Fronde;

2° Une scène de la Passion. On apporte à la sainte Vierge, après le crucifiement, la couronne d'épines que les Juifs avaient placée sur la tête du Sauveur, et les clous qui avaient attaché ses pieds et ses mains à la croix ; à cette vue, la Mère des Douleurs tombe en défaillance ; saint Jean et sainte Marie Madeleine, ces fidèles amis de Jésus, la soutiennent et prennent part à sa douleur.

Ce tableau, dû à la munificence de l'État, a valu à son auteur, le peintre Dauphin, la médaille d'or, vers 1840.

3° Un autre tableau qui représente Jésus-Christ chargé de sa croix et marchant vers le Calvaire ;

4° L'entrevue de saint Ours avec Silarius, ce comte Goth, grand ami d'Alaric, et qui veut à tout prix devenir possesseur du moulin du saint abbé. Silarius, ne pouvant amener saint Ours à lui céder son moulin, lui fait des menaces, mais l'homme de Dieu lui montre le ciel sans s'émouvoir, comme pour indiquer au barbare que c'est de là qu'il attend du secours[5].

Telle est, dans son ensemble, l'ancienne église collégiale du château royal de Loches, maintenant église paroissiale de Saint-Ours. Tous ceux qui la visitent sont frappés de son architecture originale et gracieuse; tous admirent ses élégantes pyramides, ses clochers à jour, et le savant la regarde comme un magnifique monument de l'art chrétien.

Aussi a-t-elle été classée par M. de Caumont, très habile archéologue, parmi les plus beaux monuments de l'architecture romano-byzantine tertiaire.

[5]  Gregor. Turon., Vitae Patrum, cap. XVIII, 2.

Photos : https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Loches/Loches-Collegiale-Saint-Ours.htm
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L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE N.-D. DU CHÂTEAU DE LOCHES

PREMIÈRE PARTIE

HISTOIRE DE LA COLLÉGIALE (EXTRAIT)

CHAPITRE II

Restauration de Thomas Pactius.— Siège de Loches. — Dreux de Mello. — Visites  princières.— Agnès Sorel.

1160-1300

Deux siècles ne s'étaient pas encore écoulés depuis la construction de l'église du château de Loches, que déjà elle menaçait de tomber en ruine. Mais heureusement pour le monument sacré, le chapitre de Notre-Dame avait à cette époque en son prieur un homme plein de zèle et de piété, qui pouvait s'appliquer les paroles de David :

« J'aime, ô mon Dieu, la décoration de votre maison et le lieu que vous avez choisi parmi nous pour votre demeure.»

Cet homme s'appelait Thomas Pactius.

En 1160, Thomas Pactius, nous dit une vieille chronique, s'aperçutque le ciel du milieu de l'église, formé de solives peintes et consumées parle temps, menaçait ruine.

D'autres dégradations plus ou moins considérables compromettaient également la construction de Geoffroy Grisegonelle.

Le prieur du chapitre ne se dissimula pas qu'il ne suffirait point de faire quelques réparations ordinaires pour consolider et restaurer l'église collégiale, mais qu'il s'agissait d'une reconstruction presque complète. Toutefois il ne s'effraya pas des travaux considérables qu'il lui faudrait exécuter; bien plus, il ne voulut pas S'en tenir à une simple réparation; tout en conservant de l'église de Geoffroy ce qui pouvait être conservé, il voulut mettre à profit dans l'oeuvre magnifique qu'il allait entreprendre, les immenses progrès que l'architecture religieuse avait faits depuis deux siècles.

Avec les croisades, en effet, un genre nouveau d'architecture avait pris naissance en France. Les croisés, en traversant les riches contrées de l'Asie, avaient vu de superbes églises, dont les formes élancées, les coupoles élégantes, fendant majestueusement les airs, contrastaient singulièrement avec les églises d'Europe, aux formes lourdes et massives. Ils voulurent à leur retour essayer de ce genre d'architecture dans leurs monuments sacrés. On vit donc dès ce moment l'ogive se mélanger au plein cintre, mais ce mélange se fit timidement; le plein-cintre ne cessa pas encore de dominer en maître dans les constructions religieuses de l'époque; les formes byzantines se montrèrent cependant et donnèrent plus de grâce et de majesté aux édifices sacrés.

C'est ce mélange, ce style de transition entre l'architecture romane et l'architecture ogivale, que Thomas Pactius adopta pour son église.

Se mettant donc à l'oeuvre avec un zèle au-dessus de tout éloge, il fit enlever, nous dit la chronique déjà citée, les solives peintes et consumées par le temps qui formaient le ciel du milieu de l'église, il couvrit l'espace compris entre les deux clochers d'une façon merveilleuse, c'est-à-dire par deux petites tours que nous appelons douves (dubas) ou dômes. Il fit également construire les arcs de pierre et les colonnes qui soutiennent les douves, partie de son argent, car il était riche, partie de celui que donnèrent dans ce but les nouveaux chanoines, à leur réception[1].

Quand nous donnerons au chapitre cinquième de notre travailla description de l'église du château, telle que nous la voyons maintenant, nous essaierons de montrer ce qu'était cette église lorsque Geoffroy Grisegonelle la fit construire, et ce qu'elle devint quand le prieur Thomas Pactius l'eut restaurée, embellie, agrandie. Contentons-nous de dire en ce moment, que, grâce aux soins de l'intelligent chanoine, l'antique collégiale de Loches passe à bon droit pour l'une des plus belles églises que le XIIe siècle nous ait laissées.

Lorsque la Touraine, jusque-là soumise aux comtes d'Anjou et aux rois d'Angleterre en leur qualité de comtes d'Anjou, redevint française par son annexion à la couronne de France, en 1204-1205, la collégiale de Loches courut un grand danger. A cette époque, le gouverneur du château de Loches était Girard d'Athée, entièrement dévoué au roi d'Angleterre, Jean Sans-Terre. Sommé par le roi de France, Philippe-Auguste, de remettre entre ses mains l'importante forteresse, Girard d'Athée refusa d'obéir, et, comme il connaissait la force de la place dont il avait le commandement, il n'hésita pas à courir les chances d'un siège conduit par le roi de France en personne. Pendant, un an Philippe-Auguste fit entourer le château ; sa forte armée ne cessa chaque jour de cette année de lancer ses traits contre les assiégés, de battre avec de puissantes machines les hautes murailles de ce vieux château qui osait faire résistance. Les fortifications durent céder devant une attaque si prolongée; les murs s'écroulaient avec fracas, et cependant les assiégeants ne pensaient point à se rendre; ils luttaient avec une extrême énergie pour maintenir sur les tours ébranlées du château la bannière d'Angleterre.

Enfin vers Pâques de l'année 1205, le roi Philippe-Auguste, entouré de troupes fraîches, donna lui-même le signal de l'assaut, et après une dernière lutte sur les remparts avec les assiégés, les gens du roi pénétraient avec lui dans la place, et les étendards de France flottaient bientôt après sur le donjon[2]. Dans l'enceinte du château, l'église seule se dressait intacte au milieu des ruines qui l'entouraient; par une faveur spéciale de la Providence, elle n'avait pas eu à souffrir d'un siège poursuivi et soutenu si vigoureusement.

Avec le 13ième siècle commence pour l'église collégiale une brillante époque. Les rois, les princes, les seigneurs se montrent généreux envers elle; ils viennent s'agenouiller avec la foi qui régnait au moyen-âge, dans cette église consacrée à la très-haute et très-puissante Reine du ciel et de la terre; ils viennent avec la plus profonde dévotion révérer la précieuse relique de la ceinture de Marie; ils ne quittent pas cet auguste sanctuaire sans y laisser des preuves de leur générosité.

Dreux de Mello, à qui le roi Philippe-Auguste avait concédé la ville et le château de Loches, ainsi que leurs dépendances, en fief et hommage-lige, devint un des principaux bienfaiteurs de l'église collégiale et de son chapitre.

En juillet 1223, il donna et concéda à l'église du château de Loches:

1° Tout le bois nécessaire, tant pour le chauffage des chanoines et chapelains que pour la réparation de leurs maisons et moulins. Ce bois devait être pris dans la forêt de Boisoger, qui s'étendait depuis l'arche de Cornillé jusqu'au pont de Saint-Pierre de Perrusson, en longueur, et depuis la croix de Dolus jusqu'à la Jonchère, en largeur;

2° L'exemption de tout droit de terrage et vinage, sur toutes les terres et vignes situées dans les terrages et vinages de Loches, dont le chapitre jouissait à l'époque de la donation, ou qu'il pourrait acquérir par la suite;

3° Il exempta de taille de guerre et de tous autres subsides celui qui portait le dragon aux processions ainsi que ses enfants. Dans les processions on portait autrefois des figures de dragons pour représenter le diable ou l'hérésie dont l'Église triomphe. On le portait au bout d'une perche, et un enfant avait une lanterne où était un cierge pour rallumer le feu qui était en la gueule du dragon, s'il venait à s'éteindre[3];

Il concéda encore au chapitre le droit de justice, de péage, de vente et de toutes les coutumes, depuis Primes sonnantes, la veille de l'Assomption de la sainte Vierge, jusqu'à la même heure du lendemain dudit jour de l'Assomption ;

5° Il donna aussi la moitié du même droit, depuis la veille de saint Michel, Primes sonnantes, jusqu'à la même heure du lendemain de cette fête ;

6° Enfin, il reconnut et ratifia le droit de haute et basse justice dont jouissait le chapitre.

En juillet 1239, Dreux de Mello concéda encore à la collégiale une rente de cent sous, assignée sur la forêt de Loches, pour la fondation de son anniversaire et de celui d'Elisabeth, sa femme [4].

Sur la demande du Chapitre, le roi saint Louis, par des lettres-patentes, datées de Loudun et données en octobre 1255, approuva la fondation de Dreux de Mello.

Si un simple seigneur se montra si généreux envers Notre-Dame de Loches, que ne firent pas pour elle les rois très-chrétiens et les princes du sang royal qui passèrent souvent à Loches et y séjournèrent quelque temps?

Le 4 octobre 1261, la ville de Loches eut l'honneur de recevoir dans ses murs le fils de Blanche de Castille, le roi de France saint Louis. Le pieux monarque voulut payer le tribut de ses hommages à la Mère de Dieu en son église royale du château, et nous pouvons croire qu'il vénéra la ceinture de la sainte Vierge avec la ferveur et la dévotion d'un saint. C'est probablement à cette époque que le vertueux roi fit à l'église Notre-Dame la rente annuelle de deux livres tournois, affectée sur le domaine, pour un annuaire de sa mère, inscrite dans les archives du Chapitre.

Après saint Louis, l'église du château fut visitée par Philippe-le-Bel, son indigne petit-fils; par Jean II, si malheureux dans ses guerres avec les Anglais, dont il devint le prisonnier; par Charles VII, qui résida assez longtemps à Loches; par Louis XI, si dévôt à Marie, et qui, pour la faire honorer de tous ses sujets, ordonna de sonner chaque jour l'Angelus le matin, à midi et au soir, dans toute l'étendue de son royaume; par Charles VIII, Louis XII et la reine Anne, duchesse de Bretagne. François 1er et son rival Charles-Quint, empereur d'Allemagne, Henri II et Catherine de Médicis, sa femme, Charles IX et Henri III, quand il n'était encore que duc d'Anjou, passèrent quelque temps au château royal de Loches, entendirent la messe dans son église collégiale et usèrent du droit que leur donnait leur naissance ou leur rang pour faire exposer à leur vénération la ceinture de la Mère de Dieu.

D'après le Cartulaire de l'église collégiale, voici la réception faite par les chanoines de Notre-Dame au dauphin Charles (depuis Charles VII), les 5 et 6 novembre1418 : a Le samedi cinq novembre 4418, sur les quatre heures de l'après-midi, le seigneur Charles, dauphin de Vienne et duc de Touraine, fils unique de notre roi, vint pour la première fois à son château de Loches, accompagné d'une suite nombreuse.

« Voulant recevoir dignement le dauphin, en sa qualité d'abbé de notre église, et remplir ainsi notre devoir, après en avoir délibéré entre nous, suivant les antiques statuts de notre église, nous nous sommes rendus processionnellement, en chape de soie, avec la croix, le livre des évangiles et l'eau bénite, au-devant du prince jusqu'aux barrières situées devant la porte du château.

« Après une courte attente, le dauphin arriva; le prieur lui présenta la croix et le livre des évangiles, qu'il baisa avec une grande dévotion et révérence, mais comme l'heure était avancée, ledit seigneur ne s'arrêta pas à l'église.

« Le lendemain matin, à huit heures, nous nous rendîmes sous le porche de notre église, dans le même ordre que la veille; le prieur portait la sainte croix dans ses mains. A l'arrivée du dauphin, le prieur lui donna l'eau bénite, lui fit baiser la croix, puis se mettant à genoux, il lui exposa le cérémonial avec lequel nous allions le recevoir comme abbé de cette église. Au nom du Chapitre et pour l'honneur de Dieu et de la susdite église, le prieur supplia le prince d'observer et d'accomplir les statuts de l'église, dans la cérémonie de sa réception comme notre abbé. Ledit seigneur répondit avec bienveillance qu'il était prêt à observer ces statuts. Alors le prieur mit sur les épaules du prince d'abord le surplis, ensuite une chape de soie, et sur sa tête le bonnet ecclésiastique.

« Puis au milieu des chants du choeur, au son de l'orgue, au bruit des cloches, le duc, notre abbé, entouré d'un grand nombre de seigneurs qui composaient sa suite, fit son entrée solennelle dans notre église, et entendit avec dévotion la grand'messe, dans le lieu qu'on lui avait préparé.

« Quand la messe fut terminée, le dauphin vénéra et baisa la ceinture de la bienheureuse vierge Marie[5]

A partir de Charles IX, les rois et les princes ne vinrent plus à Loches aussi fréquemment que par le passé; toutefois les chroniques mentionnent que le 14 décembre 1700, le duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, passa dans cette ville en allant prendre possession du trône d'Espagne; qu'il s'y arrêta avec une suite nombreuse, que le lendemain de leur arrivée à Loches, le roi et les princes qui l'accompagnaient entendirent la messe à l'église collégiale, et qu'après la messe les chanoines leur montrèrent la ceinture de la sainte Vierge.

Les archives de l'ancien chapitre nous ont appris que Philippe-le-Bel ratifia par lettres-patentes les privilèges et immunités dont jouissait la collégiale; que Jean II, encore prince royal, donna à l'église Notre-Dame 60 livres tournois de rente annuelle et perpétuelle, pour la fondation d'une messe, dite du roi, et d'un service des morts pour lui, les rois et les ducs ses prédécesseurs. Quand il fut parvenu à la couronne, il confirma ce don, en 13a0. La messe du roi était dite chaque lundi par un chanoine; après cette messe, il était distribué 13 sous à chaque chanoine assistant et 8 sous à chaque chapelain.

Charles VI, Charles VII, Louis XI, Charles VIII, Louis XII, François Ier, Henri II, François II, Henri III, Henri IV et Louis XIV confirmèrent aussi par lettres patentes ces mêmes privilèges et immunités. Parmi ces princes, quelques-uns ne se contentèrent pas d'une simple approbation, ils voulurent eux-mêmes donner à l'église collégiale des marques royales de leur munificence et de leur piété.

Charles VII témoigna constamment une affection particulière pour Loches et la collégiale de cette ville; il voulut même que ses chanoines ne pussent être mis en cause devant aucuns juges que ceux du présidial de Tours. Quelques années après, il accorda encore au chapitre le privilège de garde gardienne, tant pour ses membres que pour ses familiers, hommes et femmes, et autres serviteurs. Ce privilège consistait en ce que la connaissance des causes de ceux qui en jouissaient était attribuée aux juges royaux, avec exemption de la juridiction des seigneurs.

Les chanoines de Loches déclinèrent la juridiction du présidial de Tours par une supplique qu'ils présentèrent à Charles VII : ce monarque leur accorda le privilège d'avoir leurs causes commises au Parlement, tant en demande qu'en défense. Ce privilège leur fut accordé aux charges et conditions de faire annuellement deux services solennels pour lui et ses prédécesseurs, l'un le lendemain de la mi-août, et l'autre le lendemain de la fête de saint Hermeland. Ces services se nommaient messes des privilèges.

Louis XI donna de son côté à l'église collégiale une somme de 6,000 livres.

Enfin François Ier ajouta encore aux dons de ses prédécesseurs.

Outre l'exemption des tailles et autres subsides dont jouissaient l'huissier portant le dragon aux processions et ses enfants, le monarque stipula la même faveur à l'égard du valet chargé de faire les communes affaires de l'église, et des deux charpentiers des moulins banaux et des moulins de Corbery[6]. Cette exemption de tailles fut aussi étendue aux bâtonniers du chapitre, en quelque endroit qu'ils fissent leur résidence.

Parmi les domaines seigneuriaux qui appartenaient au chapitre de Loches, nous devons mentionner: le fief du Chapitre, à Nouans; le fief de la Lardière, à Saint-Senoch; le fief de Rondeaux, à Saint-Jean-sur-Indre; le fief de Brouillart, à Genillé; le fief du Chapitre, à Francueil, qui fut vendu en 1515 moyennant cent livres, à Thomas Bohier, seigneur de Chenonceau ; etc., etc. Les fiefs de la Lande et de la Follaine, à Azay-sur-Indre, relevaient à foi et hommage du Chapitre de Loches.

Une femme célèbre dans l'histoire par son patriotisme, et, il faut le dire, par le triste rang qu'elle occupait à la cour de Charles VII, Agnès Sorel, qui habita longtemps le château de Loches, et qui, nous l'espérons pour elle, racheta les fautes de sa vie par sa charité envers les pauvres et par sa mort chrétienne, fit présent à la collégiale d'une croix d'or destinée à renfermer le morceau de la vraie Croix donné à Notre-Dame par Foulques Nerra.

