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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE

 

 

 

A LA FRANCE

LE RÉVEIL, LA RÉVOLUTION

ET L’ACHANGE SAINT MICHEL

 

Ecca nunc tsmpua acceptabila,

Ecce nunc die salutis.

 

 

IX

L'ARCHANGE SAINT MICHEL

ET LA VICTOIRE.

 

Ce n'est point à la terre, c'est aux échos du ciel que nous nous adressons pour apprendre l'origine de la gloire et de la vocation de l'archange saint Michel. Une tradition qui ne saurait tromper, nous la donne en trois mots plus éloquents que tout un discours : Quis ut Deus! qui est comme Dieu ! ! parole qu'il faut retenir et méditer, car elle est, à elle seule, la condamnation de la révolution et la reconnaissance de la toute-puissance du Dieu éternel. Le jour, en effet, où le Seigneur révéla à la création angélique le Verbe engendré dans son amour et destiné au salut du monde, où il exigea pour son Christ les adorations de la cour céleste, il se trouva des rebelles qui refusèrent les hommages de leur soumission, et prétendirent s'élever au-dessus du trône que, dans le mystère impénétrable de la sainte Trinité, le Verbe fait chair devait occuper. Lucifer fit entendre le cri de la révolte, auquel l'archange saint Michel répondit par le cri de la fidélité : quis ut Deus! qui est comme Dieu ! C’est-à-dire que sommes-nous en face du Très-Haut! C'est de lui seul que nous tenons l'être. A lui donc appartiennent et de lui dépendent toutes les puissances de nos facultés ; n'est-ce pas pour sa louange et pour sa gloire que le Seigneur a fait de ses anges l'image de lui-même la plus parfaite et la plus comblée? Si l'orgueil demeura inflexible, au point de pervertir à jamais les esprits dociles à la voix de Lucifer, saint Michel combattit vaillamment pour le triomphe de la vérité, qu'il ne voyait qu'en Dieu seul. Autour de lui se groupèrent des phalanges d'adorateurs, et quand la lutte eut servi à faire éclater les ardeurs de la fidélité, le prix de la victoire fut l'expulsion des prévaricateurs, la paix éternelle des cieux, et la perpétuité d'une mission qui devait préposer les bons anges à la garde et à la défense de la création humaine;, dans cette hiérarchie fortifiée par l'épreuve et pour toujours préservée de toute défaillance, saint Michel restait au premier rang et prenait le titre mérité de prince des milices célestes.

Lors donc que la terre fut sortie des mains de Dieu, et que l'homme, créature libre et intelligente, en eut été fait le maître et le possesseur viager, il y avait à côté de lui un ange gardien et un ange de ténèbres, un de ces révoltés qui n'étaient plus que des démons et qui, toujours puissants, toujours esprits, ne pouvaient manquer de tourner contre la terre la rage de révolte qui leur avait valu la damnation. Ainsi le génie de la révolution s'introduisit dans le monde nouveau, dès le premier jour de son existence ; il y était attiré par l'être pensant et aimant, corps et âme à la fois, seconde image de Dieu, créé pour l'adorer et le servir et destiné à l'épreuve, aussi bien que l'avait été la création angélique. La tentation ne se fit pas attendre, et la chute de l'homme, en étant la victoire de Satan, eut pour effet d'imprimer -à l'humanité tout entière une tache indélébile et héréditaire qui la rendait passible de la damnation, et lui fermait les cieux, jusqu'au jour où ils seraient rouverts par les mystères de l'incarnation et de la rédemption ; elle livrait encore le monde, jusqu'à la fin des temps, à une puissance diabolique qui ne cesserait de s'attacher à la corruption des âmes, de les éloigner de Dieu, et de faire de l'éternelle béatitude le prix d'une lutte incessante, et du pénible triomphe des volontés toujours assiégées.

