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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ARCHEOLOGIE CHRETIENNE

L'ICONOGRAPHIE EMBLÉMATIQUE DE JÉSUS-CHRIST. LE BÉLIER & LE MOUFLON

V. — LE BÉLIER, EMBLÈME DU CHRIST

FORT, PUISSANT ET TRIOMPHATEUR

La façon dont les béliers combattent en frappant du front leurs adversaires ont fait d'eux, chez les Anciens, un emblème de la force guerrière et du courage.

Pour lui comme pour le Taureau, la Licorne, le Bouc, le Rhinocéros, l'idée de force et de puissance a été attachée par le symbolisme de tous les âges, aux cornes de sa tête ; les textes sacrés, dans la Bible et les écrits des docteurs et des mystiques anciens, emploient souvent ces expressions : « la corne du méchant », « la corne du juste » en parlant du pouvoir de l'homme pour le bien ou pour le mal, et de sa mise en oeuvre ; c'est ainsi qu'il est écrit au Livre des Psaumes : « ...et omnia cornua peccatorum confringam, et exultabuntur cornua justi.[1] »

Et cette idée symbolique de force, attachée à la corne était parente, certainement, de celle qui fit que les Gaulois, comme avant eux les Grecs mycémiens, fixèrent des cornes, naturelles ou imitées, sur leur casque de combat[2].

De là aussi l'instrument de siège qu'utilisa le génie militaire antique sous le nom de bélier. C'était essentiellement une lourde poutre de bois armée à son extrémité d'une tête de bélier en fonte de fer ou en airain et suspendue par son milieu. Par un mouvement de va-et-vient on en frappait les portes ou les murs des villes assiégées afin d'en provoquer la rupture ou l'écroulement. Le bélier militaire était un instrument de succès ; mais de même, dirent les premiers mystiques chrétiens, que cet instrument ne peut procurer la victoire que fixé sur la poutre de bois et par le moyen même de ce bois, de même aussi le Sauveur ne put réaliser la Rédemption du genre humain que cloué à la croix, et n'eut que par le moyen de ce bois la victoire sur le péché, d'une part, et, d'autre part, sur la justice de Dieu.

C'est pourquoi le Bélier-Christ, ainsi victorieux, fut souvent figuré, comme l'Agneau, avec l'étendard triomphal. Ainsi le voyons nous sur une clef de voûte de la cathédrale de Troyes, XIIIe siècle, que Didron regarde comme « l'emblème de la force du Fils de Dieu [3]». C'est la force triomphante. (FIG. IO).

(FIG. IO). Le Bélier triomphant, (Cathédrale de Troyes. — XIIIe s.)

VI. — LE BÉLIER, EMBLÈME DU VERBE DE DIEU

Le Bélier, fut pris aussi comme hiéroglyphe de la voix divine, de la Parole éternelle !... parce que, dit saint Ambroise, les brebis le suivent à sa voix. Il est possible, en effet, que la docilité du troupeau à suivre la voix du bélier, chef, conducteur et père, ait fait de lui, même chez les païens anciens, l'emblème du guide des Ames vers leurs éternelles destinées ; et c'est peut-être pourquoi le même saint Ambroise dit autre part que le Bélier « est pris pour le symbole du Verbe divin, même par ceux qui ne croient pas à la venue du Messie[4] ».

Certaines figurations primitives et du Moyen-âge nous montrent parfois le Bélier-Christ tenant entre ses lèvres un rameau feuillu ; les mystiques figuraient par ce dernier emblème l'action vivifiante du Verbe divin. C'est l'image de la doctrine pénétrant avec force et amour et agissant sur les âmes comme l'atmosphère du printemps agit sur la végétation : « Folium sermo doctrinae », dit à ce sujet saint Eucher[5].

Saint Grégoire admet ce symbolisme un peu bien compliqué, mais en y voyant, de préférence, « un rameau de l'Arbre de Vie dont les feuilles ne tombent pas, parce que la Parole du Christ est impérissable[6].

Où donc ai-je vu aussi le Bélier-Christ, monté sur un rocher, la tête haute et la bouche ouverte, jetant, sans doute, à tous les horizons, l'appel aux Ames ?

VII — LE BÉLIER EMBLÈME DU CHRIST LUMIÈRE DU MONDE.

Il est incontestable que le Bélier, comme l’Agneau, a interprété dans l'iconographie emblématique cette parole de saint Jean qui, parlant de la Jérusalem céleste, dit que « l'Agneau en est la lampe[7] ». C'est ce que nous représente une lampe de bronze, à deux foyers, faite en forme de bélier debout, que Dom Leclercq a publiée[8], après Mr de Lasteyrie à qui elle appartenait[9], en y voyant aussi l'emblème du Christ-Lumière ; d'après le texte apocalyptique de saint Jean.