Les archives du Chapitre mentionnent aussi le don, fait par Agnès, d'une statue d'argent doré de sainte Marie-Madeleine, autour de laquelle était écrit: « En l'honneur et révérence de sainte Marie-Madeleine, noble damoiselle Mademoiselle de Beauté a donné cest image en ceste église du chasteau de Loches, auquel image est enfermée une coste et des cheveux de la dicte sainte, l'an 1444. »

Elle donna encore un bénitier d'argent, et plus tard, en reconnaissance de ce que les chanoines avaient acquiescé à son désir d'être inhumée dans leur église, elle fit à Notre-Dame un dernier présent de 2,000 écus d'or.

Voici comment un vieux chroniqueur, Alain Chartier, raconte les derniers moments d'Agnès Sorel, atteinte subitement d'un mal qui la conduisit en six heures au tombeau : « Elle eut moult belle contrition et repentance de ses péchés, et lui souvenoit souvent de Marie Égyptienne qui fut grand'Pl'cheresse, et invoquoit Dieu dévotement et la vierge Marie à son aide, et comme vraye catholique, après la réception de ses sacrements, demanda ses heures pour dire les vers de saint Bernard qu'elle avait escript de sa propre main, puis trespassa. »

Le corps d'Agnès fut inhumé dans le choeur de la collégiale.

Son tombeau en marbre noir était élevé au milieu de cette partie de l'église; il avait 2 mètres 67 centimètres de long, sur 1 mètre de large et 83 centimètres de hauteur. Sur la table était la statue d'Agnès, représentée couchée, les mains jointes, la tête appuyée sur un oreiller, le tout en marbre; on voyait de chaque côté un ange, placés l'un et l'autre derrière une couronne ducale taillée à cinq faces et creusée pour recevoir la partie supérieure de la tête de la statue d'Agnès; à ses pieds étaient deux agneaux, symbole de la douceur de son caractère [7].

Entre toutes les inscriptions gravées sur le monument funèbre on lisait celle-ci: « Cy-git noble damoiselle Agnès Seurelle, en son vivant dame de Beautté, de Roquesserieu, d'Issouldun, et de Vernon-sur-Seine, piteuse envers toutes  gens et qui largement donnoit de ses biens aux églises et aux pauvres; laquelle trespassa le neuvième jour de février, l'an de grâce mil-quatre-cent-quarante-neuf. Priez Dieu pour l'âme d'elle.Amen.»

Comme ce tombeau gênait beaucoup pour le service du choeur, les chanoines obtinrent de Louis XVI, en 1777, l'autorisation de le faire placer en une autre partie de l'église. Il fut mis dans un des côtés de la nef ; il y resta jusqu'en l'année 1794. A cette époque les révolutionnaires le firent disparaître de l'église; enfin en 1809 un préfet d'Indre-et-Loire, M. Lambert, en entreprit la restauration, et par ses soins il fut placé là où il est aujourd'hui, dans la tour du château de Loches qui porte le nom d'Agnès.

Afin de mettre un peu de suite dans notre récit, nous avons groupé ensemble plusieurs faits qui se rattachaient à l'histoire de Notre-Dame de Loches, sans tenir un compte rigoureux de l'ordre chronologique; nous allons reprendre cet ordre, autant qu'il nous sera possible, pour continuer l'histoire de l'église collégiale, depuis le commencement du XIVe siècle jusqu'à la révolution française...

 


[1] Chronicon ecclesiae beatae Mariae de Lochis. — Thomas Pactius mourut le 27 avril 1168, d'après l'obituaire de la collégiale de Loches.[2] (1) Guillaume le Breton, Philippidos, lib. VIII.[3] Dufour, Dictionn. de l'arrondissement de Loches.[4] Archives du chapitre.[5] D.Housseau, 3828, 3829.[6] Les quatre moulins et la tour de Corbery avaient été donnés à la collégiale par Thomas Pactius. — Chron. ecclesiæ B. AI. De Lochis.[7] Tablettes chronologiques de la ville de Loches.

 

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L'ÉGLISE COLLÉGIALE  DE N.-D. DU CHATEAU DE LOCHES

PREMIÈRE PARTIE

HISTOIRE DE LA COLLÉGIALE (EXTRAIT)

CHAPITRE PREMIER

Fondation de Geoffroy Grisegonelle. — L'an mille. — Dons de Foulques Nerra. — Translation de saint Baud.

962-1160.

Un des plus anciens historiens de la France, le moine Jean, connu sous le nom de l'Anonyme de Marmoutier, qui vivait dans la seconde moitié du 12ième siècle, rapporte que, vers l'an 372, l'illustre évêque de Tours, saint Martin, convertit à la vraie foi le peuple de Loches, encore plongé dans les ténèbres de l'idolâtrie.

On ne sait en quel lieu les nouveaux chrétiens de Loches se réunirent pour assister à la célébration des saints mystères, depuis l'époque de leur conversion jusque vers le milieu du 5ième siècle; ce qu'il y a de certain, c'est que vers l'an 450 ou 455, le cinquième évêque de Tours, saint Eustache, fit construire une église sous l'invocation de sainte Marie-Madeleine, sur le coteau de Loches, dans l'emplacement du château[1].

Cette église subsista jusqu'au temps de Geoffroy, dit Grisegonelle (du nom de son vêtement gris ou brun), comte d'Anjou et seigneur de Loches, qui, dans la seconde moitié du Xe siècle, fit élever à la place de l'église primitive une nouvelle église plus vaste et plus belle[2].

Il est nécessaire, pour l'intérêt de notre récit, de se reporter à ce temps de l'histoire où la piété de Geoffroy éleva sa belle église en l'honneur de la très-sainte Vierge.

Nous pourrons ainsi comprendre que le comte d'Anjou, en la construisant, faisait autant un acte d'amour et d'espérance qu'un acte de foi et de piété.

Au 10ième siècle, les peuples, sur une fausse interprétation de l'Apocalypse, croyaient que la fin du monde arriverait avec l'an 1000. Dans l'attente d'une catastrophe si terrible, les affaires languissaient, les intérêts matériels étaient négligés, et vers la fin du siècle les travaux de la campagne eux-mêmes étaient abandonnés comme inutiles.

Il n'est pas étonnant que cette époque ait été stérile en monuments religieux: aussi les églises qui datent de la fin du 10ième siècle sont-elles excessivement rares.

Pourquoi, disait-on alors, entreprendre d'élever au Seigneur des temples magnifiques, puisque le monde touche à sa fin? A peine seraient-ils construits qu'ils disparaîtraient dans l'embrasement général qui dévorera la terre et tout ce qu'elle contient!

Souvent les évêques et les savants écrivains de l'Église cherchèrent à combattre cette croyance si générale de la fin prochaine du monde. Malgré tous les avertissements, l'opinion populaire, fortement impressionnée, refusait de se rendre, et plus on approchait de l'an 1000, plus les terreurs redoublaient.

L'attente générale du dernier jour produisit cependant de bons résultats: souvent elle apaisa des querelles, mit fin à des inimitiés sanglantes et réprima des projets de vengeance; elle fit pénétrer plus profondément la foi et la piété dans le coeur presque indomptable de ces seigneurs, toujours prêts à batailler au gré de leurs caprices et de leurs passions, et de ces gens du peuple à la nature rude et quelque peu sauvage.

La pensée que tout homme serait appelé bientôt à rendre compte de ses actes au juge suprême, empêcha bien des injustices et bien des brigandages. Le droit de chacun, du pauvre et du faible, de celui qui ne pouvait opposer que son bon droit à la force, aussi bien que du riche tout puissant, fut plus respecté. Beaucoup de hauts et puissants seigneurs, qui jusque-là s'étaient jetés sur les biens d'église comme sur une riche proie, sentirent le remords de leurs méfaits, et, dans l'intention de réparer leurs injustices, on les vit rendre avec une généreuse prodigalité les biens qu'ils avaient enlevés.

Entraîné par ce courant religieux, Geoffroy Grisegonelle, comte d'Anjou et seigneur de Loches, entreprit vers l'an 962, le pèlerinage de Rome. Et comme gage de son repentir sincère, à son retour en France il ne se contentait pas d'offrir à Dieu et à son Église des terres fertiles, des forêts magnifiques, il fit ce que nul seigneur, découragé par la croyance à la fin prochaine du monde, n'osait plus faire, il construisit, à grands frais, dans l'enceinte même du château de Loches, une très-belle église en l'honneur de la sainte Vierge Marie.

La charte donnée par le comte Geoffroy, à l'occasion de la fondation de l'église du château, a pu survivre à la ruine de tant de monuments précieux que renfermaient les archives du chapitre et qui disparurent pendant la Révolution.

Nous avons eu entre les mains une copie très-ancienne de cette charte écrite en latin. Il nous a semblé que cette pièce intéressante méritait d'être connue, c'est pour cela que nous en faisons ici un résumé exact[3].

Le comte d'Anjou, après avoir invoqué la très-sainte Trinité, annonce qu'il veut, par cette charte, faire connaître à ses successeurs et à tous les fidèles enfants de l'Église, les motifs qui l'ont amené à rebâtir, en l'honneur de la sainte Vierge Marie, l'église du château de Loches, dédiée autrefois à sainte Marie-Madeleine.

Entrant immédiatement en matière, il parle du voyage qu'il fit à Rome en 962, accompagné d'une suite nombreuse.

Geoffroy Grisegonelle avoue humblement qu'il s'était rendu à Rome pour y demander à Dieu le pardon des péchés de toute sorte qu'il avait commis pendant sa vie. A son arrivée dans la ville sainte, il fut admis en la présence du souverain Pontife Jean, qui lui fit un accueil honorable.

Pendant cinq jours consécutifs, le pape reçut en audience intime Geoffroy et sa suite. Il leur parlait à tous avec beaucoup de bonté et de force, comme il convient à un vrai pasteur des âmes, empruntant souvent le langage des divines Écritures, ainsi qu'il avait coutume de le faire, selon la remarque de Geoffroy.

Pour les disposer au repentir et au pardon de leurs fautes, le zélé Pontife les engagea à passer le sixième jour ainsi que le septième, dans le jeûne, la prière, les veilles, et à faire en même temps d'abondantes aumônes.

Dans son exhortation paternelle à la pénitence et aux œuvres de miséricorde, il leur cita ces paroles des Livres saints : « On se servira pour vous de la mesure dont vous vous serez servi pour les autres.» Et celles-ci: « Celui qui sème avec parcimonie fera une médiocre récolte, tandis que celui qui sème avec abondance moissonnera abondamment. »

Encouragés par ces pieux discours, le comte d'Anjou et les siens accomplirent, autant et aussi bien que cela leur fut possible, les actes de religion et de pénitence que leur avait prescrits le souverain Pontife.

Enfin, huit jours après l'arrivée à Rome de Geoffroy, le Pape entendit, dans la basilique de Saint-Pierre, la confession du comte d'Anjou, qui ne pouvait retenir ses larmes au souvenir de ses péchés. Le Pontife, de son côté, pleurait aussi. En ce moment, le Pape, comme inspiré du Ciel, dit à son illustre pénitent que pour obtenir de Dieu le pardon de ses péchés, le salut de l'âme de son père, et pour procurer à ses successeurs le temps de faire pénitence, il lui ordonnait de construire une église en l'honneur de la Vierge Marie, et d'y établir à perpétuité, en mémoire des douze apôtres, douze chanoines qui devraient célébrer chaque jour les divins mystères, chanter l'office et prier pour le repos des âmes de Foulques, de ses successeurs et des bienfaiteurs de l'église.

Le comte d'Anjou accepta cet ordre du pape avec une parfaite soumission et une grande joie.

Voyant que Geoffroy promettait de mettre le plus promptement possible à exécution les ordres qu'il venait de lui donner, le souverain Pontife prononça l'anathème contre tous ceux qui empêcheraient le comte de tenir sa promesse, ou qui oseraient piller les biens de la future église, ou la priver de son éclat premier. Quatre-vingt-deux évêques ou prélats entouraient le Pontife Jean en cet instant solennel et prononcèrent avec lui l'anathème.

Après avoir reçu une dernière fois la bénédiction apostolique, Geoffroy revint en son pays; il rapportait à l'adresse du roi Lothaire et à celle de l'archevêque de Tours, Hardouin, des lettres du Pape qui avait voulu faire connaître lui-même au roi et à l'archevêque les intentions du comte d'Anjou. L'archevêque de Tours, ayant reconnu pour authentiques ces lettres pontificales, engagea le comte à aller trouver, dans la ville de Laon, le roi Lothaire et à lui demander l'autorisation de construire au plus tôt son église. Le roi lui donna toute permission, et afin que nul ne pût le contester, il munit de son sceau l'acte qui mentionnait l'autorisation royale.

Mais quel lieu le comte d'Anjou va-t-il choisir pour y élever son église? Quelques-uns de ses braves hommes d'armes du pays de Loches, l'engagèrent à reconstruire l'église presque en ruine du château-fort de ce petit pays.

Geoffroy suivit leur conseil; il fit commencer immédiatement les travaux de construction, qui se poursuivirent avec la plus grande activité; et sur les ruines de la chapelle dédiée à sainte Marie-Madeleine, s'éleva en peu de temps une belle et vaste église sous le vocable de la Mère de Dieu.

Mais ne voulant pas que le culte de sainte Madeleine fut abandonné, quoique l'église cessât de porter le nom de l'illustre pénitente, Geoffroy ordonna que la fête de cette sainte fût célébrée, comme par le passé, avec une grande solennité, chaque année, dans la nouvelle église du château.

Après tous ces intéressants détails, la charte dit que le comte d'Anjou donna à son église le corps de saint Hermeland; puis elle fait connaître les biens et privilèges dont l'enrichit le puissant et religieux fondateur.

Cette charte est signée de Geoffroy, de ses deux fils Foulques et Maurice, de l'archevêque de Tours, Hardouin, et de plusieurs autres personnages importants.

C'était en 962 que le comte d'Anjou avait fait son voyage de Rome, et en 905, l'archevêque Hardouin consacrait solennellement la nouvelle église du château de Loches.

Quelques années plus tard, le comte d'Anjou donnait encore à sa chère église de Loches un précieux gage de son affection; il la faisait dépositaire d'une moitié de la ceinture de la très-sainte Vierge, apportée de Constantinople au temps de Charles-le-Chauve, et gardée précieusement dans la chapelle royale, jusqu'au jour où la reine de France, Emma, femme du roi Lothaire, la fit remettre au vaillant Geoffroy Grisegonelle[4].

Nous entrerons plus loin dans de plus grands détails sur cette précieuse relique; nous parlerons aussi plus longuement de saint Hermeland, devenu l'un des patrons de l'église collégiale.

Foulques Nerra, fils et successeur de Geoffroy Grisegonelle*, porta aussi le plus grand intérêt à l'église du château de Loches.

Pour témoigner à tous qu'il voulait, comme son père, être le bienfaiteur de la collégiale, ce prince fit placer sur un pilastre du sanctuaire, en 990, la statue de son père et la sienne. Ces statues représentaient les deux comtes dans l'humble attitude de la prière, agenouillés dévotement ; elles subsistèrent jusqu'en 1792; à cette époque elles furent brisées par les révolutionnaires.

Foulques Nerra, dont le nom est connu dans l'histoire, et qui résumait en lui le type du chevalier batailleur du moyen-âge et parfois celui du chevalier chrétien, se montrait le plus brave de tous sur le champ de bataille et dans les aventures périlleuses. Il eut souvent à se reprocher des actes de cruauté; pour les expier il entreprenait fréquemment des pèlerinages. Trois fois il se rendit à Jérusalem, ce qui lui fit donner le surnom de Jérosolomytain. Afin d'obtenir de Dieu le pardon de toutes ses fautes, il fit construire plusieurs abbayes, entre autres celle de Beaulieu, près de Loches, en 1007. Il plaça l'église du monastère sous le vocable de la sainte Trinité et des anges, et y déposa un morceau de la vraie Croix, qu'il avait rapporté de Jérusalem, ainsi qu'un fragment de la pierre du saint Sépulcre qu'il avait arraché avec ses dents [5].

Ses générosités en faveur de l'abbaye de Beaulieu ne lui firent, pas oublier Notre-Dame de Loches, car nous le voyons dans l'année 1034 donner au chapitre de la collégiale un morceau de la vraie Croix qu'il avait rapporté d'un nouveau voyage à Jérusalem[6].

En l'année 1086 une cérémonie imposante eut lieu à Notre-Dame du château de Loches, à l'occasion de la translation solennelle des reliques de saint Baud, ancien évêque de Tours. Après sa mort, le saint pontife avait été enseveli dans l'église de Saint-Martin de Tours; mais quand on lui rendit un culte public, son corps fut placé avec honneur dans l'église de Verneuil, petite bourgade située à deux lieues de Loches, et dont saint Baud avait été seigneur [7].

Le corps du saint évêque resta à Verneuil jusque vers la fin du XIe siècle; mais à cette époque la guerre promenait ses ravages dans nos belles contrées, comme dans le reste du pays de France; les églises étaient souvent pillées et les reliques des saints profanées. Les reliques de saint Baud pouvaient subir le même sort; c'est ce dont voulut les préserver, en 1086, le chanoine Ervenarus, prieur du chapitre de Loches, et en même temps seigneur de Verneuil.

L'enceinte fortifiée du château de Loches mettait son église à l'abri du pillage et de l'incendie; Ervenarus prit donc la résolution de déposer dans ce saint asile le corps du bienheureux évêque de Tours. Pour cet effet, il obtint le consentement de Foulques Réchin, comte d'Anjou et seigneur de Loches, et celui de Raoul, archevêque de Tours.

A partir du jour où se fit la translation solennelle, dans l'église du château, des reliques de saint Baud, ce saint pontife fut honoré comme l'un des patrons de l'église collégiale.

Jusqu'à l'époque de la grande Révolution, de chaque côté du maître-autel dédié à la sainte Vierge, principale patronne de la collégiale, on apercevait dans des châsses précieuses, couvertes d'argent, avec figures relevées en bosse et dorées, les corps entiers de saint Baud et de saint Hermeland, patrons secondaires de l'église.

