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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ARCHEOLOGIE CHRETIENNE

ICONOGRAPHIE ANCIENNE DU CŒUR DE JÉSUS.

La Rose emblématique de Martin Luther.

Dans un précédent article sur Les Marques commerciales des premiers Imprimeurs français[1], nous avons vu comment saint François de Sales expliqua à sainte Jeanne de Chantai, par une lettre du 19 février 1605, tout l'intérêt que sa piété venait de prendre à considérer une image de dévotion jusqu'alors inconnue de lui ; puis nous avons constaté que, plusieurs années après, les premières éditions du Traicté de l'Amour de Dieu, par le même François de Sales, portent sur leur page de titre au lieu et place de la marque commercialede l'imprimeur, Pierre Rigaud, de Lyon, la même « dévote image» que l'auteur avait précédemment si bien décrite à sa sainte collaboratrice.

Personne, je pense, n'oserait prétendre que ce choix de l'évêque-prince de Genève n'ait pas été motivé par la valeur emblématique de la gravure dont il s'agit, et qu'il avait commentée avec une pénétration si complète de tous les aspects sous lesquels il était possible de la considérer.

Ainsi firent du reste plusieurs auteurs catholiques du XVIe siècle et des siècles suivants, qui placèrent eux aussi aux seuils de leurs ouvrages des motifs pieux composés ou adoptés par eux.

Ainsi fit aussi, et des premiers, le Réformateur allemand Martin Luther.

Il plaça, au frontispice de son livre sur la guerre contre les Turcs, imprimé à Wittemberg en 1528, le motif emblématique que voici :

Nous y voyons une rose héraldique dont le centre porte un coeur chargé lui-même d'une croix. Il est bien évident que le moine hérésiarque attachait à ce motif un sens précis, qu'il avait eu le temps de méditer à loisir.

La Rose emblématique de Martin Luther.

En 1528, il n'était plus en effet dans les troubles premiers de sa révolte contre l'Eglise : il y avait alors douze années que, sans mission, donc sans les grâces d'état nécessaires, il s'était posé en champion d'une réforme de l'Eglise, réforme opportune à la vérité sur le terrain de la discipline et des coutumes ecclésiastiques, mais qui ne devait être entreprise qu'en collaboration étroite avec l'autorité romaine légitime, et dans le respect absolu de l'intégralité intangible du dogme apostolique et seize fois séculaire.

Dans ce cadre d'action, Luther aurait pu jouer le rôle bienfaisant et glorieux d'un Hildebrand, son orgueilleux esprit d'indépendance en fit un hérésiarque ; il aurait pu puissamment aider à débarrasser le domaine du Christ des ronces et des ivraies

qu'y sèment inévitablement les pauvres passions humaines, il n'aboutit qu'à lacérer le manteau de Jésus-Christ.

En 1528 la déchirure était déjà longue et tristement béante. Le pseudo-réformateur avait déjà jeté le trouble dans les croyances relatives aux Mystères fondamentaux, aux Sacrements, à la Grâce, au libre Arbitre, à l'efficacité justificatrice des bonnes oeuvres, etc. n'offrant vraiment aux âmes, à la place de ce qu'il détruisait, rien de précis, ni de solide, puisqu'il établit chacune d'elles juge de ce qu'elle doit ou peut croire.

Ce qui devait arriver arriva, et sans tarder : C'est que d'étranges et profondes divergences de croyances s'établirent entre les principaux de ses premiers disciples, selon qu'ils élaguèrent plus ou moins, chacun pour son compte, le Dogme initial, arbre-de-vie véritable et plein de sève laissé par Jésus-Christ et par ses Apôtres à l'Eglise, pour la nourriture spirituelle du Genre Humain.

Luther lui-même, dont la doctrine condamnait le culte et l'utilisation religieuse des images, qui tour à tour maintint ou repoussa celle même de la Croix, Luther choisit, pour son usage personnel, l'emblème qui nous occupe et qui, j'espère le démontrer, n'est qu'un symbole d'origine et de sens absolument et intégralement catholique.

Plusieurs auteurs, déjà, se sont occupés de cet emblème ; on les peut classer ainsi :

a) Les uns n'ont vu en lui qu'un motif décoratif quelconque, d'ordre purement typographique, et qui ne signifiait rien.

b) D'autres ont prétendu au contraire que ce n'est autre chose qu'une très ancienne rose-croix maçonnique.

c) Certains enfin y voient l'image du propre coeur de Luther ou, dans un sens plus général, l'emblème du coeur du fidèle chrétien.

