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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #SYMBOLISME CHRÉTIEN

L'Iconographie emblématique de N. S. J. C.

LE SYMBOLISME DE LA ROSE

Le lis est la perle des fleurs, et la rose en est l'escarboucle admirable. Il en est le roi ; elle, la reine incontestée. Par leur  éclat, par leur grâce parfaites, par l'arôme embaumé qui s'envole de leurs calices, ils se partagent l'empire de la beauté florale et l'admiration des hommes. Aussi, après les paganismes qui les avaient honorés, la Religion Chrétienne, qui choisit pour relier l'homme à Dieu ce qu'il y a de plus excellent sur terre, prît elle le lis et la rose pour matérialiser en symboles profonds le Seigneur Jésus-Christ, la Vierge, sa mère, et les certitudes et les grandes espérances que nous tenons de lui.

La rose, surtout, fut l'élue de la symbolique chrétienne.

Dans deux précédents articles relatifs à la Rose emblématique dont Luther fit orner son anneau, j'ai dit comment le Moyen-âge en France, en Allemagne, en Angleterre, fit de la Rose la fleur héraldique et mystique de la Passion, des saintes Plaies et du Sang du Sauveur[1]. A l'appui de cette thèse, dix documents iconographiques sont venus apporter l'incontestable témoignage des siècles passés, mais ce n'est là que l'un des aspects emblématiques de la Rose, et, sans revenir sur ce que j'en ai déjà dit, je me propose de résumer aujourd'hui ses autres significations mystiques.

1. - LA ROSE EMBLÈME DE L'HUMANITÉ DU CHRIST

L'Église de Dieu n'est pas un corps venu spontanément à la vie sous un geste de son Fondateur, et, tout aussitôt, cristallisé dans une immutabilité de fossile : C'est, au contraire, un organisme vivant qui se développe et qui agit avec une exubérance de sève indéfectible. En puissance si l'on peut dire, elle exista sur terre depuis le moment où la générosité divine marqua du rayon surnaturel l'Ame et le front de l'Homme ; et tout le long des siècles pré-chrétiens, elle vécut dans les âmes des justes du monothéisme Israélite, et dans celles des justes dispersés dans les paganismes de partout.

Les uns et les autres, les derniers surtout, moins servis par des textes remplis de vérité, avaient choisi, pour exprimer leurs croyances diverses en la Divinité et les espoirs qu'ils avaient en elle, des emblèmes variés dont beaucoup répondaient à des idées déjà justes, ou qui devaient le devenir avec l'avènement sur terre du Rédempteur.

Quand ce Christ attendu eût accompli sa mission sur la terre, quand son Église fut établie et quand, ensuite, elle se créa des codes, des textes de prière, des liturgies et un symbolisme, elle  accepta, pour se les assimiler, d'anciens emblèmes et même d'anciens rites païens qui pouvaient, s'accorder avec son dogme, sa morale et ses origines ; souvent elle dût cependant rectifier, modifier le sens des premiers et, aussi, épurer la signification et la liturgie des seconds, en sorte que sous la main de ses pontifes, de ses artistes et de ses lettrés, ce qui était déjà bon devint excellent pour l'aliment des âmes et l'élévation des esprits.

La Rose, emblème déjà reçu dans presque tous les paganismes de l'ancien monde fut parmi les premiers que l'Église accepta d'eux. Aussi, sans que nous puissions toujours déterminer quel sens lui fut attaché, si même, parfois, si elle y parait à titre d'emblème ou de simple élément décoratif, nous la trouvons dans l'ornementation des Catacombes et des monuments chrétiens des premiers siècles.

Mais, très vite, son sens mystique s'affirma et se précisa.

Le Chrisme à la Rose sur terre cuite mérovingienne. Musée des Antiquaires de l'Ouest à Poitiers.