L'ennemi, que l'archange saint Michel avait terrassé au ciel, est donc devenu, par la dégradation du premier homme et la solidarité des générations, l'esprit du mal qui nous entoure, qui nous attire vers les enfers, quand il s'attaque à l'individu, qui engendre la révolution, quand il inédite et poursuit la destruction  de l'ordre social, et saisit les nations défaillantes du vertige de la perversité.

De là résultent la perpétuité de la vocation de l'archange saint Michel, et l'obligation pour un peuple qui croit de l'honorer d'un culte particulier; il ne cesse de combattre à nos côtés, quand nos prières le sollicitent ; mais il nous délaisse et nous abandonne aux périlleuses entreprises de la révolution, quand les présomptions d'un fol orgueil nous laissent seul à seul en face de nos propres débilités.

Sans remonter jusqu'au temps de la synagogue où le peuple juif, gardien de la tradition révélée, rendait au prince des milices du ciel des hommages de reconnaissance, et l'appelait à défendre sa double unité religieuse et nationale, sans parler de saint Michel, protecteur de la sainte famille et consolateur de l'agonie de Jésus, il nous plaît d'interroger l'histoire de la France, et d'y chercher les signes manifestes d'une piété toujours récompensée et d'une miraculeuse intervention. Le peuple dont on a pu dire : gesta Dei per Francos, le royaume  qui passait pour le plus beau après celui du Ciel, la France, fille aînée de l'Eglise, ne sont-ils pas en effet les héritiers et les continuateurs de la tradition hébraïque et ne portent-ils pas ensemble le sceau d'une véritable prédestination? Nous l'avons déjà dit et nous le répétons avec un religieux patriotisme : la mission de la France, nouveau peuple de Dieu, sous la loi nouvelle, ne laisse aucun doute à l'esprit sérieux et attentif  qui la suit, pas à pas, depuis Clovis jusqu'à l'époque contemporaine : jamais indifférente, toujours ardente et passionnée, tour à tour enthousiaste du beau et du bien, puis éprise du crime et de sa laideur, elle se dégrade et se relève, mais aux heures de sa fortune et de sa gloire, elle est, comme saint Michel, la droite de Dieu, chargée de châtier la révolte et de faire rayonner sur le monde les grâces et les lumières de la civilisation chrétienne.

Aussi, par une association pleine de charme et de simplicité, chacune de ses meilleures étapes, dans la longue suite des siècles, garde-t-elle le souvenir d'une invocation à saint Michel, d'une apparition, d'un secours surnaturel, d'un trait qui confond l'incrédulité, et ne permet jamais à l'âme attristée de rester sans espérance. « Ce grand archange, a dit M. de Maistre, est « comme l'âme du peuple français; et le peuple français est « comme une incarnation vivante de ce grand archange. »

Lorsque Charles Martel écrase les barbares; qui ont projeté l'anéantissement du nom chrétien, la France s'est agenouillée, pour appeler à son aide la protection du héros céleste : bientôt les proportions de la victoire sont telles et suivies d'une si éclatante déroute des légions mauresques, que, dans les élans de sa reconnaissance, elle lui confère le titre de souverain et de protecteur des Gaules (paironus et princeps imperii Galliarum, et que ses étendards en prennent le nom et l'image.

Cet acte solennel est accompli par Charlemagne, et nul ne semble pouvoir mettre en question ce qu'il valut de gloire et de grandeur au règne duquel il faut bien faire dater l'ère véritable de la monarchie française. Fier de s'appeler le roi très chrétien, Charlemagne fait en personne le pèlerinage du Mont-Saint-Michel ; la pauvre chapelle du Mont Tombe reçoit ses hommages et ses serments, et dès lors elle ne cesse d'être le monument national, où la patrie va prier aux heures de détresse, entretenir sa foi, chercher le triomphe des saintes causes. Et n'était-ce pas encore un signe sensible de la vocation de saint Michel et de ses prédilections pour la France que cette collégiale naissante, se dressant au milieu des flots, sur un roc escarpé, dominant tous les horizons, comme pour appeler dans son sanctuaire les générations qui devaient attacher sur elle un regard d'inquiétude et d'effroi ?

