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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

220px-Montlosier

 

LIVRE SECOND.

TROISIEME EXTRAIT. SECTION PREMIERE.


…L’accession successive de tous les grands fiefs à la couronne, est une particularité qui n’a point échappé aux historiens ; mais ils n’en ont compris les conséquences, que relativement à la puissance ; ils n’ont pas vu l’influence déterminante et immédiate que cette circonstance a eue sur l’ordre de succession. Il était facile de la percevoir. La royauté, qui était élective, et la seigneurie universelle, qui était héréditaire, se cumulant sur la même tête, l’une ne pouvait manquer de prendre le caractère et les droits de l’autre. Notre histoire nous offre, sur cela, de grands exemples.

J’ai montré précédemment comment une quantité de seigneuries, s’étant attachées aux duchés et aux comtés, ces offices, qui étaient électifs, avaient pris le caractère de la seigneurie qui était héréditaire. Il en a été absolument de même de la royauté ; elle a échappe à l’élection des seigneurs, de la même manière que les comtés et les duchés avaient échappé à l’élection royale. Le roi électif de France étant devenu seigneur héréditaire de toute la France, le droit d’élection n’a pu se conserver. On peut se rappeler ce que nous avons vu, de nos jours, relativement à l’empereur d’Allemagne. Si ce prince, déjà héréditaire de Bohême, de Hongrie et d’Autriche, fut venu à réunir les autres électorats et tous les grands fiefs, il est facile de prévoir ce que serait devenu le droit d’élection.

C’est ce qui est arrivé sous Philippe-Auguste. On remarquera que ce prince, qui était déjà comte de Paris, d’Orléans, et duc de France ; venait encore de réunir successivement à la couronne la Normandie, l’Anjou, le Maine, la Touraine, le Poitou, l’Auvergne, le Vermandois et l’Artois : il se trouva ainsi seigneur héréditaire de presque tout le royaume. Dès lors la couronne ne pouvait plus demeurer un objet d’élection ; et cependant telle était l’antique impulsion des choses, que rien, à cet égard, ne s’opéra brusquement.

Avant Philippe-Auguste, le droit d’élection est toujours énoncé, dans les actes, nûment et franchement. Après Philippe-Auguste, le droit héréditaire commence à se montrer ; mais les anciennes formules du droit d’élection ne sont pas pour cela supprimées ; les unes et les autres se cumulent souvent dans le même acte, et offrent ainsi l’assemblage le plus bizarre. Je puis citer un monument très-curieux en ce genre ; c’est un ancien cérémonial du sacre.

L’archevêque dit d’abord dans son oraison : « Seigneur, multiplie les dons de tes bénédictions sur cettuy ton serviteur, lequel, par humble dévotion, élisons par ensemble au royaume. » Voilà pour le roi et le droit électif. L’archevêque s’adressant ensuite personnellement au prince, lui dit : « sois stable, et retiens long-temps l’Etat, lequel as tenu jusqu’à présent par la suggestion de ton père, de droit héréditaire. » Voilà pour le seigneur et pour la seigneurie héréditaire.

Dans les temps postérieurs, les traits du droit héréditaire deviennent plus saillans, et néanmoins ceux du droit ancien d’élection ne s’effacent pas totalement. On les retrouve jusque dans ces derniers temps.

Je n’ai parlé que du droit d’élection et du droit d’hérédité : toute la question n’est pas dans ces seuls points. On m’accordera que la seigneurie héréditaire a transmis sont caractère à la royauté. On me demandera comment il s’est fait que l’hérédité se soit composée, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture. Cette objection est d’autant plus raisonnable, que jamais les seigneuries n’ont été forcées de se transmettre ainsi. On voit les plus grands fiefs passer aux femmes. Au temps même de Philippe de Valois, où la question de succession au trône s’agitait avec plus de vivacité, l’Artois avait été adjugé à la comtesse Mahaud ; le duché de Bretagne avait passé de même à la femme de Charles de Blois, du vivant du comte de Montford, frère du dernier duc. Je vais tâcher de résoudre cette difficulté.

Il faut se souvenir que la couronne était originairement élective en France ; mais que cependant elle en pouvait se transmettre qu’à des mâles. D’après cela, comme la seigneurie était héréditaire, mais sans distinction de sexe ; d’un autre côté, comme la royauté était élective, mais seulement entre les mâles, on voit d’avance ce qui est arrivé. Au moment où la seigneurie générale et la royauté se sont rencontrées sur la même tête, elles ont dû prendre chacune et perdre réciproquement une partie de leur caractère. L’hérédité par ordre de primogéniture, qui était propre à la seigneurie, se sera jointe à la transmission de mâle en mâle, qui était la condition du droit électif ; et le tout réuni a composé l’ordre nouveau de succession tel qu’il s’est prononcé sous Philippe le Long et Philippe de Valois.

La cumulation sur la même tête, de la royauté et de la seigneurie universelle, et les conséquences qui en sont résultées relativement à l’ancien ordre de succession au trône, sont de très-grands événemens dans notre histoire : on va voir s’en produire de plus grands encore. Nous allons voir s’élever, au milieu de l’ancien état, un nouvel état ; au milieu de l’ancien peuple, un nouveau peuple double, au milieu des anciennes mœurs, des anciennes institutions et des anciennes lois, de nouvelles mœurs, de nouvelles institutions, de nouvelles lois. Nous allons voir un état double, un peuple double, un ordre social double, marcher pendant très long-temps parallèlement l’un à l’autre, s’attaquer ensuite, et se combattre avec acharnement. Telle es cette grande révolution, qui a été elle-même la source d’une multitude de révolutions ; qui, en se propageant dans toute l’Europe, l’a couverte de guerres et de troubles, a rempli l’empire d’Allemagne de ville impériales, l’Italie de républiques ; a répandu partout une multitude de droits nouveaux, d’états nouveaux, de doctrines et de constitutions nouvelles.

Cette révolution est trop importante pour n’être pas décrite avec soin. Je puis d’avance désigner à l’attention du lecteur l’affranchissement de la classe tributaire ; mais pour avoir une connaissance exacte de ce grand événement, il faut connaître une autre innovation importante qui l’a précédée, et qui, quoique lente et graduée, en a été le germe et lui a préparé en quelque sorte les voies. Je veux parler d’un événement presqu’inconnu de nos historiens, l’abolition de l’esclavage…

 

A suivre.

 

Comte de Montlosier (De la Monarchie Tome 1)

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