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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

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LIVRE SECOND

DEUXIEME EXTRAIT SECTION PREMIERE.

 

...Sous la troisième race, c’est le même tableau. Les parlemens de barons cumulent, comme sous la seconde race, les fonctions législatives et judiciaires. C’est dans ces parlemens que se jugent, non seulement les grands crimes, mais encore toutes les contestations entre les grands vassaux. Ces dans ces parlemens que Philippe-Auguste obtient, pour la reine mère, la tutelle de son fils, et la garde du royaume pendant son voyage à la Terre-Sainte ; c’est dans ces parlemens que se rendent une grande ordonnance sur les fiefs, une autre ordonnance sur les Juifs, les établissmens de Saint6louis, et enfin le fameux règlement sur la succession du trône.

Il est vrai que cette assemblée, précédemment connue sous la titre de Magnates et de Proceres, s’appelle plus communément Parlement de Pairs ou de Barons. Mais cette dénomination ne peut faire soupçonner aucune institution nouvelle. Il suffit de faire attention que c’est l’époque où la langue romance commence à remplacer la langue latine. Les mêmes choses ayant quelquefois deux noms différens, si ceux de la langue vulgaire viennent à remplacer dans les chartres ceux de la langue latine, quelques personnes d’un esprit inattentif pourront croire qu’il y a nouveauté dans les choses, tandis qu’il n’y en a que dans les dénominations. C’est ainsi que les mots fiefs et bénéfice, vassus et miles, ont eu, pendant long-temps, dans les deux langues, une acception correspondante. En lisant les anciennes chartres, on n’a pas de peine à se convaincre de leur identité. Ici, on trouve ces paroles, le bénéfice, ce qui est VULGAIREMENT appelé fief ; ailleurs, on trouve que Charlemagne commit, dans l’Aquitaine, un grand nombre de ceux qu’on appelle VULGAIREMENT vassaux de la race des Francs.

La dénomination de Parlement de barons est dans ce cas. Le mot Baron, pris de la langue vulgaire, forme si peu une dignité nouvelle, qu’il est employé pour désigner les grands de l’Etat, même sous la seconde race. Les évêques de France, écrivant à Charles le Chauve, lui rappellent ce qu’il avait précédemment ordonné conjointemment avec ses sages barons.

Pendant toute cette période, notre ancien régime politique me parait s’être pleinement conservé. Je n’y vois qu’une seule innovation ; je veux parler des vassaux du duché de France, qui s’érigèrent en vassaux immédiats.

Lorsque, de vassal de la couronne, Hugues Capet dut devenu roi, il était assez naturel que ses vassaux suivissent sa fortune. Les pairs du duché de France devinrent ainsi pairs de la couronne. Le conseil accoutumé du duc de France entra dans le conseil d’état. Cet événement ne fut pas tout-à-fait sans opposition.

Il me reste à parler de la royauté.

Pendant un certain temps, l’accession du duché de France ne parta pas à la royauté autant d’appui qu’on pourrait naturellement s’y attendre. Quand le maire du palais s’était emparé de la couronne dans la personne de Pépin, il ne s’était plus trouvé à côté de lui de rival ou de personnage redoutable. Mais quand le duc de France se fut déclaré roi dans la personne de Hugues Capet, il se trouva en présence d’un grand nombre de seigneurs presque aussi puissans que lui, et envers lesquels il eut beaucoup de ménagemens à garder.

La troisième race présente en cela même une différence très-remarquable d’avec les précédentes. Celles-ci commencèrent avec éclat : elles déclinèrent insensiblement. La troisième race, qui était destinée à faire une grande fortune, s’établit d’abord avec modestie. Pendant dix ans, le duc de France n’osa porter la couronne. Au temps même de Philippe-Auguste, telle était la force des souvenirs, que le mariage de ce prince avec Isabelle de Hainault, issue du sang de Charlemagne, devint un sujet de réjouissance, dans la conviction où l’on était que ce mariage apportait à la race nouvelle des droits de la race précédente.

Du reste, comme toutes les parties de l’ancien ordre social étaient dans la même situation, les mêmes bornes étaient partout au-devant de l’autorité royale. C’était le même droit de législation dans sa terre, le même droit de guerre de canton à canton, de domaine à domaine, la même participation des grands aux affaires d’Etat, ainsi qu’aux emprises guerrières.

