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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ARCHEOLOGIE CHRETIENNE

ICONOGRAPHIE ANCIENNE DU COEUR DE JÉSUS

I — A PROPOS DE LA ROSE EMBLÉMATIQUE DE MARTIN LUTHER.

II — LA ROSE, FLEUR ALLÉGORIQUE DES SAINTES PLAIES ET DU

SANG DE JÉSUS-CHRIST.

 

1°) A propos de la Rose emblématique de Martin Luther.

Dans un précédent article[1], j'ai présenté l'emblème iconographique choisi par Luther pour son usage personnel, qu'il utilisa comme motif de cachet pour sa correspondance et comme sujet de vignette initiale pour l'un au moins de ses ouvrages ; je l'ai étudié par des rapprochements avec des documents catholiques allemands de toute authenticité et contemporains de Luther, qui m'ont conduit à conclure : 1° que cet emblème n'est pas d'ordre franc-maçonnique ainsi que le dit un récent ouvrage ; et, 2° qu'il pouvait être regardé comme figurant le Coeur sacré de Jésus-Christ.

J'ignorais alors qu'il existe une lettre de Luther par laquelle il expose les sentiments qui l'ont guidé dans le choix de son motif emblématique et qui appelle une mise au point, en partie rectificative, relativement à la seconde de mes conclusions.

J'ai dit que le Réformateur a droit à la justice et à la vérité, et je ne saurais plus loyalement le placer aujourd'hui sous la pleine lumière de la vérité qu'en donnant ici, in-extenso, le texte de sa lettre.

La Rose emblématique de Martin Luther.

Elle fut écrite au sujet de l'offre que lui fit le prince Jean-Frédéric de Saxe de lui faire graver un cachet religieux pour sa Correspondance, et il s'y exprime ainsi[2]  : «A Lazare Spengler, secrétaire municipal, à Nuremberg ; Cobourg, le 8 juillet 1530.

« Grâce et paix dans le Christ.

Honorable, bienveillant et cher Monsieur et Ami, puisque vous désirez savoir si mon cachet a été bien réussi, je vous exposerai, en bonne ordonnance, les premières pensées que j'ai voulu grouper sur ce cachet, comme un symbole de ma théologie.

« La première devait être une croix noire sur un coeur, qui garderait sa couleur naturelle, afin de me rappeler à moi-même que la Foi au Crucifié nous rend heureux[3], car si l'on croit du fond du coeur on est justifié. Mais que ce soit une croix noire, cela mortifie et doit même faire de la peine, toutefois cela laisse le coeur dans sa couleur naturelle, cela ne détruit pas la nature, ne tue pas, mais garde vivant. Car le juste vit de sa foi au Crucifié, « Un tel coeur doit cependant être placé au milieu d'une rose blanche, afin de montrer que la foi donne joie, consolation et paix, bref, qu'elle nous place dans une rose blanche et joyeuse, non comme le monde donne paix et joie. C'est pourquoi la rose doit être blanche et non rouge, car la couleur blanche est celle des esprits et de tous les anges.

« Cette rose se trouve dans un champ couleur de ciel parce que cette joie, dans l'esprit et la foi est l'avant-goût de la joie céleste future, saisie déjà en elle et appréhendée par l'espérance, mais non encore visible. Et dans ce champ il y a un anneau d'or[4], parce que cette béatitude au ciel dure toujours, n'a aucune fin, et est plus précieuse que toutes les joies et tous les biens, comme l'or est le métal le plus haut et le plus précieux.

« Que le Christ, notre cher Seigneur, soit avec votre esprit jusque dans cette vie-là. Amen.

« Du désert de Gruboc, 8 juillet 1530. »

M. l'abbé Cristiani, l'érudit professeur à l'Université Catholique de Lyon, me communique, au sujet de ce texte, les très intéressantes remarques historiques que voici :

« Je note :

a) — Que Spengler (1479-1534) avait été l'un des premiers partisans de Luther en Allemagne, et l'un des six qui furent nommément condamnés par la bulle d'excommunication frappant l'hérésiarque.

b) — Que le cachet de Luther avait été exécuté à Nuremberg par les ordres du prince Jean-Frédéric de Saxe qui voulait en faire don à Luther, Celui-ci avait donné le dessin à exécuter. C'était un anneau à sceller les lettres, une « chancelière ».

c) — Le désert de Oruboc, c'est Coburg, écrit en renversant les lettres ; Luther a daté plusieurs lettres ainsi.

d) — Cette lettre a été écrite pendant la fameuse Diète d'Augsbourg, en 1530. Le prince Jean-Frédéric était à cette Diète. C'est pendant ce temps qu'il fit exécuter l'anneau qui ne fut remis à Luther que le 14 septembre 1530, au retour d'Augsbourg.