N'oublions pas de dire que les souverains Pontifes avaient plusieurs fois, depuis sa fondation, témoigné leurs bienveillantes faveurs à l'église collégiale de Notre-Dame de Loches. Par une bulle spéciale, Jean XIII lui accorda le privilège de relever directement de la cour de Rome. Cette faveur fut plus tard ratifiée et confirmée par les souverains Pontifes Innocent II, Jean XXII et Innocent VI. Innocent II prononça même la peine d'excommunication contre ceux qui oseraient attenter aux droits et privilèges du chapitre de la collégiale. Comme marque de sa dépendance immédiate du Saint-Siège, l'église de Loches payait anciennement, chaque année, à l'église de Rome, cinq sous qui étaient employés en achat d'huile, pour brûler devant le tombeau de saint Pierre...

 


[1] Gregor. Turon., Historia Francorum, lib. x, cap. XXXI, 5. [2] Chroniques de Touraine, publiées par André Salmon: Chronicon Turonense abbrevialiim, 185. Tours, Société Archéologique de Touraine, 1834.[3] Biblioth. Impér., collection ms. de D. Housseau, I, chartes 186, 487.[4] Chroniques d'Anjou, publiées par MM. P. Marchegay et A. Salmon: Gesfa consulum Andegavorum, 86, 87; — Historia comitum Andegavensium,325. Paris, Renouard, 1856. [5]  Chronicon Turonense magnum, p. 118. — Chron. de gestis consul. Andegavor., 96-103. -Histor. Comit. Andegav., 329. — Raoul Glaber, lib.II, cap. iv.-D. Housseau, 337, 357.[6] En revenant d'un troisième pèlerinage en Terre-Sainte, Foulques Nerra mourut à Metz. Son corps fut rapporté en Touraine, et inhumé dans l'église de l'abbaye de Beaulieu, près de la porte de la sacristie, dans la croisée à droite. On peut voir le dessin de ce magnifique monument et le texte des épitaphes plus modernes qui l'accompagnaient, dans le tome Ier, ff. 170-171, des Tombeaux et Épitaphes des églises de France, provenant de la collection Gaignières, déposé aujourd'hui à la Biblioth. Bodléienne d'Oxford.[7]  Chron. Petri filii Bechini, 23. — Chrono Turon. Magnum 81.-Chron. Archiepisc. Turon. , 209.- Maan, Ecclesia Titronensis,

 

Photos : https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Loches/Loches-Collegiale-Saint-Ours.htm
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Publié le par Rhonan de Bar

HOMMAGE A MONSIEUR GONZAGUE SAINT BRIS

Du monde invisible et d'aurore
Où me guidaient les anges pieux,
Qui viendra me rouvrir les yeux?
Voici le jour. Je rêve encore!

RHONAN DE BAR

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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ARCHITECTURE.

ESSAI SUR L'ARCHITECTURE MILITAIRE

PAR M. VIOLLET-LE-DUC ARCHITECTE DU GOUVERNEMENT

INSPECTEUR―GÉNÉRAL DES ÉDIFICES DIOCÉSAINS

EXTRAIT DU DICTIONNAIRE RAISONNÉ DE L'ARCHITECTURE FRANÇAISE DU XIe AU XVIe SIÈCLE.

ESSAI SUR L'ARCHITECTURE MILITAIRE DU MOYEN AGE

Écrire une histoire générale de l'art de la fortification depuis l'antiquité jusqu'à nos jours est un des beaux sujets livrés aux recherches des archéologues, et nous ne devons pas désespérer de le voir entreprendre mais on doit convenir qu'un pareil sujet exigerait des connaissances très-variées, car il faudrait réunir à la science de l'historien la pratique de l'art de l'architecte et de l'ingénieur militaire. Il est difficile de se rendre un compte exact d'un art oublié quand on ignore l'art pratiqué dans le temps présent et pour qu'un ouvrage de la nature de celui que nous espérons voir entreprendre fût complet, il faudrait qu'il fût fait par un homme à la fois versé dans l'art moderne de la défense des places, architecte et archéologue. Nous ne sommes point ingénieur militaire, à peine archéologue, ce serait donc une grande présomption de notre part de vouloir donner ce résumé autrement que comme un essai, une étude de l'une des phases de l'art de la fortification, comprise entre l'établissement du pouvoir féodal et l'adoption du système de la fortification régulière opposée à l'artillerie à feu. Peut-être cet essai, en soulevant le voile qui couvre encore une des branches de l'art de l'architecture du moyen âge, déterminera-t-il quelques-uns de nos jeunes officiers du génie militaire à se livrer à une étude qui ne pourrait manquer d'avoir un grand intérêt, peut-être même un résultat utile et pratique car il y a toujours quelque chose à gagner à connaître les efforts tentés par ceux qui nous ont précédés dans la voie, à suivre la marche du travail de l'homme depuis ses premiers et informes essais jusqu'aux plus remarquables développements de son intelligence et de son génie. Voir comment les autres ont vaincu avant nous les difficultés dont ils étaient entourés, est un moyen d'apprendre à vaincre celles qui se présentent chaque jour et dans l'art de la fortification où tout est problème à résoudre, calcul, prévision, où il ne s'agit pas seulement de lutter avec les éléments et la main du temps comme dans les autres branches de l'architecture, mais de se prémunir contre la destruction intelligente et combinée de l'homme, il est bon, nous le croyons, de savoir comment, dans les temps antérieurs, les uns ont appliqué toutes les forces de leur esprit, leur puissance matérielle à détruire, les autres à préserver. Lorsque les barbares firent irruption dans les Gaules, beaucoup de villes possédaient encore leurs fortifications gallo-romaines; celles qui n'en étaient point pourvues se hâtèrent d'en élever avec les débris des monuments civils. Ces enceintes successivement forcées et réparées, furent longtemps les seules défenses des cités, et il est probable qu'elles n'étaient point soumises à des dispositions régulières et systématiques, mais qu'elles étaient construites fort diversement, suivant la nature des lieux, des matériaux, ou d'après certaines traditions locales que nous ne pouvons apprécier aujourd'hui, car de ces enceintes il ne nous reste que des débris, des soubassements modifiés par des adjonctions successives.

Les Visigoths s'emparèrent, pendant le v' siècle, d'une grande partie des Gaules leur domination s'étendit sous Vallia de la Narbonnaise à la Loire. Toulouse demeura quatre-vingt-neuf ans la capitale de ce royaume, et pendant ce temps la plupart des villes de la Septimanie furent fortifiées avec grand soin, et eurent à subir des sièges fréquents. Narbonne, Béziers, Agde, Carcassonne, Toulouse furent entourées de remparts formidables, construits d'après les traditions romaines des bas temps, si l'on en juge par les portions importantes d'enceintes qui entourent encore la cité de Carcassonne. Les Visigoths, alliés des Romains, ne faisaient que perpétuer les arts de l'empire, et cela avec un certain succès. Quant aux Francs, ils avaient conservé les habitudes germaines, et leurs établissements militaires devaient ressembler à des camps fortifiés, entourés de palissades, de fossés et de quelques talus de terre. Le bois joue un grand rôle dans les fortifications des premiers temps du moyen âge. Et si les races germaines, qui occupèrent les Gaules, laissèrent aux Gallo-Romains le soin d'élever des églises, des monastères, des palais et des édifices publics, ils durent conserver leurs usages militaires en face du peuple conquis. Les Romains eux-mêmes, lorsqu'ils faisaient la guerre sur des territoires couverts de forêts, comme la Germanie et la Gaule, élevaient souvent des remparts de bois, sortes de logis avancés en dehors des camps, ainsi qu'on peut le voir dans les bas-reliefs de la colonne Trajane (FIG 1). Dès l'époque de César, les Celtes, lorsqu'ils ne pouvaient tenir la campagne, mettaient les femmes, les enfants et ce qu'ils possédaient de plus précieux à l'abri des attaques de l'ennemi, derrière des fortifications faites de bois, de terre et de pierre. « Ils se servent, dit César dans ses Commentaires, de pièces de bois droites dans toute leur longueur, les couchent à terre parallèlement, les placent à une distance de deux pieds l'une de l'autre, les fixent transversalement par des troncs d'arbre, et remplissent « de terre les vides. Sur cette première assiette ils posent une  assise de gros fragments de rochers formant parement extérieur, et lorsque ceux-ci sont bien joints, ils établissent un nouveau radier de bois disposé comme le premier, de façon que les rangs de bois ne se touchent point et ne portent que sur les assises de rochers interposées. L'ouvrage est ainsi  monté à hauteur convenable. Cette construction, par la « variété de ses matériaux, composée de bois et de pierres formant des assises régulières, est bonne pour le service et la défense des places, car les pierres qui la composent empêchent les bois de brûler, et les arbres ayant environ quarante pieds de long, liés entre eux dans l'épaisseur de la muraille, résistent aux efforts du bélier et ne peuvent être rompus ou « désassemblés que très-difficilement[1]. »

César rend justice à la façon industrieuse dont les Gaulois de son temps établissaient leurs défenses et savaient déjouer les efforts des assaillants lorsqu'il fait le siège d'Avarique (Bourges). « Les Gaulois, dit-il, opposaient toutes sortes de ruses à la merveilleuse constance de nos soldats l'industrie de cette nation imite parfaitement tout ce qu'elle voit faire. Ils détournaient nos faux avec des lacets, et lorsqu'ils les avaient accrochées, ils les tiraient en dedans de leurs murs avec des machines. Ils faisaient effondrer nos chaussées (de contrevallation) par les mines qu'ils conduisaient au-dessous d'elles ; travail qui leur est familier, à cause des nombreuses mines de fer dont leur pays abonde. Ils avaient de tous côtés garni leurs murailles, de tours recouvertes de cuir. Nuit et jour ils faisaient des  sorties, mettaient le feu à nos ouvrages, ou attaquaient nos travailleurs. A mesure que nos tours s'élevaient avec nos remparts, ils élevaient les leurs au même niveau, au moyen de poutres qu'ils liaient entre elles.[2] »

Les Germains établissaient aussi des remparts de bois couronnés de parapets d'osier. La colonne Antonine, à Rome, nous donne un curieux exemple de ces sortes de redoutes de campagnes  (FIG 2).

Mais ce n'étaient la probablement que des ouvrages faits à la hâte. On voit ici l'attaque de ce fort par les soldats romains. Les fantassins, pour pouvoir s'approcher du rempart, se couvrent de leurs boucliers et forment ce que l'on appelait la tortue appuyant le sommet de ces boucliers contre le rempart, ils pouvaient saper sa base ou y mettre le feu à l'abri des projectiles [3]. Les assiégés jettent des pierres, des roues, des épées, des torches, des pots à feu sur la tortue, et des soldats romains, tenant des tisons enflammés, semblent attendre que la tortue se soit approchée complétement du rempart pour passer sous les boucliers et incendier le fort. Dans leurs camps retranchés, les Romains, outre quelques ouvrages avancés construits en bois, plaçaient souvent, le long des remparts, de distance en distance, des échafaudages de charpente qui servaient soit à placer des machines destinées à lancer des projectiles, soit de tours de guet pour reconnaître les approches de l'ennemi. Les bas-reliefs de la colonne Trajane présentent de nombreux exemples de ces sortes de constructions ( FIG 3).

Ces camps étaient de deux sortes il y avait les camps d'été, castra aestiva, logis purement provisoires, que l'on élevait pour protéger les haltes pendant le cours de la campagne, et qui ne se composaient que d'un fossé peu profond et d'un rang de palissades plantées sur une petite escarpe; puis les camps d'hiver ou fixes, castra hiberna, castra stativa, qui étaient défendus par un fossé large et profond, par un rempart de terre gazonnée ou de pierre flanqué de tours le tout était couronné de parapets crénelés ou de pieux reliés entre eux par des longrines ou des liens d'osier. L'emploi des tours rondes ou carrées dans les enceintes fixes des Romains était général, car, comme le dit Végèce, « les anciens trouvèrent que l'enceinte d'une place ne devait point être sur une même ligne continue, à cause des béliers qui battraient trop aisément en brèche; mais par le moyen des tours placées dans le rempart assez près les unes des autres leurs murailles présentaient des parties saillantes et rentrantes. Si les ennemis veulent appliquer des échelles, ou approcher des machines contre une muraille de cette construction, on les voit de front, de revers et presque par derrière; ils sont comme enfermés au milieu des batteries de la place qui les foudroient.» Dès la plus haute antiquité, l'utilité des tours avait été reconnue afin de permettre de prendre les assiégeants en flanc lorsqu'ils voulaient battre les courtines. Les camps fixes des Romains étaient généralement quadrangulaires, avec quatre portes percées dans le milieu de chacune des faces; la porte principale avait nom prétorienne, parce qu'elle s'ouvrait en face du prœtorium, demeure du général en chef; celle en face s'appelait décumane; les deux latérales étaient désignées ainsi principalis dextra et principalis sinistra. Des ouvrages avancés, appelés antemuralia, procastria, défendaient ces portes[4]'. Les officiers et les soldats logeaient dans des huttes en terre, en brique ou en bois, recouvertes de chaume ou de tuiles. Les tours étaient munies de machines propres à lancer des traits ou des pierres. La situation des lieux modifiait souvent cette disposition quadrangulaire, car, comme l'observe judicieusement Vitruve à propos des machines de guerre (chap. XXII) : « Pour ce qui est des moyens que les assiégés peuvent employer pour se défendre, cela ne se peut écrire. »

La station militaire de Famars, en Belgique (Fanum Martis), donnée dans l'Histoire de l'architecture en Belgique, et dont nous reproduisons ici le plan (FIG 4), présente une enceinte dont la disposition ne se rapporte pas aux plans ordinaires des camps romains il est vrai que cette fortification ne saurait être antérieure au IIIe siècle[5]

Quant au mode adopté par les Romains dans la construction de leurs fortifications de villes, il consistait en deux forts parements de maçonnerie séparés par un intervalle de vingt pieds le milieu était rempli de terre provenant des fossés et de blocaille bien pilonnées, et formant un chemin de ronde légèrement incliné du côté de la ville pour l'écoulement des eaux la paroi extérieure s'élevait au-dessus du chemin de ronde, était épaisse et percée de créneaux; celle intérieure était peu élevée au-dessus du sol de la place, de manière à rendre l'accès des remparts facile au moyen d'emmarchements ou de pentes douces[6] ( FIG 5).

 


[1] Cæs. De Bello gall., lib. VII, cap. XXIII[2] Cæs. De Bello gall., lib. VII, cap. XXII[3] Ces boucliers, en forme de portion de cylindre, étaient réserves pour ce genre d'attaque. [4] Godesc. Stewechii Conject. ad Sexti Jul. Frontini lib. Stragem. Lugd. Batav., 1592, in-12, p. 465. [5] Voy. Hist. de l'archit. en Belgique, par A. G. B. Schayes, t I, p. 203 Bruxelles).[6] Végèce, Jib. IV, cap. m, tit. Qnemadmodum muris terra jungatur egesta.

L'enceinte visigothe de la cité de Carcassonne nous a conservé des dispositions analogues et qui rappellent celles décrites par Végèce. Le sol de la ville est beaucoup plus élevé que celui du dehors et presque au niveau des chemins de ronde. Les courtines, fort épaisses, sont composées de deux parements de petit appareil cubique, avec assises alternées de brique le milieu est rempli non de terre, mais de blocage façonné à la chaux. Les tours s'élevaient au-dessus des courtines et leur communication avec celles-ci pouvait être coupée, de manière à faire de chaque tour un petit fort indépendant; à l'extérieur ces tours sont cylindriques, et du côté de la ville elles sont carrées leur souche porte également du côté de la campagne sur une base cubique. Nous donnons ici (FIG 6) le plan d'une de ces tours avec les courtines A est le plan du rez-de-chaussée, B le plan du premier étage au niveau des chemins de ronde.

On voit en C et en D les deux fosses pratiquées en avant des portes de la tour afin d'intercepter, lorsqu'on enlevait les ponts de bois, la communication entre la ville ou les chemins de ronde et les étages des tours. On accédait du premier étage à la partie supérieure crénelée de la tour par un escalier en bois intérieur posé le long du mur plat. Le sol extérieur étant beaucoup plus bas que celui de la ville, le rez-de-chaussée de la tour était en contre-bas du terre-plein de la cité, et on y descendait par un emmarchement de dix à quinze marches. La figure (6 bis) fait voir la tour et ses deux courtines du côté de la ville, les ponts de communication sont supposés enlevés. L'étage supérieur crénelé est couvert par un comble et ouvert du côté de la ville, afin de permettre aux défenseurs de la tour de voir ce qui s'y passe, et aussi pour permettre de monter des pierres et toutes sortes de projectiles au moyen d'une corde et d'une poulie[8].

La figure (FIG 6 ter) montre cette même tour du côté de la campagne nous y avons joint une poterne[9] dont le seuil est assez élevé au-dessus du sol pour qu'il faille un escalier volant ou une échelle pour y accéder. La poterne se trouve défendue, suivant l'usage, par une palissade ou barrière chaque porte ou poterne était munie de ces sortes d'ouvrages.

Conformément à la tradition du camp fixe romain, l'enceinte des villes du moyen âge renfermait un château ou au moins un réduit qui commandait les murailles; le château lui-même contenait une défense isolée plus forte que toutes les autres qui prit le nom de Donjon. Souvent les villes du moyen âge étaient protégées par plusieurs enceintes, ou bien il y avait la cité qui, située sur le point culminant, était entourée de fortes murailles et, autour, des faubourgs défendus par des tours et courtines ou de simples ouvrages en terre ou en bois avec fossés. Lorsque les Romains fondaient une ville, ils avaient le soin, autant que faire se pouvait, de choisir un terrain incliné le long d'un fleuve ou d'une rivière. Quand l'inclinaison du terrain se terminait par un escarpement du côté opposé au cours d'eau, la situation remplissait toutes les conditions désirables et pour nous faire mieux comprendre par une figure, voici (FIG 7) le plan cavalier d'une assiette de ville romaine conforme à ces données.

