Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #SYMBOLISME CHRÉTIEN

LE CŒUR HUMAIN ET LA

NOTION DU CŒUR DE DIEU

DANS L'ANCIENNE ÉGYPTE.

Pour un nombre encore trop considérable de catholiques, la piété envers le Coeur Divin est une conception tardive, née au XVIIe siècle de la spiritualité sentimentale répandue par les Jésuites et autres prédicateurs. Ce n'est, pour quelques autres — parmi ceux mêmes qui sont bien obligés de reconnaître que la foi du Moyen-âge, surtout, a honoré et adoré comme nous le Coeur rédempteur— ce n'est qu'une idée germée dans l'esprit si pieux de cette société médiévale toute imprégnée de poésie très tendre en même temps que d'un réalisme surprenant. Pour un peu ne dirait-on pas que le culte du Coeur, centre de tout l'amour sauveur, dériverait à la fois des « Cours d'Amour » et des méditations exaltées des moniales ?

En tous cas il est admis par eux, quasi comme de science certaine, que l'âme chrétienne du premier millénaire n'a pas eu, n'a pas pu avoir, même l'ombre d'une pensée pour le Cœur de chair de Jésus, foyer de ses sentiments affectifs, et que cette conception est située tout à fait en dehors du domaine qui lui était accessible.

A plus forte raison leur paraîtra-t-il absolument stupéfiant que le Sacerdoce tout entier d'un peuple païen des toutes premières civilisations humaines ait eu pour le Coeur du Dieu Unique — placé par lui, tel qu'il le pouvait concevoir, au-dessus de ses dieux— une pensée, une attention si particulière qu'elles lui a fait attribuer en partage à ce Coeur tout ce que la Divinité même possède de perfections : puissance créatrice, science, beauté, bonté et justice infinies, et que de cette idée, ce Sacerdoce ait pétri toute la nation avec ses souverains superbes, ses artistes, ses savants et ses architectes étonnants.

Voilà pourtant ce que les découvertes faites, en ces vingt dernières années surtout, par les hautes études d'égyptologie permettent d'affirmer sur documents matériels positifs : écrits, inscriptions lapidaires, sculptures, objets d'art, etc..., toutes choses dont le témoignage admirable ne saurait être discuté.

***

Dès le temps de ses premières dynasties historiques, vers 3.300 à 2.600 avant Jésus-Christ, l’Égypte, nous est révélée par les monuments comme une nation extrêmement civilisée ; les statues et sculptures que nous avons de ce temps sont d'un art dont la perfection nous confond, et, quand les Pharaons de la IVe dynastie, Chéops, Chéphrem et Mycerinus élevèrent, ou laissèrent élever par les Prêtres les mystérieux sanctuaires que sont les Grandes Pyramides de Gizeh, entre 2.840 et 2.680 avant notre ère, la science des Égyptiens en astronomie, cosmogonie, géométrie et géodésie était telle qu'il a fallu nos instruments perfectionnés d'aujourd'hui pour les rejoindre, et leurs méthodes mathématiques leur ont permis de résoudre,  dans le domaine des sciences susdites, des calculs tels que nos savants en demeurent stupéfaits[1]. (1)

Or, avant et encore à cette époque, alors que les Pontifes de Memphis et de Thèbes étaient les gardiens de la science comme de la religion en Égypte, on y conservait encore le culte du vrai Dieu, altéré il est vrai, mais nettement désigné par les hiéroglyphes des monuments des IIIe et IVe dynasties par exemple, comme étant le Dieu Un, le Dieu unique. Entité spirituelle, Il y apparaît comme tout à fait différent des dieux qui ne furent que des totems ou bien des ancêtres divinisés, à commencer par Atoum (l'Ancêtre[2]) dont l'un des fils, Osiris, devint l'un des ministres de la Divinité unique chargé notamment de présider au pèsement des âmes sur le seuil du «royaume des transformations».