« Une lettre de Justus Jonas, datée du 25 juin 1530 dit ceci (à Luther) : « Mon très gracieux jeune seigneur fait tailler votre rose dans une belle pierre, et il la fait sertir en or ; ce sera un très beau cachet que sa Grâce tient à vous remettre elle-même. »

Le texte de la lettre de Luther ne fait que confirmer implicitement la première des conclusions de mon précédent article :

Non, rien de maçonnique, rien d'une « rose-croix » dans la rose au coeur qu'il choisit pour emblème. Rien dans l'explication qu'il en donne qui puisse porter à le soupçonner d'avoir fait personnellement partie des groupements secrets de son époque.

Est-ce à dire que le Pouvoir occulte ne se soit pas servi de lui, et qu'il n'ait pas favorisé de tout le poids de ses forces secrètes, le succès et le retentissement de la révolte de ce moine contre l'autorité romaine ? Il me paraît certain que cette question doit être résolue par l'affirmative, car les conséquences de cette rébellion d'un simple religieux ont dépassé exagérément ce que les faits et gestes d'un personnage aussi mince, et dénué de sainteté, pouvaient normalement produire [5].

Mais, au fait, l'affiliation de Luther aux sociétés maudites serait-elle prouvée qu'elle ne pourrait faire, qu'à rencontre de ce que nous avons vu à la lumière des documents de son époque et de l'explication qu'il en donne lui-même dans sa lettre à Spengler, sa rose soit, ainsi qu'on l'a dit, une «rose-croix» maçonnique.

Dans l'article précité, j'ai dit aussi — et je le maintiens —que le motif emblématique choisi par Luther s'apparente étroitement avec l'un des thèmes de l'iconographie catholique répandu de son temps, dans son propre pays plus qu'ailleurs, et qui consista à montrer l'image du Coeur de Jésus posée au centre d'une rose.

A l'appui de cette assertion j'ai reproduit en gravures :

1° d'après le R. P. Karl Richstatter [6], une sculpture de Munster représentant un ange qui tient une rose au milieu de laquelle apparaît le Coeur blessé du Sauveur ; 2° d'après le même auteur, une image allemande des Cinq-Plaies où le Coeur de Jésus figure exactement dans les mêmes conditions ; 3° un écusson de facture germanique qui me fut communiqué de Rome, par le R. P. Léon de Lyon, et sur lequel une rose enserre le Coeur du Sauveur que le fer de la lance transperce en son milieu. Ces trois documents sont contemporains de Luther.

J'étais donc bien fondé à assimiler la rose du Réformateur à ces documents, d'autant mieux que j'en citais plusieurs autres, de même époque, où le Coeur Sacré apparaît chargé aussi d'une croix au lieu de la blessure.

Il se trouve que Luther dans sa lettre ne dit pas un mot qui puisse nous porter à penser qu'il ait eu, en l'écrivant, le moindre regard vers le Coeur de Jésus-Christ. Reste à savoir s'il a bien voulu confier à cette lettre toute sa pensée... car à qui fera-t-on croire que Luther, chef religieux, ait méconnu la grande ferveur que manifestait alors la piété du monde chrétien à l'endroit du Coeur compatissant du Christ, notamment en Angleterre, en France et dans son Allemagne ; qu'il ait méconnu, au point de n'y songer aucunement,ce culte qui, plus que tous autres, pouvait aider l'ardente recherche de la consolation qui domine tous ses écrits, et dont il parle dans sa lettre à Spengler ?

De même, qui croira qu'il ne connaissait pas très bien cet emblème de la rose, écrin du Coeur vulnéré, sujet religieux usité dans son pays ? et que, choisissant pour lui ce motif du coeur dans la rose, sa pensée n'ait pas été d'elle-même, et d'abord, au sens qui en était communément donné par tous autour de lui ?

Il en donne, à son usage, une autre explication, laquelle, on voudra bien l'avouer n'est pas d'une saisissante simplicité : la croix y rappelle le mystère de la Rédemption, le coeur représente (?) le croyant justifié par la Foi dans le Christ ; la rose évoque joie, paix et consolation, tous dons spirituels qui viennent de la Foi...

