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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

DE L'UNITÉ NATIONALE


PAR


LE COMTE DE FALLOUX

 

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III

 

La persécution ! N'y comptez pas, répondent ceux qui s'efforcent de modérer le mouvement.

Nous n'avons pas perdu la mémoire et nous ne vous rendrons pas ce service; nous ne persécuterons pas. Si! vous persécuterez. Ceux qui le veulent l'emporteront sur ceux qui ne le veulent pas : cela est fatal.

Vous persécuterez, parce que vous êtes passionnés et que la passion a autant de logique que la raison, quelquefois plus. Vous persécuterez, parce que cela est écrit dans votre propre histoire, parce que c'est l'inévitable destin des hommes de parti qui, arrivés au pouvoir, restent hommes de parti. M. de Serre, ministre de la Restauration, disait à la tribune du Palais-Bourbon : « Le triomphe d'un parti, funeste au pays, ne tarderait pas à l'être à ce parti lui-même; nous sommes tous Français ! il n'y a, il ne doit y avoir d'exclusion, d'exhérédation pour personne. On commence par exclure, on finit par proscrire (1). »

Comment ne persécuteriez-vous pas ? Mais regardez donc votre passé.

Les Jésuites étaient bannis de France et même de presque toute l'Europe ; ils l'étaient avec l'assentiment d'un pape, et la révolution débutait en face d'une Église affranchie de tout alliage ultramontain. Vos pères en furent-ils désarmés? Nullement. En 1790, ils rêvèrent la constitution civile du clergé; en 1793, ils ne rêvaient plus, ils en étaient à l'Etre suprême et à l'échafaud. En 1828, on obtint du roi Charles X ce qu'on avait obtenu de Clément XIV, soixante ans auparavant; la révolution de 1830 n'en éclata pas moins deux ans après, et tout l'effort des haines populaires, toutes les calomnies, toutes les caricatures, furent tournés contre le clergé. Saint-Germain l'Auxerrois, Notre-Dame de Paris furent dévastés, et M. de Quélen, notoirement gallican, comme presque tout le clergé de la Restauration, mourut dans une cellule qui, durant dix ans, lui avait servi d'archevêché.

Ainsi, même en laissant de côté les menaces et les aveux sinistres dont tant de journaux sont remplis, on peut prédire hardiment que vous ne vous en tiendrez pas longtemps au cléricalisme ou à l'ultramontanisme. Ce sont des mots commodes qui se prêtent à tout ce qu'on veut, et tout catholique, quand cela vous conviendra, sera justement convaincu d'être clérical ou ultramontain. Des hommes de savoir et d'esprit, comme le sont plusieurs d'entre vous, n'ignorent point cela ; ils savent parfaitement ce qu'ils veulent, ce qu'ils visent, et l'immolation de quelques pauvres religieux ou de quelques pauvres religieuses ne les consolera pas de se retrouver, le lendemain comme la veille, en face de l'Église tout entière, de sa hiérarchie, de sa discipline, de son enseignement et de ses oeuvres.

Ce que vous commencez aujourd'hui, c'est une guerre sans merci, guerre qui a déjà dix-huit cents ans de durée, vieux dessein toujours stérile, même quand il triomphe, mais toujours renaissant, même quand il succombe, que nous ne devons ni redouter ni dédaigner outre mesure; mais qu'en tous cas, il faut appeler de son véritable nom. Ou vous vous arrêterez lorsqu'il en est encore temps, ou vous ramènerez vos préfets au rôle de Pline le Jeune mettant deux femmes à la torture pour mieux découvrir les prétendues superstitions chrétiennes et les dénoncer à Trajan (2).

Ne vous récriez pas devant ce rapprochement, il ne se justifie que trop par le chemin si rapidement parcouru depuis le commencement de la campagne.

