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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MAISONS NOBLES DE LORRAINE

TROISIEME EXTRAIT

 

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LE CARDINAL AU BAPTÊME DU DAUPHIN

 

En 1781, la reine accoucha de celui qui devait mourir chez le cordonnier Simon. Voici cc que raconte Mme d'Oberkirch à l'occasion de cc pauvre dauphin:

« Pendant ma maladie, un grand événement eut lieu à Versailles: la reine était accouchée de M. le dauphin.

Il fut baptisé le lendemain de sa naissance par M. le cardinal-prince de Rohan, grand-aumônier, évêque de Strasbourg, et tenu sur les fonts au nom de l'empereur et de Mme de Piémont, par Monsieur frère du roi, et par Madame comtesse de Provence. La mode vint de porter des dauphins en or, ornés de brillants, comme on portait des jeannettes. » (1)

 

1 Mémoires de la baronne d'Oberkirch. T. Ier, p. 157

 

CAGLIOSTRO EN ALSACE

CHEZ LE CARDINAL DE ROHAN

 

« En arrivant à Strasbourg, à la fin de Novembre 1780, dit encore la baronne d'Oberkirch, nous trouvâmes toutes les têtes occupées d'un charlatan devenu célèbre, qui commençait alors, avec une rare adresse, les jongleries qui lui ont fait jouer un rôle si étrange. Je vais en dire ce que j'en ai vu, avec sincérité, laissant à mes lecteurs à juger ce que je n'ai pu comprendre ...... Un huissier, ouvrant les deux battants de la porte, annonça tout à coup: -

« S. Exc. M. le comte de cc Cagliostro! Je tournai promptement la tête. J'avais entendu parler de cet aventurier depuis mon arrivée à Strasbourg, n).ais je ne l'avais pas encore rencontré. Je restai stupéfaite de le voir entrer ainsi chez l'évêque, de l'entendre annoncer avec cette pompe, et plus stupéfaite encore de l'accueil qu'il reçut. Il était en Alsace depuis le mois de Septembre, et il y faisait un bruit incroyable, prétendant guérir toutes sortes de maladies. Comme il ne recevait pas d'argent, et qu'au contraire il en répandait beaucoup parmi les pauvres, il attirait la foule chez lui, malgré la non-réussite de sa panacée. Il ne guérissait que ceux qui se portaient bien, ou du moins ceux chez lesquels l'imagination était assez forte pour aider le remède. La police avait les yeux sur lui, elle le faisait épier d'assez près, et il affectait de la braver. On le disait Arabe; cependant, son accent était plutôt italien ou piémontais. J'ai su depuis qu'en effet il était de Naples. A cette époque, pour frapper l'esprit du vulgaire, il affectait des bizarreries. Il ne dormait que dans un fauteuil et ne mangeait que du fromage.

« Il n'était pas absolument beau, mais jamais physionomie plus remarquable ne s'était offerte à mon observation.

Il avait surtout un regard d'une profondeur presque surnaturelle; je ne saurais rendre l'expression de ses yeux; c'était en même temps de la flamme et de la glace, il attirait et il repoussait; il faisait peur et il inspirait une curiosité insurmontable. On traçait de lui deux portraits différents, ressemblants tous les deux et aussi dissemblables que possible. Il portait à sa chemise, aux chaînes de ses montres, à ses doigts, des diamants d'une grosseur et d'une eau admirables; si ce n'était pas du strass, cela valait la rançon d'un roi. Il prétendait les fabriquer lui-même.

Toute cette friperie sentait le charlatan d'une lieue.

« A peine le cardinal l'aperçut-il, qu'il courut au-devant de lui, et pendant qu'il saluait à la porte, il lui dit quelques mots que je ne cherchai pas à entendre. Tous les deux vinrent vers nous; je m'étais levée en même temps que l'évêque, mais je me hâtai de me rasseoir, ne voulant pas laisser croire à cet aventurier que je lui accordais quelque attention. Je fus bientôt contrainte à m'en occuper néanmoins, et j'avoue en toute humilité, aujourd'hui, que je n'eus pas à m'en repentir, ayant toujours beaucoup aimé l'extraordinaire.

« Son Éminence trouva le moyen, au bout de quelque cinq minutes, et quelque résistance que j'y fisse, ainsi que M. d'Oberkirch de nous mettre en conversation directe; elle eut le tact de ne je serais partie sur-le-champ, pas me nommer, sans quoi mais elle le mêla dans nos propos et nous dans les siens; il fallut bien se répondre.

