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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ARCHEOLOGIE CHRETIENNE

L’ICONOGRAPHIE DU CŒUR DE JÉSUS

La Plaie latérale de Jésus-Christ et les Arbres emblématiques.

Les arbres et leur symbolisme ont joué des rôles trop fréquents et trop importants dans les Livres de l'Ancien Testament pour que, dès la naissance de l'art chrétien, la jeune église n'ait pas, à son tour, avidement cherché, et amplement trouvé, dans les heureuses propriétés des arbres, les éléments de comparaisons, d'analogies, et des motifs anagogiques que, par ailleurs, les trois règnes animal, végétal et minéral lui ont fourni si abondamment.

« L'Arbre de la Science du Bien et du Mal» apparaît maintes fois dans l'art des catacombes, sur les fresques, les sarcophages, les fonds des vases et des coupes, les pierres fines gravées, etc… ; et dans nos églises occidentales des temps mérovingiens par exemple à Vertou, (diocèse de Nantes), à Pouillé (diocèse de Poitiers) il ornait, entre Adam et Eve coupables, les briques ornementales et des panneaux de pierre sculptés. «L'Arbre de Vie » du Paradis terrestre figura la Personne de Jésus-Christ dans tout l'ancien art chrétien, et fut, à ce titre, en grande faveur chez les artistes graveurs de sceaux mystiques, du XIIe siècle au XVe. « La Tige de Jessé », dont les sculpteurs et surtout les peintres verriers ont peuplé nos cathédrales, leur fut une source d'amples compositions.

Parmi ceux qui doivent leur caractère emblématique à la seule initiative chrétienne apparaissent tout d'abord les arbres dont parlent les Évangiles : le Figuier stérile ; la Vigne, dont le Christ est le cep et nous les sarments ; l’Olivier, qui devint un des emblèmes personnels de Jésus ; puis le Chêne, le Palmier, le Cèdre et le Grenadier etc.

Et pourtant la nature avec toutes ses richesses, parut trop pauvre à la pensée chrétienne du Moyen-âge pour figurer, comme il lui convenait, toutes les admirations et tous le enthousiasmes de son amour pour le Christ Jésus ; alors l'emblématique inventa des arbres fictifs, tant elle avait la sainte hantise de les représenter mystérieusement, par une plus grande somme d'hiéroglyphes ; de là l’Arbre Paradision, dans -le feuillage duquel les colombes fidèles trouvent un asile assuré, et l'Arbre des Vifs et des Morts, dont le Christ est le tronc, nous, les rameaux greffés, et nos œuvres, les fruits ; -et ces fruits apparaissent sous la forme de petites têtes d'enfants ; les unes, celles de droite, vivent et reposent ; les autres, celles de gauche, sont mortes et décharnées, parce que les premières, écloses et mûries à la lumière du soleil divin, sont les œuvres de vie ; et les secondes, qui sont nos œuvres de mort, sont nées dans l'ombre froide et sous lèvent de l'aquilon. Ainsi cet arbre nous apparait-il dans une superbe sculpture d'art ogival, à Trêves.

Avant même de parler de ces arbres imaginaires. J'aurais dû placer l'Arbre, pris en général et sans désignation d'espèce, que les premiers docteurs chrétiens ont accueilli avec son sens antique d'emblème de résurrection et dont les artistes des- catacombes ont fait, à cause de la chute et du renouvellement, annuels de son feuillage, l'image de Jésus ressuscité, principe et gage delà-future résurrection de nos corps[1]. L'Acacia cependant, plus que les autres arbres, à feuilles caduques, semble avoir ainsi représenté l’idée de résurrection dans les anciens paganismes, et le Christ ressuscité dans les églises primitives d'Orient et d’Égypte ; c'est du reste le caractère qui lui a été conservé en Occident par les sociétés hermétiques du Moyen-âge et par la Maçonnerie actuelle, leur héritière, dégénérée.

Dans l'ex-Iibris. hermétique ci-contre, l'Acacia, figure du Christ-ressuscité, a trois maîtresses racines, et trois maîtresses branches, parce que le Rédempteur est ressuscité au bout de trois jours. Il porte le Pélican gaucher qui ressuscite ses petits par l'ablution de son sang et qu'entoure le serpent-cercle, « l'ouroboros », emblème delà perpétuité du temps, de l'Impérissable ; ce que dit aussi le Sigle de «Sol et Luna », symbole consacré de glorification et d'éternité: Celui qui est ressuscité ne meurt plus.

