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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #MAISONS NOBLES DE LORRAINE

CINQUIEME EXTRAIT.

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  LES ROHAN ET LES HANNONG

 

Vers 1709, vint s'établir à Strasbourg Charles-François Hannong, de Moestricht. Il y établit une manufacture de faïence, qui ne tarda pas à prendre un grand développement.

En 1744, lorsque le roi Louis XV vint à Strasbourg, le monarque visita l'établissement du célèbre potier, qui avait acquis la considération et l'appui du cardinal-évêque Constantin de Rohan. C'est au point que le cardinal et son neveu Louis-René, son coadjuteur, puis son successeur, honorèrent, comme une marque singulière de leur haute bienveillance, de leur signature le contrat de mariage du faïencier Hannong.

Malgré tout, des décrets prohibitifs survenus en 1774, portèrent un préjudice immense à son industrie; ses réclamations étaient demeurées sans effet; en 1779, ses affaires étaient très embrouillées, son commerce était resté en souffrance, et pendant ces quatre ou cinq années, les embarras de sa situation n'avaient fait que s'accroître : une catastrophe était imminente.

« Sur ces entrefaites, dit M. Tainturier, le cardinal Constantin étant mort (11 Mars I779), ses héritiers ordonnent immédiatement la liquidation de sa succession. Le 2I Mai, le sieur Petmesser, receveur général de l'évêché de Strasbourg, procède a la vérification de la caisse du sieur Schmitt, receveur dudit évêché, et constate un déficit

de 445,859 livres. Schmitt déclare que les avances successives qu'il avait faites au sieur Hannong, entrepreneur de la manufacture de faïence de Strasbourg, étaient la cause de son embarras, et il remet les reconnaissances de ce dernier datées de 1777 et 1778, lesquels contiennent promesse de remboursement lorsque le gouvernement aura permis au sieur Hannong de faire librement le commerce de la

faïence dans l'intérieur du royaume.

cc Dès le 25 Mai, Hannong adresse au cardinal un mémoire dans lequel il lui offre la cession de ses usines, sur le pied de l'inventaire qui en sera dressé, et s'engage a rembourser, avant un an, les sommes qu'il doit a la succession, si Son Altesse veut bien lui faire obtenir la réduction des droits qu'il sollicite de la ferme royale. Il demande seulement qu'on lui accorde un intérêt quelconque dans les bénéfices de la fabrication ultérieure; la divulgation des secrets de la fabrication des porcelaines par son frère, nonobstant les réserves faites a son profit personnel, et les exigences des fermiers généraux, a partir de 1775, sont, dit-il, les seules causes de ses embarras.

« Avant même que cette lettre fut parvenue a sa destination, Schmitt et Hannong étaient arrêtés en vertu d'un ordre du prince de Montbarrey, et, sans autre forme de procès, conduits a la prison militaire du fort Blanc.

« La femme de Hannong se hâte d'adresser au cardinal une supplique dans laquelle elle lui représente les inconvénients de cette incarcération et le tort que leur fait la saisie de l'usine, qui doit entraîner leur perte et les mettre, par suite, dans l'impossibilité de se libérer. De son côté, le prisonnier offre caution pour sa personne, afin de pouvoir continuer ses travaux dont la cessation est préjudiciable aux intérêts du prince, à lui-même et à ses nombreux ouvriers.

« Ces supplications restent néanmoins sans effet; toute communication est interdite aux prisonniers; on ne leur permet même plus de voir leur famille. L'agent des princes, le sieur Hann, prend en leur nom les mesures les plus rigoureuses; il paraît cependant que l'opinion publique était favorable à Hannong, car l'Ammeister-régent de la ville de Strasbourg et le Grand Sénat refusèrent l'autorisation nécessaire pour procéder à une saisie des biens du fabricant. Il fallut s'adresser au Conseil souverain d'Alsace, et dans le courant du mois d'Août, les scellés furent apposés sur les deux manufactures.

« Hannong ne se décourage pas; il présente au Conseil une requête pour obtenir communication des ordres en vertu desquels il a été incarcéré et fait remettre au cardinal un mémoire renfermant vingt-et-un projets de liquidation.

Dans toutes ces pièces, il repousse avec énergie l'accusation de fraude portée contre lui et refuse de consentir, comme l'avait fait Schmitt, à l'abandon général de ses biens. La réponse à une consultation d'un sieur de J., sur cette affaire, est surtout d'une grande fermeté.

« Si la dette de M. Schmitt, dit-il, étoit extraordinaire, la nature de la mienne étoit civile et loyale. La gêne de « la ferme, ma situation, mon travail, tout rendoit mon emprunt licite. L'honnêteté demande que je pense a ma réputation, a mon honneur et au bien de ma famille, et non pas a justifier par des démarches ridicules la procédure des princes. Si j'ai commis un abus condamnable,  comme on le dit, pourquoi hésite-t-on a faire nommer un juge qui me condamne, et pourquoi m'a-t-on défendu toute communication avec les gens de loi?