Tout est providentiel dans cette origine : elle est inséparable de la renommée d'un saint. L'honneur en revient à un triple miracle : trois fois en effet saint Aubert, évêque d'Avranches avait été visité par une mystérieuse apparition de l'archange saint Michel, et comme dans son excès d'humilité, il ne pouvait  croire ni à la réalité de sa vision, ni à l'ordre d'ériger un monument sur le rocher du Mont Tombe, il arriva que l'image prenant, à la dernière épreuve, le ton du reproche, manifesta sa volonté par une pression sensible, et en laissa une trace profonde à la tête du saint en extase. Dès lors, il ne pouvait douter et se relevant au cri de : Cuis ut Deus, il alla droit au lieu, où, à travers des prodiges toujours nouveaux, des miracles sans cesse renaissants, il désigna la pierre sur laquelle devait être édifié l'oratoire. C'est là qu'après son couronnement nous retrouvons Charlemagne : il est à genoux, il fait de son coeur le tabernacle du Saint des saints et lui rapporte humblement toutes les gloires, qui sont ou vont être le précieux patrimoine de la monarchie française. Quelles sont belles et consolantes les pieuses traditions qui entourent ces premiers siècles de notre histoire !

Si les légendes y mêlent quelque chose de fantastique, la vérité les domine de toute sa hauteur. Vous qui prétendez ne croire qu'aux réalités offertes à vos yeux, allez donc visiter le chef de saint Aubert, et devant cette précieuse relique marquée encore du doigt de saint-Michel, vous apprendrez, sans doute, ce que vaut la protection de l'archange que vous avez oublié, peut-être méprisé.

Après cela, veuillez nous Suivre encore et, l'histoire en main, nous vous montrerons, à travers le moyen âge et les temps modernes, l'association de saint Michel et de la France. Nous arriverons ainsi à l'heure fatale de la rupture consommée par la révolution, et après avoir jeté un regard sur la triste période de  la détresse et de l'abandon, nous vous laisserons émus en face des ardeurs du réveil et des perspectives d'un horizon lumineux.

D'abord le mont Saint-Michel n'est qu'un modeste hermitage, où les pèlerins se donnent rendez-vous, où les persécutés cherchent un asile, où ils parviennent à se retrancher pour se soustraire aux attaques des Normands ; mais quand ceux-ci deviennent les dominateurs de la Neustrie, ils finissent par être touchés par la grâce et l'abjuration du paganisme les conduit eux-mêmes aux pieds de saint Michel ; la collégiale leur doit ses premières richesses et même, dit un chroniqueur, « ils n'eurent après Dieu et la Vierge oncques plus cher patron. »

A cette époque, une ère nouvelle commence pour le mont Saint-Michel, avec la possession des bénédictins. Les moines sont accrédités par le Saint-Siège : les droits qui leur sont conférés ex auctoritate Michaelis en font les dispensateurs des plus précieuses indulgences : ils entrent en relation avec le monde savant, et jusque dans leur solitude pénètrent les symptômes du mouvement littéraire et scientifique qui déjà annonce à la France les heureux jours de la Renaissance. En même temps les ducs de Normandie et de Bretagne, jaloux de récompenser l'édifiante propagande des bénédictins et d'appeler sur leurs armes la protection du grand archange, comblent le monastère de leurs dons, étendent la juridiction des abbés, et préparent l'érection d'un monument qui devait être l'oeuvre de la succession et de la persévérance des siècles. A ce moment saint Michel apparaît comme au milieu d'une gloire radieuse ; il ne refuse rien à la prière fervente qui élève vers son trône les hommages de la terre : il ne dédaigne pas de se faire l'allié de Guillaume partant pour la conquête de l'Angleterre, et son étendard porté fièrement par Robert de Mortain est, au plus fort de la bataille, un signe de si puissant ralliement que Robert, après la victoire, en retrace ainsi le reconnaissant souvenir : «Moi, comte de Mortain, « par la grâce de Dieu, fais savoir à tous les enfants de la Sainte Église, notre mère, que je portais pendant la guerre l'étendard de saint Michel. »

