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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

En l'année 1715, à l'heure où le Soleil de France se meurt, le Marquis de Dangeau, l'un des fidèles du Roi Louis XIV note avec beaucoup d’émotion les instants qui sont comptés. Je ne donne ici qu’un bref aperçu de ceux-ci.

Les Editions Lacour se chargeant bientôt de les faire renaîtrent. Le Roi, fatigué des affres de la Cour de Versailles, s’est retiré au Château de Marly-le-Roy, une monographie est aussi à paraître aux mêmes Editions courant d’année 2012.

Louis XIV fut à la foi courtisan, courtisé, batailleur et dévot...sur son déclin. Louis XIV fut à la hauteur de la France, Louis XIV fut La Lumière parmi les ombres qui déjà, sournoisement, couvraient de leurs ailes impudiques le Royaume.   

 

 

MÉMOIRE


DU MARQUIS DE DANGEAU


SUR


CE QUI S'EST PASSÉ DANS LA CHAMBRE


 

DU ROI  PENDANT SA MALADIE (1).

 

 

rosace-chambre-louis-xiv-BNF-gallica.jpg

 


 Rosace de la Chambre du Roi louis xiv.

chateau de marly-le-roy (source bnf).

 

 

Dimanche 25 août 1715, à minuit, dans mon appartement dit château de Versailles. Je sors du plus grand, du plus touchant et du plus héroïque spectacle que les hommes puissent jamais voir.

Il y a plus de deux mois que la santé du roi commençoit à s'affoiblir et qu'on s'en apercevoit, mais comme il agissoit à son ordinaire, qu'il se promenoit, alloit à la chasse et faisoit des revues de ses troupes, je n'en mets le commencement qu'au mercredi 1 d'août, parce que la veille il donna audience de congé à l'ambassadeur de Perse et se tint debout pendant toute l’audience et quoique dès le soir il avancé d'une heure celle de son souper, qui n'étoit jamais qu'à dix heures, il me paroissoit pas assez malade pour qu'on dû craindre pour sa vie.

Des le samedi 10, qu'il revint de Marly, il était si abattu et si foible, qu'il eut peine à aller, le soir, de son cabinet à son 1-prie-Dieu; et le lundi qu'il prit médecine et voulut souper à son grand couvert, à dix heures, suivant sa coutume, et ne se coucher qu'à minuit, il me parut en se déshabillant un homme mort. Jamais le dépérissement d'un corps vigoureux n'est venu avec une précipitation semblable à la maigreur dont il étoit devenu en peu de temps; il sembloit, à voir son corps nu, qu'on en avoit fait fondre les chairs.

Hier samedi 24 août, qui étoit le onzième jour de la maladie du roi, S. M. soupant en public dans sa chambré à coucher, comme elle avoit fait depuis le mardi, 13 du môme mois, elle se trouva plus mal, et ayant eu une assez grande foiblesse âpres souper, S. M. demanda à se confesser, et le fut sur les onze heures du soir mais ayant un peu dormi ce matin. S M. s'est trouvé encore assez de force et de courage pour faire entrer le public à son dîner. Comme c'est aujourd'hui là Saint-Louis, qui est le jour de sa fête les tambours sont venus lui donner des aubades. Elle les a fait avancer sous son balcon pour les entendre mieux, parce que son lit en est assez reculé et les vingt-quatre violons et les hautbois ont joué pendant son dîner, dans son antichambre (2), dont il a fait ouvrir la porte pour les entendre mieux. La petite musique, qu'il avoit accoutumé depuis quelque temps d'entendre sur le soir chez madame de Maintenon et depuis très-peu de jours dans sa chambre, étoit prête à y entrer sur les sept heures du soir, quand S. M., qui s'etoit endormie, se réveilla avec un pouls fort mauvais et une absence d'esprit qui effraya les médecins et qui fit résoudre à lui donner sur-le-champ le viatique, au lieu que S. M. avoit la veille, en se confessant, déterminé d'entendre la messe à minuit et d'y communier.

