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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

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NOTRE DAME DE REIMS.

 

CHAPITRE PREMIER. PREMIER EXTRAIT.

Notre Dame de  Reims.—Cathédrale des Ve et IXe siècles.

 

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Dans le monde est-il un point où la cathédrale de Reims ne soit connue? Est-il un homme  éclairé qui n'ait voulu saluer le noble édifice?

Nos pères l'avaient appelé la grande église : il méritait ce nom. L'architecture moderne n'a rien produit qui puisse le lui faire perdre.

Maintes fois on l'a décrit : pinceaux et burins ont rivalisé pour le reproduire dans sort ensemble, dans ses détails. C’est facile de l'étudier dans des livres sur des gravures; mais pour le comprendre, il faut le visiter. À quiconque croit le posséder son aspect aura toujours des mystères à révéler; à qui l'aura vu chaque jour, sa splendeur saura sans fin imposer l'admiration ; qui se trouve pour la première fois à ses pieds, restera silencieux et profondément ému : c'est que la majesté de la grande église ne réside pas seulement dans là hauteur de ses lignes, dans la magnificence de son portail, dans la hardiesse de ses arcades : c'est que cette forêt de pierres, ces dalles aujourd'hui muettes, ces voûtes audacieuses ont une histoire, une âme, une vie : c'est qu'il est impossible à l'esprit de se soustraire aux plus touchants souvenirs de nôtre nationalité. De tous côtés ils assiègent le spectateur, le saisissent, le soumettent à leur magie. Autour de lui, pas un marbre, pas un mur qui n'ait son nom à dire, sa légende à raconter. Dans cette immense basilique, pas un écho qui ne crie : France et pairie!

De cet édifice, tant de fois dépeint, nous allons essayer d'esquisser l'histoire, de donner la description. Si nous échouons dans cette sérieuse tâche, d'autres, après nous, la reprendront et s’en acquitteront mieux.

Reims était la capitale d'un grand peuple quand César envahit la Gaule. Déjà païenne, elle accueillit sans étonnement les dieux du Capitale et dans son enceinte les divinités celtiques et romaines eurent des temples.

Au centre de la ville gallo-romaine s'élevait la citadelle. Dans toutes nos vieilles cités on retrouve l'usage des fortifications intérieures.

Là le pouvoir exécutif bravait l'émeute ; là se réfugiait la population quand l'ennemi parvenait à franchir les remparts.

Reims avait donc sa citadelle : la tradition y place un temple de Vénus, de Cybèle, ou de Jupiter ; elle devait contenir aussi un palais, peut-être le sénat, le prétoire ou le tribunal ; l'ensemble de l'édifice recevait le nom de Capitale.

On peut avoir une idée de nos anciennes villes en visitant la commune de Bazoches, située entre Fismes et Braisne, Au milieu du village s'asseoit aujourd'hui une ferme: c'était l'antique château seigneurial du pays. Il était flanqué de six ou sept tours encore debout: on lui a conservé le nom de citadelle. De larges fossés l'environnent : au-delà est Une première enceinte de murs assez forts et de bastions sans hauteur. Plus loin, dans l'intérieur de la commune, on voit les traces de deux autres enceintes jadis continues. Leurs tours et leurs portes ont laissé des vestiges faciles à reconnaître. On y remarque la disposition symétrique des pierres, et par suite le style des constructions gallo-romaines.

Ces ruines ont de l’importance. La tradition fait de Bazoches une ancienne ville gauloise; elle y met la résidence du roi Induciomare. Les Romains y avaient garnison. Là fut, dit-on, le palais d'un proconsul. Les champs qui touchent la commune contiennent des ruines qu'il serait intéressant d'explorer. Quiconque veut avoir une idée de ce qu'était Reims dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, doit visiter celte curieuse bourgade.

On fixe généralement au commencement du V ième siècle l'époque où saint Nicaise porta la statue de la Vierge sur l'autel des divinités païennes, au centre de la citadelle gallo-romaine. Deux autres cathédrales avaient précédé celle qu'il fonda dans le III ième siècle de l'ère chrétienne. On avait construit sous l'invocation de saint Sixte, premier évoque de Reims, une chapelle élevée sur ses restes et sur ceux de ses trois successeurs immédiats, Sinice, Armand et Bétause. Cette simple basilique, depuis réédifiée et détruite en 1726 a laissé son nom a l'une des rues qui sillonnent le quartier Saint-Nicaise; Cent ans après sa création, elle avait cessé d'être siège épiscopal. En 314, l'évêque Bétause avait bâti sur les ruines d'un temple de Bacchus une église dédiée aux apôtres ; il y transféra le siège métropolitain, et cinq évoques après lui y célébrèrent lés saints offices. Située dans la rue de Saint-Symphorien, cette église, reconstruite aux XII et XII ièmes siècles, périt en 1793. Cette seconde basilique fut sans doute bientôt insuffisante : saint Nicaise dut l'abandonner pour un édifice plus en harmonie avec l'importance conquise par le christianisme dans la Gaule Belgique. Fit-il élever au milieu des antiques fortifications une église chrétienne? Epargna-t-il le temple païen pour le consacrer au nouveau culte? C'est ce que nous ignorons.