C'est ainsi que nous la voyons entrer, dès le début du Ve siècle, à Kokanaya de Syrie, dans la composition du Chiffre de Jésus-Christ, le Chrismon cruciforme[2] et, très peu après, décorer le centre de grands monogrammes sur les briques mérovingiennes du Poitou et du Nantais. C'est là un des plus anciens-exemples français de l'apposition de la Rose sur un autre emblème particulier à la personne de Jésus-Christ ; coutume qui devint fréquente au Moyen-Age. C'est ainsi que nous l'avons déjà vu, dans les articles précités où nous avons étudié peintures ou sculptures médiévales qui montrent la Rose au lieu et place des blessures du Sauveur, ou bien servant d'écrin à l'image de son Coeur.

Il est bien évident que dans toute cette emblématique, la fleur mystique représente tout à la fois le corps souffrant et le sang de Jésus, son sang qui, sur un vitrail du XIIIe siècle et sur un moule à hosties du xne, se transforme en roses[3], et que nous l'avons vu, sur un tableau d'autel d'origine fontevriste, couler le long de la sainte lance et s'amasser, comme dans une coupe précieuse, au coeur d'une rose de pourpre[4].  Et quand, sur un de leurs insignes emprunté à l'héraldique des anciens Rose-Croix du Moyen-Age, nos actuels Francs-maçons attachent la Rose sur la croix, leurs rituels précisent que c'est une évocation du corps de Jésus-Christ crucifié[5].

2. - LA ROSE, IMAGE DE LA BEAUTÉ DU CHRIST

Si la Rose rouge eût plus spécialement la mission de représenter le Sauveur en sa Passion, ainsi que le reconnaît la Vitis mystica, si longtemps attribuée à la plume de saint Bernard[6], cette même fleur en ses couleurs joyeuses, blanc, rose et jaune de toutes nuances, figura aussi la beauté parfaite de son Humanité, de même que l'éclat de son corps glorifié fut souvent interprété par la Rose d'or.

Guillaume Durand, évêque de Mende au XIIIe siècle, écrivait : « Dans le sens spirituel, la Rose désigne cette autre Fleur qui, dans le Cantique des Cantiques a dit d'Elle-même : Je suis le lis des vallées ; et dont le prophète parle ainsi : Une tige sortira de la racine de Jessé, et une fleur croîtra de cette tige. C'est là véritablement la Fleur des fleurs, c'est-à-dire le Saint des saints qui, par-dessus toutes autres fleurs, réjouit la vue, car il est le plus beau des enfants des hommes.[7] »

Et, vers le même temps, le bienheureux Raymond Lulle, cet homme étrange dont la pensée s'arrêta à toutes les sciences connues de son temps, et que l'Espagne surnomma « le Docteur Illuminé », nous dit, en son Livre « L'Ami et L'Aimé », que l'Ami, entrant dans le Verger d'Amour, admira la Rose et la loua «parce qu'aux yeux corporels elle est la plus belle des fleurs, de même qu'aux yeux spirituels l'Aimé (le Christ) est le plus beau et le plus agréable de tous les autres aimés ».

Les figurations anciennes qui nous montrent l'image, ou bien les initiales de Jésus, dans le centre d'une rose épanouie, le plaçant ainsi au coeur de l'emblème qui, même dans les arts profanes symbolise la beauté, n'ont certainement pas d'autre sens que celui d'exalter l'incomparable beauté du Seigneur. Je donne ici en exemple, choisi parmi beaucoup, deux de ces roses idéales ; la première est sur un bois taillé des çollections de la Société des Antiquaires de l'Ouest, à Poitiers ; la seconde, sur un cuivre gravé du Musée du Hiéron à Paray-le-Monial. Ces deux petites oeuvres d'art sont  du XVIIe siècle ou du XVIIIe, Regnabit en a déjà publié une du même genre où la fleur et sa tige sont entourées des mots : Flos de radice Iessé [8]; c'est l'illustration, à quatre siècles de distance, du passage de Durand de Mende cité plus haut.

Bois gravé du Musée des Grandes-

Écoles à Poitiers. Cuivre gravé du Hiéron.

3. - LA ROSE, FLEUR D'AMOUR.

