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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MARTYRS DE FRANCE

LES SIX CENTS PRETRES MARTYRS

Des îles de la Charente (1793-1795) 

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La déportation en 1793-94.

 

C'est, parmi les horreurs sanglantes de cette crise d'hystérie sauvage qu'on nomme la Révolution française, une des pages les plus ignominieuses que l'histoire des déportés des pontons. Les beaux exploits de la guillotine, à Paris, avec les ruisseaux de sang dont la police finit par se plaindre au bourreau, les tueries des Carmes, les noyades de Nantes, les fusillades de Quiberon vous jettent aux moelles un frisson violent, mais rapide.

C'est la secousse brutale que vous donne en un drame d'épouvante le massacre d'un cinquième acte. Ici, c'est dans la cruauté lâche et fétide, c'est dans le fangeux, dans le vaseux qu'on s'enfonce. Taine a raison de comparer la Révolution au crocodile, idole sacrée derrière son voile, de près bête immonde et louche et rampante, qui, lentement, lourdement, béatement, écrase en se vautrant dans la boue ses victimes.

Donc, la Constituante a proclamé le faux dogme de la liberté religieuse, et, en même temps, clic a voulu tout de suite briser en le faussant l'organisme sacré de l'Eglise catholique, faire de la religion un service public, du clergé, séparé de Rome et soumis au pouvoir civil, un corps de fonctionnaires. Elle a volé en juillet 90 la Constitution civile du clergé, protestant, malgré les énergumènes qui la poussaient à changer jusqu'au dogme, qu'elle ne touchait pas au spirituel, qu'elle réglait seulement le temporel, mais soumettant à l'élection populaire les évêques et les curés, défendant aux nouveaux prélats de demander à Rome institution et confirmation, chargeant les tribunaux de forcer le métropolitain à consacrer les élus, etc…etc.

D'ailleurs, elle a commencé par faire main basse sur tous les biens de l'Eglise ; car il faut que ses ministres soient des salariés à la solde de la nation... et dans la main des gouvernants. Menacé de la misère s'il résiste, comment ce clergé, dont une littérature impie depuis cinquante ans dénonce la cupidité et les mœurs dissolues, pourrait-il ne pas se laisser prendre à la souricière ?...

Mais voilà qu'avant même que Rome ait parlé, le clergé, d'instinct chrétien, s'est levé et a déclaré, avec Mgr de. Donnai, Mgr de Boisgelin, l'abbé Maury et presque tous les évêques appartenant à la représentation nationale : « Nous périrons, s'il le faut, mais nous ne laisserons pas asservir l'Eglise et avilir son sacerdoce

Alors la Bête, contrariée dans sa digestion et dans sa haine, a, grincé des dents ; et par une loi nouvelle (27 novembre-27 décembre), préparée et accompagnée, suivant le rite, d'outrages, de discours comminatoires et des violences de la rue, elle a imposé dans les huit jours à tout ecclésiastique exerçant un ministère public le serment de fidélité à la Constitution civile, sous peine de perdre sa fonction d'abord, et puis d'être puni comme suspect, perturbateur de l'ordre et rebelle à la loi.

Et le tohu-bohu a commencé. En vain pour briser à tout prix l'admirable unité de l'Eglise et faire éclore le schisme qui la ruinerait, on a, mettant en jeu tout à la fois la méthode forte et la méthode douce, ici terrorisé, lancé des bandes d'apaches contre les églises, les presbytères, les couvents, ailleurs flatté, caressé, cherché à endormir les scrupules : il y a des circulaires exquises de procureurs de départements aux maires et officiers municipaux pour qu'ils expliquent que l'Assemblée « a mis Joutes les consciences à l'aisé en déclarant formellement qu'elle n'a pas entendu toucher à la spiritualité de la religion » ; et souvent les officiers municipaux, bonnes âmes ou magistrats très ennuyés, n'ont pas demandé mieux que de tricher, que de recevoir le serment en acceptant les réserves qu'y mettait le prêtre ou en feignant de ne pas les entendre C'est comme cela que par surprise ou a obtenu — ou enregistré — quelques adhésions dont beaucoup seront bientôt suivies, quand il fera plus clair, surtout quand le Pape aura prononcé, de rétractations publiques, officielles, notariées parfois ; ce qui est un scandale intolérable et un sujet de grande colère...

