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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

LA CATHEDRALE DE LIMOGES.

RENE FAGE.

 

Cathedrale_stetienne_limoges_nuit.jpg

 AVANT-PROPOS.

 

La Cathédrale Saint-Etienne est un édifice unique dans la région limousine. Au milieu du groupe important des belles églises romanes que conservent les trois départements de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne dont le territoire est emprunté à l'ancien diocèse de Limoges, elle apparaît comme un pur et élégant spécimen de l’art gothique. Quelques grands monuments religieux de cette province ont reçu des voûtes d'ogives que le plan primitif n'avait pas prévues ; quelques autres, de petite dimension, ont été exécutés tout d'un trait d'après le nouveau style en vogue depuis la fin du XIIe siècle ; aucun ne peut être comparé à la cathédrale de Limoges pour l'unité et la grandeur de la composition. Elle ne s'est, pas inspirée de l'architecture de la contrée, et elle est restée isolée, n'ayant jamais été imitée.

A quoi faut-il attribuer cette situation à part, qui rappelle celle de la cathédrale de Clermont-Ferrand ? Nous croyons que la nature même du sol peut suffire à l'expliquer. Construites en pierres volcaniques dans la région auvergnate, et en pierres granitiques dans la région limousine, les grandes abbatiales et collégiales romanes ont résisté aux siècles. Aussi solides qu'au premier jour, il était inutile de les jeter à bas pour en élever de nouvelles à leur place. D'autre part, les matériaux du pays, qui se prêtaient à merveille à la sévérité d'aspect et à la simplicité de lignes de l'architecture romane, exigeaient un effort considérable et coûteux pour s'assouplir aux fantaisies légères et gracieuses de l'art gothique. Limoges, qui était, comme Clermont, le siège d'un grand évêché, pouvait faire cet effort et y a réussi.

Parmi les raisons qui déterminèrent la construction de la cathédrale du XIIIe siècle, on peut faire entrer en ligne de compte la rivalité qui divisait les deux villes de Limoges. La Cité et le Château formaient deux villes distinctes, entourées de leurs murailles, pourvues d'une administration différente, quelquefois en guerre l'une contre l'autre.

La Cité était la ville de l'évêque ; c'est là que se trouvait la cathédrale. Dans l'enceinte du Château, que gouvernait le vicomte, était la florissante abbaye de Saint-Martial, avec sa belle église, une des plus grandes, des plus célèbres, et des plus riches du Limousin. La pauvre église cathédrale était loin de pouvoir lui être comparée; et pourtant elle était la plus vénérable de Limoges puisqu'elle était bâtie sur l'emplacement de celle que saint Martial lui-même avait consacrée ; elle était l'église des successeurs de saint Martial, l'église mère de tout le diocèse. Ce fut pour lui donner l'éclat que méritait une telle dignité et la mettre au premier rang, qu'Aimeric de la Serre, le plus opulent des évêques de France, dit une vieille chronique, résolut de faire démolir l'église romane pour élever à sa place la cathédrale du XIIIe siècle.

Nous avons dit que la cathédrale de Clermont était aussi isolée, comme grande église gothique, dans le diocèse auvergnat, que la cathédrale de Limoges dans le diocèse limousin. A d'autres points de vue ces deux églises peuvent être rapprochées.

Il ne s'est écoulé qu'un quart de siècle entre la fondation de l'une et la fondation de l'autre.

Or il y a tant d'affinité dans le plan des deux chevets, dans les procédés de construction, dans les couvertures des chapelles latérales et rayonnantes, dans la combinaison du triforium et des fenêtres hautes, qu'on peut se demander si le maître de l'oeuvre de la première n'a pas été le maître de l'oeuvre de la seconde.

Quel que soit l'architecte qui a conçu le plan de la cathédrale de Limoges, il est certain qu'il fut un des plus habiles de son temps. Viollet-le-Duc classe l'abside parmi les plus remarquables œuvres du style gothique.

On a; dit, avec raison, que c'est un monument du Nord implanté en Limousin. L'influence de nos provinces septentrionales s'y laisse sentir, en effet.

Nous ne trouvons, ni dans le Centre, ni dans l'Ouest, aucun édifice qui puisse lui être comparé.

C'est à l'architecture du Nord qu'il faut le rattacher, comme les cathédrales de Clermont-Ferrand et de Narbonne. Mais la cathédrale Saint-Etienne de Limoges n'est la copie d'aucune autre. Même dans le groupe de Clermont et Narbonne elle a sa physionomie propre, qui tient à la fois à son emplacement, aux matériaux employés et peut-être aussi à l'habileté des ouvriers.

De même qu'elle est restée longtemps inachevée, elle a attendu longtemps son historien. L'érudit abbé Arbellot lui consacra en i852 une première étude. Devenu chanoine titulaire, il reprit son travail, le mit au courant, et publia en 1883 une monographie étendue sous forme d'un volume de 288 pages. Dans cette étude, tout ce qui a trait à l'histoire de la cathédrale gothique et aux campagnes de travaux qui ont été entreprises depuis le XIVe siècle, est excellent et nous y avons abondamment puisé. Malheureusement le livre a été publié avant l'achèvement de la construction des dernières travées, et il reste donc incomplet ; malheureusement aussi il est dépourvu de plan et de gravures, lacune regrettable dans un ouvrage dont une bonne partie est une description archéologique.