Cagliostro ne cessait de me regarder; mon mari me fit signe de partir; je ne vis pas ce signe; mais je sentis ce regard entrant dans mon sein comme une vrille, je ne trouve pas d'autre expression. Tout à coup, il interrompit M. de Rohan, lequel, par parenthèse, s'en pâmait de joie, et me dit brusquement:

« - Madame, vous n'avez pas de mère, vous avez à cc peine connu la vôtre, et vous avez une fille. Vous êtes la « seule fille de votre famille et vous n'aurez pas d'autre cc enfant que celle que vous avez déjà.

« Je regardai autour de moi, si surprise, que je ne suis pas revenue encore d'une telle audace s'adressant à une femme de ma qualité. Je crus qu'il parlait à une autre, et je ne répondis pas.

« -.Répondez, Madame, reprit le cardinal d'un air suppliant.

« -. Monseigneur, Mme d'Oberkirch ne répond qu'à ceux qu'elle a l'honneur de connaître sur pareilles matières, répliqua mon mari d'un ton presque impertinent; je craignis qu'il ne manquât de respect à l'évêque.

« Il se leva et salua d'un air hautain; j'en fis de même.

Le cardinal, embarrassé, accoutumé à trouver partout des courtisans, ne sut quelle contenance tenir. Cependant, il s'approcha de M. d'Oberkirch, Cagliostro me regardait toujours) et lui adressa quelques mots d'une si excessive prévenance, qu'il n'y eut pas moyen de se montrer rebelle.

« - M. de Cagliostro est un savant qu'il ne faut pas traiter comme un homme ordinaire, ajouta-t-il;  demeurez quelques instants, mon cher baron; permettez à Mme d'Oberkirch de répondre; il n'y a là ni péché ni  inconvenance, je vous le promets, et d'ailleurs, n'ai-je  pas des absolutions toutes prêtes pour les cas réservés?

« - Je n'ai pas l'honneur d'être de vos ouailles, Mon seigneur, interrompit M. d'Oberkirch, avec un reste de mauvaise humeur.

« - Je ne le sais que trop, Monsieur, et j'en suis marri; vous feriez honneur à notre église. Mme la baronne, dites-nous si M. de Cagliostro s'est trompé, dites-nous le, je vous en supplie.

«- Il ne s'est point trompé dans ce qui concerne le passé, répliquai-je, entraînée par la vérité.

« - Et je ne me trompe pas davantage en ce qui concerne l'avenir répondit-il d'une voix si cuivrée, qu'elle retentissait comme une trompette voilée de crêpe.

« - Il faut bien que je l'avoue, j'eus en ce moment un irrésistible désir de consulter cet homme; et la crainte de contrarier M. d'Oberkirch, dont je savais l'éloignement pour ces sortes de mômeries, put seule m'en empêcher.

Le cardinal restait· bouche béante; il était visiblement subjugué par cet habile jongleur et ne ra que trop prouvé depuis. Ce jour-là restera irrévocablement gravé dans ma mémoire. J'eus de la peine à m'arracher à une fascination que je comprends difficilement aujourd'hui, bien que je ne puisse la nier.

« Je n'en ai pas : fini avec Cagliostro, et ce qui me reste à dire de lui est au moins aussi singulier et plus inconnu encore. Il prédit d'une manière certaine la mort de l'impératrice Marie-Thérèse, à l'heure même où elle rendait le dernier soupir. M. de Rohan me le dit le soir même, et la nouvelle n'arriva que cinq jours après.» (1)

L'année suivante, Mme d'Oberkirch était de nouveau établie à Strasbourg; un jour, on lui remet cc une lettre cachetée d'un sceau immense, par laquelle Mgr. le cardinal de Rohan l'invitait à dîner, ainsi que M. d'Oberkirch, trois jours après. Je ne compris rien à cette politesse, dit-elle, à laquelle nous n'étions point accoutumés.

« - Je gage, dit mon mari, qu'il veut nous mettre en face de son maudit sorcier, auquel je ferais volontiers un  mauvais parti.

 

1 Mémoires de la baronne d'Oberkirch, t. 1er, p. 135.

 

 

« - Il est à Paris, répliquai-je.

« - Il est ici depuis un mois, suivi par une douzaine de folles, auxquelles il a persuadé qu'il allait les guérir.