Par exception, la Rose n'a pas été utilisée comme tant d'autres emblèmes pour figurer par opposition, selon les circonstances et les modes d'emploi, tantôt Notre-Seigneur Jésus-Christ et tantôt Satan.

Étant exempte ainsi de symbolisme démoniaque que pourrait-on reprocher à la Rose ? Serait-ce d'avoir été chez les païens, d'abord, et d'être resté depuis l'emblème de l'amour profane ?... Mais la faculté donnée à l'être humain d'aimer  avec son coeur de chair et avec ses sens n'est-il pas l'un des dons les plus délicats que Dieu lui a faits ? et s'il lui défend d'en abuser, et d'en mal user, cette défense est commune à l'amour et aux plus excellents des autres dons que nous tenons de sa bonté. Si la Rose fut, au titre d'emblème de l'amour profane et voluptueux, la fleur de Vénus, elle reste dans l'Église du Christ, la fleur ardente et douce de l'amour légitime et de la charité, de la Charité dans toutes les acceptions théologiques et philanthropiques de ce mot, comme elle doit à son parfum d'y être aussi la fleur de la Joie.

En tant qu'emblème de la Charité, la Rose eut le double sens religieux de symboliser l'amour infini du Rédempteur pour l'homme et l'amour reconnaissant de l'homme pour son Sauveur. Et la première de ces acceptions ne donne-t-elle pas à l'utilisation de la Rose comme écrin du Sacré-Coeur[9], autant que son titre de fleur de la Passion, une raison de haute convenance ? En cela comme en tout, nous voyons justifier les conceptions de l'ancienne emblématique chrétienne.

Cuivre grévé du Hiéron.

4. - LA ROSE, SOURCE DE VIE

C'est sous cet aspect que le symbolisme de la Rose plonge ses racines le plus avant dans le lointain des civilisations humaines.

Les érudits qui approfondissent les origines, les manifestations artistiques quasi toujours emblématiques, et les coutumes des anciens paganismes, savent quels rapports d'interprétation y rattachaient la Rose à l'organe physique de la Maternité[10] ; ils connaissent les étroites relations d'idée qui rapprochaient souvent, jusqu'à n'en faire qu'un seul et même emblème sous des formes différentes selon les pays, la Coupe, la Rose et la Fleur de Lotus ; et aussi, parfois, et avec des différenciations, le Coeur.

La Vie est la suprême expression, la plus merveilleuse manifestation de l'OEuvre divin sur la terre ; elle est le premier des dons que Dieu nous a faits et celui qui nous permet de bénéficier des autres. Dans quasi tous les pays riverains de la Méditerranée orientale, la Rose fut la figure allégorique, gracieuse et chaste, de l'admiration et de la reconnaissance humaine pour ce don de la Divinité qui permet à l'être vivant de perpétuer sa race par la transmission de la vie, et de collaborer ainsi à l'Oeuvre créateur. Cette conception religieuse que les classes sacerdotales, au moins, de tous les paganismes anciens ont connue, se cache, sans doute, sous bien des figurations incomprises de la Rose sur les monuments antiques ; peut-être même faut-il la voir jusque dans la Rose que les Lydiens de Rhoda placèrent sur leurs monnaies, encore qu'elle interprète, en blason parlant, le nom grec de leur ville, Rhôdon, (rose). La fleur ainsi représentée est la « rose simple » dont le type linéaire, vu de profil[11], s'apparente avec celui de certaines variétés occidentales d'églantines que les traditions de quelques-unes de nos provinces françaises rattachent aussi, de même que de la « rose trémière, » au symbolisme de la fécondité.

J'ajoute que la Rose de Rhoda de Lycie ressemble étrangement aussi à des représentations orientales de la fleur du Lotus.

La Rose sur Monnaie de Lycie.

Qu'on ne s'illusionne pas : le caractère emblématique de la Rose dans les cultes d'avant notre ère ne pouvait ni choquer les premiers symbolistes chrétiens, ni les faire hésiter à prendre cette fleur comme un des emblèmes personnels du Christ béni...

