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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

ESSAI

SUR

LE PRINCIPE GÉNÉRATEUR

DES CONSTITUTIONS POLITIQUES

ET DES AUTRES INSTITUTIONS HUMAINES.

 

 

De Maistre 17

 


CINQIEME EXTRAIT. 

 

XXXI. Le sacre des rois tient à la même racine. Jamais il n'y eut de cérémonie, ou, pour mieux dire, de profession de fois plus significative et plus respectable. Toujours le doigt du pontife a touché le front de la souveraineté naissante. Les nombreux écrivains qui n'ont vu dans ces rites augustes que des vues ambitieuses, et même l'accord exprès de la superstition et de la tyrannie, ont parlé contre la vérité, presque tous même contre leur conscience. Ce sujet mériterait d'être examiné. Quelquefois les souverains ont cherché le sacre, et quelquefois le sacre a cherché les souverains. On en a vu d'autres rejeter le sacre comme un signe de dépendance. Nous connaissons assez de faits pour être en état de juger assez sainement ; mais il faudrait distinguer soigneusement les hommes, les temps, les nations et les cultes. Ici, c'est assez d'insister sur l'opinion générale et éternelle qui appelle la puissance divine à l'établissement des empires.

XXXII. Les nations les plus fameuses de l'antiquité, les plus graves surtout  et les plus sages, telles que les Egyptiens, les Etrusques, les Lacédémoniens

et les Romains, avaient précisément les constitutions les plus religieuses ; et la durée des empires a toujours été proportionnée au degré d'influence que le principe religieux avait acquis dans la constitution politique : Les villes et les nations les plus adonnées au culte divin ont toujours été les plus durables et tes plus sages, comme les siècles les plus religieux ont toujours été les plus distingués par le génie[1].

XXXIII. Jamais les nations n'ont été civilisées que par la religion. Aucun outre instrument connu n'a de prise sur l'homme sauvage. Sans recourir à l'antiquité, qui est très décisive sur ce point, nous en voyons une preuve sensible en Amérique. Depuis trois siècles nous sommes là avec nos lois, nos arts, nos sciences, notre civilisation, notre commerce et notre luxe : qu'avons-nous gagné sur l'état sauvage? Rien. Nous détruisons ces malheureux avec le fer et l'eau-de-vie ; nous les repoussons insensiblement dans l'intérieur des déserts, jusqu'à ce qu'enfin ils disparaissent entièrement, victimes de nos vices autant que de notre cruelle supériorité.

XXXIV.Quelque philosophe a-t-il jamais imaginé de quitter sa patrie et ses plaisirs pour s'en aller dans les forêts de l'Amérique à la chasse des Sauvages, les dégoûter de tous les vices de la barbarie et leur donner une morale[2]? Ils ont bien fait mieux ! ils ont composé de beaux livres pour prouver que le Sauvage était l'homme naturel, et que nous ne pouvions souhaiter rien de plus heureux que de lui ressembler.

Condorcet a dit que les missionnaires n'ont porté en Asie et en Amérique que de honteuses superstitions[3].

Rousseau a dit, avec un redoublement de folie véritablement inconcevable, que les missionnaires ne lui paraissaient guère plus sages que les conquérants[4].

Enfin, leur coryphée a eu le front (mais qu'avait-il à perdre?) de jeter le ridicule le plus grossier sur ces pacifiques conquérants que l'antiquité aurait divinisés[5].

XXXV. Ce sont eux cependant, ce sont les missionnaires qui ont opéré cette merveille si fort au-dessus des forces et même de la volonté humaine. Eux seuls ont parcouru d'une extrémité à l'outre le vaste continent de l'Amérique pour y créer des hommes. Eux seuls ont fait ce que la politique n'avait pas seulement osé imaginer. Mais rien dans ce genre n'égale les missions du Paraguay : c'est là où l'on a vu d'une manière plus marquée l'autorité et la puissance exclusive de la religion pour la civilisation des homme??. On a vanté ce prodige, mais pas assez l'esprit du XVIII siècle et un autre esprit, son complice, ont eu la force d'étouffer, en partie, la voix de la justice et même celle de l'admiration. Un jour peut-être (car on peut espérer que ces grands et nobles travaux seront repris), au sein d'une ville opulente assise sur une antique savane, le père de ces missionnaires aura une statue. On pourra lire sur le piédestal :

 

A L'OSIRIS CHRÉTIEN

 

dont les envoyés ont parcouru la terre

pour arracher les hommes à la misère,

à l'abrutissement et à la férocité,

en leur enseignant l'agriculture,

en leur donnant des lois,

en leur apprenant à connaître et à servir Dieu,

MON PAR LA FORCE DES ARMES,

dont ils n'eurent jamais besoin,

mais par la douce persuasion, les chants moraux,

ET LA PUISSANCE DES HYMNES,

en sorte qu'on les crut des Anges[6].