Le roi, revenu de l'embarras qu'il eut dans l'esprit près d'un quart d'heure après son réveil et craignant de retomber dans un pareil état, pensa lui-même qu'il devoit recevoir le viatique sans attendre plus longtemps, et comptant de ce moment qu'il lui restoit peu d'heures a vivre, il agit et donna ordre à tout comme un homme qui va mourir, mais avec une fermeté, une présence d'esprit et une grandeur d'âme dont il n'y a jamais eu d'exemple. Le cardinal de Rohan, grand aumônier de France, accompagné de deux aumôniers de quartier et du curé de la paroisse de Versailles (3), ont apporté le viatique et les saintes huiles, un peu avant huit heures, par le degré dérobé par lequel on entre dans les  cabinets de S. M. (4); et cela s'est fait avec tant de précipitation que cette pieuse et triste fonction devoit être faite avec plus de décoration pour le moindre citoyen.

Il n'y avoit que sept ou huit flambeaux, portés par les frotteurs du château et par deux laquais du premier médecin et un laquais de madame de Maintenon. Le cardinal de Rohan portoit Notre-Seigneur, et le curé les saintes huiles. M. le duc d'Orléans et ceux des princes du sang (5) qui ont été assez tôt avertis ont accompagné Notre-Seigneur et, pendant qu'on l'alla querir, toutes les princesses et leurs dames d'honneur sont venues par les derrières dans l'appartement du roi, où les grands officiers de sa maison se sont rendus aussi. Il n'y est point entré d'autres personnes. Les prières pour le viatique et les cérémonies de l'extrême-onction ont duré plus d'une demi heure.

Les princes et les officiers de la maison qui se sont trouvés les plus proches de la chambre du roi y sont entres pendant tout ce temps-là j mais les princesses sont demeurées dans le cabinet du Conseil (6).

 

Les princes et plusieurs des grands officiers ont reconduit Nôtre-Seigneur, Dès qu'il a été hors de l'appartement, madame de Maintenon qui avoit été toute l'après-dînée dans la chambre du roi est sortie de l'appartement, conduite par le duc de Noailles, et S. M. a en môme temps fait apporter sur son lit une petite table et a écrit de sa main quatre ou cinq lignes sur la quatrième page d'un codicille qu'il avoit fait et dont les trois premières étoient remplies; et il n'y eut pendant ce temps-là, dans sa chambre que M. le chancelier (7), la porte qui donne dans le cabinet dit conseil étant demeurée ouverte et les courtisans auprès de la porte en dedans du cabinet. Pendant que le roi écrivoit, Madame de Maintenon est rentrée et s'est mise à la ruelle la plus éloignée de la porte du cabinet (8), en sorte qu'on ne la voyoit point. Dès que le roi a eu fini d'écrire, il a demandé à boire, et les courtisans les plus près de la porte ont avancé deux ou trois pas dans la chambre, à la vue du roi, dont le rideau du lit, du côté de la cheminée et de la porte du cabinet, étoit ouvert. S. M., ayant jeté les yeux sur le maréchal de Villeroy, l'a appelé avec une voix si forte qu'elle n'avoit rien d'un mourant, et lui a parlé pendant un demi-quart d'heure; le maréchal est rentré dans le cabinet tout baigné de larmes. Après le maréchal de Villeroy, le roi a appelé M.Desmaretz (9), et lui a parlé pendant une ou deux minutes. S.M a pris ensuite un bouillon, et après elle a appelé M. le duc d'Orléans, et lui a parlé pendant près d'un quart d'heure. Le duc du Maine, qu'elle avoit aussi demandé en même temps, étant retourné dans son appartement, il n'est venu qu'après que le discours que le roi a fait au duc d'Orléans a été fini.

 

  (1) Le manuscrit de ce Mémoire est indique dans la «Bibliotheca Hohendorfiana, ou Catalogue de la bibliothèque de feu M. Georges-Guillaume, baron de Hohendorf, dans son vivant colonel des cuirassiers an service de S. M. Impériale et Catholique, gouverneur de la ville et de la châtellenie de Courtrai, et commandant des  gardes à cheval de S. A. S. le prince Eugène de Savoie, etc. » (La Haye, 1720, 3e partie, page 268). La Bibliothèque historique de la France, par le P. Lelong (tome II, page 609,de l'édition de 1769), «lit que ce Mémoire est aujourd'hui dans la Bibliothèque impériale » et c'est en effet à la Bibliothèque Impériale de Vienne que se trouve encore sous le n° 6861 ce manuscrit. Nous en devons la copie que nous reproduisons à M. le comte de Monti de Rezé.