A était la ville avec ses murs bordés d'un côté par la rivière; souvent un pont, défendu par des ouvrages avancés, communiquait à la rive opposée. En B était l'escarpement qui rendait l'accès de la ville difficile sur le point où une armée ennemie devait tenter de l'investir D le château dominant tout le système de défense, et le refuge de la garnison dans le cas où la ville tombait aux mains des ennemis. Les points les plus faibles étaient alors les deux fronts CC, et c'est là que les murailles étaient hautes, bien flanquées de tours et protégées par des fossés larges et profonds, quelquefois aussi par des palissades, particulièrement en avant des portes. La position des assiégeants, en face de ces deux fronts, n'était pas très-bonne d'ailleurs, car une sortie les prenant de flanc, pour peu que la garnison fut brave et nombreuse, pouvait les culbuter dans le fleuve. Dans 'le but de reconnaître les dispositions des assiégeants, aux angles EE étaient construites des tours fort élevées, qui permettaient de découvrir au loin les rives du fleuve en aval et en amont, et les deux fronts CC. C'est suivant ces données que les villes d'Autun, de Cahors, d'Auxerre, de Poitiers, de Bordeaux, de Langres, etc., avaient été fortifiées à l'époque romaine. Lorsqu'un pont réunissait, en face le front des murailles, les deux rives du fleuve, alors ce pont était défendu par une tête de pont G du côté opposé à la ville ces têtes de pont prirent plus ou moins d'importance elles enveloppèrent des faubourgs tout entiers, ou ne furent que des châtelets, ou de simples barbacanes. Des estacades et des tours en regard, bâties des deux côtés du fleuve en amont, permettaient de barrer le passage et d'intercepter la navigation en tendant, d'une tour à l'autre, des chaînes ou des pièces de bois attachées bout à bout par des anneaux de fer. Si, comme à Rome même, dans le voisinage d'un fleuve, il se trouvait une réunion de mamelons, on avait le soin, non d'envelopper ces mamelons, mais de faire passer les murs de défense sur leurs sommets, en fortifiant avec soin les intervalles qui, se trouvant dominés des deux côtés par des fronts, ne pouvaient être attaqués sans de grands risques. A cet effet, entre les mamelons, la ligne des murailles était presque toujours infléchie et concave, ainsi que l'indique le plan cavalier [10] (FIG 8) de manière à flanquer les vallons.

 

Mais si la ville occupait un plateau (et alors elle n'était généralement que d'une médiocre importance) on profitait de toutes les saillies du terrain en suivant ses sinuosités, afin de ne pas permettre aux assiégeants de s'établir au niveau du pied des murs, ainsi qu'on peut le voir à Langres et à Carcassonne, dont nous donnons ici (FIG 9) l'enceinte visigothe, nous pourrions dire romaine, puisque quelques-unes de ses tours sont établies sur des souches romaines. Dans les villes antiques, comme dans la plupart de celles élevées pendant le moyen âge, et comme aujourd'hui encore, le château, castellum[11], était bâti non-seulement sur le point le plus élevé, mais encore touchait toujours à un côté de l'enceinte, afin de ménager à la garnison les moyens de recevoir des secours du dehors si la ville était prise.

Les entrées du château étaient protégées par des ouvrages avancés qui s'étendaient souvent assez loin dans la campagne, de façon à laisser entre les premières barrières et les murs du château un espace libre, sorte de place d'armes qui permettait à un corps de troupes de camper en dehors des enceintes fixes, et de soutenir les premières attaques. Ces retranchements avancés étaient généralement élevés en demi-cercles composés de fossés et de palissades les portes étaient alors ouvertes latéralement, de manière à obliger l'ennemi qui voulait les forcer de se présenter de flanc devant les murs de la place. Si du IVe au Xe siècle le système défensif de la fortification romaine s'était peu modifié, les moyens d'attaque avaient nécessairement perdu de leur valeur; la mécanique jouait un grand rôle dans les sièges des places, et cet art n'avait pu se perfectionner ni même se maintenir, sous la domination des conquérants barbares, au niveau où les Romains l'avaient placé. Les Romains étaient fort habiles dans l'art d'attaquer les places, et ils déployaient dans ces circonstances, comme en toutes choses, une puissance de moyens dont nous avons de la peine à nous faire une idée. Leur organisation militaire était d'ailleurs on ne peut plus favorable à la guerre de sièges toutes leurs troupes pouvaient au besoin être converties en pionniers, terrassiers, mineurs, charpentiers, maçons, etc., et une armée assiégeante travaillait en masse aux approches, aux terrassements, aux murs de contrevallation, en même temps qu'elle se gardait et attaquait. Cela explique comment des armées romaines, comparativement peu nombreuses, menaient à fin des sièges pendant lesquels il avait fallu faire de gigantesques travaux. Lorsque le lieutenant C. Trébonius fut laissé par César au siège de Marseille, les Romains durent élever des ouvrages considérables pour réduire la ville qui était forte et bien munie. L'un de leurs travaux d'approches est d'une grande importance nous donnons ici la traduction du passage des Mémoires de César qui le décrit, en essayant de la rendre aussi claire que possible. « Les légionnaires, qui dirigeaient la droite des travaux, jugèrent qu'une tour de briques, élevée au pied de la muraille (de la ville), pourrait leur être d'un grand secours contre les fréquentes sorties des ennemis, s'ils parvenaient à en faire une bastille ou un réduit. Celle qu'ils avaient faite d'abord était petite, basse elle leur servait cependant de retraite. Ils s'y défendaient contre des forces supérieures, ou en sortaient pour repousser et pour suivre l'ennemi. Cet ouvrage avait trente pieds sur chaque côté, et l'épaisseur des murs était de cinq pieds on reconnut bientôt (car l'expérience est un grand maître) qu'on pourrait au moyen de quelques combinaisons tirer un grand parti de cette construction, si on lui donnait l'élévation d'une tour. Lorsque la bastille eut été élevée à la hauteur d'un étage, ils (les Romains) placèrent un plancher composé de solives -dont les extrémités étaient masquées par le parement extérieur de la maçonnerie, afin que le feu lancé par les ennemis ne pût s'attacher à aucune partie saillante de la charpente. Au-dessus de ce plancher ils surélevèrent les murailles de brique autant que le permirent les parapets et les mantelets sous lesquels ils étaient à couvert alors à peu de distance de la crête des  murs ils posèrent deux poutres en diagonale pour y placer le plancher destiné à devenir le comble de la tour. Sur ces deux poutres ils assemblèrent des solives transversales comme une enrayure, et dont les extrémités dépassaient un peu le parement extérieur de la tour, pour pouvoir suspendre en dehors des gardes destinées à garantir les ouvriers occupés à la construction du mur. Ils couvrirent ce plancher de briques et d'argile pour qu'il fût à l'épreuve du feu, et étendirent dessus des couvertures grossières, de peur que le comble ne fût brisé par les projectiles lancés par les machines, ou que les pierres envoyées par les catapultes ne pussent fracasser les briques. Ils façonnèrent ensuite trois nattes avec des câbles servant aux ancres des vaisseaux, de la longueur de chacun des côtés de la tour et de la hauteur de quatre pieds, et les attachèrent aux extrémités extérieures des solives (du comble), le long des murs, sur les trois côtés battus par les ennemis. Les soldats avaient souvent éprouvé, en d'autres circonstances, que cette sorte de garde était la seule qui offrît un obstacle impénétrable aux traits et aux projectiles lancés par les machines. Une partie de la tour étant achevée et mise à l'abri de toute insulte, ils transportèrent les mantelets dont ils s'étaient servis sur d'autres points des ouvrages d'attaque. Alors, s'étayant sur le premier plancher, ils commencèrent à soulever le toit entier, tout d'une pièce, et l'enlevèrent fi une hauteur suffisante pour que les nattes de câbles pussent encore masquer les travailleurs. Cachés derrière cette garde, ils construisaient les murs en brique, puis élevaient encore le toit, et se donnaient ainsi l'espace nécessaire pour monter peu à peu leur construction. Quand ils avaient atteint la hauteur d'un nouvel étage, ils faisaient un  nouveau plancher avec des solives dont les portées étaient toujours masquées par la maçonnerie extérieure et de là ils continuaient à soulever le comble avec ses nattes. C'est ainsi que, sans courir de dangers, sans s'exposer a aucune « blessure, ils élevèrent successivement six étages. On laissa des meurtrières aux endroits convenables pour y placer des machines de guerre.

«Lorsqu'ils furent assurés que de cette tour ils pouvaient défendre les ouvrages qui en étaient voisins, ils commencèrent à construire un rat (musculus[12]), long de soixante pieds, avec des poutres de deux pieds d'équarrissage, qui du rez-de-chaussée de la tour les conduiraient à celle des ennemis et aux murailles. On posa d'abord sur le sol deux sablières d'égale longueur, distantes l'une de l'autre de quatre pieds on assembla dans des mortaises faites dans ces poutres des poteaux de cinq pieds de hauteur. On réunit ces poteaux par des traverses en forme de frontons peu aigus pour y placer les pannes destinées à soutenir la couverture du rat. Par-dessus on posa des chevrons de deux pieds d'équarrissage, reliés avec des chevilles et des bandes de fer. Sur ces chevrons on cloua des lattes de quatre doigts d'équarrissage, pour soutenir les briques formant couverture. Cette charpente ainsi ordonnée, et les sablières portant sur des traverses, le tout fut recouvert de brique et a d'argile détrempée, pour n'avoir point à craindre le feu qui serait lancé des murailles. Sur ces briques on étendit des cuirs, afin d'éviter que l'eau dirigée dans des canaux par les assiégés ne vînt à détremper l'argile pour que les cuirs ne pussent être altérés par le feu ou les pierres, on les couvrit de matelas de laine. Tout cet ouvrage se fit au pied de la tour, à l'abri des mantelets, et tout à coup, lorsque les Marseillais s'y attendaient le moins, à l'aide de rouleaux usités dans la marine, le rat fut poussé contre la tour de la ville, de manière à joindre son pied.

 

[7] Annales de la ville de Toulouse, Paris, 1771, t. I, p. 436. [8] Ces tours ont été dénaturées.eu partie au commencement du XIIe siècle et après la prise de Carcassonne par l'armée de saint Louis. Ou retrouve cependant sur divers points les traces de ces interruptions entre la courtine et les portes des tours.[9] Cette poterne existe encore placée ainsi à côté d'une des tours et protégée par son flanc.[10] 1 Voir le plan de Rome. [11] Capdhol, capitol, en langue d'oc. [12] 1 Isidorus, libro duodevigesimo Etymologiarum, capite de Ariete Mus― culus, inquit, cuniczelo similis sit, gmo murus perfoditur ex quo et appellatur, quasi marusculus. (Godeso. Stewec. comm. ad lib. IV Veget. 1492.

Le château Narbonnais de Toulouse, qui joue un si grand rôle dans l'histoire de cette ville depuis la domination des Visigoths jusqu'au XIVe siècle, paraît avoir été construit d'après ces données antiques il se composait « de deux grosses tours, l'une au midi, l'autre au septentrion, bâties de terre cuite et de cailloux avec de la chaux; le tout entouré de grandes pierres sans mortier, mais cramponnées avec des lames de fer scellées de plomb. Le château était élevé sur terre de plus de trente brasses, ayant vers le midi deux portails de suite, deux voûtes de pierres de taille jusqu'au sommet il y en avait deux autres de suite au septentrion et sur la place du Salin. Par le dernier « de ces portails, on entrait dans la ville, dont le terrain a été « haussé de plus de douze pieds. On voyait une tour carrée « entre ces deux tours ou plates-formes de défense car elles « étaient terrassées et remplies de terre, suivant Guillaume de Puilaurens, puisque Simon de Montfort en fit enlever toutes les terres qui s'élevaient jusqu'au comble[7]. »

« Les assiégés, effrayés de cette manœuvre rapide, font avancer, à force de leviers, les plus grosses pierres qu'ils peuvent trouver, et les précipitent du haut de la muraille sur le rat. Mais la charpente résiste par sa solidité, et tout ce qui est jeté sur le comble est écarté par ses pentes. A cette vue, les assiégés changent de dessein, mettent le feu à des tonneaux remplis de poix et de goudron et les jettent du haut des parapets. Ces tonneaux roulent, tombent à terre de chaque côté du rat et sont éloignés avec des perches et des fourches. Cependant nos soldats à couvert sous le rat ébranlent avec des leviers les pierres des fondations de la tour des ennemis. D'ailleurs le rat est défendu par les traits lancés du haut de notre tour de « briques les assiégés sont écartés des parapets de leurs tours et de leurs courtines on ne leur laisse pas le temps de s'y montrer pour les défendre. Déjà une grande quantité des pierres des soubassements sont enlevées, une partie de la tour s'écroule tout à coup[13] . » Afin d'éclaircir ce passage nous donnons (fig. 9') une coupe perspective de la tour ou bastille décrite ci-dessus par César, au moment où les soldats romains sont occupés à la surélever à couvert sous le comble mobile.

Celui-ci est soulevé aux quatre angles au moyen de vis de charpente, dont le pas s'engage successivement dans de gros écrous assemblés en deux pièces et maintenus par les premières solives latérales de chacun des étages, et dans les angles de la tour de cette façon ces vis sont sans fin car lorsqu'elles quittent les écrous d'un étage inférieur, elles sont déjà engagées dans les écrous du dernier étage posé des trous percés dans le corps de ces vis permettent à six hommes au moins de virer à chacune d'elles au moyen de barres, comme à un cabestan. Au fur et à mesure que le comble s'élève, les maçons le calent sur plusieurs points et s'arasent. Aux extrémités des solives du comble sont suspendues les nattes de câbles pour abriter les travailleurs. Quant au rat ou galerie destinée à permette aux pionniers de saper à couvert le pied des murailles des assiégés, sa description est assez claire et détaillée pour n'avoir pas besoin de commentaires.

Si les sièges entrepris par les Romains dénotent chez ce peuple une grande expérience, une méthode suivie, un art militaire poussé fort loin, l'emploi de moyens irrésistibles, un ordre parfait dans les opérations, il n'en est pas de même chez les barbares qui envahirent l'Occident, et si les peuplades germaines de l'Est et du Nord pénétrèrent facilement dans les Gaules, cela tient plutôt à la faiblesse de la défense des places qu'à l'habileté de l'attaque les errements romains étaient à peine connus des barbares. Le peu de documents qui nous restent sur les sièges entrepris par les peuplades qui envahirent les Gaules accusent une grande inexpérience de la part des assaillants.

L'attaque exige plus d'ordre, plus de régularité que la défense, et si les peuplades germaines avaient quelqu'idée de la fortification défensive, il leur était difficile de tenir des armées irrégulières et mal disciplinées devant une ville qui résistait quelque temps; quand les sièges traînaient en longueur, l'assaillant était presque certain de voir ses troupes se débander pour aller piller la campagne. L'organisation militaire des peuples germains ne se prêtait pas à la guerre de sièges. Chaque chef conservant une sorte d'indépendance, il n'était pas possible d'astreindre une armée composée d'éléments divers à ces travaux manuels auxquels les armées romaines étaient habituées. Le soldat germain n'eût pas daigné prendre la pioche et la pelle pour faire une tranchée ou élever un terrassement, et il n'est pas douteux que si les villes gallo-romaines eussent été bien munies et défendues, les efforts des barbares se fussent brisés devant leurs murailles, car en considérant les moyens offensifs dont leurs troupes pouvaient disposer, les traditions de la défense romaine l'emportaient sur l'attaque. Mais après les premières invasions les Gallo-Romains comprirent la nécessité de se défendre et de fortifier leurs villes démantelées par suite d'une longue paix les troupes barbares acquirent de leur côté une plus grande expérience et ne tardèrent pas à employer avec moins d'ordre, mais aussi avec plus de furie et en sacrifiant plus de monde, la plupart des moyens d'attaque qui avaient été pratiqués par les Romains. Une fois maîtres du sol, les nouveaux conquérants employèrent leur génie guerrier à perfectionner la défense et l'attaque des villes; sans cesse en guerre entre eux, ils ne manquaient pas d'occasions de reprendre dans les traditions romaines les restes de l'art militaire et de les appliquer, car l'ambition des chefs francs jusqu'à Charlemagne était toujours de conquérir cette antique prépondérance de Rome, de s'appuyer sur cette civilisation au milieu de laquelle ils s'étaient rués, de la faire revivre à leur profit.

Tous les sièges entrepris pendant les périodes mérovingienne et carlovingienne rappellent grossièrement les sièges faits par les Romains. Lorsqu'on voulait investir une place, on établissait d'abord deux lignes de remparts de terre ou de bois, munis de fossés, l'une du côté de la place, pour se prémunir contre les sorties des assiégés et leur ôter toute communication avec le dehors, qui est la ligne de contrevallation; l'autre du côté de la campagne, pour se garder contre les secours extérieurs, qui est la ligne de circonvallation. A l'imitation des armées romaines, on opposait aux tours des remparts attaqués des tours mobiles en bois plus élevées, qui commandaient les remparts des assiégés, et qui permettaient de jeter sur les murailles, au moyen de ponts volants, de nombreux assaillants. Les tours mobiles avaient cet avantage de pouvoir être placées en face les points faibles de la défense, contre des courtines munies de chemins de ronde peu épais, et par conséquent n'opposant qu'une ligne de soldats contre une colonne d'attaque profonde, se précipitant sur les murailles de haut en bas. On perfectionna le travail du mineur et tous les engins propres à battre les murailles; dès lors l'attaque l'emporta sur la défense. Des machines de guerre des Romains, les armées des premiers siècles du moyen âge avaient conservé le bélier (mouton en langue d'oil, bosson en langue d'oc). Ce fait a quelquefois été révoqué en doute, mais nous possédons les preuves de l'emploi, pendant les Xe, XIe, XIIe, XIVe XVe et même XVIe siècles, de cet engin propre à battre les murailles. Voici les copies de vignettes tirées de manuscrits de la bibliothèque Impériale, qui ne peuvent laisser la moindre incertitude sur l'emploi du bélier. La première (9 bis) représente l'attaque des palissades ou des lices entourant une fortification de pierre[14]. On y distingue parfaitement le bélier, porté sur deux roues et poussé par trois hommes qui se couvrent de leurs targes un quatrième assaillant tient une arbalète à pied de-biche.

 

La seconde (FIG 9 Ter) représente l'une des visions d'Ezéchiel[15] trois béliers munis de roues entourent le prophète[16].