Quant à votre effroi de l'ultramontanisme, peut-il être sincère ? Vous savez parfaitement que l'ultramontanisme ne date pas d'aujourd'hui et que Pie IX ne l'a point inventé (3); vous savez bien que les ordres religieux font partie de l'Église et qu'on ne peut logiquement admettre l'une et repousser les autres. Faites-vous subir cette dissection au protestantisme ?

Frappez-vous les luthériens au profit des calvinistes? favorisez-vous les piétistes aux dépens des quakers? Tous les fondateurs d'ordre ont inséparablement professé l'amour de Jésus-Christ et la soumission à son vicaire: saint Benoît, saint Bruno, saint François d'Assise, saint Dominique, n'avaient point, à cet égard, une autre doctrine que saint Ignace de Loyola ou saint Alphonse de Liguori. L'ultramontanisme n'est qu'un fantôme,

on l'avoue dans vos propres rangs aux —heures de justice ou de distraction. D'ailleurs, seriez-vous donc plus gallicans qu'ultramontains?

Qui de vous, affectant le plus profond respect pour l'Église gallicane, voudrait adopter son Credo et réciter son Confiteor ?

Voici, entre mille autres semblables, une page de la main de Bossuet : « Dieu a fait un ouvrage au milieu de nous qui, détaché de toute autre cause, et ne tenant qu'à lui seul, remplit tous les temps et tous les lieux et porte par toute la terre, avec l'impression de sa main, le caractère de son autorité : c'est Jésus-Christ et son Église. Il a mis dans cette Église une autorité seule capable d'abaisser l'orgueil et de relever la simplicité, et qui, également propre aux savants et aux ignorants, imprime aux uns et aux autres un même respect; c'est contre cette autorité que les libertins se révoltent avec un air de mépris (4) » Cette page, voulez-vous la signer? Vous empruntez volontiers aux jansénistes leurs accusations contre les Jésuites, mais qui de vous s'agenouillerait aux pieds de M. Singlin ou de M. de Saint-Cyran, s'enfermerait à Port-Royal des Champs avec le grand Arnaud ou traduirait les Pères du désert avec M. d'Andilly? Vous aimez à vous targuer de quelques rigueurs des vieux parlements ; mais vous ne voudriez pas épouser leur royalisme, leur jurisprudence et leurs pénalités. Toutes ces évocations ne sont que des ruses de guerre et non des professions de foi.

On est donc amené à vous rappeler le conseil d'un homme de génie qui était, au suprême degré, un homme de bon sens :

 

Quand sur une personne on prétend se régler,

C'est par les beaux côtés qu'il lui faut ressembler.

Et ce n'est pas du tout la prendre pour modèle,

Ma sœur, que de tousser ou de cracher comme elle.

 

Écouterez-vous Molière? Non. A tous les anciens régimes on emprunte leurs iniquités, leurs violences, leurs faiblesses et leurs fautes, sans s'embarrasser ni des principes, ni des vertus, ni des repentirs de ceux qu'on met en scène. On choisit ce qui sert, on écarte ce qui condamne ; on composé un dossier faux avec des documents vrais ; on fait comparaître les grands siècles et leurs grands noms pour les transformer en faux témoins; on les enrôle, malgré eux, dans une oeuvre dont ils auraient eu horreur s'ils l'avaient pressentie.

