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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MARTYRS DE FRANCE

LES SIX CENTS PRETRES MARTYRS

Des iles de la Charente (1793-1795) 

 

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Le supplice des pontons.

 

Donc, à la fin de 93, et au commencement de 91, après que la Convention a hurlé à la mort, les directoires de département se sont mis en mesure de purger au plus vite la terre de la liberté de ces ennemis du bien public, qui encombrent depuis des mois plus ou moins longs tes couvents changés en prisons. De partout, de Metz, de Nancy, de Verdun, de Lille, d'Amiens, de Reims, de Troyes, de Sens, de Chartres, de Rouen, de Coulances, de Saint-Brieuc, de Quimper, de Moulins, de Bourges, de Tulle, de Saint-Flour, aussi bien que de Périgueux, d'Angoulême, de Limoges et de La Rochelle, toutes les routes de France qui vont vers le Sud-Ouest charrient sous l'hiver les lamentables convois.

De Limoges, il est parti pour Rochefort, le 25 février, 40 prêtres ; le 29 mars, 39 autres ; avec ceux qu'on enverra un peu plus tard et ceux de la Creuse, c'est 122 environ que le diocèse fournit au sacrifice : et pas de 80 succomberont telle est la proportion.

La Meuse aura presque exactement les mêmes chiffres.

L'Allier compte 62 morts sur 76 déportés, et Rouen 73 sur 81.

Et ils s'en vont, les pauvres prêtres et religieux, de tous Ordres, et à peu près de tous âges, malgré la loi, qu'on interprète largement, escortés de gardes qui ont la consigne de « fusiller le premier qui bronchera », qui les outragent, les maltraitent, excitent contre eux la foute : « Si vous étiez des animaux, on pourrait avoir pitié de vous  mais, étant des monstres, vous ne méritez aucune compassion... » Huées : «A l'eau!» « A la guillotine ! » blasphèmes, coups de pierres, menaces de mort A La Rochelle, il y en a six qui, livrés à la populace en attendant leur embarquement, ont été massacrés; et l'on a promené leurs têtes sur des piques et traîné leurs corps en lambeaux par la ville. A Limoges, on a servi à la caravane du Bourbonnais la réédition d'une mascarade infâme, déjà offerte un mois auparavant à des détenus de la Corrèze; la « piquante singularité, » dit le Journal du département, d'un cortège où, précédés de la garde nationale, les sans-culottes, ayant revêtu chapes, chasubles, costumes de Carmes et de nonnes, accompagnaient un une mitre monté à rebours par un prêtre, et un cochon en habits pontificaux avec une triple couronne et celte inscription : Ego sum papa. Et quand on les a eus traînés en chantant par toute la ville, on les a rangés autour de la guillotine, et le bourreau a exécuté devant eux, en feignant de les devoir passer tous à leur tour au couperet, un bandit de curé, l'abbé Gaston, qui depuis deux ans se cachait dans des champs de genêts, autour de sa paroisse, pour continuer ses secours à ses ouailles, et que des patriotes avaient enfin arrêté.

Il est vrai qu'en de certains endroits les populations, au contraire, leur sont sympathiques, voudraient les délivrer ; que de braves gens les ravitaillent, que des femmes sanglotent, que des geôliers même ont pour eux des délicatesses. Et il est vrai aussi qu'ils sont pleins de courage. Le P. Imbert, un Jésuite, a même composé un chant du départ pour l'Afrique qui a le lyrisme ardent et l'air... de la Marseillaise.

Enfin, d'étape en étape, de prison  en église désaffectée et profanée, et de grenier en écurie, ils arrivent à Rochefort.