N'avait-il pas été, en maints endroits des Écritures, annoncé par les prophètes comme un germe de vie ? n'est-il pas le Vivificateur du monde, l'auteur de toute vie ?... Bien plus, n'a-t-il pas dit de lui-même : Je suis la Vie !...

C'est pourquoi nous trouvons encore au Moyen-âge, en pays chrétiens d'Occident et d'Orient, la Rose, emblème de Jésus-Christ, avec son sens antique de « porte de vie ». Et voilà qui explique, par analogie, l'idée que nos vieux iconographes ont eue, de nous montrer sous les apparences gracieuses de la Rose, les quatre blessures des membres et celle du Coeur de Jésus ; c'est que d'elles flue le sang divin qui est pour les âmes un germe de vie spirituelle : « Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang vous n'aurez pas en vous la vie !» ...J'ai dans mon voisinage immédiat un témoignage singulièrement curieux de ce symbolisme médiéval du Christ germe de vie : On sait, — d'ordinaire très vaguement— que la croix gammée, le « Swastika » des cultes de la Haute Asie, fut aussi, dans notre Occident, l'un des emblèmes du Christ. En Orient, il représente, entre autres sens à lui donnés, le mouvement apparent du soleil, en somme la vie cosmique, car le mouvement est l'une des manifestations de la vie ; et, par certaine conception qui ne saurait être exposée ici, ce signe du swastika se rattaché aussi à l'origine physique de l'être humain.

Les roses hermétiques du monastère des Carmes de Loudun.

XV-XVI. s.

Or, à la fin du XVe siècle, ou au XVIe, un moine carme du monastère de Loudun, frère Guyot, peupla les murs de l'escalier de sa chapelle de tout une série d'emblèmes ésotériques de Jésus-Christ, dont quelques-uns, plusieurs fois répétés, sont d'origine orientale, tels le Swastika et le Sauwastika, l’Aum et le Serpent crucifié. Dans cette série, la croix d'abord, puis le Swastika, font corps avec la rose mystique représentée sous forme d'un huit feuilles à pétales entrelacés[12], puis sous celle d'un quatre feuille héraldique.

L'apposition du swastika sur cette dernière rose réunit donc deux emblèmes de Jésus-Christ qui sont en même temps deux hiéroglyphes relatifs à l'éclosion de la vie humaine. Le frère carme Guyot, qui mit ces deux signes réunis au centre même de sa signature, se montre trop savant es-science d'ésotérisme sacré pour qu'aucune de leurs significations ait pu lui échapper, d'autant qu'elles étaient connues de tous les hermétistes d'alors...

Même encore en cette extrême fin du Moyen-âge, et lorsqu'ils ne sont destinés-à verser que du vin ou de l'eau, les vases et les fontaines dont l'orifice d'épanchement sont modelés en forme de rose, sont aussi, par intention expresse de leur auteur ou par tradition d'atelier, des emblèmes hermétiques du Sauveur, présenté comme source et fontaine de vie.

L'art tout actuel vient de produire un délicieux bijou monastique qui s'accorde, beaucoup plus qu'on ne le penserait au premier regard, avec cette riche et substantielle emblématique de la piété d'autrefois : A la «Semaine des Liturgies,» qui s'est tenue à Paris en décembre 1925, le Révme Dom Gabarra, abbé de l'Abbaye parisienne de Sainte-Marie de la Source, de l'ordre de saint Benoît, portait une légère crosse d'ivoire sculpte dans la volute de laquelle s'épanche, sortant du calice d'une Rose, une source symbolique. Les Bénédictins de l'Abbaye poitevine de Ligugé décrivent et expliquent ainsi la crosse de Dom Gabarra : «C'est une tige d'acajou rouge, liée de distance en distance d'un fil d'argent qui forme noeud, et épanouie au sommet en un lys d'argent. Du centre de la fleur symbolique de la Vierge Marie s'élance un pistil qui forme le corbin de la croix et se termine en rose— rosa mystica—. Du coeur de celle-ci, jaillit une source — fons hortorum— qui se perd en ruisselets à travers la volute et complète la série des images mariales, tout en rappelant l'emplacement de l'abbaye parisienne, et le mot dont on la désigne volontiers : la Source[13]. »

