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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

 

 

Cassiaux1

 

 

 

…Ils avaient rêvé le 13 Vendémiaire ! mais il fallait l'exécuter ; et tel qui conçoit le crime, et peut du fond du cabinet en diriger les effets, manque souvent de l'énergie des bourreaux : c'était le cas où se trouvait le Directoire. Mais un homme existait; il était ambitieux, sans crédit, sans fortune et sans réputation ; il quêtait un emploi ; l'on se ressouvint de lui, on l'appela; il vint, obéit, et Paris fut ensanglanté par la maint de celui qui devait y régner bientôt. Ce jour marqua son âme d'un cachet de sang, et fut le prélude des grandes œuvres qui devaient l'immortaliser.

Toutefois cette fameuse journée lui valut un commandement; l'Italie vit flotter partout l'étendard tricolore, et le vainqueur d'Arcole et de Lodi, couvert de gloire et de lauriers, reparut au milieu de la France. Son retour fit frémir les Parisiens et trembler le gouvernement directorial.

On conçut le projet de l'éloigner, on flatta son orgueil militaire, l'expédition d'Egypte fut résolue ; il partit, et fut  vaincue sons les murs de Saint-Jean d'Acre.

Tour-à-tour Corse, Français et Mahométan, plus ce caméléon politique s'avança dans la carrière ; plus il devint ambitieux. Il ne négligea rien de ce qui put le porter à la souveraineté. Nous verrons par quels degrés il y parvint.

Fatigué de défaites, repu de ravages et convaincu de la folie de son entreprise, Buonaparte revint en France ; et la France, écrasée sous le poids d'un gouvernement versatile et cruel, vit arriver avec quelque joie celui qu'elle avait vu s'éloigner avec plaisir.

Le 18 Brumaire éclata; le Corps législatif fut transféré à Saint-Cloud, le cosmopolite s'y transporta ; le Conseil des Cinq cents fut disséminé à la baïonnette ; un reste de dignité nationale se fit sentir, et Buonaparte, mis hors de la loi, fût tombé sous les poignards des législateurs, si ses compagnons d'armes ne l'eussent sauvé par un crime de lèse-nation.

Enfin le triumvirat eut lieu ; un pouvoir absolu lui fut remis, et dans l'espace de vingt-quatre heures la France eut un nouveau gouvernement.

La France en eût changé vingt fois, s'il se fût trouvé vingt factions différentes ; elle n'avait plus d'énergie que pour souffrir; Le triumvirat se sentit bientôt de l'influence que Buonaparte avait acquise : on le vit successivement devenir Premier Consul, Consul à vie, Empereur des Français, Roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Confédération Suisse, Il eût uni la tiare aux sceptres qu'il avait amoncelés, si la main de Dieu ne l'eût brisé, toutefois il versa sur ses usurpations le coloris le plus gracieux, et chaque dignité parut lui être conférée au nom des peuples qu'il avait asservis à ses lois, et soumis à sa volonté.

Tant de gloire, de fortune et de puissance ne purent le rassasier, ni cacher à ses yeux toute l'horreur de son usurpation ; il sollicita de Monsieur (1) l'abdication de tous ses droits à la couronne de France, et le refus qu'il en éprouva fut l'arrêt de mort de l'infortuné duc d'Enghien. Ce meurtre révoltant, que ses partisans nommèrent assassinat politique, tourna contre lui tous les vrais Français, et même ceux que la fortune ou leur inclination attachaient à son char.

Ce premier attentat à la majesté des nations fut bientôt suivi d'un second, non moins féroce- Un traité fut contracté avec l'Espagne ; cette généreuse alliée nous fournit ses trésors et ses soldats ; on parla de conférences, Charles IV et sa famille s'y rendirent Charles IV et sa famille furent enlevés, faits prisonniers, et la plus indigne captivité devint le prix de la plus honorable confiance.

Ce crime impolitique avait été créé par lui seul ; ses parens, ses ministres, ses conseillers les plus intimes s'y opposèrent.

Il les décrédita ou les exila, non pas qu'il ignorât les malheurs où pouvait le plonger cette infâme trahison ; mais un sentiment plus fort l'entraînait : — il avait soif du sang des Bourbons !

La noble énergie des Espagnols rendit ses projets inutiles, et leurs campagnes brûlantes furent arrosées par le sang d'un million de Français.