« C'est une frénésie, une rage; et des femmes de qualité, encore! voilà le plus triste. Elles ont abandonné Paris à  sa suite, elles sont ici parquées dans des cellules; tout leur est égal, pourvu qu'elles soient sous le regard du grand cophte, leur maître et leur médecin. Vit-on jamais pareille démence ?

« - Je croyais qu'il était allé soigner le prince de « Soubise?

« - Sans doute, mais il est revenu, et avec le cortège.

« Depuis son retour, il a guéri ici, d'une fièvre imaginaire, un officier de dragons qui passait pour gravement malade. C'est à qui, depuis lors, réclamera ses conseils.

« Il fait grandement les choses, je l'avoue, et c'est un philanthrope de la meilleure espèce. Ce mot, inventé depuis peu par le reste des encyclopédistes, me sembla au moins aussi étrange que ce qui précédait.  Nous hésitâmes assez longtemps avant de répondre au prince. M. d'Oberkirch avait grande envie de refuser, et moi, toujours au contraire, ce désir inconcevable de revoir le sorcier, ainsi que l'appelait mon mari. La crainte d'être impolis envers Son Eminence nous décida à accepter.

J'avoue que le coeur me battait au moment où j'entrai chez le cardinal; c'était une crainte indéfinissable et qui n'était pourtant pas sans charme. Nous ne nous étions pas trompés: Cagliostro était là.

« Jamais on ne se fera une idée de la fureur, de la passion avec laquelle tout le monde se jetait à sa tête; il faut l'avoir vu. On l'entourait, on l'obsédait; c'était à qui obtiendrait de lui un regard, une parole. Et ce n'était pas seulement dans notre province: à Paris, l'engouement était le même. M. d'Oberkirch n'avait rien exagéré. Une douzaine de femmes de qualité, plus deux comédiennes, l'avaient suivi pour ne pas interrompre leur traitement, et la cure de l'officier de dragons, feinte ou véritable, acheva de le diviniser. Je m'étais promise de ne me singulariser en rien, d'accepter comme les autres la science merveilleuse de l'adepte, ou du moins d'en avoir l'air, mais de ne jamais me livrer avec lui, ni de lui donner l'occasion d'étaler sa fatuité pédante, et surtout de ne point permettre qu'il franchît le seuil de notre porte.

« Dès qu'il m'aperçut, il me salua très respectueusement; je lui rendis son salut sans affectation de hauteur ni de bonne grâce. Je ne savais pourquoi le cardinal tenait à me gagner plus qu'une autre. Nous étions une quinzaine de personnes, et lui ne s'occupa que de moi. Il mit une coquetterie raffinée à m'amener à sa manière de voir. Il me plaça à sa droite, ne causa presque qu'avec moi, et tâcha, par tous les moyens possibles, de m'inculquer ses convictions. Je résistai doucement, mais fermement; il s'impatienta et en vint aux confidences en sortant de table.

Si je ne l'avais pas entendu, je ne supposerais jamais qu'un prince de l'Eglise romaine, un Rohan, un homme intelligent et honorable sous tant d'autres rapports, puisse se laisser subjuguer au point d'abjurer sa dignité, son libre arbitre, devant un chevalier d'industrie.

« - En vérité, Madame la baronne, vous êtes trop «difficile à convaincre. Quoi! ce qu'il vous a dit à vous « même, ce que je viens de vous raconter, ne vous a pas « persuadée! Il vous faut donc tout avouer; souvenez « vous au moins que je vais vous confier un secret d'importance. »

 « Je me trouvai fort embarrassée; je ne me souciais pas de son secret, et son inconséquence très connue dont il me donnait du reste une si grande preuve, me faisait craindre de partager l'honneur de sa confiance avec trop de gens, et avec des gens indignes de lui. J'allais me récuser, il le devina.

« - Ne dites pas non, interrompit-il, et écoutez-moi.

« Vous voyez bien ceci? »

« Il me montrait un gros solitaire qu'il portait au petit doigt et sur lequel étaient gravées les armes de la maison de Rohan; c'était une bague de 20,000 livres au moins.

« - C'est une belle pierre, Monseigneur, et je l'avais déjà admirée.