Mais qu'il apparaisse ainsi en ressuscité, en ferment de résurrection, sous les formes du palmier, de l'acacia ou des arbres à feuilles caduques ; avec l'olivier, comme source d'onctueuse douceur et d'utile remède ; avec le chêne comme principe de robustesse; qu'il soit le cèdre et le grenadier prolifiques, qu'il soit les arbres protecteurs cités plus haut, qu'il soit l'arbre de Vie, sur lequel saint Paul veut que tout chrétien soit enté[2], qu'il soit le Rejeton de David issu de la Tige de Jessé, tout cela est bien, et notre esprit doit tout à la fois l'adorer sous le voile de ces figures et admirer l'ingéniosité de nos premiers symbolistes.

Cependant, tous les sens ainsi interprétés s'écartent du cadre des études habituelles et du programme de Regnabit. Il faut en venir à la seconde partie du Moyen-âge – et chercher dans les réserves les moins connues, je crois, de l'emblématique chrétienne pour arriver, à découvrir les heureuses allégories qu'un même amour a dédiées au Sauveur, et qui nous replacent sur notre habituel terrain.

Déjà, parmi les arbres emblématiques précédemment nommés, s'il en est, tels la Tige de Jessé, l'Arbre de Vie, l'olivier, le palmier, les arbres à feuilles caduques, qui reviennent souvent sous la plume des anciens auteurs chrétiens, il en est d'autres aussi, comme le chêne, le grenadier, l'arbre des Vifs et des Morts, dont ils ne parlent que très peu, ou point ; les sens cachés de ces végétaux superbes ne sont apparus aux iconographes que par étude comparée des monuments sculptés ou peints qui les portent.

De même, l'interprétation propre aux arbres dont il reste à parler ici n'a point occupé, ou presque pas, la littérature écrite d'autrefois, mais leurs emplois divers dans les arts religieux ou profanes, notamment dans le Blason, dans la sigillographie mystique, dans les figures ésotériques du Moyen-âge, ne laissent aucun doute possible sur les intentions qui les ont fait entrer dans l'emblématique.

Ex-libris hermétique du XVIIIe siècle  provenant de Poitiers.

Durant le premier millénaire chrétien, l'Orient qui connut ces arbres, les utilisa et prisa fort leurs produits, ne paraît pas avoir eu pour eux l'admiration que leur accorda plus tard l'âme des mystiques d'Occident. Combien parmi les Croisés ou tes pèlerins n'avaient jamais vu avant de prendre la route de Palestine, ni olives, ni grenades, ni dattes, ni les oranges dans lesquelles les clercs virent de suite les pommes d'or du Jardin des Hespérides ?... Ce fut un émerveillement pour eux, dont ils rapportèrent en nos pays d'Ouest l'expressif et naïf écho. Et quand, plus tard, des hardis voyageurs découvrirent à leur tour les arbres producteurs d'essences précieuses, ce fut alors que les pensées s'élevèrent, reconnaissantes, vers le Christ béni dont elles virent l'image et celles de ses plus inestimables dons, dans ces arbres merveilleux ; et l'imagination et la naïve crédulité du temps aidant, des arbres en tous points imaginaires naquirent encore, qu'aucun naturaliste n'a jamais connus. Par exemple Les Pommiers de l'Ancien et du nouvel Adam, que décrit le récit de John Mandeville, dont le premier porte des fruits où se voient les morsures coupables d'Adam et d'Eve, et le second des fruits nommés « pommes de Paradis » qui présentent, quand ont les coupe, de multiples images de la croix du Sauveur ; d'autres, enfin, qui contiennent de petits quadrupèdes semblables à des agneaux ! etc..

En 1268, parut en français la relation des voyages en Extrême Orient et en Egypte de l'Italien Marco Polo; puis, en 1307, celle de cet extraordinaire frère Jehan Hayton, moine arménien, ancien prince de Gorikos, en Cilicie, et de race royale, qui, après avoir exploré l'Inde et la Chine vint les décrire en un paisible monastère de Poitiers où il mourut ; après lui, le frère mineur italien Odric de Pardenone, et surtout sir John Mandeville, gentilhomme anglo-normand qui visita l'Egypte, la Syrie et l'Asie Centrale, et, vers 1360, écrivit un ouvrage sur ses différents voyages. A la fin du XIVe siècle, ces divers récits furent réunis par Flamel, sous le titre de Livre des Merveilles, et ornés de miniatures, pour la bibliothèque du duc Jehan de Berry ; ils avaient eu, les uns et les autres, grand succès à mesure qu'on les avait copiés et répandus, et l'art emblématique vit, par eux, s'enrichir ou se renforcer son ensemble de figures animales ou végétales, notamment en ce qui concernent les arbres suivants :