Au nom  de la loi de confiscation, on tes a fouillés tout le long de la roule. On les fouille encore. On les fouillera toujours et partout, parce qu'il reste toujours quelque chose aux doigts de ceux qui font la fouille. On leur prend d'abord tout leur argent, —et il y en avait de riches, et les plus pauvres avaient ramassé sur eux tout ce qu'ils avaient pu — leurs montres, leurs tabatières, leurs boucles de souliers et de jarretières, leurs boutons de manches. (On a les procès verbaux de dépôt) Mais on leur vole aussi leurs livres, leurs bréviaires, leurs manteaux, leurs vêtements, leurs couteaux et fourchettes, leurs valises. On se donne le plaisir obscène de les mettre nus pour les mieux visiter. On leur laisse juste les quelques nippes qui les couvrent et sur lesquelles, quand ils mourront, l'on s'empressera de faire — toujours très légalement — main basse. Puis on les entasse avec des forçats au réfectoire des Capucins et à la prison Saint-Maurice, sans paille, couchant sur des banquettes ou par terre, sans feu, sans lumière, sans air, sans exercice, au pain et à l'eau, incertains de leur sort, en proie aux rats, à la vermine, aux propos violents et aux rixes sanglantes de leurs compagnons...

Et s'il y a déjà des maladies cl des morts, tout cela n'est que le mal ordinaire des prisons trop chargées, le mal qu'ont enduré les déportes de Bordeaux à la prison du Hà et au fort Pâté de Blaye. Aussi, sur onze cents que furent à peu près ceux-ci au cours de 1791, n'en a-t-il péri que deux-cent-cinquante : mince tribut à côté de l'autre. Mais voici que déjà les prisons de terre n'ayant plus suffi, on a jeté le trop-plein de la charge dans la cale d'un vieux vaisseau à trois ponts, le bonhomme Richard, qui sert d'hôpital aux soldats galeux, et dans celle d'un autre vaisseau du port, le Borée. Puis, dès le mois de mars, les prisonniers atteignant le nombre de huit cents, et les arrivages, qui ne devaient cesser qu'en août, continuant toujours, il fallut bien que, harcelé par la Majorité maritime de Rochefort, le ministre donnât des ordres pour rembarquement. Il affecta à la déportation des prêtres deux anciens vaisseaux à nègres et à charbon, les Deux-Associés et le Washington ; et le supplice des pontons aussitôt commença.

Supplice sans nom, et dont la pudeur littéraire de jadis en même temps que la dignité humaine force les témoins qui le racontent d'en voiler en partie la hideuse réalité. Mais, les sobres récits des — survivants, des revenants !— écrits et publiés au lendemain même de la tourmente, se trouvent aujourd'hui confirmés par les papiers officiels, rapports de médecins, arrêtés des conseils publics, journaux de bord, registres d'écrou; et l'on y peut entrevoir toute l'horreur, toute l'épouvante, toute la pitié, mais aussi tout l'attendrissant, le beau et le sublime que portèrent dans leurs flancs pendant onze mois et balancèrent aux roulis de la vague ces cachots mouvants qu'on appelle les pontons de Rochefort.

Dans l'entrepont des Deux-Associés, où il y a quarante places, on en a le sabre en main, précipité quatre cents.

Entrez, scélérats que vous êtes, ou je vous hache ; qu'il y ait de la place ou non, il faut vous f... là.

Bah! 400 nègres ont loge à ce même bord, et ils y étaient au — large! Vous en verrez bien d'autres! S'il en meurt 20, nous en ferons venir 10!....

Chaque nuit, on les précipite dans l'entrepont tout noir où quatre cents chiens, dit un médecin dans un rapport, s'ils y passaient une seule nuit, seraient tous morts ou enragés et où l'on a, pour qu'ils y puissent tenir, cloué en rayons le long des parois des planches sur lesquelles ils s'entassent. Fermés sous verrous pendant onze ou douze heures, ils doivent croupir, malades, agonisants ou morts, littéralement emmêlés les uns dans les autres, se marchant dessus, s'écrasant pour aller aux deux baquets qui servent de latrines. Et tout cela que travaillent et vont dévorer très vite la gale, le scorbut, la gangrène, la dysenterie, le typhus et les fièvres putrides ; tout cela sue, saigne, vomit, fiente, gémit, crie, délire et expire dans une atmosphère de cauchemar. On étouffe sans pouvoir se retourner, on se heurte aux poutres et aux planches ; on se blesse mutuellement Qui est là ? El c'est un égaré qui tombe sur vous, qui râle, et dont on va jusqu'au jour porter le corps sur ses jambes et soutenir la tête sur sa poitrine.

C'est un dément qui vous étreint, qui vous frappe, vous mord en hurlant. L'abbé Théobald Petit, un jeune curé de grande valeur, a pris la mort en dormant sur un cadavre, figure contre figure, et humant son haleine empestée...