Ce triste jeu, que cache-t-il ? On doit avoir un dessein en rapport avec le trouble que l'on jette dans les coeurs et dans les consciences. Il n'est pas admissible que l'on ait soulevé tant de clameurs, accompli déjà tant d'actes arbitraires pour les minces griefs qui étaient portés naguère à la tribune. Comment ! le christianisme aura triomphé du monde païen et planté la croix sur le tombeau des Césars; il aura détruit la servitude antique et doté le monde nouveau de la chasteté et de la charité ; il aura, de l'extrême Orient à l'extrême Occident, montré la civilisation, converti et policé les barbares, construit, à côté des monastères, les écoles et les universités ; il en aura fait sortir les savants, les politiques, les saints qui ont illustré le monde moderne; il aura, le premier, professé et pratiqué l'égalité en faisant asseoir d'humbles prêtres sur les marches de tous les trônes et posé la triple couronne sur la tête des pâtres et des mendiants ; il aura créé les grandes monarchies et les grandes républiques du moyen âge, retrouvé et sauvé les trésors de la poésie et de la philosophie antiques; il aura porté à leur plus sublime expression les lettres et les arts, donné dans les conciles le modèle des plus larges et des plus hautes délibérations; en un mot, il aura tout fondé ou tout régénéré parmi nous, depuis dix-huit cents ans, et tout cela serait non avenu! Tout cela serait mis en échec, et même en péril, parce qu'un casuiste trop épris de son art, se sera livré à de puériles subtilités ! Tant de grandeurs et tant de bienfaits seront reniés, repoussés, conspués pour flageller un théologien inconnu, pour venger la vache ou la chèvre d'un berger imaginaire (5)! Non, non, vous ne voudriez pas qu'on vous prît au mot, qu'on vous crût si mesquins dans votre ingratitude! Non, vous prétendez à plus d'honneur et à plus d'indignité.

Ni le sacrifice des casuistes, ni le sacrifice des Jésuites ne vous suffira; c'est la vieille guerre au Christ qui recommence. Sans doute, quelques-uns aimeraient à faire d'abord cette guerre par surprise; mais votre armée est trop nombreuse pour qu'on ne la voie pas de loin et trop bruyante pour qu'on ne l'entende pas marcher. Ce n'est pas l'ultra-montanisme seul que vous attaquez, ce n'est même pas le catholicisme seul : vous en voulez au christianisme tout entier.

Ne vous récriez pas. Acceptez plutôt franchement le rôle que vous voulez jouer, avec les libres penseurs allemands et les athées de fous les pays, dans la grande campagne qui s'ouvre contre l'Église. « Je ne puis oublier, nous a dit un observateur d'une rare clairvoyance, un aveu arraché à l'une des intelligences les plus puissantes que j'aie rencontrées, à un homme qui, né protestant, était devenu panthéiste et qui tarissait au service de ce système tous les trésors d'une imagination riche et féconde (6).

Cet homme, comme il arrive communément, rejetait ou défigurait tout dans le système chrétien; mais il ne haïssait que le catholicisme, dont une des gloires est de recevoir toujours l'hommage de la haine à défaut de celui de l'amour. Au milieu d'une longue discussion où toutes les préventions de son ancienne erreur avaient reparu sous la couche plus nouvelle du panthéiste, je l'arrêtai en lui

demandant s'il admettait sérieusement que, la forme catholique n'ayant point existé dans le monde, il serait, à travers dix-huit cents ans de lutte, resté autre chose du christianisme qu'un système de morale, comme le Portique ou le Stoïcisme. Après quelques moments de silence, qui firent prendre à la physionomie de mon interlocuteur une expression que je vois encore : — Non, me répondit-il, la durée eût manqué au christianisme comme religion ; il eût simplement gardé sa place comme système de philosophie morale (7). »

Détruire le catholicisme et réduire le christianisme à l'état de théorie purement spéculative, voilà le fond de la pensée; cette pensée est la seule qui puisse expliquer ce que nous voyons !

Mais qu'on y réfléchisse ! les destructions qui séduisent de loin entraînent quelquefois plus de ruines qu'on ne l'avait d'abord imaginé; souvent on se félicite d'avoir fait plus de peur que de mal, tenez-vous-en là; souvent on conjure un grand incendie en éteignant un feu de cheminée; croyez-en d'autres que moi, ne méprisez pas cette précaution.