Assurément tout homme qui se choisit un emblème personnel est bien tout-à-fait libre d'y attacher telle interprétation symbolique qui lui convient, mais si cet emblème choisi possède déjà un sens consacré et généralement reçu, le particulier qui en use ne peut l'en dépouiller que dans le for intérieur de son propre esprit et ne sera pas fondé à récriminer contre le spectateur qui lui attribuera le sens usuel.

S'il plaît à mon voisin, par exemple, de placer sur son cachet de correspondance ou sur sa marque commerciale une des figures emblématiques du Sauveur, une figure consacrée telle que L’Agnus Dei avec sa plaie saignante, et qu'il lui convienne de le regarder comme un programme de douceur résignée ou comme l'image de l'humanité souffrante, ou simplement comme celle d'une entreprise commerciale de boucherie, tout ce qu'il pourra dire et faire ne saurait empêcher qu'il ait adopté en réalité une des images indiscutables du Sauveur, et c'est la seule pensée qui viendra en l'esprit de ceux qui verront sa marque.

Ainsi le thème catholique choisi par Luther et notoirement affecté en son temps, et chez lui, à la glorification du Coeur de Jésus doit rester, malgré et avec l'explication qu'il en donne; dans l'ensemble des matériaux d'étude de l'iconographie du Sacré-Coeur, ne serait-ce qu'en tant qu'exemple de contrefaçon, de déviation.

Et si ladite lettre explicative ne confirme pas ce que je disais de l'exemple du Réformateur à ceux des Protestants qui se tournent aujourd'hui vers le Coeur compatissant du Seigneur Jésus-Christ, il reste cependant certain qu'ils s'approcheront plus par cette voie que par tous autres chemins de cet état intérieur de paix et de consolation dont il parle sans cesse en ses écrits, et qu'il ne paraît pas avoir jamais atteint.

11 reste aussi que sa lettre ne change rien à ce que M. l'abbé Cristiani nous disait, après avoir extrait de ces mêmes écrits théologiques de nombreux passages : «... un tel langage familier à Luther ne semble-t-il pas, par instants, atteindre les touchantes intuitions du Sacré-Coeur ? » Et ces paroles si loyales du savant Professeur lyonnais, qui mieux que personne peut -être a scruté l'âme et la doctrine de l'hérésiarque de Wittenberg, me font tenir comme impossible, en dépit  du texte de la lettre à Spengler, que Luther ait regardé la rose de son anneau, durant les seize années qu'il le porta, sans que son esprit — son esprit où se sont livrés de si étranges combats— se soit jamais tourné angoissé, et peut-être repentant, vers le Coeur du Sauveur, centre de cette Humanité souffrante du Christ dont il conseilla cent fois la contemplation comme « ce qu'il y a de plus consolant. »

 

[1] Regnabit, mai, 1924. [2] L'original est en allemand.[3] Ce qui, dans le style ordinaire de Luther signifie : nous sauve, nous donne le salut.[4]  Plus exactement : ce champ est entouré d'un cercle d'or. [5] Voir à ce sujet l'ouvrage extrêmement intéressant de Guy Chardonchamp ; Quelques propos d'un Contre-Révolutionnaire Ch. V. La Révolution et la Réforme. Paris Lethielleux. 1909[6] Deutsche herz Jesu Cebete de 14 und 15. Jahr hunderts. 1921. p. 38 et 51.

II- La Rose, fleur allégorique des Saintes Plaies et du Sang de Jésus-Christ.

Dans l'article de Regnabit[1] dont je parlais ci-dessus, j'ai dit aussi que la rose était la fleur emblématique des saintes blessures du Sauveur ainsi que de son Sang précieux, et j'ai donné à l'appui de cette assertion la reproduction d'une miniature magnifique d'un manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal, et cité la sculpture si typique de la cathédrale de Rodez. (XIV et XVe s.)

Et l'on m'a dit : Mais ne sont-ce point là deux fantaisies alors isolées d'artistes, desquelles il est peut-être osé de tirer des déductions pour l'ensemble de ces deux siècles derniers du Moyen-Age, le XIVe et le XVe ? Cette toute gracieuse et pieuse manière de symboliser les plaies divines a-t-elle été assez en faveur pour qu'on en puisse faire état dans l'histoire artistique de la piété?

Et comment jusqu'ici les iconographes ne nous ont-ils pas souligné cette intéressante particularité ?...