Pour qui voudra comparer ce récit éloquent et plein de coeur, dans lequel la vérité éclate à chaque mot aux pages romanesques de Saint-Simon, composées vingt-cinq ans après la mort de Louis XIV, le document que nous publions aura une véritable valeur historique et littéraire! Saint-Simon s'est servi du Journal de Dangeau et lui a emprunté des passages entiers ; mais il n'a pas connu ce Mémoire, dont le manuscrit se trouvait déjà hors de France à l'époque où il rédigea ses additions, puis ses Mémoires.

Lefebvre de Fontenay, l'un des continuateurs du Mercure galant3 a donné en supplément au Mercure d'octobre 1715 un Journal historique de tout ce qui s'est passe depuis les premiers jours de la maladie de Louis XIV jusqu'au jour de son service à Saint-Denis. Toute la partie relative à la maladie de Louis XIV a été prise par Lefebvre dans le Mémoire de Dangeau,

qui lui avait été communiqué probablement par l'auteur. Nous avons déjà eu occasion de signaler les relations de Dangeau avec les auteurs de la Gazette et du Mercure. Mais Lefebvre a profondément modifié dans la forme et dans le fond le récit de Dangeau, et l'on jugera de sa manière par le préambule de son Journal « Voici pour les lecteurs le plus grand le plus touchant et le plus héroïque spectacle, etc. » En outre, Lefebvre a supprimé tout ce qui pouvait, dans le manuscrit de Dangeau, déplaire au nouveau gouvernement du régent. Nous noterons seulement quelques-unes des différences qui existent entre les deux récits de Dangeau et de Lefebvre. L'appartement de Dangeau a Versailles se trouvait au deuxième  étage de l'aile du Midi ou des Princes, sur l'emplacement occupé aujourd'hui par l'extrémité de. la galerie des Portraits (n" 167 de la notice des peintures et sculptures composant le Musée impérial de Versailles par Fini. Soulé. –2e partie, 1855), par la salle n° 168(portraits anglais) et par la voussure delà galerie des batailles, du côté de l'escalier des Princes.

(2)C'est le salon de l’œil-de-bœuf auquel on ne donna ce nom que sous Louis XV.

(3) Claude Huchon. 

(4) Ce degré dérobé a été remplace sous Louis XV par la pièce qui porte au premier étage le nom de cabinet des Chasses. Le salon des pendules et la pièce qui devint plus tard la chambre à coucher de Louis XV formaient sous Louis XIV ce qu'on nommait les cabinets du roi. Ces pièces se trouvant derrière l'appartement du roi, on disait des personnes qui y étaient admises qu'elles entraient par les derrières dans sa chambre au lieu de passer par les devants, c'est-à-dire par la salle des gardes et l'antichambre.

(5)Les princes du sang autres que le duc d'Orléans étaient Louis-Henri de Bourbon (Monsieur le Duc), duc de Bourbon, prince de Condé, né en 1092.

Charles de Bourbon-Condé, comte de Charolais né en 1 760.

Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, né en 1095.

Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, né en 1670.

Louis- Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, né en 1678.

Nous né mentionnons pas les jeunes princes des maisons d'Orléans, de Condé, de Conti et du Maine, qui, comme on le verra plus loin, ne furent pas appelés, à cause de leur âge.

(6)Le cabinet du Conseil se trouvait à la place qu'occupe encore aujourd’hui la salle dite du Conseil, mais cette pièce était alors séparée en deux parties la partie la plus' rapprochée de la chambre du roi était le cab.net du Conseil ; l'autre partie, donnant sur une petite cour, se nommait le cabinet des Perruques.

 

(7) Daniel-François Voisin.

(8) C'est-à-dire dans la ruelle du côté de l'Oeil de Bœuf ; les courtisans étant dans la salle du Conseil ne pouvait voir Madame de Maintenon.

(9) Nicolas Desmaretz, Marquis de Maillebois, contrôleur général des finances.

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