Sylvain Maréchal, l'abominable auteur de la parade dramatique le Jugement dernier des rois, qui s'est jouée au théâtre de la République, le lendemain même de la mort de la reine, devant une élégante gâterie d'impures en fourreau de satin, devant Lucile Desmoulins, jeune mariée à robe rose, n'a guère imaginé pire, quand il a mis en scène le Pape et tous les rois d'Europe jetés sur une île déserte et se battant comme des chiens autour d'une barrique de biscuit « La guillotine, disait le sans-culotte qui les montrait, c'eût été trop doux et trop court. Il a paru plus convenable d'offrir à l'Europe le spectacle de ses  tyrans détenus dans une ménagerie et se dévorant les uns les autres... »

Il semblerait crue c'est ce programme d'une haine diabolique qui a évacué de tout le pays et poussé à cette sentine immonde pour l'y faire pourrir ce qui fut la fleur du clergé de l'ancienne France.

Au jour, quand, avant de les faire sortir de leur cachot empuanti, on a, pour désinfecter ensemble l'étable et le bétail, plongé dans des barriques de goudron des boulets rouges, dont la fumée les asphyxie et leur fait cracher le sang, on les parque sur une moitié du pont, que ferme une barrière hérissée de pointes de fer et que troue la gueule de quatre canons menaçants.

Ils sont là sous les frimas et les rafales de mars et avril 1791, sous les chaleurs d'un été qui fut torride, sous les pluies torrentielles de l'hiver 1795 où la Charente elle-même fut prise et bloqués les navires. Ils mangent, dix par dix, à la gamelle, souvent sans cuillers, fourchettes, ni couteaux, et debout, l'infecte pitance que leur laissent l'inhumanité et les malversations de l'équipage : soupe de fèves noire de charançons, débris de morue. «chanvreuse » ou de viande avariée ; rongeant de leurs gencives, amollies et ulcérées par le scorbut, le biscuit plein de vers, si affamés, si misérables qu'ils se battent presque à la distribution du pain et qu'on en surprit, malgré la défense, à dérober quelques morceaux de pain dans l'auge des pourceaux du capitaine ; buvant — quand ils en ont — l'eau «de cale » noire et pourrie ; passant leur temps, en dehors des rudes et  répugnantes corvées qu'on leur impose, à rapiécer leurs vêtements en guenilles, à laver leur unique chemise, à gratter leurs plaies, à tuer interminablement les armées de poux qui les dévorent Car les effets des morts n'appartiennent même pas aux vivants qui les ont aidés à mourir. Et le P. Retouret, des Grands Carmes, qui avait été un professeur de rhétorique, un prédicateur en renom de grandes stations, embarqué malgré ses joues creuses et sa maladie de foie, et dont la sciatique grelotte sous un frêle habit de camelot, mourra sans avoir obtenu du capitaine le vêtement d'un confrère disparu.

Tant de misère et de si affreux traitements les ont exténués, hébétés, abrutis. Et comme, fouillés et refouillés sans cesse, ils n'ont plus ni chapelets, ni livres, ni rien, comme le moindre geste de piété, le moindre mot latin les fait châtier ainsi que des conspirateurs, il en est qui perdant par une étrange névrose toute mémoire, et presque toute pensée, ne peuvent même plus prier, ni même réciter le Pater, et qui se désespèrent dans la peur d'oublier jusqu'aux paroles sacramentelles de la pénitence et de l'extrême-onction!... C'est qu'on voit, qu'on entend et qu'on souffre de si horribles choses que les cerveaux se vident ou que la folie les envahit par brusques éclats. Il y a un arrêt de la Majorité de Rochefort qui ordonne de « fusiller sur l'heure les déportés qui seraient convaincus de complot ». Donc, parce que le chanoine Roulhac, un doux et qui va mourir très calme en pardonnant aux hommes et demandant à Dieu pardon pour lui-même, est accusé d'un propos imprudent, au mât de misaine, devant la moitié des déportés sur lesquels on a peureusement braqué les canons, on le fusille de vingt balles à bout portant. Ou, parce que le P. Coudert, un Carme déchaussé d'Angoulême, qui devait finir très paisiblement, très pieusement, et expirer sans qu'on s'en aperçût, se démène dans un accès de fièvre chaude au milieu de ses confrères en émoi, l'équipage affolé s'arme en hâte, allume la mèche des canons ; sur le champ, le jury déclare coupable de révolte tout le groupe, et le condamne à être mitraillé. La fatalité fit qu'un chirurgien de l'état-major voulût bien reconnaître le cas et empêchât l'exécution de ceux qui l'avaient attendue toute une nuit comme une délivrance. Et aux fers celui qui n'exécute pas assez vite une répugnante ou dure corvée !