« Toute remise, ai-je dit dans mes propositions, ne  peut convenir ni a mon honnêteté, ni a mon crédit; il faut que tout le monde soit payé et que je n'aie pas l'air d'un commerçant en faillite. Après le mal que la ville et  la province confessent que j'endure injustement, quelle confiance le prince pourroit-il avoir a ma sincérité?

« Quel intérêt aurois-je de travailler avec zèle pour lui? Toutes vos propositions tendent a dégrader mes sentiments : si j'étois capable d'y accéder, mériterois-je alors les bonnes grâces du prince?

« Si j'ai le malheur de lui déplaire par ma roideur, j'en serois au désespoir; mais au moins ai-je fait que mon honnêteté méritera mon estime. »

« Ce n'est point la, en tout cas, le langage d'un malhonnête homme; ct, malgré l'origine quelque peu équivoque de la dette dont il s'agit, on ne peut parcourir les nombreux mémoires, suppliques et documents justificatifs publiés par Hannong, sans éprouver une sympathie réelle pour le malheureux manufacturier; il reste du moins bien établi par les pièces mêmes du procès, que l'agent des princes n'a pas agi suivant l'intérêt bien entendu de ses clients, et, en tout cas, n'a pas toujours procédé avec les ménagements et la légalité que commandait la position des personnes engagées dans cette affaire.

« Le cardinal Louis n'avait, du reste, jamais paru disposé à continuer au potier strasbourgeois la protection dont son oncle l'avait honoré, et lorsque survinrent ces difficultés, il l'abandonna sans hésitation au zèle de ses agents: aussi, plus tard, Hannong ne se fit-il pas faute de lui reprocher, dans ses écrits, d'avoir abusé de son influence pour provoquer, contre lui, des mesures vexatoires et illégales; il l'accuse notamment d'avoir fait menacer sa femme d'une lettre de cachet, parce qu'elle s'était permise de présenter à la reine un de ses mémoires imprimés, et d'avoir fait saisir et détruire ces mêmes mémoires, sans aucun titre judiciaire.

« A partir de ce moment, Octobre 1779, la procédure suivit son cours, sinon régulier, du moins assez rapide; malgré les protestations et oppositions de Hannong, la saisie est maintenue; les chevaux et marchandises sont vendus à la requête des princes agissant sous le nom du sieur Schmitt, créancier; les ouvriers déliés de leurs engagements et serments envers le manufacturier; les livres de commerce, documents et papiers déposés au Grand Sénat de Strasbourg.

« Cependant, après une année de détention, Hannong avait consenti à signer une transaction par laquelle il lui était accordé dix années de terme et une remise de 200,000 livres. Rendu à la liberté par suite d'un arrêt de surséance du 4 Août 1780, il s'applique à remonter ses usines; après quatre mois, il travaillait avec Soixante-quinze ouvriers et avait payé 20,000 livres à ses créanciers.

Mais on lui avait imposé des commissaires gardiens qui, dit-il, gênaient ses opérations, lui refusaient les matériaux, traitaient tyranniquement ses ouvriers et les obligeaient au travail sous peine de prison, en leur refusant leurs salaires et la nourriture. De jour en jour, la situation devient plus difficile et plus embarrassée.

« Après avoir fait des efforts inimaginables pour conjurer sa ruine, et épuisé tous les moyens de conciliation, l'infortuné porte pour la seconde fois ses plaintes au pied du Trône; le 2 Avril 1781, il dépose un objet de porcelaine, décoré par sa fille, dans le cabinet de la reine, qui répond par des paroles encourageantes; puis toute la famille se jette aux pieds du roi, à la porte de la chapelle du château de la Muette, implorant justice et protection. Enfin, Hannong adresse mémoires sur mémoires au ministre, demandant la permission de présenter ses moyens de défense et se plaignant toujours de l'irrégularité de la procédure.

« Tout fut inutile; sur les renseignements défavorables donnés par M. de la Galaizière, Hannong fut éconduit.

Découragé cette fois, et à bout de ressources, il s'enfuit en Allemagne et, de là, adressa au roi de nouveaux mémoires justificatifs qu'il fit imprimer et répandre en Alsace. Mais déjà ses créanciers, profitant de son absence, l'avaient fait déclarer en état de faillite, et toutes ses protestations ne purent empêcher la vente de ses usines. » (1)

 

1 TAINTURIER. Manufacture de porcelaine et de faïence Anciennes Industries d'Alsace et de Lorraine - dans le Bibliographe alsacien, - Avril 1865.


 

  FIN DE L'OUVRAGE


LES QUATRE ROHAN


DE


LE ROY DE SAINTE-CROIX (1881).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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