Si nous avions la curiosité de parcourir chaque page des annales du mont Saint-Michel, nous pourrions sans peine en déduire la preuve d'une constante et étroite solidarité, entre la fortune de la France, la vénération du grand archange et les vicissitudes du sanctuaire choisi pour être à la fois le temple de sa gloire, et sa demeure de prédilection : chose étrange, mais toute providentielle, l'épreuve, la lutte, le combat, l'anéantissement, le relèvement se tiennent et s'enchaînent merveilleusement, de façon à rendre manifestes l'origine de la vocation et la réalité de la mission. Le monastère n'est pas seulement un centre de vie religieuse et d'enseignement spirituel ; il prend l'aspect d'une forteresse et une vie d'action s'y développe, féconde, énergique, fortifiante pour les guerriers qui apprennent comment le glaive peut à certaines heures évoquer le droit à la victoire : et quand, à la suite de cet affaiblissement inhérent à tout chose humaine, la discipline se relâche et compromet l'avenir, il ne faut voir dans les foudres du ciel éclatant et consommant la ruine, qu'un signe de faveur et de protection. Pourquoi, en effet, sort-il de chaque ruine un sanctuaire plus large, plus majestueux, plus vénéré ? pourquoi la destruction ne se lasse-t-elle, qu'après avoir pour ainsi dire épuisé toutes les ressources du génie, toutes les puissances de la foi incarnées dans l'art chrétien? C'est qu'il faut à l'archange invincible un temple tel qu'il défie les plus redoutables assauts, que les injures du temps ne puissent l'atteindre, que la révolution soit obligée de le respecter, que sa perfection même le protège contre toutes les entreprises de la perversité, qu'il garde enfin, jusqu'à la consommation des siècles sa place dans les souvenirs des hommes et dans les fastes de l'histoire. Le mont Saint-Michel est debout avec son indestructible couronne, pour nous rappeler les pèlerinages de nos rois : de Philippe Auguste après le triomphe de Bouvines, de saint Louis implorant le succès des croisades, de Bertrand Du Guesclin faisant bénir par l'archange la loyale épée dont l'Anglais devait bientôt apprendre la valeur et l'intrépidité : il e6t debout, pour nous entretenir des prodiges que nous ignorons, ou que nous avons oubliés, et dont la tradition n'est interrompue que parce que nous ne savons plus qu'il est un Dieu des armées.