L'Arbre à encens produit une résine odorante qui répand par te moyen de sa combustion, un parfum pénétrant et d'une excellence telle, que toutes les religions anciennes l'ont fait brûler en des cassolettes précieuses, et tel, aussi, était le prix qu'on attachait à sa qualité, qui variait selon sa provenance, Les Arbres emblématiques que, vers l'an 1500 avant notre ère ; la reine régnante d'Egypte, Hatshopsitou, envoyait te long de la côte orientale d'Afrique une flotte vers le pays du « Pount », laquelle lui rapporta trente et un arbres à encens qui furent plantés en espalier dans le jardin royal de Thèbes, le «Jardin d'Amon»; et sans doute procuraient-ils un encens très supérieur à ceux, si' renommés pourtant, de l'Arabie et de l’Éthiopie, car la reine fit reproduire leur image par des sculptures, qui nous sont restées[3].

L'arbre à encens est une burcéracée, (le Boswellia serrata), et la résine odorante sort des blessures qu'on lui fait. Ainsi vient l'encens qui fut toujours l'emblème des prières faites à Dieu : le livre de l'Apocalypse[4]  ne dit-il pas que c'est dans les volutes de sa fumée que les prières des saints montent vers le Trône Éternel ?... Que cet arbre blessé est donc un merveilleux emblème !... » le tronc de l'arbre, dirent les mystiques, c'est le

Sauveur, le Médiateur divin ; l'encens, nos prières qui tirent de ses plaies sacrées leur puissance efficace, c'est-à-dire qui s'impreignent de la «bonne odeur de Jésus Christ » grâce à laquelle elles sont agréées du Père.

Ici vient le souvenir de ce qu'écrivit Jérémie dans la Fin des Paroles de Baruck quand, comparant, au contraire, les arbres à encens non point au Rédempteur, mais aux justes qui prient, il nous montre Baruch, prononçant cette acclamation : « Saint, saint, saint est l'encens des Arbres qui vivent : »

Les Pins, et notamment le Pin d’Alep, fournirent un autre emblème : la résine vulgaire qui est leur sève, leur sang, découle aussi du coup qui blessa leur flanc, et de cette résine sortira la lumière. Comment aux yeux de ceux qui voyaient l'image du Christ en tout, cet arbre n'aurait-il pas représenté Celui qui a dit : « Je suis la Lumière du monde qui éclaire tout homme vivant ici-bas » ? Et que peut-il signifier de plus vraisemblable sur les sceaux ecclésiastiques et mystiques, par exemple, sur celui du clerc Barthélémy Lubin, XIIIe siècle ? Le rameau de pin y figure une croix végétale ornée de deux fruits en cône, qui précisent l'espèce d'arbre à laquelle il appartient.

Mais voilà que la voix de Jérémie s'élève encore :

« N'y a-t-il plus de gomme et de résine en Galaad? Ne s'y trouve-t-il plus de médecin ? Pourquoi la fille de mon peuple n'est-elle pas guérie et pourquoi sa blessure n'est-elle pas cicatrisée ? » (Ch. VIII, v. 22).

Et plus tard :

Montez en Galaad et prenez de la résine, o Vierge, fille de l’Égypte ; mais vainement vous multiplierez les remèdes : Vous ne guérirez point!» (Ch. XLVI, V. 11).

« Sceau de Barthélémy Lubin clerc », XIIIe siècle. Provenance : Dreux, au diocèse de Chartres. Empreinte appartenant à M. l'abbé Courtaud.

De quelles gommes ou de quelles résines[5] peut-il s'agir ici ?

Plusieurs arbres du bassin oriental de la Méditerranée peuvent satisfaire à cette demande : le Mélèze et le Térébinthe, dont la sève coagulée fournit la térébentine, et le Lentisque, petit arbre qui produit une résine usitée en médecine comme tonique et fortifiant.

- Il faut aussi nommer les Acacias-gommiers d'Egypte et d'Arabie, qui donnent la gomme nilotique et la gomme arabique; le Palmier-Dragon, d'où coule une autre gomme médicinale, le Sang-dragon ; le Santal rouge des Indes, qui produit une substance analogue au sang-dragon; enfin l’Arbre à baume[6], térébinthacée d'où découle la Myrrhe, résine précieuse employée  de tous temps dans la thérapeutique, et que l'on utilise aussi parfois à la place de l'encens, bien que son parfum soit différent ;

Ce furent, avec l'or, ces deux aromates que les Mages offrirent au Roi nouveau-né.