L'oeuvre a été ciselée par l'artiste Fernand Py, mais de qui est le thème de sa composition ? Je veux absolument douter qu'un bénédictin ait pu réunir la Rose et la source en ne leur donnant que la signification mariale, très accessible au vulgaire et très juste du reste, mais qui ne peut en rien l'empêcher d'avoir aussi le sens, bien autrement substantiel en tant qu'aliment d'âme, de source de vie ; d'autant que ce titre convient aussi à la Vierge, mère de l'auteur et du dispensateur de toute vie, du Verbe créateur.

Et si l'on veut jouer sur le nom géographique de la nouvelle abbaye parisienne, un monastère bénédictin n'est-il pas, de nos jours surtout, — et je sais que la maison conventuelle de Dom Gabarra l'est excellemment — une « source » abondante de vie spirituelle et intellectuelle ?

 

[1] In Regnabit, n° de mai 1926, et n° janvier 1925. [2] Cf. Doms Cabrol et Leclercq, Dict d'Archeol chret ; et de liturgie, T. III, vol. 1, col. 1507. [3] Cf. Mgr Barbier de Montault. Traité d'Iconogr. chrét. T. II, p. 155. [4] In Regnabit, janv. 1925, p. 106. (grav) [5] Cf. Recueil de la Maçonnerie, adhonhiramite IIe Partie, p. 120. [6] cf. E. Mâle, L'art religieux de la fin du Moyen-âge en France. p. 108. [7] Guillaume Durand. Rational des divins offices. Liv. VIe c. 53,9. [8] Regnabit janv. 1925, p. 166. [9] Sculpture et peinture du XVIe siècle, in Regnabit mai 1924 p. 458, 459[10] cf. in Ern. Crawby The mystic Rose, Londres, 1902. [11] Cf. A. de Barthélémy. Nouveau manuel de numismatique ancienne ; Atlas XII, nos 427 à 432.  [12] L 'Angemne du blason.[13] Bulletin de St Martin et de St Benoît, Janv. 1926, p. 17.

5. - LA ROSE, EMBLÈME DE JÉSUS-CHRIST

RÉSSUCITÉ

ET DE LA RÉSURRECTION DES FIDÈLES.

« Si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est ma prédication, et vaine aussi votre foi », dit saint Paul en sa première lettre à ses convertis de Corinthe[1] ; et tout aussitôt il ajoute : «... le Christ est ressuscité d'entre les morts, et il est ainsi les prémices de ceux qui dorment » ; puis il proclame qu'Il est le principe de toute résurrection[2].

L'emblématique chrétienne est en si parfait accord avec le dogme de la revivification future que tout emblème de la résurrection est devenu, par là-même, emblème du Premier des ressuscites, du Christ principe et gage de notre renaissance mystérieuse.

Et cette foi en la résurrection du Seigneur et de ses fidèles est certainement l'idée qui a fait créer, ou conserver, par la symbolique chrétienne le plus grand nombre d'emblème qu'une même signification ait réunie.

La Rose est un de ces emblèmes empruntés aux anciens cultes et consacré, avec son même sens à Jésus-Christ ressuscité d'entre les Morts et à l'espérance que nous avons de ressusciter comme lui.

Cette idée de résurrection, n'est pas une croyance d'origine exclusivement chrétienne. Longtemps avant notre ère, Job criait à Dieu son espérance : « N'est-il pas en votre pensée, Seigneur, que l'homme frappé de mort reprenne la vie ?...

Pendant ces jours d'épreuves et de combats, j'attends la venue de ma transformation... Je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu'au dernier jour je sortirai de la terre, ressuscité ; que de nouveau je serai revêtu de ma peau, et que, dans ma propre chair, je verrai mon Sauveur. Je le verrai moi-même; mes yeux le contempleront; et ce sera toujours moi ! Voilà l'espérance qui repose en ma poitrine[3]. » — D'autre part, vers la même époque, les cultes païens d'Asie rêvaient d'un Dieu humain victorieux de la mort. A leur contact, peut-être, vers le VIIe siècle avant notre ère, les sanctuaires grecs s'ouvraient à des dieux fictifs morts et ressuscites, pauvres mythes dont quelques-uns ressemblent en quelque manière a des figures annonciatrices du Christ attendu : Athis, Adonis, Sabazios, le dieu solaire phrygien, et Zagréus, rené de son propre coeur...