Dans le siège du château de Beaucaire par les habitants de cette ville, le bosson est employé (voir plus loin le passage dans lequel il est question de cet engin). Enfin, dans les Chroniques de Froissard, et, plus tard encore, au siège de Pavie, sous François Ier, il est question du bélier. Mais après les premières croisades, les ingénieurs occidentaux qui avaient été en Orient à la suite des armées apportèrent en France, en Italie, en Angleterre et en Allemagne, quelques perfectionnements à l'art de la fortification le système féodal organisé mettait eu pratique les nouvelles méthodes, et les améliorait sans cesse, par suite de son état permanent de guerre. A partir de la fin du XIIe siècle jusque vers le milieu du XIIIe, la défense l'emporta sur l'attaque, et cette situation ne changea que lorsqu'on fit usage de la poudre à canon dans l'artillerie. Depuis lors, l'attaque ne cessa pas d'être supérieure à la défense.

[13] 1 Cæs., De Bello civ., lib. II, cap. VIII, IX, X,XI[14] Haimonis Comment. in, Ezech. Bibl. Imp manusc du Xe siècle, F. de Saint-Germain, latin. 303.[15] Bible, n° 6, t. III, Bibl. Imp., ancien F. latin, manusc. du xe au XIe siècle. [16] « « Figurez un siège en forme contre elle, des forts des levées de terre, une armée qui l'environne, et des machines de guerre autour de ses murs. Prenez aussi une plaque de fer, et vous la mettrez comme un mur de fer entre vous et la ville puis regardez la ville d'un visage ferme.» etc. (Ezéchiel, chap. iv,vers. 2 et 3. ) Ézéchiel tient en effet la plaque de fer, et autour de lui sont des béliers.

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Chers lecteurs, chères lectrices,

Je vous fais part de la future réédition de l'ouvrage "Le Grand Monarque et le Souverain Pontife" dans sa version revue, augmentée et corrigée (330 pages environ.) Afin de connaître le nombre d'ouvrages qui doivent être mis en page, je vous demanderai, si vous êtes intéressés, de bien vouloir déposer votre demande de souscription à l'adresse suivante : rhonandebar@yahoo.fr

Ouvrage ésotérique.

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ESSOR D'UNE CHEVALERIE NOUVELLE.

CLFND

Chevalerie du Lys de France et de Notre Dame

ou CLFND.

La Chevalerie du Lys de France et de Notre Dame est au service de la Lumière, soit du LYS et de NOTRE-DAME, dont les fonctions médiatrices entre le Ciel et les Hommes ne sont plus à prouver. Vous trouverez dans le document pdf ci-dessous les informations nécessaires à un éventuel postulat sachant que, dans sa volonté à nous rejoindre, chaque futur impétrant possède déjà en lui le germe lumineux qui fera renaître l'antique symbole des Rois de France!

Nous joignons également le lien qui permettra aux lecteurs de voir que la Chevalerie, de type loi 1901,est présente sur le site de la ville de Pelissanne :  http://www.ville-pelissanne.fr/contacts/chevalerie-de-lys-de-france-et-de-notre-dame/

 

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Chevalier Rhonan de Bar.

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Publié le par Rhonan de Bar
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CHAPITRE DEUXIÈME

TRANSFORMATIONS SUCCESSIVES DU CHÂTEAU

Depuis la première construction connue jusqu'à nos jours, le château a subi huit transformations successives : 1° Hospitium de Louis le Jeune (détruit) ; 2° Manoir de Philippe Auguste, remanié par saint Louis (détruit) ; 3° Château de Philippe VI et de Charles V (donjon et enceinte existants) ; 4° Château Louis XI (démoli en 1610) ; 5° Château Louis XIII (englobé dans le Pavillon du Roi) ; 6° Château Louis XIV (Pavillon du Roi et de la Reine) ; 70 Arsenal (1808) ; 8° Fort (1840).

Hospitium de Louis le Jeune. — Le premier château ne consistait qu'en un simple rendez-vous de chasse. Il est probable qu'il a été le noyau des constructions ultérieures. Mais aucun vestige archéologique ne confirme cette hypothèse.

Manoir de Philippe Auguste. — En ce qui concerne les travaux de Philippe Auguste, les renseignements sont encore fort vagues. L'abbé de Laval a retrouvé vers 1882 dans des fouilles effectuées près du lavoir, à 35 mètres environ ouest de la Tour du Diable, des restes de substructions paraissant appartenir à -ce second château ou manoir, ce qui nous fixe sur son emplacement. Mais en quoi consistaient ses bâtiments ? L'historiographe nous affirme qu'ils étaient de style roman. Son opinion ne s'appuye malheureusement sur rien.

Remaniements de saint Louis. — Saint Louis transforma ces premières constructions en leur adjoignant un donjon, une salle d'assemblée et la chapelle Saint-Martin. Les vestiges de ce château ont disparu en 1 808, mais son tracé peut être rétabli à l'aide d'un plan de Le Vau de 1654 (Bibl. de la V. de Paris). En examinant ce document avec attention, on voit que les bâtiments situés dans le quart nord-est de la grande cour (logements des chanoines au XVIIIe siècle), affectaient une forme irrégulière, qu'ils contenaient une cour à peu près carrée, enfin que leurs murs extérieurs, tracés en lignes brisées, n'étaient d'équerre avec aucune des grandes directions de l'enceinte principale.

Les tours rondes réparties sur leurs fronts étaient les limites des courtines. Le donjon se trouvait en a (voir le plan d'après Le Vau en tête du volume). La fortification était rudimentaire.

Château de Philippe VI et de Charles V. — Les bâtiments de saint Louis, incommodes, trop exigus, durent paraître insuffisants à Philippe VI, et, si nous en croyons la teneur d'une inscription placée autrefois sur le Châtelet [1], ce roi fit commencer le donjon (1337). Les désastres de la guerre anglaise arrêtèrent les travaux. La construction n'en était encore qu'aux fondations, quand Jean II monta sur le trône. Ce roi rappela les ouvriers vers 136o, mais, à sa mort, le gros oeuvre n'était guère achevé que jusqu'au troisième étage.

Charles V, ce « saige artiste, savant architecteur » comme le qualifie Christine de Pisan, reprit le projet de ses prédécesseurs (1364) et l'amplifia, conservant la grosse tour, mais l'englobant dans une grande enceinte rectangulaire destinée à enserrer une véritable ville. Là, devait être « establie en beaux manoirs la demeure de plusieurs seigneurs, chevaliers et autres ses mieux aimés, et chacun y assenerait rente à vie selon leurs personnes ; celui lieu eut été franc de toutes servitudes, sans aucune charge par le temps avenir, ne redevance demander[2] ». Le manoir de saint Louis fut conservé, et même remis en état, car de 1365 à 1367, on refit toute la couverture, on adjoignit des salles de bains à plusieurs appartements, enfin on répara divers dallages, entre autres celui de la chapelle Saint-Martin, antérieurement constitué par des carreaux de plâtre.

L'histoire ne nous a pas conservé le nom de l'architecte du nouveau château. On sait qu'en 1373 les travaux étaient confiés à Guillaume d'Arondel, mais ce n'était qu'un sous-ordre, un maître tailleur de pierres. Il est fort probable que le roi élabora les plans avec Raymond du Temple, son maître des œuvres favori, et un grand nombre d'auteurs admettent que ce fut ce dernier qui se chargea de leur exécution.

Le château étant en plaine, le tracé de ses remparts pouvait être indépendant du terrain et affecta la forme d'un grand parallélogramme, long de 375 mètres et large de 175, mesures prises du revêtement extérieur d'une escarpe à celui opposé.

Mais par suite de la nécessité d'englober le donjon commencé et le manoir de saint Louis dans l'enceinte, sans trop augmenter le corps de place, le premier de ces monuments ne se trouva pas au centre d'un des grands côtés. Des fossés profonds de 12 mètres[3], larges de 22 mètres sur les grands côtés de l'enceinte, et de 28 mètres sur les petits côtés, enserrent tout le corps de place auquel ils servent d'obstacles, tout en le protégeant contre la mine. Ils sont distincts de ceux du donjon profonds de 14 mètres et larges de 22 mètres. Tous étaient pleins d'eau primitivement[4]2 et étaient alimentés par une dérivation du ru Orgueilleux, et par diverses sources captées au pied du plateau de Fontenay-sous-Bois.

Neuf tours barlongues, sans compter le donjon, sont réparties sur les remparts, une à chaque angle, trois sur le grand côté est, une sur le milieu des petits côtés. Avant d'être arasées à hauteur des courtines[5], toutes avaient une hauteur de 42 mètres au-dessus du sol de la cour, et de 54 mètres au-dessus du fond du fossé. Elles dominaient les courtines de 27 mètres ; elles avaient donc un très grand commandement : d'une part, sur les chemins de ronde auxquels on ne pouvait accéder que de leur premier étage, et, d'autre part, sur la campagne.

Seule, la tour d'entrée du côté de Vincennes a conservé sa hauteur et nous donne une idée des dispositions des tours détruites. Leurs murs, à la base, s'amortissent sur une sorte de risberme en pierre; sur ce talus à fruit considérable prennent appui de gros contreforts montant jusqu'à la corniche percée de longs mâchicoulis et surmontée d'un mur crénelé. Elles possédaient au-dessus du rez-de-chaussé voûté, deux étages planchéiés[6] reliés par un escalier à vis montant directement de la cour jusqu'à la plate-forme constituée par une voûte recouverte d'un épais blindage[7]2. Des latrines semblent avoir existé à tous leurs étages, comme on le voit dans la tour principale. De grands magasins voûtés occupaient leur sous-sol. Toute leur organisation était faite en vue de leur indépendance, car chacune constituait une sorte de citadelle particulière en même temps qu'un bastion rudimentaire.

Entre les tours, les courtines basses étaient couronnées par un chemin de ronde avec créneaux et mâchicoulis. En leur milieu une échauguette barlongue contribuait au flanquement. Cette précaution était judicieuse, car les carreaux d'arbalète avaient un effet utile jusqu'à 60 mètres environ, et les fronts étaient un peu longs par rapporta cette portée : 68 mètres en moyenne, sauf entre la tour du Roi (angle sud-ouest et l'escarpe du donjon, où l'on compte 110 mètres) et entre la tour de Paris (angle nord-ouest) et l'escarpe nord du donjon, où l'on compte 145 mètres. Nous verrons plus loin les dispositions ingénieuses qui furent prises pour parer aux inconvénients du développement excessif de ces deux faces.

On entrait dans le château par deux portes principales percées dans les tours situées au milieu des petits côtés, la porte du côté nord possédant un passage de piétons accolé au passage charretier.

On accédait à ces portes par un pont fixe en pierre, constitué par deux arches en tiers-point, prolongé par un pont-levis avec bras. Sous la tour, au milieu du front est, s'ouvrait également une porte, ou plutôt une grande poterne, car elle n'avait qu'un pont-levis à bascule, retombant sur une passerelle légère établie sur des piles de maçonnerie.

Lorsqu'on examine les anciens plans, on voit que les fossés du donjon faisaient des trouées dangereuses dans le corps de place[8]. Cette faute étonne de la part de constructeurs ayant donné de si grandes preuves de connaissances militaires dans les autres parties du château. En réalité, elle n'est qu'apparente : le château était primitivement couvert par une première enceinte constituée par un chemin de ronde, et un mur crénelé courant au-dessus des contrescarpes. L'épaisseur anormale de cette contrescarpe le prouve. Cette première enceinte était renforcée en avant des portes par de petits châtelets comme le montre une vue cavalière de Du Cerceau.

L'allongement des courtines adjacentes au donjon était voulu, nécessaire : voulu parce que le donjon par suite de son plus grand commandement assurait à plus grande distance la protection des fronts voisins du corps de place, et possédait un éperon se terminant par deux échauguettes jumelées constituant une plate-forme destinée à recevoir des machines de jet pouvant tirer dans la direction nord, c'est-à-dire celle du rempart qui avait le plus besoin d'être protégé[9] 1 ; nécessaire, parce que des tours plus rapprochées de la chemise du donjon eussent dominé celle-ci, et constitué par conséquent un danger pour ses défenseurs.

Comme l'on peut en juger d'après ces quelques aperçus, la fortification de Vincennes avait été parfaitement étudiée. Sa valeur défensive était accrue par des dispositions accessoires non moins judicieuses. Les tours principales possédaient des monte-charges, pour les munitions. Toutes, nous l'avons dit, avaient leurs magasins propres pour armes, approvisionnements divers. En dehors de ces magasins particuliers, il existait dans la cour de grands silos comme dépôts de vivres[10].

L'eau était amenée au château par des conduits souterrains, mais tout était prévu pour que la garnison ne pût en être privée en cas de siège : des puits et des citernes auraient pu, si la canalisation extérieure avait été coupée, suffire aux besoins des défenseurs. Ces puits se trouvaient : deux jumelés, mis en communication entre eux par un canal établi en sous-sol dans la tour nord-est de l'enceinte: un dans l'ancien château de saint Louis ; un en avant du donjon, et un dans le donjon lui-même. Dans la braie de la grosse tour se trouvait encore, dit-on, une citerne.

De tels détails d'organisation montrent, comme le fait très justement remarquer Viollet-le-Duc, que Vincennes est une c< forteresse type ». La conception des courtines allongées, basses, réservées aux arbalétriers; des plates-formes élevées, destinées aux grands engins, trébuchets ou mangonneaux, mis à l'abri du tir à la volée des machines des assaillants par suite de leur commandement; des tours considérées non pas comme de simples points d'appui du rempart, mais bien comme des organes de flanquement, était une innovation.

Malheureusement, cette innovation arrivait à une époque de transition, en cet instant précis, qui, suivant les théories de Courajod, marque la fin du moyen âge et le commencement des temps modernes. Cet essai ne fut suivi d'aucun autre, les progrès rapides de l'artillerie à feu ayant obligé les constructeurs militaires à chercher d'autres solutions pour résoudre l'éternel problème de la défense des places.

Château Louis XI. — Louis XI se fit bâtir un corps de logis dans l'angle sud-ouest de la grande cour. Nous ne connaissons cette construction que par une gravure de Boisseau, d'ailleurs peu exacte.

Elle parait de dimensions assez restreintes. En longueur elle s'étendait de la tour du Roi (angle sud-ouest) jusqu'au 2/3 de la courtine reliant cette tour à l'enceinte du donjon. Sa largeur ne pourrait être appréciable sur une vue, mais elle nous est indiquée, à défaut de plan, par un document des archives du Génie de Vincennes : dans un mémoire relatif aux travaux de 1818 dans le pavillon du Roi on lit que, lors de la démolition de la corniche de la chambre à coucher de Louis XIV, exécutée cette même année, la façade de cette habitation fut découverte. Derrière les lambris du XVIIe siècle, les baies des anciennes fenêtres apparurent, avec leurs sculptures, dans le mur qui partage en deux ce pavillon dans sa longueur. Le corps de logis Louis XI n'avait donc que la moitié de la largeur du pavillon actuel.

Ce bâtiment était déjà délabré en 1539. Poncet de la Grave nous apprend en effet que François Ier, fut obligé d'y faire exécuter de grosses réparations pour y recevoir Charles-Quint[11]1. L'empereur n'y vint pas, mais les travaux eurent lieu. Ils furent même poursuivis, car, en 1543, ils étaient « sous l'inspection et ordonnance de Messire Hérault, capitaine du Bois de Vincennes et Philippe Hulin, capitaine de la bastille Saint-Antoine, à Paris ». Enfin, nous savons par une lettre de Catherine de Médicis, qu'en 1552 le Primatice, alors surintendant des bâtiments termina la décoration des appartements.

Château Louis XIII. — Le château ne fut qu'un agrandissement du corps de logis Louis XI. La première pierre de cette nouvelle construction fut posée le 17 août 1610 en présence de toute la Cour.

L'architecte qui dirigea les travaux ne nous est pas connu. Israël Silvestre a laissé une vue de ce bâtiment ; celle-ci n'offre que des indications sans grande valeur, mais il existe à la bibliothèque de la Ville de Paris, dans les cartons des plans dits de Colbert, un plan détaillé des appartements du premier étage[12].

Château Louis XIV. - Lorsque Mazarin, triomphant de ses ennemis, revint définitivement d'exil et devint gouverneur de Vincennes, nous avons dit qu'il chargea Colbert de la transformation complète de la résidence royale. Le Vau obtint l'adjudication des travaux, bien qu'il fut en concurrence avec François Mansart et Le Muet. Il soumit au ministre quatre projets successifs. Dans le dernier, qui fut approuvé, le pavillon Louis XIII, doublé et exhaussé, était réservé au roi. Un bâtiment symétrique, élevé contre la partie sud de la courtine Est du château de Charles V, servait d'habitation à la Reine-mère et au cardinal (pavillon de la Reine).

LE CHÂTEAU EN 1666 (D'après la gravure de Brissart).

Ces deux corps de logis étaient reliés par des colonnades rustiques, l'une, celle du sud, constituée par l'ancien rempart troué de larges baies, découronné de son chemin de ronde ; l'autre, par des arcades neuves.

Au milieu de ces deux colonnades, deux arcs de triomphe formaient des portes monumentales.

L'arc de triomphe de la porte du parc avait comme massif l'ancienne tour du centre du petit côté sud du château, arasée au niveau de la courtine ; sa façade, ornée de statues antiques, était un simple placage. Toute la partie nord de l'ancienne cour fut réservée aux communs, aux écuries. L'ancien logis du gouverneur, attenant au côté nord de la Sainte-Chapelle, fut conservé, ainsi qu'un grand nombre de bâtiments du manoir de saint Louis aménagés comme maisons canoniales.

Arsenal 1808. — Lorsque l'empereur résolut en 1808 d'utiliser le château comme arsenal, le délabrement était complet. Les réparations exécutées à cette époque rendirent utilisables quelques locaux, mais tous les travaux entrepris causèrent, au point de vue de l'art, des dommages irréparables au monument. La destruction systématique des tours commença, sous prétexte qu'il eut été trop cher de les réparer. Les baies du rempart sud furent bouchées, des flèches en maçonnerie élevées devant les portes nord et sud; les communs, c'est-à-dire ce qui restait de l'ancien château de saint Louis, démolis, la Sainte-Chapelle transformée en salle d'armes.

LE CHÂTEAU VERS 1799 (D'après une lithographie du temps).