Or, depuis la loi de Séparation et les discours mielleux ou amers, et les campagnes de presse, et les menées de tout genre, qui en faisaient l'accompagnement, c'est une histoire que nous comprenons très aisément..

Mais en ce temps-là, comme on sait, la résistance du clergé français, commençant par le haut, fut tout de suite magnifique Sur 131 archevêques ou évêques, quatre seulement prêtèrent le serment, dont trois étaient incrédules et sans mœurs. Et du jour au lendemain, sur 70.000 prêtres, il y en eut 16.000 de destitués.

Alors, ce fut dans toutes les paroisses de France le gâchis violent de la guerre civile et religieuse Relisez la maîtresse page de Taine :

« Partout deux croyances, deux cultes... L' intrus, l'excommunié, qui voit le vide autour de lui, n'ayant pour auditeurs que des gens du club venus le sous tenir par politique, qui, furieux, dénonce le réfractaire » comme accaparant les fidèles, fanatisant les consciences, sapant la Constitution, et qui envole les  gendarmes contre lui. ».

Les gendarmes ou l'émeute. Car de ce moment contre le prêtre insoumis, donc révolté, toutes les violences sont légitimes, bannissement, internement, pillage, voies de fait, et meurtre compris.

« Voici venir la révolte des paysans, les insurrections de Nîmes, de la Franche-Comté, de la Vendée, de la Bretagne, l'émigration, la déportation, l'emprisonnement, la guillotine ou la noyade pour les deux tiers du clergé de France... A cela conduisent les lois de l'Assemblée constituante... Et les attentats qu'on commettra plus tard seront les suites inévitables de ceux qu'elle a commis. »

Ce n'est pas ici le lieu de rappeler tous ces attentats.

Et il n'est même pas nécessaire de rapporter la série de lois et décrets par lesquels la Bête, de plus en plus irritée contre celte résistance de l'Eglise qui brisait son effort, cherchait incessamment à lui asséner de nouveaux coups.

La Législative encore une fois essayait de surprendre son ennemi par la ruse du serment dit de liberté égalité (27 novembre 91). Celui-là était purement civique; aussi qui refuserait de le prêter s'avouait un séditieux irréductible ; le moins qu'il mériterait c'était, avec la dégradation civile et la spoliation, l'internement.

Cela demeurait inefficace ; et ce clergé maudit, tant qu'il restait là, empoisonnait les âmes, souillait la terre de la liberté, était coupable de tous les troubles.

Six mois après on décrétait (26 mai 92) l'exil hors du royaume pour tous les insermentés que dénonceraient au département les « citoyens actifs » du canton.

Et comme la chasse aux prêtres ainsi légalisée ne donnait pas encore assez, le 20 août l'exil était imposé à tous, sans autre forme de procès; quant à ceux qui n'auraient pas quitté te territoire dans les quinze jours, ils seraient arrêtés, conduits de brigade en brigade aux porta de mer les plus voisins pour être déportés à la Guyane On remplaçait pour les sexagénaires et les infirmes la déportation par la réclusion.

La Convention qui avait en mains de si bons textes n'eut plus qu'à les étendre des insermentés à tous les ecclésiastiques, séculiers et réguliers, frères convers et lais, qui seraient dénoncés pour cause d'incivisme, à ajouter comme lieu de déportation la côte Ouest d'Afrique à la Guyane, et à la déportation la confiscation de tous les biens ; puis, à punir de mort dans tes vingt-quatre heures tous ceux qui d'exil rentreraient sur le territoire de la République ; tous ceux qui, jetant dans le cas de la déportation, ne seraient pas venus dans la décade se livrer eux-mêmes aux autorités du département, et ceux qui les auraient recelés, etc (18 mars —21 avril —20 octobre 1793).