Quant au Dieu Unique personnifié souvent par le Soleil, on l'appela selon les lieux, les temps et les Ecoles sacerdotales, Amon, ou Râ, ou Aton, et certaines de ses perfections furent personnalisées sous d'autres noms. Le culte assez tardif de certains animaux ne fut qu'une déformation d'un totémisme qui parait avoir été, à l'origine, purement héraldique.

C'est de ce Dieu unique que parle le païen d'Egypte qui écrivit en ce temps là le papyrus du British-Museum où nous lisons cette expression : « Dieu grand, Seigneur du ciel et de la terre, qui as fait toutes les choses qui sont. 0 mon Dieu, o mon Maître, qui m'as fait et m'as formé, donne-moi un oeil pour voir, une oreille pour entendre tes gloires !... » Où trouve-t-on dans les classiques de Rome et de la Grèce antiques, des prières semblables à cette prière[3].

Ce qui ressort, dès le premier contact que l'on prend avec les ouvrages spéciaux qui traitent des dernières découvertes religieuses de l'Égyptologie[4], c'est que le peuple Égyptien garda longtemps la notion de vérités premières et que, d'autre part, encore qu'il ne fut pas « la nation en qui toutes les nations ont été bénies [5]», il dut y avoir dans ce peuple, et surtout dans son Sacerdoce et dans son élite intellectuelle, des âmes très hautes, spirituellement très pures, que Dieu favorisa de lumières et d'intuitions merveilleuses. Ne nous en étonnons pas : Melchisedech dont parle la Genèse et les trois Mages des Évangiles n'étaient point des Hébreux, et pourtant le premier préfigura l'Eucharistie et les seconds découvrirent le Christ nouvellement né : «l'Esprit de Dieu souffle où il veut». C'est pourquoi nous trouvons dans les textes sacrés de l'Egypte des passages tels que devant eux, de très grands savants d'aujourd'hui n'hésitent pas, tel Alexandre Moret, professeur au Collège de France et Directeur de l’École pratique des Hautes Études, à regarder comme une sorte de pré-christianisme certains chapitres des écrits théologiques de l'Ancienne Égypte ; aussi Moret, dans son magnifique ouvrage Mystères Égyptiens intitule hardiment l'un de ses plus beaux chapitres : « Le Mystère du Verbe Créateur ».

Ce sont les restes de ces très anciennes croyances des beaux temps de la splendeur égyptienne qui, recueillis dans les Livres Hermétistes, étonnaient à un point si étrange nos premiers docteurs chrétiens que l'un d'eux, Lactance, (f 325), disait : «Hermès a découvert, je ne sais comment, presque toute la Vérité ».

***

Voyons maintenant, d'après les plus anciens documents certains, quelle place étonnante est faite au coeur humain dans cette conception de psychologie religieuse que n'avait point encore, ou que très peu, pénétré le polythéisme et la zoolâtrie des derniers siècles de la décadence égyptienne. Dans les hiéroglyphes, écriture sacrée où souvent l'image de la chose représente le mot même qui la désigne, le coeur ne fut cependant figuré que par un emblème : le Vase. Le coeur de l'homme n'est-il pas en effet le vase où sa vie s'élabore continuellement avec son sang ? le vase où naissent et grandissent et où meurent les passions bonnes ou mauvaises qui régissent sa volonté et le dominent parfois au point de tyranniser à son intelligence.

Le vase, emblème hiéroglyphique du mot « cœur ». 

Tout à la naissance du genre humain, que raconte à sa façon la pyramide du Pharaon Pepi II, Atoum, le premier homme, tire ses enfants de son propre sein en partageant son coeur en neuf fractions, et chacune d'elle devint un être humain complet ; ainsi naquirent les dieux et déesses ancêtres Toum, Shou, Tafnouit, Seb, Nouît, Osiris, Isis, Set et Nephtys. Et cela pour donner à entendre que l’homme transmet la vie par son cœur, comme plus loin nous verrons le Verbe de Dieu créer la vie avec son cœur.