Aux fers pour quinze jours celui qui a osé demander aux matelots de lui apporter quelque fruit pour le rafraîchir... Aux fers celui qui s'est plaint que le biscuit était plein de vers, et avec lui les quatre prêtres qui mangeaient au même plat… Aux fers celui qui a inséré dans une lettre à ses parents un passage des psaumes...

Aux fers tes dix-sept prêtres qui ont adressé une pétition au district de Rochefort: et le supplice est si dur que la moitié y succombe...

Cependant, au milieu de cet enfer et sur ce fumier de Job, la sainteté fait pousser ses fleurs merveilleuses.

Aux prisons de Rochefort, on observait l'abstinence du Carême. Qui croirait que sur les pontons, où une guerre terrible est faite à tous objets de superstition, non seulement l'un a pu sauver un bréviaire, un autre un Evangile, une croix d'argent remplie de reliques, une boîte des saintes Huiles, mais qu'il y en a qui ont encore conservé leur ciliée et leur discipline ? Et l'on se confesse, on s'absout, on se donne dans l'ombre les derniers sacrements, on reçoit le repentir des renégats, on se réconforte, on s'édifie mutuellement. Il y a un règlement qu'on s'est fait à bord des Deux-Associés, un corps de résolutions pour ne rien tirer de ces terribles épreuves qu'un effort de perfection, qui est proprement un chef-d'oeuvre de sainteté.

Il y a des traits charmants et il y en a de sublimes.

Le chanoine Doudinot de la Boissière, qui avait été conseiller au Parlement de Bordeaux, se fait pour s'occuper, et gagner quelques morceaux de pain de supplément, le tailleur d'habits des gens de l'équipage. L'abbé de Cardaillac, est le fils d'un marquis, il a été aumônier de Madame, comtesse de Provence, et possédant, comme tant d'autres, avec les vertus sacerdotales, l'esprit enjoué cl les manières pleines de grâce du grand monde, il a un entrain, une affabilité, une complaisance, un zèle apostolique « qui électrise tout le monde ». En attendant qu'il meure lui-même victime de sa charité d'infirmier, incomparable est son adresse à se procurer quelques remèdes et à les présenter aux malades ; cl ses discours, pleins de l'onction du Saint-Esprit, fortifient merveilleusement les âmes.., Quand il faut faire sourire ceux qui ont l'humeur noire, il a pour lui donner la réplique l'abbé de Féletz, le jeune et lin lettré, qui, s'étant, lui, échappé du naufrage, sera le brillant journaliste des Débats, l'académicien qu'aimait Chateaubriand et que redoutait Sainte-Beuve.

Mais c'est la mort qui, réveillant les âmes, les dégageant de la fange des chairs ulcérées, leur fait jeter de merveilleux rayons. Le vicaire général de Limoges, Pétiniaud de Jourgnac, qui, par son aménité, sa piété tendre, sa charité, son talent et sa figure extérieure elle-même évoquait saint François de Sales, tout couvert de plaies, tout mangé des vers, souriait à la douleur, et, les lèvres toutes pleines des paroles de l'Ecriture, versait un peu de sa générosité et de sa joie à ceux qui mouraient eu même temps que lut. Et un ancien docteur de l'Université d'Angers, Pierre de la Morelie de Puyredon, qui avait, comme doyen du Chapitre de Saint-Yrieix, rédige contre la Constitution civile une protestation énergique et déposée chez un notaire, tenait en agonisant des propos si pleins d'une force surnaturelle que le capitaine lui-même vint par curiosité les entendre.

 

 

Gabriel AUBRAY.

 

A suivre…

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