D'autres lampes chrétiennes des premiers siècles montrent aussi le Bélier-Christ, témoins plusieurs de celles recueillies à Carthage par le R. P. Delattre[10]. (FIG. 11).

(FIG. 11). Le Bélier sur lampe carthaginoise.

VIII. — LE BÉLIER EMBLÈME DU CHRIST RÉDEMPTEUR

Il est inutile de rappeler ici que le bélier, comme l'agneau et la brebis, fut offert en sacrifice sanglant à Dieu, et aux dieux, chez tous les peuples anciens.

En ce qui concerne les Hébreux, le Lévitique et les Nombres nous renseignent sur la liturgie sacrificielle du bélier.

Cicéron nous précise, de son côté, que dans le monde romain le sang du bélier était offert surtout aux dieux lares, protecteurs du foyer familial[11] ; le seul chenet gallo-romain de terre .Cuite en forme de bélier qui ait une inscription, porte justement ces mots : « Laribus augustus[12] ».

Rome et la Grèce qui connurent avec le culte d'Anahita-Cybèle les sacrifices tauroboliques[13], pratiquèrent de la même manière le Criobole, ou sacrifice mystérieux du bélier, qui relevait du culte proche-oriental d'Atys : l'initié, placé dans une fosse sous un plancher à claire-voie recevait sur tout son corps nu le sang du bélier qu'un sacrificateur égorgeait au-dessus de lui ; il croyait, par la vertu communicative de ce sang d'hostie, entrer en immédiate union avec la divinité à laquelle le sacrifice était offert et se rapprocher intimement d'elle.

Comme la plupart des victimes offertes dans les antiques sacrifices, le Bélier devint, chez les chrétiens, l'image du Christ victime ; et ce symbolisme se maintint jusque pendant le moyen-âge, selon le témoignage de Rhaban-Maur et de l'Anonyme de Clairvaux qui voient dans le Bélier le Verbe fait chair et immolé en sacrifice pour notre rédemption[14].

Beaucoup plus anciennement, dans la glose mystique du sacrifice d'Abraham sur le Moria, où le bélier fut substitué au fils du patriarche[15], on avait présenté l'animal sacrifié à la place d'Isaac comme la figure du Christ immolé à la place de l'humanité coupable. Déjà au 11e siècle, saint Méliton de Sardes commenta ce symbolisme[16]. Origène, à la même époque écrivait : « ...sed quomodo Christo uterque conveniat et Isaac qui non est jugulatus et aries qui jugulatus est opère pretium est noscere[17]... »

Plus tard, au IVe siècle, saint Ambroise, surtout, s'est attaché à cette interprétation mystique du célèbre sacrifice biblique[18]. Saint Augustin, son disciple, expliqua à son tour comment le bélier suspendu par les cornes aux branches du roncier est une image du Sauveur couronné d’épines[19]. Et comme écho à cette symbolique littéraire des Pères[20] dont il serait facile de citer de nombreux textes une sculpture chrétienne de cette époque gallo-romaine, qui est au musée d'Arles, représente le sacrifice d'Abraham avec le bélier suspendu par les cornes à l'arbuste épineux. L'érudit Edmond Le Blant en parle ainsi en lui appliquant les idées des Pères que je viens d'exposer brièvement : « Le sacrifice d'Abraham est, on le sait une image de la Passion ; les Pères s'accordent à l'enseigner. Le Christ, dans sa double nature leur paraît également symbolisé par le Bélier et et par Isaac, images du sacrificium cruentum et du sacrificium incruentum. Isaac conduit à la mort fut chargé du fardeau de branchages comme le Seigneur porta l'instrument de son supplice ; le buisson où fut arrêté le bélier symbolise la croix ainsi que l'explique ce passage de saint Basile de Seleucie dont un bas-relief d'Arles (FIG. XII) semble une traduction faite pour les yeux : « Vois le Bélier suspendu à la plante, comme le Christ le fut à la croix[21]. »

Ainsi donc, emblème tout à la fois du Rédempteur suspendu au bois de sa croix et couronné d'épines, d'une part, et de son double sacrifice sanglant et non sanglant d'autre part, le Bélier biblique est une des images emblématiques du Christ victime les mieux consacrées par les maîtres de la doctrine et par l'art chrétien.

(FIG. 12). Le Bélier suspendu par les cornes. Sculpture gallo-romaine d'Arles.