Et quand Ramsès II reproche à ses officiers d’avoir été mal asisté par eux au cours d’une bataille : «  je ne vous porte plus dans mon cœur », leur dit-il ; puis se tournant vers son père qui est au ciel, Dieu-Ammon, il ose lui parler ainsi… »Que fais-tu donc, ô mon père Ammon ? Est-il d’un père de ne pas veiller assez sur son fils…Et que sont ces Asiatiques pour ton Cœur ?[6]... »

C’est donc bien du Cœur de Dieu, d’Ammon-Dieu qu’il s’agit, mais seulement, et cela est bien de toute évidence, du Cœur métaphorique de Dieu en tant que foyer des affections divines ; mais certains de nos textes de liturgie catholique ne l’adjurent-ils pas en des accents parfois quasi semblables ?

Oh ! le cœur humain, comme l’Egypte idéaliste l’a aimé ! qu’on lise la fable si poétique de Bitaou qui s’est sacrifié lui-même, mais dont le cœur ne veut pas mourir renait et se transforme à chaque fois qu'un nouveau coup, de lui-même mortel, vient le frapper ; jusqu'à ce qu'enfin Anubis ranime Bitaou en retrouvant  son coeur errant et en le mettant dans l'eau.

Et Bitaou revient vers la vie en rapportant son coeur.

Mais c'est surtout dans le jugement des âmes, au sortir de la vie terrestre que le coeur apparaît comme le résumé complet de l'homme. Cette pesée des actes délictueux de chaque humaine existence est exprimée sur les monuments de l'ancienne Égypte par des scènes sculptées assez comparables en somme à celles qui nous montrent, sur nos églises romanes et gothiques le jugement particulier des actes de nos vies, avec saint Michel qui pèse de petites âmes en présence de l'ange commis à notre protection et de Satan, notre accusateur.

La Vérité et le Cœur dans la balance du jugement. Détail des peintures du cercueil d’une prêtresse d’Amon. Cf Ph. Virey Religion de l’Ancienne Égypte, p 157

Que nous montre la sculpture égyptienne ? Devant le trône d'Osiris, chargé du jugement des Morts, et qu'entourent ses assesseurs, et près de Maât personnification divine de la Vérité, une balance s'érige ; à côté d'elle, ou au-dessus d'elle, un monstre hybride, « La Dévorante », justicier de la Divinité, s'apprête à s'emparer de l'âme si la juste pesée est en défaveur de celle-ci.

Dans un des plateaux repose le coeur seul du défunt sous l'apparence du vase hiéroglyphique dans lequel sont les œuvres mauvaises de la vie qui va être jugée. Alors Maât-Vérités avance, détache de sa coiffure la plume blanche d'autruche qui la caractérise, quelquefois s'asseoit elle-même dans le plateau[7], mais, comme elle est substance spirituelle, seule la plume blanche pèse de son poids si léger... et l'équilibre parfait doit aussitôt se faire entre le vase-coeur et la plume immaculée, faute de quoi c'est le monstre justicier qui triomphe, et l'âme ne sera pas reçue dans le royaume des transformations heureuses.

Voyez : Sur la pierre de son tombeau c'est Ramsès VI que la belle déesse-ancêtre, Isis, fille d'Atoum, amène par la main devant le tribunal terrible de son frère Osiris, et devant celui-ci et ses assesseurs, devant l'incorruptible Maât-Vérité, le Pharaon fait son « mea non culpa », puisqu'ici le mal commis seul entre en question :

Et Ramsès commence : « Hommage à Toi, Dieu grand qui possède la certitude ! Je viens vers Toi, ô mon Seigneur, je me présente pour contempler ta gloire. Je te connais, je connais ton Nom et je connais les noms des quarante-deux divinités qui sont avec toi dans la salle de Vérité..

Je n'ai pas mis l'iniquité à la place de la droiture.

Je n'ai pas fait ce que détestent les dieux.

Je n'ai pas tué ni fait tuer perfidement.

Je n'ai trahi personne.