A ces observations, qui valent bien d'avoir été faites, je réponds que si l'usage de la rose emblématique s'est répandu davantage à la fin seulement du Moyen-Age, il est en réalité plus ancien ; j'en connais des exemples depuis le XIIe siècle, et pour le XVe seulement j'en pourrais reproduire une quinzaine au moins ; ce n'est peut-être pas assez pour pouvoir assurer que l'usage en fut extrêmement commun, c'est trop pour qu'on puisse nier qu'il a été fréquent.

Quant au silence des iconographes, il m'étonne autant que personne, d'autant que plusieurs ont reproduit dans leurs travaux ce motif de la rose sanglante ou l'ont signalé incidemment, sans en souligner le sens allégorique et l'intérêt ; c'est ainsi que Mgr Barbier-Montault cite sans s'y arrêter [2] un fer à hosties, du XIIe siècle, ou l'on voit le sang des plaies du Crucifié tomber en gouttelettes qui se transforment en roses, et le vitrail XIIIe siècle de la cathédrale d'Angers ou le Sang divin, coulant en ruisseaux s'épanouit aussi sous forme de roses.

 Je sais bien qu'à ces époques lointaines ni le « Sermon du Pape Innocent III » sur la Rose au Dimanche de Laetare, (1216), ni Durand de Mende parlant de la Rose d'or des Papes, ni les divers « Commentaires de la Clef de St Meliton », ni la « Rose Alphabétique de Pierre de Mora » ne présentent les roses de pourpre de nos jardins comme les images fleuries des Cinq Plaies ; leur silence prouve simplement qu'ils n'ont pas tout dit et que l'iconographie a droit à la parole puisqu'elle les complète. Car, une sculpture, une peinture, une gravure bien datées sont des faits matériels, ce sont des actes d'autrefois qui ont duré jusqu'à nous et qui valent au moins autant que des textes écrits. Dans l'article précité, j'ai reproduit la miniature de l'Arsenal (Manuscrit n° 288, folio 15) où cinq roses, desquelles sortent des filets bouillonnants de sang, occupent sur la croix, au lieu du Corps de Jésus, l'emplacement des quatre clous et du coup de lance au Coeur ; peut-on contester le sens de cette composition ?

On connaît ce qu'on appella au Moyen-Age le Signaculum Dei, le « sceau de Dieu » ; c'est un sigle composé essentiellement d'une croix à bras égaux dans l'écartement desquels sont placées quatre petites croisettes. La grande croix représente la plaie latérale et les croisettes celles des mains et des pieds du Seigneur[3] ; l'origine de cet emblème remonte vers le VIe siècle. Parfois, sur les monnaies, les sceaux, les blasons, on substitua aux croisettes de petits cercles ou annelets, images des trous ronds des clous ; au XVe siècle ces annelets deviennent souvent des roses, mais le sens de l'ensemble reste aussi nettement le même, et pour l'iconographe il est aussi clair que sur la miniature de l'Arsenal.

Voici, par exemple, un décor en relief d'un pavage de terre cuite, du XVe siècle, qui subsiste au château des Rochers, près Vitré, dont la plus célèbre châtelaine fut Mme de Sévigné ; la croix fleurdelysée y est comme je le disais plus haut, cantonnée de quatre roses.

Motif décoratif d'un pavé du XVe siècle au château des Rochers (I et V).

Sculpture du XVe siècle à Châtellerault (Vienne).

Plus complet encore le même thème allégorique sur une sculpture intérieure d'une maison de même époque à Châtellerault Vienne), quartier Saint-Jacques ; au milieu des quatre roses et sur le centre même de la croix, une rose, plus grande, figure la plaie du côté et du Coeur de Jésus.

La Rose symbolisa aussi le Sang rédempteur sans tenir la place d'aucune des plaies du Sauveur : Ainsi, durant la première moitié du XVIe siècle, les moniales bénédictines de l'illustre abbaye de Fontevrault, en l'archiprêtré de Loudun, brodèrent magnifiquement au petit point des canons d'autel pour le seigneur archevêque de Reims, Charles de Lorraine. Par le fait de je ne sais quelle odyssée ce riche et délicat ouvrage est aujourd'hui conservé au musée de Naples.