Examinons ces trois différentes appréciations, les seules qui, à ma connaissance du moins, aient été exprimées.

a) Qu'un homme qui s'est posé en réformateur et chef religieux, en redresseur ou plus exactement en transformateur de la Foi, ait pu se composer ou accepter pour le titre de l'un de ses ouvrages, un emblème d'allure héraldique et religieuse qui n'ait pas de sens, ou qui n'ait pas un sens en concordance parfaite avec ses sentiments intimes, avec sa doctrine publique, apparaît ce me semble, comme inadmissible ; n'aurait-ce pas été de la dernière inconséquence, du plus total illogisme et de la plus inintelligente imprudence ? Quelque opinion qu'on ait sur Luther on ne peut accepter contre lui cette hypothèse qui ne serait recevable que s'il s'agissait d'un motif ornemental neutre, dans le genre, par exemple, des entrelacs, des arabesques orientales ou des rinceaux de palmettes qui échappent à toute détermination botanique— Les motifs géométriques et les décors de végétaux réels ont souvent des sens occultes, mais précis.

Il n'est donc pas admissible que la rose de Luther ne soit qu'une simple fantaisie décorative, dénuée de toute signification.

b) La rose du Réformateur serait-elle donc une Rose-Croix maçonnique ? D'aucuns l'ont affirmé ; et dans tel récent ouvrage, excellent dans son ensemble du reste, je lis ces mots :

«... En voyant ce signe on ne peut s'empêcher de penser aux Roses-Croix, secte maçonnique, on le sait, venue d'Allemagne pays du Grand-Orient. Au moment où l'Eglise dressait son nouveau Labarum, le Sacré-Coeur, Luther lui opposa le sien qui en est une contrefaçon sacrilège, la Rose-Croix... » D'autres en ont conclu : Luther était donc affilié à la Maçonnerie '; conséquemment son action religieuse n'a pas été libre ; il n'a été qu'un instrument aux mains de la secte à laquelle il appartenait. Le Protestantisme serait donc indirectement d'origine maçonnique.

Eh bien, non ! On ne peut pas, de l'emblème que nous étudions, tirer de telles déductions.

N'oublions pas qu'il date, au moins, de 1528. A cette époque encore, la composition des emblèmes se faisait dans l'esprit de l'héraldique religieuse et nobiliaire du Moyen-Age, dans une proportion d'à peu près quatre-vingt dix cas sur cent. Et la rose de Luther porte tous les caractères de cette origine.

Or, si nous l'examinons avec l'esprit et la méthode de l'héraldique régulière, qu'y voyons-nous ?

Nous y voyons une rose de forme héraldique qui porte un coeur, lequel est en contact, donc en rapport direct d'idée, avec elle ; ce coeur est, lui, chargé d'une croix qui est en contact et en relation d'idée avec lui, mais nullement avec la rose. D'où impossibilité d'accepter comme une rose-croix la rose héraldique de Luther.

J'ajoute que les roses-croix maçonniques authentiques qui m'ont été présentées comme étant du XVII8 siècle ou du XVIIIe n'ont rien d'héraldique, ce sont des croix latines au centre desquelles se trouve représentée une rose de jardin, au naturel.

Les origines de la Maçonnerie sont complexes. Sous son visage actuel, elle n'est pas ancienne. Ce n'est qu'au début du XVIIe siècle qu'en Angleterre Thomas Payne, de Norfolk, lui donna un caractère politique, et ce ne fut qu'en 1717, à Londres, qu'elle devint un groupement philosophique. Mais ses racines plongent beaucoup plus loin. Elle s'agrégea-— si tant est qu'elle ne procède pas d'eux— d'anciens conventicules, parents du carbonarisme et des associations séculaires et secrètes d'apparence professionnelles, de vieilles sociétés clandestines qui avaient hérité des anciennes hérésies et de l'hermétisme médiéval, ctc, c'est pourquoi nous trouvons dans ses emblèmes des motifs ésotériques d'origine extrêmement ancienne.

A l'époque de Luther les sectes secrètes dont elle a hérité existaient certainement. Mais Luther a droit à la vérité, souvent sévère pour lui ; il a droit à la justice, et c'est rester dans la vérité et lui rendre stricte justice que d'affirmer qu'on ne peut, d'après son seul emblème, lui infliger l'imputation d'avoir appartenu à l'une d'elles.