Secouer tous les jougs et particulièrement le joug de Dieu est l'invariable penchant des puissants; beaucoup l'ont entrepris, nul n'a obtenu plein contentement, pas plus Philippe le Bel que Frédéric Barberousse, pas plus les Hussites que les Albigeois. Et cela ne tient pas à ce que vous nommeriez volontiers la barbarie du moyen âgé, car l'ère moderne ne rend pas un témoignage différent. Vous ne serez certainement pas plus forts que vos devanciers de la Convention ni plus habiles que Napoléon Ier; vous n'aurez ni plus de mépris d'autrui que ces grands contempteurs du droit, ni plus de confiance en vous-mêmes que ce grand favori de la fortune. Manuel, procureur syndic de la Commune de Paris, proposait d'écrire sur le frontispice de l'église des Carmes, après le massacre des prêtres : CI-GÎT LE CI-DEVANT CLERGÉ FRANÇAIS, et cette inscription n'était pas encore gravée sur le marbre, que déjà les terroristes s'égorgeaient entre eux.

Le 16 juin 1811, l'empereur faisait entendre au Corps législatif le langage suivant : « La paix conclue avec l'empire d'Autriche a été depuis cimentée par l'heureuse alliance que j'ai contractée; la naissance du roi de Rome a rempli tous mes voeux et satisfait à l'avenir de mon peuple. Les affaires de la religion ont été trop souvent mêlées et sacrifiées aux intérêts d'un État de troisième ordre. Si la moitié de l'Europe s'est séparée de l'Église de Rome, on peut l'attribuer spécialement à la contradiction qui n'a cessé d'exister entre les vérités et les principes de la religion qui sont pour tout l'univers et des prétentions et des intérêts qui ne regardaient qu'un très petit coin de l'Italie. J'AI MIS FIN A CES SCANDALES POUR TOUJOURS ; j'ai réuni Rome à l'empire; j'ai accordé des palais aux papes à Paris et à Rome. S'ils ont à coeur les intérêts de la religion, ils voudront séjourner souvent au centre des affaires de la chrétienté. C'est ainsi que saint Pierre préféra Rome au séjour même de la Terre Sainte. La Hollande a été réunie à l'empire; elle n'en est qu'une émanation. Sans elle, l'empire ne serait pas complet. »

Peut-on pousser plus loin l'aveugle et superbe arrogance de la présomption, l'ignorance des choses divines et humaines ? Quatre ans à peine écoulés, Pie VII était ramené à Rome par l'Europe entière, et Napoléon dépérissait lentement à Sainte-Hélène, sous la main d'un geôlier.

C'est là un formidable sujet de méditation ; en voici un autre moins grandiose et moins imposant, mais par cela même plus applicable à chacun de nous.

Dans un article sur les Mémoires d'Etienne Delécluze, rédacteur des Débats (8), M. Sainte-Beuve nous introduit dans l'atelier de David à l'époque du Directoire; on était donc en pleine anarchie morale, en pleine insurrection contre Dieu. « Un élève mêlait à une histoire bouffonne le nom de Jésus-Christ; un de ses camarades, Maurice, chef de la secte des Penseurs, lui imposa impérieusement silence. Belle invention, dit-il en continuant de peindre, que de prendre Jésus-Christ pour sujet de plaisanterie ! Vous n'avez donc jamais lu l'Évangile, tous tant que vous êtes? L'Évangile! c'est plus beau qu'Homère, qu'Ossian! Jésus-Christ au milieu des blés se détachant sur un ciel bleu ! Jésus-Christ disant : « Laissez venir à moi les petits enfants ! » Cherchez donc des sujets de tableaux plus grands, plus sublimes que ceux-là! Imbécile, ajouta-t-il avec un ton de supériorité amicale, achète donc l'Évangile et lis-le avant de parler de Jésus-Christ. Lorsque Maurice eut cessé de parler, il y eut un intervalle de silence assez long, pendant lequel tout le monde se consulta du regard pour savoir comment on prendrait la chose. Le brave Morier, un vieil élève, ancien militaire, trancha la difficulté. C'est bien, cela, Maurice ! » dit-il d'une voix ferme, et à peine ces mots eurent-ils été prononcés que tous les élèves crièrent à plusieurs reprises : Vive Maurice! »

