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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

220px-Montlosier

 

 

CINQUIEME EXTRAIT

SECTION PREMIERE.

 

Je dois noter quelques changements que ce commencement d’amalgame occasionne.

Les Francs étant continuellement en présence des Gaulois, les deux peuples vivant familièrement ensemble, il est assez naturel de penser qu’à la longue ils prendront quelque chose l’un de l’autre. Mais s’il y eut quelques points où les habitudes françaises cédèrent, il y en eut d’autres où elles furent tout à fait inflexibles. Il faut compter en ce genre l’aversion des Francs pour l’usage des esclaves domestiques.

Telles étaient les mœurs des Germains, que le service personnel, avili chez les autres nations, était chez eux particulièrement noble : accepter un service personnel n’était point, comme chez les autres nations, consacrer l’avilissement et la servitude ; c’était accorder une distinction. L’effet de cette disposition fut de renvoyer peu à peu à la profession des métiers ou la culture des terres, ces misérables Gaulois faisaient servir, ainsi que les Romains, dans l’intérieur des maisons.

Il faut compter comme second point de résistance de la part des Francs, leur prédilection pour le séjour de la campagne. Tacite est le premier qui fasse mention de cet éloignement des Germains pour l’habitation des villes : ils ne souffraient, à ce qu’il rapporte, aucun assemblage des maisons, junctas sedes. Quand les Francs et les autres nations germaines arrivèrent dans les Gaules, ce goût de la campagne fut généralement remarqué. Cassiodore, l’homme le plus éclairé de ce temps, croyait que le mot barbare venait de barba et de rus, c'est-à-dire, de l’usage de la barbe et d’habiter la campagne. Ammien Marcelin nous parle de même du dégoût des barbares pour l’habitation des villes : « ils les regardèrent, dit-il, comme des buissons enveloppés de filets. »

Les mœurs franques étant demeurées inflexibles sur ces deux points, subjuguèrent à cet égard les anciennes mœurs gauloises. J’aurai soin de marquer dans le livre suivant les effets de cette grande innovation, qui, abolissant peu à peu la servitude personnelle, porta par degrés dans la classe des roturiers ou des tributaires, tous les esclaves domestiques.

Relativement au second point, c'est-à-dire, au séjour de la campagne, l’innovation qui s’établit n’eut pas de suites moins graves.

Tout Gaulois de quelque considération, qui avait figuré jusque là dans le sénat des villes, dans leur curie, dans leur milice, les abandonna. Les domaines gagnèrent l’importance que perdaient les villes. Les villes avaient formé des espèces de forteresses, castra, les domaines se dessinant en diminutif, devinrent de petits camps ou châteaux, castella. Les châteaux étaient déjà multiples en France au septième siècle. Dans la suite, leur nombre devint infini.

Cette circonstance, qui se rend remarquable par l’influence qu’elle eut sur l’état général de la France, le devint encore plus par le changement qu’elle manifesta dans les guerres particulières. C’était autrefois les cités qu’on avait vu principalement se déclarer la guerre. Quand tous les Francs ingénus furent devenus Francs, et que les mœurs franques se furent totalement propagées ; lorsque, par l’érection des châteaux, et l’usage des confédérations particulière dont je parlerai bientôt, les campagnes eurent acquis l’importance qu’avaient auparavant les villes, on peut comprendre comment la guerre, qui s’était déclarée de cité à cité, vint à se déclarer de domaine à domaine.

Je viens de parler de changemens que le second âge apporta dans notre ordre domestique. L’ordre civil, à son tour, fut atteint en deux points. Sous la première race, toutes les fois qu’il était question de grandes peines, les causes particulières de Francs étaient portées au tribunal même du roi, ainsi que nous le voyons dans le décret fameux de Childebert. Sous la seconde race, au contraire, lorsque toute la nation devenue franque, il n’y eut de déclinable dans ce cas, que la juridiction seule du vicaire et du centenier. Les grandes causes des hommes libres furent jugées en dernier ressort par les comtes et les envoyés du roi ; ainsi que nous le voyons dans les Capitulaires.

La forme des jugemens subit des variétés que je dois mentionner.

On peut spécifier avec précision la manière dont, selon les lois romaines, se faisaient l’instruction et le jugement. Les Francs ne purent se plier à de telles formes : ils laissèrent les hommes ingénus gaulois se gouverner, à cet égard, comme il leur convenait. Mais, chez eux, la parole d’un homme de condition généreuse était réputée si sacrée, qu’elle semblait ne pouvoir se fausser, même pour un grand intérêt.

Quand le serment se fut substitué à la simple affirmation, il est à remarquer que les principaux d’entre les Francs ne purent s’astreindre à prononcer par le serment ce qu’ils pouvaient affirmer également par la parole. Dans certains cas, tout ce qu’ils purent faire, fut de commettre des personnages d’un rang inférieur, pour jurer en leur nom et à leur place. On sait qu’aujourd’hui, dans un pays modelé en tout ce qu’il a de remarquable sur les anciennes mœurs de la France, les membres delà Chambre-Haute ne prononcent aucun jugement sur leur serment, mais seulement sur leur honneur.

A la fin il fut établi, dans l’usage commun, que l’accusé repousserait son accusation par serment. La pratique, à cet égard, dut varier. La simple dénégation assermentée d’un prêtre suffit long-temps pour l’absoudre : tant on respectait son caractère. Dans les conditions ordinaires, on ne se contenta pas ainsi d’une simple dénégation : tout accusé dut jurer et faire jurer avec lui un certain nombre d’homme de condition.

On voit par là comment, soit chez nous, soit chez un peuple voisin, l’instruction a fini par être spécialement confiée aux jurés. Il était assez naturel que de hommes qui allaient se trouver engagés devant Dieu par les liens terribles du serment, ne s’en rapportassent qu’à eux-mêmes de ce qui devait motiver leur décision.

Cette origine nous révèle une autre origine. Des jurés, épouvantés des engagemens qu’ils allaient contracter devant Dieu, déclinèrent tant qu’ils purent leurs redoutables fonctions : on les vit invoquer, au moindre prétexte, comme une décision du ciel même, le hasard des épreuves, ou celui des combats.

Le régime politique offre, dans ce second âge, plus de changmens encore que le régime civil. Sous la première race, on n’avait vu en scène, pour les délibérations d’Etat, que quelques grands et quelques leudes ; sous la seconde race, quand tous les hommes libres sont devenus Francs, ils sont tous appelés aux délibérations d’Etat ; ce sont les mœurs germaines qui donnent ici l’impulsion.

« Chez les Germains, di Tacite, les grands de l’Etat décident les affaires de peu d’importance ; les autres sont soumises à l’assemblée générale, de manière toutefois que les affaires mêmes qui doivent être décidées par le peuple, ont encore à subir l’examen des grands de l’Etat. » les mœurs germaines s’étant tout-à-fait établies, nos assemblées se composèrent sur le modèle des assemblée germaines. Hincmar, qui dans son livre de l’Ordre du palis, nous rend compte des détails de ces assemblées, paraît avoir copié tacite.

Nous eûmes ainsi, 1° sous le nom de Champ de Lai, des assemblées générales, où les grands de l’Etat firent le rapport des affaires, ordonnèrent des délibérations, et recueillirent les voix. Nous eûmes en second lieu, sous le nom d’Assemblée d’Automne, des assemblées particulières, où les grands eurent à décider sommairement les petites affaires, et à préparer celles qui, au mois suivant, devaient être soumises, comme plus importante, à l’assemblée générale du peuple… A suivre

 

 

Comte de Montlosier  (De la Monarchie Tome 1).

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