Philippe-Auguste ne porta aucune atteinte à ce droit public. Saint-Louis admit avec ses Etablissemens l’indépendance de chaque seigneurie. Il reconnut que le roi n’avait aucun ordre à donner dans la terre d’un baron, ni le baron dans la terre d’un vassal. Saint-Louis consacra le droit de guerre : il reconnut même que dans certains cas on pouvait la déclarer au roi. Enfin, le roi n’eut pendant long-temps ni une autre armée, ni d’autres finances que celles de ses domaines.

Les mêmes institutions, tant qu’elles durèrent, conservèrent la même royauté. Les mœurs concoururent, à cet égard, avec les institutions. Nous observerons que l’intérieur du palais était sur ce point comme l’intérieur du château. L’un et l’autre offraient en même temps que le spectacle de l’obéissance et du respect, celui d’une sorte d’intimité habituelle et de familiarité. Saint-Louis disait qu’il croirait manquer à ses devoirs, s’il faisait quelque disposition, même de famille, sans le consentement de ses barons. Jusqu’à François 1er, on a dit en France simplement, le roi. Ce sont les Espagnols qui nous ont apporté le titre de majesté. Les Italiens nous ont apporté, de leur côté, l’usage de demeurer la tête découverte. Auparavant, et même sous Charles VIII, on ne se découvrait que dans les cas suivans : en entrant dans l’appartement du roi, en lui parlant, où à table quand il buvait.

Les rangs étaient réglés sur les mêmes principes. Les vassaux de la couronne passaient immédiatement après le roi. Son fils aîné seul avait le pas sur eux, encore fallait-il qu’il fût sacré, ou revêtu d’une principauté, qui le mît au pair des grands vassaux. On voit dans une ordonnance de Philippe-Auguste, tous les ducs de France, et encore Guillaume de Ponthieu, quoiqu’il ne fût ni prince ni pair, nommées avant Robert de Dreux et Pierre de Bretagne, petit-fils de Louis le Gros. Pendant très-long-temps, ceux des seigneurs qui se trouvaient les plus anciens pairs, ont continué à précéder les princes du sang. Même en 1538, le duc de Guise précéda le duc de Montpensier. Henri III est le premier qui, en 1576, ait donné la préséance aux princes de sang.

Cet état des rangs et des mœurs étant connu, on ne doit pas être étonné des alliances qui ont pu survenir entre la maison royale et celles des simples seigneurs.

M. de Montmorency épousa la veuve de Louis le Gros. Hugues III, fils de Henri 1er, épousa la fille du comte de Vermandois ; Robert et Pierre, fils puînés de Louis le Gros, épousèrent, l’un l’héritière de Dreux, l’autre celle de Courtenay. Il faut remarquer que les fils de France prenaient, dans ce cas, le nom et les armes de la maison dans laquelle ils entraient. Philippe, fils puîné de Philippe-Auguste, ayant épousé l’héritière du comté de Boulogne, dont il porta le nom, fut le premier qui retint les armes de France chargées seulement d’un lambeau.

Tels sont, relativement à l’autorité royale, les points de conformité qui se trouvent entre le commencement de cette troisième race et les races précédentes ; je n’en excepterai pas même la succession au trône.

Charlemagne et Louis le Débonnaire avaient pris la précaution de faire élire leur fils de leur vivant. Les premiers princes Capétiens suivirent cet exemple. Hugues Capet convoqua une assemblée de grands dans l’Etat, dans laquelle Robert, son fils, fut associé à la couronne. Robert en usa de même envers Henri ; Henri, envers Philippe. L’histoire nous a conservé le discours de Henri. « le roi », disait Mézerai, « ayant remontré les services que son fils avait rendu à l’Etat, les pria tous en général, et chacun d’eux en particulier, de reconnaître Philippe, son fils aîné, pour son successeur, et de lui prêter serment : ce qu’ils firent tous d’une voix unanime. » Philippe demanda de même le consentement des barons pour Louis le Gros ; Louis le Gros pour Louis le Jeune ; Louis le Jeune pour Philippe-Auguste. Ce dernier prince est le premier qui ait négligé de faire élire et sacrer son fils de son vivant. Cette singularité est sûrement remarquable ; j’espère en donner une explication satisfaisante. Je montrerai par quelle suite de mouvemens tous les grands fiefs, qui étaient héréditaires, étant successivement se réunir à la couronne, un roi, qui n’était qu’électif, s’est vu tout à coup seigneur héréditaire de son royaume : circonstance qui a du emporter nécessairement le droit d’élection...


A suivre.

 

Comte de Montlosier (De la Monarchie Tome 1)

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