Seul, le pavillon de la Reine fut remis en état pour servir de logement à un colonel de la Garde. Mais les appartements du Roi, dont l'ornementation avait disparu en grande partie au XVIIIe siècle, d'abord lorsque le bâtiment avait été aménagé pour recevoir l'école des Cadets, ensuite lorsqu'il servit de prison aux femmes de mauvaise vie, furent transformés en chambrées.

En 1818, le grand abreuvoir disparut, ainsi que les écuries. Une grande salle d'armes fut construite (1819). La Sainte-Chapelle fut rendue au culte vers la même époque. En 1822, les boiseries des appartements d'Anne d'Autriche furent enlevées et portées au Louvre.

Fort en 1840. — La transformation du vieux château en fort moderne eut des conséquences encore plus funestes. Les fossés du donjon furent comblés du côté de la grande cour; la colonnade de Le Vau, qui séparait la grande cour du château de la cour dite du Donjon, fut démolie avec son arc de triomphe. Des casemates vinrent cacher les remparts de Raymond du Temple, et noyer le grand arc de triomphe dont la base des colonnes apparaît seule sous la voûte d'entrée de la porte du Bois, et quelques motifs architectoniques sont encore visibles dans les salles du premier étage. En 1852, le tombeau du duc d'Enghien, érigé en 1823 dans le chœur de la Sainte-Chapelle, fut transporté dans l'oratoire nord de cette chapelle, et d'ailleurs complètement modifié. En 1860, des fresques de Philippe de Champaigne et de Borzone furent retrouvées dans le pavillon du Roi. Elles devaient être conservées avec soin, mais ont été perdues depuis.

Pendant cette période, la Sainte-Chapelle fut entièrement restaurée (1852-1888), ainsi que la tour de Paris qui s'était éboulée partiellement en 1857. Le donjon a été réparé extérieurement.

 

[1] Voir page suivante.[2] CHRISTINE DE PISAN. Le livre des faits et bonnes mœurs du sage roi Charles. Nouvelle édition. Paris, 1836, chap. XI p. 76.[3] Ils ont été comblés en partie il y a une trentaine d’années.[4] Ils ont été asséchés au début du règne de Louis XIII.[5] Ces tours ont été démolies de 1808 à 1819. [6] Viollet-le-Duc - dans son Dictionnaire d'architecture, t. IX, p. 106dit : « trois étages voûtés. » C'est une erreur car la tour principale nous montre qu'il y avait au moins deux étages planchéiés.[7] Ces plates-formes ne paraissent pas avoir été construites pour porter du canon, les murs qui les supportent étant trop faibles. Elles n'étaient destinées qu'aux grands engins nervobalistiques, qui, dans la seconde moitié du XIVe siècle, étaient encore préférés aux bouches à feu trop rudimentaires.[8] 1 Ces brèches ont disparu en 1840. Elles ont été bouchées par des casemates barrant le fossé primitif, qui a d'ailleurs été comblé du côté de la cour du château.[9] Il y a lieu de remarquer d'ailleurs que ce rempart a deux échauguettes de flanquement.[10] 2 Un de ces silos existe encore au sud de la Sainte-Chapelle : son orifice se trouve dans le prolongement de la façade nord du pavillon de la Reine, à 15 mètres environ de l'angle nord-ouest de ce pavillon. Longtemps oublié, il a été découvert sous Louis-Philippe et nettoyé.[11] 1 Poncet de la Grave. Histoire de Vincennes, t. I, p. 234.[12]  Plans et devis du château de Vincennes, Bibl. de la Ville de Paris, n° 129M. -

 

Château de Vincennes aujourd'hui. Photos : source web
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Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #CHÂTEAUX DE FRANCE.

V1

ENTRÉE DU CHÂTEAU DU CÔTÉ DU POLYGONE (A droite tour dans laquelle a été jugé le duc d'Enghien).

CHAPITRE PREMIER.
HISTOIRE SOMMAIRE

A l'époque celtique, une vaste forêt couvrait tout le plateau compris entre les hauteurs dites * actuellement de Montreuil, la Marne, la Seine, et les marais situés au Nord de Lutèce. Les Romains, après la conquête du pays, auraient remplacé le culte du dieu gaulois Teutatès par celui de Sylvain.

Qu'il y ait eu dans les parages de Vincennes un temple consacré à cette divinité, c'est probable, car une inscription trouvée au XVIIIe siècle dans les décombres d'une tour de l'abbaye de Saint Maur-des-Fossés nous apprend qu'un monument, ainsi qualifié, fut restauré sous Marc-Aurèle. Mais l'indication de son existence ne nous renseigne pas sur son emplacement.

Le premier document nous permettant de sortir du domaine de l'hypothèse est un titre de l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés daté de 847, qui fait mention de la forêt de Vilcena, appartenant à la paroisse de Fontenay. En 980, 1037 et 1075 des chartes nous révèlent que cette forêt est devenue la propriété de la Couronne. Dans une bulle d'Eugène III de 1147, elle est appelée Vulcenia.

Ces anciens noms de Vilcena, Vilcenna, ou Vulcenia, se transformeront en Vicenne et Vincennes.

On n'entend parler pour la première fois de constructions qu'en 1162 : Louis VII (1113-1189) avait dans la forêt un rendez-vous de chasse, un hospitium. Philippe Auguste (1180-1223) agrandit cette première habitation qui devient un manoir au milieu d'un parc, le roi ayant fait enclore le bois d'une haute muraille, afin, nous dit Rigord, d'y conserver les daims, cerfs et autres animaux semblables qu'Henri Il d'Angleterre lui avait envoyés comme cadeau.

Saint Louis (1226-1270) affectionne le séjour « du Bois ». Le souvenir de la justice qu'il rendait sous les grands chênes est populaire : « maintes fois il advint qu'en été le bon roi allait s'asseoir au bois après sa messe, et s'accostait à un chêne, et nous faisait asseoir autour de lui, dit Joinville.

Et tous ceux, qui avaient affaire, venaient lui parler sans empêchement d'huissiers ou d'autres gens. Et alors il leur demandait de sa propre bouche : « Y a-t-il quelqu'un qui ait sa partie ? » et ceux qui avaient leur partie se levaient. Et alors il disait : « Taisez-vous et l'on vous expédiera l'un après l'autre. »

Le pieux monarque fait construire une chapelle dédiée à Saint-Martin pour recevoir une épine de la sainte Couronne, que lui avait vendue Baudouin II de Courtenay (1248). Il réside souvent dans le manoir avec toute sa Cour; il y assemble le Parlement en 1252 et 1253 ; il y passe une partie de l'année 1255, et c'est de là qu'il part en 1270 pour sa funeste expédition de Tunis où il trouve la mort.

Philippe III (1270-1285) a la même prédilection que son père pour le « Bois », dont la solitude cadre avec son caractère mélancolique. Il épouse dans la chapelle Saint-Martin, Marie, sœur du duc Jean de Brabant (1274), et y reçoit le même jour l'hommage d'Edouard Ier, roi d'Angleterre. Un peu plus d'un an après, un drame, dont les origines sont assez obscures, jette pour la première fois une ombre de tristesse sur la résidence de plaisance : Louis, fils aîné du roi, issu d'un premier mariage de celui-ci avec Isabelle d'Aragon, meurt subitement. La rumeur publique accuse la jeune reine d'avoir empoisonné l'héritier présomptif, On prétend même que cette marâtre a formé le projet de se défaire des trois autres enfants du premier lit, afin de réserver l'accès au trône à sa propre lignée.

Elle se défend, et elle accuse Pierre de la Brosse, ancien barbier de saint Louis devenu grand chambellan de Philippe III et l'homme le plus important de la Cour, d'avoir propagé ces calomnies. Elle en appelle au jugement de Dieu. Son frère, le duc de Brabant, se porte garant de son honneur, et comme aucun chevalier n'ose relever son défi, le favori est déclaré coupable et pendu.

A la suite de ce scandale, le manoir retrouve son calme. Le roi en augmente considérablement le parc (1274-1275).

Philippe IV, le Bel (1285-1314) conserve les mêmes goûts que ses prédécesseurs pour Vincennes, où sa présence est constatée en 1285, 86, 89, 90 et 95. Il y épouse, le 2 mars 1294, Jeanne de Bourgogne, fille aînée d'Othon IV, comte Palatin, et de Mahaut, comte d'Artois. A cette époque le château avait pris de l'importance : dans une sentence de l'évêque de Paris, Simon, il est en effet question d'une nouvelle dépendance, la basse-cour de la Pissotte.

Le 2 août 1364, Jehanne, reine de France et de Navarre, comtesse de Champagne et de Brie, meurt à Vincennes. Son corps est inhumé au Cordeliers à Paris. Le Parlement se réunit au manoir en 1305 et 1314.

Sous Louis X le Hutin (1314-1316), un nouveau drame se passe « au Bois ». Enguerrand de Marigny, surintendant des finances de Philippe le Bel, ce roi connu dans l'histoire sous le nom de faux monnayeur, se croyant encore nécessaire et tout-puissant sous son successeur, ose s'attaquer en plein conseil à Charles de Valois, qui se pose en chef des barons de France. Pour se venger l'oncle du roi réclame les comptes du règne précédent, et n'ayant pu convaincre le ministre de malversation, l'accuse de maléfices et de magie.

Enguerrand est condamné sur ce chef et pendu.

Quelques années plus tard, dans ce même château où avait été prononcé l'arrêt abominable, ce même Charles de Valois, atteint d'une maladie de langueur et frissonnant au souvenir du jugement inique qu'il avait provoqué, demande et obtient la révision du procès de son ancien ennemi.

Le 2 juin 1316, Louis X, qui, en secondes noces, avait épousé Clémence de Hongrie, se sentant gravement malade, fait à Vincennes son testament.

Il confirme à la reine le douaire de 25.000 livres de rente qu'il lui avait spécifié par contrat de mariage, et y ajoute « la jouissance de sa maison de Vincennes ». Il meurt au château deux jours après. Son corps, d'abord exposé dans la chapelle Saint-Martin, est porté à Saint-Denis. Peu après, la reine met au monde à Vincennes un fils, Jean I, qui ne vit que quelques mois.

Philippe V, son successeur, reprend le château à Clémence, en lui donnant en échange la tour du Temple et la maison de Nesles (1317). Il meurt à Vincennes le 2 janvier 1322.Son frère, Charles IV, dit le Bel, proclamé roi dans le manoir, révoque au commencement de son règne toutes les aliénations antérieures du domaine royal. Il rétablit ainsi le bois de Vincennes dans son intégrité. Il meurt au château le 31 janvier 1328, laissant la reine avec des espérances; le 1er avril suivant, cette princesse y donne le jour à une fille appelée Blanche, et Philippe de Valois, est proclamé roi en vertu de la loi salique.

Philippe VI (1328-1350) conserve la même prédilection que ses devanciers pour la résidence du « Bois ». Aimant le faste, il y convie la noblesse de toute l'Europe, en sorte que « ce séjour est réputé le plus chevaleresque du monde ». On doit signaler sous son règne, les grandes fêtes célébrées à l'occasion du mariage de Béatrice de Bourbon avec Jean de Luxembourg dans la chapelle Saint-Martin (1334); et, comme événements marquants, la réunion de trois grandes assemblées du clergé (1329- 1332) ; celle, en 1336, du Parlement dans laquelle Robert d'Artois est déclaré traître et félon, — cet arrêt fut une des principales causes de la guerre dite de Cent ans. Enfin la visite, en 1343, de Humbert II, au cours de laquelle le dauphin du Viennois fait donation de tous ses Etats à Philippe d'Orléans, fils puîné du roi. On sait que Charles V porta, le premier, le titre de Dauphin. Les dauphins, qu'on voit actuellement sculptés sur la porte du Châtelet, sur celle de l'escalier accolé à ce bâtiment, et sur diverses clés de voûte du donjon, rappellent ce souvenir.

V2

Élévation du donjon. Prise au sud-ouest.

Philippe VI fait commencer les fondations du donjon. Les travaux abandonnés sont repris par Jean II (1361-1364), et achevés par Charles V (1364-1373)[1]. Ce roi fait sa résidence favorite de Vincennes. Il y met une partie de ses richesses artistiques et de son trésor, qu'il partage entre le Louvre, Melun et Saint-Germain[2]. Il y donne en 1378 de grandes fêtes en l'honneur de l'empereur Charles IV d'Allemagne. Mais cette réception cause de grandes fatigues à la reine Jeanne de Bourbon qui met au monde avant terme, dans le donjon, une fille, Catherine (4 février 1378); elle meurt deux jours après. Le souverain, qui l'appelait « le soleil de son royaume » est très affecté par cette perte. Il continue cependant à s'occuper de toutes les questions politiques avec la même activité et il fait reconnaître le pape Clément VII au lieu d'Urbain VI dans une assemblée notable tenue au château. Il s'éteint à Beauté, près de Nogent-sur-Marne (6 septembre 1380), ne laissant qu'un fils mineur. Ses frères, le duc d'Anjou, le duc de Berry et le duc de Bourgogne se disputent la régence, et dilapident les trésors amassés dans le château. Pendant cette période, la Cour paraît souvent à Vincennes. En 1400, les travaux de la Sainte-Chapelle sont continués et bientôt abandonnés. Charles VI est fou; il ne poursuit aucune idée. Cependant, en 1417, il sort de sa torpeur. Il cherche à mettre un terme aux scandales causés par la conduite d'Isabeau de Bavière : sur son ordre, le sire de Bois Bourdon est arrêté dans le parc et jeté dans la Seine, cousu dans un sac. Ce réveil d'autorité est de courte durée.

V3

LE DONJON VERS 1450 Reproduction d'une miniature de Jean Foucquet. Livre d'heures d'Etienne Chevalier.

Le malheureux prince retombe sous la tutelle de son entourage, qui l'endort dans des fêtes continuelles à Vincennes pendant que la guerre désole le royaume. En 1420, un inventaire de Guillaume Lamy nous montre que tous les appartements sont vides : ils semblent même avoir subi les horreurs d'un sac. C'est que le traité de Troyes, qui a reconnu à Henri V le titre de roi de France, a donné le château au souverain anglais. Celui-ci le remeuble pour l'habiter et y meurt (1422).

[1] Voir suivante.[2] C'est par douze douzaines que l'on comptait les assiettes d'or enrichies de pierreries du grand ménage de Charles V. Les collections d'objets d'art du même métal, de bijoux, de camées, d'étoffes précieuses enfermées dans le donjon à cette époque, nous sont connues par un inventaire de 1879 ; elles avaient une valeur considérable.

 

Henri VI d'Angleterre vient plusieurs fois à Vincennes pendant sa minorité. Si le château lui est momentanément repris par le commandeur de Giresmes et Denis de Chailli (1429), il y rentre en 1430, et il en part le 15 décembre pour se faire sacrer à Notre-Dame de Paris.

Deux ans plus tard Jacques de Chabannes « eschielle le donjon », pour le compte de Charles VII et s'en empare malgré la résistance désespérée de la garnison. Après une dernière tentative infructueuse des Anglais, la place reste aux Français, et, en i445, le comte de Tancarville en est gouverneur.

Les habitants de Montreuil lui demandent de ne plus faire le guet, « les ennemis étant éloignés de plus de 16 lieues ». Vincennes redevient une maison de plaisance : le roi se plaît à y retrouver Agnès Sorel. Celle-ci y a un fils, mais elle habitait ordinairement le château de Beauté, où elle meurt en 1450.

Il faut noter, en 1461, une visite d'ambassadeurs florentins : le château cause leur admiration, surtout « la chambre du Roi, dont tous les ornements sont rehaussés d'or et les murs couverts de boiseries ». Ils vantent ses fortifications, « ses neuf hautes tours ». C'est d'ailleurs à Vincennes que Louis XI trouve un abri en 1465, pour résister aux attaques des ducs de Berry et de Bretagne, qui, réunis au comte de Charolais, se sont avancés jusqu'à Charenton. L'armée royale et celle des seigneurs restent onze mois en présence.

Le roi ne revient plus à Vincennes. Il nomme Olivier le Daim, concierge du château, et le charge d'y recevoir les ambassadeurs d'Aragon (1474).

Charles VIII se contente de chasser dans le parc, notamment en 1484. Sa femme, Anne de Bretagne, réside au château pendant l'année 1495; elle possédait en propre un jardin à proximité.

Louis XII, dans les débuts de son règne (1498), visite à plusieurs reprises la forteresse. Puis il en reste dix ans éloigné. En 15o8, gravement malade, il pense que la salubrité du « Bois » lui rendra la santé : il y passe plusieurs mois. Il y revient une dernière fois en juin et juillet 1514, à la suite des fêtes du mariage de François, comte d'Angoulême, avec Claude de France (18 mai).

François Ier prescrit d'exécuter un certain nombre de travaux à Vincennes : entre autres, l'achèvement de la Sainte-Chapelle, l'agrandissement du pavillon Louis XI. En 154o, il y est installé avec toute la Cour, et y reçoit les ambassadeurs du Grand Turc. On l'y retrouve en 1547 : il crée, à ce voyage, la paroisse de la Pissotte [1].

Sous Henri II (1547-1549), le bois est entièrement coupé, puis replanté, (1551), la Sainte-Chapelle inaugurée (1552), la translation à Vincennes du chapitre de l'ordre de Saint-Michel effectuée, (1555). En 1556, le roi reçoit les plénipotentiaires de Philippe II, envoyés pour traiter de la paix, François II (1559-156o) ne paraît pas à Vincennes, contrairement à son frère Charles IX (1560-1574), qui affectionne cette résidence. Celui-ci y signe les préliminaires de la paix de Longjumeau (1568). Six ans après, la poitrine malade, il vient s'enfermer dans le donjon, dans l'espoir qu'en fuyant le Louvre où tout lui rappelle les sinistres journées de la Saint-Barthélemy, il échappera aux remords, et retrouvera le calme. Il y meurt dans les bras d'une vieille nourrice huguenote, tandis que le roi de Navarre et Condé, arrêtés par ordre de Catherine de Médicis qui a pris le pouvoir, sont emprisonnés aux étages supérieurs de la Tour. :

Henri III (i574-i589), fait de Vincennes son lieu de retraite favori. Il s'y enferme lorsqu'il veut se reposer des soucis de la politique. Il en ouvre cependant les grands appartements à l'occasion du mariage de Louis de Nogaret de la Valette, duc d'Epernon, avec Marguerite de Foix (23 août 1387).