Comme je sais que plusieurs appréciations valent mieux qu'une, j'ai soumis la rose de Luther à l'examen de plusieurs bons héraldistes, d'une part, d'autre part à des Francs-Maçons érudits de France ; deux obligeants et savants intermédiaires en ont bien voulu faire autant pour moi en Angleterre près de Maçons protestants, près d'un artiste qualifié, restaurateur de vitraux anciens et spécialisé dans l'étude des symboles religieux et professionnels du XVIe siècle. Le résultat de cette enquête qui a porté sur une quinzaine de personnalités choisies, est celui-ci : Un initié parisien a cru possible d'assimiler la rose de Luther à une rose croix ; tous les autres ont été très explicitement affirmatifs :

Non, rien de maçonnique dans ce dessin. Et j'ai dit par avance comment les règles héraldiques de l'époque leur donnent raison.

c) Enfin l'hypothèse que Luther a voulu figurer sur son emblème son propre coeur ou celui du chrétien est-elle plus acceptable que les précédents ? En apparence, oui, certainement.

Et c'est sur ces apparences que le comte Grimouard de Saint Laurent a pu écrire[2] :

« Il ne nous paraît pas douteux que le coeur accompagné de la croix[3] dont l'hérésiarque adopta et repoussa l'image, ne soit le sien, ou plus généralement celui du disciple de Jésus-Christ. »

Il ne m'apparaît pas qu'en réalité en soit ainsi. Grimouard de Saint Laurent appuie son opinion sur une base étrangement tronquée par le fait même qu'il supprime le sens mystique de la rose qui est, non la pièce principale, mais le cadre même de l'emblème de Luther. Pour le bien juger il faut connaître le sens qu'on attachait alors, et depuis des siècles, à la fleur du rosier ; puis rapprocher l'emblème entier des images similaires, ses contemporaines et ses compatriotes, qu'ignorait certainement Grimouard de Saint Laurent.

Et ce faisant on arrive à cette conclusion qui s'impose :

L'emblème personnel de Luther n'est qu'une représentation du Coeur de Jésus-Christ, semblable à d'autres gravées ou peintes en son pays par les Catholiques, ses contemporains.

 

[1] Regnabit janv. 1924, p. 126.[2] Revue de l'Art Chrétien ann. 1879. p. 162.[3] L'expression est impropre : le coeur n'est pas accompagné de la croix, il porte la Croix, il est marqué de la croix. En iconographie sacrée comme en héraldique c’est tout différent.

Depuis des siècles en Allemagne, comme en France, on avait fait de la Rose, dans l'héraldique mystique et dans le blason populaire, « la Fleur de la Passion » ; et cette gracieuse attribution s'est maintenue jusqu'à nous. En nos campagnes du Poitou où j'écris ces lignes où jadis l'esprit de piété, plus qu'aujourd'hui, poétisait toutes choses, on partageait encore, au temps de ma Mère, les roses de nos jardins en familles que les botanistes n'ont jamais reconnues : les jaunes étaient les Roses des Rois-Alages qui présentèrent de l'or à l'Enfant Dieu ; les blanches étaient les Roses de la Sainte-Vierge, « Virgo purissima » ; celles de couleur rose, les Roses de l'Enfant-Jésus qui nous apparaît ainsi dans son rude berceau de paille ; les rouges enfin et celle de couleur pourpre, évocatrice du sang qui coula pour nous ces membres divins, s'appelaient Roses de la Passion.

Une page enluminée du manuscrit 288 (fol. 15) de la Bibliothèque de l'Arsenal, qui fut écrit au XIVe siècle, en français de la vallée du Rhône, nous montre un Mémorial de la Passion, ce qu'on appelait alors le Blason de Jésus-Christ ; c'est un grand écusson blanc au-dessous duquel il est écrit : « Vesci la mémoireccdou li dous Jhésus pour nous mors et occis...» et sur lequel on voit la colonne, les fouets de la flagellation et la couronne d'épines, la croix, les clous, l'éponge et le vase du breuvage amer, la lance enfin et les emblèmes des cinq Plaies du corps divin ; or, ces emblèmes, sur les bras, au pied et au milieu du fût de la croix, ce sont cinq roses héraldiques d'où jaillissent en gerbes des filets de sang.

Au XVe siècle, à la cathédrale de Rodez, sous les pieds de la statue du Christ ligoté, et qui attend la mort, l'imagier sculpta aussi le blason de ce roi de douleur ; et sous son ciseau naquît un écusson sur lequel des branches de rosier soutiennent, avec une grâce infinie, cinq roses.

Blason du manuscrit 288 de la Bibliothèque nationale.

Au XVIe siècle la rose était encore, avec autant de ferveur, l'emblème du sacrifice sanglant du Sauveur. Nous en avons des preuves, et je m'en tiendrai seulement à quelques unes venues du propre pays de Luther.

