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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

 

220px-Montlosier

 

SEPTIEME EXTRAIT

SECTION PREMIERE.

 

La Gaule antique eut aussi ses clientèles. On en peut compter trois espèces. Ici, l’homme faible remettait sa terre à l’homme puissant, sous la condition réciproque et recevoir de lui la protection et appui, et de lui payer des redevances particulières, appelées tributs. D’un côté, mes grands seigneurs avaient l’habitude de marcher avec un cortège d’hommes armées, qui ne les abandonnaient ni pendant la paix ni pendant la guerre. On voit, en troisième lieu, des confédérations particulières, qui étaient de véritables dévouemens. La condition des dévoués était de partager en tout le sort de l’ami qu’il s’était fait. Ils jouissaient avec lui de tous les avantages de la vie quand il était heureux ; souffraient avec lui dans l’infortune toutes les privations et toutes les peines ; enfin, après avoir vécu ensemble, leur condition était de mourir ensemble.

César nous assure qu’il était sans exemple qu’un ami ainsi voué eût survécu à son ami.

Il n’est fait mention que d’une seule espèce de clientèle chez les Germains. Elle a un caractère remarquable. « Parmi les grands, dit Tacite, c’est à qui aura un plus grand nombre de compagnons. C’est une décoration pendant la paix, un appui à la guerre. Défendre son prince, le préserver, lui attribuer ses hauts faits, c’est le devoir de tout compagnon. Le prince combat pour la victoire, le compagnon pour le prince. Ce cheval belliqueux, ou ces armes sanglantes et victorieuses, voilà les récompenses ; d’abondans et de grossiers festins forment la solde. La guerre et le pillage pourvoient à la munificence. »

Il n’est pas difficile d’apercevoir dans ces usages leurs caractères divers. A Rome, la clientèle était toute civile ; elle ne changeait pas toujours la qualité du citoyen. Parmi les différentes clientèles des Gaules, celle qui s’était particulièrement conservée, je veux parler de la remise des terres, était tout à fait servile ; elle livrait, en quelque sorte,  le faible à la merci de l’homme puissant. Chez les Germains, au contraire, dont les mœurs vigoureuses étaient demeurées intactes, les clientèles de l’usage habituel avaient un caractère noble et militaire.

Le caractère de ces trois clientèles une fois connu, il est à remarquer que, comme les Francs, en s’établissant, n’abolirent ni ce qui avait pu s’introduire de la clientèle civile des Romains, ni ce qui avait pu se conserver de la clientèle servile des gaules ; la clientèle militaire qu’ils tenaient de leurs ancêtres, et dont ils introduisirent l’usage, dut changer en beaucoup de point l’ordre social. On peut suivre les traces et les progrès de ce changement.

Chez les Germains on ne pouvait donner ses terres comme chez les Gaulois, les terres ne formaient point de propriétés. Dans les Gaules, où les terres se trouvèrent pour les Francs des propriétés, les terres suivirent les conditions de leurs maîtres. Les hommes recherchaient la protection des hommes, les domaines rechèchèrent la protection des domaines. Les hommes étaient enrégimentés et armés, les domaines s’armèrent et s’enrégimentèrent. Les hommes et les domaines se virent ainsi associés aux mêmes devoirs et aux mêmes services. L’ancienne clientèle gauloise, où on donnait servilement sa terre, s’anoblit en s’unissant à la clientèle germaine, où on donnait son courage. La clientèle civile des Romains reçut, à son tour, un lustre qu’elle n’avait pas.

Cependant les nouveaux actes qui semblaient se rapporter, en quelque sorte, aux actes anciens, pouvaient occasionner ainsi des méprises. On déclara solennellement que les actes de se genre ne portaient aucun préjudice de l’ingénuité. Il fut stipulé qu’un homme libre pouvait désormais prendre un patron sans s’avilir, remettre ses biens sans s’asservir. Ces dispositions sont consignées dans les formules de Marculfe et dans les Capitulaires.

Un changement dans les dénominations s’ajouta à ces précautions. Le mot modeste senior, dont nous avons fait depuis seigneur, fut substitué à celui de patron. Le mot noble vassus ; dont nous avons fait depuis vassal, fut substitué au mot abaissé de client. On adopta dans le même sens miles, dont nous avons fait depuis chevalier, et qui ne signifia, pendant long-temps, qu’un militaire. Les nouveaux actes eux-mêmes, qui auparavant s’étaient rendus généralement par le mot tradere, commencèrent à s’exprimer par le mot adouci de commendare.