Retournons au XVe siècle, nous y trouverons une page que la morgue hautaine du XIXe pourra étudier avec profit. A la mort de Charles VI, qui n'avait pas manqué de placer sa couronne sons la protection de saint Michel, Henri V, vainqueur à Azincourt, se trouvait maître des trois quarts de la France ! le dauphin Charles VII, entouré de la cour, demeurait timidement en Bourgogne, pendant que Paris saluait un nouveau souverain, et il semblait déjà que la monarchie ne dût pas se relever d'une ruine, que les discordes avaient préparée, et que nulle énergie ne paraissait vouloir conjurer. Cependant, sur les côtes de la Normandie occupée par l'armée anglaise, tenait un seul point défendu par l'héroïsme de 119 chevaliers, et protégé contre l'investissement par les intermittences des flots. C'était la forteresse où régnait l'archange saint Michel ; mais après une résistance opiniâtre, la lutte avait repris une nouvelle fureur, et fort de son nombre et de ses succès, l'ennemi, dans sa superbe insolence, prétendait n'accorder ni trêve ni merci, immoler la garnison et fouler aux pieds le blanc étendard qui, faisant faisceau avec la bannière de saint Michel, défiait seul le lion britannique. La place est sommée de se rendre, sous la menace du canon et d'une armée de vingt mille hommes impatients de livrer l'assaut : « prenez garde, répond un vieux moine, on ne s'attaque pas en « vain à Monseigneur saint Michel, » et la lutte s'engage terrible, soutenue d'un côté par une rage insensée, de l'autre, par une confiance inaltérable : en huit jours deux assauts sont repoussés par une valeur qui étonne et confond toutes les notions de la force et du nombre ; bien plus, une sortie vigoureuse laisse le champ de bataille aux chevaliers de saint Michel et à cette heure la Providence soulève un flot vengeur, qui met le comble au triomphe et ensevelit l'ennemi dans les abîmes. A peu près en même temps, sur les bords de la Meuse, une enfant pieuse, une simple bergère, qui gardera le nom de vierge de Domrémy, Jeanne d'Arc, que bientôt nous appellerons la Sainte, était visitée par des apparitions de saint Michel. D'abord il encourage sa vertu, sa pureté, sa fidélité au Seigneur, puis, quand il la juge assez forte pour accomplir sa mission, il revient, se présente à elle sans couronne, mais avec des ailes d'ange, et lui dit ces mots d'une voix forte : « Lève-toi et va au secours du roi de France ; tu lui rendras son royaume,  et comme elle hésite encore », il ajoute : « Tu iras trouver messire de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, et il te donnera des gens, que tu conduiras au dauphin. »

Jeanne obéit, l'incrédulité l'accueille, la cour la traite avec dédain ; c'est à force de supplications qu'elle obtient d'être présentée au roi, mais alors le miracle se renouvelle et dessille les yeux jusque-là fermés à la lumière ; comment, en effet, la bergère de Domrémy a-t-elle pu reconnaître l'héritier -de la couronne, dissimulé au milieu de la foule des seigneurs par la simplicité de son costume? Par une apparition de l'archange qui lui désigne Charles VII, si bien qu'allant droit à lui, elle le salue en ces termes : « C'est vous qui êtes le roi et pas un autre. » Nous n'avons pas à suivre le drapeau de la France dans sa marche toujours victorieuse; chacun connaît l'histoire, ce que l'on ignore c'est l'action providentielle exercée sur les faits qu'elle enregistre, et qu'elle rétrécit le plus souvent. On sait que Jeanne d'Arc délivra Orléans, que, chevauchant aux côtés du roi, elle alla le faire sacrer à Reims, que, toujours au premier rang des combattants, elle ne cessa de fortifier les courages, et qu'elle ne fut victime de la trahison qu'après avoir assuré la restauration du trône ; mais sait-on de même que Dieu seul avait suscité cet étrange réveil, que Jeanne est un ange de salut, que les étendards n'ont retrouvé les voies de la victoire qu'avec ces deux immortelles devises : « Voici que saint Michel, l'un des princes  de la milice céleste est venu à mon secours. — Saint Michel est mon seul défenseur au milieu des dangers qui m'environnent. »

Sait-on bien enfin que les Anglais eux-mêmes avouèrent qu'ils avaient aperçu dans les airs l'archange et son glaive étincelant, que le supplice de Jeanne fut un crime qui devait nous valoir la protection d'une sainte, et nous rapprendre, dans des jours d'épreuve et de malheur, les glorieux mystères de notre vocation? Il importe de dire ces choses à la France sceptique du dix-neuvième siècle, en attendant que les arrêts du Vatican viennent confirmer les audaces de notre piété et nos patriotiques  espérances.