La fondation de la cathédrale eut lieu vers 401. Saint Nicaise, parvenu au siège épiscopal à peu près en 400, mort en 407, a-t-il eu le temps et l'argent nécessaires pour créer en sept ans un vaste édifice? cela ne nous parait pas probable il dut utiliser en grande partie les constructions primitives. Ce qui semble plus certain c'est que la citadelle fut conservée et qu'elle protégea les murs de la sainte basilique.

C'est dans ses murs que se réfugia la population rémoise lorsqu'en 407 les Vandales mirent la ville à feu et à sang ; c'est là que saint Nicaise, sa sœur Eutrope, ses diacres Florent et Joconde furent massacrés en cherchant à défendre la cité contre la fureur des Barbares. C'est là que le digne évêque, revêtu de ses habits pontificaux, la crosse en main, à la tête de son clergé, implorant le Seigneur, s'avança jusqu'à la porte de son temple. C'est là que vieillards, femmes et enfants en larmes, agenouillés, attendant la mort, virent leur dernier défenseur lâchement égorgé par des barbares ivres de débauche et de carnage. La tradition indiquait autrefois par Un petit monument dont nous parlerons la place où furent immolés les saints martyrs. Une belle église s'élevait jadis dans le haut de notre cité : elle rappelait à tous le nom du saint et celui de sa généreuse soeur. Des châsses précieuses renfermaient leurs reliques; un tombeau de marbre conservait leur mémoire. De tous ces monuments élevés par la reconnaissance de nos pères il ne resta plus rien.

Les nations, les cités qui veulent être bien servies ne doivent pas oublier les services rendus, quelle que soit leur data. Honneur à l'homme qui meurt pour son pays! Honneur au chef qui succombe en défendant les siens ! A lui la gloire et ses insignes; pour lui le bronze et ses statues, le marbre et ses bas-reliefs. Les ossements de saint Nicaise sont en partie anéantis : qu'importe?

Le vent a dispersé ses cendres : qu'importe? son nom vit et sa gloire est debout. A saint Nicaise, mort pour Reims, il faudra tôt ou tard dans Reims un monument. A notre vieux temple se rattache un de ces grands souvenirs qui bravent les révolutions, traversent les âges et survivent aux édifices, leurs périssables témoins. La première église de Notre-Dame de Reims vit un vainqueur sauvage, le chef d'une nation barbare et brutale, l'époux de la douce Clotilde, Clovis, roi des Francs, abaisser sa tête à la longue chevelure aux pieds du Dieu qui fit tous les hommes libres et égaux devant lui. En 496 eut lieu le baptême du fier Sicambre; en 496, au milieu de la citadelle romaine, sur les ruines du temple païen, la civilisation et le christianisme montèrent sur le trône de France. Là fut le berceau de notre vieille monarchie; là triomphèrent le spiritualisme, la charité, les lumières; là furent vaincues ta force matérielle, l'égoïste philosophie, l'ignorance superstitieuse. Salut et gloire au premier autel de Notre-Dame de Reims !

A cette époque, on ne baptisait que dans la cathédrale: seulement deux ou trois siècles après, les curés obtinrent la permission de donner le premier des sacrements institués par le christianisme.

Ce point est d'une grande importance; il répond aux traditions erronées qui veulent placer dans d'autres basiliques rémoises la grande cérémonie dont nous parlons. On ne pouvait baptiser le roi que dans la grande église : c'est là que se trouvait la cuve où descendaient les néophytes, la fontaine sacrée qui donna son onde limpide et pure à la main de saint Rémi.

La sacristie de la première cathédrale était célèbre par un miracle : le roi Sigebert y avait recouvré l'ouïe pendant qu'il causait devant quelques reliques du bienheureux saint Martin de Tours.

Saint Nicaise avait ménagé sous le grand autel du chœur une crypte ou oratoire souterrain. Il s'y retirait pour prier. Saint Rémi suivit son exemple et affectionna celte retraite : c'est là qu'un ange du ciel vint lui annoncer qu'il pouvait par donnera l'évoque Genebaud et le rétablir sur le siège de Laon.

