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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

NOTRE DAME DE REIMS.

 reims

 

CHAPITRE II. PREMIER EXTRAIT.

 

 

Cathédrale du XIIIe siècle.

 

 Son portail.

 

 

plan caté

 Les dévastations dont avait souffert Notre-Dame de Reims n'avaient pas entamé son vaisseau ; les premières années du XIIe siècle le voyaient encore intact, lorsqu'on 1211, suivant les uns le 6 mai et suivant d'autres le 24 juillet, un effroyable incendie dévora une partie de la ville de Reims et la cathédrale d'Ebon. Si on en croit dom Marlot, le grand-prieur de Saint-Nicaise, l'Un de nos historiens du XVe siècle, sa voûte et ses piliers étaient en bois, au moins en partie. Cette circonstance facilita singulièrement les progrès et les ravages du feu;

La flamme descendit le long des piliers, ravagea le chœur y brûla les reliquaires, une partie du trésor et des archives. La Vieille église avait vécu 390 ans environ. Bientôt un amas de ruines noircies, de cendres fumantes, marqua la place où s'élevèrent successivement la citadelle gallo-romaine, le temple de Vénus, l’église bâtie par saint Nicaise, celle achevée par Hincmar.

Lorsqu'on 1844 on creusa dans la cour de l'archevêché le sol pour opérer la fonte d'un second bourdon, on distingua sur les parois de la fosse, à une profondeur de quelques pieds, un lit de charbons et de matières noires, qui pouvaient être les traces de l'incendie de 1211.

L'archevêque Albéric de Humbert, après avoir pleuré sur les ruines de la sainte basilique et prié Dieu de lui prêter l'assistance dont il avait besoin pour relever son temple, commença par donner, à cette fin, tout l'argent dont il pouvait disposer.

Le Chapitre suivit son exemple et vida son trésor. L'architecte du monument à construire, l'immortel Robert de Coucy, voulut faire mieux que Romuald. Son plan était vaste et couvrait les lignes du vieux monument ; il les dépassait de toutes parts; et la nouvelle cathédrale allait renfermer dans son sein les fondations de tous les édifices qui l'avaient précédée. Sa voûte hardie, ses forêts de clochetons, ses sept tours élancées vers le ciel, devaient lui donner un aspect gigantesque. Mais il fallait beaucoup d'or pour tenter cette vaste entreprise. L'architecte, sûr de son génie, doutait de ses ressources et faisait part de ses inquiétudes à l'archevêque : — « Commencez, dit Albéric à Robert, Dieu et les hommes nous aideront. » Et il on fut ainsi. Alors la foi était vive, et la charité donnait largement à la voix de l'espérance; le clergé demanda des secours au nom du Seigneur; en son nom il pardonnait au repentir généreux. Dans les provinces on promena les reliques, les vases sacrés, tristes témoins de l'incendie auquel on avait pu les soustraire. Partout sur leur marche on racontait le fatal désastre; l'or du châtelain et du riche marchand, le denier de la veuve et de l'ouvrier, remplissaient les sacs destinés à l'architecte; il en fit bon et bel usage.

Ce fut en 1212 qu'Albèric de Humbert posa la première pierre de l’admirable édifice, orgueil de notre cité (1). Depuis ce jour, les travaux marchèrent sans interruption, les artistes sculpteurs y dévouèrent jour vie; les tailleurs d'images y épuisèrent toutes les richesses de leur imagination; plusieurs architectes y consacreront leurs jours, leurs veilles, les trésors de leur science ; un chef-d'œuvre sortit de leurs mains.

Ce fut vers 1430 seulement qu'il fut achevé. Pendant deux cent vingt-neuf ans on y vit travailler bien des hommes qui, eux aussi, avaient leurs idées, leur savoir; ils ont respecté le plan de Robert de Coucy; ils ont su le continuer et le conduire à perfection. Leur modestie s'est inclinée devant la supériorité du maître ; leur foi s'est mise à genoux devant sa pensée, elle commandait du fond de la tombé; et pendant plus de deux siècles ses ordres furent exécutés. Elle était devenue la pensée de tous.

Aussi la gloire de Robert de Coucy leur appartient à tous; tous ils y ont droit. Le génie qui obéit, s'élève au niveau de celui qui commande.