IX. LE BÉLIER EMBLÈME DU CHRÉTIEN

Les mêmes documents artistiques des premiers siècles nous montrent assez fréquemment le Bélier tenant la place dû fidèle chrétien, soit qu'il le figure avec la Brebis placés à droite et à gauche du Christ, soit qu'il occupe la même place au pied du monticule de l'Agneau divin. Parfois le Christ-berger garde un troupeau qui ne se compose que de béliers, et dans lequel on peut être tenté de voir les images allégoriques des chefs terrestres de l'Église, conducteurs des fidèles[22]. Ailleurs, comme du reste sur ce même sarcophage que je viens de citer en note, c'est le bélier, et non la brebis que le Bon Pasteur est allé retirer des sentiers de perdition et qu'il rapporte affectueusement sur ses épaules, scène miséricordieuse qui, malheureusement, n'est pas forcément en opposition avec l'interprétation que je viens de risquer : les sculpteurs et les peintres de nos cathédrales médiévales ont bien exprimé hardiment la même idée, sans l'ombre d'un voile allégorique.

D'autre fois les Béliers réunis en nombre quelconque représentent les Élus ; c'est ainsi que sur un très beau sarcophage romain[23] le Christ-juge siège au milieu, et de sa main droite accueille une file de huit béliers dont il regarde et caresse le premier, tandis que, de la gauche, il repousse cinq boucs dont le premier se cabre sous le geste de condamnation ; c'est la traduction artistique des derniers mots de ce passage d'Ezéchiel : « Ainsi parle Yahwéh — voici que je vais juger entre brebis et brebis, — entre les béliers et les boucs[24] ».

L'ANTITHÈSE DU BÉLIER-CHRIST, LE BOUC

L'antithèse du Bélier-Christ dans l'iconographie emblématique des âges anciens, c'est le Bouc-Satan, le Bouc pris dans le mauvais sens, car nous verrons quie, sous le rôle du Bouc Emissaire des rites hébraïques, la pensée chrétienne en a fait aussi un emblème du Christ béni.

De même que la corne du bélier fut l'image emblématique de la force agissante du Bien, de même aussi la corne du Bouc représenta l'énergie des méchants mise au service effectif du mal. Dans le satanisme et la démonologie, le Bouc est une des figures habituelles de l'Esprit mauvais ; et la puanteur infecte de cet animal est constamment regardée comme le fumet ordinaire de Satan et de ses oeuvres, en opposition à « l'arôme des vertus » et à cet ensemble de suavités idéales que la spiritualité chrétienne appelle « la bonne odeur de Jésus-Christ ».

Loudun (Vienne). L. CHARBONNEAU-LASSAY.

 

[1] Rhaban Maur, In Exod. IV, 9. [2] Cf. Schliemann, Mycènes, p. 211 et 213, fig. 213. [3] Didron, Histoire de Dieu, pp. 308 et 331. [4]  St Ambroise, Epitre LX, c. III.[5] Cf. Dom Pitra, Spicilège de Solesmes, T. III, p. 402. [6] St Grégoire, Formules spirituelles, ap. Pitra, ibid. T. II, p. 412. [7] St Jean l'Ev., Apocalypse, XXI, 23. [8] D. Leclercq, Dict. d'Arch. Chr., T. I, vol. I c. 895. [9] De Lasteyrie, Mém. Soc, des Antiq. de France. T. XXII, p. 223 ; et Garucci,Hiéroglypta, ann. 1836, p. 46, etc. [10] Delattre, Lampes chrétiennes de Carthage, in Rev. de l'Art chrétien, 1890,p. 40, n° 137. [11] Cicéron, De Lage II, 22. [12] Cf. J. Déchelette. Revue archéologique, 1898, T. XXXIII et Man. d'arch.T. II, 3 Part. p. 1401. [13] L. Ch. L., Taurus Christus in Regnabit, juin 1926, p. 40. [14] Ap. Spicilège de Solesmes, T. III, p. 24 [15] Voir Genèse XXII, 1-19.[16] S. Méliton. Fragm. in Routh., Reliq. sacra. T. I, p. 116 ; et Piper, in Bullet. Monumental. 3 ter.. T. XXVIII, 1861, p. 483.[17] Origène, Homil. VIII, in Gènes. 9.[18] S. Ambroise, De Abraham. L. I, VIII ; et Epist. ad Justum. [19] S. Augustin, Contra Fauslum XXII, 7^ et De Chitate Dei XVI, II20] Cf. Dictionn. d'archéol. chrit., T. II, v. I, col. 656, note 11.[21] Edm. Le Blant, Le sarcophage chrétien de Luc de Béarn, in Revue archéologique, 2« sér., T. XL, 1880, p. 131.[22] Ex-sarcophage de Rome, reproduit par Bottari. Routa sotterranea. II-CXLIII.[23] Voir Diction. d'Archéolog. chrét., T. II, vol. I, fig. 1469. [24] Ezechiel, Prophétie XXXIV, 17.

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