Je n'ai pas fait verser les larmes des pauvres » etc. Quarante-trois chefs d'accusation sont ainri rejetés par le Pharaon qui conclut en criant : « Je suis pur, je suis pur, je suis pur ! »

Et pendant que la Vérité le regarde et s'apprête à laisser tomber dans le plateau de la balance sa plume terriblement légère, le scarabée de pierre fine, qui occupe dans la momie royale le milieu du coeur, répète en invocation la parole magique qui fut dite sur lui quand il fut consacré par les hiérodules : « 0 coeur, qui étais mon coeur sur la terre, toi qui me viens de ma mère et m'es nécessaire pour mes transformations, ne témoigne pas contre moi, n'accable pas ton père, c mon coeur ! »

Mais Maât-Vérité vient de laisser tomber la plume de son diadème, les deux plateaux de la balance oscillent, et s'arrêtent au point précis de l'équilibre parfait. Ramsès est justifié.

— Sur sa stèle funéraire, conservée au Musée de Turin, et traduite par Chabas, Béka, avant de dérouler comme Ramsès VI son « mea non culpa » le résume d'avance, par ces mots vainqueurs « Je fus un homme juste, véridique et bon, ayant mis Dieu dans son coeur[8]». Dieu, Béka dit bien Dieu, en hiéroglyphes : «Nouter» et non pas un des dieux. Béka comprenait au mieux que ne pouvait pas être condamné un coeur en qui Dieu résidait et qui vivait de lui, puisqu'il le possédait au centre même de sa vie !

Après lui, et quasi dans le même sens, le livre des Cantiques fera dire à l'âme : « Pone me ut signaculum super cor tuum ».

O Dieu placez-moi comme un sceau sur votre coeur ! « Et bien plus de mille ans après une autre parole, plus expressive encore, celle de saint Paul, lui fera écho : « Non, ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ Jésus qui vit en moi!...»

Ainsi donc, pour l'Égypte religieuse le coeur était tout dans l'homme : le siège de ses facultés intellectuelles, comme aussi des passions qui, avec elles, gouvernent sa volonté, le vase de vie où l'âme laissait en quittant le corps le dépôt des actions accomplies avec lui, le tabernacle enfin où le juste portait la Divinité quand par ses vertus, ainsi que Béka s'en glorifiait, il avait mis Dieu même en lui.

L'attention de la pensée égyptienne allait trop au cœur humain et lui faisait, en dehors de son rôle physique, une part d'importance trop grande pour qu'elle ne remontât pas, d'elle-même, vers le coeur de cette Divinité unique que le Sacerdoce de ce pays reconnaissait comme possédant la toute-puissance et toutes les perfections jusqu'au dernier degré de la totalité et de l'infinité.

C'est le Pharaon Anémophis IV, dit Kounaton, dont le buste superbe et gracieux est au Louvre, et la Reine Nefer-Neferiou-Aton, son épouse, qui composèrent ensemble les cantiques splendides que plusieurs monuments encore debout nous ont conservés. Dans l'un de ces hymnes, adressé à Dieu, à Dieu-Aton, c'est-à-dire considéré sous l'emblème radieux du disque solaire, nous lisons, au hasard d'un très long texte, des paroles comme celles-ci : »

Tu as créé la Terre dans ton Coeur, alors que tu étais tout seul... tu as fait lès saisons de l'année pour faire naître et croître tout ce que tu as créé... tu as fait le Ciel lointain pour te lever en lui et tu vois de là, tout ce que tu as créé, toi tout seul... Tu parais sous la forme d'Aton vivant, tu te lèves rayonnant, tu t'éloignes, et tu reviens ; tu es dans mon coeur[9].

C'est donc, d'après l'hymne d'Aménophis-Kounaton, du Coeur même de Dieu qu'est parti le geste divin du grand acte créateur : « Tu as créé la Terre dans ton Coeur... »

Même assurance nous en est donnée encore par l'inscription funéraire d'un prêtre de Memphis dont le texte et le sens ont été précisés par MM. Breasted, Maspéro et Erman ; il en ressort que les théologiens de l'Ecole de Memphis distinguaient dans l'oeuvre du Dieu Créateur le rôle de la pensée créatrice, qu'ils appellent la part du Coeur, et celui de l'instrument de la création, qu'ils appellent la part de la Langue. Donc en Dieu tout Verbe est un concept du Coeur, et pour se réaliser il a besoin de la parole ; ainsi se forme tout acte divin en pensée du Coeur, en émission de la langue.[10]

Le Coeur de Dieu est donc regardé par les sages d'Egypte non seulement comme le foyer initial de la puissance créatrice mais aussi comme le siège de la pensée divine, et c'est par son moyen que Dieu possède la science infinie de toutes choses.