Dès 1213, une cérémonie imposante eut lieu ; c'était la dédicace de l'église. Le même jour on bénissait à Reims l'église Sainte-Balsamie(2)

La veille de la  Noël 1241, les hymnes sacrées se faisaient entendre sous les voûtes nouvelles. Le Chapitre prenait possession du choeur, sans doute il s'établissait au centre d'une église encore imparfaite : de longs travaux extérieurs suivirent cette première installation.

En 1295 on bâtissait encore; il fallait de l'argent. Les fidèles, le Chapitre en donnèrent, et los clochetons virent leurs pointes amincies s'effiler en aiguilles ; les niches désertes reçurent bientôt leurs immobiles habitants ; les terribles gargouilles vomirent les eaux de la pluie qui baignait la toiture; les milliers de ligures qui décorent les cinq portiques achevés, se classèrent et se mirent en place; les tours s'élevèrent majestueusement, et l'œil étonné se demanda comment l'art pouvait être à la fois si léger et si noble.

Les nombreuses statuettes dont nous parlerons bientôt, ne furent pas faites dans le même temps; on ne dut s'en occuper que quand les grands travaux furent terminés. L'exécution de quelques-unes d'entre elles révèle le ciseau des XIV et XVe siècles.

La tour du midi était encore imparfaite sous Charles VI. Le cardinal Filastre, ancien chanoine de Reims, se souvint alors de l'église dans laquelle il avait commencé sa brillante carrière : il se fit un devoir de lui venir en aide et eut l'honneur de payer les dernières pierres de l'édifice dont Robert de Coucy traçait le plan deux siècles plus tôt.

Un immense désastre menaça peu après Notre-Dame de Reims.

Le 24 juillet 1481, des ouvriers plombiers raccommodaient sa vaste toiture do plomb ; c'étaient Jean et Rémi Legoix. Ils omirent de surveiller les charbons dont ils avaient besoin pour la fusion du métal; vers midi tout le haut de la grande église fut en feu. La flamme gagna rapidement le clocher élevé sur le transept, les quatre tours placées à ses deux extrémités. La charpente qui les composait, celle qui soutenait la couverture, étaient de véritables forêts. Rien ne put les empêcher de brûler.

L'incendie atteignit les deux tours de la façade. Les cloches, le plomb du toit se mirent à fondre. Des ruisseaux de métal coulaient de toutes parts et tombaient en cascade du haut de l'édifice sur ceux qui portaient des secours. Ce formidable torrent brûlait tout ce qu'il touchait, et formait un obstacle invincible au dévouement des Rémois. Ils ne purent sauver que le corps de l'édifice et le portail; tout le resta périt. Le dommage fut estimé à plus de cent mille florins. (Deux cent mille livres tournois de cette époque)

Il fallut annoncer ce terrible malheur à Louis XI. Ce prince, alors âgé, bizarre et soupçonneux, faisait parfois mine de prendre des accidents pour des actes volontaires. Que faire pour prévenir sa colère sans pitié? Les plombiers sont arrêtés et conduits à Laon devant le bailli de Vermandois. Les habitants s'assemblent à l'échevinage, et les chanoines au Chapitre. Des gardiens sont placés de tous côtés. Voici qu'à neuf heures du soir l'incendie reparaît et relève sa tête de feu : on s'en rend de nouveau maitre.

Le jour de l'Ascension, une immense procession fait le tour des débris fumants en implorant la miséricorde du Seigneur; Le peuple portait des torches; les bannières des métiers, les hautes classes marchaient à sa tête. Cependant le Chapitre et le conseil de ville avaient envoyé une députation au Plessis-lès-Tours. Ils cherchèrent à se justifier cl parvinrent à atténuer les effets du mécontentement royal. Le Chapitre courut risque d'être remplacé par des moines, si nous en croyons Fourquart, le syndic des habitants, témoin et historien de ce triste événement. Il n'en fut rien. L'irascible monarque entendit raison. Les frères Legoix même finirent par être graciés.

L'archevêque, les chanoines, les Rémois, les fidèles du diocèse et des provinces voisines se cotisèrent pour faire disparaître les traces du funeste sinistre. Bientôt les travaux recommencèrent.

En 1484 oui lieu le sacre de Charles VIII. Ce jeune prince, que l'on reçut au milieu des ruinés encore irréparées, vit avec peine l'état de la royale église. Il accorda, pour sa reconstruction, une somme considérable à prendre sur l'impôt du sel. D'autres rois prolongèrent après lui celto généreuse concession. Les ouvriers purent travailler avec activité. La toiture fut recouverte de plomb; toutes les cloches furent réunies dans les deux tours du portail. Les clochers qui décoraient les bras et le centre du transept, devaient être rétablis. Des marchés furent débattus à celle intention. Les bois furent apportés et déposés dans l'intérieur de l'église. Le chanoine Cocquault constata qu'ils y étaient encore dans les premières années du règne de Louis XIV. Nous dirons plus loin comment on recula devant les difficultés de l'entreprise, comment on finit par y renoncer.