Sans cesse tourmenté par le besoin de se justifier et de s'ennoblir aux yeux de l'univers étonné, il sollicita une alliance avec l'Autriche ; il répudia celle qu'il avait élevée au rang d'impératrice, et obtint en mariage la fille des Césars.

Cet hymen étonnant fit un moment présager la paix à l'Europe ;.... cet hymen la détruisit. Londres, cette arche sainte qu'il n'avait pu toucher, l'irritait sans cesse par la grandeur de son commerce, et la force de sa liberté ; il y voulut entrer, et Moscou lui sembla le seul chemin qui pût l'y conduire.

Mais la nature alarmée se révolta contre lui, les nations assoupies se réveillèrent et se coalisèrent, les Français épuisés l'abandonnèrent et le maudirent; et ce colosse effrayant, après avoir lutté vainement l'espace de quelques mois , est tombé frappé de délire et d'aveuglement, et traîne au milieu d'un île de fer des jours qu'il eût pu rendre chers à la nation , qui déjà n’y percevait plus qu'à peine les forfaits qu'il avait commis ; tant les armes françaises l'avaient environné de triomphes et de lauriers!

Enfin la Providence a replacé sur le trône l'héritier de Henri ; mais hélas ! dans cet instant de trouble et de confusion, bien loin de s'éclipser, les haines et l'esprit de parti se sont réveillés : la crainte et l'incertitude chez les uns, l'orgueil et l'espérance chez les autres, sèment partout l'injustice et l'erreur. On murmure, et l'honnête homme, étonné de la stupeur générale, cherche à démêler la vérité pour ne point hasarder une opinion de laquelle il aurait peut-être à rougir un jour aux yeux de ses concitoyens.

Mais que dis-je ? peut-il n'en avoir aucune? est-il donc sa force et sans énergie? n'a-t-il pas le cri de sa conscience pour le diriger, et l'expérience du passé pour l'éclairer sur l'avenir ? Grand Dieu ! n'est-ce pas assez ?

O mes enfans ! de ce choix peut-être dépend la réputation de toute votre vie!

Cherchons donc quels sont de l'une et l'autre part les causes du murmure ; soyons impartiaux, et que notre opinion soit le fruit de notre raison, et non celui de notre délire ou de notre enthousiasme.

Sans doute ce grand événement devait produire des sensations tout-à-fait différentes dans l'esprit des Français. Les uns avaient beaucoup perdu par la révolution, les autres avaient beaucoup gagné ; l'espérance devait donc s'emparer de l'âme des premiers, au même instant qu'elle abandonnait celle des seconds : mais la main du temps avait scellé les dernières opérations de l'ancien gouvernement d'un cachet authentique, et le premier bienfait du Roi, qui le sentit, devait être une charte constitutionnelle qui fixât les prétentions de chacun.

Cet acte, aussi juste dans ses principes qu'honorable pour celui qui le dicta, n’obtint pas l'approbation générale. L'ancienne noblesse y recouvre ses titres ; mais la nouvelle conserve les siens ; chaque citoyen est également admissible aux grandes charges de l'Etat, passible d'une juste répartition d'impôts, et la liberté des cultes couronne cet oeuvre de clémence et de justice.