« - Eh bien! c'est lui qui l'a faite, entendez-vous; il « l'a créée avec rien; je l'ai vu, j'étais là, les yeux fixés « sur le creuset, et j'ai assisté à l'opération. Est-ce de la « science? Qu'en pensez-vous, Madame la baronne? On « ne dira pas qu'il me leurre, qu'il m'exploite; le joaillier et le graveur ont estimé le brillant à 25,000 livres. Vous  conviendrez au moins que c'est un étrange filou que celui qui fait de pareils cadeaux. »

« Je restai stupéfaite, je l'avoue; M. de Rohan s'en aperçut et continua, se croyant sûr de sa victoire:

« - Ce n'est pas tout: il fait de l'or; il m'en a composé devant moi, pour 5 ou 6,000 livres, là-haut, dans les combles du palais. J'en aurai davantage, j'en aurai beaucoup; il me rendra le prince le plus riche de l'Europe. Ce ne sont point des rêves, Madame, ce sont des preuves. Et ses prophéties toutes réalisées, et toutes les guérisons miraculeuses qu'il a opérées! Je vous dis que c'est l'homme le plus extraordinaire, le plus sublime et  dont le savoir n'a d'égal au monde que sa bonté. Que (c d'aumônes il répand que de bien il fait! cela passe toute imagination.

« - Quoi! Monseigneur, Votre Excellence ne lui a rien donné pour tout cela, pas la moindre avance, pas de  promesses, pas d'écrit qui vous compromette. Pardonnez  ma curiosité, puisque vous voulez bien me confier ces mystères, je ....

«- Vous avez raison, Madame, et je puis vous  assurer un fait, c'est qu'il n'a absolument rien demandé, qu'il n'a rien reçu de moi.

«  - Ah! Monseigneur! m'écriai-je, il faut que cet homme compte exiger de vous de bien dangereux sacrifices, pour acheter aussi cher votre confiance illimitée!

« A votre place, j'y prendrais garde; il vous conduira loin. Le cardinal ne me répondit que par un sourire d'incrédulité; mais je suis sûre que plus tard, dans l'affaire du collier, lorsque Cagliostro et Mme de la Motte l'eurent jeté au fond de l'abîme, il se rappela mes paroles.

« Nous causâmes ainsi presque toute la soirée; et je finis par découvrir le but de ses cajoleries; le pauvre prince n'agissait pas de lui-même. Cagliostro savait mon amitié intime avec la grande-duchesse, et il avait insisté auprès de son protecteur, pour qu'il me persuadât de son pouvoir occulte, afin d'arriver par moi à Son Altesse Impériale. Le plan n'était pas mal conçu, mais il échoua devant ma volonté; je ne dis pas ma raison, elle eût été insuffisante; je ne dis pas ma conviction, je la sentais ébranlée. Il est certain que si je n'avais pas dominé le penchant qui m'entraînait vers le merveilleux, je fusse devenue, moi aussi peut-être, la dupe de cet intrigant.

L'inconnu est si séduisant! Le prisme des découvertes et des sciences astrologiques a tant d'éclat! Ce que je ne puis dissimuler, c'est qu'il y avait en Cagliostro une puissance démoniaque; c'est qu'il fascinait l'esprit, c'est qu'il domptait la réflexion. Je ne me charge pas d'expliquer ce phénomène, je le raconte, laissant à de plus instruits que moi le soin d'en percer le mystère.

« Le cardinal de Rohan perdit plus tard des sommes immenses, prodigieuses, avec ce désintéressé. On assure pourtant qu'il est encore complètement aveuglé et qu'il n'en parle que les larmes aux yeux. Quelle tête que celle de ce prélat! Quelle position il a gâtée! Que de mal il a fait par sa faiblesse et son inconséquence! Il l'expie cruellement; mais il a été bien coupable!»

M. Ch. Asselineau publia en 1862, sous le titre de : Mélanges curieux et anecdotiques) chez Téchener, à Paris, une collection des autographes et des documents historiques appartenant à M. Fossé-Darcosse, un fort volume in-8°.

Dans le nombre des pièces se trouvait une lettre autographe signée par le prince-évêque de Strasbourg, Louis-René de Rohan. C'était pour recommander Cagliostro à Strasbourg.

Cette lettre de trois pages in-4°, datée de Versailles, le 13 Janvier 1783, et adressée au comte de .... , a pour objet de recommander la personne de M. de Cagliostro, qu'il seroit advantageux de fixer dans la ville de Strasbourg, en le détournant de l'idée de retourner à Bastia. Il a droit: « A toutes les nuances de votre bienfaisance sous le rapport de son honnesteté et de son attachement singulier à tout ce qui prend dans son esprit le caractère d'utilité pour l'homme souffrant. ... »!

 

1 Le Bibliographe alsacien. N° 7, 1863, p. 189.

 

A suivre...

Le Roy de Sainte-Croix (Les Quatre Rohan).

 

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