L'heureuse issue de la guerre de cent ans ne contribua pas peu à populariser la dévotion de saint Michel; des foules énormes accouraient au Mont, franchissant à pied les plus grandes distances, véritables pèlerins que l'on reconnaissait partout à leur simple bâton, à la gourde légendaire, et qui se fussent révoltés à l'idée d'alléger autrement les peines et les fatigues de la route. Soit par piété, soit par superstition, Louis XI accomplit aussi le pèlerinage du mont Saint-Michel ; il y établit même un ordre de chevalerie, dont les membres, au nombre de vingt-six, portaient un collier, avec l'image de l'archange et cette fière devise : immensi tremor Oceani. Mais si, à partir de cette époque, l'édifice de pierre parvint promptement à un parfait achèvement, si la chevalerie acquit une grande renommée et compta dans ses rangs tous les rois de l'Europe, la suprématie de l'ordre religieux eut à en souffrir: elle finit bientôt par disparaître, quand, malgré les protestations des bénédictins, le roi de France fit agréer la nomination comme abbé de J. le Veneur, évêque de Lisieux et cardinal de l'église romaine.

Cependant le mont Saint-Michel s'illustra encore, et, comme par le passé, il demeura la forteresse au pied de laquelle vint se briser et échouer un nouvel assaut de la révolution ; il fut livré par les huguenots révoltés contre l'unité catholique, et la trahison les eût fait les maîtres de la place, si un héros, dont nous retrouvons le nom, comme une consolation, au milieu des défaillances contemporaines, si Louis de la Moricière n'eût, par sa valeur, repoussé l'intrus qui se flattait déjà de faire du mont le rempart de l'hérésie. Ainsi la Réforme, pas plus que l'Angleterre ne sut mettre la main sur ce sommet béni, dont une foi irrésistible et des faveurs inouïes avaient fait le trône du héros du ciel. Ici approche, il faut bien l'avouer, la fin des fastes du mont Saint-Michel; un grand règne va venir et qui oserait dire que l'archange n'appela pas sur lui les bénédictions qui l'inondèrent ! Il en est beaucoup qui ne croient pas aux interventions surnaturelles, qui ne cherchent que dans la fatalité l'explication de toutes les gloires, qui refusent d'imposer à leur intelligence l'étude et la connaissance de toute cause première : pour eux le siècle de Louis XIV est une période heureuse, la révolution, une catastrophe inévitable. Nous ne sommes pas de ceux-là, et nous convions tout homme sérieux et chrétien à méditer et à placer au frontispice de ces prospérités la sublime prière qu'Anne d'Autriche adressait â l'archange, lorsque tous les périls réunis menaçaient les débuts de la régence :  « Glorieux saint Michel, prince de la milice du ciel et général o. des armées de Dieu, je vous reconnais tout-puissant par lui sur les royaumes et les États. Je me soumets à vous avec ma cour, mon État et ma famille, afin de vivre sous votre sainte protection, et je me renouvelle, autant qu'il est en moi, dans la piété de tous mes prédécesseurs, qui vous ont toujours regardé comme leur défenseur particulier. Donc, par l'amour que vous avez pour cet État, assujettissez-le tout à Dieu et à ceux qui le représentent. Grand Saint, qui avez réprimé la superbe des impies, les avez bannis du ciel en y faisant régner une paix très-profonde, produisez ces mêmes effets dans ce royaume. Faites qu'il plaise à Dieu, après tous les troubles apaisés, de voir régner en paix Jésus-Christ, son cher Fils, dans l'Église : désirant de ma part contribuer à le faire régner, soit par tous les exemples de piété et de religion que je pourrai donner en ma propre personne, soit par les autres voies sur lesquelles vous me ferez la grâce de m'éclairer. » Après cela, nous disons, avec une entière simplicité, que saint Michel fut l'ange de la France, aussi longtemps que dura le grand siècle, et nous demandons à Dieu ce que notre fortune eût bien pu être, si la voix écoutée de Marguerite-Marie eût fait entendre que le Sacré-Coeur était ouvert pour achever de pardonner et de bénir, et perpétuelles rayonnements de la gloire.