Sur le papyrus de Leyde on lit, à propos de Dieu, désigné sous le nom d'Ammon : Son Coeur connaît tout, ses lèvres goûtent tout.

Une autre école théologique que font connaître des monuments de l'époque des Ramessides (XIXe dynastie ; vers 1250 avant notre ère) nous expose une autre théorie théologique d'après laquelle Dieu—le Dieu unique dont la nature—(littéralement : le Nom ) est tout mystère — nous est présenté comme formé de trois entités divines qui font une véritable trinité-unité : Phtah, Horus et Thet. Phtah est la personne suprême et représente l'Intelligence divine ; Horus, selon une tradition alors déjà ancienne, en est le Coeur ; Thot est le Verbe, instrument des oeuvres divines.

Et Phtah est ainsi désigné comme étant l'Etre Suprême parce que la triade entière procède en quelque sorte de lui ; il est selon le texte même du document précité: « Celui qui devient Coeur, Celui qui devient Langue[11] ».

La seconde personne de cette trinité, Horus, le Coeur divin, futreprésenté dans l'emblématique sacrée sous la figure de l'épervier, du faucon.

Dès le temps de la IVe Dynastie, c'est-à-dire près de trois mille ans avant notre ère, il portait, sur la bannière souveraine du Pharaon Çhéphrem la double couronne des Egyptes du Nord et du Midi, et dans la formule hiéroglyphique de son nom apparaît le Vase-Coeur.

Le faucon-roi, le faucon-dieu fut le totem, c'est-à-dire le génie et le symbole familial des Pharaons considérés en tant que fils, en tant qu'émanations terrestres de la Divinité, comme il fut aussi l'emblème d'Horus, Coeur de Dieu. Sur la belle statue du même Chéphrem, l'épervier sacré appuie son coeur contre la nuque du Pharaon qu'il protège et lui enserre la tête de ses ailes éployées.

Je me demande si cette pose n'indique pas beaucoup plus qu'une simple protection ?... Elle est, certes, expressive puisque l'oiseau divin couvre de son coeur le cervelet même du souverain au point le plus sensible, au niveau du « Pont de Varole », et que son corps abrite ce faisceau de nerfs cervicaux que certains anatomistes appellent, « l'arbre de vie » ; mais n'y aurait-il pas plus encore ?

Nombreuses sont les sculptures sacrées d'Egypte qui nous montrent des prêtres, des orants ou d'autres opérateurs usant de passes magnétiques sur un sujet ; une assistance entière parfois en favorise un personnage d'élite, par exemple un Pharaon naissant, et un texte formel nous dit de la Pharaonne régnante Hatshopsitou que « les dieux lancent constamment leurs fluides de vie derrière elle chaque jour[12]».

Le nom d'Horus sur la bannière Royale de Chéphrem, d'après Maspéro. 

S'agirait-il, dans le contrat si suggestif qui les assemble d'une sorte de communication, de transmission de cette nature, d'une manière de communion intime par émanation et par absorption des chauds fluides divins entre le coeur de l'Oiseau dieu et le cerveau du Pharaon Chéphrem?...

Statue de Chéphrem. Musée du Caire.

Quelque mille ans après lui, quand sur son trône, le premier de ses trônes, le fastueux Tout-Ankh-Amon, siégeait dans tout l'éclat de sa magnificence, ses deux bras reposaient aussi, nus, entre les ailes étendues du grand épervier de lapis-lazuli... et chez les Egyptiens comme chez les Hébreux c'était aux bras que s'attachait l'idée de puissance, d'autorité.