Voici d'abord deux figurations dues aux belles recherches du R. P. Charles Richstatter S. J.[1], et que je reproduis avec son obligeante autorisation.

La première, de Munster, représente une rose héraldique que tient un ange, et au centre de laquelle repose le Coeur de Jésus, blessé.

La seconde est plus complexe ; le Coeur de Jésus, dans lequel pointe quasi horizontalement la lance, occupe le milieu de la couronne d'épines qu'entoure une sorte de chapelet des Cinq Plaies formé de cinq groupes de cinq grains séparés par cinq roses héraldiques ; chacune de ces fleurs renferme l'image de l'un des membres divins : en haut le Coeur blessé, puis, de chaque côté, en descendant, les mains et les pieds.

J'ajoute à ces deux documents la reproduction réduite d'un écusson d'art germanique, également contemporain de Luther, que je tiens du R. P. Léon de Lyon, ancien Conservateur du Musée Franciscain de Rome. La lance y perce verticalement le Coeur de Jésus placé dans l'écrin d'une rose.

Que l'on veuille bien rapprocher la rose emblématique de Luther des trois roses emblématiques que nous venons d'examiner, et qui renferment en leurs pétales l'image non discutable du Sacré-Coeur, et l'on voudra bien convenir que la première et les secondes ne sont que des interprétations similaires d'un même motif.

Mais, dira-t-on peut-être, le coeur de la rose luthérienne est marqué d'une croisette et non d'une blessure. A la vérité c'est, à l'endroit du Coeur de Jésus, une particularité rare en iconographie, mais pas unique. Parlant de La Blessure du côté de Jésus, j'ai déjà cité un crucifix du XIIIe siècle où, sur le corps du Sauveur, la place de la blessure de la lance est indiquée par par une croisette entaillée dans le métal[2]. Un moule de pierre pour bijoux populaires, que je crois de la fin du XIVe siècle et provenant de Saint-Laurent-sur-Sèvre donnait des coeurs de métal dont l'évidement était tout occupé par une croix[3]. Et voici l'image d'un cuivre estampé qui, en 1885, appartenait à M. Th. S. Smith, de Londres, et sur lequel on voit dans le cercle

d'une hostie, au-dessus d'un calice, un coeur qui ne saurait être autre que Celui du Seigneur, marqué de sa croix.

Je ne serais pas surpris que ce dernier objet soit une enseigne de l'insurrection catholique du milieu du XVIe siècle connue sous le nom de « Pilgrimage of Grâce ». Les insignes que je connais de ceux qui y participèrent de même qu'à la «Western Rébellion» de 1549, portent tous, avec les emblèmes des plaies des quatre membres, l'image du Coeur de Jésus sur l'hostie ou sur la patène, au-dessus du calice.

A la lumière de ces divers documents de comparaison la Rose de Luther nous apparaît donc bien comme sertissant en sa pourpre le Coeur de Jésus-Christ.

Et, vraiment, il n'y a point contradiction entre le choix de cet emblème et ce que Luther a manifesté de ses sentiments intimes dans ses écrits.

Par une magnifique et précieuse série d'articles, M. l'abbé L. Cristiani, professeur à l'Université Catholique de Lyon, nous a montré, dans une pleine et lumineuse possession de son sujet et avec une précision parfaite, la doctrine de Luther et des principaux docteurs du Protestantisme en regard de la théologie catholique du Sacré-Coeur. Je ne puis que prier les lecteurs de ces lignes de relire les pages si substantielles de M.Cristiani en rappelant seulement ici qu'il a terminé son premier article dans lequel il cite longuement les écrits de Luther, en nous disant :

«... On pourrait multiplier ces citations. Un tel langage, familier à Luther ne semble-t-il pas, par instant, atteindre les touchantes intuitions du culte du Sacré-Coeur [4]?... »

Et de fait, quand le Réformateur, dont l'âme ne put pas ne pas connaître d'étranges tourments, s'arrêtait au pied de la croix « pour y apprendre ce que Dieu est », et qu'il trouvait en Jésus suspendu et sanglant « tout ce qu'il y a de plus aimable et de plus consolant », son regard attaché sur le côté ouvert allait assurément jusqu'à ce Coeur blessé que, jeune, il avait regardé avec toute l'Eglise comme la source même de cette consolation qu'il chercha toute sa vie. Le désir d'elle, ardent, imprègne tous ses écrits comme aussi la doctrine de ses deux grands disciples, Mélanchton et Calvin.

