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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

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DEUXIEME EXTRAIT

SECTION DEUXIEME.


Un lecteur judicieux sentira que l’autorité royale ne doit s’estimer, tout-à-fait, ni d’après le ton humble et soumis de Grégoire de Tours, ni d’après le ton abaissé de Charles le Chauve. Nos monumens offrent ainsi un grand nombre de trait divers dans lequel chacun peut apercevoir tel ou tel système, selon son inclination particulière. Quand le père Daniel ou l’abbé Bos, parcouraient nos anciennes chartres, ils ne s’arrêtaient qu’à ce qu’ils rencontraient d’ecclésiastique et de romain. Tout le reste leur paraissait trouble. M de Boulainvilliers, au contraire, n’apercevait que les Francs et les Leudes. Il y a, à cet égard, deux règles sur lesquelles il faut se diriger.

La première, c’est que l’esprit public se trouvant emporté au premier âge, tantôt dans le sens des mœurs franques, tantôt dans celui des mœurs judaïques et romaines, l’autorité royale a dû participer souvent à cette oscillation. A la fin tous les hommes libres Gaulois étant devenus Francs et nos mœurs étant devenue franques, l’autorité royale n’a pu manquer elle-même de devenir franque. Elle a pris ainsi un caractère précis.

La seconde règle, c’est que les extrêmes de la flatterie et de la servitude, de la violence et de la révolte, sont en ce genre de mauvais guides. Ce n’est ni dans ces extrêmes, ni dans quelques aciidens particuliers aux mœurs gauloises, ou aux mœurs germaines, qu’il faut chercher ce qu’a pu être cette autorité : c’est dans son action continue, avouée, constante, telle qu’elle a pu se combiner de ces différentes mœurs, et quia composé en quelque sorte son terme moyen ; et alors, voilà ce que je crois pouvoir dire de cette autorité. Elle s’étendait à tout, elle était tempérée par tout. Je veux dire qu’elle entrait sans exception dans toutes les parties de l’ordre religieux, civil et politique, mais c’est avec un tempérament qui présentait ce singulier mode : il dépendait un peu du prince, le prince en dépendait un peu.

Ainsi le prince gouvernait toutes les choses religieuses, mais c’était avec le clergé ; il ordonnait toutes les entreprises guerrières, mais c’est avec les Leudes ; il rendait les jugemens, mais c’était avec des féaux ; enfin il portait les lois, mais c’était avec de Francs, aux champs de Mars et de Mai.

A commencer par les matières religieuses, encore qu’ils fussent, en soi en plein ressort des évêques, toutes le sfois cependant qu’elles entraient pour quelque chose dans l’ordre public, nul doute qu’elles ne fussent sous l’autorité du prince.

« Citoyens français[1], dit Clovis II, le soin de notre domination temporelle nous avertit de vous admettre à notre conseil, dans les affaires publiques. Cependant il nous a convenu auparavant de régler les choses qui sont de Dieu et des saints. »

Ce n’est pas là seulement un discours oratoire. Si on se donne la peine de consulter les décrets du concile de Paris en 615, on les trouvera prononcés au nom du roi. Il en est de même des synodes et des conciles tenus sous la seconde race : ils sont libellés dans la même forme que l’étaient, de nos jours, les arrêts du Parlement.

Les mêmes nuances se retrouvent dans les autres parties.

Nul doute que les entreprises guerrières n’aient été résolues dans les assemblées générales. Quand Clovis voulut entreprendre l’expédition contre Alaric, il la proposa aux Francs, de la manière suivante : « Je vois avec peine que ces Ariens occupent une partie des Gaules. Allons ; et, avec l’aide de Dieu, rangeons ce pays sous notre domination. » Ce discours ayant plu à tout le monde, Clovis rassembla son armée et la dirigea sur Poitiers.

Des écrivains ont affecté de mettre peu d’importance à ces propositions royales ; mais, pour partager leur opinion, il faudrait croire qu’elles n’éprouvaient jamais de contradiction. Lors de l’expédition de Bourgogne, entreprise par Clothaire et Childebert, nous voyons que Thierry leur frère aurait voulu s’en dispenser ; mais les Francs qui lui appartenaient lui signifièrent qu’ils allaient l’abandonner. Il en fut de même d’une expédition contre les Saxons : Clothaire ayant voulu s’opposer à cette entreprise, les Francs entrèrent dans sa tente, l’accablèrent d’injures, et le forcèrent de marcher à leur tête.

Ces exemples sont pris de préférence dans la première race. Sous la seconde, où les Champs de Mai ont une tenue plus régulière, la participation des Francs à toutes les entreprises d’état a par la même une dorme plus déterminée.

Dans les jugemens, et pour ce qui concerne la confection des lois, l’autorité royale est également en scène, mais toujours avec les mêmes modifications et le même cortège. Nous avons, dans le livre qu’Hincmar nous a laissé sur l’ordre du Palais, les détails de la manière dont s’ordonnaient les délibérations. Thégan, dans la vie de Louis le Débonnaire, nous représente Charlemagne suivant tous les rangs, et recueillant lui-même toutes les voix. On a cité souvent, et avec raison, ce mot de Charles le Chauve dans l’édit des Pistes. « La loi se fait par le consentement du peuple et par la constitution du roi. » Il est essentiel d’observer que ce n’est point ici, comme en Angleterre, une grande chartre qui est accordée, un privilège nouveau qui est déclaré : c’est une ancienne maxime d’état, qui est rappelée. Cette maxime est de la première race comme de la seconde. C’est ainsi que, dans l’exemple de Clothaire que je viens de citer ; ce prince ne fait nulle difficulté de déclarer, « qu’il prendra l’avis des grands de l’Etat, et qu’il déférera en tout à leurs jugemens. »....

 

A suivre

 

Comte de Montlosier (De la Monarchie Tome 1)

 



[1] Francigenae Cives.

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