Dans tous ces paganismes, la Rose figurait nettement la brièveté de la vie ; on la prenait comme image de la destinée de ceux qui mouraient jeunes, de même que, près de trois mille ans plus tard, Malherbe dira, parlant de la fille de son ami du Périer :

 

« ...rose elle a vécu ce que vivent les roses

L'espace d'un matin »...

 

Mais en même temps, en Orient, puis à Rome, s'attachait à la fleur emblématique l'idée d'une résurrection possible : Chaque printemps, les roses que l'hiver avait fait disparaître ne revenaient-elles pas parer la terre et l'embaumer ?

« La rose, dit dom Leclercq, avait dans l'antiquité un sens funéraire déterminé ; elle symbolisait la rapidité de la vie, de cette vie trop courte et comme inachevée... de ceux qui meurent avant le temps. Rosa simil floruit et statim periit, dit une inscription[4]. C'est surtout en Italie que ce rôle funéraire est dévolu à la rose à tel point que la fête des morts s'appelait rosalioe. Chaque année, au retour de la saison des fleurs, au mois de mai, les familles et les confréries célébraient les « rosalies » Ainsi la rose devenait l'emblème d'une sorte de résurrection.»

L'érudit bénédictin écrit ces lignes à propos d'un exemple bien suggestif de l'emploi de la rose en tant qu'emblème de la résurrection attendue par l'âme chrétienne :

Au Musée Quimet reposent deux corps, momifiés naturellement, transportés là d'Antinoé d'Egypte, sans que rien ne soit changé ou déplacé de leur toilette et de leur mobilier funéraires.

L'un des deux squelettes porte des chaînes et des ceintures de fer effrayantes, et, de son cou, pend un énorme cercle de fer qui se termine sur la poitrine par une croix en tau, de façon que croix et collier reproduisent l'ancienne «clef de vie» des égyptiens païens. Cet homme, un pénitent, se nommait, dit une inscription, Sarapion ; la femme, Thaias. Et les érudits ont voulu voir en eux le bienheureux ermite Sérapion et la pénitente, Thaïs, qu'il convertit à la vie chrétienne, ce qui est au moins fort vraisemblable. Or, après quinze siècles de ténèbres, la  pauvre morte reparut à la lumière tenant encore dans sa main desséchée, la rose emblématique, desséchée comme elle, mais toute vivante cependant de l'impérissable espérance qu'elle symbolise...

Si en Occident, certains mystiques du haut Moyen-âge, comme l'auteur de La Clef du pseudo-Méliton, et plus tard Durand de Mende[5] considèrent seulement les roses, celles qui sont rouges, comme l'emblème du sang du Christ et des martyrs et, celles qui sont blanches, comme l'image de la pureté de Marie et de celle des vierges, la plupart des auteurs cependant gardèrent à la Rose toutes les diverses attributions symboliques que j'expose en ces pages.

Le Moyen-âge, par la main souveraine du Pontife romain, consacra expressément et liturgiquement la Rose en tant qu'emblème de Jésus-Christ ressuscité.

On sait que, chaque année depuis de très longs siècles, au IVe dimanche de Carême, le Dominica rosarum, le Pape bénit solennellement une branche fleurie de rosier d'or. Au cours de prières spéciales, le pape, assis devant l'autel, verse avec une petite cuiller d'or, dans la capsule disposée au coeur de la plus belle des roses du rameau, un peu de baume et de musc ; puis, la capsule refermée, il asperge et encence la fleur précieuse.