Huit siècles ont passé depuis le jour où saint Aubert, conduit par une mystérieuse apparition, a choisi la première assise du sanctuaire : le quis ut Deus de l'archange a retenti dans l'âme de la France, l'a saisie et comme transformée ; et par un élan simultané l'oratoire s'est élevé sur le roc inaccesible, pour être le signe sensible de la dévotion à saint Michel, tandis que la patrie, recueillant toutes ses forces éparses, se constituait sur une base chrétienne, triomphait des barbares et proclamait hautement la puissance de l'intervention surnaturelle. — L'association contractée est devenue une alliance indissoluble, si bien que les péripéties et les épreuves n'ont cessé de la fortifier, de la rendre plus étroite, si bien que la gloire du Mont et celle de la France s'unissent et se confondent dans une admirable solidarité.

Que la foudre éclate et détruise l'ouvrage de la main des hommes, que les catastrophes s'accumulent pour menacer l'existence même de la France, il survient soudain un fécond réveil et le mouvement de piété qui réédifie le temple est en même temps la réaction providentielle qui domine et dissipe tous les périls. De chaque ruine naît un sanctuaire nouveau, plus majestueux, plus digne du prince des milices célestes ; de chaque secousse surgit une France plus belle, plus étonnante, plus admirée du monde, plus chrétienne ; et quand le simple oratoire de saint Aubert est arrivé à être la basilique sans pareille, où chaque siècle a inscrit son nom, où chaque grandeur est gravée sur le granit, la France aussi est à l'apogée, rayonne sur le monde, et s'illustre de telle façon que rien ne semble manquer à l'édifice de sa gloire.

Cependant la décadence morale se manifeste par des traits irrécusables : aussitôt tout chancelle, perd son religieux prestige et subit déjà les premières atteintes de la profanation. Quand viendra l'heure de la révolution, elle s'attaquera au Mont, comme atout ce qui porte la marque du génie chrétien : une dispersion brutale fera la solitude sous les voûtés sacrées : le sang souillera les dalles du sanctuaire; le drapeau rouge déshonorera son sommet jusque-là respecté ; l'asile de la prière deviendra une prison d'Etat et durant 80 années le mont saint Michel sera oublié, délaissé, visité par des touristes indifférents, qui passeront devant tant de souvenirs, sans leur accorder l'aumône d'une pieuse méditation.

La date du 29 septembre 1820 ne provoquera même pas un réveil : la grâce qu'elle apporte ne sera pas sentie ; la source dont elle a jailli ne sera pas comprise. Cinquante années d'exil, correspondant â autant d'années de vicissitudes et de mécomptes, ne suffiront pas à éclairer la raison humaine, mais elles feront du moins un homme qui est prêt, un Roi qui redira sans cesse, avec l'autorité de son nom de son principe et de sa foi : Je suis la fortune de la France. Et, après tout, qu'aura été la France durant cette longue période, qui appartient tout entière à la puissance de la révolution ? Elle aura essayé de toutes les transformations politiques et sociales, elle n'en aura gardé qu'une mémoire amère ; elle aura obtenu des triomphes surprenants par leur soudaineté, merveilleux dans leur explosion, mais au fond apparents, passagers, entachés d'un vice d'origine et destinés à la ramener bien au-dessous du point initial : elle se sera amoindrie dans la dépravation morale, elle aura toujours perdu quelque chose de sa considération et de son vieil honneur, en voulant être une société sans Dieu et un gouvernement sans foi : elle n'aura rien fondé; après de stériles efforts et d'énervantes anarchies, elle restera désillusionnée de toutes les expériences passées, mécontente du présent, sans confiance dans l'avenir, et enfin dans un jour de suprême angoisse, elle se souviendra de saint Michel, de l'ange qui ne l'abandonna jamais, du protecteur qui ne demande qu'à combattre pour elle et avec elle.