Cette crypta fut conservée sous la deuxième église; l'archevêque Hervé lai fit réparer et mit son autel sous l'invocation de saint Rémi.

Dans l'église bâtie par saint Nicaise fut sacré Louis le Débonnaire.

Les glorieux souvenirs ne lui manquaient donc pas; Sous la première race, elle était l'objet de la vénération des rois et des peuples. Sous les carlovingiens, on n'avait plus, pour tout ce qui se rattachait à la famille de Clovis, le même respect que par le passé : notre cathédrale finit par menacer ruine.

Lorsqu'on 816 Ebon parvint au siège de Reims, il conçut le projet de reconstruire le vieux temple. La faveur royale et ses bienfaits lui étaient alors assurés ; il disposait des revenus de l'église, déjà considérables. La charité des fidèles ne devait pas faire défaut à leur chef. Il se mit à l'oeuvre. Louis le Débonnaire lui permit, en 818, de prendre dans, les rues et places voisines le terrain dont il aurait besoin pour élever le nouvel édifice. Il fut donc plus vaste que le premier. L'empereur autorisa de plus Ebon à employer à sa construction les matériaux des anciens remparts.

Les Rémois et les Romains, leurs alliés, les avaient élevés à grands frais en pierres de taille de grande dimension. On puisa dans ces riches carrières tout ce dont on avait besoin. Les habitants consentirent à cette démolition, qui ne fut d'ailleurs que partielle, et se placèrent sous la protection du ciel, sub custodia coeli. Ces mots furent depuis traduits  par la vieille devise rémoise : Dieu en soit garde.

La munificence royale fit aussi l'abandon des droits du fisc sur les terrains ainsi concédés, des redevances dues par l'église de Reims au palais impérial d'Aix-la-Chapelle.

Ce fut en 827 ou 829 que les travaux commencèrent activement.

Rumalde ou Romualde, architecte du roi, les dirigeait. Il était serf de Louis le Débonnaire; celui-ci le donna à Ebon pour te servir toute sa vie et lui consacrer les talents qu'il avait reçus du ciel. Sous ses ordres s'enrôlèrent de nombreux ouvriers.

Des artistes habiles avaient été appelés de toutes les contrées.

Ebon veillait à ce que rien ne manquât à ceux qu'il avait fait venir. Les vivres qui leur étaient nécessaires étaient réunis et distribués par ses ordres. Il leur assignait des logements. Rien n'interrompait le travail. Lorsqu’Ebon fut déposé, en 835, il fut contraint de laisser à d'autres  une entreprise dont il avait conçu le plan ; mais il s'occupait sans cesse, dans, l'exil, des constructions qu'il ne pouvait plus surveiller. De retour en 841, il bénit tout ce qui avait été fait en son absence; chassé de nouveau de son siège, il ne put mettre la dernière main à son oeuvre. Hincmar, son successeur, fit la dédicace de la nouvelle basilique, en présence des évêques de la province, de Charles le Chauve et de toute sa cour.

Il fallut près de quarante ans pour élever les grosses constructions de la secondé église. Après cent cinquante années de travaux, elle n'était pas achevée dans ses détails, et en 962 le sculpteur y travaillait encore. Malheureusement cet antique édifice n'a pas été décrit par ses contemporains; et, comme nous allons le voir, il ne fut pas de longue durée.

11 existe deux dessins qui ont tous deux la prétention de représenter la cathédrale du temps de saint Nicaise; les anachronismes matériels qu'on y remarque, ne permettant pas d'ajouter foi complète même à leurs détails vraisemblables. Ainsi les fleurs de lys sont placées au sommet des clochetons; ainsi cette basilique aurait eu des verrières de forme ogivale. Cependant, tous les souvenirs n'étaient peut-être pas encore éteints, quand on tenta de reproduire ce qui n'était plus; il ne faut donc pas dédaigner absolument ces deux reproductions ; nous allons en donner une idée.

Le lecteur est prévenu; il n'accueillera donc qu'avec défiance des descriptions dont l'exactitude est suspecte. L'une d'elles nous est fournie par une des sculptures qui ornent la façade de la cathédrale actuelle. Le temple, si nous croyons ce bas-relief, se composait d'une nef principale et de deux basses nefs.