Dans un sermon prononcé à cette occasion, le pape Innocent ni, qui mourut en 1216, disait que les parfums mystiques dont il venait de sacrer la fleur d'or figuraient le Corps du Christ, son Ame et sa Divinité.[6] Mais, en ce même XIIIe siècle, Pierre de Mora, cardinal de Capoue, expliquait comment la rose d'or-papale figure surtout le Sauveur ressuscité : « Nous lisons, dit-il que le Seigneur Jésus, voulant fortifier les disciples contre le scandale de ses humiliations, leur prédit souvent la gloire de sa résurrection, et même il en montra l'éclat à trois d'entre eux dans sa transfiguration lumineuse sur le Thabor.

« C'est pour marcher sur les traces du divin Maître que, le quatrième dimanche de Carême... le Souverain Pontife, portant une rose d'or à la main, annonce aux fidèles la gloire de la résurrection.

« Celle-ci est, en effet, figurée par la fleur. Notre-Seigneur a dit que « sa chair refleurirait comme elle ». Parmi les beautés passagères, nulle n'est égale à celle de la fleur... Or, parmi les fleurs la rose est la plus belle. C'est donc à juste titre qu'elle a été choisie pour figurer cette gloire que l'oeil n'a point vue, que l'oreille n'a point entendue, que le coeur ne saurait comprendre.

« Pourquoi une rose d'or que l'on oint de musc et de baume ? L'or, le plus précieux des métaux, est bien propre à représenter les splendeurs de la gloire de Jésus-Christ en sa résurrection.

« Le baume préserve les corps de la corruption ; il exprime ici l'immortalité du Sauveur ressuscité. « Le musc, parmi les aromates est le plus odoriférant. C'est un signe de la renommée du Christ dont la résurrection s'est répandue en tout lieu comme une bonne odeur[7]...»

Les papes ont coutume d'envoyer solennellement chaque année cette précieuse fleur de résurrection à l'un des grands personnages du monde qu'ils veulent honorer, et ces joyaux bénits furent toujours en honneur dans les trésors princiers.

L'Inventaire de l'orfèvrerie du roi Charles v de France, pour l'an 1380, porte cette indication.

« Un rosier d'or, à tenir en sa main, ouquel a il pommelles tons, et est la rase tut le pape donne le iour de la mi-caresme, au plus noble ; pesant marc et demy ».

Et l'Inventaire du trésor des ducs de Bourgogne, dressé en 1467, indique à son n°3101 :

« Ung arbre d'or, en manière 4e rosier, où il y a au-dessus une rose et dedens ung saphir qui poise ensemble, I marc VI onces. »

La rose d'or que le Pape Pie XI, glorieusement régnant, à offert, en 1925, à la reine des Belges est une branche artistique en or très pur, comme les roses et les feuilles qu'elle porte. Elle est fixée dans un vase de vermeil décoré d'un côté de l'écusson pontifical, et portant, de l'autre, l'inscription : Elisabeth, Belgarum .reginoe, anno XXV conjugi, Aug. Pius X.

— En Orient, il est un autre genre de fleurs, étrangères au rosier, auxquelles s'attachent, même en Palestine, et depuis bien plus de mille ans, la dignité d'emblème de la résurrection.

Elles sont connues sous le nom de « Roses de Jéricho » ; on les appelait autrefois « Roses des Pèlerins », ou « Roses des Croisés », et les botanistes les connaissent sous ceux d'Astericus pygmeus et d'Anastatica hierochunta.

Après leur maturité, l'astérique et l'anastatique (en grec, anastasis-resurrection) se dessèchent ; on les recueille alors ; Si, plusieurs années après, on trempe leur racine dans l'eau ou si l'on asperge abondamment leurs feuilles desséchées, elles se détendent, s'ouvrent à nouveau et reprennent de suite leur aspect de vie première qui dure... ce que durent les roses.

C'est cette particulière faculté de ressusciter en apparence qui valut à ces plantes d'être assimilées au nom et au symbolisme de la Rose, et la grande faveur dont elles jouirent durant le Moyen-âge dans toute la chrétienté.

6. - LA ROSE, EMBLÈME DU CHRIST

BONHEUR ÉTERNEL DES ÉLUS.