M. Sainte-Beuve ajoute en son nom : « La crise morale qui travaillait la société se réfléchit là en abrégé : la Guerre des dieux de Parny d'abord triomphante est repoussée et bat en retraite; le Génie du christianisme approche, il est dans l'air ! »

Tout cela, vous le reverrez quand vous vous en douterez le moins. On peut bannir le christianisme de ses temples et de nos codes; mais quand il est dans Pair, comment l'atteindre?

Prenez-y garde! Blesser, irriter à plaisir le sentiment le plus vivace et le plus indépendant du coeur humain, c'est se mettre une bien grosse affaire sur les bras. Laissons pour un moment de côté tout appel à la Providence et aux divines promesses; ne prenons la question qu'au point de vue politique.

Pour bon nombre de républicains sérieux et convaincus, la république en est encore au jardin d'acclimatation ; pour bon nombre de conservateurs résignés, elle règne en France comme le sultan à Constantinople, par l'impossibilité de se mettre d'accord sur son remplaçant.

Vous en êtes donc encore à l'heure de la prudence, non à celle des grandes aventures. Peut-on arracher à un peuple sa religion sans l'émouvoir jusque dans ses dernières profondeurs? Ne vous en flattez pas; ce ne serait pas méconnaître la France seulement, ce serait méconnaître le coeur humain dans son instinct le plus universel. Les désespoirs et les joies, les découragements et les espérances, tout ramène l'homme à Dieu, et vous ne lui barrerez jamais ce chemin-là.

Quand vous aurez fermé les asiles de la consolation, aurez-vous tari la source des larmes?

Tôt ou tard, cruels insensés, vous rallierez contre vous l'innombrable multitude de ceux qui souffrent durant la vie et de ceux qui aiment après la mort. Et si le christianisme ne revenait pas par les plus douloureuses épreuves de l'humanité, il reviendrait encore par la poésie et par les arts. La soif de l'infini, la nostalgie d'un monde meilleur, qui dévorent le coeur de l'homme, ne seront jamais apaisées, ni même trompées, par le matérialisme, et la scène de l'atelier de David se reproduira perpétuellement. Ces religieux, ces moines, ces enfants du cloître qui sont, en même temps, les enfants du peuple, verront toujours la popularité revenir à eux, tantôt par une sympathie, tantôt par une autre. La plus virile et la plus saine portion de la France ne délaissera jamais pour longtemps ces bienfaiteurs et ces bienfaitrices, que le pauvre et le malade n'appellent pas en vain : mon frère ! ma soeur !

La Guerre des dieux ne triomphe qu'une heure; le règne de Dieu revient toujours. Et quand même il faudrait prévoir votre succès momentané (hélas! il n'est pas interdit de le craindre, puisque Fénelon nous avertit que le don de la foi peut se transporter d'une contrée à une autre par de mystérieux décrets (9), alors nous reverrions les temps déplorables qui arrachaient à saint Jérôme ce cri désespéré : « Le monde s'écroule, et notre tête ne sait pas s'incliner ! »

A quoi bon d'ailleurs tant de ruines? Pour la protection de la république? Mais qui la met en péril, si ce n'est vous ? Le général Cavaignac vous le disait, il y a trente ans, et ce n'est pas moins vrai à cette heure-ci : « Si la République devait périr, rappelez-vous bien que nous en accuserions vos exagérations et vos fureurs (10). »