Et tous ces remèdes qu'employa comme nous la Médecine ancienne de l'Orient, toutes ces gommes, ces résines éclairantes ou guérissantes, ces aromates et ces précieux parfums, mûris et flambés aux soleils éblouissants, de l'Equateur et de l'Ethiopie au Liban, de la Lybie au fond de la Babylonie, que tes Prêtres et tes Mages de Ninive, de Tyr, de Babylone, de Palmyre et de Jérusalem, que les hiérodules et les embaumeurs de Thèbes, de Memphis, et d'Héliopolis recherchèrent avidement, tous ces produits merveilleux coulent de l'incision que le fer fait au côté de la tige de ces arbres bénis... Aussi la symbolique du Moyen-âge prit-elle l'homme dans la pauvre misère de sa chair souffrante pour te prosterner devant le côté ouvert du Christ, le faisant remonter par ce chemin jusqu'à son Coeur, source de ses compatissantes bontés et de son Sang précieux: tes gommes efficaces ne sont-elles pas aussi, le sang de l'arbre coagulé au bord de la blessure, et leurs vertus n'ont-elles leur source première sous l'écorce visible ? Cent ans après la composition du Livre des Merveilles, on inhumait, en la chapelle du collège royal de Cambridge le chanoine prévôt Richard Hacuinblen, et, sur la dalle qui recouvrit son corps, on grava l'écusson aux Cinq-Plaies du Sauveur avec cette inscription :

Vulnera Christe tua michi dulci sint medicina!

«Tes plaies, ô Christ ! sont mon plus doux remède![7]»

Sources guérissantes pour les âmes, comme les blessures salutaires des arbres le sont pour les corps, les Plaies sacrées sont des trésors, pour la louange desquels l'emblématique médiévale ne recula devant l'acceptation d'aucune exagération, si naïve qu'elle put être ; comme l'abeille qui butine sur toutes fleurs sucrées, elle trouva son compte dans les plus étranges fictions des récits « d'oultremer ».

Que le Christ Jésus fut foyer de lumière rayonnante, qu'il fut la panacée universelle de maux de l'âme et te Médecin qui peut tout pour la santé des corps, c'était bien ; mais, quand, aux derniers siècles du Moyen-âge, tes mystiques apprirent et crurent, sur parole, que des arbres donnaient des produits encore plus précieux, si possible, ils furent dans le ravissement.

Or, voici ce qu'ils lisaient dans le livre du bon sir John Mandeville :

« Par la mer, on peut aller au royaume de Thalumape ou Thélomasse, qu'on appelle aussi Patham, et ce royaume contient bon nombre de .villes. Il y a dans cette île quatre sortes d'arbres dont l'une produit de la farine pour faire le pain, la seconde le miel, la troisième te vin, et la quatrième un dangereux poison. Voici comment ils tirent la farine de l'Arbre à pain : A certaine époque ils font une incision au tronc de l'arbre, alors, il sort une sève très épaisse qui, étant solidifiée par la chaleur est ensuite broyée et donne de la farine blanche et délicieuse ; le pain qu'on en fait n'a pas le goût du nôtre, mais il est cependant très bon. On opère de même sur l’Arbre à vin, et sur l’Arbre à huile ».

Le livre enluminé de Flamel, pour le duc de Berry, nous montre naïvement les heureux habitants de ces contrées tirant du vin de ces arbres, comme au trou de foret d'une barrique qu'il suffit de reboucher après usage, pour empêcher la perte du liquide !

L'« Arbre à pain », dont parle Mandeville, serait-il une variété de Jaquier (artocarpi) dont la meilleure, celte du jaquier à feuilles découpées, croit en Océanie ? Mandeville, qui parle de Java, et surtout Jean Hayton, l'ont pu connaître, au moins par oui-dire ; la saveur de son fruit, dont l'intérieur ressemble à de la mie de pain est assez peu différente de celle du pain de froment, avec, paraît-il, un léger goût de fond d'artichaut.

La sève de certains arbres, mélangée à de l'eau, en fait une agréable boisson, et l’« Arbre à vin » de Mandeville doit être de cette famille. Quant à « l'Arbre à huile » son nom est applicable à plusieurs variétés de palmiers qui donnent des substances grasses et oléagineuses que nous employons encore sous le nom d'huiles de palme.

« L'arbre à Miel » doit-être, en réalité, un de ces palmiers gommiers dont la sève, solidifiée sur le tronc, est toujours molle  aux lèvres de la blessure ; elle produit quand on la met en vase avec un liquide, une sorte de « gelée » analogue comme consistance, et peut-être comme couleur, au miel. Sur le sceau du moine frère Jean Béraud, deux oiseaux, image des âmes, becquètent le tronc du palmier mystique.