Le milieu de la pièce centrale est extrêmement intéressant : sous la Crucifixion, la Nativité et le « Noli me tangere » sont reproduits tous les objets qui peuvent évoquer le mystère de notre rédemption et les souffrances du Sauveur, puis, l’Agneau de Dieu dont le sang tombe dans la « Fontaine de Vie » où les agneaux fidèles vont s’abreuver et se purifier ; et à côté, une composition extrêmement suggestive : le Cœur divin aliment de son sang une seconde fontaine et près de lui la lance est redressée, mais tout au long d’elle les gouttes de sang pleuvent à son pied et s’y transmuent en l’épanouissement splendide d’une rose !

Si les derniers passés ont, moins pratiqué que ceux qui les ont précédés ce symbolisme de la rose sanglante, ils ne l’ont cependant pas absolument délaissé.

En juin dernier M.l’abbé J.Catteau, professeur au séminaire de Nice nous communiquait aimablement l’image photographique de l’une de ces croix processionnelles de confréries si nombreuses encore en Provence, celle de l’église de Levens (Alpes-Maritimes) ; elle paraît être du XVIIIième siècle.

On y voit l’ensemble ordinaire de tous les objets mis en cause par les récits évangéliques de la Passion : la lance (brisée) et l’éponge, le coq de saint Pierre, l’ange de l’agonie, le titre de la croix et la plume et l’encrier qui servirent à l’écrire, la sainte Face qui reçut les outrages, la sainte robe qui fut joué et les dés qui fixèrent son sort, la main qui souffleta le divin visage, les tenailles et le marteau, l’aiguière de Pilate et la lanterne des soldats, puis la manifestation de deux traditions fort anciennes : le disque rayonnant du Soleil ( brisé) et celui de la Lune, enfin, au centre de la croix le cœur de Jésus posé sur l’écrin d’une grande rose que borde intérieurement une étroite couronne d’épines.

Comme en maintes autres représentations anciennes le Cœur divin est ici percé d’une flèche qui tombe du ciel, particularité fréquente depuis le XVième siècle.

Les extrémités de la croix se terminent aussi par des roses mais, en fixant au sommet celle qui devait occuper la place des pieds, l’inspirateur a prouvé qu’il n’en a pas saisi exactement le sens mystique et allégorique.

Mieux inspiré fut celui qui ordonna cette autre croix érigée en un cimetière de Valachie et dont j’ai trouvé la reproduction signée : Lancelot, 1860 dans la bibliothèque du comte Claude de Monti de Rezé ; quatre roses y marquent les emplacements des mains et des pieds et au coeur de la croix une rose plus grande et plus belle figure la blessure du Coeur. Au milieu de ces fleurs évocatrices le saint patron du défunt prie pour lui, qui sans doute était prêtre (?) puisque le socle de la croix porte un ciboire.

Croix processionnelle de Levais (Alpes-Maritimes) XVIIIe siècle.

J'ai pris, je le répète ces exemples entre beaucoup, mais n'est-ce point assez pour démontrer que la rose, qui fut aussi d'autre part symbole d'amour profane, de charité, de sacrifice fut bien une des fleurs que nos pères ont aimée comme l'emblème des souffrances de Notre Rédempteur, et que l'histoire delà piété catholique y gagne de mieux savoir que si le culte du Sacré Cœur et des Cinq-Plaies durant les siècles antérieurs au XVIIe, fut de nature et de forme moins sentimentales qu'il l'est devenu depuis, il ne fut cependant pas aride et sec, mais que, tout au contraire, une gracieuse et chaude poésie le servait.

A la suite du premier article de Regnabit qui parla de la Rose de la Passion, un colonel de cavalerie m'écrivait : « J'aime infiniment les roses et je ne vois plus celles de nos jardins, les rouges, sans que ma pensée y cherche l'image du Coeur ouvert ou de la blessure saignante... » Ainsi songeaient aussi devant ces mêmes fleurs de pourpre ces chrétiens des siècles de foi dont nous avons parlé et qui savaient si bien donner à toutes choses un sens et une âme ; saurions-nous mieux faire que de penser comme eux ?

L. CHARBONNEAU-LASSAY. LOUDUN (Vienne)

Croix funéraire d'un cimetière Valaque XVIIIe ou XIX siècle.

 

[1]  N° de mai 1924. [2] Traité d'Iconographie chrétienne. T. II, p. 155[3] C'est sous cette forme et dans ce sens que le royaume latin de Jérusalem et l'Ordre des Chevaliers du St Sépulcre l'ont pris pour motif d'armoiries.

 

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