Mais l'irrévocabilité des ventes des domaines nationaux est devenue l'écueil où s'est allé briser l'enthousiasme de quelques royalistes. Ils ont dit : « Voilà donc le prix de notre éternel » attachement-à la dynastie des Bourbons ! « voilà donc le prix du sang que nous avons versé pour eux! Hé quoi ! n'était-ce pas assez de vingt ans d'infortune et de revers ? n'était-ce pas assez de vingt ans de honte et d'humiliations? n'était-ce pas assez d'avoir supporté de toutes parts, et les vexations de l'usurpateur, et les dédains de ses valets ? Fallait-il,  quand le Ciel rend à nos voeux celui que  nos bras ont vainement défend, qu'il confirmât par un arrêt solennel l'attentat qui nous a dépouillés? Devait-il s'entourer d'hommes nouveaux, quand il lui » restait encore cette vieille notasse française qui combattit si vaillamment à ses côtés, et lui donna tant de preuves de son dévouement et de sa fidélité ? Ces soldats parvenus sous un gouvernement tyrannique et révolutionnaire, auraient-ils osé lever leur fer sur ces vieux et preux  chevaliers, dont les noms se perdent avec leurs aïeux dans l'immensité des temps? n'eussent-ils pas fléchi le genou devant de tels maîtres ? et honteux et repentans, n'eussent-ils pas imploré notre clémence et notre protection, si leur Roi légitime ! eût eu la force de les rejeter dans le rang où le sort les a fait naître, et d'où l'anarchie les avait injustement tirés ? Les grandes charges de la magistrature devaient-elles rester entre les mains de leurs nouveaux détenteurs ? les gentilshommes français n'ont-ils donc pas acquis assez de science pour gouverner, d'énergie pour maintenir ou pour détruire ce qu'il convient à la dignité du royaume d'abattre ou de réédifier ? Hé ! que nous servent de vains titres sans prérogatives, un grand nom sans fortune et sans pouvoir? que nous sert un Roi constitutionnel ? Nous forcera-t-il, (ils l'ont dit!) nous forcera-t-il à le haïr, et à regretter les fers que nous portions ? Pourquoi tant de faiblesse et de pusillanimité ? qu'avait-il à craindre d'un peuple de factieux sans force et sans énergie ? ou s'il  redoutait encore l'influence des premiers hommes de l'Empire abattu, n'avait-il pas à son service 200,000 baïonnettes  pour le soutenir et l'aider dans l'exécution de nos projets, les seuls dignes de lui, mais qu'il n'a pas même osé concevoir ! » délire de l'égoïsme ! insensés qui vous déshonorez par de tels sentimens, tombez aux pieds d'un Roi dont la sagesse et les vertus ont conservé l'honneur à votre pays ; de ce Roi qui n'a rien perdu de sa noblesse et de sa dignité, lors même qu'il semblait ne tenir son pouvoir que des mains des alliés, et dont la grande âme vous a ménagé le plaisir si doux de paraître ne devoir qu'à vous seuls et sa couronne et son indépendance.

Ingrats ! ce n'était donc pas votre Roi que vous regrettiez, mais vos titres, vos rangs et vos honneurs ; et l'ivresse que vous fit éprouver son retour fut donc moins celle du coeur que celle de l'ambition !

O Louis ! ô mon Roi ! rappelle-toi ces mots de Cicéron à César : « n'y la rien de plus grand dans ta fortune que de pouvoir sauver la vie à une foule d'hommes, et rien de plus grand dans ton âme que de le couloir. » Résiste à l'esprit de vengeance dont on veut t'animer; pardonne « Au fond d'un cœur reconnaissant, un bien fait porte intérêt. » (2) O mon Roi! Ton avènement au trône sacré de tes pères ne me rend rien, ne m'ôte rien; mais un sentiment inné m'enchaîne à ta destinée.

Veuille le Ciel répandre dans l'âme de mes enfans ce besoin si doux de traimer et de te servir ! Veuille le Ciel réveiller dans le cœur des Français cet antique amour de leurs rois, qu'un instant d'erreur en a banni! Pardonne,... ils ont tant souffert!.... ils ont tout perdu, sauf l'honneur !

Mais s'il en était qui persistassent dans leur aveuglement, dis-leur Vous osez me reprocher ma conduite! examinons quelle a été la vôtre.

Forcés de fuir votre malheureuse patrie, entraînés par la dignité de votre rang ou par l'exemple de vos princes, vous vous êtes expatries. L'attente d'un prompt retour au sein de vos propriétés et dans les bras de votre famille, anima votre courage, et le plus grand nombre de vous conservèrent sur le champ de bataille cette antique bravoure qui valut jadis la noblesse à vos aïeux et vous la mérita de nouveau. Les chances de la guerre trompèrent notre espérance, le malheur s'appesantit sur nous, les fatigues et les privations jetèrent le découragement parmi vous ; les regrets se firent sentir ; enfin, après quelque temps de persévérance et de fierté, vous ren trâtes au milieu de la France teinte encore du sang de votre Roi. Quelques-uns y rapportèrent d'honorables cicatrices; un plus grand nombre y revinrent l'âme avilie par les vices honteux qu'ils avaient contractés dans les basses professions qu'ils ne rougirent pas d'exercer au milieu d'un  pays qui leur offrait du fer et du plomb, une couronne royale à reconquérir, et  de grands exemples à suivre.