Rendons justice à notre tems : la rénovation s'opère, et comme toute chose qui doit être durable et féconde, elle progresse dans l'épreuve et dans la lutte. La préparation date déjà de loin, car d'une résolution imprévue, inconsciente dans sa source, providentielle dans sa fin, d'une pudique révolte de l'art outragé dérive le mouvement consolant qui rattache notre époque aux traditions délaissées, à travers une interruption de dédains et d'abandon. Dès l'année 1863, une inspiration qu'il ne faut pas mettre au compte de la dévotion à saint Michel a mis un terme à la profanation. En 1864, l'autorité diocésaine a obtenu la remise du monastère, dont la captivité avait duré 52 ans. En 1865, des religieux en ont pris possession et, la même année, une cérémonie solennelle et touchante a annoncé à la France la restauration du pèlerinage national du mont Saint-Michel.

On a vu ces choses sans trop les comprendre ; elles se sont produites dans une atmosphère nuageuse, épaisse, qui ne prêtait nullement à leur expansion, mais la pierre d'attente était du moins posée, nouvelle assise de la reconstruction chrétienne.

Les calamités sont venues et pour la première fois, depuis la tourmente qui avait tout emporté, un sentiment juste et vrai les a considérées comme un signe de justice et de miséricorde ; on a reconnu l'expiation : l'orgueil s'est humilié ; on a demandé grâce et pitié et des masses repentantes ont répété le cri des anciens jours : Saint Michel à notre secours !

Ce ne sont plus des touristes sceptiques, simples admirateurs de l'art, qui viennent aujourd'hui se prosterner devant la statue triomphante de l'archange et devant Notre-Dame des Anges, ce sont des hommes de foi qui prient et espèrent, ce sont ceux qui invoquent la clémence du sacré coeur, la puissance de la croix et ils demandent la victoire à l'épée flamboyante qui terrassa les démons, fit la fortune de la France et ne la trahit jamais que le jour où lui fut préféré le glaive impur de la révolution.

Un pressentiment qui n'a rien d'humain fait entrevoir de redoutables échéances, où l'esprit du mal se ruera encore sur la France et tentera de l'étouffer : le nombre et la force seront contre nous, mais alors il s'agira de la défense des droits de Dieu, d'une dernière croisade contre la révolution, où chaque soldat portera sur son coeur l'emblème de toute victoire, ou les légions seront précédées par des étendards qui n'ont point connu la défaite. Cette fois la confusion du nombre  marquera le dernier assaut de l'erreur et de l'apostasie, et le triomphe de la vérité apparaîtra comme le prix de l'alliance renouée avec saint Michel, et de l'assistance divine méritée par le repentir et l'humilité.

Quand donc notre Saint-Père Pie IX nous convie à couronner l'archange, à lui décerner l'honneur que la terre n'attribue qu'aux rois, qui manquait à son front quand il se présenta à Jeanne d'Arc, pour lui révéler sa mission, c'est que, dans sa prescience des événements, il entrevoit le rôle de saint Michel, et les faveurs qu'il tient en réserve pour l'avenir de la patrie réconciliée.

L'incrédulité a beau sourire et se draper dans ses présomptions hautaines, le couronnement fixé au 4 juillet prochain sera une fête catholique et universelle, une réparation nationale, une de ces manifestations qui relèvent les peuples, réjouissent le ciel et font présager des bénédictions et des grandeurs.

O France ! ô bien-aimée patrie, ne désespère jamais de toi-même, car tu resteras, à travers toutes tes défaillances, la grande nation chrétienne, car la Providence ne t'a remplacée par nulle autre dans le poste d'honneur que tu as lâchement déserté, car il te le garde par une bonté souveraine, pour que, rajeunie dans la foi, tu reparaisses comme la fille de prédilection, la reine du monde, la clef de voûte de l'ordre chrétien.

Viens donc, avec un diadème magnifique, implorer le pardon qui ne demande qu'à tomber sur toi ; viens humblement t'agenouiller aux pieds de l'archange, prêt à te rendre le secours de son bras, et tu te relèveras en pleine possession d'une invincible épée, et quand tes ennemis, quels qu'ils soient, oseront porter sur toi une main sacrilège, tu marcheras à la victoire, sans les compter, en leur jetant ce superbe défi de l’amour et de la foi : Quis ut Deus!

Écu

 

FIN.

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