Et toujours, et jusqu'à nous, cette recherche de la consolation sera le plus bienfaisant aspect, et quasi le seul, sous lequel la Religion Réformée se présentera aux âmes comme un soutien pour elles ; religion anémiée pourtant à laquelle il manque la chaleur et la sève vivifiante, la puissance plus efficacement consolatrice et « revigorante » — pour parler comme au temps de Luther— que la théologie catholique puise à ces deux sources conjuguées : la foi dans l'Eucharistie, entendue comme aux quinze premiers siècles chrétiens, et le culte du Coeur de Jésus-Christ source du Sang rédempteur, principe et foyer de l'Amour rédempteur.

Rien du reste dans sa religion n'interdit au protestant ce culte du Coeur du Christ, pas même ce rationalisme des Socin que conservent encore les Unitaristes d'Angleterre, car il est rationnel à qui reconnaît au Sang du Seigneur la valeur rédemptrice d'adorer la source de ce sang, car il est rationnel à qui reconnaît dans la Rédemption une oeuvre d'amour d'adorer le rayonnant foyer de cet amour ; car il est rationnel à qui demande au Christ le don de consolation de tourner avec espérance son coeur vers le rayonnant foyer de sa bonté.

Et c'est, je le crois, dans cet esprit que Luther choisît son emblème.

Ce Coeur qui porte la croix de la Passion et repose dans la rose de la Passion, j'ai prié deux personnalités très distinguées du monde savant d'Angleterre, d'en demander l'interprétation à des théologiens protestants qualifiés. Les réponses qui me sont venues sont toutes concordantes et peuvent se résumer dans cette appréciation commune à deux doctes ecclésiastiques anglicans, dont l'un Chanoine au Chapitre Cathédral de Salisbury :

« Par cet emblème, Martin Luther proclame qu'il a connaissance de l'amour du Seigneur et qu'il désire le manifester à tout le monde [5]».

Voilà qui est précis. Et pour figurer cet « Amour du Seigneur» Luther choisit l'image du Coeur du Seigneur ; pouvait-il être plus logique ?

Mais de son geste il découle que les protestants d'aujourd'hui — et il y en a, même dans le Clergé Reformé— qui tournent leurs regards vers le Coeur ouvert du Sauveur, n'ont nullement besoin d'invoquer la doctrine commode du libre-examen pour se défendre contre l'inculpation de « romanisme », puisque un acte posé par le Reformateur lui-même est là pour les couvrir. D'autre part, aux sarcasmes de Harnack et à ceux qui nous les répètent, nous disant que le culte du Coeur de Jésus n'est qu'une invention du XVIIe siècle, imaginée par le catholicisme sentimental des Jésuites, il est, ce me semble, à propos de répondre en leur montrant— après cent autres plus anciennes ou contemporaines d'elle — l'image du Coeur de Jésus-Christ adoptée personnellement par Luther.

Et s'il est exact de dire, avec M. Cristiani qu'en France la plupart des écrivains protestants « ne parlent qu'avec une ironie plus ou moins méprisante de la dévotion catholique au Sacré-Coeur », je crois devoir à la justice d'ajouter qu'il n'en est pas ainsi partout : Depuis plusieurs années des recherches d'iconographie sacrée m'ont mis en relation avec un certain nombre d'ecclésiastiques protestants d'Angleterre et je reste frappé des expressions profondément respectueuses et souvent de la piété véritable et fervente avec lesquelles ils parlent des Cinq Plaies et du « Sacred-Heartof Lord Jésus-Christ », du Sacré-Coeur du Seigneur Jésus-Christ. Et je me permets très humblement d'estimer que le culte du Coeur de Celui qui est mort pour tous est peut-être de tous les objets offerts à leurs prières, Celui vers lequel les Âmes des Catholiques et celles de leurs « Frères séparés » peuvent le plus facilement s'unir en toute aisance dans une commune harmonie d'hommages, dans une même ferveur d'adoration.

L. CHARBONNEAU-LASSAY. LOUDUN (Vienne)

 

[1] Karl. Richstatter : Deutsche herz Jesu Qtbete de 14 und 15 lahr hunderts 1921, pp. 33 et 51.[2] Regnabit nov. 1923, p. 387.[3] Regnabit octobre 1922, p. 393.[4] Abbé L. Cristiani, Regnabit octobre 1921, p. 328.[5] Je n'ai communiqué en Angleterre que le seul dessin de la rose de Lutheret il est très improbable que les théologiens anglais auxquels cet emblème a été soumis aient eu connaissance des figurations allemandes données plus haut; ils ont donc reconnu d'eux-mêmes, sur la rose de Luther, l'image du coeur de Jésus-Christ.

 

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