 

XXXVI. Or, quand on songe que cet Ordre législateur, qui régnait au Paraguay par l'ascendant unique des vertus et des talents, sans jamais s'écarter de la plus humble soumission envers l'autorité légitime même la plus égarée ; que cet Ordre, dis-je, venait en même temps affronter dans nos prisons, dans nos hôpitaux, dans nos lazarets, tout ce que la misère, la

maladie et le désespoir ont de plus hideux et de plus repoussant ; que ces mêmes hommes qui couraient, au premier appel, se coucher sur la paille à côté de l'indigence, n'avaient pas l'air étranger dans les cercles les plus polis ; qu'ils allaient sur les échafauds dire les dernières paroles aux victimes de la justice humaine, et que de ces théâtres d'horreur ils s'élançaient dans les chaires pour y tonner devant les rois[7]; qu'ils tenaient le pinceau à la Chine, le télescope dans nos observatoires, la lyre d'Orphée au milieu des sauvages, et qu'ils avaient élevé tout le siècle de Louis XIV ; lorsqu'on songe enfin qu'une détestable coalition de ministres pervers, de magistrats en délire et d'ignobles sectaires, a pu, de nos jours, détruire cette merveilleuse institution et s'en applaudir, on croit voir ce fou qui mettait glorieusement le pied sur une montre, en lui disant : Je t'empêcherai bien de faire du bruit. —

Mais, qu'est-ce donc que je dis? un fou n'est pas coupable.

XXXVII. J'ai dû insister principalement sur la formation des empires comme l'objet le plus important; mais toutes les institutions humaines sont soumises à la même règle, et toutes sont nulles ou dangereuse* si elles ne reposent pas sur la base de toute existence. Ce principe étant incontestable, que penser d'une génération qui a tout mis en l'air, et jusqu'aux bases mêmes de l'édifice social, en rendant l'éducation purement scientifique? Il était impossible de se tromper d'une manière plus terrible ; car tout système d'éducation qui ne repose pas sur la religion, tombera on un clin d'oeil ou ne versera que des poisons dans l'État, la religion étant, comme l'a dit excellemment Bacon, l'aromate qui empêche la science de se corrompre.

XXXVIII. Seulement on a demandé : Pourquoi une école de théologie dans toutes les universités? La réponse est aisé : C'est afin que les universités subsistent, et que l'enseignement ne se corrompe pas. Primitivement elles ne furent que des écoles théologiques où les autres facultés vinrent se réunir comme des sujettes autour d'une reine, L'édifice de l'instruction publique, posé sur cotte base, avait duré jusqu'à nos jours. Ceux qui l'ont renversé chez eux s'en repentiront longtemps inutilement.

Pour brûler une ville, il ne faut qu'un enfant ou un insensé ; pour la rebâtir, il faut des architectes, des matériaux, des ouvriers, des millions, et surtout du temps.

XXXIX. Ceux qui se sont contentés de corrompre les institutions antiques, en conservant les formes extérieures, ont peut-être fait autant de mal au genre humain. Déjà l'influence des sociétés modernes sur les moeurs et l'esprit national dans une partie considérable du continent de l'Europe, est parfaitement connue[8].

Les universités d'Angleterre ont conservé, sous ce rapport, plus do réputation que les autres ; peut-être parce que les Anglais savent mieux se taire ou se louer à propos ; peut-être aussi que l'esprit public, qui a une force extraordinaire dans ce pays, a su y défendre mieux qu'ailleurs ses vénérables écoles, de l'anathème général. Cependant il faut qu'elles succombent, et déjà le mauvais coeur de Gibbon nous a valu d'étranges confidences sur ce point[9]. Enfin, pour ne pas sortir des généralités, si l'on n'on vient pas aux anciennes maximes, si l'éducation n'est pas rendue aux prêtres, et si la science n'est pas mise partout à la seconde place, les maux qui nous attendent sont incalculables : nous serons abrutis par la science, et c'est le dernier degré de l'abrutissement.