Des signes précis furent crées pour consacrer et distinguer ces divers engagemens. Un homme veaint, soit d’une escorte guerrière, si ce n’est un grand de l’Etat, soit avec les premiers de sa nation, si c’était un prince, mettre solennellement sa main dans la main de l’homme puissant auquel il se vouait. C’était, dans ce cas, sa foi et son courage qu’il lui remettait. Tassilon, duc de Bavière, vint ainsi, avec les principaux personnages de son pays, mettre sa main dans la main du roi Pépin. C’est ainsi, sous la première race, que les grands officiers de l’Etat venaient mettre la main dans la main du roi, en lui prêtant serment pour leur office. Cette espèce de recommandation ; la plus illustre de toutes, est rappelée constamment dans les chartres, comme l’origine franque, more francorum, more francico.

Dans d’autres circonstances, on voyait un homme se présenter avec un morceau de gazon, une fleur, ou une branche d’arbre. C’était, dans ce cas, ses affaires, son alleu, tous ses biens, qu’on mettait sous la protection de l’homme auquel on se recommandait. Cette seconde espèce de recommandation était noble, car elle avait communément pour condition le vasselage, ou le service militaire.

Enfin il y avait une troisième espèce de recommandés ; c’étaient ceux qui, après s’être coupé les cheveux les cheveux du devant de la tête, se présentaient dans la cour d’un homme puissant, pour les lui offrir. Ce signe, qui exprimait la remise entière de la personne, entraînait ce qu’on appelait alors bondage, c'est-à-dire, la perte de l’ingénuité : cette espèce de recommandation était vile.

Tel est l’ordre nouveau de mouvemens qui, se produisant de trois espèces de clientèles romaines, germaines et gauloises, se modifia de ses trois sources diverses ; prit, en se modifiant, une forme régulière ; gagna bientôt, en s’ordonnant et en se régularisant, toutes les conditions, toutes les situations, tous les actes. Cet ordre nouveau de mouvemens, déjà d’une pratique habituelle sous les rois Mérovingien, ainsi qu’on le voit dans les Formules de Marculfe,  devient un usage sous les premiers rois de la seconde race, ainsi qu’on le voit dans les Capitulaires. Il s’agrandit ensuite progressivement, et manifeste ainsi agrandi, ce qu’on a connu depuis sous le nom de gouvernement féodal. Ce gouvernement, qui finit par montrer au monde une apparence du peuple nouveau, ainsi que de coutumes et d’institutions nouvelles, s’est produit, comme on voit, tout simplement d’un rapprochement de deux peuples, dont l’un ayant des terres, l’autres des armes, l’un les mœurs sévères des Germains, l’autre les mœurs affaiblies de Rome, l’un accoutumé à une vie errante et à former des liens plus militaires que civils, l’autre accoutumé à une vie sédentaire, se sont mêlés peu-à-peu, et ont pris réciproquement quelque chose de l’autre.

C’est ainsi qu’a été amené le troisième âge que j’ai annoncé. Toutes les variétés de notre système domestique, civil et politique, se déroulent de cette variété d’âges. Je vais les récapituler.

Au premier âge, on compte pour hommes libres, d’un côté, des Francs ; d’un autre côté, des hommes ingénus, Gaulois, Bourguignons ou Goths. Au second âge ; on ne compte plus pour hommes libres que des Francs. Au troisième âge, tous les alleux deviennent fiefs, tous les hommes francs vassaux.

Au premier âge, le service intérieur des maisons se fait, dans une partie de la nation par des esclaves domestiques, c’est-à-dire, par tout ce que la population a de plus vil. Au troisième âge, le service intérieur de la maison se fait par tout ce que la population a de plus noble.

Au premier âge, les hommes francs ont, dans l’ordre judiciaire relativement aux autres hommes ingénus, différens privilèges ou distinctions. Au second âge, ces distinctions disparaissent. Au troisième, les pairs de fiefs succèdent naturellement aux anciens jurés. On a le jugement des pairs.

Au premier âge, on a dans l’ordre politique pour représentation nationale, des grands et quelques leudes. Au second âge, on a une réunion générale de tous les hommes ingénus. Au troisième âge, les grands, sous le nom de barons, ont encore une sorte de première impulsion dans les grandes délibérations d’état : au fond, la partie principale de la puissance législative et politique est morcelée dans chaque domaine.

Enfin au premier âge, on a une multitude de nations diverses avec des lois, des mœurs et des usages divers. Au second âge, la diversité des nations commence à s’effacer. Au troisième âge, on n’a plus qu’une seule nation française, et un seul gouvernement qui est le gouvernement féodal.

Ces nuances, qui embrassent toutes les parties de notre régime domestique, civil et politique, vont se retrouver dans celui qui concerne la royauté….


  Fin de la section première. 


Comte de Montlosier (De la Monarchie Tome 1).

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