On vous vit alors quêter servilement des certificats de civisme auprès des comités révolutionnaires, solliciter votre radiation de la fatale liste des émigrés, et peu-à-peu devenir avec l'usurpateur le plus ferme soutien de son empire et les plus zélés de ses sujets. Vous rachetâtes à force de bassesses les titres que vous aviez perdus, vous rentrâtes dans quelques - unes de vos propriétés, et vous vous jetâtes avec confiance dans les bras du soldat vagabond dont l'adroite politique vous attachait à sa fortune.

Dans votre nouvelle élévation, non-seulement vous avez oublié vos premiers  sermens, mais encore vous avez frappé de mépris et d'outrages tous ceux de vos égaux qui s'étaient refusés à l'adoration de l'usurpateur.

Possesseurs vous-mêmes de biens nationaux, accordâtes-vous un asile et du pain à ceux de vos frères ou de vos amis dont vous aviez acquis la fortune à vil prix ? On vous a vu solliciter des alliances honteuses, ou porter des encens au Seigneur pour la conservation  du trône impérial, et l'anéantissement de celui soutenu jadis par vos pères et  naguère défendu par VOUS, Que faisais-je alors ? Errant et malheureux avec les débris de ma famille, et soutenu par mon courage et l'attachement de quelques amis fidèles, je traînai vingt ans sans murmure des jours longuement douloureux. Vous jouissiez  au milieu de votre pays  et des douceurs de la fortune, et des douceurs de la paternité; pauvre et fugitif, je voyais grandir à mes cotés deux neveux chéris, sans que l'espoir consolant de pouvoir  leur assurer, non pas une couronne, mais un tombeau paisible, vînt jamais adoucir l'amertume de mon sort. Une épouse chérie ajoutait encore aux délices de votre vie ;... j'avais perdu la mienne mais MADAME me restait au milieu de tant de malheurs. Elle était là, chaque jour je la voyais; elle me prodigua sans cesse les soins les plus assidus ; jamais un seul murmure ne sortit de sa bouche. Plus occupée de mes maux que des siens, sa consolante amitié versait un baume délicieux sur mon existence, et réunis, nous rendions grâce à Dieu, de ce que sa bonté tutélaire nous fesait trouver dans les larmes que nous répandions une source inaltérable de bonheur et de résignation ! Hélas ! disions-nous, si la terre nous manque pour vivre, elle ne peut nous manquer pour mourir! (3)

Comparez votre existence à la mienne,  et jugez-moi si vous l'osez encore. Que dis-je? jugez-moi. Qui vous en a donné le droit ? Voulez-vous revendiquer le  pouvoir arbitraire des premiers constitutionnels ? êtes-vous jaloux de mon autorité ? ne vous rappelez-vous les journées de Septembre que pour les renouveler ? m'avez-vous replacé sur le trône par la force de vos armes ? ne suis-je redevenu souverain que pour vous consulter et vous obéir ? C'est à Dieu seul, à Dieu que je dois compte de ma conduite ; c'est  à son tribunal sacré que je serai responsable un jour des maux que je vous aurai faits, si mon coeur et mon attachement pour vous pouvaient jamais changer; c'est  à lui seul de me juger, et non pas à des  sujets factieux que je chéris , et pour qui je viens renoncer aux douceurs dur repos. Approchez-vous de moi ; essayez de soulever ma couronne, et vous verrez-de quel poids accablant elle est aujourd'hui. Quoi donc ? quand je me résigne à tout, quand je me jette entre vos bras et m'abandonne à vous avec confiance et sécurité, ne m'aiderez-vous point à tenir ce sceptre de fer qui m'est remis entouré de sang et d'épines? Qu'ai-je  donc fait pour mériter votre inimitié?

n'ai-je pas assez souffert ? ai-je causé vos malheurs ?... Répondez : qu'exigez-vous ? La restitution de vos biens ? elle est impossible sans injustice. L'avilissement de la nouvelle noblesse ? elle n'a rien que  d'honorable à mes yeux. Le rétablissement de vos droits féodaux ? ils étaient révoltans. L'abolition de la liberté des cultes? le sang malheureux des Protestans coule encore devant mes yeux, et me défend de vous écouter. Le privilège des grands emplois civils et militaires ? vous demandez l'anarchie, et je ne veux ni ne dois y consentir... »

 

(1) Louis XVIII.

(2) Sénèque.

(3) Deesse nobis terra in quâ vivamus ; in quae moriamur non potest ! Tacite.

 


 

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