Le cadre des « Petites Monographies » nous a imposé l'obligation de résumer ce que nous appelons les origines de la cathédrale. Nous avons cherché à dégager des légendes ce qui paraît avoir un caractère historique; et si l'église romane nous a arrêté un peu plus longtemps, c'est qu'il en subsiste deux morceaux importants, d'un incontestable intérêt, la crypte et trois étages du clocher.

Quant à la cathédrale gothique, qui fait le principal objet de cette monographie, nous avons cru devoir en donner d'abord la description d'ensemble et réserver pour le chapitre suivant l'historique de sa construction. Voici la raison qui nous a fait adopter cet ordre assez contraire à l'usage courant.

Le visiteur est frappé par l'unité du plan de la cathédrale de Limoges ; les différences de détails ne sont pas d'emblée perceptibles pour lui; l'œuvre, dans toutes ses parties, lui paraît harmonieuse et homogène. Telle est sa première impression. Ce n'est qu'après, et par une application de son esprit, qu'il voit la différence des profils et de la décoration, et qu'il en recherche les causes dans la chronologie des campagnes de travaux. Nous avons fait comme ce visiteur auquel notre petit livre est destiné.

 

 

    LACATHÉDRALE DE LIMOGES

 

I.

 

LES ORIGINES

 

Dans une ancienne Vie de saint Martial, faussement attribuée à un auteur du VIe siècle, on lit que l'apôtre du Limousin, suivi de tout le peuple, se rendit au temple païen de Limoges, y brisa les statues de Jupiter, de Mercure, de Diane et de Vénus, et le consacra à saint Etienne(1). Reprenant cette légende, le moine Adémar, dans son VIIIe sermon, écrit au commencement du XIe siècle, dit que saint Martial fit du temple de Jupiter à Limoges l'église du Rédempteur (2).

Qu'y a-t-il de vrai dans cette tradition ? Sans faire aucun cas, tant la source est suspecte, des nombreux morceaux de sculpture antique qui auraient été trouvés, d'après Beaumesnil (3), sur l'emplacement de la cathédrale actuelle et dont cet artiste nous a laissé les dessins, il est certain qu'à la fin du XVIIIe siècle, des fouilles exécutées non loin du chevet remirent au jour des fragments de bas-reliefs et des inscriptions romaines attestant l'existence, d'un édifice remontant aux premiers siècles de notre ère (4) des sondages plus récents, exécutés sur le même point, ont fait découvrir une base de colonne, une aire en ciment mêlé de tuileaux et des débris d'ornements en marbre ; enfin, l'abbé Arbellot a observé, au-dessous des fondements du portail du Nord, une maçonnerie qui lui a paru être de la même époque (5).

La première église dédiée à saint Etienne s'éleva donc sur l'emplacement d'une construction plus ancienne qui a pu être un temple païen, un palais ou une villa. Voilà tout ce qu'il faut retenir de l'antique tradition. Les textes qui disent que cette église fut installée dans un temple de Jupiter, consacré au Rédempteur par saint Martial, sont trop légendaires pour que nous puissions les accueillir sans les plus expresses réserves (6).

Du Ve au IXe siècle, Limoges fut dévastée à trois reprises : Evarix à la fin du Ve siècle (7), Pépin en 761 (8) les Normands en 846 ou 847 (9), s'emparèrent de la Cité, la pillèrent et la livrèrent aux flammes. Il est probable que l'église Saint-Etienne, située au cœur de la Cité, ne fut pas épargnée et dut être reconstruite plusieurs fois en tout ou en partie.

Lorsqu'on creusa le sol, en 1876, pour les fondations des travées qui ont été ajoutées à la nef gothique, on découvrit les premières assises de deux murs parallèles, très rapprochés l'un de l'autre, s'étendant de l'Est à l'Ouest, et appartenant à des époques différentes. L'un était le mur latéral sud d'une église romane, avec ses larges piliers qui empiétaient sur l'autre mur plus ancien et construit en « petit appareil, bien moins régulier que l'appareil romain, surtout bien moins cimenté, et mélangé irrégulièrement de briques épaisses (10). »

Ce second mur, intérieur par rapport au premier, appartenait sans doute à une église préromane plus étroite. C'est le seul vestige que nous puissions signaler de l'édifice chrétien antérieur au XIe siècle.

 

(1) Vie prolixe de saint Martial, édition de Walter de Gray Birch, Londres, 1877, p. 14.

(2)Bonaventure de Saint-Amable. Histoire de saint Martial, t. II, p. 216.

(3) Allou. Description des monuments des différents âges observés dans le département de la Haute-Vienne, pp. 73 et suiv.

(4)Arbellot. Cathédrale de Limoges, histoire et description, 1883, p. 6. 

(5)Ibid., p. 6.

(6)D'après une légende qui s'est perpétuée depuis le commencement du moyen âge, saint Martial aurait évangélisé le Limousin peu d'années après la mort du Christ; mais il semble définitivement établi aujourd'hui que son apostolat ne remonte qu'au m0 siècle. C'est de cette époque que daterait la première église chrétienne de Limoges.

(7)Sidoine Apollinaire. Epistolae libr. YII. ép. VI.

(8)Bernard Gui, apud Labbe, Nova Bibliotheca, t. II, p. 297.

(9)Adémar de Chabannes. Chronique, publiée par Jules Chavanon, 1897, p. 134-

(10)Arbellot. Cathédrale de Limoges, p. 14.

 

 

René FAGE.

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