XL. Non seulement la création n'appartient point à l'homme, mais il ne parait pas que notre puissance, non assistée, s'étende jusqu'à changer en mieux les institutions établies. S'il y a quoique chose d'évident pour l'homme, c'est l'existence do deux forces opposées qui se combattent sans relâche dans l'univers.

Il n'y a rien de bon que le mal ne souille et n'altère : il n'y a rien de mal que le bien ne comprime et n'attaque, en poussant sans cesse vers un état plus parfait[10]. Ces deux forces sont présentes partout.

On les voit également dans la végétation des plantes, dans la génération dos animaux, dans la formation des langues, dans celle des empires (doux choses inséparables), etc. Le pouvoir humain ne s'étend peut-être qu'à ôter ou à combattre le mal pour en dégager le bien et lui rendre le pouvoir de germer suivant sa nature. Le célèbre Zanotti a dit :  Il est difficile de changer les choses en mieux[11]. Cette pensée cache un très grand sens sous l'apparence d'une extrême simplicité. Elle s'accorde parfaitement avec une autre pensée d'Origène, qui vaut seule un beau livre. Rien, dit-il, ne peut changer en mieux parmi les hommes, INDIVINEMENT [12]. Tous les hommes ont le sentiment de cette vérité, mois sans être en état de s'en rendre compte. De là cette aversion machinale de tous les bons esprits pour les innovations. Le mot de réforme, on lui-même et avant tout examen, sera toujours suspect à la sagesse, et l'expérience de tous les siècles justifie cette sorte d'instinct. On sait trop quel a été le fruit des plus belles spéculations dans ce genre[13].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] XÈNOPHON, Memor .Socr., 1, tv, 16. 

[2] Condorcet nous a promis, à la vérité, que les philosophes se chargeraient incessamment de la civilisation et du bonheur des nations barbares. (Esquisse d'un Tableau historique des progrès de l'esprit humain; in-8°, pag. 335.)

[3]  Esquisse, etc. (Ibid., pag. 335.)

[4] Lettre à l'archevêque de Paris.

[5] Eh ! mes amis, que ne restiez-vous dans votre patrie? Vous n'y auriez pas trouvé plus de diables, mais vous y auriez trouvé tout autant de sottises. (VOLTAIRE. Essai sur les mœurs et l'esprit, etc. Introd. De la Magie.) Cherches ailleurs plus de déraison, plus d'indécence, plus de mauvais goût même, vous n'y réussirez pas. C'est cependant ce livre, dont bien peu do chapitres sont exempts de traits semblables, c'est ce colifichet fastueux, que de modernes enthousiastes n'ont pas craint d'appeler un monument de l'esprit humain; sans doute, tomme la chapelle de Versailles et les tableaux de Boucher.

[6] Osiris régnant en Egypte, retira incontinent les Égyptiens de ta vie indigente, souffreteuse et sauvage, en leur enseignant à semer et à planter; en leur establissant des loix; en leur monstrant à honorer et à révérer les Dieux; et depuis, allant par tout le monde, il l'apprivoisa aussi sans y employer aucunement ta force des armes, mais attirant et gagnant la plus part des peuples par douce persuasion et remontrances couchées en chanson et en toute sorte de musique dont les Grecs eurent opinion que c'était le même que Bacchus. (PLUTARQUE d,'Isis et d’Osiris, trad d’Amyot. Edit de Vascosan. TIII pag 287 ; in-8°. Edit Henr. Steph TI pag 634 in-8°. On a trouvé naguère dans une île du fleuve Ponobscot, une peuplade sauvage qui chantait encore un grand nombre de cantiques pieux et instructifs en indien sur la musique de l'Église, avec une précision qu'on trouverait A peine dans les choeurs les mieux composés; l'un des plus beaux airs de l'église de Boston vient de ces Indiens (qui l'avaient appris de leurs maîtres il y a plus de quarante ans), sans que dès lors ces malheureux Indiens aient joui d'aucune espèce d'instruction. (Mercure de France, 5 juillet 1806, n« 259, p. 29 et suiv.)