De grandes fêtes sont célébrées à ce moment. Puis, le bruit des armes trouble le calme revenu dans le logis royal : les ligueurs s'en emparent. En vain le capitaine Saint-Martin y rentre-t-il : il y est bloqué pendant quinze mois par les Parisiens. Obligé de se rendre à Beaulieu, celui-ci, nommé gouverneur par la Ligue, s'y maintient jusqu'au 28 mai 1594, époque à laquelle il se soumet à Henri IV. :

Ce roi entre solennellement à Vincennes. Pendant son règne, il vient souvent au château, mais sans y séjourner. Gabrielle d'Estrée met au monde dans le pavillon Louis XI un fils, César de Vendôme (1595). L'année suivante, dans ce même logis, le cardinal Alexandre de Médicis, en qualité de légat, apporte au souverain l'absolution du pape.

Louis XIII passe la plus grande partie de sa jeunesse à Vincennes, dans un pavillon dont la première pierre avait été posée en 1610, mais qui ne fut terminé qu'en 1617. Sous son règne, le donjon, qui avait commencé à recevoir des prisonniers sous Louis XI, devient véritablement prison d'Etat.

On peut citer parmi les prisonniers les plus marquants de cette époque : Henri II, prince de Condé, arrêté le 16 septembre 1616. La princesse, sa femme est autorisée à partager sa captivité. Le prince n'est rendu à la liberté que le 20 novembre 1619.

Le maréchal d'Ornano (1626), décédé dans sa prison ; Marie de Gonzague, fille du duc de Nevers, qui avait voulu épouser Gaston d'Orléans ; Le duc de Puylaurens (1635), mort au donjon; L’abbé de Saint-Cyran (1638-1643), un des fondateurs de Port-Royal ; Jean de Wert (1638) ; Les généraux espagnols Lamboy, Mercy et Landron.

Pendant toute la première partie de la régence d'Anne d'Autriche, l'histoire du château n'est encore intéressante que par des détentions de prisonniers illustres. François de Vendôme, duc de Beaufort, plus connu sous le nom de roi des Halles, est mis au donjon en 1643. Son évasion, grâce à la connivence d'un garde, nommé Vaugrimaud, est restée célèbre (1649). Le gouverneur du château, Chavigny, accusé d'avoir manqué de vigilance, est emprisonné à sa place. Puis, les portes de la vieille tour se referment successivement sur le président Charton et sur trois des principaux frondeurs : le Grand Condé, le prince de Conti, et le duc de Longueville. On sait que parmi ces derniers, seul, le prince de Condé conserva tout son sang-froid. « Il chantait, jurait et priait Dieu ; jouait tantôt du violon, tantôt du volant. » Son frère et son beau-frère étaient fort abattus : le prince de Conti, surtout, se croyait perdu ; il avait réclamé une Imitation de Jésus-Christ. En apprenant la chose, Condé s'emporta : « Ce qu'il me faut, à moi, dit-il, c'est une Imitation de M. de Beaufort. » Cependant il s'ennuyait, et, ne sachant comment dépenser son activité, il se prit de passion pour le jardinage. On connaît les vers que le souvenir de cette occupation inspira à Mme de Scudéry :

En voyant ces œillets qu'un illustre guerrier

Arrosa de sa main qui gagnait des batailles,

Souviens-toi qu'Apollon a bâti des murailles,

Et ne t'étonne plus de voir Mars jardinier.

Le prince riait, d'ailleurs, de son talent nouveau. « Aurais-tu jamais cru, dit-il un jour à son chirurgien, que ma femme ferait la guerre pendant que j'arroserais des plantes ». La duchesse avait en effet soulevé la Guyenne. Ce soulèvement ayant causé une grande émotion dans la capitale, on jugea prudent de transférer les prisonniers au Havre (165o).

Le cardinal de Retz leur succède (19 décembre 1652). Il est mis au deuxième étage du donjon, « dans une chambre grande comme une église » écrit-il dans ses Mémoires. Lui aussi, essaye de tout pour combattre l'ennui : il forme des projets d'évasion, élève des pigeons dans une tour, compose des livres : Consolation de Théologie, Partus Vincennarum, etc. En 1654, il est transféré à Nantes d'où il s'échappe le 8 août.

L'année 1652 est marquée par un événement minime en apparence, mais ayant une très grande importance pour notre histoire : Léon de Bouthillier, marquis de Chavigny, gouverneur de Vincennes, meurt (11 octobre). Colbert, intendant de Mazarin, pousse aussitôt son maître à prendre sa place, « ne serait-ce que pour avoir un lieu où mettre à l'abri ses riches collections en cas d'émeute. »

Le cardinal obtient cette succession. Il ne songe, dès lors, qu'à embellir sa résidence. Il charge l'architecte Le Vau de transformer la forteresse féodale en château moderne. Les remparts de Raymond du Temple sont changés en « galeries rustiques » sur le front sud ; des arcs de triomphe s'élèvent, et servent de portes à une cour d'honneur entre deux gros pavillons que le ministre réserve l'un au roi, l'autre à la reine-mère et à lui.

Philippe de Champaigne, Michel Dorigny, Baptiste, le Borzone, le Manchole, sont appelés pour décorer les nouveaux appartements. L'habitation royale doit être aussi somptueuse que possible : il faut que le roi s'y plaise, et, pour charmer ses yeux, la Marne, détournée à Chelles, doit former des canaux dans le parc.

Cependant, ces travaux avancent lentement. Les grands corps de logis, désignés aujourd'hui sous les noms de Pavillon du Roi et Pavillon de la Reine (on devrait dire Pavillon de la Reine-mère), sont à peine logeables quand Louis XIV épouse Marie-Thérèse. On y travaille jour et nuit pour permettre au jeune souverain d'y amener la reine à son retour des Pyrénées. La période des fêtes commence : dans ce milieu de jeunesse, dans ce printemps de gloire, tout est prétexte à divertissements. Pourtant, dans le Pavillon de la Reine, le cardinal Mazarin agonise. Mais il met une coquetterie, qui n'est pas dépourvue de grandeur, à cacher ses douleurs et ses appréhensions. Il ne veut se montrer que « la barbe faite, étant propre et de bonne mine, avec une simarre de couleur feu, et sa calotte sur sa tête ». C'est dans son fauteuil qu'il attend la mort, prenant congé de chacun, distribuant des diamants au Roi, à la Reine, à la Reine-mère, à Monsieur, n'oubliant aucun de ses amis, aucun de ses serviteurs, signant jusqu'au dernier moment les dépêches de l'État, et ne tremblant que lorsqu'il reste seul en face de ses souffrances « qui le font hurler » dit Mme de Motteville. Il s'éteint le 9 mars 1661 entre deux heures et trois heures du matin.

V4

SALLE DES GARDES DE LA REINE-MÈRE. PAVILLON DE LA REINE.

Le Roi aussitôt prévenu, se lève sous le coup d'une profonde émotion ; il pleure un instant, puis, se ressaisissant, appelle auprès de lui ses ministres : le chancelier Le Tellier, Foucquet, de Lionne. Il leur signifie qu'ils n'auront plus d'autre maître que lui. C'est son premier acte d'autorité.

Le 11 mars, la dépouille mortelle du cardinal est portée dans la Sainte-Chapelle « où un service est célébré sans grandes cérémonies ». — Au mois d'août suivant, la Cour part pour Fontainebleau.

L'idylle du jeune roi et de Louise de La Vallière commence aussitôt. Elle a son épilogue à Vincennes. C'est dans le Pavillon du Roi que Marie-Thérèse apprend l'infidélité de son royal époux (1663) ; que le souverain avoue publiquement sa passion (juillet 1663) ; et que, reconnaissant ses torts avec une aisance toute princière, il promet à la reine qu'à trente ans, il cesserait de faire le galant. Il ne réclamait que quatre années d'indulgence !

Le 17 octobre 1666, Louise met au monde l'enfant, qui portera le nom de Mlle de Blois, dans une des chambres des grands appartements de ce même pavillon, celle dans laquelle sera enfermé plus tard le duc d'Enghien. Après son rétablissement, elle quitte Vincennes pour ne plus y revenir; son étoile a pâli, celle de la marquise de Montespan se lève.

La fin des amours du Roi avec Mlle de La Vallière marque également celle de la résidence royale. La Cour revient encore pendant l'année 1667 à Vincennes, mais se fixe décidément à Versailles à partir de 1668. Les grands appartements sont démeublés.

Un demi-siècle s'écoule ainsi : le grand Roi, sur le point de mourir, se rappelle le château dans lequel s'étaient déroulées les plus belles années de sa jeunesse. Il mande auprès de lui le duc d'Orléans, lui parle du Bois dont « l'air est si bon » et lui ordonne d'y conduire le jeune Roi, son successeur, « aussitôt que toutes les cérémonies relatives à ses obsèques seront finies à Versailles. »

Huit jours après il meurt. Louis XV et toute la Cour prennent effectivement le chemin de Vincennes (8 septembre 1715), mais ils n'y restent que soixante-douze jours. Ni le Régent, ni le duc de Saint-Simon, n'ont pu se faire à l'idée d'un tel changement dans leurs habitudes !

Les grands appartements sont de nouveau fermés. Ils s'ouvrent une dernière fois pour la reine douairière d'Espagne, veuve de Louis Ier, qui y habite de 1725 à 1727. Puis, complètement abandonnés, ils sont concédés à différents particuliers en même temps, d'ailleurs, que d'autres locaux du château. C'est ainsi qu'en 1738 les deux frères Giles et Robert Dubois, s'étant enfuis de Chantilly en emportant les secrets de sa manufacture de porcelaine, obtiennent du gouverneur l'autorisation de monter un atelier dans la tour du Diable, avec l'appui financier d'Orry de Fulvy, conseiller d'Etat. Leur tentative, ayant échoué, est reprise par Charles Adam (1745), qui constitue une société, et s'installe dans les anciennes cuisines du Pavillon de la Reine, et dans le manège. Charles Adam cède ses droits, en 1762, à Éloy Brichard. Le Roi, sur les conseils de la marquise de Pompadour, entre dans l'affaire, dont les produits reçoivent le nom de porcelaines de France. A partir de ce moment, les commandes affluent. Les ateliers, devenus trop exigus, sont transférés à Sèvres (1755). Telles sont les origines de la manufacture nationale de Sèvres.

Les locaux abandonnés par Eloy Brichard sont concédés aux frères Hannong, pour y fabriquer des faïences (1766-1788).

En 1753, le Pavillon du Roi est aménagé par Gabriel pour l'École des Cadets, en attendant l'achèvement de l'Hôtel du Champ-de-Mars, construit spécialement pour eux.

 

[1] La ville de Vincennes s'est appelée bourg de la Pissotte jusqu'à la Révolution.

Avec de telles utilisations, les bâtiments négligés tombent en ruine. L'intendant Collet finit par demander 3oo.ooo livres pour les remettre en état (1777). Le Roi refuse, estimant que le château « n'est bon qu'à démolir ou à utiliser pour des services publics ». C'est dans cet esprit d'économie qu'il aliène l'Esplanade et la Basse-Cour (1781), qu'il supprime par extinction les chanoines de la Sainte-Chapelle (1784), enfin qu'il ferme la prison d'État, dont les derniers prisonniers sont transférés à la Bastille.

Depuis les Princes de Condé, les hôtes les plus illustres de la Grosse-Tour avaient été : Foucquet (1662) ; la Voisin avec un certain nombre de ses complices, dont l'abbé Guibourg (1679) ; Mme Guyon (1695) ; un grand nombre de Jansénistes, dont le père Gerberon (1707) ; Crébillon fils (1734) ; Diderot (1749) ! Le marquis de Mirabeau (1761) ; Le Prévot de Beaumont (1769) ; le marquis de Sade (1777) ; et enfin Mirabeau (1777-1780).

Gabriel Honoré, comte de Mirabeau, avait été enfermé en vertu d'une lettre de cachet ; il avait été ainsi soustrait à la juridiction du Parlement de Grasse qui le poursuivait pour coups et blessures envers le marquis de Villeneuve-Mouans, et à celle du Parlement de Pontarlier, qui l'avait condamné à mort pour crimes de rapt et de séduction à l'égard de Sophie de Monnier. Il déploya dans sa prison une activité cérébrale prodigieuse, écrivant ses fameuses Lettres à Sophie, des tragédies, des livres licencieux, enfin, un ouvrage sur les Lettres de Cachet. La publication de ce dernier écrit eut un retentissement considérable : ce fut, en dehors de la raison d'économie dont nous avons parlé plus haut, la cause déterminante de la suppression de la prison d'Etat.

Le donjon inutilisé est alors occupé par une boulangerie philanthropique, puis par une manufacture de plaquettes de fusil, sous la direction de Gribeauval.

Lorsque la révolution survient, l'ancienne résidence royale est dans un tel état de délabrement que l'Assemblée Nationale en prescrit la vente, à charge par l'acquéreur de tout démolir. L'adjudication échoue heureusement. Afin de tirer quelques revenus du domaine, le parc est loué à l'abbé Nodin, comme jardin botanique. Les chanoines survivants, et les particuliers logeant dans les grands appartements divisés en petits logements, sont astreints à payer un loyer. La Sainte-Chapelle est transformée en salle d'assemblée primaire ; le donjon, est mis à la disposition de la commune de Paris pour servir d'annexe aux prisons de la ville reconnues insuffisantes.

Les clubs révolutionnaires s'émeuvent des travaux effectués en vue de cette utilisation, et, le 28 février 1791, les habitants du faubourg Saint-Antoine se portent sur Vincennes. Ils pénètrent dans le château, et commencent à détruire le donjon qui n'est sauvé que grâce à l'intervention du général La Fayette.

Après cette échauffourée, les réparations sont interrompues ; le château est livré au Département de la Guerre, le donjon transformé en poudrière, le Pavillon du Roi en prison de femmes de mauvaise vie.

En 1804, la place est commandée par un chef de bataillon, nommé Harel. Il occupe un logement aménagé dans le massif de l'arc-de-triomphe de Le Vau (tour du Bois). Le 20 mars, vers 5 heures du soir, une chaise de poste escortée de gendarmes et paraissant venir de loin, à en juger par la boue dont elle est couverte, s'arrête devant la porte de ce bâtiment. Un jeune homme, tenant un petit chien dans les bras, en descend. Il est reçu par le gouverneur, qui a été prévenu de son arrivée. Réal, le chef de la police consulaire, l'a annoncé sous le nom de Plessis. Sa présence à Vincennes doit être ignorée de tous. Sa détention, d'ailleurs, sera courte. On le croit un complice de Georges Cadoudal. Il sera jugé dans la nuit, et sa condamnation est certaine, Bonaparte voulant un exemple.

Sa fosse est déjà creusée au fond du fossé, près d'un petit mur qui cache un dépôt d'ordures. Sa chambre seule n'est pas encore prête, les mesures prises à son égard ayant été trop hâtives.

Le malheureux ignore saris doute l'horreur de sa situation, car son regard est calme, assuré. A peine remarque-t-on sur ses traits l'empreinte d'une évidente fatigue, tant la noblesse de son visage, de son attitude, en impose. Le vieux jacobin Harel est embarrassé en face de son prisonnier qu'il ne sait où conduire. Il l'invite presque respectueusement à monter se chauffer chez lui, offre qui est acceptée avec reconnaissance, et il le guide avec le lieutenant de gendarmerie Noirot vers l'unique chambre à feu qu'il possède au premier étage de son logement. C'est une grande salle délabrée, prenant jour sur le parc. Au fond, s'ouvre une alcôve grillée, devant laquelle un paravent est déplié pour cacher Mme Harel alitée, souffrante. Les trois hommes causent: la voix de Plessis douce et posée frappe la malade. Elle ne se trompe pas, ce prisonnier, ce Plessis, c'est son frère de lait, Henri de Bourbon, duc d'Enghien, petit-fils du prince de Condé arrêté le 15 mars à Ettenheim, en territoire badois et arrivant directement de Strasbourg.

Reconnu, il reste dans la chambre de Harel jusque vers les six heures du soir. Il est alors conduit dans la pièce qu'on lui avait meublée à la hâte. Il y soupe et se couche. Réveillé à 9 heures, pour subir un interrogatoire du capitaine Dautancourt, il passe à 11 heures devant un conseil de guerre présidé par le général Hulin. Pas de défenseur, quelques questions auxquelles il répond d'une voix assurée, reconnaissant qu'il a porté les armes en soldat, qu'il est à la solde de l'Angleterre parce qu'il n'a pas d'autre moyen d'existence, mais niant toute participation à un complot parce qu'indigne de lui. Puis, la sentence prononcée hors de sa présence : la mort à l'unanimité sans que le président du conseil sache quel article du code citer parce qu'il n'a pas de code ; le recours en grâce refusé, Savary s'opposant à tout retard; seize gendarmes, l'arme chargée, attendant depuis minuit au pied du pavillon de la Reine. Harel va chercher le condamné et lui enjoint de le suivre sans autre explication. Ce n'est qu'en arrivant à la porte de la tour du Diable, que l'infortuné comprend. Cent mètres à marcher dans l'obscurité, le long des remparts humides de pluie, et il se trouve en face du peloton d'exécution. Un adjudant lui lit le jugement en s'éclairant d'une lanterne. Pas de prêtre ; le duc s'agenouille, récite une courte prière, remet une mèche de ses cheveux à Noirot, pour la princesse de Rohan vers laquelle se reportent ses plus chères pensées. Puis on lui attache la lanterne sur la poitrine. Savary, du haut du fossé, s'impatiente de toutes ces longueurs. Il fait signe à l'adjudant qui baisse son épée. Une sourde détonation retentit. Le dernier des Condé tombe pour ne plus se relever.

Le cadavre est jeté tout habillé dans la fosse.