Jésus-Christ n'est pas seulement le Rémunérateur des Justes, il a promis d'être lui-même leur récompense. Il ne s'est pas donné seulement comme l'auteur et le principe de notre vie physique et intellectuelle d'ici-bas, 11 a dit qu'il était la Vie même, la Vie éternelle : « C'est moi qui suis le pain de vie...Celui qui en croit ma parole, je le ressusciterai au dernier jour… Si quelqu'un mange du pain que je suis il vivra éternellement…et vivra par moi.[8] » Cette vie de félicité éternelle, ce Jésus qui doit être lui-même cette vie et cette récompense sans égales et sans fin, la Rose en a été, aussi, l'image merveilleuse.

Emblème de la source de vie physique, de la vie retrouvée après la mort par la résurrection ne convenait-il pas qu'elle le soit aussi de ce bonheur du ciel désiré « qui est Dieu même.»

Cette conception symbolique que le Moyen-âge a aimée, le génie de Dante [9] l'a merveilleusement évoquée quand il décrit le ciel comme une série de cercles mystérieux qu'une croix partage en quatre zones, ainsi que l'était le pentacle d'Ezéchiel, une croix, au centre de laquelle «la sainte milice » des Elus apparaît, dans l'atmosphère enveloppant d'un bonheur inouï, sous la forme toute blanche d'une rose immense. Et au coeur de la rose, et sur la rose, rayonne, dans un jaillissement de splendeur sans pareille l'Intelligence suprême et la Lumière éternelle !....

La Rose blanche sur la Croix. Insigne maçonnique.

Cette Rose blanche posée sur la croix au milieu des orbes célestes, les groupes hermétiques chrétiens du Moyen-âge l'avaient adoptée comme hiéroglyphe de Jésus-Christ, récompense et bonheur des saints. C'était notamment l'insigne de cette Fraternité des Rose-Croix qui était, à l'origine, un groupement spécifiquement catholique[10] et dont les Francs-maçons d'aujourd'hui, qui ont gardé pour un de leurs grades l'insigne de la Rose blanche, ne sont qu'une piètre contrefaçon.

Ainsi donc, dans la symbolique chrétienne, la Rose se présente comme l'un des emblèmes les plus riches en aspects divers, avec ses sens multiples de fleur d'Amour et de Charité, de Source de vie, d'image de l'Humanité du Sauveur, de sa Beauté, de sa Passion sanglante, de sa Personne ressuscitée

et de notre future résurrection, d'emblème, enfin, de l'éternelle félicité promise par Lui et en Lui. Voilà, en résumé, ce que nos pères ont fait de la Rose dans le trésor des emblèmes du Seigneur Jésus-Christ. Tout ce que je pourrais dire de plus serait de trop ici ; j'ajoute seulement, comme un nécessaire hommage à leur piété et à leur génie, que si nos anciens symbolistes chrétiens ont été de grands artistes, ils ont été aussi de merveilleux poètes.

Loudun (Vienne)

L. CHARBONNEAU-LASSAY.

Figuration d'un Moule de cirier de poitevin, XVIIe siècle. — Voir Ginot. Moule de Cirier Poitevins, XVII» XVIIIe siècle. — Planche III.

 

[1] 1er aux Corinth. xv, 14. [2] Id. xv, 20-21. [3] Job, xiv-xix.[4] Corp Rhenanorum, in-4 Etberfelde, 1867, n° 1053.[5] Dom Leclercq. in Diction. d'Archéolog. Chrét. et de liturgie. T. I, vol. II, col. 2339.[6] Sermo in dominica Laetare, seu de Rosa. cf. O'Kelly de Qalway,- Dict. Archeol. et expl. du Blason, 1901, p. 406. [7] Traduct du Chanoine Lerwey. Histoire et symbolisme de la liturgie 3e part. p. 465.[8] Cf. St Jean Evang. ch. VI. [9] Dante. La Divine Comédie. Le Paradis chant XXXI, XXXII. [10] Cf. R. Guénon L'Esotérisme de Dante, Paris, Bosse 1925.

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