Cette fois, la machine à triple ressort : bannissement, déportation ou réclusion, et mort, semblait parfaite Seulement, l'émigration avait déjà emporté aux quatre vents de l'espace tous ceux qui avaient pensé que le meilleur était de fuir devant la tempête. Contre les irréductibles qui ne voulaient rien entendre que le Verbe de Dieu, et qui, se déguisant, se cachant dans les bois, s'obstinaient à ne pas laisser sans secours leur troupeau, la guillotine, tout en ne cessant pas de travailler, se montra vite insuffisante : ils étaient trop ! et trop populaires la plupart... C'est ainsi que la déportation devint le principal moyen « d'exécution » de centaines et de milliers de prêtres qui, sur tous les points du territoire, refusaient de lâcher prise, qui encombraient les prisons — et dont la masse chaque jour grossie par des arrestations nouvelles allait constituer la plus embarrassante cargaison à transporter au delà des mers...

Ceux-là étaient dans le vrai qui avaient opéré les grandes boucheries de septembre, ou qui proposaient, comme le citoyen Legendre, de charger les prêtres sur les bateaux à immondices qu'on appelle à Brest les Maries-Salopes, et d'aller les déverser en pleine mer! Une idée dont Carrier, à Nantes, sut bientôt profiter.

Car où prendre les bateaux, les équipages et l'argent pour faire faire la traversée d'Afrique ou d'Amérique à cette prêtraille inépuisable ? Le Comité de Salut public n'arriva jamais à trouver la solution pratique de ce problème. Il se contenta donc d'acheminer vers les ports, vers Nantes, Bordeaux et Rochefort, ces convois de chair humaine, en laissant aux autorités locales le soin de s'en défaire comme elles pourraient…

Voilà pourquoi, par la force des choses, bien plus que par la crainte des croisières anglaises, les déportés de la Terreur, tous des prêtres, et la plupart, on l'a compris, l'élite du clergé de France, les plus héroïques, les meilleurs, mais un certain nombre aussi à qui Dieu voulait faire racheter par la souffrance l'erreur de leurs serments constitutionnels, ont été amenés dans le cirque lumineux de celte belle rade saintongeaise, pour y endurer des tortures effroyables, et, sans qu'aucun ait dépassé la ligne bleue qui ferme l'horizon, pour tomber là en terre française... nous conservant à portée de la main, jusqu'à l'heure où nous saurons nous en faire un palladium, le trésor de leurs saintes reliques !

Dès 1792, à la Législative, un évèque apostat, Faucher, avait, d'un geste de haine dans lequel Dieu pourtant mettait quelque chose de prophétique, marqué pour devenir le champ du martyre ces parages. « Mieux vaudrait, disait-il, détenir les insermentés dans les îles de la Charente, parce qu'autrement, il faudrait 100 vaisseaux pour transporter 50-000 prêtres ! »

Par une prédestination émouvante, tous les diocèses de France et ceux de la Belgique, française par la conquête de 1792, ont fourni â cet holocauste des victimes, ont dans ce reliquaire des gloires à chercher. Car lorsque Nantes eut assez des noyades, elle reversa vers Bordeaux nombre de ses déportés. Mais quand Bordeaux et Blaye eurent, en lin de 1794, honte et embarras des leurs, c'est là encore, dans les eaux de l'île Madame et du Port-des-Barques, que les 6 à 700 qu'ils avaient chargés sur trois bateaux vinrent prendre leur mouillage à côté des 250 spectres qui étaient les seuls survivants de l'immense procession de confesseurs et de martyrs descendue à la mer par Rochefort.

Et les 1.700 du Directoire sont encore venus féconder ce pays de la forte semence de leurs morts; ceux-là même ont fait escale ici qui devaient s'en aller périr à Cayenne et à Sinnamary. Je le dis après Mgr de Saint-Flour, paraphrasant à ce sujet Victor Hugo:

 

O flots! que vous savez de lugubres histoires!

 

...et de sublimes ! Mais on demeure confondu à penser qu'ils sont les seuls à se les raconter en montant les marées, et que, pendant un siècle et presque un quart de siècle en plus, l'indifférence des hommes, l'oubli ou l'impuissance de l'Eglise de France, jusqu'ici liée aux gouvernements issus de la Révolution, avaient tissé à ces pauvres morts un autre suaire plus épais, plus lourd à soulever que le sable ou l'argile sous lesquels ils sont couchés !...

 

 

Gabriel AUBRAY.

 

A suivre…

 

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