Je ne veux point exagérer, ni faire du système et dire que la théologie parfois si bizarre de l'ancienne Egypte a contenu en elle, si l'on peut dire, une sorte de préhistoire de notre culte catholique du Coeur divin, non ; mais j'ai cru qu'il était bon tout de même d'exposer ici quelle grande part a fait dans sa pensée, et quelle place et quel rôle a su reconnaître au Coeur du Dieu tout puissant, omniscient et tout bon, la religion de ce peuple païen ; religion grossière et matérielle par certains côtés, quasi dépourvue d'ascétisme, et, d'autre part, si haute en certains dogmes et si éloquemment expressive en ses formules d'adoration et de prières.

Et j'ose penser que si nos saints docteurs des siècles du Moyen-âge avaient connu les données que les découvertes de ces derniers, temps nous ont révélé sur les idées et les choses de l'ancienne Egypte nous en trouverions sans doute aujourd'hui le reflet dans la patristique du Sacré-Coeur, et peut-être même dans la liturgie : le rituel romain admet bien, dans l'office des Morts le témoignage des oracles sibyllins en accord avec ceux du roi-prophète: « ...tetse David cum Sibylla ».

Assurément il n'y a pas à mettre en parallèle, d'une part, le Coeur physique de Jésus qui fut adoré en premier lieu, comme la principale des blessures rédemptrices et.la source corporelle du Sang sauveur, et, d'autre part, le Coeur purement métaphorique que les Egyptiens ne pouvaient regarder que comme le foyer de la beauté et des autres perfections divines ; mais il reste ce fait que pour le Coeur de Dieu, comme pour le cœur humain ils représentèrent ce coeur, métaphorique ou corporel, séparément du reste de la forme humaine par un commun emblème consacré, le vase hiéroglyphique, d'un symbolisme si parlant. Il reste que plus qu'aucun autre peuple ancien ce fut à travers son Coeur qu'ils regardèrent la Divinité, qu'ils s'adressèrent à Elle et l'adjurèrent de les prendre en pitié, comme ils adjuraient leur propre coeur de ne pas témoigner contre eux à l'heure suprême. ! Et les textes hiéroglyphiques ne nous laissent point entrevoir que1cette attention de l'âme égyptienne envers les Coeurs de Dieu et de l'homme ait en rien répondu à un état d'esprit particulièrement sentimental. L'élite religieuse d'Egypte, si égarée qu'elle ait été dans sa théologie, générale,, nous apparaît comme trop scientifique, comme trop spéculative, pour s'être laissée conduire en ce qui nous occupe, par la douceur du sentiment plutôt que par des réflexions sérieuses et raisonnées.

L. CHARBONNEAU-LASSAY

Loudun (Vienne).

[1] Voir abbé Moreux : La Science Mystérieuse des Pharaons, Paris, Doin 1923. [2] Très assimilable à l'Adam de La Bible. [3] Cf. Ph. Virey- La Religion de l'ancienne Egypte p. 13. [4] J'appuie toutes les pages qui vont suivre surtout sur quatre ouvrages récents : La Religion de l'Ancienne Egypte, (1910), par Ph. Virey, ancien attaché à la Mission archéologique française au Caire ;  La Science Mystérieuse des Pharaons, 1923, par l'abbé Th. Aloreux, directeur de l'Observatoire de Bourges ; Rois et Dieux d'Egypte, 1923, par Alex. Moret, professeur au Collège de France ; Mystères Egyptiens 1923, par Alex. Moret. Et aussi les différents ouvrages de l'illustre savant Maspero. [5] Genèse, XXII, 18. [6] Cf Virey. Ouvrage cité p.117.  [7] Maât tient alors dans sa main « le signe de vie » petite croix en forme de Tau munie d'une boucle à son sommet (voir la gravure) [8] (1-2) Ch. Ph. Virey. Ouvrage cité. p. 63.  [9] Cf. Moret. Rois et dieux d'Egypte, p. 64. [10] Cf. Moret. Mystères Egyptiens, p. 122. [11] Cf. Moret. id. p. 126. [12] Cf. Moret. Rois et dieux d'Egypte, p. 20.

 

Articles récents

Hébergé par Overblog