Le désarroi des partis n'est-il pas assez complet? Ne voyez-vous pas vos adversaires les plus apparents, les plus attitrés, conspirer pour la république, infiniment mieux que vous ne la servez vous-mêmes? Un gouvernement portant en soi des initiatives et des progrès véritables, pourrait-il souhaiter un avènement  moins contrarié et des adversaires plus dispersés? Si vous avez la main pleine de bienfaits, que ne l'ouvrez-vous? Assurément le dernier mot de la société française n'est pas dit: le dernier mot d'une société chrétienne ne l'est jamais. Nous sommes prêts à vous seconder; nous vous demandons seulement autre chose que des plans dix fois avortés, des déclamations creuses, une philosophie sans oeuvres parce qu'elle est sans dévouement, sans abnégation, sans sacrifices. Si vous ne trouvez pas assez d'Évangile dans les lois et dans les moeurs, mettez-en davantage; mais ne supprimez pas d'abord l'Évangile. Innovez, améliorez sérieusement, réellement, sans rien mutiler et sans garrotter personne. Si nous avons des retardataires parmi nous, stimulez-nous par l'émulation; si nous avons des préjugés, faites-nous-en rougir; si nous avons des injustices, faites-en des ingratitudes; mais pas de proscriptions, pas de calomnies, pas d'insultes!

« Baptisez l'héroïne sauvage », comme vous le demandait, en pleine basilique de Rome, le P. Ventura parlant de la démocratie moderne. Prenez ce mot pour programme, et les auxiliaires ne vous manqueront pas. L'unité nationale pourra se refaire aussi solide et aussi indissoluble que jamais; on pourra répéter la parole des anciens jours : « Justifia et pax osculatoe sunt : la Justice et

la Paix se sont embrassées. » La justice ramène la paix; la paix est le salaire de la justice! Mais si vous restez sourds à la voix autorisée de quelques-uns de vos amis, si vous restez aveugles devant l'évidence, si le monde civilisé demeure incessamment, persévéramment, comme il l'est aujourd'hui, le point de mire de vos attaques, heureux alors les yeux qui se ferment et les coeurs qui cessent de battre ! L'esprit conçoit avec peine quel nom devra porter cette société future.

Prédicateurs, orateurs, écrivains, savants chrétiens, vous qui avez cru, vous qui avez enseigné, célébré les vérités éternelles, vous qui avez ardemment recherché l'alliance naturelle de la religion et de la liberté, Chateaubriand et Lacordaire, Montalembert et Ravignan, Ozanam et Tocqueville, Biot et Cauchy, soyez honnis ! Vous aurez été, on vous le répète chaque matin, les corrupteurs du dix-neuvième siècle ! Et vous, utopistes systématiques, qui faites abstraction de la nature humaine, fauteurs d'athéisme, nourris de chimères et de haines, émancipateurs de la femme, destructeurs de la famille, généalogistes de la race simienne, vous dont, naguère, le nom était une injure, soyez contents ! vous aurez été les prophètes et vos disciples seront les pontifes d'un abominable avenir.

 

(1) Le comte de Serre, par M. Ch. de Lacombe, Correspondant du 10 septembre 1879.

(2) Pline, Ad Trajan. imper., Traj. imp. ad Plin. epist. liber, XCVII.

(3)Voy. sur l'infaillibilité, sur le Syllabus, sur le Concordat, sur les Articles Organiques, l'Église et l'État au concile du Vatican, par M. Emile Ollivier. Voy aussi Où est l'ennemi? par un ancien membre des Assemblées françaises.

(4)Oraison funèbre d'Anne de Gonzague.

(5)Chambre des députés, séances des 5 et 7 juillet 1789.

(6) Le professeur Raupach.

(7)Vie et oeuvres de Mme Swetchine, t. II, p. 199.

(8)  Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, t. III, p. 95-90.

(9)Sermon pour la fête de l'Epiphanie.

(10)  Moniteur du 14 juin 1849.

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clovis simard 21/10/2012 01:02

Voir Blog(fermaton.over-blog.com)No.20 - THÉORÈME la CHUTE. - La fin de l'Empire Romain.

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