Une légère surélévation des terres, due au foisonnement, révèle pendant quelque temps la place de la sépulture. Puis, le temps nivelle le sol. En 1816, on fit des fouilles méthodiques pour retrouver le corps. Les restes exhumés, mis dans un cercueil, reposent actuellement dans l'oratoire Nord de la Sainte-Chapelle. Une colonne marque, dans le fond du fossé, le lieu de l'exécution.

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LE FOSSÉ SUD DU CHÂTEAU ET LE TOMBEAU DU DUC D'ENGHIEN EN 1819.

(D'après un dessin lithographié de F. A. Pernot).

Quatre ans après ce drame, Napoléon prescrit de transformer le vieux château en arsenal; d'importantes mais hâtives réparations sont faites ; la Sainte-Chapelle est transformée en salle d'armes.

Le donjon redevient prison d'Etat (1808-1814). Les principaux prisonniers de cette période sont : les deux Polignac, le marquis de Puivert ; des diplomates et généraux étrangers, dont Palafox; le baron de Kolli; le célèbre financier Ouvrard, enfin un certain nombre d'ecclésiastiques ayant pris parti pour Pie VII, parmi lesquels les cardinaux di Pietro, Oppizoni, Gabrielli, l'abbé d'Astros, Mgr de Boulogne. On trouve dans le donjon un certain nombre de peintures et d'inscriptions pieuses dues à ce dernier prélat.

En 1812, l'Empereur donne plus d'extension à son premier projet. Il charge le génie d'aménager des casernes pour 1.000 hommes, une salle d'armes pour 10.000 fusils, de rechercher un emplacement pour le muséum d'artillerie, d'établir des magasins susceptibles de contenir 100.000 livres de poudre, d'élever des hangars pour quelques milliers de voitures, enfin de créer des forges et des ateliers pour les ouvriers en bois.

Daumesnil est nommé directeur du nouvel arsenal. Il n'avait alors que trente-six ans. Ses états de service mentionnaient 22 campagnes, 8 drapeaux pris à l'ennemi, 4 généraux faits prisonniers. Ses actions d'éclat ne se comptaient plus. A la bataille d'Arcole il avait couvert Bonaparte de son corps ; à Aboukir, il s'était emparé d'une des queues du capitan Pacha. Sa bravoure, en un temps où l'héroïsme était monnaie courante, se citait, proverbiale : vingt-trois blessures l'attestaient. A Wagram, en chargeant avec un régiment de la Garde qu'il commandait, il avait eu la jambe emportée par un boulet.

Avec un tel homme, l'arsenal prend un développement qu'on ne pouvait même prévoir. Aussi peut-il fournir la presque totalité du matériel nécessaire à la campagne de 1814.

Lors de la bataille de Paris, dernière étape d'une longue mais glorieuse agonie, c'est le canon de Vincennes qui fait entendre la dernière protestation de la France vaincue. Le matériel confié à la garde du général « à la jambe de bois » est sauvé. Mais Louis XVIII ne sait pas reconnaître un tel dévouement. Le héros est nommé à Condé; il accepte ce poste à la frontière. On lui envoie le brevet de chevalier de Saint-Louis ; il refuse.

Le marquis de Puivert lui succède. Fort honnête homme, mais ancien émigré, il n'a aucun prestige sur de vieilles troupes qui ont conservé le culte du drapeau tricolore. Aussi, est-il abandonné de tous, lorsqu'il veut défendre la place au retour de l'Empereur, et doit-il capituler.

Daumesnil est rappelé. Il est à son poste lorsque les alliés, après Waterloo, reparaissent sous les murs du château. Un parlementaire prussien le somme de se rendre. Il reçoit cette réponse : « Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes. » Le maréchal Blücher s'irrite ; il menace de donner l'assaut à la « bicoque » - — « Essayez, dit le général à son envoyé. Je vous promets de faire tout sauter, et, si je saute, nous sauterons ensemble.

Seulement je ne vous garantis pas que je ne vous égratignerai pas en l'air. » A bout d'argument, on lui propose un million : « Mon refus, s'écrie-t-il dans son indignation, servira de dot à mon fils. »

Les alliés n'osent mettre leurs menaces à exécution : ils se contentent de bloquer la place. Au bout de soixante-douze jours, ils se retirent. Vincennes est sauvé une seconde fois, mais Daumesnil prend sa retraite.

Le marquis de Puivert redevient gouverneur (1815-1830). Sous son gouvernement on continue la démolition des tours commencée en 1808, les restes du duc d'Enghien sont exhumés (1816) ; l'explosion d'un magasin à poudre cause de grands dégâts (1819). Daumesnil reprend ses anciennes fonctions (i83o).

Il trouve encore le moyen d'être utile à son pays, en préservant de la fureur populaire les ministres de Charles X, signataires des ordonnances : le prince de Polignac, MM. de Chantelauze, de Guernon-Ranville, de Peyronnet, confiés à sa garde.

Mais, atteint du choléra il meurt dans son appartement du pavillon de la Reine (1832). La place de gouverneur est alors supprimée.

Depuis cette époque, peu de grands événements sont à mentionner. On doit toutefois rappeler les suivants : en 1840 le vieux château est transformé en fort de seconde ligne de la place de Paris; de 1842 à 1848 le duc de Montpensier commande l'artillerie et occupe les anciens appartements d'Anne d'Autriche dans le pavillon de la Reine restauré à son intention. A la suite de l'émeute de 1849, Barbès et Raspail sont enfermés au donjon. Lors du coup d'Etat de 1851, un convoi de députés de l'opposition, parmi lesquels on trouve Odilon Barrot, le marquis de Talhouët, le duc de Luynes, Berryer, est dirigé sur Vincennes. Les députés, logés dans les appartements du général commandant d'armes, ne couchent qu'une nuit au château.

Sous l'Empire, le vieux fort ne joue aucun rôle.

On ne peut que signaler : une visite du roi de Portugal (1855) ; l'effondrement des voûtes de la tour principale qui fait 17 victimes (1857).

Pendant la guerre de 1870 le général Ribourt établit son quartier général à Vincennes, qui reçoit quelques boulets le 23 janvier 1871. Après le siège, le colonel Faltot occupe la place pour le compte de la Commune. Il capitule d'ailleurs à la première sommation du général Vinoy (28 mai 1871).

Le 22 juillet suivant, le vieux fort, qu'avaient épargné la guerre et l'insurrection, est bouleversé par l'explosion d'un dépôt de munitions.

Après ces heures tragiques, Vincennes n'a pour ainsi dire plus d'histoire. Il ne reste à noter que la création d'une direction d'artillerie (1871), la visite du roi de Siam (1898), celle du shah de Perse (1900); d'Edouard VII, roi d'Angleterre et de Victor-Emmanuel II, roi d'Italie (1903); d'Alphonse XIII, roi d'Espagne (1905).

V7


LE CHÂTEAU VERS. 1610 (D'après la gravure d'Israël Silvestre.)

Château de Vincennes aujourd'hui. Photos : Source web.
Château de Vincennes aujourd'hui. Photos : Source web.
Château de Vincennes aujourd'hui. Photos : Source web.
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Publié le par Rhonan de Bar

DATES ET EVENEMENTS Liés à la MONARCHIE FRANCAISE

ET A SES PAIRS.

  Le 16ième siècle.

RDB

RHONAN DE BAR

ANNÉE 1541.

15 Janvier : Par François 1er, le Canada est rattaché à la France.

19 Mars : L’Amiral Chabot est réintégré dans ses fonctions.

23 Mai : Jacques Cartier quitte Saint-Malo pour son troisième périple en mer.

1er Juin : « Jacquerie des Pitauds [1]» suite à l’Edit de Châtellerault visant à augmenter la gabelle.

15 Juin : Anne de Montmorency, par ses prises de positions pro-impériales, est écarté du pouvoir.

23 Août : Arrivée de Jacques Cartier à Stadacona.

ANNÉE 1542.

14 Février : Intervention de François Olivier, Chancelier de France, auprès de Soliman pour le dissuader d’envahir la Hongrie.

7 Juillet : Edit de François 1er contre la Réforme en France.

12 Juillet : A Lagny, au nom de François 1er ; le Conseil Royal déclare une quatrième guerre contre Charles Quint. Alliance de Francois 1er avec Soliman.

2 Août : Arrestation puis destitution du Chancelier Poyet qui avait mené le procès de l’Amiral Chabot.

4 Octobre : Fin du siège de la ville de Perpignan par les troupes françaises. Début du siège 26 août.

31 Octobre : Naissance d’Henriette de Nevers[2]. Future épouse de Louis de Gonzague.

29 novembre : Le roi danois envoie des ambassadeurs en France, avec lesquels François conclut, 1541, à Fontainebleau, une alliance offensive et défensive.

5 Décembre : Naissance à Linlithgow de Marie Stuart[3].

ANNÉE 1543.

9 Janvier : Mort à Saint-Symphorien-de-Lay de Guillaume du Bellay[4].

11 Février : Signature d’un traité d’alliance entre Charles V et Henri VIII contre François 1er.

18 Février : Naissance à Nancy de Charles III[5].

1er Avril : Naissance à Saint-Bonnet du Connétable François de Bonne[6].

22 Août : Prise de Nice par l’alliance franco-turque. La ville se rend mais pas le château.

26 Août : Défaite des troupes menées par le Duc de Clèves face aux troupes impériales.

12 Septembre : Prise de la ville de Luxembourg par le Duc d’Orléans.

20 Septembre : François 1er ordonne la reconstruction des Halles à Paris.

27 Septembre : François 1er fait son entrée dans la ville de Luxembourg.

ANNÉE 1544.

19 Janvier : Naissance à Fontainebleau de François II[7].

14 Avril : Victoire à Cérisoles de François d’Enghien[8] sur les troupes impériales.

8 Juillet : Début du siège de la ville de Saint-Dizier par Charles Quint.

10 Août : Capitulation de la ville de Saint-Dizier. Les portes ne s’ouvriront pas avant le 17 du même mois. 

14 Septembre : Capitulation du Sieur de Vervins, commandant de Boulogne, devant Henri VIII.

18 Septembre : Signature d’une trêve entre François 1er et Charles Quint à Crépy en Valois.

ANNÉE 1545.

1er Janvier : Sous la pression de l’Eglise, François 1er revient sur les largesses qu’il avait eu à l’égard des Vaudois.

23 Février : Mort accidentelle du Comte d’Enghien au château de la Roche-Guyon.

12 Avril : Le Parlement d’Aix ordonne la mise en application de l’Edit signe par le Roi le 1er janvier.

13-18 Avril : Les troupes menées par d’Oppède saccagent, pillent, brûlent les villages vaudois. Les derniers se réfugieront à Cabrières-d’Aigues.

28 Avril : François Olivier[9], alors Président au Parlement de Paris est nommé Chancelier.

3 Juillet : Victoire navale française à Chef-de-Caux.

18 Juillet : Bataille navale franco-anglaise proche l’île de Wight.

15 Août : Victoire navale française à la Bataille de Boulogne.

9 Septembre : Mort à l’Abbaye de Forêt-Moutiers de Charles d’Orléans[10].

 

 

[1] Révolte de paysans dont l’effectif s’élèvera jusqu’à 20000 hommes. [2] Dite aussi Henriette de Clèves. Née à la Chapelle-dAnguillon. Fille de François 1er de Nevers et de Marguerite de Vendôme.[3] Fille de Marie de Guis et de Jacques V d’Ecosse. Future épouse de François II.[4] Seigneur de Langey. Né au château de Glatiny. Fils de Louis du Bellay et de Marguerite de La Tour-Landry. Historiographe.[5] Duc de Lorraine et de Bar. Fils de François 1er de Lorraine et de Christine de Danemark.[6] Ou Duc de Lesdiguières. Fils de Jean II de Bonne et de Françoise de Castellane. Futur grand Militaire.[7] Fils d’Henri II et de Catherine de Médicis. Petit-fils de François 1er.[8] Né au château de la Fère le 23 septembre 1519. Fils de Charles de Bourbon-Vendôme et de Françoise d’Alençon.[9] Né à Paris en 1497. Il est nommé Chancelier de France et Garde des Sceaux.[10] Troisième fils de François 1er et de Claude de France.

ANNÉE 1546.

2 Avril : Naissance à Fontainebleau d’Elisabeth de France[11].

7 Juin : Traité d’Ardres entre François 1er et Henri VIII. Boulogne, contre une forte rançon, est restituée à la France.

16 Juillet : Pour la sécurité du Royaume, François 1er proclame un Edit interdisant le port d’armes en France. 

3 Août : Les imprimeurs, permettant le développement des thèses luthériennes, sont considérés comme dangereux et exécutés un peu partout dans le Royaume.

7-8 Octobre : Jugement et exécution de Réformés à Meaux.

ANNÉE 1547.

2 Janvier : Fieschi, avec l’aide de François 1er tente de renversé Doria.

11 Mars : Edouard Seymour, duc de Somerset, favorable aux réformés cherche l’appui de la France.  

31 Mars : Mort à Rambouillet du Roi François 1er. Henri II devient Roi de France. A ceci s’ajoute

- disgrâce de Claude d’Annebault (Favori du défunt Roi).

- disgrâce puis exil de la duchesse d’Etampes[12]. Maîtresse du défunt Roi.

2 Avril : Henri II élit quatre secrétaires d’Etat. Ils sont détachés aux finances.

23 Mai : Obsèques de François 1er inhumé en la Nécropole Royale de Saint-Denis. Par la même occasion sont inhumés ses deux fils François, 1er dauphin et Charles, duc d’Orléans.

10 Juillet : Affaire célèbre du « Coup de Jarnac » opposant Guy Chabot de saint-Gelais [13]  à François de Vivonne[14].

25 ou 26 Juillet : Sacre à Reims du Roi Henri II.

8 Octobre : Création de la Chambre ardente chargée de lutter contre l’hérésie.

12 Novembre : Naissance à Fontainebleau de Claude[15].

ANNÉE 1548.

Juillet-Août : « Révolte des Pitauds. » Massacre de certains officiers de la Couronne. Le 12, les révoltés prennent Saintes.

21 Septembre : Henri II est de retour de Turin. Il fait son entrée dans la ville de Lyon. Dans le même temps, le Connétable combat en Guyenne.

13 Octobre : Le Roi Henri II est à Moulins. Il y célèbre les noces d’Antoine de Bourbon[16], avec Jeanne d’Albret [17]et celles de François de Lorraine[18] avec Anne d’Este[19].

ANNÉE 1549.

3 Février : Naissance à Saint-Germain-en-Laye de Louis de France[20], Duc d’Orléans.

10 Juin : Couronnement de Catherine de Médicis à Saint-Denis[21].

8 Août : Nouveau conflit entre la France et l’Angleterre.

2 Juillet : Henri II, à la demande de son chancelier tient un Lit de Justice.

11 Juillet : Léon Strozzi[22] part du Havre-de-Grâce avec 12 navires armés.

1 Août : Bataille navale Franco-Anglaise. Strozzi coule plusieurs vaisseaux anglais. Repli de ces derniers sur Guernesey.

25 Août : Le Connétable de Montmorency reprend les forts de Selacque, Ambleteuse, Maconnet et Mont Saint-Lambert aux Anglais.

1er Octobre : M. de Termes reprend la ville d’Haddington. 

10 Novembre : Mort du Pape Paul III.

21 Décembre : Mort de Marguerite d’Angoulême [23]ou d’Alençon, dite aussi de Navarre.

ANNÉE 1550.

7 Février : Élection de Giammaria Ciocchi del Monte sur le Siège pontifical. Il prend nom Jules III.

24 Mars : Traité de paix. Les Anglais, contre 400000 écus de rançon, restituent Boulogne aux Français.

12 Avril : Mort à Joinville de Claude de Guise[24], Duc de Lorraine. Epoux d’Antoinette de Bourbon[25].

 15 Mai : Henri II fait une entrée triomphante dans la ville de Boulogne.

27 Juin : Naissance à Saint-Germain-en-Laye de Charles IX[26].  

25 Août : Mort de Georges II d’Amboise[27]. Archevêque de Rouen.

24 Octobre : Mort en bas-âge à Mantes de Louis de France.

31 Décembre : Naissance d’Henri 1er de Guise[28].

 

COPYRIGHT RHONAN DE BAR.

[11] Deuxième enfant et fille d’Henri II et de Catherine de Médicis.[12] Anne de Pisseleu. Née en 1508 était issue d’une famille pauvre mais de vieille et haute noblesse.[13] Né à Saint-Gelais en 1514. Fils de Charles 1er de Chabot et de Jeanne de Saint-Gelais. (7ième baron de Jarnac)[14] Né vers 1520. Seigneur de la Châtaigneraie. Filleul de François 1er.[15] Duchesse de Lorraine. Deuxième fille d’Henri II et Catherine de Médicis.[16] Né à La Fère le 22 avril 1518. Fils de Charles, Duc de Vendôme et de Françoise d’Alençon.[17] Née à Saint-Germain en Laye le 16 Novembre 1528. Fille d’Henri II d’Albret et de Marguerite d’Angoulême.[18] Henri II l’élève au rang de Duc d’Aumale.[19] Née à Ferrare le 16 novembre 1531. Fille d’Hercule de ferrare et de Renée de France.[20] Deuxième fils d’Henri II et de Catherine de Médicis.[21] Les Cardinaux de Bourbon, de Vendôme, de Boulogne, de Châtillon et de Guise y assistent.[22] Amiral de la Marine de guerre française. 1515-1554.[23] Née à Angoulême le 11 avril 1492. Fille de Charles d’Orléans, duc d’Angoulême et de Louise de Savoie. Marguerite est la sœur aînée de François 1er. Elle est favorable aux Réformés.[24]  Né à Condé le 20 octobre 1496. Fils de René II et de Philippe de Gueldre.[25]  Née à Ham le 25 décembre 1494. Fille de François Bourbon-Vendôme et de Marie de Luxembourg.[26] Fils d’Henri II et Catherine de Médicis. Charles IX est frère de François II et Henri III.[27] Né en 1488. Fils de Jacques IV d’Amboise et de Catherine de Saint-Bellin. Neveu du Cardinal d’Amboise.[28] Dit le Balafré. Deuxième Duc de Guise. Fils de François de Guise et d’Anne d’Este.

Photos : source web.
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