La toiture, mal refaite en 1484, fut recommencée en 1487. Jean Rogier, maître plombier, dirigea les nouveaux travaux, et termina la crête de l'édifice par un feston dentelé et surmonté de fleurs-de-lys et de trèfles en plomb doré, placés alternativement.

La façade du portail méridional fut rebâtie en 1501. Le sagittaire qui se dresse à son sommet, fut remis en place en 1502.

En 1506, des fonds accordés par Louis XII furent employés à refaire la galerie du nord. En 1515 seulement, on se décida à terminer par des toits le sommet des tours du portail. Jusqu'alors elles avaient attendu les hautes flèches dont Robert de Coucy voulait les couronner. Depuis cette époque l'édifice n'a plus éprouvé de modifications dans son ensemble : nous le voyons tel quo l'a vu François Ier,

Chaque année le Chapitre dépensait 25,000 livres en réparations.

Nos rois venaient à son secours et contribuaient à conserver intacte la grande église. La république la menaça dans son ensemble après l'avoir ruinée dans ses revenus, dans son trésor, dans ses autels.

Quand le catholicisme releva la tête, la cathédrale fut rendue au culte, et l'empire lui donna son offrande. De 1809 à 1814, M. Rondelet, et d'autres après lui dirigèrent des travaux dont vingt ans d'abandon avaient augmenté l'urgence. La restauration et le gouvernement de 1830 les ont continués ; les pouvoirs que Dieu depuis quatre ans place à la tête de la France, n'ont pas voulu les abandonner. Le pays dans sa détresse a su trouver des fonds pour continuer la réparation d'un édifice qui lui rappelle tant de jours de gloire et de bonheur. La Providence veut qu'il vive : ne peut-il pas encore voir briller dans son sein l'aurore d'une ère d'honneur et de prospérité? Mais de longues années, des sommes considérables y seront dépensées avant que Notre-Dame n'ait plus besoin de secours.

Ce récit chronologique était nécessaire pour arriver à ce qui va suivre : en désignant chacune des parties de l'édifice, nous rappellerons, quand cela nous sera possible, les dates, les faits, les détails qui s'y rattachent.

Les pierres employées à la construction de l'église ont été fournies par les carrières d'Hermonville, de Merfy et de Marsilly. On dut aussi chercher à utiliser les débris amoncelés sur cet emplacement que de somptueux édifices n'avaient cessé de couvrir depuis près de dix siècles.

La grande église de Reims compte, en longueur en dehors, 149 m 17 c, et en dedans 138 m. 69c. Le transept a en long à l'intérieur 49 m. 45 c. et à l'extérieur 61 m. 25 c. L'édifice, mesuré entre les bas côtés, compte à l'intérieur 30 m. 13 c. de large, l'extérieur 34 m. 07 c. Les contre-forts forment une saillie de 7 m. 50 c. On trouve au chœur, depuis la grille jusqu'à la barrière élevée derrière le maître-autel, en longueur, 45 in. 42 c. L'arrière-choeur n'a que 20 m. 45 c. Le choeur et la grande nef, entre les piliers, sont larges de 12 m. 23 c ; l'axe des piliers 14 m. 65c; les bas-côtés ont en hauteur 16m. 40 c et en largeur, entre les piliers, 5 m. 53 c. De l'axe du pilier au mur latéral 7 m. 74 c. L'élévation des chapelles de l'abside est la même que celle des bas-côtés. Les voûtes ont 37 m. 95 c. de haut. Les tours montent à 81 m. 50 c.

 

(1) Autour du cierge paschal on plaçait jadis un rouleau qui portait celle inscription: «Anno 1211, die festo Sancti Joannis ante portant Latinam, 6 maii, ecclesia remensis fortuito incendio concremata fuit; et eodem die anno revoluto, fabrica ejusdem ecclesiae incoepta fuit a bonae memoriae Alberico archiepiseopo, qui primum lapidem fundamentis manu proprid collocavit

(2)Elle était située dans le quartier Saint-Nicaise, dans le haut de La veille à l'extrémité de la rue qui porte son nom. Elle fut détruite en 1793.

 

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