Quant à l'Arbre empoisonneur, il est bien connu ; c'est l'« Upas » dont la sève, très vénéneuse, contient de la strychnine,  et servait, —. si tant est qu'elle n'y sert point encore— en Cochinchine méridionale, à Sumatra et à Bornéo pour empoisonner les armes. Naturellement, cet arbre-là fut « l'arbre de Satan», l'image de l'Anti-Christ qui prend, pour perdre, la même aspect que prend le Rédempteur pour sauver.

Les indigènes du pays de Paiham recueillant le jus des « arbres à vin ». Partie d'une miniature du « Livre ; des Merveilles. »—Fin du XIV siècle.

Sera-t-on surpris que dans la paix méditative des cloîtres, où l'on écoutait avidement tes interminables récits des pèlerins et des Croisés, où, plus tard, on lisait les écrits de Marco Polo, des moines Hayton et Odric de Pardemone, et de Mandeville enfin, on se voit épris d'enthousiasme devant des arbres qui prêtaient à un aussi merveilleux symbolisme ? Des arbres qui donnaient gratuitement à l'homme par la blessure de leur flanc, le Miel dont l'Ecriture a chanté la vertu, l'Huile dont l'église sacre le front de ses Pontifes et des souverains, le front des nouveaux-nés et celui de ceux qui vont mourir ; la Farine et le Vin qui sont la vie de l'homme, et sa joie, le Pain et le Vin, qui deviennent, de par sa puissance et son Amour, le Corps et le Sang du Christ.

Sceau de Fr. Jehan Beraud. — Musée des Antiquaires de l'Ouest à Poitiers.

Comment les yeux de ces mystiques n'auraient-ils pas reconnu, en eux, l'image de cet Homme-Dieu qu'ils cherchaient partout, de « l'Auteur de tous dons parfaits » qui donne à l'homme par la blessure de son côté ouvert, et dans un jet de son Coeur, le miel et l'huile de sa doctrine, le pain et le vin de son Eucharistie.

Comprend-on maintenant toute la chaude poésie qui se lève, toute la pénétrante ferveur qui émane de cette emblématique des arbres où surgissent de prestigieuses et multiples évocations du Christ adoré, des images merveilleusement évocatrices, nées et faites de tout ce que la terre fabuleuse de l'Orient produit en réalité de plus utile, de plus délicieux, de plus éminemment précieux ; de cette emblématique où se mêlent, dans une symphonie splendide de glorification et de reconnaissance, et le pain et le vin merveilleux, l'huile et tes sucs efficaces et le miel et tes gommes guérissantes, et tes résines odorantes et lumineuses, et les parfums, entre tous parfaits, du baume, de la myrrhe et de l'encens !

Et, pour conclure, que l'on soit bien persuadé, quand, dans un motif décoratif ou sur le champ d'un blason, ou bien au centre d'un sceau ancien, apparaissent des arbres isolés[8], que, sous leur écorce et dans l'ombre de leur feuillage c'est, le plus souvent, le Seigneur Jésus-Christ qui se cache, et, avec Lui, toute la munificence de ses divines générosités.

 L. CHARBONNEAU-LASSAY.

[1] C'est ainsi que l'arbre apparaît, entre l'Alpha et l'Oméga sacrés sur l'épitaphe de Rufina, IVe siècle. Cf. Dict d'arch. chrét de Doms Cabrol et Leclerc'q. T I, vol 2. Col 2697. [2] Epitre aux Romains vi, 5.[3] Cf. Maspero : Hist. T u, p. 253 3t Alex Moret : Rois et dieux (l'Egypte, p. 8-9 PI. II gr. 2. [4] Ch. VIII, v. 3-4.[5] Ces deux noms sont pris souvent comme synonymes. Cependant en réalité les gommes sont solubles dans l'eau et les résines seulement dans les essences distillées : alcool, éther, etc. [6] C'est le Balsamodendron Myrrha, qui n'est pas à confondre avec le Baumier d'Amérique. [7] Cf. Les sources du Sauveur, in Regnabit, août 1923, p. 206. [8] Je ne parle pas ici, bien entendu, des cas où les arbres sont des « armes parlantes—», c'est-à-dire figurent un nom de personne ; par exemple un pin pour Dupin, un poirier pour un Poirier, un chêne pour un Chesneau etc.. Ce sont là des jeux de mots qui appartiennent plus au rébus qu'à la véritable emblématique.

 

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