Le portail était placé entre deux tours rondes et terminées par des toits coniques. Au-dessus de la porte d'entrée, qui était étroite et haute, s'élevaient trois verrières de forme longue. Le choeur se trouvait à l'extrémité de l'édifice, dans une rotonde dont la toiture était distincte de celle de l'église. Il était éclairé par un Cercle de fenêtres ; chacune d'elles était séparée en deux par une colonne. Dés créneaux couronnant l'édifice étaient percés d'embrasures et de meurtrières; une crête ornée de globes régnait sur le sommet du toit. Le monument devait être peu considérable; puisque le dessin ne représente qu'une verrière dans la basse-nef, et deux fenêtres dans le haut de la grande nef. Tous ces détails, il faut en convenir, peuvent s'appliquer aussi bien à la seconde église qu'à la première. Les créneaux même qui semblent rappeler l'ancienne citadelle, se retrouvent dans les temples bâtis sous les deux premières races, et même plus tard. Bidet, ce sceptique historien de Reims, qui vivait dans le siècle dernier, nous a conservé dans ses manuscrits le second dessin de la cathédrale bâtie par saint Nicaise; il diffère gravement de celui que nous venons de décrire : le portail se compose d'une porte à sommet triangulaire, de deux verrières à plein-cintre et d'une rose à quatre feuilles. Les deux tours, surmontées par des croix, sont éclairées, dans leur sommet seulement , par de petites ouvertures longues, étroites et faisant cerclée à l'extrémité du toit est un clocher aigu ; deux verrières sont ouvertes à la base. Quatre fenêtres sont indiquées dans la haute nef.

La basse-nef n'en a que deux. Une porte analogue à celle de la façade s'y montre. Au bout de l'église est une rotonde sans toit apparent, terminée par une plate-forme hérissée de créneaux et percée par des haies à plein-cintre.

Le dessin qu'on nous donne pour celui de la deuxième cathédrale, est plus riche de détails; il s'est conservé sur l'un des sceaux du Chapitre, et reproduit plusieurs points qui ne sont pas sans rapport avec les vues que nous venons d'esquisser.

Ainsi, le portail se dresse entre deux tours rondes ; ainsi le chœur est encore situé dans un bâtiment séparé de la nef, plus bas qu'elle. Mais cette fois l'église n'a plus de bas-côtés; une porte latérale est ouverte à gauche, en entrant du côté où devait se trouver le cloître du Chapitre. Les créneaux ont disparu. Le portail, à plein cintre, est couronné d'un fronton triangulaire, au sommet duquel s'élève la statue de la Vierge ; une rosace est percée au milieu du fronton. Au-dessus règne une galerie d'arcades à colonnes légères. Plus haut est ouverte une verrière ronde dans laquelle se dessine une rose à quatre feuilles. Le sommet de la façade est triangulaire ; un clocheton s'élance à son sommet; les deux lignes qui vont y aboutir sont sculptées et présentent une dentelure saillante. Les deux tours, qui, dans le premier dessin, avaient des fenêtres, les unes carrées, les autres longues et à plein cintre, n'ont plus de jour; elles sont semblables à des colonnes. Des statuettes en prière, les mains jointes, en décorent le sommet; elles reposent sur une sorte de bourrelet, et ne sont pas sans rapport avec celles du clocher actuellement connu sous le nom de clocher à l'ange. Au-dessus d'elles se retrouve un ornement du même genre. Les tours sont terminées par un toit pointu, conique, très élevé, orné de sculptures. A l'extrémité est posée la croix. Elle est assise sur un globe ; de petites boules terminent ses bras.

Le toit de l'église est orné, au sommet et à la ligne inférieure, d'un feston dentelé. De petits globes se placent sur la pointe des dents.

A cheval sur ce toit, s'élève une flèche qui rappelle encore le clocher à l'ange : cependant l’ange n'y est pas, mais une croix le remplace. A sa base sont encore des figures les mains jointes (1).

La rotonde du chœur est entourée par une suite de verrières séparées par des colonnes de pierre. A l'extrémité du monument s'élève encore un clocher qui porte une fleur-de-lys; on en remarque une autre à l'extrémité du toit de la nef principale ; une troisième est posée sur le toit triangulaire qui abrita la porta ouverte du côté du Chapitre. La nef est éclairée par sept grandes verrières dont le sommet a la forme d'un trèfle évasé.

Entre chacune d'elles est une statue posée sur une colonne.

C’est probable que l'artiste aura joint ses propres inspirations à quelques réminiscences. Nous donnons ces trois succinctes descriptions pour servir à ceux qui, plus heureux que nous, arriveront à pouvoir préciser ce que nous laissons forcément dans le vague.

 

(1) Nous signalons ces points à l'attention du lecteur; nous y reviendront plus tard

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