Le père Salvaterra (beau nom de missionnaire !) justement nommé l’ Apôtre de la Californie, abordait les sauvages les plus intraitables dont jamais on ait eu connaissance, sans autre arme qu'un luth dont il jouait supérieurement. Il se mettait à chanter : In voi credo, o dio miol etc. Hommes et femmes l'entouraient et l’écoutaient en silence. Muratori dit, en parlant de cet homme admirable : Pare favola quitta d'Orfeo ; ma chi sa che non sia succeduto in simil easo ? Les missionnaires seuls ont compris et démontré h vérité de cette fable. On voit môme qu'ils avaient découvert l'espèce de musique digne de s'associer à ces grandes créations.

« Envoyez-nous, écrivaient-ils à leurs amis d'Europe, envoyez-nous les airs des grands maîtres d'Italie, per essere armoniosissimi, sensa tanti imbrogli di violini obbligati, etc. » (MURATORI, Christianesimo felice, etc. Venezia, 1752, in-8, chap. XII, p. 284.)

[7] Loquebar de testimoniis tuis in conspectu regum: et non confundebar. Ps., cxvm, 46. C'est l'inscription mise sous le portrait de Bourdaloue, et que plusieurs de ses collègues ont méritée.

[8] Je ne me permettrai point do publier des notions qui me sont particulières, quelque précieuses qu'elles puissent être d'ailleurs ; mais je crois qu'il est loisible à chacun de réimprimer ce qui est imprimé, et de faire parler un Allemand sur l'Allemagne. Ainsi s'exprime, sur les universités de son pays, un homme que personne n'accusera d'être infatué d'idées antiques.

« Toutes nos universités d'Allemagne, même les meilleures, ont besoin de grandes réformes sur le chapitre des moeurs...Les meilleures même sont un gouffre où se perdent sans ressource l'innocence, la santé et le bonheur futur d'une foule de jeunes gens, et d'où sortent des êtres ruinés de corps et d'âme, plus à charge qu'utiles à la société, etc.. Puissent ces pages  être un préservatif pour les jeunes gens 1 Puissent-ils lire sur la porte de nos universités l'inscription suivante : Jeune homme, c'est ici que beaucoup de tes pareils perdirent le bonheur avec l'innocence ! »

(M. CAMPE, Recueil des voyages pour l'instruction de la jeunesse, in-12, t. II, p. 129.)

[9] Voyez ses Mémoires, où, après nous avoir fait de fort belles révélations sur les universités de son pays, il nous dit en particulier de celle d'Oxford : Elle peut bien me renoncer pour fils d'aussi bon coeur que je la renonce pour mère. Je ne doute pas que cette tendre mère, sensible, comme elle le devait, à une telle déclaration, ne lui ait décerné une épitaphe magnifique : LUBENS MERITO.

Le chevalier William Jones, dans sa lettre à M. Anquetil, donne dans un excès contraire ; mais cet excès lui fait honneur.

[10] On pourrait dire, vers la restitution en entier: expression que la philosophie peut fort bien emprunter à la jurisprudence, et qui jouira, sous cette nouvelle acception, d'une merveilleuse justesse. Quant à l'opposition et au balancement des deux forces, il suffit d'ouvrir les yeux. Le bien est contraire au mal, et la vie à la mort... Considérez toutes les œuvres du Très-Haut, vous les trouverez ainsi deux à deux et opposées l'une à Vautre. Ecoles., XXXIII, 15.

Pour le dire en passant : c'est de là que naît la règle du beau idéal. Rien dans la nature n'étant ce qu'il doit être, le véritable artiste, celui qui peut dire : EST DEUSIN NOBIS, a le pouvoir mystérieux de discerner les traits les moins altérés, et de les assembler pour en former des touts qui n'existent que dans son entendement.

[11] Difficile est mutare in melius. Zanotti cité dans le Transunto della R. Accademiadi Torino. 1788-89,in-8°, p. 6.

[12] Si l'on veut exprimer cette pensée d'une manière plus laconique, et dégagée de toute licence grammaticale, SANS DIEU, RIEN DE MIEUX.ORIG. adv. Cels. I. 26 éd. Ruaei. Paris, 1733. In-fol., 1.1, p. 345.

[13]) Nihit motumex antiquo probabile est. TIT. LIV., XXXIV,53.

 

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